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01 mars 2020 ~ 0 Commentaire

irlande (courrier international)

ireland

Irlande : destination réunification

La percée du parti nationaliste (*) Sinn Féin lors des législatives irlandaises du 8 février couplée au Brexit et aux changements démographiques dans le nord de l’île rendent la perspective d’une Irlande unie plus probable que jamais.

Dans le gigantesque hall de la Royal Dublin Society, Mary Lou McDonald, la présidente de Sinn Féin, fait face à un petit groupe de journalistes. L’atmosphère est électrique. La veille, lors des législatives du 8 février, Sinn Féin a remporté plus de votes de premier choix (24,5 %) que tout autre parti irlandais, un résultat stupéfiant. “Nous avons demandé aux gens de nous donner une chance, la chance de mettre en œuvre le programme que nous avons défendu, explique McDonald, et ce programme a pour objectif de résoudre la crise du logement, de s’attaquer à celle de nos services de santé, d’offrir un répit aux ménages et aux salariés, qu’ils puissent reprendre leur souffle.”

Des mots que l’on pourrait entendre dans la bouche de n’importe quel politicien européen dont le parti rebelle viendrait de briser un statu quo rassis. Mais Sinn Féin est bien plus que cela. Toutes les grandes formations politiques de la République sont en principe favorables au rattachement des six comtés restés au sein du Royaume-Uni aux 26 qui avaient obtenu l’indépendance en 1922, pour ainsi aboutir à une Irlande unie.

Pour Sinn Féin, cette cause est bien réelle et est une de ses ambitions pressantes. Non seule-ment les nationalistes sont désormais une force avec laquelle il faut compter au Parlement, mais ils sont également le deuxième plus grand parti en Irlande du Nord. Un parti au passé trouble. À partir des années 1970, il a servi d’aile politique à l’Armée républicaine irlandaise (IRA), une organisation paramilitaire qui a eu recours au terrorisme pour tenter d’expulser l’État britannique d’Irlande du Nord.

L’Irlande du Nord a voté contre la sortie de l’UE

La nouvelle popularité de Sinn Féin n’a pas grand-chose à voir avec tout ça. Les analystes attribuent plutôt son succès à sa promesse de consacrer davantage de fonds aux services publics et à l’envie de la plupart des électeurs de voter pour un autre parti que le duopole de centre et de centre droit du Fianna Fáil et du Fine Gael.

De plus, le fait que, sous la direction de McDonald, Sinn Féin s’est débarrassé de nombre des stigmates liés à son association avec des terroristes a joué un rôle. Mais si sa réussite ne doit rien à un désir renouvelé d’une unification de l’île, c’est néanmoins l’une des trois raisons qui font que cette éventualité, à la surprise générale, est de plus en plus sur toutes les lèvres.

Des deux autres raisons, la plus évidente tient à un autre bouleversement politique : le Brexit. En 2016, 52 % des citoyens du Royaume-Uni ont voté en faveur d’un départ de l’UE. Mais en Irlande du Nord, ils sont 56 % à avoir voté contre. Michael Collins, ambassadeur de la Républi-que irlandaise en Allemagne à l’époque, se souvient : “Le premier appel que j’ai reçu [le lendemain du référendum], c’était d’un membre du Bundestag, qui m’a demandé : ‘Est-ce que cela veut dire que nous allons assister à l’unité irlandaise ?’ Pas à court terme. Mais le fait que l’unification pourrait permettre à l’Irlande du Nord de rejoindre l’UE est aujourd’hui un élément incontournable du débat.

Des catholiques plus nombreux que les protestants au Nord, une première

Pour la troisième raison, il faut s’éloigner du tourbillon de la politique électorale pour s’intéresser aux courants profonds de la démographie. Quand la majorité protestante des six comtés du Nord a rejeté l’indépendance en 1922, celle-ci a cru que cela garantirait qu’une partie de l’île resterait pour toujours sous son contrôle. Les protestants y étaient alors deux fois plus nombreux que les catholiques.

Cet avantage s’est atténué. Selon les chiffres de The Economist, les catholiques constituent aujourd’hui le plus grand groupe confessionnel d’Irlande du Nord. Gerry Adams, président du Sinn Féin de 1983 à 2018 et généralement soupçonné d’avoir été un haut responsable de l’IRA – accusation qu’il dément absolument, a un jour lâché : “Se reproduire plus rapidement que les unionistes est peut-être un passe-temps très agréable, mais on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’une véritable stratégie politique.” Pourtant, c’est à l’origine d’un changement. Si le recense-ment de 2021 le confirme, cela ne fera qu’accentuer les craintes des unionistes.

Se préparer à un référendum

Ces derniers, qui dominent l’Irlande du Nord depuis la partition, sont pour la plupart des protes-tants dont l’identité est inextricablement britannique – que ce soit parce qu’ils soutiennent ouvertement le gouvernement de Londres, qu’ils défendent les traditions britanniques ou qu’ils voient dans la famille royale l’ultime rempart de leur foi.

Même avant que Sinn Féin ne l’emporte dans la République, Peter Robinson, l’ancien dirigeant du Parti Unioniste Démocratique (DUP), la plus grande formation politique d’Irlande du Nord, avertissait ses camarades unionistes qu’il leur fallait se préparer à un référendum.

La possibilité d’un tel référendum est inscrite dans l’accord du Vendredi Saint. Ce traité, conclu en 1998, a mis fin à des décennies de violence. Dans les années 1960, le Parlement de la province, dominé par les unionistes, avait réprimé les manifestations en faveur des droits civiques.

En 1972, le Parlement avait été dissous, l’armée britannique avait été déployée sur place, et la province, gouvernée directement depuis Londres. Ces “Troubles”, comme on les appelle, ont causé la mort de plus de 3 500 personnes, dont plus de 700 soldats britanniques. Près de 2 000 sont tombées sous les coups de l’IRA et d’autres organisations paramilitaires nationalistes, et près d’un millier ont été victimes des paramilitaires unionistes.

Le Nord se normalise progressivement

L’accord du Vendredi Saint a créé un nouveau gouvernement décentralisé dans le Nord, où le pouvoir devait être partagé entre les deux communautés. Il y était admis que l’Irlande du Nord faisait partie du Royaume-Uni, mais que la république d’Irlande pouvait également défendre les intérêts de ses habitants, lesquels avaient le droit d’être reconnus comme irlandais, britanniques, ou les deux. Et l’accord ouvrait politiquement la voie à une Irlande unie, si tel était le souhait de la population au nord comme au sud de la frontière.

Depuis, l’île vit en paix, pour l’essentiel, et le Nord est devenu un endroit beaucoup plus “normal”. Mais si la mixité y est de plus en plus fréquente sur le lieu de travail, si la police a été réformée, dans leurs écoles et leurs quartiers, les communautés restent séparées.

Des “murs de la paix” de six mètres de haut se dressent là où les fauteurs de troubles d’un camp pourraient tenter de lancer des incursions dans l’autre. Il subsiste des vestiges des anciennes organisations paramilitaires. Ils sont principalement actifs dans le secteur de la drogue et des extorsions, mais il leur arrive encore de perpétrer des violences politiques.

Hausse du soutien en faveur de l’unification

Le chemin qui mène à l’unification tel qu’il est prévu par l’accord est relativement simple. “Si, à un moment donné, il paraît vraisemblable” au secrétaire d’État britannique à l’Irlande du Nord qu’une majorité serait en faveur de la réunification, la Grande-Bretagne doit organiser un référendum et en respecter le résultat.

La formule “il paraît vraisemblable” laisse cependant une certaine marge de manœuvre au ministre. Selon la Constitution Unit, un centre de recherche indépendant situé à l’University College de Londres, le secrétaire d’État devrait prendre en compte plusieurs facteurs.

Une majorité importante en faveur de l’unification dans les sondages en serait un, tout comme une majorité catholique ou une majorité nationaliste aux élections nord-irlandaises. Pour l’heure, rien de tout cela ne s’est encore produit. Mais les sondages montrent que le soutien en faveur de l’unification est en hausse depuis le vote sur le Brexit, et, d’après certains résultats, elle est aujourd’hui au coude-à-coude avec le maintien du statu quo.

Depuis le 8 février, Mary Lou McDonald répète que la Grande-Bretagne et “Londres en particulier” devraient se préparer à l’unification. Si Sinn Féin intègre une coalition ou accorde son appui au parti au pouvoir, il est probable qu’il réclame en échange que soient entamés des préparatifs pour un référendum.

Si le Nord vote pour l’unification, il faudra modifier la Constitution du Sud, ce qui obligerait les citoyens de la République à se rendre eux aussi aux urnes. Dans A Treatise on Northern Ireland (non traduit en français), Brendan O’Leary, politologue de l’université de Pennsylvanie, avance qu’il serait “rationnel” que ce vote ait lieu après une première série de négociations sur la forme que prendrait l’unification.

Trois options pour une île réunifiée

À plus long terme, O’Leary met en exergue trois résultats possibles à un processus d’unifica-tion : un État unitaire gouverné depuis Dublin ; un gouvernement de dévolution au Nord assez proche de ce qui existe aujourd’hui ; ou une confédération de deux États. Chacune de ces solutions pose des questions différentes sur le fonctionnement du nouvel État, entre autres au niveau de la justice, de l’armée et des services publics.

Si l’on fait abstraction des implications constitutionnelles, toute décision sera au départ motivée par des réflexions identitaires et économiques, deux domaines bouleversés par le Brexit. Bon nombre d’Irlandais du Nord, toutes confessions confondues, ont le sentiment que le Brexit les a dépouillés de leur identité européenne.

Beaucoup de gens ne sont pas hostiles à l’idée d’une Irlande unie, mais ils se sont toujours demandé si elle en valait la peine. Maintenant, le fait que l’unification serait synonyme d’un retour dans l’UE – le Conseil européen a confirmé que dans le cas d’une Irlande unie,  “l’ensemble du territoire” ferait partie de l’Union – pourrait les pousser dans ce sens.

Un nouvel hymne ? Un nouveau drapeau ?

Au Nord, beaucoup de gens sont également conscients que la vie dans une Irlande unie ne semblerait pas aujourd’hui aussi étrange qu’elle l’aurait été du temps où la République ployait sous le poids de l’Église.

