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23 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

canicule (europe 1)

canicule

Canicule : d’ici 2050, « des températures records de l’ordre de 55 degrés dans l’Est de la France »

Alors que la chaleur s’abat sur la France, et que la canicule a déjà gagné le Nord de l’Europe, le climatologue Jean Jouzel alerte sur l’inquiétante évolution des températures dans nos régions.

Une vague de chaleur est attendue sur toute la France la semaine prochaine. Le mercure pourrait monter jusqu’à 37 degrés dans le sud à partir de mercredi. Les régions du Centre-Est et de la basse Vallée du Rhône seront les plus exposées. « On peut craindre une canicule en France », prévient le vice-président du GIEC, Jean Jouzel, dimanche sur Europe 1.

Une augmentation de 10 degrés.

Pour le climatologue, le monde est présentement « au pied du mur ». « Dans la deuxième partie de ce siècle, on a des risques de canicules de plus en plus importantes, y compris en France et sur l’ensemble de l’Europe, qui est aussi un continent vulnérable », alerte-t-il.  »Quand on regarde les températures en France, elles ne dépassent pas actuellement les 42-49 degrés. Dans un contexte de réchauffement climatique, dans la deuxième partie du siècle, on pourrait craindre des températures records de l’ordre de 50 degrés, voire 55 degrés sur l’Est de la France. On passe dans un autre monde », s’inquiète-t-il.

Prendre des mesures d’envergure.

Avec de telles prévisions, Jean Jouzel est formel : il est capital de prendre des mesures fortes. « Ça montre que l’accord de Paris doit être mené à son terme et que les objectifs doivent être respectés, ce qui n’est pas le cas actuellement », déplore le scientifique, qui tire la sonnette d’alarme depuis de nombreuses années au sein du Groupe d’experts sur l’évolution du climat.

Le nord de l’Europe en souffrance.

Cette vague de chaleur concerne tout le nord de l’Europe. La sécheresse frappe la Grande-Bretagne, et la Scandinavie ou la Lettonie subissent pour la première fois le sort des pays du sud. On a même relevé 33 degrés sur l’extrême nord de la Norvège. « C’est inédit pour ces régions », fait remarquer Jean Jouzel sur notre antenne. Mais au-delà des températures, les conséquences sur l’environnement et les habitations sont très visibles. Quelque 25.000 hectares de forêt sont partis en fumée ces derniers jours en Suède.

« Ces pays ne sont pas du tout préparés à faire face à des feux de forêt. Il est prioritaire de protéger les habitations », alerte Jean Jouzel. « Pour ces pays, 2018 est la troisième année la plus chaude après 2017 et 2016. On est donc dans un contexte d’années successives chaudes et de réchauffement climatique global lié à nos activités humaines ».

22 juillet 2018

http://www.europe1.fr

Commentaire: Si c’était vrai, on serait en plein plan d’urgence, non?

 

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22 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

intégristes (lml)

avortement

Sarthe Depuis janvier, l’hôpital du Bailleul ne pratique plus les avortements.

Au centre hospitalier du Bailleul, il n’a pas été pratiqué d’interruptions volontaires de grossesse depuis le début de l’année. En cause ? Un manque de praticiens. Mais pas que…

Depuis six mois, aucune interruption volontaire de grossesse (IVG) n’a été pratiquée au centre hospitalier du Bailleul. « Attention, il ne s’agit pas d’un arrêt de cette activité mais bien d’une suspension ». Le Dr Abdelhadi Maslho, chef du pôle ACME (Anesthésie Chirurgie et Mère Enfant) tient à cette précision. Pourquoi cette interruption ? : « il nous manque un praticien, tant que ce poste ne sera pas comblé, nous ne pourrons pas assurer ce service. ». Au centre hospitalier du Bailleul, sur cinq gynécologues en poste en 2017, trois ont fait valoir leur clause de conscience.

« La clause de conscience, c’est, pour le médecin, le droit de refuser la réalisation d’un acte médical pourtant autorisé par la loi mais qu’il estimerait contraire à ses propres convictions personnelles, professionnelles ou éthiques ».

Suite au départ en retraite d’un praticien, il ne reste donc plus qu’un médecin en mesure de pratiquer l’IVG. Mais l’organisation du service suite à la vacance de ce poste ne permet plus d’assurer les IVG.

19.07.2018

http://www.lemainelibre.fr/

Commentaire: On dirait une victoire des intégistes non?

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21 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

hillion algues vertes (ouest france)

algues

Côtes d’Armor. Deux plages interdites au public à Hillion à cause des algues vertes

En raison de la présence d’algues vertes, la mairie d’Hillion (Côtes-d’Armor) a décidé d’interdire l’accès aux plages de la Grandville et de Carrieux. Les algues vertes sont de retour dans la baie de Saint-Brieuc. Si les échouages ont été plus tardifs cette année, ils s’accélèrent depuis le début du mois de juillet.

Le fond de baie est particulièrement touché, dont les plages de la commune d’Hillion. Ce vendredi 20 juillet, un arrêté du maire a été pris, interdisant l’accès à toute personne et aux animaux, « pour une durée indéterminée », à la plage de Grandville et à la plage de Carrieux au niveau de l’estuaire du Gouessant.

La raison de cette interdiction : « l’impossibilité technique de collecter les algues échouées » sur le secteur. Les algues en putréfaction sur le sable pouvant être dangereuses pour la santé.

Les autres plages d’Hillion, dont celle de baignade de Lermot  restent ouvertes au public.

21/07/2018

https://www.ouest-france.fr/

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21 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

urgences (npa)

hopitla

Urgences : « Un désastre pur et simple »

La situation dans les urgences des hôpitaux ne cesse de se dégrader depuis une vingtaine d’années, Cet été, « la situation des urgences est totalement chaotique », comme l’affirme l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF). Quinze jours après le début des vacances, des services d’urgences sont déjà fermés par manque d’effectifs soignants, d’autres n’assurent plus leur service 24 heures sur 24, des milliers de lits sont fermés, et l’urgentiste Patrick Pelloux accuse le ministère « de planquer les chiffres ».

