Archive | Droite républicaine

19 février 2019 ~ 0 Commentaire

européennes (jdd)

europeennes

Européennes

La droite populiste en passe de redessiner le visage du Parlement

Les premières projections sur la composition du futur Parlement européen publiées lundi montrent un recul des forces traditionnelles au profit notamment du groupe porté par le RN en France et la Ligue italienne. Si elle arrive à s’unir, la droite eurosceptique pourrait même devenir un bloc majeur à Strasbourg.

Le prochain Parlement européen sera-t-il marqué par une percée des forces populistes et anti-UE?

A trois mois des prochaines élections, ce scénario semble confirmé par les premières projec-tions publiées lundi par le Parlement européen, à partir de sondages réalisés dans les 27 Etats-membres, hors Royaume-Uni. Les groupes actuels composant l’hémicycle européen seraient pour la plupart en recul, à commencer par le PPE de droite actuellement majoritaire, selon cette première vague du baromètre de l’institut Kantar TNS.

A l’inverse, les libéraux de l’ALDE – sans même le possible renfort du contingent macroniste – et surtout les eurosceptiques de l’ENL, porté par le Rassemblement national de Marine Le Pen, progresseraient. Ce dernier groupe compterait 22 membres de plus, grâce à la forte progression de son allié italien de la Ligue dans les sondages, et serait en passe de devenir la 4e force politique à Strasbourg.

Le Brexit peut tout changer

Mais au-delà de cette projection, c’est toute la droite de la droite au Parlement européen qui pourrait se réorganiser. Au RN, on croit même possible la constitution d’un groupe eurosceptique de plus de 100 membres. “L’objectif est d’unir autour de notre groupe les mouvements qui vont très certainement faire leur entrée au Parlement européen le 26 mai prochain mais aussi de s’allier à d’autres aujourd’hui membres des groupes CRE et EFDD”, confirme au JDD Nicolas Bay, eurodéputé RN et co-président du groupe ENL à Strasbourg.

Résumons les rapports de forces actuels au sein de cette droite eurosceptique :

  • L’ECR compte aujourd’hui 75 membres. Il repose principalement sur les élus du Parti conservateur britannique (au nombre de 18) et du parti polonais Droit et justice (14), mais aussi la N-VA belge ou le Parti populaire danois.
  • L’EFDD compte 41 membres, dont 17 venus de l’Ukip britannique (beaucoup l’ont quitté depuis) et 12 du Mouvement 5 étoiles italien. Il faut y ajouter 6 élus français élus en 2014 sur la liste RN, dont 2 sont aujourd’hui à Debout la France et 2 aux Patriotes. L’unique élu de l’Afd allemande est également présent dans ce groupe.
  • L’ENL compte 37 membres, dont la majorité (15) sont issus du RN en France. Sont également présents les 6 élus de la Ligue italienne, 4 du PVV néerlandais et 4 du FPO autrichien.

Voilà pour la situation présente. Sur le papier, la somme de ces trois groupes serait stable, à en croire la projection de lundi (153 élus avant et après les élections). Mais c’est une configuration en trompe l’oeil, avec le départ des élus britanniques. En réalité, le Brexit devrait avoir des conséquences non-négligeables dans ces équilibres actuels.

Concrètement, deux de ces trois groupes se verront amputés d’une partie conséquente de leurs membres. Ce qui pourrait forcer les autres à changer de stratégie. L’ECR restera-t-il ainsi sur une seule jambe, celle constituée par les Polonais conservateurs de Droit et justice (PiS)? Et l’EFDD pourra-t-il survivre avec une alliance de circonstance entre le M5S italien et l’Afd allemande, annoncée en progression? Rien n’est certain, d’autant plus qu’un groupe nécessite d’avoir des élus issus d’au moins 7 pays différents, ce qui est loin d’être assuré dans le second cas.

Un nouveau bloc structuré par le couple RN-Ligue?

Dans ce contexte, l’alliance RN-Ligue pourrait bien s’imposer comme l’axe central de cette droite eurosceptique en reconstruction. Les deux formations compteraient à elles seules près de 50 sièges, selon la projection du Parlement européen. De quoi peut-être poser les bases d’un rassemblement plus large avec notamment les deux autres grandes délégations attendues, le PiS polonais (crédité pour l’heure de 22 sièges) et l’Afd allemande (12 sièges) et une série de forces secondaires, comme Vox en Espagne et les Danois du Parti populaire.

C’est en tout cas le sens de l’appel lancé le mois dernier en Pologne par l’homme fort du gouvernement italien, le patron de la Ligue Matteo Salvini. Le dirigeant d’extrême droite avait auparavant tenté un rapprochement avec Viktor Orban, sans traduction concrète : le dirigeant hongrois reste pour l’heure membre du PPE, au même titre que Les Républicains en France.

« La recomposition politique de la droite de la droite au Parlement européen est tout à fait envisageable, du fait justement du départ des Britanniques et de la forte progression attendue de la Ligue italienne », synthétise Emmanuel Rivière, directeur général de Kantar TNS. « Mais cette recomposition pourrait aussi très bien aboutir sur la constitution de trois nouveaux groupes », prévient toutefois le sondeur, qui reste sceptique sur l’émergence d’une seule force pouvant atteindre 100 à 150 élus :

  • « Il faudrait pour cela additionner des partis pas forcément additionnables, étant donné que d’importantes différences idéologiques persistent entre certains – il n’y a qu’à voir la coalit-ion italienne avec la Ligue et le M5S. De plus, l’unité peut avoir un sens si ce groupe cherche à former une majorité au Parlement européen, ce qui est loin d’être évident. »

A défaut, un tel bloc pourrait sérieusement compliquer le jeu des coalitions, surtout si conservateurs du PPE et sociaux-démocrates du S&D perdent la majorité absolue à Strasbourg.

19 février 2019 Arnaud Focraud

https://www.lejdd.fr/

Commentaire:

Et la social-démocratie? Le PS français (12) va disparaître, (ainsi que le Labour 19 : Brexit) sans être remplacés par d’autres forces.Cela reposera sur les allemands 27, italiens 31 (encore?) et espagnols 14. ( Les 13 roumains sont l’ex-PC corrompu)

Les Verts 52 (avec divers « régionalistes ») pourraient progresser avec les mobilisations climat, sur les bases du « capitalisme vert »?

Quant au groupe de la gauche de gauche où serait le NPA (s’il avait des élus!) ce serait GUE-NGL 52. ( Avec les Verts, ces deux groupes comptent 104 élus sur 705!)

Espagne 10: Podemos, IU, régionalistes /

Irlande 4 : Sinn Fein, SP /

France 5: PCF, Insoumis-PG /

Portugal 4: PCP/ Bloco  /

Allemagne 8: Die Linke.

Grèce 6: KKE-PCG

Chypre 2: PC

Cela présage une assemblée encore plus à droite que d’habitude, alors que les peuples se révoltent pour le climat et contre l’austérité!

 

Lire la suite

07 février 2019 ~ 0 Commentaire

fachos et gj (npa)

kkk

Groupuscules fachos

Et mouvement des Gilets Jaunes

À Paris, lors de l’acte 11 des Gilets jaunes, une cinquantaine de fachos hétéroclites a volontai-rement ciblé le cortège du NPA. Leurs slogans hostiles aux syndicats manifestent une volonté de s’en prendre au mouvement ouvrier. Les extrêmes droites refusent, au sein des gilets jaunes, la présence d’une gauche qui s’affirme. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’attaque du 26 janvier.

Pour autant, ce n’est pas un saut qualitatif de la violence. La dangerosité des groupes radicaux se juge d’abord localement. Plusieurs villes connaissent des cas de violence, parfois depuis longtemps comme à Lyon. La présence du Bastion social ou de groupes proches (Lyon, Strasbourg, Chambéry, Clermont-Ferrand, Angers ou Paris) est souvent corrélée avec des tentatives d’intimidation récurrentes.

Petites frappes 

La bande du 26 janvier(1) est loin de susciter un élan de sympathie des groupes politiques de son camp. Le milieu facho se contente de la regarder, de plus ou moins loin. La réputation de ses membres les cantonnent au rôle de petites frappes utiles quand les bras manquent, à Marseille, Lyon et Paris, du coup de main pour les présidentielles jusqu’à la protection d’un pseudo-journaliste ex-soralien.

