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19 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

brest quimper (intersyndicale)

cgt

Brest : un appel au rassemblement en hommage à Samuel Paty, professeur assassiné, mercredi 21 octobre

Plusieurs organisations appellent à se rassembler, mercredi 21 octobre, pour rendre hommage à Samuel Paty, professeur assassiné dans les Yvelines.

Plusieurs organisations (une intersyndicale, la LDH, des partis politiques) appellent au rassemblement, en hommage à Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie assassiné dans les Yvelines, mercredi 21 octobre à 18h place de la Liberté à Brest.

« Ce crime insupportable visait à frapper le droit à la caricature, la liberté d’expression, la laïcité. Face à l’obscurantisme et au terrorisme, l’unité est notre force. La mobilisation de toutes et tous pour défendre et réaffirmer nos valeurs fondamentales de démocratie, de liberté et d’égalité est nécessaire », indique la Ligue des droits de l’homme (LDH) de Brest.

Appelant « les citoyennes et les citoyens de la métropole brestoise à se rassembler ».

Mercredi 21 octobre à 18h place de la Liberté à Brest.
19 Oct 2020

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19 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

jlm (révolution permanente)

jlm

Mélenchon se range derrière Macron et son unité nationale avec une dose de xénophobie

Interrogé au sujet du drame survenu à Conflans-Sainte-Honorine, Jean-Luc Mélenchon a pointé du doigt dans une interview la communauté tchétchène et s’est déclaré favorable au projet de loi islamophobe « contre le séparatisme », rebaptisé loi de « renforcement de la laïcité ». Une position du leader de LFI qui s’inscrit dans son choix de se ranger derrière l’union nationale appelée par Emmanuel Macron.

« Communauté tchétchène », loi sur la « laïcité » et union nationale : quand Mélenchon alimente le climat réactionnaire

Interviewé par différents médias en marge de la Marche des Solidarités, Jean-Luc Mélenchon a tenu hier un discours dans lequel il a pointé du doigt la communauté tchétchène en déclarant : « C’est inadmissible que pour la deuxième fois on s’aperçoive que des éléments de la commu-nauté tchétchène peuvent s’organiser pour le crime sans être ni détectés ni réprimés. Il est donc temps que le travail de police et de renseignement soit fait avec méthode et application. »

Des propos xénophobes qui établissent un lien direct entre l’assassinat de vendredi soir et les affrontements de Dijon en raison de l’appartenance à la communauté tchétchène dans un amalgame particulièrement dangereux.

Sans mentionner la responsabilité du gouvernement qui ne cesse d’attiser les tensions sociales dans le pays, et notamment les tensions islamophobes et sécuritaires en cette rentrée, Jean-Luc Mélenchon a également saisi la main tendue par Macron.

Evoquant projet de loi islamophobe du gouvernement « contre le séparatisme », rebaptisé loi de « renforcement de la laïcité », le leader de LFI a repris à son compte le projet.

« Nous aurons, dans la prochaine loi qui arrive – puisque désormais elle s’appelle « loi de renforcement de la laïcité », ce n’est plus la même chose – à prendre des mesures qui soient efficaces pour réprimer la possibilité pour ces gens de s’attrouper. En particulier l’école à la maison et les établissements hors-contrat, tout ça doit être interdit. » a-t-il noté à ce propos.

Ainsi, Jean-Luc Mélenchon a accepté de se ranger derrière « l’appel utile », selon lui, d’Emma-nuel Macron à « l’unité nationale » contre les « terroristes islamistes ».

Cette position totalement adaptée à la politique d’instrumentalisation de l’émoi populaire à des fins sécuritaires et racistes menée par le gouvernement au lendemain de l’attaque de Conflans, marque un nouveau tournant de La France Insoumise qui cherche à se construire comme une opposition prétendument respectable et « républicaine », capable de faire bloc avec les partis les plus réactionnaires.

Paul Morao Mahdi Adi dimanche 18 octobre

https://www.revolutionpermanente.fr/

Commentaire:

Révolution permanente est un courant du NPA

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19 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

bordeaux (npa)

Logo NPA horizon

Intervention de Christine Héraud au rassemblement en hommage à Samuel Paty

C’est un ignoble assassinat que celui de notre collègue Samuel Paty, qui nous bouleverse tous, nous sidère et nous met en colère. Nous sommes tous là pour dire à sa famille, à ses amis et ses collègues toute notre solidarité.

Il est mort pour avoir enseigné la liberté de penser, la liberté d’expression. Cette liberté qui n’a pas de prix et qu’il faut en permanence se battre pour faire vivre. Tous les collègues enseignants le savent bien, eux qui doivent combattre au quotidien la montée des préjugés qui entrent dans l’école, véhiculés dans la société par les fanatismes religieux ou d’extrême-droite.

L’auteur de cet acte barbare est un jeune de 18 ans d’origine tchétchène. Il a agi, aveuglé par le fanatisme religieux. Comment peut-on en arriver là ? Comment la société peut-elle engendrer une telle monstruosité ?

C’est ce qu’il faut essayer de comprendre pour le combattre, sans nous laisser aveugler par ceux qui veulent instrumentaliser ce crime odieux à leur profit. Je parle de Macron, et de Blanquer qui se sont précipités le soir même sur les lieux de l’assassinat pour assurer les enseignants de leur soutien pour « les protéger, les défendre et les aider à faire leur métier, le plus beau qui soit : faire des citoyens libres ».

Nous protéger Macron ? Nous aider à faire respecter la liberté d’expression ? Lui qui donne la matraque et les flics contre ceux d’entre nous qui ont osé affirmer leur liberté de penser que ses réformes sont une catastrophe pour l’école, lui qui réprime et sanctionne partout des collègues qui exercent leur droit de grève comme les 4 de Melle !

Macron nous appelle à « faire bloc », derrière lui au nom de la défense de la république, de la liberté. Il veut nous imposer l’union nationale contre l’islamisme politique. Oui, l’islamisme politique qui veut imposer par la violence la loi de l’obscurantisme est notre pire ennemi.

Non, il ne faut pas céder aux terrorismes religieux, de quelque religion qu’ils soient, islamiste ou catholique. Mais la pire des choses serait de céder à l’union nationale derrière Macron pour les combattre.

Parce que l’origine de cette violence terroriste, barbare, c’est lui et son monde qui en sont responsables. C’est eux qui, pour défendre les privilèges égoïstes et les profits des classes dominantes mettent le monde à feu et à sang, font la guerre aux peuples en Irak, en Afghanistan, au Mali. Ils sont responsables du chaos dans lequel leurs rivalités a plongé le Moyen Orient. Ils sont responsables du terrorisme qui, en retour frappe aveuglément ici.

Le terrorisme islamiste est abject mais la démagogie raciste et sécuritaire de la droite extrême et de l’extrême droite est tout aussi abjecte.

Et Macron se situe sur le même terrain. Son projet de loi « Laïcité et libertés » est une attaque contre les libertés. Il mène campagne contre tous les musulmans ou supposés tels, une campagne raciste au nom de la lutte contre un soi-disant « séparatisme islamiste » qui vise les populations pauvres des quartiers populaires, qui exclut, rejette, et pousse à bout les plus déséquilibrés vers les pires actes barbares.

C’est l’exclusion, la misère qui sont le terreau des actes terroristes. La politique sécuritaire et répressive ne résoudra rien car ce n’est pas son but. Son but est de nous diviser, le monde du travail, les exploités, les salariés avec ou sans-papiers, avec ou sans travail au profit de ceux qui dirigent le monde.

Alors ne soyons pas dupes. Pas d’union nationale avec ceux qui nous exploitent et nous répriment ! Pas de messes républicaines, cette république des possédants et des privilégiés !

