Archive | Services publics

06 avril 2020 ~ 0 Commentaire

nancy (a et r)

aetr

CHRU de Nancy : une provocation et un avertissement

Lors de son point presse du vendredi 3 avril, le directeur de l’Agence régionale de la santé du Grand Est – une des régions du pays les plus touchées par la pandemie – a déclaré qu’il n’y a « pas de raison de remettre en cause le Copermo [Comité interministériel de performance et de la modernisation de l'offre de soins] pour le CHRU ».
.
Pour les non-initiés, cela veut dire qu’il n’est pour lui pas question de revenir sur les 598 suppressions de postes et 174 fermetures de lits prévus d’ici 2025.
.
Une declaration qui en dit long sur le mépris à l’égard des soignants et soignantes qui jour et nuit prennent en charge les malades dans des conditions déplorables et sont contraints de s’exposer eux et elles-mêmes au virus pour sauver des vies.
.
Ce dont témoigne les communications quotidiennes du syndicat CGT du CHRU, qui rend publique la nature des échanges entre les organisations syndicales et la direction du CHRU :
.
Matériel de protection défectueux ou de mauvaise qualité, comme les lunettes et les surblouses, quand il ne manque pas tout simplement, charge de travail insupportable, nombre de patients qui seront transférés vers d’autres régions ou pays etc.
.
Alors à juste titre, la declaration du représentant du gouvernement dans la région en matière de santé a été prise pour ce qu’elle est : une véritable provocation.
.
Une provocation tellement évidente que la direction du CHRU elle-même a réagi par une lettre du président de son conseil de surveillance, Laurent Henart le maire pas franchement progressiste de Nancy, et le président de sa commission médicale d’établissement.
.
Comme dans beaucoup d’hôpitaux, la direction en connait pourtant un rayon en terme de provocation puisque fin mars, dans un message aux personnels le directeur général Bertrand Dupont écrivait que les réorganisations de ces dernières années avaient « permis d’être préparés à la vague qui arrive »... Au moment même où il utilisait des étudiants et des étudiantes pour combler les manques d’effectifs, c’est-à-dire les postes supprimés.
Devant le tollé suscité, Olivier Veran le ministre de la Santé, a répondu aujourdhui sur Twitter :   « L’heure viendra de tirer les enseignements de cette crise sans précédent et de refonder notre hôpital. Tous les plans de réorganisation sont évidemment suspendus à la grande consultation qui suivra », a-t-il assuré.
.
Si la grande consultation est à limage du grand débat pour répondre au mouvement des Gilets jaunes, cela n’augure évidemment rien de bon.

Cette provocation de l’ARS est aussi un avertissement :

Pour nos dirigeants, seuls comptent les profits et leurs plans d’économies sur notre dos, quelles qu’en soient les conséquences.

Ils ne tireront aucune leçon de la crise sanitaire actuelle. Ils mettront en oeuvres après les politiques qu’ils mettaient en œuvre avant, celles-là mêmes qui ont mené à la catastrophe actuelle. À moins que par notre mobilisation nous les en empêchions.

A&R 5 avril 2020

https://anticapitalisme-et-revolution.blogspot.com/

Lire la suite

06 avril 2020 ~ 0 Commentaire

douarnenez (ouest france)

douarnenez

Il n’y a pas si longtemps…

Douarnenez, les banderoles fleurissent

Depuis le début de la période de confinement, de nombreuses banderoles humoristiques, de soutien ou de remerciements habillent les façades des maisons douarnenistes.

Elles sont nombreuses et ne manquent pas d’attirer l’œil. À Douarnenez , de nombreuses banderoles sont exposées aux balcons ou aux fenêtres des résidences depuis le début de la période de confinement.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les Douarnenistes, même confinés, ont de la suite dans les idées. C’est le cas, par exemple, au 63, rue Duguay-Trouin où une banderole, visible depuis le pont de Tréboul, a détourné la devise officielle du gouvernement de l’État français « Travail, famille, patrie » en « Télétravail, pâtes, riz ». Représentant avec humour le quotidien de millions de Français.

Avant cela, d’autres banderoles, de remerciements aux professionnels de santé particulière-ment, ont fleuri sur les balcons ou fenêtres de la cité aux trois ports.

Un professeur de breton a suspendu une banderole bilingue chez lui, à Douarnenez: « Argant evit ar yec’hed » « Des moyens pour la santé » (argent peut se dit aussi: arc’hant, moneiz, lur…)

05/04/2020

https://www.ouest-france.fr/

Lire la suite

05 avril 2020 ~ 0 Commentaire

prévisible (courrier inter)

branle

Dennis Carroll, biologiste : “L’épidémie actuelle était prévisible”

Notre démographie galopante, nos incursions dans des écosystèmes jusque-là préservés et nos habitudes de consommation composent un cocktail parfait pour l’apparition de zoonoses et l’émergence de nouvelles pandémies, alerte ce chercheur en biologie médicale dans un entretien accordé à Nautilus.

Dennis Carroll ne veut pas avoir l’air trop brutal quand il dit que l’épidémie de coronavirus était prévisible. Au contraire, il comprend parfaitement qu’on puisse avoir peur de la maladie. Tout autour du monde, il a vu des gens atteints de tels virus. Carroll a surtout l’air de savoir de quoi il parle.

Depuis plusieurs décennies, il met en garde contre la menace des zoonoses, la transmission d’agents pathogènes des animaux à l’homme. Les scientifiques sont convaincus que l’épidémie actuelle, apparue à Wuhan, en Chine, venait d’un virus propre aux chauves-souris.

En 2009, après plusieurs années à étudier les maladies infectieuses aux Centers for Disease Control and Prevention (CDC), ainsi qu’à l’Agence des États-Unis pour le développement international (Usaid), Carroll a mis sur pied un programme Usaid nommé “Predict”, qui menait un travail novateur sur les virus présents chez les animaux du monde entier et qui pourraient un jour nous contaminer.

“Dennis est un visionnaire, assure Christine K. Johnson, épidémiologiste au One Health Institute (université de Californie à Davis), où elle est professeure à l’école de médecine vétérinaire. Il a hérité d’une démarche fondée sur la réaction aux maladies infectieuses, et il en a pris le contre-pied. Il a dit : ‘Nous allons anticiper pour aider les différents pays à se préparer à l’émergence des maladies infectieuses’”.

Johnson, qui a été chercheuse au sein de Predict pendant dix ans, affirme que Carroll a fait œuvre de pionnier en ne se contentant plus d’examiner seulement le bétail. “Dennis a compris que les nouvelles maladies infectieuses, un peu partout dans le monde, venaient principalement des espèces sauvages, et qu’il fallait donc investir dans la recherche sur ces espèces.”

Pendant dix ans, Predict a bénéficié d’un financement fédéral annuel variant entre 15 et 20  millions de dollars. En 2019, son enveloppe a été supprimée. Carroll a quitté l’Usaid et lancé un nouveau programme, le Global Virome Project, afin, dit-il, d’“exploiter les découvertes et l’expérience de Predict”.