Mais l’apparition d’une telle bande n’est pas sans rapport avec l’effet « Manif pour tous », dont les conséquences sont encore sensibles. Certes, le milieu alors mobilisé était politiquement acquis. Mais ce mouvement a favorisé les rencontres et un regain de confiance. L’Action Française (AF) en a le plus profité, avec une dynamique qui persiste.

Une génération de nouveaux militants, souvent gagnée à l’AF, a tissé dans les « Manifs pour tous » des liens d’amitié et côtoyé d’autres courants (identitaires ou GUD). Les connexions avec certains milieux supporters, le goût de la fringue et la fascination pour la violence alimentent l’imaginaire de « l’intellectuel violent » maurrassien. Celles et ceux qui ne restent pas dans le giron royaliste vont s’encanailler ailleurs.

Le RN ne contrôle pas le mouvement

À l’extrême droite, les Gilets jaunes pourraient être vus comme le pendant social de la révolte spirituelle de la « Manif pour tous ». Mais la lutte contre l’immigration peine à s’affirmer face aux préoccupations sociales. Pour la « défense de l’automobiliste », Dupont-Aignan (DLF) et Le Pen sont en pole position.

Tenant de l’ordre et jouant la carte de la respectabilité républicaine, le RN et DLF ne sont toutefois pas à l’aise avec la confrontation contre l’ordre établi, au contraire d’organisations plus radicales. Finalement, le RN n’offre d’autres perspectives que le cadre institutionnel des élections européennes. Ce qui ne minimise pas sa dangerosité !

Le RN ne contrôle pas le mouvement. La mobilisation des Gilets jaunes a pu, comme dans le Gers, écarter les tentatives de mainmise par des cadres du RN. Peu de groupes organisés parviennent à s’impliquer dans des activités locales, sinon les identitaires à Rouen voire à Toulouse. Des groupes d’extrême droite apparaissent plutôt à l’occasion des manifestations, avec plus ou moins de succès, comme à Chambéry, ­Bordeaux, Lyon ou Paris.

Poison nationaliste

Leur solution consiste à dénoncer « l’extrême gauche », avec le fantasme des « blacks blocs », comme fauteurs de troubles dont les « vrais » Gilets jaunes seraient victimes. Pour justifier sa présence à Paris, une frange d’extrême droite cherche à s’implanter dans les services d’ordre, dont l’organisation n’est pas transparente. Il est cocasse de croiser le 26 janvier, avec les « zouaves », d’anciens « mercenaires du Donbass » qui, la semaine d’avant, étaient censés protéger les Gilets jaunes.

On retrouve la bande le 2 février. Expulsés du rassemblement, ces nervis nationalistes inventent une histoire de menaces à l’encontre de Jérôme Rodrigues. Ce mensonge éhonté est relayé complaisamment par Damien Rieu, Gilbert Collard ou Jean-Yves Le Gallou et repris par Sputnik news ou l’Incorrect.

Depuis trois mois, les Gilets jaunes se politisent, sans pour autant trouver une ligne claire. Le risque est grand d’abandonner le mouvement aux extrêmes droites et leur permettre une expérience inédite de construction au sein d’un mouvement de masse motivé par des considérations sociales.

La dénonciation et le rejet des fachos en embuscade nécessitent d’être argumentés, patiemment et fermement, auprès des Gilets jaunes. Il ne s’agit pas de « violences internes » qui diviseraient le mouvement. C’est une condition pour ne pas laisser le poison du nationalisme gangrener les aspirations populaires.

Commission nationale antifasciste Jeudi 7 février 2019

https://npa2009.org/

 

Lire la suite

05 février 2019 ~ 0 Commentaire

usa (npa)

trump

Après les élections de mi-mandat aux États-Unis

Trump entre espoirs et déboires

La victoire de Trump en 2016 était-elle un accident électoral, ou un tournant durable dans la vie politique américaine ? À cette question, les élections de mi-mandat de novembre 2018 ont répondu… un peu. Et c’est leur résultat qui contraint aujourd’hui Trump à tenter l’épreuve de force du « shutdown » pour se relancer.

Si les Démocrates ont gagné l’élection en novembre, en récupérant la Chambre des représen-tants, ils sont loin d’avoir écrasé leurs adversaires, qui conservent le Sénat et y accroissent leur avantage, 53 sièges contre 51 auparavant, et 47 au lieu de 49 pour les Démocrates) et la  majo-rité  des postes de gouverneurs. Puis qu’après tout il est de tradition que les «midterms» soient défavorables au parti du président en exercice,.

Trump semble garder toutes ses chances pour 2020.

C’était d’ailleurs le constat de la presse en général, étatsunienne et étrangère : « Victoire démocrate, mais pas de vague bleue » (couleur des démocrates) ; « Résistance », et même « ancrage électoral » du « trumpisme ». Et pourtant… la vague bleue a bien eu lieu !

Malgré tout, une « vague bleue »

C’est l’élection à la Chambre des représentants qui reflète le mieux les rapports de forces dans le vote « populaire » (le nombre de voix) à l’échelle du pays. La participation a été beaucoup plus forte qu’il n’est de coutume dans ces élections intermédiaires (50% au lieu de 40%). Chaque camp semble avoir davantage mobilisé son électorat que d’habitude, les Démocrates devanceraient les Républicains de quelque 10 millions de voix, soit + 8,5 points en pourcentage environ que leurs adversaires (53,5% des voix contre 45%).

C’est un écart plus important que lors d’autres élections intermédiaires qui avaient sanctionné à mi-parcours un président et à propos desquelles on avait parlé alors… de « vague rouge » (républicaine) ou de « vague bleue » (démocrate) : en 1994 sous Clinton, en 2006 sous Bush, et sous Obama en 2010 et en 2014. En fait les Démocrates tiennent là leur meilleur résultat depuis… 1974.

On aurait certes pu s’attendre à encore plus fort, vu le personnage de Trump, mais on pourrait s’étonner, aussi, de l’ampleur de la défaite si l’on songe que les chiffres de l’économie US favorisaient, après tout, Trump.

Les paris de Trump

Celui-ci ne faisait-il alors que céder à son penchant pour le bluff, quand il tweetait au lendemain de l’élection : « Énorme succès ». Oui et non, car il a de vraies raisons de se frotter malgré tout les mains, en tout cas d’envisager avec un peu d’optimisme son avenir.

L’avance électorale des Démocrates ne s’est pas traduite par un basculement équivalent du rapport de forces dans les institutions. Car le système électoral (« représentatif ») étatsunien est aussi anti-démocratique que celui de la France (mais… différemment).

Dans son principe, avec deux sièges de sénateurs par État quelle que soit sa population, et avec le système des grands électeurs aux présidentielles, qui profite en général au Parti Républicain. Bizarrerie encore accentuée par les tripatouillages des circonscriptions par les gouverneurs républicains Et par le retrait de leur droit de vote à des millions d’électeurEs latinos, noirs, pauvres, via des conditions d’inscription discriminatoires et des radiations abusives.

C’est la chance de Trump : il sait qu’il n’a pas besoin d’être majoritaire pour être élu président.

Il ne l’était pas en 2016, puisque Clinton a obtenu trois millions de voix de plus que lui. George Bush Jr ne l’était pas non plus en 2000. C’est donc avec une attention maniaque que Trump a dû regarder les résultats dans les « swing states » qu’il avait réussi à emporter en 2016, parfois de quelques milliers de voix seulement, comme la Pennsylvanie, le Wisconsin, la Floride, l’Ohio. Et là encore il a quelques raisons d’espérer puisque des gouverneurs et des candidats aux sénatoriales très trumpistes l’ont emporté dans la moitié d’entre eux. Ce qui augure d’une présidentielle incertaine.

Un parti républicain trumpisé

Il compte aussi sur un nouvel atout : il a conquis le Parti Républicain. Il faut se rappeler qu’en 2016 celui-ci menaçait, paraît-il, d’être le plus grand obstacle à la politique de Trump, et de se révolter contre son propre président !

Certains misaient même sur les parlementaires républicains pour neutraliser l’inattendu prési-dent. Deux ans plus tard, on peine même à se souvenir de ces spéculations… Trump a comme domestiqué le Parti Républicain, qui a gobé sa rhétorique nationaliste, ses foucades internatio-nales, ses provocations, sa démagogie raciste, et un certain nombre de ses notables dégoûtés des manières du Donald sont partis…

C’est que Trump a le charme du vainqueur, et qu’il vient en plus de prouver qu’il reste capable de mobiliser puissamment sa base électorale. S’il est aujourd’hui autour des 40% de « satis-faits » dans la population selon les sondages (toujours mieux que tous les derniers présidents français à mi-mandat, et bien mieux que le pauvre Macron), ces « satisfaits » sont pour une partie d’entre eux presque… fanatisés.