Un pays où, il y a trente ans, les contraceptifs étaient sévèrement réglementés, l’avortement était interdit, les homosexuels n’avaient aucun droit, s’enorgueillit aujourd’hui d’avoir, en la personne de Leo Varadkar, toujours Premier ministre [par intérim, en attendant la formation d’un nouveau gouvernement dans le sillage des élections du 8 février], un dirigeant national à la fois gay et d’origine métisse.

Il est plus facile pour une femme d’avorter à Dublin qu’à Belfast, où les unionistes se sont opposés à la libéralisation de la loi sur l’avortement. Le mariage homosexuel n’est légal en Irlande du Nord que parce que Londres l’a voté en dépit des objections des unionistes.

Cela étant, l’identité est autant affaire de petites choses que de grandes, et il y en a une profusion, largement assez pour mégoter et s’offusquer. Faudra-t-il un nouveau drapeau ? Un nouvel hymne ? L’État commémorera-t-il les soldats britanniques du Nord morts pendant les Troubles ?

Une casse-tête économique

Et il y a l’économie. Longtemps, elle a suffi à persuader les électeurs impressionnables du Nord qu’il fallait préserver le statu quo et à dissuader les politiciens irlandais partisans du principe de l’unification de réclamer son application pratique. Comme l’a dit le membre du Bundestag à Michael Collins au téléphone, la dernière réunification d’un pays coupé en deux avait été extrêmement coûteuse. Durant les trente ans qui se sont écoulés depuis la chute du mur de Berlin, la reconstruction économique de l’Est a englouti près de 2 000 milliards d’euros.

L’Irlande du Nord, si elle est plus pauvre que le Sud, se porte quand même nettement mieux que l’Allemagne de l’Est par rapport à l’Ouest. En 1989, l’Allemagne de l’Ouest avait un PIB par habitant quatre fois supérieur à celui de l’Est.

Mais elle comptait aussi quatre fois plus d’habitants, alors que la république d’Irlande n’est même pas trois fois plus grande que le Nord. Et l’économie du Nord est depuis longtemps en désarroi, affaiblie par les Troubles et la désindustrialisation. Selon les chiffres officiels, le secteur public représenterait plus de 50 % du PIB en Irlande du Nord, et les impôts qu’il récolte ne couvrent que les deux tiers de ses dépenses. C’est le gouvernement britannique qui comble la différence.

Un statu quo à la merci de nouvelles surprises

Le Brexit complique un peu plus l’économie de la réunification irlandaise. Les entreprises nord-irlandaises exportent deux fois plus vers la Grande-Bretagne que vers le Sud. Pour d’autres, en revanche, à cause du Brexit, il devient indispensable de quitter le Royaume-Uni.

Une analyse des effets d’un accord de libre-échange entre Londres et Bruxelles montre qu’à long terme cela entraînerait une baisse de 8 % du revenu national de l’Irlande du Nord, contre 5 % seulement pour l’ensemble du Royaume-Uni.

Pour l’instant, seul Sinn Féin préconise le lancement prochain d’un processus d’unification. En règle générale, les nationalistes sont plutôt proches de la pensée de saint Augustin : “Seigneur, donne-moi un référendum sur la frontière, mais ne me le donne pas tout de suite.”

À Dublin, un observateur estime que l’unification est “comme la quête du bonheur – on ne peut pas le rechercher directement, il ne peut qu’être le résultat de l’harmonie et de la paix”. Une vision plaisante, quoique quiétiste. Et qu’une ou deux nouvelles surprises politiques suffiraient à mettre à rude épreuve.

01/03/2020

Note:

(*) Nationaliste définit la communauté catholique du Nord. Sinn Fein se définit lui même comme « républicain ».

Commentaire:

Un certain nombre de choses à rétablir! Les dernières élections de toute l’Irlande ont eu lieu en 1919 et Sinn Fein les a gagnées. Pour ne pas les respecter, Londres a extrait de la province d’Ulster (9 comtés) les 6 comtés où les protestants étaient majoritaires, créant une entité d’apartheid. Dans les années 60, à l’image des noirs aux USA, les catholiques nationalistes se sont soulevés. Ils ont été réprimés par la police unioniste puis par l’armée britannique, ce n’est qu’après que l’IRA s’est reconstruite. Beaucoup pensent que finalement c’est son action (critiquable) qui a imposé le changement.

On a souvent l’idée que la démographie va tout arranger. Ces dernières années, il nait plus d’enfants « catholiques » (puisqu’on doit se définir selon une religion) que de protestants. Mais les irlandaises font moins d’enfants. Et un enfant né « catholique » peut ensuite s’engager dans la police ou dans l’armée britannique. Beaucoup émigrent.

La politique républicaine (partisane de la réunification) a longtemps consisté à faire « entrer » les protestants dans une république tout aussi sectaire où l’église catholique dirigeait en réalité. 

L’espoir ce sont les jeunes, vont-ils enfin considérer qu’ils sont une seule et même classe ouvrière et que leurs véritables adversaires ne sont pas leurs voisins mais les bourgeois du sud comme du nord? Pour la « Workers Republic » que réclamait déjà James Connolly!

Et Brest dans tout çà? En 1796, un protestant, (l’orange du drapeau représente les protestants) Wolfe Tone est venu réclamer l’aide de la « république » (en fait du Directoire) et il y a eu deux flottes au départ de Brest, parties aider l’Irlande. Deux échecs, le vaisseau « Les Droits de l’homme » faisant naufrage devant Plozévet.

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23 février 2020 ~ 0 Commentaire

séparatisme (essf)

coran

« Séparatisme islamiste »

« Le mot et son contenu sont loin de pouvoir nommer toute la réalité »

Pour l’islamologue Rachid Benzine, l’expression de « séparatisme islamiste », utilisée par Emmanuel Macron mardi à Mulhouse, pourrait être récupérée par certains groupes de musulmans, qui se sentent en rupture dans notre société.

Maintes fois annoncée depuis deux ans et toujours reportée, la prise de parole solennelle du président Macron sur la place et l’organisation de l’islam en France a enfin eu lieu, ce mardi 18 février, à Mulhouse.

L’événement ne s’est pas produit sous la pression d’attentats ni en raison de la présence de jeunes Français sur les terrains d’affrontements proche-orientaux du djihad, mais il était deve-nu politiquement urgent à l’approche des élections municipales, après qu’ont paru plusieurs études sociologiques sur l’emprise très prégnante d’un islam obscurantiste sur toute une partie de notre société, et du fait de l’inquiétude grandissante de nombreux élus à ce sujet.

Après de nombreux débats sur le bien-fondé, ou non, de désigner par le vocable « communautarisme » terme qui ne recouvre pas forcément des choses négatives, en particulier dans les pays anglo-saxons – les phénomènes d’emprise religieuse sectaires, le terme « séparatisme » avancé par certains de ses interlocuteurs a séduit le président et, en quelques jours, il est devenu comme un mot magique qui expliquerait tout.

« Jusque-là, on parlait dans notre pays de “séparatisme breton”, “basque”, “corse”, c’est-à-dire de mouvements plus ou moins populaires agissant pour une sécession à la fois territoriale, politique et culturelle »

De fait, certains groupes musulmans fondamentalistes, particulièrement ceux qui se réclament du salafisme wahhabite, sont dans une démarche de rupture avec le fonctionnement du reste de la société, en particulier avec les mœurs modernes dominantes et notre modèle démocratique.

Cependant, le mot et son contenu sont loin de pouvoir nommer toute la réalité. Ainsi, les Frères musulmans ne promeuvent pas une séparation d’avec la société, mais une islamisation – selon leur conception particulière – de plus en plus importante de cette société. Leur islam très politique ne se présente pas comme une rupture avec la société dominante, mais il est porteur d’une volonté de transformer cette société selon leurs vues.

Il existe, par ailleurs, une puissance des mots. Nommer, c’est désigner… mais c’est aussi faire exister. A-t-on, dans l’entourage du président, bien mesuré toutes les conséquences possibles du lancement du vocable « séparatisme » sur la scène publique ?

Jusque-là on parlait dans notre pays de « séparatisme breton », de « séparatisme basque », de « séparatisme corse », c’est-à-dire de mouvements plus ou moins populaires agissant pour une sécession à la fois territoriale, politique et culturelle avec la « République une et indivisi-ble ». En introduisant cette nouvelle terminologie, ne prend-on pas le risque que celle-ci soit, de fait, intégrée par des groupes de la population musulmane qui sont de plus en plus en rupture avec notre société du fait des influences idéologiques reçues, mais aussi en raison des discriminations subies ?

Exercice d’équilibriste étrange

Ce qui frappe une fois de plus, c’est la difficulté largement partagée par tous, de nommer ce qui arrive à notre société, et de cibler le mal dont les effets sont ressentis. Le président de la République a ainsi cru pouvoir accuser « l’islam consulaire » comme étant un des problèmes.

Ce faisant, il a enfourché un cheval de bataille qui était déjà celui de Tariq Ramadan et de ses partisans depuis les années 1990, et que l’on trouve exposé depuis longtemps dans les travaux de certains sociologues.

Il l’a fait, de surcroît, dans un exercice d’équilibriste étrange, montrant du doigt l’Algérie, le Maroc et la Turquie comme représentant des puissances étrangères dont il fallait réduire l’influence sur l’islam de France… mais tentant en même temps de remercier le président algérien et le roi du Maroc pour leur compréhension, conservant ses plus gros reproches pour le président Erdogan.

La dénonciation d’une stratégie d’influence turque fondamentaliste nocive sur l’islam de France correspond certainement à une réalité. En revanche, est-il juste de vouloir mettre « hors jeu » de l’islam de France l’islam officiel de l’Algérie et du Maroc, pays dont restent originaires la majorité des musulmans français ?

Ces pays, que l’on sache, ne sont pas des puissances ennemies. En revanche, le président s’est tu sur les influences saoudiennes et qataries, qui sont pourtant celles qui transforment depuis quarante ans l’islam traditionnel mondial en islam résolument antidémocratique.

