Archive | Droite républicaine

27 mai 2020 ~ 0 Commentaire

onfray (a manca)

tardi drapeau

FRONT POPULAIRE où FRONT POPULISTE?

Non, la dérive politique de Michel Onfray ne doit rien à une sénilité précoce. Elle ne doit rien non plus au hasard. Le courant dans lequel il s’embourbe aujourd’hui plonge ses racines au cœur de l’histoire politique de la France.

L’appel à l’union sacrée de toutes les couches sociales de la nation contre l’ennemi, y a été régulièrement lancé. Ce nationalisme exacerbé au besoin, a toujours convoqué les classes populaires au rendez vous de l’histoire, pour fournir les grands bataillons et dans la réalité des faits, pour encore mieux les contrôler.

Les classes dominantes sont celles qui ont tiré profit de cette union de façade. Une fois leurs objectifs atteints, celles-ci, ont désarmé la plèbe et l’ont renvoyé à un rôle subalterne.

Les vraies nature et fonction du populisme ne sont pas autres choses que des instruments idéologiques destinés à maintenir un ordre garantissant la pérennité de la domination des classes dominantes en détournant la colère des classes populaires des véritables raisons de leur mécontentement.

Les droites et l’extrême droite donnent dans ce registre, mais l’histoire a vu aussi des courants issus de la gauche se compromettre gravement sur fond de nationalisme cocardier. Les réformistes, faux nez du capitalisme, mais véritables contre révolutionnaires, peuvent s’adonner eux aussi, aux « délices » de l’union sacrée.

Ce nationalisme est à combattre, sans concession aucune, car il n’a rien d’émancipateur et son idéologie ne peut que déboucher sur des régimes hyper-autoritaires, voire clairement dictatoriaux.

Alors oui, mille fois oui, le monde du travail a tout intérêt à exercer la plus grande vigilance sur ce qui se passe dans l’hexagone comme sous d’autres cieux de cette Europe en proie aux pires des tentations.

Les Horban, Salvini, Lepen ont ouvert les brèches dans lesquelles s’engouffrent désormais des marionnettes comme Michel Onfray. La concurrence entre tous ces réactionnaires est rude, mais rien ne s’oppose à l’hypothèse d’une conjonction d’intérêt entre ces courants, qui tous sans exception volent aujourd’hui aux secours d’un capitalisme traversé par de nouvelles contradictions.

C’est un Front Populiste que veut forger politiquement Onfray et par un abject abus de langage, il tente de présenter cette entreprise nationaliste sous le couvert d’un Front Populaire. Cette escroquerie intellectuelle mérite d’être dénoncée et plus encore radicalement combattue.

Si vous doutiez encore de la manœuvre en cours, voici les premiers noms et pedigrees de celles et ceux qui saluent l’initiative de ce minable. Entre autres :

– Alain de Benoist, fondateur du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (Grece) – cette structure de la« nouvelle droite » à mi-chemin entre le club de pensée et l’association politique, élitiste, antiégalitaire, antidémocratique, qui a toujours eu pour objectif de réarmer idéologiquement la droite et l’extrême droite, et a fait office d’école de formation, à la fin du XXe siècle.
– Patrick Lusinchi, l’un des dirigeants d’Éléments, la revue de ce courant.
– Yann Vallerie, l’identitaire breton
– Claude Chollet, patron d’un observatoire (d’extrême droite) des médias.
– Robert et Emmanuelle Ménard, respectivement maire de Béziers et députée, chantres de « l’union des droites » .
– Philippe Vardon, ancien du Bloc identitaire, désormais membre du bureau national du Rassemblement national (RN).

Alain de Benoist résume l’accueil bienveillant à droite de la droite : « C’est une initiative excellente. Je trouve seulement que le terme de “souverainistes” est un peu limitatif. J’espère que Front populaire tiendra la promesse contenue dans son titre : qu’il soit un lieu d’échanges pour tous ceux qui regardent la notion de peuple comme plus importante encore que celle d’État ou de nation. ».

Même attente concernée du côté de l’identitaire Philippe Vardon, candidat du parti lepéniste aux municipales à Nice : « J’ai trouvé l’initiative intéressante, alors j’ai mis 30 ou 50 euros. Si ça peut participer à décloisonner le débat, c’est très bien. ».

Près de vingt ans après avoir lancé l’Université populaire de Caen pour contrer les idées de Jean-Marie Le Pen, Michel Onfray se voit même adoubé par son héritière, Marine Le Pen, laquelle est allée jusqu’à écrire un Tweet félicitant une « initiative (…) positive » qui « ne peut que [la] réjouir ».

Un hommage parmi d’autres, se défend le philosophe, qui prend soin de se détacher des figures des partis. « Il y a plus de seize mille personnes qui saluent [le lancement de Front populaire], elle en fait partie, très bien, déclarait Michel Onfray sur Sud Radio, le 17 mai.

Une ordure de plus aux poubelles de l’histoire.

Salut et Fraternité

Vandepoorte Serge. Militant Manca. 21 mai 2020

http://www.a-manca.net/

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30 avril 2020 ~ 0 Commentaire

cnr (lutte ouvrière)

resistance

Le programme du CNR : tromperies d’hier et d’aujourd’hui

Devant la crise sociale qui commence, la vague de licenciements déjà programmée, les milliards d’euros de cadeaux aux grandes entreprises « qu’il faudra bien payer » et les situations, compara-bles voire plus explosives encore, dans tous les pays du monde, les références au Conseil national de la Résistance (CNR) se multiplient du côté de la gauche, et pas seulement.

Du PCF au PS, de Mélenchon au porte-parole des Verts, le programme du CNR de 1943 est présenté comme le fondement d’une République sociale, parée de toutes les vertus et qui aujourd’hui encore pourrait tirer le pays d’un mauvais pas.

Le CNR et les gouvernements qui l’ont suivi voulaient d’abord éviter à la bourgeoisie française que la fin de la guerre ne débouche pas sur une crise révolutionnaire.

Formé en 1943, fédérant les divers mouvements de résistance derrière De Gaulle, il voulait constituer l’appareil politique capable de prendre les rênes de l’État, une fois les armées allemandes parties et le régime de Vichy effondré.

La bourgeoisie française, après avoir soutenu Pétain et fait ses affaires avec l’Allemagne, redoutait deux périls.

D’une part, elle voulait garder son empire colonial en dépit de la volonté des peuples colonisés et de la concurrence américaine.

D’autre part, unie en cela avec les impérialismes américain et britannique et la bureaucratie de Staline, elle voulait éviter une révolution sociale au sortir de la guerre et donc s’assurer de la continuité de l’État.

Le souvenir de la période révolutionnaire de 1917-1920 était encore cuisant.

Le CNR réalisait donc l’union nationale de tous les partis de conservation sociale, mis à part les débris accrochés à Pétain qui n’avaient pas su changer d’uniforme à temps. De Gaulle en était la figure de proue, le PCF l’appareil réel, fort du dévouement de dizaines de milliers de militants aptes à influencer la classe ouvrière.

Le CNR, gaullistes compris, ne pouvait pas promettre de revenir aux jours d’avant, c’est-à-dire à une troisième République vermoulue, qui n’avait tenu aucune des promesses de 1936 et s’était honteusement transformée en « État français » sous Pétain.

Il ne pouvait évidemment que promettre des jours heureux, dire qu’il rognerait les dents du capital, qu’il assurerait la liberté de la presse, la retraite des vieux travailleurs et les assurances sociales.

Son programme économique comprenait la nationalisation des industries clés, de l’énergie, des transports, des banques. Faire repartir l’économie le nécessitait et puis quelle meilleure façon de racheter aux grands patrons les secteurs à la fois sinistrés et indispensables et de leur permettre de reprendre leurs affaires avec des capitaux frais dans des secteurs neufs ?

Car les nationalisations furent payées rubis sur l’ongle.

Le CNR se transforma dès 1944 en gouvernement provisoire, avec des ministres du PCF et du PS, puis en gouvernement tout court après le débarquement du 6 juin et la progression des armées américaines.

Grâce à l’Union Nationale, c’est-à-dire avant tout grâce au poids du PCF dans la classe ouvrière, que la transition politique s’effectua sans difficulté.

Les travailleurs furent remis au travail et durent serrer les dents pendant des années avant de retrouver, non pas des jours heureux, mais des horaires normaux, la fin des cartes d’alimentation et des hébergements provisoires.

Non seulement l’ordre social ne fut pas ébranlé, mais les colonies restèrent aux mains du capital français, par le fer et par le feu en Algérie, en Indochine, à Madagascar, pour ne citer que les répressions les plus sanglantes.

Les concessions verbales contenues dans la constitution de 1946, le droit au travail par exemple, n’ont jamais changé quoi que ce soit au sort des travailleurs.

Les concessions, bien maigres à l’époque, comme le statut des fonctionnaires, la place faite aux syndicats dans les institutions et surtout la Sécurité sociale sont en voie d’être détruites.

En revanche la politique du CNR, c’est-à-dire essentiellement le ralliement des appareils ouvriers à la reconstruction du capitalisme, lui a remis le pied à l’étrier pour les décennies suivantes, avec leur cortège de calamités, jusqu’à la crise actuelle.

Alors, ressortir du placard aujourd’hui le programme du CNR, c’est proposer de recommencer ou de poursuivre la même politique pour toute une période, avec les mêmes résultats ou pire encore. Le système capitaliste a fait plus que son temps. On ne peut pas le rapetasser, il faut le renverser.