« Mise en danger de la vie d’autrui » 

175 médecins ont écrit au Premier ministre : « On est dans le désastre pur et simple, nous vous alertons sur une mise en danger de la vie d’autrui et non-assistance à personne en danger, mise en danger de la population et mise en danger des professionnels qui doivent remplir cette tâche sans en avoir les moyens […]. Les décès médiatisés survenus récemment ne sont pas des faits isolés, ils sont les signes patents de la dégradation nationale des services hospitaliers. »

L’agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France reconnait que 600 plages horaires de 24 heures manqueront d’un médecin durant les deux mois de vacances, tous établissements confondus. Le ministère fait discrètement appel à la réserve sanitaire, des professionnels de santé retraités volontaires censés intervenir seulement lors de situations sanitaires exceptionnelles (épidémies, catastrophes, attentats), mais reconnaît que « les ressources de la réserve sanitaire peuvent ne pas être en adéquation avec les besoins exprimés ».

Les réponses à la crise : affligeant !

Thomas Mesnier, médecin urgentiste et député LREM, a été chargé d’un rapport par le gouvernement afin d’apporter des propositions. Il propose d’impliquer les médecins et les autres professionnels de santé (infirmiers, kinés, pharmaciens) dans la prise en charge de soins non programmés et de mettre en place un « numéro de santé » unique, le 15.

Son analyse : « L’accès aux médecins généralistes est parfois difficile, et les urgences offrent l’accès aux soins pour tous, sans avance des frais, avec la possibilité de consulter des spé-cialistes. » Il n’envisage pas la gratuité des soins sans avances des frais mais « plus de péda-gogie à l’attention des patients pour expliquer comment bien utiliser le système de soins, et une réflexion sur une meilleure coordination en ambulatoire afin d’accueillir plus de patients ». Et il refuse de soumettre les médecins libéraux à la moindre obligation (gardes, installations…).

Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, le conforte : « Il faut que les citoyens soient raisonnables, qu’ils aillent aux urgences pour les vraies urgences vitales, et que dès qu’ils peuvent être pris en charge par un médecin généraliste, qu’ils fassent le choix d’aller le voir plutôt que d’arriver directement aux urgences. »

Le gouvernement est dans l’incapacité d’apporter des solutions car il refuse de reconnaître que la crise des urgences est le reflet de la crise des hôpitaux (fermetures de 100 000 lits en vingt ans), et de l’ensemble du système de soins rongé par des politiques de santé qui n’ont pour logique que la rentabilité et le profit.

S. Bernard  Vendredi 20 juillet 2018

https://npa2009.org/

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21 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

chu brest (le télégramme)

manifestants-hopital-sud

Brest. Blocs opératoires du CHRU : un accord signé par la CFDT

Dans une grande discrétion, puisqu’on ne l’a appris que ce vendredi 20 juillet, à la faveur d’un communiqué du syndicat Sud, un protocole d’accord sur le dossier des blocs opératoires a été signé, le vendredi 13 juillet, par la direction du CHRU de Brest et le seul syndicat CFDT, sans la CGT et Sud.

« Le syndicat Sud Santé Sociaux a refusé la signature de ce protocole d’accord et maintient les préavis de grève reconductibles tous les lundis, afin d’obtenir de meilleures propositions », écrit ainsi, ce vendredi, Pascale Robardet, secrétaire du syndicat Sud Santé Sociaux.

« Les personnels des blocs opératoires étaient mobilisés depuis le 23 avril et ils ont attendu six semaines de grève pour que la direction accepte d’organiser des réunions de « discussions ». Après quatre semaines d’échanges sur la gestion du temps de travail, la logistique et la gestion des compétences, la direction générale a mis fin aux négociations, le 12 juillet, en proposant la signature d’un protocole d’accord le 13 juillet, suivi d’un comité de suivi avec les organisations syndicales ».

Un délai trop court, pour Sud, qui avait demandé un report en septembre pour consulter les personnels. « Notre souhait était de laisser la possibilité, à un maximum de personnels de répondre au questionnaire. Sur le nombre de répondants, 92 % estiment les propositions de la direction non satisfaisantes et insuffisantes ».

De son côté, la CFDT estime que «Le protocole reconnaît un temps de pause repas pour les personnels des blocs opératoires de l’hôpital Morvan. Nous avons aussi obtenu la compensa-tion de l’absentéisme, grâce à 25 mensualités d’infirmiers spécialisés et l’assurance du respect des horaires des personnels de tous les blocs. Un comité de suivi en suit la bonne application» souligne Marie-Françoise Patinec, secrétaire de la section CFDT du CHRU Brest-Carhaix.

20 juillet 2018 

https://www.letelegramme.fr/

Source Facebook

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20 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

lannion estran (cgt)

lannion estran (cgt) dans Jeunes 59d4f8a3bbddbd2a6a74b262

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20 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

dirrecte (cgt + of)

dirrecte (cgt + of) dans Justice & libertés 59d4f8a3bbddbd2a6a74b262

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Lire aussi:

Broons Côtes-d’Armor. Deux inspecteurs du travail agressés lors d’un contrôle dans une exploitation agricole (Ouest France)

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20 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

mater guingamp (fr3)

Sursis de deux ans pour la mater Guingamp: que comprendre ?

Qu’y a-t-il derrière les annonces ? C’est la question que se posent les salariés de la maternité de Guingamp (22) après la promesse d’un sursis de deux ans. La maternité devait fermer au 1er février prochain mais l’Elysée a promis, ce jeudi, de redonner une chance au service.

« Six mois ou deux ans… cela reste un sursis quand même ».

Pas d’effusion de joie au centre hospitalier de Guingamp (Côtes-d’Armor), ce jeudi, à l’annonce d’un nouveau report de la fermeture de la maternité.

