Nouveau Parti Anticapitaliste 29

Npa29 Expression des comités Npa: Pays Bigouden, Brest, Carhaix-Kreiz Breizh, Châteaulin, Presqu'île de Crozon, Morlaix, Quimper, et Quimperlé. Seuls les articles signés "Npa" engagent le parti.

26 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Ça barde chez les Bretons (cqfd)

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Dimanche 27 octobre, au lendemain de l’action contre le péage écotaxe de Pont- de-Buis dans le Finistère, les esprits sont échauffés dans le bar-tabac du bourg de Guerlesquin, situé à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Morlaix. « Ça va être la révolution en Bretagne, déclare Patrick dit L’émir, la cinquantaine joviale. On va faire sauter leurs portiques. Ça va barder dans tous les sens. On ira jusqu’à Paris s’il le faut. On peut plus faire autrement. » Patrick est un des maillons de cette chaîne qui se trouve menacée par la crise de l’agroalimentaire en Bretagne : éleveur de poulets, il possède des poulaillers jusqu’en Guadeloupe et au Maroc, d’où son surnom. « C’est un mouvement incontrôlable ! Il n’y a pas de chefs, personne ne décide !  », insiste-t-il étrangement. Le mardi 29 octobre, le gouvernement annonçait la suspension de l’écotaxe afin de calmer les esprits.

Le 31 octobre, le volailler Tilly-Sabco basé à Guerlesquin annonçait sa décision d’arrêter l’exportation de ses poulets à partir de janvier 2014 [1]. Un coup terrible pour cette petite ville de 1 390 habitants dont toute l’activité tourne depuis des décennies autour de l’usine Tilly. Fondée par un fils de boucher dans les années 1950, Tilly était devenue la plus grosse unité d’abattage en Europe dans les années 1980, spécialisée dans le congelé bas de gamme halal à destination des pays du Golfe, jusqu’à 100 000 poulets exportés par jour. C’est l’époque où la famille Tilly possédait la ville si bien que Le Point, en 1989, avait surnommé Jacques Tilly – maire ancré à droite de 1965 à 1989, puis de 1995 à 2001 – «  le Ceausescu du Trégor ».

Même si les abattoirs Tilly-Sabco sont vendus en 1986 et passent entre les mains de Doumeng, le Milliardaire rouge, puis deux ans plus tard dans celles de Gérard Bourgoin qui les cèdera à son héritière Corinne, avant d’être rachetés sous la direction de Daniel Sauvaget en 2008, et qu’ils n’employaient jusqu’à fin octobre que 335 salariés, l’emprise féodale laisse des traces. Certaines ambiances de bar sont minées et les bouches peinent à se délier. « Si on parle de travers, c’est des coups à finir sur la chaîne d’abattage », plaisante Guy, habitant de Guerlesquin qui travaille hors de la ville. Mais si le temps du patronat paternaliste a vécu, c’est celui de la gestion mondialisée, costumée made in Breizh, qui sonne le glas de l’industrie guerlesquinaise. Dès le mois de mai, Sauvaget annonçait la réduction de 40 % des effectifs, puis il y eut l’inauguration aux allures de deuil d’un nouvel atelier de production de saucisses de poulet, juste une semaine avant l’annonce attendue de l’arrêt des exportations.

Les raisons de la crise du secteur avicole ? Une concurrence mondialisée avec le Brésil qui pique tous les marchés orientaux, mais surtout l’arrêt brutal des aides européennes à l’export, hors Union européenne, décidé en février pour un secteur qui vit grâce à 23 % de subventions ! L’écotaxe – en passe de devenir un scandale d’État – a servi de prétexte et de symbole au ras-le-bol pour cette région qui ne peut délester une part de son trafic routier sur un réseau ferroviaire et fluvial peu adapté à l’industrie locale. Et ce en dépit du fait que le gouvernement avait déjà octroyé une réduction de 50 % sur la taxe et que la Bretagne bénéficiait déjà de la gratuité pour son principal axe routier.

Depuis juin, c’est bien un sinistre social qui s’opère dans cette partie du Finistère, touché par une série de plans sociaux, menaçant de détruire plus de trois mille emplois – un millier juste pour Tilly-Sabco ! – directs et indirects, sans guère de solutions de reclassement immédiat. Or, cette crise – krisis en grec signifie aussi « carrefour » – est aussi celle d’un modèle agro-industriel, rendu vulnérable par le dumping social mondial et partout décrié comme vecteur de pollution et producteur de malbouffe [2]. Qui a intérêt à sauver ce « modèle breton » sous perfusion ? « À en croire les présidents des chambres d’agriculture de Bretagne, le modèle défendu mériterait que l’État continue de soutenir l’agriculture et l’agroalimentaire, écrivait Raymond Penhouët, producteur de lait à la retraite et président de la FADEAR, réseau pour l’agriculture paysanne proche de la Confédération paysanne, dans un courrier non publié, adressé à Ouest-France fin septembre. 570 euros par mois, c’est le revenu moyen des fermes sans les aides, si on ajoute 1,5 actifs par exploitation, il n’y a pas de quoi fanfaronner. […] La part de plus en plus importante des aides PAC dans le revenu revient à dire que l’agriculture bretonne est sous perfusion. »

Ce qui est frappant dans cette situation, c’est l’incapacité des acteurs et des victimes de ce naufrage à remettre en cause un modèle qui leur fait toucher le fond aujourd’hui. Depuis les choix agricoles des années 1950, l’omerta et le déni ont régné en Bretagne sur les conséquences environnementales du remembrement et de l’élevage intensif, sur les risques socio-économiques de la mono-activité – ou encore sur l’usage intensif des pesticides, dont les agriculteurs sont les premiers malades, sans parler des pollutions d’algues vertes causées par les épandages de lisier. « Les gens ne se posaient pas de questions, explique Jimmy. Travailler dans l’agroalimentaire en Bretagne, c’était avoir la sécurité de l’emploi à vie. D’ailleurs, la plupart n’ont jamais pensé à contracter d’assurance chômage. » « C’est un modèle au bout du rouleau, insiste Raymond Penhouët, contacté par CQFD. Le slogan “libre pour gagner et aider pour ne pas perdre” implique ici à la fois le recours toujours croissant aux subventions et la réduction des coûts de main-d’œuvre pour rester performant, comme dans le cas de Gad où l’on fait venir des intérimaires étrangers, ukrainiens ou roumains, payés 5 euros l’heure… »