La solidarité avec notre collègue assassiné, le camp de la liberté de penser et de dire, de la solidarité, c’est la lutte de notre camp social, le monde du travail, en toute indépendance pour changer ce monde capitaliste barbare.

Pas de liberté d’expression pour les censeurs de la République !

Lors de la prise de parole de notre camarade Christine Héraud, élue NPA à Cenon et militante de la FSU, lors du rassemblement place de la Bourse le 18 octobre en hommage à Samuel Paty mort pour la liberté d’expression, une dizaine de « républicains », certains bardés de leur écharpe Bleu-Blanc-Rouge, ont essayé de la faire taire quand elle a dénoncé l’Union nationale et la politique de Macron et Blanquer ! Ces grossiers personnages, profitant de l’absence de micro pour les prises de parole, ont entonné une Marseillaise retentissante… sous les yeux ébahis de beaucoup.

Une démonstration en live que la démocratie ne peut exister sans contenu de classe, la démocratie des travailleurs, de l’éducation et d’ailleurs, de toutes générations, avec ou sans emploi, faisant eux-mêmes respecter leur liberté de penser et d’agir, en toute indépendance des classes dominantes et de leurs serviteurs grands et petits prêts à brandir tous les étendards pour mieux faire taire.

18 octobre 2020

http://www.npa33.org/

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18 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

conflans (npa)

 npa 29 vertic

Après le drame de Conflans-Sainte-Honorine : colère, solidarités, refus des amalgames

Le NPA a reçu avec effroi la nouvelle de l’assassinat par décapitation d’un enseignant de collège à Conflans-Sainte-Honorine, ce vendredi 16 octobre. Toutes nos pensées vont à sa famille, ses amiEs, ses élèves et ses collègues, et plus largement à l’ensemble des personnels de l’éducation, évidemment ébranlés par ce crime atroce.

Le NPA condamne cet acte ignoble. Quelles que soient les conclusions de l’enquête, rien ne peut justifier un tel assassinat. Nous rappelons notre attachement indéfectible à la liberté d’expression et à la liberté pédagogique des enseignantEs.

Depuis le drame, Emmanuel Macron et Jean-Michel Blanquer jouent la surenchère, multipliant les déclarations d’amour aux enseignantEs, pour lesquels ils n’ont que mépris le reste du temps, et vantant le rôle essentiel de l’école, qu’ils n’ont cessé de détruire ces dernières années.

Difficile, en outre, de ne pas s’indigner de l’hypocrisie d’un Blanquer défendant la liberté d’expression des enseignantEs lorsque l’on sait à quel point la chasse aux récalcitrants est organisée dans l’Éducation nationale, à l’image des quatre enseignantEs de Melle sanctionnés pour s’être mobilisés contre la réforme du bac.

Le gouvernement participe, de surcroît, à la surenchère islamophobe, établissant un lien entre la tragédie de Conflans-Sainte-Honorine et son projet de loi sur le « séparatisme », dont la logique est de renforcer encore un peu plus l’amalgame entre musulmanEs, intégristes et terroristes.

Loin d’aller à l’encontre du déchaînement de haine islamophobe auquel nous assistons depuis hier soir, le pouvoir y contribue, renforçant les fractures sur lesquelles prospèrent les fauteurs de haine, les idéologies mortifères et les fanatismes religieux, ennemis des travailleurEs et des peuples.

Notre solidarité est totale avec les proches, les amiEs et les collègues de Samuel Paty, et plus généralement avec l’ensemble du corps enseignant, éprouvé par cet assassinat.

Le NPA se joindra aux initiatives permettant d’exprimer deuil, colère et solidarités suite à ce drame, tout en refusant toute logique d’union nationale avec les faux-amis des enseignantEs et les tenants d’une fuite en avant répressive et d’une stigmatisation accrue des musulmanEs.

Montreuil, le 17 octobre 2020

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17 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

conflans (révolution-permanente anticapitalisme-et-révolution)

ccr

Un crime abominable contre un enseignant.

Non à l’instrumentalisation !

Un enseignant a été décapité. Un acte ignoble perpétré par un jeune homme qui aurait souhaité le punir d’avoir montré une caricature de Mahomet en cours. Rapidement, le gouvernement s’est saisi de l’affaire pour appeler à une « union nationale » réactionnaire et rendre un hommage hypocrite aux enseignants.

Un professeur d’histoire-géographie a été décapité. Un acte abominable que nous condamnons fermement, alors que nos pensées vont à sa famille, ses proches, ses collègues et ses élèves. L’acte ignoble a été perpétré par un jeune homme de 18 ans qui a été abattu par la police. Il a largement choqué, et particulièrement au sein du corps enseignant.

Immédiatement après l’annonce du drame, politiques et médias se sont emparés de l’affaire pour mieux l’instrumentaliser à des fins islamophobes. Sur les réseaux, l’extrême-droite n’a pas hésité à reporter l’horrible assassinat sur les parents d’élèves, allant même jusqu’à évoquer une prétendue « fatwa » lancée par un parent d’élève.

Emmanuel Macron s’est de son côté rendu sur place accompagné de Jean-Michel Blanquer et Marlène Schiappa pour instrumentaliser l’affaire. Le Président de la République s’est ainsi exprimé en mettant l’accent sur la défense de la « liberté d’expression » et sur la « République ».

Une fois de plus, s’il faut condamner cette horreur, aucune concession ne saurait être faite à ce gouvernement qui ne cesse d’alimenter un climat islamophobe et sécuritaire irrespirable, accroissant les tensions qui traversent la société.

Dans ce cadre, ce n’est pas l’union nationale avec ce gouvernement raciste, avec la droite et l’extrême-droite, qui permettra d’en finir avec ces actes mais une politique radicalement différente, pour l’éducation, pour l’emploi, le logement, en complète opposition avec ce qu’il se fait depuis des décennies, ainsi que d’une lutte résolue contre l’exploitation et les oppressions, notamment l’islamophobie, qui font le lit de la violence. (Résumé voir lien)

vendredi 16 octobre

https://www.revolutionpermanente.fr/

anticap

Après la décapitation de Samuel Paty, l’opportunisme crasse est déjà en marche !

Samuel Paty a été victime d’un acte ignoble et nous voulons exprimer ici notre peine et notre colère. Ceux qui commettent ou revendiquent cet assassinat au nom de l’intégrisme sont des bandes réactionnaires, des ennemis qu’il faut combattre.

Mais la peine et la colère ne nous font pas oublier qui pousse notre monde vers la barbarie. Les capitalistes et les gouvernements à leur service provoquent guerres, violences, misère, catastro-phes sociales et écologiques. Ils entraînent le monde vers la catastrophe. C’est pour cela que nous voulons renverser ce système !

Macron nous appelle à faire bloc avec lui contre « l’obscurantisme » et « l’islamisme ». Il s’appuie sans vergogne sur l’émotion immense face à cet assassinat pour appuyer son projet de loi sur le séparatisme et sa propagande islamophobe.

Blanquer, lui, se découvre en nouveau chantre de la liberté d’expression, alors que cette semaine encore il poursuivait en commission disciplinaire quatre profs de Melle qui avaient simplement osé exprimer leur opinion contre sa réforme du bac.

Ce gouvernement n’a aucun scrupule à s’appuyer sur cet assassinat pour renforcer les divisions et encore accélérer son offensive anti-sociale contre toutes et tous.

Quelle hypocrisie ! Jean-Michel Blanquer ainsi que d’autres membres du gouvernement et de la droite ont décidé de s’inviter au rassemblement d’hommage à Samuel Paty ce dimanche 18 octobre.

