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29 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

thèses 4 (gilbert achcar)

achcar

Onze thèses sur la résurgence actuelle de l’intégrisme islamique

7.

Le choix réactionnaire n’en devient pas plus inéluctable pour le petit-bourgeois, écrasé par la société capitaliste et désillusionné quant aux directions nationalistes-démocratiques bourgeoises et petites-bourgeoises. Un autre choix existe toujours, du moins en théorie ; les classes moyen-nes se trouvent placées devant l’alternative : réaction ou révolution. Elles peuvent, en effet, se joindre à la lutte révolutionnaire contre la bourgeoisie, comme le prévoyait le Manifeste Communiste.

« Si [les classes moyennes] sont révolutionnaires, c’est en considération de leur passage imminent au prolétariat : elles défendent alors leurs intérêts futurs et non leurs intérêts actuels ; elles abandonnent leur propre point de vue pour adopter celui du prolétariat. »

Cependant, dans les sociétés arriérées et dépendantes que n’envisageait pas le Manifeste Communiste (dans la fameuse Adresse de 1850, des mêmes Marx et Engels, on trouvera une description différente du rôle des petits-bourgeois, sans que soit envisagé pour autant leur ralliement au prolétariat), point n’est besoin aux classes moyennes d’abandonner leur propre point de vue pour se placer sous la direction du prolétariat.

Bien au contraire, c’est en reprenant à son compte les aspirations des classes moyennes, et notamment les tâches démocratiques et nationales, que ce dernier parvient à les rallier à sa lutte.

Mais pour que le prolétariat puisse gagner la confiance des classes moyennes, il faut d’abord qu’il dispose lui-même d’une direction crédible, qui ait fait ses preuves politiques et militantes.

Par contre, si la direction majoritaire du prolétariat s’est discréditée sur le terrain des luttes politiques nationales démocratiques (tout en conservant sa position majoritaire grâce à son rôle syndical ou faute de remplaçants), si elle fait preuve de veulerie politique à l’égard de l’ordre établi ou, pis encore, si elle soutient l’ordre établi, alors, les classes moyennes n’auront vraiment d’autre choix que de prêter l’oreille à la réaction petite-bourgeoise – fût-elle aussi énigmatique que la réaction islamique – et, éventuellement, de répondre à ses appels.

8.

Dans tous les pays où l’intégrisme islamique a notablement gagné du terrain, et particulièrement en Égypte, en Syrie, en Iran et au Pakistan, l’ensemble des conditions décrites ci-dessus existent (2).

Dans tous ces pays, la condition des classes moyennes s’est notoirement aggravée au cours des dernières années. Bien que certains d’entre eux soient eux-mêmes exportateurs de pétrole, la seule retombée de l’explosion des prix du pétrole sur la majorité des classes moyennes dans l’ensemble de ces pays a été une inflation débridée.

Par ailleurs, les directions nationalistes-démocratiques bourgeoises et petites-bourgeoises y sont discréditées, en général. Dans les quatre pays mentionnés, les-dites directions sont passées par l’épreuve du pouvoir.

Elles ont toutes fait autour d’elles, à certains moments de leur histoire, la quasi-unanimité des classes moyennes, en tentant de réaliser leur programme national démocratique. Certaines sont allées loin dans cette direction, comme ce fut le cas en Égypte, et dans les pays de la mouvance égyptienne, où Nasser fit figure de géant.

Les nationalistes purent se maintenir longtemps au pouvoir, ou s’y maintiennent toujours, dans ces derniers pays, du fait qu’ils y accédèrent au moyen de l’armée. En Iran et au Pakistan, où les nationalistes constituèrent des gouvernements civils, ils ne tardèrent pas à être balayés par l’armée ; Mossadegh et Bhutto (3) finirent lamentablement.

En tout état de cause, la marge de progression sur la voie du programme national-démocratique, dans le cadre et les limites de l’État bourgeois, est aujourd’hui très réduite ou quasi nulle dans les quatre pays susmentionnés.

Même en Iran, où l’expérience Mossadegh fut très brève, le Shah, conseillé par ses tuteurs américains, prit sur lui-même, par ses propres méthodes pseudo-bismarckiennes, de réaliser ce que les Robespierre et Bonaparte combinés accomplirent dans les autres pays.

D’autre part, les seules organisations politiques notables du prolétariat, dans l’ensemble de la région, sont les organisations staliniennes qui, lorsqu’elles ne sont pas insignifiantes, se sont totalement discréditées par une longue histoire de trahisons des luttes populaires et de compromissions avec les pouvoirs établis.

Ainsi, lorsque le mécontentement des classes moyennes commença à se manifester, ces dernières années, dans les quatre pays précités, aucune organisation ouvrière ou nationaliste bourgeoise, ou petite-bourgeoise, ne put le capitaliser : le champ était libre devant la réaction intégriste islamique petite-bourgeoise.

Par contraste, en Algérie, en Libye (4) et en Irak, où le despotisme éclairé d’une bureaucratie nationaliste bourgeoise ou petite-bourgeoise sut faire bénéficier de la manne pétrolière de larges fractions des classes moyennes, l’intégrisme islamique a pu être contenu.

1981. Première parution dans la revue Quatrième Internationale, octobre 1981. Nous reprenons ici la version intégrale, avec réinsertion de bouts de phrase qui avaient été omis par erreur lors de leur première publication, telle qu’elle a été publiée dans le livre de Gilbert Achcar, L’Orient incandescent, éd. Page 2, Lausanne 2003.

Gilbert Achcar

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29 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

thèses 3 (gilbert achcar)

achcar

Onze thèses sur la résurgence actuelle de l’intégrisme islamique

5.

Les populations actives des pays où la réaction intégriste islamique a pu se constituer en mouvement de masse et où elle a aujourd’hui le vent en poupe, se distinguent par une forte proportion de classes moyennes, au sens défini par le Manifeste Communiste : petits fabricants, détaillants, artisans et paysans.

Cependant, toute éruption de l’intégrisme islamique mobilise non seulement une fraction plus ou moins large de ces classes moyennes, mais aussi des fractions d’autres classes, fraîchement issues des classes moyennes, sous l’effet de l’accumulation primitive et de la paupérisation capitalistes.

Ainsi, des fractions du prolétariat, celles dont la prolétarisation est la plus récente, et surtout des fractions du sous-prolétariat, celles qui ont été déchues par le capitalisme de leur position petite-bourgeoise antérieure, sont particulièrement réceptives à l’agitation intégriste et susceptibles d’être entraînées par celle-ci.

Telle est la base sociale de l’intégrisme islamique, sa base de masse. Cette base n’est toutefois pas acquise d’office à la réaction religieuse, comme la bourgeoisie l’est à son propre programme.

Quelle que soit, en effet, la force du sentiment religieux des masses, et même si la religion en cause est l’Islam, il y a un bond qualitatif entre ce sentiment et l’adhésion à la religion comme utopie temporelle : pour que d’opium des peuples, la religion, redevienne excitant, et ceci à l’ère de l’automation, il faut vraiment que lesdits peuples n’aient plus d’autre choix que de se vouer à Dieu.

