Archive | Syndicalisme

25 mai 2020 ~ 0 Commentaire

caudan (npa rdf)

Alerte!

Contre la fermeture de la fonderie de Caudan (Morbihan) et les licenciements

C’est par la presse que les ouvriers de la fonderie de Caudan (ex-SBFM), filiale de Renault depuis 2009, ont appris le sort qui était réservé à leur usine et à leur emploi.

Jusqu’à cette fin de semaine dernière, la direction locale de l’entreprise affirmait n’être au courant de rien !

L’Assommoir

Renault a investi dans une nouvelle ligne de production (30 millions d’euros) après l’incendie qui a affecté l’usine en 2019 et mis en chômage technique le personnel. Alors même que depuis, la production a été délocalisée « en attendant » en Espagne et en Turquie, mais qu’à la veille du Covid19 le travail reprenait sur site, cette annonce de fermeture inclue dans le grand plan de réduction des effectifs chez Renault et ses filiales a sonné comme un coup de massue…

Aucun délai

La décision de fermeture, brutale, devrait tomber le 29 Mai. Outre le devenir des 380 CDI, de la centaine d’intérimaires c’est aussi les millions d’euros publics investis dans la boîte qui sombreront dans un trou sans fond…

Le prétexte de la crise sanitaire ne trompe personne ici. C’est d’abord le redressement des profits qui est à l’ordre du jour pour Renault et ses actionnaires sur le dos une fois de plus des travailleurs, de la condition ouvrière.

Délocalisation à bas coûts et impact écologique

Si la production délocalisée ne revient pas sur le site, cela impliquera de mettre 30 000 tonnes de marchandises sur les routes et signera la fin de la fonderie sans qu’il soit envisagé son maintien et sa possible adaptation et reconversion grâce au savoir-faire de ses ouvriers et techniciens et de sa nouvelle ligne de production performante. Les capitalistes n’en ont rien à faire du désastre social qu’ils produisent continuellement.

Luttes à venir

Sauf que les ouvriers et la CGT de l’ex- SBFM n’entendent pas baisser les bras. L’histoire et la tradition des luttes jusqu’au bout ont fortement impacté la mémoire de l’usine mais aussi de toute la Bretagne.

Lundi se tiendra le premier rassemblement où il sera demandé des comptes à la direction, au préfet, au gouvernement. La lutte se prépare pour le maintien du site et de tous les emplois et d’ores et déjà les slogans de 2009 refleurissent. Jusqu’à la victoire, toujours !!!

Dimanche 24 mai 2020 Correspondant.e.s Bretagne

https://npa2009.org/

Lire aussi:

Renault : débrayage à la Fonderie de Bretagne, un des quatre sites menacé (Rapports de Force)

Lire la suite

21 mai 2020 ~ 0 Commentaire

caudan (fr3 npa lpb)

sbfm caudan

Renault envisage la fermeture de la Fonderie de Bretagne à Caudan 

“Un coup de massue total” pour les salariés

Le site de la Fonderie de Bretagne à Caudan compte 385 salariés. Selon le Canard Enchaîné, Renault envisage un vaste plan d’économie. Quatre usines verraient leur fermeture en France, dont La Fonderie de Bretagne à Caudan.

Selon le Canard Enchaîné, le constructeur français Renault s’apprête à vouloir fermer quatre usines sur le territoire français. Parmi elles, Choisy-le-Roi, Dieppe, la Fonderie de Bretagne à Caudan, puis celle de Flins dans les Yvelines. Le groupe doit, le 29 mai prochain, dévoiler les contours d’un vaste plan d’économie de 2 milliards d’euros annoncé en février.

« Un coup de massue total »

La fonderie de Bretagne produit des pièces en fonte pour moteurs, châssis et boîtes de vitesse. Elle emploie 385 salariés. Pour David Taillefer, sécrétaire du CSE, ces annonces représentent « un coup de massue total ». Il explique : « On s’attendait plus à un business plan, une restructu-ration, parce que la direction locale l’avait annoncé avant le confinement. Mais pas à une fermeture. » 

« On gardait confiance à la suite de l’incendie (en mai 2019). Des travaux ont été faits et rien ne laissait présager une telle nouvelle. La ligne est opérationnelle », ajoute-t-il.

Utiliser de l’argent public pour licencier, c’est inadmissible

David Taillefer lance : « Ce qui m’écoeure, c’est que le groupe profite de la crise du coronavirus pour supprimer des emplois alors qu’ils demandent 5 milliards d’euros d’aide à l’Etat. Et il n’y a pas que nous. Nos sous-traitants, nos fournisseurs subiront aussi les conséquences de cette fermeture. » 

« On va alerter les députés et sénateurs de la région, leur faire remonter l’incompréhension, les angoisses des salariés », dit Maël Le Goff, secrétaire général de la CGT Fonderie. « Les gens sont prêts à se mobiliser pour garder leur outil de travail, un outil neuf. Monsieur Le Drian, en 2009, a signé la reprise de la Fonderie de Bretagne par Renault. Maintenant qu’il fait partie du gouvernement, il est temps qu’il agisse. »

Les salariés ont demandé la tenu d’un CSE extraordinaire. Leur direction locale a refusé. Elle a répondu que la situation doit être abordée, lors du prochain CE mensuel prévu lundi 25 mai à 9 h.

Silence du côté de la direction du groupe et du ministère de l’économie

À Flins, il ne s’agit pas d’une fermeture mais de l’arrêt de la production automobile pour consacrer le site à une autre activité, a indiqué à l’AFP une source proche du dossier. Une deuxième source a confirmé que la fermeture pure et simple de l’usine n’était pas d’actualité, sans exclure qu’elle ait été envisagée.

Interrogée, la direction de Renault n’a pas souhaité faire de commentaire. Même silence au ministère de l’Economie. 

En difficulté avant même la crise du coronavirus qui a provoqué un effondrement du marché automobile, Renault avait enregistré l’an dernier ses premières pertes en dix ans. L’arrêt de l’activité provoqué par la pandémie n’a fait qu’aggraver la situation. Le constructeur a vu, début avril, sa notation financière abaissée au rang d’investissement spéculatif par l’agence Standard and Poor’s.

L’Etat français, premier actionnaire de Renault avec 15% du capital, a accepté de voler au secours de l’entreprise en garantissant un prêt bancaire d’environ 5 milliards d’euros. Ce prêt garanti par l’Etat, et approuvé par l’Union européenne, était tout proche d’être signé mardi soir, selon une source.

La directrice générale par intérim, Clotilde Delbos, avait indiqué fin avril que ce prêt ne remettait pas en cause le plan d’économies de Renault, ni d’éventuelles suppressions d’emplois, la seule condition fixée par le gouvernement étant le renoncement aux dividendes versés aux actionnaires cette année.