Paul GALOIS  28 Avril 2020
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27 avril 2020 ~ 0 Commentaire

boris (nueva tribuna)

 boris

 Boris revient aujourd’hui

Luis, Boris et l’ironie:
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Avoir besoin des services publics que vous avez détruits et des professionnels que vous expulsez
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Il était une fois un Premier ministre au Royaume-Uni qui, face à une grande crise qui menaçait le monde et qui, suivant son ton et son style habituels, minimisait le risque que cela comportait du plus haut échelon du podium de la suprématie, il n’avait aucun problème de voir ses vassaux face à face avec une pandémie qui a faisait des ravages dans les nations méditerranéennes plus faibles d’Italie et d’Espagne …
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« Nous avons déjà surmonté deux guerres mondiales, nous étions le plus grand empire, et nous avons remporté la coupe du monde de football en 1966 », pensaient de nombreux électeurs, d’accord avec Boris. (…)
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Il avait la collaboration des médias avec la censure de ce qui est publié: un manque de transparence qui rend difficile de voir des tableaux comparatifs tels ceux que l’Espagne publie quotidiennement dans les médias britanniques.
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Après avoir dirigé le parti au pouvoir depuis 2010 et être l’un des défenseurs les plus fervents des positions les plus ultra libérales, parmi lesquelles les coupes, les attaques contre les couches les moins favorisées de la société (Universal Credit), les réductions des investissements dans l’éducation et la santé, Boris Johnson, au cours de ses premiers mois au pouvoir, a non seulement poursuivi la même tendance, mais aussi engrangé de bons résultats électoraux.
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Le parti conservateur ( les  » tories » blog) a ainsi obtenu qu’en 2019, 47% des hôpitaux du Royaume-Uni se sont retrouvés en déficit, après des années où non seulement les dépenses nécessaires n’ont pas été investies pour couvrir une population croissante et vieillissante, mais aussi des années de «gains d’efficacité» ne sont rien de plus que des coupes dans les coupes.
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Le gouvernement travailliste (et ultra libéral blog) de Tony Blair a augmenté le budget du NHS (National Health Service) de plus de 10% par an pour l’améliorer, couvrant les nombreuses défaillances d’un système de santé au bord de l’effondrement.
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En 2011, avec un gouvernement conservateur, les budgets ont été maintenus et la croissance moyenne a été de 1,1%. Ce n’est pas un hasard, puisque le gouvernement de David Cameron  voulait faire payer le secteur public pour les échecs de son économie.
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Les objectifs de réduction des temps d’attente sont plus importants, et 18 semaines d’attente pour consulter le spécialiste après un rendez-vous avec un médecin généraliste est devenue du passé … tout rendez-vous prend des mois, beaucoup, et quand le rendez-vous arrive, vous faites la fête.
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Et dans cet état de santé, nous sommes confrontés à une pandémie en 2020 qui a enfermé tout le monde à la maison pour protéger ses citoyens … Dans tous les pays? Non, bien sûr que non!
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Avec un NHS qui a été crucial dans les résultats du Brexit et avec ces énormes autobus avec la devise « 350 millions de livres supplémentaires par semaine pour le NHS » comme promesse après avoir quitté l’UE, promesse non tenue,.
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Cette semaine nous avons vu, oh ironies du sort, un Premier ministre, sauvé par le NHS noyé et écrasé au cours de la dernière décennie, avec un personnel en déclin et des problèmes pour attirer des professionnels de santé des autres pays Européens.
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91% était le taux des nouvelles infirmières de l’UE et  91% était la réduction des nouvelles infirmières s’inscrivant au Royal College of Nursing depuis 2016, perdant également des centaines de personnes qui retournent dans leur pays d’origine en raison du changement de l’atttude envers les étrangers.
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Et cerise sur le gâteau de cette histoire,  Boris Johnson, était soigné par Luis, un infirmier, et pas n’importe qui, non. Un infirmier européen, originaire du Portugal.
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A l’hôpital, notre Boris, fan de coupes et d’insultes au secteur public, qui a voté pour ne pas augmenter le salaire des professionnels de santé, et qui attaque les droits des citoyens européens, entre la vie et la mort, comptait sur le professionnalisme et le travail de nombreuses infirmières qui, selon lui, lui ont sauvé la vie.
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Il a félicité 2 infirmièr-e-s: Jenny de Nouvelle-Zélande et Luis du Portugal. Un Luis qui devra convaincre le ministère de l’Intérieur qu’il est un citoyen digne de rester indéfiniment dans ce pays.
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Sinon, le 1er janvier, il pourrait être invité à retourner au Portugal, ou choisir une nouvelle destination parmi les 27 pays de l’Union européenne … et où que vous alliez, vous êtes susceptible de travailler dans de meilleures conditions de travail et avec plus de moyens que le Royaume-Uni n’a jamais eu sous le commandement de Boris, Theresa, David ou Margaret.
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Nouvelle tribune 18/04/20
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Note:
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NHS: National Health Service

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10 avril 2020 ~ 0 Commentaire

infirmier (pùblico)

 hop1

Sud Santé Quimper pour des moyens avant la crise

Guillén del Barrio, infirmier:
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Ils n’ont pas d’arguments, leurs coupes nous ont coûté des vies »
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Quelle est la situation actuelle de votre hôpital?
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Dans la salle d’urgence, cela s’améliore depuis une semaine. Certains services ont été fermés et sont en cours de désinfection. La lumière est au bout du tunnel et commence également à se voir dans les unités de soins intensifs. Certains hôpitaux ont déjà des lits de libres et peuvent éviter d’appliquer les critères de soins valables quand il n’y a pas pour tout le monde.
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Le pire, c’est que nous continuons de ne pas avoir suffisamment d’équipement de protection. De nombreux malades sont arrivés dans divers hôpitaux de la région. Comme il n’y avait pas d’équi-pement de protection pour tout le monde, la priorité a été donnée aux endroits les plus visibles et  les petits hôpitaux, a été laissé sans équipement. C’est une question qui brûlante qui n’est pas résolue.
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En fait, l’Espagne est en tête du taux d’infections parmi les professionnels.
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Oui, il dépasse 14%, contre 4% en Chine et 8% en Italie. Les syndicats ont déposé plusieurs plaintes à ce sujet, mais il est vrai qu’il est très difficile d’obtenir du matériel sur les marchés.
Nous avons fait pression par toutes les voies à notre portée. Les gouvernements le savent à tous les niveaux et il c’est connu depuis le premier jour. Nous insisterons.
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Personnellement, vous êtes attaqué par la droite pour votre critique de la gestion de la santé à Madrid. Ils vous appellent « l’infirmier de Podemos ». Comment le vivez-vous?
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Bof, ils aboient et on avance. C’est normal qu’ils deviennent nerveux. Nous rappelons un problème dénoncé depuis des années par tous les professionnels de la santé: les coupes et les privatisations. Il n’y a aucune réponse possible des privatisateurs que j’ai dénoncé et depuis tant d’années: leurs coupes nous ont coûté des vies. Quand quelqu’un dit cela, il n’y a pas d’argument pour répondre et il n’a  qu’attaquer la personne qui le dit, tuer le messager.
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Y a-t-il du vrai dans ce qu’ils disent de vous?
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Non. Ma relation avec Podemos était de m’inscrire pour quatre jours pour soutenir la campagne d’Isa Serra à la Communauté de Madrid. C’est une relation de travail, mais peu importe ce que je dis parce que les mensonges ne cessent de sortir. Il a été dit que j’allais être l’un des porte-parole de l’équipe gouvernementale pour la gestion du coronavirus, que j’ai été cinq ans en tant que permanent syndicat sans toucher un patient, alors que je n’ai jamais été permanent … Ils n’ont pas d’autre réponse et ils n’ont pas assez de décence pour se taire.
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C’est surprenant qu’un délégué d’un si petit syndicat ait été si présent dans les médias, à quoi est-ce dû?
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A un modèle alternatif de syndicalisme porte ses fruits. Lorsqu’il existe un modèle d’assemblées, sans structures hiérarchiques et alternatives, vous dites ce qui est vrai, peu importe qui le regrette. Un collègue peut parler sans avoir à demander la permission aux chefs.
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Une période de changements brusques est arrivée en peu de temps, et nous avons été une structure agile qui a été en mesure de répondre rapidement à la forte demande de médias qui ont besoin de déclarations, de témoignages et de données sur la santé sous ses nombreux aspects, qui changent en quelques jours et même en quelques heures. C’est pour cela que nous existons et nous l’avons fait.
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Dans vos déclarations les plus controversées, vous déclarez que plus de 2 000 lits d’hôpitaux ont été perdus depuis le début de la privatisation. Ayuso assure que ce sont des mensonges. Ce n’est pas vrai?
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Ayuso mélange intentionnellement deux événements survenus le même jour. Dans sa lettre de protestation à RTVE (la télé d’état) , elle signale une  fausse info pour laquelle la télévision a fait une rectification le même jour, mais que je n’ai pas dite.
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RTVE a affirmé que la santé madrilène avait perdu 3 300 professionnels ces dernières années. En effet, ce n’est pas vrai, mais les données que je donne sont vraies et sont dans les données du service de santé de Madrid. Si on me les demande, je les envoie. De plus, ceux qui vivent à Madrid depuis 12 ans ne doutent pas que nous avons fait l’objet de coupures et de privatisations.
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Le gouvernement de Madrid défend que les dépenses de santé par patient ont augmenté, et c’est l’une des plus élevées d’Espagne. Est-ce vrai?
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C’est génial qu’ils disent cela, même s’ils ne réalisent pas eux-mêmes. La plupart de cet argent a disparu en dépassements de coûts et privatisations. En plus du modèle 100% public, il existe deux autres modèles de financement des soins de santé à Madrid. ( Cela ressemble aux « partenariats public privé » ici blog)
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Celui dans lequel l’entreprise qui construit l’hôpital, gère l’ensemble de son personnel. Cela engendre des coûts supplémentaires effrayants que même la Cour des comptes a signalés. Un autre modèle est que celui qui construit l’hôpital gère également ses services non sanitaires, comme c’est le cas pour la Puerta de Hierro.
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Il a également été démontré qe cela entraîne des dépassements de coûts d’environ 25%. Et puis il y a les subventions aux hôpitaux privés. Le contrat avec la Fundación Jiménez Díaz entraîne des coûts supplémentaires pour le traitement de certaines maladies qui sont six fois supérieurs à ce qu’il en coûte pour traiter cette même maladie à l’hôpital qui est juste à côté.
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En effet, plus d’argent qu’auparavant a été consacré à de nombreuses entreprises qui facturent pour fournir un service. Mais même cela n’a pas amélioré les dépenses de santé par personne, car Madrid a gagné un demi-million d’habitants ces années.
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Vous pouvez torturer sauvagement n’importe quelle statistique pour lui faire avouer ce que vous voulez. Mais la réalité est que Madrid a perdu des lits et des professionnels et a privatisé avec des coûts supplémentaires pour de  mauvais résultats.
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L’un des articles qui a eu le plus d’impact est celui des « infirmières kamikazes » du New York Times. Quelle impression le journal le plus prestigieux du monde donne-t-il de la situation en Espagne?
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Ils auraient dû être horrifiés des scènes similaires qui se produisent déjà à New York. Ces derniers jours, on lisait déjà qu’il y avait des infirmières fabriquant des équipements de protection avec des sacs poubelles aux États-Unis.
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C’est un scandale mondial. La situation en Espagne est particulièrement grave, mais tous les services de santé sont affaiblis par le manque de ressources ou par une structure privatisée, comme aux États-Unis, les problèmes  sont très similaires.(Résumé voir lien)
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Cet infirmier des urgences de l’hôpital La Paz de Madrid a été la cible de la droite pour avoir critiqué la privatisation et les coupes dans la santé du PP de Madrid. Dans cette interview, il répond aux attaques, dément les fakes et maintient que la région a perdu des lits d’hôpital au cours de la dernière décennie. « 
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J’espère qu’après cela, la société se souviendra de l’importance des services publics », souligne-t-il. Guillén del Barrio (Madrid, 1989) est devenu l’un des visages du personnel de santé dans de nombreux médias. Infirmier d’urgence à l’hôpital universitaire La Paz à Madrid et délégué syndi-cal du Mouvement des Assemblées Ouvrières (MATS), il a osé dire en direct sur RTVE que Madrid avait perdu 2 100 lits d’hôpital au cours des dix dernières années, ce qui a fait de lui un ennemi de la droite.
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Le numéro un du PP, n’a pas hésité à tenter de le discréditer, en affirmant qu’il est militant de Podemos et qu’il n’avait pas travaillé ces dernières années. Le harcèlement dans les réseaux a été énorme, admet-il, mais il continue de maintenir sa position.
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Madrid 04/07/2020  jairo vargas
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03 avril 2020 ~ 0 Commentaire