Méfiance…

Le service devait cesser son activité pour le 1er février 2019. Une échéance encore confirmée par l’ARS (Agence régionale de santé) de Bretagne, il y a tout juste une semaine. Mais le  député LREM de la circonscription, Yannick Kerlogot, a annoncé qu’un délai supplémentaire de deux ans était accordée sur décision de l’Elysée. Bien des salariés, qui se sont fortement mobilisés ces dernières semaines, restent circonspects pour ne pas dire franchement méfiants.

Un délai supplémentaire pour mieux préparer la fermeture ?

Emmanuelle Morvan, auxiliaire de puériculture à la maternité, y voit un moyen de « gagner du temps pour consolider un dossier, [que l'administration] ne maîtrisait pas. Peut-être aussi s’agit-il de nous fixer des objectifs un peu plus difficile à atteindre. En n’oubliant pas que nous, de notre côté, nous réclamons depuis plus de vingt ans un pédiatre. »

« Encore un an et demi d’angoisse »

« Deux ans, ça passe très vite, renchérit de son côté Karen Boualègue, infirmière puéricultrice. Sachant que c’est deux ans à compter de la fermeture initialement prévue c’est à dire mai 2018« … ce qui mettrait l’échéance à mai 2020. « Ça veut dire vivre encore dans l’angoisse de l’incertitude en se disant que dans un an et demi, c’est reparti! Est-ce qu’ils [NDLR: l'ARS] ne vont pas en profiter pour nous demander des conditions qu’on ne peut pas mettre en place, par exemple un pédiatre 24h/24… ce qui, au passage, n’est pas le cas dans beaucoup de maternités. »

Au terme de ces deux années, « un bilan sera établi avec la communauté médicale. Et la décision finale sera prise », a précisé Yannick Kerlogot. Loin d’apaiser les inquiétudes, l’annonce de ce nouveau sursis lance surtout de nouvelles questions. Ce jeudi l’ARS n’a pas souhaité s’exprimer au sujet de la décision de l’Elysée.

La semaine dernière, l’agence avait reçu le soutien remarqué de la conférence des présidents de CME ( commission médicale d’établissement) constituée de professionnels de santé. Dans un communiqué, cette dernière soulignait le manque de médecins dans certaines spécialités, le coût du recours à l’intérim et dans certains cas, les insuffisances professionnelles. Constatant que  »faute de sécurité suffisante, le maintien de la maternité de Guingamp n’est plus tenable « .

La mobilisation continue

Bref, pas de quoi faire fléchir la mobilisation des défenseurs de la maternité.  Après la mani-festation qui a rassemblé 2.500 personnes le 30 juin à Guingamp, une marche symbolique entre les maternités de Guingamp et de Carhaix est notamment prévue en septembre 2018.

Hélène Pédech  19/07/2018 

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

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20 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

tchad (amnesty)

tchad

Tchad. La population paie le prix fort des mesures d’austérité draconiennes

Le budget de la santé a été réduit de plus de 50 % en quatre ans.
Des étudiants sont contraints de choisir entre leurs cours et un emploi leur permettant de subvenir à leurs besoins.
Des personnes qui manifestaient contre l’austérité ont été victimes de répression et arrêtées ; certaines ont été torturées.

Les autorités tchadiennes ont mis en œuvre une série de mesures d’austérité qui accroissent la pauvreté, nuisent à l’accès aux soins médicaux essentiels et mettent l’éducation hors de portée de nombreuses familles, a déclaré Amnesty International dans un nouveau rapport rendu public lundi 16 juillet 2018.

Ce rapport, intitulé Budgets en chute, répression en hausse. Le coût humain des mesures d’austérité au Tchad, décrit les conséquences de la réduction drastique des dépenses sur les droits à la santé et à l’éducation. Il relate également la répression menée par les autorités contre les manifestants et les militants opposés aux mesures d’austérité mises en œuvre en réponse à la crise économique qui frappe le pays.

« Nous nous sommes entretenus avec des femmes enceintes qui étaient contraintes de retar-der des examens de contrôle prénatals importants car elles n’avaient pas les moyens de payer ces services essentiels. Nous avons aussi rencontré des étudiants dont l’avenir brillant était menacé par la suppression sans préavis de leurs bourses d’études », a déclaré Samira Daoud, directrice régionale adjointe pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale à Amnesty International.

« Les autorités tchadiennes doivent reconnaître que ces mesures d’austérité sont cruelles et qu’une crise économique n’est pas une excuse pour porter atteinte aux droits de la population, notamment aux droits à la santé et à l’éducation. Elles doivent aussi cesser de réprimer et de réduire au silence les personnes qui osent critiquer ces mesures draconiennes. »

Le gouvernement tchadien a commencé à mettre en place des mesures d’austérité sévères en 2015, en réponse à une crise économique provoquée par la chute brutale des cours du pétrole brut et exacerbée par un manque de diversification économique. Les institutions financières internationales qui ont prêté de l’argent au Tchad pendant cette crise ont conditionné leur aide à une réduction des dépenses générales. Cela a conduit le gouvernement à adopter des politi-ques qui ont affaibli les droits économiques, sociaux et culturels, notamment les droits à l’édu-cation et à la santé de milliers de Tchadiens.

Amnesty International s’est entretenue avec 176 personnes, dont des représentants du gouvernement, à N’Djamena, la capitale, et dans plusieurs autres villes, telles que Massaguet, Massakori et Sarh. Elle a aussi visité 32 établissements de santé dans huit régions. Un fonctionnaire local de la délégation sanitaire régionale de Sarh a déclaré à l’organisation que le gouvernement avait réduit des deux tiers les fonds alloués aux différentes structures sanitai-res en 2017 : « Les ressources sont rares. […] Il est très difficile de mettre en place des activités sur le terrain. »

Des patients contraints de payer des frais élevés pour se faire soigner.

Le budget de la santé au Tchad a été réduit de plus de 50 % entre 2013 et 2017. Les subven-tions et d’autres financements alloués aux hôpitaux ont diminué. La réduction des dépenses de santé s’est aussi traduite par une baisse de 70 % des dépenses consacrées au programme national de gratuité des soins d’urgence, qui avait été mis en place en 2006 pour permettre la prise en charge d’un certain nombre d’urgences à l’hôpital, dont les accouchements et les soins obstétriques et néonatals.