Le désarroi social actuel produit une promiscuité inédite et paradoxale au sein de cette fronde baptisée des « bonnets rouges » avec un sens aigu du marketing territorial [3] et téléguidée en sous-main par la FNSEA et le Medef local : élus de gauche et de droite, régionalistes de gauche, identitaires d’extrême droite, militants du NPA chevillés à la défense de l’emploi, agriculteurs « conventionnels », artisans étranglés par les taxes, petits patrons esclaves des banques et prolétaires sacrifiés. Le 2 novembre à Quimper, Sauvaget – qui a décidé du plan social de sa boîte avec un certain sens du timing politico-social et rejette toute la responsabilité sur le seul ministre Le Foll – défilait avec « ses » ouvriers : patrons et salariés, tous ensemble ! Après le succès de cette mobilisation qui a rassemblé plus de 20 000 personnes, Thierry Merret, président de la FDSEA, et un des organisateurs du rassemblement, déclarait qu’il fallait « moins de contraintes administratives, environnementales, fiscales et sociales ». C’est le même Merret qui monte depuis des années systématiquement au créneau contre les « écologistes intégristes » et clame l’innocuité des nitrates sur la pollution de l’eau [4]… Il ne s’agit pas de gager l’extension de ce mouvement en une révolte anti-austérité plus vaste, mais les intérêts défendus par un jeu de pression sous le vernis de la fronde antijacobine visent avant tout à obtenir du gouvernement les garanties de subventions publiques et européennes.

Avec son Pacte d’avenir pour la Bretagne, Ayrault cherche à donner des gages au secteur agro-industriel. En visite à Rennes fin septembre, il déclarait déjà que « le modèle agroalimentaire breton [n’était] pas mort  » et avait autorisé les éleveurs bretons à construire des bâtiments d’élevage intensif « sans contrainte »… Depuis la révolte bretonne, le gouvernement a promis de lâcher un milliard d’euros pour l’économie bretonne, le doublement de l’enveloppe consacrée à la Bretagne de la PAC pour les sept ans à venir, passant de 175 à 368 millions d’euros, plus 15 millions d’euros débloqués en urgence pour les entreprises en difficulté. Un nouveau rendez-vous de mobilisation prévu par le collectif « Vivre et travailler en Bretagne » pour le 30 novembre donnera la température de ce « mouvement complexe [5] », notamment si le patronat retire ses billes.

Jean-Claude Balbot, animateur des Centres d’initiatives pour valoriser l’Agriculture et le milieu rural (CIVAM) et éleveur de bovins dans les monts d’Arrée, à la retraite depuis peu, s’avoue « déprimé par la confusion ambiante, entre les ouvriers de Gad qui se foutent sur la gueule à Josselin et se font séparer par les flics et ceux qui défilent pour leur patron à Quimper… » Ayant assisté aux discussions au ministère, il a pu prendre la mesure de l’ignorance du monde paysan qu’a le gouvernement : « On se trompe d’objectif : face à l’urgence, le gouvernement va renforcer la cause de cette urgence. Or, cela fait longtemps qu’on a fait l’évaluation de la politique publique agricole et de son échec. Il faudrait faire un pas de côté, arrêter les investissements faramineux – comme ces cathédrales d’élevage de pondeuses sur plusieurs étages –, et se demander comment faire fonctionner durablement les fermes en dégageant du revenu, sans se gaver d’argent public et tout en respectant l’environnement. C’est ce que j’ai fait pendant 40 ans et qu’on ne me dise pas que c’est réservé à une élite !  » .« Finalement ce que je déplore le plus dans cette situation, lâche-t-il dans un soupir, c’est que, depuis dix ans, la joie a déserté les campagnes. Les paysans disparaissent, on ne connaît plus ses voisins et on ne voit plus d’assemblée de paysans qui rigolent entre eux le soir au café. Rendre les gens malheureux, c’est ça le crime ! »

Dernière minute Le 22 novembre, Daniel Sauvaget annonçait que le dispositif exceptionnel décidé par l’Europe lui permettrait finalement de prolonger son activité après janvier. Comme quoi les prises d’otages – en l’occurence des 335 salariés de Tilly-Sabco menaçés par le plan social annoncé par Sauvaget un mois plus tôt – peuvent parfois s’avérer fructueuses ! « Ouf, on respire à Guer- lesquin… Vive l’Europe ! Nous aussi on est heureux, car vraiment on sent que c’est pas un sursis… comme depuis 15 ans », confie Micheline, une habitante, avec un brin d’ironie.

Ouvriers vs ouvriers Les 60 salariés licenciés du site Gad de Lampaul-Guimiliau (Finistère), ne s’attendaient pas à être accueillis de la sorte le mardi 22 octobre devant l’abattoir de cochons du groupe de Josselin (Morbihan). Venus bloquer la sortie des camions pour se faire entendre par la direction, ils furent reçus par 400 ouvriers en blouse qui les ont repoussés violemment, appuyés par quelques agriculteurs liés à l’activité de l’entreprise. « Quand on n’a plus de travail, on en cherche, on ne vient pas manifester pour rien et emmerder le monde », invectivait une salariée de Josselin, elle-même sans doute en sursis. Les gendarmes, appelés en renfort, sont intervenus à plusieurs reprises pour séparer les manifestants. « Avec des ouvriers comme ça, plus besoin de milice patronale ! », commentait un délégué FO de Lampaul.

Paru dans CQFD n°116 (novembre 2013), par Mathieu Léonard,   mis en ligne le 25/11/2013

http://cqfd-journal.org/Ca-barde-chez-les-Bretons

25 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Violences faites aux femmes: des luttes à mener !(1)

Quand on te dit que si tu ne veux pas être violée, tu n’as qu’à pas porter une jupe aussi courte / sortir après minuit / boire d’alcool.

