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23 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Garde à vue (Carhaix)

Correspondant NPA-Cornouaille
Hebdo L’Anticapitaliste – 709 (23/05/2024)

Carhaix : Toujours pas d’urgences à l’hôpital… mais des gardes à vue

« Carhaix, Carhaix, Résistance ! ». Depuis le 14 mai, entre 100 et 200 personnes lancent ce cri quasi quotidiennement devant le commissariat de Quimper (Finistère). Ce sont à nouveau les défenseurEs des urgences de l’hôpital de Carhaix qui battent le pavé quimpérois. 

Ils et elles sont doublement en colère. D’une part, le protocole pour la réouverture des urgences de leur hôpital du Kreiz Breizh (Centre Bretagne) — signé le 27 octobre par l’Agence régionale de santé (ARS), le département et la préfecture — n’a toujours pas vu la moindre mise en œuvre. D’autre part, et c’est le motif de leurs rassemblements devant le commissariat, les mêmes qui avaient signé le protocole ont porté plainte pour séquestration et violence en réunion, à la suite de l’occupation des locaux de l’ARS à Quimper le 14 septembre 2023.

Une dizaine de personnes (il semble que la liste pourrait s’allonger) dont le porte-parole du comité de vigilance de l’hôpital de Carhaix Matthieu Guillemot, des militantEs syndicalistes (six de la CGT et trois de la CFDT) ont ainsi été convoquéEs à partir du 14 mai pour être entenduEs sous le régime de la garde à vue.

Mobilisation contre la répression

Mardi 14, c’est notre camarade Matthieu Guillemot qui « ouvrait le bal ». Pour l’accompagner, quelque 200 personnes, pour une part venues en car depuis Carhaix, des militantEs syndicaux (CGT, CFDT, Sud Santé Sociaux/Solidaires), des militantEs du Comité de défense des hôpitaux de proximité, et des éluEs et responsables politiques. Parmi lesquels Christian Troadec, maire de Carhaix, Mélanie Thomin, députée socialiste du Finistère et Philippe Poutou. En termes d’organisations politiques, hors quelques drapeaux de l’UDB, le NPA-l’Anticapitaliste semblait être le seul à avoir appelé ­largement au rassemblement.

Au sortir de son audition, et après un passage par la case cellule, Matthieu Guillemot a réaffirmé que « le 14 septembre dernier, il n’y a pas eu de violence ni de dégradation dans le bâtiment de l’ARS. À Carhaix, nous avons l’habitude de nous battre et nos méthodes sont connues : la détermination et la non-violence », et que son audition, comme celles à venir des neuf autres militantEs, participait d’une tentative de « criminalisation des mouvements sociaux et syndicaux ».

Faisant référence à la condamnation pour apologie du terrorisme à l’encontre de Jean-Paul Delescaut, secrétaire départemental de la CGT du Nord, ou à la plainte pour « diffamation et injures publiques » de Darmanin contre le militant de Sud Éducation du Finistère, Olivier Cuzon, Philippe Poutou a dénoncé une « répression du mouvement social et militant qui se généralise. Dès qu’on milite, qu’on conteste, qu’on est en opposition au pouvoir ou que l’on défend les services publics, on est menacé et entravé par des convocations policières, par des menaces judiciaires ».

La lutte continue

Loin de se laisser intimider, chaque jour donc et jusqu’au 28 mai les manifestantEs continueront de soutenir Matthieu, Cathy, Sandrine, Rachel, Andréa, David, Caroline, Thomas, Bahar et Stéphanie, leurs camarades de lutte pour les urgences de l’hôpital de Carhaix. Ainsi, la CFDT, la CGT et SUD Santé Sociaux du CHRU de Brest/Carhaix ainsi que leurs unions syndicales départementales appellent respectivement à faire du 21 et du 22 mai (dates auxquelles ce sont leurs militantEs qui passent en audition au commissariat de Quimper) de belles journées de mobilisation contre la répression et la judiciarisation de la lutte. À la fin du mois, nul doute que panneaux et poteaux seront recouverts de l’autocollant « Karaez Rezistañs ! ».

Jeudi 23 mai 2024

https://lanticapitaliste.org/

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22 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Karaes ( RDF)

soignants hôpital

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Neuf soignants syndiqués de l’hôpital de Carhaix en garde-à-vue

Neuf soignants du milieu hospitalier syndiqués – six à la CGT, trois à la CFDT – sont convoqués au commissariat de Quimper pour des gardes-à-vue. Leurs convocations font suite au dépôt de plainte de la part de la direction du centre hospitalier universitaire (CHU) Brest-Carhaix contre eux. Motif : les neuf soignants faisaient partie d’une action d’occupation des locaux de l’Agence régionale de santé, située à Quimper, le 14 septembre 2023.

Huit mois plus tard, une dizaine de personnes selon Ouest France, dont ces neuf syndiqués, ont reçu des courriers de convocation et seront entendus par la police pour « séquestration » et« violences en réunion ».

Le premier, Mathieu Guillemot, porte-parole du comité de vigilance de l’hôpital de Carhaix et également militant NPA, est entendu ce mardi 14 mai.

En septembre 2023, ces soignants demandaient la réouverture 24 heures sur 24h de l’accueil du service des urgences de leur hôpital de Carhaix. L’ARS venait d’annoncer sa fermeture de nuit. Des habitants avaient manifesté à leurs côtés, en ressortant pour l’occasion une catapulte factice, fabriquée en 2008 pour incarner, déjà, la lutte contre la fermeture de leur maternité et de leur hôpital.

Cette catapulte est de nouveau dehors, ce mardi 14 mai : un rassemblement de soutien aux soignants convoqués est en cours. Entre 150 et 200 personnes sont dans les rues de Quimper, selon le Télégramme et Ouest France. « Mettre les soignants en cellule est-ce la seule réponse de nos dirigeants face au manque de moyens dans les hôpitaux ? » s’enquiert la CGT locale dans un communiqué. « Nos militants n’ont fait que défendre leur hôpital, l’offre et l’accès aux soins pour la population, face à une direction et des pouvoirs publics incapables d’assurer la continuité et la qualité des soins ».

Deux manifestations entre l’ARS et le commissariat de Quimper sont aussi à venir. La première, le 22 mai, sera en soutien aux militants CGT de Carhaix. La seconde aura lieu le lendemain, le 23 mai, en soutien à ceux de Brest, avec le même parcours dans la ville.

14 mai 2024 Maïa Courtois

https://rapportsdeforce.fr/

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20 mai 2024 ~ 0 Commentaire

EHPAD (FR3)

Nathalie Ugen est le principal soutien de Faith Otasowie, Nigériane menacée d'expulsion.
Nathalie Ugen est le principal soutien de Faith Otasowie, Nigériane menacée d’expulsion. • © France 3 Bretagne

« J’ai peur, je ne dors plus. Pourquoi la France veut que je parte ? » Une immigrée, soignante dans un Ehpad, menacée d’expulsion

Faith Otasowie est agent de soin à l’Ehpad de Dol-de-Bretagne. En France depuis 2011, elle est visée par une OQTF, une obligation de quitter le territoire français. Ses amis et collègues se mobilisent contre cette décision qu’ils jugent inacceptable et injuste.

« Elle ne mérite pas ça. Elle ne mérite pas qu’on l’expulse ». Valérie, comme Sylvie et Line présentesce mardi 21 mai à Dol-de-Bretagne, ne décolèrent pas. Pour celles qui sont collègues de travail dans l’Ehpad La Parentèle, l’obligation de quitter le territoire français qui vise Faith Otasowie est incompréhensible.

« Malgré le fait qu’elle n’a pas ses papiers, Faith a tous les autres droits pour rester avec nous », argumente Valérie. « C’est un bon élément. Tout ce qu’elle a fait avant, c’est pour s’en sortir, pour quitter son passé. Elle est dans un métier dans lequel tout se passe bien. Elle s’entend à merveille avec les résidents. Il n’y a jamais de souci avec eux. »

Pour Sylvie, cette menace d’expulsion n’est, en plus, pas en accord avec le manque crucial de personnel dans les établissements recevant des personnes âgées : « Les Ehpad cherchent tous les jours des salariés. Or Faith est là depuis plus de 4 ans et à partir du 7 juin, elle pourrait être expulsée de France. Ce n’est pas logique alors qu’elle apporte son sourire et toute sa bonne humeur au quotidien, malgré ses problèmes. Elle est volontaire et ne rechigne pas à venir travailler s’il manque un personnel et même le week-end. »

Visée par la loi Darmanin

C’est mi-avril que Faith Otasowie a reçu cette OQTF,  « Un torchon de 8 pages qui décrit toutes les raisons pour lesquelles elle est, soi-disant, expulsable et doit retourner dans son pays où elle sera en danger » explique Nathalie Ugen, une amie et principal soutien de la Nigériane.

Cette OQTF, émise par la préfecture, celle-là même qui lui délivre tous les trois mois un récépissé (de demande de carte de séjour) lui permettant de travailler à la Parentèle, Faith la reçue suite à l’application de la loi Darmanin. Cette dernière réclame depuis janvier dernier l’expulsion de tout étranger sans papiers ayant été condamné par la justice.

Victime et coupable d’un réseau de prostitution

Or, Faith a purgé un an de prison il y a quelques années, reconnue coupable et victime d’un réseau de prostitution.

L’histoire de Faith en France commence en 2011, lorsqu’elle fait appel à une passeuse pour quitter le Nigéria, où en danger, elle doit laisser deux enfants. À l’époque, on lui dit qu’en France, elle pourra garder des enfants. La réalité est tout autre puisqu’elle se retrouve prise dans un réseau de prostitution avec une somme de 60 000 euros à rembourser, celle que lui a pris la passeuse pour rejoindre la France.

Elle arrive au bout de nombreux mois à sortir du réseau de prostitution mais doit revenir chez une amie qui en fait encore partie. Ensuite, elle se retrouve à répondre au téléphone aux jeunes femmes qui voulaient venir en France et qui tombent par la suite, malgré elles, dans le réseau. C’est pour cela que Faith sera jugée coupable et victime et qu’elle fera de la prison.

Pour autant, « ce passé qui la poursuit alors qu’elle n’est pas coupable de ce qui lui est arrivé, ne justifie pas cette OQTF qui est une injustice pour une femme qui se bat » estime son amie Nathalie.