Dès février, la direction avait évoqué la possibilité de fermer des sites en France et à l’étranger lors de la présentation des résultats annuels. « Nous n’avons aucun tabou et nous n’excluons rien », avait déclaré Mme Delbos.

Emilie Colin  20/05/2020

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

bonnets-ruz2

Alerte : Contre la fermeture de la fonderie de Caudan (Morbihan) et les licenciements !

C’est par la presse que les ouvriers de la fonderie de Caudan (ex-SBFM), filiale de Renault depuis 2009, ont appris le sort qui était réservé à leur usine et à leur emploi. Jusqu’à cette fin de semaine dernière, la direction locale de l’entreprise affirmait n’être au courant de rien!

Renault a investi dans une nouvelle ligne de production (30 millions d’€) après l’incendie qui a affecté l’usine en 2019 et mis en chômage technique le personnel. Alors même que depuis, la production a été délocalisée «en attendant» en Espagne et en Turquie, mais qu’à la veille du Covid19 le travail reprenait sur site, cette annonce de fermeture inclue dans le grand plan de réduction des effectifs chez Renault et ses filiales a sonné comme un coup de massue…

Aucun délai

La décision de fermeture, brutale, devrait tomber le 29 Mai. Outre le de venir des 380 CDI, de la centaine d’intérimaires c’est aussi les les millions d’€ publics investis dans la boîte qui sombreront dans un trou sans fond…

Le prétexte de la crise sanitaire ne trompe personne ici. C’est d’abord le redressement des profits qui est à l’ordre du jour pour Renault et ses actionnaires sur le dos une fois de plus des travailleurs, de la condition ouvrière.

Délocalisation à bas coûts et impact écologique

Si la production délocalisée ne revient pas sur le site, cela impliquera de mettre 30 000 tonnes de marchandises sur les routes et signera la fin de la fonderie sans qu’il soit envisagé son maintien et sa possible adaptation et reconversion grâce au savoir faire de ses ouvriers et techniciens et de sa nouvelle ligne de production performante. Les capitalistes n’en ont rien à faire du désastre social qu’ils produisent continuellement.

Luttes à venir

Sauf que les ouvriers et la CGT de l’ex- SBFM n’entendent pas baisser les bras. L’histoire et la tradition des luttes jusqu’au bout ont fortement impacté la mémoire de l’usine mais aussi de toute la Bretagne.

Lundi se tiendra le premier rassemblement où il sera demandé des comptes à la direction, au préfet, au gouvernement.

La lutte se prépare pour le maintien du site et de tous les emplois et d’ors et déjà les slogans de 2009 refleurissent. Jusqu’à la Victoire, toujours !!!

Correspondant NPA Bretagne

Lire aussi:

À Caudan, Fonderie de Bretagne à nouveau en sursis… (Le Peuple Breton)

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21 mai 2020 ~ 0 Commentaire

viande 3 (sud ouest)

stop virus

Pourquoi les cas positifs au coronavirus se multiplient dans les abattoirs du monde entier ?

La question de distance entre les postes de travail est le point central selon le professeur Benjamin Cowie, spécialiste des maladies infectieuses et co-responsable de la santé publique au Doherty Institute de Melbourne pour éviter les contamination au Covid-19.

Australie, USA, Allemagne, France… Dans le monde entier, les cas d’employés testés positifs au Covid-19 se multiplient dans les abattoirs. Quatre contrôleurs américains chargés de faire respecter les règles sanitaires sont morts

De nombreux cas de travailleurs positifs au Covid-19 ont été détectés dans des chaînes d’abattage ces dernières semaines, alors que beaucoup de questions demeurent sur ce virus et sa propagation.

En France, 69 cas positifs dans un abattoir des Côtes-d’Armor, 34 cas positifs déclarés au Covid-19 dans un abattoir près d’Orléans, et une vingtaine de personnes dans une entreprise agroalimentaire d’abattage de volailles en Vendée.

En Allemagne, des centaines de cas positifs au coronavirus ont été détectés ces dernières semaines, conduisant le média Die Tageszeitung à titrer : “Le virus est dans le système, c’est une boucherie”. Courrier international le relève et complète : « des centaines de cas avérés de contamination au Covid-19 sont déclarés en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, dans le Bade-Wurtemberg ou bien encore, tout au nord du pays, dans le Schleswig-Holstein. Leur point commun : tous ces malades travaillent dans des abattoirs surdimensionnés et des usines géantes de transformation de la viande. »

En Australie, à Melbourne, 98 cas ont été détectés dans un abattoir du groupe Cedar Meats, note ABC News.

Aux Etat-Unis, quatre contrôleurs chargés de faire respecter les règles sanitaires dans les abattoirs américains sont morts. Ils étaient basés dans les Etats de New York, de l’Illinois, du Kansas et du Mississippi où des foyers de contagion du Covid-19 ont été détectés. Selon une étude américaine du Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) , près de 4 % des salariés de cette industrie auraient été contaminés par le Covid-19 dans le pays depuis le début de l’épidémie.

Pourquoi les employés dans les abattoirs sont-ils plus exposés au coronavirus? 

La source de contamination est avant tout une question de process et de distance entre les postes de travail selon le professeur Benjamin Cowie, spécialiste des maladies infectieuses et co-responsable de la santé publique au Doherty Institute de Melbourne.

Il l’a dit au Guardian. « Ce risque élevé de contamination dans les abattoirs proviendrait en grande partie de la difficulté à réaliser la distanciation physique » (au moins d’un mètre ou d’un mètre cinquante selon les préconisations sanitaires, ndlr).

L’épidémie s’est déclaré au début du mois de mai en Australie, indique le Guardian qui détaille en interrogeant un syndicaliste.

Matthew Journeaux explique :  »C’est très difficile d’espacer les travailleurs… Vous avez des postes de travail et beaucoup d’entre eux ont des machines spécifiques… Beaucoup de stations de travail sont à moins d’un mètre les unes des autres. Il y a très peu (en Australie, ndlr)  d’automatisation dans le traitement de la viande, chaque étape est très exigeante en main-d’œuvre, ce qui signifie que vous vous retrouvez avec beaucoup de personnes concentrées dans un même lieu de production ».

17/05/2020

https://www.sudouest.fr/

Lire aussi:

meatrix

Pourquoi y a-t-il tant d’infections à coronavirus dans les usines de transformation de la viande ? (The Irish Times)

La proximité prolongée et étroite des travailleurs augmente le risque de propagation du virus
Les employés des usines de transformation de la viande travaillent à proximité prolongée d’autres travailleurs, ce qui augmente le risque de transmission du virus.
 
