Nouveau Parti Anticapitaliste 29

Npa29 Expression des comités Npa: Pays Bigouden, Brest, Carhaix-Kreiz Breizh, Châteaulin, Presqu'île de Crozon, Morlaix, Quimper, et Quimperlé. Seuls les articles signés "Npa" engagent le parti.

21 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

1789, une révolution inachevée ? (QF?)

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21 janvier 1793, jour anniversaire de la mort du roi Louis XVI

« L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de luttes de classes. » [4]

Le développement de l’économie française en 1789 est relativement semblable à celui de ses homologues européens. Le commerce a augmenté de 400 % pendant les 60 années précédant la révolution et les productions de fer et de charbon ont elles, respectivement augmenté de 300 et 700 % [5]. C’est à dire que « la France d’alors se caractérise par la présence contradictoire d’éléments capitalistes en expansion dans un pays essentiellement agricole et aux structures féodales (…) » [6]. Cette expansion ne se fait pas dans le vide mais en transformant qualitativement les relations sociales préexistantes : de nouvelles façons de vivre apparaissent, ainsi que de nouvelles classes sociales. Aussi la stabilité des institutions de l’Ancien Régime était-elle largement érodée de l’intérieur avant même la Révolution.

Les conséquences politiques et sociales de ces transformations économiques sont très bien perçues, 50 ans avant Marx, par Barnave, représentant de la nouvelle bourgeoisie industrielle : « Dès que les arts et le commerce parviennent à pénétrer dans le peuple et créent un nouveau moyen de richesse au secours de la classe laborieuse, il se prépare une révolution dans les lois politiques ; une nouvelle distribution de la richesse prépare une nouvelle distribution du pouvoir. De même que la possession des terres a élevé l’aristocratie, la propriété industrielle élève le pouvoir du peuple ; il acquiert sa liberté… » [7].

Par contre la société française d’Ancien Régime est toujours divisée en trois ordres : noblesse, clergé et tiers-état. Le tiers-état est de loin l’ordre le plus nombreux et le plus hétérogène. Il englobe 99 % de la population en regroupant depuis les grands bourgeois investis dans l’industrie, le commerce et la finance jusqu’aux journaliers, ouvriers agricoles, paysans pauvres et petits artisans. Or seul le tiers-état paye des impôts et dans son écrasante majorité il n’a aucun accès aux structures politiques existantes (Etat et armée notamment).

Même si une partie non négligeable de la minorité bourgeoise du Tiers est intégrée dans l’appareil d’Etat absolutiste (en tant que fonctionnaires assurant les tâches courantes : levée de l’impôt, etc.), l’ordre dans son ensemble est réuni par son inexistence politique. Ainsi que l’écrit le bourgeois Sieyès dans son célèbre pamphlet Qu’est-ce que le Tiers-état ?, l’aristocratie est perçue comme l’obstacle à cette reconnaissance politique : « D’une manière ou d’une autre, toutes les branches du pouvoir exécutif sont tombées aussi dans la caste qui fournit l’Eglise, la Robe et l’Epée. Une sorte d’esprit de confraternité fait que les nobles se préfèrent entre eux, et pour tout, au reste de la nation. L’usurpation est complète ; ils règnent véritablement » [8].

Le problème fondamental que va dénouer la Révolution française, est donc que « les formes politiques n’ont pas changé depuis 1661 alors que tout le reste a changé » [9]. Les structures politiques du féodalisme sont encore en place mais « en dessous » les relations sociales ont profondément évolué. L’importance de ces contradictions explique la profondeur et la portée de la Révolution Française. Et il faudra plusieurs années de radicalisation du mouvement de masse, de crises et de renouvellement de la direction du mouvement révolutionnaire pour venir à bout de la domination de l’aristocratie.

De la réforme à la révolution

La concurrence avec les autres puissances européennes, l’Angleterre en particulier, a plongé la France dans une profonde crise économique et financière. La guerre américaine d’indépendance, notamment, a largement vidé les caisses de l’Etat. Pour les remplir il il aurait fallu faire payer les ordres privilégiés et scier ainsi la branche sur laquelle reposait le système dans son entier… Toutes les tentatives du roi pour réformer la fiscalité échouèrent donc devant la résistance de l’aristocratie. Dans une ultime tentative, le roi convoque les Etat généraux pour le 5 mai 1789. Ayant plusieurs fois déjà bénéficié du soutien populaire, Louis XVI pense ainsi trouver dans le Tiers un allié pour ses réformes. Il ouvre en fait la porte à la révolution.

Lors des Etat généraux les trois ordres élisent des délégués qui se réunissent ensuite séparément. Les différentes propositions sont enfin votées « par ordre » ; à un ordre correspond une voix. Cette fois, les délégués du Tiers commencent par refuser le vote par ordre puis votent leur transformation en Assemblée nationale. La majorité des délégués du Tiers est issue de la bourgeoisie (donc non représentative de l’ensemble de l’ordre) et va donc d’abord chercher un compromis avec l’aristocratie [10]. Le compromis repose sur un rachat des droits seigneuriaux (décret du 4 août 1789) et une participation politique élargie sur la base d’un suffrage censitaire qui distingue citoyens passifs et actifs. Le Roi conserve un droit de veto sur les décrets adoptés par l’Assemblée (monarchie constitutionnelle).

Mais les travaux de l’Assemblée nationale, rebaptisée Assemblée constituante, se déroulent dans un contexte de très forte crise sociale. La mauvaise récolte de 1788 a entraîné une importante hausse des prix des denrées de base dans les villes. En 1789, par exemple, le pain représente environ 88 % du revenu des ménages [11]. Cette contestation urbaine est telle qu’elle aboutit à la prise de la Bastille le 14 juillet 1789.

Dans les campagnes c’est l’ébullition : 50 000 cahiers de doléances ont été remplis avant la réunion des Etats généraux et la Constituante focalise désormais tous les espoirs de voir enfin changer les choses. Au premier rang de ces revendications : la suppression des taxes et impôts de toutes sortes que les paysans doivent payer à la noblesse, au clergé et au Roi. Or la compromis élaboré par la Constituante ne résout absolument pas la question de la faim dans les villes et des droits seigneuriaux dans les campagnes. En fait le rachat des droits bénéficie avant tout à la bourgeoisie et aux paysans propriétaires les plus riches. Mais surtout, la résistance acharnée des seigneurs provinciaux qui, contrairement à la noblesse de cour et financière, ne vivent que grâce à leurs droits, va rendre impossible une quelconque stabilisation du nouveau régime. En effet une véritable guerre civile aura lieu dans les campagnes entre 1790 et 1793 qui poussera constamment vers l’avant la Révolution [12].

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La fuite du roi à Varennes le 21 juin 1791 en termine avec l’illusion du compromis et donne un visage à la contre-révolution. L’aristocratie s’organise alors ouvertement à l’intérieur et pour Louis XVI une seule option s’impose, la guerre des têtes couronnées européennes contre la bourgeoisie française : « Au lieu d’une guerre civile, ce sera une guerre étrangère et les choses en seront bien meilleures » [13]

Guerre et radicalisation du processus révolutionnaire : une seconde révolution

De son côté la bourgeoisie voit dans la guerre une bonne opportunité de faire main basse sur des zones stratégiques dans sa concurrence avec l’Angleterre (Belgique, Hollande) [14]. De plus, cela lui permettrait d’unir toutes les classes sociales dans la défense nationale, derrière un gouvernement fort à même de stabiliser la situation. Seul un faible groupe de députés, autour de Robespierre, s’y oppose. Par ailleurs, une nouvelle hausse des prix après l’hiver 1791-1792 alimente une recrudescence des mobilisations sociales au début de l’année 1792.

