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05 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

uniforme (le huffington post)

eton-formal-school-uniform

L’uniforme pour les écoliers, le fantasme « d’une école qui n’a jamais existé »

À Provins, en Seine-et-Marne, les élèves des écoles élémentaires pourront venir en classe vêtus d’un uniforme.

  »C’est une blague historique. » Le débat autour du port de l’uniforme à l’école revient encore dans l’actualité à travers la décision d’un maire Les Républicains de Seine-et-Marne. Au retour des vacances de la Toussaint, ce lundi 5 novembre, les élèves des écoles élémentaires de la ville de Provins pourront en effet venir en classe vêtus d’un uniforme. Une décision qui divise les parents et navre les spécialistes de l’éducation.

Pour 137 euros, chaque enfant disposera d’un pantalon coupe droite, d’un gilet bleu ciel, de polos brodés de la devise républicaine et d’un blouson style aviateur. Un trousseau fourni gratuitement aux familles les plus modestes. Non obligatoire, la nouvelle tenue « sera portée par près de la moitié des élèves », assure le maire de cette sous-préfecture de Seine-et-Marne, Olivier Lavenka, à l’origine de la mesure. « C’est une expérimentation, nous ferons le bilan dans quelques années ».

Pas besoin de plus de temps pour les spécialistes qui jugent la mesure au mieux « démagogique », au pire « réactionnaire. »

D’autant que le débat sur la tenue unique déboule dans l’actualité à intervalle régulier. Depuis 2013, trois propositions de loi ont été déposées en ce sens. Pendant la campagne de 2017, deux candidats à l’élection présidentielle, François Fillon et Marine Le Pen, proposaient eux aussi le « retour à l’uniforme ». Mais pour l’historien de l’éducation Claude Lelièvre, faire penser que l’uniforme était jadis obligatoire dans le primaire et le secondaire est « parfaitement faux. »

Une blouse, pas d’uniforme

« C’est une blague historique à laquelle beaucoup de personnes croient », déplore-t-il auprès du HuffPost avant de poursuivre: « Manifestement, un tas de gens ont une mémoire faussée sur ce sujet. C’est étonnant. »

Malgré ce qu’induit le mythe du « retour » de l’uniforme à l’école, celui ci n’a jamais été obligatoi-re au primaire et était très majoritairement réservé aux écoles huppées dans le secondaire. À l’école, « on portait la blouse, et elles étaient pour la plupart différentes les unes des autres », indique Claude Lelièvre, en précisant qu’elles avaient uniquement une dimension pratique et n’étaient pas portée par tous les élèves.

Sa seule utilité était en effet de protéger les habits,de plus grande valeur à l’époque qu’aujourd’hui, des taches d’encre. Elle a d’ailleurs disparu à la fin des années 60 avec l’apparition du stylo bic.

« Retour » ou non, pour le maire de Provins, le port de l’uniforme dans les écoles de sa ville revêt plusieurs vertus. « Plus pratique le matin pour habiller les enfants », « sentiment d’appar-tenance à la communauté éducative renforcée »: pour l’édile, l’uniforme participe à « un meilleur climat scolaire ». Et il est majoritairement suivi par ses administrés. La mairie avait en effet orga-nisé une consultation en juin dernier. 62% des parents s’étaient prononcés en faveur du port de l’uniforme, approuvant ainsi une mesure qui aurait l’avantage de gommer les « différences sociales » entre les élèves selon ses fervents partisans.

« L’uniforme n’a jamais été un vecteur d’égalité »

Une illusion pour Jean-Yves Rochex, professeur de sciences de l’éducation à l’université     Paris 8  : « C’est de la poudre aux yeux », s’agace-t-il auprès de l’AFP. « On peut mettre tous les uniformes que l’on veut ça ne réglera pas les inégalités dans le milieu scolaire ».

Le chercheur y voit une « mesure démagogique » proposée par certains politiques pour nourrir « une nostalgie réactionnaire d’une école qui n’a jamais existé ». Face à la crise que traverse l’institution scolaire, « le mythe de l’école primaire d’antan » s’est développé, estime-t-il. « Pourtant dans les années 50, l’école était bien plus inégalitaire qu’aujourd’hui ».

Même son de cloche du côté de Claude Lelièvre. L’historien de l’éducation rappelle que dans le secondaire l’uniforme était « très majoritairement » réservé aux écoles huppées et servait « le patriotisme d’établissement » et le sentiment d’appartenance à une élite. « L’uniforme n’a jamais été un vecteur d’égalité », tranche-t-il.Au contraire, il exacerbait la fierté d’appartenir à tel ou tel établissement.

« C’était un trip à l’anglo-saxonne qui servait à manifester le sentiment de se distinguer des autres écoles », explique le spécialiste au HuffPost. Seulement en Grande-Bretagne, la tradition s’étale sur plus de 400 ans… et trouve même écho dans la culture et les mythes nationaux. Harry Potter et son uniforme brodé aux couleurs de Poudlard en est le parfait exemple.

05/11/2018

https://www.huffingtonpost.fr/

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23 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

république (pùblico)

roi

Toute la panoplie du nationaliste catalan: drapeau sur la tête, affiche « liberté presos », ruban jaune et photo de Puigdemont

République ou monarchie

54% de la population est en faveur d’un référendum pour décider selon une enquête de Podemos

Podemos a mené une enquête pour connaître la position de la population sur un référendum pour décider entre Monarchie et République: le résultat 54% sont en faveur de l’organisation de cette consultation, alors que 31% seraient contre un référendum sur le chef d’État. Selon des sources de Podemos, « la même enquête indique que la monarchie est une institution qui représente le passé et que les citoyens associent à la corruption, et seulement 16% des répondants associent la monarchie à la démocratie ».

Le parti pourpre a mené cette consultation interne par manque de données officielles sur la monarchie. Cela fait trois ans que le Centre de recherches sociologiques (CIS INSEE note du blog) ne l’a pas demandé. La dernière fois que le CEI a consulté les citoyens au sujet du chef de l’État, c’était en avril 2015. Ils n’ont même pas demandé la préférence pour la forme de l’État, mais seulement l’évaluation relative à l’institution: 4.34 sur 10. Il n’a pas non plus été confirmé si le Centre de recherche, qui relève directement de la présidence du gouvernement, posera de nouveau des questions sur la monarchie.

Ainsi, faute de données, Podemos a réalisé cette enquête à la fin du mois de juillet dernier. Peu de temps après les irrégularités commises par le roi Juan Carlos Ier, après les révélations de Corinna zu Sayn-Wittgenstein, qui a déclaré avoir des comptes en Suisse.

Les données auxquelles Publico a eu accès montrent que 53,8% sont en faveur du référendum entre la Monarchie ou la République, 31,1% sont contre et 15,1% des personnes interrogées ne savent pas sait ou ne répondent pas

L’enquête a été menée à l’échelle nationale et comportait 1 014 interviews en ligne. Le parti violet, expliquez également que les entretiens ont été menés auprès de la population générale vivant en Espagne depuis 18 ans, avec des quotas par sexe, âge, taille de l’habitat, communautés autonomes et niveau socio-économique, avec une erreur d’échantillonnage de 3,08% , ce qui signifie une confiance de 95,5%.

L’enquête de Podemos coïncide avec une autre étude menée en juillet par Electomanía y Contexto. Dans les résultats, ils indiquent que 6 répondants sur 10 estiment qu’il est nécessaire de voter pour choisir entre la monarchie ou la république. En outre, lors d’une consultation, 53% des jeunes de 35 ans voteront pour une république, alors que ce chiffre tombe à 48% pour les 36 à 55 ans et à 41% pour les plus de 56 ans.

Initiatives de consultations et actes d’aversion envers la Couronne

Ces données coïncident avec les initiatives en cours à Madrid avec des consultations organisées par des habitants de plusieurs quartiers de la capitale. Le 23 juin, 6 490 habitants de Vallecas ont voté pour que l’Espagne soit une république. Et, le 24 novembre prochain, une autre consultation aura lieu dans le district de Vicálvaro. Depuis l’été, les actes d’aversion envers la Couronne émanant de citoyens et d’institutions ont augmenté.

Público a compilé les derniers épisodes qui montrent ce rejet: des étudiants d’excellence à Oviedo qui refusent d’assister avec Felipe VI et Laetizia à la cérémonie de remise des récompenses de la Princesse des Asturies, au jeune homme qui, durant le travail de nettoyage post inondations de Majorque, offre Roi un balai pour le saluer, en passant par la résolution du Parlement catalan condamnant la position du gouvernement central.