usa (pùblico)

trump
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Le Pentagone avait mis en garde il y a deux ans déjà contre une pénurie de matériel médical et de médicaments face à une pandémie
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Bien que Trump ait déclaré il y a deux semaines que la pandémie de Covid-19 était « impré-visible », un rapport du Pentagone, révélé par « The Nation », avait déjà averti en janvier 2017 que « la menace la plus probable et la plus importante était une nouvelle maladie respiratoire. « Le 20 janvier, un homme de 35 ans est devenu le premier coronavirus positif aux États-Unis. Dix jours plus tard, l’OMS a déclaré une urgence internationale de santé publique.
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Le 11 février, l’OMS a baptisé la nouvelle maladie sous le nom de covid-19, qui, le 29 de ce mois, a causé le premier décès dans le pays d’Amérique du Nord.Malgré cela, le 6 mars, un mois et demi après cette première contagion, le président Donald Trump a déclaré sans honte que c’était « un problème imprévu » qui « venait de nulle part » et huit jours plus tard, lorsque Il avait déjà déclaré une urgence nationale, il a de nouveau affirmé que « c’est quelque chose à quoi personne ne s’attendait ».
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Il s’avère qu’un rapport du Pentagone de janvier 2017 a déjà averti que « la menace la plus probable et la plus importante est une nouvelle maladie respiratoire ».Le document, publié hier par le médias progressiste The Nation, a également averti que, dans ce scénario, tous les pays industrialisés, y compris les États-Unis, manqueraient de respirateurs, de médicaments, de lits d’hôpital, d’équipements de protection et de masques pour faire face à une éventuelle pandémie.
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Bien que lorsque le rapport du Pentagone aborde la « menace la plus probable », il mentionne « en particulier un nouveau type de grippe [le virus de la grippe]« , le document de 103 pages fait plusieurs mentions explicites du coronavirus.Le rapport du Pentagone est intitulé USNORTHCOM Branch Plan 3560: Response to Pandemic Flu and Infectious Diseases. Autrement dit, il s’agit d’un plan qui met à jour un précédent  rapport du ministère de la Défense face à une pandémie de grippe.
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A ce moment le Pentagone note que ce nouveau plan « intègre les données  sur plusieurs épidémies récentes, y compris le coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient en 2012″. »La reconnaissance, l’identification et la caractérisation initiales d’un pathogène émergent ou réémergeant peuvent prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois », ajoute le texte, décrivant la situation actuelle, « pendant laquelle des mouvements régionaux et mondiaux d’individus infectés se produiront », ce qui facilitera la propagation de la maladie.
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« Le rapport du Pentagone assure que « l’atténuation de la morbidité et de la mortalité définira comment un pays sortira de la pandémie », et c’est à ce moment où il lance son alerte: « Même les pays les plus industrialisés n’auront pas assez de lits d’hôpitaux, d’équipements médicaux spécialisés comme les ventilateurs et de médicaments facilement disponibles pour traiter adéquatement leurs populations pendant les phases les plus graves de la pandémie. « Dans une interview à The Nation, le chef entre 2014 et 2017 de la division des maladies infectieuses et de leurs contre-mesures de la Defense Intelligence Agency, Denis Kaufman, souligne que les services de renseignement américains « ont mis en garde contre la menace des virus de grippe hautement pathogène depuis au moins deux décennies [et] sur les coronavirus pendant au moins cinq ans. « 
Trump a dissout une équipe médicale en Chine
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L’agence Reuters a révélé fin mars qu’en juillet de l’année dernière, quelques mois avant le début de l’épidémie de Covid-19 à Wuhan, en Chine, l’administration Trump, lors de sa énième action de démantèlement d’institutions publiques, avait éliminé l’infrastructure constituée d’experts américains intégrés dans les établissements de santé chinois pour détecter les flambées de maladies dans ce pays dès leur apparition.Ce sont les experts de l’American Center for Disease Control and Prevention, qui avaient été intégrés à l’Agence chinoise de contrôle des maladies, une initiative lancée par la précédente administration de Barack Obama.
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Peut-être est-ce pour couvrir cela que Donald Trump a critiqué à plusieurs reprises la Chine pour avoir censuré des informations sur l’épidémie, informations que les États-Unis auraient pu avoir de première main.Les réglementations élaborées par Obamacare pour étendre la couverture sanitaire et les développements institutionnels dans le domaine médical menés pendant les deux mandats de Barack Obama ont été les deux des principaux axes des attaques constantes de Trump lors de son premier mandat. de la Maison Blanche.
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« C’est un mensonge que personne n’aurait pu prévoir »
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Le directeur du groupe de recherche en santé de l’ONG Public Citizen, Michael Carome, assure au public que «l’un des plus grands mensonges de Donald Trump au cours des dernières semai-nes est, comme il l’a assuré, que personne n’aurait pu prévoir que cela se produirait … Pendant de nombreuses années, avant l’élection de Trump à la présidence, le gouvernement fédéral a établi des plans pour une éventuelle pandémie causée par un virus comme ce nouveau coronavirus.
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« «J’ai moi-même travaillé en tant que médecin au sein du Corps du Service de santé publique [un service national] et j’ai participé à des exercices de formation préparatoires à ce type de pandémie», explique Carome. »Le rapport du Pentagone révélé par The Nation n’est qu’un échantillon de plus des mensonges de Trump et l’insouciance de son administration dans la préparation du pays à cette pandémie. En raison de ses échecs, des dizaines de milliers d’Américains vont mourir « .
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« L’histoire montrera que Trump a été responsable de l’un des échecs de santé publique les plus catastrophiques de l’histoire de ce pays. S’il avait écouté les avertissements des services de renseignement et des experts en santé publique il y a des mois au sujet de la grave menace que suppose l’épidémie de coronavirus en Chine, l’explosion actuelle des cas de coronavirus aurait pu être évitée « .
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« Au lieu de minimiser les risques et d’offrir des fausses garanties dès le départ », « Trump aurait dû ordonner le déploiement rapide d’un programme de test complet à l’échelle nationale en combinaison avec une stratégie de confinement en étroite coordination avec les agences, les services de santé publique étatiques et locaux à travers le pays. « 
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Washington 03/04/2020 Manuel Ruiz Rico
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Commentaire:
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The Nation The Nation est un hebdomadaire américain de gauche, fondé en 1865, au départ pour combattre l’esclavage.
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29 mars 2020 ~ 0 Commentaire

épitaphe

moz-screenshot

Ces politiciens passés par les jeunesses nationalistes

Extrême droite: Le secrétaire d’Etat aux relations parlementaires est accusé d’avoir milité au sein d’un mouvement d’extrême droite, il ne serait pas le seul…

Hervé Novelli

L’ex député UMP d’Indre-et-Loire n’aime pas qu’on lui rappelle son passé de militant d’extrême droite, là où il a fait ses débuts en politique. C’est pourtant bien lui qui, avec d’autres militants du même bord, crée dans les couloirs de l’université parisienne d’Assas en décembre 1968 le Groupe union droit, qui devient plus tard le Groupe union défense (GUD).