La guerre, déclenchée en avril 1792, est rapidement un désastre et plutôt que de stabiliser la situation elle ne fait qu’aiguiser les tensions sociales en rendant imminente la menace contre-révolutionnaire. La réponse populaire face à cette menace est massive et prend de court la bourgeoisie : les sans-culottes investissent les nouvelles sections administratives, et en font des outils de démocratie directe permettant de construire largement le mouvement, ainsi que les clubs politiques. Cette organisation s’accompagne de la formulation de revendications précises, sur un contrôle des prix, et sur des mesures de ‘terreur’ contre ceux qui menacent la Révolution : en mai 1792 le prêtre rouge Jacques Roux demandait la peine de mort pour tous les spéculateurs [15]. On retrouve ce trait caractéristique tout au long de la révolution : une imbrication constante entre questions politiques et sociales.

Cette situation va pousser à une différenciation au sein de la bourgeoisie autour de deux programmes, sur la base d’intérêts économiques divergents [16]. Le premier, porté par les Girondins, représente la haute-bourgeoisie commerciale des grands ports de l’Atlantique (Nantes, Bordeaux) ainsi que les grandes industries textiles (Lyon, Grenoble, Rouen). La rivalité commerciale avec l’Angleterre alimente chez les Girondins une très forte anglophobie à laquelle s’ajoute une défiance du mouvement de masse et un refus de tout contrôle de l’économie dont les revendications populaires sont porteuses. Ce programme l’amène à une recherche permanente de compromis, tantôt avec la contre-révolution aristocratique, tantôt avec le mouvement révolutionnaire.

Le second, porté par les Jacobins, est celui d’une bourgeoisie moyenne qui a bénéficié des confiscations des terres de la noblesse et de la vente des biens du clergé. Autant dire, une fraction de la bourgeoisie résolument opposée à un retour de l’ordre ancien.

Les Girondins sont alors majoritaires à l’Assemblée. D’un côté, ils vont convaincre leur classe d’en appeler au mouvement populaire pour sauver la patrie en danger : le 21 juillet 1792 l’Assemblée promulgue un décret appelant les volontaires à partir au front, le 30 juillet elle entérine la participation des citoyens passifs à la Garde nationale assurant ainsi l’armement des militants révolutionnaires les plus actifs et une radicalisation des unités. De l’autre ils vont continuer à ménager le Roi pour circonscrire le conflit avec l’aristocratie : le 9 août 1792 les Girondins font repousser à l’Assemblée une pétition présentée par les sections parisiennes demandant l’instauration d’une République. Ceci dans une situation où ce qui a été conquis durant les premières années est très concrètement menacé par des victoires successives de l’aristocratie, à l’intérieur et sur le front. La situation est critique : le général de l’armée prussienne, alors à 200 km de Paris, a fait publier un manifeste promettant la mort à tous ceux qui prendraient les armes contre le Roi. Alors que celui-ci, réfugié au Palais des Tuileries, reste un point de ralliement pour la contre-révolution.

Le refus de l’Assemblée met alors clairement l’insurrection à l’ordre du jour afin de faire respecter la volonté populaire. Le 29 juillet (donc relativement tardivement) Robespierre, chef de file des Jacobins fait une déclaration de soutien au mouvement populaire, signifiant par là qu’une fraction conséquente de la bourgeoisie soutiendrait un soulèvement.

L’insurrection a lieu le 10 août. Des unités de la Garde nationale vont se confronter aux nobles, aux troupes royales et aux unités de la Garde nationale des quartiers aisés de Paris réunies autour du Roi au Palais des Tuileries. En tête marchent les unités marseillaises avec leur chant éponyme. L’insurrection est victorieuse et le jour même l’Assemblée nationale vote la suspension du Roi. Les Girondins, effrayés par la force qu’ils ont contribué à mobiliser, restent en marge de l’insurrection du 10 août.

La force des sans-culottes va être exposée plus puissamment encore le 20 septembre 1792, à Valmy : contre toute attente l’armée française repousse l’armée prussienne qui lui est pourtant techni-quement bien supérieure. Goethe, assistant à la bataille, dira : « De ce lieu et de ce jour date une époque nouvelle dans l’histoire du monde ». Le lendemain, la nouvelle Assemblée fraîchement élue confirme la portée de cette victoire en déclarant l’an I de la République. Désormais tout compromis avec l’aristocratie signifie transiger avec la défense de la République. Symboliquement le lien avec l’ordre ancien est définitivement rompu quand le Roi est guillotiné le 21 janvier 1793.

Sans-culottes

Quelle est cette force qui vient de renverser la monarchie et d’arrêter la contre-révolution ? Les sans-culottes constituent un assemblage hétéroclite d’artisans, petite-bourgeoisie et journaliers, ouvriers d’ateliers. La faim et l’intérêt commun contre les spéculateurs, gros négociants ou bourgeois aisés cimentent cette union et la rendent capable de canaliser l’aspiration des plus pauvres contre les plus riches mais sans programme véritablement cohérent. Relevant des classes populaires par leur conditions d’existence et souvent la misère, les artisans n’en possédaient pas moins leur échoppe et leur petit outillage ; de tenir sous leur discipline compagnons et apprentis accentuait leur mentalité bourgeoise. Mais l’attachement au système de la petite production et de la vente directe les opposait à la bourgeoisie marchande et au capital commercial (…). De là, parmi les artisans et les boutiquiers qui formèrent les cadres du mouvement populaire des aspirations contradictoires.[Soboul, op.cit., p. 17.]]

Leur programme visait en effet à la fois la restriction de la propriété privée et son maintien, ils s’opposaient à la logique de l’accumulation du capital qui les menaçait mais, eux-mêmes propriétaires, ne pouvaient la combattre de manière conséquente. L’idéal social sans-culotte était celui d’une République de petits propriétaires. Par ailleurs il n’existe pas alors de classe ouvrière à même de développer une conscience de ses intérêts propres. S’il existe quelques grandes manufactures, elles regroupent une minorité des ouvriers qui sont alors éparpillés dans de petits ateliers employant 2 ou 3 journaliers. Ces journaliers ne pouvaient fournir la base sociale d’un programme anticapitaliste conséquent et d’une organisation indépendante. Certes il y eut des grèves et les journaliers participèrent à la lutte mais sous la bannière de leurs maitres petit-bourgeois.

(…) l’avant-garde révolutionnaire n’était pas constituée par un prolétariat de fabrique, mais par une coalition de petits patrons et de compagnons travaillant et vivant avec eux. De là certains traits du mouvement populaire, un certain comportement, comme aussi certaines contradictions résultant d’une situation ambigüe. Le monde du travail est marqué dans son ensemble par la mentalité petite bourgeoise artisanale et, comme elle, participe de la mentalité de la bourgeoisie. Ni par la pensée, ni par l’action, les travailleurs ne constituaient un élément indépendant. Ils n’établissaient pas un rapport direct entre la valeur du travail et le taux de salaire ; le salaire se déterminait par rapport au prix des subsistances : la fonction sociale du travail n’était pas clairement conçue. [17]

Même sans programme cohérent (‘maximum’ des prix et des fortunes) les sans-culottes sont donc une force redoutable contre l’aristocratie. Mais une force efficace seulement sous la direction d’une fraction de la bourgeoisie. Point crucial qui sera exposé le 10 mars 1793. Les revendications sociales d’un contrôle accru de l’économie prenaient alors une forme politique par l’exigence des sans-culottes que l’Assemblée soit purgée des élus girondins, trop compromis dans la contre-révolution (notamment lors du soulèvement en Vendée). La manifestation à l’Assemblée prévue pour le 10 mars 1793 par les sans-culottes est un échec retentissant car elle n’a pas alors le soutien des jacobins. Par contre, c’est une préparation commune qui permettra d’éliminer les Girondins le 2 juin 1793.