Car le moins que l’on puisse dire de l’Islam, c’est que son actualité n’est pas évidente ! En fait, l’intégrisme islamique pose plus de problèmes qu’il n’en résout : outre l’actualisation probléma-tique d’un code civil vieux de treize siècles qui, bien que postérieur de plusieurs siècles au droit romain, fut produit par une société nettement plus arriérée que celle de la Rome antique (le Coran est largement inspiré de la Torah, de même que le mode de vie des Arabes était largement similaire à celui des Hébreux), il s’agit de le compléter.

En d’autres termes, le plus orthodoxe des intégristes musulmans est incapable de répondre aux problèmes que lui pose la société moderne par les seules péripéties de l’exégèse, à moins que celle-ci ne devienne totalement arbitraire et, partant, source de désaccords sans fin entre les exégètes.

Il y a ainsi autant d’interprétations de l’islam qu’il y a d’interprètes. Quant au noyau central de la religion islamique, celui qui fait l’unanimité des musulmans, il ne satisfait en aucune façon les besoins matériels pressants du petit-bourgeois, indépendamment du fait qu’il puisse satisfaire ses besoins spirituels. L’intégrisme islamique, en soi, n’est aucunement le programme le plus conforme aux aspirations des couches sociales sur lesquelles il agit.

6.

La base sociale décrite plus haut est caractérisée par sa versatilité politique.

La citation du Manifeste Communiste, que nous avons reproduite, ne décrit pas une attitude permanente des classes moyennes, mais seulement le contenu réel de leur combat contre la bourgeoisie, quand celuici a lieu, c’est-à-dire quand les classes moyennes se retournent contre la bourgeoisie.

Car avant de combattre la bourgeoise, les classes moyennes ont été ses alliées dans le combat contre la féodalité ; avant de chercher à renverser le cours de l’histoire, elles ont contribué à le faire avancer.

Les classes moyennes sont, avant tout, la base sociale de la révolution démocratique et de la lutte nationale. Dans les sociétés arriérées et dépendantes, telles que les sociétés musulmanes, les classes moyennes conservent ce rôle dans la mesure où les tâches démocratiques et nationales restent, plus ou moins entières, à l’ordre du jour.

Elles constituent les supporters les plus ardents de toute direction bourgeoise (ou petite-bourgeoise, à plus forte raison) qui inscrit ces tâches sur son étendard. Les classes moyennes sont la base sociale, par excellence, du bonapartisme de la bourgeoisie ascendante (elles sont d’ailleurs la base sociale de tout bonapartisme bourgeois).

Il faut donc que les directions bourgeoises ou petites-bourgeoises qui assument les tâches démocratiques et nationales aient atteint leurs propres limites dans la réalisation de ces tâches, qu’elles aient perdu leur crédibilité, pour que de larges fractions des classes moyennes s’en détachent et cherchent d’autres voies.

Bien entendu, tant que l’essor capitaliste semble leur ouvrir les voies de l’ascension sociale, tant que leurs conditions d’existence s’améliorent, les classes moyennes ne remettent pas en question l’ordre établi ; même dépolitisées ou sans enthousiasme, elles n’en jouent pas moins le rôle de « majorité silencieuse » de l’ordre bourgeois.

Mais pour peu que l’évolution capitaliste de la société se mette à peser sur elles de tout son poids, le poids de la concurrence nationale et/ou étrangère, de l’inflation et des dettes, les classes moyennes deviennent alors un réservoir redoutable de forces d’opposition au pouvoir établi, libre de tout contrôle bourgeois et d’autant plus redoutable que la violence du petit-bourgeois dans la détresse et son déchaînement sont sans pareils.

1981. Première parution dans la revue Quatrième Internationale, octobre 1981. Nous reprenons ici la version intégrale, avec réinsertion de bouts de phrase qui avaient été omis par erreur lors de leur première publication, telle qu’elle a été publiée dans le livre de Gilbert Achcar, L’Orient incandescent, éd. Page 2, Lausanne 2003.

Gilbert Achcar

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29 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

thèses 2 (gilbert achcar)

achcar

Onze thèses sur la résurgence actuelle de l’intégrisme islamique

3.

L’Islam, en tant qu’élément de l’idéologie des courants nationalistes, élément parmi d’autres, bien que fondamental, n’est pas le sujet des thèses qui suivent.

Cet Islam là a fait son temps, de même que les courants qui s’en revendiquent. Plus généra-lement, nous discernerons entre l’Islam utilisé comme moyen, servant à façonner et affirmer une identité nationale ou communautaire, voire sectaire, aux prises avec d’autres, et l’Islam considéré comme but en soi, objectif global et total, programme unique et exclusif.

« Le Coran est notre constitution », proclamait Hassan Al Banna, fondateur en 1928 du mouvement des « Frères musulmans ».

C’est cet Islam ci qui nous intéresse dans le cadre de ces thèses : l’Islam érigé en principe absolu auquel toute revendication, toute lutte, toute réforme, sont subordonnées, l’Islam des « Frères musulmans », du « Jamaat iIslami », des différentes associations d’ulémas et du mouvement des ayatollahs iraniens dont l’expression organisée est le « Parti de la République islamique ».

Le dénominateur commun entre ces différents mouvements est l’intégrisme islamique, c’est-à-dire la volonté d’un retour à l’Islam, l’aspiration à une « Utopia » islamique qui ne saurait, d’ailleurs, se limiter à une seule nation, mais devrait englober l’ensemble des peuples musulmans, sinon le monde entier.

C’est dans ce sens que Bani Sadr affirmait, en 1979, à un quotidien de Beyrouth (An Nahar) que « l’ayatollah Khomeyni est internationaliste : il s’oppose aux staliniens de l’Islam qui veulent construire l’Islam dans un seul pays » (sic !).

Cet « internationalisme » se traduit également par le fait que les mouvements précités débordent les frontières de leurs pays d’origine et/ou entretiennent des relations plus ou moins étroites entre eux.

Ils rejettent tous le nationalisme, dans l’acception restreinte du terme, et considèrent les courants nationalistes, même ceux qui font profession d’Islam, comme des rivaux, voire des adversaires.

C’est au nom de l’Islam qu’ils s’opposent à l’oppression étrangère ou à l’ennemi national, et non en défense de la « Nation ». Ainsi, les États-Unis ne sont pas tant « l’Impérialisme », pour Khomeyni, que le « Grand Satan » ; Saddam Hussein, lui, est avant tout un « athée », un « infidèle ». Israël, pour tous les mouvements en cause, n’est pas tant l’usurpateur sioniste du territoire palestinien que « l’usurpateur juif d’une terre islamique sacrée ».

4.

Quelle que soit la portée progressiste, nationale et/ou démocratique, objective de certaines des luttes que mènent les divers courants de l’intégrisme islamique, elle ne saurait voiler le fait que leur idéologie et leur programme sont essentiellement, et par définition, réactionnaires.

Qu’est-ce, en effet, qu’un programme qui vise à construire un État islamique, calqué sur le modèle de celui du 7è siècle de l’ère chrétienne, sinon une utopie réactionnaire ?

Qu’est-ce qu’une idéologie qui vise à restaurer un ordre vieux de treize siècles, sinon une idéologie éminemment réactionnaire ? En ce sens, il est aberrant, voire absurde, de qualifier les mouvements intégristes islamiques de bourgeois, quelle que soit la convergence de certaines luttes qu’ils mènent avec tout ou partie de la bourgeoisie de leur pays, tout aussi aberrant que de les qualifier de révolutionnaires quand il leur arrive de s’opposer à cette même bourgeoisie.