Lors de cet entretien, Carroll, qui parle de sa propre expérience, répond parfois avec causticité, qu’il parle de la biologie des virus ou du manque de réactivité de la Maison-Blanche à l’épidémie. Je commence par lui demander quelles sont les origines de ce fléau.

Comment l’actuel coronavirus est-il passé d’une chauve-souris à l’homme ?

Nous ne savons pas précisément, mais le virus était sans doute présent dans un animal sur un marché, où il y a eu des contacts répétés. Il est possible aussi que des gens aient directement manipulé l’animal. Il peut également y avoir eu un hôte intermédiaire [les soupçons se portent sur le pangolin]. En 2002, lors de l’épidémie de Sras en Chine, la source de l’infection ne nous est pas apparue comme étant l’exposition directe à des chauves-souris. Il y avait un hôte intermédiaire, la civette.

En 2018, vous et vos collaborateurs écriviez dans Science : “Notre capacité à contenir l’apparition des maladies est compromise par notre mauvaise compréhension de la diversité et de l’écologie des menaces virales.” Que devons-nous faire pour comprendre la diversité et l’écologie de ces menaces virales ?

La première chose à comprendre, c’est que les menaces auxquelles nous allons être confrontés à l’avenir, quelles qu’elles soient, existent déjà : elles circulent parmi les animaux sauvages. On pourrait comparer cela à une matière noire virale. Une importante population de virus circule, et nous n’en découvrons l’existence que lorsque la transmission franchit la barrière des espèces et que certaines personnes tombent malades.

Y a-t-il un risque particulièrement élevé de transmission de la chauve-souris à l’homme ?

Absolument. Nous avons pu identifier les chauves-souris comme réservoirs du coronavirus, et nous avons répertorié certaines populations spécifiques de chauves-souris comme étant des réservoirs du virus Ebola.

Nous voudrions maintenant comprendre comment chacune de ces espèces de chauves-souris agit au sein de son écosystème. Ont-elles certains comportements et pratiques qui les maintien-nent soit éloignées, soit en contact avec les populations humaines ? La population de chauves-souris au sein de laquelle nous avons isolé le virus Ebola en Afrique de l’Ouest était une espèce qui a elle aussi tendance à se percher dans les habitations, ce qui accroît les possibilités de transmission à l’homme.

Y a-t-il eu des perturbations de leur environnement qui auraient obligé les chauves-souris à se rapprocher de nous ?

Nous sommes à 100 % à l’origine de ces perturbations. Nous avons pénétré encore plus avant dans des écosystèmes que nous n’occupions pas auparavant.

Avez-vous un exemple parlant de telles invasions ?

En Afrique, on constate de nombreuses incursions qui sont motivées par les forages pétroliers ou l’extraction minière, dans des zones qui n’abritaient autrefois que de faibles populations humaines. Le problème n’est pas tant lié à l’arrivée de travailleurs et à l’implantation de chantiers dans ces zones qu’à la construction des routes, qui permettent des mouvements de population encore plus importants. Les routes rendent possible également les déplacements d’animaux [...]

Kevin Berger 05/04/2020
.

Lire la suite

05 avril 2020 ~ 0 Commentaire

guerre des masques (courrier-inter npa)

macron soldat
Des masques inutiles il y a peu!
.

La “guerre des masques” est déclarée

Alors que le discours officiel préconise désormais le port de masques pour endiguer la propagation de l’épidémie de Covid-19, tous les pays se sont lancés dans une course effrénée pour s’en procurer. Quitte à s’asseoir sur les principes de loyauté.

La ville de Berlin avait passé commande de 200 000 masques FFP2 destinés à ses policiers, raconte la Deutsche Welle sur son site internet. Mais la cargaison alors en transit à Bangkok aurait été “interceptée” par des Américains. La brouille diplomatique n’est pas loin.

Andreas Geisel, ministre de l’Intérieur de Berlin, n’a pas mâché ses mots. Il a estimé que les États-Unis s’étaient rendus coupables d’un “acte moderne de piraterie”. “Même en temps de crise planétaire, les règles du far-west ne devraient pas s’appliquer”, a renchérit le ministre, exhortant les autorités fédérales allemandes à exiger de leurs homologues américains qu’elles se plient aux lois internationales.

Dans le collimateur des Allemands, la société américaine 3M. C’est auprès de ce fabricant de matériel médical, qui dispose d’usines en Chine, que les autorités de Berlin disent avoir passé leur commande. Mais 3M, contactée par l’agence de presse allemande DPA, se défend de l’ensemble ces accusations : elle nie non seulement toute saisie de masques en Thaïlande, mais aussi avoir reçu une quelconque commande à destination de Berlin, souligne la Deutsche Welle dans un autre article.

05/04/2020

https://www.courrierinternational.com/

index

La France ne vole pas de masques aux autres pays, elle « réquisitionne »

Il est des informations dont on parle moins. Ou bien pour en parler nettement différemment. C’est eux les voleurs, nous, c’est pas pareil ! Un manichéisme qui va de pair avec les deux visions politiques qui s’affrontent : démocratie libérale autoritaire versus nationalisme illibéral.

« Vol », « détournement », « subtiliser », « rafler »… Voilà le genre de vocabulaire employé lorsque les Tchèques ou les Américains s’emparent de masques à destination d’un pays tiers. On entend ces derniers jours des histoires. Les Italiens ou les Français passent des commandes – notamment à la Chine, redevenue l’atelier du monde – mais se font doubler « sur le tarmac chinois » par des pays qui renchérissent. Business is business.

Mais voilà, il est une information qui fait moins de bruit : quand la France s’empare de la marchandise suédoise… à destination de l’Espagne et de l’Italie. Quatre millions de masques, tout de même, dérobés le 5 mars, révèle L’Express, au nom de la réquisition des stocks décidée de la 3 mars par le gouvernement.

Là, le vocabulaire change : ce n’est plus un vol, c’est une « réquisition », plus un détournement mais une « saisie ». L’action est la même, mais le lexique employé créé deux camps : les gentils et les méchants, les voleurs et ceux qui sont du côté de la légalité.

La voilà la véritable guerre. Elle est commerciale, mais surtout politique. La souveraineté de l’État confère au gouvernement sa légitimité.

Et la guerre est aussi une guerre de communication.

Les États-Unis ont démenti avoir volé quelque marchandise que ce soit. Les Tchèques ont finalement rendu leurs masques aux Italiens. Et la France ? Elle aussi a rendu les masques, du moins la moitié de la marchandise « à titre dérogatoire », a indiqué le secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale. Et voici la réaction de l’entreprise suédoise : « Ce sera plus cher mais, au moins, nous éviterons les saisies arbitraires pratiquées dans l’Hexagone ».

Une « polémique », titre Valeurs actuelles, qui préfère s’émouvoir du fait que l’UE vient en aide à l’Iran en lui fournissant du matériel médical « quand la France est au plus mal ».

Les ultra-libéraux se tirent dans les pattes. Les néo-fachos rêvent d’un monde totalement clos. La solidarité est un mot creux pour chacun d’eux. On pourrait appeler ça la gouvernance mondiale heureuse.