La dictature jacobine et la destruction des anciennes institutions

Début 1793 les problèmes ressurgissent de manière plus aiguë encore. Sur le plan social rien n’a changé et les défaites militaires se multiplient (la France est alors en guerre contre les puissances majeures européennes : Espagne, Angleterre). Il faut plus de troupes : le décret du 23 août 1793 sur la levée en masse permettra la mobilisation d’un million d’hommes jusqu’au début de 1794. Mais cette mobilisation sans précédent dans l’histoire militaire de l’époque exige, pour être efficace, que l’ensemble de l’économie soit tournée vers le front.

C’est en s’appuyant sur la mobilisation des sans-culottes le 5 septembre 1793 que les Jacobins, alors majoritaires au Comité de salut public, vont imposer à la bourgeoisie les efforts d’une économie dirigée. Le 17 septembre une loi permettant l’arrêt de toute personne suspectée de spéculation ou de soutien à la contre-révolution, est promulguée. Le 21 septembre le commerce extérieur est mis sous contrôle de l’Etat et le 29 septembre le ‘Maximum’ des prix est voté pour un panier de produits de consommation courante. C’est l’apogée de l’alliance entre sans-culottes et Jacobins.

Mais pour les Jacobins l’économie dirigée n’a jamais été un but en soi, mais un moyen de mettre l’ensemble de l’économie au service de la guerre et de l’approvisionnement des villes. Et c’est seulement dans la perspective de vaincre la contre-révolution que la bourgeoisie accepte l’alliance avec les Sans-culottes et l’économie dirigée. En clair, le mouvement révolutionnaire est mis au service des intérêts de la bourgeoisie.

Aussi en même temps qu’ils s’allient avec lui, les Jacobins attaquent-ils le mouvement populaire. A l’aide d’une combinaison de mesures, ils parviennent à discipliner les sans-culottes : attaque des porte-paroles, bureaucratisation des secteurs combatifs (en faisant notamment payer la participation aux sections et aux clubs politiques) et diminution du nombre hebdomadaire des assemblées de sections. A cela il faut ajouter que la ‘levée en masse’ a amputé le mouvement révolutionnaire de ses militants les plus actifs. D’un autre côté l’abolition sans contrepartie des droits seigneuriaux le 17 juillet 1793, ‘calme’ la paysannerie en la plaçant définitivement du côté de la République. Ainsi au début 1794 les deux mouvements qui poussaient la révolution en avant et qui constituaient la base du soutien aux Jacobins sont assagis.

Thermidor et la consolidation du pouvoir bourgeois

Avec les victoires du début 1794, le spectre de la contre-révolution semble s’éloigner et les divergences sur l’opportunité de supporter plus longtemps le poids d’une économie dirigée ressurgissent au sein de la bourgeoisie. La dictature jacobine apparait donc de moins en moins nécessaire et le gouvernement se retrouve attaqué de toutes parts. Privé de sa base de soutien, qu’il à lui-même contribué à affaiblir, le gouvernement tombe le 26 juillet 1794 (9 Thermidor an II). Le lendemain Robespierre est guillotiné. La bourgeoisie affirme alors son crédo dans la Constitution de 1795 qui institue par les lois ce que Boissy d’Anglas pose comme un principe de la société bourgeoise : « Un pays gouverné par les propriétaires est dans l’ordre social ; celui où les non-propriétaires gouvernent est dans l’état de nature. » [18]

Il faudra une dizaine d’années pour stabiliser définitivement le nouvel ordre bourgeois. Néanmoins, Thermidor marque la fin de la révolution et la première étape d’un reflux qui s’achèvera avec Napoléon en 1799. Reflux sur la base d’une consolidation des gains essentiels de la révolution, au profit de la bourgeoisie.

Quels enseignements pour aujourd’hui ?

Tout d’abord la Révolution française permet d’illustrer un trait caractéristique des révolutions bourgeoises : tout au long du processus révolutionnaire qui mène à la destruction du féodalisme, les masses auront toujours été mobilisées afin de créer les conditions politiques de la domination du capital [19]. En léguant un pouvoir unifié et centralisé, la Révolution française est bien allée à son terme. Un deuxième élément est que la domination politique du capital arrive après le dévelop-pement de relations capitalistes dans l’ancienne société. L’Ancien Régime est en place mais la société est de plus en plus bourgeoise.

La marche si brillante des révolutions bourgeoises repose socialement sur le fait que, dans une société dont la structure absolutiste féodale est profondément minée par le capitalisme déjà fortement développé, elles tirent les conséquences politiques, étatiques, juridiques, etc., d’une évolution économico-sociale déjà largement accomplie. Mais l’élément réellement révolutionnaire, c’est la transformation économique de l’ordre de production féodal en ordre capitaliste (…) [20]

Mais le développement du capitalisme change les conditions matérielles de la transformation sociale. Tout d’abord il crée une classe, la classe ouvrière, qui détient la capacité de réorganiser économiquement l’ensemble de la société. Ensuite, il développe de nouvelles contradictions liées à la centralisation politique et économique (en totale opposition avec la socialisation toujours croissante du travail), qui imposent à cette nouvelle classe de prendre le pouvoir avant de mener cette réorganisation.

La dynamique à l’œuvre dans une révolution prolétarienne est alors totalement contraire à celle d’une révolution bourgeoise. Car il n’existe pas, sous le capitalisme, d’enclaves de socialisme, de ‘brèches de socialisme’ dont il s’agirait d’assurer le développement par des conditions politiques favorables. Pour le dire autrement, il ne suffit pas de pousser plus à gauche le curseur politique pour favoriser le développement de bases économiques du socialisme, sous le capitalisme.

La pression populaire a pu pousser les Jacobins plus loin qu’ils ne le voulaient, notamment sur la question foncière avec l’abolition des droits le 17 juillet 1793. Mais jamais ils n’ont été confrontés à un ‘deuxième pouvoir’ à même de mettre en œuvre de manière indépendante son programme. Cette force là n’existait pas encore. Bien plus, le rôle crucial joué par les Jacobins dans leur capacité à fournir un programme au mouvement de masse devrait inspirer l’action des révolutionnaires aujourd’hui. A travers le réseau de leurs clubs politiques, et les liens entretenus avec les clubs plus populaires, les Jacobins ont pu conquérir une hégémonie dans le mouvement tout en gardant leur indépendance politique. Le piston jacobin a été primordial pour canaliser la puissance de la vapeur sans-culotte.

Enfin il y a une continuité entre révolution bourgeoise et révolution prolétarienne. « Le trait le plus incontestable de la Révolution, c’est l’intervention directe des masses dans les événements historiques » [21]. Cette révolte contre l’injustice est la nôtre. De surcroît, elle possède dans son développement quelque chose de plus que sa nature bourgeoise, des éléments qui pointent plus loin qu’une simple domination du capital. Ainsi, la Conjuration des égaux de Babeuf, expression d’une révolution sociale prématurée, entre un déjà là et un pas encore là en 1795, aspirait effectivement à une transformation sociale bien plus radicale que ne pouvaient l’imaginer les Jacobins. Transformation que seule l’existence d’une classe ouvrière aurait pu réaliser.

