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10 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

omerta (reporterre)

algues

Briser l’omerta : des journalistes bretons s’unissent face aux pressions de l’agro-industrie

En Bretagne, des journalistes se sont réunis en collectif contre la « loi du silence » imposée par l’agroalimentaire. Procès-bâillons, intimidations… Ils dénoncent l’omerta qui règne autour du secteur agroindustriel et la difficulté d’exercer leur métier.

Quinze journalistes viennent de créer le collectif Kelaouiñ — Kelaouiñ signifie « informer » en breton — qui lutte pour la liberté d’informer sur l’industrie agroalimentaire en Bretagne. Menaces, pressions, poursuites judiciaires, auto-censure… Ils dénoncent l’omerta qui règne autour du secteur agroindustriel et la difficulté d’exercer leur métier.

Dans les témoignages des journalistes, pas de pneus crevés. Mais des pressions souvent insidieuses, qu’ils ne veulent plus taire. « Un coup de fil de l’agroalimentaire à une rédaction, ça n’arrive jamais. C’est beaucoup plus pernicieux… » souligne Pierre-Yves Bulteau, journaliste et membre du collectif. Pour Hélène, pigiste dans la région, « ces pressions, sans être hyper spectaculaires, finissent par influencer le travail des journalistes ».

Elle a choisi de témoigner anonymement de ce qu’elle a vécu après la publication d’une enquête sur une pratique agricole controversée : « J’ai reçu un SMS d’une chambre d’agriculture me disant qu’elle voulait porter plainte. Puis un courriel d’un laboratoire de recherche public qui disait que j’avais écrit des fake news. Ils m’ont demandé d’écrire un correctif et m’ont signifié que si je refusais, ils entameraient des poursuites pour diffamation. »

Une réaction disproportionnée, estime-t-elle. « Quand quelqu’un n’est pas content d’un papier, on s’explique. Si nécessaire, il y a un droit de réponse. Mais une menace de procès, c’est assez violent. » Pour la journaliste pigiste, « la technique de dissuasion des procès-bâillons fonctionne très bien. C’est de l’intimidation. »

La journaliste Inès Léraud a également fait l’objet de menaces de poursuites à la suite de ses enquêtes bretonnes. Fin 2019, Christian Buson, président du GES — un bureau d’études environnementales mis en cause dans l’enquête que la journaliste a réalisé pour la Revue dessinée Algues vertes, l’histoire interdite (éditions La Revue dessinée — Delcourt, 2019) — lui a intenté un procès en diffamation.

L’ouvrage ne fait pourtant que citer ses propos lors d’une conférence filmée par France 3. En janvier 2020, Christian Buson a finalement renoncé à sa plainte quelques jours avant l’audience. Dans sa bande dessinée, Inès Léraud évoque aussi les menaces du chargé de communication de la préfecture des Côtes-d’Armor. Aujourd’hui, la journaliste explique à Reporterre :

« C’était fou qu’un représentant de l’État laisse aussi clairement entendre que le sujet était gênant et cherche à m’intimider, je n’avais jamais vu ça. »

« Si tu écris sur l’agroalimentaire, tu sais que tu seras relu très attentivement avant la publication par la direction »

À la suite d’une enquête parue dans le média Basta sur le groupe Chéritel, grossiste en fruits et légumes, pris en flagrant délit de « franciser » des tomates venues d’ailleurs, Inès Léraud a fait l’objet d’une poursuite pour diffamation.

Son procès aura lieu les 20 et 21 janvier prochain devant le tribunal de grande instance de Paris. « Le cas d’Inès Léraud n’est que la partie immergée de l’iceberg » souligne Erwan, membre du collectif et journaliste précaire qui a travaillé au journal Le Télégramme. Il préfère ne pas donner son vrai nom « de peur de ne plus retrouver de travail au sein des journaux locaux qui m’embauchent ». Pour lui, « la presse bretonne doit composer avec l’agroalimentaire tout comme les collectivités locales, le milieu associatif et chaque citoyen individuellement. On doit faire attention à ce qu’on dit par peur de subir des pressions… C’est systémique ».

Parfois, estime t-il, les pressions viennent de l’intérieur même des rédactions. « C’est un secret de polichinelle : si tu écris sur l’agroalimentaire, tu sais que tu seras relu très attentivement avant la publication par la direction. Dans l’article, si on donne la parole à des opposants, il faut abso-lument laisser de la place, voire plus de place, au syndicat FNSEA, la chambre d’agriculture ou les représentants de l’agro-industrie. À l’inverse, vous lirez rarement la parole des opposants dans un article qui parle d’un nouveau projet agroalimentaire », dénonce Erwan.

Pour exemple, il se souvient des journaux du Télégramme parus le 5 septembre 2018. « La veille, des pseudos manifestations de salariés avaient été organisées devant les sites de Triskalia à l’appel de la direction, pour dénoncer le « Triskalia bashing » dont la coopérative faisait l’objet d’après eux. »

Triskalia était notamment poursuivie pour l’intoxication de salariés ayant travaillé dans des entrepôts de pesticides. « Le lendemain de ces manifestations, toutes les antennes locales du Télégramme concernées avaient chacune écrit un compte-rendu avec le témoignage des dirigeants, et une pleine page dans toutes les éditions donnait aussi la parole à Triskalia » énumère Erwan. Pour lui, « ce jour-là, Le Télégramme a été le journal de Triskalia ».

Les pressions commencent parfois très tôt. C’est ce qu’ont constaté deux étudiantes en journalisme de l’IUT de Lannion, lors d’une immersion à l’hebdomadaire Le Poher, en Centre-Bretagne en 2017.

« Contrairement aux articles des autres étudiants, leur enquête sur l’ouverture d’une nouvelle usine de lait en poudre à Carhaix-Plouguer (29) n’a pas été publiée, raconte le journaliste Pierre-Yves Bulteau qui enseignait à l’IUT à l’époque.

