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09 février 2018 ~ 0 Commentaire

c’est l’hiver (autre école)

carmba--encore-trop-a-droite

L’hiver s’est bien abattu sur la France…

L’hiver s’est abattu sur la France comme ce colloque sur ses valeurs

Si demain se prépare aujourd’hui, l’avenir est sombre. Une partie de la communauté des historien-nes a donc choisi de se compromettre au sens le moins noble du terme avec le pouvoir pour assurer la promotion de « valeurs » dont on peut raisonnablement discuter de l’opportunité de les associer à la France.

Après avoir œuvré dans les arrière-cours du ministère de la culture pour commémorer la naissance du directeur antisémite de l’Action française, revoilà donc Jean-Noël Jeanneney, grand témoin d’une sympathique table-ronde partagée avec Eric Mestrallet, fondateur de l’officine Espérance Banlieues, proche de la « Manif pour tous » (et, par extension, de toute la nébuleuse de l’extrême-droite et de la droite extrême) qui se cherche un avenir du côté de l’Éducation nationale.

Cela tombe assez bien car pour l’occasion le Ministre lui-même ouvrira d’une allocution solen- nelle ce colloque placé sous le signe de l’ordre, de la tirelire et de l’uniforme grâce à un atte- lage d’intervenants, de prime abord disparate, mais qui dessine un projet politique et éducatif.

Explorons plus avant ce casting toxique pour lequel le tapis rouge sera déployé sous les ors de La Sorbonne.

Il est constitué exclusivement d’hommes car – en ce jour où l’on commémore le droit de vote des femmes anglaises obtenu de haute lutte par les Suffragettes – il apparaît, de l’autre côté du Channel que seul le sexe fort est habilité à produire de la « réflexion » sur les valeurs de la France. Par un heureux caprice du ciel, leur teint s’accorde parfaitement avec les conditions météorologiques du moment. Un académicien et un recteur, historien par ailleurs, côtoient celui déjà mentionné, pour la légitimation intellectuelle.

Le MEDEF représenté par son vice-président, et le monde de l’entreprise, façon start-up nation, incarné par le cofondateur du site de vente en ligne Showroomprivé se joignent à ce premier cercle d’esprits aiguisés et ouverts.

Au cas où on resterait un peu sur sa faim quant à la représentation de la mouvance « droite libérale versée dans le culte de l’économie de marché, de la déréglementation et de la des- truction accélérée du service public d’éducation », la présence d’un représentant du Think Tank Synopia, un autre du Figaro Magazine et le co-directeur d’HEC, nous rassure pleinement.

L’ordre et l’uniforme ne sont pas en reste puisque ce colloque réunit également le nouveau chef du SMA (Service Militaire Adapté), l’ancien chef d’état-major des armées, l’actuel égale- ment qui a remplacé au pied levé le précédent, démissionné cet été, et un représentant de l’école d’infanterie.

Ne soyons pas chafouins, les cartes de visites des invités, hormis celle du monsieur proche des homophobes de service, ne constituent pas en l’état un argument disqualifiant pour participer à un colloque.

C’est surtout l’objet, ou le sujet, de leur réunion qui effraie. Mais de quoi vont-ils donc parler ?

La journée est consacrée au thème suivant « Société civile et communauté militaire : défendre ensemble les valeurs de la France ». Quatre axes de réflexion précisent les valeurs qu’il faut défendre en joignant les efforts de la société civile (quel choix clairvoyant que celui de Bernard Lapasset, ancien président de la Fédération française de rugby, du temps où ce sport encore très préservé de la marchandisation et du sponsoring fut bradé à la Société Générale et aux équipementiers sportifs) et de l’armée.

La Patrie d’abord – avec une majuscule – la morale ensuite, le travail pour poursuivre autour de la notion de risque au sens entrepreneurial et militaire du terme, celui qui permet de gagner, car le mâle blanc joue toujours pour la victoire. La dernière table-ronde ouvre oppor- tunément le champ des possibles avec une réflexion sur la transmission et le partage de ce bel avenir que l’on nous prépare.

Nul doute que les programmes d’EMC et que le nouvel enseignement du lycée appelé à suppléer l’ECJS et une partie de l’histoire-géographie sauront prochainement bénéficier des retombées fécondes de cette journée de colloque, car personne n’est dupe ici, il s’agit bien de préparer l’avenir. Un avenir sous la férule de l’ordre, de la norme, du culte de l’entreprise et de la réussite, aux antipodes des valeurs de liberté, de solidarité et d’égalité inscrites dans la Constitution.

Posté le 7 février 2018 par Collectif Q2C

https://www.questionsdeclasses.org/

Nous publions ici le billet de Véronique Servat, sur le site Aggiornamento Histoire-géo à propos de l’annonce d’un très inquiétant colloque sur les « valeurs de la France » et qui s’ouvrira par une allocution du Ministre de l’Éducation nationale…

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01 février 2018 ~ 0 Commentaire

casiers vierges (anti-k)

ferrand

Finalement, les députés enterrent la condition d’un casier vierge pour être éligible

Cet engagement figurait pourtant dans les engagements de campagne d’Emmanuel Macron. Mais l’exécutif a fait marche arrière par crainte de voir la mesure déclarée anticonstitutionnelle.

«Une triste marche arrière», «une reculade»: une fois n’est pas coutume, les avis des députés d’opposition de gauche comme de droite semblaient unanimes lundi soir. Les esprits se sont échauffés à l’Assemblée nationale après l’abandon d’une promesse de campagne du président Macron, qui stipulait «la loi de moralisation de la vie publique comprendra (…) l’interdiction pour tous les détenteurs d’un casier judiciaire (niveau B2) de se présenter à une élection». 

Alors que les députés préparaient l’examen du texte sur la «confiance dans la vie publique»,  présenté comme la première réforme phare du début du quinquennat Macron, le gouverne- ment a finalement opté pour une «peine complémentaire obligatoire d’inéligibilité», afin d’éviter un blocage d’inconstitutionnalité.

Cette peine complémentaire serait donc ajoutée à toute condamnation relevant de «crimes et délits de manquement à la probité», notamment sur les questions financières. C’est en réalité un retour à la version initiale du texte, après que la notion de casier judiciaire vierge ait été rajoutée en commission.

Mais cette disposition comportait des «risques importants» d’inconstitutionnalité. En effet, la ministre de la justice Nicole Belloubet a expliqué que l’interdiction de se présenter à une élection si le casier n’est plus vierge pouvait être interprétée comme «une peine automa-tique», qui contreviendrait donc au «principe d’individualisation des peines garanti par la Constitution».

Sur les méthodes qui ont conduit à l’abandon de l’obligation d’avoir un casier vierge, un détail passe particulièrement mal. La majorité s’est appuyée sur un amendement signé par le chef de file des députés LREM Richard Ferrand. Or ce dernier est visé par une plainte de l’association Anticor pour abus de confiance, dans le cadre de l’affaire de conflit d’intérêts qui le vise.