Il y a bien tout un islam “non officiel” très organisé. Cet islam-là peut-il être qualifié de “séparatiste” ? Dans la majorité des cas, non.

Il est juste de se préoccuper de la formation des imams de France. Mais qui, dans notre pays, va les former et où ? Qui en a aujourd’hui les moyens… en dehors des cercles Frères musulmans et en dehors des institutions musulmanes turques de France (les seules qui soient réellement organisées et fortes intellectuellement et financièrement) ?

Certes, les « imams détachés » algériens et marocains présentent souvent le désavantage de mal parler le français, mais ils ont bénéficié durant au moins trois ans d’une formation sérieuse en sciences religieuses dont on connaît le contenu et les conditions d’apprentissage. Ce n’est pas le cas pour beaucoup d’imams de nationalité française qui sont partis d’eux-mêmes se former en Arabie saoudite, en Syrie, en Egypte, au Yémen, en Mauritanie ou au Pakistan.

On ne saurait, de plus, oublier qu’en islam il y a d’abord besoin d’imams (« ceux qui sont devant ») pour guider les prières liturgiques quotidiennes, et que ceux-ci n’ont pas besoin d’être des « imams professionnels » formés pour être choisis par les communautés de fidèles.

Pour mener à bien le programme qu’il a esquissé, Emmanuel Macron a dit vouloir s’appuyer sur le Conseil français du culte musulman (CFCM). Il peut, en effet, profiter du fait que celui-ci a à sa tête, pour deux ans, le sage universitaire franco-marocain Mohammed Moussaoui. Mais quelle liberté de manœuvre vont laisser à celui-ci ses partenaires algériens et turcs du CFCM ?

Surtout, le CFCM n’a qu’une influence très faible sur l’islam de France tel qu’il s’est progressi-vement organisé sur l’ensemble du territoire français. Depuis quarante ans, en effet, les pouvoirs publics cherchent à organiser un islam de France « officiel » qui aurait à sa tête des personnalités largement reconnues et pouvant être considérées comme des interlocuteurs efficaces.

Cette représentation officielle et opérante de l’islam n’a pas pu voir le jour pour de multiples raisons. En revanche, il y a bien tout un islam « non officiel » très organisé à partir de vraies mosquées, de centres culturels, d’écoles privées hors contrat, de réseaux commerciaux et d’associations diverses.

Un islam « non officiel » mais qui constitue la réalité première de la deuxième religion de France. Cet islam-là peut-il être qualifié de « séparatiste » ? Dans la majorité des cas, non. Mais il ne s’agit pas pour autant d’un islam en phase avec les idéaux démocratiques et républicains français.

Rachid Benzine (islamologue)

« « Séparatisme islamiste » : « Le mot et son contenu sont loin de pouvoir nommer toute la réalité » ». Le Monde. Publié le 20 février 2020 à 02h20 -
https://www.lemonde.fr/

• Rachid Benzine est islamologue et écrivain. Coauteur avec Christian Delorme de « La République, l’Eglise et l’Islam. Une révolution française » (Bayard, 2016), il vient de publier Ainsi parlait ma mère (Seuil, 96 p., 13 €).

https://www.europe-solidaire.org

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21 février 2020 ~ 0 Commentaire

séparatisme (orient 21)

cocos

Hommage à Marcel Cachin

Du séparatisme communiste au séparatisme musulman

Vieilles lunes, nouvelles sorcières

Le président de la République Emmanuel Macron devait prononcer à Mulhouse, mardi 18 février 2020, un discours contre le « séparatisme » musulman, dont il espère faire un thème central de sa campagne bien mal partie pour les élections municipales.

Avant de se lancer, il aurait dû réfléchir à l’expérience de son illustre prédécesseur Charles de Gaulle, engagé dans la lutte contre le « séparatisme communiste ».

« Notre premier devoir, c’est de guérir cette plaie affreuse du séparatisme, c’est de refaire l’unité nationale à partir de laquelle on refera, sans aucun doute, la puissance, la prospérité, le bonheur de la France… » (1). Qui est l’auteur de cette envolée lyrique ? Emmanuel Macron ? Ou celui dont il disait s’inspirer au début de son quinquennat « vertical » : Charles de Gaulle ? Évidemment le second !

Si ce discours date de 1952, c’est en 1947 que de Gaulle, écarté du pouvoir et qui cherche à y revenir, crée son propre parti politique, le Rassemblement du peuple français (RPF). C’est le moment où il commence à dénoncer le « séparatisme communiste », celui d’un parti très puissant (un quart des suffrages environ) à l’époque, qui fait peur et suscite la haine dans les milieux bien-pensants. Dans un discours célèbre prononcé à Rennes le 27 juillet 1947, il s’écrie :

Mais, si l’unité nationale put être maintenue malgré ceux qui avaient accepté la loi de Hitler, tout le monde sent qu’elle est aujourd’hui et de nouveau en péril. Je dis qu’elle est en péril par le fait d’un groupement d’hommes, dont ceux qui les mènent placent au-dessus de tout le service d’un État étranger. Je le dis avec d’autant plus de force que j’ai moi-même, comme c’était mon devoir, essayé, jusqu’aux limites du licite et du possible, de les attirer vers le service de la France. Oui ! À la Libération, j’avais, avec la Résistance tout entière, jugé qu’il fallait offrir à ces « séparatistes » l’occasion de s’intégrer dans la communauté nationale.

En 1951, le RPF perd les élections législatives.

À nouveau de Gaulle tente de relancer ce thème du « séparatisme », comme l’indique la citation en tête de cet article. Une campagne s’organise. Dans d’innombrables meetings, les orateurs gaullistes clouent au pilori ceux qui regardent vers Moscou, et ses fidèles se bagarrent avec les militants du Parti communiste, faisant ici et là des victimes.

Cette campagne va durer un peu plus d’un an, mais elle ne permet pas de remobiliser, et nombre de députés RPF désertent, cherchent à rallier telle ou telle force, se précipitent vers « la gamelle ». En 1953, l’échec de de Gaulle est acté. Il se retire de la vie politique, voyage en Afrique avant de rentrer à Colombey-les-Deux-Églises.

Remplacer Moscou par La Mecque

Près de 70 ans plus tard, son lointain successeur reprend le thème dans l’avion le ramenant d’Israël fin janvier 2020 : « Il faut essayer de dire sans diviser. Il faut accepter, en disant de parfois bousculer. Mais il faut accepter qu’il y ait, dans notre République aujourd’hui, ce que j’appellerais un séparatisme. »

On peut se demander quel conseiller en communication lui a soufflé ce thème destiné à remplacer le communautarisme et sa menace, et s’il a conscience de prétendre se mettre dans les pas du général de Gaulle.

Ou, peut-être dans ceux d’un autre de ses prédécesseurs, François Mitterrand, ministre de la IVe République qui dénonçait la montée de « mouvements séparatistes » en Afrique, identifiés au communisme, et prônait « l’insertion des pays colonisés dans une communauté plus vaste et plus puissante » — c’est-à-dire une Union française qui ébauche ce que sera la « Françafrique » (2). Moins de trois ans plus tard, les « séparatistes » sont « séparés » et, pour certains, gardent le pouvoir plusieurs décennies durant.

Plus proche de nous, dans Le Figaro du 19 mars 2018, cent intellectuels, allant de la droite la plus radicale à la gauche islamophobe signaient un texte en ce sens, mais avec assez peu d’échos, sinon un soutien de Manuel Valls, qui cherche à faire oublier des échecs successifs en France comme en Espagne — comme par hasard, on apprend que le personnage vient de se réconcilier avec Emmanuel Macron.

Comme de Gaulle, Macron est en difficulté au plan politique, à la veille d’échéances électorales majeures et a besoin de se « refaire », comme disent les joueurs de poker. Mais la cible a changé, les communistes ont été remplacés par les musulmans. Les séparatistes, accuse-t-on, ne regardent plus vers Moscou, mais vers La Mecque, Riyad, Doha ou Ankara.

Cependant, comparaison n’est pas raison et on aura du mal à comparer la force du Parti communiste au début des années 1950, représentant un quart de la population, avec les différents courants de l’islam politique en France, implantés très localement, divisés, parmi une population qui ne représente qu’une minorité des habitants de l’Hexagone.

Et si on nous promet un projet de loi contre le séparatisme, on conçoit mal ce qu’il peut contenir de nouveau. Si l’on en croit Le Point (6 février), on veut supprimer les cours de langue et de culture d’origine, enseignements assurés par du personnel venant de Turquie ou du Maghreb, sous prétexte qu’ils véhiculeraient des idées contraires à celle de la République. Noble objectif, mais la République est-elle disposée à assurer ces cours avec ses propres enseignants ? On peut en douter quand on connaît le statut de l’enseignement de l’arabe en France.

Les vieilles sorcières communistes ne font plus peur, il faut en trouver de nouvelles, et l’islam politique est tout désigné. Les nouveaux inquisiteurs préparent des bûchers pour sauver leur peau électorale. Pourtant, le précédent gaulliste démontre en l’espèce qu’on peut tout faire avec le « séparatisme », sauf gagner des élections.

Jean-Pierre Sereni 18 février 2020

https://orientxxi.info/

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21 février 2020 ~ 0 Commentaire

séparatisme (npa orient-21)

2003

Macron et le « séparatisme » : surenchère islamophobe

Tout à sa stratégie de concurrencer le RN sur son terrain raciste, Macron, à un mois des municipales, vient de proclamer haut et fort – complaisamment relayé par les grands médias – son « offensive républicaine » contre le « séparatisme islamiste ». C’était le 18 février à l’occasion de sa visite à Bourtzwiller, un quartier populaire de Mulhouse (dans le Haut-Rhin).

La « Reconquista » de la République 

Ce quartier fait partie des « Quartiers de reconquête républicaine » ; il est un des quinze territoires mis il y a deux ans sous surveillance et contrôle administratif et policier renforcés dans le cadre d’un plan interministériel ayant pour objet d’expérimenter de nouvelles mesures de « lutte contre l’islamisme et le repli communautaire ».