Les initiatives du Congrès se sont également multipliées pour enquêter sur la monarchie, en dépit des blocages imposés à la Chambre des députés: mardi, Unidos Podemos et ERC ont présenté à nouveau une commission d’enquête sur les allégations d’activités illégales de Juan Carlos. de Bourbon. Pour éviter les vetos de PP, PSOE et Ciudadanos, ils ont proposé cette fois de limiter l’enquête aux événements survenus après l’abdication de l’ancien chef de l’État, alléguant que l’abdication du roi émérite en 2014 impliquait la renonciation au privilège de l’immunité pour ses actes.

Ce journal a également lancé une pétition en faveur de l’organisation d’un référendum sur la forme du pays. Pour le moment, plus de 140 000 personnes ont signé cette pétition réclamant le droit de se prononcer en faveur de la république ou de la monarchie.

Madrid 23/10/2018

https://www.publico.es/

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17 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

sénat église (le huff’)

wauquierz

Le Sénat rejette la demande d’une commission d’enquête sur les abus sexuels dans l’Église

Elle avait été demandée par les sénateurs socialistes

 La commission des Lois du Sénat a jugé irrecevable ce mercredi 17 octobre la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les abus sexuels dans l’Eglise demandée par les sénateurs socialistes, a indiqué leur chef de file Patrick Kanner. Cette décision devrait être confirmée, sauf énorme surprise, mercredi soir en conférence des présidents.

« On nous a opposé des arguments juridiques », a expliqué Patrick Kanner, dénonçant cepen-dant « une réponse politicienne ». « La droite sénatoriale, sur un sujet aussi sensible, semble rester sur ses principes », a-t-il regretté, soulignant que le groupe PS « n’est pas sur une logique anticléricale », mais au contraire « dans une logique d’aider l’Eglise ».

« Cette commission d’enquête demandée par de nombreux citoyens, croyants ou non, aurait permis de faire enfin la lumière sur le fonctionnement et les dysfonctionnements qui ont empêché qu’un certain nombre d’affaires soient portées devant la Justice », a affirmé le groupe socialiste sans un communiqué.

Une « mission d’information »

Le groupe socialiste « regrette que le Sénat ne se saisisse pas de cette occasion pour per-mettre à de trop nombreuses victimes d’être enfin collectivement entendues et reconnues comme tel. Ces victimes sont des citoyens qui demandent à comprendre pourquoi la Loi et la Justice n’ont pas été appliquées dans leur cas et qui veulent que leur souffrance ne se reproduise plus pour les enfants d’aujourd’hui ».

Selon Patrick Kanner, le président LR de la commission des Lois, Philippe Bas, proposerait, en lieu et place d’une commission d’enquête, une « mission d’information » commune à la commis-sion des Affaires sociales et à la commission de l’Education.

Un groupe de personnalités réunissant des religieux, d’ex-ministres, des avocats et des victimes avait lancé récemment un appel, publié dans Témoignage Chrétien, réclamant une enquête parlementaire sur les abus sexuels dans l’Eglise en France.

88% des Français (87% des catholiques, 90% des pratiquants) se sont par ailleurs déclarés favorables à une commission parlementaire « enquêtant sur les crimes pédophiles et leur dissimulation dans l’Eglise catholique », selon un récent sondage publié dans Témoignage chrétien.

LUDOVIC MARIN 17/10/2018

https://www.huffingtonpost.fr

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08 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

francophonie (cadtm peuple-breton)

afrique
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L’œuvre négative du néocolonialisme français et Européen en Afrique. La francophonie

La diffusion de la langue française en Afrique est partie intégrante du projet colonial.

Elle fait partie intégrante de l’ « œuvre civilisatrice » que prétendait apporter le colonialisme. La civilisation est, en effet, entendue dans le projet colonial, comme l’extraction de l’homme afri-cain de ses cultures « barbares » pour le faire entrer dans l’histoire et dans la civilisation par l’assimilation. Les indépendances africaines de la décennie 60 voient ainsi arriver au pouvoir des « élites » francophones dans des pays où les cultures et langues maternelles ont été asphyxiées quand elles n’ont pas été réduites à du folklore. Ce qui s’appelle déjà dès l’ère coloniale « francophonie » s’impose rapidement comme politique publique de maintien de la dépendance des élites et d’aliénation des masses populaires africaines.(…)

Langue française et colonisation

(…) Loin d’être isolée, l’idée d’une langue française civilisatrice préside à la création de « l’Alliance française » (dont le titre intégral est : Association nationale pour la propagation de la langue française dans les colonies et à l’étranger) en juillet 1883. La diversité politique des fondateurs de cette institution souligne le consensus colonial quasi-total de l’époque: le général Faidher-be, le cardinal de Lavigerie, Ferdinand de Lesseps, Paul Bert, Louis Pasteur, Ernest Renan, etc. Les objectifs sont, en effet, sans ambiguïtés et sont résumés comme suit deux ans après la création de l’institution coloniale : « Par l’école, vulgariser l’usage du français dans nos colo-nies et nos protectorats ; par l’école, soutenir le prestige de la France dans les contrées barbares [sic] où il domine depuis longtemps, particulièrement dans les pays musulmans du Levant ; etc [3]. »

La troisième république laïque n’hésite pas à s’appuyer sur l’Église pour diffuser cette langue française que l’on considère nécessaire à la « conquête des esprits » devant parachever la conquête militaire. « Les missionnaires doivent être des agents de l’influence française par la diffusion de la langue. […] L’objectif fixé aux écoles confessionnelles est précis et limité : [faire des élèves] des auxiliaires de la colonisation [4] » résume le prêtre et historien Joseph Roger Benoist. Le chercheur en sciences sociales Raberh Achi évoque même une « exception coloniale à la laïcité ».

Il n’y a donc aucun projet de scolarisation généralisée des colonisés mais volonté de créer une « élite » francisée au service de la colonisation.

« Les autorités françaises utilisaient ces élites comme instruments de leur domination sur les masses indigènes. Elles espéraient également qu’elles guideraient par leur exemple l’évolution de leur société dans la voie de l’association, du rapprochement, voire de la « fusion des races  [5] » analyse l’historien Guy Pervillé. Faisant le bilan de l’œuvre civilisatrice française dans les colonies en 1943, l’historien et directeur de l’école coloniale en Afrique Occidentale Française de 1926 à 1943, Georges Hardy insiste sur la fonction politique de cette élite indigène.

L’auteur développe dans ses thèses l’idée d’une limitation de l’accès à l’enseignement à une infime élite. Une ouverture plus large aurait des effets dangereux pour le système colonial.

Un grand soin est apporté à la production de cette élite conçue comme chainon entre le colonisateur et le colonisé. On se préoccupe par exemple de leur mariage avec la création d’écoles féminines visant à produire les épouses de ces « évolués » : « C’est un malaise de constater le nombre croissant de jeunes hommes instruits et le petit nombre de femmes éduquées que nous plaçons à côté d’eux […].

Qui épouseront-ils tous ces médecins, ces comptables, ces employés de postes et quantité d’hommes évolués que nous créons à jets continus suivant les besoins de la colonie [8]. » Il s’agit bien de produire un groupe social spécifique culturellement et socialement attaché à la culture et à la langue du colonisateur.

L’enseignement offert à cette élite évoluée est articulé à un processus d’alié-nation qu’un livre consacré à « l’aliénation colonialiste » en Algérie décrit comme suit en 1961 :

« Convaincre les indigènes de leur infériorité, à tous égards par rapport aux français est selon lui (Cavaignac) le devoir fondamental des dirigeants de l’entreprise en Algérie ». Complexe qu’on s’est efforcé de créer surtout chez ceux qui ont eu le privilège des bancs de l’école. En effet, chez ces derniers les enseignants et la propagande officielle ont contribué à faire exister, valoriser, admirer en exclusivité comme étant le bien et le beau absolus, le patrimoine de la France : sa culture, son histoire, ses héros, ses poètes, ses savants, ses coutumes, sa mode vestimentaire, etc., en bref la civilisation française. Par là même, tout a concouru à nier l’exis-tence d’autres valeurs, à refuser toute qualité à ce qui n’est pas français ou au moins occidental et en premier lieu donc, à tout ce qui est algérien [10].

La confrontation avec l’injustice coloniale conduira une partie non négligeable de cette élite au combat pour l’indépendance.