L’association estime en effet qu’une enquête est nécessaire pour déterminer si la convention passée avec la société civile immobilière(SCI) dénommée Saca était dans l’intérêt des Mutuel- les de Bretagne ou dans l’intérêt de la compagne de M. Ferrand.

À noter que cet amendement prévoit que les délits financiers ne seront pas les seuls concer- nés par «les peines complémentaire» d’inéligibilité, mais aussi «les faits de discrimination, injure ou diffamation publique, provocation à la haine raciale, sexiste ou à raison de l’orientation sexuelle».

Pour couronner le tout, la tenue même des débats a soulevé le mécontentement d’une partie des parlementaires, à l’instar de la socialiste Delphine Batho, qui déplorent n’avoir pas pu défendre leurs sous-amendements annulés par l’adoption de celui de Richard Ferrand.

Le figaro 25/07/2017

http://www.anti-k.org/

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18 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

rokhaya diallo (the guardian)

Rokhaya Diallo: ‘En tant que femme noire, ma liberté d’expression n’avait pas de valeur’

Journaliste et militante française, Rokhaya Diallo a été nommée au Conseil National Numérique (CNNum) à la fin de l’année dernière. Certaines de ses déclarations sur le racisme institution- nel et Charlie Hebdo ont suscité une polémique, qui a amené le gouvernement à céder aux demandes pour son éviction du conseil. Dans cet entretien avec Iman Amrani, elle revient sur le sujet et donne son sentiment sur Emmanuel Macron et la liberté d’expression.

https://www.theguardian.com/

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17 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

urvoas jj (jdd)

Marquis 4

Affaire Urvoas : l’enquête à la Cour de justice de la République formellement ouverte. La saisine de la commission d’instruction de la Cour de cassation marque le début des investigations dans cette affaire de violation du secret professionnel.

La Cour de justice de la République a été officiellement saisie mercredi de l’enquête sur l’ancien garde des Sceaux socialiste Jean-Jacques Urvoas, soupçonné d’avoir transmis au député Thierry Solère des informations sur une enquête pour fraude fiscale le concernant, a annoncé le parquet général de la Cour de cassation.

Dans un communiqué, le procureur général près la Cour de cassation a annoncé avoir « saisi aujourd’hui la commission d’instruction d’un réquisitoire introductif visant Jean-Jacques Urvoas en sa qualité à la date des faits de [...] ministre de la Justice, sous la qualification de violation du secret professionnel ». Cette étape marque formellement le lancement des investigations, mais elles s’annoncent longues.

Une note de la DACG.

Le haut magistrat était tenu de saisir cette commission après l’avis favorable émis mardi par la commission des requêtes de la CJR.  Cette affaire a rebondi en plein débat sur le lien hiérar- chique entre le garde des Sceaux et les procureurs, mais également au moment où le prési- dent Emmanuel Macron a réaffirmé lundi sa volonté de « supprimer » la CJR.

Selon les révélations du Canard enchaîné en décembre, Jean-Jacques Urvoas, alors au gouvernement, avait envoyé à Thierry Solère, député LR rallié depuis à LREM, une note de la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) sur une enquête le concernant.

Cette synthèse, signée « Amitiés, Jean-Jacques Urvoas », aurait été demandée à ses services par le ministre, comme le lui permettait son statut de garde des Sceaux, puis trans- mise par messagerie cryptée au député entre les deux tours de la présidentielle, d’après l’hebdomadaire.

Une perquisition chez Thierry Solère. Depuis le 6 septembre 2016, Thierry Solère est en effet visé par une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Nanterre pour « fraude fiscale, blanchiment, corruption, trafic d’influence et recel d’abus de biens sociaux ».  Dans le cadre de cette procédure, une perquisition au domicile du député, qui a dû renoncer fin 2017 à son poste de questeur de l’Assemblée nationale, avait été menée par les policiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF), qui avaient alors trouvé le message de Jean-Jacques Urvoas.

La procureure de Nanterre avait confirmé que des éléments « susceptibles d’engager la responsabilité pénale de Jean-Jacques Urvoas » avaient été saisis lors d’une perquisition, puis transmis le 5 décembre au procureur général près la Cour de cassation.

17 janvier 2018

http://www.europe1.fr/

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17 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

irrationalité (libération)

envahisseurs

Politique migratoire: l’irrationalité au pouvoir ?

Comme celle de ses prédécesseurs, la politique migratoire d’Emmanuel Ma- cron, en visite ce mardi à Calais, refuse d’entendre ce que disent les cher- cheurs depuis des années: les dispositifs répressifs créent le «problème migratoire» qu’ils prétendent pourtant résoudre.

Très loin du renouveau proclamé depuis l’élection du président Macron, la politique migratoire du gouvernement Philippe se place dans une triste continuité avec celles qui l’ont précédée tout en franchissant de nouvelles lignes rouges qui auraient relevé de l’inimaginable il y a encore quelques années. Si, en 1996, la France s’émouvait de l’irruption de policiers dans une église pour déloger les grévistes migrant·e·s, que de pas franchis depuis: accès à l’eau et distributions de nourriture empêchées, tentes tailladées et couvertures jetées, familles traquées jusque dans les centres d’hébergement d’urgence en violation du principe fondamental de l’inconditionnalité du secours.

La loi sur l’immigration que le gouvernement prépare marque l’emballement de ce processus répressif en proposant d’allonger les délais de rétention administrative, de généraliser les assignations à résidence, d’augmenter les expulsions et de durcir l’application du règlement de Dublin, de restreindre les conditions d’accès à certains titres de séjour, ou de supprimer la garantie d’un recours suspensif pour certain.e.s demandeur·e·s d’asile. Au-delà de leur apparente diversité, ces mesures reposent sur une seule et même idée, jamais démontrée et toujours assénée, de la migration comme «problème».

Des idées reçues bien tenaces

Cela fait pourtant plusieurs décennies que les chercheurs spécialisés sur les migrations, toutes disciplines scientifiques confondues, montrent que cette vision est largement erronée.

Contrairement aux idées reçues, il n’y a pas eu d’augmentation drastique des migrations durant les dernières décennies. Les flux en valeur absolue ont certes augmenté mais le nombre relatif de migrant·e·s par rapport à la population mondiale stagne à 3% et est le même qu’au début du 20è siècle. Dans l’Union Européenne, après le pic de 2015, qui n’a par ailleurs pas concerné la France, le nombre des arrivées à déjà chuté. Sans compter les «sorties» jamais intégrées aux analyses statistiques et pourtant loin d’être négligeables. Et si la demande d’asile a connu, en France, une augmentation récente, elle est loin d’être démesurée au regard d’autres périodes historiques.

Au final, la mal nommée «crise migratoire» européenne est bien davantage une crise institu- tionnelle, une crise de la solidarité et de l’hospitalité, qu’une crise des flux. Car ce qui est inédit dans la période actuelle c’est bien davantage l’accentuation des dispositifs répressifs que l’augmentation de la proportion des arrivées.

La menace que représenteraient les migrant·e·s pour le marché du travail est tout autant exagérée.