Nous ne partagerons pas nos émotions avec ceux qui méprisent chaque jour le service public d’éducation, les enseignants et enseignantes en leur payant des salaires de misère et en sabotant leurs conditions de travail.

Nous ne défendrons pas la liberté d’expression aux côtés de ceux qui la briment au quotidien. Nous ne manifesterons pas le dimanche avec celles et ceux qui tous les jours de la semaine n’ont qu’une obsession : supprimer nos emplois, briser nos droits et nos libertés.

Leurs faux-semblants et leurs mensonges sont indignes !

Pas d’union sacrée avec celles et ceux qui nous font payer leurs crises !

Nous n’appartenons pas au même camp : nous pleurons nos morts pendant qu’ils comptent leurs profits.

Nous ne manifesterons donc pas dimanche 18 octobre place de la République à Paris en présence de Blanquer, Schiappa et Valls.

Nous invitons l’ensemble des syndicats, des enseignants et enseignantes à se réunir en assemblées générales, même en cette période de congés scolaire, pour organiser eux-mêmes les hommages et réactions à l’assassinat de Samuel Paty

Commentaire:

Révolution Permanente et A&R sont des courants du NPA

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08 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

édito (npa)

antik538-la-une

Contre l’islamophobie d’État : non à la loi «séparatisme» !

En pleine crise sanitaire et alors que la crise sociale se poursuit et s’approfondit, avec plus de 800 000 emplois déjà supprimés et des menaces qui pèsent contre des centaines de milliers d’autres, Macron et son gouvernement ont décidé de mettre à l’ordre du jour (et à la Une des médias) la « lutte contre le séparatisme ». Une grossière et dangereuse opération de stigmatisation et de diversion.

Vendredi 2 octobre, il n’aura fallu que quelques minutes de discours pour que les masques tombent : pour Macron, « séparatisme » = « islamisme ». S’en est suivie une longue litanie au cours de laquelle le président, tout en prétendant refuser de se laisser entraîner par « le piège de l’amalgame », a aligné les poncifs racistes et islamophobes, sur un ton catastrophiste, jetant la suspicion sur l’ensemble des musulmanEs.

Toujours plus de stigmatisation

Après avoir expliqué que l’un des principaux terreaux de l’« islamisme radical » était le sentiment de relégation chez des populations vivant dans « des quartiers où les promesses de la républi-que n’ont pas été tenues », Macron a dégainé une longue liste de mesures répressives :

obligation de neutralité étendue aux salariéEs du privé assurant des délégations de service public ; renforcement du contrôle des associations et des possibilités de les dissoudre ; ingérence accrue de l’État dans le culte musulman, au nom de la volonté de « bâtir un islam des lumières » (sic)…

Ce n’est qu’à la toute fin de son discours qu’il a évoqué la question de la relégation spatiale et sociale, se contentant d’exhiber son bilan (pourtant désastreux en la matière, avec les attaques répétées contre les services publics et le développement accru de la pauvreté, des inégalités et du racisme policier), et de promettre qu’il allait continuer sur la même voie.

Comble de l’arrogance et de la provocation, Macron a expliqué que sa lutte contre le « sépara-tisme islamiste » reposait sur « cinq piliers » – référence à peine voilée aux cinq piliers de l’islam. Pas à une outrance près, Macron a dénoncé les conducteurs de bus qui refuseraient des passagères en raison de leur « tenue indécente »… devant un parterre de ministres parmi lesquels Jean-Michel Blanquer, pourfendeur des shorts et des tee-shirts trop courts des jeunes filles.

« Les catholiques n’ont rien à craindre »

Dans les jours qui ont suivi le discours de Macron, Gérald Darmanin et Marlène Schiappa ont multiplié les sorties médiatiques, et confirmé ce que l’on avait pu comprendre du discours de Macron.

À quelques heures d’intervalle, Darmanin a ainsi déclaré, à propos de la loi « séparatisme » que « l’islam français doit être certain que tous ses fidèles considèrent les lois de la république comme supérieures à celles de leur dieu » (le Journal du dimanche) et que « les catholiques n’ont rien à craindre » (la Croix).

Schiappa, de son côté, s’est livré à un lamentable amalgame entre polygamie et nationalité étrangère, expliquant que les situations de « polygamie de fait » déboucheraient sur… des expulsions du territoire.

Alors que pas un jour ne passe sans une nouvelle attaque islamophobe, qu’elle soit physique – agressions, incendies de mosquée – ou verbale – dans les grands médias ou sur les réseaux sociaux –, Macron et son gouvernement, loin de s’opposer à ce racisme antimusulman, le reprennent à leur compte. Pire encore : le discours du 2 octobre et les mesures annoncées vont renforcer encore un peu plus la stigmatisation et les discriminations contre les musulmanEs.

Contre les vrais séparatistes, mobilisation !

Le vrai « séparatisme » est en réalité à rechercher du côté des puissants, de la bourgeoisie et de son gouvernement. Ce sont eux qui excluent, ou laissent exclure, les femmes voilées de tous les aspects de la société, même lorsqu’il s’agit de donner des recettes de cuisine sur internet ou de venir témoigner devant une commission parlementaire.

Ce sont eux qui refusent de voir les discriminations structurelles et qui, par leurs discours mérito-cratiques, les encouragent. Ce sont eux qui maintiennent dans la relégation politique, sociale et spatiale, les populations racisées, les accusant ensuite, sans honte, de préférer se regrouper entre elles plutôt que de « se fondre dans le moule républicain ».

Les riches et les puissants sont les vrais séparatistes, eux qui refusent de contribuer à la solidarité nationale en dissimulant leurs fortunes, par l’évasion et la fraude fiscales, qui se regroupent dans des quartiers réservés aux riches, qui mettent leurs enfants dans des écoles que personne ne peut se payer, organisant une reproduction sociale destinée à perpétuer leur domination.

Il s’agit de s’opposer avec force à ce basculement dans une islamophobie d’État. Des mobilisations sont en préparation contre la loi « séparatisme » notamment à l’initiative du Collectif du 10 novembre contre l’islamophobie, qu’il s’agit d’appuyer et de construire, pour refuser le renforcement des discriminations et des attaques contre les musulmanEs et affirmer que nous ne nous laisserons pas diviser.

Contre leur « séparatisme » social, nous devons lutter touTEs ensemble : pour l’emploi avec l’interdiction des licenciements et des suppressions de poste, pour des services publics gratuits et accessibles à touTEs, contre la précarité de nos vies, contre le racisme, avec les sans-papiers le 17 octobre, pour l’égalité !

Julien Salingue (08/10/2020)

https://lanticapitaliste.org/

sans papaiers

 

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15 août 2020 ~ 0 Commentaire

école privée (émancipation cgt)

Manifestation pour l'ecole laique a Vincennes le 19 Juin 1960. ©Delius/Leemage

Qu’est-ce que l’enseignement catholique ?

En France, l’enseignement catholique compte 7 435 établissements sous contrat avec l’État qui se répartissent en 4 518 écoles, 1 568 collèges, 1 147 lycées et 202 lycées agricoles ;

84 % des établissements du premier degré sont sous tutelle diocésaine, c’est-à-dire de l’évêque, et 16 % sous tutelle congréganiste (2: pour les notes voir lien), dans le second degré respectivement 62 % et 38 % ; et 95 % et 5 % dans l’enseignement agricole (3).

À la rentrée 2015, l’enseignement catholique comptait 2 131 926 élèves avec un taux de scolarisation dans les académies de Nantes et de Rennes atteignant jusqu’à 38 % des élèves du premier degré et 44 % du second degré.