Tant par la nature de leur programme et de leur idéologie que par leur composition sociale, et même par l’origine sociale de leurs fondateurs, les mouvements intégristes islamiques sont des mouvements petits bourgeois.

Ils ne cachent pas leur haine tant des représentants du grand capital que des représentants du prolétariat, tant des États impérialistes que des États « communistes ». Ils s’opposent aux deux pôles de la société industrielle qui les menace : la bourgeoisie et le prolétariat.

Ils correspondent à cette fraction de la petite bourgeoisie décrite par le Manifeste Communiste : « Les classes moyennes, petits fabricants, détaillants, artisans, paysans, tous combattent la bourgeoisie parce qu’elle est une menace pour leur existence en tant que classes moyennes. Elles ne sont donc pas révolutionnaires, mais conservatrices ; bien plus, elles sont réaction-naires : elles cherchent à faire tourner à l’envers la roue de l’histoire. »

La réaction islamique petite-bourgeoise trouve ses idéologues et cadres organisateurs parmi les « intellectuels traditionnels » des sociétés musulmanes, les ulémas et assimilés, ainsi que parmi les échelons les plus bas des « intellectuels organiques » de la bourgeoisie, ceux-là mêmes qui sont issus de la petite-bourgeoisie et sont condamnés à y rester : les instituteurs et les clercs, en particulier.

En période de montée, l’intégrisme islamique recrute largement dans les universités et autres centres de production des « intellectuels », là où ceux-ci demeurent plus déterminés par leur origine sociale que par un avenir hypothétique et souvent aléatoire.

1981. Première parution dans la revue Quatrième Internationale, octobre 1981. Nous reprenons ici la version intégrale, avec réinsertion de bouts de phrase qui avaient été omis par erreur lors de leur première publication, telle qu’elle a été publiée dans le livre de Gilbert Achcar, L’Orient incandescent, éd. Page 2, Lausanne 2003.

Gilbert Achcar

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29 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

thèses 1 (gilbert achcar)

achcar

Onze thèses sur la résurgence actuelle de l’intégrisme islamique

1.

L’étendue et la diversité des formes de la résurgence de l’intégrisme islamique, qui a marqué le début de ce dernier quart de siècle, empêchent toute généralisation hâtive de conjectures à son sujet.

De même, en effet, qu’il serait totalement aberrant d’identifier le catholicisme des ouvriers polonais et celui de la réaction franquiste, sans pour autant s’abstenir d’analyser les traits communs aux histoires agraires de l’Espagne et de la Pologne ou au contenu politique et idéologique de leurs catholicismes respectifs, la prudence analytique la plus élémentaire interdit d’inclure sous une seule et même rubrique des phénomènes aussi différents que la remontée des mouvements musulmans cléricaux et/ou politiques en Égypte, Syrie, Tunisie, Turquie, Indonésie, au Pakistan ou au Sénégal, la dictature militaire d’un Zia Ul-Haq au Pakistan ou celle d’un Kadhafi en Libye, la prise du pouvoir par le clergé chiite iranien ou la guérilla afghane, etc.

Même des phénomènes dont l’identité semble évidente, tels que les progrès du même mouve-ment, celui des « Frères musulmans », en Égypte et en Syrie, recouvrent en fait une disparité de contenus et de fonctions politiques, déterminée par celle de leurs objectifs immédiats.

Car, en deçà de l’accord sur les affaires célestes et au delà de l’accord sur les problèmes de la vie quotidienne, quand ces accords existent, et nonobstant la similitude, voire l’identité, des formes organisationnelles et des dénominations, les mouvements musulmans restent essen-tiellement des mouvements politiques, et donc les expressions d’intérêts sociopolitiques spécifiques et éminemment terrestres.

2.

Il n’y a pas eu d’irruption de l’Islam dans la politique :

l’Islam, en fait, est inséparable de celle-ci, étant lui même religion politique, au sens étymolo-gique du terme. Ainsi la revendication de la séparation de la religion et de l’État est-elle plus que laïciste, en pays musulman ; elle est franchement antireligieuse.

Cette donnée contribue à expliquer pourquoi aucun des grands courants du nationalisme bourgeois et petit bourgeois en terre d’Islam, à l’exception du kémalisme en Turquie, ne s’est prononcé pour la laïcité.

Tâche démocratique élémentaire sous d’autres cieux, celle ci est à tel point radicale dans les pays musulmans, ceux du Moyen Orient en particulier, que même la « dictature du prolétariat » éprouvera des difficultés à la réaliser ; elle est hors de la portée des autres classes.

Par ailleurs, les classes démocratiques des sociétés musulmanes n’ont eu, dans l’ensemble, aucun intérêt, ou presque, à combattre leur propre religion.

L’Islam, en effet, n’a pas été perçu au 20è siècle, dans ces sociétés, comme ciment idéologique d’une structure de classe surannée, féodale ou semi féodale, mais bien plutôt comme élément fondamental de l’identité nationale bafouée par l’oppresseur étranger chrétien (voire athée).

Ce n’est pas un hasard si la Turquie a été l’unique société musulmane à n’avoir pas été soumise, au 20è siècle, à un joug étranger ; Mustafa Kemal, lui aussi, fut exceptionnel parmi ses pairs : il mena son combat principal, non contre le colonialisme ou l’impérialisme, mais contre le sultanat, combinaison de pouvoirs temporels et spirituels (califat).

Par contre, un nationaliste bourgeois aussi radical que Nasser avait tout intérêt à se revendiquer de l’Islam dans son combat principal contre l’impérialisme, d’autant plus qu’il y trouvait, en même temps, un moyen à bon compte de se garder à gauche comme à droite.

1981. Première parution dans la revue Quatrième Internationale, octobre 1981. Nous reprenons ici la version intégrale, avec réinsertion de bouts de phrase qui avaient été omis par erreur lors de leur première publication, telle qu’elle a été publiée dans le livre de Gilbert Achcar, L’Orient incandescent, éd. Page 2, Lausanne 2003.

Gilbert Achcar

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29 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

nice (npa)

npa 29 vertic

Assassinats de Nice : face à l’horreur, refuser les logiques guerrières

Le NPA condamne les assassinats qui ont eu lieu à Nice et exprime sa solidarité avec les victimes, leurs familles et leurs proches. Au vu des informations disponibles, il semble que ces assassinats aient été commis au nom des mortifères idées jihadistes.

Cet événement tragique montrent la totale inefficacité de la politique du gouvernement et des mesures répressives, du plan Vigipirate aux restrictions continues des libertés. Au contraire, les discours islamophobes du pouvoir et ses provocations incessantes s’inscrivent dans une logique guerrière qui ne peut que renforcer les fractures déjà existantes et ainsi donner du grain à moudre aux fanatiques de tout bord, vers de nouvelles catastrophes.

Il s’agit selon le pouvoir d’une guerre intérieure, mais elle a les mêmes logiques que les guerres classiques : le gouvernement nous appelle à faire corps derrière lui, à accepter sa politique antisociale et guerrière, xénophobe, islamophobe, en s’appuyant sur l’émotion provoquée par ces attaques. Marine Le Pen pousse cette logique au maximum en demandant des mesures de guerre, sans doute de nouvelles restrictions des libertés.