Quelle est l’ampleur de l’infection dans les usines de transformation de la viande ?

Il y a 16 groupes de coronavirus – chacun défini comme deux cas ou plus – dans les usines de transformation de la viande impliquant 828 travailleurs infectés, à la date de samedi dernier. Il s’agit d’une augmentation par rapport aux 500 cas recensés une semaine plus tôt, où l’on comptait 12 groupes de coronavirus. Quelque 16 travailleurs d’usines de viande ont été hospitalisés pendant la pandémie. Le Dr Colm Henry, responsable clinique de l’ESB, a estimé le nombre de travailleurs infectés à 860 mercredi.

Pourquoi les usines de viande sont-elles sensibles aux épidémies ?

Les employés des usines de viande travaillent à proximité prolongée d’autres travailleurs, ce qui augmente le risque de transmission du virus. La rigidité des chaînes de production, impliquant souvent par exemple un tapis roulant de carcasses de porcs sur des crochets passant le long de la « ligne d’abattage » d’une usine, signifie que la nature du travail se fait à proximité immédiate, impliquant une activité répétée de centaines d’employés se tenant côte à côte. En tant qu’indus-trie essentielle produisant des aliments, les usines de viande n’ont pas été fermées pendant la pandémie.

Quelle peut être l’activité d’une usine de viande ?

La boucherie, lorsqu’elle n’est pas automatisée, est un processus rapide et à forte intensité de main-d’œuvre. Par exemple, le traitement de pas moins de 450 porcs par heure – ou sept porcs traités sur la chaîne chaque minute – signifie que chaque travailleur n’a souvent que quelques secondes pour effectuer sa tâche de découpe sur chaque animal.

Ce processus peut-il contribuer à la propagation du virus ?

C’est possible. La nature et le rythme exténuants de la transformation de la viande, qui consiste à découper tant d’animaux en si peu de temps, font que l’abattage peut impliquer un effort physi-que intense et une respiration lourde pour les employés. La salle de désossage d’une usine peut également impliquer un grand nombre de travailleurs réunis autour d’une table commune dans une autre partie du processus physiquement exigeante.

Quelles autres conditions peuvent conduire à la propagation du virus ?

Les conditions dans les usines peuvent être très chaudes, les travailleurs massacrant des carcasses chaudes avec des couteaux qui doivent être stérilisés à plusieurs reprises à des températures élevées. Cela peut créer une atmosphère vaporeuse. Certaines usines peuvent être mal ventilées, ce qui contribue à la propagation du virus, alors que l’éloignement physique n’a pas été observé dans les zones communes des travailleurs, comme les éviers ou les cantines et les vestiaires.

D’autres facteurs pourraient-ils contribuer à la propagation dans les usines de transformation de la viande ?

Oui. De nombreux établissements emploient des travailleurs étrangers moins bien payés qui partagent un logement en dehors du lieu de travail, où ils pourraient avoir contracté le virus et le propager davantage. Les responsables de la santé publique ont proposé des logements de remplacement aux travailleurs qui risquaient de transmettre le virus.

Quelles précautions les établissements ont-ils prises pour éviter la propagation du virus?

Les usines ont réduit leur production en traitant moins d’animaux, en échelonnant les équipes de travail et les départs et arrivées de personnel, et en reconfigurant les lignes de production, notamment en installant des cloisons, lorsque cela était possible, pour garantir que les travailleurs conservent une distance physique de deux mètres.

Simon Carswell 21 mai 2020

Why are there so many coronavirus infections at meat plants? (Irish Times)

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20 mai 2020 ~ 0 Commentaire

daniel tanuro (essf)

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Une crise globale, systémique, sans précédent

La crise du Coronavirus est sans précédent. Elle ne peut être saisie ni comme crise sanitaire, ni comme crise socio-économique, ni même comme combinaison des deux mais seulement dans sa réalité de crise globale, à la fois sanitaire, sociale, économique et écologique, c’est-à-dire systémique.

Cette crise est en fait la première crise vraiment totale, la première crise de l’Anthropocène. A ce titre, elle marque un tournant historique d’une importance majeure et place l’humanité plus clairement que jamais devant un choix de civilisation fondamental : écosocialisme ou barbarie.

Le caractère systémique de cet événement hors-norme ressort clairement de l’origine du virus, de son mode de propagation et de ses effets sociaux.

Depuis quelques décennies, on constate que des virus tendent à sauter la barrière des espèces, s’adaptent à Homo sapiens et le contaminent, provoquant des zoonoses. Le SARS-CoV2 n’est pas une exception : outre le VIH, on a connu Ebola, le Chikunguniya, le Zika, le SARS1, le MERS, la grippe aviaire et quelques autres.

Or, il y a parmi les spécialistes un large consensus pour considérer que les sauts d’espèces sont imputables à la déforestation, à l’industrie de la viande, aux monocultures de l’agrobusiness, au commerce des espèces sauvages, à l’orpaillage etc.

C’est-à-dire, d’une manière générale, à la destruction des milieux naturels par l’extractivisme et le productivisme capitalistes. Le COVID-19 n’est donc pas une malédiction qui nous ramène à la Peste noire et autres fléaux sanitaires des temps anciens, il nous projette au contraire dans les pandémies du futur.

Quand bien même le virus disparaîtrait, quand bien même un vaccin serait mis au point (il n’y a à ce sujet aucune certitude, le VIH et l’hépatite C en attestent !), d’autres pandémies survien-dront aussi longtemps que les mécanismes qui sont responsables de celle-ci n’auront pas été éradiqués.

Le mode de propagation du virus est lui aussi marqué au sceau des traits fondamentaux du capitalisme contemporain. En effet, la vitesse avec laquelle la maladie s’est répandue à la surface du globe ne tient pas seulement aux caractéristiques intrinsèques du SAS-CoV2 (une létalité inférieure à celle du SARS1, liée à une contagiosité élevée).

Elle découle aussi, de façon déterminante, de la globalisation et de la densité des échanges aériens extrêmement rapides le long des chaînes de valeur qui relient les mégapoles de la production capitaliste. Sans cet élément déterminant, l’épidémie ne se serait sans doute pas muée en pandémie.

Au sein de ces mégapoles, la contagion a évidemment été favorisée par la densité des populations. Mais ce facteur n’est pas absolu, il doit être saisi en liaison avec deux autres paramètres. Le premier est la croissance des inégalités sociales.

L’exemple de New York est instructif : la densité de la population est plus élevée dans la riche Manhattan que dans le Bronx, mais c’est dans ce quartier peuplé de pauvres, généralement racisés, que le COVID a fait proportionnellement le plus de victimes.