Les violences faites aux femmes sont multiples : psychologiques, physiques, sexuelles… ces trois dimensions s’articulant fréquemment.

Cela va du harcèlement psychologique des publicités et des médias (1) aux viols conjugaux (2), en passant par la pénibilité plus importante du travail des femmes (3). Et bien sûr, jusqu’au meurtre.

Une fonction politique 174 femmes sont mortes en 2012 en France sous les coups de leur compagnon ou de leur ex, soit une moyenne d’un décès tous les deux jours (4). Ces assassinats sont en augmentation constante (146 en 2011).
Il est de bon ton de se désolidariser des auteurs de ces actes, de considérer ces violences comme des « dérapages », des « excès », voire des « déviances ». Il n’en est rien. Les violences faites aux femmes font partie intégrante du système patriarcal.  Des conséquences logiques de l’ob- jectification des femmes, qui assène depuis l’enfance que les femmes sont et doivent être à la disposition des hommes. Elles ont aussi une fonction répressive qui participe au maintien du système.

Le couple hétéro, recours ou piège ? Il suffit de regarder d’un œil critique l’injonction à être en couple hétéro-sexuel. Cette structure constitue comme on le sait un cadre d’exploitation non ré- munérée de la force de travail des femmes au bénéfice direct de leurs compagnons.  En passant de célibataires à «en couple», les femmes assument en moyenne 45 minutes de travail ménager sup- plémentaire, et les hommes… 7 minutes. Pourquoi donc les femmes continuent-elles à y adhérer ?

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Il faut regarder les motivations : le plus souvent les femmes vont mettre en avant le sentiment de sécurité. Un sentiment plutôt faussé lorsque l’on sait que la plus grande part des violences physiques et sexuelles envers les femmes ont lieu dans la sphère familiale !

La solidarité masculine, contre l’émancipation féminine Pour le comprendre, ce sont bien les violences omniprésentes et systématiques qu’il faut considérer. Les femmes sont poussées à s’associer à un homme (et donc à lui fournir des services domestiques et sexuels) dans un contexte où elles sont menacées par la violence… des autres hommes.

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C’est encore l’image de l’assassin et du violeur de rue ou des transports en commun, qui exclut les femmes de l’espace public. C’est enfin la solidarité entre hommes qui permet avec bien- veillance le harcèlement de rue, d’autant plus qu’une femme n’est pas clairement appropriée par un homme.

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Il s’agit bien là d’un système où la violence est utilisée pour astreindre les femmes à l’exploitation. Car le patriarcat n’est pas une idéologie flottante, mais un système dont une catégorie de la population est bénéficiaire.

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On peut souligner que la vulnérabilité économique des femmes est une autre pierre angulaire du maintien du patriarcat : c’est bien la peur de la pauvreté qui oblige de nombreuses femmes à rester avec leur compagnon.

La nécessité d’un mouvement autonome féministe de lutte des classes Le capitalisme est constitué actuellement sur des bases patriarcales : par exemple seulement 11 % de femmes dans les conseils d’administration du CAC40, un patrimoine qui continue de se transmettre par les hommes, comme on le voit avec l’interdiction de la PMA pour les femmes « sans homme », célibataires ou lesbiennes).

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Pour autant, s’il utilise des mécanismes du patriarcat, il sait fort bien s’accommoder des évolutions de genre. Comme le suggère Christophe Darmangeat, « en transformant le travailleur comme la travailleuse en salariés, dont les efforts devront s’échanger contre une certaine somme d’argent, le capitalisme établit que leur travaux, pouvant être mesurés par un étalon commun, sont constitués d’une substance unique ».

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La division sexuelle du travail et l’oppression des femmes ne sont donc pas nécessaires au capitalisme, qui peut leur survivre : elles proviennent d’un système différent. La fin du capitalisme ne provoquerait donc pas mécaniquement la fin de l’oppression et de l’exploitation des femmes en tant que femmes, puisque celle-ci découle du patriarcat.

Si donc il importe de veiller à l’articulation entre ces deux systèmes (mais aussi avec d’autres oppressions comme le racisme), il n’est pas possible de limiter la lutte pour l’émancipation des femmes à une intervention syndicale ou parasyndicale.

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Les luttes contre les violences, pour le droit à disposer de son corps, nécessitent un mouvement autonome des femmes. Cela ne signifie pas un mouvement intégralement non mixte, mais avec des cadres non mixtes pérennes. Cela ne signifie pas non plus un mouvement a-classiste, ni qui reproduise d’autres formes d’hégémonie, en s’aveuglant sur l’articulation avec d’autres oppressions, comme celles des lesbiennes et des bisexuelles, des femmes racisées, en situation de handicap… Enfin, cela ne signifie pas un mouvement qui dédouane les autres organisations ouvrières d’intervenir dans le champ de la lutte contre le patriarcat.

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Cela signifie un mouvement dirigé par et pour les femmes, dont l’émancipation des femmes constitue la boussole et la priorité. C’est-à-dire, en peu de mots, l’auto-organisation des opprimées. Le rôle du NPA en tant qu’organisation révolutionnaire est donc de contribuer à (re)construire un tel mouvement, en s’y investissant et en reconnaissant sa nécessité et sa légitimité.

Chloé Moindreau Dimanche 24 novembre 2013

Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste – 218 (21/11/2013)

25 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Partout dans le monde (2)

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D’après un rapport de l’OMS rendu public il y a quelques mois, une femme sur trois est victime de violences dans le monde (selon une étude menée dans 81 pays).

Régulièrement, de nouveaux faits divers sordides viennent donner réalité à ces chiffres. L’an dernier, en Inde, un viol collectif dont la victime est morte avait donné lieu à des commentaires ahurissants : des policiers mettant en doute la « vertu » de la victime, des hommes politiques conseillant aux femmes de ne pas sortir la nuit, jusqu’à un projet de loi instaurant un couvre-feu pour les femmes !