À l’opposé de ces politiques, nous exigeons, au plus vite, des garanties pour l’égalité la plus totale au sein du pays, la fin de la stigmatisation et des discriminations contre les étrangerEs, le refus des discours et actions islamophobes, et des mesures de justice et d’égalité sociales.

Nous réaffirmons notre combat contre les idées réactionnaires et mortifères qui arment les assassins et nourrissent les divisions.

Nous appelons l’ensemble des organisations progressistes à refuser les discours d’amalgames et les mesures répressives, et à favoriser les expressions et manifestations de solidarité entre les différents secteurs de la population, quels que soient leur lieu d’habitation, leur origine nationale, leurs convictions religieuses.

On pense ici en particulier aux marches et autres initiatives contre le racisme et pour l’égalité, qui sont les meilleures garanties pour défendre une société égalitaire et solidaire, face à tous les promoteurs de la guerre civile.

Montreuil, 29 octobre 2020. 

https://nouveaupartianticapitaliste.org/

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28 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

amalgames (npa)

achcar

Islam, « islamisme », jihadisme: en finir avec les amalgames

Depuis l’horrible assassinat de Samuel Paty, c’est à un véritable déchaînement islamophobe que l’on assiste, qui se nourrit notamment d’une confusion entre islam, « islamisme » et jihadisme. Une confusion qu’il s’agit de refuser et de démonter, en paroles et en actes.

L’assassinat de Samuel Paty par un jeune Tchétchène radicalisé par les thèses jihadistes est l’expression de la persistance de l’existence, en France, d’individus pouvant « passer à l’acte » dans le cadre d’opérations violentes au nom d’un fondamentalisme islamique de type spécifique, le jihadisme.

Si rien ne semble indiquer que ce jeune ait agi sur ordre, cela ne signifie pas pour autant que son geste serait le « coup de folie » d’un « déséquilibré ». Comme le montre sa revendication sur Twitter – qu’il avait pré-rédigée avant l’assassinat –, il donne un sens politique à son acte : il s’adresse nommément à Macron, « le dirigeant des infidèles », affirmant qu’il vient de tuer « un de [ses] chiens de l’enfer qui a osé rabaisser Muhammad » et ordonnant au président français de « calme[r] ses semblables avant qu’on ne vous inflige un dur châtiment ».

Le profil de l’assassin confirme qu’il s’agit d’un jeune empreint de l’idéologie jihadiste, avec notamment de multiples tweets sans ambiguïté au cours des derniers mois, dont certains ont été signalé par des internautes à la plateforme Pharos en raison de leur contenu violent, antisémite, menaçant, etc.

À noter également une série de tweets consacrés à « la mécréance de l’État saoudien, de ses dirigeants ainsi que de tous ceux qui les soutiennent », peu ambigu quant au positionnement politico-religieux du jeune homme.

S’il demeure encore des zones d’ombre sur son parcours et sur les interactions qu’il a pu avoir sur internet dans les jours qui ont précédé l’assassinat de Conflans Sainte-Honorine, nul doute que Samuel Paty est apparu comme une « cible » à un individu qui se posait déjà la question de passer à l’acte.

Sur le jihadisme

Le jihadisme repose sur le principe de l’action violente, individuelle ou collective, contre des objectifs (États, groupes sociaux, individus) considérés comme les ennemis d’une vision ultra-rigoriste de l’islam, avec en arrière-plan le projet de l’instauration d’une loi islamique stricte sur le territoire le plus étendu possible.

Selon les partisans du jihadisme, le jihad peut être défensif (protéger des terres d’islam) ou offensif (s’emparer de nouvelles terres), ce qui explique pourquoi les jihadistes se considèrent partout en guerre, y compris contre d’autres musulmanEs, qu’il s’agisse de groupes ou de pouvoirs étatiques, accusés de trahir l’islam « véritable ».

Les attentats commis contre des pays occidentaux s’inscrivent dans le même logiciel : cibler ceux qui, par leurs discours et/ou leurs actions, porteraient atteinte à l’intégrité de l’islam et/ou viendraient en appui à des groupes ou pouvoirs étatiques musulmans « traîtres », et défendre, en actes, les « terres d’islam » contre « les Juifs et les Croisés ».

Le jihadisme repose donc sur un corpus politico-religieux, qui offre une « vision du monde » à ses adeptes mais qui, comme l’a notamment montré le chercheur Olivier Roy, attire aussi en raison des modalités d’action qu’il propose.

Contre un Gilles Kepel, autre chercheur, beaucoup plus médiatisé – et nettement réaction-naire , qui affirme que le jihadisme est le produit d’une « radicalisation de l’islam », Roy explique ainsi que l’on assiste plutôt à une « islamisation de la radicalité ».

Certains jihadistes seraient ainsi davantage fascinés par les actions violentes que par l’islam rigoriste lui-même, et auraient pu faire d’autres choix s’ils avaient rencontré d’autres idéologies radicales avant de croiser la route du jihadisme.

La thèse de Roy n’est évidemment pas auto-suffisante, qui peut conduire à relativiser l’impor-tance du corpus religieux jihadiste, mais elle permet d’éclairer les profils de certains auteurs d’attentats et de mieux comprendre que le jihadisme s’inscrit dans un environnement social et politique « moderne »… et violent.

Vous avez dit « islamisme » ?

Le principal danger des thèses de Kepel est qu’il invite à considérer que le développement du jihadisme aurait pour seule explication un processus de radicalisation interne au sein de l’islam, et donc un ensemble de causalités exclusivement religieuses : exit toute causalité politique, sociale, économique…

Cette thèse du « tout-religieux » est commode pour ceux qui refusent d’envisager – ou veulent empêcher que l’on envisage – que les politiques extérieures impérialistes des grandes puissan-ces occidentales, ainsi que leurs politiques intérieures racistes, pourraient être considérées comme des facteurs d’explication du terrorisme jihadiste. La cause du jihadisme serait exclu-sivement idéologique, et à rechercher dans les évolutions internes d’une nébuleuse, « l’islamisme », au sein de laquelle une « radicalisation », donc, serait à l’œuvre.

L’islam est ainsi la seule religion à qui le simple fait d’accoler un « -isme » devient immédia-tement synonyme de menace – essayez avec les autres, vous verrez que ça ne fonctionne pas. Une première raison de s’interroger sur la pertinence de l’emploi de ce terme…

Mais surtout, la notion d’« islamisme » est problématique dans la mesure où elle postule l’existence d’une mouvance politique dont le programme se réduirait à « l’islam », duquel les jihadistes proposeraient une version « radicale ».

On préférera donc employer le terme « fondamentalisme islamique » (1), qui permet de ne pas confondre, d’une part, la religion de près de deux milliards de personnes et, d’autre part, des organisations poursuivant un projet politique réactionnaire, et qui impose en outre de ne pas céder à la paresse intellectuelle qui voudrait que les causes du développement de ces organisations se trouvent dans… le Coran.

Cette dernière « explication » ne résiste pas, en effet, à un examen de la réalité des organisa-tions politiques et des pouvoirs étatiques se revendiquant de l’islam : de Ennahda en Tunisie, qui s’est normalisé dans les institutions, gouvernant même avec les anciens Benalistes, aux Frères musulmans égyptiens, victimes d’un putsch militaire soutenu par le parti salafiste Al-Nour (et l’Arabie saoudite), en passant par le Hamas palestinien, le régime iranien, le Pakistan, la Turquie d’Erdogan ou le Hezbollah, venu appuyer Assad contre le soulèvement de 2011 au prétexte de la lutte contre les « jihadistes », on se rend bien compte que les réalités sont multiples, voire contradictoires.