Ainsi, Alain, chauffeur âgé de 40 ans, a indiqué avoir dépensé 41 dollars des États-Unis (soit un tiers du salaire minimum mensuel au Tchad, qui s’élève à 113 dollars) pour la naissance de son fils en octobre 2017. Il a déclaré à Amnesty International :

« Enceinte, ma femme n’a pas bénéficié de la gratuité des soins d’urgence, bien qu’elle y ait droit. J’ai tout payé : les examens, les gants, la protection en plastique pour la table d’accou-chement et les médicaments. Il n’y a pas de gratuité. On ne lui a rien donné gratuitement. Nous avons tout acheté sauf les vaccins de notre fils. Avant, ils donnaient tout cela mais maintenant il faut payer. »

Amnesty International s’est aussi entretenu avec 12 femmes enceintes, dont certaines avaient dû parcourir jusqu’à 15 kilomètres à pied pour atteindre un centre de santé. Elles étaient toutes enceintes de cinq à six mois et, à l’exception de l’une d’entre elles, il s’agissait de leur premier examen prénatal. Lorsqu’il leur a été demandé pourquoi elles avaient attendu si longtemps pour faire un examen de contrôle, elles ont répondu qu’elles n’avaient pas les moyens de payer les soins prénatals.

« Nos recherches montrent que, à cause des mesures d’austérité, les compo-santes de base du droit à la santé ne sont plus protégées.

Rien ne saurait justifier le non-respect des obligations minimales essentielles en matière de droit à la santé, même une crise économique », a déclaré Samira Daoud. Le rapport d’Amnesty International décrit également la pénurie récurrente de médicaments et de produits essentiels, tels que le paracétamol et les désinfectants, dont l’alcool, dans les établissements de santé.

L’éducation est la deuxième grande victime des coupes budgétaires.

Entre 2014 et 2016, dans le cadre des mesures d’austérité, les autorités tchadiennes ont réduit de 21 % les dépenses dans ce secteur. La bourse de 53 dollars par mois dont béné-ficiaient tous les étudiants a été totalement supprimée, sauf pour les étudiants en médecine et pour ceux qui sont inscrits dans des écoles nationales professionnelles. En octobre 2017, les autorités ont également multiplié par deux les frais d’inscription dans les universités publiques, qui s’élèvent maintenant à 94 dollars des États-Unis, et introduit des frais de réinscription d’un montant d’environ 53 dollars. Auparavant, les frais d’inscription étaient subventionnés par l’État.

En conséquence, de nombreux étudiants interrogés par Amnesty International ont exprimé leur crainte de devoir arrêter leurs études car aucune autre solution n’a été mise en place, en parti-culier pour les étudiants économiquement vulnérables et pour ceux qui viennent de zones rurales.  Pour joindre les deux bouts, certains étudiants ont dû prendre un travail à temps partiel, qui les oblige souvent à manquer les cours.

Mamadou, étudiant à l’université de N’Djamena, a raconté à Amnesty International que, depuis la suppression de sa bourse, il ne pouvait plus acheter de livres, manger à la cantine ou renouveler son inscription à la bibliothèque. « Cela m’a contraint il y a six mois à commencer à faire le taxi-moto. Je loue la moto 3 000 francs CFA par jour [six dollars des États-Unis]. […] Et très souvent, je dois faire le choix entre mes cours ou le travail qui me permet de subvenir à mes besoins. C’est très difficile car je n’arrive plus à étudier comme je le faisais avant. »

Dernièrement, outre une réduction de 50 % des primes et indemnités des fonctionnaires, le gouvernement a adopté de nouvelles réformes visant à élargir l’assiette fiscale. De nouvelles lignes du salaire des fonctionnaires, épargnées jusqu’en 2018, ont été soumises à l’impôt. Compte tenu de ces réductions, combinées à la hausse des taxes sur les produits de première nécessité et à l’augmentation du coût de la vie, il est devenu difficile pour les employés du secteur public de subvenir aux besoins de leur famille. Un enseignant a déclaré à Amnesty International que, après l’application des nouvelles mesures fiscales, son salaire net mensuel total, comprenant les primes et indemnités, avait diminué de 37 % et ne s’élevait plus qu’à 385 dollars des États-Unis en 2016.

Entre janvier et mars 2018, des dizaines de manifestations ont eu lieu dans les principales villes du pays, dont la capitale N’Djamena, pour protester contre les mesures d’austérité.

Toutes sauf une ont été réprimées par les forces de sécurité, qui ont utilisé des gaz lacrymo-gènes contre les manifestants, arrêté au moins 150 personnes (dont des étudiants et des enfants) et torturé au moins deux militants anti-austérité. Les autorités ont accusé les manifes-tants d’avoir jeté des pierres sur les policiers et détruit des véhicules appartenant à des administrations publiques ou à des particuliers.

Alain Didah Kemba, porte-parole du mouvement de jeunes IYINA, a été arrêté le 19 février 2018 et emmené en garde à vue au siège de la police de N’Djamena. D’après le porte-parole de la police, cet homme a été interpellé car un commandant de police l’aurait vu, une bouteille d’essence à la main, s’apprêtant à mettre le feu à un tas de pneus. Alain a démenti ces accusations.

Alain a déclaré à Amnesty International avoir été torturé par des policiers, y compris par leur supérieur ; ils l’auraient frappé sur la plante des pieds et les articulations. Il affirme aussi avoir été forcé de se déplacer d’une pièce à l’autre avec les jambes attachées à ses mains derrière son dos. Les policiers l’auraient accusé d’être l’un des meneurs des manifestations contre les mesures d’austérité. Il a été remis en liberté provisoire quatre jours plus tard pour raisons de santé et toutes les charges retenues contre lui ont été abandonnées le 26 février.

Amnesty International appelle le gouvernement tchadien à prendre des mesures immédiates pour évaluer les conséquences des mesures d’austérité sur les droits économiques, sociaux et culturels, notamment les droits à la santé et à l’éducation. Les autorités doivent aussi mettre un terme aux violations généralisées des droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique.