Laisser-faire et répression Des manifestations d’une ampleur inattendue se sont alors succédé : des milliers de femmes et d’hommes, beaucoup de jeunes, se sont mobilisés pendant plusieurs semaines pour dénoncer ce viol devenu emblématique de tous les autres. Les manifestantEs n’ont pas simplement réclamé justice pour cette victime, mais ont dénoncé toutes les violences subies par les femmes, dans un pays où le harcèlement sexuel est désigné par l’expression anodine « Eve teasing » (taquiner Eve) !

Elles ont aussi dénoncé le laisser-faire des autorités. Celles-ci ont d’ailleurs bien compris le message… en réprimant dans la violence ces manifestations. Mais la presse s’est fait l’écho et même le soutien de cette mobilisation : un quotidien a ainsi publié pendant une semaine, chaque jour,le récit d’un viol à chacune de ses pages. Par le biais d’internet, les manifestations se sont étendues à l’ensemble du pays et ont été médiatisées dans le monde entier.

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Viols banalisés De la même façon, un viol, et surtout son traitement par la justice, a récemment suscité l’indignation au Kenya : des hommes ayant violé une adolescente ont été condamnés à tondre la pelouse autour du commissariat ! Si les manifestations n’ont pas pris l’ampleur de celles qui avaient eu lieu en Inde, là aussi la colère a été relayée par internet et dans les médias. Une pétition a recueilli plus d’un million de signatures et a obligé les pouvoirs publics à reprendre la plainte de la jeune fille.

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Sur tous les continents, le viol reste une réalité dont on méconnaît la « banalité » : une récente étude menée dans six pays d’Asie montre qu’un homme sur quatre reconnaît avoir commis un viol. Les termes de l’étude sont intéressants : le mot « viol » n’a pas été employé par les en- quêteurs, ce qui explique sans doute le grand nombre de réponses positives : ceux qui reconnaissent avoir forcé leur épouse, ou une personne qui avait trop bu, ne considèrent généralement pas cet acte comme un viol. Pire, certains assument leur « droit » à imposer une relation sexuelle non consentie.

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« Une double révolution » En Égypte, alors que les femmes ont pris une part importante dans les « printemps arabes », leur situation semble s’être dégradée. Déjà à l’époque des manifestations, de nombreuses exactions avaient eu lieu contre les femmes (l’ONG Human Rights Watch décomptait 91 femmes violées sur la place Tahrir en juin 2013). Une enquête de la fondation Thomson Reuters désigne désormais l’Égypte comme le pays du monde arabe où les violences contre les femmes culminent.

« Comme le montrent les tristes résultats de ce sondage, nous les femmes avons besoin d’une double révolution, l’une contre les divers dictateurs qui ont ruiné nos pays et l’autre contre un ensemble toxique de culture et de religion qui ruine nos vies en tant que femmes », commente l’éditorialiste égypto-américaine Mona Eltahawy.

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Dans tous les pays du monde, quels que soient les régimes politiques, les « cultures » et les religions, des femmes sont victimes de violences. Le rapport de l’OMS indique : « il s’agit d’un problème mondial de santé publique, d’ampleur épidémique, qui appelle une action urgente ». Effectivement, il y a urgence, et le 25 novembre est l’occasion pour nous de rappeler qu’aux quatre coins du monde, des femmes souffrent, et se battent : nous soutenons leurs luttes contre les violences et contre le système patriarcal qui les perpétue. Catherine Stotzky

http://npa2009.org/node/39684

25 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Des hommes féministes ? (3)

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Les hommes peuvent-ils participer à la lutte féministe ?

Derrière cette interrogation est posée tout le principe d’auto-organisation des oppriméEs. Or ils sont bien rares, les mouvements féministes qui excluent toute possibilité de soutien de la part des hommes.

Les hommes peuvent donc s’investir dans cette lutte, bonne nouvelle ! Oui mais comment ? Certains militants proféministes et chercheurs y ont précisément réfléchi : par exemple John Stoltenberg, dont l’ouvrage « Refuser d’être un homme » a été enfin traduit en françaisen avril dernier, ou Léo Thiers-Vidal dont les textes ont été rassemblés dans un ouvrage posthume sous le titre Rupture anarchiste et trahison proféministe, paru en février dernier. Sa thèse, De « L’ennemi principal » aux principaux ennemis : position vécue, subjectivité et conscience masculines de domination, a été préfacée par Christine Delphy, tout comme l’ouvrage de Stoltenberg.

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Respecter les stratégies Bien sûr, il s’agit de ne pas prendre le pas sur les femmes, et leur imposer une stratégie pour leur propre émancipation. C’est à ce titre que les organisations d’hommes féministes se revendiquant comme telles doivent interroger, quand, pour soutenir les revendications de certains groupes féministes, elles s’opposent à d’autres (comme cela peut être le cas d’un collectif comme Zéro Macho).

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Le fait que des hommes se retrouvent en position de déterminer la « bonne » stratégie et de peser davantage que les porte-parole féministes dans les médias peut se révéler problématique. Ainsi encore, lorsqu’à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, une AG « non mixte hommes » a diffusé son texte urbi et orbi alors qu’aucun écho des AG non-mixtes femmes n’a été relayé…

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Ne pas confisquer la parole, ni bien sûr reproduire des rapports de domination (y compris dans la sphère privée). Cela veut donc dire respecter les stratégies et les agendas des féministes auxquels on choisit de se rattacher.

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Thiers-Vidal et Stoltenberg convergent sur deux autres aspects essentiels de l’investissement des hommes dans le mouvement féministe : lire les ouvrages féministes et assumer un travail de terrain sur ces questions. À ces conditions, et à ces conditions seulement, un homme peut se déclarer militant féministe : il ne suffit pas de le dire pour l’être ! C.M.

http://npa2009.org/node/39684

25 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Visages de l’islamophobie (4)

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Après les mobilisations de Mamans Toutes Égales à Montreuil contre l’interdiction les femmes portant le foulard d’accompagner les sorties scolaires, c’est à Bobigny que s’est tenu le 13 novembre un rassemblement contre les discriminations, à l’initiative des premières concernées, des mères d’élèves des quartiers nords du Blanc-Mesnil (93).