Le deuxième paramètre est la pollution atmosphérique : des analyses italienne et étasunienne sont en effet venues confirmer les conclusions avancées par des chercheurs chinois qui, dès 2003, dans le cas du SARS-1, avaient établi une corrélation entre la densité de l’air en particules fines, les maladies respiratoires qui en découlent, et les dégâts du virus.

La gestion de la pandémie par les gouvernements mériterait une critique détaillée, pour laquelle la place nous manque ici.

Disons simplement qu’il s’agit à l’évidence d’une gestion de classe, dont les priorités ont été dès le départ

1°) de maintenir au maximum possible l’activité du secteur productif de l’économie ;

2°) d’empêcher une remise en cause des politiques d’austérité qui ont affaibli depuis des décennies le secteur des soins (hospitaliers et extra-hospitaliers) ;

3°) d’imposer à la population un confinement très strict et/ou des mesures technologiques liberticides (seul moyen d’aplatir la courbe épidémique dans le respect des points 1° et 2°) qui ont eu pour effet d’exacerber les inégalités et discriminations sociales, de genre ou de « race ».

La pandémie (et sa gestion !) sont en train de précipiter le déclenchement d’une crise socio-économique dont l’ampleur dépassera à coup sur celle de 2008, et pourrait même se rapprocher de celle de 1929. Mais l’analyse du phénomène ne peut être strictement quantitative. Qualitativement, en effet, cette crise est à nulle autre pareille.

Certes, elle intervient dans un contexte général et très classique de surproduction capitaliste, déjà bien tangible avant décembre 2019. Mais, à la différence d’une crise classique, la destruction de capitaux excédentaires ne suffira pas, ici, à rétablir les profits pour assurer la relance de la machine. Le virus, en effet, est beaucoup plus qu’un simple déclencheur : tant qu’il ne sera pas mis hors d’état de nuire, il grippera les rouages.

En d’autres termes, le retour à « la normale » pourrait rester impossible pendant un laps de temps indéterminé… sauf au prix de l’élimination de millions d’êtres humains parmi les plus faibles, les plus âgés, les plus pauvres, les malades chroniques.

L’extrême-droite n’hésite pas à opter pour cette « solution », comme le montrent les manifesta-tions contre le confinement aux Etats-Unis et en Allemagne, ainsi que les déclarations de Trump et Bolsonaro.

A nous, écologistes conscient.e.s du fait que le retour à la « normalité » est une impasse mortelle, d’en tirer la conclusion : le capitalisme ne s’effondrera pas de lui-même, il nous faut concrétiser dans les luttes le choix entre un écosocialisme qui prend soin des humains comme des non-humains et la plongée dans la barbarie.

Daniel Tanuro lundi 18 mai 2020

https://www.europe-solidaire.org/

Commentaire:

Daniel Tanuro est membre de la « Gauche Anticapitaliste » section belge de la 4è Internationale

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20 mai 2020 ~ 0 Commentaire

viande 2 (el diario)

virus

Les usines de transformation de la viande aux États-Unis, points chauds pour le virus

Le virus est incubé et se propage rapidement parmi les travailleurs des usines de transformation de viande, où les mesures de sécurité recommandées ne sont pas appliquées.

Au moins la moitié des foyers de VIDOC-19 aux États-Unis sont associés aux usines de transformation de la volaille, des porcs et des bovins, tant dans les abattoirs que dans les emballages. Cela a entraîné une augmentation du virus dans de nombreuses petites villes et a suscité des appels à des réformes urgentes dans un secteur en proie à des problèmes de santé et de sécurité.

Le Guardian a constaté qu’au moins la moitié des 25 sites d’infection à coronavirus les plus élevés aux États-Unis – les comtés ayant les taux d’infection par habitant les plus élevés – sont associés à des usines de transformation de la viande où les travailleurs, dont beaucoup sont des migrants, travaillent dans des conditions de surpeuplement.

Au Nebraska, cinq comtés ont des foyers liés à des usines de transformation de la viande. Dans un comté, le Dakota, près d’un habitant sur 14 a été testé positif au coronavirus. Il s’agit du deuxième taux d’infection par habitant le plus élevé des États-Unis. Jeudi dernier, les comtés de Dakota, Hall, Dawson, Saline et Colfax représentaient près de la moitié des 9 075 cas positifs recensés dans l’État, selon le New York Times.

Il semble que les usines de transformation de la viande soient devenues des lieux d’incubation du virus et de propagation à grande vitesse parmi les travailleurs qui ne peuvent pas appliquer les mesures de distance physique recommandées.

Jusqu’à présent, au moins 30 employés d’entreprises du secteur de la viande sont morts de complications liées au Covid-19. Plus de 10 000 personnes ont été infectées ou exposées au virus selon l’Union internationale des travailleurs de l’alimentation et du commerce (UITC).

Le virus se propage entre des personnes qui ont des contacts étroits pendant une longue période. Elle se transmet principalement par des gouttelettes qui sortent du nez et de la bouche des personnes infectées lorsqu’elles toussent, éternuent ou parlent, de sorte qu’il est facile pour les travailleurs de ces entreprises de se contaminer si la distance de sécurité n’est pas respectée.

Mercredi, le quatrième inspecteur de la sécurité alimentaire du ministère américain de l’agriculture est décédé à Dodge City, au Kansas. La ville est située dans le comté de Ford, où une personne sur 28 a été infectée, ce qui en fait le 11ème taux d’infection le plus élevé des États-Unis. Au Kansas, les épidémies dans quatre des comtés les plus touchés sont liées à la transformation de la viande.

Selon les propres données du ministère américain de l’agriculture, près de 300 de ces inspecteurs, un groupe qui s’est battu pour obtenir des équipements de protection individuelle adéquats, sont soit en congé pour coronavirus, soit ont décidé d’être mis en quarantaine pour exposition à l’IDOC-19. Le service pour lequel ils travaillent supervise et réglemente 6 500 usines, dont 300 comptent plus de 500 employés.

Une industrie qui ne respecte pas les mesures de sécurité

Depuis deux décennies, l’industrie des abattoirs et de la transformation de la viande s’est engagée dans un processus de simplification réglementaire qui a permis d’augmenter la production et les bénéfices des entreprises au détriment, selon certaines organisations, de la santé et de la sécurité.

Même avant la pandémie, selon l’agence américaine qui réglemente la sécurité sur le lieu de travail, l’industrie de la viande était stigmatisée comme causant « de sérieux risques pour la santé et la sécurité … y compris ceux liés aux matériaux utilisés, aux maladies des os et des muscles, et aux produits chimiques nocifs ».