Une abondance de travaux montre depuis longtemps que la migration constitue un apport à la fois économique et démographique dans le contexte des sociétés européennes vieillissantes, où de nombreux emplois sont délaissés par les nationaux. Les économistes répètent inlas- sablement qu’il n’y a pas de corrélation avérée entre immigration et chômage car le marché du travail n’est pas un gâteau à taille fixe et indépendante du nombre de convives. Ils s’échinent à faire entendre qu’en Europe, les migrant·e·s ne coûtent pas plus qu’ils/elles ne contribuent aux finances publiques, auxquelles ils/elles participent davantage que les nationaux, du fait de la structure par âge de leur population.

Imaginons un instant une France sans migrant·e·s. L’image est vertigineuse tant leur place est importante dans nos existences et les secteurs vitaux de nos économies: auprès de nos familles, dans les domaines de la santé, de la recherche, de l’industrie, de la construction, des services aux personnes, etc. Et parce qu’en fait, les migrant·e·s, c’est nous : un·e Français.e sur quatre a au moins un·e parent·e ou un grand-parent immigré·e.

Les migrants ne sont pas des fardeaux !

En tant que chercheur·e·s, nous sommes stupéfait·e·s de voir les responsables politiques successifs asséner des contre-vérités puis jeter de l’huile sur le feu. Car loin de résoudre des problèmes fantasmés, les mesures que se sont empressées de prendre chaque nouvelle majorité, n’ont cessé d’en fabriquer de plus aigus.

Les situations d’irrégularité et de précarité qui feraient des migrant·e·s des «fardeaux» sont précisément produites par nos politiques migratoires:

la quasi absence de canaux légaux de migration (pourtant préconisés par les organismes internationaux les plus consensuels) oblige les migrant·e·s à dépenser des sommes consi- dérables pour emprunter des voies illégales. Elle les dépossède des ressources financières nécessaires pour prendre place dans les sociétés d’arrivée.

La vulnérabilité financière mais aussi physique et psychique produite par notre choix de verrouiller les frontières (et non par leur choix de migrer) est ensuite redoublée par d’autres pièces de nos réglementations: en obligeant les migrant·e·s à demeurer dans le premier pays d’entrée de l’UE, le règlement de Dublin les prive de leurs réseaux familiaux et communau- taires, souvent situés dans d’autres pays européens et si précieux à leur insertion.

A l’arrivée, nos lois sur l’accès au séjour et au travail les maintiennent, ou les font basculer, dans des situations de clandestinité et de dépendance.

Enfin ces lois contribuent paradoxalement à rendre les migrations irréversibles: la précarité administrative des migrant·e·s les pousse souvent à renoncer à leurs projets de retour au pays par peur qu’ils ne soient définitifs. Les enquêtes montrent clairement que c’est l’absence de «papiers» qui empêche ces retours. Nos politiques migratoires fabriquent bien ce contre quoi elles prétendent lutter.

Contrairement à une idée largement répandue, les migrant·e·s ne sont pas «la misère du monde». Ce sont précisément nos choix politiques qui font basculer une partie d’entre eux/elles dans la misère. Comme ses prédécesseurs, le gouvernement signe donc aujourd’hui les conditions d’un échec programmé, autant en termes de pertes sociales, économiques et humaines, que d’inefficacité au regard de ses propres objectifs.

Imaginons une autre politique migratoire.

Une politique migratoire enfin réaliste. Elle est possible, même sans les millions utilisés pour la rétention et l’expulsion des migrant·e·s (qui ne les empêchent par ailleurs pas de revenir), le verrouillage hautement technologique des frontières (qui ne les empêchent pas de passer), le financement de patrouilles de police et de CRS (qui ne les empêche pas de résister), les sommes versées aux régimes autoritaires de tous bords pour qu’ils retiennent, reprennent ou enferment leurs migrant·e·s.

Une politique d’accueil digne de ce nom, basée sur l’enrichissement mutuel et le respect de la dignité de l’autre coûterait certainement moins cher que la politique restrictive et destructrice que le gouvernement a choisi de renforcer encore un peu plus aujourd’hui. Quelle est donc sa rationalité: ignorance ou électoralisme?

16 janvier 2018

http://www.liberation.fr/

Karen Akoka Maîtresse de conférence à l’Université Paris Nanterre et chercheuse à l’Institut des Sciences sociales du politique (ISP).

Camille Schmoll Maîtresse de conférence à l’Université Paris Diderot, membre de l’Institut universitaire de France et chercheuse à l’umr Géographie-cités.
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14 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

racisme (l’obs)

Immigration : que répondre à votre beau-frère qui croit au « grand remplace- ment » ? Flux, regroupement familial, natalité, métissage, islam… La réalité de l’immigration en chiffres.

Comme presque tous les ans, en plein réveillon, votre beau-frère Albert vous a resservi son traditionnel couplet sur les étrangers, la France qui n’est plus la France, le « grand remplace- ment » qui serait à l’œuvre. Cette année, Albert était particulièrement en forme, décomplexé par les propos de Laurent Wauquiez allant dans son sens.

Le « grand remplacement » ? C’est l’idée que, en raison de l’immigration, des populations minoritaires deviendraient bientôt majoritaires en France. Une thèse popularisée par l’écrivain Renaud Camus. Près de la moitié des Français y croient : 48% se disent d’accord avec l’affir- mation selon laquelle il existerait « un projet politique de remplacement d’une civilisation par une autre organisé délibérément par nos élites politiques, intellectuelles et médiatiques », selon un sondage Ifop publié dimanche.

Vous l’aimez bien malgré tout, Albert, mais vous cherchez des éléments solides à lui opposer. Les voici, avec l’aide de deux spécialistes : le démographe Hervé Le Bras, auteur de « l’Age des migrations » (Autrement, 2017) et « Malaise dans l’identité » (Actes Sud, 2017), ainsi que Gérard Noiriel, historien de l’immigration, qui publie en 2018 « Une histoire populaire de la France » (Agone).

« Va dans certains quartiers, tu te rendras à l’évidence. »

C’est l’argument favori d’Albert. C’est aussi celui d’un jeune militant avec qui nous discutions lors d’un meeting de Marine Le Pen à Marseille, en avril. Variante plus récente, signée Laurent Wauquiez : « Je vous emmène à Saint-Etienne, on ira à Firminy. Et vous verrez rapidement que la réalité va vous sauter au visage. » (Le 28 octobre sur RTL)

La réponse : Dans la bouche de Wauquiez et consorts, ce n’est pas l’étranger qui pose problème, mais celui qui se voit, celui dont la présence est censée nous « sauter au visage ». Inutile de se cacher derrière son petit doigt, on ne parle donc pas ici des retraités britanniques. Mais des Arabes, des Asiatiques, des Noirs.

On voit d’emblée sur quel terrain nous invitent l’extrême droite et la droite identi-taire. C’est celui d’une grille de lecture ethnique de notre société, et même raciste puisqu’elle définit les gens non pas en raison de leur identité juridique (nationalité, citoyenneté) ou culturelle, mais simplement par leur apparence.