Et l’on comprend surtout que ces organisations et régimes ont beau se revendiquer de l’islam et partager un projet réactionnaire, ce n’est pas, en dernière instance, leur interprétation du Coran qui oriente leurs principaux choix, mais les conditions matérielles – nationales, politiques, sociales – dans lesquelles elles évoluent.

On peut en outre établir une différence majeure entre ces courants et des groupes fondamenta-listes comme Daech ou al-Qaïda : ils ont une conception « gradualiste » de la prise du pouvoir au sein d’institutions rejetées (car non-islamiques) par les jihadistes, qui préconisent pour leur part le seul emploi de la violence2.

Confusions et amalgames

Le gloubi-boulga intellectuel ambiant encourage à considérer qu’il existerait un continuum « islamiste » à l’extrémité duquel se trouveraient le jihadisme, autrement dit que tous les groupes se référant à l’islam seraient l’antichambre des mouvements jihadistes, voire qu’ils auraient partie liée avec eux.

Et ce raisonnement par capillarité n’est pas limité au champ politique : telle mosquée, telle association, tel individu musulman peut en effet être montré du doigt comme étant « lié à la mouvance jihadiste », et ce sera à l’accusé, désigné comme « islamiste », de prouver son innocence – avec toutes les difficultés que représente la tâche de démontrer la non-appartenance à une mouvance essentiellement organisée dans la clandestinité…

Surtout lorsque s’y ajoute l’argument de la « taqiyya » (« dissimulation »), pratique d’individus jihadistes ne voulant pas éveiller les soupçons, au nom de laquelle certains s’autorisent à accuser n’importe qui car l’absence de comportements suspects devient… une preuve.

Le terme « islamisme », tel qu’il est employé aujourd’hui, ne décrit pas la réalité

La confusion générale de laquelle il participe a des conséquences bien réelles : suspicion généralisée à l’égard des organisations musulmanes et, par extension, des musulmanEs en général – à qui l’on demande systématiquement de se « désolidariser » des attentats, comme s’ils et elles en étaient, par défaut, solidaires

La légitimation de mesures d’exception visant lesdites organisations au nom de la lutte antiterroriste ; paralysie quasi-généralisée de la gauche sociale et politique, qui se défend de toute islamophobie mais qui est beaucoup plus à l’aise pour réagir face à un tag sur le siège du PCF que face à la menace de dissolution d’une organisation antiraciste comme le CCIF, dont jamais personne n’a pourtant pu démontrer qu’elle avait un lien quelconque avec la mouvance jihadiste – et pour cause.

Refuser tout traitement différencié pour les musulmanEs

Est-ce à dire que le jihadisme n’a « rien à voir avec l’islam » ? L’expression est parfois employée, y compris par certains courants musulmans qui, et on peut le comprendre, à force d’être amalgamés aux jihadistes, veulent s’en démarquer totalement sans renier leurs propres croyances.

Mais la formule, si elle a ses vertus, n’est pas nécessairement opérante dans la mesure où les organisations jihadistes prétendent proposer une certaine lecture de l’islam, et où les revendi-cations des attentats sont presque toujours formulées à grands renforts de termes religieux.

Mais rien ne nous empêche de considérer, et de dire, que le jihadisme a autant à voir avec « l’islam » que le Ku Klux Klan ou Anders Breivik ont à voir avec « le christianisme » : on se souviendra ainsi que Breivik s’est revendiqué d’un « christianisme identitaire », affirmant que le pape Benoît 16 avait « abandonné le christianisme et les chrétiens européens, et devrait être considéré comme un pape lâche, incompétent, corrompu et illégitime ». Toute ressemblance…

La persistance du jihadisme ne nous apprend rien sur l’islam comme religion et/ou sur les musulmanEs en général, pas plus que Breivik et ses semblables ne nous apprennent quoi que ce soit sur le christianisme et/ou sur les chrétienEs.

Dès lors, si la lutte contre le fondamentalisme islamique, qui ne se confond pas avec le jihadisme mais qui n’est pas moins réactionnaire que les autres fondamentalismes religieux et qui peut lui aussi sécréter des individus et groupes violents, est indissociable de nos combats pour l’émancipation, elle nécessite de refuser et de démonter la vulgate islamophobe faite de confusions et d’amalgames.

Le mouvement ouvrier a su, par le passé, faire la part des choses entre les organisations se revendiquant du christianisme, et personne aujourd’hui, dans nos rangs, n’oserait établir un continuum entre les résidus du Ku Klux Klan, la Démocratie chrétienne et Emmaüs… Pourquoi les organisations musulmanes devraient-elles être victimes d’un traitement différencié ?

A fortiori lorsque l’on intervient politiquement dans un pays impérialiste comme la France, où les amalgames racistes sont encouragés, voire produits par l’État, et où toute lutte contre l’islamo-phobie doit commencer par le soutien aux premierEs concernéEs, les musulmanEs, et par la construction de fronts communs avec des structures qu’ils et elles animent.

Une politique nécessaire pour favoriser l’auto-organisation et pour éviter tout substitutisme, et qui est en outre la meilleure des réponses aux fauteurs de haine et aux promoteurs de la guerre civile. À nous de développer, sans opportunisme mais sans préjugés, et sans avoir d’exigences que nous n’aurions pas vis-à-vis d’autres organisations dans la construction d’autres fronts communs.

Julien Salingue Hebdo L’Anticapitaliste  (29/10/2020)

Notes:

  • 2. Sur les conséquences concrètes, pour les militantEs de gauche intervenant dans les pays majoritairement musulmans, de cette dernière distinction, on pourra se référer à Joseph Daher, « Marxisme, processus révolutionnaire et fondamentalisme islamique », en ligne sur Contretemps-web : https://www.contretemps

 

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28 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

gauchistes (npa)

croisades

« Islamo-gauchistes » ?

On en parle partout, et tout le monde en parle : le terme « islamo-gauchiste » a de nouveau envahi les écrans des chaînes d’info, les ondes des radios, les sites internet et les colonnes des journaux.

Ceux qui l’emploient le manient comme une injure suprême et ne manquent pas de le faire avec arrogance, mais force est de constater qu’ils seraient bien en peine, si toutefois les journalistes leur posaient la question, de le définir.

Bien malin serait en effet celui qui pourrait donner un contenu précis à ce « concept », popularisé au début des années 2000 par Pierre-André Taguieff, qui s’en prenait alors aux mouvements altermondialiste et antiguerre.

Des organisations musulmanes et des courants de gauche et d’extrême gauche, qui avaient pu se retrouver ensemble sur des tribunes ou dans des manifestations car ils partageaient des combats communs, se sont ainsi vu attribuer, malgré elles, une idéologie unique, dont on ne connaît ni les contours ni le contenu – et pour cause.

C’est précisément l’une des forces de ce « concept » pourtant creux : comme l’a expliqué le chercheur Samuel Hayat:

« C’est justement parce que ce terme ne cesse de perdre en précision qu’il gagne en efficacité ».