Mais il faut souligner la nécessité d’une rupture avec le schéma de la révolution bourgeoise. Le point de départ d’une réponse aux défis d’aujourd’hui réside dans la possibilité que détient la classe ouvrière de réorganiser, concrètement et non pas simplement dans ses aspirations, l’ensemble de la société au bénéfice de la majorité. C’est une rupture profonde avec 1789 : « Tous les mouvements ont été, jusqu’ici, accomplis par des minorités ou dans l’intérêt de minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement autonome de l’immense majorité dans l’intérêt de l’immense majorité. » [22] Seule l’action indépendante de la classe ouvrière, mobilisée consciemment autour de ses propres revendications, associée à la construction consciente en son sein d’une direction, par les militants révolutionnaires, permettra de renvoyer dans les poubelles de l’histoire la société née avec la Révolution française : « La Révolution française n’est que l’avant-courrière d’une autre révolution bien plus grande, bien plus solennelle, et qui sera la dernière » [23].Par William Vey

http://quefaire.lautre.net/spip.php?page=article&id_article=53

21 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

Le 22 février à Nantes!

20 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

Monsieur Ayrault 1er ministre ou duc de Nantes ?

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Le président de la République annonce dans sa conférence de presse une réforme des régions

Le lendemain sur France Inter son premier ministre se dit opposé à une région Bretagne avec la Loire Atlantique. Pour lui “on ne va prendre des bouts de région pour les mettre avec une autre.”

Il ne sait toujours pas que notre département fait partie, d’un point de vue historique, de la Bretagne, (on parlait breton en région nazairienne et à Guérande jusqu’au début du XXème siècle) et cela reste important pour une bonne partie des habitants de la Loire Atlantique.

Mr Ayrault est d’accord pour des regroupements de régions à condition que ça soit autour de “sa” métropole européenne à lui (Ah, la sacro-sainte concurrence !) et surtout ailleurs que dans son duché.

Pour le NPA au delà de ces guignolades gouvernementales et sans préjuger des limites administratives de la Bretagne, la question est celle de l’expression populaire dans un référendum départemental sur le rattachement de la Loire Atlantique à la région Bretagne.

20 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

Rencontre nationale des salariés: la pêche !

NPA

clmenti

Organisée par le NPA, la rencontre nationale des salariéEs du public et du privé qui s’est déroulée les 11 et 12 janvier a été un succès, réunissant plus de 180 militantEs et sympathisantEs.

De nombreux militantEs dans les entreprises publiques ou privées se posent le problème de résister à l’offensive gouvernementale et patronale, de construire des perspectives pour renforcer et déve- lopper les luttes engagées, et œuvrer à la reconstruction d’un mouvement ouvrier lutte de classe. Pendant deux jours, militantEs et sympathisantEs venuEs de toutes les régions ont donc discuté autour de trois débats généraux et au sein de nombreuses commissions… et bien entendu à bâtons rompus durant les temps de pause.

Les mauvais coups Un premier débat général « intervenir dans les entreprises » visait à échanger sur nos analyses des évolutions du monde du travail qui aboutissent aux situations et aux difficultés que nous rencontrons chacunE sur nos lieux de travail.

Quelles sont les causes de la dégradation du rapport de forces entre le patronat et le mouvement ouvrier ? Comment les offensives patronales depuis plus de 30 ans ont-elles réorganisé le monde du travail ?

Comment les politiques gouvernementales, des gouvernements de « gauche » comme de droite mettant en musique ces attaques, ont-elles fait exploser les repères droite / gauche ? Comment combattre la dépolitisation et plus grave encore l’imprégnation des idées de l’extrême droite ? Enfin, parce qu’il n’y a pas que des obstacles, quels points d’appui avons-nous pour dépasser enfin les clivages qui ont verrouillé le débat démocratique dans un mouvement ouvrier longtemps dominé par le stalinisme et par les bureaucraties syndicales ? Comment se mobiliser, avec les salariéEs qui ne veulent plus subir les politiques d’austérité ?

Construire les ripostes Les réponses à ces questions ont été débattues, à partir des expériences pratiques, dans les commissions : quelles sont les conséquences de la mise en place des accords de compétitivité sur les conditions de travail ? Comment faire face à la répression et aux discriminations contre les syndicalistes ?

Quelle est la réalité de la montée des idées d’extrême droite dans les entreprises et comment y résister ? Quelle est la situation des femmes dans le monde du travail, quels combats féministes ? Comment défendre la protection sociale et son financement ? Quelles sont les limites de l’utilisation du juridique, comment les révolutionnaires peuvent-ils intervenir dans les institutions représentatives du personnel ? Comment se positionner face à la montée du protectionnisme et de l’idée de « défense de l’entreprise » au nom de la crise ?
Pour le NPA, les réponses se déclinent dans l’intervention politique et la construction des organisations syndicales. Nous avons donc débattu des moyens nécessaires pour défendre dans les entreprises nos réponses à la crise économique, politique et écologique du système : tract politique, bulletin d’entreprise ou de branche d’activité, réunions politiques… La discussion a ensuite porté sur l’état des organisations syndicales en crise du fait des reculs du mouvement ouvrier mais aussi de la responsabilité des directions. L’intégration des directions syndicales et la bureaucratisation est un élément d’affaiblissement de la combativité des salariéES, mais le refus de cette logique et la réaction ouvrent des possibilités pour avancer nos perspectives d’auto-organisation.

Prêts pour les luttes, maintenant ! Samedi soir, avant de se réunir autour d’un apéro, Philippe Poutou a rappelé les luttes en cours et les problèmes qu’elle posent : les luttes contre les licen-ciements en Bretagne où le NPA cherche à aider à la constitution d’un « pôle ouvrier », la radicalité de luttes comme celle des Goodyear qui bien qu’ayant épuisé les recours juridiques continue de résister à un patronat aussi radical…

Comment construire les convergences syndicales et politiques pour imposer des mesures pratiques d’interdictions des licenciements ? C’est d’autant plus indispensable qu’il s’agit de redonner des perspectives politiques pour construire une opposition, comme l’a rappelé Christine Poupin dans son intervention, contre le Pacte de responsabilité que Hollande propose au Medef, et dont Bernard Hess de la commission santé sécu social a détaillé les conséquences sur la protection sociale.
Après la rencontre nationale des comités du NPA de décembre, cette réunion, la première depuis 2009, confirme la vitalité et les besoins d’échanges des équipes militantes. C’est une étape de (re)construction de nos interventions, de mises en commun des pratiques militantes, incluant des débats assis sur ces pratiques.

Hebdo L’Anticapitaliste – 225 (16/01/2014) Cathy Billard

http://npa2009.org/content/rencontre-nationale-des-salaries-la-peche

20 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

Belgique: nouvelles perspectives

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Le 25 mai prochain, les Belges voteront non seulement pour le Parlement européen mais aussi pour le Parlement fédéral et les Parlements régionaux.

Il s’agit d’élections très importantes, dominées par le match entre le Parti socialiste francophone et la NVA flamande…  Face à la formation libéral-­nationaliste de Bart De Wever, la social-démocratie prétend mener une politique du « moindre mal » pour sauver l’unité du pays et la sécurité sociale. En réalité, le gouvernement dirigé par Elio Di Rupo mène une politique néolibérale brutale pour faire peser sur le monde du travail le poids des 21 milliards engloutis après 2008 dans le sauvetage des banques.

