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21 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

intégristes (npa)

prioeres

Les intégristes cathos mettent Castex à genoux

À coups de quelques dizaines, au mieux quelques centaines (record 600 à Versailles), les intégristes cathos ont réuni leurs ouailles ce week-end pour réclamer la réouverture des églises et la célébration des messes.

Les grenouilles de bénitier agenouillées sur les parvis et les soutanes noires des prêtres intégristes ont fait la une des médias.

Pourtant Darmanin avait menacé en interdisant le rassemblement de dimanche devant une église parisienne : « Je ne souhaite pas envoyer les policiers et les gendarmes verbaliser des croyants devant une église, évidemment. Mais s’il s’agit d’un acte répété et qui est manifestement contraire aux lois de la République, je le ferai ».

Mais on n’a pas beaucoup entendu parler d’amendes, les policiers devaient être occupés ailleurs. Les intégristes cathos anti-avortement, homophobes et tenants des thèses identitaires, ça ne se verbalise pas comme des hospitalierEs manifestant contre la fermeture des urgences de l’Hôtel Dieu !

On aurait envie d’en rire, mais le « deux poids, deux mesures » donne plutôt envie de hurler notre colère.

Où sont passés les hérauts politiques et journalistiques de la laïcité qui s’indignent des prières de rue lorsqu’il s’agit des musulmanEs qui n’ont pas de lieu de culte décent ?

Celles et ceux qui nous abreuvent de grandes analyses sur les dangers des intégristes islami-ques qui prendraient en otages les musulmanEs n’ont plus aucun problème quand les intégristes cathos prétendent s’exprimer au nom de l’ensemble des chrétiens.

Celles et ceux qui exhortaient le gouvernement à ne pas céder aux manifestations de dizaines de milliers de Gilets Jaunes pendant un an, ni aux centaines de milliers de manifestantEs contre la réforme des retraites, ont félicité Castex qui a organisé précipitamment une réunion avec les représentants des cultes au lendemain du week-end.

Et Matignon a été compréhensif, communiquant sur « la nécessité de travailler dès à présent à l’adaptation des règles qui permettront la reprise de l’exercice des cultes ».

Églises, commerces, le gouvernement veut relancer les business matériel et spirituel, mais n’a toujours rien cédé pour l’hôpital, qui va continuer de déborder… en priant pour l’arrivée d’un vaccin ?

Décidément, il y a urgence à ne pas laisser tous ces guignols continuer à décider de nos vies.

Cathy Billard 19/11/2020

https://lanticapitaliste.org/

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05 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

al jazeera ( lutte ouvrière)

macron jes

Macron à Al-Jazeera : colonialiste il reste

Macron a donné le 31 octobre une longue interview à la chaîne qatarie Al-Jazeera. Il voudrait tenter de désamorcer la colère d’une fraction de l’opinion des pays musulmans contre la France, son président, ses lois et la publication des caricatures de Mahomet.

Macron a repris l’argumentation habituelle sur la liberté de la presse, le fait que l’État et le gouvernement français ne cautionnent pas les caricatures, mais garantissent la liberté de publication.

Il y a ajouté une explication de sa version de la laïcité. Il peut facilement dénoncer les manipu-lations des islamistes qui organisent les manifestations antifrançaises. En effet ces derniers ne reculent devant aucun mensonge ni aucune exagération pour attirer le chaland et se créer un auditoire.

Mais il ne suffit pas de dénoncer une opération politique, encore faut-il comprendre pourquoi elle fonctionne, pourquoi les islamistes gagnent de l’influence à coups de diatribes contre l’Occident en général et contre la France en particulier.

Pour Macron, les islamistes utiliseraient des frustrations dues à la mémoire de la colonisation d’une part, aux difficultés de la jeunesse des cités d’autre part. Or, ajoute benoîtement le président, non seulement la France et lui-même condamnent désormais le passé colonial, mais son gouvernement a commencé à œuvrer pour donner un avenir à la jeunesse.

Et de conclure que tout devrait s’arranger entre gens de bonne volonté, entre ceux qui condamnent toute violence, ajoutant même que la France veut apporter son message de laïcité au Moyen et Proche-Orient et à l’Afrique.

Malheureusement, le message apporté par la France dans ces deux régions et dans bien d’autres, a été celui de l’expropriation par la force, de la mise en coupe réglée, du travail forcé, voire de la déportation des esclaves.

Elle y ajoute, depuis les indépendances jusqu’à aujourd’hui, le soutien aux dictatures, le pillage par l’intermédiaire des grandes sociétés, les interventions militaires multiples, l’importation de main-d’œuvre au gré de ses besoins, la fermeture des frontières, suivie de noyades désormais.

Après des siècles de violence sans phrase, alors que ses troupes stationnent en Afrique et au Proche-Orient, alors que ses diplomates et ses services soutiennent dans tous ces pays des bandes criminelles officielles ou non, le président français condamne… la violence !

La vérité est que l’impérialisme mène une guerre permanente pour maintenir sa domination sur les pays asservis et que la France, ancienne puissance coloniale voulant tenir son rang, y prend une part importante.

Dans cette guerre, les puissances occidentales se sont toujours appuyées sur les courants autochtones les plus réactionnaires, dont par exemple l’islam intégriste de la monarchie saoudienne ou des guérillas antirusses d’Afghanistan.

Cette guerre perdure et certaines de leurs créatures échappent parfois aux docteurs Frankenstein impérialistes, comme Ben Laden, ex-agent de la CIA et organisateur de l’attentat du 11 septembre à New York.

Ces islamistes arrivent même à susciter des vocations dans la jeunesse des métropoles, d’où les assassinats comme ceux de Conflans, du Bataclan, etc.

Face à cette réalité, le sirop laïque et démocratique de Macron serait simplement dérisoire s’il venait d’un naïf. Venant de l’héritier de la France coloniale et du représentant de la France impérialiste, c’est une injure de plus à la face des opprimés.

Paul GALOIS  04 Novembre 2020

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05 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

islamo-gauchisme (orient 21)

marxisme

Lénine, un précurseur de l’« islamo-gauchisme » ?

Voici un livre que devraient lire tous ceux qui, à longueur de colonnes, dénoncent « l’islamo-gauchisme » et chargent ses adeptes d’avoir troqué leur foi en la classe ouvrière contre une adoration des musulmans, nouveaux damnés de la terre.
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Un peu plus, tous ces éditorialistes, qui n’ont pourtant aucune sympathie, c’est le moins qu’on puisse dire, pour le communisme, accuseraient leurs adversaires d’avoir trahi les idéaux d’Octobre 1917 et de la révolution prolétarienne mondiale.
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Et si, au contraire, Lénine était le premier révolutionnaire européen à avoir pris la dimension de l’ère de l’impérialisme et de la nécessaire alliance entre le prolétariat européen et les peuples de ce que l’on ne nommait pas encore le tiers-monde, en premier lieu les peuples musulmans ? 
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A avoir rompu avec le dogmatisme de la 2ème Internationale qui ne voyait dans l’Orient que des pays archaïques, des peuples arriérés, des coutumes barbares.  Dans un ouvrage[1] bien documenté, dense et clair, Mathieu Renault, tout en récusant l’idée, anachronique, d’un Lénine décolonial: « il n’y a chez lui, note-t-il, aucune trace d’un quelconque désir de rupture-déconnexion avec l’Occident »;  montre la place majeure qu’occupe chez le dirigeant bolchevik la question de l’articulation entre la lutte du prolétariat européen et celle des peuples opprimés, en premier lieu musulmans. De la nécessité vitale de leur alliance contre l’impérialisme.
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Dès le lendemain de la révolution d’Octobre, Lénine lance un appel 
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Musulmans de Russie, Tatars de la Volga, Kirghizes et Sartes de Sibérie et du Turkestan, Turcs et Tatars de Transcaucasie, Tchétchènes et montagnards du Caucase ! Vous tous dont les mosquées et les maisons de prière ont été détruites, dont les croyances et les coutumes ont été piétinées par les tsars et les oppresseurs de Russie !
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Désormais, vos croyances et vos coutumes, vos institutions nationales et culturelles sont libres et inviolables ! » Et le texte se poursuit en exhortant les Perses et les Turcs, les Arabes et les Indiens à s’unir au gouvernement révolutionnaire bolchevik. Et, « dans un geste de haute portée symbolique, selon Matthieu Renault, (Lénine) ordonne la restitution à Tachkent du Coran d’Othman, l’une des plus anciennes copies du livre sacré », dont les Russes s’étaient emparés lors de la conquête du Turkestan et qui était conservé à Saint-Pétersbourg.
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Cet appel et ce geste rendent compte de la longue évolution de la pensée de Lénine, entamée depuis la révolution de 1905 et qui l’amène d’abord à disséquer le caractère colonisateur de la présence russe aux marges de l’empire, de l’Asie centrale au Caucase, colonisation qu’il rapproche de celle menée par la France en Algérie.
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Il va aussi, notamment après l’éclatement de la première guerre mondiale, approfondir sa réflexion sur l’impérialisme, son développement inégal et conclure que la révolution n’est pas seulement à l’ordre du jour en Europe, mais également dans le monde colonisé.
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Premier congrès de Bakou des peuples d’Orient
Convoqué en 1920 par les bolcheviks, au mot d’ordre «Prolétaires de tous les pays unissez-vous!» est substitué celui de « Prolétaires de tous les pays et peuples opprimés unissez-vous! », tout un symbole.
Et la place que Lénine assigne à ces peuples n’est en rien mineure, ni subalterne : Nous savons, écrit-il en substance, que les masses populaires d’Orient interviendront comme « une force révolutionnaire indépendante », comme des sujets politiques à part entière. Et, pour cela, il ne faut pas refuser l’adaptation de la théorie communiste, comme lui-même l’avait fait en étudiant le développement du capitalisme en Russie. Il faut égyptianiser le marxisme expliqueront les communistes égyptiens dans les années 1940.
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Pour Lénine la Russie soviétique doit devenir le fer de lance de l’anti-impérialisme, d’où l’importance de rompre avec le passé « tsaristo-impérialiste ».
Or, et Lénine en prendra conscience très tôt, les dirigeants bolcheviks eux-mêmes ne sont pas exempts d’un comportement de supériorité grand-russe à l’égard des peuples autochtones.
Il tente donc, comme le note Matthieu Renault, « une stratégie de contrôle du centre sur “ses” périphéries orientales » visant « à limiter l’appétit de pouvoir des organisations communistes (russes) locales, trop promptes à endosser les vieux habits du colonialisme et à priver les masses indigènes de tout possibilité de décider de leurs destinées ».
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L’auteur déroule les épisodes de ce combat, depuis la création de la république du Bachkor- tostan jusqu’aux conflits autour de la création d’un Turkestan indépendant, des débats internes aux bolcheviks, dont Lénine ne sort pas toujours victorieux.
Et qui doivent être replongés « dans l’histoire des péripéties, quasi-quotidiennes, de l’expansion du processus révolutionnaire en Russie musulmane », mais aussi dans l’histoire concrète des premières années de la révolution marquée par la guerre civile, le délitement de l’Etat, les interventions étrangères.
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Que Lénine y ait consacré tant de temps et d’énergie, en dit toutefois long sur l’importance qu’il leur accordait.
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Le livre de Matthieu Renault nous permet de mesurer pourquoi et « d’interroger la portée décolo-niale » de la révolution soviétique. Et si les islamo-gauchistes n’étaient, en fin de compte, que les petits-filles et petites fils de Lénine ?
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04 décembre 2017
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Voici un compte rendu de livre que j’ai écrit pour Politis et qui est paru aujourd’hui
amitiés Alain Gresh Directeur du journal en ligne Orient XXI.info. Matthieu Renault, L’empire de la révolution. Lénine et les musulmans de Russie, Syllepse, Paris, 2017.
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01 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

sorcières (npa)

valls

Quand une certaine « gauche » participe à la chasse aux sorcières

Depuis le meurtre atroce de Samuel Paty, les amalgames, le déchaînement raciste et la « chasse aux sorcières » sont de mise de la part des membres du gouvernement et des plus réactionnaires.

On pouvait malheureusement s’y attendre mais ils ne sont pas seuls : une certaine « gauche » semble également avoir perdu la raison. De ce côté là-aussi, les digues se fissurent !

Il n’aura pas fallu longtemps après le meurtre horrible de Samuel Paty pour que la « gauche » se divise ouvertement sur son rapport à l’islam, à la République et à la laïcité. Cette division n’est évidemment pas nouvelle, mais aujourd’hui beaucoup de monde à « gauche » participe à la       « chasse aux sorcières » orchestrée par le gouvernement, la droite extrême et de nombreux  pseudo-éditorialistes…

Valls superstar ?

Les premiers à avoir ouvert les vannes sont ceux du Printemps Républicain, mouvement créé par des proches de Valls et implanté à la fois au PS et à LREM.

On a eu droit à un festival, pendant plusieurs jours, avec Valls en « guest-star »  sur toutes les chaînes d’infos ou presque, dénonçant ouvertement les « complicités » et la « capitulation » de certaines associations, organisations politiques et/ou organisations syndicales.

Sont désignés l’Unef, Sud-Éducation, le NPA, La France Insoumise, la Ligue des droits de l’Homme…

Selon le Printemps républicain et Valls, ce seraient toutes ces organisations qui auraient armé le jeune terroriste. Mais Valls, parmi les anciens ministres de Hollande, n’a pas été le seul, et il a été rejoint par l’ancien Premier ministre Cazeneuve qui a dénoncé les « discours ambigus » et les « lâchetés de l’islamo-gauchisme ».

Discours repris par le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, qui en interne est entouré de membres du Printemps républicain, et dénonce particulièrement La France Insoumise pour avoir participé, entres autres, à la Marche contre l’islamophobie du 10 novembre 2019.

Côté Europe-­Écologie-les Verts, Yannick Jadot après avoir cet été pris l’exemple du burkini pour dénoncer « l’islamisme radical », n’est pas en reste et implore la gauche « de se réveiller », demandant « fermeté et intransigeance contre les discours ambigus » y compris dans sa propre organisation politique, visant ainsi entre autres Ester Benbassa.

Les digues sont fissurées

Tout comme les membres du gouvernement ou la droite extrême, le principal reproche et motif de la « chasse aux sorcières » dans la gauche actuellement est la participation à la Marche contre l’islamophobie de novembre 2019, où se sont retrouvés entre autres le NPA, La France insoumise, EÉLV, ATTAC, Solidaires ou la CGT.

Voilà donc le problème pour une partie de la gauche : la lutte contre l’islamophobie, c’est-à-dire le combat contre les discriminations à l’encontre des musulmanEs en particulier. Désormais, certains brandissent, comme le font les plus réactionnaires, l’« islamo-gauchisme », pour accuser et disqualifier toutes celles et tous ceux qu’ils considèrent « complaisantEs » avec l’intégrisme islamique car ils et elles refusent de participer à la stigmatisation de l’islam et des musulmanEs.

Certains positionnements dans la gauche consistent donc à faire passer pour complices du terrorisme de façon plus ou moins claire des organisations syndicales, des partis politiques, des associations ou des journaux, reprenant ainsi l’idéologie et le vocabulaire de l’extrême droite et en ayant les mêmes cibles.

Dans cette période, la position de certains, en particulier au PS, peut en outre être de l’ordre de la tactique politicienne… à l’approche de la présidentielle.

Pour le NPA, face aux semeurs de haine qu’ils soient de droite, d’extrême droite ou prétendu-ment de gauche, il y a urgence à ce qu’une riposte unitaire voit le jour pour combattre l’islamophobie, les amalgames qui se multiplient ces derniers jours.

Joséphine Simplon Hebdo L’Anticapitaliste  (29/10/2020)

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29 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

thèses 5 (gilbert achcar)

achcar

Onze thèses sur la résurgence actuelle de l’intégrisme islamique

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Si l’intégrisme islamique a notablement progressé aussi bien en Égypte, qu’en Syrie, en Iran et au Pakistan, les formes et l’étendue de sa progression, de même que son contenu et sa fonction politiques, diffèrent beaucoup d’un pays à l’autre (5).

En Syrie, le mouvement intégriste est la principale force d’opposition au bonapartisme décadent de la bureaucratie bourgeoise baassiste, contre laquelle il s’est engagé dans une lutte à mort.

Il bénéficie, en particulier, du caractère confessionnel minoritaire (alaouite) de l’équipe gouver-nante. La nature outrancièrement et exclusivement réactionnaire du programme du mouvement intégriste syrien réduit à néant, ou presque, ses perspectives autonomes de prise du pouvoir.

Il ne peut, seul, sur la base d’un tel programme, mobiliser les forces nécessaires au renverse-ment de la dictature baassiste. Il peut encore moins gérer, seul, un pays aux problèmes politi-ques et économiques aussi épineux que ceux de la Syrie. Le mouvement intégriste syrien est donc condamné à coopérer avec les classes possédantes syriennes (bourgeoisie et propriétaires fonciers). Il n’est, et ne peut être, rien de plus que leur fer de lance.

En Égypte, et pour les mêmes raisons, les perspectives d’une prise de pouvoir autonome par le mouvement intégriste sont très réduites, d’autant plus que son influence relative y est nettement moins importante qu’en Syrie.

Dans ces deux pays, le mouvement intégriste s’est endurci dans une longue lutte contre des régimes progressistes, accentuant par là même son caractère réactionnaire. En outre, la dimension même des problèmes économiques de l’Égypte y rend encore moins crédible la prétention du mouvement intégriste au pouvoir.

La bourgeoisie égyptienne en est parfaitement consciente, qui fait preuve d’une grande complaisance à l’égard du mouvement intégriste. Celui-ci constitue, à ses yeux, une cinquième colonne idéale au sein du mouvement des masses, un « anticorps » particulièrement efficace contre la gauche.

C’est pourquoi elle n’est point inquiète de voir aujourd’hui le mouvement intégriste égyptien rivaliser avec la gauche sur les deux terrains favoris de cette dernière : la question nationale et la question sociale (6). Tout progrès de la réaction islamique sur ces deux terrains réduit d’autant celui de la gauche. L’attitude de la bourgeoisie égyptienne à l’égard du mouvement intégriste participe de celle de toute bourgeoisie, confrontée à une profonde crise sociale, à l’égard de l’extrême droite et du fascisme.

Le Pakistan se distingue de l’Égypte en ce que le mouvement intégriste s’y est affermi principalement sous des régimes réactionnaires. Il a donc pu reprendre à son compte, sur de longues périodes, des éléments du programme national-démocratique et, partant, constituer une force d’opposition crédible à l’ordre établi.

Sur ces mêmes longues périodes cependant, les tendances nationalistes-démocratiques bourgeoises étaient elles-mêmes dans l’opposition, et forcément plus influentes, car plus crédibles, que le mouvement intégriste.

Il a fallu qu’un Bhutto, par un raccourci historique impressionnant, brûle les étapes d’une évolution de type nassérien et en arrive rapidement à s’aliéner les masses, en s’empêtrant dans ses propres contradictions, pour que le champ devienne libre devant l’extrême droite dominée par le mouvement intégriste, l’extrême gauche pakistanaise étant insignifiante.

La faillite de Bhutto fut à tel point prononcée que le mouvement intégriste réussit à mobiliser contre lui un vaste mouvement de masse. C’est pour prévenir « l’anarchie» qui aurait pu résulter d’un renversement de Bhutto par cette mobilisation (cf. Iran !) que le coup d’État eut lieu.

La dictature militaire bourgeoise réactionnaire de Zia UlHaq, pour gagner les sympathies du mouvement intégriste, reprit à son compte avantageusement les projets de réforme islamique de celui-ci. Elle compte aujourd’hui sur lui pour neutraliser toute opposition « progressiste » à son régime, y compris celle du parti de feu Bhutto.

Dans les trois cas envisagés ci-dessus, le mouvement intégriste s’est avéré n’être qu’une force d’appoint à la bourgeoisie réactionnaire. Le cas de l’Iran est différent.

10.

En Iran, le mouvement intégriste, représenté principalement par la tendance intégriste du clergé chiite, s’est forgé dans une longue et âpre lutte contre le régime éminemment réactionnaire, et soutenu par l’impérialisme, du Shah.

La faillite historique lamentable du nationalisme bourgeois et du stalinisme iraniens est trop connue pour que nous la décrivions ici. Toujours est-il que, par cette combinaison exceptionnelle de circonstances historiques, le mouvement intégriste iranien en est arrivé à être l’unique fer de lance des deux tâches immédiates de la révolution démocratique nationale en Iran : le renversement du Shah et la rupture des liens avec l’impérialisme américain.

Cette situation était d’autant plus possible que les deux tâches en question étaient en parfaite harmonie avec le programme général réactionnaire de l’intégrisme islamique. Ainsi, lorsque la crise sociale mûrit en Iran au point de créer les conditions d’un renversement révolutionnaire du Shah, lorsque le ressentiment des classes moyennes à l’égard de ce dernier atteignit son comble, le mouvement intégriste, personnifié par Khomeyni, parvint à canaliser l’immense force des classes moyennes en détresse et du sous-prolétariat pour prodiguer au régime une série de coups de poings nus, quasiment suicidaires dans leur obstination à rester désarmés, tel que seul en est capable un mouvement mystique.

Le mouvement intégriste iranien réussit à accomplir la première étape d’une révolution nationale démocratique en Iran ; très vite, cependant, sa nature intégriste allait reprendre le dessus.

La révolution iranienne est, en quelque sorte, une révolution permanente inversée. Commencée sur le terrain de la révolution nationale démocratique, elle aurait pu, sous une direction proléta-rienne, prendre le chemin de la « transcroissance » socialiste.

Sa direction intégriste petite-bourgeoise l’en a empêché, la poussant, au contraire, dans le sens d’une rétrogradation réactionnaire. La révolution de février 1979 ressembla étonnamment à celle de février 1917 : deux points de départ identiques pour des évolutions diamétralement opposées.

Là où Octobre permit d’aller jusqu’au bout de la révolution démocratique russe, la direction intégriste trahit le contenu démocratique de la révolution iranienne. Les bolcheviks remplacèrent l’Assemblée constituante, après avoir lutté pour son élection, par le pouvoir éminemment démocratique des soviets ; les ayatollahs remplacèrent l’Assemblée constituante, qu’ils avaient eux aussi placée en tête de leurs revendications mais qu’ils empêchèrent de voir le jour, par cette caricature réactionnaire qu’est l’« Assemblée des experts » musulmans.

Le sort de cette revendication commune des deux révolutions résume éloquemment les natures antithétiques de leurs directions et, partant, de leur sens de développement. Quant aux formes d’organisation démocratiques apparues dans la foulée du Février iranien, elles furent récupérées par la direction islamique : c’est toute la distance entre les « shoras » et les soviets !

Sur le terrain national, là où l’internationalisme prolétarien des bolcheviks permit l’émancipation des nationalités opprimées de l’empire russe, l’« internationalisme » islamique des ayatollahs s’avéra être un prétexte religieux pour la répression sanguinaire des nationalités opprimées de l’empire perse.

Le sort des femmes dans les deux révolutions est tout aussi connu. La direction intégriste iranienne ne resta fidèle au programme national démocratique que sur un seul point : la lutte contre l’impérialisme américain ; mais elle y resta fidèle à sa propre manière. Désignant l’ennemi comme étant non pas l’impérialisme, mais l’« Occident », sinon le « Grand Satan », Khomeyni appela à jeter le bébé avec l’eau de la bassine, ou plutôt le bébé avant l’eau de la bassine.

Attribuant à l’« Occident » abhorré tous les acquis politiques et sociaux apportés par la révolu-tion bourgeoise, y compris la « démocratie » et même le marxisme considéré (à juste titre) comme un produit de la civilisation industrielle, qualifiée d’« occidentale », il appela à extirper ces fléaux de la société iranienne, tout en négligeant les liens principaux entre l’Iran et l’impérialisme : les liens économiques.

L’affaire de l’ambassade des États-Unis, telle qu’elle a été menée, n’a rien apporté à l’Iran ; elle lui a coûté très cher, profitant en dernière instance aux banques américaines. Quelle que soit l’évolution ultérieure de la dictature intégriste en Iran, elle s’est déjà avérée être un obstacle majeur au développement de la révolution iranienne.

Cette évolution est d’ailleurs très aléatoire. Outre la combinaison exceptionnelle de circonstan-ces décrite ci-dessus, une différence fondamentale existe entre l’Iran et les trois pays envisagés plus haut : l’Iran peut s’offrir le « luxe » d’une expérience de pouvoir intégriste petit-bourgeois autonome.

Sa richesse pétrolière est la garantie d’une balance des paiements et d’un budget excédentaires. Mais à quel prix et jusqu’à quand ? Le bilan économique de deux ans de pouvoir intégriste est déjà lourdement négatif, en comparaison des années précédentes. D’autre part, l’inconsistance du « programme » intégriste et la grande variété des couches sociales qui s’en revendiquent et l’interprètent, chacune à sa manière, se traduisent par une pluralité de pouvoirs rivaux et antago-niques dont seule l’autorité d’un Khomeyni a permis jusqu’ici de maintenir l’unité de façade.

11. L’intégrisme islamique est un des ennemis les plus dangereux du prolétariat révolutionnaire.

Il est absolument, et en toutes circonstances, nécessaire de combattre son « influence réaction-naire et moyen-âgeuse » comme y appelaient déjà les « Thèses sur la question nationale et coloniale » adoptées par le deuxième congrès de l’Internationale communiste.

Même dans les cas, comme celui de l’Iran, où le mouvement intégriste assume provisoirement des tâches nationales démocratiques, le devoir des communistes révolutionnaires est de combattre implacablement la mystification qu’il exerce sur les masses en lutte, et dont celles-ci payeront le prix si elles ne s’en libèrent pas à temps.

Tout en frappant ensemble contre l’ennemi commun, les communistes révolutionnaires doivent mettre en garde les masses laborieuses contre tout détournement de leur lutte dans un sens réactionnaire. Tout manquement à ces tâches élémentaires est non seulement une carence fondamentale, mais porte aussi, en soi, le danger d’une déviation opportuniste de l’organisation communiste révolutionnaire.

En revanche, et même dans les cas où l’intégrisme islamique se présente exclusivement sous son aspect réactionnaire, les communistes révolutionnaires doivent s’armer de prudence tactique dans leur combat contre lui.

Ils doivent, en particulier, éviter de mener le combat sur le terrain de la foi religieuse, comme cherchent toujours à les y entraîner les intégristes, pour le maintenir sur les terrains national, démocratique et social.

Les communistes révolutionnaires ne doivent pas perdre de vue, en effet, qu’une partie, souvent importante, des masses sur lesquelles l’intégrisme islamique exerce son influence, peut et doit en être détachée et gagnée à la lutte du prolétariat.

Ce faisant, les communistes révolutionnaires doivent néanmoins se prononcer sans ambages pour la laïcisation de la société, élément rudimentaire du programme démocratique. Ils peuvent mettre une sourdine à leur athéisme ; jamais à leur laïcisme, à moins de remplacer carrément Marx par Mahomet !

le 1er février 1981

Première parution dans la revue Quatrième Internationale, octobre 1981. Nous reprenons ici la version intégrale, avec réinsertion de bouts de phrase qui avaient été omis par erreur lors de leur première publication, telle qu’elle a été publiée dans le livre de Gilbert Achcar, L’Orient incandescent, éd. Page 2, Lausanne 2003.

Gilbert Achcar

http://www.inprecor.fr/

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29 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

thèses 4 (gilbert achcar)

achcar

Onze thèses sur la résurgence actuelle de l’intégrisme islamique

7.

Le choix réactionnaire n’en devient pas plus inéluctable pour le petit-bourgeois, écrasé par la société capitaliste et désillusionné quant aux directions nationalistes-démocratiques bourgeoises et petites-bourgeoises. Un autre choix existe toujours, du moins en théorie ; les classes moyen-nes se trouvent placées devant l’alternative : réaction ou révolution. Elles peuvent, en effet, se joindre à la lutte révolutionnaire contre la bourgeoisie, comme le prévoyait le Manifeste Communiste.

« Si [les classes moyennes] sont révolutionnaires, c’est en considération de leur passage imminent au prolétariat : elles défendent alors leurs intérêts futurs et non leurs intérêts actuels ; elles abandonnent leur propre point de vue pour adopter celui du prolétariat. »

Cependant, dans les sociétés arriérées et dépendantes que n’envisageait pas le Manifeste Communiste (dans la fameuse Adresse de 1850, des mêmes Marx et Engels, on trouvera une description différente du rôle des petits-bourgeois, sans que soit envisagé pour autant leur ralliement au prolétariat), point n’est besoin aux classes moyennes d’abandonner leur propre point de vue pour se placer sous la direction du prolétariat.

Bien au contraire, c’est en reprenant à son compte les aspirations des classes moyennes, et notamment les tâches démocratiques et nationales, que ce dernier parvient à les rallier à sa lutte.

Mais pour que le prolétariat puisse gagner la confiance des classes moyennes, il faut d’abord qu’il dispose lui-même d’une direction crédible, qui ait fait ses preuves politiques et militantes.

Par contre, si la direction majoritaire du prolétariat s’est discréditée sur le terrain des luttes politiques nationales démocratiques (tout en conservant sa position majoritaire grâce à son rôle syndical ou faute de remplaçants), si elle fait preuve de veulerie politique à l’égard de l’ordre établi ou, pis encore, si elle soutient l’ordre établi, alors, les classes moyennes n’auront vraiment d’autre choix que de prêter l’oreille à la réaction petite-bourgeoise – fût-elle aussi énigmatique que la réaction islamique – et, éventuellement, de répondre à ses appels.

8.

Dans tous les pays où l’intégrisme islamique a notablement gagné du terrain, et particulièrement en Égypte, en Syrie, en Iran et au Pakistan, l’ensemble des conditions décrites ci-dessus existent (2).

Dans tous ces pays, la condition des classes moyennes s’est notoirement aggravée au cours des dernières années. Bien que certains d’entre eux soient eux-mêmes exportateurs de pétrole, la seule retombée de l’explosion des prix du pétrole sur la majorité des classes moyennes dans l’ensemble de ces pays a été une inflation débridée.

Par ailleurs, les directions nationalistes-démocratiques bourgeoises et petites-bourgeoises y sont discréditées, en général. Dans les quatre pays mentionnés, les-dites directions sont passées par l’épreuve du pouvoir.

Elles ont toutes fait autour d’elles, à certains moments de leur histoire, la quasi-unanimité des classes moyennes, en tentant de réaliser leur programme national démocratique. Certaines sont allées loin dans cette direction, comme ce fut le cas en Égypte, et dans les pays de la mouvance égyptienne, où Nasser fit figure de géant.

Les nationalistes purent se maintenir longtemps au pouvoir, ou s’y maintiennent toujours, dans ces derniers pays, du fait qu’ils y accédèrent au moyen de l’armée. En Iran et au Pakistan, où les nationalistes constituèrent des gouvernements civils, ils ne tardèrent pas à être balayés par l’armée ; Mossadegh et Bhutto (3) finirent lamentablement.

En tout état de cause, la marge de progression sur la voie du programme national-démocratique, dans le cadre et les limites de l’État bourgeois, est aujourd’hui très réduite ou quasi nulle dans les quatre pays susmentionnés.

Même en Iran, où l’expérience Mossadegh fut très brève, le Shah, conseillé par ses tuteurs américains, prit sur lui-même, par ses propres méthodes pseudo-bismarckiennes, de réaliser ce que les Robespierre et Bonaparte combinés accomplirent dans les autres pays.

D’autre part, les seules organisations politiques notables du prolétariat, dans l’ensemble de la région, sont les organisations staliniennes qui, lorsqu’elles ne sont pas insignifiantes, se sont totalement discréditées par une longue histoire de trahisons des luttes populaires et de compromissions avec les pouvoirs établis.

Ainsi, lorsque le mécontentement des classes moyennes commença à se manifester, ces dernières années, dans les quatre pays précités, aucune organisation ouvrière ou nationaliste bourgeoise, ou petite-bourgeoise, ne put le capitaliser : le champ était libre devant la réaction intégriste islamique petite-bourgeoise.

Par contraste, en Algérie, en Libye (4) et en Irak, où le despotisme éclairé d’une bureaucratie nationaliste bourgeoise ou petite-bourgeoise sut faire bénéficier de la manne pétrolière de larges fractions des classes moyennes, l’intégrisme islamique a pu être contenu.

1981. Première parution dans la revue Quatrième Internationale, octobre 1981. Nous reprenons ici la version intégrale, avec réinsertion de bouts de phrase qui avaient été omis par erreur lors de leur première publication, telle qu’elle a été publiée dans le livre de Gilbert Achcar, L’Orient incandescent, éd. Page 2, Lausanne 2003.

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thèses 3 (gilbert achcar)

achcar

Onze thèses sur la résurgence actuelle de l’intégrisme islamique

5.

Les populations actives des pays où la réaction intégriste islamique a pu se constituer en mouvement de masse et où elle a aujourd’hui le vent en poupe, se distinguent par une forte proportion de classes moyennes, au sens défini par le Manifeste Communiste : petits fabricants, détaillants, artisans et paysans.

Cependant, toute éruption de l’intégrisme islamique mobilise non seulement une fraction plus ou moins large de ces classes moyennes, mais aussi des fractions d’autres classes, fraîchement issues des classes moyennes, sous l’effet de l’accumulation primitive et de la paupérisation capitalistes.

Ainsi, des fractions du prolétariat, celles dont la prolétarisation est la plus récente, et surtout des fractions du sous-prolétariat, celles qui ont été déchues par le capitalisme de leur position petite-bourgeoise antérieure, sont particulièrement réceptives à l’agitation intégriste et susceptibles d’être entraînées par celle-ci.

Telle est la base sociale de l’intégrisme islamique, sa base de masse. Cette base n’est toutefois pas acquise d’office à la réaction religieuse, comme la bourgeoisie l’est à son propre programme.

Quelle que soit, en effet, la force du sentiment religieux des masses, et même si la religion en cause est l’Islam, il y a un bond qualitatif entre ce sentiment et l’adhésion à la religion comme utopie temporelle : pour que d’opium des peuples, la religion, redevienne excitant, et ceci à l’ère de l’automation, il faut vraiment que lesdits peuples n’aient plus d’autre choix que de se vouer à Dieu.

Car le moins que l’on puisse dire de l’Islam, c’est que son actualité n’est pas évidente ! En fait, l’intégrisme islamique pose plus de problèmes qu’il n’en résout : outre l’actualisation probléma-tique d’un code civil vieux de treize siècles qui, bien que postérieur de plusieurs siècles au droit romain, fut produit par une société nettement plus arriérée que celle de la Rome antique (le Coran est largement inspiré de la Torah, de même que le mode de vie des Arabes était largement similaire à celui des Hébreux), il s’agit de le compléter.

En d’autres termes, le plus orthodoxe des intégristes musulmans est incapable de répondre aux problèmes que lui pose la société moderne par les seules péripéties de l’exégèse, à moins que celle-ci ne devienne totalement arbitraire et, partant, source de désaccords sans fin entre les exégètes.

Il y a ainsi autant d’interprétations de l’islam qu’il y a d’interprètes. Quant au noyau central de la religion islamique, celui qui fait l’unanimité des musulmans, il ne satisfait en aucune façon les besoins matériels pressants du petit-bourgeois, indépendamment du fait qu’il puisse satisfaire ses besoins spirituels. L’intégrisme islamique, en soi, n’est aucunement le programme le plus conforme aux aspirations des couches sociales sur lesquelles il agit.

6.

La base sociale décrite plus haut est caractérisée par sa versatilité politique.

La citation du Manifeste Communiste, que nous avons reproduite, ne décrit pas une attitude permanente des classes moyennes, mais seulement le contenu réel de leur combat contre la bourgeoisie, quand celuici a lieu, c’est-à-dire quand les classes moyennes se retournent contre la bourgeoisie.

Car avant de combattre la bourgeoise, les classes moyennes ont été ses alliées dans le combat contre la féodalité ; avant de chercher à renverser le cours de l’histoire, elles ont contribué à le faire avancer.

Les classes moyennes sont, avant tout, la base sociale de la révolution démocratique et de la lutte nationale. Dans les sociétés arriérées et dépendantes, telles que les sociétés musulmanes, les classes moyennes conservent ce rôle dans la mesure où les tâches démocratiques et nationales restent, plus ou moins entières, à l’ordre du jour.

Elles constituent les supporters les plus ardents de toute direction bourgeoise (ou petite-bourgeoise, à plus forte raison) qui inscrit ces tâches sur son étendard. Les classes moyennes sont la base sociale, par excellence, du bonapartisme de la bourgeoisie ascendante (elles sont d’ailleurs la base sociale de tout bonapartisme bourgeois).

Il faut donc que les directions bourgeoises ou petites-bourgeoises qui assument les tâches démocratiques et nationales aient atteint leurs propres limites dans la réalisation de ces tâches, qu’elles aient perdu leur crédibilité, pour que de larges fractions des classes moyennes s’en détachent et cherchent d’autres voies.

Bien entendu, tant que l’essor capitaliste semble leur ouvrir les voies de l’ascension sociale, tant que leurs conditions d’existence s’améliorent, les classes moyennes ne remettent pas en question l’ordre établi ; même dépolitisées ou sans enthousiasme, elles n’en jouent pas moins le rôle de « majorité silencieuse » de l’ordre bourgeois.

Mais pour peu que l’évolution capitaliste de la société se mette à peser sur elles de tout son poids, le poids de la concurrence nationale et/ou étrangère, de l’inflation et des dettes, les classes moyennes deviennent alors un réservoir redoutable de forces d’opposition au pouvoir établi, libre de tout contrôle bourgeois et d’autant plus redoutable que la violence du petit-bourgeois dans la détresse et son déchaînement sont sans pareils.

1981. Première parution dans la revue Quatrième Internationale, octobre 1981. Nous reprenons ici la version intégrale, avec réinsertion de bouts de phrase qui avaient été omis par erreur lors de leur première publication, telle qu’elle a été publiée dans le livre de Gilbert Achcar, L’Orient incandescent, éd. Page 2, Lausanne 2003.

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thèses 2 (gilbert achcar)

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Onze thèses sur la résurgence actuelle de l’intégrisme islamique

3.

L’Islam, en tant qu’élément de l’idéologie des courants nationalistes, élément parmi d’autres, bien que fondamental, n’est pas le sujet des thèses qui suivent.

Cet Islam là a fait son temps, de même que les courants qui s’en revendiquent. Plus généra-lement, nous discernerons entre l’Islam utilisé comme moyen, servant à façonner et affirmer une identité nationale ou communautaire, voire sectaire, aux prises avec d’autres, et l’Islam considéré comme but en soi, objectif global et total, programme unique et exclusif.

« Le Coran est notre constitution », proclamait Hassan Al Banna, fondateur en 1928 du mouvement des « Frères musulmans ».

C’est cet Islam ci qui nous intéresse dans le cadre de ces thèses : l’Islam érigé en principe absolu auquel toute revendication, toute lutte, toute réforme, sont subordonnées, l’Islam des « Frères musulmans », du « Jamaat iIslami », des différentes associations d’ulémas et du mouvement des ayatollahs iraniens dont l’expression organisée est le « Parti de la République islamique ».

Le dénominateur commun entre ces différents mouvements est l’intégrisme islamique, c’est-à-dire la volonté d’un retour à l’Islam, l’aspiration à une « Utopia » islamique qui ne saurait, d’ailleurs, se limiter à une seule nation, mais devrait englober l’ensemble des peuples musulmans, sinon le monde entier.

C’est dans ce sens que Bani Sadr affirmait, en 1979, à un quotidien de Beyrouth (An Nahar) que « l’ayatollah Khomeyni est internationaliste : il s’oppose aux staliniens de l’Islam qui veulent construire l’Islam dans un seul pays » (sic !).

Cet « internationalisme » se traduit également par le fait que les mouvements précités débordent les frontières de leurs pays d’origine et/ou entretiennent des relations plus ou moins étroites entre eux.

Ils rejettent tous le nationalisme, dans l’acception restreinte du terme, et considèrent les courants nationalistes, même ceux qui font profession d’Islam, comme des rivaux, voire des adversaires.

C’est au nom de l’Islam qu’ils s’opposent à l’oppression étrangère ou à l’ennemi national, et non en défense de la « Nation ». Ainsi, les États-Unis ne sont pas tant « l’Impérialisme », pour Khomeyni, que le « Grand Satan » ; Saddam Hussein, lui, est avant tout un « athée », un « infidèle ». Israël, pour tous les mouvements en cause, n’est pas tant l’usurpateur sioniste du territoire palestinien que « l’usurpateur juif d’une terre islamique sacrée ».

4.

Quelle que soit la portée progressiste, nationale et/ou démocratique, objective de certaines des luttes que mènent les divers courants de l’intégrisme islamique, elle ne saurait voiler le fait que leur idéologie et leur programme sont essentiellement, et par définition, réactionnaires.

Qu’est-ce, en effet, qu’un programme qui vise à construire un État islamique, calqué sur le modèle de celui du 7è siècle de l’ère chrétienne, sinon une utopie réactionnaire ?

Qu’est-ce qu’une idéologie qui vise à restaurer un ordre vieux de treize siècles, sinon une idéologie éminemment réactionnaire ? En ce sens, il est aberrant, voire absurde, de qualifier les mouvements intégristes islamiques de bourgeois, quelle que soit la convergence de certaines luttes qu’ils mènent avec tout ou partie de la bourgeoisie de leur pays, tout aussi aberrant que de les qualifier de révolutionnaires quand il leur arrive de s’opposer à cette même bourgeoisie.

Tant par la nature de leur programme et de leur idéologie que par leur composition sociale, et même par l’origine sociale de leurs fondateurs, les mouvements intégristes islamiques sont des mouvements petits bourgeois.

Ils ne cachent pas leur haine tant des représentants du grand capital que des représentants du prolétariat, tant des États impérialistes que des États « communistes ». Ils s’opposent aux deux pôles de la société industrielle qui les menace : la bourgeoisie et le prolétariat.

Ils correspondent à cette fraction de la petite bourgeoisie décrite par le Manifeste Communiste : « Les classes moyennes, petits fabricants, détaillants, artisans, paysans, tous combattent la bourgeoisie parce qu’elle est une menace pour leur existence en tant que classes moyennes. Elles ne sont donc pas révolutionnaires, mais conservatrices ; bien plus, elles sont réaction-naires : elles cherchent à faire tourner à l’envers la roue de l’histoire. »

La réaction islamique petite-bourgeoise trouve ses idéologues et cadres organisateurs parmi les « intellectuels traditionnels » des sociétés musulmanes, les ulémas et assimilés, ainsi que parmi les échelons les plus bas des « intellectuels organiques » de la bourgeoisie, ceux-là mêmes qui sont issus de la petite-bourgeoisie et sont condamnés à y rester : les instituteurs et les clercs, en particulier.

En période de montée, l’intégrisme islamique recrute largement dans les universités et autres centres de production des « intellectuels », là où ceux-ci demeurent plus déterminés par leur origine sociale que par un avenir hypothétique et souvent aléatoire.

1981. Première parution dans la revue Quatrième Internationale, octobre 1981. Nous reprenons ici la version intégrale, avec réinsertion de bouts de phrase qui avaient été omis par erreur lors de leur première publication, telle qu’elle a été publiée dans le livre de Gilbert Achcar, L’Orient incandescent, éd. Page 2, Lausanne 2003.

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thèses 1 (gilbert achcar)

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Onze thèses sur la résurgence actuelle de l’intégrisme islamique

1.

L’étendue et la diversité des formes de la résurgence de l’intégrisme islamique, qui a marqué le début de ce dernier quart de siècle, empêchent toute généralisation hâtive de conjectures à son sujet.

De même, en effet, qu’il serait totalement aberrant d’identifier le catholicisme des ouvriers polonais et celui de la réaction franquiste, sans pour autant s’abstenir d’analyser les traits communs aux histoires agraires de l’Espagne et de la Pologne ou au contenu politique et idéologique de leurs catholicismes respectifs, la prudence analytique la plus élémentaire interdit d’inclure sous une seule et même rubrique des phénomènes aussi différents que la remontée des mouvements musulmans cléricaux et/ou politiques en Égypte, Syrie, Tunisie, Turquie, Indonésie, au Pakistan ou au Sénégal, la dictature militaire d’un Zia Ul-Haq au Pakistan ou celle d’un Kadhafi en Libye, la prise du pouvoir par le clergé chiite iranien ou la guérilla afghane, etc.

Même des phénomènes dont l’identité semble évidente, tels que les progrès du même mouve-ment, celui des « Frères musulmans », en Égypte et en Syrie, recouvrent en fait une disparité de contenus et de fonctions politiques, déterminée par celle de leurs objectifs immédiats.

Car, en deçà de l’accord sur les affaires célestes et au delà de l’accord sur les problèmes de la vie quotidienne, quand ces accords existent, et nonobstant la similitude, voire l’identité, des formes organisationnelles et des dénominations, les mouvements musulmans restent essen-tiellement des mouvements politiques, et donc les expressions d’intérêts sociopolitiques spécifiques et éminemment terrestres.

2.

Il n’y a pas eu d’irruption de l’Islam dans la politique :

l’Islam, en fait, est inséparable de celle-ci, étant lui même religion politique, au sens étymolo-gique du terme. Ainsi la revendication de la séparation de la religion et de l’État est-elle plus que laïciste, en pays musulman ; elle est franchement antireligieuse.

Cette donnée contribue à expliquer pourquoi aucun des grands courants du nationalisme bourgeois et petit bourgeois en terre d’Islam, à l’exception du kémalisme en Turquie, ne s’est prononcé pour la laïcité.

Tâche démocratique élémentaire sous d’autres cieux, celle ci est à tel point radicale dans les pays musulmans, ceux du Moyen Orient en particulier, que même la « dictature du prolétariat » éprouvera des difficultés à la réaliser ; elle est hors de la portée des autres classes.

Par ailleurs, les classes démocratiques des sociétés musulmanes n’ont eu, dans l’ensemble, aucun intérêt, ou presque, à combattre leur propre religion.

L’Islam, en effet, n’a pas été perçu au 20è siècle, dans ces sociétés, comme ciment idéologique d’une structure de classe surannée, féodale ou semi féodale, mais bien plutôt comme élément fondamental de l’identité nationale bafouée par l’oppresseur étranger chrétien (voire athée).

Ce n’est pas un hasard si la Turquie a été l’unique société musulmane à n’avoir pas été soumise, au 20è siècle, à un joug étranger ; Mustafa Kemal, lui aussi, fut exceptionnel parmi ses pairs : il mena son combat principal, non contre le colonialisme ou l’impérialisme, mais contre le sultanat, combinaison de pouvoirs temporels et spirituels (califat).

Par contre, un nationaliste bourgeois aussi radical que Nasser avait tout intérêt à se revendiquer de l’Islam dans son combat principal contre l’impérialisme, d’autant plus qu’il y trouvait, en même temps, un moyen à bon compte de se garder à gauche comme à droite.

1981. Première parution dans la revue Quatrième Internationale, octobre 1981. Nous reprenons ici la version intégrale, avec réinsertion de bouts de phrase qui avaient été omis par erreur lors de leur première publication, telle qu’elle a été publiée dans le livre de Gilbert Achcar, L’Orient incandescent, éd. Page 2, Lausanne 2003.

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29 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

nice (npa)

npa 29 vertic

Assassinats de Nice : face à l’horreur, refuser les logiques guerrières

Le NPA condamne les assassinats qui ont eu lieu à Nice et exprime sa solidarité avec les victimes, leurs familles et leurs proches. Au vu des informations disponibles, il semble que ces assassinats aient été commis au nom des mortifères idées jihadistes.

Cet événement tragique montrent la totale inefficacité de la politique du gouvernement et des mesures répressives, du plan Vigipirate aux restrictions continues des libertés. Au contraire, les discours islamophobes du pouvoir et ses provocations incessantes s’inscrivent dans une logique guerrière qui ne peut que renforcer les fractures déjà existantes et ainsi donner du grain à moudre aux fanatiques de tout bord, vers de nouvelles catastrophes.

Il s’agit selon le pouvoir d’une guerre intérieure, mais elle a les mêmes logiques que les guerres classiques : le gouvernement nous appelle à faire corps derrière lui, à accepter sa politique antisociale et guerrière, xénophobe, islamophobe, en s’appuyant sur l’émotion provoquée par ces attaques. Marine Le Pen pousse cette logique au maximum en demandant des mesures de guerre, sans doute de nouvelles restrictions des libertés.

À l’opposé de ces politiques, nous exigeons, au plus vite, des garanties pour l’égalité la plus totale au sein du pays, la fin de la stigmatisation et des discriminations contre les étrangerEs, le refus des discours et actions islamophobes, et des mesures de justice et d’égalité sociales.

Nous réaffirmons notre combat contre les idées réactionnaires et mortifères qui arment les assassins et nourrissent les divisions.

Nous appelons l’ensemble des organisations progressistes à refuser les discours d’amalgames et les mesures répressives, et à favoriser les expressions et manifestations de solidarité entre les différents secteurs de la population, quels que soient leur lieu d’habitation, leur origine nationale, leurs convictions religieuses.

On pense ici en particulier aux marches et autres initiatives contre le racisme et pour l’égalité, qui sont les meilleures garanties pour défendre une société égalitaire et solidaire, face à tous les promoteurs de la guerre civile.

Montreuil, 29 octobre 2020. 

https://nouveaupartianticapitaliste.org/

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