Cependant les socialisations scolaires et les habitus continuent de les rattacher à l’ancienne puissance coloniale : habitudes de vie, modes de consommation, contenus des enseigne-ments, réseaux d’amis, souvenirs de voyages et/ou d’études en France, capital de lectures et donc système de références, etc. Le dispositif institutionnel de la francophonie s’appuie sur cette dépendance culturelle pour la faire perdurer et la renforcer au-delà les indépendances.

La toile d’araignée francophone

Si Onésime Reclus est présenté par le discours officiel de la francophonie comme le père fondateur du concept, l’événement fondateur pour la « mythistoire francophone [11] » est la publication en 1962 du numéro de la revue Esprit intitulé « Le français, langue vivante ». Si le numéro de la revue Esprit est réellement une défense de la francophonie à laquelle participent des chefs d’État de l’ancien empire colonial, il n’est pas contrairement à l’affirmation officielle « l’acte de naissance ».

Deux ans plus tôt le gouvernement français prenait l’initiative de créer la « Conférence des Ministres de l’Éducation des pays africains et malgache d’expression française » (Confemen) qui est de ce fait la première institution intergouvernementale francophone postcoloniale. Cette institution qui regroupe à sa naissance 15 États (c’est-à-dire la plupart des pays de l’ancien empire colonial africain français et la France) se réunit tous les deux ans pour « pour tracer les orientations en matière d’éducation et de formation au service du développement [13] ».

Le choix de l’éducation nationale comme premier terrain de la francophonie n’est, bien entendu, pas anodin.

La colonisation et sa scolarisation sélective ont suscité une soif et une attente de scolarité qu’aucun État nouvellement indépendant ne peut ignorer. La légitimité politique passe, entre autre, au moment des indépendances, par une démocratisation de l’enseignement. De fait tous les États nouvellement indépendant d’Afrique, quel que soit leur orientation politique mettront en place une telle orientation qui en quelques années donneront des résultats laissant loin derrière toute « l’œuvre scolaire » coloniale.

Dans ce contexte l’enjeu devient dès lors le contenu et la langue de cette scolarisation.

En témoigne la passe d’arme lors de l’inauguration de l’Université de Dakar le 9 décembre 1959 entre le recteur français Lucien Paye et le président de l’Union générale des Étudiants d’Afrique occidentale (UGEAO) Daouda Sow. Le premier déclare : « Est-il plus noble program-me que celui auquel le Conseil de l’université, lors de sa récente séance, apportait une adhésion unanime : « Être une université française au service de l’Afrique ? »

Le second lui rétorque : « L’Université de Dakar se doit de porter, selon nous, un cachet typiquement africain. On y doit sentir battre le cœur de l’Afrique d’hier et de demain. Vous comprenez alors que notre souhait demeure de voir cette université devenir un foyer de chercheurs à vocation africaine, mais au service de l’Universel et de la vérité [14]. »

L’auteur à qui nous empruntons ces citations, l’historien ivoirien Chikouna Cissé, analyse comme suit la stratégie française de ces premiers pas de la francophonie postcoloniale :

Confrontée à l’exaltation de la ferveur panafricaniste, la France choisit de resserrer les liens avec ses anciennes colonies, au début des années 1960, à des fins de contrôle politique. Ce bornage du pré-carré trouva son expression tangible dans la multitude de rencontres des ministres de l’Éducation d’expression française où l’on pouvait noter souvent, une surrepré-sentation française. Dix-huit conférences, selon le décompte de l’historien Laurent Manière, réunirent Français et Africains entre 1960 et 1969, dans le cadre de la signature et de l’application d’accords de coopération signés [15].

Cette première institution francophone inscrite dans les accords de coopération (dont nous avons soulignés la dimension néocoloniale dans une livraison antérieure [16]), sera suivie de nombreuses autres. L’ensemble des champs éducatif, sportif, médiatique et culturel sont désormais couvert par le réseau institutionnel francophone. Outre leurs propres réseaux, ces institutions peuvent s’appuyer sur le plus que centenaire réseau des « Alliances Françaises » qui regroupe 835 agences en 2018 dont 115 en Afrique couvrant 35 pays.

Pour couronner l’ensemble du dispositif des « Sommets des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage », plus connus sous le nom « Sommet de la Franco-phonie » se réunissent à partir de 1986 tous les deux ans.  Le dernier sommet de 2016 a ainsi vu la participation de 54 États membres, 4 membres associés et 26 observateurs (dont 31 pays africains).

Les mécanismes de la dépendance

La question et le problème que pose la Francophonie n’est, bien entendu pas réductible à la question de l’usage du français. L’approche essentialiste de la langue n’aide en rien à comprendre l’enjeu posé par la francophonie néocoloniale.

Comme le souligne Kateb Yacine, la langue de l’ancien colonisateur, peut s’appréhender comme un « butin de guerre » pouvant être mis au service de l’émancipation. Après tout de nombreux leaders des indépendances ont subvertit les enseignements appris à l’école colo-niale française pour les mettre au service de la libération de leurs pays. Il ne s’agit donc pas de rejeter une langue en soi mais d’interroger les mécanismes d’un dispositif institutionnel politique et ses conséquences sur les États africains.

Le refus de l’essentialisme en matière de langue ne doit cependant pas nous amener à faire l’erreur exactement inverse c’est-à-dire ne considérer celle-ci que comme un instrument de communication neutre rendant toutes les langues interchangeables sans conséquences.

La langue est un système […] par le biais duquel les membres d’une communauté se repré-sentent la réalité (physique, psychologique, sociale, conceptuelle, virtuelle, etc.), communi-quent entre eux et s’identifient culturellement [18] » explique le chercheur canadien en sciences de l’éducation Pierre Legendre.

« Il est clair que la langue est nécessaire à la constitution d’une identité collective, qu’elle garantit la cohésion sociale d’une communauté, qu’elle en constitue d’autant plus le ciment qu’elle s’affiche [19] » complète le linguiste français Patrick Charaudeau. On ne change pas de langue comme de lunettes. Celle-ci apporte au sujet une dimension culturelle et identitaire, une vision du monde résultat d’une expérience historique collective. Elle inscrit le sujet dans une filiation et une histoire.

Bien entendu la langue est une réalité vivante mutant avec l’expérience collective du groupe qui la parle.

L’utilisation d’une même langue ne signifie donc pas en soi une similitude des identités. Qu’un sénégalais ou un québécois parlent le français ne signifient donc pas qu’ils ont la même iden-tité. Cependant la présence d’une situation et de rapports de domination ouvre un processus d’aliénation qui à son tour alimente et renforce la domination. C’est pourquoi le choix de la langue nationale n’est jamais une question secondaire et c’est aussi la raison d’une telle insistance à promouvoir la francophonie de la part de l’ancienne puissance coloniale.

Sur le plan de chaque nation la question linguistique s’articule à la question des classes sociales du fait d’une maîtrise inégale de la langue officielle selon l’appartenance sociale.

Le romancier kenyan N’Gugi wa Thiong’o explique comme suit sa décision de ne plus écrire en anglais pour écrire désormais en Kikuyu et en kiswahili : « Coupée du peuple [la littérature des premières décennies des indépendances], prisonnière des barrières linguistiques héritées du colonialisme, la nouvelle littérature échouait à rassembler au-delà d’une frange d’étudiants, de professeurs et de fonctionnaires en tous genres [20]. ».

Autrement dit l’inégalité de maîtrise de la langue nationale contribue au renforcement des pouvoirs néocoloniaux. « Préconiser la francophonie dans le cadre d’un enseignement de classe destiné à for­mer une élite de technocrates, c’est vouloir tout simplement perpétuer le système de relais de domination entre l’ancienne métropole et les peuples exploités [21] » résume Hassan Benaddi un des animateurs de la revue progressiste marocaine Souffles. Pour prévenir les critiques il précise : « clamons-le encore nous sommes contre la Francophonie et seuls les messieurs Jourdain du néo-colonialisme oseront désormais nous traiter de francophobes [22]. »

La figure de Senghor illustre pleinement la dimension aliénante de la franco-phonie dominante c’est-à-dire celle qui fonctionne réellement et concrètement.

Celui qui est présenté avec le tunisien Habib Bourguiba comme un des « fondateurs » de la francophonie) défend la thèse d’une symbiose harmonieuse entre le français (langue officielle) et les six langues nationales (le wolof, le serere, le diola, le peul, le manding, le soninke). Pourtant plus de cinquante ans après l’indépendance le français reste la langue de l’élite, de ses institutions et du pouvoir, alors que les langues nationales sont la langue des masses et de la rue.