16 juillet 2018

https://www.amnesty.org/

Commentaire: Le Tchad avec son armée sont en première ligne contre le terrorisme, son président à vie est « notre » allié, ce qui doit coûter cher et donc la santé, l’éducation…

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20 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

gael quirante (ballast)

gael quirante (ballast) dans A gauche du PS qui3

Montrer que la lutte paie

Gaël Quirante est devenu, ces dernières années, l’un des visages de la lutte syndicale en France. Vêtu de sa tenue de postier, nous retrouvons le secrétaire départemental de SUD Poste 92, également membre de la direction du NPA, dans une salle autogérée du centre de la capitale. Par un courrier en date du 20 mars 2018, Muriel Pénicaud, actuelle ministre du Travail, autorisait La Poste à le licencier, contre l’avis, par quatre fois répété, de l’inspection du travail. En cause : un mouvement de grève auquel il participa il y a huit ans ayant abouti à la retenue, durant un peu plus de deux heures, de cadres de l’entreprise. Quirante sort d’une brève sieste dans son véhicule, tout entier qu’il est mobilisé par des actions au sein de diffé-rents bureaux de poste de la région ; il nous quittera pour rejoindre une assemblée générale étudiante. « On doit s’opposer à la répression antisyndicale, repousser les restructurations qui suppriment des emplois, contrer la logique de casse du service public et de marchandisation du travail de facteur et de factrice. On fait le choix de tenir, de montrer que l’été ne nous fait pas peur et qu’on sera capables de faire la jonction avec toutes les colères accumulées », nous annonce-t-il.

Dès l’enfance, j’ai baigné entre la Fête de l’Huma, Pif le chien et le milieu de l’immigration espagnole. Mes premières réunions se font dans le salon familial, à Paris, avec les cellules du parti maoïste espagnol de mon père. Les militants ouvriers exilés en France dans les usines Renault, Citroën et ailleurs, y parlent de la place centrale de la classe ouvrière. En 1994, j’expérimente au sein de la jeunesse communiste la nécessité de me battre contre le contrat d’insertion professionnelle. Un an plus tard, j’entre à la fac et je me mobilise au sein de l’Union des étudiants communistes puis contre le plan Juppé.

Dans cette organisation, je vois une sacrée contradiction entre mon vécu à la baraque et la réalité du PCF. Je notais la difficulté qu’ils avaient à défendre le droit de vote des immigrés à toutes les élections, par exemple. Il y avait aussi le fait de mettre au second plan la nécessité de la grève générale ou encore leur slogan contre le « surarmement » comme s’il y avait un seuil légitime d’armement ! Il y a distorsion. Ça débouche sur une rupture personnelle avec le parti et sur une rencontre avec le milieu militant d’extrême gauche révolutionnaire, trotskyste en particulier : la Jeunesse communiste révolutionnaire d’Olivier Besancenot, qui était sur la fac de Nanterre. En résumé : la famille, la baraque et les luttes ont forgé mon identité politique.

Je suis rentré à La Poste parce qu’il fallait bien travailler ! Les militants de la gauche révolu-tionnaire qui deviennent professeurs, j’ai essayé deux ans comme prof d’histoire-géo vacataire, ça me questionne… Je ne voulais pas préparer des concours. C’était accepter cette logique de coupure avec la réalité pour viser un emploi. Assez naturellement, je tente la SNCF puis je fais de l’intérim pour subvenir à mes besoins. Une boîte d’intérim me propose de bosser à La Poste, où j’obtiens un CDD. Avec huit gars au bureau de Courbevoie, on nous promet un CDI ; deux jours avant la fin du CDD, on nous notifie notre licenciement. C’est le début d’une bagarre collective avec l’aide des syndicats pour obtenir, après des débrayages et des grèves, notre titularisation.

Déjà, se mettent en place les premières stratégies patronales : les huit sont ventilés pour empêcher qu’ils restent soudés. De facteur à Courbevoie, je suis devenu collecteur des entre-prises en service d’après-midi à Levallois. Je tiens à dire que les encadrants avaient déjà un vrai mépris de classe. Lors de mon premier entretien, une cadre m’a infantilisé en me parlant comme à un demeuré : « Vous savez, le travail de facteur est extrêmement compliqué : vous avez dans une enveloppe une adresse et il faut que l’adresse dessus corresponde à l’adresse de la boîte aux lettres. » Véridique !

Postier, c’est un boulot certes mal payé mais dans lequel on peut assez librement tisser des liens forts avec les collègues. Ce travail est donc devenu un vrai choix, avec l’ambition de défendre nos conditions de travail. Puis ça s’enchaîne vite : je termine ma période d’essai deux jours avant un appel à la grève sur les retraites en 2003. Un mois de grève, alors que je ne suis pas encore syndiqué ! À ce moment, nos liens sont forts et mettent en adéquation ma conception de la vie et ce que je fais : tu désertes le monde des idées pour taper dans le concret sur un licenciement, sur un contrat… Cette expérience a décuplé la force que je mettais en mes convictions. Alors qu’étudiant on décrypte l’exploitation, dans une entreprise on se bat directement contre l’exploitation en faisant confiance aux collègues. On est poussés matériellement dans ce qu’on vit et le dilemme de l’action se pose tous les jours.

À La Poste, en moyenne, la refonte de l’organisation a lieu tous les deux ans. Dans le 92, on a imposé tous les sept ans. C’est un manque à gagner pour l’entreprise en termes de restructu-ration et de suppression d’emplois, ce qu’elle appelle « formes d’organisations innovantes ». Aujourd’hui, la majorité des collègues travaille le matin et l’après-midi, avec une pause déjeu-ner non comprise dans le temps de travail, de 45 minutes à 4 heures. Le facteur, qui ne déli-vrait avant que le courrier et les recommandés, on lui fait maintenant distribuer les colis et le courrier non adressé.