Les Organismes de Gestion de l’Enseignement Catholiques (OGEC) emploient 80 000 salariés : chefs d’établissement, agents de restauration et d’entretien, personnels de vie scolaire, adminis-tratifs ou chargés de la maintenance des équipements… En outre, les établissements catholi-ques bénéficient de 129 763 enseignants payés par l’État en qualité d’agents publics pour exercer dans les établissements des premier et second degrés auxquels s’ajoutent 4 800 dans l’enseignement agricole.

Le financement public de l’État, des régions, départements et communes représente 40 % des ressources des écoles, 44 % de celles des collèges et 45 % de celles des lycées catholiques.

À tous égards, l’enseignement catholique a donc toutes les caractéristiques d’une grande entre-prise de réseaux d’écoles, jouissant du privilège extraordinaire de ne rien avoir à débourser pour ses personnels enseignants, ni salaires ni cotisations sociales, un avantage à côté duquel les colossales exonérations sociales et exemptions fiscales consenties aux entreprises depuis des années – le CICE par exemple – font figure d’aumônes.

Florissantes aujourd’hui, les écoles catholiques étaient pourtant vouées, à la fin des années 1950, à une rapide quasi-disparition, de l’avis même de l’Église.

En effet, la baisse continue de leurs effectifs réduisait en conséquence leurs ressources finan-cières. Cette situation résultait tout à la fois de la désaffection religieuse, du discrédit de l’Église résultant de son osmose avec le régime de Vichy et de sa caution à tous ses crimes, et enfin de l’essor de l’enseignement public qui s’était encore développé avec la nationalisation, après la Libération, de nombreuses écoles professionnelles enlevées à un patronat lui aussi vichyste et collaborationniste.

La loi “Debré”

Le salut de l’enseignement catholique vint du coup d’État instituant la 5è République. Pour se consolider, le nouveau pouvoir chercha le soutien de l’Église catholique qui avait beaucoup perdu depuis les lois scolaires laïques et la loi de 1905.

La “divine surprise” de l’arrivée au pouvoir de Philippe Pétain n’avait été qu’une parenthèse de courte durée, l’occasion se présentait à nouveau d’occuper une place majeure dans la société française. Le pacte anti-laïque et anti-républicain avec de Gaulle fut sonnant et trébuchant : il mit en place la loi 59-1557 du 31 décembre 1959 sur les rapports entre l’État et les établissements d’enseignement privés, dite loi Debré.

Avec cette loi, “Tous les établissements d’enseignement privé peuvent, s’ils répondent à un besoin scolaire reconnu, demander à passer avec l’État un contrat d’association à l’Enseigne-ment public” (Art. 4). Dès lors, l’Église catholique allait pouvoir bénéficier chaque année du financement public de ses dépenses pour le fonctionnement des classes de ses écoles “dans les mêmes conditions que celles des classes correspondantes de l’Enseignement public” (4).

Dans la Loi de finances 2017, le financement des écoles catholiques des premier et second degrés représente 7 milliards 500 millions d’euros du budget de l’Éducation nationale auxquels s’ajoutent 8 milliards 600 millions d’euros constitués par les subventions des collectivités territoriales, celles d’autres ministères et la taxe d’apprentissage, soit plus de 16 milliards d’euros au total (5), compte non tenu des déductions fiscales offertes aux particuliers et aux entreprises faisant des dons aux écoles privées, via notamment la Fondation Saint Matthieu.

C’est par le biais de ces déductions fiscales qu’est contournée l’interdiction d’aide publique provenant de l’État ou des collectivités locales en faveur de l’immobilier de l’enseignement catholique.

Ce financement public d’écoles confessionnelles n’a été rendu possible que par des subterfuges et des artifices de la part des rédacteurs de la loi Debré et de l’épiscopat compte tenu de l’article 2 de la Loi de Séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905 qui stipule que : “La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.

En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’État, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes”.

Ainsi, la Loi Debré ne connaît que des écoles “privées” au mépris de la réalité du caractère confessionnel de 95 % d’entre elles tandis que l’Église catholique, de son côté, a doté ses écoles d’un support juridique particulier :

Un “organisme de gestion” – l’OGEC (6) – dont “la forme ordinaire et recommandée est l’association, à raison du but d’intérêt général et du caractère non lucratif de cette formule” (Art. 115, 134 et 138 du Statut de l’enseignement catholique en France). Ce faisant, les écoles catho-liques peuvent afficher l’absence indiscutable de tout lien juridique avec l’Épiscopat ou des congrégations.

En réalité, bien évidemment, l’Église catholique ne s’est jamais départie de son pouvoir absolu sur la gestion et le fonctionnement quotidiens de ses établissements, un pouvoir encore renforcé dans le nouveau Statut (7) de l’enseignement catholique adopté le 18 avril 2013 par la Conférence des évêques.

Des décennies de contournement de la loi de 1905 par la loi Debré, combinées aux abandons du camp laïque gangréné par la “Deuxième gauche” des cléricaux modernistes, ont installé l’enseignement catholique comme une composante de l’Éducation nationale, bénéficiant à ce titre de toujours plus de fonds publics de la part de tous les gouvernements avec la loi Guermeur (1977), la loi Rocard (Enseignement agricole, 1984), les accords Lang-Cloupet (1992 et 1993) et la loi Carle (2009, aggravée en 2016).

L’institutionnalisation du financement de l’enseignement catholique a si bien réussi qu’il s’impose dans les mentalités au-delà même de ses partisans cléricaux.

C’est ainsi que pendant le mandat de Nicolas Sarkozy, tous les syndicats des personnels de l’enseignement public et jusqu’à l’extrême-gauche ont dénoncé les suppressions de postes qui frappaient l’enseignement public et également celles du privé catholique.

Ce faisant, pour la première fois, des adversaires historiques de la loi Debré accordaient une légitimité à l’Enseignement catholique financé par la spoliation de fonds publics, et certains sont même allés jusqu’à défiler avec les syndicats officiels de l’enseignement catholique (8), à la grande satisfaction du Secrétaire Général de l’Enseignement catholique et de l’épiscopat. Souli-gnons qu’au final, les écoles catholiques subirent, en proportion, moins de suppressions de postes que l’enseignement public !

“Une école au service du projet de Dieu”

L’étude du système d’enseignement catholique montre qu’il n’est pas une entreprise aux sens juridique et économique du terme, pas plus qu’il n’est constitué d’écoles au sens républicain d’établissements dispensant des enseignements pour former des citoyens éclairés ou, à tout le moins, simplement d’écoles transmettant les savoirs et les savoir-faire nécessaires pour subvenir à leurs besoins en société.

En effet l’enseignement catholique ne vend pas des services d’instruction et d’éducation à des parents d’élèves-clients, comme ce peut être le cas d’écoles privées non-confessionnelles, pas plus qu’il ne constitue un ensemble d’écoles qui ajouteraient aux enseignements réglementaires une éducation catholique tel l’enseignement religieux imposé dans les écoles publiques d’Alsa-ce-Moselle en application de la loi Falloux du 15 mars 1850 toujours en vigueur comme l’est le Concordat de 1801 au prétexte que cette région était allemande lors du vote de la loi de 1905.

L’Enseignement catholique est d’abord confessionnel” (9) comme l’a déclaré le cardinal-archevêque André Vingt-Trois à la veille de l’adoption par l’assemblée plénière de la Conférence des évêques de France du Statut de l’enseignement catholique en France, dont le préambule indique :

“Les dispositions du présent Statut déterminent les règles et principes qui s’appliquent aux écoles appartenant à l’Enseignement catholique en France et aux instances et institutions dont ces écoles sont dotées pour gérer de façon harmonieuse leurs relations et intérêts”.