Un de ses arguments est le nombre important de langues africaines empêchant d’en choisir une (c’est-à-dire rendant nécessaire de choisir le français comme langue commune).

Cet argument ne tient pas pour le Sénégal. D’une part comme l’a démontré Cheikh Anta Diop, les différentes langues du Sénégal sont apparentées entre elles [25]. D’autre part toutes les minorités sont très majoritairement bilingues et parlent la langue majoritaire le Wolof. « Environ 80 % de la population le pratique sur toute l’étendue du territoire [26] » rappellent le linguiste sénégalais Jean Léopold Diouf et la linguiste française Marina Yaguello. La situation est sensiblement la même dans de nombreux pays africains.

En outre le choix du français reproduit la balkanisation issue des anciennes puissances coloniales.

Ainsi la Gambie « anglophone » et le Sénégal « francophone » ont le Wolof comme langue commune. Alors qu’existent de nombreuses langues transnationales de communication, chacun des États continue d’utiliser comme langue officielle celle de son ancien colonisateur.

C’est le cas du Haoussa qui est utilisé au Nigéria, au Niger et au Tchad ; du Soninké parlé au Sénégal, au Mali et en Mauritanie ; du peul que l’on trouve au Mali, en Mauritanie, au Sénégal, en Guinée, au Burkina Faso, au Niger et au Nigéria ; etc.

Ces différentes langues parlées par les paysans et les ouvriers constituent des ponts entre les États africains pouvant servir de base à un développement économique autocentré correspon-dant aux besoins de ces peuples. C’est ce que souligne Cheikh Anta Diop dans son combat pour l’adoption de langues officielles africaines. Dès 1954 il soulignait qu’ « on ne saurait insister suffisamment sur le fait que l’impérialisme culturel est la vis de sécurité de l’impérialis-me économique ; détruire les bases du premier c’est donc contribuer à la suppression du second [27] ».

La francophonie ne se limite pas à sa seule dimension linguistique

Même les scénarios des films d’Hollywood sont des armes. Il suffit d’écouter les applaudisse-ments des spectateurs africains quand les héros hollywoodiens massacrent les Indiens ou les Asiatiques pour se rendre compte de la puissance d’un tel moyen. En effet, dans les continents en voie de développement où l’héritage colonialiste a laissé une grande majorité d’illettrés même le plus petit enfant est atteint par le message contenu dans les histoires de sang et de violence venues de Californie. Et avec le meurtre et le Far West arrive un barrage incessant de propagande anti-socialiste, dans lequel le syndicaliste, le révolutionnaire ou l’homme à la peau sombre joue généralement le rôle du traitre, alors que le policier, le détective, l’agent fédéral – en un mot l’espion type CIA – est toujours un héros [28]

Ingérences et résistances

Le lien entre francophonie et intérêts économiques est parfois publiquement assumé comme en témoigne la déclaration du ministre français des affaires étrangères, Yvon Bourges, à l’assemblée nationale française le 23 octobre 1967 :

Et naturellement le premier objectif de mon département est de favoriser la pénétration de la langue et de la culture françaises dans les pays d’Afrique et de Madagascar… ; le second objectif que nous nous proposons est d’ordre économique : le maintien et le développement des intérêts commerciaux et industriels français constituent également une préoccupation constante du Secrétariat d’Etat aux Affaires Etrangères en charge de la coopération. Je le dis sans aucune honte. Cela n’a d’ailleurs rien d’illégitime ni de sordide. La coopération n’est pas une entreprise intéressée au sens égoïste du terme, mais il ne peut s’agir ni de gaspillage ni de prodigalité … [30]

La parole se fera plus prudente ultérieurement mais l’articulation entre francophonie et défenses des intérêts économiques français reste une constante jusqu’à aujourd’hui.

L’évolution des thèmes des sommets de la francophonie en témoigne. Ainsi en est-il du quinziè-me sommet de Dakar en 2014 dont l’objectif était d’adopter une « stratégie économique pour la Francophonie ». Ceux qui pensent encore que la Francophonie institutionnelle est une affaire de « langue en partage » sont ou naïfs ou malhonnêtes face à la simple idée d’une stratégie économique commune possible en maintenant le franc CFA, les accords de partenariat économique (APE), la dette et ses plans d’ajustement structurel, les multiples interventions militaires, etc.

L’annulation de la dette publique de 7 pays africains par le Canada lors du sommet du Québec en 1987 puis l’annulation partielle de la dette publique par la France lors du sommet de Dakar en 1989 pèsent peu face à l’immensité de la dette privée et aux pressions des « amis franco-phones » pour qu’elle soit remboursée au prix de Plans d’ajustement structurel qui empêchent toute possibilité de développement.

Si la Francophonie connaît un élargissement notable des pays membres en s’élargissant désormais à des pays de l’Est de l’Europe, elle est en revanche de plus en plus critiquée et remise en cause en Afrique. En témoigne les multiples écrits visant à démontrer qu’elle n’est pas de nature néocolonialiste.

L’argument de l’élargissement extra-africain souligne justement que la francophonie est devenue un des outils dans la concurrence mondiale entre les USA, l’Union européenne et le Canada qui n’a cessé de s’exacerber depuis le début de la mondialisation. Celui de l’origine de ses fondateurs rappelle simplement le mode d’accès à l’indépendance ayant pour cœur la préparation d’une transition entre le colonialisme et le néocolonialisme. Les trois chefs d’État africains généralement cités (Senghor, Bourguiba et Diori) ont été dans cette période de transition de « bons élèves ».

Les voix africaines remettant en cause la francophonie institutionnelle ne cessent en revanche de se multiplier.

« Si le français, en Afrique de l’Ouest, à mesure que les colons justifiaient leur « mission » civilisatrice, a longtemps valu comme langue du progrès, il constitue aujourd’hui, pour certains, de par son ambiguïté, un symbole d’assujettissement qui, du point de vue local, serait à l’origine de la négation, voire de la destruction des cultures africaines. […] il est alors possible d’entendre à Bamako : « À bas la francophonie ! » dans un meeting associatif [33] » remar-que la sociolinguiste Cécile Canut.

A l’occasion du quarantième anniversaire de la franco-phonie en 2010, le quotidien Burkinabais « Le pays-Ouagadougou » va dans le même sens en soulignant :

En francophonie, on note un réel déséquilibre entre pays du Nord et du Sud, les seconds étant étroitement dépendants des premiers qui assurent pour la plupart le financement du dévelop-pement. Ce déséquilibre s’est accentué au fil du temps du fait du poids de la France en rapport avec les visées géostratégiques de l’Élysée. Le rayonnement culturel étant sous-jacent à l’influ-ence économique, la France qui n’a plus ses colonies, sent qu’elle perd de son lustre d’antan. La francophonie devient alors le cadre idéal pour restaurer cette influence. On le sent lors des grandes messes rituelles. Paris dissimule à peine qu’elle se trouve au centre des prises de décisions [34].

Plus grave encore pour la stratégie néocoloniale, on assiste à un mouvement populaire de réaffirmation de soi et de réinvestissement des langues locales. Ainsi au Sénégal présenté par l’histoire officielle francophone comme le berceau de la francophonie, « le français recule au profit du wolof. Un phénomène de fond qui n’est pas sans conséquence sur la vie quotidien-ne [35] » souligne un article au titre significatif (« Le Sénégal est-il encore un pays francopho-ne ? ») de Slate Afrique de 2016. Une émission de TV 5 Monde titre dans le même sens en février 2018 : « Le Sénégal perd son français au profit du wolof. »

Ces réactions populaires convergent avec des prises de position politique à l’exemple de l’appel à un « contre-sommet anti-francophone » en 2014 à l’occasion du sommet de la francophonie 

« Les parties signataires de la présente plateforme considèrent que les Sommets dits franco-phones ne sont qu’un mauvais cirque destiné, principalement à couvrir et cautionner les abus de puissance multiformes du néocolonialisme français en Afrique, aujourd’hui placé sous la tutelle des Usa depuis sa réintégration dans le commandement de l’Otan ; et accessoirement à entretenir la corruption, la concussion et des trafics « françafricains » en tous genres [36]. » L’évènement a été évalué comme suffisamment important pour susciter une interdiction des manifestations publiques par le gouverneur de Dakar pendant la durée du sommet francophone pour des raisons de « sécurité ».