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En cause ? Une circulaire de l’Éducation nationale ainsi rédigée : « Il est recommandé de rappeler dans le règlement intérieur que les principes de laïcité de l’enseignement et de neutralité du service public sont pleinement applicables au sein des établissements scolaires publics. Ces principes permettent notamment d’empêcher que les parents d’élèves ou tout autre intervenant manifestent, par leur tenue ou leurs propos, leurs convictions religieuses, politiques ou philosophiques lorsqu’ils accompagnent les élèves lors des sorties et voyages scolaires. »

Les femmes visées Quand l’islamophobie s’abat, c’est de plus en plus souvent sur les femmes. La focalisation se fait sur le port du foulard, avec une multiplication des lois à son encontre : loi interdisant le port du voile à l’école, loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public (visant le niqab et la burqa), interdictions aux femmes voilées d’accompagner les sorties scolaires, d’exercer dans les services publics, interdiction des signes religieux au domicile des assistantes maternelles, interdiction du port du voile dans les entreprises privées assurant des missions de service public (crèches notamment…).

Tout cela se conjugue au renforcement de l’extrême droite autour de la « Manif pour tous », ce qui a entraîné une augmentation effarante du nombre d’agressions islamophobes contre des femmes.

La lutte contre l’islamophobie est bien une lutte féministe : ce sont les femmes qui sont exclues des cadres de sociabilité, de l’éducation et de l’emploi.

C.M.

Dossiser réalisé par la commission nationale féministe du NPA.

http://npa2009.org/node/39684

25 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Iran: tractations autour du nucléaire

Raghs

Femme perse dansant avec une coupe de vin (17è siècle)

Sur fond de crise économique et sociale violente, le régime de Téhéran entend obtenir un compromis avec les puissances impérialistes.

C’est le sens du nouveau round de négociation engagé entre la République islamique d’Iran avec le groupe 5+1 (cinq membres permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne).

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La population subit la politique économique du régime marquée par le clientélisme, la corruption des différentes factions qui se partagent le pouvoir et le parasitisme des Gardiens de la Révolution qui contrôlent environ 40 % de l’économie du pays. À cela s’ajoute le poids de l’embargo criminel imposé par les grandes puissances.

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Ainsi, en 2012 le taux de croissance du PIB était de -5, 2 %. Le taux de chômage, qui varie selon les différentes statistiques officielles de 15 à 20 %, est en réalité plus proche des 35 % et l’inflation avoisine les 40 %. Le pouvoir d’achat de la population a chuté de 72 % entre 2005 et 2012. Plus de 50 % des 77 millions d’Iraniens vivent sous le seuil de pauvreté.

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Cependant, les sanctions imposées par les puissances impérialistes n’ont pas stoppé le pro- gramme nucléaire de Téhéran. Elles ont juste permis aux dignitaires du régime et aux Gardiens de la révolution de s’enrichir en organisant le marché noir et la contrebande.

Compromis avec les grandes puissances Mais le régime doit faire face à ses divisions internes qui s’exacerbent à mesure que le pays s’enfonce dans la crise, au rejet d’une frange de plus en plus large de la population et enfin aux bouleversements que connaît le Moyen-Orient sous l’effet entre autres, de la politique colonialiste de l’État d’Israël, des guerres impérialistes en Irak et en Afghanistan, des révolutions arabes et de la situation syrienne.

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Les effets combinés de ces crises et les impasses de l’impérialisme ont ouvert une nouvelle période dans les relations entre la République islamique d’Iran et les grandes puissances. Le régime de Téhéran a des ambitions de puissance régionale, et compte discuter avec les États-Unis un compromis « gagnant-gagnant ». Cela passe par une nouvelle phase de négociations et de compromis avec les grandes puissances impérialistes, autour du nucléaire, de la levée progressive des sanctions et de la question syrienne. C’est le sens des tractations qui ont repris mercredi 20 novembre à Genève.

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Les négociations seront sans doute longues et difficiles mais il est évident que les États-Unis et la République islamique souhaitent parvenir à un compromis. La France quant à elle n’a pas les mêmes intérêts immédiats d’où une position maximaliste. Fabius et Hollande se font aujourd’hui les portes-voix de l’État colonialiste d’Israël et du royaume des Saoud, symbole de l’intégrisme et de l’archaïsme dans la région.

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Quant aux peuples d’Iran, ils n’ont rien à attendre des puissances impérialistes et de la dictature théocratique qu’est la République islamique. Depuis l’élection de Rohani, une nouvelle vague de répression est à l’œuvre à l’encontre des travailleurs en lutte pour leurs droits. Cela s’accompagne d’une série d’exécutions de prisonniers, notamment de prisonniers politiques kurdes. Plus que jamais les forces progressistes ont besoin de notre solidarité.

Babak Kia Dimanche 24 novembre 2013

Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste – 218 (21/11/2013)

25 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Rythmes scolaires: répondre aux provocations du ministre

Rythmes scolaires: répondre aux provocations du ministre dans Educ'action You%27re-not-just-wrong-you%27re-stupid

Les journées de grève des 12, 13 ou 14 novembre dans l’éducation ont été comme annoncé des réussites.

À Paris, les animateurs ont été massivement en grève le mardi, seulement 75 écoles sur 660 ayant fonctionné normalement, avec des cantines ou des activités périscolaires complètement fermées dans la majorité. Cela a montré la force de frappe de ces salariéEs et l’ampleur de leur colère.

Le mouvement continue Chez les enseignants, la grève mercredi ou jeudi a été massive : environ unE enseignantE sur deux en grève, avec des pointes à 80 ou 90 % de grévistes dans certaines villes, malgré l’absence d’appel national à la grève du SNUipp-FSU.

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Pourtant, une quarantaine de sections départementales avaient appelé à la grève contre l’avis de la direction nationale, ce que le secrétaire général a l’audace de décrire de la façon suivante : « nous avons très clairement été engagés dans une quinzaine d’actions nationales sous forme de grèves et rassemblements. » Une façon de nier la fronde qui existe dans le syndicat majoritaire contre les positions de la direction nationale, une fronde qui devrait se concrétiser par un appel national à la grève début décembre.