« Pourquoi la France veut que je parte ? »

Une injustice que ressent de plein fouet Faith depuis la mi-avril. Elle se dit bien insérée dans la vie, a un fils de 7 ans, né en France, « qui n’est jamais allé en Afrique, qui ne parle que français et qui a toute sa vie et ses amis ici ». Elle ne comprend pas ce qui lui arrive alors qu’elle avait un avis favorable de la commission départementale d’attribution de titre de séjour en 2022. Mais un avis soumis cependant à la signature du préfet d’Ille-et-Vilaine.

J’ai peur, je ne dors plus. À partir du 7 juin, je ne pourrais plus vivre, je n’aurais plus le droit d’aller travailler. Alors que j’attendais ma carte de séjour, je reçois cette OQTV. Toute ma vie est désorganisée. Faith Otasowie, Immigrée nigériane menacée d’expulsion

Une pétition de soutien

En soutien à Faith et à son fils Gabriel, une pétition a été lancée par ses amis et collègues afin que l’OQTF soit abrogée et que Faith soit régularisée. Les soutiens espèrent également recueillir suffisamment de témoignages en sa faveur, afin de les transmettre à la préfecture.

Un rassemblement de soutien est prévu le 30 mai devant l’école de son fils à Dol-de-Bretagne ainsi que le 12 juin devant l’Ehpad La Parentèle.

  Thierry Peigné 20/05/2024

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15 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Forêts (Reporterre)

Les forêts françaises ne sauveront pas le climat

Les forêts françaises ne sauveront pas le climat

Les forêts se meurent, et avec elles leur potentiel de captation du CO2. L’objectif de neutralité carbone en 2050 pourrait même l’annuler, selon une récente étude.

Les forêts françaises sont des alliées décisives dans la lutte contre le changement climatique grâce aux capacités de captation du CO2 par les arbres. Mais leur dégradation réduit gravement ce pouvoir de puits de carbone et pourrait même quasiment l’annuler d’ici 2050. C’est la conclusion d’une étude réalisée par l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) et l’Institut technologique FCBA (forêt, cellulose, bois, construction, ameublement), rendue publique le 13 mai.

Dans le pire des scénarios, selon l’étude, la croissance des forêts pourrait diminuer de 25 % d’ici 2050 par rapport à aujourd’hui, et la mortalité des arbres croître de 77 % dans le même temps. Un scénario « pessimiste », mais d’autant plus plausible puisqu’il ne fait que prolonger les tendances actuelles : entre 2013 et 2021, l’IGN observait déjà une hausse de 80 % de la mortalité des arbres et une baisse d’un tiers en dix ans de la capacité des forêts de France à capter et stocker le carbone.

Le principal facteur de ce dépérissement, soulignent l’IGN et le FCBA, est le changement climatique lui-même. Les pics de chaleur et les sécheresses ralentissent la croissance des arbres et les affaiblissent, accentuant également leur taux de mortalité. Un second facteur qui réduit le puits de carbone des forêts concerne les coupes d’arbres réalisées pour nos différents besoins en bois. Ces récoltes sont fortement en hausse dans plusieurs scénarios de l’étude, mais leur effet est particulièrement ambivalent.

Le problème du bois énergie

L’étude évoque, en effet, trois manières de stocker du carbone pour l’ensemble de la filière « forêt-bois ». Premier levier pour atténuer le changement climatique : séquestrer le carbone dans l’écosystème, c’est-à-dire laisser croître la forêt. Les deux autres leviers impliquent à l’inverse de couper de plus en plus d’arbres : d’une part pour stocker du carbone dans les « produits bois » (charpentes, meubles en bois, etc.), d’autre part pour utiliser le bois comme énergie de « substitution », à la place d’énergies fossiles, et ainsi éviter les émissions de carbone associées.

Ainsi, selon l’étude, même si la forêt perd de ses capacités de puits de carbone, cela pourrait être compensé par la hausse des usages du bois. La filière « forêt-bois » dans son ensemble garderait ses vertus climatiques. Le Secrétariat général à la planification écologique mise sur une hausse des besoins en produits bois et en bois énergie de 30 % d’ici 2030, selon le média Contexte.

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L’usage trop massif du bois énergie augmente nos émissions de carbone à court terme. Pxhere/CC0

Cette équivalence entre forêt et autres usages du bois est cependant loin de faire l’unanimité. « Même les produits bois de meilleure qualité, comme les charpentes, finissent par relâcher leur carbone dans l’atmosphère, en moyenne au bout de cinquante ans, explique Xavier Morin, chercheur en écologie forestière au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier (Cefe-CNRS) et cofondateur de l’association Canopée. Quant au bois énergie, on suppose qu’il s’agit de carbone renouvelable car les arbres qu’on brûle repousseront. Mais cela prend des décennies. Le bois énergie peut faire partie des solutions, mais le recours trop massif à cette filière qui est envisagé actuellement augmente, à court terme, nos émissions de carbone. »

Sans compter que les replantations d’arbres sont loin de tenir leurs promesses et subissent de très forts taux d’échec. Sur l’année 2022, 38 % des replantations ont échoué, soit la pire année depuis 2007 selon le ministère de l’Agriculture. « Les plantations sont souvent monospé-cifiques, ce qui les rend plus vulnérables aux aléas climatiques et aux ravageurs. Et elles font souvent suite à des coupes rases réalisées avec de grosses machines qui tassent le sol et nuisent à sa biodiversité, même si l’effet sur le stockage du carbone du sol est très dur à évaluer », ajoute Xavier Morin.

La forêt, une « variable d’ajustement »

L’évolution du changement climatique ainsi que de nos politiques de gestion des forêts sont impossibles à prévoir avec certitude, ce qui rend l’évaluation du futur de ces puits de carbone elle-même très incertaine. En cumulant stockage du carbone dans les forêts et le bois de substitution énergétique, l’étude de l’IGN évoque une fourchette pour 2050 allant de 70 millions de tonnes d’équivalent de CO2 par an (MtCO2/an) retirées de l’atmosphère, à seulement 5 MtCO2/an.

L’éventail est large, mais pourrait d’autant plus basculer du côté pessimiste que certains risques n’ont pas été pris en compte dans l’étude. « L’éventuelle survenue d’aléas encore plus extrêmes ou cumulés entre eux (tempêtes, mégafeux, ravageurs, etc.) […] induirait des conséquences encore plus lourdes sur le stockage du carbone », peut-on y lire.

Or, pour atteindre son objectif de neutralité carbone en 2050, la France mise énormément sur le puits de carbone que constituent ses forêts. Dans sa stratégie nationale bas carbone révisée (SNBC2), le gouvernement table sur -35 MtCO2/an liés aux forêts et -20 MtCO2/an grâce aux produits bois. Un bilan bien plus optimiste que les 5 MtCO2/an qui font partie des possibles. En décembre 2023, le cabinet Carbone 4 évaluait quant à lui le puits de carbone forestier à 12 MtCO2/an, en moyenne sur 2020-2050, soulignant que le chiffre de la SNBC2 était « clairement [...] trop ambitieux ».

« La forêt est utilisée comme variable d’ajustement depuis la première SNBC. Il y a toujours la tentation d’augmenter les prévisions sur ce puits pour atteindre nos objectifs », déplore Xavier Morin.

La SNBC3, attendue courant 2024, devrait au moins en partie corriger le tir, la chute du puits forestier faisant l’objet d’un constat partagé au sein de plusieurs ministères. En attendant, l’étude de l’IGN et du FCBA liste plusieurs pistes pour améliorer le puits de carbone forestier. Notamment en investissant dans des usages de longue durée de vie et en améliorant le recyclage et la réutilisation, pour limiter les besoins en prélèvement en bois. Mais aussi en protégeant la vitalité des forêts, en changeant les pratiques sylvicoles, et en « ajustant la récolte à l’état des peuplements ».

« Stabiliser le puits de carbone de nos forêts n’est pas impossible, assure Xavier Morin. La France a beaucoup de forêts et elles sont jeunes. Et si on laisse vieillir les forêts et les arbres, ils stockent plus de carbone. En se concentrant moins sur les résineux et en redynamisant la filière de feuillus, en évitant les coupes rases et en se donnant les moyens de faire de la sylviculture fine, on peut concilier économie forestière et écologie. »

Vincent Lucchese 15 mai 2024

Lire aussi :

Sécheresses, incendies… Les forêts pourraient moins absorber le carbone

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14 mai 2024 ~ 0 Commentaire

NPA Kemper

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13 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Manger? (FR3)

Si la Sécurité sociale de l'alimentation prend forme au niveau national, chacun aura une carte vitale.

« Quand l’État délègue, les assos dégustent

Face aux difficultés d’accès à l’alimentation, l’État est pointé du doigt. Mais des initiatives émergent et proposent un autre modèle.

Pierrick Armand consacre ses semaines à surveiller les stocks des Restos du Coeur à Rennes, Damien Toneatti conduit un camion-épicerie solidaire à travers le Centre-Bretagne, Zoé Ruzic cuisine et distribue des plats vegan gratuitement. Partout en France, des citoyens s’organisent pour que l’alimentation devienne un droit durable, ce que l’État peine à garantir. C’est le troisième volet de notre enquête consacrée à la fracture alimentaire.

Une haute église de pierre noircie par le temps se dresse sur la petite place du village. Autour, des toilettes publiques décrépites et quelques maisons en pierre, dans le plus pur style breton. En ce premier vendredi de printemps, seuls la pluie et le vent viennent perturber le calme qui règne dans le centre de Saint-Brieuc-de-Mauron, bourgade de trois cents habitants, dans le Morbihan.

Au loin, un vrombissement se fait entendre. Peu après, un camion blanc déboule et se gare. Deux hommes sautent du marchepied et ouvrent la grande porte latérale, laissant apparaître une véritable épicerie miniature. Sur un comptoir en bois s’empilent des boîtes d’œufs et des cubis d’huile. Derrière, des rayonnages remplis d’aliments en vrac tapissent le mur au fond du camion. Quelques personnes se dirigent vers cet étrange magasin. La place prend vie.