Loïc Le Clerc 5 avril 2020

http://sante-secu-social.npa2009.org/

 

Lire la suite

05 avril 2020 ~ 0 Commentaire

andré grimaldi (contretemps npa)

santé

Sauver l’hôpital public ! Entretien avec André Grimaldi

Professeur de médecine, André Grimaldi venait de publier en 2009 « L’Hôpital public malade de la rentabilité » (Fayard) quand cet entretien a été réalisé.

Contretemps : Dans votre livre, vous dites que « la mort de l’hôpital public est annoncée pour 2012 ». Le propos n’est-il pas par trop alarmiste ?

A.G.: 2012 était la date programmée pour réaliser la convergence des tarifs entre le public et le privé. Pour les mêmes pathologies, le financement des hôpitaux et des cliniques privées devait devenir identique, ce qui grosso modo signifiait une diminution de 30% des crédits de l’hôpital public. Donc le coulage de l’hôpital public.

Les conséquences en chaîne sont, en effet, évidentes: si des opérations, par exemple de la cataracte, de la prothèse de la hanche, ou relevant de tout autre geste technique, sont déficitai-res à l’hôpital, elles ne s’y feront plus et donc elles n’y seront plus enseignées, et ce sera du même coup la fin des CHU!

Le résultat positif du mouvement de mobilisation contre la loi Bachelot est le report de cette échéance à 2018. L’échéance de 2012 avait été actée par une loi parlementaire. Le directeur de cabinet de Roselyne Bachelot, après nous avoir expliqué que le ministère n’était pas accroché à cette date, nous a dit qu’il était exclu qu’elle le déclare publiquement car elle «sauterait dans les quinze jours».

Jean-Marie Roland, rapporteur UMP de la loi, nous a expliqué qu’une telle remise en cause provoquerait la «révolution au Parlement», ajoutant: «Vous ne connaissez pas les lobbys du Sud? »… Il s’agit des cliniques privées du sud de la France, dont l’influence au Parlement est telle qu’il n’était pas question de mettre en cause ce qu’elles avaient réussi à imposer. Bref, la mobilisation a permis de rendre possible ce qui était considéré impossible. (…)

La date de 2012 n’est donc pas maintenue. Reste que la mort de l’hôpital public, au sens où nous l’entendons, est programmée. Elle est portée par ce mot d’ordre de la convergence entre le public et le privé, qui amène à introduire du privé dans le public et quelques règles «publiques» dans le privé pour parvenir à un système unique.

Du fait des difficultés rencontrées et de la mobilisation, la mort de l’hôpital public a bien été retar-dée, et l’agonie en sera plus longue… Mais ne l’oublions pas: ce que la volonté présidentielle a annulé en un jour, elle peut le rétablir un autre jour avec le même arbitraire. Tout dépendra de la situation et de la capacité à privatiser le service public.

On entend beaucoup évoquer la «T2A»: que signifie ce sigle mystérieux ?

A.G.: Le cadre du budget alloué à la santé est fermé : l’enveloppe est votée par le Parlement, et elle est commune au privé et au public. La T2A [Tarification à l’Activité] est une technique de financement, une transposition à l’hôpital du paiement à l’acte.

Technique qui permet de stimuler l’activité, à condition qu’elle soit rentable : il faudrait aussi souhaiter qu’elle soit utile (voir la multiplication des césariennes, des endoscopies, des pacemakers, des angioplasties…).

En matière de santé, et au regard des réformes envisagées, les enjeux financiers apparaissent déterminants…

A.G.: On nous explique que l’application de la réforme ne créera pas de problème, dès lors que le malade est bien soigné et remboursé de la même façon. Mais le coût de la santé ne sera plus du tout le même, il variera selon les pathologies, les risques et les moyens de les financer. C’est cela l’enjeu.

Les financeurs, eux, raisonnent en termes de rentabilité, estimant qu’il y a des choses qui rapportent et d’autres non. Pour déterminer cela, il faut créer un marché, diminuer les coûts de production et créer des besoins de consommation dont la solvabilité sera fournie par le malade ou par les assureurs.

Pourtant, en médecine, il existe beaucoup d’activités rentables parfaitement inutiles! Par exemple le paiement à l’acte peut conduire le médecin, qui estime devoir défendre son niveau de revenu – la question de savoir combien un médecin doit gagner dans une société donnée reste ouverte –, à multiplier des consultations uniquement pour renouveler une ordonnance sans utilité avérée. Mais surtout s’impose un nouvel acteur : les assureurs, les actionnaires, qui exigent une part croissante de la distribution de la rente santé payée par la collectivité

La situation est différente dans les établissements privés à but non lucratif – qui, en France, sont très minoritaires – où les médecins ont un statut contractuel: ils ne prennent pas la parole, ne manifestent pas, car ils peuvent être remerciés.

A l’hôpital Saint-Joseph, avec 400 suppressions d’emplois, qui succèdent à 400 autres, et la fermeture des services, tout le monde se tait. C’est pire dans le privé à but lucratif: à la Générale de Santé, tout va bien ! Ce n’est pas encore notre cas, notre garantie de l’emploi nous permet une certaine liberté de parole et d’action. Il est vrai que l’évolution actuelle du service public tend à imposer un «devoir de réserve», une autocensure, comme dans le privé.

Face à des gestionnaires du type businessmen, les choses sont assez claires, alors que la cogestion brouillait davantage les cartes. Lorsqu’on annonce, cette année, la suppression de     1 200 emplois à l’Assistance publique de Paris, pour des raisons purement comptables, les syndicats des médecins et des chirurgiens s’y opposent, avec les syndicats des personnels, et un vote commun se fait, ce qui n’est pas habituel. Alors qu’on voit le président de la Commission médicale, investi dans la gestion, voter pour, au nom de la politique du moindre mal, tout comme certaines associations de patients.

On ne saurait sous-estimer la cohérence de la politique qu’on veut nous imposer. Elle vise à créer de force un pseudo marché, à donner tout le pouvoir à un décideur lui-même révocable. Cette loi repose sur le principe qu’il n’y a pas d’autre motivation que l’argent et le pouvoir. Un antihumanisme assumé qui va à l’encontre de l’idéologie médicale.

D’autant que, dans une première phase, le discours libéral était qu’il fallait en finir avec l’esprit de sacerdoce des médecins passant leur vie à l’hôpital. Les mêmes accusent maintenant les hospitaliers de ne pas travailler assez, d’être des fonctionnaires et donc par définition des pares-seux. D’où le choc en retour de ceux qui considèrent qu’ils travaillent beaucoup trop pour ce qu’ils sont payés. Finalement, nombre de jeunes spécialistes n’envisagent pas de rester à l’hôpital. La catastrophe, c’est-à-dire la fin du service public hospitalier, se prépare.

Quels sont les enjeux en termes de politique de santé auxquels la réforme prétend répondre ?

A.G.: L’arrière-fond de ces réformes, c’est une vision «techniciste» de la médecine, sur laquelle se greffe une marchandisation. L’exercice de la médecine est réduit à une somme de gestes techniques et de procédures, donc quantifiable, donc numérisable, donc marchandisable… Il suffit de créer un marché!

