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28 mars 2018 ~ 0 Commentaire

réponse (médiapart)

laicite

En réponse aux signataires de l’Appel contre « le séparatisme islamiste »

Le 19 mars, Le Figaro a publié une tribune intitulée : « L’appel des 100 intellectuels contre le séparatisme islamiste ». Je réagis aujourd’hui : «Sans être d’accord, je pensais que j’allais humer l’air vif des sommets ; je n’ai fait que respirer les remugles d’eaux troubles et grasses, agitées par des poncifs rebattus qui courent comptoirs et rues».

« Il était réservé à notre temps de voir des hommes de pensée ou qui se disent tels faire profession de ne soumettre leur patriotisme à aucun contrôle de leur jugement, (…) déclarer traîtres à leur nation ceux de leurs compatriotes qui gardent à son égard leur liberté d’esprit ou du moins de parole. (…) Ces remarques expliquent la volonté si fréquente chez l’écrivain français contemporain de prendre une posture politique, mais non pourquoi elle est si ponctuellement, encore que plus ou moins franchement, dans le sens autoritaire. C’est ici qu’intervient un second facteur : la volonté, chez l’écrivain pratique, de plaire à la bourgeoisie, laquelle fait les renommées et dispense les honneurs. » Julien Benda, La Trahison des clercs

L’heure est grave !

Que dis-je, idiot utile, inconscient et aveugle au front bas que je suis, elle est extrêmement grave. Oyez bons Français et fiers patriotes : un spectre hante l’Europe et notre beau pays menacé par le « totalitarisme islamiste » qui ne cesse de progresser. Hier, des quartiers populaires sont passés sous la coupe de musulmans radicaux, selon certains qui pensent être des visionnaires éclairés et éclairants.

Aujourd’hui, c’est plus terrible encore, des forces françaises antirépublicaines s’activent pour relayer les actions de ces mahométans et détruire « la paix civile. »

Après les coups de menton, les menaces sans fondement juridique du ministre de l’Education nationale, qui pourrait fort légitimement remplacer l’actuel Sinistre[1] de l’Intérieur, et ses diatribes policières contre SUD Education 93 voué aux gémonies pour avoir osé organiser – crime de lèse-république – une réunion consacrée au « racisme d’Etat » et des ateliers en « non-mixité raciale », les signataires de l’Appel précité s’en prennent de nouveau à cette organisation syndicale.

Original et courageux, n’est-ce pas ? Subtile répartition des tâches. Jean-Michel Blanquer a ouvert les hostilités, avec l’approbation d’une majorité aux ordres, du gouvernement et de Jupiter, les signataires de cet Appel poursuivent la traque, organisent la meute, fouettent les passions en espérant un sursaut de l’opinion publique, comme on dit, et peut-être de nouveaux anathèmes ministériels contre ce syndicat honni.

N’oublions pas Frédéric Potier, récemment nommé délégué à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah). En bon petit soldat soucieux de donner des gages de soumission et d’orthodoxie lexicale et politique à ceux qui l’ont désigné à ces nobles fonctions, il a déclaré : « Il n’y a pas de racisme d’Etat. Cette notion, c’est une aberration.[2] » Ivresse du pouvoir et vanité puérile qui font croire à celui qui l’exerce qu’il peut ruiner un concept par quelques phrases prétendument assassines. Dérisoire et risible.

Eu égard à la gravité de la situation, une cohorte d’hommes et de femmes venus d’horizons politiques différents ont donc décidé d’unir leurs forces et de faire fi de leurs divergences.

Formidable courage qui témoigne, laissent-ils entendre, de leur capacité à s’émanciper de leurs opinions singulières pour faire triompher l’intérêt général et la défense de la République menacée. Admirable union sacrée. Plus admirable encore la qualité des signataires. Juristes, avocats, professeurs, philosophes, docteurs, agrégés, essayistes pressés, c’est un pléo- nasme, chroniqueurs divers que réunissent des obsessions communes : l’islam, les quartiers populaires « gangrenés par la charia » et les jeunes « issus de l’immigration », l’inévitable I. Rioufol[3] et la subtile E. Lévy, bien sûr, quelques académiciens, qui pensent que depuis qu’ils siègent sous la coupole, leurs travaux sont devenus immortels, et deux anciens membres de gouvernement.

Un prétendu ami de la sagesse et de la vérité, L. Ferry, qui a oublié qu’on ne peut servir deux maîtres, la philosophie et le(s) pouvoir(s), et qui depuis longtemps préfère le(s) second(s) à la première. Un humanitaire revenu de tout sauf de lui-même, B. Kouchner, prêt à soutenir quiconque lui ouvre les portes du prestigieux Quai d’Orsay comme il en a fait la démonstration servile. Avec raison, l’un et l’autre prennent soin d’exhiber leur titre de ministre car beaucoup de lecteurs n’ont aucun souvenir de leurs fonctions passées. Une loi, une décision ou action mémorables ? Que nenni ! Ils n’ont fait que passer.

Mais qu’importe. L’addition de ces personnalités intellectuelles, et de ces esprits forts et cultivés laissaient augurer un texte puissant, servi par des plumes inventives et brillantes. Sans être d’accord, je pensais que j’allais humer l’air vif des sommets ; je n’ai fait que respirer les remugles d’eaux troubles et grasses, agitées par des poncifs rebattus qui courent comptoirs et rues. Quant au clinquant des titres et des notoriétés affichés, il ne change rien à l’affaire ; il prouve seulement que ceux qui se croient haut pensent bas, quelquefois.

Pensent-ils seulement ? Non. Ils lestent des opinions communes d’une légitimité acadé- mique susceptible de les faire passer pour des réflexions importantes. J’ignore qui a tenu le clavier mais le résultat pourrait laisser croire qu’un communicant affairé, et dépassé par les éléments de langage qui lui ont été imposés, s’est attelé à cette tâche en débitant avec empressement lieux communs, amalgames, raccourcis grossiers, confusions inacceptables que certains professeur-e-s signataires ne tolèreraient pas de leurs étudiant-e-s.