Une expérimentation qui aboutira, en novembre dernier, à la circulaire du ministère de l’Intérieur visant à combattre toute « tentative de sécession » et à détecter et réprimer tout ce qui – au niveau cultuel mais aussi culturel, associatif ou même sportif – pourrait « [contribuer] au repli communautaire ».  De simples « doutes » suffisent, précise Castaner…

Dans sa circulaire, il prend néanmoins bien soin de rappeler qu’ « il est indispensable  de porter un discours [!] républicain fondé sur  la liberté, l’égalité et la fraternité, ainsi que sur la laïcité » mais, loin du « discours », la réalité c’est un véritable plan de guerre renforçant encore et encore la politique raciste qui stigmatise et ostracise les musulmanEs ou supposéEs telEs.

Castaner enjoint tous les préfets à faire de cette lutte une « priorité » et enrôle dans sa croisade non seulement les autres services de l’État (Éducation nationale, Justice, etc.) mais aussi les maires qui sont « les mieux placés aussi  pour percevoir les signes faibles [!] d’une dégradation de la situation, d’un glissement – voire d’un basculement et d’une fracture ».

Le refrain tristement connu du musulman et de la musulmane potentiellement communau-taristes et donc potentiellement terroristes… mais également la porte ouverte à l’arbitraire le plus total et à la délation « populaire » qui évoque immanquablement une autre période sombre de ce pays et un autre racisme d’État, l’antisémitisme, qui, désigna les JuifEs eux et elles aussi comme boucs émissaires et ennemis potentiels de la République (la 3è).

L’ennemi de l’intérieur et de l’extérieur

La prestation mulhousienne de Macron s’inscrit dans ce nouveau plan de guerre islamophobe. Il a même tenu à faire de la surenchère en remplaçant le stigmate raciste habituel « communautarisme » par « séparatisme islamiste ».

Un terme inventé par des « intellectuels » aussi réactionnaires que médiatisés, comme Finkielkraut, à l’occasion d’une tribune publiée il y a deux ans dans le Figaro, dénonçant « l’islamisme » comme un « nouveau totalitarisme » (l’ancien étant bien sûr le « communisme ») et menaçant le pays d’un « apartheid d’un nouveau genre ». Le séparatisme c’est la destruction de la République française. Le combattre est un combat national suprême qui autorise tout !

En choisissant sciemment ce terme, Macron désigne, plus clairement encore qu’avec le mot « communautarisme », un ennemi de l’intérieur musulman, potentiellement islamiste. Un ennemi de l’intérieur clairement identifié comme étant en lien avec l’ennemi de l’extérieur.

Il a évoqué le financement étranger de mosquées (suffisamment vaguement pour ne pas fâcher le précieux partenaire commercial qatari, impliqué dans la construction de la mosquée de Mulhouse !).

Puis le président a déclaré fermer désormais la France aux « imams détachés » envoyés par d’autres pays considérés comme des viviers de terroristes islamistes.

Autre annonce, la disparition du dispositif de cours en langues étrangères (ELCO) dispensés dans les établissements scolaires par des enseignants mis à disposition par les gouvernements d’autres pays et soupçonnés par Macron  d’ « enseigner des choses qui ne sont manifestement pas compatibles ou avec les lois de la République ».

La suppression de ce dispositif facultatif est une mesure discriminatoire qui va priver les enfants d’un enseignement de la langue et de la culture originelles de leur famille dans le cadre de l’école publique et laïque.

À l’occasion du traditionnel bain de foule à Bourtzwiller, quelque peu « interpellé »  par des habitantEs sur l’état de leur quartier: désert médical, chômage… Macron osera cette réponse : « On doit lutter contre le séparatisme parce que quand la République ne tient pas ses promesses d’autres essaient de la remplacer ».

Quelles promesses ?! Et le destructeur des services publics, des acquis sociaux et de l’emploi ne se contentera pas de cette cynique pirouette ; il se fera aussi combattant des discriminations ! Mais à sa façon, très « premier de cordée » : « On doit lutter contre les discriminations, on doit mettre la méritocratie partout » !

Combattre l’islamophobie et tout racisme !

La droite et l’extrême droite n’ont rien à redire à cette nouvelle campagne islamophobe, bien au contraire, si ce n’est de réclamer toujours plus de mesures concrètes et notamment, comme le martèle à chaque occasion Valeurs actuelles, un renforcement de la lutte contre l’immigra-tion, une immigration qui alimente et « cimente au quotidien le repli communautaire ». Macron et les siens n’auront rien à y faire : l’original sera toujours préféré à la copie…

La présente campagne islamophobe a bien sûr un sale arrière-goût électoraliste mais elle survient fort à propos en pleine mobilisation sociale contre la politique néolibérale du gouver-nement. Une opération de diversion et de division qu’il faut combattre comme telle, mais qu’il faut également combattre comme opération de terrorisation de toute une population.

Jean Boucher Jeudi 20 février 2020

https://npa2009.org/

Lire aussi:

Du séparatisme communiste au séparatisme musulman (Orient 21)

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18 février 2020 ~ 0 Commentaire

islam (le-monde npa)

croisade

Sur l’islam et la République, les dangers de l’amalgame

Emmanuel Macron doit dévoiler mardi sa stratégie contre ceux qui ont « un projet de sépara-tion d’avec la République ». Les indécisions de l’exécutif réactivent, à chaque fois, chez les musulmans, un profond malaise.

Après le plan contre la « radicalisation » et l’appel à une « société de vigilance » pour lutter contre l’« hydre islamiste », le combat contre l’« islam politique » et la défense de la « laïcité », est venu le temps de la lutte contre le « communautarisme », terme remplacé jeudi 6 février par le « séparatisme », plus proche de l’idée de « sécession » évoquée à plusieurs reprises par le chef de l’Etat.Laïcité, loi de 1905, structuration de l’islam de France, communautarisme… Après une valse-hésitation, Emmanuel Macron devrait finalement dévoiler une partie de sa stratégie visant ceux qui ont « un projet de séparation d’avec la République » au terme d’un déplacement à Mulhouse (Haut-Rhin), mardi 18 février. Chacun de ses revirements sémantiques sème encore un peu plus le flou sur la nature de la « menace » que le gouvernement dit – et redit – vouloir combattre, et replace sans cesse l’islam au cœur des débats. Sans compter les polémiques sur le port du voile, les mères voilées accompagnatrices en sortie scolaire ou encore les « listes électorales communautaires » qui ont jalonné 2019. Des séquences très médiatiques, largement alimentées par certains membres du gouvernement.

Restent une impression : le président de la République s’y perd ; une certitude : les Français aussi ; et un goût amer : celui, pour les citoyens de confession musulmane, d’avoir le sentiment d’être sans cesse «instrumentalisés » au nom d’un « jeu politicien qui nous dépasse», déplore Mohammed Moussaoui, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM). Et pour les quartiers populaires, d’être en permanence montrés du doigt.

Atermoiements de l’exécutif

M. Moussaoui appelle à un traitement « proportionné » du sujet. « Les musulmans se sentent doublement otages : de ceux qui veulent leur imposer des pratiques qui les heurtent – ils sont les premiers à en souffrir – et des débats publics qui font de leur spiritualité un objet de suspicion permanent. Les pratiques d’une petite minorité ont pour effet de mettre à l’index toute une communauté. » (Payant)

Louise Couvelaire 18 février

https://www.lemonde.fr/

croisades

Lire aussi:

Marxisme et religion

On résume souvent la pensée de Marx sur la religion à une citation : « La religion c’est l’opium du peuple ».

Pour Marx, ce n’est pas « Dieu » qui fait les hommes, mais les hommes qui font les dieux. Le marxisme est donc un athéisme. Historiquement, la pensée religieuse a pu être un recours pour expliquer un monde dont les hommes n’avaient pas la maitrise. Moins une société est développée techniquement, scientifiquement, plus il est aisé qu’un cataclysme, une mauvaise récolte, un malheur soient perçus comme des châtiments divins. Ce n’est donc pas un hasard si les philosophies matérialistes sont apparues au 18è siècle dans un contexte d’essor des sciences.

Mais le marxisme est un matérialisme dialectique, contrairement à d’autres philosophies athées. Il s’agissait donc pour Marx et Engels de combattre la religion en comprenant ses racines sociales, en s’attachant d’abord à combattre les raison de son existence. De même que le paysan du Moyen-âge voyait dans une mauvaise récolte l’expression d’un châtiment, le travailleur broyé et apparemment impuissant devant les forces écrasantes du Capital peut trouver dans la religion « l’expression de sa misère réelle ». Pour Lénine : «  Aucun livre n’expurgera la religion des masses abruties par le bagne capitaliste ».

Le marxisme n’a pas une vision dogmatique du rôle social de la religion, qui n’est pas le même en tout temps et en tout lieu. Son attitude à son égard est avant tout guidée par la lutte de classes. C’est ce qui fit dire à Lénine : « Si un prêtre vient à nous pour militer à nos côtés et qu’il s’acquitte consciencieusement de sa tâche dans le parti sans s’élever contre le programme du parti, nous pouvons l’admettre ».

La foi n’est pas une affaire privée, de même que le sexisme, le racisme ou l’homophobie. Mais ce sont les actes qui parlent, non les consciences, qu’un parti ne peut pas sonder. Chacun a  des contradictions. Ce qui compte c’est leur retraduction sur le terrain politique et militant. Les partis marxistes ont toujours lutté pour la stricte séparation de l’Etat et des Eglises ; le corolaire, c’est que l’Etat n’a pas à s’immiscer dans les croyances de tout un chacun. Marx ajoutait : « chacun doit pouvoir satisfaire ses besoins religieux et corporels, sans que la police y fourre le nez » (Extrait voir lien)

Jihane Halsanbe Mardi 28 mai 2013

https://npa2009.org/

croisades

Débat « religion, féminisme, laïcité » (Débat NPA)

Religion (NPA)

La religion, opium du peuple ? (NPA)

La gauche malade de « la haine de la religion » (NPA)

« Marxistes et religion, hier et aujourd’hui » (Gilbert Achcar)

Le piège de la « lutte contre l’islamophobie » (Lutte Ouvrière)

Contre l’islamophobie: Lutte Ouvrière inverse la hiérarchie des normes (NPA)

10 thèses sur la religion et contre l’islamophobie (Tendance Claire)

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18 février 2020 ~ 0 Commentaire

ouighours (pùblico)

ouighours
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Un nouveau document révèle les détails de la persécution de la minorité musulmane du Xinjiang
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Un document révélé par la presse internationale énumère les raisons qui ont conduit à la détention de musulmans chinois, comme la croissance de la barbe ou le mariage avec une femme qui porte un voile islamique. Des centaines de milliers de personnes sont passés par les camps de rééducation du nord-ouest de la Chine.Le fait d’avoir « trop ​​d’enfants » ou de porter un voile est la raison de l’arrestation de centaines de milliers de musulmans dans des camps d’internement et de rééducation en Chine.
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Un document publié lundi par la BBC britannique, la Deutsche Welle allemande et d’autres médias internationaux, montre comment les autorités chinoises ont suivi et enregistré en détail la vie privée des membres de la minorité musulmane du Xinjiang, une région autonome du nord-ouest du pays.
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Le document, composé de 137 pages de tableaux, répertorie les données personnelles de plus de 3 000 personnes et comprend des informations sur leurs vêtements, la fréquence à laquelle ils prient et avec qui ils communiquent quotidiennement. La BBC indique que la source de ce dossier est la même que celle qui, en novembre, a publié des documents détaillant l’organisation et la vie quotidienne des camps de «transformation idéologique» des membres des minorités ouïghoure et kazakhe.
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La Chine, qui a été la cible de condamnations internationales pour ce qu’un consortium international de journalistes décrit comme « la plus grande incarcération de masse d’une minorité ethnico-religieuse depuis la Seconde Guerre mondiale », nie toute illégalité ou violation des droits de l’homme et justifie cette pratique avec la nécessité de lutter contre le terrorisme et l’extrémisme religieux.
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Cependant, le document diffusé ce lundi est encore un autre signe de persécution ethnique et religieuse. Deutsche Welle évoque le cas d’un homme détenu, sans droit à un procès, pour le fait que sa femme portait un voile dans le passé et parce que le couple avait «trop» d’enfants, d’autres en raison de se faire pousser la barbe, de demander un passeport ou d’accéder à des sites Internet hébergés à l’étranger.
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La fuite de novembre avait déjà révélé l’ampleur de la campagne de répression chinoise. En seulement une semaine en juillet 2017, selon les documents révélés alors, près de 15 000 personnes ont été envoyées dans les soi-disant centres de rééducation. Le nombre total de détenus est inconnu, les organisations de défense des droits humains et les membres de la diaspora ouïghoure estiment qu’entre 800 000 et deux millions de personnes sont passées par les camps d’internement du Xinjiang.
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Dans ces camps, selon des documents révélés en 2019, les détenus sont surveillés 24 heures sur 24, ne peuvent pas parler dans leur langue maternelle et sont physiquement punis pour les échecs de leur processus de rééducation.
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Depuis 2009 – l’année où une vague de violence contre la migration des Chinois Han (majoritaire en Chine) a fait plus de 200 morts à Urumqi, la capitale et la plus grande ville du Xinjiang – Pékin a établi un authentique État policier dans cette région à prédominance musulmane, recourirant à des techniques de surveillance agressives et réprimer les manifestations d’identité culturelle et religieuse.
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Pedro Guerreiro 17 février 2020
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14 février 2020 ~ 0 Commentaire

michael lowy (pùblico)

AmeriLatine

« Seul un mouvement de masse révolutionnaire peut mettre fin au capitalisme ».
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En modifiant la définition que certains révolutionnaires français se donnaient d’eux-mêmes, pourrait-on dire que nous sommes marxistes parce que nous sommes chrétiens?
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Eh bien, je le formulerais un peu différemment: « Nous sommes marxistes parce que nous incorporons et mettons en pratique le message révolutionnaire de l’Évangile ».
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Pensez-vous, comme Gramsci, que « la religion est l’utopie la plus gigantesque »?
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C’est une formule quelque peu énigmatique, qui peut être interprétée de différentes manières. Je pense plutôt que nombre des plus grandes utopies ont des racines religieuses.
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Pourquoi la théologie de la libération (ou le christianisme de libération, comme vous l’avez appelé) n’est-il pas enraciné en Europe, un continent si attaché au christianisme?
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Car le christianisme de libération est un mouvement caractéristique des pays du Sud, dominé par une oligarchie farouche, en alliance avec l’impérialisme américain. Ce sont des pays où les inégalités sont beaucoup plus brutales qu’en Europe, la pauvreté est massive et les luttes sociales assez radicales.
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En Europe, il y a eu une gauche chrétienne assez avancée, entre les années 50 et 80 du siècle dernier, mais elle a ensuite perdu beaucoup de son influence. Les gens en Europe ne sont pas aussi croyants qu’en Amérique latine, et il n’y a pas eu quelque chose de similaire à la révolution cubaine dans le vieux continent.
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Seul un athée peut être un bon chrétien, comme l’a souligné Bloch?
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Je ne pense pas … C’est une formule paradoxale. Bloch rejette l’idée d’un «Dieu tout-puissant», divin monarque de l’Univers, mais croit au message social subversif du christianisme originel. C’est, je pense, ce que signifie votre expression. Mais sa formulation exclusive me semble erronée: « Seul ».
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Pour la théologie de la libération, le développement industriel, les nouvelles techniques et la modernisation de la production, loin de résoudre les problè-mes sociaux du continent, les aggravent et les intensifient.  Il semble que nous ne soyons pas en mesure d’offrir un modèle différent du modèle existant,  le capitalisme n’est peut-être pas aussi mourant que certains le pensent…
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Le capitalisme est en crise, mais pas du tout en train de mourir … Walter Benjamin a dit à juste titre que « le capitalisme ne mourra jamais de mort naturelle ». Seul un mouvement de masse révolutionnaire peut y mettre fin.
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Il existe plusieurs modèles alternatifs au capitalisme. L’un des plus intéressants est l’écosocia-lisme, qui suscite une nouvelle civilisation, fondée sur des valeurs socialistes et démocratiques, ainsi que le respect de notre maison commune, la Terre mère. Cela inclut de nouvelles formes de technologie, mais à la suite d’une réorganisation radicale du processus de production, grâce à une planification écologique démocratique.
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Quel rôle jouent les églises néo-pentecôtistes – si rétrogrades – dans la montée de l’extrême droite? Que se passe-t-il au Brésil que le Parti des travailleurs n’a pas réussi à convaincre?
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Ces églises, véritables sociétés de production capitalistes pour un marché religieux, ont joué un rôle important dans la victoire du sinistre Jair Bolsonaro, néo-fasciste tropical. Le Parti des Travailleurs n’a pas réussi à convaincre parce que certains de ses dirigeants étaient impliqués dans des affaires de corruption (bien que moins que les partis de droite) et parce qu’ils ont cessé pendant des années de faire un travail de base. Mais il est vrai que son candidat, Fernando Haddad, a dû faire face à une violente campagne de fake news, via un système de diffusion WhatsApp massif.
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Au sein de cette fraternité que vous proposez aux chrétiens révolutionnaires et aux révolutionnaires athées et agnostiques, quel rôle joueraient les femmes?
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Les femmes sont les principales organisatrices des communautés de base chrétiennes et des pasteurs populaires. Elles ont donc un rôle important dans la participation des chrétiens aux mouvements sociaux et politiques de gauche. Mais je ne crois pas qu’en Amérique latine les relations se fassent en termes de « chrétiens » et « athées » …
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Pour Marx, le capitalisme est un système d’exploitation; Vous affinez et ajoutez que c’est aussi un système de destruction. Sommes-nous à temps pour inverser ce progrès (Benjamin a dit que le progrès est une catastrophe)?
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La lutte pour empêcher la catastrophe écologique destructrice de la vie provoquée par le capitalisme est fondamentale. Comme Benjamin l’a également dit, la révolution est le frein d’urgence pour arrêter le train du «progrès» capitaliste, qui nous entraîne dans l’abîme. Le ferons-nous à temps? Je ne sais pas. Mais, et maintenant je cite Bertolt Brecht, « qui se bat peut perdre, qui ne se bat pas, a déjà perdu ».
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Tout ordre catholique, surtout les jésuites, est instamment prié de rester en dehors des questions politiques. En ce sens, le pape François est-il une exception dans la politique vaticane?
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Non! En fait, les jésuites et les papes ont toujours fait de la politique. Pendant des siècles, c’était la politique des classes dirigeantes. Pour les jésuites, cela commence à changer dans les années 70, lorsque le père Arrupe devient général de l’ordre.
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De nombreux jésuites (mais pas tous) ont participé au christianisme de libération. Le pape François est une exception au Vatican, car sa politique pastorale est orientée vers les classes opprimées, les pauvres, et se soucie de notre Maison commune, menacée par le capitalisme. Il n’y avait rien de tel dans le passé … (…)
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Si vous étiez un homme de foi, seriez-vous chrétien?
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Comme je ne suis pas un « homme de foi », j’ai du mal à répondre à cette question … Je suis juif par mon origine et j’ai travaillé sur la relation du messianisme juif avec les utopies révolution-naires. Mais je suis latino-américain, et j’ai beaucoup de sympathie et d’affinité avec le christianisme pour la libération …
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Parler du marxisme aujourd’hui nécessite une référence obligatoire: celle de Michael Löwy (Sao Paulo, 1938), qui est aussi l’un des moteurs de l’écosocialisme anticapitaliste. L’ancien directeur de recherche du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) en France vient de publier Christianisme de Libération (The Old Mole), un essai dans lequel il construit un espace de compréhension et de lutte commune entre révolutionnaires chrétiens, athées et agnostiques à la relecture de certains classiques comme Marx, Engels ou Bloch, mais aussi Benjamin ou Boff.
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Esther Peñas 09/02/2020
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Lire aussi:

“La barbarie moderna ha llegado a niveles inimaginables para Rosa Luxemburgo (Pùblico)

Commentaire:

Michael Lowy est un  » vétéran » de la 4è Internationale. Discours assez étrange ici, où les chrétiens catholiques, plus ils pratiquent et plus ils sont à droite, voire d’extrême droite. On aimerait autant de tolérance des athées envers les musulmans. Enfin, unité d’action avec les croyants, mais leur église est une institution oppressive. On n’oublie pas l’interdiction de la contraception en Afrique, l’esclavage des nonnes…

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03 février 2020 ~ 0 Commentaire

inconscient colonial (orient 21)

croisades

France, le poids de l’inconscient colonial

« La République et l’islam », de Pierre-Jean Luizard 
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Il est impossible de comprendre les rapports entre l’islam et la République sans remonter à l’histoire coloniale qui continue à peser, bien après l’accès aux indépendances.

Dans les rapports entre la République française et l’islam, l’éclairage est mis la plupart du temps sur les reproches faits à l’islam, tant au sens de religion qu’à celui de civilisation, et des sociétés qui s’en réclament.

Mais mesure-t-on vraiment les effets du choc colonial sur le rapport entre ces entités ? Pour Pierre-Jean Luizard, en effet, « Le monde musulman a subi un choc sans précédent aux 19è et 20è siècles : en moins d’un siècle, l’ensemble des pays à majorité musulmane est passé sous la domination directe ou indirecte des puissances européennes conquérantes ».

On pourrait dire, comme le font certains : « Le colonialisme, c’est fini, nous avons tourné la page depuis 1962 ! (indépendance de l’Algérie) »

Sauf que l’attitude des grandes puissances euro-nord-américaines, Russie comprise, en remettent régulièrement une couche qui dément cette affirmation. En témoigne d’abord l’arrogance de l’État d’Israël, enfant chéri de ces grandes puissances et qui, en poursuivant une colonisation au sens classique du terme au cœur même des mondes arabe et islamique, apparaît comme un prolongement direct de l’ère impériale-coloniale.

Et puis nous avons vécu successivement, dans des formes impérialistes nouvelles adaptées à notre époque

Les guerres d’Afghanistan depuis 1988, la russe d’abord et celle de l’OTAN ensuite;

Celle du Golfe, avec l’installation concomitante des États-Unis dans la péninsule Arabique en 1990 et l’occupation de l’Irak en 2003

L’incursion directe en Libye et l’élimination du régime de Mouammar Khadafi en 2011, et à sa suite,

L’intervention dans l’ensemble de la zone sahélienne pour lutter contre la déstabilisation catastrophique de cette dernière ;

Les actions militaires en Syrie contre le régime et contre l’Organisation de l’État islamique (OEI), etc.

Rapports égalitaires ou marché de dupes

La création d’un État islamique à Mossoul, à cheval sur l’Irak et la Syrie a été bien accueilli par une partie des populations locales, au moins dans un premier temps, avant ses exactions monstrueuses contre les minorités chrétiennes, yézidies, kurdes et turkmènes, sans parler des chiites.

N’est-ce pas parce qu’elles y ont vu la fin de l’ordre étatique né des accords Sykes-Picot et des traités de Sèvres et de Lausanne ? Cela signifie bien, s’il en fallait une preuve, que la page de l’impérialisme colonial n’est pas tournée.

Mais qu’en est-il plus précisément des rapports tissés entre la République et la religion islami-que pendant cette période qui, n’en déplaise aux oublieux, se fait toujours sentir dans la psyché des peuples arabes et des musulmans ?

L’auteur passe au crible le « marché de dupes » de l’expédition d’Égypte (1798-1801), le rôle des saint-simoniens en Égypte (1833-1836) et en Algérie (après 1837), le décret Crémieux et la naturalisation forcée de Juifs d’Algérie ; la politique française de Jules Ferry en Algérie ; la division par la République laïque, de la « Grande Syrie » sur une base confessionnelle ; enfin le refus d’appliquer en Algérie la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État.

Dans tous ces épisodes, la République n’a pas seulement soumis les musulmans à un régime spécial de police, en nommant elle-même, comme en Algérie, les imams et en en contrôlant les associations cultuelles – politique dont les États indépendants ont d’ailleurs conservé en héritage.

Elle a aussi mis en avant de façon officielle les forces favorisant les confessions et organisa-tions chrétiennes, comme cela fut le cas non seulement en Syrie et au Liban, mais aussi en Algérie. Dans un dernier chapitre, l’auteur peut alors évoquer les racines coloniales de la politique musulmane de la France aujourd’hui.

Effectivement, après le danger pour l’empire qu’il dénonçait hier pour justifier la mise sous tutelle de l’islam, l’État français agite aujourd’hui la menace qu’il constituerait pour la Républi-que. Le rappel cumulé de tous ces faits donne l’impression saisissante de dégager les effets désastreux de sa politique parmi les musulmans et de susciter de leur part un soupçon — tout à fait compréhensible — de mauvaise foi et de prétention à une laïcité dont ils ont sérieusement pâti et qui a laissé chez eux des traces profondes. (…)

On peut aussi regretter, concernant l’Algérie coloniale, que la revendication de laïcité par le réformateur Abdelhamid Ben Badis soit présentée comme une simple tactique :

« Retourner contre le colonisateur ses propres principes en jouant de ses contradictions ne signifiait pas que le colonisé ait fait siens ces mêmes principes ».

En fait, la laïcité de Ben Badis, reprise par l’émir Khaled et Messali Hadj fut bien une question de principe, comme cela ressort de cette déclaration du fondateur de l’Association des oulémas musulmans algériens à propos de leur organisation à l’échelle internationale, rappelée par Ali Mérad (1):

« Ce qu’il nous faudrait, ce serait un conseil islamique (Jamaat al-Muslimin) réunissant les gens de science et d’expérience, auxquels il appartiendrait d’étudier les affaires des musulmans sur la base de la consultation (choura), et d’en décider conformément au bien et aux intérêts de la communauté (oumma). Il est du devoir de tous les peuples musulmans d’agir en vue de faire émerger cette Jamaa, laquelle devrait être strictement apolitique et totalement à l’abri des ingérences gouvernementales, qu’il s’agisse de gouvernements musulmans ou non. »

On mesure ainsi la profondeur du malentendu existant dans l’imaginaire français à propos des courants réels parmi les musulmans de France.

1er février 2020

Roland Laffitte Chercheur indépendant et essayiste, président de la Société d’études linguistiques et étymologiques françaises et arabes (Selefa)
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Pierre-Jean Luizard, La République et l’islam. Aux racines du malentendu Tallandier, 2019 240p  18,90 euros
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31 janvier 2020 ~ 0 Commentaire

iran (basta)

iran

Banques et édifices religieux incendiés 

En Iran, la contestation s’attaque aux symboles du régime

Un temps éclipsé par les tensions avec les États-Unis, le soulèvement populaire a vite repris contre le régime iranien. Face à la censure de l’information, plusieurs membres du collectif « La Chapelle debout », qui suivent la situation de près, décrivent dans ce texte l’état de la mobilisation et la situation dans le pays. Ils en appellent à la solidarité avec les Iraniens et Iraniennes en lutte.

Depuis l’élimination, le 3 janvier à Bagdad, du général iranien Qassem Solemaini, le monde entier craint une escalade guerrière entre l’Iran et les États-Unis. Après la frappe de drone qui a tué le numéro un de la Force Al-Qods des Gardiens de la révolution, la République islamique a mis en scène un grand deuil national avec pour mot d’ordre : « La vengeance sera terrible ».

Les images de ces défilés, prises et diffusées par les médias officiels iraniens, ont bénéficié d’une couverture médiatique massive contrastant avec les révoltes du mois de novembre 2019 dans plus de 130 villes du pays, violemment réprimées à huit clos. Ces défilés et leur écho médiatique ont permis au régime d’effacer pendant quelques jours la mémoire du sang versé en novembre, et de produire une image d’unité nationale.

Mais le crash d’un avion d’Ukraine Airlines à Téhéran, dans la nuit du 8 janvier soit en pleine opération des Gardiens de la révolution contre deux bases militaires états-uniennes en Irak, relance la colère populaire. Après deux jours de déni, les autorités iraniennes confirment que les Gardiens de la Révolution ont « par erreur » frappé l’avion, tuant 176 personnes. Cet événement fait d’ailleurs oublier que plus de 50 personnes sont mortes lors d’une bousculade le 7 janvier à Kerman, pendant les funérailles de Qassem Soleimani.

Le spectacle est alors terminé. Les 11 et le 12 janvier, à Téhéran, Ispahan, Babol, Hamedan, Rasht et d’autres villes, des Iranien.n.es se rassemblent dans la rue pour crier leur rage contre le régime, ses mensonges et ses crimes. Dans le sillage de la révolte du mois de novembre, ils crient : « Soleimani est un assassin, son guide [Khamenei] un traître ».

« Iran, France, Irak, Chili, Liban… même combat »

Mi-novembre 2019 a éclaté en Iran un soulèvement populaire, qui a été fortement réprimé. Au moins 304 personnes ont été tuées, 7 000 emprisonnées, mettant fin, pour un temps, à la contestation. Mais le 7 décembre 2019, trois semaines après la répression sanglante, les étudiant-e-s iranienne-e-s se sont encore rassemblé-e-s dans plusieurs universités pour montrer que la lutte se poursuit. Ils brandissent des banderoles dans plusieurs villes, s’adressant à tous les peuples en lutte : « Iran, France, Irak, Chili, Liban … même combat ».

La révolte a éclaté en réponse à la dernière phase de réformes économiques « néolibérales », qui ont pour but de supprimer les subventions sur les carburants, de réduire le budget des retraites (en augmentant l’âge de départ et en diminuant les pensions) et de la sécurité sociale, d’augmenter la TVA et les impôts touchant les salariés. Elles offrent des cadeaux fiscaux à la bourgeoisie d’affaires et renforcent les processus de privatisations. Ce programme s’accorde avec les recommandations du FMI, et a reçu le soutien total du guide suprême Ali Khamenei, comme de l’ensemble des élites du régime.

Cette politique n’est pas une nouveauté. Elle a été suivie par tous les gouvernements successifs depuis l’après guerre Iran-Irak (1980-1988), avec un temps fort lors des privatisations massives d’Ahmadinejad, sous les directives déjà l’Ali Khamenei, en 2006.