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À Paris, où la grève a atteint 70 % (pour la sixième grève depuis un an sur ce thème), les discussions sur la reconduction ont commencé : dans les plupart des arrondissements, le principe de reconduire a été voté. Dans certains (18e et 20e), une tentative de grève reconductible est en préparation à partir du 26 novembre. L’idée est de libérer du temps pour convaincre les hésitantEs, concrétiser le soutien des parents d’élèves (un sondage révèle que 65 % d’entre eux sont favorables à l’arrêt de la réforme), organiser la convergence entre personnels de la ville et de l’Éducation nationale.

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Mais les difficultés sont réelles, les organisations syndicales, malgré des déclarations d’intention en assemblées générales, ne relayant pas ces appels à reconduire le mouvement. De plus, pour l’instant, les assemblées générales n’ont pas acquis la force de construire seules le mouvement. Mais des jalons sont posés pour continuer à construire la mobilisation.

Pendant ce temps, rue de Grenelle… Alors que les personnels sont mobilisés, Vincent Peillon ouvre le plus naturellement du monde des « concertations sur le métier d’enseignant », où se rendent bien gentiment les directions syndicales…

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Le ministre marche sur des œufs car il sait qu’il ne faut pas donner l’impression de lancer une nouvelle attaque. Pourtant, les annonces sont explosives. Il propose de redéfinir le temps de travail des enseignants, faisant croire qu’il s’agira d’un progrès alors que les premiers éléments concrets sont un projet d’annualisation du temps de service des enseignants remplaçants et l’exigence de faire travailler deux fois le 2 septembre (comme journée de pré-rentrée et plus tard en deux demi-journées devant élèves).

*

Il propose encore de discuter du statut des directeurs d’écoles, alors que la réforme des rythmes scolaires pousse déjà à faire des écoles de petits établissements recrutant leurs animateurs et discutant, sous pression des mairies, de projet éducatifs locaux, ce qui renforce les inégalités sur le plan national.

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Enfin, il fait semblant de s’intéresser à l’éducation prioritaire, alors qu’il ne revient pas sur la suppression des postes de RASED (réseaux d’aide spécialisée aux élèves en difficulté) et sur la pénurie budgétaire. L’enjeu pour le mouvement est que ces provocations soient comprises comme telles, et encouragent à se mobiliser pour faire reculer le gouvernement.

Dimanche 24 novembre 2013

Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste – 218 (21/11/2013) Antoine Larrache

25 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Manif le 3 décembre à Genève pour aller devant l’OMC (a.ch)

omc geneve

Pour les droits des peuples, contre le «libre» échange !
Manif mardi 3 décembre · 18h · départ : zone piétonne du Mont-Blanc, Genève

Quinze ans après l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI), accord bloqué par une vague mondiale de protestations, des négociations secrètes en marge de l’OMC tentent à nouveau un véritable coup d’Etat mondial.

Négociés en secret, de nouveaux traités permettraient aux multinationales d’attaquer en justice tout Etat dont les décisions pourraient nuire à leurs profits. Des amendes se chiffrant par milliards – imposées par des tribunaux extrajudiciaires composés d’avocats d’affaires – obligeraient les Etats à privatiser leurs services publics, puniraient un droit du travail trop contraignant ou encore une législation environnementale trop cohérente.

OMC, TiSA, APT… Un traité peut en cacher un autre !

Le 3 décembre, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) se réunit à Bali. Les prétentions exorbitantes des multinationales ont bloqué les négociations depuis une douzaine d’années, d’où le recours à ces négociations parallèles et secrètes pour imposer un fait accompli :

  • L’Accord sur le Commerce des Services (TiSA) actuellement négocié à Genève entre 27 pays dont les Etats-Unis, l’UE et la Suisse, imposerait la dérégulation de tous les services (notamment financiers !) et la privatisation des services publics. En effet, les Etats devraient subventionner autant les écoles et les hôpitaux privés que ceux du public, au nom d’une soi-disant « neutralité concurrentielle » ! Nos impôts financeraient leurs bénéfices !
  • L’Accord de Partenariat Transatlantique (APT) entre l’Amérique du Nord et l’UE (et qui s’imposerait à la Suisse via les bilatérales) attaquerait la souveraineté des Etats et des citoyens dans tous les domaines, notamment l’agriculture et l’alimentation. Ceux-ci ne pourraient plus interdire les OGM (ni même les étiqueter !) ou les additifs alimentaires toxiques, ni garantir la protection des données sur Internet, ni réglementer la finance. Même une municipalité n’aurait plus le droit de choisir le type d’aliments pour ses cantines scolaires, car les Etats devraient veiller à la « mise en conformité de leurs lois, de leurs règlements et de leurs procédures » avec le traité.

Sous couvert de stimuler une économie en crise, il s’agit en réalité d’éliminer toute règle pouvant limiter les bénéfices des transnationales et de livrer au capital financier des biens communs fruits de tant de luttes et sacrifices. Il s’agit des immenses « marchés » mondiaux des services publics, tels que la santé ($ 6460 milliards) ou l’éducation ($ 2500 milliards).

De la politique fiction ? NON !

Déjà, une multinationale réclame des milliards à l’Allemagne pour sa sortie du nucléaire ; une autre un milliard à la France pour le retrait d’un permis pour les gaz de schiste ; une troisième attaque un Etat qui a relevé son salaire minimum ! L’OMC a même condamné les Etats-Unis pour des boîtes de thon labellisées « sans danger pour les dauphins » ! Les traités bilatéraux récemment signés entre la Suisse et la Chine, comme avec la Colombie, font fi des aspects sanitaires et environnementaux de production, comme des libertés syndicales…

Une fois adoptés, ces traités seraient imperméables aux alternances politiques et aux mobilisations populaires, car ils ne pourraient être amendés qu’avec le consentement unanime des pays signataires.