Alain Robert

Ce n’est pas une star, mais c’est un personnage central de l’extrême droite. Dans ses jeunes années, il adhère successivement à différents mouvements nationalistes, dont Occident. Après sa dissolution, en 1968, il cofonde et codirige le GUD. Surtout, c’est lui le véritable fondateur du Front National, lui qui fait appel à Jean- Marie Le Pen en 1972 pour prendre les rênes du parti et fédérer les droites extrêmes, alors éclatées. Le politicien, ex-conseiller municipal et ancien membre du cabinet ministériel de Charles Pasqua, change de couleur politique dès le début des années 80 pour ensuite voguer sous l’étendard du RPR, puis de l’UMP.

Alain Madelin

Dès l’âge de seize ans, il embrasse la cause nationaliste. Etudiant en droit à Assas, il est en 1964 l’un des principaux fondateurs d’Occident. Quand celui qui a occupé trois ministères évoque ses années au sein de ce mouvement, Alain Madelin assure n’avoir été animé que par un «anticommunisme militant, extrême et passionné». Une passion qui le fait condamner à deux reprises. D’abord en 1965, avec son camarade Patrick Devedjian, à un an de prison avec sursis et trois ans de mise à l’épreuve pour vol et détention d’armes. Puis deux ans plus tard, pour  «violences et voies de fait avec armes et préméditation». Il est soupçonné d’avoir participé à la préparation d’un hold-up.

Philippe Péninque

Vous ne le connaissez peut-être pas, mais vous savez ce qu’il a fait. Ce conseiller de Marine Le Pen, dont il se dit un «grand ami», a ouvert le compte en Suisse de son autre ami, Jérôme Cahuzac. Ancien avocat spécialisé dans les montages financiers, il est au cœur de ce qu’Abel Mestre et Caroline Monnot, journalistes au Monde et auteurs de Le Système Le Pen: Enquête sur les réseaux du Front national, ont baptisé le «GUD business», un lot d’entreprises créées par des anciens «gudards» qui font des affaires entre amis.

Gérard Longuet

Après une scolarité au lycée Henri 4, il prend part, aux côtés d’Alain Madelin, à la création d’Occident. C’est encore à ses côtés, trois ans plus tard, qu’il est con-damné pour complicité de «violence et voies de fait avec armes et préméditation», avec douze autres militants d’extrê-me droite, dont Patrick Devedjian, Alain Madelin et Alain Robert. «Nous étions jeunes et libres, se remémore avec nostalgie le sénateur UMP. Il s’agissait là de rites initiatiques de jeunes gens, un folklore d’aspect paramilitaire».

Patrick Devedjian

L’ex ministre rejoint lui aussi Occident en 1964. Il n’a pas vingt ans, mais scande sans peine le slogan du mouvement: «Tuez tous les communistes où ils se trouvent!». Il  adhère activement jusqu’en 1967 avant de revêtir la robe d’avocat. Lorsqu’il fait ses débuts en politique, il rejoint alors les rangs de L’Union des Démocrates pour la cinquième République (UDR), qui comptera également parmi ses membres le jeune Nicolas Sarkozy.

Claude Goasguen

C’est un passage de sa vie qu’il n’assume pas, mais le député UMP, partisan de l’Algérie française puis soutien de Jean-Louis Tixier-Vignancourt, candidat nationaliste à la présidentielle de 1965, a lui aussi fait partie d’Occident, mais il l’a toujours nié.

Jean-Marie Le Guen et le GUD:

Le secrétaire d’Etat aux relations parlementaires, Jean-Marie Le Guen, n’a pas du tout apprécié le livre de Laurent Mauduit, A tous ceux qui ne se résignent pas à la débâcle qui vient, dans lequel il est accusé d’avoir milité au Groupe union défense (GUD), un mouvement nationaliste étudiant. Il a d’ailleurs déjà déposé plainte pour diffamation. Aucun élément ne prouve ces allégations mais l’engagement de politiciens au sein des jeunesses d’extrême droite à l’instar d’Occident ou du GUD est avéré. Petit tour d’horizon de leurs militants connus.

20/09/2014

http://www.20minutes.fr/

http://npa29.unblog.fr/

fafs 4fafs

Commentaire:

Un article retrouvé dans nos archives par nos lecteurs, merci!

Devedjian est mort, nous ne le regretterons pas ! (A&R)

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27 mars 2020 ~ 0 Commentaire

pierre rousset (essf)

 macron bouffon

La pandémie Covid-19 en France

Un tour d’horizon

Peux-tu décrire l’état de la pandémie en France ? Combien de personnes sont infectées ? Combien sont mortes ? Que prévoient les experts concernant l’expansion de la contagion dans les semaines à venir ?
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La comparaison des chiffres sur le plan international est très difficile à faire. En France, à la date du 25 mars, il y avait plus de 25 000 cas « avérés » de personnes infectées, mais seuls des malades ayant des symptômes graves sont testés, alors que dans d’autres pays, les tests sont beaucoup plus nombreux.Le gouvernement annonce 1 331 décès, mais il ne s’agit que de ceux recensés dans les hôpitaux. L’administration est encore incapable de connaître le nombre des morts dans les maisons de retraite (EPHAD) ou à domicile. 11.539 personnes étaient hospitalisées pour coronavirus, dont 2 827 dans un état grave (3 900 étaient sorties guéries).Il est très difficile d’estimer le nombre de personnes contaminées. Le ministre de la Santé parle d’une fourchette de 35 000 à 80 000, ce qui semble fort sous-évalué. L’ancien Directeur de la santé publique évoque, avec toutes les réserves nécessaires, le chiffre de 1,5 ou 2 millions.

Quelles décisions concrètes le gouvernement a-t-il pris pour répondre à la crise ? A-t-il agit de façon responsable ou était-il impréparé ? Peux-tu décrire les mesures mises actuellemement en œuvre pour contenir le virus et traiter les personnes infectées ?

Le pays était totalement impréparé à la pandémie. La présidence et le gouvernement savaient pourtant dès janvier 2020 que l’épidémie arrivait. Cette impréparation a plusieurs raisons. Certaines sont anciennes, d’autres récentes.

Etre prêt signifiait avoir des stocks stratégiques de tenues de protection, de tests de détection, de gel hydroalcoolique, de matériel d’intubation…

Nous touchons ici au drame français, car des stocks stratégiques existaient et ont été détruits. Concernant les masques, il y avait en 2009 près d’un milliard de masques chirurgicaux (que malades portent pour protéger leur entourage) et 700 millions de masques respiratoires FFP1 (ou N95) qui permettent aux bien-portants de ne pas être contaminés.

Ces stocks gérés par l’Etat ont été distribués en 2013 aux hôpitaux et entreprises qui devaient les maintenir à leurs frais (sans recevoir de dotation financière pour ce faire).

En janvier, il ne restait plus un seul masque FFP1 dans les stocks d’Etat et seulement quelques millions de masques chirurgicaux.) [1]. Résultat : aujourd’hui encore, une grande partie des soignants, particulièrement exposés à la contamination, n’ont toujours pas les masques dont ils ont besoin et les pharmacies ne peuvent pas en donner même aux personnes à risque (âge, état de santé).

Certaines régions sont en état de crise sanitaire grave, comme le Grand Est où une secte évangélique a réuni des milliers de personnes plusieurs jours durant, provoquant une explosion de Covid-19 dans cette région et contribuant à sa dissémination en France métropolitaine et dans les territoires d’outre-mer.

Le mot d’ordre était de de faire partout et tout le temps des économies dans l’administration — ce qui nous coûte infiniment cher aujourd’hui. L’Etat devait s’effacer devant le marché « néces-sairement plus efficace » – donc à la production chinoise. Quand la crise sanitaire a commencé, tout manquait et le tissu industriel capable de fournir ce dont nous avions de toute urgence besoin s’était délité.

Le pouvoir n’a pas pris la mesure du problème que récemment [2]. Sans le dire, le président Emmanuel Macron avait commencé par adopter la politique de « l’immunité de groupe », [3] car, comme l’un de ses conseillers l’a avoué, ils pensaient que c’était « une grosse grippe » [4].

Dès janvier, la question s’était posée de maintenir les élections municipales du 15 mars. Elles l’ont été et des milliers de litres de gel hydroalcoolique ont été dilapidés à cette occasion, alors qu’il est toujours difficile d’en trouver en pharmacie, ce qui a convaincu la population que l’affaire n’était pas si grave [5].

Autour de la mi-mars, des mesures de plus en plus sévères ont été prises en catastrophe : fermeture des écoles, lycées, facultés, appels à respecter les « gestes barrières » et à limiter les déplacements sous peine d’amendes, confinement décrété sur l’ensemble du territoire et non plus seulement dans quelques zones…

Comment votre système de santé a-t-il fait face à la crise ? Quelles sont ses faiblesses principales ? Quels sont ses principaux points forts ?

Le système de protection sociale en France était l’un des plus développés dans le monde occidental à la suite, notamment, des réformes imposées par le mouvement ouvrier au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Le principe fondateur de la sécurité sociale est : « chacun contribue selon ses moyens et est soigné selon ses besoins ». L’égalité devant la maladie n’a certes jamais été parfaite, mais c’était un acquis majeur.

Acquis miné depuis des années pour donner aux assurances privées un rôle croissant. Le coût de la santé devient très lourd pour les couches populaires. Cependant, en France, une grande partie des soins hospitaliers restent gratuits pour toutes et tous.

Le modèle sanitaire français n’a jamais été parfait, loin de là, mais son système hospitalier était l’un des plus solides au monde. Depuis 30 ans, il subit des attaques régulières, au nom de la rigueur comptable, comme si un hôpital devait être géré comme une entreprise ! Plus de 50.000 lits ont été fermés, y compris en soins intensifs où la France n’est qu’au 19è rang pour le nombre de lits par habitant (3,1 en France pour 7,8 au Japon [6]).