Il y a là une part de vérité, liée aux progrès techniques en médecine. Bien des actes médicaux sont proches des actes techniques, répétitifs, permettant une spécialisation de plus en plus poussée. Le médecin comme technicien supérieur ou comme ingénieur. Mais ce n’est qu’une partie de la réalité, pas la globalité de la médecine.

Quelqu’un comme Claude Le Pen, économiste libéral de la santé, a, au contraire, une vision purement technique de la médecine. Pour lui, soigner un malade, c’est comme réparer une voiture. Il s’insurge contre le maintien d’un artisanat médical aléatoire. Même si les écarts de pratiques sont souvent injustifiables, penser ainsi est une folie.

Tout cela n’est conscientisé par les «décideurs» que dans le prisme du «ça coûte très cher!». Ils se plaignent que 10% des assurés consomment 60% du budget santé, ce qui est logique puisqu’il s’agit de maladies graves, évolutives, dont il s’agit de prévenir les complications. Ils veulent appliquer à ces 10% le modèle de la chirurgie ou de la médecine interventionnelle. Évidemment ça ne marche pas!

Il s’agit donc d’une partie à trois 

Face à l’attaque du néolibéralisme contre le service public et le libéralisme médical, on a retrouvé dans la rue, sur la base minimum de la défense de l’hôpital public et de l’égalité d’accès à des soins de qualité, les partisans du service public et les médecins libéraux qui réagissaient à l’agression.

Les syndicats des personnels, pour leur part, ont appelé à la mobilisation sur les mêmes mots d’ordre de défense de l’hôpital public et de l’égalité d’accès aux soins. D’où une mobilisation qui s’est faite sous le signe de la défense du service public et non d’une défense de la médecine libérale.

Autre dimension: l’Europe

La mise en concurrence généralisée qui se prépare. Faut-il assurer la liberté de chacun d’aller se soigner au meilleur prix n’importe où? Faut-il mettre en concurrence la Sécu française et les assurances allemandes?

Est-il normal que 10 000 médecins étrangers soient invités à venir combler le déficit de méde-cins en France, conséquence du numerus clausus, privant ainsi leur pays de leurs compétences, alors que dans le même temps on interdit à leurs concitoyens de venir se faire soigner en France?

Le chantier de la réforme est gigantesque. C’est pourquoi, face à cette réforme qui avance aujourd’hui de manière rampante, en exploitant les excès du libéralisme médical et les défauts du service public, on ne peut se contenter d’opposer un front du refus, il faut proposer une alternative: il est nécessaire de faire évoluer les structures hospitalières.

Comment expliquer que des enjeux aussi importants que ceux de la médecine donnent lieu à si peu de débats dans la société ?

A.G.: Nos hommes politiques libéraux ont acquis un grand savoir-faire: ne pas proposer de politique d’ensemble, mais avancer par petits pas au nom du pragmatisme en occultant tout débat d’orientation. C’est une grande différence avec la loi Debré de 1958 qui avait rassemblé les différents ministè-res et institutions concernés pour proposer et appliquer une réforme globale.

Aujourd’hui on a une loi qui parle de tout (de l’hôpital et des cigarettes ), et on se focalise sur une question partielle, le pouvoir du directeur, en escamotant le problème de la finalité de ce pouvoir. Un pouvoir pour quoi faire?

Pendant ce temps, une commission du ministère de la Recherche concocte un texte sur les CHU qui n’a rien à voir avec la loi Bachelot. Le gouvernement fait une petite cuisine d’amende-ments et fait adopter tout cela selon la procédure d’urgence parlementaire.

Le vrai débat oppose les courants que j’ai évoqués, mais il n’est pas mené publiquement. On entretient une cacophonie qui empêche l’opinion de se saisir des questions de la santé et de l’hôpital, perçues comme des affaires de spécialistes.

Et, pendant ce temps, le Président décide souverainement. Toujours dans le même temps, on voit qu’il introduit dans le jeu les assureurs privés, en utilisant, sous la menace, les mutuelles qui vont servir de paravents et, hélas, d’intermédiaires. (Résumé voir lien)

André Grimaldi 5 avril 2020 Propos recueillis par Francis Sitel

https://www.contretemps.eu/

Lire aussi:

La colère d’André Grimaldi

Lire la suite

04 avril 2020 ~ 0 Commentaire

dossier palestine (pùblico afps à-l’e)

  map pal
Le virus à Gaza et en Cisjordanie
.
D’une part, le ministère israélien de la Santé tarde à publier un guide en arabe, deuxième langue du pays et de 17% des médecins et personnels de santé, pour les informer de la pandémie.
.
Le ministère de la Défense annonce lui le blocus total de Cisjordanie et de la bande de Gaza, annulant 107 000 permis de travail pour les Palestiniens et ferme le poste frontière de Shuafat à Jérusalem-Est, privant 80 000 Palestiniens israéliens des services de santé.
.
L’instance d’opérations conjointe mise en place entre l’Autorité palestinienne (AP) et l’armée israélienne pour coordonner la lutte contre le virus ne résout pas les problèmes des Palestiniens, qui ont environ 60 respirateurs et seulement 200 kits de test pour une population de deux millions d’habitants.Israël, en tant que force occupante, doit garantir la sécurité et le bien-être des Palestiniens, mais n’a pas levé le siège dévastateur de Gaza et empêche ses habitants de consulter un médecin en dehors de la bande de Gaza.
.
Après avoir détecté une soixantaine de cas d’infection et l’augmentation du nombre de colons qui se sont révélés positifs dans les territoires occupés, l’Autorité Palestinienne a imposé un confinement à la population, sauf pour sortir acheter de la nourriture et des médicaments. Il ne lui sera pas facile de l’obtenir des milliers de journaliers palestiniens dont la seule source de revenu est le travail qu’ils font.À Gaza, l’un des territoires les plus densément peuplés du monde, où 1 800 000 personnes sont enfermées sur 365 kilomètres carrés et subissent un blocus économique brutal de la part d’Israël depuis 13 ans, l’agent pathogène risque de faire des ravages.
.
Le chômage et l’extrême pauvreté peuvent provoquer des révoltes, qui pourraient devenir une nouvelle Intifada au cas où certains prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes venaient à perdre la vie à cause de l’épidémie…
.
Le Comité International de la Croix-Rouge a demandé à Tel-Aviv de réduire le nombre de ces prisonniers qui ont menacé de faire la grève de la faim, après avoir vu suspendre les visites de leurs avocats et qui ne voient venir aucun moyen pour se protéger. À Gaza, le système de santé s’est effondré en raison du blocus et des bombardements continus. Les 2 900 lits d’hôpitaux des établissements délabrés ne résoudront pas la tragédie à venir.
.
.
afps
.
AFPS: France Plastine Solidarité
.
Chères amies, l’épidémie fait des dizaines de cas en Cisjordanie, une douzaine à Gaza où on redoute qu’elle ne se répande vite. A cause du blocus israélien et des nombreuses attaques militaires contre Gaza les infrastructures médicales sont déficientes et dans l’impossibilité de faire face à une épidémie de cet ordre. Pas ou très peu de matériel et médicaments, une soixantaine de lits de réanimation pour 2 millions d’habitants, impossibilité de faire les gestes de distanciation/protection…. Pendant ce temps, les exactions israéliennes se poursuivent: bombardements de Gaza, raids militaires  dans les villes et villages de Cisjordanie, arrestations, attaques des colons. Dans les prisons, 5 000 Palestinien-ne-s entassés ne sont pas libérés  malgré des demandes répétées, au moins les enfants.
 .
L’AFPS, comme d’autres associations, se propose d’envoyer de l’argent à nos partenaires sur place, des ONG médicales avec qui nous travaillons depuis longtemps:
.
.
Lire aussi:
.