Or mobiliser son propre camp est la condition première d’une victoire. Trump a aussi rallié à lui le Parti Républicain, de la base au sommet, parce qu’il lui a offert sa liste de Noël : la baisse massive des impôts sur les riches et sur les entreprises, la levée de nombre de réglementations sociales ou écologiques « nuisibles au business », des juges de la Cour suprême hautement réactionnaires.

Au-delà de ce qui est original chez Trump, le « Mur », les menaces de guerre commerciale, les tweets d’insultes, c’est ce programme républicain traditionnel brutal qui suscite l’adhésion de tant d’électeurs républicains, et le soutien de l’appareil du parti.

L’épisode actuel (au moment où nous écrivons) du « shutdown », ce bras de fer entre Trump et les Démocrates, sur la question du « Mur », qui bloque le financement de l’État fédéral, s’expli-que en partie par la volonté de Trump de continuer à mobiliser le noyau dur de son électorat, et montre à nouveau l’alignement, bon gré mal gré, des parlementaires républicains sur leur chef : alors qu’ils avaient conclu avec les Démocrates un accord sur le budget, ils ont du avaler la décision soudaine de Trump de rejeter cet accord pour provoquer une crise aux effets politiques plutôt incertains…

Un Parti démocrate à l’heure des choix

De son côté, s’il a remporté le « vote populaire », le Parti démocrate a néanmoins quelques soucis à se faire : d’abord, il n’a pas de futur candidat évident (cela dit c’est une situation ordi-naire dans la vie politique US), mais surtout quelle sera sa ligne politique pour la présidentielle ?

Il ne suffit pas de faire de l’anti-Trump. Il faut tenter de récupérer des millions de voix populaires perdues en 2016, notamment dans des « swing states » dévastés (pour certains) par la désin-dustrialisation, soit parce que ces voix furent gagnées par Trump, soit (surtout d’ailleurs) parce qu’elles sont allées à l’abstention.

Il faudrait pour cela que le Parti démocrate « parle » un peu aux ouvrierEs, de leurs emplois, de leurs salaires, de leurs droits, et pas seulement de l’Amérique plurielle, de la tolérance, de l’amour… et de la nécessité de s’éduquer pour prendre le train du progrès. Sans pour autant se fâcher avec Wall Street et la Silicon Valley. Dilemme ordinaire d’un parti qui se veut tout à la fois « le parti du progrès », et l’autre parti de la bourgeoisie étatsunienne.

Pas de « Tea Party » démocrate…

Or ces élections n’ont pas montré, ou ne semblent pas forcément favoriser, au sein du Parti démocrate, une forte poussée à gauche. Alors même qu’elle existe, incontestablement, dans une partie de la société.

Certes la campagne de certains candidats ou candidates dits « progressistes » (de la gauche du parti) a parfois marqué les esprits. Deux candidates démocrates se réclamant du « socialisme », Alexandria Ocasio-Cortez et Rashida Tlaib, ont même réussi à se faire élire à la Chambre des représentants.

C’est, entre autres, ce qui amène des commentateurs (et des militantEs), notamment dans une partie de la gauche « radicale » américaine, à parler d’une « poussée à gauche » dans le pays et dans le Parti Démocrate. D’autant plus que, ces dernières années, la plupart des organisa-tions US classées de « gauche radicale » ont vu progresser leur nombre d’adhérentEs, leur notoriété, notamment DSA, une organisation se réclamant du « socialisme » et intégrée au Parti Démocrate.

Mais le noyau dirigeant du Parti Démocrate, son « establishment », n’a pas été bousculé par une vague de gauche comme le Parti Républicain l’avait été par le Tea Party après l’élection d’Obama en 2008, puis l’irruption de Trump en 2016.

Autant le Parti Républicain s’est radicalisé, toujours plus à droite, toujours plus réactionnaire et ultralibéral, autant le Parti Démocrate garde son centre de gravité au « centre-droit ». Sa direc-tion sort plutôt confortée des élections : elle reste archi-dominante, elle a gagné ces élections, sans avoir bouleversé sa rhétorique ou fait des promesses sociales exagérées (pour elle).

La direction démocrate ne s’est pas non plus contentée d’une campagne « anti-Trump » sans plus de programme concret. Tout en gardant ses thèmes « clintoniens », charité, fraternité, bla-bla sur l’égalité des chances, libéralisme économique bon teint (et dans les faits impitoyable pour les travailleurEs et les pauvres), elle a insisté sur la santé, l’Obamacare, les frais universitaires, etc.

Et comme le pays est en fait un continent, ses candidats se sont passablement adaptés « au terrain ». Alexandra Ocasio-Cortez et même Andrew Gillum, en Floride, ont parlé d’une nouvelle assurance maladie universelle garantie par l’État, du salaire minimum à 15 dollars de l’heure, de la gratuité de l’enseignement supérieur, alors que la nouvelle sénatrice de l’Arizona, elle, s’est carrément vantée… d’avoir voté la réforme fiscale de Trump !

Si la bourgeoisie tremble…

En attendant qu’une orientation se dégage au travers des futures primaires, les dirigeants du Parti Démocrate tirent sans doute une toute autre leçon du vote que leur aile gauche, qui explique que seule une candidature beaucoup plus radicale socialement, du type Bernie Sanders, permettrait de donner envie à des millions de travailleuses et travailleurs de voter à nouveau démocrate et de battre Trump.

La direction, elle, peut constater que, si les démocrates sont sans doute majoritaires dans le pays, il va falloir se battre durement pour gagner les swing states contre Trump.  Pour cela, que ses candidats « centristes » montrent davantage leur capacité à faire basculer une circons-cription en balance.  Les candidats plus à gauche, plus « radicaux », comme Andrew Gillum, a certes échoué de très peu à devenir gouverneur de Floride, mais contre un candidat républicain hyper « trumpiste « , dans un État où les Hispaniques sont très nombreux.

Si la direction démocrate devait choisir elle-même directement son candidat à la présidentielle et le programme qui va avec, nul doute qu’elle choisirait un profil assez « modéré » pour plaire à des Républicains non moins « modérés », quitte à appâter le populaire par quelques promesses sociales non moins « modérées ».

Et quand bien même ? Si la propagande démocrate connaissait une inflexion « à gauche », ce qui est bien possible, il y aurait loin de sa politique réelle en cas de victoire, évidemment. Car le Parti Démocrate reste le Parti Démocrate.

Et Wall Street ne s’y trompe pas. Tous les grands indices boursiers ont augmenté de plus de 2% le lendemain des élections. Comme le disent les analystes de la banque JP Morgan : « Un Con-grès divisé est le meilleur résultat pour les marchés d’actions aux États-Unis et dans le monde ». Parce que les Démocrates sont les amis des « marchés », parce que les Républicains les empê-cheront au Sénat de pousser des mesures sociales pré-électorales, parce que les Démocrates empêcheront Trump, à la Chambre des représentants, de foncer dans de nouvelles aventures protectionnistes !

Décidément, si la bourgeoisie tremble… ce sera parce que le danger vient d’ailleurs que du Parti Démocrate : de la mobilisation et de la radicalisation croissante d’une fraction des travailleurEs et de la jeunesse du pays, révoltée par Trump, sans illusions sur les Démocrates.

Yann Cézard  Mardi 5 février 2019

https://npa2009.org/

Lire la suite

22 janvier 2019 ~ 0 Commentaire

sondages (jdd)

saint

Emmanuel Macron remonte dans les sondages

C’est grâce à la droite

Emmanuel Macron connait une légère embellie dans les sondages d’opinion, et ses gains viennent des sympathisants de droite. Ça tombe bien, c’est exactement la stratégie du chef de l’Etat.

Mais qu’est-ce qui fait monter Emmanuel Macron?

Pour la première fois depuis avril 2018, le chef de l’Etat enregistre une hausse (certes légère, de 4 points) dans le baromètre mensuel du Journal du dimanche et de l’Ifop. A 27% de personne se disant « satisfaites » de son action, ce n’est pas encore le Pérou, mais la dynamique est enrayée. Et, quand on regarde dans le détail les résultats du sondage, on voit bien pourquoi la cote du Président repart à la hausse, alors qu’il est contesté dans la rue : la droite le soutient davantage.