En 2018, avec la sortie des États-Unis de Trump de l’accord de Vienne sur le programme nucléaire iranien, des sanctions économiques ont été rétablies [2]. Leurs effets combinés aux politiques économiques du régime rendent la vie de plus en plus chère et pénible pour la majorité des Iranien-e-s. Dans les faits, l’État et la bourgeoisie gouvernante profitent aussi des sanctions pour mener ces politiques d’« ajustement » et s’enrichir encore plus [3].

« L’heure n’est pas au sommeil mais à la révolution » / « Alân che vaqt-e khâb-e, vaqt vaqt-e enghelab-e »

Le 14 novembre 2019 à minuit, le gouvernement de Hasan Rohani annonce ainsi une hausse de 300 % du prix de l’essence. Quelques heures après, on se réunit, on occupe l’espace publique et on crie sa colère. Pendant trois jours et trois nuits, la révolte se propage à au moins 135 villes.

Les villes pauvres et périphériques connaissent autant de révoltes que la capitale. À Téhéran, le soulèvement surgit plutôt dans les quartiers de l’est et du sud-ouest, des zones pour la plupart marginalisées et pauvres. Le mouvement est marqué par la colère des manifestant-e-s qui affrontent courageusement la police (les Basidjis et les Gardiens de la Révolution), mettent le feu aux banques, aux stations de service, aux bureaux des représentants du guide suprême, à quelques palais de justice et commissariats, aux bases des Basidjis et à d’autres bâtiments étatiques.

À Sadra (localité de Chiraz), au sud-ouest du pays, après que le guide suprême a appelé à réprimer des « Ashrâr » (malfaiteurs) – nom donné au peuple en lutte –, les gens attaquent la résidence de l’Imam du vendredi – une instance politique, chargée de la propagande et désignée par le guide suprême. Un hélicoptère arrive et les disperse à balles réelles. Dans plusieurs villes comme Téhéran et Ispahan, les gens bloquent les autoroutes.

Dès le début, les slogans visent le régime. On scande « L’essence n’est qu’un prétexte, la cible c’est tout le système ». Dans plusieurs villes dont Chiraz, les slogans s’en prennent directement au guide suprême et au principe du Velayat-e Faqih (le « gouvernement du docte »).

À Eslamshahr, ville ouvrière où se trouve l’un des plus grands bidonvilles du monde, un homme filme son portrait géant en flamme. À la fac de Téhéran où l’on scande « Étudiant, ouvrier, debout dans les tranchées ! », les étudiant-es en lutte s’enferment dans le campus pendant quatre jours. Les Basidjis entrent alors dans la fac cachés dans des ambulances, et enlèvent les étudiant-e-s. (Pour lire sur Bastamag voir lien)

« Réformistes, principalistes, votre heure est venue » / « Eslâh talab osool gara, dige tamoom-e mâjara »

« Pain, travail, liberté » / « Nân, kâr, âzadi »

« Mort aux oppresseurs, que ce soit à Gaza ou à Téhéran ! »« Du Liban à l’Iran, la révolte est dans la rue », « De l’Irak à l’Iran, les opposants sont en prison », « Mon frère irakien, je te rends ton sang ».

« La répression n’achève pas la lutte, la résistance c’est la vie ! » / « Sarkoub pâyân-e râh nist, moqâvemat zendegi-st »  [9]

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Collectif « La Chapelle debout » 31 janvier 2020

https://www.bastamag.net/

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01 janvier 2020 ~ 0 Commentaire

2019 année sociale (pùblico)

 People attend a demonstration to urge politicians to act against climate change in Paris, France, as the COP24 is held in Poland

L’année des protestations sociales dans le monde

De Hong Kong à l’Iran, la France ou le Zimbabwe, les manifestants sont descendus dans la rue pour protester contre le gouvernement et exiger des améliorations sociales. Bien que les manifestations latino-américaines aient eu lieu pendant l’automne, il y avait eu de nombreuses manifestations partout dans le monde bien avant et même si certaines ont déjà pris fin, d’autres sont encore plus vivantes que jamais.

Les protestations sociales se sont propagées comme une traînée de poudre dans le monde entier. De l’Amérique latine au Moyen-Orient et en Asie, les manifestants sont descendus dans les rues de différents pays pour exiger des améliorations sociales, éducatives, sanitaires, du travail, la fin de la corruption, la fin du gouvernement et du président …

Motivée par l’augmentation des prix des transports ou des carburants, par l’introduction de lois discriminatoires ou par la réduction des subventions sociales entre autres, les protestations sociales ont été presque constantes dans le monde entier.

Francafrique

Le Zimbabwe s’unit face à l’augmentation du prix de l’essence

L’augmentation de 130% du prix du carburant par le gouvernement d’Emmerson Mnangagwa a conduit des centaines de manifestants à descendre dans la rue le 14 janvier et à déclencher une grève générale de plusieurs jours pour protester contre cette augmentation de 1,38 à 3,31. dollars par litre.

Le gouvernement a répondu par une sévère répression. En plus de couper Internet et de bloquer les réseaux sociaux, plus de 700 personnes ont été arrêtées, plus de 170 blessées, 16 femmes ont été violées par des soldats et entre 12 et 17 sont décédées, selon des groupes de défense des droits humains dans le pays.

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L’Algérie empêche le cinquième mandat de Buteflika

Le 16 février, des milliers d’Algériens sont descendus dans la rue pour protester contre un éventuel cinquième mandat du président Abdelaziz Buteflika avant les élections initialement prévues pour le 18 avril. Bien que ces manifestations aient commencé à se tenir au niveau local dans la province de Bejaia, la colère s’est répandue, en partie grâce aux réseaux sociaux, au niveau national, de sorte que le 22 du même mois une manifestation nationale a été convoquée.

Les manifestations sont devenues récurrentes jusqu’au 11 mars, date à laquelle leurs demandes ont été satisfaites avec la démission du président Buteflika. Puis, en avril, le Premier ministre a été remplacé par Nuredin Bedui, et Buteflika a démissionné de son poste, pour être ensuite arrêté avec deux généraux responsables des services secrets.

Les élections présidentielles ont été convoquées pour le 4 juillet, mais elles n’ont pas eu lieu en raison de l’absence de candidats, de la pression du peuple et du boycott des citoyens et des partis eux-mêmes. Enfin, en septembre 2019, l’armée a lancé l’appel aux élections du 12 décembre, où la participation était ridicule: moins de 40% de la population a voté et a donné la victoire à l’ancien Premier ministre et ministre du Logement, Abdelmadjid Tebboune.

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Haïti s’unit pour exiger la démission de Juvenal Moïse,

Des centaines d’Haïtiens sont descendus dans la rue pour la première fois le 7 février pour protester contre le gouvernement actuel et demander la démission de Jovenel Moïse, le président. Malgré les manifestations continues, le président n’a pas démissionné et a refusé de le faire à plusieurs reprises, arguant qu’il « ne cèdera pas le pays aux gangs armés et aux trafiquants de drogue ».

En septembre, les Haïtiens sont revenus dans les rues conduits par des artistes et des chefs religieux, pour exiger la démission du président, la fin de la corruption, des inégalités sociales…. Mais ces manifestations n’ont pas abouti à la démission de Moïse et ont fait au moins 42 morts, selon l’ONU en novembre.
APTOPIX Mideast Egypt Sudan

Journée de la femme et contre le changement climatique

En mars, deux événements mondiaux majeurs ont sans aucun doute marqué cette année: la manifestation du 8 mars pour la Journée de la femme et la grève mondiale du climat, le 15 mars.
En Espagne, selon l’UGT et le CCOO, au moins 6 millions de personnes ont appuyé les grèves féministes organisées le 8 mars et des centaines de milliers de femmes ont participé aux manifestations dans les principales villes espagnoles et aux actes justifiant la grève féministe.

Dans d’autres pays comme l’Argentine, l’Italie ou Berlin, les manifestations de la journée des femmes se sont déroulées sans incident, bien que dans d’autres, comme en Turquie, la police ait utilisé des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc pour disperser la manifestation le jour de la Femme.

Le 15 mars, des centaines de milliers de jeunes de plus de 1 000 villes, appelés par le mouvement Vendredi pour l’avenir, ont envahi les rues de 89 pays pour exiger des mesures urgentes contre le réchauffement climatique. Ces manifestations massives se sont répétées à plusieurs reprises tout au long de 2019 et ont eu un protagoniste: Greta Thunberg.

hong

Hong Kong parvient à freiner la loi sur l’extradition

Des centaines de milliers de citoyens sont systématiquement descendus dans la rue depuis le 9 juin, après être devenus des manifestants pour défendre la démocratie et la Loi fondamentale de Hong Kong, c’est-à-dire sa Constitution.

Les manifestations contre la loi sur l’extradition ont commencé le 31 mars, mais en juin la situa-tion s’est aggravée, les manifestations sont devenues de plus en plus fréquentes et plus agres-sives, tant de la part des manifestants que de la police.

En septembre, le gouvernement a retiré sa proposition de réformer la loi sur l’extradition, mais les manifestations se poursuivent fin décembre. Ces protestations sont devenues une défense des libertés du peuple de Hong Kong, de son modèle politique, de son indépendance judiciaire, de son système économique et de sa propre monnaie. Toutes ces libertés pourraient être affectées en 2047 par la résiliation de l’accord conclu en 1997 entre une partie du Royaume-Uni et la République populaire de Chine.

puerto

Porto Rico obtient la démission de Ricardo Roselló

La colère populaire a commencé le 10 juillet, lorsque le FBI a arrêté deux anciens responsables gouvernementaux. Cependant, cette colère s’est accentuée le 13 juillet, lorsque le filtrage de 889 pages de discussion d’un groupe Telegram auquel le gouverneur du pays, Ricardo Roselló et certains membres du dôme de son administration ont participé et où ils ont utilisé des mots comme «putain», «HP», «minou»  pour désigner les femmes.