Ces militants qui s’opposent à la francophonie institutionnelle restent encore largement mino-ritaire. Leur simple existence est un signe du développement des consciences au regard de la période précédente. Le jeune âge de ces militants souligne l’émergence d’une nouvelle géné-ration militante porteuse d’avenir pour les peuples africains. (Résumé, pour l’intégrale, voir lien)

8 octobre Saïd Bouamama

http://www.cadtm.org/

Lire aussi:

Macron : « la francophonie est une famille aux dimensions planétaires » (Le Peuple Breton)

Ne pas confondre:

Onésime Reclus (Wikipédia)

Élisée Reclus (Wikipédia)

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13 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

jeux dangereux (politis)

Bretagnen Antifasciste

Jeux dangereux

Nous devrions être vaccinés contre cette mortelle illusion qui consiste à emprunter tout ou partie du discours de l’extrême droite pour la combattre.

On a beau se dire que ces gens sont ultra minoritaires et que c’est pire en Grèce avec Aube dorée ; on a beau se répéter que l’Allemagne en 2018, ce n’est pas ça, on n’échappe pas aux douloureuses résonances de l’histoire. Ces vociférations néo-nazies dans les rues de villes allemandes font un bruit assourdissant. Comment en est-on arrivé là dans un pays qui a pour-tant accompli mieux que la France ce qu’on appelle, avec parfois une certaine emphase, un « devoir de mémoire » ? La vraie question n’est pas de l’existence de ces groupuscules, qui n’ont jamais disparu, mais de leur arrogance aujourd’hui publique.

À Köthen, comme à Chemnitz, ils se sont livrés à ce qui ressemble à des débuts de pogroms, appliquant cette « loi » effroyable du bouc émissaire quand toute une population est tenue pour responsable du crime d’un seul. Des migrants ont été traqués et frappés en raison de leur apparence. Pour trouver une explication, ce n’est pas tant le passé qu’il faut interroger que l’état actuel d’une Europe désespérante d’inégalités. Si ces gens osent aujourd’hui passer à l’acte et invoquer les mânes d’Hitler, c’est aussi que s’est formée à partir de cet embryon de folie une chaîne de complaisances, et de complicités, jusqu’aux plus hauts sommets de l’État. Un continuum qui va du mouvement d’extrême droite AfD, les amis de Madame Le Pen, jusqu’au ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer, lui-même.

Certes, ce dirigeant de la CSU, pièce maîtresse de la coalition d’Angela Merkel, n’est pas un néo-nazi, mais en approuvant les manifestations, il légitime ces mouvements.

En affirmant que « l’immigration est la mère de tous les problèmes », il prétend hypocritement « contenir » la percée de l’AfD. En vérité, il espère transférer les peurs et les frustrations socia-les sur le terrain de la xénophobie, et dissimuler les causes profondes du malaise : le chômage et la détresse sociale. Ce n’est plus le résultat de la politique de la coalition dont il est un pilier, mais la faute des migrants. Mais laissons là Seehofer.

Car l’idée selon laquelle il faudrait aller sur les thématiques de l’extrême droite pour « contenir » ses avancées se répand, hélas, jusqu’à la gauche radicale.

Avec d’autres motivations, bien sûr, c’est le calcul inquiétant de l’une des figures de proue de Die Linke, Sahra Wagenknecht, qui vient de fonder un mouvement antimigrants en dénonçant « la bonne conscience » de la gauche.

En France, l’étrange conseiller de Jean-Luc Mélenchon, Djordje Kuzmanovic, a défendu sur le site de L’Obs une thèse similaire, en tentant, gauche oblige, de la couvrir d’un vernis «marxiste». Il a d’ailleurs reçu, et sans doute mérité, l’hommage de Valeurs actuelles. Pour lui, l’immigration massive répondrait aux vœux d’un patronat avide de posséder une main-d’œuvre à vil prix. Mélenchon lui-même s’était hasardé quelques jours auparavant dans cette voie qui relève de la vulgate marxiste. On ne sache pas que le Medef, et ses amis politiques, Macron et Wauquiez, soient d’ardents partisans de l’immigration… Pas davantage qu’avant eux Manuel Valls ou François Fillon.

Ce sont aujourd’hui les délocalisations

Et la sous-traitance dans les pays à faible niveau social qui permettent aux patrons d’exacerber la concurrence aux dépens des travailleurs français. Mais, à ce débat, l’historien Roger Martelli a apporté une réponse convaincante, remplaçant la vulgate marxiste par le marxisme lui-même. Plus largement, la question qui transparaît ici est celle de la stratégie électorale. Ce sont des jeux dangereux. Nous devrions être vaccinés contre cette mortelle illusion qui consiste à emprunter tout ou partie du discours de l’extrême droite pour la combattre. C’est au contraire un terrible facteur de confusion et de désarroi. Tenir le discours de l’adversaire pour capter son électorat, on connaît. C’est ce même raisonnement qui a conduit la social-démocratie, au nom du réalisme, à reprendre à son compte les dogmes budgétaires de la droite.

Dans son dernier ouvrage, Pierre Rosanvallon tire un juste et sévère bilan de ce froid « réalisme » (lire l’article d’Olivier Doubre, ici). La gauche a opéré le tournant de l’orthodoxie budgétaire en 1982-83 pour convaincre la droite qu’elle savait « gérer » aussi bien qu’elle. En 1997, elle a pris le tournant sécuritaire avec le même alibi. C’est ainsi que de petits pas en petits pas, elle a laissé son âme. Nous avons encore, à gauche, quelques mouvements qui ont une âme. Elle est précieuse. Sauvons-là !

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13 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

réfugiés (npa)

refug

La question des réfugiéEs, une ligne rouge pour les internationalistes

En cette rentrée, la question des migrantEs est au cœur des débats du début de campagne des élections européennes.

Et on peut dire qu’il y a du gros temps, et qu’un vent mauvais souffle.

La pression de l’extrême droite raciste et xénophobe a miné le terrain dans toute l’Europe. Il y a urgence à reprendre l’offensive idéologique pour faire entendre une voix internationaliste, soli-daire, sans la moindre réserve, de nos frères et sœurs de classe que les conflits, les catastro-phes climatiques, la misère ou simplement leur choix, transforment en réfugiéEs. Et cela commence par un débat qui s’annonce serré avec les voix qui, à gauche de la social-démocratie, commencent à déraper gravement.

« Il faut être réaliste »

L’espace médiatique ouvert par les déclarations de Sahra Wagenknecht en Allemagne semble avoir provoqué un appel d’air dans les rangs de La France insoumise. Dans le Figaro du 9 septembre, un cadre de la FI déclare : «Il faut être réaliste. Si nous adoptons la même ligne que les formations d’extrême gauche sur l’immigration, dans le contexte actuel, nous sommes morts politiquement.

Contrairement à certaines formations, nous, nous avons vocation à gagner dans les élections ».

À mettre en rapport avec les déclarations de Jean-Luc Mélenchon dans le Monde le 24 août « Je n’ai jamais été pour la liberté d’installation et je ne vais pas commencer aujourd’hui. », et dans son livre paru le 8 septembre « Si on ne veut pas que les gens viennent, il vaut mieux qu’ils ne partent pas. […] Il faut cesser de croire que les gens partent par plaisir. Donc étei-gnons l’une après l’autre les causes de leur départ. Elles sont très simples, c’est la guerre et la misère ».

Bien sûr ce n’est pas un racisme crétin, mais les prétendus intérêts des peuples d’ici et d’ailleurs qui guideraient ces propos.

Ainsi, toujours selon Mélenchon : « Oui, il y a des vagues migratoires, oui, elles peuvent poser de nombreux problèmes aux sociétés d’accueil quand certains en profitent pour baisser les salaires en Allemagne. Nous disons : honte à ceux qui organisent l’immigration par les traités de libre-échange et qui l’utilisent ensuite pour faire pression sur les salariés. »

Et l’aboutisse-ment de ce raisonnement est tenu par Djordje Kuzmanovic

(futur candidat de la FI aux européennes) : « La bonne conscience de gauche empêche de réfléchir concrètement à la façon de ralentir, voire d’assécher les flux migratoires. […] On ne peut pas laisser mourir les gens en Méditerranée, mais si une personne n’est pas éligible au droit d’asile, il faut la renvoyer dans son pays. Et rapidement. »

Pas de fatalité, mais un rapport de forces 

Au NPA, nous défendons l’ouverture des frontières, la liberté de circulation et d’installation pour touTEs, et l’égalité des droits de manière indissociable. Et ce n’est pas l’affaire d’une « bonne conscience » mais d’une compréhension d’appartenir à une classe qui n’a pas de frontière.