Ce Statut, avec ses 386 articles, constitue la loi organique de l’Enseignement catholique en France, déclinant dans toutes ses dispositions le Code de droit canonique sur l’Éducation catholique (10).

Ainsi les écoles catholiques fonctionnent selon les principes de la Doctrine sociale de l’Église qui définit la conception corporatiste moderne de la société, une organisation sociale qui nie les conflits d’intérêts entre les classes, entre patrons et salariés, dans laquelle les syndicats de travailleurs n’ont plus pour fonction exclusive la défense de leurs mandants, mais d’être un corps intermédiaire, soumis comme les relations sociales elles-mêmes au “bien commun”, c’est-à-dire aux objectifs que l’Église assigne à ses écoles.

En conséquence, les organisations Fep-CFDT, Snec-CFTC et SPELC sont reconnues officiellement dans le Statut de l’Enseignement catholique comme contribuant “à la bonne organisation, au bon fonctionnement et à la vitalité de l’Enseignement catholique” (Art. 303).

Elles participent à ce titre “aux instances et conseils prévus par le présent Statut” (Art. 305) que sont le Comité Diocésain de l’Enseignement catholique, le Comité académique de l’Enseigne-ment catholique, le Comité régional de l’Enseignement catholique et le Comité national de l’Enseignement catholique, dont l’exécutant est le Secrétaire Général de l’Enseignement catholique choisi par les évêques.

Présents dans toutes ces structures, les évêques sont de fait les véritables patrons, toutes les instances et organismes de gestion ayant pour rôle, selon le principe de subsidiarité, d’appliquer les missions que l’échelon supérieur a décidé de leur assigner, le dernier mot revenant toujours, si besoin, aux évêques.

L’“École” catholique n’a jamais été une école et ne le sera jamais

C’est un outil de conformation des consciences, l’éteignoir du libre arbitre, un moyen de la perpétuation du catholicisme, un instrument de la politique et des intérêts économiques des princes de l’Église et du Vatican.

Son fonctionnement se présente comme un modèle pour la société, le modèle du corporatisme défini par la Doctrine sociale de l’Église (encycliques Rerum novarum (11) en 1891, Quadragesimo anno (12) en 1931, Centesimus annus (13) en 1991), dont le régime mussolinien fut la forme contemporaine première, la plus achevée.

Parce qu’elle n’a pas pour objectif de former des citoyens, maîtres de leurs pensées, mais des croyants, des fidèles aux commandements de l’Église, l’École catholique n’est pas une école, encore moins une “école libre” ! Elle le revendique uniquement pour la forme afin de justifier son financement public qui viole la loi de 1905.

Jacques Fassié 23 décembre 2019

http://www.emancipation.fr/

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03 août 2020 ~ 0 Commentaire

palestine (npa orient-21)

Palestinian_refugees

L’annexion, même reportée, nous dit la vérité sur la situation en Israël/Palestine

La deadline du 1er juillet est arrivée, elle a été dépassée, et l’annexion n’a pas eu lieu. Mais inutile de célébrer l’événement. L’annexion a été reportée, pas annulée. L’administration Trump est divisée sur certains détails [du plan de Netanyahou] ; les protestations internationales sont plus nombreuses que prévu ; et Israël a replongé dans une crise du coronavirus qui requiert du gouvernement qu’il y consacre toute son attention.

L’annexion comme puissant révélateur

Mais, avec un Donald Trump qui chute dans les sondages aux USA, avec même des rumeurs selon lesquelles il pourrait se retirer de l’élection s’il estime qu’il ne peut pas la gagner, le Premier ministre Netanyahou va vouloir lancer le processus d’annexion le plus tôt possible.

Et une fois que le plan sera dans les recueils de lois de la Knesset, en sera-t-il jamais enlevé ? Comme le projet de colonisation [établi à la fin des années 1960], l’annexion avancera mois après mois, année après année, jusqu’à ce qu’un nouveau statut quo soit établi : un apartheid israélien élargi (incluant, en définitive, la vallée du Jourdain), un contrôle sécuritaire total « du fleuve à la mer » [du Jourdain à la Méditerranée], et des bantoustans palestiniens semi-autonomes et déconnectés les uns des autres.

Trump aura été celui qui a rendu cela possible, mais c’est Netanyahou qui profitera de cet héritage politique, et les Palestiniens qui en souffriront.

Un des éléments notables de ces derniers mois est la manière dont la seule perspective de l’annexion a joué un rôle de puissant révélateur de la nature même de la question Israël/ Palestine. On peut dresser un parallèle avec la façon dont le Covid-19 a exposé au grand jour les injustices et les inégalités à travers le monde. Suivent trois exemples de ces vérités que l’annexion a révélées.

L’annexion révèle la réalité des rapports de pouvoir

Bien trop souvent, dans le débat politique, la situation en Israël/Palestine est présentée comme étant un conflit. Un conflit entre deux « parties » ; un conflit entre deux rationalismes concurrents ; un conflit entre démocratie et terrorisme ; ou même un conflit religieux entre le « judéo-christianisme » et l’islam.

On entend en permanence que les deux « parties » devraient « faire la paix » au moyen de « négociations directes », comme si elles avaient un statut équivalent et des ressources équivalentes pour faire valoir leurs arguments. L’annexion nous a montré à quel point ces visions sont fausses. La question Israël/Palestine est une question de pouvoir : qui l’a, qui ne l’a pas.

Seul l’État d’Israël a le pouvoir et les amis puissants lui permettant d’agir unilatéralement pour changer le cours de l’histoire. Les Palestiniens n’ont pas de colonies sur le sol israélien. Les Palestiniens n’ont rien à annexer et n’ont pas de souveraineté qu’ils pourraient « étendre ».

Les Palestiniens n’ont jamais acquis des territoires par la guerre et utilisé ensuite le vol légalisé pour dominer. Le plan de Donald Trump n’est pas le « deal du siècle », ni même une « solution réaliste à deux États », mais un document définitif exigeant la soumission perpétuelle des Palestiniens.

Cette fois, cependant, il n’y a pas de récit cohérent et/ou convaincant, mettant en avant la sécurité d’Israël, pour justifier ce nouveau développement. Il n’y a pas d’armées arabes se regroupant à la frontière. Il n’y a pas de « vipères terroristes » de l’OLP à Beyrouth.

Pas d’attentat suicide à Tel Aviv. Pas de menace du Hezbollah au sud-Liban. Pas de tirs de roquettes du Hamas sur Sderot. Pas de bombes nucléaires dirigées depuis Téhéran. Ce n’est que la stricte mise en œuvre du pouvoir d’un peuple sur un autre, qui expose, aux yeux du monde, la réalité des dynamiques sur le terrain.

Israël est un État qui a la volonté et la capacité d’ignorer le droit international ; la volonté et la capacité de dénier aux Palestiniens leur liberté de mouvement et l’accès à leurs terres ; la volonté et la capacité d’instaurer l’apartheid pour les Palestiniens tout en maintenant la démocratie pour les Juifs.

L’annexion révèle la seule version du sionisme qui compte 

Il y a une bonne raison qui explique pourquoi les sionistes modérés (libéraux) se sont sentis aussi préoccupés par le processus d’annexion. Si celui-ci va de l’avant, leur version préférée du sionisme, fondée sur l’idée de deux États pour deux peuples, se verra offrir la sépulture en bonne et due forme dont elle avait besoin depuis un long moment. Et lorsque cela se produira, le sionisme libéral fera faillite.

Ce ne sera pas la première version du sionisme à perdre son sens et sa pertinence. Le sionisme culturel d’Asher Ginsberg a disparu dans les années 1920, à supposer qu’il ait jamais eu des adeptes.