Il est 17h40, et c’est l’heure de la tournée du Car à Vrac, une épicerie itinérante qui sillonne douze communes entre le Morbihan et l’Ille-et-Vilaine, d’Iffendic à Ménéac en passant par Concoret. Au rythme de plusieurs tournées quotidiennes, six jours sur sept, elle propose des produits locaux et biologiques. Pâtes, riz, lentilles, haricots, céréales, laitages, lessive…

Le principe est vraiment ingénieux”, se réjouit Florence*, 52 ans. Un cabas sous le bras, elle est venue faire ses emplettes avec sa fille Bleuzen, 14 ans. “C’est propice aux rencontres, ça favorise les liens et ça nous permet de rencontrer les gens du village”, poursuit cette peintre décoratrice, habitante de la bourgade.

Des tarifs solidaires jusqu’à moins 50%

Ce commerce sur roues est une idée d’Émilie et Mathias Montigny, deux travailleurs sociaux fraîchement débarqués dans cette région de Brocéliande. En 2018, ils fondent l’Elfe (comprenez “Épicerie locale favorisant l’entraide”), et le Car à Vrac avec. “Il y avait l’idée de créer du lien social avant même l’idée d’alimentation”, affirme Maeva Barbier, salariée et coordinatrice de l’association depuis janvier 2024, de passage sur la tournée de Saint-Brieuc-de-Mauron.

À l’intérieur du véhicule, une acheteuse semble perplexe face à la caisse enregistreuse. “Il faut que tu indiques la quantité”, lui montre Damien Toneatti, bénévole à l’Elfe depuis cinq ans et ancien salarié de l’association. Au Car à Vrac, les clients font tout eux-mêmes : après s’être hissés à bord, ils choisissent leurs produits, les pèsent et déposent l’argent dans le tiroir-caisse.

“C’est autogéré, on leur apprend à se servir de la caisse et ils font leurs comptes eux-mêmes, explique Damien Toneatti. S’ils ne savent pas quoi faire de leurs dernières pièces, ils les mettent dans la caisse solidaire”, ajoute le bénévole de 35 ans, en montrant du doigt une boîte à lettres fixée sur le bord du comptoir.

Les dons récoltés permettent à l’association de proposer des tarifs aidés, jusqu’à moins 50% par rapport au prix affiché. “N’importe qui peut bénéficier de la caisse solidaire. Il y a beaucoup de gens qui mériteraient d’acheter à ce tarif, mais qui ne le demandent pas, c’est une de nos difficultés”, regrette Damien Toneatti. “Pas besoin de justificatif, on fait en sorte que ça soit fait aussi discrètement que possible”, complète Maeva Barbier. Seuls le montant pris dans la caisse solidaire et le nombre de personnes du foyer sont répertoriés pour les comptes de l’association.

“Notre but, c’est de faire vivre le milieu rural”

“Au début, il y a eu toute une période de méfiance des élus vis-à-vis du projet. On nous disait que les gens allaient en profiter, et que ça allait couler notre modèle économique solidaire”, se remémore cette ancienne maraîchère.

Depuis sa prise de poste en janvier 2024, Maeva Barbier va de mairie en mairie pour faire connaître l’initiative et clarifier le fonctionnement du Car à Vrac. Notamment parce que l’épicerie est parfois perçue uniquement sous son prisme solidaire. “Certaines personnes se disent : ‘j’en ai pas besoin, j’ai les moyens, je ne vais pas acheter ici’. Mais c’est le fait qu’elles viennent et paient le prix normal qui alimente le fonctionnement du car.”

L’année dernière, les recettes de l’épicerie se sont élevées à 60 000 euros. 148 personnes ont bénéficié d’achats aidés, soit l’équivalent de 2 724 euros extraits de la caisse solidaire. “On multiplie les actions pour l’alimenter car elle est de plus en plus demandée”, raconte la coordinatrice.

À l’arrière du camion, quelques bottes de carottes sont disposées dans un bac en bois. “On a plein de copains maraîchers qui nous appellent quand ils ont trop de stock. Les adhérents peuvent aussi déposer leurs surplus de jardinage”, éclaire Damien Toneatti. La vente à prix libre de ces légumes et la soupe populaire organisée chaque mois dans une des douze communes desservies par le Car à Vrac viennent grossir la caisse solidaire.

“Notre but, c’est de faire vivre le milieu rural”, résume le bénévole. L’association estime qu’au total, entre deux cents et trois cents personnes fréquentent le Car à Vrac.

Affairée à l’intérieur du camion, Flora* remplit ses contenants de coquillettes et de chocolat. “Dès que je peux, j’achète ici. À part les légumes car on en cultive la plupart nous-mêmes dans notre potager.” Pour cette habitante de Guilliers, la commune voisine de mille trois cents habitants, le Car à Vrac est devenu un véritable “rendez-vous. C’est un moment où on prend le café, on papote. Et, quand tu as un souci, les gens essaient de trouver quelqu’un qui peut te dépanner”.

Une affaire qui roule depuis six ans

“C’est aussi un point d’information, on se refile les bons plans. Sans les réseaux d’entraide de ce genre, je serais malheureux”, ajoute Cédric*, intermittent du spectacle de 44 ans. Il tient dans ses bras les miches de pain qu’il vient d’acheter à Cécile, la boulangère, installée chaque vendredi à côté du Car à Vrac. “J’ai de l’argent donc je le dépense intelligemment, c’est un peu une manière de voter en fait. Je vote pour la solidarité et l’échange”, soutient cet habitant de Brignac, autre village voisin de neuf cents âmes.

La distribution touche à sa fin. Damien Toneatti s’accoude au comptoir. À la gauche du bénévole, une ardoise affiche 241,37 euros. C’est le solde de la caisse solidaire, dont les comptes sont faits chaque semaine.

Notre système fonctionne, ça se régule de manière assez fluide. En six ans, il est arrivé seulement deux fois qu’elle soit descendue en dessous de cinquante euros”, indique-t-il. Il a suffi de lancer un appel auprès des adhérents pour qu’elle soit réalimentée rapidement. “Pour moi, ce sont les petites échelles qui sont crédibles et fiables. Là, on a une mise en place concrète de la Sécurité sociale de l’alimentation.”

Damien Toneatti fait référence à une démarche encore au stade de réflexion, menée au niveau national et amorcée par le Collectif pour une Sécurité sociale de l’alimentation (SSA) en 2019. L’objectif est de garantir un droit universel à l’alimentation durable et de sortir d’une logique de marché, dans la lignée de la Sécurité sociale, mise en place en 1946. Depuis quelques années, des expérimentations émergent un peu partout en France.

Dans le Sud, cotiser pour mieux manger

À Montpellier (Hérault), depuis fin 2021, environ quatre cents personnes cotisent à une caisse commune en fonction de leur revenu, d’un à cent cinquante euros tous les mois, parfois plus. Chacun se voit attribuer le même budget mensuel dédié à l’alimentation.

Pour certains, manger est une variable d’ajustement, une dépense qui passe au second plan. “Avoir un budget fixe pour l’alimentation, ça permet de faire d’autres choix. Si le budget alimentaire est en balance avec le paiement d’une facture d’électricité, on arbitre différemment”, explique Pauline Scherer, sociologue et copilote de l’expérimentation. Cette adepte de la recherche-action, une méthode qui mêle recherche scientifique et expérimentations sur le terrain, est spécialiste d’action collective, de précarité et d’alimentation durable.

Ici, les participants ne sont pas uniquement des personnes en situation de précarité, mais “un échantillon représentatif de la population de la métropole. On a tous les âges, toutes les catégories de revenu”, poursuit la chercheuse. Les membres de l’expérimentation utilisent une monnaie créée spécifiquement pour le projet, la MonA.

Ils peuvent la dépenser dans des endroits choisis : groupements d’achat, vente directe de producteurs, épiceries de quartier. L’emplacement de ces lieux fait l’objet d’une attention particulière pour éviter les déserts alimentaires, ces zones avec peu de commerces qui compliquent l’accès à une consommation durable.

Un aspect essentiel du projet est la “démocratie alimentaire”. Ce principe inspiré de la Sécu et de sa “démocratie sociale” répond à une interrogation : “Comment fait-on de l’alimentation un sujet de démocratie ? Comment on invite les citoyens et citoyennes à s’intéresser à ce sujet ?”, formule Pauline Scherer.

80 ans après la santé, une Sécu de l’alimentation ?

C’est l’un des objectifs de ce projet de Sécurité sociale de l’alimentation à Montpellier. Un comité citoyen, composé de soixante et une personnes, certaines volontaires et d’autres tirées au sort parmi les participants, et “diversifié sur le plan social” décide des points de vente et de la cotisation. L’éducation populaire se place au centre de l’initiative.

“On a fait un gros travail de mobilisation pendant six à huit mois, avec des projections de films, des ateliers cuisine et des balades alimentaires dans les quartiers pour donner envie à des gens de rejoindre l’expérimentation. Notre objectif, c’était que la moitié du comité soit composée de personnes en situation de précarité”, précise la copilote du projet.

Les résultats des dix-huit premiers mois seront présentés lors d’un séminaire final à l’automne 2024. Une deuxième phase, à partir de l’été prochain et jusqu’à la fin 2025, est envisagée.

Depuis le lancement de la SSA de Montpellier, Pauline Scherer et  son binôme Marco Locuratolo croulent sous les sollicitations d’autres collectifs. Beaucoup se demandent : Y a-t-il une recette miracle pour que l’expérimentation fonctionne ?

“On ne peut pas arriver avec une solution clé en main. Puisque c’est un projet de démocratie alimentaire, le pouvoir doit être donné aux citoyens. Mais on va pouvoir transmettre notre expérience et l’objectiver pour qu’elle soit appropriable par d’autres”, précise la sociologue. Les initiatives se multiplient un peu partout : en Gironde, en Alsace, en Seine-Saint-Denis, en Loire-Atlantique… Et en Bretagne, à Rennes et Morlaix.

La visée du collectif national, c’est de passer du local au global. “Ce serait une nouvelle conquête sociale, cette SSA. Ça a été possible après la guerre pour la santé, donc pourquoi pas une deuxième fois ?” sourit Pauline Scherer.

Sans les pouvoirs publics, “ça ne sert pas à grand-chose”

Une Sécurité sociale de l’alimentation au niveau national, c’est aussi ce que défend Emmanuel Marie, paysan boulanger syndiqué à la Confédération paysanne depuis dix ans. “On sait très bien qu’une caisse de Sécurité sociale, elle marche si on passe au niveau macroéconomique. Parce qu’avec les cotisations récoltées, on atteint des centaines de millions, voire des milliards d’euros par an si tous les salariés de la Nation cotisent.”