Car soulignons-le, la couleur de peau ne désigne pas l’étranger. Les Antillais sont ainsi citoyens français depuis un siècle et demi. Les descendants d’immigrés nés en France sont français. Et l’on peut être à la fois immigrant et français : c’est le cas d’une personne née à l’étranger, puis devenue française par naturalisation. Mais commençons à parler chiffres en répondant à cette variante :

« Quand même, on voit que tu ne prends pas le métro… »

La réponse : C’est une formule que le démographe Hervé Le Bras entend souvent. Et à laquelle il répond en deux temps : « D’abord, s’il y a plus de Noirs et d’Asiatiques dans le métro, c’est parce que Paris est, avec la Seine-Saint-Denis, l’un des endroits de France où il y a la plus forte proportion d’immigrés, de touristes et de personnes originaires de l’outre-mer. Tandis que sur la plus grande partie du territoire français, on retrouve les proportions nationales, qui sont assez faibles. » L’agglo-mération parisienne concentre ainsi 12% de la population de l’Hexagone, mais 35% des immigrés, selon l’Insee.

« Second point, reprend Hervé Le Bras, les immigrés ont des revenus inférieurs, ils prennent donc davantage les transports en commun. » Ainsi la peur d’un « grand remplacement » se fonde sur une perception, forcément subjective, qui peut être renforcée par des situations locales, c’est-à-dire une ségrégation géographique et sociale.  « Le chercheur se fait piéger quand il accepte de répondre à des questions sur l’immigration, alors qu’il s’agit de problèmessociaux », prévient l’historien Gérard Noiriel.  « Parce que la question fondamentale, pour ces gens qui sont français pour la plupart, c’est la marginalisation sociale et la ghettoïsation. »

« Tu n’en sais rien, car il n’y a pas de statistiques fiables sur l’immigration. »

La réponse : Eh bien si ! « Nous disposons de chiffres fiables, ce n’est pas une difficulté », assure le démographe Hervé Le Bras. L’Insee publie les origines géographiques des habitants de la France. Autre source, « l’échantillon démographique permanent », un panel de très grande taille (5% de la population française) qui offre aux chercheurs un vaste sujet d’étude.

Là où il y a débat, c’est sur l’opportunité de disposer en plus de statistiques ethniques. Car on ne connaît pas la couleur de peau d’une personne qui vient de Martinique: noire, métis, béké ? Mais est-ce bien utile de le savoir? Hervé Le Bras en doute : « L’origine ethnique, qu’est-ce que cela veut dire ? Distinguer les Kabyles des Algériens arabes, c’est très compliqué, car il n’y a pas de définition possible sur laquelle se mettre d’accord. Mieux vaut prendre en compte les origines nationales. »

Et puis, ajoute-t-il non sans malice, des statistiques ethniques aboutiraient à définir le polémiste réactionnaire Eric Zemmour comme originaire d’Afrique du Nord…

A l’inverse, c’est la thèse du « grand remplacement » qui n’est pas documentée par des statis-tiques fiables, mais relève de la manipulation, selon Hervé Le Bras, qui a d’ailleurs répondu à Renaud Camus lors d’un débat orchestré par Alain Finkielkraut sur France Culture: « Son livre est informe. On ne peut pas parler de ‘théorie’, c’est un slogan, sans argumentation logique. Les partisans du ‘grand remplacement’ se méfient de ne pas aller sur le terrain des chiffres. Ou alors, s’ils donnent un chiffre, c’est un amalgame, un chiffre faux. »

« La France fait face à un afflux de migrants sans précédent. »

La réponse : C’est faux. La France a été, à partir du milieu du 19è siècle, l’un des principaux pays d’immigration. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Entrons dans le détail des chiffres. Ils sont communiqués par le ministère de l’Intérieur, par l’Insee et par Eurostat, et doivent être rapportés à la population de la France métropolitaine : 64,9 millions d’habitants au 1er janvier 2017. « Il y a 364.000 entrées en France chaque année. Mais il y a aussi environ 300.000 sorties », indique Hervé Le Bras, un chiffre stable depuis une dizaine d’années. Ensuite, plus du tiers des personnes qui arrivent en France sont des Français.

« Les 364.000 entrées se décomposent entre 131.000 retours de Français, 84.000 personnes issues de l’Union européenne et 148.000 personnes venues d’une région hors Union euro- péenne. Au sein de cette dernière catégorie, 20.000 repartent. » (Source : Eurostat) « Donc l’accroissement hors-Union européenne (et cela veut dire tous les pays du monde, Argentine, Chine, Congo…), c’est 130.000 personnes », reprend Hervé Le Bras. « Ce n’est pas rien, mais ce n’est pas non plus quelque chose qui justifierait des termes comme ‘invasion’ ou ‘remplace- ment’. »

Parmi eux, 70.300 sont des étudiants venus poursuivre leur cursus dans les universités françaises, selon les chiffres 2016 du ministère de l’Intérieur. 78.000 sont des demandeurs d’asile – un chiffre porté à un peu plus de 100.000 en 2017. La France est très loin de connaî- tre le même flux migratoire que l’Allemagne (1,543 million de migrants en 2015, selon Eurostat).

« Il y a beaucoup trop d’immigrés. »

La réponse : Quittons donc les arrivées et les départs pour nous intéresser à ceux qui sont là. Combien y a-t-il d’immigrés en France ? On dispose pour le savoir d’une étude très détaillée réalisée par l’Ined et l’Insee, publiée début 2016 : « Trajectoires et origines » (TeO) 7,6 millions de personnes sont nées à l’étranger, selon l’Ined. Parmi elles, 1,7 million sont nées avec la nationalité française et 5,9 millions sont nées de nationalité étrangère. C’est 9% de la popula- tion résidant en France. Au sein de cette catégorie, près de 4 sur 10 sont devenus français (3,6 millions sont étrangers et 2,3 millions ont acquis la nationalité française).

A titre de comparaison, l’Arabie Saoudite compte 28% d’immigrés (7,3 millions de personnes), le Canada 21% (7,2 millions), les Etats-Unis 13% (43 millions). Le petit Luxembourg est à 35%, la Suisse à 23%, selon l’Ined. Parmi les pays comparables à la France, l’Allemagne est à 15%, le Royaume-Uni à 13% (chiffres de la Banque mondiale). Mais on l’a vu, la peur du « grand remplacement » renvoie à la question de la perception de l’immigration, donc à sa visibilité. Cela conduit à souligner trois éléments :

  • 45% des immigrés sont originaires d’un pays d’Europe. Et d’ailleurs, la tendance se ren- force : année après année, une proportion croissante est issue de l’Union européenne (Insee).
  • Ceux qui agitent le spectre d’un « grand remplacement » comptabilisent aussi les descen- dants d’immigrés. Soit. Cela représente 7,3 millions de personnes ayant au moins un parent immigré (10% de la population). Pour près de la moitié d’entre eux (45%), ils sont d’origine européenne (Espagne, Italie, Portugal…), tandis que 31% ont au moins un pa- rent venu du Maghreb, 11% un parent venu d’Afrique sub-saharienne, 9% d’Asie.
  • Les articles de la fachosphère ajoutant à ce total des centaines des milliers de Roms sont purement mensongers. Cette population est estimée entre 15.000 et 20.000 personnes en France.

Si l’on additionne immigrés et descendants d’immigrés, ainsi que les 9% de la population natifs d’un territoire d’outre-mer, ce sont 29% des habitants de l’Hexagone qui ont des origines étrangères ou métissées, que ces origines soient un Dom-Tom, la Belgique ou le Soudan.

« Tout cela, c’est la faute du regroupement familial. »

La réponse : Halte aux fantasmes ! Un étranger en situation régulière peut demander un visa de long séjour pour son conjoint et ses enfants mineurs, mais la législation a été progressive- ment durcie, notamment les conditions de ressources. Les chiffres ne cessent de baisser. Le regroupement familial a concerné 12.000 personnes en 2015, contre 16.000 personnes en 2012, et 23.000 en 2003, selon la direction générale des étrangers en France (DGEF) et le ministère de l’Intérieur.

« On accuse le regroupement familial d’être la source d’arrivées, mais il est maintenant majoritairement constitué de conjoints de Français. Un homme étranger ou une femme étrangère marié(e) à un Français ou une Française », relève Hervé Le Bras.

« Les immigrés font plus d’enfants, c’est par leur natalité qu’ils nous remplacent. »

La réponse : « Il est faux de dire, comme le fait l’extrême droite, que la fécondité française serait élevée à cause des immigrées », insiste Hervé Le Bras. Là aussi, l’Insee et l’Ined présen- tent des chiffres très détaillés. Les femmes immigrées ont une fécondité s’élevant en moyenne à 2,73 enfants par femme (données 2010). C’est davantage que pour les femmes sans lien avec l’immigration, qui sont à 1,86 enfant par femme, mais la différence est trop faible pour peser significativement sur la moyenne nationale. Le chiffre est plus proche de 3,5 pour les femmes nées au Maghreb, selon le ministère de l’Intérieur.

Hervé Le Bras apporte plusieurs nuances. D’abord, « près de 40% des naissances de mère immigrée sont en réalité des naissances mixtes ».

Surtout, le différentiel de natalité n’est pas déterminé par des causes culturelles. Pour rappel, la natalité est de 1,98 enfant par femme en Tunisie, 2,12 au Maroc, 2,03 en Turquie (source : CIA World Fact Book). La différence est avant tout sociale. « Les femmes immigrées sont moins actives que les femmes non immigrées, ces femmes au foyer font logiquement plus d’enfants que les autres », explique le démographe. « Quand on compare les femmes actives, les différen- ces se réduisent. » D’ailleurs, les femmes descendantes d’immigrés, qui ont eu accès à l’éducation et au monde du travail, rejoignent la moyenne avec 1,85 enfant par femme.

Quant à prétendre, comme on le lit sur des sites d’extrême droite, que les femmes immigrées feraient des enfants plus jeunes, et que les générations se renouvelleraient plus rapidement, c’est aussi un fantasme. La différence d’âge n’est pas significative : les immigrées ont leur premier enfant à 27 ans en moyenne, les descendantes d’immigrés à 28,5 ans, les femmes sans lien avec l’immigration à 28 ans (source : Insee, 2010). Une différence à mettre en relation là aussi avec le niveau de diplôme.

« Le visage de la France change. »

La réponse : Il change, mais s’agit-il d’un remplacement ? Il faudrait pour cela deux popu- lations distinctes, l’une se substituant à l’autre. Or c’est tout l’inverse. « Le mélange se fait », explique Hervé Le Bras. « La France est un pays où la mixité progresse. Cette idée de ‘grand remplacement’ n’a pas de sens, sauf à dire qu’une population qui était plutôt constituée de personnes non immigrées est maintenant une population mixte. » Les descendants d’immigrés sont d’ailleurs plus nombreux que les immigrés. Regardons les statistiques fournies par l’Insee.

En 2014 :

  • 10% des naissances sont le fait de deux immigrés (rappelons qu’un immigré peut aussi être un Français) ;
  • 30% des naissances ont au moins un parent ou un grand-parent immigré ;
  • 60% des naissances n’ont ni un parent, ni un grand-parent immigré.

Cette tendance va s’accroître peu à peu. « Compte tenu de la faible immigration actuelle, pour la génération suivante, ce sera environ 50% des naissances qui auront des origines mixtes », indique Hervé Le Bras. Faut-il s’en plaindre ? « Le refus du métissage, c’est cela le véritable racisme », répond le démographe. « C’est l’idée que la mixité corromprait la ‘race’. Mais on ne peut pas parler de race car si on remonte à plus de deux générations, tout le monde est d’origine mixte. »

« C’est pire que ça n’a jamais été, cette fois, les étrangers sont inassimilables. »

La réponse : Ce discours selon lequel la France n’a pas la capacité d’assimiler les migrants n’a rien de nouveau, au contraire, souligne l’historien Gérard Noiriel, auteur du livre « le Creuset français » (Seuil) :

« On entend ce discours dès les années 1880, puis dans les années 1930 et ensuite depuis les années 1980-90. » « Chaque fois, c’est au moment où les flux migratoires s’affaiblissent. C’est-à-dire qu’il y a un décalage entre le moment où les flux migratoires sont importants, parce qu’il y a une nécessité pour l’économie nationale de recourir à ces migrants, et le discours sur le trop-plein. Ce n’est pas un hasard. A chaque fois, le discours xénophobe apparaît dans une période de crise économique. »

Le discours nationaliste affirme que le creuset français fonctionnait dans le passé parce que ces groupes ethniques se seraient fondus dans la nation petit à petit, poursuit Gérard Noiriel. « C’est un récit, une histoire avec des personnages, un avant qui était merveilleux et un mainte- nant qui serait problématique. » Alors que la réalité historique est beaucoup plus complexe.

Un exemple : les Italiens. A la fin du 19è siècle, les « Ritals » sont considérés comme trop nombreux, comme des voleurs de travail. Le 17 août 1893, à Aigues-Mortes, une dizaine d’Italiens sont massacrés par des d’ouvriers et des villageois français. Il s’agit du « plus grand ‘pogrom’ de toute l’histoire contemporaine de la France, même si le nombre d’ouvriers italiens morts ce jour-là n’a jamais été établi avec certitude », écrit Gérard Noiriel dans son ouvrage « le Massacre des Italiens » (Fayard, 2010).

« Le discours qui se met alors en place, c’est de dire que ces Italiens, cela fait 20 ou 30 ans qu’ils sont là, qu’ils ne sont toujours pas assimilés et qu’ils forment ‘une nation dans la nation’. C’est l’expression qu’on employait à l’époque, et c’est la même chose que les accusations de communautarisme aujourd’hui », précise l’historien. Et comme aujourd’hui avec le terrorisme islamiste, le discours nationaliste s’empare de l’actualité internationale. L’Italie est alors l’alliée de l’Allemagne et de l’Autriche, elle représente donc une menace extérieure, rappelle Gérard Noiriel. A ses yeux, la principale difficulté de la France du 19è siècle, c’est la persistance du chômage : « Nous sommes installés dans un chômage de masse de longue durée qui alimente le discours xénophobe, alors qu’auparavant il durait sur une période plus limitée. »

« L’islam va devenir majoritaire. »

La réponse : Seulement 3% des Français interrogés se déclarent musulmans, ce qui repré- sente environ 1,8 million de personnes, selon le politologue Jérôme Fourquet et le démo- graphe Hervé Le Bras, auteurs en 2014 d’une étude pour la Fondation Jean-Jaurès, « la Reli- gion dévoilée ». « Ce chiffre se situe nettement en deçà de ceux habituellement publiés et qui confondent musulmans et Maghrébins d’origine ou descendants de Maghrébins », soulignent-ils.

L’Ined fournit une estimation légèrement supérieure : 2,1 millions de personnes. Pour les musulmans aussi, la pratique religieuse recule. « 30% des personnes qui se disent musul- manes vont au moins une fois par mois dans un lieu de culte », indique Hervé Le Bras, « soit environ 500.000 pratiquants réguliers ». Les catholiques, eux, sont 20% à être des pratiquants réguliers. Autrement dit, « la sécularisation de la société française gagne aussi les descendants d’immigrés. »

Les mosquées vont-elles remplacer les églises ? On en est très, très loin. Pour une mosquée, on compte 17 églises. Il y avait 2.448 lieux de culte musulmans en 2012, selon le ministère de l’Intérieur, dont moins de cent mosquées avec minaret. Tandis que les églises sont au nombre de 42.258 en 2016, selon la Conférence des évêques de France. Précisons qu’il y a eu 255 églises désaffectées depuis 1905, pour 1.886 nouvelles églises construites.

Deuxième religion de France, l’islam est-il incompatible avec la République ? On peut répondre par une comparaison : « Ce qu’on entend aujourd’hui sur l’islam, on le trouvait déjà dans le discours antisémite », explique Gérard Noiriel. « L’incompatibilité entre la religion chrétienne et la religion musulmane, ça reprend au mot près le discours qui était tenu sur la religion juive. »

« Tous ces chiffres, je m’en moque. »

Votre beau-frère Albert est ébranlé, c’est presque gagné. Presque, parce que parfois les chiffres ne suffisent pas. C’est ce que nous explique un autre historien, Pascal Blanchard, qui a publié « les Années 30. Et si l’histoire recommençait ? » (La Martiniere, 2017) : « Le discours sur le ‘grand remplacement’ n’a rien de neuf, c’est celui du déclin de la race blanche présent depuis le milieu du 19è siècle et surtout au début du 20è. Il est situé dans l’histoire, ce qui montre qu’à aucun moment les chiffres ne comptent. Ce n’est pas du quantitatif, ce n’est que du ressenti. Or, la statistique n’est pas ressentie par l’opinion. Les petits Blancs qui ont voté Trump sont dans l’irrationnel, ils se moquent des statistiques ! »

Alors, que répondre si l’argument moral et les chiffres ne suffisent pas ? Pascal Blanchard met en avant une dimension juridique. 

« Ce qu’on peut dire, c’est qu’on est dans une société de droit. Pour un individu qui a acquis des droits, la question de la ‘race’ ne se pose plus. Choisir de regarder un individu par le prisme de sa ‘race’ ou de sa citoyenneté, ça c’est un choix de société. » « Les immigrés sont des gens qui ont acquis des droits, dont les enfants ont acquis des droits et qui sont majoritai- rement français, dont les petits-enfants ont acquis des droits. Ce sont des gens qui sont morts pour la France pendant la guerre, qui ont construit ce pays durant les Trente Glorieuses, dont les enfants sont allés dans nos écoles, travaillent et payent des impôts dans ce pays, les sportifs ont gagné pour la France, les artistes ont fait la culture française. Et donc il n’y a aucune raison de regarder leurs origines. »

« Mais on en est encore là car on ne connaît pas cette histoire ni ce long récit commun », conclut Pascal Blanchard. « Notre histoire commune est à la marge. Donc les frustrations et les ran- cœurs dominent. A titre d’exemple, si vous voulez expliquer l’histoire coloniale à vos enfants, eh bien vous n’avez aucun musée en France pour connaître ce passé. C’est un cas d’amnésie nationale. »

 Baptiste Legrand 13 janvier 2018 

https://www.nouvelobs.com/

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11 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

féminisme (anti-k)

gros deg
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Deux tribunes, l’une signée par un collectif de femmes et l’autre par des féministes, s’opposent sur le harcèlement sexuel et le mouvement #balancetonporc.
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Deux visions du féminisme qui s’affrontent ou expression d’un contre-mouvement ?  Les points de vue divergent pour finir par s’opposer. Dans le sillage de l’affaire Weinstein et du mouve- ment #balancetonporc, un collectif de 100 femmes, dont Catherine Deneuve ou Brigitte Lahaie, a publié mardi une tribune dans Le Monde pour « défendre » la « liberté d’importuner » des hommes.
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« En tant que femmes, nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité »,assure le collectif.
En réponse à cette tribune, une trentaine de militantes féministes, emmenées par Caroline De Haas, ont publié mercredi un texte où elles accusent les signataires de vouloir « refermer la chape de plomb » soulevée par la déchéance du producteur de cinéma et de « mépriser » les victimes de violences sexuelles. Assiste-t-on simplement à l’expression de deux visions du féminisme ? Quelle sera la place du mouvement #balancetonporc dans l’histoire du féminisme français ? Pour mieux comprendre, nous avons posé la question à Christine Bard, historienne du féminisme, professeure à l’université d’Angers et directrice du Dictionnaire des féministes (PUF, 2017).

LCI.fr : Ces deux tribunes sont-elles le reflet de deux féminismes qui s’opposent ?

Christine Bard : Absolument pas, la tribune sur la défense du droit d’importuner n’est en rien féministe. Elle accumule les clichés antiféministes et minimise gravement les violences sexuel- les et la culture du viol qui les encourage. D’ailleurs, les signataires ne s’identifient pas comme féministes. On a encore une telle méconnaissance du féminisme que quand des femmes signent ensemble un texte, on y voit automatiquement du féminisme. Mais des femmes peuvent aussi s’associer pour faire de l’antiféminisme !

 Les critiques, notamment celles venant des femmes, ne démontrent-elles pas que nous sommes à un moment charnière ?

Oui, je le pense et l’espère. La tolérance au sexisme sous toutes ses formes est encore extrê- mement forte, même en France où l’on aime, entre galanterie et gauloiserie, se représenter les relations entre les sexes comme un jardin d’Eden. Les révolutions ne se font pas sans résis- tances et sans contre-mouvements cultivant leur imaginaire nostalgique et leurs craintes pour l’avenir. Le conflit a une forte dimension irrationnelle, ce qui complique la discussion. Toutes les femmes ne sont pas convaincues qu’il faut en finir avec la domination masculine.