L’enquête révélait, contrat à l’appui, que contrairement à la promesse d’emplois pérennes pour dix ans, les investisseurs chinois de Synutra se réservaient le droit de quitter Carhaix en fonction de la rentabilité financière du projet. » Ce qui a fini par arriver deux ans plus tard.

Mais au moment de l’inauguration, on préfère la version optimiste « de la bouffée économique » offerte à ce territoire régulièrement frappé par la crise du lait. « Un responsable éditorial a alors refusé la publication de l’enquête sous prétexte qu’elle manquait de contradictoire alors que les étudiantes avaient proposé à la direction de l’usine de s’exprimer, en vain. Il avait surtout anticipé que la sortie de l’enquête sur « son » territoire aurait pu fermer les sources aux journalistes du Poher. »

L’enquête a finalement été publiée sur la plateforme en ligne Alimentation générale. « Il n’y a pas eu de poursuites lors de sa publication. Ça montre bien que ce n’est pas le fond qui était en question mais bien le rapport aux sources, notamment institutionnelles. Pas évident quand on travaille sur un petit territoire où l’on rencontre ceux sur qui l’on écrit à la boulangerie », conclut Pierre-Yves Bulteau.

De telles histoires sont courantes en Bretagne, d’où la création du collectif Kelaouiñ : « On ne monte pas ce collectif pour se plaindre, prévient Pierre-Yves Bulteau. On en parle parce que ces pressions vont de pair avec le droit de savoir des citoyens sur ce qui se passe autour de chez eux. » (Extrait voir lien)

9 juillet 2020 / Klervi Le Cozic (Reporterre)

Lire aussi :

Algues vertes en Bretagne : 4 points pour comprendre le problème

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09 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

famine (courrier inter)

.faim

La famine engendrée par la pandémie pourrait tuer davantage que le virus lui-même

Dans un rapport repris par The Daily Telegraph, l’ONG Oxfam tire la sonnette d’alarme quant aux conséquences économiques et sociales de l’épidémie et des confinements, qui pourraient faire basculer les plus pauvres de l’humanité dans la famine.

“Davantage de gens vont mourir de la faim engendrée par la pandémie que du coronavirus lui-même cette année.” L’avertissement, sans appel, a été lancé par l’organisation non-gouvernementale britannique Oxfam dans un rapport repris ce jeudi 9 juillet notamment par The Daily Telegraph.

Comme le relate le quotidien britannique, “un nombre estimé à 122 millions de personnes parmi les plus pauvres du monde pourraient basculer plus profondément dans la famine et la pauvreté, ce qui équivaudrait à 12 000 morts excédentaires par jour, selon l’ONG”. En comparaison : Le niveau quotidien de mortalité mondiale liée au Covid-19 a atteint un pic de 10 000 personnes au mois d’avril.”

Cette prévision inquiétante, précise The Daily Telegragh, est liée “aux effets secondaires de la pandémie et des confinements, qui ont provoqué un chômage de masse, une plongée des revenus, des perturbations de la production de nourriture et le déclin de l’aide humanitaire”.

De plus, “le rapport révèle les dix pires ‘points chauds’ de la faim dans le monde, notamment l’Afghanistan, la Syrie, le Yémen et le Soudan du Sud. Certains pays à revenu moyen comme l’Inde, l’Afrique du Sud et le Brésil connaissent aussi des hausses rapides de la faim, avec des millions de personnes au bord du précipice.”

Les pays riches touchés aussi

Enfin, ajoute le Telegraph, “les pays les plus riches du monde ne sont pas immunisés non plus”. Citant Oxfam, le journal explique qu’“au Royaume-Uni, pendant les premières semaines du confinement, 7,7 millions d’adultes ont réduit l’ampleur de leur repas ou sauté des repas, et 3,7 millions se sont approvisionnés en nourriture auprès d’associations ou de banques alimentaires”.

Le quotidien rappelle que “l’an dernier, 821 millions de personnes ont souffert d’insécurité alimentaire” dans le monde, dont “149 millions ayant fait face à un niveau critique de faim”.

Et ajoute qu’“Oxfam a appelé les gouvernements à mener des actions urgentes pour mettre fin à cette crise alimentaire en répondant pleinement, sur le plan financier, à l’appel humanitaire des Nations unies, à construire des systèmes alimentaires plus justes et plus résilients, à promouvoir la participation des femmes dans la réparation du système alimentaire brisé, et à agir urgemment pour s’attaquer à la crise climatique”.

09/07/2020

https://www.courrierinternational.com/

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09 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

saint malo dockers (fr3)

dockers

Saint-Malo : les dockers manifestent en soutien aux 32 licenciés

200 dockers ont manifesté jeudi sur le port de Saint-Malo (35) contre la perte de 32 emplois. Placée en liquidation judiciaire, leur entreprise leur aurait adressé une lettre de licenciement sans plus de précisions. Des dockers venus de Lorient et du Havre ont rejoint les rangs par solidarité.

La société Saint-Malo Manutention SMM a été placée en liquidation judiciaire sans reprise d’activité le 24 juin dernier par le tribunal de commerce de Saint-Brieuc. L’entreprise, qui emploie 34 personnes, était déjà dans une situation financière compliquée. La crise du Covid-19 n’a fait qu’accroître les difficultés.

Les dockers auraient reçu une lettre sans davantage d’explication. Une décision inconcevable pour la CGT. L’objectif est ni plus ni moins de maintenir tous les emplois.

Sauver les 32 emplois !

En soutien à leurs collègues malouins, tous les syndicats de la fédération des dockers appe-laient leurs adhérents à cesser le travail pendant 24 heures. Des ouvriers portuaires venus de Lorient et du Havre sont venus en solidarité défiler ce matin.

Des négociations doivent avoir lieu vendredi 10 juillet à 14h à la sous-préfecture de Saint-Malo.