Tony Corbo, qui travaille à la défense des intérêts de Food & Water Watch, un organisme de surveillance de l’industrie alimentaire à but non lucratif, estime que « la pandémie a braqué les projecteurs sur l’industrie de la viande, qui exploite depuis des années ses travailleurs dans des usines où ils sont pénalisés, entre autres, pour ne pas se présenter lorsqu’ils sont malades. Même aujourd’hui, des usines ont dû être fermées pour permettre aux entreprises de fournir des équipements de protection à leurs employés.

Au moins 30 usines ont suspendu leurs activités au cours des deux derniers mois et beaucoup d’autres ont dû réduire leur production au milieu de protestations qui se sont multipliées à mesure que les conditions de travail des travailleurs, principalement migrants, étaient connues.

Beaucoup commencent déjà à s’ouvrir à nouveau. Cette décision, qui est soutenue par le président Donald Trump, vise à éviter d’éventuelles ruptures dans la chaîne logistique qui entraîneraient des pénuries dans les supermarchés. Les usines où la viande est transformée ont été déclarées le mois dernier comme des infrastructures vitales pour le système.

Dans le comté de Noble au Minnesota, près de 500 employés d’un grand producteur de porc brésilien, JBS, ont été testés positifs. L’épidémie s’est rapidement propagée dans tout le comté et, mercredi, on comptait 1 291 cas positifs, bien plus que la poignée de cas identifiés à la mi-avril. Près d’un habitant sur 17 du comté est positif, bien que l’infection commence à ralentir sa propagation.

L’usine Nobles a repris sa production la semaine dernière après deux fermetures. Il est censé avoir introduit une série de mesures de sécurité, notamment des écrans faciaux pour ceux qui doivent travailler sans respecter les distances requises.

Ce vendredi, le Congrès votera sur un nouveau plan de sauvetage lié à COVID-19, qui comprend des mesures de santé et de sécurité pour tous les employés des industries d’importance majeure pour le fonctionnement de l’économie, comme la transformation de la viande et les soins à domicile. Traduit par Alberto Arce

Nina Lakhani 19/05/2020

https://www.eldiario.es

Lire aussi:

Abattoir de Kermené (22) : 69 cas de Covid-19 confirmés après une opération de dépistage (FR3)

800 personnes testées puis isolées dans les Côtes-d’Armor (France Info)

Et si le froid rendait les abattoirs particulièrement vulnérable?  (Le Huff’)

Le coronavirus met à nu l’industrie allemande de la viande

Le coronavirus semble apprécier les abattoirs (France Info)

Poulaillers industriels : la Région Bretagne continue malgré tout (UDB)

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20 mai 2020 ~ 0 Commentaire

sud santé (côté quimper)

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Sud Santé Quimper

Sud Santé prévient que les hôpitaux sont en ébullition

Dans le Finistère, le syndicat Sud alerte sur l’état de fatigue et de stress des personnels de santé et du médico-social. Il s’inquiète aussi de l’afflux de patients. Dans le Finistère, les standards des hôpitaux saturent sous les appels de patients.

La période de confinement a éloigné des établissements nombre de Finistériens à la santé pourtant très fragile. Ils osent désormais reprendre contact avec leur spécialiste.

La situation est critique pour Françis Landouar, du syndicat Sud santé sociaux de l’hôpital de Morlaix : L’absence de soins pendant deux mois ou le retard dans le diagnostic vont être catas-trophiques pour certains patients. Et puis, nos services sont désorganisés. Les directions des hôpitaux passent à la phase post-covid. Mais elles naviguent à vue. Que va-t-il se passer si une deuxième vague arrive ?

Épuisement des personnels

Le syndicat Sud est remonté contre la gestion de la crise par le ministère de la Santé, les agences régionales de santé et certaines directions d’hôpitaux. Il alerte sur l’épuisement des personnels. Caroline Guyader, du Centre hospitalier de Quimper Cornouaille, tient à mettre la situation en perspective :

Il y a eu de fortes mobilisations depuis un an pour dénoncer les conditions de travail. Le Covid est arrivé par là-dessus. Les professionnels sont stressés, fatigués… Et il va falloir repartir de plus belle pour faire face à cet afflux de patients et refaire du chiffre !

Une prime décriée

Et la prime promise par le président Emmanuel Macron n’est pas de nature à calmer la colère des soignants. Francis Landouar a bien lu et relu les décrets :

Les 40 départements les plus touchés auront droit à 1 500 euros. ici, c’est 500 euros sauf dans certains hôpitaux comme Quimper ou Brest. Et là, c’est au bon vouloir des directions ! Cette prime va créer des tensions entre les équipes. C’est sûr !

Sud Santé Sociaux réclame une prime de 1 500 euros pour tous les salariés des établissements de santé mais aussi du médico-social. Kévin Lago travaille justement comme éducateur spécialisé aux Papillons blancs :

Nous avons été complètement oubliés pendant cette crise. Dans un premier temps, nous n’avions aucun équipement. Nous avons dû nous débrouiller pour trouver des masques. Nous voulons la prime de 1 500 euros et une revalorisation des salaires.

Journée d’action le 16 juin

Sud Santé Sociaux réclame aussi une revalorisation des salaires ainsi que des embauches. Ce seront certainement les principaux mots d’ordre lors de la journée d’action prévue le 16 juin. D’autres syndicats ainsi que des collectifs sont à l’origine de cette journée qui devrait se dérouler partout en France.

Kevin Lago invite tous les usagers à grossir les rangs des manifestants mais aussi « tous ceux qui nous ont applaudis à 20 h! »

19 Mai 2020

https://actu.fr/societe/

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19 mai 2020 ~ 0 Commentaire

édito (combat ouvrier)

patrons
Contre le patriotisme économique, la lutte des travailleurs !

Avec le déconfinement, la petite musique du patriotisme économique, et des sacrifices que les travailleurs devraient consentir, devient de plus en plus insistante.

Des gros patrons de l’Institut Montaigne aux ministres du gouvernement, en passant par les perroquets des plateaux de télévision, tous enjoignent les travailleurs à travailler plus, plus dur, plus longtemps, au prétexte de sauver l’économie française, ou martiniquaise, ou guadelou-péenne. Les travailleurs devraient renoncer à des jours de congés, ils devraient accepter des salaires bloqués, des conditions dégradées, et toutes sortes de reculs.

La crise sanitaire provoquée par le Covid-19 est une aubaine pour les dirigeants des grosses entreprises.

Ils en profitent pour instaurer des mesures dont ils rêvaient depuis longtemps afin d’accroître leurs bénéfices. Les menaces de licenciements se répètent chaque jour. Air France, qui vient pourtant d’être renfloué de sept milliards par le gouvernement, prévoit plus de 4 000  suppressions de postes.