Autrefois, la question du féminisme agitait-elle autant le débat public ?

Oui, et puis on l’oublie. A l’époque de la conquête du droit de vote, le féminisme était un sujet au quotidien dans la presse. L’une des ruses de l’antiféminisme est de faire du féminisme une question secondaire. Mais elle est centrale : c’est l’un des plus grands mouvements de trans- formation qui agit dans la vie sociale, culturelle, politique, économique. Il modifie notre vie collective mais aussi notre vie individuelle : nos comportements, notre conscience, nos manières de nous exprimer, nos représentations.

Quelle sera et quelle est la place, s’il n’est pas trop tôt pour le dire, de #balance-tonporc dans l’histoire du féminisme en France ?

2017, c’est le moment où la masse des femmes dénonçant ce qu’elles ont subi rejoint le dis- cours et l’action des féministes, pour lesquelles la lutte contre les violences sexuelles est une priorité depuis de longues années. Le féminisme en sort légitimé, mieux connu, reconnu dans son utilité sociale. Mais toutes les femmes ne sont pas convaincues qu’il faut en finir avec la domination masculine…

Le combat va continuer. Il oppose notamment deux visions de la sexualité : l’une, naturaliste, justifiant la fatalité de la violence, l’autre, culturaliste, estimant que la culture du viol et le sys- tème de la domination masculine sont responsables des violences sexuelles. La première conception rend inutile tout combat féministe (« contre-nature »), la deuxième nous laisse l’espoir d’un monde plus agréable à vivre et c’est celle des féministes.

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07 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

fraude (npa)

la belle vie

Qui sont les vrais fraudeurs ?

La grande affaire macronienne du tournant 2017-2018, c’est le contrôle. Pas celui des fraudeurs fiscaux qui font perdre chaque année 60 à 80 milliards de recettes. Mais celui des chômeurEs et des bénéficiaires du RSA.

La loi de 2008 avait durci les règles applicables aux chômeurEs, et Pôle emploi avait déjà commencé à renforcer son dispositif de contrôle.

Les résultats des contrôles montrent que l’on ne peut rien reprocher à la grande majorité des chômeurEs et qu’une bonne partie des 14 % de « fautifs » (ou prétendus tels) sont inscrits mais pas indemnisés. Mais Macron veut franchir une nouvelle étape en renforçant les règles de contrôle, et en mettant l’accent sur l’« intensité de la recherche d’emploi » par les chômeurEs.

Peu importe au gouvernement le décalage entre le nombre d’emplois disponibles et celui des chômeurEs.

Peu importe aussi que bon nombre des postes offerts ne sont que des morceaux d’emplois, soit à temps partiel, soit des CDD courts. Il s’agit de dégonfler les listes. Ce gouvernement ne s’attaque pas au chômage, mais aux chômeurEs.

Dans les départements (qui sont responsables du versement de l’allocation), ce sont les allocataires du RSA qui sont soumis à des contrôles supplémentaires.

Le nombre de « fraudeurs » détectés est dérisoire par rapport au nombre d’allocataires, et surtout les sommes en jeu sont bien plus faibles que celles que devraient recevoir les person- nes qui pourraient avoir droit au RSA mais ne font pas valoir leurs droits, comme l’a monté un rapport récent du Secours catholique, et qui font chaque année économiser à l’État plus de 5 milliards d’euros.

En 2011, un député de droite, Dominique Tian, s’était fait une petite célébrité en dénonçant l’insuffisance de la lutte contre la fraude aux allocations sociales et en appelant à de très fortes sanctions.

L’ironie de l’affaire est qu’en 2015 il a été révélé que Tian avait eu 2,5 millions d’euros planqués dans des comptes en Suisse… Ce qui lui a valu de passer au tribunal à la fin de 2017. Lors de l’audience, le 1er décembre, la présidente lui a demandé : « N’y a-t-il pas une forme de schizophrénie à fustiger les petits fraudeurs au RSA et à dissimuler parallèlement des comptes en Suisse ? »

Il ne s’agit pas de schizophrénie mais, fondamentalement, du comportement d’un représentant d’une classe sociale pour qui tout euro versé aux pauvres et aux victimes du capitalisme est un gaspillage. Alors que la baisse des impôts des riches est une bonne chose et la fraude fiscale une forme d’art.

Mardi 2 janvier 2018,

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22 décembre 2017 ~ 0 Commentaire

coup de pouce (révolution permanente)

riches

Pour « compenser » le non-cumul des mandats, les députés votent l’augmentation de 40 % des salaires des maires des grandes villes

Quand il s’agit du SMIC, c’est l’augmentation minimum. Mais quand il s’agit des salaires des grands élus, c’est la fête : l’Assemblée a voté il y a une semaine, en catimini, un amendement permettant aux grands élus d’augmenter leur salaire de 40 %.

À l’origine, ce n’est pas un texte du gouvernement 

C’est le Sénat, cette assemblée dominée par Les Républicains, dont les élus sont choisis par les maires et autres élus de France, qui avait choisi d’amender le projet de loi de finance du gouvernement.

Le projet ?

Permettre aux élus des villes de plus de 500 000 habitants, aux présidents de région et de département, d’augmenter leur salaire, à hauteur de 40 %, celui-ci passant de 5512 euros à 7716 euros. L’amendement avait été adopté par le Sénat, mais le rapporteur du texte LREM Joël Giraud s’y était opposé, et avait déposé un amendement pour faire enlever cette nouvelle disposition à l’Assemblée Nationale.

C’était sans compter l’action du ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, qui a réintroduit un autre amendement, non pas pour supprimer les modifications sénatoriales, mais pour les approfondir !

Quand on est issu de la droite, les vieux réflexes ne tardent pas à ressortir ! Résultat, les députés LREM ont suivi les décisions du ministre, qui a ajouté à la liste des bénéficiaires de cette rallonge les présidents de métropole, et a abaissé le seuil de 500 000 habitants à 100 000 habitants, faisant ainsi passer le nombre de maires « éligibles » de 3 à une quarantaine !

Dans la tête des sénateurs, l’objectif était de « reconnaître le travail » des grands élus, en « alignant leur salaire sur celui des hauts fonctionnaires », comme l’a expliqué Pierre Cuypers (LR), qui avait défendu l’amendement. Pour défendre son amendement, Gérald Darmanin a expliqué qu’il s’agissait de compenser la loi sur le non-cumul des mandats, qui « affecte les présidents des exécutifs, notamment les plus importants ». Darmanin espère peut-être faire le plus beau des cadeaux aux grands élus : permettre le cumul des indemnités sans cumul des responsabilités politiques.

216 euros par an : voilà l’augmentation du SMIC brut que la loi de finance a acté 

L’amendement concernant les maires des grandes villes permet une augmentation de leur salaire annuel de 26 448 euros, soit 122 fois plus. Voilà une mesure qui permet d’expliquer le plus simplement du monde quelles sont les priorités du gouvernement : s’engraisser, engraisser les copains, et surtout, écraser les plus pauvres.