Le système hospitalier tient encore face à l’augmentation rapide des malades devant être placés en réanimation ou soins intensifs, mais il peut être débordé d’ici une ou deux semaines. Alors, il ne pourra plus soigner tout le monde.

En lui-même, le Covid-19 n’est pas une maladie particulièrement mortelle, la grande majorité des cas restants bénins. Si le système de santé (des généralistes aux hospitaliers) était capable de faire face à une pandémie, si les tests de détection et les masques étaient disponibles en nombre, les personnes fragiles pourraient être prise en charge dans de bonnes conditions.

En revanche, la dangerosité de Conid-19 est démultipliée en situation de pénurie. Il y aura beaucoup de morts évitables, victimes du coronavirus ou d’autres affections qui n’auront pas pu être correctement traités. Nous ne sommes qu’au début du calvaire.

Quelles réponses à la crise Covid-19 donnent les différentes forces politiques officielles, de l’extrême droite et partis conservateurs jusqu’aux partis libéraux [dans le sens anglais du terme] et progressiste et à gauche ?

L’ensemble des forces politiques, y compris à l’extrême gauche, demandent que, au vu de la situation, les mesures de protection soient respectées, depuis les « gestes barrières » jusqu’au confinement.

Histoire de faire taire les critiques, le gouvernement et le parti présidentiel en appellent à l’union nationale, dénonçant toute polémique en ces temps d’urgence, avec le soutien de la droite classique, de l’extrême droite, de la gauche de gouvernement et du patronat, une logique que récuse la gauche radicale, car elle aboutit à doter la présidence de pouvoirs exorbitants.

Les décisions sont liberticides, et permettent, par exemple, de s’émanciper du Code du travail en étendant, entre autres le temps, de travail hebdomadaire jusqu’à 60 heures et non plus 48, alors même que les salarié.es ne bénéficient généralement pas des conditions de sécurités sanitaires indispensables. L’injonction « allez travailler » l’emporte sur l’appel à « rester confiné ».

Les entreprises sont légalement tenues d’assurer la sécurité de leurs salarié.es (on sait ce que ce n’est jamais le cas quand les salarié.es ne sont pas en mesure d’imposer le respect des réglementations).

Le gouvernement avait récemment fait un cadeau au patronat en réduisant les pouvoirs Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT). Auparavant, les pouvoirs publics avaient « informé » les entrepreneurs que les masques chirurgicaux (moins coûteux) proté-geaient aussi efficacement que les masques respiratoires FFP2 (plus chers), ce qui est grossièrement faux.

Cyniquement, Macron dit aujourd’hui « travaillez plus » et, donc, déplacez-vous plus quand, faute de moyens sanitaires, cela va favoriser la circulation du virus, à l’encontre de la doctrine officielle du confinement rigoureux.

Comment le mouvement syndical répond-il à la crise sanitaire ?

Pour reprendre les termes d’un communiqué daté du 19 mars : « Face à la crise sanitaire majeure, les confédérations syndicales (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC) et les organisations patronales (MEDEF, CPME, U2P) affirment, dans une déclaration commune, « le rôle essentiel du dialogue social et de la négociation collective » [7].

C’est la seule « action » commune importante des confédérations ouvrières. Elle suscite beau-coup de remous dans nombre de sections syndicales, notamment à la CGT. Dans plusieurs villes et départements, les syndicats ont publié des déclarations unitaires pour la protection des salariés et le paiement intégral du chômage partiel.

Sur les lieux de travail, c’est la question de la lutte qui se pose. Pour exiger l’arrêt effectif des activités non essentielles, des normes de sécurité à la hauteur des risques, des garanties sociales effectives pour toutes et tous. Ainsi, des salariés de Renault ou d’Amazon ont débrayé pour faire arrêter l’activité où exiger de vraies protections.

Qu’en est-il des mouvements sociaux (étudiants, féministes, écologiques, migrants…) ?

Chaque mouvement social se mobilise sur son terrain propre — pour la défense des migrants ou des sans-logis, pour que les IVG soient reconnues comme des urgences médicales et pas reportées sine die (ce qui a été accepté) — et chaque mouvement spécifique affirme sa solidarité avec les autres.

Les femmes sont moins médicalement moins touchées par Covid-19 que les hommes, cepen-dant elles le sont socialement plus du fait de la répartition toujours inégalitaire des tâches domestiques, mais aussi parce bien que des métiers exposés sont à majorité féminine : le personnel soignant évidemment, les caissières dans les grands magasins… Un soutien particulier leur est manifesté.

La solidarité s’affirme entre voisin.es au sein d’un immeuble et, tous les soir à 20h, avec le personnel soignant (applaudissements aux fenêtres).

Pour ce qui est de la solidarité locale, nous nous heurtons à une difficulté particulière en France. Les traditions de mobilisation « citoyenne » locale sont chez nous beaucoup plus faibles que dans des pays comme l’Italie ou la Grande-Bretagne.

Les syndicats n’ont pas l’habitude d’agir en dehors du lieu de travail, les unions locales n’ont en règle générale jamais été valorisées et dotées de financements significatifs. Nous avons besoin d’organiser la solidarité locale « par en bas », mais c’est difficile de commencer à le faire en temps de confinement !

Certains mouvements sociaux (pas tous…) préparent aussi le jour d’après, liant programmes d’urgence et perspectives : révolution écologique, réforme complète de la politique sanitaire et de la protection sociale, nationalisation et socialisation des secteurs vitaux (dont la finance)… Pour que l’épreuve que nous traversons ne soit pas vaine, mais un tremplin pour les combats de demain !

Est-ce qu’il y a des efforts pour exiger le droit à la justice sociale et l’accès à la santé, pour protéger en ces temps d’urgence le paiment du chômage, suspendre les loyers ou le remboursement des dettes, etc. ?

Bien entendu. Toutes ces questions font partie des exigences premières.

Le pouvoir le sait et tente d’y répondre formellement, sans pour autant changer ses priorités. Ainsi, le président Macron a déclaré que les fonds seront disponibles sans compter, pour faire face à la crise, garantir le maintien des salaires et revenus, notamment 84% du salaire net en cas de mise au chômage partielle et 100% du salaire minimum. L’Union européenne a elle-même suspendu les règles d’équilibre budgétaire (auto)imposées aux Etats.

Cependant, quand chaque membre du gouvernement a commencé à intervenir, la cacophonie s’est installée. Qui a vraiment droit à quoi ? Ce sont les autorités administratives (comme la sécurité sociale ou les préfets…) qui acceptent ou rejettent en dernier ressort les dossiers concrets. Que restera-t-il au bout du compte des promesses présidentielles ?

L’action gouvernementale passe ostensiblement par les banques (dotées de 300 milliards pour accepter des retards d’échéances) et les entreprises : il faut éviter les licenciements pour qu’elles ne perdent pas leurs emplois qualifiés. La gestion économique est au centre de la logique du pouvoir, bien plus que celle des droits, ce qui a de lourdes implications.

Enfin, Macron profite de la crise pour se présenter en chef de guerre et chanter le rôle des armées françaises en métropole comme dans les océans Pacifique ou Atlantique. La crise est l’occasion de poursuivre sa politique de militarisation.

Veux-tu ajouter quelques commentaires finaux concernant l’impact de Covid-19, notamment sur les politiques nationales dans les semaines et mois à venir ?

La crise sanitaire révèle la faiblesse du tissu industriel en France et l’absence de politique indus-trielle du pouvoir [8]. C’est doublement frappant. L’industrie pharmaceutique française est puissante, mais sa production est délocalisée.

La bourgeoisie française avait une tradition dirigiste très forte. Sous le régime gaulliste classi-que, l’Etat avait vocation à piloter le développement économique en coordination avec le privé et, à l’occasion, avec l’armée (secteurs de l’énergie et de l’armement : le nucléaire civile et militaire). Nous avions alors des plans quinquennaux (certes différents des plans soviétiques).

Par rapport à d’autres, la bourgeoisie française ne s’est convertie que tardivement aux dictats néolibéraux, mais le tournant fut radical, ce qui notamment explique l’ampleur de la désindustria-lisation. Des pays d’Asie comme la Corée du Sud ou le Japon contemplent avec effarement notre manque criant de moyens, notre dépendance vis-à-vis des marchés internationaux pour avoir de simples masques ! Comment la cinquième ou sixième puissance économique mondiale peut-elle être aussi démunie ?

L’impotence de l’Union européenne en temps de crise est elle aussi criante. Elle a été incapable d’agir en solidarité avec l’Italie frappée de plein fouet et qui n’avait pas de production de mas-ques sur son sol. L’aide est venue de Chine, de Russie, de Cuba, mais pas de l’Union. Les politiques de santé ne font pas partie des prérogatives de l’UE… C’est pitoyable et ce ne sera pas sans conséquences.

Le modèle global de développement capitaliste est plus que jamais en cause. La puissance de l’actuelle pandémie a pour terreau la mondialisation, la précarisation sociale, le délitement des pouvoirs et politiques publics, la crise écologique, l’ordre néolibéral… L’alternative écosocialiste est véritablement une urgence vitale.

mercredi 25 mars 2020 CHRETIEN Todd

 Note biographique :

Pierre Rousset, né en 1946, appartient à la génération politique qui s’est levée au début des années 1960, dans le cadre de la radicalisation internationale débouchant sur l’année 1968. Membre de la Quatrième Internationale, incarcéré à trois reprises dans la période qui suivit la grève générale de Mai 68, il s’est engagé dans le mouvement contre la guerre d’Indochine, puis a poursuivi jusqu’à aujourd’hui des activités de solidarité Asie. Cette interview a été réalisée par Todd Chretien et doit être publiée aux Etats-Unis.
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15 mars 2020 ~ 0 Commentaire

résultats à brest quimper châteaulin morlaix (côté brest)

L’extrême droite Renée Thomaïdis RN 

6,71%

droitr

Les « Libéraux »:

Marc Coatanéa  (LRM) 12,6%, Bernadette Malgorn (LR) 18,87%, Pascal Olivard 9,06%

brest socod

Le « Social Libéralisme »:

Ronan Pichon EELV-UDB 15,74%, François Cuillandre PS 26,54%

elelctions brest 12

La « Gauche de Gauche »:

Roger Calvez (POI) 0,51%, Pierre-Yves Cadalen (La France Insoumise) 7,13%, Rémy Collard (Lutte Ouvrière) 0,71%, Emmanuelle Le Pors et Yoran-Eli Pigeon (Liste Citoyenne) 2,12%


https://actu.fr/bretagne/brest

29

Quimper: Sylvie Casimiro de San Leandro (Soutenue par le NPA): 4,68%

Morlaix: 19 % pour la liste de gauche citoyenne Verts, Insoumis et UDB

Châteaulin. « Un Autre Châteaulin est possible » (Soutenue par le NPA): 11,44%

22

Lannion: près de 10% pour la gauche de gauche: LO: 5,04% et POI 4,64%

Guingamp: Guingamp en Commun/Kumun Gwengamp 11,29 % 1 élu

56

Lanester: PS PC UDB EELV: 54,8%, élu, France Insoumise: 7,9%, LO 2,4%

bordeaux

Philippe POUTOU Bordeaux En Lutte 11,77%

A Bordeaux, l’extrême-gauche fait des scores importants

Du point de vue de l’extrême-gauche, peu présente à ces élections, certaines listes notamment en région Bordelaise ont fait une percée considérable. C’est le cas notamment de Bordeaux en Lutte, et le candidat ouvrier Philippe Poutou qui obtient un peu plus de 12% des suffrages exprimés, une première dans un bastion juppéiste.

Toujours dans la région bordelaise, la liste Blanquefort soutenue par le NPA a obtenu 10%, à Cenon (6,8%) et Lormont (6,97%) pour le NPA. Lutte Ouvrière a aussi fait des scores importants à Gradignan où LO a fait environs 10%, tout comme à Langon (33) ou LO a obtenus 10,6% des suffrages. Un échantillon de résultats de l’extrême-gauche qui illustre la disposition d’une partie des électeurs à exprimer par la voix anticapitaliste son opposition à Macron et à son système.

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12 mars 2020 ~ 0 Commentaire

épidémie (essf àl’e)

virus

L’épidémie de coronavirus 

Trump en difficulté, les Etats-Unis menacés d’une crise sanitaire majeure

Le président américain a longtemps dit que le coronavirus était un « hoax » propagé par les « fake news media ». Cependant la crise pourrait être d’autant plus violente qu’elle pourrait révéler les injustices criantes du système de santé.

Depuis des semaines, Donald Trump a tout fait pour nier la réalité : « Tout est sous contrôle » ; « Le risque est très faible » ; « Le nombre de cas sera proche de zéro dans quelques jours » ; « En avril, il fera plus chaud, ça va partir » ; « On a fait un super boulot » ; « Tous ceux qui veulent faire un test peuvent en avoir un : ces tests sont très beaux (sic) ».

L’ampleur du coronavirus était un « hoax » des démocrates. Un autre sale coup des « fake news media », que ce grand paranoïaque germaphobe déteste, au point de les croire capables de vouloir lui transmettre le coronavirus [1].

Le taux de mortalité (3,4 %, supérieur à la grippe) de ce Covid-19 très contaminant, qui a désormais causé plus de 4 000 décès dans le monde, était selon lui un « faux chiffre » : Trump, citant son « intuition », a estimé que c’était en fait « en dessous de 1 % ». Vendredi dernier, coiffé lors d’une visite présidentielle d’une casquette rouge « Keep America Great again », son slogan de campagne pour l’élection à venir, Trump a vanté ses connaissances médicales. Tout en admettant qu’il ne savait pas « qu’on pouvait mourir de la grippe » [2]

Jugeant son ministre de la santé trop alarmiste, il a confié fin février la gestion de la crise à son vice-président Mike Pence, ancien gouverneur de l’Indiana connu pour avoir refusé des programmes d’échanges de seringue lorsqu’il fut confronté à une hausse des infections au VIH parmi les usagers de drogue [3].

Pence ne cesse de promettre « un million », et bientôt « 4 millions de tests [de dépistage] disponibles » pour les citoyens américains : à la fin de la semaine dernière, seules 2 000 personnes avaient été testées, selon le magazine The Atlantic [4].

Le président américain a réclamé la discrétion des responsables du Center for Disease Control (CDC), l’agence fédérale de la santé publique : elle a cessé de recenser précisément les nouveaux cas de contamination, et produit désormais des résultats moins actualisés que l’Union européenne [5] ou l’université Johns-Hopkins de Baltimore [6].

« Depuis six semaines, en coulisses et désormais en public, Trump a miné les efforts de sa propre administration pour combattre le coronavirus », estime Politico [7]. Pendant ce temps, le virus s’est diffusé dans plus d’une trentaine d’États.

Son tout nouveau chef de cabinet, Marc Meadows, a dû se mettre en quarantaine, comme cinq autres élus républicains du Congrès, après avoir été potentiellement en contact avec une personne ayant déclaré le virus au cours de la CPAC, la convention annuelle des conservateurs américains.

Trump lui-même, considéré comme une personne à risque en raison de son âge (73 ans), a jusqu’ici refusé de dire s’il avait été testé – ses rivaux démocrates, Joe Biden (77 ans) et Bernie Sanders (78 ans), font eux aussi partie des publics particulièrement exposés.

« La gestion de la crise a été chaotique, confirme à Mediapart Sarah Rozenblum [8], chercheuse en santé publique et sciences politiques à l’université du Michigan. La réponse de l’adminis-tration n’est pas à la hauteur.

Trump a contredit son vice-président et les autorités sanitaires à plusieurs reprises : il se défausse et n’a pas de stratégie claire. Au lieu de recourir au test de dépistage utilisé dans plusieurs pays, les autorités états-uniennes ont préféré mettre au point leur propre test. Mais il s’est révélé défaillant, ce qui a retardé la prise en charge des cas suspects, a empêché les épidémiologistes de cartographier la propagation du virus et d’identifier les régions sur lesquelles se concentrer, notamment la région de Seattle et la Californie. »

Pour la chercheuse [9], « la réponse n’est pas du tout coordonnée à l’échelon fédéral », ce qui augure de disparités futures très grandes entre les États. « Certains États progressistes, comme New York ou la Californie, ont fait savoir qu’ils allaient prendre en charge l’intégralité des frais de dépistage et le traitement des patients. Il y a des réponses volontaristes, d’autres plus timides. » Et parfois, du moins à ce stade, peu ou pas de réponse du tout.

Aux États-Unis, selon une comptabilité en temps réel du New York Times [10], au moins 666 personnes ont été testées positives au coronavirus dans 36 États. Et au moins 26 en sont mortes, la plupart dans l’État de Washington, où un centre pour personnes âgées a constitué le foyer de contamination le plus important.

Les trois États occidentaux de Washington, Californie et Oregon ont décrété une situation d’urgence sanitaire, de même que l’État de New York, sur la côte est. À Oakland (Californie), un navire de croisière de 3 500 personnes qui croisait au large a pu commencer à débarquer lundi 9 mars. Dix-neuf membres d’équipages et deux passagers y ont été testés positifs. Ils vont être placés en quarantaine pendant deux semaines dans des installations militaires.

Face à cette épidémie, le président américain paraît démuni. Difficile de nier la panique, les morts, les milliers de personnes en quarantaine par précaution, ou cette vingtaine d’universités, comme Columbia, Stanford ou Princeton (200 000 étudiants au total), qui ont cessé les cours.

Des événements sportifs et culturels ont été annulés, de nombreuses écoles ont fermé sur la côte ouest. Une possibilité que la ville de New York n’envisage pas : le système scolaire public municipal, le plus grand du pays, compte 750 000 élèves pauvres, dont plus de 100 000 considérés comme sans domicile fixe, pour qui l’école est synonyme d’éducation, mais aussi d’alimentation et de soins de base.

Difficile aussi de nier les recommandations de sûreté de ses propres collaborateurs, dont Anthony Fauci, le directeur de l’Institut national des allergies et maladies infectieuses, un scientifique qui a publiquement réfuté nombre d’arguments avancés par le président. Fauci ne veut exclure aucune piste afin de limiter à l’avenir l’épidémie aux États-Unis, des restrictions de voyage vers les pays les plus touchés au « verrouillage » à l’italienne des régions ou zones les plus infectées.

Le coronavirus et une potentielle récession, écrit le Washington Post [11], pourraient être le « cygne noir qui va consumer la dernière année » du mandat de Trump et éroder ses chances de réélection – depuis la guerre de Sécession, aucun président n’a été réélu à la suite d’une récession [12].

Effrayé par le dévissage historique des bourses mondiales ce lundi, lui qui a fait du cours des actions un baromètre de sa présidence, Trump a suggéré après la fermeture des marchés, lors d’une courte conférence de presse, des mesures de soutien à venir pour les secteurs les plus touchés (transport aérien, hôtellerie, tourisme), les petites entreprises, et des aides à certains salariés forcés de ne pas travailler.

Le Congrès a déjà voté une enveloppe d’urgence de 8 milliards de dollars, et envisage une deuxième salve de mesures.

Selon le CDC, la crise pourrait être longue. « Si la trajectoire actuelle continue, beaucoup de gens aux États-Unis, cette année ou la prochaine, seront exposés au virus, et il y a une bonne chance qu’ils deviennent malades », a estimé ce lundi 9 mars Nancy Messonnier [13], une des directrices de l’agence fédérale de santé, conseillant aux plus de 60 ans de constituer des stocks et d’éviter les déplacements.

James Lawler, un médecin de l’université du Nebraska, a estimé fin février lors d’un séminaire organisé par l’Association américaine des hôpitaux (AHA), que 96 millions des 340 millions d’Américains pourraient être touchés par le coronavirus [14]. Et que 480 000 pourraient en décéder – l’AHA a fait savoir que cette estimation ne l’engageait pas.

La crise pourrait être d’autant plus violente qu’elle pourrait révéler les injustices criantes du système de santé, et notamment l’ampleur des non-recours aux soins liés aux coûts médicaux du dépistage, des traitements, et d’un éventuel futur vaccin.

Si les entreprises ou les autorités ne prennent pas en charge ces frais, ils seront en effet à la charge des patients ou de leurs assurances privées.

« Près de 87 millions d’Américains sont peu ou pas assurés, explique Sarah Rozenblum. Vingt-huit millions n’ont pas du tout d’assurance, et les autres ont un panier de soins très réduits, avec des deductibles très importants [un montant de frais à avancer avant de pouvoir bénéficier d’un remboursement – ndlr]. »

Trente mille Américains meurent chaque année faute de soins [15], et les dettes médicales accumulées précipitent les banqueroutes individuelles. Ces statistiques désolantes conduisent généralement à considérer le système de santé états-unien comme un des pires parmi les pays les plus riches [16].

« Tout cela peut être très dissuasif pour de nombreuses personnes, qui peuvent présenter des symptômes mais ne pas être incitées à se faire dépister », poursuit Rozenblum : souvent les plus précaires et les immigrés, traqués par l’administration Trump, qui risquent d’hésiter à toquer à la porte d’institutions ou d’autorités pour se faire dépister.

Par ailleurs, les congés maladie ne figurent pas dans le droit fédéral américain, si bien que 30 % des travailleurs n’en bénéficient pas et peuvent être renvoyés immédiatement en cas d’absence. Là encore, il s’agit souvent d’ouvriers et d’employés. Le risque est qu’ils viennent au travail tout en étant infectés, aggravant les risques de dissémination. « Les gens doivent être testés et rester chez eux si le test est positif, rappelle Paul Krugman, prix Nobel d’économie, sur Twitter. Mais nous avons une société où le coût décourage les gens d’être testés, et l’absence de congé maladie interdit à beaucoup de s’arrêter. »

Le plus ironique est sans doute que cette grande crise sanitaire éclate au moment où les candidats démocrates à la présidentielle débattent de « Medicare for All » [17], la proposition de Bernie Sanders qui consisterait à créer un système d’assurance maladie administré par la puissance publique, sur le modèle canadien ou européen.

Cette proposition est jugée irréaliste, et trop coûteuse, par son adversaire, l’ancien vice-président Joe Biden, qui fait désormais figure de favori pour affronter Trump lors de l’élection du 3 novembre. Elle est aussi combattue par les républicains, toujours décidés à obtenir la peau de l’Obamacare, une réforme qui permit en son temps à 20 millions d’Américains d’obtenir une couverture maladie [18], et sur laquelle la Cour suprême, désormais contrôlée par une majorité de juges conservateurs, a décidé de se prononcer l’an prochain.

Pour l’universitaire Sarah Rozenblum, « Medicare for All offrirait pourtant des outils plus adéquats pour lutter contre une telle épidémie ». Autant « à l’échelle individuelle qu’en termes de gouvernance du système de santé ».

Dans les prochaines semaines, les États-Unis risquent de s’en rendre compte, douloureusement.

Mathieu Magnaudeix mardi 10 mars 2020 New York (États-Unis) de notre correspondant.

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10 mars 2020 ~ 0 Commentaire

antiféminisme (inprecor)

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Antiféminisme

Le présent article tente d’analyser le rapport qu’entretiennent les nouvelles droites avec le féminisme.

Une croisade contre le féminisme

La signification de l’antiféminisme a varié à travers le temps et l’espace, mais il a été et est profondément politique. Il se base sur la négation de tout ou partie des affirmations suivantes :

le patriarcat existe, la division sexuelle du travail favorise les hommes ; il faut promouvoir des actions collectives pour corriger ces discriminations et inégalités. En d’autres termes, l’antiféminisme est une opposition collective à l’émancipation féminine (McRobbie, 2018).

L’antiféminisme est probablement aussi ancien que le féminisme.

Comme le note l’historienne Christine Bard dans le travail collectif Antiféminismes et masculinismes d’hier et d’aujourd’hui, dès le 19è siècle et au cours des 20è et 21è siècles, nous assistons à l’apparition de mouvements politiques néoconservateurs et réactionnaires comme réponse aux revendications féministes.

En commençant par les mouvements qui se sont opposés au droit de vote des femmes, à l’entrée des femmes sur le marché du travail ou à leur droit à s’affilier à un syndicat, jusqu’aux positions actuelles qui parlent de féminisme « suprémaciste » ou d’idéologie de genre pour s’opposer au féminisme.

L’antiféminisme actuel n’est pas homogène, certaines de ses expressions sont des attaques brutales contre les femmes et défendent clairement la division sexuelle du travail comme quelque chose de naturel et d’inévitable, si ce n’est voulu par Dieu.

Ses expressions sont sexistes, misogynes, racistes, colonialistes. C’est clairement le cas des sites et blogs de la manosphère. Cependant, certains acteurs de l’antiféminisme contemporain ont peaufiné leur discours.

Pour lutter contre un féminisme qui a gagné une légitimité sociale, politique et normative (Rubio, 2013), ils l’attaquent d’une manière qui paraît plus subtile, adoptant même une partie de son discours.

Tout en introduisant l’idée que le mouvement féministe a déjà atteint ses objectifs et qu’il cherche à défendre aujourd’hui un statut plus avantageux pour les femmes que pour les hommes. Ils soulignent également que le féminisme, malgré son affirmation de défense de l’égalité, ignore les problèmes particuliers des hommes et leur nie des droits.

Bien qu’il ne faille pas confondre les déclarations des dirigeants avec la position de leur parti, les mots de certains légitiment l’antiféminisme, en le normalisant et le rendant plus acceptable. Duterte aux Philippines se vante du fait qu’il a tenté de violer une enfant quand il était adoles-cent. Trump attaque plusieurs parlementaires femmes du fait de leurs enfants. Et dernièrement, Bolsonaro s’est moqué de la différence d’âge d’Emmanuel Macron et de sa compagne, Brigitte Macron, plus âgée que lui.

Ces déclarations misogynes, sexistes et racistes, extraites d’une longue liste, ne sont pas seulement des « dérapages », mais font de l’antiféminisme et de l’autoritarisme la marque de fabrique d’un type d’action politique.

Différents acteurs confluent dans l’antiféminisme, depuis la droite conservatrice et les pouvoirs religieux jusqu’aux partis d’extrême droite et (néo)conservateurs. Leurs discours s’entrelacent et donnent forme à la même vague réactionnaire, qui ne mène pas seulement une bataille cultu-relle, mais également une bataille économique, sociale et démocratique contre les féminismes. La lutte est acharnée et, souvent, ce sont eux qui la gagnent.

L’agenda antiféministe s’articule autour de la négation du caractère structurel des violences machistes, d’actions contre les droits sexuels et reproductifs, en particulier sur la question de l’avortement, de la négation du genre comme construction sociale, avec l’homophobie et la transphobie qui en découlent, mais aussi du sexisme et de la lutte pour un vocabulaire et une grammaire inclusives, dans l’articulation de son discours sur l’« idéologie de genre », comme traits les plus saillants.

Existent également d’autres aspects, comme la ségrégation au travail ou les différences salariales, qui ne sont pas traitées ou alors reçoivent une réponse basée sur des logiques méritocratiques.

Quant au « concept » d’idéologie de genre, il a été inventé par la hiérarchie catholique dans les dernières années du mandat de Jean-Paul II au Vatican.

Il s’agit d’un discours qui cherche à combattre le genre comme concept (Alabao, 2018). Cette position est également avalisée par le pape François qui, dans des déclarations à l’occasion de la présentation de son livre « Cette économie qui tue », fait la réflexion suivante :

« Pensons aux armes nucléaires, à la possibilité de supprimer un grand nombre d’êtres humains en quelques instants. Pensons aussi à la manipulation génétique, à la manipulation de la vie ou à la théorie du genre, qui ne reconnaissent pas l’ordre de la création. Par cette attitude, l’homme commet un nouveau péché contre Dieu le créateur. Le vrai respect de la création n’a rien à voir avec les idéologies qui considèrent l’homme comme un accident, comme un problème à éliminer. Dieu a placé l’homme et la femme au sommet de la création et leur a confié la terre. Le dessein du Créateur est écrit dans la nature » (McElwee, 2015).

Comme l’explique Nuria Alabao (2018) : « Les secteurs ultra-religieux – tous les catholiques ne pensent pas la même chose – qui mènent cette nouvelle croisade veulent reconquérir l’idée de l’homme et de la femme comme biologiquement différenciés et lier cette différence naturelle à des préceptes divins, dont ils font un étendard.

Ces différences naturelles seraient bien sûr liées à une certaine image de la femme comme celle qui prend soin [care], et de la famille comme famille traditionnelle hétérosexuelle, où les fonctions sont réparties selon les sexes ». C’est donc la négation du genre comme construction socioculturelle et l’affirmation de celui-ci comme réalité naturelle.

Cette notion [d’idéologie de genre] construit un objet qui peut être utilisé dans différents buts, de façon transversale, de l’avortement aux supposées attaques contre la famille et/ou au mariage entre personnes de même sexe.

En Espagne, cette croisade n’a pris de l’importance que récemment. Les attaques contre la dite « idéologie de genre » existent depuis longtemps, mais elles étaient minoritaires et réduites à des secteurs associés au catholicisme le plus conservateur.

C’est avec Vox qu’elles sont entrées sur la scène politique et médiatique. La vice-secrétaire de mobilisation de Vox, Alicia V. Rubio, s’est fait remarquer comme une grande militante du « concept d’idéologie de genre », le défendant dans les divers rassemblements auxquels elle participe, et dans lesquels elle expose les thèses principales de son livre Quand ils nous ont interdit d’être des femmes… et vous poursuivirent parce que vous êtes des hommes : pour comprendre comment « l’idéologie de genre » nous affecte (Urbán, 2019).

Vox a ensuite poussé le PP à incorporer cette question dans son discours. Pablo Casado, pendant les primaires, s’est engagé à « une grande convention de réarmement idéologique », centrée fondamentalement sur le combat contre ce qu’ils appellent l’idéologie de genre, et sur la revendication de revenir sur la loi de 1985, relative à l’avortement, comme démonstration la plus concrète.

Là où le combat contre la dite « idéologie de genre » est très présent, c’est dans les Amériques. Cette croisade a été rapidement endossée par l’évangélisme, surtout dans sa version néo-pentecôtiste, la plus puissante, qui a joué notamment un rôle important dans l’élection de Bolsonaro. En Colombie, les positions évangélistes du « non » ont été un élément déterminant dans le référendum sur les accords de paix. Aux États-Unis, le vice-président Mike Pence, évangéliste, est considéré comme un des principaux ennemis du mouvement féministe et LGBTI (Urbán, 2019).

L’utilisation de la dite « idéologie de genre » a donc un caractère politique marqué. L’extrême droite a besoin de créer et de désigner des ennemis pour gagner en cohésion et répondre aux problèmes structurels par la désignation de groupes déterminés.

Le féminisme promeut l’égalité, et cela apparaît inacceptable pour le néo-machisme et le conservatisme le plus radical. La lutte des femmes devient un ennemi, tout comme le sont les migrants, vis-à-vis desquels l’axe central du discours est sécuritaire, avec une instrumentalisation du discours féministe par de nombreuses formations à l’extrême droite.

Nous n’avons que trop d’exemples de ce phénomène. Comme celui des Sverigedemokraterna (Démocrates suédois, SD), troisième force avec 17,6 % des votes en 2018, qui formulent un discours autour de la fierté du modèle scandinave/nordique, mais aussi de l’équité de genre, et présentent la migration comme un danger pour la nation.

Ebba Hermansson, 22 ans, plus jeune député du Parlement suédois, porte-parole pour l’égalité de genre de ce parti, déclare qu’une de ses préoccupations majeures est de « sauver les femmes des violences sexuelles. Si tu viens d’un pays où les femmes ne valent pas autant que les hommes, où les femmes n’ont pas le droit de vivre leur vie comme elles le désirent, il y a un choc quand tu arrives [en Suède] » (Chrisafis, Connolly, Giuffrida, 2019).

Des discours semblables sont tenus chez les Perussuomalaiset (Vrais Finlandais), deuxième force avec 17,5 % en 2019 ; chez le Dansk Folkeparti (Parti populaire danois, DF), avec 21,5 % et deuxième force en 2015 ; chez l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), avec 12,7 % en 2017, ou en Suisse chez l’Union démocratique du centre-Schwizerische Volkspartei (UDC-SVP), avec 29,4 % en 2018.

Ou encore dans l’UKIP (Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, 1,8 % en 2017), mais on pourrait également citer Boris Johnson, quand il dit que « les femmes musulmanes qui portent des burqas ont l’air de boîtes aux lettres ». On peut encore mentionner la Ligue du Nord de Salvini, avec 17,4 % en 2018, ou le Front national en France, avec 21,3 % en 2017. La réponse de Le Pen devant la crise humanitaire en Méditerranée était : « J’ai peur que la crise migratoire signe le début de la fin des droits des femmes » (Chriafis, Connolly, Giuffrida, 2019).

Vox vient s’ajouter à cette liste, par exemple quand Abascal a déclaré au Congrès : « Quand un viol collectif répugnant est commis par des Espagnols, nous connaissons tous les détails des violeurs et on appelle à des manifestations. Mais pour des dizaines de délits similaires, quand les auteurs sont étrangers, tout change ».

Ou encore quand Vox devient le premier parti à refuser d’assister à une réception à l’ambassade de Téhéran, argumentant ne pas pouvoir être présent à un évènement « qui exige un traitement différencié pour les femmes », puisque celles-ci ne pouvaient serrer la main aux représentants iraniens.

Il s’agit de se rappeler aussi que dans l’État espagnol le premier parti qui a recouru au purplewashing a été la Plataforma per Catalunya (PxC), qui s’est dissoute en février 2019 en recommandant à ses membres d’intégrer Vox), parvenant à ce que de nombreuses municipalités de différentes couleurs politiques soutiennent leur proposition d’interdiction de la burqa au niveau local (Urbán, 2019).

• L’identité masculine attaquée.

Joan Sanfélix, sociologue spécialiste des masculinités, introduit de plus un facteur matériel intéressant : « Les fissures de l’identité masculine traditionnelle sont dues à la grande avancée des femmes, qui sont allées occuper l’espace public et défaire les structures familiales classi-ques. De plus, la crise économique a mis à mal l’idéal de carrières aux trajectoires stables et longues, un élément de base dans la construction de l’identité de genre masculine, lié à son rôle économique de soutien de la famille » (Sen, 2019).

À cette analyse s’ajoute l’insécurité provoquée par la précarité du travail et des parcours de vie générée par les politiques néolibérales, bien que cela ne doive pas camoufler le fait que la position antiféministe est provoquée par le refus des hommes de modifier la position privilégiée dans laquelle ils se trouvent.

Face à ces insécurités, l’extrême droite dénonce des coupables : les migrants, les pauvres et le mouvement féministe lui-même. Ainsi, l’antiféminisme recueille une partie des insécurités et mal-être sociaux et économiques d’un certain type d’hommes qui pensent que la mise en doute de la masculinité classique est à l’origine de leurs problèmes. Un mal-être transversal, qui ne peut pas seulement se circonscrire à une génération déterminée.

• Le corps des femmes comme champ de bataille.

Pour l’antiféminisme, la question de l’avortement et du contrôle du corps des femmes est un thème récurrent. La liberté sexuelle et reproductive des femmes est même considérée comme une menace pour la civilisation.

Les femmes ne veulent pas avoir d’enfants, ne veulent pas rester à la maison pour s’occuper du foyer. Le rôle essentiel de la femme est de donner la vie et de garantir la continuité de la patrie, et elles refusent ce rôle.

Dans une Europe en déclin démographique, c’est une question décisive, plus encore dans une logique de supposée invasion migratoire musulmane. Des théories conspirationnistes comme celle que propose Renaud Camus dans le Grand Remplacement, selon laquelle la population blanche chrétienne européenne en général – personnifiée par les Français – est en train d’être systématiquement remplacée par des peuples non européens, alimentent cette logique du contrôle du corps des femmes, de leur rôle dans la société et de comment les femmes européennes doivent vivre leur sexualité.

Le discours du purplewashing donne aussi à voir une volonté de contrôler le corps des femmes, dans ce cas des migrantes. Au nom d’une soi-disant libération des femmes qui « sont stéréo-typées comme victimes, comme des personnes sans capacité de libre arbitre » (Pérez, 2019), on les empêche de porter le voile, on leur dit comment elles peuvent ou non s’habiller dans l’espace public. Les « guerres du voile » sont en train de transformer le corps des femmes en champ de bataille.

• Le paternalisme émergeant.

Les positions antiféministes réactualisées, qui ont repris une partie du discours féministe, affirment aujourd’hui que l’égalité est réalisée et que le problème est de vouloir aller plus loin, parce que cela supposerait un déséquilibre de la balance en faveur des femmes. Ou encore qu’en Europe les femmes ne sont pas opprimées et que le problème se trouve dans d’autres régions du globe. Une lecture qui utilise toujours une vision paternaliste pour dire que le chemin parcouru jusqu’aujourd’hui est validé, mais qu’il est interdit d’aller au-delà.

Dans la même veine,  alors que le féminisme propose l’émancipation, l’extrême droite parle de libération, maintenant ainsi le schéma de l’homme (blanc, occidental et chrétien si possible) qui libère les femmes, opprimées à travers le monde et dans la société. Au passage, ils en profitent pour affirmer la supériorité de la civilisation occidentale et des valeurs libérales, en se servant paradoxalement pour cela de la formule très patriarcale « nous défendons nos femmes ». Émerge ainsi un paternalisme raciste et colonialiste.

• Une réponse anti-establishment ?

Les partis d’extrême droite ont construit une image et un discours fondés sur la provocation, en rompant avec le politiquement correct, en se présentant comme ceux qui disent ce que personne ne se risque à dire, quand bien même cela implique la délégitimation des prémisses démocratiques fondamentales, comme l’égalité, l’inclusion, les droits humains, la protection des minorités, la lutte contre la discrimination, mais aussi la science.

En guise de conclusion

L’extrême droite a trouvé un filon électoral avec l’antiféminisme parce qu’il joue un rôle important d’agrégateur d’identités. Avec l’antiféminisme, ils réussissent à polariser le débat politique par l’intégration de larges couches sociales mécontentes du système, en leur octroyant un sentiment d’appartenance, un rôle sexuel et de genre défini, que le néolibéralisme leur vole. (Résumé)

* Judith Carreras, militante féministe, préside la Fundación Viento Sur. Elle a publié (avec Carlos Sevilla et Miguel Urbán) Eurouniversidad, Mito y realidad del proceso de Bolonia, Icaria editorial, Barcelona 2006. Cet article a été d’abord publié par la revue espagnole Viento Sur n° 166

https://vientosur.info/ Traduit de l’espagnol par Louise Poulain.

http://www.inprecor.fr/

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