Lire la suite

03 avril 2020 ~ 0 Commentaire

transports (solidaires)

 salaire

Il est urgent de limiter les transports aux seuls besoins essentiels!

Depuis le début de la crise sanitaire, le matériel de protection indispensable fait défaut. Le personnel soignant, en première ligne, est le plus touché par cette situation.

Les salarié.es des entreprises appartenant aux secteurs essentiels le sont aussi car le patronat, avec l’appui des pouvoirs publics, refuse de prendre en compte le danger grave et immédiat et combat les droits de retrait.

Le patronat, toujours avec l’appui de l’Etat, ridiculise la notion de «service essentiel» en l’utilisant pour obliger des centaines de milliers de personnes à continuer un travail qui pourrait être différé.

L’avidité des actionnaires prime sur la santé et la vie des travailleurs et travailleuses: c’est le capitalisme.

Casse des services de santé – en lutte depuis des années pour avoir des moyens satisfaisants – et plus globalement de la sécurité sociale, absence d’anticipation, de réactivité, mais aussi délocalisations des industries produisant des masques et des respirateurs, sont autant d’explications à la situation catastrophique que nous connaissons.

Certes, les capitalistes et leurs gestionnaires ne sont pas à l’origine de ce coronavirus; mais ils portent la responsabilité de l’absence de protection, d’anticipation, d’infrastructures et de personnel pour y faire face, et donc de sa diffusion massive et mortelle.

Mi-mars, nous avons interpellé Mme Pannier-Runacher du ministère de l’Economie et M. Salomon, le directeur général de la Santé, pour leur dire qu’il était urgent d’organiser une réunion tripartite État-entreprises/organisations patronales-Organisations syndicales, pour travailler sur les filières productives de matériel médical indispensable.

Aucune réponse. Il y a là une mise en danger délibérée de la population.

Au-delà des discours martiaux et des hommages aux «héros», la réalité est que la santé des travailleurs et des travailleuses n’est pas le souci majeur – loin de là – des pouvoirs publics et directions d’entreprise.

En témoigne, l’injonction contradictoire consistant à ressasser l’impérieux besoin de confinement (bien réel !), mais en l’accompagnement de mesures visant à envoyer au travail un grand nombre de salarié·e·s dont l’activité ne relève pas des services absolument indispensables aux besoins essentiels de la collectivité. Le droit de retrait est une mesure de salubrité publique: les directions d’entreprise en contestent l’application et les pouvoirs publics les appuient!

C’est une décision dont les responsables assumeront les conséquences…

Le patronat s’attache à faire en sorte de pénaliser celles et ceux qui sont effectivement confiné.es (chômage partiel, garde d’enfants, télétravail, etc.) en rognant sur des droits, avec l’aval et l’appui des pouvoirs publics. Celles et ceux dont la présence sur le lieu de travail est suspendue à cause de la crise sanitaire doivent bénéficier de 100% de leur salaire, quelle que soit leur situation administrative !

Les seules entreprises du CAC 40, pour 2019, ont versé 60 milliards à leurs actionnaires…

Les transports doivent se limiter aux besoins réels de la population. Ce devrait être la règle tout le temps. En réalité, ils sont au service des intérêts capitalistes, avec les conséquences en matière d’écologie, de sureté …

Dans la période, continuer ainsi c’est une autre forme de mise en danger de la vie d’autrui! Les transports doivent être strictement limités aux besoins des secteurs vitaux (agroalimentaire, santé, etc.). N’en déplaise au MEDEF !

  • Qui a décidé de faire rouler des trains de fret pour ravitailler les chantiers du grand projet inutile Ligne à grande vitesse Lyon/Turin? Est-ce indispensable dans la période?
  • Qui a décidé de relancer les travaux pour la création du Roissy express, en vue des Jeux olympiques de 2024? Est-ce une activité indispensable dans la période?
  • Qui a décidé de continuer à faire travailler les chauffeurs routiers dans des conditions encore plus scandaleuses qu’habituellement, et pour certains trafics qui n’ont rien de vitaux pour la collectivité?

La direction SNCF invente la catégorie des « trains de continuité industrielle permettant de faire fonctionner des usines stratégiques […] et accélérer la remontée en puissance de l’économie.»

C’est l’Etat qui gère la SNCF et la met au service, non de la collectivité, mais des industriels !

Donnons tous les moyens aux secteurs vitaux. Protégeons-nous !

Arrêts des transports ferroviaires et routiers inutiles!

Arrêt total de production de toutes les entreprises sauf celles indispensables dans la période.

Dans ces dernières, c’est à celles et ceux qui travaillent de définir l’organisation à mettre en place; pas aux directions qui ne sont pas sur le terrain, là où est le danger de mort!

Par Sud-rail, Sud-industrie, Sud-chimie, Union syndicale Solidaires-transport

Alencontre 3 avril 2020

https://alencontre.org/

Lire la suite

03 avril 2020 ~ 0 Commentaire

caisse des dépôts (essf)

macronic

Hôpital public : la note explosive de la Caisse des dépôts 

Une ode au privé

À la demande d’Emmanuel Macron, la Caisse des dépôts travaille à un plan pour l’hôpital public. Mediapart en révèle le contenu. Au lieu de défendre l’intérêt général, il vise à accélérer la marchandisation de la santé et sa privatisation rampante.

Ce document expose une série de propositions qui s’inscrivent toutes dans la philosophie néolibérale qu’Emmanuel Macron a toujours défendue par le passé. Privatisation rampante au travers de sulfureux partenariats public-privé (PPP), marchandisation accélérée de la santé : voilà un plan qui tourne le dos aux valeurs de l’État-providence.

L’origine de ce plan est connue. En déplacement à Mulhouse, mercredi 25 mars, pour visiter l’hôpital militaire de campagne qui venait d’y être construit, le chef de l’État a fait des promesses fortes, mais sans en révéler les modalités, ni les montants, ni le calendrier.

Il a juste assuré qu’« à l’issue de cette crise, un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital ». Sans emporter la conviction, il a encore dit : « Beaucoup a été fait, sans doute pas suffisamment vite, pas suffisamment fort. » C’est dans ce cadre présidentiel que s’inscrivent les travaux préparatoires de la CDC.

Ce plan est élaboré par la direction de l’investissement de la Banque des territoires, laquelle est chapeautée par la CDC.

La philosophie générale du plan.

Tous les experts que nous avons interrogés – professeur de médecine, économistes, sociologue – portent sur cette note un regard similaire. S’ils relèvent ici ou là quelques avancées, ils consta-tent qu’elle ne tire aucun enseignement de la crise sanitaire historique que nous traversons et cherche à poursuivre et même à accélérer les processus de privatisation rampante et de marchandisation de la santé, qui étaient déjà à l’œuvre les années précédentes.