Dans les aéroports, beaucoup de travailleurs sont menacés de perdre leur emploi, que ce soit dans les commerces ou dans les autres services. Les patrons saisissent l’occasion de tirer tous les salariés vers le bas : les plus précaires risquent d’être virés, les CDD d’être transformés en intérimaires, et même les CDI ne sont pas à l’abri.

D’autres entreprises, comme les stations-service, veulent aussi profiter de la crise sanitaire pour licencier. Les patrons essayent toujours d’avoir un coup d’avance contre les travailleurs. Le 30 avril, le tribunal de commerce de Fort-de-France a validé la reprise d’une partie seulement des magasins Écomax de Guadeloupe, laissant sur le carreau 80 salariés. Dans des boulangeries on assiste à des licenciements, alors que ce sont des magasins qui ont continué à fonctionner !

Dans toute guerre, il y a toujours les mêmes profiteurs, ce sont les gros capitalistes. La « guerre » contre le virus et ses dégâts masque mal la guerre sociale que les riches mènent contre les travailleurs et les pauvres.

Parmi les profiteurs du Covid-19, il y a notamment les patrons de la grande distribution, en Martinique comme en Guadeloupe. Les prix ont flambé avec l’épidémie, en particulier pour l’alimentation.

Ces rapaces s’apprêtent même à s’enrichir en vendant des masques, des équipements vitaux qui devraient être gratuits ! La société se débat dans une crise permanente depuis des décennies.

À chaque soubresaut, les plus riches s’en sortent en pressurant encore un peu plus les travailleurs et les pauvres. Les couches populaires subissent l’aggravation du chômage, les bas salaires, la vie chère, les coupures d’eau… parce que la direction capitaliste de la société n’offre aucune perspective d’avenir.

La seule perspective d’avenir pour les couches populaires, ce sont les luttes collectives ! Le 7 mai, les travailleurs de la Sopharma sont entrés en grève en Guadeloupe pour obtenir la prime Covid, et surtout une hausse substantielle de leur salaire. Ils ont mille fois raison !

De la même manière, sans attendre la fin du confinement, il y a eu de multiples protestations contre les coupures d’eau, en Martinique comme en Guadeloupe. On ne peut que souhaiter que ces luttes se multiplient et se généralisent.

Car l’enjeu ce n’est pas d’améliorer le capitalisme, comme le prétendent certains, qui vendent aux travailleurs l’illusion d’un « capitalisme plus humain » comme si cela était possible. L’enjeu ce sera pour les travailleurs de se battre pour renverser le pouvoir des capitalistes. C’est seulement ainsi qu’ils pourront remettre sur ses pieds une société qui marche actuellement sur la tête !

16 mai 2020

http://www.combat-ouvrier.net/

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Combat Ouvrier est « Lutte Ouvrière » aux Antilles

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18 mai 2020 ~ 0 Commentaire

infirmières (renverse)

soignants-charge-travail

Davantage d’infirmières = moins de morts !

L’une des pistes évoquée pour expliquer l’impact plus ou moins élevé de la pandémie repose sur la détérioration des services de santé depuis une vingtaine d’années avec la suppression d’un nombre considérable de lits dans les hôpitaux, en particulier dans les soins intensifs.

Bien entendu, cet argument prend davantage de force lorsqu’il est possible de le vérifier concrètement. Une possibilité est de tester l’influence de la densité des lits hospitaliers sur la mortalité due au coronavirus dans les pays européens ; ce que le graphique en lien présente en regardant également l’impact de la densité des infirmières et des médecins.

Pour effectuer cette analyse, il faut bien entendu disposer de données fiables et comparer des pays comparables. C’est la raison pour laquelle ont été retenu les pays de l’Europe occidentale du fait qu’ils ont été davantage touchés que les pays de la partie orientale.

Pour les données, l’OMS fournit un ensemble d’indicateurs sur les services de soins susceptibles d’être fiables et comparables selon les pays.

Cependant, si les indicateurs utilisés dans une perspective financière semblent adéquats, cela devient plus compliqué lorsque nous souhaitons savoir combien d’infirmières sont actives dans ces pays.

A titre d’exemple, pour la Suisse, le nombre fourni par l’Office Fédéral de la Statistique intégrait les aides soignantes ce qui gonfle bien évidemment les chiffres. Il a fallu l’intervention de l’Association Suisse des Infirmières pour modifier très récemment cette information.

Il aurait été bien entendu souhaitable de tenir compte aussi des aides soignantes, mais ici les données sont pratiquement impossibles à trouver. Pour les indicateurs de la pandémie, il est plus aisé d’obtenir des données, mais les informations fournies par les gouvernements peuvent être approximatives, d’une part, et l’épidémie n’évolue pas au même rythme dans les différents pays, d’autre part.

Pour tenir compte de ce dernier point, quatre analyses ont été effectuées à une semaine d’intervalle entre le 19 avril et le 4 mai en tenant compte également du début de l’épidémie dans chaque pays.

L’analyse fournit des résultats très clairs. La différence de mortalité entre les 16 pays européens dépend de la densité des infirmières, c’est-à-dire du nombre d’infirmières relatives au nombre d’habitants. Cette influence est illustrée par la ligne pointillée dans le graphique ci-après. 

Ainsi, nous observons que le nombre de morts pour 100 000 habitants augmente clairement lorsque la densité d’infirmières baisse. Les pays (comme la Norvège, l’Allemagne ou l’Autriche) disposent de services de santé mieux dotés et ont enregistré une mortalité plus basse que ceux  (comme l’Espagne, l’Italie ou le Royaume Uni).

La densité des médecins ou des lits en soins intensifs a une influence mais elle n’est pas significative

La densité de lits en soins intensifs n’a pas d’influence significative, de même que le temps écoulé depuis le début de l’épidémie. La densité des médecins a une influence mais elle n’est pas significative. D’autres caractéristiques de la population, comme le vieillissement ou la migration n’exercent pratiquement aucune influence.

Par ailleurs, il faut préciser que le taux de mortalité ne dépend pas du taux de personnes infectés, sachant que cette donnée varie selon le nombre de tests effectués dans les différents pays.

On note deux exceptions dans cette relation entre densité des infirmières et taux de mortalité. D’un côté, le Portugal a clairement réussi à mieux limiter l’impact du coronavirus que des pays comme la France ou le Royaume Uni alors que de l’autre, la Belgique détient le pire bilan européen avec pourtant une densité d’infirmières supérieure aux pays du sud.

A ce propos, on relève que les pays qui ont le mieux résisté à l’épidémie sont également ceux qui ont renforcé les équipes soignantes depuis 2010, et notamment le Portugal et l’Autriche, alors qu’elles diminuaient au Royaume Uni ou stagnaient en Belgique, en Espagne ou en France.