Le sionisme binational de Martin Buber, Judah Magnes et Henrietta Szold n’a jamais su s’imposer.

Le sionisme de David Ben Gourion, consistant en la construction d’un État socialiste, n’a jamais été qu’un socialisme pour les Juifs et n’a pas résisté à la prise du pouvoir par le Likoud en 1977. Le sionisme d’Oslo de Rabin et Pérès fut assassiné par un fanatique juif d’extrême droite et représentait bien moins que ce qu’il n’y apparaissait.

La seule variété de sionisme encore disponible sur le marché est le crédo ethno-nationaliste de Benyamin Netanyahou et des nombreux politiciens qui siègent sur sa droite à la Knesset. L’annexion a révélé le fait que la notion d’un spectre du sionisme (de la gauche à la droite ou de la modération à l’extrémisme) est, en vérité, un mythe ou, au mieux, un vœu pieux.

L’annexion révèle la relation conflictuelle entre Israël, le sionisme et les Juifs de la diaspora

Le débat sur l’annexion en dit beaucoup sur ce qui a toujours semblé étrange et souvent incohérent dans les relations entre Israël et les Juifs vivant dans la diaspora.

Si, comme c’est mon cas, vous avez grandi à la synagogue, au centre communautaire et dans un mouvement de jeunesse juif, on vous a appris et encouragé à considérer qu’Israël est au cœur de votre identité juive. En retour, Israël nous donne, à nous Juifs de la diaspora, un statut privilégié et un « droit au retour » dans notre « foyer ancestral ».

Je ne connais aucun autre pays qui prétend être l’État, non de ses citoyens, mais d’un groupe ethno-religieux. Je ne connais aucun autre groupe de gens qui considère sa relation à un État-nation non seulement d’un point de vue historique et religieux, mais aussi métaphysique, dans toutes ses dimensions et sa complexité. Tout se passe comme si, sans cet État, je ne pouvais, nous ne pourrions exister, et comme si mon identité, notre identité, ne pouvait pleinement s’exprimer.

En à peine soixante-dix ans, une idéologie politico-religieuse, une certaine lecture de l’histoire juive, une certaine vision de l’antisémitisme, ont construit un paradigme profondément émotion-nel qui domine tous les aspects de la vie organisée des Juifs.

Pas besoin de se demander pourquoi nous nous contrarions facilement à propos de la politique d’Israël et de sa réputation dans le monde : nous avons été, depuis le jour où nous sommes nés, hyper-sensibilisés à cet État et à la pensée sioniste qui le sous-tend.

Mais l’annexion fissure le paradigme et fait remonter des vérités qui ont toujours été là si on a été assez courageux pour les regarder. Notre refuge national, notre rédemption nationale, a été construit sur les ruines de l’existence détruite du peuple palestinien. Et avec l’annexion, nous nous apprêtons à entrer dans la phase finale de leur longue et violente dépossession.

Notre projet de salut n’a été possible qu’au moyen d’un colonialisme alimenté par l’exceptionnalisme juif et une application toute particulière du nationalisme européen. Nous ne pouvons défaire cette histoire, mais nous pouvons choisir de nous y confronter. C’est le moment.

La pensée post-annexion

L’épidémie de Covid-19 génère beaucoup de réflexion, aux quatre coins du monde, quant à nos valeurs et à nos priorités. Nous sommes submergés par la pensée post-épidémie. Notre toléran-ce vis-à-vis de la pauvreté, du racisme, de l’injustice et des inégalités, s’est amoindrie au cours des derniers mois.

Ce mouvement de pensée rend le sionisme (dans la seule version qui tient encore debout) plus que jamais déconnecté et obsolète. L’annexion le fera définitivement franchir la ligne qui le placera du mauvais côté de l’histoire.

Les idéologies qui prônent l’exceptionnalisme et la sécurité d’un groupe ethno-religieux au détriment d’un autre doivent être confiées aux musées et aux cours d’histoire, au côté des statues de marchands d’esclaves et de généraux confédérés. Nous ne les avons que trop supportées, de même que nous avons trop supporté les gens qui leur trouvent des excuses.

Sur le court terme, l’avenir apparaît sombre. Mais si nous avons appris quelque chose cette année, c’est bien que les changements peuvent survenir rapidement, et que l’opinion publique peut radicalement se modifier. Ce qui semble indestructible aujourd’hui peut voler en éclat demain.

L’annexion est un révélateur de la vérité. Et il est temps de regarder la vérité en face.

Robert A.H. Cohen

Robert A.H. Cohen est un écrivain juif britannique, militant contre le colonialisme israélien. Dans ce texte, publié au début du mois de juillet sur le site Mondoweiss, il fait le choix d’étudier l’annexion des territoires palestiniens de Cisjordanie, « promise » par le Premier ministre israé-lien mais jusqu’à présent reportée, comme un révélateur des logiques profondes du conflit opposant Israël aux Palestiniens.

Traduction Julien Salingue Lundi 27 juillet 2020

https://npa2009.org/

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La bombe Peter Beinart « Je ne crois plus en un État juif »

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19 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

islamophobie (émancipation)

croisades

De l’antisémitisme des années 30 à l’islamophobie d’aujourd’hui

Débat

Les violences, les attaques meurtrières se multiplient et pas seulement en France. Enlevez le mot “musulman” et mettez le mot “juif” dans ces diatribes incessantes : la similitude avec ce qui s’est passé dans les années 30 est flagrante. Et ce conditionnement idéologique a permis Auschwitz.

Des termes impropres, mais qui se sont imposés

Le terme “antisémitisme” est totalement impropre. Il n’y a bien sûr pas de race sémite, pas plus que de race aryenne. Il n’y a pas de race. Cette tentative d’essentialiser et de hiérarchiser “scientifiquement” les humains selon leur origine réelle ou supposée et selon leur culture est une de ces abominations que nous a léguée la fin du 19è siècle.

Le mot “antisémite” a été inventé par l’Allemand Willelm Marr (1819-1904), un des théoriciens du racisme biologique, précurseur du nazisme. Parfois des amis arabes me disent : “Comment peut-on nous traiter d’antisémites puisque nous sommes sémites ?”

Eh bien non, les races n’existent pas et il n’y a pas d’homogénéité dans ce qu’on appelle juif ou arabe : les Juives et les Juifs sont largement descendant·es de converti·es de différentes époques et de différentes régions et dans ce qu’on appelle “Arabes”, il y a des Berbères ou des Égyptien·nes qui n’ont rien à voir avec ceux et celles qu’on a la mauvaise habitude d’appeler des Sémites.

Ce terme est une invention de l’ennemi et pourtant le terme “antisémite” s’est imposé. Les antisémites veulent, dans le meilleur des cas chasser les Juives et les Juifs et cette haine paroxystique a pu aller jusqu’à l’extermination au moment du génocide nazi.

Et le terme “islamophobie” ?

Certains pensent que c’est une invention de Tariq Ramadan, des ayatollahs ou de je ne sais quel barbu. Il n’est pas difficile de voir que le terme existait dès le début du 20è siècle. Plus sérieusement, beaucoup rejettent le terme en disant qu’il fait l’apologie de l’islam et interdit la critique de cette religion. C’est bien sûr faux.

L’auteur de ces lignes reste farouchement attaché à “Ni Dieu, ni maître” et au droit d’attaquer les religions. Sauf que… Dreyfus avait une religion dont le corpus est largement archaïque, patriar-cal et comprenant des textes qui sont des apologies du meurtre de masse. Il était militaire dans une armée coloniale et ultranationaliste. Et pourtant, ceux qui, dans le mouvement ouvrier, n’ont pas compris qu’il était fondamental de le défendre, se sont lourdement trompés.