Il est d’ailleurs assez frappant de relever que du début à la fin, la note ne cesse de mentionner le secteur privé, pour une cascade de raisons, comme s’il était un acteur majeur pour l’hôpital, dont le statut public est ainsi quasiment dissous.

Cette référence au privé apparaît évidemment dans les fameux partenariats public-privé ; pour le développement de la « santé numérique », il est aussi fait mention du rôle de 700 start-up qui sont aussi… privées.

Dans une note en bas de page, il est aussi fait l’éloge de nombreux assureurs privés qui soutiennent l’« Alliance digitale pour le Covid-19 », laquelle est « composée de Docaposte, la start-up lilloise Kelindi, l’agence Dernier cri, Allianz France et le cabinet d’avocats De Gaulle Fleurance & associés ».

Et la note ajoute : « Le consortium est soutenu par AG2R La Mondiale, AstraZeneca, CompuGroup Medical, Johnson & Johnson, La Banque postale assurances, Malakoff Humanis, la plateforme de téléconsultation MesDocteurs et le groupe VYV. »

Bref, d’une ligne à l’autre, c’est une ode de chaque instant au privé.

Un conflit d’intérêts pour la CDC

Interrogé également par Mediapart, le professeur André Grimaldi, fondateur du Collectif Inter-Hôpitaux, juge aussi sévèrement cette note. Il souligne en particulier qu’elle présente le vice majeur de mettre sur un pied d’égalité l’hôpital public et d’autres établissements, dont les établissements privés de santé à but non lucratif (Espic).

Même s’ils sont détenus par des mutuelles et des fondations, sont régis par d’autres règles, notamment celles de la concurrence, ce qui leur permet d’embaucher les soignants sous des contrats individuels, de faire leur mercato pour débaucher des professeurs de renom, avec les rémunérations afférentes. Cette mise sur un pied d’égalité de ces établissements a, selon lui, pour effet d’effacer la frontière entre public et privé et s’inscrit dans une logique de marchandisation.

Jean-Paul Domin, professeur de sciences économiques à l’université de Reims et membre des Économistes atterrés, soulève, avant toute chose, une question de méthode : « N’y a-t-il pas un évident conflit d’intérêts à demander un rapport à la CDC sur l’hospitalisation ?

La CDC, via une de ses filiales Icade santé, est un acteur majeur de l’hospitalisation privée lucrative. Icade santé est détenue à hauteur de 38,8 % par la CDC et pour 18,4 % par Prédica SA (la filiale assurance du Crédit agricole). Icade s’est spécialisée sur le marché de l’immobilier sanitaire.

Elle possède un portefeuille de 135 établissements de santé valorisé à hauteur de 5,5 milliards d’euros. Elle est déjà partenaire de marques reconnues (Elsan, Ramsay santé, Vivalto) ainsi que des groupes régionaux. Icade souhaite également investir le marché des Ehpad et annonce un accord de partenariat avec le groupe Korian. »

La restructuration de la dette.

À lire la note, on pourrait toutefois être rassuré sur un point : au moins la puissance publique est-elle consciente du poids que représente la dette pour les hôpitaux [8]. Comme en novembre 2019 l’État avait annoncé qu’il reprendrait à sa charge un tiers de la dette des hôpitaux, la note préconise une restructuration des deux tiers de la dette restante.

Mais la proposition est très ambiguë, car la note met effectivement sur un pied d’égalité l’hôpital public et les établissements privés de santé à but non lucratif. Or, les mutuelles, fondations ou associations qui les contrôlent sont le plus souvent devenues au fil des ans des organismes financiers mutants, ayant depuis longtemps abandonné l’idéal mutualiste pour copier les mœurs des marchés financiers.

En clair, les mutuelles ou institutions de prévoyance agissent de plus en plus souvent comme des acteurs privés, par exemple de l’assurance. Elles sont soumises aux mêmes contraintes prudentielles et sont saisies des mêmes fièvres de concentration ou de regroupement. Comme le répète depuis longtemps le professeur Grimaldi, c’est par elles que transite le virus de la marchandisation et de la privatisation rampante dans le secteur de la santé.

À la lecture de la note, il apparaît que la restructuration de la dette envisagée par la CDC concerne d’abord celle de ces Espic – ce qui est évidemment révélateur. D’où la proposition de la note : « Nous pourrions imaginer un fonds de dette qui prêterait en hybride soit aux hôpitaux, soit préférablement aux mutuelles. »

De l’austérité qui étouffe l’hôpital depuis si longtemps [10], et contre laquelle tous les personnels hospitaliers ont sans cesse manifesté, notamment tout au long de l’année 2019, et jusqu’à ce que commence la pandémie, il n’est tout simplement pas fait mention. (…)

Conversion de navires en navires-hôpitaux.

Donald Trump a suggéré il y a quelques jours de reprendre les paquebots de croisière pour les transformer en hôpitaux [18]. Alors que tous les croisiéristes sont en plein naufrage, après l’épisode du Diamond Princess où plusieurs milliers de passagers se sont retrouvés cloués à bord pendant plusieurs semaines pour cause d’épidémie de coronavirus, le président américain avait trouvé que ce serait une bonne idée de récupérer ces bateaux. Ce qui permettrait au passage de sauver le groupe de croisière Carnival, qu’il connaît bien.

Mais on ne s’attendait pas à ce que la Banque des territoires reprenne cette idée dans une note sur la santé au temps du Covid-19. « Il s’agirait, écrit-elle enthousiaste, de conventionner avec des armateurs français la transformation, à la demande, d’un paquebot, d’un roulier, d’un ferry en navire-hôpital, en contrepartie d’une rémunération fondée sur la disponibilité (et des entraînements).

Une annonce de cette nature serait sans doute très bien reçue par l’opinion publique et recevrait le soutien des Armateurs de France, très attachés au concept de flotte stratégique et à la croissance des navires sous pavillon français. La CDC pourrait financer dans le cadre de ce contrat d’affrètement les dépenses de conversion et le stock de matériel médical nécessaire à la montée en puissance de ces navires-hôpitaux ».

Il y a longtemps que la marine a des bateaux-hôpitaux qui lui permettent d’avoir des capacités de soin un peu partout dans le monde. Mais est-ce que la transformation de paquebots de croisière, souvent gigantesques, apporte une bonne réponse au sous-équipement hospitalier actuel ?

Avoir des installations mobiles pourrait peut-être permettre de répondre à des besoins des DOM-TOM, où certains territoires insulaires sont sous-équipés, mais pour la France, cet appoint serait par bien des aspects accessoire : le manque d’équipement médical et hospitalier est surtout criant sur tout le territoire, dans le Grand Est et le Massif central, dans la Creuse ou le Jura, par exemple, régions qui sont peu connues pour leur accès à la mer.

Mais au-delà, ces navires monstrueux peuvent-ils apporter une réponse en cas de pandémie, comme celle du Covid-19 ? L’exemple du Diamond Princess (mais d’autres navires de croisière ont connu des expériences aussi dramatiques) [19] tend à prouver que le confinement dans un espace inadapté, avec des règles inappropriées, se révèle contre-productif. Certes, ces paque-bots peuvent être transformés. Mais cela demanderait des moyens gigantesques pour ce faire. Serait-ce pertinent de mobiliser tant de ressources financières pour un résultat incertain, en tous les cas tardif ?