C’est marquant dans ce que l’on appelle la « ventilation » des résultats de l’étude : sa popularité augmente chez les personnes s’estimant « proches » du MoDem, de l’UDI, des Républicains, chez qui il est passé en un mois de 22% à 29%, plus que son taux chez l’ensemble des Français. A gauche, l’augmentation est bien plus faible (+ 2 points chez Europe Ecologie-Les Verts, stable au PS et +6 points à la France insoumise, mais il est mesuré à seulement 11 % de satisfaction…).

Même constat si on regarde des catégories de la population traditionnellement plus à droite qu’à gauche : Macron augmentent chez les « commerçants, artisans, chefs d’entreprises », chez les « retraités », chez les « employés » également, chez les plus de 65 ans et étonnamment chez les 18-24 ans, qui lui attribuent 10 points de satisfaction supplémentaires.

Un mois de signaux à droite

Mais en résumé, c’est donc la droite qui fait remonter Macron. Et cela semble logique tant le Président a tout fait pour les séduire. En un mois, que retient-on de son action et de ses déplacements? Des petites phrases polémiques :

  • « Il y a des gens en situation de difficulté que l’on va davantage responsabiliser, parce qu’il y en a qui font bien et il y en a qui déconnent », lors d’une visite « surprise » à un conseil municipal à Gagny, dans l’Eure, mardi 15 janvier.
  • « Parfois on a trop souvent oublié qu’à côté des droits de chacun dans la République – et notre République n’a rien à envier à beaucoup d’autres – il y a des devoirs. Et s’il n’y a pas ce sens de l’effort, le fait que chaque citoyen apporte sa pierre à l’édifice par son engage-ment au travail, notre pays ne pourra jamais pleinement recouvrer sa force, sa cohésion, ce qui fait son histoire, son présent et son avenir », devant des boulangers et une grande galette des rois à l’Elysée, le 11 janvier.

Il y a eu aussi des propositions et des actes politiques :

  • Dans sa lettre aux Français, il évoque l’immigration, les « doutes » qui lui sont liés, et propose à ceux qui vont participer au grande débat de réfléchir à ce sujet et plus précisément à la mise en place d’objectifs annuels, fixés par le Parlement. Une proposition portée par François Fillon lors de la présidentielle. A Souillac, vendredi dernier, il a nouveau évoqué ce « défi d’intégration ».
  • La même lettre aborde, dans son volet sur les impôts, seulement l’idée d’une baisse, ce qui est un sujet plus marqué à droite.

Puis le gouvernement a mis sa pierre à l’édifice :

  • Jean-Michel Blanquer a proposé que les familles d’élèves violents perdent leurs allocations.
  • Edouard Philippe a annoncé une batterie de mesures pour rétablir l’ordre. Un plan anti-casseurs qui arrive mercredi en commission à l’Assemblée. Une proposition de loi initiée par le sénateur Les Républicains Bruno Retailleau.

L’espace politique s’ouvre à droite pour Macron

Si Emmanuel Macron et le gouvernement, après avoir dans un premier temps tenté d’éteindre la colère des Gilets jaunes en augmentant la prime d’activité, penchent à droite, c’est sûrement par tactique. Le chef de l’Etat, s’il veut regagner des soutiens, doit en effet davantage regarder à droite qu’à gauche. A gauche, le seul gros « réservoir de voix » est chez Jean-Luc Mélenchon, mais celui-ci est trop éloigné politiquement de lui.

Par contre, à droite, le style Laurent Wauquiez détonne. Lorgnant beaucoup sur le Rassemble-ment National, le patron de LR peut décourager certains, plus centristes. Ce sont ceux-là que le chef de l’Etat cherche à séduire. Et, en effet, cet espace politique s’ouvre à lui.

Les Juppéistes se rapprochent d’Emmanuel Macron et Laurent Wauquiez devrait choisir comme tête de liste aux européennes un candidat très conservateur, François-Xavier Bellamy. De quoi faire fuir encore quelques électeurs plus progressistes vers La République en Marche.

  21 janvier 2019 Vivien Vergnaud

https://www.lejdd.fr/

Lire aussi:
.

Lire la suite

13 janvier 2019 ~ 0 Commentaire

la source de macron!

Georges Pompidou, 1er ministre mai 1968

Commentaire:

Repères chronologiques: Mai 1968, De Gaulle est président, Pompidou premier ministre. De Gaulle disparaît, il a fuit un temps à Baden-Baden chercher l’appui de l’armée d’occupation en Allemagne. 1969: De Gaulle perd un référendum  (en fait la droite n’en veut plus) démissionne et meurt en 1970.  Pompidou est élu à sa place, il gagne contre Poher (centriste breton). Le PCF fait son dernier grand score au premier tour. 1973 La gauche échoue aux législatives. 1974 Pompidou meurt et est remplacé par Giscard qui bat Mitterrand, revanche en 1981.

Lire la suite

03 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

vu de suisse (courrier international)

macron

Vu de Suisse.

Macron doit répondre aux “gilets jaunes” s’il veut sauver son quinquennat

Éditorial  La pire des caricatures serait de résumer la colère des “gilets jaunes” français aux inacceptables violences qui ont défiguré samedi [1er décembre] plusieurs rues de Paris et d’autres villes, telle Marseille.

Les images de l’Arc de triomphe aux mains des casseurs ne doivent pas nous faire trébucher dans le fossé des amalgames. Des centaines de milliers de Français expriment depuis trois semaines leur colère, à travers tout le pays, sans confrontation avec les forces de l’ordre et sans jets de pierres. D’où l’importance de savoir, lors de leur comparution immédiate et justifiée devant les tribunaux, qui sont ceux que le monde entier assimile à des insurgés. D’où l’impor-tance aussi de comprendre pourquoi les forces de l’ordre ont été, ce week-end, à ce point débordées. La France n’est pas, comme on le croit souvent, condamnée aux barricades.

La seconde erreur serait de croire qu’à ce stade la réponse à ce mouvement mal contrôlé peut encore être l’affaire d’une audience à Matignon, ou d’une réunion d’urgence à l’Élysée. Les prises de parole successives d’Emmanuel Macron ont montré que le président français n’est plus entendu, tout comme ses ministres.

Plus grave : les Macroniens eux-mêmes semblent aujourd’hui murés dans le silence. Où sont les contre-manifestants ? Où sont les vétérans de la “grande marche” de la campagne prési-dentielle ? Leur silence – hormis celui des élus – est éloquent. Il dit le problème de fond. Cette éruption française n’est plus l’affaire du prix du carburant, du ratio de dépenses, ou du pouvoir d’achat. Il s’agit d’une rupture de confiance. Le chef de l’État se fracasse à chaque embardée sur de nouveaux récifs. Son navire élyséen est, on peut le regretter, frappé à la ligne de flottaison.

S’il ne veut pas que cette rupture de confiance entraîne une rupture des réformes et tue son quinquennat, Emmanuel Macron doit donc agir. Et vite. Comment ? En s’adressant par des gestes forts aux catégories les plus révoltées : retraités, salariés modestes du privé, provin-ciaux blessés par les fractures des territoires. La plaie des “gilets jaunes” ne cicatrisera pas avec des coups de menton ou un état d’urgence. Vu l’ampleur du mouvement et les dégâts causés à l’image de la France, perpétuer le face-à-face n’est plus une solution.

Ce ne sont pas les “gilets jaunes” et leurs revendications qui sont en train d’enterrer l’espoir de réformes, écrit ce quotidien suisse. C’est le manque de confiance généralisé qui paralyse la France. Plus ce pays toujours tenté par la violence s’installe dans la défiance, moins sa transformation est envisageable.

Richard Werly 03/12/2018
.
.
Lire aussi:
.
Commentaire: Monsieur Macron, écoutez les bons conseils de la bourgeoisie suisse dans ce quotidien de droite « civilisée »! Nul doute que les classes possédantes européennes commencent à s’inquiéter de l’extension des gilets jaunes!

Lire la suite

05 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

uniforme (le huffington post)

eton-formal-school-uniform

L’uniforme pour les écoliers, le fantasme « d’une école qui n’a jamais existé »

À Provins, en Seine-et-Marne, les élèves des écoles élémentaires pourront venir en classe vêtus d’un uniforme.

  »C’est une blague historique. » Le débat autour du port de l’uniforme à l’école revient encore dans l’actualité à travers la décision d’un maire Les Républicains de Seine-et-Marne. Au retour des vacances de la Toussaint, ce lundi 5 novembre, les élèves des écoles élémentaires de la ville de Provins pourront en effet venir en classe vêtus d’un uniforme. Une décision qui divise les parents et navre les spécialistes de l’éducation.