Ce résultat nous offre donc un argument de taille pour demander un renforcement du personnel soignant dans les hôpitaux, les soins à domicile et les EMS.

Même si la Suisse dispose déjà d’un bon encadrement, il ne faut pas oublier que le taux de mortalité dans les cantons les plus touchés est élevé (le Tessin a ainsi un taux de mortalité plus élevé que la Belgique, Vaud et Genève de niveau comparable à l’Italie) et que des mesures d’austérité ont frappé plusieurs cantons après 2016, comme d’ailleurs d’autres pays européens.

Cette analyse indique également que les débats interminables sur les stratégies des autorités politiques et leurs variantes oublient une explication simple et fondamentale.

Retrouver les mots de la réalité

Un second enseignement peut être dérivé de cette analyse. Il concerne le dévoiement du vocabulaire dans les domaines des services publics ; dévoiement opéré par les apôtres du libéralisme et du new public management.

Avec le coronavirus, nous avons pu redécouvrir qu’un malade était admis à l’hôpital comme un patient et non comme un client. Et il est donc utile de revenir aux mots qui désignent des personnes et des choses réelles et non des termes idéologiques qui visent à nous les désigner comme des éléments d’ajustement économique.

Tous les programmes d’austérité sont conduits par des soi-disant experts de l’efficience ou de l’optimisation dont les indicateurs sont des indices tels que la durée d’hospitalisation, le coût unitaire d’une prestation ou le taux d’occupation des lits, sans compter la pléthore d’acronymes en anglais pour désigner des programmes de restructuration.

Ils sont ensuite complétés, comme aujourd’hui dans n’importe quel magasin ou service public, par un degré de satisfaction mesuré par des sondages minimalistes et abstraits.

Cet arsenal langagier ne tient aucunement compte des expériences concrètes des personnes, ni de leur environnement particulier. Or, les malades sortis des soins intensifs ont pu exprimer leur expérience et insister sur le rôle fondamental joué par des soignant·es, disposant non seulement de qualifications professionnelles solides, mais également de compétences avérées sur le plan relationnel.

Les mêmes observations peuvent être faites pour le personnel de l’ensemble des services publics. Dans le même temps où nous nous battrons pour les renforcer en personnel qualifié et pérennisé, nous devons aussi imposer un autre langage en reprenant les mots qui désignent la réalité.

https://renverse.co/analyses

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17 mai 2020 ~ 0 Commentaire

jeudis de la colère (npa)

Les jeudis de la colère dans les hôpitaux

Aujourd’hui, on était à peu près 200 manifestantEs, moitié hospitalierEs, moitié usagerEs, venuES de Pantin, venuES de la place des Fêtes, dans le 19e, venuEs des Lilas, venuEs du Pré-Saint-Gervais…

Une unité citoyenne pour la défense de l’hôpital public, pour la défense de ce bien commun, tel que c’était clairement dit dans les différentes interventions. Le collectif inter-hôpitaux de l’hôpital Robert-Debré, hôpital pédiatrique de l’AP-HP (hôpitaux de Paris), n’a jamais baissé les bras et les syndicats SUD et CGT participent activement à la vie de de ce collectif localement.

Le collectif regroupe toutes les catégories professionnelles de l’établissement, des médecins jusqu’à l’électricien en passant par l’infirmière, l’aide-soignante, l’administratif, le technique. La crise sanitaire nous a toutes et tous mobilisés, au point même qu’il a fallu ouvrir des salles de réanimation pour accueillir des adultes (Robert-Debré est un hôpital pour enfants) et, comme tous les collègues de tous les autres établissements hospitaliers de France, on a manqué de matériel de protection.

Première action le 1er Mai

L’accalmie récente de la pandémie nous a permis de relever la tête, de sortir la tête de l’eau et d’appeler à une assemblée générale le 28 avril qui a réuni une quarantaine de collègues. Notre première sortie remonte au 1er Mai : nous sommes sortiEs, nous avons fait le tour de notre établissement ; nous avons été accueilliEs très chaleureusement par toutes les personnes confinées dans les immeubles en face de l’hôpital qui nous ont largement applaudis, salués et encouragés.

La deuxième sortie ça remonte à jeudi dernier, et du coup on a institué les « jeudis colère », les jeudis de la colère, et on grossit, on grossit tout le temps et s’il y a autant de monde aujourd’hui c’est parce que que la colère gronde de plus en plus.

Des moyens, pas des médailles !

La colère augmente parce que il est très clair maintenant que le gouvernement a décidé de poursuivre – malgré toutes les belles déclarations qu’on a pu entendre de la part du président de la République – la destruction de l’hôpital public, la destruction des services publics et la colère est grande parce qu’on ne veut pas des médailles ou défiler le 14 Juillet, ou même des primes !

Nos revendications d’avant la crise restent parfaitement intactes, restent entières, et il va falloir les défendre encore avec beaucoup plus de force et c’est d’une urgence absolue maintenant : c’est la revalorisation des salaires, des embauches massives, la réouverture des lits et changer la gestion de l’hôpital – toutes les catégories professionnelles doivent être associées à la gestion de l’hôpital. C’est ce qui s’est passé pendant cette crise où les administratifs, les directeurs, se sont retrouvés un petit peu sur la touche et où en fait cesont les soignantEs qui ont pris la main pour organiser le fonctionnement de l’hôpital et ont réussi à faire face… Donc démonstration est faite qu’on n’a pas besoin de cette couche de dirigeants administratifs pour faire fonctionner l’hôpital.

Il faut une initiative forte et nationale

Les jeudis de la colère continuent mais (et c’est un gros mais !) on a besoin très rapidement, vraiment rapidement, d’une initiative nationale centrale des grandes organisations syndicales, des associations et des partis : une convergence de toutes les forces qui se réclament de la défense de l’hôpital public pour une initiative nationale très rapidement !

Vendredi 15 mai 2020  Correspondantes

https://npa2009.org/

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06 mai 2020 ~ 0 Commentaire

et après ? (essf)

assisités

La pandémie Covid-19 et ses lendemains

L’auto-extinction du néolibéralisme ? N’y comptez pas!

Le changement de paradigme néolibéral a été rendu possible par une détérioration constante des rapports de forces entre classes dans les pays occidentaux au cours des années soixante-dix, avec un chômage en hausse depuis la récession de 1973-1975 et les assauts victorieux contre le mouvement ouvrier menés par Ronald Reagan et Margaret Thatcher au début des années quatre-vingt.

Le degré auquel la « contre-révolution anti-keynésienne » a été appliquée depuis lors dans les différents pays ne dépend pas de différences intellectuelles, mais des rapports de forces entre les classes dans chaque pays. Pour une illustration opportune en matière de santé publique, il suffit de comparer la Grande-Bretagne et la France, deux pays dont la population et le PIB sont à peu près égaux.