Plus qu’à un outil d’analyse ou même de description du réel, on fait en effet face, avec « l’islamo-gauchisme », à une arme de disqualification massive, désormais utilisée contre toutes celles et tous ceux qui, à gauche, refusent le consensus raciste ambiant et « osent » revendiquer leur opposition à l’islamophobie.

Ironie tragique de l’histoire, les promoteurs du terme « islamo-gauchisme » ne semblent pas se rendre compte qu’il est construit exactement de la même façon que le « judéo-bolchévisme » du début du 20e siècle, synthèse symbolique de l’antisémitisme et de l’anticommunisme brandie dans un premier temps par la réaction tsariste en Russie avant de faire son chemin en Europe occidentale, entre autres et notamment du côté de l’Allemagne nazie. À chacun ses filiations…

Les concepts creux sont parmi les plus difficiles à récuser dans la mesure où ils ne reposent sur aucune argumentation rationnelle et ne peuvent donc être rationnellement déconstruits.

La meilleure réponse à apporter n’est pas de se défendre, mais de contre-attaquer et de faire encore un peu plus peur aux réactionnaires, avec une riposte commune unissant organisations syndicales et politiques, associations antiracistes et collectifs musulmans, pour combattre l’islamophobie, d’où qu’elle vienne, des sommets de l’État ou de l’extrême droite la plus rance.

Hebdo L’Anticapitaliste – (29/10/2020)

https://lanticapitaliste.org/

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23 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

conflans (essf)

sorzerez

Après l’attentat de Conflans, à gauche, une atmosphère de « chasse aux sorcières »

Depuis l’assassinat terroriste de Samuel Paty, les procès en « islamo-gauchisme » et les accusations de « complicité » se multiplient au sein même de la gauche. Dans les rangs du Parti socialiste et chez les Verts, certains responsables estiment que le « déni » a trop duré, et appellent à davantage d’« intransigeance ».

Ni concorde ni trêve. Il n’aura pas fallu vingt-quatre heures après l’attentat terroriste de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) pour que la gauche s’entredéchire sur son rapport à l’islam, à la laïcité et à la République.

Une guerre larvée et ancienne, y compris au sein des formations politiques elles-mêmes. Mais qui, depuis le 16 octobre, a franchi un nouveau palier : associations antiracistes pointées du doigt, intellectuels intimés par leurs pairs de « rendre des comptes », élus et syndicalistes hués au rassemblement organisé dimanche en hommage à Samuel Paty [1]…

Une longue liste à laquelle il faut encore ajouter les « collabos ! » hurlés, en pleine Assemblée nationale, par le député La République en Marche Francis Chouat, et son collègue de l’UDI Meyer Habib, à l’endroit du chef de file de La France Insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon. Ou encore, les pressions exercées contre la sénatrice Europe Écologie-Les Verts (EELV) Esther Benbassa, sommée dans les émissions de télévision de confesser ses « regrets » quant à sa participation à la marche contre l’islamophobie de novembre 2019.

« Depuis vendredi, c’est la chasse aux sorcières ! », s’inquiètent plusieurs élus à gauche, quand le journaliste économique Guillaume Duval parle de « délire maccarthyste » après ses démêlés sur Facebook avec un confrère politologue. « Au lieu de parler des vrais problèmes, tout le monde cherche des boucs émissaires. La Cocotte-Minute bouillonne depuis les attentats de Charlie ; là, le couvercle a sauté », s’alarme Esther Benbassa. Même chez LFI, qui en a pourtant vu d’autres [2], « on n’a jamais vécu une telle violence ». « C’est comme si une digue avait cédé », résume le député Éric Coquerel, pris à partie, depuis des jours, par d’anciens camarades chevénementistes.

Car cette fois-ci, la violence ne vient pas uniquement de la droite et du pouvoir, mais aussi de la gauche elle-même. À un an et demi de la présidentielle, et alors que l’idée d’un candidat unique faisait bon an mal an son chemin [3], l’attentat a de nouveau fait exploser cette famille en mal de recomposition.

Au point que même sur la boucle WhatsApp « Initiative commune », un espace de discussion créé pendant le confinement pour fluidifier les échanges entre responsables politiques – socialistes, écologistes ou communistes –, les participants, après s’être « empaillés », ont finalement décidé de… se taire.

Noms d’oiseaux, anathèmes, menaces… Première « victime » de ces règlements de comptes, La France Insoumise qui devait lancer sa campagne présidentielle début novembre est, de toutes les organisations politiques, celle qui a payé le plus lourd tribut. Tout le week-end, la formation de Jean-Luc Mélenchon, pourtant représentée largement au rassemblement place de la République, dimanche, a été prise pour cible en raison d’une supposée « complicité » avec l’islamisme radical.

Une allégation presque incongrue, le noyau dirigeant de LFI étant jusqu’ici identifié à un credo républicain pour le moins classique. Mais qui a rendu si fébrile le mouvement, que Jean-Luc Mélenchon est allé directement à la faute, s’en prenant, à plusieurs reprises à « la communauté (sic) tchétchène ».

Une déclaration qu’il dit aujourd’hui regretter : « Il voulait sans doute faire un contre-feu aux accusations de laxisme, mais ce n’était pas la meilleure chose à faire », glisse-t-on dans son entourage. « Tout cela, ce sont des manœuvres politiciennes indécentes de ceux qui veulent cacher leurs propres échecs face au terrorisme », veut croire Éric Coquerel.

En embuscade, le Printemps républicain. Ce mouvement créé par des proches de Manuel Valls, implanté aussi bien à La République en Marche qu’au PS, s’en est donné à cœur joie pendant cinq jours.

Très offensifs sur les questions identitaires, et en particulier sur l’islam, persuadés que le pays est « au bord de la guerre civile » (lire ici le reportage sur leur dernier rassemblement, à Paris l’an dernier [4]), ses membres, dont certains ont table ouverte sur les chaînes d’info, ont encore monté le ton contre les « complicités » de « la gauche du déni et de la capitulation » : à savoir, La France Insoumise, l’Unef, la Ligue des droits de l’homme (LDH), l’Observatoire de la laïcité, ou Mediapart…

Mais les coups les plus durs sont venus de deux anciens premiers ministres de François Hollande. Dimanche, sur BFMTV, Manuel Valls a conspué la « très grande complicité, la très grande responsabilité de Jean-Luc Mélenchon dans tout ce qui s’est passé ». « Il a sa part de responsabilité dans cette lâcheté qu’a eue une part de la gauche », a ajouté celui qui, en 2017 déjà, voulait faire « rendre gorge à Mediapart » et pour qui le périmètre des adversaires correspond à celui du Printemps républicain.

Rebelote le lendemain, avec Bernard Cazeneuve. L’ex-locataire de Matignon, qui avait participé, en vidéo, au raout du Printemps républicain en décembre 2019, a, sans nommer explicitement les Insoumis, excommunié du champ républicain « ces politiques » qui « ont la main qui tremble » et « des discours ambigus » : « Ceux qui se comportent ainsi ne se comportent pas de façon républicaine et sont grandement responsables du climat dans ce pays. Cette gauche-là ne sera jamais la mienne. »

Le crime de « cette gauche-là » ? Si jusqu’alors, les preuves tangibles de « l’islamo-gauchisme » étaient un rien évanescentes pour faire mouche dans l’opinion, la Marche contre l’islamophobie, organisée le 10 novembre 2019, a, semble-t-il, donné du grain à moudre aux contempteurs de « l’indigénisme » et du « communautarisme ».