Le programme de l’austérité Depuis sa formation fin 2011, le gouvernement s’est notamment attaqué au régime des préretraites, il a bloqué les salaires pour plusieurs années et a argué de l’égalité des statuts entre employés et ouvriers pour imposer un grave recul à la majorité des travailleurEs. Du fait des mesures contre l’assurance chômage, 55 000 sans-emploi (en grande majorité des femmes) seront prochainement excluEs du bénéfice des allocations.

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Face à une NVA hégémonique en Flandre, le PS donne le maximum de gages aux partis sociaux-chrétiens et libéraux de la droite traditionnelle flamande. Ceci se traduit notamment par son soutien sans faille à la stigmatisation/répression de la jeunesse (les sanctions administratives communales pour « incivilités » permettent aux municipalités d’infliger de lourdes amendes sous différents prétextes) et à une « politique d’asile » qui se distingue surtout par l’énergie avec laquelle elle piétine le droit à l’asile.

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Les directions des deux grands syndicats ont été incapables de développer une alternative à cette politique désastreuse. Elles ont certes protesté contre certaines mesures et organisé des journées d’action… mais sans plan, sans programme clair et sans réelle volonté d’aboutir. En fin de compte, elles ont ainsi semé le désarroi et un dangereux sentiment d’impuis-sance, non seulement face au gouvernement mais aussi face aux patrons qui massacrent l’emploi.

Du nouveau dans la gauche radicale Dans ce paysage peu réjouissant, deux éléments positifs sont toutefois à mentionner.

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Le premier est l’appel lancé par la régionale de Charleroi de la FGTB. Le 1er mai 2012, par la voix de son secrétaire Daniel Piron, cette importante régionale du syndicat socialiste (102 000 affiliéEs) rompait publiquement avec le PS et appelait au rassemblement des forces dans la pers- pective d’une alternative politique anticapitaliste. Depuis lors, ces syndicalistes ont multiplié les initiatives (parfois en collaboration avec la centrale nationale des employés de la CSC) et édité deux brochures remarquables, l’une pour expliquer leur démarche, l’autre pour proposer un plan d’urgence anticapitaliste.

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Le second élément est le début de percée électorale et médiatique du Parti du travail de Belgique (PTB). Lors des élections municipales et provinciales d’octobre 2012, le PTB a conquis plus de 50 sièges dans les principales agglomérations du pays, en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles. Depuis lors, il est omniprésent dans les médias et enregistre une vague d’adhésions. Dans les circons-criptions d’Anvers et de Liège, le PTB approche le seuil des 5 % qui lui permettrait d’envoyer des représentants au Parlement fédéral.

*
Il peut sembler étrange qu’un parti connu jadis pour son maostalinisme outrancier et ses zig-zag politiques innombrables, apparaisse comme l’alternative au social-libéralisme. C’est pourtant la réalité, de sorte que la gauche est confrontée au choix : soit s’appuyer sur le début de politisation de la gauche syndicale pour amener le PTB à accentuer son ouverture entamée en 2008…  soit faire le jeu de la social-démocratie et de l’establishment en général, en considérant que pas d’élu de gauche vaut mieux qu’un élu PTB.

*
Au terme d’un débat interne qui a duré près d’un an, la LCR a opté à la quasi-unanimité pour la première alternative. Le Parti communiste a fait de même. En voie de constitution autour de l’ex-député vert V. Decroly, la nouvelle formation Vega a opté pour l’autre stratégie. Les formes précises de la collaboration électorale autour du PTB seront rendues publiques prochainement. On pourra alors juger sur pièces si l’accord permet ou non de faire un pas en avant vers le nouveau parti de classe souhaité par des secteurs significatifs du mouvement syndical.

Hebdo L’Anticapitaliste – 225 (16/01/2014) De Bruxelles, correspondant

http://npa2009.org/content/belgique-nouvelles-perspectives

20 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

La fortune des 85 personnes les plus riches est égale à celle de la moitié de l’humanité

jet-set

selon une ONG

Si vous avez regardé le classement Forbes de ces dernières années, il n’est pas rare que vous soyez restés bouche bée devant le montant colossal des fortunes des Bill Gates et autres Carlos Slim.

Cependant, l’ONG Oxfam vient de publier un autre chiffre qui devrait lui aussi vous laisser coi. D’après un rapport sorti le 17 janvier dernier, la richesse combinée des 85 personnes les plus riches du monde est égale à celle de la moitié la moins riche de l’humanité. « C’est sidérant qu’au 21ème siècle, la moitié de la population mondiale – soit 3,5 milliards de personnes – ne possède pas plus qu’une minuscule élite » a déclaré Winnie Byanyima, la directrice générale d’Oxfam international.

Une inégalité entre les plus riches et les plus pauvres qui se creuse, d’autant plus que cette minuscule élite (représentant 1% de la population mondiale) a vu sa part de revenus augmenter dans 24 des 26 pays pour lesquels des données sont disponibles entre 1980 et 2012, d’après Les Echos.

Les plus riches finalement peu affectés par la crise

« Même si la crise a momentanément entamé la part des richesses mondiales détenues par les plus riches, ces derniers se sont depuis largement rattrapés, » remarque l’Oxfam dans son rapport. Les 1% les plus riches en Chine, au Portugal et aux États-Unis ont plus que doublé leur part de revenus national depuis 1980. Même dans les pays réputés plus égalitaires comme la Suède et la Norvège, la part de revenus allant aux 1% les plus riches a augmenté de plus de 50%. Selon le quotidien économique français, les causes de ce creusement d’écart sont nombreuses: la déréglementation financière, les règles et les systèmes facilitant l’évasion fiscale, mais aussi les mesures d’austérité.

« Sans une véritable action pour réduire ces inégalités, les privilèges et les désavantages se trans-mettront de génération en génération, comme sous l’Ancien régime. Nous vivrons alors dans un monde où l’égalité des chances ne sera plus qu’un mirage » conclut l’Oxfam.

Le Huff Post/AFP  |  Par Wendy Bracat Publication: 20/01/2014 12h15 CET  |  Mis à jour: 20/01/2014 13h18 CET

http://www.huffingtonpost.fr/2014/01/20/85-personnes-les-plus-riches-egale-moitie-humanite-ong_n_4630261.html?utm_hp_ref=france

20 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

Pourquoi les français n’ont rien à craindre de l’immigration (ci)

auvergnat
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On peut difficilement passer plus d’une journée en France sans entendre quelqu’un affirmer que les minorités ethniques constituent le plus gros problème du pays et que la présence d’immigrés com- promet l’identité même de la France.
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Une conviction généralement exprimée sans aucunement tenir compte de la responsabilité historique du pays, en tant que puissance coloniale, pour la présence d’anciens sujets de ses colonies en métropole, et sans vouloir admettre que la France sera doré- navant une mosaïque ethnique, et qu’il revient autant aux Français qu’aux immigrés de faire en sorte que cette diversité fonctionne.Depuis un an, je vois constamment de jeunes Noirs se faire interpeller et contrôler à la gare du Nord, pratique qui, contrairement à ce qui se passe à New York, ne soulève ici pratiquement aucundébat. “J’espère que vous êtes bien vacciné, m’a lancé un chauffeur de taxi en passant par un quartier noir. Maintenant, il n’y a plus besoin d’aller en Afrique pour attraper une maladie tropicale.”
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« La France n’existe plus » 
A propos des minorités ethniques vivant dans la capitale, des Français que je ne connaissais pas m’ont à plusieurs reprises fait remarquer : “Ce n’est plus la France. La France n’existe plus.” Il y a derrière pratiquement tous les échanges sociaux le présupposé permanent que l’on peut établir une division claire et significative entre les individus qui composent la vraie France et les imposteurs.En tant qu’Américain enseignant dans une université canadienne, je suis arrivé ici en 2012 pour prendre un poste dans une université française à Paris. J’observais depuis longtemps avec un intérêt modéré l’histoire, la culture et la vie politique françaises, mais je n’étais jamais resté très longtemps dans le pays et, lors de mes précédents séjours, je n’avais jamais prêté attention aux profonds clivages qui marquent ici tant d’aspects du quotidien. Lorsque des inconnus inquiets du destin de leur pays s’adressent à moi, je m’efforce de répondre patiemment.Mon accent américain ne leur échappe pas mais ne suffit pas à les décourager, car j’appartiens à une autre catégorie d’étranger : je ne suis pas perçu comme un “immigré” mais plutôt comme un “expa-trié”, venu de son propre gré pour des raisons probablement futiles, et non par nécessité écono- mique ou pour assurer ma survie ou ma liberté. Cette distinction n’est pas simplement un préjugé de l’homme de la rue : elle est inscrite jusque dans la procédure des bureaux français de l’immigration, où doivent se rendre tous les étrangers pour obtenir leur carte de séjour, mais où les Maliens et les Congolais sont dirigés vers une pièce, et les Américains et les Suédois vers une autre.