Le niveau des coûts de santé est similaire dans les deux pays, loin des coûts extravagants qui gonflent les dépenses de santé aux États-Unis.

Si l’on prend comme indicateur la rémunération annuelle moyenne des médecins, elle est actuellement en dollars américains, 108.000 en France et 138.000 au Royaume-Uni (contre 313.000 aux États-Unis).

Les infirmières diplômées perçoivent en moyenne un salaire annuel à peu près égal dans les deux pays. Les gouvernements néolibéraux successifs en France ont été critiqués pour avoir tenté de faire payer une partie des dépenses de santé par les patients, et pourtant la France reste dans une bien meilleure position que le Royaume-Uni en matière de santé publique.

Selon les données de l’OCDE, les dépenses de santé du gouvernement et des régimes obligatoires ont fluctué, au cours de la dernière décennie, entre 8,5% et 9,5% du PIB en France contre 6,9% à 7,8% en Grande-Bretagne.

De 2010 à 2017, la France a consacré chaque année 0,6 à 0,7% de son PIB à l’investissement (formation brute de capital) dans son système de santé, contre 0,3% à 0,4% pour le Royaume-Uni.

Il n’est donc pas surprenant que le nombre d’hôpitaux en 2017 ait été supérieur à 3 000 en France contre moins de 2 000 au Royaume-Uni, avec un nombre total de lits d’hôpitaux approchant les 400.000 en France, contre près de 168.000 au Royaume-Uni.

Ce nombre n’a cessé de baisser dans ce dernier pays au cours de la dernière décennie sous les gouvernements dirigés par les conservateurs. Quant au nombre de médecins, il était de plus de 211.000 en France en 2017 contre 185.700 au Royaume-Uni. Il y avait 10,8 infirmières en exercice pour mille habitants en France, contre 7,8 en Grande-Bretagne.

Ces chiffres montrent à quel point il était hypocrite et trompeur pour la campagne Brexit de Boris Johnson d’utiliser le NHS (National Health Service) comme argument central et de rejeter ainsi la responsabilité du mauvais état du système de santé britannique sur l’Union européenne.

Cependant, la différence de condition du système de santé publique entre la France et le Royaume-Uni n’est pas due à des divergences idéologiques entre les dirigeants des deux côtés de la Manche. C’est la résistance sociale beaucoup plus importante en France, et rien d’autre, qui a empêché les gouvernements successifs du pays d’aller plus loin sur la voie du néolibéralisme.

Au Royaume-Uni, là où la privatisation en bloc des services publics – comme ce que les conservateurs sont parvenus à faire dans les secteurs de l’énergie et des transports – n’a pas été possible pour des raisons électorales ou économiques, différentes tactiques ont été utilisées qui ont rencontré trop peu de résistance.

Dans le domaine de la santé publique, il s’agissait de réduire les dépenses publiques tout en incitant les couches les plus aisées de la population à abandonner le service public pour des plans de santé privés, afin de mettre progressivement en place un système de santé à deux vitesses, comme celui des États-Unis.

Dans l’enseignement supérieur, cela s’est traduit par une privatisation de la gestion (corporatisation) en remplaçant le financement public par une augmentation massive des frais d’inscription, créant ainsi dans la foulée une génération qui entre dans la vie professionnelle accablée par une dette importante, toujours comme aux États-Unis.

L’issue de la crise économique actuelle liée à la pandémie sera de même déterminée dans chaque pays par les rapports de forces sociaux locaux, dans le contexte des rapports de forces à l’échelle mondiale.

L’issue immédiate la plus probable ne sera pas l’un des deux termes de l’alternative entre un abandon post-keynésien spontané du néolibéralisme et un monstre trumpien.

Ce sera plutôt la tentative des gouvernements néolibéraux de faire porter aux travailleurs et travailleuses le fardeau de l’énorme dette contractée à présent, comme ils l’ont fait après la Grande Récession, en déprimant le pouvoir d’achat et la propension à dépenser de la population, entraînant ainsi le monde dans une aggravation majeure de la stagnation séculaire actuelle, comme a prévenu Adam Tooze (Foreign Policy, 9 avril 2020).

L’historien a conclu à juste titre : « Il est de bon sens d’appeler plutôt à un gouvernement plus actif et plus visionnaire pour sortir de la crise. Mais la question, bien sûr, est de savoir quelle forme cela prendra et quelles forces politiques le contrôleront ».

Telle est bien la question. Avec nos vies mises à mal par la double crise actuelle et avec une crise économique qui durera probablement bien plus que la pandémie, l’enjeu le plus immédiat est de déterminer qui va payer l’énorme coût humain et économique de la crise :

ceux qui sont responsables au premier chef de l’ampleur de ce coût, après des décennies de démantèlement néolibéral de la santé publique et de l’État-providence et de priorité accordée aux profits financiers, ou le reste d’entre nous, c’est-à-dire la très grande majorité des gens ?

Nous pouvons prédire sans risque que les néolibéraux seront unanimes à augmenter les dépenses de santé publique, non sans s’assurer que leurs amis fabricants de produits sanitaires en bénéficieront.

Ils le feront, non pas parce qu’ils se sont soudain convertis aux vertus de l’État-providence ou parce qu’ils se soucient du public, mais parce qu’ils redoutent les conséquences économiques d’une nouvelle pandémie ou d’une deuxième vague de la pandémie actuelle.

Le problème, c’est qu’ils seront naturellement enclins à le faire au détriment d’autres besoins de la population, tels que l’éducation, les retraites ou les allocations de chômage, tout en faisant payer aux salarié·e·s – par des mesures telles que le gel ou même la réduction des salaires – le coût du « retour à la normale » des économies.

Le combat le plus urgent devrait viser par conséquent à les empêcher d’agir de la sorte, de la façon dont les travailleurs et travailleuses se sont opposés en France à l’assaut de leurs gouvernements néolibéraux contre leurs revenus et leurs régimes de retraite en 1995 et 2019, c’est-à-dire par le recours à la grève et à la menace de la grève générale.

Ce combat sera crucial pour préparer un terrain favorable à la défaite des néolibéraux par des forces sociales et politiques telles celles qui se sont mobilisées derrière le mouvement syndical en France, le Parti Travailliste au Royaume-Uni ou la campagne de Sanders aux États-Unis. Ce n’est qu’alors que le néolibéralisme prendra durablement fin. (Extrait voir lien)

Gilbert Achcar Vendredi 24 avril 2020

Article publié dans New Politics, le 24 avril 2020 ; traduction rédaction A l’Encontre le 30 avril 2020 :

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