Lutter contre l’islamophobie, c’est pareil. Les “musulman·es” ou, pour parodier Sarkozy, les “musulmans d’apparence” sont aujourd’hui massivement des “dominé·es” qui servent de boucs émissaires dans un monde capitaliste de plus en plus féroce. À ce titre, les défendre est une obligation, quoi qu’on puisse penser ou ne pas penser de leur religion comme de toute autre religion. Avant tout, respect, solidarité, égalité des droits, fraternité, droit à la différence, enrichissement mutuel avec eux et elles.

Le retour du refoulé raciste

Parmi les moteurs de l’explosion du racisme biologique en Europe après 1850, il y a une forme de “nationalisme identitaire”, un rêve meurtrier de pureté, l’idée que le/la Noir·e, le/la Rom·e, le/la Juif/ve, l’Arabe, le/la Musulman·e souillent notre société. Dans L’actualité d’un archaïsme. La pensée d’extrême droite et la crise de la modernité (1999), Alain Bihr analyse dans les textes d’écrivains antisémites (Barrès, Drieu la Rochelle, Brasillach) cette quête de pureté.

Aux États-Unis, le Ku Klux Klan utilise les flammes pour purifier l’Amérique. Les nazis repren-dront cette symbolique, ils défileront aux flambeaux, brûleront des livres et finiront par brûler ceux qu’ils ont exterminés.

Rien de nouveau avec ce qui se dit sur les musulman·es. Quand Zemmour parle d’invasion et demande aux musulman·es de “choisir entre l’islam et la France”, il y a cette idée de souillure, d’obstacle à la pureté et d’obligation d’allégeance.

Quand le “journaliste” de LCI Olivier Galzi compare le “voile islamique” à l’uniforme SS, il y a avant tout une obscénité, les SS évoquent les pires dominants, la pire intolérance meurtrière. Comme si les femmes issues de l’immigration post-coloniale appartenaient à cette catégorie !

Mais il y a cette constante du racisme : déshumaniser l’autre, annoncer par la parole que tout est permis. Cette stratégie a été utilisée contre les Juif/ves dans les années 30 et elle a ouvert la voie à l’extermination.

Quand, à chaque numéro, des journaux (Marianne, Le Point, Valeurs Actuelles) font l’amalgame islam = islamistes = terroristes, il s’agit d’expliquer que les musulman·es sont un corps étranger en France comme on l’a fait dans la France de Vichy contre les Juives et les Juifs en les chassant de la Fonction publique dès 1940.

Certains peuvent penser que l’islamophobie n’existe pas et qu’il ne s’agit que d’un classique “racisme anti-arabe”. Bien sûr, après Auschwitz, il est moins “politiquement correct” de pratiquer le racisme biologique. Mais on se trompe en pensant que cette sinistre explosion raciste ne serait qu’une revanche coloniale après la perte de l’Algérie même si cet aspect est très important. Ce n’est pas seulement cela.

Une telle interprétation n’explique pas les massacres dans des mosquées au Québec ou en Nouvelle-Zélande, ni le fait qu’un politicien néerlandais (Gert Wilders) a construit sa popularité sur la proposition d’interdire le Coran aux Pays-Bas. Encore moins qu’un “ancien” du Front National s’imagine venger Notre-Dame de Paris en attaquant la mosquée de Bayonne.

L’islamophobie, comme l’antisémitisme autrefois, est devenue le dénominateur commun de tout ce que le monde compte de partis et d’idéologies racistes et xénophobes. Ne pas le comprendre rend inopérant le combat antifasciste. Les deux racismes ont aussi en commun d’être des racismes d’État qui édictent des lois discriminatoires sur fond de stigmatisation au plus haut niveau. (…)

L’Occident, l’islam et les Juifs

La diabolisation du “mahométan” remonte au haut Moyen-Âge. La Chanson de Roland attribue aux Sarrasins une embuscade clairement faite par des Basques. La première Croisade commence par un massacre de Juifs dans la vallée du Rhin et s’achève par celui des “Infidèles” de Konya ou de Jérusalem. Le Moyen-Âge est une période où on “construit” l’ennemi : le lépreux, la prostituée, l’hérétique, la sorcière, le Juif, le nomade, le Musulman.

Quand l’Espagne devient un État moderne, elle massacre ou expulse simultanément ses Juif/ves et ses Musulman·es. Elle poursuivra même les descendant·es des converti·es. La “Reconquista” en Espagne s’accompagnera d’une tentative d’effacer la mémoire et la trace de l’Espagne juive ou musulmane. Les synagogues deviennent des églises (Tolède) et les mosquées des cathédrales (Séville, Cordoue).

L’antisémitisme et l’islamophobie modernes puisent leurs racines dans cette histoire.

Quand le colonialisme s’emparera de pays musulmans, ce sera avec un immense sentiment de revanche et de supériorité de l’Europe chrétienne face à des pays qui restent archaïques. Cet incroyable sentiment de supériorité par rapport à un islam forcément archaïque et obscurantiste est hélas largement répandu dans l’Europe aujourd’hui. (…) Extrait voir le lien

Il n’est plus possible de faire semblant de ne pas voir. Tous les jours des politicien·nes injurient ou stigmatisent les musulman·es. Toutes les semaines les “unes” de Valeurs actuelles, Le Point, Marianne et bien d’autres insistent sur l’incompatibilité entre la “République” (laquelle ?) et l’islam.

Pierre Stambul 24 janvier 2020

http://www.emancipation.fr/

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24 juin 2020 ~ 0 Commentaire

musulmans russes (global voices)

bakou 1920

Congrès des peuples d’Orient Bakou 1920

Revisiter la vision traditionnelle des musulman·e·s russes

Les musulman·e·s constituent 10 % de la population russe, faisant de l’islam la deuxième religion du pays derrière l’Église orthodoxe russe.

Elles et ils font partie de l’histoire russe depuis des siècles, et vivent sur l’ensemble du territoire, de la Sibérie au Caucase du Nord, et dans les grandes villes telles que Moscou ou Saint-Pétersbourg.

Le plus grand groupe ethnique musulman est celui des Tatars, qui constituent aussi la première minorité ethnique du pays, forte d’une population de plus 5 millions [en]. Les Tatars ont leur propre langue turcique et leur propre république à l’intérieur de la fédération de Russie, le Tatarstan.

Les Tatars ont joué un rôle spécifique dans l’expansion coloniale de la Russie tsariste en servant d’intermédiaires entre les groupes ethniques russes et les nations colonisées de Sibérie et d’Asie Centrale, qui partageaient souvent de grandes similitudes religieuses et linguistiques avec eux. Ils ont été les missionnaires, traducteur·rice·s, puis réformistes de l’islam à la fin du 19è et au début du 20è siècle.

Ils sont souvent décrits comme appartenant au courant des Jadides [en] – intellectuels, écrivains, penseurs qui ont proposé un nouveau courant islamique moderne inspiré par les réformes politiques et sociales vues dans l’Empire Ottoman et en Europe occidentale.

Cependant, ce récit montrant des hommes musulmans seuls guides de la modernisation, qui a dominé dans le milieu universitaire jusqu’à très récemment, est de plus en plus contesté par les chercheur·e·s.

Filip Noubel : Le récit dominant dans le milieu universitaire, à la fois post-soviétique et occidental, est que la modernité dans les communautés musulmanes de l’Empire tsariste a seulement été possible avec l’arrivée des Jadides — des hommes réformateurs de l’islam et de la société. Dans votre dernier livre, vous remettez en question ce récit. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Danielle Ross (DR) : L’un des principaux objectifs de ce livre est de mettre à jour l’étude de l’islam et de la réforme islamique dans la région russe de la Volga-Oural [ancien centre historique du district de la Volga, ndlt] grâce aux nouvelles tendances de la recherche historique dans d’autres parties du monde.