Une marche organisée en réaction à l’attentat contre la mosquée de Bayonne [5], à l’appel de la Ligue des droits de l’homme, du NPA, du Comité Adama, de l’Unef, et de plusieurs collectifs musulmans (dont le Collectif contre l’islamophobie en France, aujourd’hui dans le viseur du gouvernement [6]). Et qui avait suscité une vive controverse, notamment parce que le texte d’appel qualifiait de « liberticides » les lois restreignant le port du voile islamique, y compris celle de 2004 sur les signes religieux à l’école.

Si l’on en juge par les drapeaux tricolores flottant en nombre sur le parcours, et La Marseillaise entonnée à l’arrivée place de la Nation, la manifestation s’était avérée, somme toute, fort républicaine [7].

Certes, le « Allahou Akbar » (« Dieu est grand ») crié par un des organisateurs a pu mettre certains élus présents mal à l’aise. Mais, de La France Insoumise en passant par les Verts, le PCF, Génération·s et le NPA, et même Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT ou Aurélie Trouvé d’Attac, tout le monde à gauche, à l’exception notable du PS, a défilé joyeusement contre le racisme et l’intolérance.

Un an plus tard, voilà donc la fameuse marche qui revient comme une tache à la fois disqualifiante et indélébile.

« La France insoumise a été ambiguë, d’abord parce qu’elle a participé à cette manifestation contre l’islamophobie et qu’elle a montré de la complaisance vis-à-vis de certaines personna-lités, comme [le journaliste] Taha Bouhafs ou le Collectif contre l’islamophobie en France, qui sont proches de l’islamisme politique, accuse ainsi Olivier Faure, premier secrétaire du PS, à l’unisson avec Bernard Cazeneuve et, dans une moindre mesure, avec Manuel Valls qu’il juge néanmoins « à la dérive ».

« De plus, les sorties de Mélenchon sur le fait que Charlie Hebdo était à mettre dans le même sac que Valeurs Actuelles [8] montrent que, depuis quelque temps, sa rhétorique est tout sauf claire », ajoute-t-il, se montrant beaucoup plus clément vis-à-vis de la CGT, d’Attac ou des Verts, qui ont, selon lui, commis une « erreur » le 10 novembre.

Yannick Jadot n’est pas loin de penser la même chose. Le présidentiable écologiste, qui avait pourtant signé l’appel du 10 novembre – mais qui, sentant le vent du soupçon tourner en sa défaveur, ne s’était pas rendu à la manifestation –, appelle lui aussi la gauche « qui a raison de prendre en compte le social, mais a trop tendance à considérer les musulmans uniquement sous le prisme victimaire », à « se réveiller ».

« Il faut clarifier, y compris chez les Verts, et faire valoir la fermeté et l’intransigeance contre l’islamisme radical et contre les discours ambigus. Non seulement parce que le déni est irresponsable, mais aussi parce qu’on ne gouvernera pas la France avec un plan de pistes cyclables ! », estime celui qui veut ouvrir le débat à EELV.

En réalité, l’eurodéputé avait déjà tenté de le faire, à ses dépens, avec le récent « épisode du burkini ». Il y a à peine un mois, son interview dans l’Obs avait ainsi déclenché un tollé au sein de sa propre organisation [9]. Après avoir pris, de son propre chef, l’exemple de ce maillot de bain pour évoquer son refus de l’islamisme radical, un certain nombre de militants et de cadres s’étaient désolidarisés de ce prétendant à la candidature suprême, lui reprochant de faire le jeu des « faux débats » et de « transiger sur les valeurs ».

« Qu’on puisse aller taper l’islam radical, c’est une évidence, mais pas en prenant cet exemple. La loi de 1905 est claire, elle concerne les agents et pas les usagers », avait alors sèchement rétorqué Julien Bayou, le secrétaire national des Verts, qui continue de refuser d’ouvrir la boîte de la Pandore de ce débat qui empoisonne la gauche depuis l’affaire de Creil, voilà trente ans.

Une gauche qui n’a jamais réussi ni à s’unir ni à proposer un discours assez puissant pour contrer la droite identitaire. « L’ambiance est suffisamment sordide pour qu’on n’en rajoute pas, justifie l’écologiste. Il ne faudrait pas risquer de céder aux surenchères imbéciles ou carrément dangereuses. Il faut répondre aux islamistes par plus de laïcité, c’est-à-dire par une application stricte de la loi. »

Discours plus offensif côté PS. « Désormais, il faut des actes, et que tout le monde balaye devant sa porte », enjoint Olivier Faure qui, doit, lui aussi, composer avec des lignes divergentes au sein du parti à la rose : d’une part une ligne républicaine tempérée, de l’autre la ligne maximaliste du Printemps républicain, dont plusieurs anciens vallsistes gravitant dans l’entourage du premier secrétaire sont proches.

Comme la secrétaire nationale à la laïcité du parti, Pascale Bousquet-Pitt. En octobre 2019, sur Twitter, elle qualifiait Nicolas Cadène, secrétaire général de l’Observatoire de la laïcité – et socialiste lui-même –, « d’impitoyable fossoyeur de la laïcité ». Un haut fonctionnaire dont le gouvernement, cédant au climat actuel, pourrait obtenir la tête [10]. Invité par Mediapart à se positionner sur ce que d’aucuns qualifient de « purge » [11], Olivier Faure « ne souhaite pas, pour l’instant, s’exprimer ».

Dans ce contexte très lourd, il n’est pas simple, pour les accusés, de répliquer. « On est mal », résume la députée insoumise Clémentine Autain, qui ne veut pas « que l’avenir de la gauche soit la ligne du Printemps républicain ».

Sa collègue de banc Caroline Fiat craint désormais pour son intégrité physique « car les insultes sur les réseaux sociaux conduisent parfois à des drames dans le réel ». « Le pire, c’est qu’on ne peut pas répondre, car on n’a rien à se reprocher ! », grince celle qui, faute de visibilité dans les médias, a publié une « Lettre ouverte à [ses] enfants suite aux accusations d’islamo-gauchisme ».

À la Ligue des droits de l’homme, Arié Alimi souhaite, lui, faire entendre que les vrais républi-cains ne sont pas ceux qu’on croit : « La République est une construction lente et équilibrée. Les extrémistes qui veulent la transformer, qu’ils soient islamistes ou laïcistes, s’attaquent logiquement aux gardiens historiques de la République dont la Ligue. »

Benjamin Lucas, porte-parole de Génération·s, abonde : « Ce qui me terrifie, c’est que devant l’ampleur de ce qu’il y a à reconstruire après tous ces attentats, on assiste à des réflexes de petits politicards médiocres. Cazeneuve et Valls trouvent le temps de taper sur les républicains qui ne partagent pas exactement la même vision qu’eux, au lieu de s’en prendre aux vrais antirépublicains : l’extrême droite et les fondamentalistes. »

Pour l’instant, en tout cas, tout le monde reconnaît qu’il vaut mieux attendre que l’orage passe. « On doit garder la tête froide et dans les épaules, et plus tard, s’organiser », dit un ancien ministre de François Hollande.