09/07/2020

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

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09 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

janzé (lutte ouvrière)

greve-poste-privatisation

Centre Tri courrier Janzé : un exemple à suivre

Prétextant protéger les facteurs contre le Covid-19, la direction de La Poste de Janzé, en Ille-et-Vilaine, a imposé en mai de nouveaux horaires plus contraignants et créé deux équipes, l’une commençant à 7 heures et l’autre à 10 heures.

La canicule des 25 et 26 juin a encore détérioré les conditions de travail, déjà très dégradées. Le vendredi 27 juin, 80 % des facteurs ont fait valoir leur droit de retrait, se mettant de facto en grève. Le directeur, qui se veut un homme à poigne et dit ne pas vouloir entendre parler de grève, a commencé par ignorer le mouvement.

Mais, face à la détermination du groupe, très soudé, il a dû en rabattre. Et le mercredi 1er juillet, une visio-conférence s’est tenue avec trois facteurs, le médecin du travail et le directeur, prudemment resté dans son bureau à Fougères.

La direction a accepté l’ensemble des revendications, l’embauche se fera à 6 h 46 pour la grande majorité et à 9 h 00 pour celles et ceux ayant des obligations familiales. Même la prime dite de « collation », disparue depuis quelques années, a été rétablie !

C’est sur cette victoire que le travail a repris le 2 juillet, dans une ambiance joyeuse, tous fiers d’avoir su se faire respecter d’une direction qui, jusqu’ici, se croyait toute puissante.

Correspondant LO 08 Juillet 2020
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07 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

programme (la conf’)

conf

Remaniement : notre programme d’actions pour le nouveau Ministre

Si le temps « est à l’action », comme l’a affirmé le nouveau Premier Ministre, la Confédération paysanne propose au nouveau Ministre de l’agriculture et de l’alimentation, Julien Denormandie, un plan en trois volets inter-dépendants : protéger, installer et socialiser pour inscrire les 2 années à venir dans la rupture des précédentes et tirer les enseignements de la crise sanitaire.

Le travail paysan doit être protégé du libre-échange, de la concurrence déloyale intra et extra européenne des importations et des prédateurs de la valeur des filières alimentaires.

Protéger passe donc par un durcissement de la loi Egalim, une régulation des volumes au niveau européen et une PAC* articulée sur l’actif agricole et non plus sur l’hectare. Une demande d’ailleurs reprise par la Convention citoyenne pour le climat.

Ces outils de protection économique sont un préalable incontournable pour relocaliser notre système alimentaire et pour accompagner les paysan.ne.s dans la transition sociale et écologique indispensable.

Installer relève d’une urgence sociale démographique et d’une urgence écologique, car seule une agriculture dense en emplois pourra durablement répondre aux défis actuels. Il faut donc que le nouveau ministre porte en urgence une loi foncière ambitieuse assumant les enjeux de l’installation, de la transmission et donnant les moyens de lutter contre les contournements actuels et l’artificialisation des terres.

Socialiser, enfin, car agriculture et alimentation ne doivent plus être dissociées. Elles incarnent un choix de société crucial pour la vie des territoires et la santé des populations. La sécurité sociale de l’alimentation et la PAC sont deux grands leviers sur lesquels bâtir une démocratie alimentaire capable d’en finir avec la course aux prix bas et la précarité alimentaire.

Nous attendons de Julien Denormandie des actes forts et structurants pour notre métier et nous saurons être à la fois exigeants et constructifs pour donner notamment corps à la souveraineté alimentaire.

http://www.confederationpaysanne.fr/

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06 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

caissières (bastamag)

Les-damnees-de-la-caisse

Les caissières : hier « héroïnes », aujourd’hui flouées malgré les profits de la grande distribution

La grande distribution affiche de confortables profits, réalisés en particulier grâce au dévouement de leurs employés de caisse.

Certaines grandes enseignes ont cependant décidé d’accélérer leur remplacement par des caisses automatiques, et les promesses de primes à 1 000 euros n’ont pas vraiment été tenues.

Un peu partout en France, certains supermarchés ont fait un pas de plus vers l’automatisation pendant la crise du Covid-19.

C’est le cas dans plusieurs magasins Casino parisiens, comme à Riquet ou à Ménilmontant, équipés de nouvelles caisses automatiques en plein confinement, en plus de celles qui avaient été installées avant.

Au Géant Casino de Lannion, dans les Côtes-d’Armor, les clients ont également vu apparaître un nouveau mode de paiement. Ils ont désormais la possibilité de passer par un grand portique vert dont l’accès est réservé au « Scan Express » avec l’application Casino Max.

Autrement dit : les acheteurs peuvent dorénavant scanner et payer les produits directement avec leur smartphone, en ayant préalablement téléchargé l’application et enregistré leur carte bancaire. Pour sortir, plus de passage en caisse, mais un portillon à ouvrir avec un code barre affiché sur son smartphone.

Du côté de la vente en ligne chez Monoprix, qui appartient au groupe Casino, préparer un panier de 50 produits prend désormais six minutes. Depuis le 19 mai, la marque a lancé sa solution de e-commerce alimentaire « Monoprix Plus » : un entrepôt géant de 36 000 m² à Fleury-Mérogis, dans lequel des robots se chargent d’empaqueter, en l’espace de quelques secondes, les produits commandés par les clients.

Ce n’est pas le scénario d’une dystopie imaginant nos futurs modes d’achats dans la grande distribution, mais la réalité d’une automatisation qui pourrait encore s’accélérer. Et qui rend certaines caissières, « héroïnes » en première ligne face au virus, profondément amères.

Vers une « digitalisation » accrue des magasins

Dans son assemblée générale du 17 juin 2020, le groupe Casino détaille plusieurs mesures spécifiques liées à l’épidémie du Covid-19. Parmi elles : l’accélération de l’encaissement automatique, l’augmentation des capacités de livraison à domicile, du « click & collect » et du drive.