L’insistance avec laquelle la Banque des territoires soutient cette proposition, cependant, pose question. Car il semble y avoir beaucoup d’arrière-pensées et de non-dits dans cette suggestion. La raison en est peut-être ailleurs : la Société de financement local (Sfil), qui sert de bras finan-cier à la banque des territoires, garantit un grand nombre de crédits exports.

Elle s’est beaucoup engagée dans le secteur des croisières.Depuis 2017, elle a garanti plus de 3 milliards d’euros de crédits [20] pour les commandes de paquebots passées par MSC (détenu par le cousin d’Alexis Kohler [21]) et Royal Caribbean auprès des Chantiers navals de l’Atlantique. Ces garanties ont été consenties dans des conditions extrêmement généreuses, au-delà des pratiques habituelles.

Or, ces croisiéristes sont aujourd’hui totalement à l’arrêt, et peut-être pour longtemps. Ils risquent de ne pas être en mesure d’assurer leurs échéances. Leur reprendre leurs bateaux et les transformer en hôpitaux permettrait de les soulager et peut-être de ne pas exposer les engagements hors norme pris pour eux avec de l’argent public. Mais est-ce vraiment le rôle de l’État d’assurer le sauvetage de groupes étrangers qui ont opté de longue date pour les paradis fiscaux ? (Résumé voir lien)

Laurent Mauduit, Martine Orange mercredi 1er avril 2020

https://www.mediapart.fr

Lire la suite

03 avril 2020 ~ 0 Commentaire

usa (pùblico)

trump
.
Le Pentagone avait mis en garde il y a deux ans déjà contre une pénurie de matériel médical et de médicaments face à une pandémie
.
Bien que Trump ait déclaré il y a deux semaines que la pandémie de Covid-19 était « impré-visible », un rapport du Pentagone, révélé par « The Nation », avait déjà averti en janvier 2017 que « la menace la plus probable et la plus importante était une nouvelle maladie respiratoire. « Le 20 janvier, un homme de 35 ans est devenu le premier coronavirus positif aux États-Unis. Dix jours plus tard, l’OMS a déclaré une urgence internationale de santé publique.
.
Le 11 février, l’OMS a baptisé la nouvelle maladie sous le nom de covid-19, qui, le 29 de ce mois, a causé le premier décès dans le pays d’Amérique du Nord.Malgré cela, le 6 mars, un mois et demi après cette première contagion, le président Donald Trump a déclaré sans honte que c’était « un problème imprévu » qui « venait de nulle part » et huit jours plus tard, lorsque Il avait déjà déclaré une urgence nationale, il a de nouveau affirmé que « c’est quelque chose à quoi personne ne s’attendait ».
.
Il s’avère qu’un rapport du Pentagone de janvier 2017 a déjà averti que « la menace la plus probable et la plus importante est une nouvelle maladie respiratoire ».Le document, publié hier par le médias progressiste The Nation, a également averti que, dans ce scénario, tous les pays industrialisés, y compris les États-Unis, manqueraient de respirateurs, de médicaments, de lits d’hôpital, d’équipements de protection et de masques pour faire face à une éventuelle pandémie.
.
Bien que lorsque le rapport du Pentagone aborde la « menace la plus probable », il mentionne « en particulier un nouveau type de grippe [le virus de la grippe]« , le document de 103 pages fait plusieurs mentions explicites du coronavirus.Le rapport du Pentagone est intitulé USNORTHCOM Branch Plan 3560: Response to Pandemic Flu and Infectious Diseases. Autrement dit, il s’agit d’un plan qui met à jour un précédent  rapport du ministère de la Défense face à une pandémie de grippe.
.
A ce moment le Pentagone note que ce nouveau plan « intègre les données  sur plusieurs épidémies récentes, y compris le coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient en 2012″. »La reconnaissance, l’identification et la caractérisation initiales d’un pathogène émergent ou réémergeant peuvent prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois », ajoute le texte, décrivant la situation actuelle, « pendant laquelle des mouvements régionaux et mondiaux d’individus infectés se produiront », ce qui facilitera la propagation de la maladie.
.
« Le rapport du Pentagone assure que « l’atténuation de la morbidité et de la mortalité définira comment un pays sortira de la pandémie », et c’est à ce moment où il lance son alerte: « Même les pays les plus industrialisés n’auront pas assez de lits d’hôpitaux, d’équipements médicaux spécialisés comme les ventilateurs et de médicaments facilement disponibles pour traiter adéquatement leurs populations pendant les phases les plus graves de la pandémie. « Dans une interview à The Nation, le chef entre 2014 et 2017 de la division des maladies infectieuses et de leurs contre-mesures de la Defense Intelligence Agency, Denis Kaufman, souligne que les services de renseignement américains « ont mis en garde contre la menace des virus de grippe hautement pathogène depuis au moins deux décennies [et] sur les coronavirus pendant au moins cinq ans. « 
Trump a dissout une équipe médicale en Chine
.
L’agence Reuters a révélé fin mars qu’en juillet de l’année dernière, quelques mois avant le début de l’épidémie de Covid-19 à Wuhan, en Chine, l’administration Trump, lors de sa énième action de démantèlement d’institutions publiques, avait éliminé l’infrastructure constituée d’experts américains intégrés dans les établissements de santé chinois pour détecter les flambées de maladies dans ce pays dès leur apparition.Ce sont les experts de l’American Center for Disease Control and Prevention, qui avaient été intégrés à l’Agence chinoise de contrôle des maladies, une initiative lancée par la précédente administration de Barack Obama.
.
Peut-être est-ce pour couvrir cela que Donald Trump a critiqué à plusieurs reprises la Chine pour avoir censuré des informations sur l’épidémie, informations que les États-Unis auraient pu avoir de première main.Les réglementations élaborées par Obamacare pour étendre la couverture sanitaire et les développements institutionnels dans le domaine médical menés pendant les deux mandats de Barack Obama ont été les deux des principaux axes des attaques constantes de Trump lors de son premier mandat. de la Maison Blanche.
.
« C’est un mensonge que personne n’aurait pu prévoir »
.
Le directeur du groupe de recherche en santé de l’ONG Public Citizen, Michael Carome, assure au public que «l’un des plus grands mensonges de Donald Trump au cours des dernières semai-nes est, comme il l’a assuré, que personne n’aurait pu prévoir que cela se produirait … Pendant de nombreuses années, avant l’élection de Trump à la présidence, le gouvernement fédéral a établi des plans pour une éventuelle pandémie causée par un virus comme ce nouveau coronavirus.
.
« «J’ai moi-même travaillé en tant que médecin au sein du Corps du Service de santé publique [un service national] et j’ai participé à des exercices de formation préparatoires à ce type de pandémie», explique Carome. »Le rapport du Pentagone révélé par The Nation n’est qu’un échantillon de plus des mensonges de Trump et l’insouciance de son administration dans la préparation du pays à cette pandémie. En raison de ses échecs, des dizaines de milliers d’Américains vont mourir « .
.
« L’histoire montrera que Trump a été responsable de l’un des échecs de santé publique les plus catastrophiques de l’histoire de ce pays. S’il avait écouté les avertissements des services de renseignement et des experts en santé publique il y a des mois au sujet de la grave menace que suppose l’épidémie de coronavirus en Chine, l’explosion actuelle des cas de coronavirus aurait pu être évitée « .
.
« Au lieu de minimiser les risques et d’offrir des fausses garanties dès le départ », « Trump aurait dû ordonner le déploiement rapide d’un programme de test complet à l’échelle nationale en combinaison avec une stratégie de confinement en étroite coordination avec les agences, les services de santé publique étatiques et locaux à travers le pays. « 
.
Washington 03/04/2020 Manuel Ruiz Rico
.
.
Commentaire:
.
The Nation The Nation est un hebdomadaire américain de gauche, fondé en 1865, au départ pour combattre l’esclavage.
.
.
Lire aussi:
.