Pour mieux comprendre, petit détour par Ouézy, un village du Calvados. La météo de cet après-midi de mars ne déroge pas à la règle normande. Entre deux averses, un arc-en-ciel colore l’horizon. Sur ses vingt-trois hectares de terre, Emmanuel Marie produit des céréales pour fabriquer du pain et des pâtes, et possède quelques bovins. « L’odeur des vaches, c’est ma madeleine de Proust », sourit le petit-fils d’agriculteur.

Lorsqu’il ne travaille pas aux champs, il consacre du temps au sein de son syndicat à la réflexion sur la Sécurité sociale de l’alimentation. “C’est difficile d’être porté par une idée politique noble et de se rendre compte que ça ne va pas se mettre en place du jour au lendemain.”

Il y a encore quelque temps, le militant restait dubitatif sur les expérimentations locales, craignant qu’elles empêchent la formation d’un socle national de la SSA. “Il faut les deux, en fait. C’est bien joli d’essayer de conceptualiser le truc politiquement, mais les gens ont besoin de concret. Peut-être que ce sera l’addition des caisses locales qui jouera le rôle de rouleau compresseur.”

En 2022, Emmanuel Marie a débattu de la SSA au sein du Conseil national de l’alimentation (CNA). Cette instance consultative rend des avis à l’attention des pouvoirs publics. Un véritable « Parlement de l’alimentation », si on se fie à la description qui en est faite sur le site internet du ministère de l’Agriculture.

Le paysan n’est pas du même avis. “Le CNA, c’est très intéressant et c’est très beau, mais il peut donner tous les avis qu’il veut, ce ne sont que des avis. L’Assemblée nationale et le gouvernement se targuent d’inviter le CNA, mais au final je ne pense pas que ça serve à grand-chose.”

Les citoyens reçus mais pas écoutés

Des avis, le CNA en a produit 91. Le dernier publié s’intitule “Prévenir et lutter contre la précarité alimentaire”. Le Normand y a représenté la Confédération paysanne lors des débats. En tête des recommandations clés, l’inscription du droit à l’alimentation dans le droit français et européen, et l’expérimentation d’une SSA au sein du régime général de Sécurité sociale.

Ces conclusions ont été ignorées par les pouvoirs publics, selon Emmanuel Marie, qui garde un goût amer de l’avis 91. “On participe à la démocratie, mais on voit bien dès le départ que c’est encadré par des administratifs.” Depuis 2020, le CNA accorde plus de place à la participation de tous, avec pour ambition que “les citoyennes et citoyens puissent peser davantage sur l’élaboration des politiques alimentaires”.

Pour l’avis 91, un panel de dix-huit personnes, certaines en situation de précarité et d’autres tirées au sort, s’est réuni pendant six jours à l’Académie du climat, à Paris. Avec comme question directrice : « Que faut-il faire pour que chacun ait un accès digne à une alimentation suffisante et de qualité ? » Résultat : les citoyens ont plaidé pour une augmentation du Smic et des minima sociaux, ainsi que pour la reconnaissance d’un droit à l’alimentation.

“On avait oublié de leur dire : surtout, ne faites pas de politique, raille Emmanuel Marie. Les gens normaux, si on leur laisse le temps de réfléchir, et qu’on les informe correctement, ils prennent des décisions qui vont dans le sens du commun, moi j’en suis convaincu”, argumente-t-il.

Avec du recul, l’agriculteur déplore aujourd’hui une participation citoyenne biaisée. “Il faut reconnaître que le CNA, c’est une instance de social-washing, de démocratie-washing. C’est comme dire aux citoyens : venez discuter, c’est la démocratie, donnez vos avis. Mais vos avis, on n’en a rien à foutre.”

Le combat d’une députée bretonne

Le combat pour la SSA, Sandrine Le Feur, députée Renaissance de la circonscription de Morlaix, a pourtant tenté de le porter à l’Assemblée nationale. L’agricultrice en bio, installée dans le Finistère, a piloté un rapport parlementaire sur la souveraineté alimentaire. Trente-quatre députés, tous issus de la majorité présidentielle, y ont participé.

Parmi les propositions phares de ce rapport paru en 2021, “l’instauration d’une Sécurité sociale de l’alimentation” et “l’inscription dans la Constitution du droit à une alimentation saine et durable”. Plus de deux ans après, “le constat est assez pessimiste”, selon Eva Morel, qui a corédigé le rapport en tant que collaboratrice parlementaire de la députée bretonne.

La proposition de la SSA n’est pas plus audible qu’auparavant auprès du gouvernement ni auprès des parlementaires.” Idem pour la constitutionnalisation d’un droit à l’alimentation, qui n’est “pas du tout au stade de la réflexion”.

À l’époque, Sandrine Le Feur défend l’implantation d’une SSA locale soutenue par l’État, avec, à terme, l’objectif de la généraliser si elle porte ses fruits. À coups d’amendements, la députée a tenté de faire allouer une enveloppe budgétaire aux expérimentations locales de SSA, dans le projet de loi de finances pour 2023. “Il y a des parlementaires qui soutiennent, mais le gouvernement ne soutient pas donc ce n’est pas voté”, résume Eva Morel.

Pourtant, la proposition gagne du terrain dans le débat public. “C’est difficile de mettre en réseau toutes ces expériences, de les rendre cohérentes entre elles. À un moment donné, il faudrait que l’État se saisisse du sujet et impose cette expérimentation quelque part.”

L’aide alimentaire, un système à l’étouffée

La Sécurité sociale de l’alimentation reste à l’état de réflexion, parce qu’elle induit pour l’État une remise en cause fondamentale : il faudrait qu’il reconnaisse un droit à l’alimentation. Inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, il n’est cependant pas garanti en France.

Actuellement, la solidarité alimentaire repose sur un modèle associatif bien ancré, incarné par les poids lourds que sont les Restos du cœur, le Secours populaire, les Banques alimentaires et la Croix-rouge. Ces organisations bien connues avaient pour but d’origine de répondre à des situations d’urgence. Paradoxalement, plus de quarante ans après la création des Restos du cœur, des millions de personnes y ont toujours recours quotidiennement pour se nourrir.

Infographie : la précarité alimentaire en France.
Infographie : la précarité alimentaire en France. • © Sciences Po Rennes

Leurs bénévoles donnent de leur temps pour distribuer de la nourriture aux bénéficiaires, des personnes qui, en dessous d’un certain seuil de revenu, sont autorisées à la recevoir. Pourtant, si les pouvoirs publics soutiennent ces associations, ils ne garantissent pas à tous et toutes une alimentation saine et en quantité suffisante.

En réalité, l’État a créé un “marché de la faim”, répond Bénédicte Bonzi, anthropologue sociale et spécialiste des questions d’accès à l’alimentation. Un marché insidieux qui apparaît lorsque les frontières entre lutte contre le gaspillage alimentaire et lutte contre la pauvreté se brouillent.

Car où les associations d’aide alimentaire se fournissent-elles ? Essentiellement auprès des moyennes et grandes surfaces. Leurs dons sont défiscalisés jusqu’à 66%. On estimait en 2021 que 95% des aliments distribués par l’intermédiaire de la grande distribution provenaient du secteur agroalimentaire.

Depuis 2016, plus besoin pour ces magasins de réguler leur production, les invendus vont directement aux associations. Avec la loi Garot, qui oblige les commerces alimentaires de plus de 400 m² à proposer une convention de don à une association, pour lutter contre le gaspillage, l’aide alimentaire devient alors un débouché pour la grande distribution.

Les moyennes et grandes surfaces y gagnent une défiscalisation et une image de généreuse donatrice. “Le système actuel a besoin des pauvres qui prendront ces produits-là. Si on crée un besoin de pauvreté pour écouler les stocks, le surplus de l’agro-industrie, alors on ne lutte pas contre la pauvreté, regrette Bénédicte Bonzi, qui plaide pour une sortie de l’aide alimentaire.

Au sein des associations, des “violences alimentaires”

Pour sa thèse, elle s’est immergée au sein des Restos du cœur 93 (Seine-Saint-Denis), en tant que bénévole, pendant cinq ans. Une expérience dont elle livre ses conclusions dans son dernier ouvrage, La France qui a faim : le don à l’épreuve des violences alimentaires (Seuil, 2023). Elle y décortique notamment les mécanismes de domination, invisibles, mais bien présents au cœur du système de solidarité alimentaire.

“En réalité, le don ne permet pas de justice, résume l’anthropologue. Il met les personnes en situation de dépendance, de redevabilité, d’inégalité, car elles ne peuvent pas rendre ce qu’on leur donne. L’impossibilité de rendre, c’est la force diabolique contenue dans le don.”

Après cinq ans au contact des bénéficiaires, elle souligne le décalage entre l’aide alimentaire et les besoins réels de ces derniers. “La demande des personnes n’est pas d’avoir de l’aide alimentaire, mais de pouvoir se nourrir dignement et d’être autonomes. Donc on leur donne autre chose que ce qu’elles demandent.” En plus de l’aspect psychologique, la chercheuse dénonce une “violence structurelle, organisée”. “On pourrait répondre de manière différente à la situation de précarité alimentaire.”

Ce que Bénédicte Bonzi appelle “violence alimentaire”, c’est le fait que dans un pays où la nourriture circule en abondance, toute une part de la population n’y a pas accès. Et bien que l’aide alimentaire soit née pour répondre à une situation d’urgence, c’est aujourd’hui une manière institutionnalisée de se nourrir, à laquelle des milliers de personnes ont recours chaque jour.

Pour s’adapter à ce modèle qui s’est progressivement imposé, les associations ont dû revoir leur fonctionnement.

Des bénévoles sous l’eau

Les responsables le disent eux-mêmes, les associations d’aide alimentaire sont devenues de véritables entreprises. Il faut gérer les inscriptions, étudier les dossiers déposés, superviser la logistique de grands entrepôts, organiser des ramasses (c’est-à-dire récolter les dons des grandes surfaces), commander des produits…

Aux Restos du cœur de Rennes (Ille-et-Vilaine), les bénévoles en ont presque le tournis. Le lundi, ils récupèrent les commandes passées à la Roberdière, le centre de stockage du département. Les distributions ont lieu les mardis, jeudis et vendredis. À chaque fois, au minimum quarante bénévoles sont requis pour occuper tous les postes. Et ils sont toujours là, le sourire aux lèvres, insufflant un peu de chaleur humaine à un processus devenu presque industriel.