Et les voilà conduits sur cette pente où, pour paraphraser L. Wittgenstein, les savoirs acquis au cours d’études longues et difficiles « n’améliorent en rien » leur « façon de penser (…) les questions importantes de la vie de tous les jours » ce pourquoi ils se font démagogues vulgaires en utilisant « des expressions dangereuses que les gens de cette espèce utilisent pour leurs propres fins. »

SUD Education 93 et quelques autres sont ainsi accusés de favoriser, par leurs initiatives, « le séparatisme islamiste » et de se battre pour « accorder » aux prétendus « dominés » des « privilèges » singuliers en lieu et place des beautés immarcescibles des lois républicaines, celles-là mêmes qui sont au fondement de l’unité de la « communauté nationale. »

En effet, comme chacun devrait le savoir, les dispositions législatives, la justice et les possi- bilités offertes aux citoyens de ce pays sont égales pour tous. Nulle discrimination raciale et/ou religieuse n’affecte l’existence des uns et des autres car tous peuvent s’épanouir librement et également en constatant chaque jour l’effectivité de la sublime devise inscrite au fronton des bâtiments publics.

La police, quant à elle, est au-dessus de tout soupçon puisque républicaine, agissant dans le cadre de la Constitution, respectueuse des lois, des règlements et des circulaires, elle n’effec- tue aucun contrôle au faciès et use de la violence avec discernement, toujours. Admirables syllogismes et puissance de la raison étayée par des connaissances précises et variées ?

Piteux triomphe de la “pensée” défaite qui dégénère en idéologie où les faits, les événements et les nombreuses enquêtes menées depuis longtemps, corroborées par plusieurs institutions indépendantes et sûres – le Défenseur des droits et la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) – sont traités en chiens crevés dès lors qu’ils sont susceptibles de contredire si peu que ce soit les affirmations péremptoires des signataires.

Les faits sont têtus, affirmait un homme politique célèbre. Présentement il y a plus têtus qu’eux puisque dans le monde enchanté des mêmes, ni dominé-e-s, ni discriminé-e-s n’exis- tent ; seuls demeurent des citoyens vivant dans le subtil éther républicain où tout n’est que liberté, égalité et fraternité.

Les réalités sont autres ? Qu’importe. Au mieux, elles sont euphémisées, au pire elles sont niées. La preuve de l’existence d’un phénomène idéologique ? Son caractère rebelle à toute falsification et sa persévérance quels que soient les éléments factuels et les savoirs mobilisés pour l’infirmer. Les auteurs de cet Appel en font la démonstration probante. Pour eux, les analyses, les catégories et les termes non conformes à leurs présupposés ne sont qu’inven- tions de militants radicaux et irresponsables auxquels des universitaires et des chercheurs, contaminés par la sociologie, l’histoire et/ou la philosophie critiques, ces pauvres filles de la « pensée 68 », apportent leur soutien et leur insupportable « culture de l’excuse. »

Pis encore, ceux qui prétendent combattre le racisme institutionnel et les discriminations, qui n’existent que dans leur imagination, sont les fourriers d’un « apartheid d’un nouveau genre » et d’une « ségrégation à l’envers. » Acmé de l’argumentation ? Echolalie sommaire de la rhétorique réactionnaire et de la thèse bien connue de « l’effet pervers » où « toute tentative pour modifier l’ordre existant produit des effets strictement contraires au but recherché. [4] »

SUD Education 93 et ses alliés supposés deviennent ainsi de dangereux activistes qui encouragent « la haine la plus caractérisée à l’égard de notre pays et de la démocratie », et font peser sur la douce France des menaces existentielles. Des adversaires ? Non, des ennemis à bien lire ceux qui souscrivent à ces formulations radicales bien faites pour susciter cette passion souvent mauvaise qu’est l’indignation. Nous ne leur ferons pas l’injure de croire qu’ils ne savent pas ce que les mots veulent dire.

Les signataires de cet Appel s’en prennent de façon toujours plus violente aux femmes, aux hommes et aux organisations diverses qui défendent un antiracisme politique. N’oublions pas les animateurs du « Printemps républicain. » « Hiver » serait plus adéquat pour qualifier cette petite mais influente cohorte conduite par un professeur de sciences politiques reconverti dans la vigilance tweetesque qui lui a permis d’accéder à une certaine notoriété dont il n’avait jamais jouie jusque-là.

Ne négligeons pas la puissance de leur alliance objective et de leur proximité idéologique ; beaucoup d’entre eux ont micros et caméras ouverts dans les médias où ils se répandent à qui mieux-mieux tout en prétendant subir la censure des « bienpensants » et des « islamo-gauchistes. » Les uns et les autres ont déjà gagné de nombreuses batailles et rallié à leur cause des soutiens multiples, conséquents et quelquefois surprenants.

En réponse à leurs attaques passées, réitérées et à venir, notre résistance doit être constante, déterminée, unitaire et conduite sur tous les fronts. En nous stigmatisant, ils veulent nous réduire au silence et à l’inaction. Contre ces nouveaux censeurs emportés par un prurit toujours plus autoritaire, il est urgent d’écrire, de parler et d’agir. Donc acte.

  1. Le Cour Grandmaison, universitaire. Dernier ouvrage paru : L’empire des hygiénistes. Vivre aux colonies, Fayard, 2014

[1]. A l’attention de celles et ceux qui penseraient qu’il s’agit d’une insupportable et impardonnable faute de frappe, je précise qu’il n’en est rien.

22 mars 2018  Olivier Le Cour Grandmaison

https://blogs.mediapart.fr/

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27 mars 2018 ~ 0 Commentaire

gattaz (révolution permanente)

hollande-gattaz

Faut-il ouvrir Pierre Gattaz à la concurrence ? SNCF. Selon Pierre Gattaz, « un peu de concurrence fait progresser les gens. »

Pierre Gattaz s’y connaît en matière concurrence, lui qui a hérité de l’entreprise et de la fortune de son père. Aussi déclarait-il ce matin qu’« un peu de concurrence fait progresser les gens. » Aussi, la question nous semble légitime : faut-il ouvrir Pierre Gattaz à la concurrence ? 

Pierre Gattaz : archétype de l’héritier capitaliste

Derrière des discours vantant les mérites de la concurrence et de l’entrepreneuriat, Pierre Gattaz n’est que le parangon du capitalisme parasitaire. Patron du MEDEF (syndicat des patrons de France), héritier de la société Radial fondée en 1952 par son père, Yvon Gattaz, et son oncle, Lucien Gattaz, sa fortune est estimée à 250 millions d’euros (224è fortune de France) selon Challenges ; favorable aux restrictions salariales et à l’abolition du SMIC, Pierre Gattaz a pourtant reçu en 2013 une rémunération de 426 092 euros au titre de président du directoire de la société Radiall ; enfin, on a récemment pu le voir s’offrir un magnifique château pour la somme de 11 millions d’euros.

Bien que n’étant pas entrepreneur lui-même, Pierre Gattaz s’évertue pourtant à propager les « vertus » de l’entrepreneuriat à travers plusieurs associations. Après « Les Déterminés », association sous l’égide du MEDEF qui avait pour vocation d’encourager l’entrepreneuriat dans la jeunesse des quartiers populaires, le voilà qui annonce la création d’une nouvelle asso- ciation qui cible cette fois plus spécifiquement les régions rurales, et sobrement intitulée « C’est possible ».

Dans ces conditions, et au vu de son coût exorbitant pour l’ensemble de la société, il est évident que c’est bien Pierre Gattaz et non pas la SNCF qu’il faudrait ouvrir à la concurrence. « C’est possible. »

Toutefois, au-delà de l’irritation dont fait montre Pierre Gattaz, c’est toute la fragilité de la base sociale d’Emmanuel Macron qui commence à se révéler. Il n’est en effet pas anodin que le directeur du MEDEF se soit prononcé sur la question. Habituellement discret, le « patron des patrons » est récemment sorti de sa réserve pour vilipender l’action des syndicats. Affirmant qu’il ne s’agit pas d’une « bonne solution », Pierre Gattaz a exprimé ses craintes au sujet des grèves, déclarant qu’elles sont « de nature à déstabiliser des salariés qui vont travailler, une économie ».

Après le 22 mars, des premiers signes de fébrilité au sein de la bourgeoise ?

Le 22 mars fut en effet une véritable démonstration de force, prenant de court tant la bour- geoisie que les directions syndicales. La mobilisation massive des cheminots n’a en effet pas manqué de dérouter une bourgeoisie désormais sur le pied de guerre.

Les principaux médias bourgeois ne s’y trompent d’ailleurs pas, conscients des enjeux qui se nouent autour de la réforme du rail.

Qu’il s’agisse Olivier Auguste, éditorialiste au journal l’Opinion, qui intitulait sa tribune « SNCF, la mère des réformes », ou encore du Figaro qui titrait l’un de ses tribunes « Les divisions syndicales arrangent le gouvernement » (!), la bourgeoisie ne cesse de supputer, avec une appréhension croissante, les possibilités d’une convergence des luttes avec les cheminots en fer de lance.

C’est bien cette éventualité que craint Pierre Gattaz lorsqu’il déclare :

« Je ne comprends pas tellement des grèves qui sont des préalables alors qu’on n’a même pas commencé à discuter ou négocier ». Face à la crainte d’une massification, l’injonction au « dialogue social » représente le meilleur moyen d’étouffer les colères en gestation. Loin d’être des « préalables » à une « discussion » dont on connaît déjà l’issue, les grèves sont bien la seule façon de construire un rapport de force capable de faire plier un gouvernement qui a déjà montré, par le recours brutal aux ordonnances, sa vision du « dialogue social. »

Max Demian lundi 26 mars

http://www.revolutionpermanente.fr/

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20 mars 2018 ~ 0 Commentaire

sarko garde à vue (europe 1 + médiapart)

garde a vue

Financement libyen de la campagne de 2007 : Nicolas Sarkozy en garde à vue

L’ancien président de la République est entendu mardi matin sous le régime de la garde à vue sur les soupçons de financement illicite qui pèsent sur sa campagne victorieuse de 2007.

L’ancien président de la République Nicolas Sarkozy, convoqué par les juges qui enquêtent sur les soupçons de financement illicite qui pèsent sur sa campagne présidentielle victorieuse de 2007, était entendu mardi matin dans les locaux de la police judiciaire à Nanterre, selon les informations du Monde, confirmées à Europe 1 par des sources judiciaires. A l’issue de cette garde à vue qui peut durer jusqu’à 48 heures, Nicolas Sarkozy pourrait être présenté aux magistrats pour être mis en examen. Le député européen et ancien ministre de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux, était lui aussi entendu en audition libre.

Les principales informations

  • Nicolas Sarkozy s’est rendu à une convocation des juges mardi matin
  • Brice Hortefeux est entendu en audition libre
  • De nouveaux éléments confirmant les soupçons de financement illicite auraient été livrés

Première audition de Sarkozy dans cette enquête.

Selon les informations du Monde, plusieurs anciens dignitaires libyens de l’époque kadhafiste auraient livré de nouveaux éléments confirmant les soupçons de financement illicite. Depuis l’ouverture d’une information judiciaire en avril 2013, des soupçons pèsent sur un financement de la campagne présidentielle de 2007 par le régime libyen.

En 2012, le site Mediapart avait révélé un document faisant état de versements illicites en provenance de Libye en faveur de la campagne victorieuse de Nicolas Sarkozy. Depuis, les juges enquêteurs ont avancé dans leurs investigations. Mardi, c’est la première fois que les policiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) entendent l’ancien président dans cette affaire. L’intermédiaire Ziad Takieddine, qui avait révélé avoir versé 5 millions d’euros en liquide à Claude Guéant puis à Nicolas Sarkozy, a, lui, déjà été mis en examen en décembre 2016 – tout comme l’ancien ministre.

Alexandre Djouhri en détention à Londres.

La garde à vue de Nicolas Sarkozy intervient quelques semaines après l’arrestation d’Alex- andre Djouhri à Londres. L’homme d’affaires est une figure clef dans l’enquête. Début mars, une juge anglaise a repoussé l’audience d’extradition, qui devait initialement se tenir en avril, au 9 juillet. La justice française avait émis un mandat d’arrêt européen à l’encontre de l’homme d’affaires de 59 ans, pour vérifier les accusations lancées deux ans plus tôt par l’ancien prési- dent libyen Mouammar Kadhafi et son fils Seif el-Islam, selon lesquelles l’ancien président français avait bénéficié de leurs fonds pour financer sa campagne électorale. La justice française a pu accéder récemment à des documents saisis lors d’une perquisition au domicile suisse d’Alexandre Djouhri.

sarko

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28 février 2018 ~ 0 Commentaire

morano (l’obs)

Rokhaya Diallo traitée de « Française de papier » : Nadine Morano dans les pas de Charles Maurras. En utilisant l’expression « Français de papier », Nadine Morano réactive un imaginaire d’extrême droite, décrypte l’historien Gilles Richard.

Dans la nuit de lundi à mardi, l’eurodéputée LR Nadine Morano a qualifié la militante associative antiraciste Rokhaya Diallo de « Française de papier » sur Twitter. L’intéressée lui a répondu : « Il semblerait que cette femme qui a pourtant été ministre de la République ne me considère pas comme une vraie Française… Je me demande bien pourquoi. »

Sporadiquement exhumée par la fachosphère, le Front national et la droite, cette expression ancienne est « une grande constante du discours nationaliste », décrypte l’historien Gilles Richard, auteur de « Histoire des droites en France (1815-2017) » (Ed. Perrin). Interview.

La nuit dernière sur Twitter, Nadine Morano a exhumé l’expression « Français de papier » pour évoquer Rokhaya Diallo. Une expression controversée, qui était autrefois employée par l’Action française de Charles Maurras pour désigner les naturalisés français… 

Franchement, quand Nadine Morano utilise l’expression « Français de papier », je ne suis même pas sûr qu’elle sache qu’il s’agit d’une expression maurassienne. Dans l’imagerie nationaliste, « Français de papier » renvoie à une identité purement administrative. A l’idée que le papier c’est léger, à la différence des racines. Rokhaya Diallo est née en France. Et les enfants d’étrangers nés en France sont français, ça date de la loi du 26 juin 1889, c’est un principe républicain ! Ça montre bien que les nationalistes ont quelques problèmes avec les principes républicains.

Dans le jargon nationaliste, « Français de papier » s’oppose à « Français de souche ». C’est l’idée, longtemps défendue par le Front national puis réactivée par Jacques Chirac en 1986, que la nationalité française se transmet par le sang… 

Ce langage, cette vision des étrangers, vient du nationalisme à la fin du XIXe siècle et des « Déracinés » de Maurice Barrès. L’expression « Français de papier » fait écho à une vision très barrésienne des choses, l’idée selon laquelle les vrais Français seraient les personnes qui ont des racines françaises, qui sont nées « les pieds dans la glèbe ». L’idée qu’on est français par héritage. C’est très puissant comme image, parce que ça fait référence aux traditions paysan- nes, rurales… Aujourd’hui encore, et parfois même à gauche, le discours sur les racines a une puissance incroyable. Alors que l’identité ne se résume pas à ça.

Dans quel contexte historique s’est propagée cette expression ?

Dans l’entre-deux-guerres, l’expression « Français de papier » est employée pour désigner les personnes qui ont bénéficié de la grande vague de naturalisation à la fin des années 1920, favorisée par une loi en 1927. Sous le régime de Vichy, une commission a ensuite dénaturalisé plusieurs milliers de personnes.

De façon plus générale, l’expression « Français de papier » fait écho à la conception nationaliste de ce qu’est « être français ». Nous vivons dans un pays qui a, depuis la deuxième moitié du XIXe siècle, fait massivement appel à des étrangers pour travailler dans l’industrie. Il y a toujours eu en France une classe ouvrière spécifique et composite sur le plan des nationalités, les travaux de Gérard Noiriel le soulignent. Cela a d’ailleurs favorisé le nationalisme et l’audience, partielle, des nationalistes dans le monde ouvrier. Sur la base du rejet de l’étranger vu comme un concurrent.

Comment interpréter le fait que cette expression puisse être utilisée en 2018 par une ancienne ministre ?

Pour l’anecdote, Nadine Morano avait pris la parole dans la ville de naissance de Maurice Barrès en décembre 2009, à Charmes-sur-Moselle dans les Vosges. A l’époque, elle était  secrétaire d’Etat chargée de la Famille et avait déclaré qu’un bon Français ne devait pas porter sa casquette à l’envers [« Ce que je veux du jeune musulman, quand il est français, c’est qu’il ne parle pas le verlan, qu’il ne mette pas sa casquette à l’envers », NDLR]. Bref, sur ces sujets-là, c’est une spécialiste de la politique au ras des pâquerettes !

En parlant de « Français de papier », Nadine Morano a-t-elle conscience qu’elle désigne peut-être aussi certains de ses propres électeurs ? 

L’expression utilisée par Nadine Morano pourrait concerner des millions de gens qui sont des « Français de papier »… Il y a sûrement des « Français de papier » qui votent pour Nadine Morano, de façon assez contradictoire d’ailleurs. Dans les années 1980-1990, j’ai moi-même exercé dix ans en tant que professeur d’histoire dans le lycée technique d’Hénin-Beaumont. Mes élèves étaient français. Mais leurs noms étaient polonais, marocains, italiens… Certains d’entre eux votent peut-être aujourd’hui pour Steeve Briois !

 Propos recueillis par Charlotte Cieslinskii

27 février 2018
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27 février 2018 ~ 0 Commentaire

jlm-wauquiez (le huffington post + npa)

wauquiez

Mais qu’est-ce qu’il lui trouve?

Mélenchon prend la défense de Wauquiez dans un billet enflammé contre la « CIA médiatique » « Wauquiez s’est pris une lourde attaque globale du parti médiatique » pour protéger Emmanuel Macron, assure le chef de file de la France insoumise.

Depuis une décennie, les coups de menton injurieux de Jean-Luc Mélenchon à l’égard de la presse sont devenus une routine. Le billet de blog publié ce lundi 26 février par le chef de file de la France insoumise dépasse pourtant de loin tout ce qu’il a pu dire ou écrire jusqu’ici.

Dans cette diatribe enflammée intitulée « La semaine où Macron dévisse : bain de boue pour tous », le député des Bouches-du-Rhône affirme que les partis d’opposition, le sien comme celui du président des Républicains Laurent Wauquiez, ont été volontairement pris pour cible par la « CIA médiatique » au moment où le président Emmanuel Macron traversait une zone de turbulences sondagières.

« Le pouvoir médiatique est d’essence complotiste », écrit-il dans un style fiévreux du même acabit, dénonçant pèle-mêle un « coup monté du service public » visant ses comptes de campagne, la « manipulation » de France Inter qui aurait cherché à l’inviter sur son plateau ou bien encore « la lourde attaque globale du parti médiatique » visant Laurent Wauquiez.

« Wauquiez a fortifié son autorité »

« ‘L’affaire’ est ridicule: trois phrases volées dans une conférence. Mais ‘l’affaire’ a tenu cinq jours de médias. Sans aucun contenu, l’opération est destinée à empêcher la droite de se regrouper autour de son parti traditionnel au moment où l’opération ‘Macron chef de toutes les droites’ a du plomb dans l’aile du fait des sondages », écrit Jean-Luc Mélenchon au sujet de la polémique provoquée par l’enregistrement de propos tenus par le chef de file des Républicains devant des étudiants lyonnais.

Pour l’ancien candidat à la présidentielle, « dans l’épisode des ‘écoutes aux portes’, Wauquiez a fortifié son autorité et s’est débarrassé d’une nouvelle poignée de traîtres. De son point de vue il s’est renforcé. Autant de tireurs dans le dos de moins pour le prochain épisode ». Depuis une semaine, le chef de file des Républicains a dû essuyer plusieurs départs, présenter des excuses humiliantes à Nicolas Sarkozy et essuyer les sarcasmes d’Alain Juppé.

S’il prend le parti de Laurent Wauquiez dans son duel avec la presse, Jean-Luc Mélenchon n’en demeure pas moins sceptique sur la stratégie du patron de la région Auvergne-Rhône- Alpes pour contester le leadership de la droite à Emmanuel Macron.

« Wauquiez sait que le problème en France, c’est la grève civique du peuple. [...] C’est pour cela qu’il essaie de reprendre pied dans le peuple profond de droite acquis aujourd’hui au Front National. C’est une stratégie qui comporte un grand risque si elle n’aboutit pas », met en garde le dirigeant insoumis en dénonçant, une fois encore, « le coup monté des ‘écoute aux portes’ à l’école de commerce de Lyon [qui] montre comment le parti médiatique, qui est dans la main des neufs milliardaires, est prêt à le hacher menu ».

« La haine des médias et de ceux qui les animent est juste et saine »

Les médias, eux, en prennent continuellement pour leur grade, avec une férocité particulière- ment marquée, Jean-Luc Mélenchon n’hésitant pas à revendiquer une « haine » à leur égard. Présentant cette « haine des médias et de ceux qui les animent » comme « juste et saine », Jean- Luc Mélenchon estime que ses amis et lui n’ont « pas d’autre adversaire concret que le ‘parti médiatique’. Lui seul mène bataille sur le terrain, en inoculant chaque jour la drogue dans les cerveaux ».

« On ne peut plus nulle part parler librement. La presse est ainsi la première ennemie de la liberté d’expression qui ne se confond pas avec la liberté de ‘tout répéter’ ni avec le délire névrotique de la transparence absolue que réclament les médias (et qu’ils ne s’appliquent pas à eux-mêmes) », fustige-t-il.

A ses yeux, « le but du parti médiatique est de détruire tous les autres ‘émetteurs’ de pensée : parti, syndicat, autorité morale de quelque nature qu’elle soit.

Tout est bon alors pour atteindre ce but. Tout. C’est un pur effet de système. Le moindre journal comporte au moins chaque jour une ‘révélation’, incontrôlable, destinée à salir quel- qu’un vivant ou mort. [...] La peur et le dégoût comme nourriture quotidienne, c’est le terreau du pouvoir médiatique qui vous ‘révèle’ ce que personne ne veut que vous sachiez. »

Geoffroy Clavel 26/02/2018

http://www.huffingtonpost.fr/

Lire aussi:

Jean-Luc Mélenchon défend Laurent Wauquiez face au « parti médiatique » (JDD)

Wauquiez et la « trumpisation » de la droite : vers la rupture ? (NPA)

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09 février 2018 ~ 0 Commentaire

c’est l’hiver (autre école)

carmba--encore-trop-a-droite

L’hiver s’est bien abattu sur la France…

L’hiver s’est abattu sur la France comme ce colloque sur ses valeurs

Si demain se prépare aujourd’hui, l’avenir est sombre. Une partie de la communauté des historien-nes a donc choisi de se compromettre au sens le moins noble du terme avec le pouvoir pour assurer la promotion de « valeurs » dont on peut raisonnablement discuter de l’opportunité de les associer à la France.

Après avoir œuvré dans les arrière-cours du ministère de la culture pour commémorer la naissance du directeur antisémite de l’Action française, revoilà donc Jean-Noël Jeanneney, grand témoin d’une sympathique table-ronde partagée avec Eric Mestrallet, fondateur de l’officine Espérance Banlieues, proche de la « Manif pour tous » (et, par extension, de toute la nébuleuse de l’extrême-droite et de la droite extrême) qui se cherche un avenir du côté de l’Éducation nationale.

Cela tombe assez bien car pour l’occasion le Ministre lui-même ouvrira d’une allocution solen- nelle ce colloque placé sous le signe de l’ordre, de la tirelire et de l’uniforme grâce à un atte- lage d’intervenants, de prime abord disparate, mais qui dessine un projet politique et éducatif.

Explorons plus avant ce casting toxique pour lequel le tapis rouge sera déployé sous les ors de La Sorbonne.

Il est constitué exclusivement d’hommes car – en ce jour où l’on commémore le droit de vote des femmes anglaises obtenu de haute lutte par les Suffragettes – il apparaît, de l’autre côté du Channel que seul le sexe fort est habilité à produire de la « réflexion » sur les valeurs de la France. Par un heureux caprice du ciel, leur teint s’accorde parfaitement avec les conditions météorologiques du moment. Un académicien et un recteur, historien par ailleurs, côtoient celui déjà mentionné, pour la légitimation intellectuelle.

Le MEDEF représenté par son vice-président, et le monde de l’entreprise, façon start-up nation, incarné par le cofondateur du site de vente en ligne Showroomprivé se joignent à ce premier cercle d’esprits aiguisés et ouverts.

Au cas où on resterait un peu sur sa faim quant à la représentation de la mouvance « droite libérale versée dans le culte de l’économie de marché, de la déréglementation et de la des- truction accélérée du service public d’éducation », la présence d’un représentant du Think Tank Synopia, un autre du Figaro Magazine et le co-directeur d’HEC, nous rassure pleinement.

L’ordre et l’uniforme ne sont pas en reste puisque ce colloque réunit également le nouveau chef du SMA (Service Militaire Adapté), l’ancien chef d’état-major des armées, l’actuel égale- ment qui a remplacé au pied levé le précédent, démissionné cet été, et un représentant de l’école d’infanterie.

Ne soyons pas chafouins, les cartes de visites des invités, hormis celle du monsieur proche des homophobes de service, ne constituent pas en l’état un argument disqualifiant pour participer à un colloque.

C’est surtout l’objet, ou le sujet, de leur réunion qui effraie. Mais de quoi vont-ils donc parler ?

La journée est consacrée au thème suivant « Société civile et communauté militaire : défendre ensemble les valeurs de la France ». Quatre axes de réflexion précisent les valeurs qu’il faut défendre en joignant les efforts de la société civile (quel choix clairvoyant que celui de Bernard Lapasset, ancien président de la Fédération française de rugby, du temps où ce sport encore très préservé de la marchandisation et du sponsoring fut bradé à la Société Générale et aux équipementiers sportifs) et de l’armée.

La Patrie d’abord – avec une majuscule – la morale ensuite, le travail pour poursuivre autour de la notion de risque au sens entrepreneurial et militaire du terme, celui qui permet de gagner, car le mâle blanc joue toujours pour la victoire. La dernière table-ronde ouvre oppor- tunément le champ des possibles avec une réflexion sur la transmission et le partage de ce bel avenir que l’on nous prépare.

Nul doute que les programmes d’EMC et que le nouvel enseignement du lycée appelé à suppléer l’ECJS et une partie de l’histoire-géographie sauront prochainement bénéficier des retombées fécondes de cette journée de colloque, car personne n’est dupe ici, il s’agit bien de préparer l’avenir. Un avenir sous la férule de l’ordre, de la norme, du culte de l’entreprise et de la réussite, aux antipodes des valeurs de liberté, de solidarité et d’égalité inscrites dans la Constitution.

Posté le 7 février 2018 par Collectif Q2C

https://www.questionsdeclasses.org/

Nous publions ici le billet de Véronique Servat, sur le site Aggiornamento Histoire-géo à propos de l’annonce d’un très inquiétant colloque sur les « valeurs de la France » et qui s’ouvrira par une allocution du Ministre de l’Éducation nationale…

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01 février 2018 ~ 0 Commentaire

casiers vierges (anti-k)

ferrand

Finalement, les députés enterrent la condition d’un casier vierge pour être éligible

Cet engagement figurait pourtant dans les engagements de campagne d’Emmanuel Macron. Mais l’exécutif a fait marche arrière par crainte de voir la mesure déclarée anticonstitutionnelle.

«Une triste marche arrière», «une reculade»: une fois n’est pas coutume, les avis des députés d’opposition de gauche comme de droite semblaient unanimes lundi soir. Les esprits se sont échauffés à l’Assemblée nationale après l’abandon d’une promesse de campagne du président Macron, qui stipulait «la loi de moralisation de la vie publique comprendra (…) l’interdiction pour tous les détenteurs d’un casier judiciaire (niveau B2) de se présenter à une élection». 

Alors que les députés préparaient l’examen du texte sur la «confiance dans la vie publique»,  présenté comme la première réforme phare du début du quinquennat Macron, le gouverne- ment a finalement opté pour une «peine complémentaire obligatoire d’inéligibilité», afin d’éviter un blocage d’inconstitutionnalité.

Cette peine complémentaire serait donc ajoutée à toute condamnation relevant de «crimes et délits de manquement à la probité», notamment sur les questions financières. C’est en réalité un retour à la version initiale du texte, après que la notion de casier judiciaire vierge ait été rajoutée en commission.

Mais cette disposition comportait des «risques importants» d’inconstitutionnalité. En effet, la ministre de la justice Nicole Belloubet a expliqué que l’interdiction de se présenter à une élection si le casier n’est plus vierge pouvait être interprétée comme «une peine automa-tique», qui contreviendrait donc au «principe d’individualisation des peines garanti par la Constitution».

Sur les méthodes qui ont conduit à l’abandon de l’obligation d’avoir un casier vierge, un détail passe particulièrement mal. La majorité s’est appuyée sur un amendement signé par le chef de file des députés LREM Richard Ferrand. Or ce dernier est visé par une plainte de l’association Anticor pour abus de confiance, dans le cadre de l’affaire de conflit d’intérêts qui le vise.

L’association estime en effet qu’une enquête est nécessaire pour déterminer si la convention passée avec la société civile immobilière(SCI) dénommée Saca était dans l’intérêt des Mutuel- les de Bretagne ou dans l’intérêt de la compagne de M. Ferrand.

À noter que cet amendement prévoit que les délits financiers ne seront pas les seuls concer- nés par «les peines complémentaire» d’inéligibilité, mais aussi «les faits de discrimination, injure ou diffamation publique, provocation à la haine raciale, sexiste ou à raison de l’orientation sexuelle».

Pour couronner le tout, la tenue même des débats a soulevé le mécontentement d’une partie des parlementaires, à l’instar de la socialiste Delphine Batho, qui déplorent n’avoir pas pu défendre leurs sous-amendements annulés par l’adoption de celui de Richard Ferrand.

Le figaro 25/07/2017

http://www.anti-k.org/

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18 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

rokhaya diallo (the guardian)

Rokhaya Diallo: ‘En tant que femme noire, ma liberté d’expression n’avait pas de valeur’

Journaliste et militante française, Rokhaya Diallo a été nommée au Conseil National Numérique (CNNum) à la fin de l’année dernière. Certaines de ses déclarations sur le racisme institution- nel et Charlie Hebdo ont suscité une polémique, qui a amené le gouvernement à céder aux demandes pour son éviction du conseil. Dans cet entretien avec Iman Amrani, elle revient sur le sujet et donne son sentiment sur Emmanuel Macron et la liberté d’expression.

https://www.theguardian.com/

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17 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

urvoas jj (jdd)

Marquis 4

Affaire Urvoas : l’enquête à la Cour de justice de la République formellement ouverte. La saisine de la commission d’instruction de la Cour de cassation marque le début des investigations dans cette affaire de violation du secret professionnel.

La Cour de justice de la République a été officiellement saisie mercredi de l’enquête sur l’ancien garde des Sceaux socialiste Jean-Jacques Urvoas, soupçonné d’avoir transmis au député Thierry Solère des informations sur une enquête pour fraude fiscale le concernant, a annoncé le parquet général de la Cour de cassation.

Dans un communiqué, le procureur général près la Cour de cassation a annoncé avoir « saisi aujourd’hui la commission d’instruction d’un réquisitoire introductif visant Jean-Jacques Urvoas en sa qualité à la date des faits de [...] ministre de la Justice, sous la qualification de violation du secret professionnel ». Cette étape marque formellement le lancement des investigations, mais elles s’annoncent longues.

Une note de la DACG.

Le haut magistrat était tenu de saisir cette commission après l’avis favorable émis mardi par la commission des requêtes de la CJR.  Cette affaire a rebondi en plein débat sur le lien hiérar- chique entre le garde des Sceaux et les procureurs, mais également au moment où le prési- dent Emmanuel Macron a réaffirmé lundi sa volonté de « supprimer » la CJR.

Selon les révélations du Canard enchaîné en décembre, Jean-Jacques Urvoas, alors au gouvernement, avait envoyé à Thierry Solère, député LR rallié depuis à LREM, une note de la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) sur une enquête le concernant.

Cette synthèse, signée « Amitiés, Jean-Jacques Urvoas », aurait été demandée à ses services par le ministre, comme le lui permettait son statut de garde des Sceaux, puis trans- mise par messagerie cryptée au député entre les deux tours de la présidentielle, d’après l’hebdomadaire.

Une perquisition chez Thierry Solère. Depuis le 6 septembre 2016, Thierry Solère est en effet visé par une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Nanterre pour « fraude fiscale, blanchiment, corruption, trafic d’influence et recel d’abus de biens sociaux ».  Dans le cadre de cette procédure, une perquisition au domicile du député, qui a dû renoncer fin 2017 à son poste de questeur de l’Assemblée nationale, avait été menée par les policiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF), qui avaient alors trouvé le message de Jean-Jacques Urvoas.

La procureure de Nanterre avait confirmé que des éléments « susceptibles d’engager la responsabilité pénale de Jean-Jacques Urvoas » avaient été saisis lors d’une perquisition, puis transmis le 5 décembre au procureur général près la Cour de cassation.

17 janvier 2018

http://www.europe1.fr/

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17 janvier 2018 ~ 0 Commentaire

irrationalité (libération)

envahisseurs

Politique migratoire: l’irrationalité au pouvoir ?

Comme celle de ses prédécesseurs, la politique migratoire d’Emmanuel Ma- cron, en visite ce mardi à Calais, refuse d’entendre ce que disent les cher- cheurs depuis des années: les dispositifs répressifs créent le «problème migratoire» qu’ils prétendent pourtant résoudre.

Très loin du renouveau proclamé depuis l’élection du président Macron, la politique migratoire du gouvernement Philippe se place dans une triste continuité avec celles qui l’ont précédée tout en franchissant de nouvelles lignes rouges qui auraient relevé de l’inimaginable il y a encore quelques années. Si, en 1996, la France s’émouvait de l’irruption de policiers dans une église pour déloger les grévistes migrant·e·s, que de pas franchis depuis: accès à l’eau et distributions de nourriture empêchées, tentes tailladées et couvertures jetées, familles traquées jusque dans les centres d’hébergement d’urgence en violation du principe fondamental de l’inconditionnalité du secours.

La loi sur l’immigration que le gouvernement prépare marque l’emballement de ce processus répressif en proposant d’allonger les délais de rétention administrative, de généraliser les assignations à résidence, d’augmenter les expulsions et de durcir l’application du règlement de Dublin, de restreindre les conditions d’accès à certains titres de séjour, ou de supprimer la garantie d’un recours suspensif pour certain.e.s demandeur·e·s d’asile. Au-delà de leur apparente diversité, ces mesures reposent sur une seule et même idée, jamais démontrée et toujours assénée, de la migration comme «problème».

Des idées reçues bien tenaces

Cela fait pourtant plusieurs décennies que les chercheurs spécialisés sur les migrations, toutes disciplines scientifiques confondues, montrent que cette vision est largement erronée.

Contrairement aux idées reçues, il n’y a pas eu d’augmentation drastique des migrations durant les dernières décennies. Les flux en valeur absolue ont certes augmenté mais le nombre relatif de migrant·e·s par rapport à la population mondiale stagne à 3% et est le même qu’au début du 20è siècle. Dans l’Union Européenne, après le pic de 2015, qui n’a par ailleurs pas concerné la France, le nombre des arrivées à déjà chuté. Sans compter les «sorties» jamais intégrées aux analyses statistiques et pourtant loin d’être négligeables. Et si la demande d’asile a connu, en France, une augmentation récente, elle est loin d’être démesurée au regard d’autres périodes historiques.

Au final, la mal nommée «crise migratoire» européenne est bien davantage une crise institu- tionnelle, une crise de la solidarité et de l’hospitalité, qu’une crise des flux. Car ce qui est inédit dans la période actuelle c’est bien davantage l’accentuation des dispositifs répressifs que l’augmentation de la proportion des arrivées.

La menace que représenteraient les migrant·e·s pour le marché du travail est tout autant exagérée.

Une abondance de travaux montre depuis longtemps que la migration constitue un apport à la fois économique et démographique dans le contexte des sociétés européennes vieillissantes, où de nombreux emplois sont délaissés par les nationaux. Les économistes répètent inlas- sablement qu’il n’y a pas de corrélation avérée entre immigration et chômage car le marché du travail n’est pas un gâteau à taille fixe et indépendante du nombre de convives. Ils s’échinent à faire entendre qu’en Europe, les migrant·e·s ne coûtent pas plus qu’ils/elles ne contribuent aux finances publiques, auxquelles ils/elles participent davantage que les nationaux, du fait de la structure par âge de leur population.

Imaginons un instant une France sans migrant·e·s. L’image est vertigineuse tant leur place est importante dans nos existences et les secteurs vitaux de nos économies: auprès de nos familles, dans les domaines de la santé, de la recherche, de l’industrie, de la construction, des services aux personnes, etc. Et parce qu’en fait, les migrant·e·s, c’est nous : un·e Français.e sur quatre a au moins un·e parent·e ou un grand-parent immigré·e.

Les migrants ne sont pas des fardeaux !

En tant que chercheur·e·s, nous sommes stupéfait·e·s de voir les responsables politiques successifs asséner des contre-vérités puis jeter de l’huile sur le feu. Car loin de résoudre des problèmes fantasmés, les mesures que se sont empressées de prendre chaque nouvelle majorité, n’ont cessé d’en fabriquer de plus aigus.

Les situations d’irrégularité et de précarité qui feraient des migrant·e·s des «fardeaux» sont précisément produites par nos politiques migratoires:

la quasi absence de canaux légaux de migration (pourtant préconisés par les organismes internationaux les plus consensuels) oblige les migrant·e·s à dépenser des sommes consi- dérables pour emprunter des voies illégales. Elle les dépossède des ressources financières nécessaires pour prendre place dans les sociétés d’arrivée.

La vulnérabilité financière mais aussi physique et psychique produite par notre choix de verrouiller les frontières (et non par leur choix de migrer) est ensuite redoublée par d’autres pièces de nos réglementations: en obligeant les migrant·e·s à demeurer dans le premier pays d’entrée de l’UE, le règlement de Dublin les prive de leurs réseaux familiaux et communau- taires, souvent situés dans d’autres pays européens et si précieux à leur insertion.

A l’arrivée, nos lois sur l’accès au séjour et au travail les maintiennent, ou les font basculer, dans des situations de clandestinité et de dépendance.

Enfin ces lois contribuent paradoxalement à rendre les migrations irréversibles: la précarité administrative des migrant·e·s les pousse souvent à renoncer à leurs projets de retour au pays par peur qu’ils ne soient définitifs. Les enquêtes montrent clairement que c’est l’absence de «papiers» qui empêche ces retours. Nos politiques migratoires fabriquent bien ce contre quoi elles prétendent lutter.

Contrairement à une idée largement répandue, les migrant·e·s ne sont pas «la misère du monde». Ce sont précisément nos choix politiques qui font basculer une partie d’entre eux/elles dans la misère. Comme ses prédécesseurs, le gouvernement signe donc aujourd’hui les conditions d’un échec programmé, autant en termes de pertes sociales, économiques et humaines, que d’inefficacité au regard de ses propres objectifs.

Imaginons une autre politique migratoire.

Une politique migratoire enfin réaliste. Elle est possible, même sans les millions utilisés pour la rétention et l’expulsion des migrant·e·s (qui ne les empêchent par ailleurs pas de revenir), le verrouillage hautement technologique des frontières (qui ne les empêchent pas de passer), le financement de patrouilles de police et de CRS (qui ne les empêche pas de résister), les sommes versées aux régimes autoritaires de tous bords pour qu’ils retiennent, reprennent ou enferment leurs migrant·e·s.

Une politique d’accueil digne de ce nom, basée sur l’enrichissement mutuel et le respect de la dignité de l’autre coûterait certainement moins cher que la politique restrictive et destructrice que le gouvernement a choisi de renforcer encore un peu plus aujourd’hui. Quelle est donc sa rationalité: ignorance ou électoralisme?

16 janvier 2018

http://www.liberation.fr/

Karen Akoka Maîtresse de conférence à l’Université Paris Nanterre et chercheuse à l’Institut des Sciences sociales du politique (ISP).

Camille Schmoll Maîtresse de conférence à l’Université Paris Diderot, membre de l’Institut universitaire de France et chercheuse à l’umr Géographie-cités.
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