C’est la souveraineté populaire, le principe même d’un contrôle du politique (et des tribunaux) sur l’économie et la société qui est en jeu ! On comprend alors le secret qui entoure ces négociations. Alors que des centaines de multinationales y participent, rien ne doit filtrer aux journalistes et citoyens. Ils seront informés lorsqu’il sera trop tard.

Mais comme pour l’AMI, les peuples peuvent encore bloquer cette forfaiture des élites, s’ils sont informés ! De par la planète, les mouvements sociaux appellent à une journée mondiale d’action lors de l’ouverture de la conférence interministérielle de l’OMC le 3 décembre prochain. À Genève aussi, nous manifesterons.
Organisation : SSP · ATTAC · Communauté genevoise d’action syndicale · SIT · UNIA · CETIM · Coordination Climat et justice sociale · La Gauche · Gauche anticapitaliste · Forum social lémanique · Mouvement vers une révolution citoyenne · Parti socialiste genevois · Parti du travail · Présence latino-américaine · Solidarité Bosnie GE · solidaritéS · Uniterre · Les Verts

23 novembre 2013 http://www.gauche-anticapitaliste.ch/

25 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Rassemblement des Bonnets rouges, création d’un «pôle ouvrier» (of)

Un pôle ouvrier a été constitué sous l’égide du comité de soutien au maintien de l’emploi. Il appelle à manifester à Carhaix le 30 novembre.

Sous l’égide du comité de soutien au maintien de l’emploi, créé le 18 octobre à Carhaix, vient de se constituer un pôle ouvrier qui appelle à participer au rassemblement des Bonnets rouges le samedi 30 novembre.

L’annonce en a été faite ce matin dans la capitale du Poher en présence de salariés de chez Gad, Tilly-Sabco et Marine Harvest. « Il faut tordre le cou à cette idée véhiculée depuis plusieurs semaines qui dit que le mouvement des Bonnets rouges est un rassemblement de patrons, d’extrémistes, d’identitaires », martèle Matthieu Guillemot, membre du comité qui rappelle que le défilé du 2 novembre à Quimper était majoritairement composé d’ouvriers,d’employés, de précaires, de chômeurs…

Les instigateurs du « pôle ouvrier » invitent ces derniers à se rassembler le samedi 30 novembre à 13 h place de la gare à Carhaix, avant de rejoindre ensemble le site de Kerampuilh.

Carhaix-Plouguer – 11h40

25 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Wallace, l’autre Darwin, politiquement incorrect (llb)

the_evolution_of_man

 Mort il y a juste cent ans, il eut le tort d’être trop à gauche, trop anticapitaliste, fémi- niste, utopiste, et d’être aussi devenu spiritiste, l’histoire des sciences l’a boudé.
Un livre et un colloque lui rendent hommage. Wallace fut d’abord le codécouvreur de la sélection naturelle et fut un esprit extraordinaire. Libre.

Charles Darwin est si célèbre qu’il est devenu un nom commun : on parle de « darwinisme » et les intégristes religieux se battent encore contre ce concept admis pourtant depuis cent cinquante ans. Mais à l’ombre du grand Darwin, se trouve un autre géant des sciences et de la pensée, injustement oublié : Alfred Russel Wallace (1823-1913), qui codécouvrit avec Darwin, le mécanisme de la sélection naturelle, responsable de l’évolution des espèces. Mais le fait qu’il fut aussi un utopiste, féministe, de gauche, et qu’à la fin de sa vie, il crut aux esprits, explique qu’il fut longtemps rayé de l’histoire des sciences. (…)

En Amazonie « Wallace fut non seulement un grand scientifique, mais à la différence de Darwin, il fut aussi un grand témoin de son temps et écrivit sur tous les thèmes de la société dans laquelle il vivait. » Wallace, comme Darwin, n’avait pas de formation scientifique. Si Darwin eut une formation de clergyman, Wallace fut un pur autodidacte obligé de travailler à 13 ans, à Londres, dans une me- nuiserie et ensuite, comme surveillant de travaux pour les relevés topologiques liés à l’ »enclosure act », la privatisation des terres, qui créa des Landlords, mais aussi une grande misère chez les paysans chassés des terres qu’ils occupaient. Wallace en sera traumatisé toute sa vie.

Il était sensibilisé aux idées de gauche par la lecture de Robert Owen, un utopiste anglais comme Fourier le fut en France. Toute sa vie, il resta outré par les excès du capitalisme (qu’on retrouve un peu aujourd’hui). Les écrits anticapitalistes de Wallace expliquent en partie que sa pensée fut occultée jusqu’aux années 1970. Alors que Darwin était un grand bourgeois qui ne s’exprimait pas sur les problèmes de son temps. (…)

En Amazonie, Wallace prit tous les risques, maladies, insectes voraces. De Manaus, il remonte le Rio Negro et en dresse une carte précise qui resta longtemps la meilleure. Il est typique de constater que Wallace s’intéressait aussi aux populations locales. Il voyagea avec les Indiens dont il ne comprenait pas la langue, ce qui l’amena à constater que « quand on vit avec eux, les Indiens ne sont en rien ces sous-hommes décrits par ceux qui ne les voient qu’au bord des fleuves ».

Le bateau brûle Wallace resta quatre ans en Amazonie et rentra par un bateau qui brûla en plein océan avec les spécimens qu’il avait ramenés. Il s’en sortit par miracle; mais, dès qu’il fut à Londres, il voulut repartir, cette fois, dans une zone a priori plus calme, l’archipel malais (Java, Bornéo, etc.). Il y resta six ans et y poursuivit la même démarche de collecte d’animaux (insectes, oiseaux du paradis…), pour les étudier, mais aussi les vendre. Ce fut encore une vraie aventure avec son serviteur malais, l’attaque de pirates et la rencontre du Rajah Blanc de Sarawak qui servit de modèle au Lord Jim de Kipling. Wallace lui rendit hommage en disant qu’ »il gère bien » les indigènes,  » pas par la force, mais grâce à de bonnes relations » .