Le nombre de volontaires, et leur engagement quotidien, sont sûrement les seules variables qui n’ont pas évolué au sein de l’association créée par l’humoriste Coluche, en 1985. Mais en toile de fond, c’est un modèle qui prend l’eau.

“On est au bout du rouleau, on ne sait plus comment gérer.” Gérard Leray, coresponsable du centre de distribution rennais de la Donelière, regarde avec dépit les maigres stocks prêts à être écoulés ce vendredi de mars. À 71 ans, il s’investit quotidiennement aux Restos du cœur depuis dix ans maintenant.

Au four et au moulin, cet ancien professeur et animateur a aussi un rôle de médiateur auprès des bénévoles et des bénéficiaires. Il tente d’apaiser les tensions qui éclatent parfois lors des distributions, lorsque les cabas repartent peu remplis. “On n’a pas ce qu’on voudrait, on manque très souvent de produits frais. Typiquement, aujourd’hui, on n’a pratiquement pas de légumes. En fruits, on a des bananes, alors on essaie de compenser avec ça.”

Seules une dizaine de cagettes de légumes sont installées sur les tables. Du pain et des conserves remplissent les grandes étagères en bois, mais seront plus qu’insuffisants pour nourrir les quelque quatre cents personnes qui viendront se fournir cet après-midi-là.

La chambre froide est vide, comme beaucoup d’étalages du local de stockage. Dans la vitrine réfrigérée, pas de viande. Ce vendredi, les produits frais se résument à un unique sandwich, une vingtaine de plats individuels de poulet cuisiné et une cagette de fromage à tartiner.

“Si on ne change pas le modèle, on ferme dans trois ans”

Trésorier de l’association en Ille-et-Vilaine, Pierrick Armand ne laisse pas de place aux faux espoirs. “Dans l’esprit de beaucoup, les Restos du cœur sont riches. Mais la réalité, c’est qu’on est pauvres et en déficit.” Et les bénéficiaires sont les premiers à en souffrir. L’association s’est vue forcée de baisser ses portions, “parce qu’on n’a pas les moyens”.

Désormais, une personne seule n’a plus droit qu’à quatre repas par semaine, au lieu de sept. C’est loin d’être la seule conséquence. Les Restos du cœur surveillent désormais chaque dépense pour garder la tête hors de l’eau. Renégocier les contrats d’électricité, de téléphone, voire diminuer le nombre de véhicules de l’association, tout est envisagé pour réaliser des économies.

C’est aussi l’ensemble de la chaîne du froid qui repose sur les épaules des petites mains. Les normes sanitaires concernant la conservation des produits frais sont strictes et les associations n’y échappent pas. Mais ces dernières récupèrent les invendus des grandes surfaces, dont la qualité peut laisser à désirer. Et depuis la mise en place d’étalage « antigaspi » dans tous les grands magasins, les aliments récupérés affichent des dates limites de consommation de plus en plus courtes.

Cela entraîne des situations que Bénédicte Bonzi, l’anthropologue de l’alimentation, qualifie d’“absurdes”. Les bénévoles se voient obligés de jeter des denrées dont la date est dépassée, alors qu’ils n’ont pas assez de stocks. “C’est ce qu’on appelle une gouvernance par les externalités, détaille-t-elle. C’est-à-dire que l’État délègue sa responsabilité, mais reste présent par les normes qu’il impose. Par exemple, envoyer des organismes de contrôle au sein des structures de l’aide alimentaire.”

Des situations que la chercheuse a vécues lorsqu’elle était elle-même en immersion, en tant que bénévole. “On arrive à ces aberrations-là, par exemple d’interdire aux gens de cuisiner de la soupe alors qu’ils ont les légumes pour le faire, mais pas de cuisine suffisamment aux normes. Et de devoir, au final, distribuer de la soupe lyophilisée.”

Obligés de se plier à toutes ces réglementations, les Restos du cœur de Rennes s’adaptent tant bien que mal. Pour faire face au nombre grandissant de demandeurs, l’antenne administrative de la Roberdière se déplace cinq cents mètres plus loin. “Le local actuel est comme nous, il est fatigué. On déménage dans du neuf, parce que là on a des rats, des chats, et que rien n’est aux normes”, soupire Pierrick Armand.

Mais ce changement n’est qu’une solution temporaire, qui tient beaucoup du cache-misère. Et l’association le sait bien. “Le drame, c’est que la société a commencé à penser que des assos comme les Restos du cœur ne s’arrêteront jamais. Tout repose sur du bénévolat mais on est un modèle fragile. Si on ne change pas le modèle économique aux Restos du cœur, on ferme dans trois ans”, assène le trésorier.

Le bénévolat, pilier de l’aide alimentaire

La réalité de l’aide alimentaire est bien sombre, et les Restos du cœur ne sont pas les seuls à tenter de mettre des pansements sur cette hémorragie. Au Secours populaire, le constat est tout aussi alarmant. “Là, je suis obligée de donner seulement une carotte par personne, et il n’y en aura pas pour tout le monde”, commente Ivete*, bénévole dont la famille est également bénéficiaire de l’association.

Devant elle, un unique paquet de légumes, déjà bien entamé. “Il y a parfois des bénéficiaires qui ne sont pas compréhensifs et nous reprochent de pas avoir assez de choix. Mais on ne peut donner que ce qu’on trouve… Il manque beaucoup de choses, quand même.”

Pour les bénévoles c’est peut-être la goutte de trop, et certains peinent à garder le rythme. “L’État se décharge sur les associations, et se dédouane en donnant de l’argent.” Baisse des approvisionnements, augmentation des bénéficiaires… Pascal Huet, responsable alimentaire au Secours populaire de Rennes depuis un an, a vu la situation se dégrader.

Le système, lui, n’a pas évolué. L’association repose très majoritairement sur le travail bénévole : ils sont mille six cent, pour seulement cinq salariés dans toute l’Ille-et-Vilaine. Parmi eux, quarante travaillent l’équivalent d’un temps plein. Aux Restos du cœur, le trésorier Pierrick Armand confiait travailler cinquante à soixante heures par semaine.

Coincés dans ce système, les volontaires continuent de faire ce qu’ils peuvent. Mais le moral en a pris un sérieux coup. François*, engagé dans l’association depuis cinq ans, aime toujours autant ce qu’il fait mais supporte mal la situation. “On vit avec moins de stocks et plus de demandeurs, donc on doit faire une espèce de ratio de fou furieux.”

Il laisse éclater sa frustration, se remémorant une situation avec une famille musulmane de quatre personnes. “T’es là comme un crétin, ils ne mangent pas de porc et tu ne peux même pas leur donner du poisson parce qu’ils ne sont pas assez.” Explication de son désarroi : du fait de la réduction des stocks, et de certains approvisionnements reçus uniquement en grands formats, les paquets de quatre à cinq morceaux de poissons avaient été réservés aux familles nombreuses.

Les associations peinent à remplir la mission que l’État leur a déléguée. Et si ce modèle perdure, c’est aussi la conséquence de choix politiques. À l’heure actuelle, les subventions nationales et régionales sont presque uniquement dirigées vers l’aide alimentaire, ce qui maintient sous perfusion un système pernicieux, aux allures vertueuses.

Un plan mais pas de grands changements

“Avec l’aide alimentaire, on a un problème de quantité et de qualité.” Laurent Alaton, sourire aimable et costume sombre, nous reçoit dans son bureau au Secrétariat général pour les affaires régionales de Rennes. Commissaire régional à la lutte contre la pauvreté depuis 2022, un poste créé en 2019, il est chargé d’appliquer en Bretagne la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté du gouvernement.

Nommé par le préfet de région, ce représentant de l’Etat a notamment pour mission la mise en œuvre du Pacte des solidarités, lequel comprend la lutte contre la précarité alimentaire à travers notamment le plan « Mieux manger pour tous ». L’ambition : aider les réseaux d’aide alimentaire à diversifier leurs sources d’approvisionnements, pour proposer des aliments plus équilibrés.

“Au niveau territorial, le plan vise à favoriser les circuits courts et l’alliance producteurs associations, pour aller vers des produits locaux notamment”, atteste Laurent Alaton. Les pouvoirs publics ont donc bel et bien conscience de la situation critique des associations, ou du moins des difficultés d’approvisionnement.

Mais dans les objectifs définis à l’échelle nationale, pas de sortie du système à l’horizon. Seulement de l’accompagnement. En 2024, vingt millions d’euros du plan sont destinés à favoriser les projets locaux, dont environ 780 000 € en Bretagne, “qui permettent d’aider mais pas de régler la question de la précarité alimentaire”, reconnaît le commissaire.

Personne ne sort gagnant du modèle de solidarité alimentaire tel qu’il fonctionne actuellement. Même en transférant un certain nombre de ses obligations aux associations, l’État perd de l’argent car la défiscalisation des dons représente une perte de recettes importante. En 2018, les réductions d’impôts accordées aux particuliers et aux entreprises représentaient 361 millions d’euros, selon l’Inspection générale des affaires sociales (2019).

“L’aide alimentaire est nécessaire. Le système d’aujourd’hui apporte un service qui a le mérite d’exister, mais qui pose question sur le plan qualitatif”, admet Laurent Alaton. Comme le soulignait Gérard Leray, bénévole aux Restos du cœur, les associations manquent de diversité dans les produits qu’elles distribuent.

Les grandes et moyennes surfaces y trouvent leur compte, voire les producteurs, concède Laurent Alaton. C’est un moyen d’écouler un certain nombre de stocks. Quelque part, ce sont aussi tous les acteurs de la chaîne alimentaire qui en profitent.”

Même s’il reconnaît les difficultés rencontrées par les associations sur le terrain, le haut fonctionnaire continue de louer leur travail. “C’est très riche d’avoir ce bénévolat aujourd’hui. Si on n’avait pas la force du milieu associatif, ça nous reviendrait beaucoup plus cher.” Mais cette force s’épuise, au détriment de la santé et du moral des bénévoles. “Aujourd’hui, on n’envisage pas que l’aide alimentaire n’existe plus. Le jour où on n’aura plus de bénévoles, il faudra trouver autre chose.”