Il n’y a pas de logique économique selon laquelle des conditions objectives permettraient d’augmenter ou de diminuer les salaires, de développer un pays ou de l’enfoncer dans le sous-développement.

Il y a des classes sociales qui se battent et créent des rapports de forces politiques.

Si le patronat allemand peut utiliser les réfugiéEs pour faire baisser les salaires, c’est qu’il a déjà créé les conditions qui font que, selon le journal La Tribune, « la prospérité allemande est un cauchemar pour 40 % de ses citoyens ».

Il n’y a pas de fatalité sur le fait qu’un afflux de population provoque une baisse des salaires.

Des historiens ont, par exemple, montré qu’en 1962 et les années suivantes, le retour en catastrophe des 900 000 rapatriéEs d’Algérie a provoqué une baisse ponctuelle des salaires dans les régions d’arrivée avant que ceux-ci ne remontent… après 1968.

Toute la question est de savoir qui est à l’offensive :

Les patrons et leur personnel politique, ou le mouvement ouvrier internationaliste. Diviser le monde du travail a toujours été une arme des classes dominantes. Nous devons donc leur opposer un programme qui réalise l’unité de notre camp.

C’est pour cela que le NPA défendra dans la campagne des européennes :

– L’arrêt des interventions militaires françaises et européennes dans quelque cadre que ce soit ;

– La fermeture des hotspots en Afrique ;

– La régularisation de touTEs les sans-papiers pour en finir avec la clandestinité qui condamne à l’exploitation et à la précarité généralisées ;

– La diminution du temps de travail pour partager le travail entre toutes les mains quelles que soient leur couleur, leur origine, ou leur nationalité…

Plus que jamais convaincuEs que « l’Internationale sera le genre humain » !

Cathy Billard  Mercredi 12 septembre 2018

https://npa2009.org/

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Jeux dangereux (Politis)

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02 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

john mc cain (le huffington post + acrimed)

ecoles usa

Pourquoi John McCain n’était pas un héros mais un va-t-en-guerre

Le choix de l’Establishment politico-médiatique américain d’aduler McCain est une honte.

On connaît la locution latine: De mortuis nihil nisi bonum (des morts ne dire que du bien) et il est certes correct de ne pas affliger les familles des personnes décédées. Cet adage n’est pas respecté dans certains cas. La mort récente du militant pour la paix israélien, Uri Avnery, n’a pas été saluée que par des hommages. La volonté de ne pas heurter la mémoire des morts ne peut cependant oblitérer le devoir de dire la vérité.

John McCain est quasi-uniformément présenté comme un héros, le dernier héros dit le Spiegel par les médias dominants de qualité qui s’autodéfinissent comme progressistes ou aux Etats-Unis comme liberal (de centre gauche).

Le New York Times lui consacre de nombreux articles élogieux.

On le célèbre parce qu’il serait un maverick (non conformiste, penseur indépendant). Surtout, comme l’écrit Le Monde, il serait « un farouche opposant à Donald Trump » et France Culture indique que seuls Trump et les médias russes ne se joindraient pas aux hommages planétaires rendus à ce héros américain.

Les hommages rendus à McCain sont singulièrement sélectifs.

On mentionne le fait qu’il aurait été torturé au Vietnam, ce que ses gardes vietnamiens contes-tent, et explique son statut de héros de la guerre du Vietnam. McCain est resté prisonnier pendant plus de 5 ans au Vietnam mais peut-on être le héros d’une guerre terrible, injuste et meurtrière? Il a été capturé alors qu’il était en mission de bombardement pour tuer des civils.

John Kerry qui avait lui dénoncé les crimes américains au Vietnam n’a jamais eu ce statut de héros et sa défaite à l’élection de 2004 est en partie due à l’action d’un groupe d’extrême droite, le Swift Boat Veterans for Truth, qui l’a accusé de mensonges sur ses actions qui lui avaient valu des décorations militaires. Celui qui est présenté comme un héros de la guerre du Vietnam est donc le militariste qui approuvait cette guerre, pas le pacifiste qui l’a critiquée devant le Congrès en 1971.

Kerry faisait partie alors du groupe qui s’intitulait Vietnam Veterans Against the War qui regroupait les anciens combattants qui avaient compris la nature de la guerre du Vietnam. A l’époque toute la gauche, américaine et mondiale, était opposée à cette guerre. Aujourd’hui une partie d’entre elle vénère un faucon criminel. Il suffit d’écouter le discours de Kerry en 1971 pour comprendre comment nos sociétés ont dérivé vers la droite extrême.

McCain a, par ailleurs, embelli son histoire lors de la guerre du Vietnam, comme le note une historienne, Mary Hershberger.

Le « héros de la guerre du Vietnam » a certes pris des positions contre la torture et été lui-même la cible d’attaques mensongères de la part de George W. Bush ou de Trump mais il n’a jamais renoncé au militarisme et a toujours été un va-t-en-guerre. Il a approuvé les guerres en Irak, en Libye et en Afghanistan, l’intervention au Kosovo, la guerre saoudienne au Yémen avec armes et soutien américain. Il était le chouchou du complexe militaro-industriel.

Il a également soutenu les révolutions orange dans les pays ex-soviétiques et pris une part active au soutien des opposants à Ianoukovytch en Ukraine, il a donc été présenté comme un héros de la liberté, même si ce soutien est parfois allié à des groupes néo-nazis. Il a aussi côtoyé des terroristes d’Al Qaida en Libye. On voit que, si sur le plan rhétorique, il était effecti-vement opposé à Trump et jouait un rôle important dans la critique du président bonimenteur et raciste, notamment en relayant le dossier Steele qui contiendrait des témoignages accablants sur Trump et ses pratiques sexuelles en Russie, il n’était pas vraiment opposé au président-catastrophe là où cela compte. Trump a décidé d’envoyer des armes dites létales en Ukraine, ce qu’Obama avait refusé, et donc sur le plan de l’intervention militaire Trump et McCain sont proches.

McCain s’était fait remarquer par une petite chanson qu’il chantait sur un air des Beach Boys qui disait: « bomb, bomb Iran ». On le voit il n’est pas non plus un opposant à Trump en ce qui concerne l’Iran et la diplomatie. Il soutenait l’agression saoudienne au Yémen, comme Trump et, comme lui, n’avait aucun égard pour les Palestiniens. McCain est à l’opposé de ce que défendent les progressistes véritables. Ses critiques de Trump ne sont pas l’équivalent de celles de Medea Benjamin, la féministe pacifiste fondatrice de Code Pink insultée par McCain, de Spike Lee ou de Chomsky, il a toujours été un hyper-réac militariste.

Il a aussi la misogynie en commun avec Trump ce qui bizarrement ne le disqualifie pas dans ses critiques du président actuel dont la goujaterie sexiste est de notoriété publique. Il a aussi utilisé un vocable raciste pour parler des Vietnamiens. Il ne s’est pas opposé à la réforme fiscale de Trump en décembre 2017 qui fait des cadeaux aux riches et ploutocrates et a voté pour les projets de loi soutenus par Trump plus de 80% du temps l’an passé. Un « maverick » très conformiste dans ses choix réactionnaires, donc.

Ce que dit cette héroïsation d’un va-t-en-guerre réactionnaire, sexiste et raciste par des médias de qualité qui se disent progressistes est grave.

Les esprits trumpisés des médias ne pensent plus qu’en termes manichéens: quiconque critique Trump devient ipso facto quelqu’un de bien ou de recommandable. On l’a vu avec la transformation de John Brennan, menteur patenté et défenseur de la torture, artisan des assassinats ciblés par drones, qui soudain est devenu lui aussi un héros de la résistance à Trump et de la défense de la liberté d’opinion. Il semble impossible aux médias dominants de penser au-delà de ces catégories manichéennes simplistes.

Si l’opposition, bien évidemment nécessaire, à Trump se choisit de tels héros alors nous savons ce qui arrivera après la disparition politique du raciste, sexiste, militariste en chef. Le complexe militaro-industriel continuera à diriger les États-Unis et les criminels de guerre, tortionnaires et réactionnaires seront fréquentables et au pouvoir mais ils ou elles s’exprime-ront de façon légèrement plus polie ou policée, comme au temps de George W. Bush lui aussi un « critique » de Trump, tout aussi dangereux pour la planète.

Le choix de l’Establishment politico-médiatique américain d’aduler McCain est une honte.