Pour 137 euros, chaque enfant disposera d’un pantalon coupe droite, d’un gilet bleu ciel, de polos brodés de la devise républicaine et d’un blouson style aviateur. Un trousseau fourni gratuitement aux familles les plus modestes. Non obligatoire, la nouvelle tenue « sera portée par près de la moitié des élèves », assure le maire de cette sous-préfecture de Seine-et-Marne, Olivier Lavenka, à l’origine de la mesure. « C’est une expérimentation, nous ferons le bilan dans quelques années ».

Pas besoin de plus de temps pour les spécialistes qui jugent la mesure au mieux « démagogique », au pire « réactionnaire. »

D’autant que le débat sur la tenue unique déboule dans l’actualité à intervalle régulier. Depuis 2013, trois propositions de loi ont été déposées en ce sens. Pendant la campagne de 2017, deux candidats à l’élection présidentielle, François Fillon et Marine Le Pen, proposaient eux aussi le « retour à l’uniforme ». Mais pour l’historien de l’éducation Claude Lelièvre, faire penser que l’uniforme était jadis obligatoire dans le primaire et le secondaire est « parfaitement faux. »

Une blouse, pas d’uniforme

« C’est une blague historique à laquelle beaucoup de personnes croient », déplore-t-il auprès du HuffPost avant de poursuivre: « Manifestement, un tas de gens ont une mémoire faussée sur ce sujet. C’est étonnant. »

Malgré ce qu’induit le mythe du « retour » de l’uniforme à l’école, celui ci n’a jamais été obligatoi-re au primaire et était très majoritairement réservé aux écoles huppées dans le secondaire. À l’école, « on portait la blouse, et elles étaient pour la plupart différentes les unes des autres », indique Claude Lelièvre, en précisant qu’elles avaient uniquement une dimension pratique et n’étaient pas portée par tous les élèves.

Sa seule utilité était en effet de protéger les habits,de plus grande valeur à l’époque qu’aujourd’hui, des taches d’encre. Elle a d’ailleurs disparu à la fin des années 60 avec l’apparition du stylo bic.

« Retour » ou non, pour le maire de Provins, le port de l’uniforme dans les écoles de sa ville revêt plusieurs vertus. « Plus pratique le matin pour habiller les enfants », « sentiment d’appar-tenance à la communauté éducative renforcée »: pour l’édile, l’uniforme participe à « un meilleur climat scolaire ». Et il est majoritairement suivi par ses administrés. La mairie avait en effet orga-nisé une consultation en juin dernier. 62% des parents s’étaient prononcés en faveur du port de l’uniforme, approuvant ainsi une mesure qui aurait l’avantage de gommer les « différences sociales » entre les élèves selon ses fervents partisans.

« L’uniforme n’a jamais été un vecteur d’égalité »

Une illusion pour Jean-Yves Rochex, professeur de sciences de l’éducation à l’université     Paris 8  : « C’est de la poudre aux yeux », s’agace-t-il auprès de l’AFP. « On peut mettre tous les uniformes que l’on veut ça ne réglera pas les inégalités dans le milieu scolaire ».

Le chercheur y voit une « mesure démagogique » proposée par certains politiques pour nourrir « une nostalgie réactionnaire d’une école qui n’a jamais existé ». Face à la crise que traverse l’institution scolaire, « le mythe de l’école primaire d’antan » s’est développé, estime-t-il. « Pourtant dans les années 50, l’école était bien plus inégalitaire qu’aujourd’hui ».

Même son de cloche du côté de Claude Lelièvre. L’historien de l’éducation rappelle que dans le secondaire l’uniforme était « très majoritairement » réservé aux écoles huppées et servait « le patriotisme d’établissement » et le sentiment d’appartenance à une élite. « L’uniforme n’a jamais été un vecteur d’égalité », tranche-t-il.Au contraire, il exacerbait la fierté d’appartenir à tel ou tel établissement.

« C’était un trip à l’anglo-saxonne qui servait à manifester le sentiment de se distinguer des autres écoles », explique le spécialiste au HuffPost. Seulement en Grande-Bretagne, la tradition s’étale sur plus de 400 ans… et trouve même écho dans la culture et les mythes nationaux. Harry Potter et son uniforme brodé aux couleurs de Poudlard en est le parfait exemple.

05/11/2018

https://www.huffingtonpost.fr/

Lire la suite

23 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

république (pùblico)

roi

Toute la panoplie du nationaliste catalan: drapeau sur la tête, affiche « liberté presos », ruban jaune et photo de Puigdemont

République ou monarchie

54% de la population est en faveur d’un référendum pour décider selon une enquête de Podemos

Podemos a mené une enquête pour connaître la position de la population sur un référendum pour décider entre Monarchie et République: le résultat 54% sont en faveur de l’organisation de cette consultation, alors que 31% seraient contre un référendum sur le chef d’État. Selon des sources de Podemos, « la même enquête indique que la monarchie est une institution qui représente le passé et que les citoyens associent à la corruption, et seulement 16% des répondants associent la monarchie à la démocratie ».

Le parti pourpre a mené cette consultation interne par manque de données officielles sur la monarchie. Cela fait trois ans que le Centre de recherches sociologiques (CIS INSEE note du blog) ne l’a pas demandé. La dernière fois que le CEI a consulté les citoyens au sujet du chef de l’État, c’était en avril 2015. Ils n’ont même pas demandé la préférence pour la forme de l’État, mais seulement l’évaluation relative à l’institution: 4.34 sur 10. Il n’a pas non plus été confirmé si le Centre de recherche, qui relève directement de la présidence du gouvernement, posera de nouveau des questions sur la monarchie.

Ainsi, faute de données, Podemos a réalisé cette enquête à la fin du mois de juillet dernier. Peu de temps après les irrégularités commises par le roi Juan Carlos Ier, après les révélations de Corinna zu Sayn-Wittgenstein, qui a déclaré avoir des comptes en Suisse.

Les données auxquelles Publico a eu accès montrent que 53,8% sont en faveur du référendum entre la Monarchie ou la République, 31,1% sont contre et 15,1% des personnes interrogées ne savent pas sait ou ne répondent pas

L’enquête a été menée à l’échelle nationale et comportait 1 014 interviews en ligne. Le parti violet, expliquez également que les entretiens ont été menés auprès de la population générale vivant en Espagne depuis 18 ans, avec des quotas par sexe, âge, taille de l’habitat, communautés autonomes et niveau socio-économique, avec une erreur d’échantillonnage de 3,08% , ce qui signifie une confiance de 95,5%.

L’enquête de Podemos coïncide avec une autre étude menée en juillet par Electomanía y Contexto. Dans les résultats, ils indiquent que 6 répondants sur 10 estiment qu’il est nécessaire de voter pour choisir entre la monarchie ou la république. En outre, lors d’une consultation, 53% des jeunes de 35 ans voteront pour une république, alors que ce chiffre tombe à 48% pour les 36 à 55 ans et à 41% pour les plus de 56 ans.

Initiatives de consultations et actes d’aversion envers la Couronne

Ces données coïncident avec les initiatives en cours à Madrid avec des consultations organisées par des habitants de plusieurs quartiers de la capitale. Le 23 juin, 6 490 habitants de Vallecas ont voté pour que l’Espagne soit une république. Et, le 24 novembre prochain, une autre consultation aura lieu dans le district de Vicálvaro. Depuis l’été, les actes d’aversion envers la Couronne émanant de citoyens et d’institutions ont augmenté.

Público a compilé les derniers épisodes qui montrent ce rejet: des étudiants d’excellence à Oviedo qui refusent d’assister avec Felipe VI et Laetizia à la cérémonie de remise des récompenses de la Princesse des Asturies, au jeune homme qui, durant le travail de nettoyage post inondations de Majorque, offre Roi un balai pour le saluer, en passant par la résolution du Parlement catalan condamnant la position du gouvernement central.

Les initiatives du Congrès se sont également multipliées pour enquêter sur la monarchie, en dépit des blocages imposés à la Chambre des députés: mardi, Unidos Podemos et ERC ont présenté à nouveau une commission d’enquête sur les allégations d’activités illégales de Juan Carlos. de Bourbon. Pour éviter les vetos de PP, PSOE et Ciudadanos, ils ont proposé cette fois de limiter l’enquête aux événements survenus après l’abdication de l’ancien chef de l’État, alléguant que l’abdication du roi émérite en 2014 impliquait la renonciation au privilège de l’immunité pour ses actes.