George Waters jeudi 21 décembre

http://www.revolutionpermanente.fr/

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26 novembre 2017 ~ 0 Commentaire

presse locale (médiapart)

reuz

Presse locale: de Brest à Quimper, un combat pour l’indépendance à mener

Eté 2016 : 

Marianne rend public un marché à la légalité douteuse passé entre Brest Évènements Nautiques, organisateur des fêtes maritimes brestoises, et Rivacom, filiale du Télégramme.

La semaine suivante, sur la chaîne locale Tébéo (elle aussi filiale du Télégramme), Hubert Coudurier, patron du groupe, et François Cuillandre, maire de Brest, se borneront à railler « l’oreille complaisante » que l’hebdomadaire a accordé à François Arbellot, ancien directeur de l’association, violemment licencié à quelques semaines de l’évènement au profit d’un bras droit de l’édile. Dans une ambiance feutrée digne des « Causeries au coin du feu » de Le Luron sous Giscard.

Partenaire de Brest 2016 tout comme son concurrent, Ouest-France attendra sagement la fin des festivités pour évoquer le sujet… au travers d’un simple copier-coller de la position officielle de Cuillandre. Surtout ne pas effrayer les touristes et ne pas affoler les brestois.

6 novembre 2017 : 

C’est l’heure du bilan de mi-mandat à Brest. Lors d’une réunion publique, des habitants interpellent François Cuillandre sur l’avenir du quartier de St Martin, et sur le devenir de la ferme de Traon Bihan, ferme bio menacée par la construction d’un écoquartier. Un sujet suffisamment sensible pour que Le Monde, Le Figaro et Libération s’en fassent l’écho plus tôt dans l’année.

Pourtant, ces interventions ne seront pas relayées dans le compte-rendu du Télégramme. Il semblerait qu’on n’ait, durant cette réunion, parlé que de propreté, de paquebots et de végétation. A part ces sujets brûlants, « Tout va très bien, madame la marquise ».

22 novembre 2017 :

L’ancien garde des Sceaux Jean Jacques Urvoas assigne devant le tribunal de Quimper Jérôme Abbassene, lanceur d’alerte coupable de s’être intéressé de trop près aux biens immobiliers de l’élu, et surtout aux relents d’enrichissement personnel avec des fonds publics qu’ils dégagent.

Le procès-bâillon, méthode très à la mode dans le département (coupable aux yeux de Rivacom de s’être fait le relais de l’affaire « Brest 2016 », l’élue brestoise Julie Le Goïc est visée par une plainte de la filiale du Télégramme), mais surprenant de la part de celui qui assurait, en janvier 2015, croire « au mécanisme vertueux des lanceurs d’alerte », et qui persistait en 2016, assurant que « Les lanceurs d’alerte dénoncent, et la loi donne les moyens de mener l’investigation ».

Mais surtout une action menée en étroite collaboration avec Christian Gouerou, directeur départemental de Ouest-France Finistère, qui, au mépris de toute notion de protection des sources, lui a bravement communiqué les SMS qui lui a adressé Jérôme Abbassene pour l’inviter à enquêter sur le sujet.

23 novembre 2017 :

S’appuyant sur une enquête de Mourad Guichard complété par France Info, la presse natio- nale se fait le relais de l’enrichissement personnel de Jean-Jacques Urvoas par le biais d’un achat de sa permanence et d’un logement attenant, financé grâce à ses indemnités parlementaires.

Aveugle, sourd et muet depuis 34 mois, bien que les journalistes locaux furent interpellés dès février 2015, voilà le quotidien finistérien Le Télégramme obligé de suivre le mouvement au vu de la forte mobilisation de ses confrères. De mauvaise grâce, il s’exécuta, le lendemain, sous un angle étonnamment différent de celui des autres quotidiens. Celui du lanceur d’alerte censé réaliser son rêve « d’apparaître en pleine lumière » en harcelant, grâce à une « recherche compulsive », un élu qui « répondait scrupuleusement à la loi et aux consignes alors édictées par l’Assemblée nationale ».

Côté Ouest-France, silence radio. Une brève laconique sur le site web, pas une ligne dans l’édition papier. Sans doute effrayé à l’idée que ses lecteurs désireux de compléter leur lecture découvrent l’enquête préliminaire en cours pour violation de la correspondance privée.

« Le Parlement s’est tué à décourager les lanceurs d’alerte, à anesthésier la presse. Il s’est tué littéralement. Car l’antiparlementarisme se nourrit plus du secret, terreau des pires fantasmes, que de l’exposition des dérives individuelles en place publique. »

Mathilde Mathieu, « Informer n’est pas un délit », chapitre «Au parlement, l’information est une guerre d’usure».

Pourquoi tant de silences plus ou moins gênés, de traitements partiels ou orientés, de tentatives de diversion et d’atteintes régulières à la charte de déontologie du journaliste de la part de ces deux titres de Presse Quotidienne Régionale ?

Pourquoi les Finistériens doivent aller chercher l’information locale dans la presse nationale ?

Pourquoi des citoyens doivent s’armer de caméras dans les réunions publiques pour que leurs concitoyens n’aient pas accès uniquement à des compte-rendus biaisés et orientés?

Éléments de réponse concédés au Lanceur par un journaliste local sous couvert d’anonymat : le copinage qui empêche « toute forme de déloyauté » et « L’esprit de solidarité ».

Il faut y ajouter le porte-monnaie. C’est que les Finistériens boudent les marchands de jour- naux. De 2013 à 2016, les ventes du Télégramme ont baissé de 4%, et celles de Ouest-France de 9 %. Il s’agit donc de sauver ce qui peut encore l’être, et de ne pas se mettre à dos les acheteurs d’espaces publicitaires. Et force est de constater que les collectivités locales font partie de ces gros partenaires à bichonner.

En 2010, Jacques-Olivier Teissier braquait les projecteurs sur ces collectivités et leurs satelli- tes, grands « pourvoyeurs de publicité ou d’annonces légales ».  Alerte réitérée en 2015, dans le livre « Informer n’est pas un délit », où il nous enjoignait à « localement, suivre l’argent ».

Soit. Suivons-le, et nous pourrons constater que, rien que depuis la rentrée, Brest Métropole et ses satellites se sont offert 160 publicités, annonces légales et suppléments spéciaux.

S’ajoutent à celà les juteux contrats passés avec les filiales, les partenariats avec Rivacom, déjà mis en cause par Marianne, les opérations de communication confiées à Phileas, les sites créés par Yellowcake, les images fournies par Tébéo…

Face à une information locale gangrénée par les conflits d’intérêts, le Finistère a un combat pour l’indépendance à mener. Il a besoin de Médias Libres et de Médiacités.

  • 25 nov. 2017
  • Par ALEXANDRE LHOMME
  • Blog : Le blog de ALEXANDRE LHOMME

https://blogs.mediapart.fr/

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