Lire la suite

03 avril 2020 ~ 0 Commentaire

france inter (acrimed)

 france inter

Matinale de France Inter

Parlez, parlez, mais de grâce, parlez dans les clous !

Le 27 mars, dans le grand entretien de France Inter, Ali Baddou recevait Frédéric Worms, professeur de philosophie contemporaine à l’ENS et membre du Comité national d’éthique. Parmi d’autres thématiques, il sera question de la continuité du débat politique en temps de crise. Un sujet dont on peut visiblement discuter à l’antenne… mais uniquement sur un plan théorique ! Car lorsqu’un auditeur choisit de mettre les pieds dans le plat et de critiquer la réponse du gouvernement avec des exemples concrets, Ali Baddou n’oublie pas le rappel à l’ordre.

En milieu d’entretien avec Frédéric Worms, Ali Baddou s’interroge :

On ne pense qu’à ça, on ne pense qu’à nos vies confinées. On ne pense qu’au virus. Que deviennent les autres problèmes qui se posent et qui n’ont pas disparu ? Ils ont disparu de l’espace médiatique, ils ont disparu de la conversation générale, mais ils sont toujours là les grands sujets politiques dont on a arrêté de parler. Comment est-ce qu’ils vont ressortir de cette crise ?

« On » se demande d’emblée qui est ce « on »… dont Ali Baddou se fait le porte-parole. « On » se questionne sur ce que l’animateur entend par la « conversation générale », d’où auraient « disparu » « les autres problèmes ». « On » se demande si, comme souvent, Ali Baddou ne projetterait pas arbitrairement sur la population les réflexes et réflexions propres à « l’espace médiatique »… et à ses têtes d’affiche.

Car le moins qu’on puisse dire actuellement, c’est que les « sujets politiques », les questionne-ments et la colère sont loin d’être sous le tapis dans de très nombreux secteurs (confinés ou non) de la population. Encore moins parmi les travailleurs, qui, de l’hôpital à la grande distribu-tion en passant par La Poste, les entreprises du BTP, de l’automobile, etc. ont largement de quoi « parler »…

Ce que son invité lui fait d’ailleurs remarquer en répondant que non, « on » n’a pas « arrêté de parler »… et que ce ne serait d’ailleurs pas souhaitable :

- Frédéric Worms : Heureusement, ils sont encore là. Les gens discutent, ils ont en tête leur situation sociale, leur situation économique, la question de l’éducation, de l’avenir des enfants, du soin. […] Tous ces sujets sont là, et moi mon souci justement, c’est de ne pas attendre la sortie de la crise pour en parler, pour mobiliser autour, pour construire un débat citoyen mais qui ait des effets réels. Si on attend la sortie, ce sera très dangereux.

- Ali Baddou : Mais pendant la crise ? Pendant la crise il faut penser l’après, Frédéric Worms ? Il faut dès maintenant essayer de penser l’après ?

- Frédéric Worms : Exactement. Et y participer dès maintenant.

Seulement voilà : Ali Baddou ne semble pas convaincu. Car à peine cinq minutes plus tard (soit « dès maintenant »), et alors qu’il est question du concept de « guerre » employé par Emmanuel Macron, un auditeur va mettre les pieds dans le plat. Et s’il parvient à s’exprimer, il est interrom-pu puis définitivement coupé, avant que son intervention soit littéralement aseptisée par l’animateur :

- Ali Baddou : Justement, c’est une question que veut vous poser Marc, qui est auditeur d’Inter, et qui est avec nous ce matin. Bonjour Marc, et bienvenue dans la matinale !

- Marc : Bonjour, merci. Moi, je ne supporte pas les discours martiaux de monsieur Macron. C’est pas la guerre, c’est une crise sanitaire comme vous l’avez dit. Et à mon avis, il ferait mieux de dire la vérité, à savoir qu’il a choisi la stratégie de l’immunité collective, puisqu’il n’y a pas de masques, pas de tests, pas de moyens !

 

À moins qu’il considère que c’est la guerre, et que les salariés sont de la chair à canon, puisqu’il veut les faire travailler jusqu’à 60 heures par semaine, sans moyens de protection, et au moins jusqu’à la fin de l’année ! Et moi j’ai l’impression que le gouvernement est plus préoccupé de sauver les marchés financiers que la population… [Coupé]

- Ali Baddou : C’est votre point de vue Marc ! [1]

- Marc : … puisqu’il annonce des centaines de milliards pour eux alors que pour les hôpitaux et les EHPAD, on fait appel à la générosité du public, avec la Fondation de France. Il y a urgence à faire le contraire ! Par exemple, par exemple… [Coupé].

Ciao Marc ! Car non seulement la parole ne lui sera pas rendue, mais Ali Baddou va prendre grand soin de recadrer les choses : « reformuler » complètement l’intervention de l’auditeur pour son invité, tout en feignant d’accorder du crédit au premier. On ne sait jamais… Frédéric Worms aurait pu vouloir embrayer sur le cadrage de Marc. Et c’est bien là tout le savoir-faire de l’édito-crate : avec beaucoup d’eau tiède, des propos vigoureux deviennent… insipides :

Ali Baddou : Il y a malgré tout, il y a malgré tout Marc, un grand effort collectif, et c’est vrai que c’est le temps du débat alors même qu’on est en pleine crise. Mais votre question était forte justement sur les mots qu’employait le Président de la République et ce mot de « guerre » Frédéric Worms, qui gêne et qui irrite Marc. Pourquoi ce besoin d’employer ce mot-là en particulier ?
« Que deviennent les autres problèmes qui se posent et qui n’ont pas disparu ? » se demandait Ali Baddou avant cet épisode. Il aura donc répondu, en actes, à sa propre question, en refoulant quelques-uns de ces « autres problèmes » dès leur énonciation.

 

Cette mise en veilleuse nous rappelle combien les garants autoproclamés de la parole médiatique ne renoncent jamais – avant, pendant et probablement après la crise – à veiller au bon respect du pré-carré politique : parlez, parlez ! mais de grâce, parlez dans les clous !

.
 Pauline Perrenot, mardi 31 mars 2020

.

https://www.acrimed.org

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin