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22 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Juifs et Gaza (ESSF)

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Les juifs et juives aux États-Unis à l’heure de la guerre à Gaza

Warren Montag est professeur des Humanités à Occidental College, une université de la région de Los Angeles. Ses études portent notamment sur la pensée de Spinoza et d’Althusser.

ContreTemps : Une partie de l’opinion publique française pense, soit par ignorance, soit dans la logique d’idées antisémites, que le soutien américain à Israël est dû au poids énorme de ce qu’ils appellent le « lobby juif » aux États-Unis. Or, tout le monde a remarqué que l’état d’esprit de la population juive des États-Unis à l’égard d’Israël est en pleine évolution. De quand date ce changement ?

Warren Montag : C’est une histoire compliquée, mais avant de l’aborder une clarification sur la question du « lobby juif » et du contrôle juif de la politique étrangère américaine s’impose.

L’explication de la politique étrangère américaine en tant qu’instrument d’un pouvoir juif est une conception erronée à tous points de vue. L’idée que les nations impérialistes sont dirigées par de petites entités essentiellement étrangères agissant en secret est non seulement absurde d’un point de vue empirique, mais incarne aussi une approche grossièrement réductrice de la politique, le plus souvent liée à l’une des nombreuses théories du complot qui confèrent aux juifs des pouvoirs surnaturels de tromperie et de manipulation.

Lorsque, comme cela n’est que trop prévisible, « l’entité étrangère » ou « l’ennemi de l’intérieur » se trouve être la communauté juive ou simplement « les juifs », l’erreur théorique relève de l’antisémitisme, pour la satisfaction de forces très différentes et souvent opposées.

Pour que les juifs jouent le rôle que leur assignent ces théories, ils devraient être capables de penser (élaborer des stratégies, conspirer et comploter) et d’agir comme un seul homme. Dans cette perspective, les apparentes différences politiques et culturelles internes à la communauté juive seraient expliquées comme des épiphénomènes au regard d’une communauté unie par le sang et façonnée par deux millénaires de haine implacable du monde non-juif.

L’unité supposée de la communauté juive américaine n’a jamais existé ; la population juive a toujours été extrêmement hétérogène, linguistiquement, culturellement et politiquement.

Même les formes d’observance religieuse variaient de manière significative. Par apport à cette diversité, le sionisme a consisté en une tentative d’homogénéisation, militant pour que les langues et les cultures du « ghetto », et surtout des juifs parlant le yiddish, la majorité (avant la Seconde Guerre mondiale), tout comme les diverses cultures des juifs iraniens, marocains, d’Asie centrale, soient abandonnées en faveur de l’hébreu et laisse la place à une nouvelle culture israélienne qui se présentait comme un retour à un passé mythique.

Ces efforts sionistes se sont heurtés à une forte résistance ; même la question de savoir ce qui fait d’un juif un juif, et quelles formes d’observance devaient être intégrées dans le droit civil, n’a pas été résolue.

Mais le fantasme d’un parti des juifs, secret homogène, uni et discipliné, n’est pas seulement faux et invoqué au service de la haine, il aboutit aussi à absoudre l’impérialisme américain (et tous les autres impérialismes) de toute responsabilité pour ses guerres, son pillage des ressources mondiales et la richesse qu’il a accumulée au prix de la misère de la classe ouvrière internationale, toutes choses qui sont maintenant attribuées aux juifs.

Les conséquences de cette position sont assez claires : la dernière décennie a vu un renouveau rapide et généralisé des déclarations exterminationnistes, telles que celles qui figurent sur les teeshirts portés par un certain nombre de partisans de Trump lors de l’occupation du Capitole à Washington le 6 janvier 2021 : « 6MWE », acronyme de « six millions, ce n’était pas assez ».

Aux États-Unis, la population juive n’a jamais été aussi divisée politiquement qu’aujourd’hui, et au centre de cette division se trouve non seulement la conduite d’Israël dans la guerre actuelle contre Gaza, mais plus fondamentalement la question du sionisme.

Une minorité significative de juifs (principalement ceux âgés de moins de quarante ans) constate une différence notable entre le sionisme qui leur a été enseigné et le sionisme réellement existant de l’État israélien.

Il ne s’agit plus (en fait, il ne s’est jamais agi) d’un sionisme fondé sur l’Exode et la Délivrance de la Maison de servitude, mais d’un sionisme, comme Netanyahou nous l’a récemment rappelé, dont l’inspiration est tirée de l’histoire des Amaléchites du Livre I Samuel 15 : 3 : « Maintenant, allez frapper Amalech, et détruisez tout ce qu’ils ont, sans les épargner ; tuez hommes et femmes, enfants et nourrissons, bœufs et moutons, chameaux et ânes ».

Cela a conduit une nouvelle génération de juifs à déclarer leur soutien à la cause palestinienne non pas en dépit de leur judéité, mais à cause d’elle.

lundi 13 mai 2024 BARZMAN John, MONTAG Warren (Extrait)

https://www.europe-solidaire.org/

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26 mars 2024 ~ 0 Commentaire

meeting juif

Meeting juif international

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11 mars 2024 ~ 0 Commentaire

laïcité (essf)

croisades

Laïcité, égalité des droits (France) : Hantise de l’islam, jusqu’où vont-ils oser aller ?

Pour la première fois, un responsable politique de haut niveau, l’ex-Premier ministre Edouard Philippe, envisage expressément un traitement différencié de l’islam. Dans cette tribune, une cinquantaine de personnalités, dont Bertrand Badie, Jean Baubérot, Patrick Chamoiseau ou Annie Ernaux, dénoncent cette dérive dangereuse en rupture totale avec les principes fondateurs de la laïcité.

Dans son dernier livre, Des lieux qui disent (JC Lattès), Edouard Philippe, écrit qu’il faudra « un droit et une organisation spécifique aux musulmans ». Dans une interview à France Inter le matin du 13 septembre [1], il indique, avec quelques circonvolutions, que la loi de 1905 « n’est peut-être pas en mesure de traiter la spécificité de l’islam ». Il pense qu’un jour cette question d’une organisation spécifique, « avec des obligations particulières imposées aux fidèles et aux responsables des communautés musulmanes » sera posée. Ainsi il se dit certain que l’idée de proposer une forme de concordat reviendra sur la table.

Il faut prendre la mesure de ces propos. C’est la première fois qu’un responsable politique de ce niveau envisage explicitement un traitement différencié des religions et une remise en cause aussi brutale de la loi de 1905. Rappelons que cette dernière instaure d’une part une double séparation, celle des institutions publiques et du religieux et par conséquence la liberté des religions à s’organiser comme elles l’entendent et d’autre part l’égalité des religions devant la loi.

C’est à ces deux principes fondamentaux qu’Edouard Philippe s’attaque. Le « concordat » auquel il fait allusion remet en cause cette double séparation. Il s’agit, en rupture complète avec la loi de 1905 d’une volonté de contrôle d’une religion par la puissance publique et donc de la fin de la séparation entre religieux et politique puisque le pouvoir aurait la possibilité, selon les mots même d’Edouard Philippe, de dire son mot sur l’organisation du culte musulman. Il s’agit aussi d’une rupture dans l’égalité de traitement des religions puisque l’islam serait traité différemment.

Cette position nous en rappelle une autre, le refus des gouvernements de l’époque et des autorités coloniales d’appliquer dans les colonies et en particulier en Algérie la loi de 1905 et ce malgré la demande des responsables musulmans. Les autorités coloniales préféraient en effet maintenir un contrôle étroit sur tous ceux qui étaient soumis au code de l’indigénat, à tel point que le terme « musulman » a pris à l’époque une connotation ethnique.

Ainsi, la Cour d’appel d’Alger a statué en 1903 que ce terme « n’a pas un sens purement confessionnel, mais qu’il désigne au contraire l’ensemble des individus d’origine musulmane qui, n’ayant point été admis au droit de cité, ont nécessairement conservé leur statut personnel musulman, sans qu’il y ait lieu de distinguer s’ils appartiennent ou non au culte mahométan ». Et la Cour de parler d’« indigènes musulmans chrétiens » (sic).

Au-delà même de la remise en cause de la loi de 1905, c’est de l’égalité des citoyen.es devant la loi dont il est ici question. Ce que défend Edouard Philippe est tout simplement de remettre aussi en cause ce principe fondamental puisque, selon leur religion, ils ne seraient pas traités de la même façon.

On voit là où aboutit la hantise de l’islam et une islamophobie qui maintenant s’assume sans vergogne. Ainsi Edouard Philippe nous dit que l’islam « est travaillé par des aspirations obscurantistes ». C’est vrai, mais ni plus ni moins que les autres religions. Sans même aller loin avec l’intégrisme hindouiste de Modi reçu en grande pompe en France, n’y a-t-il-pas de fortes tendances intégristes dans le judaïsme et le christianisme ?

Toutes les religions sont en permanence traversées par des conflits internes entre des conceptions totalitaires qui visent à imposer leur dogme à la société et celles qui en respectent la diversité. La laïcité, telle que la loi de 1905 l’inscrit dans le droit, a permis sinon d’éviter les conflits – ceux-ci ont été nombreux que ce soit sur l’école ou dernièrement sur le mariage pour tous – du moins d’avoir un cadre pour les traiter. C’est ce cadre qu’Edouard Philippe envisage de remettre en cause et ce sont encore les musulmanes et musulmans qui en paieront le prix.

Cette tribune a été publiée sur le site de l’Obs

mercredi 20 septembre 2023

https://www.europe-solidaire.org/

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04 mars 2024 ~ 0 Commentaire

valentin ( l’yonne)

8mars

.Retrouvez ci-dessus les mobilisations du 8 mars 2024.

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La Saint-Valentin, le rendez-vous des clichés sexistes

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Comme chaque année, le 14 février annonce le jour de la Saint-Valentin. Une fête commerciale ancrée dans la tradition du sexisme et du patriarcat.

Mais d’où vient cette fête ?

D’origine romaine, la Saint-Valentin faisait partie des Lupercales, fêtes païennes qui se déroulaient le 15 février en l’honneur de Faunus, défenseur des troupeaux et dieu de la fécondité.

Le pape Gélase Ier instaura la Saint-Valentin le 14 février dans l’espoir d’en faire une fête religieuse. Le choix de ce nom vient d’un moine, Valentin de Terni, tué un 14 février pour avoir continué de marier des couples malgré l’interdiction de l’Empereur Claude II Le Gothique* visant à obliger les hommes à partir à la guerre. Les romains organisaient également des loteries amoureuses dont les participant·es étaient des « Valentins » et des « Valentines ».

1 000 ans plus tard, Valentin est officiellement désigné comme le saint patron des amoureux par l’Église catholique dans le but de contrer la tradition anglaise du valentinage qui consistait à associer des couples désignés par le hasard pour une journée. Le 14 février, les jeunes femmes désignaient leurs fiancés comme leur Valentin et leur destin dépendait de l’oiseau observé : un rouge-gorge signifiait un marin, un moineau un mariage heureux mais pauvre et un chardonneret un homme riche.

La fête commerciale que nous connaissons aujourd’hui a pris son essor aux États-Unis à la fin du 20e siècle avec la vente de cartes postales. Sous couvert de preuves d’amour, offrir bouquets de roses, gadgets ou dîners au restaurant est devenu une véritable aubaine pour les entreprises !

*L’empereur voulait interdire le mariage pour éviter que les hommes soient tentés de rester avec leurs fiancées plutôt que de partir à la guerre.

Business, sexisme et désastre écologique

L’approche de la Saint-Valentin est donc l’occasion rêvée pour les entreprises de pousser à une consommation, jugée irresponsable à l’heure du dérèglement climatique. En effet, 85% des fleurs commercialisées sont importées de l’étranger (Kenya, Colombie, Pays-Bas, Équateur) et enregistrent un bilan carbone conséquent.

Le chocolat fait aussi partie intégrante du désastre écologique et humain. L’industrie du cacao est principalement structurée autour de pratiques esclavagistes, notamment envers les enfants et d’une déforestation des régions tropicales : les industriels détruisent les écosystèmes locaux afin de planter des plans de cacao, au détriment de la biodiversité locale.

La surconsommation de bijoux, de bougies, de produits cosmétiques et de parfums engendre une dégradation des conditions de travail dans les pays exportateurs des matières premières et l’utilisation de produits chimiques dans la production ou la transformation, néfastes pour l’environnement.

À la catastrophe écologique s’ajoute la propagande d’une fête « traditionnelle » ritualisant une nouvelle norme conjugale, imposant d’afficher son amour à une date précise et de se plier à des codes et des rôles bien définis. Si l’homme doit offrir des cadeaux et des roses à sa partenaire dans un restaurant, la femme ne doit-elle pas consentir, en contrepartie, à un rapport sexuel à l’issue de ce rendez-vous « romantique » ?

La Saint-Valentin exerce ainsi une pression sociale et participe au maintien de stéréotypes sexistes qui continuent de forger les mentalités et les comportements, comme en témoigne le rapport 2024 du Haut Conseil à l’Égalité sur l’état des lieux du sexisme en France : 70% des hommes pensent encore qu’un homme doit avoir la responsabilité financière de sa famille pour être respecté dans la société.

En célébrant et idéalisant l’hétérosexualité, l’hétéronormativité est devenue une réelle exigence destinée à entretenir une domination patriarcale qui rend les femmes et leurs corps, disponibles à l’appropriation masculine. L’injonction s’opère dès le plus jeune âge, par sacralisation du désir masculin, une sociabilisation qui efface le désir féminin et invisibilise l’amour entre femmes.

Diffuser ces stéréotypes contribue à la reproduction de schémas genrés qui renforcent les inégalités et les privilèges. Ils poussent à l’exclusion et jouent sur les discriminations. Selon le rapport annuel du HCE sur le sexisme en France*, 9 femmes sur 10 déclarent avoir subi une situation sexiste et 37% d’entre elles déclarent avoir vécu une situation de non-consentement, un chiffre qui grimpe à plus de 50% chez les 25-34 ans.

*Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes, rapport annuel 2024 sur l’état des lieux du sexisme en France, S’attaquer aux racines du sexisme.

14.02.24

https://yonnelautre.fr/

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02 février 2024 ~ 0 Commentaire

vocations (skol vreizh)

Golo-Vocations

Vocations – L’Église en Bretagne, de l’apogée au délitement

Juillet 1944. On dit que Dieu a trouvé en Bretagne, et particulièrement en Léon, un terreau favorable aux vocations religieuses et sacerdotales. Dans les années 1950-1960, la pratique religieuse était quasi unanime dans le pays. Chaque année, l’ « appel divin » touchait quelques garçons et quelques filles de onze ans qui allaient rejoindre le petit séminaire ou le juvénat, où s’affermissait leur engagement.

L’essai sociologique présenté ici remet en question cette notion d’appel et déconstruit le mécanisme bien rodé qui introduit chez l’enfant le sentiment d’être appelé. Le procédé d’inculcation de la vocation relève d’un ensemble de conduites, de prescriptions, de sélections qui a pour cadre le système paroissial. Anne Guillou a connu dans son enfance le fait d’être ainsi distinguée par les religieuses mais elle n’a pas persévéré sur ce chemin.

Aujourd’hui, Dieu n’appelle plus. Avec la chute de la pratique religieuse au sein des paroisses, c’est le terreau même des vocations qui a disparu. Explorant les sources sociologiques et ses souvenirs d’enfant, l’autrice donne ici une lecture argumentée de l’apogée puis du déclin de l’Église bretonne.

Anne Guillou

https://www.skolvreizh.com

Anne Guillou - L'ïle rebelle

Madagascar

vocations (skol vreizh) dans Histoire anne-guillou-une-embuscade-dans-les-aures-300x400

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24 janvier 2024 ~ 0 Commentaire

morlaix (npa)

Crédit Photo Correspondant.e.s NPA 29 Hebdo L’Anticapitaliste – 691 (18/01/2024)

À Morlaix, deux cents personnes ont participé ce vendredi 19 janvier

A un rassemblement dans la mosquée en soutien à la communauté musulmane. Celle-ci est choquée et éprouvée, après la tentative d’incendie de la mosquée de Morlaix, le samedi 13 janvier, où plusieurs fidèles étaient réuniEs.

Depuis plusieurs années, notre organisation alerte sur la banalisation du discours islamophobe développé par l’extrême droite. Aujourd’hui c’est même devenu le gagne-pain de nombreux médias. Et cette haine vis-à-vis des personnes de confession musulmane, ou supposées l’être, s’exprime dans une quasi-totale impunité sur les réseaux sociaux et les sites de l’extrême droite radicale.

Ce discours haineux n’est pas sans conséquences. Il y a de fortes présomptions qu’il soit à l’origine de cet acte, bien que nous n’ayons pas encore les conclusions de l’enquête. La seule info que nous ayons est l’interpellation d’un homme de 37 ans.

En Bretagne des actes antimigrantEs se multiplient, commis par des militants d’extrême droite : à Callac, contre l’implantation d’un camp de réfugiéEs ; à Saint-Brieuc, avec l’agression de militantEs associatifs le 17 novembre par des membres de l’ultra droite, arrêtés le 14 janvier dernier.

No Pasarán !

https://lanticapitaliste.org/

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22 novembre 2023 ~ 0 Commentaire

trois tristes tigres (fr3)

tiçgres

« Triste Tigre » de Neige Sinno censuré dans un lycée privé.

« Une décision injuste qui participe au silence autour des violences sexuelles faites aux enfants »

En lice pour le Goncourt et le Goncourt des lycéens, « Triste Tigre » a été retiré de la bibliothèque d’un lycée privé de Ploërmel. Le roman de Neige Sinno fait le récit de l’inceste qu’elle a subi de 7 à 14 ans. L’autrice s’est déplacée dans cette commune du Morbihan, le 15 novembre. Elle estime que cette « interdiction s’ajoute au silence qui entoure les violences sexuelles faites aux enfants » estimées à 160.000 chaque année, en France.

Le déplacement de Neige Sinno à Ploërmel est symbolique. Dans cette commune rurale du Morbihan, le lycée privé catholique La Mennais a retiré son roman Triste Tigre des étagères du CDI. L’écrivaine est là pour défendre son texte, en lice pour le Goncourt et le Goncourt des lycéens – dont le lauréat sera révélé la semaine prochaine à Rennes.

Triste Tigre revient sur l’inceste que l’autrice a subi entre 7 et 14 ans. Son interdiction au prétexte que le récit « peut heurter les sensibilités », ainsi que l’a justifié la directrice de l’établissement scolaire, a suscité la consternation. Et l’incompréhension d’autant que le lycée s’est inscrit au Prix de la plume lycéenne organisé par la Région Bretagne et le rectorat. Le projet permet aux élèves volontaires de rédiger dix chroniques sur les 16 romans sélectionnés pour le Goncourt des lycéens. À La Mennais, la liste a donc été réduite à 15. Sans hésitation.

« Pour se construire, on a besoin d’avoir accès à tout »

Ce mercredi 15 novembre, les lecteurs se pressent dans cette librairie de Ploërmel où la romancière est invitée. Parmi eux, une élève de première du lycée privé qui, comme d’autres, s’est procuré le livre ailleurs. Elle explique qu’elle a été « touchée » par le récit. « Au-delà du témoignage, il y a toute une réflexion et une invitation à la pensée, confie-t-elle. L’inceste est un sujet dont on ne parle pas beaucoup. C’est touchant que Neige Sinno nous donne accès à ça ».

La jeune fille fait du groupe d’élèves volontaires pour le Prix de la plume lycéenne. « Quand le livre de Neige Sinno a manqué à l’appel, on s’est demandé pourquoi, relate-t-elle. Notre directrice nous a expliqué que le rôle du lycée, c’est d’aider les élèves à se construire et pas à se déconstruire à cause de témoignages violents. On n’a pas compris cette décision. J’ai trouvé choquant que l’on empêche cet accès à une vision. Pour se construire, on a besoin d’avoir accès à tout, même si tout n’est pas bon à voir, on doit pouvoir le palper pour y réfléchir ».

« Le silence face aux violences sexuelles faites aux enfants »

Quand Neige Sinno demande à la lycéenne si elle est là pour soutenir les enseignants qui se sont mobilisés contre le retrait du livre, celle-ci répond : « On est surtout là pour vous soutenir, vous ». L’échange dure quelques instants. D’autres élèves présents ajoutent : « On s’est bien battus ».

La romancière se dit « émue. Il y avait d’autant plus de lecteurs et de lectrices car ils sont solidaires de ma démarche dans mon livre, souligne-t-elle. Ils ont été choqués par une interdiction qui vient se rajouter à un silence qui existe déjà autour des violences sexuelles faites aux enfants. Le libraire, les profs du lycée et les élèves qui se révoltent contre une décision injuste, c’est émouvant ».

Toutes les stratégies de silenciation autour des violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants sont très présentes dans mon texte

Neige Sinno Autrice de « Triste Tigre »
Elle rappelle que « les violences sexuelles faites aux enfants ont lieu dans tous les milieux, dans toutes les cultures, religions et classes sociales ». Neige Sinno n’avait pas imaginé que son livre puisse être interdit. Elle cite Toni Morrison dont les romans ont été « retirés de certains lycées sous la pression de groupes de parents et des directions d’établissements. Toutes les stratégies de silenciation autour des violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants sont très présentes dans mon texte, note-t-elle. Les livres doivent être accessibles à tous pour avoir partout et pour tout le monde de la connaissance disponible. C’est un recul que l’on refuse à des gens qui pourraient en avoir envie un texte qui pourrait leur apporter quelque chose ».

La Ciivise demande l’imprescriptibilité des faits

En France, 160.000 mineurs sont victimes de violences sexuelles chaque année. Après plus de deux ans d’enquête et le recueil de la parole de près de 30.000 personnes, la commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) rend public son rapport ce 17 novembre. « Elle espère que ce rapport sera lu et qu’il suscitera l’intérêt des mouvements et professionnels de la protection de l’enfance et celui des mouvements et professionnels de la lutte contre les violences sexuelles, écrit-elle en préambule. Elle espère qu’il sera lu par tous les citoyens, quel que soit leur métier ou leur engagement, parce que ce dont parle la Ciivise les concerne nécessairement ».

La Ciivise formule une série de préconisations et notamment l’imprescriptibilité des faits. « Peut-on opposer le temps qui passe aux enfants enfermés par l’agresseur et par la société complaisante dans le silence ? interroge Edouard Durand, le co-président de la Ciivise, ce vendredi, sur France-Inter. Peut-on reprocher à un enfant à qui on brûle la langue avec un mégot de cigarette de ne pas parler à temps ? Il ne faut pas passer à côté du fait que la violence, c’est violent : c’est ce que le mot veut dire« .

La Ciivise demande également à ce que sa mission se poursuive, son mandant étant censé se terminer à la fin de l’année. « Qui peut prétendre sérieusement que trois années auraient suffi pour lutter contre un déni qui est enraciné en chacun de nous depuis tant d’années ? C’est impossible. C’est un engagement, c’est le prix à payer mais c’est le prix de la fidélité à la parole des victimes » dit encore le co-président de la commission.

17/11/2023

Carole Collinet-Appéré (Avec Julien Dubois)

https://france3-regions.francetvinfo

Note: C’est aussi un livre cubain, de Guillermo Cabrera Infante 1965

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06 septembre 2023 ~ 0 Commentaire

abaya ( québec)

abaya ( québec) dans Altermondialisme
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Interdiction de l’abaya à l’école : une énième loi raciste

C’est encore une fois la notion de laïcité qui est mobilisée pour justifier le fait que l’État puisse s’insérer jusque dans la garde-robe de jeunes Françaises. Cette notion est effectivement de plus en plus utilisée par certains États contemporains (notamment français et québécois) pour justifier l’ostracisation d’une frange de la population, la plupart du temps musulmane.

Rappelons quelques faits : la laïcité est élaborée en France durant la 3è République, alors que des gouvernements monarchiques rôdaient encore à Versailles. La laïcité a alors été instituée comme l’établissement constitutionnel d’un rapport de pouvoir entre deux institutions, à savoir la religion et l’État. Rapport de pouvoir entre deux institutions, donc, et non pas une vertu que doit incarner chaque citoyenne à travers son habillement1.

Cette loi et ses semblables sont présentées comme des textes visant à combattre le « communautarisme ». Or ces lois racistes ont l’effet inverse : elles créent un « autre » qui n’appartient pas à la communauté politique du pays. Cet autre, on l’aura deviné, est aujourd’hui en France le musulman, qui ne peut alors que difficilement développer un sentiment d’appartenance commune envers une « république » et ses représentants qui méprisent son identité. D’un autre côté, ces lois participent activement au développement d’un sentiment d’insécurité chez une partie de la population non musulmane, ce qui sert le pouvoir d’État.

Le sentiment d’insécurité dans une société participe effectivement à justifier l’extension toujours plus importante de l’État et de son pouvoir policier. Cette logistique gouvernementale ne date pas d’hier : un bref survol de l’histoire suffit pour voir apparaitre de nombreux exemples où les gouvernants ont su mobiliser les masses autour d’eux en incitant chez elles ce sentiment d’insécurité. « Atteinte à la République », « attaque politique » : la rhétorique belliqueuse de l’Élysée pour décrire le port d’une robe traditionnelle est d’ordre militaire ; elle évoque une menace et incite donc à la peur.

Ce type de rhétorique de la peur est aussi très présent ces dernières années dans l’espace public québécois. Le premier ministre François Legault affirmait en septembre dernier que l’accueil de plus d’immigrants serait « suicidaire » pour la nation québécoise.

On doit entendre ici que les gens venus « d’ailleurs » menacent l’existence même de la culture et l’identité même du « peuple » québécois. Durant cette même période électorale, alors que les différents prétendants au pouvoir étatique redoublaient d’efforts pour s’attirer les faveurs de l’électorat, Jean Boulet, alors ministre de l’Immigration du Québec (et toujours en fonction en tant que Ministre du Travail et Ministre responsable de la région de la Mauricie et de la région du Nord-du-Québec, rappelons-le), affirmait le mensonge selon lequel « 80% des immigrants s’en vont à Montréal, ne travaillent pas, ne parlent pas français ou n’adhèrent pas aux valeurs de la société québécoise ».

Bien entendu, il s’agit, en France comme au Québec, de problèmes irréels et phobiques, mais là n’est pas la question : le fait de les évoquer sur la place publique nourrit le sentiment de menace chez un « vrai » peuple, qui accepte alors aisément d’avoir un État plus « fort », c’est-à-dire un État qui accapare toujours plus de pouvoir sur la société et sur les individus qui la composent.

Laurent Desjardins mardi 5 septembre 2023

Note
1. Comme l’illustre bien Jacques Rancière, dans « Les trente inglorieuses : scènes politiques : 1991-2021 », publié chez La Fabrique, 2022.

https://www.pressegauche.org/

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28 août 2023 ~ 0 Commentaire

abaya (le huff)

gauche arabe

Sur l’interdiction de l’abaya à l’école, la NUPES en ordre (très) dispersé

Le secrétaire national du Parti communiste juge cette interdiction « nécessaire », quand Jean-Luc Mélenchon déplore une « guerre de religion ».

Il n’y a pas que sur les européennes ou sur Médine que la coalition de gauche ne parvient pas à parler d’une seule et même voix. Après l’interdiction du port de l’abaya à l’école annoncée ce dimanche par Gabriel Attal, les élus de la NUPES expriment des positions diverses sur ce sujet mis sur la table par le ministre de l’Éducation nationale.

Ainsi, plusieurs nuances se dessinent ce lundi 28 août face à cette interdiction applaudie par la droite et l’extrême droite. Après l’annonce, plusieurs élues, connues pour leur engagement féministe, ont vu dans cette décision une volonté de « contrôler le corps des femmes ».

C’est notamment le cas de la députée de Paris, Sandrine Rousseau. « L’année dernière c’était l’interdiction du crop top qui était annoncée le 12 sept 2022. Cette année, c’est l’abaya. Le contrôle social sur le corps des femmes et des jeunes filles, toujours », a dénoncé sur X (ex-Twitter) l’élue EELV. Députée écolo du Bas-Rhin et vice-présidente du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, Sandra Regol a livré une analyse similaire sur le même réseau social.

Si les insoumis partagent cette indignation, c’est davantage l’aspect stigmatisant de la mesure qui est pointé. « Jusqu’où ira la police du vêtement ? La proposition de Gabriel Attal est anticonstitutionnelle. Contraire aux principes fondateurs de la laïcité. Symptomatique du rejet obsessionnel des musulmans. À peine rentrée, la macronie tente déjà de prendre le RN par la droite », a déploré la députée insoumise Clémentine Autain, à l’unisson de plusieurs de ses collègues. À l’instar du député LFI du Val-d’Oise Paul Vannier, qui s’est insurgé sur BFMTV contre la « diversion raciste » visant à « effacer les vrais enjeux de cette rentrée » marquée par l’inflation.

« Guerre de religion »

Une analyse partagée par Jean-Luc Mélenchon. « Tristesse de voir la rentrée scolaire politiquement polarisée par une nouvelle absurde guerre de religion entièrement artificielle à propos d’un habit féminin. À quand la paix civile et la vraie laïcité qui unit au lieu d’exaspérer ? », s’est interrogé sur X le chef de file de la France insoumise.

Au mois de juin, le triple candidat à la présidentielle avait considéré que l’abaya n’a « rien à avoir avec la religion », et que le problème de l’école était d’abord « le manque de professeurs, l’insuffisance de l’accueil » que le port (marginal) de cette tenue.

Si de nombreuses personnalités de la NUPES condamnent cette interdiction, d’autres au contraire s’en félicitent. C’est notamment le cas du député PS de l’Essonne Jérôme Guedj. « Notre boussole, c’est l’interdiction des signes ostensibles à l’école. Dès l’instant où l’abaya ou le qamis sont portés dans une dimension ostentatoire, alors il faut les interdire comme la loi de 2004 le permet, sans difficultés majeures », a-t-il estimé sur le même réseau social, considérant que les « proviseurs ont besoin d’une doctrine claire pour traiter chaque situation avec discernement grâce à cette grille de lecture ».

Le secrétaire national du Parti communiste, Fabien Roussel, partage cette position. « Oui, la décision sur l’abaya était nécessaire pour ne pas laisser seuls les chefs d’établissement. Non ce n’était pas la priorité », a-t-il indiqué sur X, en partageant la vidéo de son interview accordée à Sud Radio et au cours de laquelle il dit « approuver » l’annonce faite par Gabriel Attal.

Deux conceptions différentes

Une différence d’approche qui révèle les divisions de la NUPES sur les sujets touchant à la laïcité, comme c’était déjà le cas à l’été 2022 sur le burkini. Chez EELV ou LFI, les interdictions prises au nom d’une laïcité dite « dévoyée » sont souvent perçues comme des attaques faites à l’encontre des Français musulmans ne faisant que creuser le fossé entre une partie des citoyens du reste de la population, en plus d’être souvent en opposition aux libertés individuelles.

Sur le cas de l’abaya, ces deux formations se rangent d’ailleurs à l’avis du Conseil français du culte musulman (CFCM), qui avait affirmé dans un communiqué que le vêtement n’était « pas » un signe religieux.

Au PS et au PCF au contraire, la laïcité est davantage perçue comme un outil d’émancipation qui doit être utilisé avec intransigeance pour se protéger de l’influence des religions sur la vie publique. Deux façons de voir les choses qui ne manquent pas de s’affronter à chaque fois que le sujet revient à l’agenda. Et qui permettent à leurs adversaires politiques de mettre en lumière ces divisions à peu de frais.

28/08/2023  Romain Herreros

https://www.huffingtonpost.fr/

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30 mai 2023 ~ 0 Commentaire

aïd (jdd)

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Tribune. Aïd-el-Fitr : « Fichez la paix à nos enfants », s’agace Farida Amrani, députée LFI de l’Essonne

La députée Nupes-LFI de l’Essonne Farida Amrani revient sur la polémique sur la polémique du fichage des enfants musulmans le jour de l’Aïd, dans l’Hérault et en Haute-Garonne. Elle demande également de « mettre fin à ces pratiques illégales, inadmissibles et injustifiables » 

Voici sa tribune. « Ces dernières semaines, plusieurs centaines d’établissements scolaires en Haute-Garonne et dans l’Hérault, ont reçu un mail des renseignements territoriaux, demandant le taux d’absentéisme des élèves le jour de l’Aïd-el-Fitr, fête célébrant la fin du jeûne du Ramadan pour des millions de nos concitoyens.

« À la demande des services de renseignements et pour effectuer un bilan de cette journée, nous vous sollicitons pour connaître le pourcentage d’absentéisme le vendredi 21 avril, lors de la fête de l’Aïd. Merci de nous faire un retour rapidement ». Cette pratique inadmissible, organisée par les services de l’État sur le territoire, s’apparente à du fichage religieux et notre condamnation doit être sans appel.

Ce fichage religieux, digne des heures les plus sombres de l’histoire de France, s’inscrit dans un contexte de recrudescence des actes islamophobes, partout sur le territoire national, Farida Amrani, députée de l’Essonne

Faut-il rappeler que le principe de laïcité, encadré par la loi du 15 mars 2004, permet que des “autorisations d’absence doivent pouvoir être accordées aux élèves pour les grandes fêtes religieuses” ? Dès lors, la volonté des services de police de Haute-Garonne et de l’Hérault d’associer la fête de l’Aïd-el-Fitr à un problème de sécurité publique s’inscrit dans un phénomène délétère de stigmatisation des Français de confession musulmane, qu’il convient de dénoncer avec la plus grande fermeté. Les enfants de la République ne sont pas et ne seront jamais un problème.

Monsieur Darmanin, fichez la paix à nos enfants ! Ce fichage religieux, digne des heures les plus sombres de l’histoire de France, s’inscrit dans un contexte de recrudescence des actes islamophobes, partout sur le territoire national : mosquée de Wattignies saccagée, musulman agressé à Échirolles, ratonnades à Lyon et menaces récurrentes sur des boucles Telegram d’extrême droite.

Ces violences sont la résultante de discours et d’invectives émanant de certains responsables politiques de la majorité présidentielle, de la droite et de l’extrême droite, relayés par une partie des médias.

Il est fort inquiétant que certains policiers, en dehors de toutes procédures légales, déclinent une politique discriminante sur les établissements scolaires visant à créer des fichiers illégaux.

Rappelons, une fois encore, que l’État a été condamné, il y a quelques jours, pour avoir fiché des manifestants placés en garde à vue contre la réforme des retraites.

Il s’agit désormais de mettre fin à ces pratiques illégales, inadmissibles et injustifiables en identifiant celles et ceux qui en sont à l’initiative afin de prendre les sanctions nécessaires. Face à de telles dérives, nul ne saurait être spectateur. »

Farida Amrani 30/05/2023

https://www.lejdd.fr/

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