Ceci est vrai pour les médias du monde qui suivent la même voie. McCain est le frère ennemi de Trump mais aussi son quasi-clone qu’aucun(e) progressiste, qu’aucune personne décente, ne devrait choisir comme modèle.

01/09/2018 Pierre Guerlain Professeur émérite de civilisation américaine à l’Université Paris Ouest Nanterre

https://www.huffingtonpost.fr/

Lire aussi:

John McCain et le Washington Post : un hommage et des omissions (Fair)

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18 juin 2018 ~ 0 Commentaire

jean claude mailly (révolution permanente + le huff’ + libération + lo)

jc mailly

Ce ne sont plus des trahisons.

Officiellement, dans le camp de l’ennemi : Mailly rejoint le cabinet de l’ancien conseiller de Sarkozy

Ce ne sont plus seulement des trahisons et des capitulations en règles. En rejoignant la société de conseil Alixio, dirigée par Raymond Soubie, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy, Jean-Claude Mailly rejoint officiellement le camp de l’ennemi, le camp de ceux qui organisent et pensent sciemment la stratégie de la bourgeoisie pour défaire le monde du travail. 

L’ex-leader de Force Ouvrière rejoint officiellement la société de conseil Alixio, dirigée par Raymond Soubie, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy.

Il occupera le poste de « senior advisor » a annoncé l’entreprise, ce 18 juin. « Parallèlement au développement de sa société de conseil, Jean-Claude Mailly consacrera une partie de son temps à Alixio dont il devient senior advisor », affirme le communiqué de la société Alixio. La mission de l’ex-leader de Force ouvrière consistera à travailler sur « les sujets de relations sociales internationales, de responsabilité sociale et environnementale et de stratégie sociale». Outre sa collaboration avec Alixio, M. Mailly va donc créer comme l’indique le communiqué sa propre société de conseil. Il doit aussi rejoindre le comité économique et social européen à partir du 1er août.

Mieux encore, Raymond Soubie, ancien conseiller social de Sarkozy, dont la clairvoyance au service du patronat n’a cessé notamment de s’illustrer dans ses analyses de la bataille du rail, est cité dans le communiqué. Il affirme que M. Mailly va «apporter sa grande expérience des questions sociales». Il continue en affirmant être « rès heureux qu’il ait accepté cette mission».  « L’expert social », ancien conseille de Sarkozy, estimait début juin dans le parisien que l’exé-cutif avait gagné la partie sur la SNCF. Il expliquait, déjà en avril 2016, que « les syndicats ne sont pas adaptés aux nouvelles réalités ».

Après avoir passé le flambeau à Pascal Pavageau lors du congrès de Lille à la fin d’avril, l’ex-leader de Force Ouvrière s’était permis de dénoncer dans un tweet « l’hypocrisie » et la «dupli-cité » de son successeur. Pourtant, Jean-Claude Mailly n’est pas en reste, tant ses trahisons et ses capitulations ont été ouvertes notamment avec les ordonnances XXL. Il avait même été forcé par la base à manifester après s’être payé la tête des militants FO qui veulent manifester le 12 septembre 2017. De capitulation en trahison, l’ex-leader de Force Ouvrière rejoint le camp de l’ennemi, celui de ceux qui conseillent la stratégie de Macron, des gouvernements et du grand patronat.

Lundi 18 Juin

http://www.revolutionpermanente.fr/

Lire aussi:

Jean-Claude Mailly, de la banderole FO au conseil patronal (Libération)

Reconversion : Mailly va conseiller… le patronat (LO)

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20 mai 2018 ~ 0 Commentaire

macron (jdd)

pipeau

Emmanuel Macron à propos de Philippe de Villiers : « J’aime beaucoup ce type »

« Où est Philippe? » À la mi-temps, ce 8 mai où le PSG affronte Les Herbiers sur la pelouse du Stade de France, Emmanuel ­Macron cherche Philippe de ­Villiers. Le Vendéen, que Macron a tenu à inviter dans la loge présidentielle, est en train de prendre un verre avec son frère Bertrand. « Le Président vous appelle… » Et Villiers de rejoindre les Macron dans un coin de la loge à cocktails. « On joue bien! » lui glisse le Président, toutes complicités dehors. Puis : « Super, ta déclaration sur le match allégorique entre le football couillu et le football friqué [dans Le Point]. Tu nous as bien fait rire, avec Brigitte! » Villiers en profite : « T’as regardé ce que j’ai dit sur BFM? » Dans le documentaire Le Casse du siècle, il a, au sujet de sa relation avec Macron, ciselé une de ces petites phrases drôlement perfides qui lui valurent sa réputation, du temps où il attendait encore quelque chose de la politique : « S’il avait une soirée à perdre, il préfére- rait la passer avec moi plutôt qu’avec Christophe ­Castaner. » Réponse de Macron : « Bien sûr! » Brigitte plussoie : « Qu’est-ce qu’on a rigolé! » Ces trois-là étaient ­encore en train de parler quand le match a recommencé.

« Brigitte adore Villiers, raconte un ami du couple présidentiel. Elle a un faible culturel pour les gens de cette droite qui sent la terre, les clochers, les semailles et les moissons. » Monsieur aussi y est sensible : « J’ai un ethos de droite », a-t‑il confié en août à un conseiller. Toujours il précise, quand il parle de Villiers à ses proches : « J’aime beaucoup ce type. » « Aux yeux de Macron, Villiers est un premier de cordée, tout simplement », résume un exégète du macronisme.

20 mai 2018

https://www.lejdd.fr/

Commentaire: Peut-être encore plus à droite qu’on ne le craignait!

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28 mars 2018 ~ 0 Commentaire

réponse (médiapart)

laicite

En réponse aux signataires de l’Appel contre « le séparatisme islamiste »

Le 19 mars, Le Figaro a publié une tribune intitulée : « L’appel des 100 intellectuels contre le séparatisme islamiste ». Je réagis aujourd’hui : «Sans être d’accord, je pensais que j’allais humer l’air vif des sommets ; je n’ai fait que respirer les remugles d’eaux troubles et grasses, agitées par des poncifs rebattus qui courent comptoirs et rues».

« Il était réservé à notre temps de voir des hommes de pensée ou qui se disent tels faire profession de ne soumettre leur patriotisme à aucun contrôle de leur jugement, (…) déclarer traîtres à leur nation ceux de leurs compatriotes qui gardent à son égard leur liberté d’esprit ou du moins de parole. (…) Ces remarques expliquent la volonté si fréquente chez l’écrivain français contemporain de prendre une posture politique, mais non pourquoi elle est si ponctuellement, encore que plus ou moins franchement, dans le sens autoritaire. C’est ici qu’intervient un second facteur : la volonté, chez l’écrivain pratique, de plaire à la bourgeoisie, laquelle fait les renommées et dispense les honneurs. » Julien Benda, La Trahison des clercs

L’heure est grave !

Que dis-je, idiot utile, inconscient et aveugle au front bas que je suis, elle est extrêmement grave. Oyez bons Français et fiers patriotes : un spectre hante l’Europe et notre beau pays menacé par le « totalitarisme islamiste » qui ne cesse de progresser. Hier, des quartiers populaires sont passés sous la coupe de musulmans radicaux, selon certains qui pensent être des visionnaires éclairés et éclairants.

Aujourd’hui, c’est plus terrible encore, des forces françaises antirépublicaines s’activent pour relayer les actions de ces mahométans et détruire « la paix civile. »

Après les coups de menton, les menaces sans fondement juridique du ministre de l’Education nationale, qui pourrait fort légitimement remplacer l’actuel Sinistre[1] de l’Intérieur, et ses diatribes policières contre SUD Education 93 voué aux gémonies pour avoir osé organiser – crime de lèse-république – une réunion consacrée au « racisme d’Etat » et des ateliers en « non-mixité raciale », les signataires de l’Appel précité s’en prennent de nouveau à cette organisation syndicale.

Original et courageux, n’est-ce pas ? Subtile répartition des tâches. Jean-Michel Blanquer a ouvert les hostilités, avec l’approbation d’une majorité aux ordres, du gouvernement et de Jupiter, les signataires de cet Appel poursuivent la traque, organisent la meute, fouettent les passions en espérant un sursaut de l’opinion publique, comme on dit, et peut-être de nouveaux anathèmes ministériels contre ce syndicat honni.