 

Cela signifie se séparer d’un modèle de modernité considéré comme importé ou introduit par une certaine société dans une autre, et, à la place, visualiser les années 1600 à 1910 comme une période pendant laquelle un ensemble de changements – mondialisation du commerce et des politiques, centralisation du pouvoir gouvernemen-tal, hausse du taux d’alphabétisation, démocratisation de la religion – a eu lieu dans les sociétés à travers le monde.

 

La région Volga-Oural, reliée au monde entier à travers le règne de la Russie impériale, l’islam, et les échanges commerciaux européens et asiatiques, s’est tout autant formée via ces courants que la Grande-Bretagne ou la France ont pu l’être, à ceci près que cette région a été un espace colonisé plutôt qu’un centre impérial.

 

Si l’on se positionne dans cette perspective, les Jadides ne peuvent plus être vus comme ceux qui ont importé la modernité. Le Jadidisme apparaît plutôt comme l’une des nombreuses réponses locales à un colonialisme fort, à une production de masse intégrée verticalement, et à un renouveau de la religion à travers le monde des années 1880 aux années 1910.

 

Les Jadides entretenaient un dialogue avec leurs contemporains en dehors de leurs communautés ethniques, mais devaient aussi beaucoup aux générations passées de leur propre peuple, qui avaient répondu à des changements à l’échelle mondiale à leur époque. Dans mon livre, je voulais amener l’idée d’une région Volga-Oural comme un lieu continuellement dynamique, plutôt que comme un territoire et une culture figés en 1552 qui se seraient soudainement réveillés dans les années 1860.

Vous mettez aussi en avant dans votre recherche le fait que l’édification de l’Empire tsariste, et plus tard de l’Empire soviétique, n’étaient pas le monopole des groupes ethniques russes – d’autres groupes tels que les Tatars, les Allemands, les Juifs, les Géorgiens, etc. y ont joué un rôle. Pourquoi cet aspect n’est-il guère mentionné dans l’histoire coloniale de ces deux empires ?

DR : L’étude universitaire de l’Histoire telle que nous la connaissons aujourd’hui est arrivée dans le contexte d’un 19è siècle nationaliste et colonialiste. Avec une telle base, écrire l’Histoire servait deux buts : exprimer clairement un passé cohérent et unificateur pour l’État-nation moderne, et justifier la domination politique de certaines personnes sur d’autres.

 

Les historien·ne·s ont travaillé depuis les années 1960 pour déconstruire ces récits nationaux et coloniaux, mais, dans le cas de la Russie, un tel travail est difficile pour plusieurs raisons.

 

Premièrement, il y a la question d’assembler un récit cohérent. Raconter le passé de la Russie comme une histoire de grands princes, de tsars et de leaders du Parti Commu-niste est très ciblé et linéaire. Mais comment peut-on conter l’histoire cohérente, attrac-tive, de centaines de groupes ethno-confessionnels dispersés sur des milliers de kilomètres carrés ? Où est le cœur du récit ?

 

Deuxièmement, l’approche intellectuelle de la Russie et de l’Union soviétique envers les non-russes, non-orthodoxes, a été de positionner ces peuples dans des territoires déterminés (nationalités, républiques unitaires, etc.), et de confiner toute discussion de leurs cultures et de leurs passés en ces lieux.

 

Les ethnographes, expert·e·s régionaux et historien·ne·s de républiques unies et autonomes pouvaient choisir d’écrire sur des groupes d’ethnie et confession spécifi-ques, mais seul un nombre restreint de ces écrits ont été inclus dans l’histoire générale de la Russie et de l’URSS. La même structure d’espaces nationaux et de différen-ciation, utilisée sous l’Empire soviétique, a été répliquée et renforcée dans l’éducation occidentale durant la Guerre Froide.

 

Dans les années 1990, les historien·ne·s ont commencé à poursuivre une recherche qui démantèle et dépasse les différenciations nationales et régionales autour des-quelles les études historiques sur la période de la Guerre Froide ont été structurées, mais cette transformation est encore en cours, et n’est toujours pas bien représentée dans les manuels scolaires et autres ouvrages généralistes auxquels peuvent s’intéresser les non-spécialistes et étudiant·e·s abordant le domaine de l’histoire russe.

 

De fait, l’intégration de sources et récits non-russes dans l’histoire russe dominante, et la décentralisation ou régionalisation de cette histoire d’un point de vue ethnique, continuent d’être un procédé lent.

Quel est le discours actuel de Moscou sur le rôle et la présence des musulman·e·s en Russie, que ces personnes soient originaires de ce territoire ou immigrées ?

DR : Depuis que Poutine est arrivé au pouvoir, Moscou s’est de plus en plus tourné vers le nationalisme ethnique russe comme idéologie unificatrice. Au Tatarstan, où cohabitent plusieurs groupes ethniques, les récentes stratégies de consolidation et de rationalisation des institutions culturelles et éducatives ont eu pour conséquence la réduction des subventions qui soutiennent les langues et cultures non-russes.

La rhétorique de Moscou et la politique envers les migrants ouzbeks, tadjiks, kirghizes et azéris montrent que :

(1)  Ces musulman·e·s n’ont pas leur place en Russie malgré leur rôle indispensable dans l’économie du pays ; et

(2) Les cultures des musulman·e·s d’Asie Centrale et du Caucase sont étrangères et incompa-tibles avec la culture russe prédominante malgré l’expérience commune de soixante-dix ans de régime soviétique.

Vu la position actuelle de Moscou sur les personnes musulmanes originaires de Russie et migrantes ainsi que leurs cultures, il semble assez clair que le pays n’est pas prêt, à l’heure actuelle, à reconnaître les contributions des non-slaves, non-orthodoxes dans l’histoire russe, ou à proposer une vision du futur qui reconnaîtrait les musulman·e·s comme des membres à part entière de la société russe.

Qui sont les vecteurs de la modernité aujourd’hui dans les communautés musulmanes en Russie ?

DR : Je ne sais si le terme « vecteurs de la modernité » est utile pour parler de l’islam en Russie aujourd’hui. Contrairement à la période 1880-1920, les principaux discours au sein de l’islam de nos jours ne portent pas sur les façons d’adapter la foi, la loi et la culture islamiques au monde moderne, mais plutôt sur qui prend la parole au nom des musulman·e·s, quel islam est le plus exact et légitime, quelles sont les langues les plus appropriées pour transmettre le savoir islamique, et quelle devrait être la position de l’islam en Russie actuellement et à l’avenir.

Les différents visages de l’islam en Russie sont les personnes d’origine musulmane ainsi que les Russes (ethniques) récemment converti·e·s, les salafistes ainsi que les partisan·e·s de divers courants classiques de l’islam et des traditions intellectuelles musulmanes locales et nationales ainsi que des tendances internationales et transnationales. Cette multiplicité de voix et d’opinions confère du dynamisme aux communautés musulmanes russes.

Global Voices a interviewé Danielle Ross, qui a enseigné à l’Université de Nazarbayev au Noursoultan (Kazakhstan), et est maintenant maîtresse de conférences à l’Universi-té d’État de l’Utah où elle enseigne l’histoire asiatique et islamique. Dans son dernier livre, L’Empire Tatar : les musulmans de Kazan et la fondation de la Russie impériale [Tatar Empire: Kazan's Muslims and the Making of Imperial Russia, en, non traduit en français, ndlt], elle remet ouvertement en question [en] ce mythe et propose une autre vision de la situation. Ce qui précède est une version abrégée de cet entretien.

https://fr.globalvoices.org/

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