Ce journal a également lancé une pétition en faveur de l’organisation d’un référendum sur la forme du pays. Pour le moment, plus de 140 000 personnes ont signé cette pétition réclamant le droit de se prononcer en faveur de la république ou de la monarchie.

Madrid 23/10/2018

https://www.publico.es/

Lire la suite

17 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

sénat église (le huff’)

wauquierz

Le Sénat rejette la demande d’une commission d’enquête sur les abus sexuels dans l’Église

Elle avait été demandée par les sénateurs socialistes

 La commission des Lois du Sénat a jugé irrecevable ce mercredi 17 octobre la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les abus sexuels dans l’Eglise demandée par les sénateurs socialistes, a indiqué leur chef de file Patrick Kanner. Cette décision devrait être confirmée, sauf énorme surprise, mercredi soir en conférence des présidents.

« On nous a opposé des arguments juridiques », a expliqué Patrick Kanner, dénonçant cepen-dant « une réponse politicienne ». « La droite sénatoriale, sur un sujet aussi sensible, semble rester sur ses principes », a-t-il regretté, soulignant que le groupe PS « n’est pas sur une logique anticléricale », mais au contraire « dans une logique d’aider l’Eglise ».

« Cette commission d’enquête demandée par de nombreux citoyens, croyants ou non, aurait permis de faire enfin la lumière sur le fonctionnement et les dysfonctionnements qui ont empêché qu’un certain nombre d’affaires soient portées devant la Justice », a affirmé le groupe socialiste sans un communiqué.

Une « mission d’information »

Le groupe socialiste « regrette que le Sénat ne se saisisse pas de cette occasion pour per-mettre à de trop nombreuses victimes d’être enfin collectivement entendues et reconnues comme tel. Ces victimes sont des citoyens qui demandent à comprendre pourquoi la Loi et la Justice n’ont pas été appliquées dans leur cas et qui veulent que leur souffrance ne se reproduise plus pour les enfants d’aujourd’hui ».

Selon Patrick Kanner, le président LR de la commission des Lois, Philippe Bas, proposerait, en lieu et place d’une commission d’enquête, une « mission d’information » commune à la commis-sion des Affaires sociales et à la commission de l’Education.

Un groupe de personnalités réunissant des religieux, d’ex-ministres, des avocats et des victimes avait lancé récemment un appel, publié dans Témoignage Chrétien, réclamant une enquête parlementaire sur les abus sexuels dans l’Eglise en France.

88% des Français (87% des catholiques, 90% des pratiquants) se sont par ailleurs déclarés favorables à une commission parlementaire « enquêtant sur les crimes pédophiles et leur dissimulation dans l’Eglise catholique », selon un récent sondage publié dans Témoignage chrétien.

LUDOVIC MARIN 17/10/2018

https://www.huffingtonpost.fr

Lire la suite

08 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

francophonie (cadtm peuple-breton)

afrique
.

L’œuvre négative du néocolonialisme français et Européen en Afrique. La francophonie

La diffusion de la langue française en Afrique est partie intégrante du projet colonial.

Elle fait partie intégrante de l’ « œuvre civilisatrice » que prétendait apporter le colonialisme. La civilisation est, en effet, entendue dans le projet colonial, comme l’extraction de l’homme afri-cain de ses cultures « barbares » pour le faire entrer dans l’histoire et dans la civilisation par l’assimilation. Les indépendances africaines de la décennie 60 voient ainsi arriver au pouvoir des « élites » francophones dans des pays où les cultures et langues maternelles ont été asphyxiées quand elles n’ont pas été réduites à du folklore. Ce qui s’appelle déjà dès l’ère coloniale « francophonie » s’impose rapidement comme politique publique de maintien de la dépendance des élites et d’aliénation des masses populaires africaines.(…)

Langue française et colonisation

(…) Loin d’être isolée, l’idée d’une langue française civilisatrice préside à la création de « l’Alliance française » (dont le titre intégral est : Association nationale pour la propagation de la langue française dans les colonies et à l’étranger) en juillet 1883. La diversité politique des fondateurs de cette institution souligne le consensus colonial quasi-total de l’époque: le général Faidher-be, le cardinal de Lavigerie, Ferdinand de Lesseps, Paul Bert, Louis Pasteur, Ernest Renan, etc. Les objectifs sont, en effet, sans ambiguïtés et sont résumés comme suit deux ans après la création de l’institution coloniale : « Par l’école, vulgariser l’usage du français dans nos colo-nies et nos protectorats ; par l’école, soutenir le prestige de la France dans les contrées barbares [sic] où il domine depuis longtemps, particulièrement dans les pays musulmans du Levant ; etc [3]. »

La troisième république laïque n’hésite pas à s’appuyer sur l’Église pour diffuser cette langue française que l’on considère nécessaire à la « conquête des esprits » devant parachever la conquête militaire. « Les missionnaires doivent être des agents de l’influence française par la diffusion de la langue. […] L’objectif fixé aux écoles confessionnelles est précis et limité : [faire des élèves] des auxiliaires de la colonisation [4] » résume le prêtre et historien Joseph Roger Benoist. Le chercheur en sciences sociales Raberh Achi évoque même une « exception coloniale à la laïcité ».

Il n’y a donc aucun projet de scolarisation généralisée des colonisés mais volonté de créer une « élite » francisée au service de la colonisation.

« Les autorités françaises utilisaient ces élites comme instruments de leur domination sur les masses indigènes. Elles espéraient également qu’elles guideraient par leur exemple l’évolution de leur société dans la voie de l’association, du rapprochement, voire de la « fusion des races  [5] » analyse l’historien Guy Pervillé. Faisant le bilan de l’œuvre civilisatrice française dans les colonies en 1943, l’historien et directeur de l’école coloniale en Afrique Occidentale Française de 1926 à 1943, Georges Hardy insiste sur la fonction politique de cette élite indigène.

L’auteur développe dans ses thèses l’idée d’une limitation de l’accès à l’enseignement à une infime élite. Une ouverture plus large aurait des effets dangereux pour le système colonial.

Un grand soin est apporté à la production de cette élite conçue comme chainon entre le colonisateur et le colonisé. On se préoccupe par exemple de leur mariage avec la création d’écoles féminines visant à produire les épouses de ces « évolués » : « C’est un malaise de constater le nombre croissant de jeunes hommes instruits et le petit nombre de femmes éduquées que nous plaçons à côté d’eux […].

Qui épouseront-ils tous ces médecins, ces comptables, ces employés de postes et quantité d’hommes évolués que nous créons à jets continus suivant les besoins de la colonie [8]. » Il s’agit bien de produire un groupe social spécifique culturellement et socialement attaché à la culture et à la langue du colonisateur.

L’enseignement offert à cette élite évoluée est articulé à un processus d’alié-nation qu’un livre consacré à « l’aliénation colonialiste » en Algérie décrit comme suit en 1961 :

« Convaincre les indigènes de leur infériorité, à tous égards par rapport aux français est selon lui (Cavaignac) le devoir fondamental des dirigeants de l’entreprise en Algérie ». Complexe qu’on s’est efforcé de créer surtout chez ceux qui ont eu le privilège des bancs de l’école. En effet, chez ces derniers les enseignants et la propagande officielle ont contribué à faire exister, valoriser, admirer en exclusivité comme étant le bien et le beau absolus, le patrimoine de la France : sa culture, son histoire, ses héros, ses poètes, ses savants, ses coutumes, sa mode vestimentaire, etc., en bref la civilisation française. Par là même, tout a concouru à nier l’exis-tence d’autres valeurs, à refuser toute qualité à ce qui n’est pas français ou au moins occidental et en premier lieu donc, à tout ce qui est algérien [10].

La confrontation avec l’injustice coloniale conduira une partie non négligeable de cette élite au combat pour l’indépendance.

Cependant les socialisations scolaires et les habitus continuent de les rattacher à l’ancienne puissance coloniale : habitudes de vie, modes de consommation, contenus des enseigne-ments, réseaux d’amis, souvenirs de voyages et/ou d’études en France, capital de lectures et donc système de références, etc. Le dispositif institutionnel de la francophonie s’appuie sur cette dépendance culturelle pour la faire perdurer et la renforcer au-delà les indépendances.

La toile d’araignée francophone

Si Onésime Reclus est présenté par le discours officiel de la francophonie comme le père fondateur du concept, l’événement fondateur pour la « mythistoire francophone [11] » est la publication en 1962 du numéro de la revue Esprit intitulé « Le français, langue vivante ». Si le numéro de la revue Esprit est réellement une défense de la francophonie à laquelle participent des chefs d’État de l’ancien empire colonial, il n’est pas contrairement à l’affirmation officielle « l’acte de naissance ».

Deux ans plus tôt le gouvernement français prenait l’initiative de créer la « Conférence des Ministres de l’Éducation des pays africains et malgache d’expression française » (Confemen) qui est de ce fait la première institution intergouvernementale francophone postcoloniale. Cette institution qui regroupe à sa naissance 15 États (c’est-à-dire la plupart des pays de l’ancien empire colonial africain français et la France) se réunit tous les deux ans pour « pour tracer les orientations en matière d’éducation et de formation au service du développement [13] ».

Le choix de l’éducation nationale comme premier terrain de la francophonie n’est, bien entendu, pas anodin.

La colonisation et sa scolarisation sélective ont suscité une soif et une attente de scolarité qu’aucun État nouvellement indépendant ne peut ignorer. La légitimité politique passe, entre autre, au moment des indépendances, par une démocratisation de l’enseignement. De fait tous les États nouvellement indépendant d’Afrique, quel que soit leur orientation politique mettront en place une telle orientation qui en quelques années donneront des résultats laissant loin derrière toute « l’œuvre scolaire » coloniale.

Dans ce contexte l’enjeu devient dès lors le contenu et la langue de cette scolarisation.

En témoigne la passe d’arme lors de l’inauguration de l’Université de Dakar le 9 décembre 1959 entre le recteur français Lucien Paye et le président de l’Union générale des Étudiants d’Afrique occidentale (UGEAO) Daouda Sow. Le premier déclare : « Est-il plus noble program-me que celui auquel le Conseil de l’université, lors de sa récente séance, apportait une adhésion unanime : « Être une université française au service de l’Afrique ? »

Le second lui rétorque : « L’Université de Dakar se doit de porter, selon nous, un cachet typiquement africain. On y doit sentir battre le cœur de l’Afrique d’hier et de demain. Vous comprenez alors que notre souhait demeure de voir cette université devenir un foyer de chercheurs à vocation africaine, mais au service de l’Universel et de la vérité [14]. »

L’auteur à qui nous empruntons ces citations, l’historien ivoirien Chikouna Cissé, analyse comme suit la stratégie française de ces premiers pas de la francophonie postcoloniale :

Confrontée à l’exaltation de la ferveur panafricaniste, la France choisit de resserrer les liens avec ses anciennes colonies, au début des années 1960, à des fins de contrôle politique. Ce bornage du pré-carré trouva son expression tangible dans la multitude de rencontres des ministres de l’Éducation d’expression française où l’on pouvait noter souvent, une surrepré-sentation française. Dix-huit conférences, selon le décompte de l’historien Laurent Manière, réunirent Français et Africains entre 1960 et 1969, dans le cadre de la signature et de l’application d’accords de coopération signés [15].

Cette première institution francophone inscrite dans les accords de coopération (dont nous avons soulignés la dimension néocoloniale dans une livraison antérieure [16]), sera suivie de nombreuses autres. L’ensemble des champs éducatif, sportif, médiatique et culturel sont désormais couvert par le réseau institutionnel francophone. Outre leurs propres réseaux, ces institutions peuvent s’appuyer sur le plus que centenaire réseau des « Alliances Françaises » qui regroupe 835 agences en 2018 dont 115 en Afrique couvrant 35 pays.

Pour couronner l’ensemble du dispositif des « Sommets des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage », plus connus sous le nom « Sommet de la Franco-phonie » se réunissent à partir de 1986 tous les deux ans.  Le dernier sommet de 2016 a ainsi vu la participation de 54 États membres, 4 membres associés et 26 observateurs (dont 31 pays africains).

Les mécanismes de la dépendance

La question et le problème que pose la Francophonie n’est, bien entendu pas réductible à la question de l’usage du français. L’approche essentialiste de la langue n’aide en rien à comprendre l’enjeu posé par la francophonie néocoloniale.

Comme le souligne Kateb Yacine, la langue de l’ancien colonisateur, peut s’appréhender comme un « butin de guerre » pouvant être mis au service de l’émancipation. Après tout de nombreux leaders des indépendances ont subvertit les enseignements appris à l’école colo-niale française pour les mettre au service de la libération de leurs pays. Il ne s’agit donc pas de rejeter une langue en soi mais d’interroger les mécanismes d’un dispositif institutionnel politique et ses conséquences sur les États africains.

Le refus de l’essentialisme en matière de langue ne doit cependant pas nous amener à faire l’erreur exactement inverse c’est-à-dire ne considérer celle-ci que comme un instrument de communication neutre rendant toutes les langues interchangeables sans conséquences.

La langue est un système […] par le biais duquel les membres d’une communauté se repré-sentent la réalité (physique, psychologique, sociale, conceptuelle, virtuelle, etc.), communi-quent entre eux et s’identifient culturellement [18] » explique le chercheur canadien en sciences de l’éducation Pierre Legendre.

« Il est clair que la langue est nécessaire à la constitution d’une identité collective, qu’elle garantit la cohésion sociale d’une communauté, qu’elle en constitue d’autant plus le ciment qu’elle s’affiche [19] » complète le linguiste français Patrick Charaudeau. On ne change pas de langue comme de lunettes. Celle-ci apporte au sujet une dimension culturelle et identitaire, une vision du monde résultat d’une expérience historique collective. Elle inscrit le sujet dans une filiation et une histoire.

Bien entendu la langue est une réalité vivante mutant avec l’expérience collective du groupe qui la parle.

L’utilisation d’une même langue ne signifie donc pas en soi une similitude des identités. Qu’un sénégalais ou un québécois parlent le français ne signifient donc pas qu’ils ont la même iden-tité. Cependant la présence d’une situation et de rapports de domination ouvre un processus d’aliénation qui à son tour alimente et renforce la domination. C’est pourquoi le choix de la langue nationale n’est jamais une question secondaire et c’est aussi la raison d’une telle insistance à promouvoir la francophonie de la part de l’ancienne puissance coloniale.

Sur le plan de chaque nation la question linguistique s’articule à la question des classes sociales du fait d’une maîtrise inégale de la langue officielle selon l’appartenance sociale.

Le romancier kenyan N’Gugi wa Thiong’o explique comme suit sa décision de ne plus écrire en anglais pour écrire désormais en Kikuyu et en kiswahili : « Coupée du peuple [la littérature des premières décennies des indépendances], prisonnière des barrières linguistiques héritées du colonialisme, la nouvelle littérature échouait à rassembler au-delà d’une frange d’étudiants, de professeurs et de fonctionnaires en tous genres [20]. ».

Autrement dit l’inégalité de maîtrise de la langue nationale contribue au renforcement des pouvoirs néocoloniaux. « Préconiser la francophonie dans le cadre d’un enseignement de classe destiné à for­mer une élite de technocrates, c’est vouloir tout simplement perpétuer le système de relais de domination entre l’ancienne métropole et les peuples exploités [21] » résume Hassan Benaddi un des animateurs de la revue progressiste marocaine Souffles. Pour prévenir les critiques il précise : « clamons-le encore nous sommes contre la Francophonie et seuls les messieurs Jourdain du néo-colonialisme oseront désormais nous traiter de francophobes [22]. »

La figure de Senghor illustre pleinement la dimension aliénante de la franco-phonie dominante c’est-à-dire celle qui fonctionne réellement et concrètement.

Celui qui est présenté avec le tunisien Habib Bourguiba comme un des « fondateurs » de la francophonie) défend la thèse d’une symbiose harmonieuse entre le français (langue officielle) et les six langues nationales (le wolof, le serere, le diola, le peul, le manding, le soninke). Pourtant plus de cinquante ans après l’indépendance le français reste la langue de l’élite, de ses institutions et du pouvoir, alors que les langues nationales sont la langue des masses et de la rue.

Un de ses arguments est le nombre important de langues africaines empêchant d’en choisir une (c’est-à-dire rendant nécessaire de choisir le français comme langue commune).

Cet argument ne tient pas pour le Sénégal. D’une part comme l’a démontré Cheikh Anta Diop, les différentes langues du Sénégal sont apparentées entre elles [25]. D’autre part toutes les minorités sont très majoritairement bilingues et parlent la langue majoritaire le Wolof. « Environ 80 % de la population le pratique sur toute l’étendue du territoire [26] » rappellent le linguiste sénégalais Jean Léopold Diouf et la linguiste française Marina Yaguello. La situation est sensiblement la même dans de nombreux pays africains.

En outre le choix du français reproduit la balkanisation issue des anciennes puissances coloniales.

Ainsi la Gambie « anglophone » et le Sénégal « francophone » ont le Wolof comme langue commune. Alors qu’existent de nombreuses langues transnationales de communication, chacun des États continue d’utiliser comme langue officielle celle de son ancien colonisateur.

C’est le cas du Haoussa qui est utilisé au Nigéria, au Niger et au Tchad ; du Soninké parlé au Sénégal, au Mali et en Mauritanie ; du peul que l’on trouve au Mali, en Mauritanie, au Sénégal, en Guinée, au Burkina Faso, au Niger et au Nigéria ; etc.

Ces différentes langues parlées par les paysans et les ouvriers constituent des ponts entre les États africains pouvant servir de base à un développement économique autocentré correspon-dant aux besoins de ces peuples. C’est ce que souligne Cheikh Anta Diop dans son combat pour l’adoption de langues officielles africaines. Dès 1954 il soulignait qu’ « on ne saurait insister suffisamment sur le fait que l’impérialisme culturel est la vis de sécurité de l’impérialis-me économique ; détruire les bases du premier c’est donc contribuer à la suppression du second [27] ».

La francophonie ne se limite pas à sa seule dimension linguistique

Même les scénarios des films d’Hollywood sont des armes. Il suffit d’écouter les applaudisse-ments des spectateurs africains quand les héros hollywoodiens massacrent les Indiens ou les Asiatiques pour se rendre compte de la puissance d’un tel moyen. En effet, dans les continents en voie de développement où l’héritage colonialiste a laissé une grande majorité d’illettrés même le plus petit enfant est atteint par le message contenu dans les histoires de sang et de violence venues de Californie. Et avec le meurtre et le Far West arrive un barrage incessant de propagande anti-socialiste, dans lequel le syndicaliste, le révolutionnaire ou l’homme à la peau sombre joue généralement le rôle du traitre, alors que le policier, le détective, l’agent fédéral – en un mot l’espion type CIA – est toujours un héros [28]

Ingérences et résistances

Le lien entre francophonie et intérêts économiques est parfois publiquement assumé comme en témoigne la déclaration du ministre français des affaires étrangères, Yvon Bourges, à l’assemblée nationale française le 23 octobre 1967 :

Et naturellement le premier objectif de mon département est de favoriser la pénétration de la langue et de la culture françaises dans les pays d’Afrique et de Madagascar… ; le second objectif que nous nous proposons est d’ordre économique : le maintien et le développement des intérêts commerciaux et industriels français constituent également une préoccupation constante du Secrétariat d’Etat aux Affaires Etrangères en charge de la coopération. Je le dis sans aucune honte. Cela n’a d’ailleurs rien d’illégitime ni de sordide. La coopération n’est pas une entreprise intéressée au sens égoïste du terme, mais il ne peut s’agir ni de gaspillage ni de prodigalité … [30]

La parole se fera plus prudente ultérieurement mais l’articulation entre francophonie et défenses des intérêts économiques français reste une constante jusqu’à aujourd’hui.

L’évolution des thèmes des sommets de la francophonie en témoigne. Ainsi en est-il du quinziè-me sommet de Dakar en 2014 dont l’objectif était d’adopter une « stratégie économique pour la Francophonie ». Ceux qui pensent encore que la Francophonie institutionnelle est une affaire de « langue en partage » sont ou naïfs ou malhonnêtes face à la simple idée d’une stratégie économique commune possible en maintenant le franc CFA, les accords de partenariat économique (APE), la dette et ses plans d’ajustement structurel, les multiples interventions militaires, etc.

L’annulation de la dette publique de 7 pays africains par le Canada lors du sommet du Québec en 1987 puis l’annulation partielle de la dette publique par la France lors du sommet de Dakar en 1989 pèsent peu face à l’immensité de la dette privée et aux pressions des « amis franco-phones » pour qu’elle soit remboursée au prix de Plans d’ajustement structurel qui empêchent toute possibilité de développement.

Si la Francophonie connaît un élargissement notable des pays membres en s’élargissant désormais à des pays de l’Est de l’Europe, elle est en revanche de plus en plus critiquée et remise en cause en Afrique. En témoigne les multiples écrits visant à démontrer qu’elle n’est pas de nature néocolonialiste.

L’argument de l’élargissement extra-africain souligne justement que la francophonie est devenue un des outils dans la concurrence mondiale entre les USA, l’Union européenne et le Canada qui n’a cessé de s’exacerber depuis le début de la mondialisation. Celui de l’origine de ses fondateurs rappelle simplement le mode d’accès à l’indépendance ayant pour cœur la préparation d’une transition entre le colonialisme et le néocolonialisme. Les trois chefs d’État africains généralement cités (Senghor, Bourguiba et Diori) ont été dans cette période de transition de « bons élèves ».

Les voix africaines remettant en cause la francophonie institutionnelle ne cessent en revanche de se multiplier.

« Si le français, en Afrique de l’Ouest, à mesure que les colons justifiaient leur « mission » civilisatrice, a longtemps valu comme langue du progrès, il constitue aujourd’hui, pour certains, de par son ambiguïté, un symbole d’assujettissement qui, du point de vue local, serait à l’origine de la négation, voire de la destruction des cultures africaines. […] il est alors possible d’entendre à Bamako : « À bas la francophonie ! » dans un meeting associatif [33] » remar-que la sociolinguiste Cécile Canut.

A l’occasion du quarantième anniversaire de la franco-phonie en 2010, le quotidien Burkinabais « Le pays-Ouagadougou » va dans le même sens en soulignant :

En francophonie, on note un réel déséquilibre entre pays du Nord et du Sud, les seconds étant étroitement dépendants des premiers qui assurent pour la plupart le financement du dévelop-pement. Ce déséquilibre s’est accentué au fil du temps du fait du poids de la France en rapport avec les visées géostratégiques de l’Élysée. Le rayonnement culturel étant sous-jacent à l’influ-ence économique, la France qui n’a plus ses colonies, sent qu’elle perd de son lustre d’antan. La francophonie devient alors le cadre idéal pour restaurer cette influence. On le sent lors des grandes messes rituelles. Paris dissimule à peine qu’elle se trouve au centre des prises de décisions [34].

Plus grave encore pour la stratégie néocoloniale, on assiste à un mouvement populaire de réaffirmation de soi et de réinvestissement des langues locales. Ainsi au Sénégal présenté par l’histoire officielle francophone comme le berceau de la francophonie, « le français recule au profit du wolof. Un phénomène de fond qui n’est pas sans conséquence sur la vie quotidien-ne [35] » souligne un article au titre significatif (« Le Sénégal est-il encore un pays francopho-ne ? ») de Slate Afrique de 2016. Une émission de TV 5 Monde titre dans le même sens en février 2018 : « Le Sénégal perd son français au profit du wolof. »

Ces réactions populaires convergent avec des prises de position politique à l’exemple de l’appel à un « contre-sommet anti-francophone » en 2014 à l’occasion du sommet de la francophonie 

« Les parties signataires de la présente plateforme considèrent que les Sommets dits franco-phones ne sont qu’un mauvais cirque destiné, principalement à couvrir et cautionner les abus de puissance multiformes du néocolonialisme français en Afrique, aujourd’hui placé sous la tutelle des Usa depuis sa réintégration dans le commandement de l’Otan ; et accessoirement à entretenir la corruption, la concussion et des trafics « françafricains » en tous genres [36]. » L’évènement a été évalué comme suffisamment important pour susciter une interdiction des manifestations publiques par le gouverneur de Dakar pendant la durée du sommet francophone pour des raisons de « sécurité ».

Ces militants qui s’opposent à la francophonie institutionnelle restent encore largement mino-ritaire. Leur simple existence est un signe du développement des consciences au regard de la période précédente. Le jeune âge de ces militants souligne l’émergence d’une nouvelle géné-ration militante porteuse d’avenir pour les peuples africains. (Résumé, pour l’intégrale, voir lien)

8 octobre Saïd Bouamama

http://www.cadtm.org/

Lire aussi:

Macron : « la francophonie est une famille aux dimensions planétaires » (Le Peuple Breton)

Ne pas confondre:

Onésime Reclus (Wikipédia)

Élisée Reclus (Wikipédia)

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin