Archive | Migrants, réfugiés

18 août 2018 ~ 0 Commentaire

mineurs (le télégramme)

black spiderman

Mineurs étrangers isolés.

Treize jeunes sortis du dispositif de mise à l’abri d’urgence

Du 29 juillet au 17 août, treize jeunes étrangers ont été sortis du dispositif temporaire de mise à l’abri sur décision du parquet de Quimper. Leur minorité est mise en cause par une procé-dure longue et complexe dénoncée par les associations.Arrivés à Quimper entre novembre   2017 et janvier 2018, certains attendaient une décision des pouvoirs publics depuis main-tenant huit mois : à savoir, s’ils étaient bien mineurs et isolés afin d’être pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Ils étaient pendant ce temps mis à l’abri par le Conseil dépar-temental d’action sociale (CDAS) avec une cinquantaine de jeunes en attente, eux aussi, d’un verdict.

Logement en hôtel social.

Repas assurés par un restaurant administratif le midi et une chaîne de restauration rapide le soir et les week-ends. Pour les treize, le parquet a fini par trancher : ils ne les considèrent pas mineurs. Le CDAS leur signifie alors la fin de leur mise à l’abri temporaire. « Le département suit la décision du parquet », explique benoît Bothua, responsable de la mission départemen-tale Mineurs non accompagnés. Ils ont alors entre 48 h et une semaine pour quitter l’hôtel.

Une procédure complexe

Un jeune Guinéen raconte. Arrivé début novembre 2017 à Quimper, il est pris en charge par le CDAS pour une mise à l’abri temporaire à l’hôtel, le temps de déterminer sa minorité ou non. Au cours des trois premières semaines, il passe trois « évaluations sociales » conduites par des travailleurs sociaux du CDAS. Ceux-ci émettent alors un avis sur la minorité ou non du requérant. À l’issue de ces évaluations, le parquet diligente une enquête complémentaire : une expertise des papiers (extrait d’acte de naissance et parfois acte de décès des parents) du demandeur par la police aux frontières.

Par ailleurs, le procureur peut demander dans certains cas une expertise médico-légale, un test osseux.

« Les papiers sont systématiquement considérés comme irréguliers ou non conformes », dénonce une bénévole. C’est le cas pour l’extrait d’acte de naissance du Guinéen alors même qu’il a été légalisé par le consulat de Guinée. Le parquet conclut alors à sa non-minorité après huit mois d’attente. Fin juillet, il est expulsé de l’hôtel. Il peut néanmoins faire appel auprès du juge des enfants pour tenter de faire reconnaître sa minorité et se faire prendre en charge par l’ASE. Et il n’est pas rare que la décision du juge invalide celle du parquet. « L’ensemble des six enfants sortis du dispositif depuis novembre 2017 qui ont fini par voir le juge des enfants ont tous été jugés mineurs », souligne Annaïck Badiane, présidente du Temps partagé, association d’aides aux mineurs étrangers isolés.

Des délais à rallonge

Pris dans leur ensemble, les délais de traitement des demandes de ces mineurs sont extrê-mement longs. Benoît Bothua évoque une « moyenne de quatre à six mois » et des « cas exceptionnels de neuf mois » entre la date d’arrivée et la décision du parquet. « C’est trop long. Il faudrait pouvoir le faire dans le mois », ajoute-t-il. Et si la réponse du parquet est néga-tive, il faudra encore attendre, d’après une bénévole qui suit de près plusieurs dossiers, entre « trois mois et un an » pour voir le recours passé devant un juge des enfants.

Pendant cette période, les jeunes se retrouvent dans un « vide juridique ».

Considérés comme majeurs par le parquet, le département et l’ASE, ils restent néanmoins mineurs aux yeux d’autres institutions. Pas d’hébergement d’urgence au 115 qui n’acceptent que les personnes majeures. Pas de prise en charge médicale trop importante à l’hôpital faute de responsable légal. Et sortis du giron de l’État, il n’y a plus que les associations pour prendre ces jeunes en charge.

Les délais sont tels qu’il n’est pas rare qu’un jeune finisse par avoir 18 ans en attendant une décision.

Récemment, une personne déboutée par le juge des enfants à Quimper n’a pas pu faire appel à Rennes. Elle s’est donc pourvue en cassation et a gagné. Possibilité lui était donc offerte de faire réétudier son cas à Rennes. Problème : elle vient d’avoir 18 ans. Commencent alors de nouvelles démarches pour tenter d’obtenir un visa et de vivre ici, en France.

17 août 2018  Elven Sicard

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16 août 2018 ~ 0 Commentaire

immigration 1 (le monde diplo)

gauche

Embarras de la gauche sur l’immigration

La stratégie conservatrice visant à opposer les plus démunis entre eux est parvenue à faire de l’immigration une question décisive pour nombre de Français. Aubaine pour la droite, cette situation impose à la gauche d’évoluer sur un terrain miné… et la divise.  

L’immigration divise les principaux candidats à l’élection présidentielle en deux camps : ceux qui font de son rejet leur fonds de commerce et ceux que le sujet embarrasse. Très prolixes, les premiers attribuent aux étrangers toutes sortes de problèmes, du chômage au terrorisme, de la crise des finances publiques au manque de logements, de l’insécurité aux sureffectifs dans certaines salles de classe.

Pour y remédier, ils préconisent des mesures radicales.

Mme Marine Le Pen (Front national, FN) s’engage à supprimer le droit du sol, à sortir de l’espace Schengen, à instaurer la préférence nationale et à systématiser les expulsions d’étrangers en situation irrégulière. M. François Fillon (Les Républicains) promet pour sa part de durcir les règles du regroupement familial, de conditionner les aides sociales à deux ans de présence sur le territoire, de supprimer l’aide médicale de l’État ou encore de faire voter par le Parlement des quotas annuels d’immigrés par origines nationales — une rupture avec les principes en vigueur depuis l’ordonnance du 2 novembre 1945, selon laquelle la faculté d’assimilation des étrangers dépendait non pas de leur origine, mais de leurs caractéristiques individuelles.

Face à cette surenchère, le camp des embarrassés se contente de proposi-tions floues et parfois incohérentes.

(…) Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon ne se montrent guère plus précis. S’appuyant exclusivement sur les cas des réfugiés climatiques et politiques, le candidat de La France insoumise entend « lutter contre les causes des migrations ». Quant au prétendant socialiste, s’il a souvent critiqué la politique migratoire du gouvernement de M. Manuel Valls, regrettant que la France ne se montre pas plus solidaire des réfugiés, son programme peine à assumer cette ligne : outre la sempiternelle promesse du Parti socialiste (PS) , jamais tenue, d’accorder le droit de vote lors des élections locales aux étrangers non communautaires, il se borne à proposer la création de « visas humanitaires » dont les contours et les modalités d’attribution ne sont pas définis. Rien sur les immigrés économiques et les clandestins, qui sont au cœur des discours de la droite.

Cette discrétion a ses raisons.

De l’Américain Donald Trump au Hongrois Viktor Orbán, des défenseurs britanniques du « Brexit » au Mouvement 5 étoiles italien, de l’Union démocratique du centre (UDC) en Suisse à l’Alliance néoflamande (Nieuw-Vlaamse Alliantie, N-VA) en Belgique, du FN en France au parti Droit et justice (PiS) en Pologne, les partis et dirigeants qui s’opposent à l’arrivée d’étrangers ont depuis quelques années le vent en poupe dans la plupart des pays occidentaux. Tous doivent une bonne partie de leur succès à l’électorat populaire. En France, le FN séduit surtout dans les « zones fragiles (2)  », où les jeunes sans diplôme sont nombreux et les taux de chômage et de pauvreté très élevés.

Au Royaume-Uni, le « Brexit » a fait des adeptes essentiellement dans les régions durement frappées par la mondialisation et la désindustrialisation, tandis que la plupart des partisans du maintien dans l’Union vivaient dans les grandes agglomérations dynamiques. Le référendum suisse de février 2014, qui a vu une majorité d’électeurs se prononcer contre « l’immigration de masse », a lui aussi révélé un clivage entre zones rurales et urbaines. Quant à M. Trump, s’il a été boudé par les couches supérieures et les minorités des côtes Est et Ouest, il a triomphé au sein des classes populaires blanches.

En 2017, Jean-Luc Mélenchon ne prône plus l’accueil des étrangers

Dans ce contexte, la crainte de se mettre à dos l’électorat populaire à cause d’un programme qui paraîtrait trop favorable à l’immigration semble avoir gagné M. Mélenchon. Lors de la précédente élection présidentielle, sans aller jusqu’à défendre explicitement la liberté d’installation, il s’était présenté avec une liste de mesures d’ouverture : rétablissement de la carte unique de dix ans, abrogation de toutes les lois votées par la droite depuis 2002, régularisation des sans-papiers, fermeture des centres de rétention, décriminalisation du séjour irrégulier… « L’immigration n’est pas un problème. La haine des étrangers, la chasse aux immigrés défigurent notre République : il faut en finir, affirmait son programme L’Humain d’abord. Les flux migratoires se développent dans le monde, ils mêlent des motivations diverses. La France ne doit pas les craindre, elle ne doit pas mépriser [leur] immense apport humain et matériel. »

En 2017, la ligne a changé. M. Mélenchon ne prône plus l’accueil des étrangers.

« Émigrer est toujours une souffrance pour celui qui part, explique le 59e point de sa nouvelle plate-forme. (…). La première tâche est de permettre à chacun de vivre chez soi. » Pour cela, le candidat propose rien de moins qu’« arrêter les guerres, les accords commerciaux qui détruisent les économies locales, et affronter le changement climatique ». Ce changement de pied a divisé le camp progressiste, dont une frange défend l’ouverture des frontières, à laquelle M. Mélenchon s’oppose désormais (3). Figure du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), M. Olivier Besancenot dénonce cette « partie de la gauche radicale [qui] aime se conforter dans les idées du souverainisme, de la frontière, de la nation », tandis que M. Julien Bayou, porte-parole d’Europe Écologie - Les Verts, qui soutient le candidat socialiste Benoît Hamon, accuse le candidat de La France insoumise de « faire la course à l’échalote avec le Front national ».

Défendue par le NPA et par une myriade d’organisations militantes

le Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti), l’association Migreurop, le Réseau éducation sans frontières…  ou issues du christianisme social: Cimade, Secours catholique…, qui ont en commun de refuser la distinction entre réfugiés et immigrés économiques, la cause de la liberté de circulation tire argument de l’échec des politiques de fermeture : ni l’agence européenne Frontex, ni les contrôles douaniers, ni les accords de sous-traitance avec la Turquie ou la Tunisie n’empêchent les migrants d’entrer en Europe. Mais ils les contraignent à la clandestinité et les rendent particulièrement vulnérables à toutes les formes d’exploitation. La liberté d’installation permettrait aux étrangers de réclamer légalement de meilleures conditions de travail, afin de ne pas faire pression à la baisse sur les salaires.

L’amélioration du niveau de vie dans les pays de départ ne fixe pas les populations

Pour compléter sa démonstration, le NPA avance le caractère « économiquement bénéfique (4)  » de l’immigration. Même si, de la part d’un parti révolutionnaire, l’argument peut surprendre, de nombreuses études montrent bien en effet que l’immigration n’est pas un coût, mais un bénéfice pour l’État comme pour les entreprises. Selon une étude menée par les économistes Xavier Chojnicki et Lionel Ragot, et coéditée en 2012 par le quotidien Les Échos, la présence des immigrés entraînerait une contribution budgétaire nette positive : souvent jeunes et en bonne santé, ils paient davantage d’impôts et de cotisations qu’ils ne reçoivent de prestations sociales (5).

Dans un rapport salué par le cahier économique du Figaro, le cabinet McKinsey estimait que les immigrés « contribuent à près de 10 % de la richesse mondiale », notamment parce que la main-d’œuvre étrangère est très profitable aux entreprises. Le mensuel Capital (mars 2015) détaille : « La flexibilité est le premier atout de la main-d’œuvre immigrée. (…) Dans d’autres secteurs, c’est leur côté “durs à la tâche” qui rend les travailleurs immigrés si précieux. » Troisième atout « de ces employés venus d’ailleurs : ils n’hésitent pas à faire les boulots méprisés par les autochtones. Les premières à s’en féliciter sont les entreprises de nettoyage. Pour vider les poubelles des bureaux, la connaissance du français n’est pas vraiment indispensable ». L’immigration est d’autant plus « économiquement bénéfique » que le système reste profondément inégalitaire…

Les partisans révolutionnaires de l’ouverture des frontières ne cautionnent évidemment pas l’exploitation patronale des travailleurs immigrés.

Leur dessein de libre installation se projette dans un monde où les États-nations auraient disparu. Cette perspective fait peu de cas de l’état présent du rapport de forces : « Une nouvelle conscience est en train de se forger de part et d’autre des frontières au sein de la jeunesse et des classes populaires, des travailleurs de toutes origines, langues et couleurs de peau, nourrie par la révolte et la solidarité internationale », annonçait en octobre 2016 un texte du NPA (6). Elle s’appuie en outre sur une rhétorique d’une radicalité absolue: « Nous sommes avec les migrants, contre la police, contre l’État et tous ceux et celles qui collaborent à sa politi-que. (…) Nous défendons le droit de prendre et d’occuper ce que l’État refuse d’accorder (7)  » — qui, dans le contexte actuel, semble présager des scores confidentiels lors des élections.

M. Mélenchon, lui, souhaite dépasser le PS dans les urnes.

Pour y parvenir, il n’hésite plus à mettre en cause l’immigration économique : « Pour l’instant, il n’y a pas moyen d’occuper tout le monde, alors je préfère le dire », a-t-il notamment lancé sur France 2 le 11 mars. Après avoir réaffirmé son attachement à l’accueil des réfugiés, il a ajouté : « Les gens qui aujourd’hui sont en France et n’ont pas de papiers, s’ils ont un contrat de travail et qu’ils sont au boulot, qu’ils payent leurs cotisations, alors je leur donne des papiers, et à tous. (…) Les autres, je suis obligé de leur dire : “Écoutez, je ne sais pas quoi faire. Arrêtez de dire que vous nous donnez un coup de main, parce qu’on a le monde qu’il faut.” Et surtout, je dis : “Il faut arrêter de partir [de votre pays d’origine].” »

Aujourd’hui, les immigrés économiques représentent une minorité des étrangers arrivés chaque année en France, loin derrière les personnes admises au titre du regroupement familial, les réfugiés politiques ou les étudiants en échange international (lire « Émigrés, immigrés, réfugiés »). Or, à moins de revenir sur certains accords internationaux, comme la convention de Genève de 1951 pour les réfugiés ou la convention européenne des droits de l’homme de 1953 concernant le regroupement familial — ce que M. Mélenchon n’envisage pas —, ces autres contingents, majoritaires, sont difficilement compressibles.

Un ralentissement de l’immigration économique n’aurait donc qu’un impact très limité sur les flux migratoires

Mais il revêtirait une fonction symbolique importante, celle de réfuter les accusations de laxisme, tout en permettant de se distinguer de la droite, qui, elle, propose l’expulsion de tous les clandestins et déboutés du droit d’asile. Toutefois, M. Mélenchon accrédite implicitement l’idée d’un lien entre immigration économique et chômage, ce que l’histoire et les comparaisons internationales semblent invalider : au début des années 1930, la France a pratiqué l’expulsion massive des étrangers, sans remédier en rien au manque d’emplois ; des pays comme le Canada comptent de nombreux immigrés économiques, mais très peu de chômeurs. De plus, régulariser uniquement les clandestins titulaires d’un contrat de travail risque de s’avérer périlleux, puisque la condition de sans-papiers contraint justement à travailler au noir…

Le projet de lutter contre les causes des migrations par l’enrichissement des pays de départ se heurte, à court terme, au principe connu sous le nom de « transition migratoire ». L’amélio-ration du niveau de vie, qui favorise la baisse de la mortalité infantile et le rajeunissement de la population, les gains de productivité qui libèrent la main-d’œuvre et l’augmentation des reve-nus ne fixent pas les populations : ils accroissent le réservoir des candidats à l’émigration, davantage de personnes pouvant assumer le coût physique et matériel de l’exil.

D’après un modèle établi par la Banque mondiale, quand le revenu des habitants (en parité de pouvoir d’achat) d’un pays est situé entre 600 dollars (comme en Éthiopie) et 7 500 dollars (Colombie ou Albanie) par an, l’augmentation des revenus encourage l’émigration. Puis, une fois ce seuil franchi, l’effet s’inverse. Au rythme de 2 % de croissance annuelle des revenus, il faudrait au Niger ou au Burundi plus de cent trente ans, et au Cambodge plus de soixante ans, pour passer ce cap (8).

M. Besancenot voit dans les nouvelles positions de M. Mélenchon une « régression pour la gauche radicale ».

Le candidat de La France insoumise lui réplique qu’il se situe « dans la tradition de [son] mouvement ». Tous deux ont, d’une certaine manière, raison… À la fin du 19è siècle, alors que la Grande Dépression (1873-1896) frappait la France, la gauche affichait un discours uni et cohérent sur l’immigration. Elle combinait une critique théorique décrivant la main-d’œuvre étrangère comme un outil pour maximiser les profits du patronat et une analyse pratique sur la nécessaire alliance entre travailleurs français et immigrés contre ce même patronat.

« Les ouvriers étrangers (Belges, Allemands, Italiens, Espagnols) chassés de leurs pays par la misère, dominés et souvent exploités par des chefs de bande, ne connaissent ni la langue, ni les prix, ni les habitudes du pays, sont condamnés à passer par les conditions du patron et à travailler pour des salaires que refusent les ouvriers de la localité », écrivaient par exemple Jules Guesde et Paul Lafargue dans le programme du Parti ouvrier de 1883.

Même s’ils déploraient « les dangers nationaux et les misères ouvrières qu’entraîne la présence des ouvriers étrangers », ils ne réclamaient pas la fermeture des frontières : « Pour déjouer les plans cyniques et antipatriotiques des patrons, les ouvriers doivent soustraire les étrangers au despotisme de la police (…) et les défendre contre la rapacité des patrons en “interdisant légalement” à ces derniers d’employer des ouvriers étrangers à un salaire inférieur à celui des ouvriers français » (9). Cette ligne théorique et pratique fut celle des principaux partis de gauche pendant les décennies de croissance du XXe siècle — dans les années 1900-1920, puis pendant les « trente glorieuses ».

Les fractures sont apparues dans les temps de crise.

Au début des années 1930, alors que le chômage explose, des voix s’élèvent pour réclamer l’expulsion des étrangers ; des pétitions, des lettres sont envoyées aux élus pour demander la préférence nationale. En novembre 1931, le socialiste Paul Ramadier présente à la Chambre un texte qui prévoit de stopper l’immigration et de limiter à 10 % la proportion d’étrangers par entreprise. Alors député communiste, Jacques Doriot lui porte la contradiction : il dénonce des « mesures xénophobes », une « politique nationaliste qui a pour but de diviser les ouvriers en face du capital ». Pour défendre son parti, le dirigeant socialiste Léon Blum parle de « palliatifs empiriques qui ménagent le mieux les intérêts de la classe ouvrière » et évoque « les difficultés et les contradictions du réel » (10).

Un discours dont les failles sont exploitées par le Front national

La crise qui s’ouvre dans les années 1970 produit de nouvelles dissensions. À l’approche de l’élection présidentielle de 1981, les communistes multiplient les mises en cause de l’immigra-tion. Dans L’Humanité, le journaliste Claude Cabanes s’alarme des problèmes sociaux et culturels auxquels sont confrontées les banlieues dirigées par le Parti communiste français (PCF) : « Tous ces déséquilibres, aggravés par les difficultés dues à la baisse du pouvoir d’achat, au chômage, à l’insécurité, rendent la cohabitation [entre Français et immigrés] difficile », écrit-il le 30 décembre 1980.

Quelques jours plus tard, le 6 janvier 1981, Georges Marchais, le secrétaire général du Parti, prononce un discours qui fera date 

« Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine, assène-t-il. Il est inadmissible de laisser entrer de nouveaux travailleurs immigrés en France alors que notre pays compte près de deux millions de chômeurs, français et immigrés. » Les socialistes reprennent alors la position jadis occupée par les communistes. « On ne peut pas isoler la population immigrée de l’ensemble de la classe ouvrière, affirme un texte programmatique publié dans l’hebdomadaire L’Unité, le 19 décembre 1980. (…) C’est tout le parti qui doit se mobiliser sur les principes de base de l’internationalisme et du front de classe » (11).

MM. Mélenchon et Besancenot s’inscrivent ainsi tous deux dans la tradition du mouvement progressiste, dont ils reprennent à la fois le meilleur et le pire. Le premier tente de prendre en compte les difficultés que l’immigration pose spécifiquement aux classes populaires, mais se laisse gagner par la rhétorique des expulsions et du surnombre. Le second reste fidèle à l’internationalisme, mais promeut une lecture idéologique qui paraît en décalage avec les aspirations des couches moyennes et populaires fragilisées par l’austérité et la mondialisation, et rendues ainsi perméables à la stratégie du bouc émissaire.

Ces failles sont exploitées par le FN, qui cherche à se reconvertir en « parti du peuple » grâce à une lecture sociale de l’immigration.

À l’instar du chroniqueur Éric Zemmour, qui lui-même renvoie au géographe de « la France périphérique » Christophe Guilluy, il oppose les « élites » urbaines, diplômées, favorables à une immigration dont elles seraient protégées, et le « peuple », en concurrence avec des étrangers pour obtenir un emploi, un logement social, une place en crèche, et auquel il promet la « préférence nationale ». « Ce sont les couches populaires qui prennent en charge concrètement la question du rapport à l’autre », écrit par exemple Christophe Guilluy (12).

Cette analyse appelle de multiples nuances. Le marché de l’emploi étant très segmenté, les secteurs qui embauchent essentiellement des étrangers (nettoyage, bâtiment, restauration…) sont peu convoités par les travailleurs nationaux. De même, la ségrégation urbaine est telle que les immigrés se retrouvent souvent en concurrence avec d’autres immigrés pour obtenir un appartement dans les banlieues des grandes villes ou une place en crèche. Enfin, comment expliquer que le FN obtienne d’excellents scores dans des zones où l’on ne croise presque aucun étranger, sinon par le fait que la concurrence est en partie imaginaire, construite par les discours publics ?

Des lois et des directives organisent la mise en concurrence des travailleurs

Il est toutefois exact que les classes aisées ne portent qu’un regard extérieur et lointain sur l’immigration. Les saisonniers étrangers risquent peu de priver d’emploi des diplômés de Sciences Po ou des journalistes, tout comme le recours aux travailleurs détachés ne préoccupe guère les cadres supérieurs ou les artistes. Et les habitants des quartiers huppés ont moins de chances de voir ouvrir dans leur rue un foyer pour travailleurs étrangers.

Mais les écarts sociaux dans le rapport à l’immigration ne sont pas le fruit d’une fatalité.

Ils résultent bien souvent de lois, de politiques urbaines, de décisions politiques qui organisent la mise en concurrence des travailleurs français et immigrés, ou qui protègent les classes supérieures de la concurrence étrangère. Le travail au noir contribue à la dégradation des conditions d’emploi. Or il prolifère à mesure que l’inspection du travail est démantelée, les employeurs sachant alors qu’ils ont très peu de risque d’être sanctionnés. Il n’y aurait pas de travailleurs détachés sans la directive européenne du 16 décembre 1996, ni de saisonniers si le code du travail n’offrait pas cet avantage aux employeurs.

Contrairement à leurs prédécesseurs des « trente glorieuses », bon nombre d’immigrés contemporains possèdent des titres universitaires, des qualifications.

S’ils en viennent à chercher des emplois déqualifiés, c’est faute de politique d’apprentissage du français, de système d’équivalence juridique des diplômes, d’ouverture de certaines professions (13). Alors qu’un étranger peut facilement devenir maçon ou caissier, accéder au métier d’architecte, de notaire ou d’agent de change relève du parcours du combattant. Il fut un temps où les maires communistes de banlieue déploraient que « les pouvoirs publics orientent systématiquement les nouveaux immigrés » vers leurs villes et exigeaient « une meilleure répartition des travailleurs immigrés dans les communes de la région parisienne », tout en précisant que leurs municipalités continueraient d’« assumer leurs responsabili-tés » (14). Aujourd’hui, les foyers pour travailleurs immigrés sont surtout installés dans des quartiers populaires, et plus personne ne s’en étonne.

La droite se réjouit chaque fois que l’immigration s’invite dans le débat politique :

iIl lui suffit, comme elle le fait depuis trente ans, de dérouler son discours de peur, ses mesures répressives. La gauche n’est toutefois pas condamnée aux programmes flous et contradic-toires. Mais, pour formuler des propositions précises, une analyse cohérente, elle doit accepter d’engager la bataille idéologique, en renversant les questions que les médias et « l’actualité » lui jettent à la figure.

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14 août 2018 ~ 0 Commentaire

esclavage 2 (à l’encontre.ch)

Migrants Ital

Pancartes de l’USB, Union Syndicale de Base) proche de Solidaires

Italie. La marche des «casquettes rouges» contre l’exploitation

Des centaines de journaliers africains défilent en Italie en protestation contre des conditions de travail propres à de l’esclavage.

«Nous sommes prêts à organiser la première marche pour la dignité et pour les droits. Pour dire non à toute forme d’esclavage, en particulier contre les diktats de la grande distribution.» Le jour se lève à Torretta Antonacci, près de l’ex-ghetto de Rignano, entre les champs de Rignano Garganico et de San Severo, à une vingtaine de kilomètres de Foggia, dans les Pouilles.

Aboubakar Soumahoro, syndicaliste de l’Unione sindacale di Base (USB), rassemble des centaines de journaliers avant de leur expliquer:

«Durant la matinée, nous traverserons les champs jusqu’à la préfecture de Foggia. Nous brandirons nos casquettes rouges pour dire non à l’exploitation. Pour dire clairement que les êtres humains priment sur les affaires.» Il ajoute: «Aujourd’hui, nous n’avons pas besoin de permis, nous voulons des réponses.»

Il est près de midi lorsque la manifestation, réunissant plusieurs centaines de journaliers africains qui ont aujourd’hui croisé les bras «pour protester contre un système agricole qui nous opprime», se rassemble devant la gare de Foggia avant de se rendre ensuite, leur nombre ayant atteint presque 1000, devant la municipalité de cette ville des Pouilles. Avec ce qui lui reste de voix suite à une longue journée qui avait commencé très tôt, Aboubakar conti-nue d’encourager au mégaphone les «camarades de lutte», ayant répondu à l’appel lancé par l’USB, qui sont réunis devant la municipalité de la ville.

«Il y a beaucoup à apprendre de cette grève

aujourd’hui vous écrivez une grande page d’histoire», déclare Michele Emiliano, président de la région des Pouilles [membre du Parti démocrate], s’adressant à Aboubakar Soumahoro: «Faire du syndicalisme, c’est ça: organiser des femmes et des hommes pour aboutir à des conquêtes sociales.» Le président de la région se propose de servir d’interlocuteur «avec n’importe quel gouvernement, afin de trouver une solution à la question de l’exploitation dans le secteur agricole».

Les journaliers africains s’adressent précisément au président du gouvernement, Giuseppe Conte, au moyen d’un message symbolique

Ils déposent une caisse de tomates à l’entrée de la municipalité de Foggia, juste avant la réunion du syndicat avec le préfet. Pendant ce temps, Aboubakar Soumahoro invite à la réflexion, rappelant qu’aujourd’hui, 8 août, «c’est l’anniversaire du désastre de Marcinelle [un incendie dans une mine de charbon près de Charleroi, en Wallonie qui, le 8 août 1956, a provoqué la mort de 262 personnes, dont 136 immigrés italiens], une époque où les ouvriers italiens étaient exploités et esclavagisés, entre autres en raison de leur nationalité». 

Sur les événements de Foggia, l’ordre du discours politico-institutionnel

Hier [7 août], le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, présidait dans les locaux de la préfecture de Foggia le Comité provincial pour l’ordre et la sécurité publique, convoqué en urgence après les deux accidents de la route [les 4 et 6 août] qui, au cours des derniers jours, ont provoqué la mort de 16 journaliers.

«Il s’agit d’un problème de mafia, pas de salaires au noir et de recrutement illégal de journaliers.

Dans la province de Foggia, il y a une criminalité mafieuse que j’ai l’intention d’éradiquer localité par localité», a déclaré Salvini lors de la conférence de presse qui s’est tenue à l’issue de la rencontre institutionnelle. Il a ensuite ajouté: «Je ne permettrai pas que l’on appose une éti-quette de criminelle sur l’agriculture italienne du seul fait que quelques-uns veulent s’enrichir dans l’illégalité. La grande majorité des employeurs de Foggia sont honnêtes.»   

Le ministre en a fait exclusivement, en l’espèce, une question de légalité, de respect de la loi, de sécurité sur les routes. «L’objectif est de gérer de manière transparente les transports, pour que les mafias n’en aient plus le contrôle», a insisté Salvini; en oubliant que la question de l’exploitation dans le secteur agricole relève d’un ensemble politique et économique, où sont en jeu les intérêts financiers de certaines de plus grandes entreprises du pays.

C’est précisément ce qu’a découvert il y a quelque temps le parquet de Lecce, ville du sud des Pouilles, lors de l’enquête sur le décès d’Abdullah Mohamed, un journalier soudanais de 47 ans, mort sous la chaleur dans les champs de Nardò [une ville de 30’000 habitants], le 20 juillet 2015.

Abdullah est mort sous la chaleur et suite aux efforts de la récolte de tomates.

Cet été, au moins dix personnes sont mortes dans les champs pour les mêmes raisons (cha-leur et épuisement). Seulement dans les Pouilles, cinq migrants sont morts en deux mois. L’en-quête de la magistrature des Pouilles a démontré l’existence d’une véritable chaîne d’exploita-tion agricole. Ces tomates ont été vendues à certaines des plus importantes entreprises de conditionnement d’Italie (en réalité, les grandes entreprises en question n’ont jusqu’ici pas même été évoquées dans l’enquête judiciaire, encore en cours).

En raison de l’émotion engendrée par les morts de l’été 2015, certaines mesures législatives ont toutefois été introduites, reformulant le délit d’activités d’intérim illégales et d’exploitation du travail, modifiant les dispositions prévues à l’article 603-bis du Code pénal. La nouveauté la plus significative est la disposition, figurant à l’article initial de la loi n° 199, prévoyant des sanc-tions pour l’entreprise contractante qui «utilise, contracte ou emploie de la main-d’œuvre recru-tée par le biais d’activités d’intérim, c’est-à-dire exploitant les travailleurs et profitant de leur état de nécessité».

Les nouvelles normes interviennent donc uniquement sur l’aspect pénal du problème, agissant comme une sorte de dispositif qui sanctionne l’exploi-tation.

«La loi sur l’intérim des journaliers rend les choses plus compliquées pour les entreprises. Il faut la changer», a déclaré le même Salvini, il y a quelques jours. Certes, il faudrait l’améliorer, précisément parce qu’elle se limite au niveau pénal alors que la question de l’exploitation des journaliers, surtout des migrants, est un thème politique qui doit être affronté en tant que tel. Il ne fait aucun doute que la marche des «casquettes rouges» de ce matin va dans cette direction.

Il y aura à Foggia, dans l’après-midi, vers 18 heures, une manifestation unitaire appelée également par la CGIL, la CISL et l’UIL, «car ce qui s’est passé est la conséquence extrême et dramatique d’une condition qui concerne tous les travailleurs agricoles de la Capitanata [terme ancien correspondant à la province de Foggia]: exploitation, illégalité, manque de sécurité, conditions de travail et de transport extrêmes», explique Ivana Galli, secrétaire générale de la section CGIL, responsable du secteur agricole et de l’industrie alimentaire.

Le même syndicat, lors de la présentation le 13 juillet dernier à Rome du quatrième rapport Agromafias de l’Observatoire Placido Rizzotto, dénonçait le fait qu’il y a aujourd’hui en Italie au moins 400 000 journaliers en danger de «super-exploitation» sur un total d’environ un million de personnes employées dans le secteur agricole, mais pas seulement.

En effet, en 2017, 286 940 d’entre eux sont des migrants enregistrés auxquels il faut ajouter 220 000 étrangers engagés au noir ou qui reçoivent des salaires largement inférieurs aux salaires prévus par les conventions nationales. C’est une réalité pour de nombreuses régions de notre pays, du nord au sud: de Brescia à Foggia, de Catane et Raguse se déroule un seul fil rouge, celui de l’exploitation du travail et de l’infiltration de la criminalité dans des affaires apparemment légales.

Dès lors sont vaines et hypocrites toutes les tentatives de réduire le débat à une dichotomie entre légalité et illégalité.

Il serait plutôt nécessaire de penser à la meilleure manière de garantir aux travailleurs de ne pas avoir à enlever leur chapeau devant le patron, ainsi que l’enseignait Peppino Di Vittorio, pour le garder fermement sur la tête. La marche d’aujourd’hui, pour les droits et la dignité, s’inscrit dans l’héritage de ces combats. Comme par le passé à Nardò, Castel Volturno et Rosarno, les journaliers africains, au cœur de la Capitanata, ont ajouté, aujourd’hui, une nouvelle page à l’histoire syndicale de notre pays.

(Article publié le 8 août sur le site DinamoPress, traduction A L’Encontre)

 14 août 2018 Gaetano de Monte

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13 août 2018 ~ 0 Commentaire

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gauche

Sur l’immigration, la gauche n’a plus les mots

Luttant mollement contre la désignation des migrants comme boucs émis-saires et la définition de l’immigration comme « problème », les partis de gauche semblent avoir renoncé à imposer un autre discours sur la question.

Lors de la manifestation du 21 février 2018, la première unitaire depuis 2015 sur le sujet, seuls les associations et collectifs appelaient à se rassembler pour dénoncer le projet de loi « Asile et immigration ». Parmi les participants, plusieurs centaines de personnes, avocats, agents de l’État du secteur de l’asile et associations d’aide aux migrants. Quelques élus, élus locaux ou députés communistes et insoumis, y ont participé mais leur présence est restée marginale. Parce que dans les faits, à part sur quelques plateaux de télés et de radios pour dénoncer mécaniquement « la politique du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb », il n’y a pas grand monde pour promouvoir une politique d’accueil ambitieuse et volontariste.

La bataille culturelle abandonnée

Aujourd’hui, c’est la France insoumise qui donne le la, à gauche. Et lorsqu’on observe les grandes campagnes nationales retenues par ses militants pour l’année 2018, aucune parmi les trois choisies ne concerne les droits des étrangers.

Et pourtant, alors que la « crise migratoire » s’intensifie en Europe et que l’année 2018, notam-ment par l’agenda politique engagé par Emmanuel Macron et cette loi « Asile et immigration » va sans doute marquer un tournant sans précédent de la politique d’accueil en France, une mobi-lisation politique, intellectuelle, syndicale, de l’ensemble de la gauche aurait été nécessaire.

Comme si la gauche avait abandonné la bataille culturelle.

La bataille des idées. Celle des convictions. De la pédagogie, à travers de larges campagnes. Ne serait-ce que pour contrer à l’échelle nationale le discours ambiant qui, de l’actuelle majori-té en passant par la droite de Laurent Wauquiez et l’extrême droite de Marine Le Pen, ne cesse de répandre des préjugés les plus nauséabonds. Ainsi, comme le relevait Héloïse Mary, présidente du BAAM (Bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants) dans La Midinale du 21 février dernier : « La gauche a perdu une grande partie de son influence sur les ques-tions migratoires par peur du Front national et de sa faiblesse idéologique […]. Elle est prise au piège de l’opinion publique. »

L’opinion publique. Sans doute a-t-elle été un élément déterminant dans l’évolution de la réflexion, à gauche.

À commencer par celle de Jean-Luc Mélenchon, dont le discours a évolué au cours de ces quelques dernières années. Ou plutôt depuis la campagne électorale de 2012. Lors de son discours très remarqué à Marseille, devant près de 100 000 personnes sur la plage du Prado, le héros de la gauche avait alors tenu un discours qui faisait honneur à la tradition humaniste, celles des droits et de l’accueil, en France. Ainsi avait-on vanté son « ode à la Méditerranée et au métissage»: «Marseille est la plus française des villes de notre République. Ici, il y a 2 600 ans, une femme a fait le choix de prendre pour époux l’immigré qui descendait d’un bateau, c’était un Grec et de ce couple est née Marseille […]. Les peuples du Maghreb sont nos frères et nos sœurs. Il n’y a pas d’avenir pour la France sans les Arabes et les Berbères du Magh-reb.» Or, quelques jours après avoir tenu ce discours, les sondages pointaient un recul net de deux à trois points du candidat de feu le Front de gauche.

Rien ne dit que la coïncidence du discours et de l’évolution sondagière recelait un lien de cause à effet.

Mais c’est ainsi qu’elle a été, bien imprudemment, interprétée. Et si, depuis, le quatrième hom-me de la présidentielle de 2018 n’a pas véritablement changé de discours sur le fond, les propositions politiques sont sensiblement les mêmes entre la présidentielle de 2012 et celle de 2018, sur la forme, la démonstration qu’en fait désormais Jean-Luc Mélenchon, a largement évolué. En 2012, alors que dans le programme du Front de gauche « l’immigration n’est pas un problème », il convient aujourd’hui, selon celui de L’Avenir en commun, de « lutter contre les causes des migrations ».

Changement de discours

Une évolution sémantique qui n’est pas insignifiante, si l’on en croit l’historien Benoît Bréville qui, dans un article de 2017 paru dans Le Monde diplomatique, relevait cet embarras de la gauche sur l’immigration :

« Lors de la précédente élection présidentielle, sans aller jusqu’à défendre explicitement la liberté d’installation, Mélenchon s’était présenté avec une liste de mesures d’ouverture : rétablissement de la carte unique de dix ans, abrogation de toutes les lois votées par la droite depuis 2002, régularisation des sans-papiers, fermeture des centres de rétention, décrimina-lisation du séjour irrégulier […]. En 2017, la ligne a changé. Il ne prône plus l’accueil des étrangers. » Benoît Bréville relève alors plusieurs des propos tenus par le candidat de la France insoumise au cours de la dernière campagne. « Émigrer est toujours une souffrance pour celui qui part, explique le 59e point de sa nouvelle plate-forme. […] La première tâche est de permettre à chacun de vivre chez soi. » Et l’historien de conclure :

« Ce changement de pied a divisé le camp progressiste, dont une frange dé-fend l’ouverture des frontières, à laquelle M. Mélenchon s’oppose désormais.

Figure du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), M. Olivier Besancenot dénonce cette « partie de la gauche radicale [qui] aime se conforter dans les idées du souverainisme, de la frontière, de la nation », tandis que M. Julien Bayou, porte-parole d’Europe Écologie-Les Verts, qui [a soute-nu] le candidat socialiste Benoît Hamon, accuse le candidat de La France insoumise de « faire la course à l’échalote avec le Front national ». »

Le discours du parti communiste français a lui aussi connu bien des évolutions par le passé.

Il s’était déjà montré fort peu enthousiaste sur l’accueil des étrangers. Et c’est peu dire. En 1981, Georges Marchais, secrétaire général du PCF, lançait : « Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. Il est inadmissible de laisser entrer de nouveaux travailleurs immigrés en France alors que notre pays compte près de deux millions de chômeurs, français et immi-grés. » L’extrême droite de l’époque n’avait pas fait la percée qu’elle connaît dans les années 1980, mais la tonalité générale du propos était dès lors si dangereuse qu’elle fut fort heureu-sement abandonnée par la suite.

Près de trente ans plus tard, le discours du PCF a retrouvé des airs plus solidaires, assez proches de la position du NPA.

Pierre Laurent, à la suite de sa visite du centre d’accueil d’urgence de La Chapelle à Paris, déclarait ainsi dans L’Humanité du 23 janvier : « Quand les migrants s’installent, ils deviennent des travailleurs et producteurs de richesses. Ce ne sont pas les migrants qui s’accaparent les richesses, mais les prédateurs de la finance, ceux des paradis fiscaux ou des multinationales, dont les profits explosent. Les mêmes profiteurs du système organisent le dumping social. C’est à cela qu’il faut mettre un terme pour permettre à tous, Français et migrants, un accès aux droits sociaux et à une vie digne. » Mais si le propos apparaît généreux, il n’en reste pas moins consensuel à gauche et peu contraignant. Loin par exemple des revendications d’un NPA qui propose à la fois de régulariser tous les sans-papiers, le droit de vote des immigrés à toutes les élections et l’application du droit du sol intégral pour la citoyenneté.

Repenser la politique migratoire

Ainsi, du PCF à la France insoumise, en passant par les écologistes et même le dernier né Génération.s de Benoît Hamon, il est difficile d’y voir clair. Les bons sentiments empreints d’em-pathie sont, individuellement, souvent de sortie, mais l’on peine à trouver dans les discours et programmes de gauche ceux qui s’engagent, sans détour par la situation des pays de ceux qui les fuient, à tout mettre en œuvre, en urgence, pour accueillir les réfugiés et migrants qui se retrouvent sur notre territoire aujourd’hui, tout en anticipant les besoins de demain en matière d’accueil et d’intégration.

Par son absence de clarté et de projet alternatif sans doute,

un véritable discours de gauche peine donc à s’imposer dans l’espace public. Parce que la gauche a cessé de mener campagne sur le terrain des idées. Pourquoi le Parti socialiste, alors qu’il s’y était engagé dans la campagne de François Hollande en 2012, n’a-t-il pas mené une grande campagne de fond, partout en France, pour (r)éveiller les consciences sur le droit de vote des étrangers ? Pourquoi aujourd’hui, personne à gauche ne prend-il à bras-le-corps ce qui ressemble fort à un impératif moral, dans le débat public, sur l’accueil des personnes étran-gères qu’elle soit ou non en situation régulière sur notre territoire ?

Comment pourrait-on honnêtement justifier que la France et l’Europe n’en ont pas les moyens ?

Enfin, pourquoi le discours d’une grande partie de la gauche a-t-il glissé au point de reprendre, parfois, les termes de la droite et de l’extrême droite : l’immigration comme problème ? Procé-der ainsi revient à démobiliser la gauche, à l’engluer dans le piège de la droitisation, voire de l’extrême droitisation du débat public. Sans doute n’a-t-on pas toujours pris la mesure, à gauche, que c’est par la défense d’un accueil digne des réfugiés, qu’ils soient climatiques, économiques ou fuyant les conflits, que le combat contre l’extrême droite sera le plus efficace.

Pas en flirtant avec ses solutions.

Expériences à l’appui dans plusieurs centaines de territoires en France, toute la gauche pourrait trouver les mots pour le dire. Dire que l’immigration est une chance. Dans bien des domaines. Y compris, osons-le, économique.

À hésiter sur le sens de ce combat, la gauche se perd, court à la faillite et peut aller jusqu’au déshonneur. Mais il n’est jamais trop tard. Le dossier de ce numéro de Regards se veut une pierre à l’édifice de reconstruction d’une pensée de la politique migratoire et du sort fait à ces quelques milliers de réfugiés qui meurent de faim et de froid dans nos villes.

D’abord en rétablissant quelques vérités, sur cette « crise » qui n’en est pas une, mais aussi sur la base d’un parti pris…

l’immigration comme une chance. Parce qu’en matière d’accueil des réfugiés, assumons-le : nous le pouvons, nous le devons, nous le ferons, parce que c’est inéluctable et que c’est une chance, oui.

Pierre Jacquemain  13 août 2018

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07 août 2018 ~ 0 Commentaire

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Réfugiés, migrants : derrière les mots, des politiques de tri

Quels que soient les termes employés pour désigner les candidats à l’asile, la sémantique est toujours restée sous l’influence de la politique pour définir les conditions de leur accueil et, surtout, de leur sélection.

« Nous accueillons tous ceux qui fuient les guerres et persécutions, mais nous distinguons les réfugiés de ceux dont la migration obéit à d’autres ressorts, notamment économiques », se justifiait l’année dernière dans la presse le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb. C’est donc cette distinction qui explique que le gouvernement crée des places dans les centres d’héberge-ment « pour les réfugiés », mais envoie les forces de l‘ordre lacérer les tentes et les duvets des migrants près de la porte de la Chapelle à Paris.

Une hiérarchie d’autant plus discutable qu’elle est arbitraire.

« Pourquoi risquer de mourir de faim serait-il moins grave que risquer de mourir en prison ? », lance Karen Akoka, sociologue à l’université de Paris-Ouest Nanterre, qui a étudié la manière dont la figure du réfugié s’est construite, transformée et rigidifiée au gré des priorités politi-ques.

« Quand la révolution bolchevique inquiète la France dans les années 1920, “réfugié” est synonyme de “Russe”.

Un Italien ou un Espagnol échappant au fascisme n’a en revanche aucune chance d’être reconnu comme réfugié. À la fin de la seconde guerre mondiale, les résidents allemands expulsés des pays d’Europe de l’Est sont exclus du statut. Avec les débuts de la guerre froide, ce n’est plus la figure du fasciste ou de l’Allemand nazi qui pose problème, mais celui du communiste.»

L’agenda politique de la guerre froide

À la Convention de Genève de 1951, la définition de réfugié fait l’objet d’âpres négociations. Les états socialistes mettent l’accent sur les droits collectifs et les violences socio-économi-ques, mais ce sont les puissances occidentales qui finiront par imposer leur conception libérale du réfugié « légitime ». Résultat, le terme s’applique à toute personne « craignant d’être persécu-tée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques », et ne prend pas en compte les inégalités économiques.

Mais, en pratique, les conditions d’attribution par l’Office français de protec-tion des réfugiés et apatrides (Ofpra), créé en 1952, évolueront encore en fonction de l’agenda politique.

Ainsi, durant une première époque qui va jusqu’aux années 1970, l’objectif premier de la France sera de discréditer les régimes communistes, surtout ceux qui ont eu le mauvais goût de gagner les récentes guerres d’indépendance. Par conséquent, il suffit d’être russe, hon-grois, tchécoslovaque et un peu plus tard de venir d’Asie du Sud-Est, du Cambodge, du Laos ou du Vietnam, pour décrocher le statut de réfugié.

Nul besoin de montrer qu’on a été individuellement persécuté ni de nier la dimension économi-que de l’exil, d’autant que le besoin en main-d’œuvre est fort. 90 % des demandes sont ainsi accordées par l’Ofpra, dont la mission principale est l’aide à l’intégration.

« À la fin des années 1980, tandis que le bloc soviétique s’effondre et que la crise économique s’installe, le « problème” n’est plus le communisme ni les besoins de main-d’œuvre, mais le chômage et l’immigration », poursuit Karen Akoka. Au moment où les demandes augmentent, le terme de « réfugié » est remplacé par celui de « demandeur d’asile », de moins en moins sûr de recevoir une réponse favorable. Le nombre de rejets dépasse celui des accords en 1985. Car « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde », se résigne Michel Rocard.

Un accueil de plus en plus conditionné

Dès lors, la mission de l’Ofpra n’est plus d’intégrer les nouveaux venus mais de détecter le « faux demandeur d’asile », alors que les critères deviennent de plus en plus difficiles à remplir. «Par exemple, les Kurdes de Turquie, autrefois reconnus comme réfugiés sur la seule base de leur appartenance ethnique, doivent désormais montrer non seulement qu’ils sont individuel-lement persécutés, mais qu’ils n’ont pas pris part à la lutte armée du PKK », souligne la cher-cheuse. Depuis le début des années 1990, le taux de reconnaissance du statut stagne à 15 %.

Si le communisme n’est plus la menace à contrer, les critères idéologiques d’attribution n’ont pas disparu.

C’est ce que suggère l’ouverture du statut aux victimes de l’excision ou du mariage forcé, des violences associées dans les esprits à l’islam radical, cible numéro un de la guerre contre le terrorisme. Reste que même ces nouveaux  »réfugiés légitimes » sont accueillis bien moins chaleureusement que ne l’étaient les anticommunistes.

« Loin d’être acheminés jusqu’en Europe comme l’étaient les “Ex-Indochinois”, les Syriens doivent franchir de nombreux obstacles »

fait remarquer Karen Akoka. Pour la chercheuse, l’accord de 2016 permettant de renvoyer en Turquie tous les migrants, y compris Syriens, arrivés en Grèce après le 20 mars 2016, repré-sente la plus inquiétante rupture historique. « Il ne s’agit plus de différencier entre bons réfu-giés et mauvais migrants, mais de renvoyer les candidats à l’asile en amont de ce tri. Il ne suffit plus ni d’atteindre l’Europe pour avoir le droit d’y demander l’asile, ni d’y être considéré comme un réfugié pour avoir le droit d’y rester. »

Laura Raim  6 août 2018

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07 août 2018 ~ 0 Commentaire

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06 août 2018 ~ 0 Commentaire

nantes migrants (fr3)

refug

Manifestation à Nantes : 600 personnes en soutien aux migrants

Le rendez-vous était fixé à 15 heures, square Daviais à Nantes où les migrants se sont réinstallés après avoir été de nouveau délogés.

Une nouvelle manifestation en soutien aux migrants a eu lieu ce samedi après-midi à Nantes. Les manifestants se sont réunis vers 15 heures square Daviais avant de défiler dans le centre-ville.Expulsés du square Daviais le 23 juillet dernier, 147 migrants, les plus fragiles, comme les femmes enceintes et les enfants, s’étaient vus proposer un accueil d’urgence.

Les 250 autres avaient investi le lycée Leloup Bouhier, boulevard de Launay à Nantes.

Mais jeudi matin, les migrants ont de nouveau été expulsés. Ils sont alors repartis s’installer square Daviais.Mi-juillet, dans un entretien qu’elle nous avait accordé Johanna Rolland, la maire de Nantes, avait estimé que « l’urgence humanitaire (était) là », annonçant que la muni-cipalité allait « financer et co-organiser avec la Croix Rouge et les associations locales l’orga-nisation structurée d’une aide alimentaire quai Baco. »

Dans un communiqué publié le vendredi 3 août, la ville a annoncé plusieurs mesures « pour répondre à l’urgence de la situation​​​​​​ », parmi lesquelles la « recherche de solutions humanitaires nouvelles pour améliorer les conditions sanitaires des personnes migrantes. » La ville  de Nantes renouvelle « à l’Etat sa demande pressante de création des places nécessaires en centre d’accueil de demandeurs d’asile pour qu’une solution d’hébergement digne et pérenne soit trouvée pour chacun. »

Fabienne Béranger  04/08/2018

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

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04 août 2018 ~ 0 Commentaire

afrique (à l’encontre.ch + jdd)

Land-Grab

Nouvel assaut contre l’Afrique et «crise migratoire» en Europe

Une nouvelle ruée sur l’Afrique est en cours, sous la forme d’un déferlement néocolonial sur les ressources minérales, énergétiques, territoriales, marines, solaires, éoliennes et humaines de l’Afrique du Nord et subsaharienne.

Une nouvelle mise à sac en grand style, mais avec d’importantes différences par rapport ce qui se passait du temps de la Conférence de Berlin de 1884-1885

Cette fois-ci l’assaut est global, parce que l’Afrique est le continent le plus prometteur pour le capital global.

Les enjeux sont ici de première importance. Premièrement, il s’agit de réaliser un surplus d’acc-umulation du capital qu’il semble toujours plus difficile d’obtenir ailleurs. Du reste l’Afrique n’est-elle pas la seule partie du monde où tant la population que le potentiel de main-d’œuvre conti-nuent de croître à un rythme rapide ? Les prédateurs ne sont pas uniquement les traditionnels brigands européens, mais également les multinationales états-uniennes (les plus importants investissements, en termes de stock de capital, proviennent des Etats-Unis), les banques et entreprises chinoises, saoudites, émiraties, indiennes et turques. Les investissements directs à l’étranger (IDE) vers l’Afrique ont bondi de 10 milliards de dollars en 2000 à plus de 55 milliards en 2015, faisant de ce continent la deuxième destination mondiale d’IDE immédiatement après la région Asie-Pacifique.

Assises à la table du festin africain on y trouve même les bourgeoisies arabes et noires

Autrefois quasiment inexistantes, celles qui capitalisent (en partie) à leur avantage le cycle des révolutions et des luttes anti-coloniales, expropriant ce faisant les classes laborieuses qui ont mené ces luttes à la première personne.

Dans le contexte actuel de grand désordre international

Issu de la crise de l’ordre mondial post-seconde guerre mondiale et de l’effondrement du «socialisme réellement existant» [selon la formule élaborée en RDA], il n’est pas question d’un nouveau partage du gâteau africain ni d’aucun accord pacifique de ce genre entre les rapa-ces. C’est une circonstance qui rend l’assaut des puissances civilisatrices encore plus brutal, pour autant que cela soit possible, que celui de la fin du 19è siècle.

Les instruments de l’assaut néocolonial contre l’Afrique sont devenus plus sophistiqués et plus diversifiés.

Par la démultiplication de la présence militaire étatique et privée, de bases militaires, de conseillers et de services secrets, sur le continent et à ses marges. Par les guerres déclen-chées par l’Occident et les guerres civiles ou de sécession dans lesquelles les impérialismes, y compris l’italien, sont largement impliqués. Mais aussi et surtout par d’autres formes d’engagements :

L’étranglement dû à la dette extérieure de 13 milliards de dollars en 1973 à 450 milliards aujourd’hui, pour les Etats subsahariens;

Le land grabbing [accaparement des terres], en Afrique – qui équivaut à près de 50% des terres accaparées à travers le monde – pour une surface supérieure à 21 millions d’hectares (sur 41 millions de total mondial)

La transformation de l’agriculture africaine, sous la domination de l’agrobusiness, en une agriculture d’exportation, ne répondant pas aux besoins alimentaires des populations locales : monocultures intensives imposées à plusieurs pays pour la production de biocarbu-rants, de bois, etc.;

La vente à perte, sur les marchés africains, de produits agricoles états-uniens ou européens subventionnés, mettant hors jeu les produits de l’agriculture locale;

La rapine des richesses piscicoles côtières ;

La traite des femmes, dont les chaînes de commandement et les «consommateurs finaux» sont en Europe et dans les autres pays les plus riches;

Le brain drain [littéralement pillage des cerveaux, des qualifications des Africains les plus qualifiés, médecins avant tout, dénoncé il y a déjà vingt ans par Coutrot et Husson.

Sans parler ici du traditionnel brigandage sur les matières premières

Le caoutchouc et l’or ayant été supplantés par le pétrole, le gaz, le coltan, les métaux rares dont l’Afrique regorge, dans certains cas de manière quasi monopoliste. Ce à quoi il faut ajou-ter les effets indirects, sur tout le continent, de l’hyper-développement capitaliste mondialisé, la désertification, la sécheresse et les famines, produits du changement climatique, dont l’Afrique a souffert plus que toute autre partie du globe.

Cet ensemble de processus interagissent et finissent par aboutir à un mouvement migratoire interne à l’Afrique, en croissance rapide.

La désertion progressive des campagnes est en cours, parallèlement à la ruine de l’agriculture de subsistance, qui nourrit toutefois encore un tiers des habitants du continent, et à la naissan-ce de mégapoles voire de mégalopoles (Lagos compte 23 millions d’habitants) et d’un grand nombre de centres urbains. Il y a à peine 10 ans, la grande majorité des mouvements migra-toires de l’Afrique se déroulaient à l’intérieur du continent. Ceux vers l’Europe étaient en crois-sance mais restaient modestes, comparés aux mouvements intracontinentaux. L’émigration africaine vers l’Europe provenait encore en majorité d’Afrique du Nord, celle issue des pays subsahariens était encore limitée et le fait de personnes ayant un niveau de formation moyen ou élevé.

Depuis une dizaine d’années, les choses ont vraiment changé.

Les processus d’urbanisation, liés au développement et à la modernisation capitalistes des économies et des sociétés subsahariennes se sont accélérés. En même temps les frontières entre Etats africains, autrefois assez poreuses, sont devenues moins perméables. Et des tendances nationalistes, si ce n’est pas racistes, se sont affirmées contre les migrations en provenance d’autres pays du continent (les pogroms sanguinaires qui ont éclaté ces dernières années en Afrique du Sud constituent un cas extrême).

Ce sont en outre des dizaines de millions de migrants qui ne trouvent pas de débouché profes-sionnel dans les villes, le processus d’industrialisation n’ayant pas suivi la croissance démogra-phique. Rien à voir avec la forte industrialisation chinoise, qui a touché toute la Chine côtière des zones spéciales et qui a pu absorber quelque 200 millions de migrants internes en une trentaine d’années.

L’exode rural devient toujours plus puissant

Il a fini par frapper des couches sociales moins scolarisées voire analphabètes, d’autant plus durement que les plans d’ajustement du FMI [Fonds monétaire international] et de la BM [Banque mondiale] ont détruit la formation supé-rieure dans plusieurs pays et ont frappé partout l’instruction primaire. L’émigration intra-africai-ne ressemblant de plus en plus à une course d’obstacles, les mouvements migratoires se sont davantage tournés vers l’Europe, l’Amérique du Nord, le Golfe persique (entrant ici en concur-rence avec les immigrations asiatiques) et même vers l’Asie.

L’accès au continent européen est devenu simultanément plus difficile

Du fait des politiques restrictives, sélectives et répressives mises en place par l’Union europé-enne (UE), y compris par les puissances ex-coloniales comme la France et le Royaume-Uni. Comme d’innombrables témoignages de jeunes hommes et femmes venant d’Afrique le démon-trent, ils sont alors prêts à tout pour poser le pied sur le sol européen, en accomplissant des périples qui peuvent durer des années, pour la simple raison qu’ils n’ont pas d’alternative. Par-cours dramatiques et souvent tragiques, si l’on considère qu’au cours des 15 dernières années la Méditerranée est devenue la fosse commune d’au moins 30 000 migrants provenant d’Afri-que, le parcours migratoire le plus périlleux du monde. (…)

Alencontre  4 août  2018  Pietro Basso

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02 août 2018 ~ 0 Commentaire

nantes réfugiés (jdd)

refug

Nantes : environ 250 migrants évacués d’un ex-lycée

Ces migrants, au nombre d’environ 250, ont été expulsés jeudi matin d’un ex-lycée où doivent se poursuivre des travaux, a expliqué la mairie. 

Environ 250 migrants ont été évacués par les forces de l’ordre jeudi matin à Nantes d’un ex-lycée qu’ils occupaient après avoir été expulsés fin juillet d’un square du centre-ville, a-t-on appris auprès de la mairie et des associations de soutien aux migrants.

Une première évacuation le Le 23 juillet dernier.

Plus de 450 migrants, essentiellement originaires du Soudan et d’Érythrée, avaient été éva-cuées, à la demande de la préfecture, du square Daviais, où un campement était installé depuis plus d’un mois, en plein cœur de Nantes.  « 147 personnes, les plus vulnérables, ont pu se voir proposer un hébergement à cette occasion », a précise la mairie de Nantes dans un communiqué jeudi.

Les associations venues en aide aux migrants avaient « décidé collectivement de les installer dans l’ancien lycée Leloup-Bouyer, propriété de la ville inoccupée depuis longtemps et ouverte à tout vent », explique le collectif de soutien aux migrants de Nantes dans un communiqué.

Un ex-lycée en travaux pour une réouverture en 2020.

A la demande cette fois de la mairie de Nantes, l’ex-lycée a été à son tour évacué jeudi matin par les forces de l’ordre. « Plus de 500 personnes migrantes sont actuellement hébergées directement ou indirectement par la Ville de Nantes. Toutefois, il est impossible que le lycée Leloup-Bouhier, qui fait actuellement l’objet de travaux en vue de sa transformation en école, soit occupé », a précisé dans ce communiqué Aïcha Bassal, adjointe à la mairie de Nantes.  »La ville de Nantes doit ouvrir cette nouvelle école à la rentrée 2020, les travaux doivent pouvoir se dérouler selon le calendrier prévu », a-t-elle ajouté.  »Lundi 30 juillet, un huissier est venu signi-fier officiellement que les occupants devaient quitter les lieux. Ce matin, les forces de l’ordre sont intervenues », indique la mairie.

« A la rue sans solution », dénonce un collectif.

« L’expulsion s’est faite sans leur laisser le temps de récupérer leurs effets personnels, ils sont de nouveau à la rue sans solution pour ce soir où dormir », a expliqué François Prochasson, du collectif de soutien aux migrants. Les quelque 250 migrants évacués jeudi se sont regroupés au square d’où ils avaient été expulsés le 23 juillet. Ils ont rejoint une centaine d’autres migrants qui y avaient déjà trouvé refuge dès le lendemain de cette première évacuation.

02 août 2018

http://www.europe1.fr/

Commentaire: Les italiens ont réussi à faire baisser les arrivées d’étrangers en étant infects, les socialistes font pareil… que des fachos… Va-t-on assister à une surenchère d’attitudes anti-migrants mais de gauche!

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01 août 2018 ~ 0 Commentaire

aquarius (france info + ujfp)

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Douarnenez

« Le sauvetage est son devoir » : dans une tribune, 500 personnalités soutiennent le bateau humanitaire « Aquarius »

Le skipper François Gabart, le footballeur Lilian Thuram ou l’actrice Juliette Binoche font notamment partie des signataires de ce texte mis en ligne, mercredi 1er août, par l’association SOS Méditerranée, qui affrète ce navire.

Une cinquantaine de lignes pour dire tout le bien qu’elles pensent de l’Aquarius. Pas moins de 500 personnalités (en majorité françaises) ont signé la tribune de SOS Méditerrannée, l’asso-ciation qui affrète le bateau humanitaire dédié au secours des migrants. Parmi elles, le skipper François Gabart, le footballeur Lilian Thuram, l’actrice Juliette Binoche, l’économiste Thomas Piketty, l’ancien président de Médecins sans frontières Rony Brauman…

Après une escale technique d’un mois à Marseille, le navire humanitaire doit repartir en mission mercredi, l’Aquarius « repart en mer car des êtres humains continuent à perdre la vie en tentant de fuir l’enfer libyen », il « repart en mer car le sauvetage est son devoir, sa responsabilité, sa mission et celle des marins à son bord. »

Certains disent qu’il serait complice du drame humanitaire qui se déroule en Méditerranée, c’est faux. Son seul et unique objectif est de sauver des vies en mer : empêcher que des femmes, des hommes et des enfants ne se noient.

Fondée il y a deux ans à Marseille, SOS Méditerranée dit avoir secouru plus de 29 000 migrants en 28 mois d’activité. « Toutes ses actions sont guidées par un seul impératif ancré dans le droit maritime international : secourir les personnes en danger de mort dans les eaux internationales le plus vite possible. Et les conduire, dans les meilleurs délais, vers un lieu sûr et proche, où elles puissent obtenir la protection à laquelle elles ont droit, où leurs besoins seront assurés et leurs droits garantis », est-il aussi écrit dans la tribune.

01/08/2018

https://www.francetvinfo.fr/

Lire aussi:

L’Aquarius repart en mer, et nous, les 500 signataires, soutenons sa mission. Nous sommes tous #onboardAquarius (UJFP)

Les forces d’occupation israéliennes ont attaqué violemment l’Al Awda, son équipage et ses passagers (UJFP)

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