Des milliers de Portoricains, dont des artistes tels que Ricky Martin, Resident, Tommy Torres, Bad Bunny ou Benicio del Toro, ont appelé à la démission du gouverneur pendant plusieurs jours de manifestations. Août :Bad Bunny et Residente se réunissent pour frapper le gouverneur de Porto Rico après le scandale des conversations chauvines et homophobes

Après la démission de Roselló, deux gouverneurs en moins d’une semaine. Tout d’abord, l’avocat Pedro Pierluisi a pris ses fonctions, mais la Cour suprême a annulé son serment. Puis Wanda Vázquez Garced, qui était la secrétaire de la Justice de Porto Rico, a pris ses fonctions ce mercredi 7 août et a convoqué les élections pour janvier 2020, où elle se présentera également comme candidate.

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Papouasie, unie contre le racisme

L’arrestation de 43 étudiants de l’Université de Papouasie sur l’île de Java, qui ont reçu des insultes racistes de la part de nationalistes indonésiens pour avoir prétendument profané le drapeau indonésien, ont déclenché les manifestations.

Depuis le 19 août, des centaines de personnes sont descendues dans la rue pour protester contre le racisme qui règne dans la région et demander un référendum d’indépendance. Ces manifestations ont fait au moins 30 morts.

egypte

Le Honduras demande la démission d’Orlando Hernández

Depuis avril, des centaines de manifestants sont descendus sporadiquement dans les rues pour manifester contre le gouvernement d’Orlando Hernández et demander sa démission. Les manifestations ont commencé lorsque les travailleurs des ministères de l’éducation et de la santé ont demandé l’abrogation des décrets autorisant la privatisation de ces secteurs. Le prési-dent a ensuite publié un décret interdisant la privatisation ou les licenciements massifs dans ces secteurs.

irak
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L’Irak s’unit pour des améliorations dans les services publics

La vague de manifestations a commencé début octobre pour demander au gouvernement d’améliorer les services publics, d’offrir plus de possibilités d’emploi et de mettre fin à la corruption qui sévissait dans le pays.

Bien que telles aient été les promesses des élections de l’année dernière, les manifestations ont été réprimée une répression brutale. En plus de deux mois, le nombre de morts s’élève à plus de 400 et plus de 2 000 ont été blessés, selon le dernier bilan de la Commission gouvernementale irakienne des droits de l’homme.

Selon l’EFE, le Comité ministériel suprême formé pour enquêter sur la mort de civils lors de manifestations début octobre a indiqué dans son rapport que les hommes en uniforme avaient ouvert le feu sur des manifestants civils sans recevoir d’ordres des supérieurs hiérarchiques.

indio guarani

«El Paquetazo» paralyse l’Équateur

L’annonce du décret 883, également connu sous le nom d’El Paquetazo, qui a apporté de nouvelles mesures économiques basées sur des coupes dans les subventions publiques, a mobilisé la population équatorienne. Parmi ces mesures, celle qui a le plus indigné les Équato-riens a été l’élimination des subventions aux carburants, qui ont augmenté de 123%.

Des milliers de manifestants sont descendus dans la rue pour exiger de Lénine Moreno, le président, l’élimination immédiate du Paquetazo, auquel il a répondu en décrétant l’état d’urgence, en supprimant l’armée et en décrétant le couvre-feu. L’état d’urgence n’a fait qu’énerver davantage le peuple et a fait grandir le mécontentement populaire, l’une des raisons pour lesquelles Moreno a décidé de négocier avec la Confédération des ressortissants autochtones de l’Équateur (CONAIE) et d’abroger le décret 883.

chili

L’augmentation des tickets de métro mobilise le Chili

L’augmentation du prix des tickets de métro de 30 pesos a poussé les étudiants à convoquer plusieurs manifestations début octobre et a incité les gens à se faufiler dans la banlieue. Le président Piñera a répété le même schéma qu’en Équateur. Il a envoyé l’armée, décrété l’état d’urgence et décrété le couvre-feu, ce qui a provoqué plus de mécontentement et de mobilisation.

Les manifestations ont commencé et la population a commencé à demander des améliorations sociales et la réforme de la Constitution, de l’époque du dictateur Augusto Pinochet (1980). Quelques jours plus tard, Piñera a annoncé la réforme de la Constitution par un plébiscite en avril 2020 et un nouvel agenda social, où il a promis l’augmentation des pensions, la création d’un revenu minimum garanti et a révoqué l’état d’urgence … Mais l’agitation sociale ne peut pas s’arrêter et les manifestants sortent toujours.

liban

Liban WhatsApp

Au Liban, les manifestations ont commencé en octobre, à la suite de la tentative du gouverne-ment d’imposer des taxes sur les communications et les réseaux sociaux, en particulier sur WhatsApp et ses appels téléphoniques, en facturant une taxe quotidienne de 0,20 $ US pour effectuer ces appels. En quelques heures, le gouvernement a retiré la mesure, mais les protestations avaient d’autres motivations: corruption, mauvais services publics, pauvreté, manque d’emploi …

le Premier ministre Saad Hariri a démissionné, après treize jours de manifestations de masse dans tout le pays, une action que le pays a considérée comme la première réponse aux demandes.

irak

L’augmentation du prix du carburant mobilise l’Iran

L’annonce par le président iranien, Hassan Rouhani, d’une augmentation de 50% du prix du carburant, a poussé des milliers de personnes à descendre dans la rue pour protester contre la hausse des prix. Cependant, comme cela s’est produit dans la plupart des révoltes dans les pays d’Amérique latine, les raisons des manifestations ont évolué et les manifestants ont commencé à se plaindre des inégalités sociales et contre le régime iranien.

La première mesure du gouvernement a été de couper Internet pendant 163 heures, c’est pour-quoi des médias tels que la BBC disent que l’on sait si peu de choses sur les manifestations en Iran. Selon Europa Press, le leader iranien a ordonné l’arrêt des mobilisations en faisant ce qui était « nécessaire », et les manifestations ont fait 1 500 morts, dont 17 adolescents et 400 femmes, selon un bilan confirmé par Reuters.

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Un coup d’État en Bolivie 

Le 20 octobre, après le premier tour des élections présidentielles, Evo Morales a été proclamé vainqueur et après un bugg du système pendant quelques heures, il a été constaté que Morales avait gagné par dix points, le nécessaire pour éviter un second tour. L’opposition, dirigée par Carlos Mesa, a déclaré qu’il ne reconnaissait pas les résultats, a demandé un recomptage et a appelé ses partisans à se concentrer.

Après de nombreuses manifestations presque quotidiennes, Evo Morales a d’abord appelé à un « dialogue ouvert » avec les partis d’opposition (qu’ils ont rejeté presque immédiatement). Un jour plus tard, il a déclenché des élections et dénoncé un mandat d’arrêt illégal à son encontre et les pressions de l’armée et de l’opposition politique.

Puis il y a eu un coup d’État et Jeanine Áñez a pris la tête du pays. Les élections, toujours non datées, mais qui sont attendues début 2020, doivent élire le président, le vice-président, les députés et les sénateurs. (Tout cela sur fond de Lithium blog)

just

Le meurtre d’un journaliste mobilise le peuple maltais

Depuis le 20 novembre, des milliers de maltais sont descendus dans la rue pour protester contre la corruption du gouvernement et le meurtre de la journaliste Daphne Caruana Galizia, il y a deux ans. Le magnat Yorgen Fenech, propriétaire d’une centrale électrique, a été arrêté le 20 novembre alors qu’il tentait de fuir l’île, accusé du meurtre de la journaliste. Son arrestation a provoqué une crise dans le gouvernement du pays par la démission du ministre du Tourisme Konrad Mizzi et du ministre de l’Economie Chris Cardona pour relation financière avec le magnat.

Les Maltais ont démontré qu’ils connaissaient la vérité sur le meurtre et rejettent l’impunité du Premier ministre Joseph Muscat, qui a déclaré qu’il démissionnerait en janvier, lorsque le Parti travailliste désignera un successeur.

riches

L’austérité unit la Colombie

La grève nationale du 21 novembre pour demander un changement de cap au gouvernement conservateur d’Iván Duque et des réformes dans les domaines de l’éducation, de l’environne-ment, de la santé et de la sécurité, a été le déclencheur des manifestations en Colombie.

Les protestations dans le pays d’Amérique latine ont été accrues après la mort de Dilan Cruz, un jeune de 18 ans qui participait à l’une des marches, qui a reçu une balle dans la tête le 23 novembre et est décédé trois jours plus tard

Depuis lors, les caceroladas, les manifestations et les actes contre le gouvernement de Duque ont été fréquents. Un mois plus tard, le 23 décembre, une marche massive a fait le tour de Medellin pour protester contre la violence en Colombie.

isf

La France paralysée contre la réforme des retraites

Le pays français a commencé l’année avec le mouvement des gilets jaunes et l’a terminée au milieu d’une grève contre la réforme des retraites, qui veut remplacer les 42 régimes qui existent par un système de points.

Les travailleurs des transports publics, de l’éducation, des professions libérales et des fonctionnaires de rang inférieur (catégorie C) perdraient les avantages à la retraite. C’est la principale raison pour laquelle, depuis début décembre, il y a eu de nombreuses manifestations et grèves en France. (En fait une remise en cause pour tout le monde blog)

Malgré la démission du responsable de la réforme des pensions, des milliers de personnes ont continué de se manifester même pendant les jours de Noël, pour exiger le retrait immédiat de la réforme contre les pensions.

Los manifestantes tienen los ojos cubiertos con un parche durante una protesta para mostrar solidaridad con el estudiante universitario Jamia Millia Islamia que presuntamente perdió el ojo durante las protestas contra la nueva ley de ciudadanía, en Nueva

La discrimination contre les musulmans

L’Inde connaît une vague de protestations au cours desquelles plus de 25 personnes sont déjà décédées. Les manifestants protestent contre l’amendement à la loi sur la citoyenneté, adopté par le Parlement, qui vise à donner la citoyenneté indienne aux minorités religieuses immigrées (hindoue, sikh, bouddhiste, jain, parsi et chrétienne) et à laisser de côté les musulmans.

La réponse du gouvernement a été une fois de plus d’établir des restrictions sur Internet et le droit de réunion, mais les mobilisations, à la fin de l’année, continuent et se propagent dans les universités. Uune centaine de personnes ont été blessées par une intervention policière dans Université Jamia Millia Islamia de la capitale, New Delhi.

madrid 31/12/2019  miriam salgado

https://www.publico.es/

 

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