La charge de travail augmente sans cesse. Tu es un mulet, pour un salaire qui ne bouge pas et un très gros mépris social. Physiquement, les inaptitudes au boulot explosent. De l’autre côté, notre cher PDG, Philippe Wahl, qui était tout fier d’appeler à voter Hollande, déclare avoir une baraque rue Madame, gagner 700 000 euros et dit avoir un ou deux millions placés. Tranquille, peinard. Il hésite entre un ou deux millions. Il ne se rend même pas compte de l’incongruité de cette déclaration : nous, on hésite au mieux entre cinq et dix balles dans notre poche. Des patrons de « gauche »…

Notre boîte est à cette image avec un DRH de Casino, le directeur national courrier, ancien DRH de PSA… C’est une boîte de main-d’œuvre avec en rétorsion le licenciement et les brimades au moindre signe de résistance. Il y a une volonté de remise au pas de l’entreprise pour qu’elle devienne une entreprise de main-d’œuvre où le fait même de prendre la parole est prohibé. En 2009, il y a eu toute une série de grèves dans plusieurs établissements : Reuil-Malmaison, Colombes… Dans mon service, notre grève a débouché sur une grève départe-mentale. Ça a permis de montrer que même dans un secteur atomisé comme le nôtre, et avec des salaires très faibles, on peut gagner. Une grève reconductible de 30 jours de salariés payés juste au-dessus du SMIC, c’est dur !

Mon expérience dans le 92, c’est la rencontre de différents militants qui partagent une compré-hension du monde, qui est clairement marxiste révolutionnaire, et une pratique de confronta-tion par l’action collective directe, qui met en avant l’auto-organisation des grèves au-delà même des structures syndicales. On insiste sur la nécessité du contrôle de la grève par les grévistes : de ne pas laisser ça aux structures syndicales, même si on est conscients qu’en dehors de ces périodes de mobilisations et de vapeur, il est nécessaire de renforcer les syndicats qui sont, finalement, comme des assemblées générales permanentes.

Cette manière de faire permet de créer d’autres rapports sociaux, d’autres rapports humains déjà perceptibles dans nos grèves. Nos collègues sont transformés par la lutte car ils touchent du bout des doigts ces nouveaux rapports possibles, en commençant à se parler. Discuter et s’organiser avec les collègues et au sein de la famille, tenir plusieurs jours, expérimenter direc-tement et concrètement la police, la justice, les patrons, ça vaut tous les cours magistraux. Ça vaut plus que plein de formations, plus que plein de lectures et d’articles, c’est une compréhen-sion directe du monde.

Il y a une critique du syndicalisme par une certaine gauche radicale, issue du milieu ensei-gnant, qui le caricature à travers la figure de l’homme blanc de 50 ans fan de mojitos. Les quartiers populaires ? Ils sont là ! Et organisés dans nos entreprises: Peugeot, Renault, l’intérim, McDo, dans nos syndicats, dans les AG, au point fixe des postiers à la manifestation du 22 mai [2018]. Oui, les directions syndicales ont du mal à leur parler mais dans les grèves d’Aulnay, de La Poste et d’ailleurs, ils sont là et se bagarrent par-delà les origines et les reli-gions. Pour réunir ton camp, qui est fait de Noirs, d’Asiatiques, d’Espagnols, de fonctionnaires, d’intérimaires, d’hommes, de femmes, d’hétérosexuels et d’homosexuels, si tu n’as pas un discours sur toutes ces questions, tu ne peux pas l’unifier. Pour mieux nous exploiter, la boîte veut créer des séparations ; nous, on ne le veut pas !

Mais, clairement, le discours pour combattre toutes ces oppressions est surdéterminé par celui de la solidarité de classe. Parfois, ça nous arrive de mener la bataille contre des chefs d’établissements qui sont noirs ou arabes : la question, c’est donc de ne jamais perdre de vue l’exploitation. C’est vrai qu’il y a un manque de prise en compte de toutes ces questions, c’est vrai que la gauche traditionnelle politique, syndicale et associative relègue ces oppressions au second plan, mais la force sociale globale, ça reste encore une fois la solidarité de classe.

Ça me rappelle l’époque du débat sur le mariage pour tous. Nous, on défendait la liberté de chacun de choisir de se marier ou non. Mais ça avait généré par mal de discussions et je trouve ça vachement offensif et fécond. Je prends un autre exemple : la grève d’Onet. Leur lutte permet de redonner confiance à notre camp social car on peut gagner même dans les secteurs les plus opprimés et précarisés, avec une prise en charge par les organisations du mouvement ouvrier. Pareil pour la lutte des chibanis à la SNCF.

Mais pourquoi on ne parle jamais des grèves où il y a de tout et qui font péter tous les carcans, comme la nôtre ou celle d’Aulnay ? Mettre en avant une bagarre de classe, c’est indissociable du combat contre les oppressions pour unifier notre camp social. Une grève ne dure que si elle est aussi l’occasion de nouveaux rapports sociaux entre les hommes et les femmes, les Blancs, les Noirs et les Arabes, les fonctionnaires et les intérimaires. Les gens tiennent car la grève est librement consentie et voulue puisque tout autour de toi te dit d’arrêter : ton patron, ta compa-gne ou ton compagnon, ta famille, la police, la justice… Si tu tiens, c’est que tu vois que tu n’as jamais expérimenté de tels rapports humains. Quand tu es un militant révolutionnaire, tu fais ça même si tu sais que ça veut dire 1 300 euros après 15 ans de boîte et avec un fort risque d’être lourdé, car c’est là où tu es utile.

Cette lutte, l’expérience de l’entreprise et l’expérience de mes collègues, est ma plus grande expérience militante. On dit souvent qu’il n’y a pas de solidarité : sur la question de mon licen-ciement, on voit que c’est l’inverse. Et là, c’est la première fois qu’ils licencient un représentant syndical du syndicat majoritaire représentatif, et contre l’avis de l’inspection du travail et des propres services de madame Pénicaud [ministre du Travail du gouvernement Philippe-Macron, ndlr] ! À cette occasion, on la voit la solidarité de classe.