Et si cette “autre chose” était la Sécurité sociale de l’alimentation ?

Le haut-commissaire prévient que ce n’est pas à l’ordre du jour pour la région, mais il est au fait du projet. “Ça fait partie des arguments de ceux qui défendent la SSA, de dire qu’aujourd’hui on confond droit à l’alimentation et aide alimentaire, relève-t-il. Un droit à l’alimentation, ça signifierait qu’on a, de manière certaine, des produits de bonne qualité. Et l’aide alimentaire, c’est une logique caritative, de don, c’est donc finalement assez peu un droit.”

Onze millions d’heures de bénévolat perdues

Sans attendre l’action de l’État, la région Bretagne a engagé certaines initiatives. Parmi elles, on trouve le Plan de refus de la misère et de la précarité, adopté en avril 2023. Il vise principalement un accompagnement financier et matériel des bénévoles pour les soulager de certaines difficultés, et favoriser le lien social.

Régine Roué, conseillère régionale en Bretagne, est chargée de son application. “En 2023, près de 400 000€ sont allés aux grandes têtes de la solidarité alimentaire”, détaille la Brestoise. Ces subventions régionales ont principalement servi à l’achat de nouveau matériel pour les associations, notamment des chambres froides, frigos, et autres fourgons, ainsi qu’à l’installation de panneaux solaires par exemple.

“Aujourd’hui, la précarité est omniprésente, c’est effarant, s’indigne l’élue. Avec ce plan, on a réussi à faire travailler ensemble tous les acteurs de la solidarité alimentaire. On a notamment ajouté dans la réflexion les réseaux Andes (Association nationale de développement des épiceries solidaires) et Solaal (Solidarité des producteurs agricoles et des filières alimentaires en Bretagne).”

Elle souligne l’engagement de la Région pour assurer la dignité des personnes en situation de précarité alimentaire. Ont notamment été expérimentés des ateliers alimentaires au sein d’épiceries sociales, pour apprendre « comment se faire à manger à moindre coût ».

Pour Régine Roué, ces étapes restent essentielles dans l’immédiat, mais ne doivent pas empêcher de penser à plus long terme. “La Bretagne est la seule de France à avoir adopté un plan de lutte contre la précarité. On n’a pas à rougir de ce qu’on a fait”, affirme-t-elle.

La conseillère régionale est cependant consciente que le système s’essouffle. “Dans les associations, 16% des dons en moyenne finissent à la poubelle: c’est onze millions d’heures de bénévolat inutiles. Il y a quelque chose dans la notion de don qui est pernicieux là, quand même.”

Au niveau local, un sentiment d’impuissance

Pour elle, il faut aller plus loin. “On dit qu’on est le pays des Droits de l’homme, eh bien moi, je ne sais pas où ils sont, déplore-t-elle. Je suis révoltée ! Quand on calcule tout ce qu’on donne en aide alimentaire, je suis sûre qu’on pourrait financer un revenu minimum garanti.”

Il y a donc encore beaucoup à faire, ce qui n’effraie pas l’élue pour autant. “C’est frustrant, mais on a bien avancé. Le but est de mettre tout le monde autour de la table pour participer au changement. L’idéal, pour moi, ça serait de sortir de ces modèles-là”, tranche-t-elle.

La Ville de Rennes travaille, pour sa part, à la mise en place d’une carte alimentation durable, pour permettre aux personnes en situation de précarité alimentaire d’acheter des produits ciblés. Mais ce n’est pas pour tout de suite. Une expérimentation, inspirée de certains principes de la SSA, pourrait voir le jour début 2025 dans le quartier du Blosne. Elle se construit en partenariat avec des collectifs et associations locaux comme Les cols verts ou Au p’tit Blosneur.

Pour Ludovic Brossard, conseiller municipal chargé de l’agriculture et de l’alimentation durable, l’objectif est “d’en tirer des conclusions pour savoir si ça peut être généralisé à l’échelle de la ville, voire démultiplié sur la métropole”. Mais pour l’instant, beaucoup de paramètres restent flous : combien d’habitants seraient concernés ? Comment impliquer et mobiliser les citoyens ?

À l’échelle locale, les élus n’ont d’autres choix que de soutenir le modèle actuel, faute d’alternative viable immédiate et de fonds suffisants. “Budgétairement, on est très contraints, et très dépendants de l’État. On se sent complètement impuissants, et nos démarches, même si on est très volontaires, ne pèsent pas”, regrette Ludovic Brossard.

“On devrait pouvoir se nourrir gratuitement, ça devrait être un droit”

Alors, certains collectifs ont choisi de s’organiser sans aides de l’État, et le revendiquent. À Rennes, des militants inventent et imaginent de nouvelles manières d’aider. Sans être reliées à la Sécurité sociale de l’alimentation, ces initiatives mettent en avant l’aspect politique d’un accès universel à la nourriture.

Comme ce dimanche soir de printemps, dans un coin de la place Hoche à Rennes, où une dizaine de personnes s’activent autour de tables métalliques. Elles se relaient pour décharger marmites, cuiseur à riz et saladiers d’une voiture garée sur le côté.

À 19h50, une file de quatre-vingts personnes se forme. La distribution de Food Not Bombs peut commencer. Des antennes de ce collectif se développent dans de nombreuses villes du monde. Celle de Rennes, née en 2017, organise une distribution alimentaire végane le premier dimanche de chaque mois.

Alignés derrière les tables, les militants servent, louche après louche. Au menu ce soir : curry de légumes et riz, salade de choux, pickles de radis noir, pesto de fanes de carottes, gâteaux aux agrumes et ananas. Avec des légumes glanés la veille au marché des Lices, les militants ont cuisiné toute la journée au P’tit Blosneur, un local associatif du sud de la ville.

Arthur*, membre du collectif depuis le mois de décembre, bavarde en installant les bassines où chacun pourra venir laver son assiette. “Pour moi, on devrait pouvoir se nourrir gratuitement, et ça devrait être un droit”, estime l’étudiant de 25 ans. Ici, l’accueil est inconditionnel. Une boîte à dons est posée au bout de la table, peu mise en évidence pour ne pas forcer la participation financière.

Aux côtés d’Arthur, Zoé Ruzic virevolte, s’assure que tout le monde est à son poste. Présente à toutes les distributions depuis octobre, elle fait partie du noyau du collectif. “J’adore manger, cuisiner, je trouve que ce sont de bons vecteurs de lien social”, sourit-elle. La militante est aussi salariée de l’épicerie gratuite destinée à aider les étudiants de l’université de Rennes 2.

Depuis la création du collectif, le public des distributions a évolué. “Pour l’instant on est en plein centre-ville, là où les gens ont plus d’argent. On réfléchit à changer de lieu de distribution”, précise Zoé Ruzic.

Si beaucoup de personnes sans-abris étaient présentes au départ, ce sont désormais plutôt des jeunes et des étudiants. De nouvelles catégories sociales sont touchées par la précarité alimentaire, ce qui oblige les militants à repenser leurs actions.

“On ne veut pas faire les poubelles de la grande distribution”

Un collectif a élu domicile depuis deux ans dans le quartier de Villejean, à la Ferme de la Harpe. Sur place, une dizaine de jeunes adultes en tenue de maraîchage et un retraité libertaire œuvrent au milieu des instruments de musique et des planches en bois d’ateliers menuiserie. Dans cet imposant bâtiment en pierre, tous les vendredis, c’est la “distrib” du Réseau de ravitaillement des luttes en pays rennais (R2R).

Ce collectif a été créé en 2016. Plusieurs cantines du bassin de Rennes, qui étaient présentes à la Zad (Zone à défendre) de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), ont fusionné. Ces organisations autogérées cherchent à alimenter des populations à prix libre ou gratuitement.

À partir de 13h, les membres du R2R accueillent une centaine de personnes et les publics sont variés : étudiants, habitants du quartier, militants… Les produits frais viennent en partie de maraîchers du Bassin rennais ou des parcelles de mille m² que le R2R cultive à Vezin-le-Coquet, à quelques kilomètres de là.

Cet après-midi, cinq cagettes de poireaux, ramassés le matin même, vont être distribuées. “Ça ne représente pas plus de 5 à 10% de la distrib’. Mais on aimerait bien que tout ce qu’on donne soit récolté”, indique Tom*, 23 ans, investi dans l’équipe maraîchage du réseau.

Le reste des dons provient d’un magasin bio. “Ce n’est pas n’importe quel groupement d’achats, on ne veut pas faire les poubelles de la grande distribution”, précise Lucas*. “Au départ, c’était plutôt des gens qui étaient dans les réseaux militants. Depuis, ça s’est ouvert”, éclaire Léo*, un autre militant, en déchargeant le camion.

Vêtu d’un pull siglé “À l’aise Breizh”, hermines brodées dans le dos, il déplace des cagettes de fromage, de clémentines et de choux. “Depuis le Covid, cet horaire est devenu une forme de distribution alimentaire. L’objectif n’est pas de tomber dedans. C’est un sujet qui est toujours en discussion, mais on n’est pas là pour pallier les failles du service public. Toutes les assos d’aide alimentaire débordent, donc on accueille aussi”, explique le jeune homme.

Si le R2R remplit cette fonction, c’est avant tout un collectif “politique, autonome, et à visée révolutionnaire, qui souhaite soutenir les luttes”, définit Léo. L’objectif, c’est de “sortir du système marchand et financier, que l’alimentation devienne un bien commun”, poursuit son camarade Lucas.

Le R2R soutient également des grévistes, qui n’ont pas nécessairement le temps de faire les courses, et installe des cantines pendant des événements militants. L’alimentation, c’est “un outil qui peut permettre à une lutte de tenir”, indique Lucas. À l’oreille de cet ancien cuisinier de 26 ans pendent deux bijoux : une fourchette et une cuillère en argent. En dessous de sa polaire dézippée, le rouge d’un piment se détache sur son tee-shirt.

Après deux saisons en restauration, il a choisi de ne pas en faire son métier. “Ce collectif, ça m’a aussi permis de rendre accessible le fait de cuisiner, de sortir de l’élitisme et de la gastronomie, analyse-t-il. Recréer du lien et se rencontrer, ça peut passer par un grand repas.”

Un modèle agricole qui incite à l’abondance

Dans le petit village normand de Ouézy, la pluie a fait son retour. Le militant de la “Conf” Emmanuel Marie s’est mis à l’abri dans son bureau. Installé devant sa grande bibliothèque, il estime que l’État devrait aller au-delà d’une simple réflexion sur la qualité nutritionnelle de l’aide alimentaire.

Les gens qui bossent à 5h du matin et qui reviennent à 20h le soir, ils n’ont pas le temps d’éplucher des carottes ou de blanchir des choux avant de cuisiner. Ils veulent des conserves et des trucs faciles à manger, c’est logique. C’est à cause des inégalités que les gens vont à l’aide alimentaire et les pouvoirs publics ne remettent absolument pas cela en cause.”

Pour l’agriculteur, continuer à investir dans ce modèle est une aberration. “Quand on veut améliorer l’aide alimentaire, ça signifie qu’elle fait partie du paysage. Nous, notre discours, c’est de dire que ce n’est pas normal qu’elle existe.”

Dans la Sécurité sociale de l’alimentation, Emmanuel Marie voit un moyen de renouer le lien entre les champs et l’assiette. “On voudrait une alimentation de qualité, qui soit accessible, et qui permette à celui qui la produit de gagner sa vie.”

Le syndicaliste défend une transformation du monde agricole. Il souhaite sortir du modèle industriel d’abondance, qui encourage l’aide alimentaire. “On a rentré dans les têtes que, pour que tout le monde mange, il faut que ça déborde de partout. Les rayons sont pleins, donc ça voudrait dire que c’est accessible. Ce n’est pas vrai, pour ceux qui n’en ont pas les moyens. Il faut revenir à quelque chose d’un peu plus frugal pour certains, pour que d’autres aient accès à une forme d’abondance.”

*Seul le prénom a été gardé à la demande de la personne interviewée.

Laurine Le Goff, Juliette Pirot-Berson et Isis Marvyle
Ce reportage a été réalisé dans le cadre d’une enquête, en partenariat avec le master de journalisme de Sciences Po Rennes.

De gauche à droite : Juliette Pirot-Berson, Isis Marvyle, Laurine Le Goff, étudiantes à Sciences Po Rennes et autrices de l'enquête.
De gauche à droite : Juliette Pirot-Berson, Isis Marvyle, Laurine Le Goff, étudiantes à Sciences Po Rennes et autrices de l’enquête. • © Camille Debaud – Sciences Po Rennes

Écrit par Master 2 journalisme Sciences Po Rennes  Publié le 13/05/2024

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13 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Carhaix (NPA)

Crédit Photo DR Nouveau Parti anticapitaliste (NPA)

Répression à Carhaix : non à la criminalisation des défenseur.es des services publics !

Du 14 au 26 mai, plus d’une dizaine de syndicalistes de l’hôpital de Brest-Carhaix, de membres du comité de vigilance de Carhaix, sont convoqué.es au commissariat de Quimper, sous le régime de la garde à vue au motif « de séquestration et violences en réunion sur personnes chargées d’une mission de service public ».

Ce qui est reproché à ces dangereuses personnes ?

Rien de moins que l’occupation le 14 septembre 2023, pendant deux heures des locaux de la Direction départementale de l’Agence régionale de santé pour obtenir le rétablissement du fonctionnement des Urgences de l’hôpital de Carhaix !

Ce qui pose problème à ce gouvernement et ses représentant.es, ce n’est pas que la population d’un territoire n’ait plus accès aux urgences, ce n’est pas que les salarié.es de l’hôpital et les usager.es soient contraint.es de se mobiliser pour faire respecter le droit à la santé et un accès égal pour toute et tous à l’hôpital public !

Ce qui pose problème, c’est que ces mobilisations dévoilent le cynisme des coupes budgétaires dans les services publics et l’hypocrisie des politiques qui prétendent garantir l’égalité et le respect des droits de toutes et tous.

Le NPA l’Anticapitaliste, et Philippe Poutou, ex-candidat à l’élection présidentielle, seront présents demain mardi 14 mai à partir de 8h45 aux côtés des organisations syndicales, politiques et associatives pour soutenir les convoqué.es, à commencer par Matthieu Guillemot, porte-parole du Comité de Vigilance de l’Hôpital de Carhaix.

 Il est urgent de faire front pour imposer l’annulation de toutes procédures contre les défenseur.es des services publics et qu’une véritable politique « quoi qu’il en coûte » soit mise en œuvre pour restaurer un fonctionnement normal des services publics hospitaliers dans tous les territoires et en garantir l’accès à l’ensemble de la population.

C’est une urgence absolue.

Lundi 13 mai 2024

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10 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Cholera (AEL)

comores

Mayotte : de quoi l’épidémie de choléra est-elle le nom ?

Mayotte, 101e département français, enregistrait 37 cas de choléra au 1er mai. Entre crise majeure de l’accès à l’eau potable, extrême précarité, système de santé effondré, et une police qui multiplie la chasse aux sans-papiers comoriens autour des points d’eau et des rares structures sanitaires, tout concourt à l’émergence d’une épidémie massive de choléra.

Le choléra est une maladie des eaux souillées par des selles infectées, qui causent diarrhée et déshydratation parfois mortelle. Des mesures d’hygiène simple peuvent éviter sa propagation, et un traitement rapide ses complications. Voilà pour la théorie.

Car dans la pratique c’est toujours sur fond de grande précarité économique et sanitaire, de difficultés d’accès à l’eau potable, de systèmes de solidarité effondrés par la guerre ou la misère que le choléra se développe, comme à Haïti ou au Yémen.

Sans oublier le rôle du réchauffement climatique, entre inondations qui contaminent les points d’eau et sécheresses qui concentrent les populations les plus fragiles. Un vaccin existe, mais faute d’investissements, il est partout dans le monde en pénurie alors que le nombre de cas et le nombre de pays touchés explosent dans le monde.

Crise coloniale, sociale et migratoire

À Mayotte, le développement du choléra est au croisement de la crise sociale et coloniale de l’eau et de la crise migratoire. L’épidémie est arrivée à Mayotte via des immigréEs des Comores, où le choléra a déjà fait plus de 60 morts.

Ces sans-papiers, parquéEs dans des bidonvilles sans sanitaires et sans eau potable, sont traquéEs par la police de Darmanin qui multiplie les contrôles autour des points d’eau et des structures de santé, privant les migrantEs illégaux d’accès à une eau non souillée et aux soins rapides, ce qui favorise la diffusion.

Face au refus de la puissance coloniale française d’investir dans le système de santé, une partie de la population mahoraise interdit physiquement aux ComorienNEs l’accès aux centres de santé.

Croyant défendre leur santé en excluant celle des autres, ils ne font que faciliter l’explosion du choléra. MahoraisEs ou ComorienNEs illégaux sont dans le même bateau face au choléra. Darmanin doit retirer sa police. L’État français doit garantir l’égalité des droits aux MahoraisEs et aux sans-papiers, notamment en matière de santé et d’accès à l’eau potable.

Santé et droits sociaux oubliés

À Mayotte, la crise de l’eau vient de loin. 30 % des logements sont sans eau courante, 60 % sont dépourvus du confort sanitaire de base ! Mayotte n’intéresse l’État français que parce qu’il lui permet de contrôler un large espace maritime dans l’océan Indien. Mais le colonialisme n’a que faire de la santé et des droits sociaux des populations.

Depuis septembre 2023, les 300 000 habitantEs de l’île sont privéEs d’eau du robinet deux jours sur trois, sur fond de modification du climat, avec 40 % de précipitations en moins par rapport à une année normale. Sur l’île, l’eau potable vient à 80 % de l’eau de pluie stockée dans deux retenues collinaires.

Ces deux bassins sont quasiment vides. Pourtant depuis 2009, la construction d’une troisième retenue d’eau, qui aurait doublé les capacités de stockage, est en discussion. Une enquête de Blast montre qu’elle est au point mort depuis 15 ans ! Le terrain appartient à une grande famille mahoraise, les Bamana, que l’État français veut d’autant moins exproprier que cette famille a été le fer de lance du rattachement de Mayotte à la France ! Intérêts coloniaux et des grands propriétaires se rejoignent.

Informer, isoler et traiter

Vaincre le choléra à Mayotte ne se fera pas contre les sans-­papiers et les plus pauvres, mais bien avec eux. Darmanin doit retirer sa police de l’opération « Place nette ». Elle doit être remplacée, comme à Haïti qui a vaincu l’épidémie de choléra, par des équipes mobiles d’urgence de travailleurEs de santé communautaire pour mobiliser les populations les plus fragiles, souvent sans-papiers, pour informer, dépister, isoler et traiter rapidement les cas de choléra.

Comme le soulignent l’Unicef, la Cimade, la Fondation Abbé-Pierre et Médecins du Monde, « les mesures sécuritaires sont incompatibles avec la lutte contre le choléra ». Elles exigent « liberté de circulation, droit au logement, accès à l’éducation, la santé et un environnement sain ».

Tout l’opposé de la politique néo­coloniale et policière de la France.

Frank Prouhet 10 mai 2024

https://www.afriquesenlutte.org/

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08 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Plastique (LRLP)

Plastique (LRLP) dans Altermondialisme PlasticCrashcouvsite
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La production plastique explose les émissions mondiales de gaz à effet de serre

En 2019, la production mondiale de plastique représentait environ 12 % de la demande mondiale de pétrole et environ 8,5 % de la demande mondiale de gaz naturel.

Le constat est sans appel, les émissions de gaz à effet de serre issues de la production de plastique sont « exclues des politiques et des négociations mondiales » liées au changement climatique. Les prendre en compte est pourtant primordial, selon le rapport, pour maintenir le réchauffement de la planète en dessous de 1,5 °C, Et pour cause, la production plastique devrait doubler d’ici 2050, ce qui représenterait un cinquième du budget carbone mondial.
En 2050, elle représentera de 21 à 31% du budget carbone restant pour maintenir les températures moyennes en dessous des 1,5 °C de réchauffement. Si des mesures sont prises pour limiter l’usage du plastique, maintenant le niveau de production actuel, ces chiffres devraient être compris entre 15 à 19% du budget carbone prévu par les accords de Paris. La production mondiale de plastiques a pourtant généré environ 2,24 giga tonnes de CO2 en 2019. À titre de comparaison, le secteur mondial de l’aviation a émis 0,6 GtCO2 la même année, selon le rapport.
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« Dépendance aux énergies fossiles »

En 2019, la production mondiale de plastique représentait environ 12 % de la demande mondiale de pétrole et environ 8,5 % de la demande mondiale de gaz naturel. Malgré la décarbonation du système énergétique, la croissance programmée de la production de la matière maintiendra notre « dépendance aux combustibles fossiles ».

Pourtant, lors du sommet mondial sur la pollution plastique qui s’est achevé tard le 29 avril à Ottawa, les mesures portant sur l’extraction de matières premières et la diminution de la production ont été exclues des négociations.

La faute aux 196 lobbyistes de l’industrie des combustibles fossiles et de l’industrie chimique présents dans la ville canadienne à l’occasion. « Les négociations avec les États-Unis et d’autres États pétroliers ont donné l’impression d’être des négociations avec l’industrie, qui privilégie toujours le profit au détriment du bien-être des populations et de la planète » siffle Frankie Orona, représentant de Society of Native Nations, une organisation qui lutte pour la préservation de la culture des peuples autochtones. Les « fauteurs de troubles » sont un petit groupe de pays extracteurs de combustibles fossiles et producteurs de plastiques (Arabie saoudite, Inde, Koweït, Qatar, ou encore Etats-Unis) qui ont tenté de redéfinir ce que signifie le cycle de vie complet du plastique, et ainsi réduire le champ d’application du traité proposé aux seules questions relatives à la gestion des déchets.

Le sommet mondial d’Ottawa a débouché sur de « timides avancées » selon Zéro Waste France. Il a été décidé des champs de réflexion qui seront négociés lors du sommet de Busan (Corée du Sud), qui se tiendra du 25 novembre au 1er décembre 2024.

Comme révélé précédemment, aucune mesure réduisant la production des plastiques ne sera discutée. Ne seront concernés que : les substances chimiques préoccupantes dans les plastiques, la conception des produits, le réemploi, et la recyclabilité.

Ce sont toujours des petits pas, des avancées légères, qui résultent de ce type de traité. Nécessaires certes, mais qui ne remettent pas en cause le système productif. La décarbonation ne peut pas être considérée que par le prisme énergétique.  

Source : « Climate Impact of Primary Plastic Production », Lawrence Berkeley National Laboratory, 24/04/12

Lire aussi :

Du plastique a été trouvé dans du sang humain pour la première fois

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08 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Hôpital Carhaix

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Défenseurs de l’hôpital de Carhaix auditionnés :
plusieurs élus, syndicats et militants en soutien

Une petite dizaine de personnes ont reçu une convocation, dont des délégués syndicaux, soupçonnés de « séquestration » et « violence en réunion » dans le cadre d’une action de défense de l’hôpital de Carhaix (Finistère), qui avait eu lieu à Quimper en septembre 2023.

Mélanie Thomin, députée du Finistère, « réprouve cette vague de convocations ». Tout comme Philippe Guillemot et Corinne Nicole, conseillers départementaux. Militants et syndicats adressent aussi leur soutien.

Mélanie Thomin, députée socialiste du Finistère de la circonscription de Carhaix-Châteaulin, rejette la convocation d’une petite dizaine de personnes qui ont participé à une action pour défendre l’hôpital de Carhaix (Finistère). C’était en septembre 2023, au siège départemental de l’Agence régionale de santé (ARS).

Soupçonné de « séquestration » et « violence en réunion sur personne chargée d’une mission de service public » , ce groupe de personnes est convoqué pour « une audition sous le régime de la garde à vue », au mois de mai, au commissariat de police de Quimper (Finistère). « Des plaintes » avaient été déposées par le CHRU de Brest-Carhaix, après cette journée.

« Une volontié politique d’imider les représentants syndicaux ? »

L’élue « réprouve cette vague de convocations ». Mélanie Thomin vient d’être nommée membre de lacommission d’enquête parlementaire sur « les difficultés d’accès aux soins à l’hôpital public ». Elle développe ses arguments : « La signature unanime du protocole de sortie de crise a alors symbolisé une forme d’apaisement entre les différentes parties prenantes. [...] Dès lors, pourquoi ces dépôts de plaintes contre des représentants du personnel hospitalier carhaisien ont-ils été maintenus ? »

Elle s’interroge sur « une volonté politique d’intimider les représentants syndicaux ? » Elle affirme être contre « la judiciarisation de l’expression syndicale ». La députée indique qu’elle sera de la mobilisation à Carhaix.

Un « soutien indéfectible »

Philippe Guillemot et Corinne Nicole, conseillers départementaux, sont eux aussi en désaccord : « Nous condamnons les différentes convocations par la police « sous le régime de la garde à vue »». Ils apportent « soutien indéfectible aux personnes ayant reçu une convocation ». Ils demandent d’une voix : « Nous demandons que soient mises en œuvre de véritables mesures pour la réouverture de tous les services actifs et des urgences 24 heures sur 24 et sept jours sur sept ».

La fédération finistérienne du Parti communiste français (PCF) appelle « à venir les soutenir au
commissariat de Quimper à chacune des convocations avec deux temps forts les 22 et 23 mai, jours de convocations de la secrétaire générale du syndicat CGT de l’hôpital de Carhaix et du secrétaire général CGT du CHRU Brest-Carhaix. »

Plus généralement, le PCF appelle à défendre « notre droit à l’expression et à la manifestation face aux menaces et restrictions des libertés syndicales et citoyennes [...] Nous sommes très préoccupés et révoltés par la logique liberticide qui sous-tend aussi la plainte du ministre de l’Intérieur contre le militant syndical brestois de Solidaires Olivier Cuzon et par la tentative de museler les protestations de solidarité avec le peuple palestinien dans les Universités et à Sciences Po. »

« Mettre sous silence une mobilisation »

Le syndicat Sud santé sociaux du Finistère prend également la parole : « Nous soutenons bien
évidemment ces représentants syndicaux et ces collectifs de défense qui s’impliquent au quotidien pour l’amélioration les conditions de travail des salariés mais aussi pour la défense d’un service public de proximité et de qualité.

Nous dénonçons ces agissements et ces mesures d’intimidation qui n’ont pour seul but que d’essayer de mettre sous silence une mobilisation et une colère envers ces politiques de destruction des services publics. Ces personnes qui ont déposé ces plaintes se trompent une nouvelle fois de cible et préfèrent s’en prendre aux organisations syndicales et aux défenseurs d’un hôpital public de qualité plutôt que de mettre leur énergie au service des agents, des usagers, des patients. »

« Sa stupéfaction et son indignation face aux convocations »

Dans un communiqué transmis ce vendredi 3 mai, le comité de défense et de développement de l’hôpital de Carhaix (Finistère) soutient les « personnes convoqués au commissariat de Quimper ». Les membres du groupe expriment « sa stupéfaction et son indignation face aux convocations ». Ils déclarent : « Nous appelons sans réserve au soutien des personnes convoquées et à la mobilisation de la population et des élus du territoire. Le comité de défense appelle à venir les soutenir à chacune des convocations au commissariat de Quimper entre le 14 et le 28 mai ».

La CGT, la CFDT et Sud « exigent l’arrêt des procédures judiciaires »

Les syndicats CFDT, CGT et Sud du CHRU Brest – Carhaix l’assurent : « aucun des militants syndicaux ne s’est rendu coupable de séquestration ou de violence. Le régime de la garde à vue en fait pourtant des suspects alors qu’ils n’ont fait que remplir leur mandat et défendre l’hôpital public, l’accès et l’offre de soins [...]

En guise de protestation, les syndicats CGT, CFDT, SUD ont donc signifié à la directrice générale leur décision de suspendre leur participation au dialogue social dansle cadre des instances institutionnelles. Ils ont déjà décidé de multiplier les actions de soutien à leurs militants inquiétés. Ils appellent d’ores et déjà à préparer les mobilisations pour soutenir les militants convoqués au commissariat de Quimper du 14 au 28 mai 2024. Enfin, ils exigent l’arrêt
immédiat des procédures judiciaires à l’encontre de leurs militants et des solutions pérennes pour laréouverture des urgences. »

Cela « relève de l’injustice » L’union locale de la CFDT à Carhaix s’inscrit dans cette ligne et « déplore » ces convocations. Ils complètent : « Dans ce contexte convoquer des défenseurs de l’hôpital, revendiquant l’accès aux soins d’urgence pour tous dans un périmètre raisonnable, relève de l’injustice au regard de la situation subie par la population du pays Centre Ouest Bretagne. »

« Destruction d’un service de santé de qualité »

Le mouvement Douar ha Frankiz (Terre et liberté) soutient aussi les défenseurs convoqués : « Au-delà de l’injustice faite à celles et ceux qui se battent pour que notre dignité et notre santé soient préservées, la convocation envoyée aux camarades relève d’une stratégie plus large de destruction d’un service de santé de qualité, accessible à tous. Nous ne devrons rien laisser passer. Nous appelons à une vigilance accrue pour les mois à venir, et réitérons notre soutien à toutes celles et ceux injustement frappés et frappées par la répression ».

Le parti des travailleurs du Finistère en soutien

« À cette remise en cause de la liberté de manifester s’ajoute la remise en cause de la liberté
d’expression avec la plainte [...] à l’encontre d’Olivier Cuzon, syndicaliste Sud pour avoir osé
contester la légitimité de l’intervention de militaires dans l’encadrement des classes « défense
sécurité globale » en collège. D’autres syndicalistes dans tout le pays subissent des mesures de répression », s’indigne le parti des travailleurs du Finistère.

Le NPA du Kreiz Breizh et du Finistère s’indignent

Le NPA (Nouveau parti anticapitaliste) Kreiz Breizh et le NPA du Finistère « s’associe au mouvementde solidarité avec les convoqués du mois de mai ». Et ils poursuivent : « Avec nos porte-parole dont Olivier Besancenot et Philippe Poutou, nous dénonçons la criminalisation de l’activité militante et syndicale, l’autoritarisme en marche et les mensonges visant à faire taire la résistance si nécessaire pour défendre notre système de soins mis en péril chaque jour ».

L’unité la plus large et la plus déterminée doit se réaliser pour soutenir et accompagner les  convoqué.es sous le régime de la garde à vue au commissariat de Quimper et ce dès le 14 Mai à 9h  et les jours qui suivront comme les 23 et 24 Mai.
Les Ami.es et camarades doivent pouvoir compter sur notre soutien plein et entier.

 

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