Wallace était déjà évolutionniste. Il ne croyait pas que les êtres vivants avaient été créés comme tels, par un Dieu. Comme les esprits éclairés de son temps, il avait vu que les espèces ont évolué. Partout où il voyageait, il remarquait les traces de cette évolution. A l’époque, dans l’Angleterre anglicane, c’était pourtant encore tabou d’être évolutionniste, même si le journaliste Robert Chambers avait écrit un livre à succès sur ce thème. Mais le mécanisme de l’évolution n’était pas compris. Lamarck proposait que ce soit une adaptation aux conditions du milieu. Wallace croyait tout autrement : c’est la compétition entre les espèces, le « struggle for life » qui choisit les plus aptes.

Un cas unique en histoire des sciences Il envoya un article en 1855, évoquant cette piste, à l’influent Charles Lyell, à Londres, qui s’empressa de mettre en garde Darwin. Darwin, en effet, réfléchissait à ce même mécanisme depuis 1837, mais ne voulait encore rien publier. Lyell lui dit : « Fais gaffe, tu vas te faire griller par Wallace. » Wallace qui avait beaucoup d’estime pour Darwin ne protesta jamais. Même quand il apprit que son texte envoyé de Sarawak avait été montré à Darwin. Et même quand Lyell – un cas unique dans l’histoire des sciences – décida de publier le texte de Wallace; mais, en même temps, de publier un texte semblable de Darwin, en forçant la main à ce dernier et en aménageant d’autorité ses lettres. Certes, Darwin n’a rien volé à Wallace et l’antériorité de Darwin dans la réflexion est évidente, mais sans cette intervention de Lyell, Wallace, plus impulsif que Darwin, eut été le premier à publier un texte sur le mécanisme de sélection naturelle par la com- pétition entre espèces. On peut comparer cela à la question de l’antériorité entre Higgs et Englert sur la découverte du mécanisme du boson.

Darwin et Wallace se connaissaient bien et s’écrivirent toute leur vie : « J’ai lu toutes leurs lettres, elles sont étonnantes et il y en eut jusqu’à trois par semaine » , explique Jacques Reisse. Certes le « struggle for life » comme mécanisme fut découvert par les deux. Mais il y avait des différences dans les détails et Wallace se montrait plus darwinien que Darwin ! Il refusa, à raison, le mécanisme que Darwin conservait du choix par la femelle du mâle le plus puissant (« la séduction »). Wallace n’a d’ailleurs jamais adopté le terme de « sélection naturelle » , préférant « sélection du plus apte » .

Les esprits « La grande différence entre Darwin et Wallace est que, s’ils furent tous deux de formidables observateurs, Darwin fut aussi un grand expérimentateur qui a vu le lien entre la sélection naturelle et la sélection opérée par les éleveurs. » Mais le clivage principal vint en 1864, quand il s’est agi d’appliquer la sélection naturelle à l’apparition de l’homme. Wallace estimait que cette loi n’expliquait pas tout l’homme et qu’à cause de l’art, la musique, la philosophie, il y aurait autre chose. Darwin vit d’emblée que Wallace partait sur un terrain dangereux. Et en 1871, Darwin répondit à Wallace dans son livre « The descent of man » où il expliqua qu’il y a certes des différences quantitatives entre l’homme et les autres espèces, mais pas de différences qualitatives. Wallace pourtant, persista dans l’idée erronée que, pour l’homme, l’évolution aurait un but, un « designer ». Darwin eut beau lui écrire : « Ne tue pas notre enfant » , Wallace continua à croire qu’il y a deux mondes : celui qu’on voit et celui des esprits. Il était déiste, mais antireligieux et non-pratiquant. Comme beaucoup à son époque, il croyait aux revenants, aux fantômes, aux maisons hantées.

Père de la biogéographie « Il est curieux, constate Jacques Reisse, que face à ces croyances, Wallace ait été si naïf. Il racontait en y croyant, une séance chez Mme Ross, aux Etats-Unis, où, disait-il, il avait vu se matérialiser des esprits. Cette dame eut beau être condamnée en Justice pour faux, Wallace persista en disant : ‘certes, il existe des menteurs, mais dans ce cas précis, je l’ai vu de mes yeux.’ Il écrit alors des livres sur ce sujet et donne des conférences à grand succès : 1 000 personnes sont venues l’écouter à Los Angeles. »

Mais revenons aux autres acquis de Wallace. « Le Monde » vient de lui consacrer deux pleines pages en insistant sur sa découverte de « la biogéographie » ou comment l’étude de la biologie et des différentes entre espèces peut nous renseigner sur l’évolution de la terre. Il pressentait déjà les conséquences qui viendront plus tard de la découverte du mouvement des plaques tectoniques. Des terres éloignées voient se développer d’autres espèces. Il se rendit, par exemple, aux îles de Bali et Lombok, toutes proches (25 km) et dont pourtant la faune est totalement différente. Elle est asiatique à Bali et australienne à Lombok. Depuis, on a déterminé « une ligne de Wallace » qui divise les continents à ce niveau. Entre Darwin et Wallace ce fut toute leur vie une admiration mutuelle, malgré leurs désaccords. C’est Wallace qui inventa le mot « darwinisme ».

Wallace fut aussi un grand féministe. Dans les années 1860, il soulignait que tous les hommes étant égaux, les femmes devaient avoir le droit de vote. Il refusait tout eugénisme et estimait que les femmes sont l’avenir de l’humanité car, disait-il, quand elles seront indépendantes économiquement, bien éduquées, elles auront ce discernement qui améliorera le futur de l’humanité. Il fut aussi antimilitariste, prônait une Inde indépendante, Malte libre, s’opposait à la guerre des Boers, s’interrogea déjà sur l’indépendance du Québec et critiquait fermement la violence du capitalisme.

C’est ce « gauchisme » et ce « spiritualisme » qui l’ont jeté dans l’oubli jusque dans les années 1970 quand on le redécouvrit en Angleterre. En France, par contre, il reste un paria. Sans doute, trop opposé au rationalisme français. Guy Duplat Publié le lundi 25 novembre 2013 à 05h38 – Mis à jour le lundi 25 novembre 2013 à 08h15

http://www.lalibre.be/culture/livres/wallace-l-autre-darwin-politiquement-incorrect-5292d43b3570386f7f342f4c

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