Présomption d’égalité 
Pour les premiers, la procédure a des allures de mise en quarantaine et l’attitude des fonctionnaires s’apparente à celle de gardiens de prison ; pour les seconds, un passage au bureau de l’immigration ressemble davantage à une cérémonie d’accueil et tout, dans nos échanges avec les fonctionnaires, évoque une présomption d’égalité. L’égalité est bien entendu l’un des principes fondateurs de la République française, et pourtant les critiques de la philosophie des Lumières, qui est à la base de la Révolution, savent depuis longtemps qu’il y a deux poids deux mesures : lorsque l’on parle d’égalité, soulignent-ils, il est entendu qu’elle ne vaut qu’entre égaux.

Pendant le plus clair de l’histoire de la République française, la ligne de démarcation entre égaux et inégaux a été déterminée par la dynamique de l’empire colonial. En France continentale, l’égalité était en principe absolue, mais dans les colonies, c’était une valeur qu’il fallait cultiver : pour être pleinement considéré comme un égal, un sujet des colonies devait démontrer par ses mœurs et ses goûts qu’il incarnait parfaitement l’identité française.

Avec la contraction de l’empire et la réorientation du nationalisme français vers une logique non plus territoriale mais culturelle, la distinction entre égal et inégal est passée de l’échelle mondiale au niveau local. Les francophones du monde entier ont alors commencé à affluer en métropole, avec le statut non plus de sujets coloniaux mais de simples étrangers.



Le fait que ces sujets inégaux se soient établis en France est bien entendu étroitement lié à l’héritage historique de l’impérialisme français : ce n’est pas par caprice que les Africains francophones choisissent de venir en France, mais parce qu’une longue tradition a imposé la culture française dans leur pays d’origine. Je suis devenu philosophe en grande partie parce que, comme bien d’autres, j’imaginais que cela me permettrait de m’élever au-dessus du marais trouble de l’attachement local, de la loyauté ethnique et provinciale et d’étreindre le monde dans son ensemble, d’être un vrai cosmopolite.
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Une xénophobie alimentée
 L’histoire montre pourtant que, par leur éducation philosophique, bon nombre de philosophes finissent par s’attacher plus encore à leur identité nationale ou ethnique. Cette tendance semble particulièrement répandue dans l’Europe d’aujourd’hui, et plus encore en France. Beaucoup d’Américains imaginent que la philosophie française est dominée par des penseurs abscons comme Jacques Derrida, qui s’était fait une réputation de séduire d’innocents disciples par des proclamations en forme de koan. Mais une sous-espèce bien plus dangereuse du philosophe français est l’“intellectuel public”, dont les déclarations, par l’intermédiaire des médias français, sont parfaitement compréhensibles, d’une simplicité confinant au simplisme, et souvent totalement irresponsables.
*
Prenez par exemple le philosophe autoproclamé Alain Finkielkraut qui, dans son dernier livre à succès, L’Identité malheureuse, affirme tout de go que l’immigration détruit l’identité culturelle française. Il déplore le “métissage” de la France, terme souvent repris par l’extrême droite dans ses slogans, au sens de “bâtardisation”. L’auteur, dont le père était un immigré polonais et rescapé d’Auschwitz, et qui tout au long de sa carrière a fait la part belle à ce qu’il appelle le “devoir de mémoire”, prétend défendre les valeurs des “Français de souche”. Il alimente ainsi la xénophobie qui sévit en France et qui a été exacerbée, ici comme dans d’autres pays d’Europe, par le climat d’incertitude économique.Qu’est-ce qui peut bien justifier cette distinction entre expatriés et immigrés, ou les difficultés réservées à ces derniers lorsqu’ils tentent de s’établir dans un nouveau pays ? Les Européens nativistes, comme Finkielkraut, disent souvent craindre d’être “envahis” par un groupe ethnique issu de pays ou de régions économiquement désavantagées. La plupart d’entre nous peuvent s’accorder à dire que, même s’il n’existe aucun droit absolu à préserver la pureté de sa culture, il y a tout au moins un véritable avantage à vivre parmi des gens qui partagent beaucoup de valeurs et traditions communes.Il y aurait par exemple quelque chose à perdre si en Islande une vague massive d’immigration débouchait sur un changement démographique si radical que les Islandais se retrouvaient en minorité dans ce pays insulaire jusqu’alors homogène – et cela constituerait une perte pour le pays lui-même comme pour ceux d’entre nous qui, sans y vivre, tiennent à ce que nous pourrions assimiler à l’équivalent culturel de la biodiversité.

Or, rien qui ressemble de près ou de loin à un bouleversement d’une telle ampleur ne se produit en Europe, pas même dans les pays qui ont connu la plus forte immigration, comme la France et la Grande-Bretagne. Outre l’avantage réel qu’il y a à vivre parmi des gens qui partagent nos valeurs et traditions, il y a aussi ce que le philosophe Michael Dummet définit dans son important ouvrage On Immigration and Refugees [De l’immigration et des réfugiés] comme le droit de vivre en citoyen de première classe. Ce droit, précise-t-il, dépend en partie de la conduite d’un Etat, et en partie du comportement de son peuple.

Que le droit des immigrés à être des citoyens de première classe s’oppose ou pas au droit des premiers habitants à la préservation culturelle repose largement sur la politique de l’Etat et sur l’opinion publique. Même si le nombre d’immigrés en Europe était beaucoup plus élevé, ce serait une illusion de supposer que les immigrés mènent un effort concerté pour modifier le caractère du pays dans lequel ils sont venus. Parler d’“occupation” ou d’“invasion” est analogue, et correspondrait en fait bien plus justement au mouvement initial des Etats Européens dans leurs anciennes colonies, mouvement qui, une fois de plus, représente un facteur crucial dans les tendances et schémas migratoires actuels vers l’Europe.