L’inspection du travail a refusé mon licenciement en 2011 et en 2017. En août 2017, les servi-ces de madame Pénicaud refusent à nouveau de me licencier car l’inspection du travail consi-dère que les faits ne sont pas assez graves pour justifier un licenciement : des vigiles partout et aucune négociation après 60 jours de grève. Mais, surtout, l’inspection met au jour une discrimination syndicale d’une demande de licenciement liée au mandat syndical, ce qui est interdit par le Code du travail. L’inspection a demandé pourquoi, sur les trois inquiétés au pénal, je serais le seul à être licencié ? Les deux collègues envoient un courrier pour confirmer ce fait. Il y a des enquêtes de l’inspection du travail qui montrent que, pendant 15 ans, La Poste a fait pression sur des agents précaires (intérimaires ou en CDD) pour obtenir des faux témoignages me mettant en défaut. C’est de la discrimination syndicale. Et tous ces éléments pour ma défense sont le fruit de la solidarité de mes camarades, qui aident à trouver des infos, qui envoient des courriers de soutien, etc.

Autre exemple : un collègue malgache est en CDD, logé par La Poste. La direction conditionne son passage au CDI à un faux témoignage contre moi sur un vol de paquets. Il refuse alors que toute sa vie est suspendue à ça. Vendredi, le chef ne tremble pas et décide de ne pas le renouveler. Lundi, il nous raconte tout ça et on débraye direct pour qu’il soit réintégré avec un contrat. On a obtenu la victoire. Autre exemple : une cheffe d’équipe nous note « excellents » mais son supérieur ne valide pas ; elle ne veut pas céder sur la notation qu’elle considère juste ; on débraye, on gagne. Des cas comme ça, il y en a plein.

Je suis donc lourdé, en référé au tribunal où je gagne et, maintenant, convoqué au commis-sariat de Neuilly. Comme si entre Balkany et Sarkozy, il n’y avait pas de plus gros bonnets à s’occuper que Gaël Quirante. Ils vont inventer quoi, là ? Depuis le 26 mars [2018], on demande juste une médiation à la préfecture en présence de l’inspection du travail et des deux parties en conflit, La Poste et les grévistes, pour pouvoir prouver que La Poste ne prend pas en considération les multiples propositions écrites depuis le 27 mars.

Là, on a 150 grévistes avec des paies à 0 euro et aucune contre-proposition de La Poste. La seule modalité de négociation pour elle est de parier sur l’épuisement et le pourrissement du conflit. On est venus avec le maire de Gennevilliers, Patrice Leclerc, devant la préfecture : aucune réponse. Tu vas dans le centre de Villeneuve qui va fermer, tu as six membres de la BAC à 2 centimètres de toi qui t’intiment l’ordre d’« arrêter ton one man show ». Pareil lors du blocage du bureau de poste par des étudiants et des cheminots solidaires : 100 CRS casqués débarquent. Forcément, on fait entrer nos soutiens dans le bureau et on demande les condi-tions de traitement de ce rassemblement. Pas de réponse. On se met en chaîne devant la police à l’intérieur du bureau, au milieu des lettres ; là, la préfecture est rapide.

La police est patronale et la justice est bourgeoise : on l’expérimente directement. En plusieurs années de militantisme, j’ai jamais vu de bavures sur un patron. Ils doivent avoir un grigri. Alors que des délinquants, chez les patrons et les bourges, il y en a ! La garde à vue de Sarko, c’est « Je peux me barrer au milieu ». Au bureau de poste de La Défense, le 26 avril, le motif de l’intervention policière était qu’on n’avait pas déposé de parcours alors qu’on est sur un de nos lieux de travail en grève. Mais les policiers, quand ils manifestent cagoulés et armés sur les Champs-Élysées, il y a un parcours déposé en préfecture ? Chez les grévistes, et même chez certains flics, ça interroge.

Quand ces grèves se terminent, le retour à la normale peut revenir très vite donc il faut faire vivre les acquis avec des AG régulières. Il y a des syndicalistes qui sont gênés par leur militan-tisme politique. Ils s’en cachent et disent qu’ils ont deux casquettes : la syndicale et la politique. Moi, je suis un militant communiste révolutionnaire qui doit travailler pour manger mais qui met son syndicalisme en adéquation avec sa conception du monde. C’est malhonnête de cacher ses opinions. Dans le syndicat, il y a des communistes, des anarchistes, d’autres qui n’ont pas d’opinions. Le combat de classe unit malgré les différences. Les collègues se foutent du « isme » mais s’intéressent à ton action dans la boîte. Moi, j’ai pas de casquette mais différents outils : le syndicat, le parti et surtout l’auto-organisation par les travailleurs eux-mêmes.

Est-ce normal que, dans les entreprises, il n’y ait pas la possibilité d’une expression politique ? Les patrons font de la politique et c’est toujours positionné du côté du gourdin. Ce qu’il faut, c’est être transparent à la fois sur ses engagements et où se prennent les décisions : les décisions de la grève se prennent dans les AG de grévistes, l’exécution de ces décisions dans les comités de grève composés de syndiqués et de non syndiqués. C’est ce rapport entre organisation et mouvement de notre camp et de la classe qui se pose aussi bien dans les syndicats que les partis.

Le problème actuel n’est pas tant l’indépendance des syndicats avec les partis, ils se mettent d’accord sur l’essentiel, que les stratégies des directions syndicales, qui ont une conséquence sur mon frigo et mon porte-monnaie. L’indépendance des militants ouvriers face aux centrales syndicales est toute aussi importante. Souvent, je suis assez étonné de voir une détermination plus forte de travailleurs du rang, qui ne sont pas des militants syndicaux, au regard de l’attitu-de et des stratégies de dirigeants syndicaux… Tout ça, c’est une façon d’occulter d’où vient le pouvoir et comment décider.