Esther Benbassa elle, a du mal à se l’avouer. Mais depuis quelques jours, elle s’est mise à s’« autocensurer ». Lundi, au Sénat, le discours qu’elle a prononcé sur « La prévalence des lois de la République sur l’origine, la religion et l’ethnie » n’était pas exactement celui qu’elle avait écrit avant le 16 octobre :

« Au lieu de parler de “stigmatisations à l’encontre des musulmans” comme je l’avais écrit au départ, j’ai dit qu’il ne fallait pas confondre les musulmans et les extrémistes. C’est fou, mais le résultat de cette histoire, c’est que ceux qui nous serinent avec la liberté d’expression nous empêchent au final de nous exprimer : vous rendez-vous compte où nous sommes arrivés ? »

Pauline Graulle MEDIAPART. 22 octobre 2020 :

https://www.mediapart.fr/j

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21 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

édito (npa)

npa 29 vertic

Ne rien céder 

Ne rien céder à ceux qui, pétris de vraies-fausses certitudes, voudraient nous empêcher d’être affectés, d’être dans le doute, d’être sensibles à l’émotion mais insensibles aux sirènes guerrières et aux « solutions » aussi simplistes que dangereuses.

Ne rien céder à ceux qui veulent imposer le récit selon lequel la seule explication du terrorisme est le terroriste lui-même, et nous interdire de questionner le système oppressif, raciste, violent, dans lequel un jeune de 18 ans peut décider de perpétrer un acte aussi abominable.

Ne rien céder à ceux qui arment idéologiquement ces jeunes, les convainquant que leur ennemi c’est le prof, le voisin pas de la bonne religion, l’autre pas du bon pays, et qui prétendent lutter contre les divisions imposées par les puissants tout en les reproduisant et en contribuant à les amplifier, jusqu’à l’horreur.

Ne rien céder à ceux qui se sont secrètement réjouis de l’abjection de Conflans-Sainte-Honorine, heureux de pouvoir se précipiter sur les plateaux pour répandre leur haine et pour jeter en pâture des millions de musulmanEs alors que le trottoir était encore rouge du sang de Samuel Paty.

Ne rien céder au patriotisme, qui mène au chauvinisme, qui mène au racisme, au nom d’une prétendue « exception française » et d’un « modèle de société » que « Nous » devrions défendre face à un « Autre », forcément différent, forcément arriéré, forcément étranger.

Ne rien céder à un gouvernement autoritaire et raciste, dont l’opportunisme n’a d’égal que l’hypocrisie et l’indécence, qui tente de surfer sur l’émotion légitime suscitée par l’assassinat particulièrement abominable d’un enseignant à quelques centaines de mètres de son collège.

Ne rien céder aux professionnels de la peur, déterminés à profiter du drame de vendredi dernier pour restreindre encore un peu plus nos droits, faire marcher les enfants au pas, attaquer les libertés publiques, déjà malmenées, et justifier de nouvelles formes de censure au nom… de la liberté d’expression.

Ne rien céder aux amalgameurs en chef, qui veulent faire croire que lutter contre l’islamophobie c’est « faire le jeu » des jihadistes, ou que manifester au côté du CCIF c’est se compromettre et renoncer aux idéaux progressistes.

Ne rien céder.

Se serrer les coudes. Se parler. Réfléchir. Résister. Critiquer. Proposer. Lutter.

Julien Salingue Hebdo L’Anticapitaliste  (22/10/2020)

https://lanticapitaliste.org/

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20 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

conflans (ujfp)

UJFP

Communiqué de l’UJFP : De l’art d’utiliser le fanatisme religieux pour légitimer le racisme d’État

L’assassinat atroce d’un enseignant par un jeune fanatique nous émeut et nous bouleverse tous. Les enseignants, en général méprisés par le pouvoir, s’interrogent sur les conditions d’exercice de leur métier et sur la liberté d’enseigner.

Le jeune terroriste a agi avec les motivations d’un fanatique religieux, qui prétend se revendiquer de l’islam. Il faudra dire un jour les ravages psychologiques qu’auront fait guerres et répressions génocidaires en Tchétchénie.

Ce crime atroce se double désormais d’une exploitation sans vergogne.

Autrefois, le pouvoir protestait contre l’idée qu’il y aurait un racisme d’État et niait l’existence d’une islamophobie. À présent, ce même pouvoir veut interdire de lutter contre l’islamophobie, en s’en prenant à des associations musulmanes, dont le CCIF, calomnié, sali, injurié parce qu’il veut faire respecter les droits des citoyens musulmans en France et lutter contre les discriminations.

Il y a quelque chose de totalitaire dans la nouvelle étape du discours raciste et islamophobe d’État qui vient d’être franchie avec l’introduction frauduleuse dans le débat national du concept du « séparatisme » supposé qu’entretiendraient nos concitoyens de culture musulmane, croyants ou non, avec la Nation.

De quelques fanatiques, on passe à des groupes entiers qualifiés d’islamistes, puis à toute organisation indépendante s’appuyant sur l’Islam comme le Secours catholique s’appuie sur le christianisme, des ONG comme Baraka City, une organisation antiraciste comme le CCIF.

D’ennemis intérieurs hier, les voilà aujourd’hui accusés d’entretenir dans leurs rangs un projet de séparatisme avec, à terme, une volonté de créer des espaces de non-droit où seules des lois prétendument inspirées du Coran remplaceraient les lois de la République. Vieux discours de l’extrême droite parés de nouveaux oripeaux…

Le véritable séparatisme, c’est la désignation assumée à la vindicte générale de pans entiers de notre société au seul motif qu’ils sont musulmanes et musulmans

L’utilisation de la notion de « liberté d’expression » jusqu’à la nausée par un pouvoir qui la brime depuis des années, en instaurant des lois d’exception, en interdisant ou en réprimant les manifestations populaires, et désormais en appelant à l’interdiction d’organisations humanitaires ou militantes, a quelque chose d’obscène

Nous connaissons les effets de cet engrenage criminel du racisme pour en avoir nous mêmes subi les conséquences. La généralisation des discours antimusulmans à chaque fois que se produit un acte criminel d’un jeune égaré, constitue en quelque sorte une victoire des auteurs de ces actes contre la démocratie.

L’atmosphère empoisonnée d’aujourd’hui peut permettre de comprendre ce qui a dû se passer en France et en Allemagne pendant les années 1930. Comment une société entière a pu être petit à petit contaminée par des discours politiques et la presse antijuive, pour se retrouver embrigadée dans une croisade exterminatrice.

Plus qu’à tous autres, il nous appartient d’alerter nos concitoyens sur les dangers qui menacent nos sœurs et nos frères musulmans, et plus largement notre société toute entière.

Le temps nous est compté si nous ne voulons pas que se produise à nouveau une catastrophe.

Nous appelons les femmes et les hommes de bonne volonté, épris de justice et de respect mutuel, à refuser ce discours islamophobe – ce discours de haine raciste gros de dangers – à faire front, toutes et tous ensemble contre le racisme qui risque de submerger notre société et de l’emporter très loin des valeurs démocratiques et républicaines qu’elle prétend défendre.

Coordination nationale de l’UJFP, le 19 octobre 2020.


21ter rue Voltaire 75011 PARIS | Téléphone : 07 81 89 95 25 | Email

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