Ce n’est qu’une nouvelle étape d’une stratégie de « digitalisation du parcours clients » entamée depuis plus longtemps : en février et mars 2020, 45 % des paiements en hypermarchés et 36 % en supermarchés Casino ont été réalisés par smartphone ou en caisse automatique. Sur les deux derniers mois de 2019, l’enseigne loue également « une forte pénétration de l’application digitale CasinoMax avec 20 % du chiffre d’affaires généré par les utilisateurs ».

Objectif affiché lors de l’assemblée générale des actionnaires du groupe l’année précédente : « Atteindre 40 % du chiffre d’affaires réalisé par les utilisateurs de l’application Casino Max en 2021 ».

Même si l’automatisation généralisée des caisses n’a pas été observée dans toutes les ensei-gnes pendant le confinement, ce dernier a bel et bien mis un coup d’accélérateur aux stratégies de vente en ligne.

Au premier trimestre 2020, le e-commerce alimentaire chez Carrefour a par exemple affiché une croissance de +45 %. Parmi les objectifs financiers de l’entreprise : 4,2 milliards de chiffre d’affaires e-commerce alimentaire en 2022.

Mais aussi « un plan d’économies sur trois ans de 2,8 milliards en année pleine à fin 2020 » et la « poursuite de la dynamique d’économies de coûts au-delà de 2020 ». En 2019, le groupe Casino avait annoncé, de son côté, « un plan d’économies de coûts de 200 millions d’euros » d’ici 2020, tout en se félicitant en conclusion d’une « trajectoire d’amélioration continue de la rentabilité ». Au détriment des caissières ?

Ouverture 24h/24 et remplacement des caissières par des vigiles

« Sous couvert de crise sanitaire, Casino accélère la mise en place des caisses automatiques. Mais ces dernières ne représentent qu’une pierre de l’édifice », prévient Jean Pastor, délégué syndical central CGT Géant Casino.

Prochaine étape, déjà bien enclenchée par endroits, selon lui : l’ouverture de 6h à 8h, de 20h à minuit, et le travail de nuit. Plusieurs magasins Casino sont déjà ouverts 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Au supermarché Casino de Ménilmontant à Paris, où de nouvelles caisses automatiques ont été installées en avril dernier, ce sont les agents de sécurité qui surveillent les clients à partir de 21h, et ce pour toute la nuit, jusqu’à l’arrivée des caissières à 8h30.

« Ces salariés n’ont pas la même convention collective et peuvent travailler les dimanches et les jours fériés », commente Jean Pastor. En octobre dernier, un Casino avait d’ailleurs été rappelé à l’ordre à ce propos par le tribunal de grande instance d’Angers. Pour contourner l’interdiction de travail dans les commerces alimentaires après 13h le dimanche, l’hypermarché faisait appel à des animatrices en événementiel les week-ends.

Dans le supermarché Casino du boulevard Gambetta à Nice, ce sont des vigiles qui assurent la relève quand les hôtesses de caisse finissent leur service à 20h15. Mais peut-être plus pour longtemps : « Ils parlent de nous faire travailler jusqu’à 23h pour nous faire vendre de l’alcool.

C’est en pourparlers mais ça va finir par être accepté », témoigne une caissière. Comme elle, de nombreuses collègues craignent une disparition de leurs emplois. Dans ce magasin, de nouvelles caisses automatiques ont également été installées pendant le confinement. Et ce, au détriment des emplois : « Il y a beaucoup de caissières qui sont parties en retraite et n’ont pas été remplacées ».

Face aux craintes des employé.es, et alors que le nombre de caissières a baissé de 5 à 10 % en 10 ans, selon la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), le groupe Casino a annoncé vouloir les former à un « nouveau métier ».

« Nous avons réussi à négocier un accord d’anticipation sur ce que vont devenir les salariés du secteur de l’encaissement. Nous avons obtenu un engagement de la direction à ne pas ouvrir de plan social, mais à recaser les gens », explique Laurence Gilardo, déléguée Force ouvrière de Casino. Cet accord, conclu le 26 février et doté d’une enveloppe de cinq millions d’euros, vise à former 6 000 « hôtes » et « hôtesses » de caisses des enseignes Géant Casino et Casino Supermarché (qui emploient 25 000 salarié.es au total) à de nouveaux métiers.

Le nouveau métier de « conseiller clientèle » bénéficierait ainsi d’un salaire légèrement supérieur à celui des caissières, mais compterait aussi 30 % de contrats à temps partiel. Si le syndicat FO se félicite de ce plan, la CGT n’est pas de cet avis : « Sous couvert de créer un nouveau métier, la direction va simplement remplacer les départs dans les rayons par des caissières », alerte Jean Pastor.

Craignant une « casse sociale sans précédent », Sylvie Vachoux, secrétaire fédérale de la CGT commerce et services, salariée du Groupe Casino, attend toujours des précisions de la direction sur ces promesses : « Ils ont commencé à évoquer une évolution des métiers, mais les caissières ne voient rien venir, personne ne leur parle de formations ». (…)

Rozenn Le Carboulec 6 juillet 2020

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05 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

t2a castex (nap)

penibilite

Castex, « Monsieur T2A »

N’est pas un inconnu pour l’Hôpital

« Un inconnu à Matignon », c’est souvent en ces termes qu’a été accueillie la nomination de Jean Castex au poste de Premier ministre. Le monde de l’hôpital ne le connait certes pas, mais il connait par contre très bien les effets de son passage au ministère de la santé. Il y fut en effet le promoteur zélé d’une réforme de la tarification hospitalière dite « T2A », l’un des piliers de la transformation de l’Hôpital en entreprise.

La rentabilité ou la fermeture

La Tarification à l’activité, la « T2A », a fait de l’Hôpital une « entreprise de production de soins ». Avec elle, l’établissement ne reçoit plus un budget destiné à répondre à des besoins, mais est rémunéré d’après sa « production ». Et comme dans toute entreprise, celle-ci doit être suffisante et rentable.

La conséquence est inéluctable. Les Hôpitaux sont incités financièrement à sélectionner les pathologies les mieux rémunérées et les patients n’entrainant pas de « surcoûts », comme par exemple les personnes âgées ayant de multiples pathologies.

La « T2A » pousse à la fermeture des services de soins ou les maternités de proximité n’atteignant pas le « seuil de rentabilité ». Pour être rentable un séjour doit être court, mieux vaut donc renvoyer au plus vite (et parfois trop vite) le malade chez lui… quitte à le réadmettre quelques jours plus tard, en générant un nouvel acte à nouveau « rentable ».

Les missions de service public, la nécessité de disposer de lits disponibles pour faire face à des événements exceptionnel (épidémie) n’ont guère de place dans un tel système.

Monsieur T2A

Castex, en tant que Directeur de l’Hospitalisation et de l’Offre de Soins au ministère de la santé fut l’homme qui défendit et mit en place cette réforme. Il déclarait au Monde en 2006 : « ce système nécessite un gros travail de pédagogie. Il a le mérite, d’obliger tous les établissements à se regarder avec lucidité. »

L’abolition de la T2A, un financement fondé sur les besoins, est avec l’exigence de recrutements massifs pour l’hôpital l’une des revendications principales des personnels et médecins hospitaliers, qu’ils ont portée dans toutes leur lutte depuis un an.

Avec l’arrivée à Matignon de J. Castex, flanqué, comme directeur de cabinet de Nicolas Revel, ancien directeur de l’Assurance Maladie et défenseur de toutes les politiques d’austérité, les personnels hospitaliers savent à qui ils auront à faire. Au lendemain de la mascarade du Ségur de la santé. Le « monde d’après », est bien le retour au « monde d’avant », avec les pires acteurs de celui ci.

Pour Macron le « temps de héros » est bien passé. Pour les personnels hospitaliers et leurs soutiens, celui de la lutte déterminée et coordonnée pour la défense de l’Hôpital Public, pour l’accès aux soins de tous et toutes est à l’ordre du jour.

Samedi 4 juillet 2020 Jean-Claude Delavigne

https://npa2009.org/

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02 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

grippe porcine (france24)

cochons

Le virus G4, cette grippe porcine qui suscite la crainte d’une nouvelle pandémie

À peine découvert et déjà redouté : un nouveau virus de type H1N1 identifié dans les élevages porcins en Chine présente des caractéristiques qui font planer le risque d’une nouvelle pandémie, d’après une étude chinoise parue lundi 29 juin. Explications avec deux experts.

Une pandémie après l’autre, voire les deux en même temps ? Une publication dans la revue scientifique américaine Pnas (Proceedings of the National Academy of Sciences), lundi 29 juin, a réveillé la crainte de ce scénario catastrophe et poussé l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à appeler la communauté scientifique à « ne pas baisser sa garde ».

Dans l’article en question, des chercheurs chinois ont révélé avoir découvert un nouveau virus chez le cochon capable de se transmettre à l’homme et qui nécessiterait une « action urgente » pour le contrôler, car il présente les caractéristiques d’une menace « pandémique ».

Tout n’est pas bon dans le cochon

Ce nouveau venu sur la scène virologique, baptisé G4, est le lointain fils du virus H1N1 qui a causé la pandémie de grippe A en 2009. Il a été découvert à l’occasion d’une vaste campagne de tests sur la population porcine dans dix provinces chinoises, menée entre 2011 et 2018.

La surveillance des porcs est devenue un enjeu majeur de santé publique en Chine, premier producteur et consommateur au monde de cette viande. Car tout n’est pas bon dans le cochon.

Cet animal est, en effet, « permissif aussi bien pour les virus de la grippe aviaire [chez l'oiseau], pour ceux de la grippe porcine et ceux des grippes humaines », souligne Manuel Rosa-Calatrava, directeur de recherche à l’Inserm et codirecteur du Laboratoire de virologie et pathologie humaine VirPath, contacté par France 24.

Le porc agit ensuite comme une sorte de grande marmite d’où, par le jeu des mutations et des échanges de gènes entre virus grippaux présents en même temps, émergent de nouveaux agents pathogènes. C’est ce qu’on appelle le réassortiment génétique.

C’est ce qui s’est passé en 2013 dans le sud de la Chine, où a été observé pour la première fois le virus G4. Cette souche s’est ensuite répandue pour devenir à partir de 2016 « la forme dominante du virus dans la population porcine observée », notent les auteurs de l’article dans Pnas.

Ce descendant du virus H1N1 de 2009 est le résultat du croisement entre « trois souches virales qui présentent la particularité d’avoir des protéines de surface [c'est-à-dire qui permettent de s'accrocher à l'hôte infecté, NDLR] auxquelles l’homme n’a pas encore été exposées », souligne Colin Butter, chercheur en biologie animale à l’université britannique de Lincoln, contacté par France 24.

L’être humain n’a, de ce fait, pas encore pu développer de défense naturelle à ce nouvel agent pathogène. Les vaccins contre le virus H1N1 de 2009 ou contre la grippe saisonnière se sont, en outre, montrés inefficaces, ont constaté les scientifiques chinois à l’origine de la découverte.

Un « cocktail détonnant »

C’est le premier élément du « cocktail détonnant » que représente l’agent pathogène G4, d’après Manuel Rosa-Calatrava. En effet, « comme la population humaine est, a priori, complètement naïve face à ce nouveau virus [c'est-à-dire qu'elle n'a pas développé d'anticorps, NDLR], la propagation à l’échelle planétaire pourrait en être facilitée », souligne le chercheur du laboratoire VirPath.

Mais tout cela resterait anecdotique s’il n’y avait pas de transmission à l’homme. Malheureuse-ment, plus de 10 % des travailleurs dans les élevages porcins contrôlés ont été testés positifs à la présence de la maladie. « Cela signifie que le virus est déjà largement répandu au sein de la population en contact avec les animaux porteurs », note Colin Butter.

Reste la grande inconnue de la transmission entre les humains. « Pour l’instant, les scientifiques ne semblent pas avoir constaté de cas en dehors de personnes ayant été à proximité d’élevage porcins », résume l’expert britannique. Mais, les chercheurs chinois ont obtenu des résultats potentiellement inquiétants… chez les furets.

Les animaux se contaminent bel et bien entre eux, à la fois par contact direct et par voie respiratoire. Un résultat important : « Le furet constitue un modèle de référence pour évaluer la transmissibilité entre les humains car il présente, notamment, des récepteurs cellulaires aux virus influenza humains », résume Manuel Rosa-Calatrava.

Par ailleurs, les analyses menées sur ces animaux ont montré que « les dommages causés aux poumons étaient plus sévères que ceux du virus H1N1 de 2009, avec des œdèmes, des hémorragies et des broncho-pneumonies plus graves », écrivent les auteurs de l’étude chinoise.

Redoubler de vigilance

Mais ce qui est vrai pour le furet ne l’est pas forcément pour l’humain, même si c’est un bon indicateur. « Il y a toute une série de mécanismes biologiques qui font qu’on ne peut pas simplement transposer les résultats de l’un à l’autre », affirme Colin Butter.

Plus important à ses yeux est le fait qu’en « six ans de circulation en Chine, il n’y a pas encore eu de cas avéré de transmission entre les humains ». En outre, « les auteurs ne font pas état de cas cliniques graves chez l’homme », relève ce chercheur.

Ces éléments amènent Colin Butter à considérer le risque pandémique avec prudence. « Je ne pense pas qu’il y ait une menace urgente, et, en l’état actuel de nos connaissances au sujet de ce virus, je n’imagine pas une pandémie de virus G4 en plus de celle de Covid-19 cette année », conclut-il. Il n’en demeure pas moins important, pour lui, de redoubler de vigilance pour suivre l’évolution de la situation.

On en est, en effet, « à une ou plusieurs mutations près pour une transmissibilité entre les humains », rappelle Manuel Rosa-Calatrava ». Et le problème est qu’il est impossible de prédire quand et si elles auront lieu.

Le chercheur français reconnaît que le scénario d’une pandémie du virus G4 à court terme n’est pas le plus probable, mais elle n’est pas à exclure complètement à ses yeux, considérant qu’en un siècle, le monde a déjà été confronté à quatre pandémies de virus influenza (grippe espagnole en 1918-19, grippe asiatique en 1957-58, grippe de Hong Kong en 1968-69 et grippe aviaire en 2009-2010). Ce serait alors, à sa connaissance, la première fois que le monde aurait à faire face à deux pandémies simultanément.

01/07/2020 Sébastian SEIBT

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02 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

état (npa)

macron ecolo

La crise marque-t-elle le retour de l’État ?

Souveraineté de l’État…

(…) Non seulement les États ont interrompu les circulations internationales, les interactions sociales et donc de larges pans de l’activité économique, mais ils ont presque immédiatement pris des mesures massives de soutien à l’économie.

En France, le chômage partiel concernait 8,6 millions de salariés en avril : un tiers des salariéEs du privé étaient payéEs par l’État ! Aux États-Unis, Trump et le Congrès sont rapidement parvenus à un accord de 2 200 milliards de dollars (12 % du PIB), comprenant l’envoi à la plupart des américains (les non citoyens étant exclus du dispositif) d’un chèque de 1 200 dollars, sur lesquels était inscrit le nom de Trump, tel un souverain battant monnaie.

L’action économique de l’État se poursuit d’ailleurs, et le fait que Merkel et Macron utilisent le niveau supranational comme relai de leurs politiques3 ne remet pas en cause la centralité des États dans la gestion de la crise.

ll serait pourtant erroné de penser la situation comme une reconquête par les États de leur souveraineté économique, que ce soit contre les institutions internationales, les banques centra-les ou les règles limitant les déficits. Les interventions massives des États, pour interrompre comme pour relancer l’activité, n’ont pas été décidées par un acte de souveraineté faisant « passer la santé devant l’économie » comme l’a dit Macron dans son discours du 14 juin, et ne marquent pas la fin du néolibéralisme4. Elles ont simplement été prises car la reproduction du capitalisme était défaillante.

…ou reproduction du capitalisme

Marx écrit dans le Manifeste du parti communiste (1847), que « le gouvernement moderne n’est qu’un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière ». Et Engels dit dans l’Anti-Dühring (1878) qu’il est « l’organisation que la société bourgeoise se donne pour maintenir les conditions extérieures générales du mode de production capitaliste. […] Il est le capitaliste collectif en idée ».

Les États capitalistes se définissent par leur fonction, qui est de permettre la reproduction du système capitaliste et de favoriser l’accumulation du capital. Au cours de la crise, c’est cette fonction que les États capitalistes ont continué à remplir (avec plus ou moins d’efficacité selon les pays).

L’État peut remplir cette fonction en intervenant dans au moins trois domaines.

D’abord, il a un pouvoir coercitif, et peut réprimer ce qui menace la domination de classe en vigueur (un tel pouvoir est au cœur de l’État dans toute société de classe). Ce rôle correspond largement à ce que Pierre Bourdieu appelle la « main droite » de l’État (armée, police, justice, prisons, etc.).

En second lieu, l’État prend en charge une partie (plus ou moins importante selon les époques) de la reproduction de la force de travail : sa « main gauche » est ainsi constituée de tous les services publics qui forment les futurs travailleurs (éducation), maintiennent en vie la population (santé) ou assurent certains moyens de subsistance pour les périodes de non-emploi (sécurité sociale), etc.

Enfin, l’État joue un rôle directement économique de régulation et de stabilisation relative du système capitaliste, toujours menacé par le chaos du marché.