Les décisions doivent venir de la libre association de tous lors des AG dans nos quartiers, dans nos lieux de travail et dans nos universités. La lutte contre loi Travail n’a pas été une défaite puisque tous les réseaux se réactivent deux ans après, directement. On a une avant-garde militante d’une dizaine de milliers de personnes qui n’hésitent plus à se confronter direc-tement à l’appareil d’État tout en tissant des liens et des expériences communes. Ces forces n’ont pas encore coagulé. Le Front social est une des expressions de cela. On est dans une période de lutte prolongée, comme en 1968, qui a été l’aboutissement des luttes de 1962 à 1967, avec un rapport de force bien plus défavorable, des organisations syndicales et politiques bien plus faibles.

Mais il y a accumulation d’expériences. L’État et la bourgeoisie l’entendent et essaient de mettre le feu là où ces liens se tissent et se renforcent. Au lieu de donner des consignes de vote, le Front Social avait proposé de se réunir le lendemain de l’élection de Macron. Ça a été un succès mais elle n’a été relayée par aucune direction syndicale et politique nationale, NPA compris, qui en a parlé la veille au soir alors que ça ne divisait pas… Pourquoi on a attendu septembre 2017 pour une première manif ?

Le Front Social a voulu déborder les centrales syndicales, mais en rassemblant. On ne peut pas tourner le dos à la CGT et ses cortèges toujours aussi conséquents à chaque manif. Pareil pour Solidaires. En ce moment, il y a plusieurs grèves dans les filiales d’EDF et GDF. Pourquoi les directions syndicales ne font pas converger cette lutte avec les cheminots ? Face à ça, les directions laissent se développer des actions propres en parlant d’instaurer un climat pour mieux s’exonérer d’amplifier la grève par une générale intersectorielle. Il y a des annonces de privatisation de la RATP : des passerelles avec les cheminots de la SNCF pourraient se faire avec un axe transport. Mais, non, rien d’offensif !

« Tout ce qui sert le bien public doit être géré par notre classe » me semble un bon mot d’ordre. Sur la question de la grève générale, on doit avant tout discuter des directions qui empêchent toute possibilité de convergence. À Paris, il y avait une manif de l’Éducation dans un coin et une des cheminots dans un autre. Le 22 mai [2018], la fonction publique a appelé à une manif en dehors du calendrier des cheminots, le 23-24… Historiquement, les cheminots se sont presque toujours mis en grève reconductible. Face à une attaque inédite par l’ampleur des saccages qu’elle entraînerait, on répond par une grève perlée ! Heureusement qu’il y a une AG inter-gares qui tente d’en sortir en débordant les centrales. L’AG inter-gares permet de reprendre la direction de la grève pour sortir du speech de chaque secrétaire afin de discuter toutes et tous des problèmes de la grève, de la stratégie, de comment la faire grandir.… L’AG reconductible est essentielle pour que chacun prenne confiance, commence à parler puis à se mobiliser.

Une AG a un intérêt quand ce que tu portes peut modifier la décision de l’intersyndicale, peut dépasser un problème que tu poses. L’appel à la grève n’est pas une forme d’émancipation si on ne donne pas les outils permettant aux travailleurs et aux travailleuses de s’en saisir autre-ment, ils et elles vont régler les problèmes chez eux. Et pour les centrales syndicales, le fait qu’elles n’appellent pas à la grève générale, ça n’aide pas à stimuler le syndicalisme de base… Arrive ensuite la question de la « résignation ». Mais de qui parle-t-on lorsqu’on pose ce sujet ?

Parce qu’il y a quand même un vrai problème dans la stratégie des directions syndicales, politiques et associatives, qui est de ne pas rendre visible la détermination et les luttes exis-tantes ! Pour ne prendre qu’un exemple : là, les cheminots sont dans une situation compliquée après trois mois de bagarre. Au même moment, depuis un mois, une grève extrêmement impor-tante, partie du bas, s’est enclenchée dans les filiales GRDF : il y a 180 sites bloqués pour lutter contre les suppressions d’emplois et pour des augmentations de salaire. Aucune orga-nisation syndicale ou associative n’en parle. Il y a quelques articles dans la presse mainstream, c’est ce qui a permis que ça soit enfin pris en compte. Quand on parle de stratégie perdante, c’est ça. Est-ce que ça serait totalement illogique que la CGT GRDF se coordonne avec la CGT cheminots pour justement imposer un rapport de force ? C’est une stratégie mortifère… Évidemment, on n’est pas dans une situation où il y a des millions de travailleurs en grève, par contre, il y a aujourd’hui des poches importantes.

Il est clair qu’on n’a pas un boulevard pour l’ensemble des mobilisations, mais la détermination existe. De même pour les cheminots. S’ils veulent gagner, soit ils se donnent les moyens de montrer au gouvernement qu’ils peuvent tenir l’été, soit ils reprennent le travail : et là, c’est un choix qui doit être clair de l’intersyndicale CGT-SUD. Y’a pas d’autre possibilité, il faut le dire. Il faut comprendre qu’une victoire ou pas des cheminots aura une influence importante sur la vision des autres secteurs quant à la possibilité de se bagarrer.

Le problème, c’est que si tu ne coordonnes pas, si t’additionnes pas, si tu ne fais pas conver-ger les luttes existantes pour mettre en difficulté le gouvernement, eh bien, tu renforces évidemment le sentiment de résignation et d’isolement ! C’est la même logique lorsqu’on ne rend pas visible les victoires qui existent. C’est le cas du CHU du Rouvray, où ils ont contraint la direction à embaucher plus dans le centre hospitalier ; de même pour les Catacombes de Paris, qui ont obtenu des embauches supplémentaires et une multiplication par trois de leurs primes. Pareil chez les éducateurs, pareil dans une crèche à Tours. Tout ça, ce n’est pas la grève générale mais si ça a été possible, c’est parce qu’il y avait une dynamique d’ensemble impulsée par des secteurs plus gros et plus forts qui ont permis de donner confiance sur la nécessité et la possibilité de gagner dans des secteurs de moindre ampleur. On doit à la fois populariser ce qui gagne et montrer que la lutte paie.

Cyrille Choupas 19 juillet 2018

https://www.revue-ballast.fr/

Texte inédit pour le site de Ballast

Caisse de grève des postiers du 92


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