L’immigration en Europe, tout comme par exemple dans le sud-ouest des Etats-Unis ou à l’intérieur de l’ex-Union soviétique, est dictée par des rapports historiques profonds et des schémas d’échanges entre les pays d’origine des immigrés – dans le cas de la France, surtout l’Afrique du Nord et la Françafrique subsaharienne – et les lieux de destination.
*
Politiques migratoires 
Depuis la fin de la Renaissance, l’Europe entretient des échanges permanents – humains, financiers, matériels et culturels – avec la sphère extra-européenne et pourtant, quelques siècles après la grande expansion mondiale de la fin du XVe siècle, un mythe s’est installé dans toute l’Europe, qui voudrait que les nations européennes se constituent entièrement de l’intérieur, que leurs cultures soient le fruit du terroir et soient inscrites depuis la nuit des temps sur un bout de terre immuable.C’est cette conception de la constitution d’une nation qui a mené à la fracture fondamentale qui distingue aujourd’hui encore la politique migratoire européenne de celle des Etats-Unis. L’approche américaine de l’immigration est arrimée à des circonstances historiques liées à l’appropriation d’un continent, et c’est cette même histoire d’appropriation qui continue à induire un sentiment de honte chez la plupart des Euro-Américains qui pourraient autrement être tentés de se présenter comme des indigènes.


*
L’Amérique doit reconnaître son identité hybride et construite, puisque les seuls qui puissent raisonnablement prétendre au statut d’indigènes sont ceux-là mêmes que cette nouvelle identité visait à déplacer. Mais en Europe, aucun déplacement de ce type n’intervient dans la mémoire historique : les Européens peuvent plus facilement s’imaginer être leurs propres indigènes et, par là même, imaginer l’impact démographique du monde extra-européen sur le continent comme le signe avant-coureur d’un hypothétique déplacement total. L’angoisse nativiste des Européens repose sur des valeurs que l’on ne saurait railler ou balayer d’un revers de main.
*
L’exaltation du terroir Elles ne sont pas totalement étrangères aux divers mouvements visant à défendre les traditions locales : l’exaltation du terroir et du “slow food”, la suspicion à l’égard des multinationales. Mais comme la vénérée tomate et tant d’autres produits de diverses cuisines européennes, l’identité culturelle européenne est également le résultat de très anciens réseaux d’échanges internationaux. Depuis des siècles, ces réseaux servent surtout à l’enrichissement de l’Europe au détriment du reste du monde, et c’est ce déséquilibre qui explique en grande partie les schémas migratoires actuels. L’Europe n’a jamais été autonome et le rôle qu’elle a tenu dans le monde l’a certes enrichie mais lui a aussi légué une responsabilité unique envers l’immense partie de la planète dont elle a tiré sa prospérité.J’observe la situation actuelle à partir d’une position privilégiée, en ma qualité d’étranger à part : je ne suis pas de ceux que l’on soupçonne d’être venus pour consommer des ressources et menacer une tradition, mais plutôt de ceux qui sont censés célébrer ces traditions et acquiescer passivement aux sentiments des indigènes. Le privilège, pour moi, ne tient pas simplement au fait que je ne suis pas la cible de discrimination, mais aussi au fait que je suis capable d’apprendre beaucoup de choses auxquelles je n’aurais pas accès si j’avais un autre type d’accent ou une peau plus foncée. Et même si ce que j’entends dans les rues est décourageant, ce n’est en réalité qu’un écho du discours de la classe politique et de supposés intellectuels, qui préfèrent imputer l’instabilité du présent et l’incertitude de l’avenir aux membres les plus impuissants de la société française.

Justin E. E. Smith enseigne l’histoire et la philosophie à l’université Paris Diderot (Paris 7).

20 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

Finistère, le conseil général épinglé par la chambre des comptes (lt)

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En ces temps de rigueur budgétaire et de raréfaction de l’argent public, le rapport de la chambre régionale des comptes sur la gestion de l’Amicale des conseillers généraux du Finistère risque d’en faire tousser quelques-uns.

Un rapport qui, au passage, a valeur définitive, l’association n’ayant pas apporté de réponse aux observations formulées par les magistrats pour les exercices budgétaires 2009 et suivants.Passe encore que la comptabilité de l’association, présidée par Pierre Maille, se fasse encore, au XXIe siècle, « sur un simple cahier, à la main ».

Après tout, l’agent du conseil général du Finistère, payé par l’amicale pour la gestion administrative et comptable de l’association, effectue ces tâches « sans qu’aucun contrat de travail n’ait été formalisé ». Reste que les comptes soumis chaque année à l’assemblée générale « ne présentent pas toutes les garanties de fiabilité », d’autant qu’il n’y a aucun commissaire aux comptes !

Plus surprenante est la question du remboursement des frais de déplacements qui se montait à 3.715 € pour 26 membres présents à l’assemblée générale en 2009. « D’anciens conseillers généraux (membres de l’amicale) habitant à proximité du siège de l’amicale », ont ainsi perçu des rem- boursements « sans rapport avec les frais réellement engagés », observe la chambre régionale qui parle de versements faits « à tort et en dehors de tout fondement juridique ».

Mais en cette période de réforme du régime des retraites, c’est la possibilité de rachat d’annuités offerte aux conseillers généraux qui vaut son pesant d’or. Une valeur de rachat qui « n’a jamais été actualisée » depuis 1986 « alors même que les pensions sont revalorisées ». Pour faire simple, ce rachat d’annuités « assure un rendement de plus de 50 % par an » pour ses bénéficiaires. Et la chambre régionale des comptes de souligner que ce système est « particulièrement déséquilibré et défavorable au budget du conseil général » T. L.

Commentaires:

1 Ben quoi, la droite le faisait bien, en pire, elle!

2 On comprend  tout de suite pourquoi les départements sont indispensables!

3 Ici y a pas de « voyages d’études » sous les tropiques avec les épouses?

4 Nous resterons fermes sur les revendications des personnels, hein!

http://www.letelegramme.fr/ig/generales/regions/finistere/finistere-le-conseil-general-epingle-par-la-chambre-des-comptes-20-01-2014-2373514.php

19 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

Philippe Poutou si j’étais conseiller municipal

NPA

19 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

Face à une bourgeoisie décomplexée, le défi est de parler de nouveau en notre propre nom

NPA

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Entretien avec Olivier Besancenot

Le 9 janvier paraissait au Cherche-Midi La Conjuration des Inégaux. Dans cet ouvrage, Olivier Besancenot revient sur les rapports de classe aujourd’hui et notamment sur cet étrange paradoxe : alors que les prolétaires n’ont jamais été aussi nombreux, ils ont rarement eu une conscience aussi affaiblie de leur force potentielle.

Comment expliques-tu qu’aujourd’hui la bourgeoisie soit la seule classe consciente de ses intérêts collectifs?

La bourgeoisie, forte de son histoire, est consciente de la constance de sa domination sur la société et n’ignore pas le poids des échecs passés qui pèse sur nos épaules. Cela explique probablement son côté décomplexé. De plus, sa position spécifique dans l’ordre social la pousse instinctivement à se mobiliser d’autant que les rênes du pouvoir financier, que les capitalistes se disputent dans le cadre de la guerre économique, les soudent paradoxalement d’un point de vue politique. La concurrence à laquelle ils se livrent est un jeu réservé à une élite que tous sont prêts à défendre becs et ongles vis-à-vis du restant de la société. En nombre restreint, les exploiteurs disposent en outre du temps précieux qui nous est volé par le travail salarié, pour coordonner leur action et huiler ainsi régulièrement les rouages de leur domination, jouissant en prime de la complicité active de l’appareil d’Etat.

Historiquement la bourgeoisie a toujours su s’activer à bon escient pour défendre ses intérêts. On pourrait dire qu’elle milite depuis toujours. Très vite, elle s’organise dans des cercles fermés pour asseoir sa mainmise économique et s’affirme politiquement à travers différents clubs. L’histoire contemporaine nous rappelle que depuis la Révolution française, la bourgeoisie n’a jamais trop tergiversé pour exister comme sujet politique indépendant.

Depuis une vingtaine d’années, le discrédit des idées socialistes et communistes, issu de la gestion sociale-démocrate des institutions et de la tragédie du stalinisme a permis à la bourgeoisie de se réaliser un peu plus encore. Même les contradictions  terribles qui minent son système, le menaçant d’effondrement, ne semblent pas la faire vaciller outre mesure. Il faut avouer que son objectif fondamental est devenu la préservation de sa position dominante. Une logique moins romantique que celle de la Révolution française, soit, mais qui semble entraîner vers l’action les individus qui composent cette classe avec une certaine efficacité.

Tu qualifies le prolétariat de « sujet perdu ». Pourquoi cette « perte » ? 

Daniel Bensaïd dans Marx l’intempestif évoquait le reflux idéologique des années 1990 en disant que les classes sociales semblaient être devenues des sujets perdus à la faveur des discours alors en vogue sur la disparition des classes et la mort des idéologies. En fait, un siècle politique nouveau supplantait celui qui avait été ouvert par la Révolution russe de 1917 et qui se refermait avec la chute du mur de Berlin. Non seulement le capital a su se déployer sur les quatre coins du globe mais pire, les perspectives émancipatrices anticapitalistes, toutes variantes confondues, ont subi de violents reculs, volatilisant de nombreuses consciences et boudant quasiment les nouvelles générations, même les plus rebelles. Pendant 150 ans, des millions d’exploités avaient vécu dans l’espoir qu’un monde meilleur, débarrassé de la domination capitaliste et des inégalités sociales, soit un objectif atteignable. Dorénavant, les masses populaires vivent dans la conviction que les futures générations vivront moins bien qu’elles.

Cette dégradation du rapport de forces entre les classes ne siffle pas la fin de la partie, loin de là, mais elle situe la période et ses enjeux : une lente phase de reconstruction où les repères de classe jailliront du renouvellement de la lutte de classe ainsi que de l‘aptitude de la gauche révo- lutionnaire à insuffler dans ces combats le meilleur des traditions du mouvement ouvrier. Or, sous les ruines idéologiques du siècle précédent, le stalinisme nous a légué un cadeau empoisonné d’outre-tombe : communisme et démocratie apparaissent comme des corps étrangers, même lors de révolutions. Privé d’un volet politique crédible, la lutte de classe est bancale, boite. Le sujet d’émancipation contemporain s’ignore alors qu’objectivement il n’a jamais été aussi fort.

Comment peut-il regagner son identité de sujet politique? Un parti comme le NPA a-t-il un rôle à jouer dans cette réémergence? Lequel? 

Ceux qui vendent leur force de travail – manuelle ou intellectuelle – à un employeur sont des prolétaires au sens marxiste du terme. Or, l’apogée numérique du prolétariat dans l’histoire du capitalisme correspond étrangement à un grand moment d’invisibilité sociale et politique. Au-delà des terminologies, que la classe des exploités se retrouve et s’assume comme sujet collectif est la tâche de l’heure. Une tâche immense qui nous dépasse largement mais dans laquelle il faut s’inscrire. Le prolétariat, hier comme aujourd’hui, change, évolue et n’est pas une masse statique dont on ponctionne passivement la plus-value. Il est et sera d’abord ce qu’il décide de révéler s’il décide d’agir en conscience comme une force collective.

Le rôle du NPA, comme d’autres mouvements, consiste, peut-être, à partir de la lutte de classe pour encourager la multitude des combats, en intégrant la pluralité des thèmes de radicalisation qui la travaillent, et qui dépassent le seul cadre de l’entreprise. N’étant pas qu’un parti des luttes, nous devons chercher à féconder ces dernières d’une perspective politique de classe subversive. Cela suppose d’intégrer les évolutions du mouvement social.

Notre atout spécifique pourrait être de refuser une conception commune aux partisans de la société post-industrielle comme à ceux d’un prolétariat exclusivement ouvriériste : les messagers de la mort annoncée de la classe ouvrière industrielle aimeraient enterrer la portée subversive que véhicule le secteur ouvrier du prolétariat, qui garde une place stratégique dans la production capitaliste, mais ils se trompent sur l’état des lieux, surtout lorsque l’on porte le regard au-delà de nos frontières. Pour autant, il est indéniable que les ouvriers ne jouent plus le rôle entraînant d’antan au sein des pays qui ont été le berceau du mouvement ouvrier. C’est d’autant plus vrai qu’au cours des cinquante dernières années le prolétariat s’est indubitablement précarisé et s’est morcelé géographiquement, ce qui n’est pas pour rien dans notre difficulté à faire converger les luttes. Cela étant, le prolétariat ne s’est jamais résumé au bleu de travail ou à la chaîne de montage. Aujourd’hui il intègre de nouvelles couches dans les services.

Plus que jamais se pose la nécessité d’une auto-représentation démocratique de cette classe, sur la base d’un programme anticapitaliste renouvelé et adapté, pour être en capacité de redonner chair à une perspective politique d’émancipation. Notre contribution peut consister à faire naître des majorités d’idées aptes à redonner confiance à notre camp social. C’est vrai des questions de répartition des richesses, d’expropriation ou de priorité à donner à la satisfaction des besoins sociaux plutôt qu’à la spéculation et aux profits. Elle consiste aussi à faire émerger un pôle décomplexé qui assume une identité sociale forte, où Français et immigrés sont unis par le même combat et qui réfute aux politiciens professionnels le droit de parler en son nom. Là réside la principale difficulté : le doute, les complexes, savamment travaillés par nos exploiteurs, poussent les nôtres à trouver cette idée certes sympathique mais concrètement irréaliste. Parler à nouveau en notre propre nom est probablement le cœur du dilemme qui agite le prolétariat du XXIe siècle.

Tu évoques dans ton livre « l’héritage émancipateur du prolétariat », comment se le réapproprier ? 

C’est l’objet même d’une organisation politique. La lutte de classe ne décrète pas, elle existe et vit selon ses propres rythmes. En outre, elle porte en elle une charge émancipatrice qui regarde vers l’avant plutôt qu’en arrière. Mais notre héritage est essentiel en ce qu’il nous relie aux expériences passées, pour le meilleur comme pour le pire. Découvrir, ou redécouvrir que la classe exploitée a été capable, hier, d’écrire les plus belles pages de l’Histoire est une des entrées possibles pour se reconsidérer aujourd’hui. Mais c’est aussi utile pour penser les erreurs du passé et tenter de ne pas les reproduire. Les adversaires sur le chemin de notre émancipation ne sont pas nouveaux et sont tenaces, qu’il s’agisse de la répression étatique ou de la contre-révolution bureaucratique qui guette dès que les organes démocratiques de base d’une révolution se dévitalisent. Malheureusement, de nos jours, pour bon nombre d’organisations révolutionnaires, l’héritage politique est d’abord affaire de controverses. Ce travers nous prive de tourner cet héritage à l’extérieur des cercles militants et nous empêche surtout de le mettre en perspective au regard de l’avenir. Un héritage n’a de sens que si nous le conjuguons au présent. Sans quoi, à regarder dans le rétroviseur de l’Histoire, on oublie le présent et on devient spectateur des évènements qui secouent le monde dans lequel nous vivons.

Propos recueillis par Jihane Halsanbe Revue L’Anticapitaliste n°50 (janvier 2014)

http://npa2009.org/content/entretien-avec-olivier-besancenot-%C2%AB%E2%80%89face-%C3%A0-une-bourgeoisie-d%C3%A9complex%C3%A9e-le-d%C3%A9fi-est-de-parler

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