En temps normal, hors période de crise, l’État néolibéral cherche à intensifier l’accumulation du capital en limitant son « poids » économique, et en maximisant les sources possibles de profit (privatisations, partenariats public-privé, etc.).

Il affaiblit donc les services publics, ce qui implique que la reproduction de la force de travail sera assurée dans une plus grande proportion soit par le secteur marchand (cliniques privées ou EPHAD dans la santé, par exemple), soit par les femmes au sein des foyers5.

Tout cela sert l’accumulation du capital mais rend la société plus vulnérable à la crise sanitaire et accélère l’advenue de la crise économique. Mais cela ne signifie pas qu’un tel État soit faible. Il agit (« réforme ») au contraire frénétiquement, il diffuse l’idéologie néolibérale (qui, en faisant de l’entreprise et du marché les valeurs suprêmes, nie pourtant l’importance de l’État), et il conserve un rôle économique fondamental, bien que diffus et discret.

Lorsqu’une crise advient, l’État capitaliste (néolibéral ou non) intervient d’une manière plus directe et visible, précisément parce que le système dont il doit garantir la reproduction est grippé, voire menacé.

Lors d’une crise économique (en 2008, ou cette année) il pourra adopter des politiques de relance voire des nationalisations provisoires. Lors d’une crise socio-politique (comme en 1945 ou 1968), il pourra négocier, céder du terrain ou accorder de nouveaux droits politiques et sociaux, afin de retrouver une certaine stabilité et garantir la pérennité du capitalisme. Et, lors de la crise sanitaire inédite que nous vivons, il a été contraint d’interrompre les activités sociales et économiques en confinant la population.

Dans ce cas, cela a impliqué des coûts économiques pour les capitalistes (une minorité de secteurs, comme l’économie numérique, en tirant toutefois profit), malgré les efforts de l’État pour les limiter au maximum en faisant travailler la population autant que possible durant le confinement et en faisant reprendre l’activité à tous au plus tôt.

Mais si les dirigeants des États capitalistes ont accepté ces coûts économiques, c’est parce qu’à leurs yeux il n’y avait pas d’alternative à la fois pour maintenir leur propre position de pouvoir et pour éviter que le système capitaliste soit bouleversé.

Les risques d’un non-confinement (et donc de la mort de dizaines ou centaines de milliers de personnes en France) étaient vraisemblablement trop grands : scandale politique, surtout si les dirigeants des pays voisins avaient choisi de confiner ; instabilité et troubles sociaux d’une ampleur difficile à anticiper ; avec, de toutes façons, une crise économique importante.

Il est révélateur que les dirigeants qui ont pris le moins de mesures gênant l’activité économique (à court terme) soient ceux qui, comme Bolsonaro et Trump, craignent le moins le scandale et la polarisation de l’opinion, puisque ce sont leurs éléments naturels.

Au Brésil et aux États-Unis, du reste, de nombreuses mesures de type confinement ont été prises au niveau régional, et il en a découlé une crise politique au sein de l’appareil d’État, entre le niveau fédéral et le niveau régional (crise symbolisée par les insultes publiques de Bolsonaro aux gouverneurs des provinces de Rio de Janeiro et São Paulo) ; il s’agissait au fond d’un désaccord sur la meilleure manière pour l’État de remplir sa fonction de reproduction du capitalisme (désaccord qui recoupe des styles politiques différents).

Si l’aspect sanitaire de la crise est inédit, son aspect économique est plus simple à analyser, puisque l’on a encore en mémoire la crise de 2008. Le rôle de garantie en dernier ressort du système capitaliste par l’État est dans ce domaine parfaitement clair.

Il s’agit de remplir cette fonction en prenant des mesures d’exception (Romaric Godin a employé l’expression suggestive de « flash keynésien »), mais en s’efforçant de revenir dès que possible à la norme néolibérale et à un État plus discret (même si cela peut s’avérer de plus en plus difficile, comme le montre par exemple la nécessité pour la BCE de mener continûment depuis 2015 des opérations de Quantitative easing, c’est-à-dire de rachat de dettes à des acteurs financiers).

Le discours néolibéral essaiera donc bien vite de faire oublier le supposé retour de l’État, et les dirigeants invoqueront à nouveau de prétendues contraintes insurmontables (l’économie, la nécessité de réformer, les traités européens, etc.) entravant son action. (…)

Le gouvernement français a pris soin (par calcul délibéré ou par blocage idéologique, peu importe) de ne prendre aucune mesure qui créerait un précédent sur lesquels les classes populaires pourraient prendre appui.

Ainsi, l’interdiction des licenciements durant le confinement, un temps évoquée dans les médias (et que l’État espagnol a adoptée le 27 mars, évidemment à titre de « parenthèse »), a rapidement été écartée par E. Philippe.

De même, aucune nationalisation n’a eu lieu, même celles des entreprises pouvant produire des masques, des tests ou des appareils respiratoires, alors que cela aurait permis non seulement de sauver des vies mais aussi, vraisemblablement, de déconfiner plus tôt et donc de limiter les pertes des capitalistes.

Alors que le pouvoir macroniste avait mis les réformes de l’assurance chômage, des retraites et de l’enseignement supérieur et de la recherche (LPPR) en pause afin d’élargir sa base sociale (ou du moins de neutraliser partiellement les oppositions par une pseudo-union nationale) durant la phase la plus périlleuse de la crise, il repart à la charge à la première accalmie.

Enfin, si l’État néolibéral a injecté de l’argent dans l’économie, il ne l’a fait qu’au profit direct ou indirect des entreprises, même dans le cas des mesures qui étaient en apparence destinées aux salariés, comme le chômage partiel (les fraudes des entreprises ont été massives puisqu’il est estimé que 24 % des salariéEs payés au chômage partiel auraient en réalité travaillé6).

Si des mesures peuvent constituer un précédent, ce sont celles qui reviennent sur des conquêtes sociales. Le 25 mars, le gouvernement, habilité par la loi d’urgence sanitaire à légiférer par ordonnance (ce qui est en soi une procédure antidémocratique, renforçant le pouvoir accru de l’exécutif dans le sens d’un « étatisme autoritaire », pour reprendre une expression de Nikos Poulantzas) a ainsi donné aux entreprises de certains secteurs (là encore par décret) le droit d’augmenter les durées horaires maximales du travail, d’augmenter la durée maximale de travail quotidien des travailleurs de nuit, de faire travailler le dimanche sans autorisation administrative, etc7.

Cette ordonnance est, en l’état actuel, en vigueur jusqu’à la fin de l’année8. Macron a du reste annoncé à la population le 14 juin qu’il allait falloir travailler et produire plus pour entamer la « reconstruction » économique, c’est-à-dire pour payer la crise, sans donner plus de détails sinon qu’il n’y aurait pas d’augmentations d’impôts.

Si l’on se penche sur les autres domaines d’action de l’État, et que l’on reprend la métaphore des deux mains de Bourdieu, on peut dire que l’État capitaliste est intrinsèquement droitier. Il peut être contraint, par des mobilisations de masse et un rapport de force plus favorable aux subalternes, comme entre 1945 et les années 1970, de renforcer également sa main gauche.

À l’inverse, c’est à une atrophie volontaire de cette dernière que l’époque néolibérale correspond. Et il faut remarquer, sans que cela implique de contester l’utilité sanitaire du confinement, que c’est bien sa main droite que l’État a utilisée pour empêcher les personnes de circuler et de se réunir (notamment car les services publics de santé avaient été trop affaiblis pour pouvoir prendre en charge à eux seuls la crise sanitaire).

Et il l’a fait d’une manière particulièrement brutale, la police ayant provoqué la mort de 12 personnes pendant le confinement. L’État s’est du reste donné des moyens de muscler encore sa main droite à l’avenir, créant là aussi des précédents (en France et ailleurs) : drones de surveillance, traçage numérique des populations, capteurs de température, autorisation de sortie, etc9.

Le gouvernement a même tenté de prolonger l’interdiction des manifestations (interdiction finalement suspendue par le Conseil d’État, les luttes passées ayant permis de faire reconnaître dans le droit comme une « liberté fondamentale » le fait de manifester).

La crise actuelle intensifie donc les tendances autoritaires de l’État néolibéral.

La révolte internationale en réaction à l’assassinat de George Floyd, et en France à celui d’Adama Traoré, révolte dirigée contre le racisme et l’oppression policière (subie avec une intensité particulière pendant le confinement) est cependant en mesure de s’opposer à ces tendances.

La main gauche de l’État a évidemment joué un rôle décisif dans la crise sanitaire, grâce au courage et à l’abnégation des soignantEs. Malgré les proclamations du pouvoir (Ségur de la santé), il ne souhaite vraisemblablement rien faire pour la renforcer, à l’exception de quelques décisions peu coûteuses comme le renouvellement des stocks de masques (qui avait été abandonné depuis 2013), et d’une reconnaissance symbolique (applaudissements, médailles, etc.).

Notre camp peut cependant contraindre l’État à prendre de véritables mesures en établissant un puissant rapport de forces, à partir des grèves et manifestations des soignantEs dont la lutte, qui ne s’est pas interrompue depuis plus d’un an, a trouvé une intensité nouvelle après le confinement.

Plus encore que celle de 2008, la crise actuelle démontre que, malgré toutes ses défaillances, si l’État ne peut pas tout, il peut beaucoup, mais que sa puissance est au service du système capitaliste. Elle révèle donc ce qu’ont de faux les deux idéologies dominantes symétriques : le discours néolibéral qui veut faire oublier le rôle de l’État ; le discours étatiste-souverainiste qui veut laisser penser que l’État est parfaitement autonome.

Si dans la situation actuelle le pouvoir cherchera à renforcer encore les tendances néolibérale et autoritaire de l’État, les deux principaux mouvements post-confinement, le mouvement des soignantEs et le mouvement antiraciste (contre les violences policières et pour les sans-papiers) constituent déjà une résistance puissante et déterminée contre ces deux tendances. (Résumé)

Mardi 30 juin 2020 Yohann Emmanuel

https://npa2009.org/

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01 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

belle île (les lucioles)

belle ile

Lettre ouverte des organisations morbihannaises actrices d’un futur vivable pour tous

Nous apprenons la mise en service pour l’été 2020, d’une ligne régulière d’hélicoptère entre Lorient et Belle-Île ( lien vers l’article du télégramme ), nous sommes révoltés.

À quoi peuvent bien servir nos efforts si un très petit nombre de personnes les rendent vains ?

La CCI, via cette convention, nous rappelle malheureusement de façon assez crue, le mépris des générations futures, quelques privilégiés croient qu’il est encore permis d’émettre beaucoup de Gaz à Effet de Serre pour leur confort de vie. Ce projet nous montre également qu’une génération encore au pouvoir dans les entreprises, les fameux #okboomers, n’est plus à même de penser les changements nécessaires du monde futur, qui sera nécessairement plus lent, plus local, sobre et résilient.

Nous demandons donc l’annulation immédiate de ce projet car :

Il est en contradiction avec les stratégies et schémas nationaux (SNBC), régionaux (SRADDET) et territoriaux (PCAET)

Il est dangereux et révoltant pour l’avenir de notre jeunesse

Il est méprisant pour les acteurs des transitions en Morbihan.

Nous ne pouvons rester silencieux face à des comportements irresponsables et injustes qui contribueront à accélérer les catastrophes écologiques en cours et à venir.

Montrer votre opposition à ce projet insensé et d’un autre âge … en signant cette pétition

Premiers signataires :

Les Lucioles – Ria d’Etel en Transition, Etel / Réseau Cohérence, Lorient / Cap des Possibles, Auray / Dolmen des Possibles, Carnac / Energ’ile autonome, Belle-Ile /

https://www.mesopinions.com/

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