N’oublions pas Frédéric Potier, récemment nommé délégué à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah). En bon petit soldat soucieux de donner des gages de soumission et d’orthodoxie lexicale et politique à ceux qui l’ont désigné à ces nobles fonctions, il a déclaré : « Il n’y a pas de racisme d’Etat. Cette notion, c’est une aberration.[2] » Ivresse du pouvoir et vanité puérile qui font croire à celui qui l’exerce qu’il peut ruiner un concept par quelques phrases prétendument assassines. Dérisoire et risible.

Eu égard à la gravité de la situation, une cohorte d’hommes et de femmes venus d’horizons politiques différents ont donc décidé d’unir leurs forces et de faire fi de leurs divergences.

Formidable courage qui témoigne, laissent-ils entendre, de leur capacité à s’émanciper de leurs opinions singulières pour faire triompher l’intérêt général et la défense de la République menacée. Admirable union sacrée. Plus admirable encore la qualité des signataires. Juristes, avocats, professeurs, philosophes, docteurs, agrégés, essayistes pressés, c’est un pléo- nasme, chroniqueurs divers que réunissent des obsessions communes : l’islam, les quartiers populaires « gangrenés par la charia » et les jeunes « issus de l’immigration », l’inévitable I. Rioufol[3] et la subtile E. Lévy, bien sûr, quelques académiciens, qui pensent que depuis qu’ils siègent sous la coupole, leurs travaux sont devenus immortels, et deux anciens membres de gouvernement.

Un prétendu ami de la sagesse et de la vérité, L. Ferry, qui a oublié qu’on ne peut servir deux maîtres, la philosophie et le(s) pouvoir(s), et qui depuis longtemps préfère le(s) second(s) à la première. Un humanitaire revenu de tout sauf de lui-même, B. Kouchner, prêt à soutenir quiconque lui ouvre les portes du prestigieux Quai d’Orsay comme il en a fait la démonstration servile. Avec raison, l’un et l’autre prennent soin d’exhiber leur titre de ministre car beaucoup de lecteurs n’ont aucun souvenir de leurs fonctions passées. Une loi, une décision ou action mémorables ? Que nenni ! Ils n’ont fait que passer.

Mais qu’importe. L’addition de ces personnalités intellectuelles, et de ces esprits forts et cultivés laissaient augurer un texte puissant, servi par des plumes inventives et brillantes. Sans être d’accord, je pensais que j’allais humer l’air vif des sommets ; je n’ai fait que respirer les remugles d’eaux troubles et grasses, agitées par des poncifs rebattus qui courent comptoirs et rues. Quant au clinquant des titres et des notoriétés affichés, il ne change rien à l’affaire ; il prouve seulement que ceux qui se croient haut pensent bas, quelquefois.

Pensent-ils seulement ? Non. Ils lestent des opinions communes d’une légitimité acadé- mique susceptible de les faire passer pour des réflexions importantes. J’ignore qui a tenu le clavier mais le résultat pourrait laisser croire qu’un communicant affairé, et dépassé par les éléments de langage qui lui ont été imposés, s’est attelé à cette tâche en débitant avec empressement lieux communs, amalgames, raccourcis grossiers, confusions inacceptables que certains professeur-e-s signataires ne tolèreraient pas de leurs étudiant-e-s.

Et les voilà conduits sur cette pente où, pour paraphraser L. Wittgenstein, les savoirs acquis au cours d’études longues et difficiles « n’améliorent en rien » leur « façon de penser (…) les questions importantes de la vie de tous les jours » ce pourquoi ils se font démagogues vulgaires en utilisant « des expressions dangereuses que les gens de cette espèce utilisent pour leurs propres fins. »

SUD Education 93 et quelques autres sont ainsi accusés de favoriser, par leurs initiatives, « le séparatisme islamiste » et de se battre pour « accorder » aux prétendus « dominés » des « privilèges » singuliers en lieu et place des beautés immarcescibles des lois républicaines, celles-là mêmes qui sont au fondement de l’unité de la « communauté nationale. »

En effet, comme chacun devrait le savoir, les dispositions législatives, la justice et les possi- bilités offertes aux citoyens de ce pays sont égales pour tous. Nulle discrimination raciale et/ou religieuse n’affecte l’existence des uns et des autres car tous peuvent s’épanouir librement et également en constatant chaque jour l’effectivité de la sublime devise inscrite au fronton des bâtiments publics.

La police, quant à elle, est au-dessus de tout soupçon puisque républicaine, agissant dans le cadre de la Constitution, respectueuse des lois, des règlements et des circulaires, elle n’effec- tue aucun contrôle au faciès et use de la violence avec discernement, toujours. Admirables syllogismes et puissance de la raison étayée par des connaissances précises et variées ?

Piteux triomphe de la “pensée” défaite qui dégénère en idéologie où les faits, les événements et les nombreuses enquêtes menées depuis longtemps, corroborées par plusieurs institutions indépendantes et sûres – le Défenseur des droits et la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) – sont traités en chiens crevés dès lors qu’ils sont susceptibles de contredire si peu que ce soit les affirmations péremptoires des signataires.

Les faits sont têtus, affirmait un homme politique célèbre. Présentement il y a plus têtus qu’eux puisque dans le monde enchanté des mêmes, ni dominé-e-s, ni discriminé-e-s n’exis- tent ; seuls demeurent des citoyens vivant dans le subtil éther républicain où tout n’est que liberté, égalité et fraternité.

Les réalités sont autres ? Qu’importe. Au mieux, elles sont euphémisées, au pire elles sont niées. La preuve de l’existence d’un phénomène idéologique ? Son caractère rebelle à toute falsification et sa persévérance quels que soient les éléments factuels et les savoirs mobilisés pour l’infirmer. Les auteurs de cet Appel en font la démonstration probante. Pour eux, les analyses, les catégories et les termes non conformes à leurs présupposés ne sont qu’inven- tions de militants radicaux et irresponsables auxquels des universitaires et des chercheurs, contaminés par la sociologie, l’histoire et/ou la philosophie critiques, ces pauvres filles de la « pensée 68 », apportent leur soutien et leur insupportable « culture de l’excuse. »

Pis encore, ceux qui prétendent combattre le racisme institutionnel et les discriminations, qui n’existent que dans leur imagination, sont les fourriers d’un « apartheid d’un nouveau genre » et d’une « ségrégation à l’envers. » Acmé de l’argumentation ? Echolalie sommaire de la rhétorique réactionnaire et de la thèse bien connue de « l’effet pervers » où « toute tentative pour modifier l’ordre existant produit des effets strictement contraires au but recherché. [4] »

SUD Education 93 et ses alliés supposés deviennent ainsi de dangereux activistes qui encouragent « la haine la plus caractérisée à l’égard de notre pays et de la démocratie », et font peser sur la douce France des menaces existentielles. Des adversaires ? Non, des ennemis à bien lire ceux qui souscrivent à ces formulations radicales bien faites pour susciter cette passion souvent mauvaise qu’est l’indignation. Nous ne leur ferons pas l’injure de croire qu’ils ne savent pas ce que les mots veulent dire.

Les signataires de cet Appel s’en prennent de façon toujours plus violente aux femmes, aux hommes et aux organisations diverses qui défendent un antiracisme politique. N’oublions pas les animateurs du « Printemps républicain. » « Hiver » serait plus adéquat pour qualifier cette petite mais influente cohorte conduite par un professeur de sciences politiques reconverti dans la vigilance tweetesque qui lui a permis d’accéder à une certaine notoriété dont il n’avait jamais jouie jusque-là.

Ne négligeons pas la puissance de leur alliance objective et de leur proximité idéologique ; beaucoup d’entre eux ont micros et caméras ouverts dans les médias où ils se répandent à qui mieux-mieux tout en prétendant subir la censure des « bienpensants » et des « islamo-gauchistes. » Les uns et les autres ont déjà gagné de nombreuses batailles et rallié à leur cause des soutiens multiples, conséquents et quelquefois surprenants.

En réponse à leurs attaques passées, réitérées et à venir, notre résistance doit être constante, déterminée, unitaire et conduite sur tous les fronts. En nous stigmatisant, ils veulent nous réduire au silence et à l’inaction. Contre ces nouveaux censeurs emportés par un prurit toujours plus autoritaire, il est urgent d’écrire, de parler et d’agir. Donc acte.

  1. Le Cour Grandmaison, universitaire. Dernier ouvrage paru : L’empire des hygiénistes. Vivre aux colonies, Fayard, 2014

[1]. A l’attention de celles et ceux qui penseraient qu’il s’agit d’une insupportable et impardonnable faute de frappe, je précise qu’il n’en est rien.

22 mars 2018  Olivier Le Cour Grandmaison

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