Archive | Religions

21 janvier 2021 ~ 0 Commentaire

aumôniers espagne (pùblico)

eglise

L’église aime l’argent … et les fachos

Covid et religion

Les prêtres qui prient aux frais de l’État

Le 27 août 1953, au nom de la Très Sainte Trinité, a été signé le Concordat entre le Saint-Siège et l’Espagne, dont le but, comme l’indique son premier paragraphe, est d’obtenir le plus grand bien de la vie religieuse en conformité avec la Loi de Dieu. Il ne fait aucun doute que cet objectif a été atteint.

Dans les années 1976 et 1979, les textes de l’accord ont été révisés et mis à jour, dans les deux documents la validité du Concordat de 53 continue à être reconnue, une reconnaissance qui se traduit par le maintien des prébendes de l’Église catholique ; l’accord pour l’assistance religieuse dans les hôpitaux, qui réglemente le financement des aumôniers hospitaliers est l’un d’entre eux.

En janvier 2021, et comme un de plus des multiples privilèges de l’église catholique, la figure de l’aumônier hospitalier est toujours en vigueur dans les hôpitaux publics, ce sont des prêtres, dont la tâche devrait être seulement et exclusivement à la demande du patient, aux frais du trésor public.

Les services de santé des différentes communautés autonomes paient le salaire des aumôniers qui sont sur la même feuille de paie que le personnel de santé ; leur « travail », totalement éloigné des soins de santé proprement dits d’un centre hospitalier, consiste à apporter une assistance catholique aux patients catholiques : visites, conseils religieux et moraux, célébration des actes de culte, administration des sacrements…..

Rien qu’en Galice, il y a 41 religieux catholiques qui reçoivent un salaire pour les « services rendus » dans les différents hôpitaux de Galice.

Dans un scénario de pandémie hospitalière, avec des chapelles d’hôpitaux fermées, sans accès à la plupart des zones, ces infatigables  » travailleurs  » ne seront pas privés de leur honteux salaire, dans le budget santé de la Xunta (gouvernement de Galice) pour l’année 2021 700 000 euros seront versés aux prêtres catholiques en paiement de  » leurs services « .

Répartis sur toute l’étendue de la géographie espagnole, rien qu’en Galice, qui compte sept zones de santé, 41 prêtres catholiques reçoivent un salaire pour les « services rendus » dans les différents hôpitaux galiciens.

Les coupes dans le secteur de la santé qui frappent ce groupe ne se répercutent pas sur le salaire de ces prêtres qui reçoivent leur chèque du même patron que les 200 infirmières galiciennes chargées de la première phase du vaccin contre le COVID-19.

Le personnel de santé est réduit dans les centres de santé et les hôpitaux mais pas le nombre d’aumôniers catholiques, un prêtre logé et nourri gratuitement qui, au salaire qu’il reçoit de son diocèse, ajoute le salaire de l’hôpital, avec les chèques restaurant correspondants.

Pilar Rego 21 janvier 2021

https://www.nuevatribuna.es/

Lire la suite

13 janvier 2021 ~ 0 Commentaire

mères célibataires (courrier international)

Pakistani-womens-rights-a

Mères célibataires enfermées 

“La honte de toute la nation” irlandaise

Pendant plus de soixante-quinze ans, des milliers de femmes ont été placées avec leurs enfants dans des institutions gérées par l’Église et l’État. Une période “sombre et difficile” de l’histoire du pays mise en évidence par un rapport d’enquête publié le 12 janvier.

Cinq années d’enquête. Près de 3 000 pages de rapport.

Et une conclusion résumée en quelques mots par l’Irish Independant à sa une : “La honte d’une nation.”

Entre 1922, au lendemain de l’indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni, et 1998, quelque 56 000 femmes et 57 000 enfants ont été placés dans des Mother and Baby Homes, foyers pour mères célibataires.

“Le but de ce système était de retirer de la vie ordinaire les femmes qui avaient procréé hors mariage, et de les rendre invisibles en faisant en sorte que, même si elles n’avaient pas honte de parler, elles ne puissent pas être entendues”, explique The Irish Times. Dans une Irlande dominée par l’Église catholique, le fait de donner naissance sans avoir convolé en juste noce était, aux yeux du plus grand nombre, complètement tabou.

Au total, d’après la commission d’enquête, 9 000 bébés ont perdu la vie dans ces établisse-ments, soit un taux de décès de 15 %. Dans certaines institutions, comme celle de Bessborough, à Cork, ville du sud du pays, la mortalité a même atteint 75 % en 1943. “Qu’ils reposent en paix”, soupire l’Irish Examiner, principal quotidien local.

Ce rapport, insiste The Irish Times, “brise enfin le silence et fait porter la honte sur qui de droit”. Sur une alliance “profane” entre l’Église et l’État irlandais, gestionnaires des Mother and Baby Homes, soutenue par la société tout entière et, en premier chef, les familles des mères célibataires.

“C’est l’histoire d’une hypocrisie à grande échelle, d’une profonde misogynie et d’une cruauté sans nom, d’un système de classe qui n’avait que faire des plus pauvres et des marginalisés.”

Personne ne se souciait de ce qu’il se passait derrière les murs

Au gré des 3 000 pages, “on ne trouve pas une once d’inquiétude émanant du grand public pour le sort de ces femmes, et le sujet n’a pas été évoqué une seule fois par les gouvernements successifs pendant les cinquante premières années qui ont suivi l’indépendance”, déplore l’Irish Independent.

En fait, cela arrangeait bien la société irlandaise de pouvoir enfermer ces femmes et ces enfants à l’abri des regards indiscrets. Personne ne se souciait de ce qui se passait derrière les hauts murs et les portes fermées de ces imposants bâtiments. Le rapport constitue un acte d’accusation révoltant contre une Irlande où la bondieuserie avait pris le pas sur l’empathie, et la piété sur la compassion.”

Dans le même temps, “comme les mères célibataires étaient bannies de ce monde, et leurs enfants morts ou placés en famille d’accueil et adoptés, les pères pouvaient simplement continuer à vivre leur vie, sans assumer aucune responsabilité ni subir aucune stigmatisation”.

La honte ne suffit pas

Si le Premier ministre Micheál Martin a regretté un chapitre “sombre, difficile et honteux de l’histoire récente irlandaise” et a présenté des excuses officielles au Parlement ce mercredi, le quotidien dublinois souligne la nécessité de joindre la parole aux actes.

Aujourd’hui, ces foyers pour mères célibataires ont certes fermé leurs portes, mais l’État continue d’envoyer dans des institutions des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants à travers le Direct Provision [système d’accueil des demandeurs d’asile, qui sont placés dans des centres fermés généralement loin des villes]. Par ailleurs, les familles monoparentales restent les plus défavorisées du pays.”

Même ton, sous forme d’avertissement, dans The Irish Times : “L’État n’en aura pas fini avec ce pan de son histoire tant qu’il ne sera pas en mesure d’affirmer sans mentir qu’il ne cherche plus à mettre hors de vue ceux dont il ne souhaite pas s’occuper. La honte n’est qu’une forme d’auto-indulgence lorsqu’elle ne pousse pas à bannir les réflexes qui l’ont suscitée.”

13/01/2021

https://www.courrierinternational.com/

Lire aussi:

En Irlande, les « excuses » de l’Église catholique aux survivants des foyers pour mères célibataires

9 000 enfants sont morts dans d’anciennes maisons pour mères célibataires

Irlande : des crimes au nom de la religion

Lire la suite

11 janvier 2021 ~ 0 Commentaire

pcf (mee)

etoile

100 du PCF

De l’anticolonialisme aux ambivalences

Le PCF fêtait son centenaire ce 30 décembre. Seul parti de France à combattre la colonisation au Maghreb au début du siècle dernier, il évolue vers des positions ambivalentes envers la révolution anticoloniale puis les combats des travailleurs issus de l’immigration.

En 2019, la direction et les militants communistes, comme l’ensemble de la gauche française, se divisent à propos de la marche contre l’islamophobie à Paris.

Le parti appelle à s’y associer mais son secrétaire préfère prendre ses distances. Certains veulent manifester « pour s’opposer au racisme antimusulman », d’autres craignent de marcher aux côtés de représentants de l’islam politique.

« Au sujet du racisme, de l’islamophobie, de la laïcité… Les positions sont variées dans le parti », explique à Middle East Eye le militant communiste Hadrien Bortot, membre de la commission antiracisme du Parti communiste français (PCF).

Derrière ces divergences, il y a toute une histoire.

Au long du 20è siècle, le parti bâtit une relation particulière avec les luttes des colonisés puis des travailleurs immigrés.

Lors de la naissance du parti en décembre 1920, au congrès de Tours qui se clôt le 30 du mois, les militants communistes souscrivent à une vingtaine de conditions édictées par les leaders bolcheviks russes.

Parmi elles, une exige d’eux qu’ils luttent contre le colonialisme de leur propre pays. Ils éprouveront vite la consigne : en 1925, une intense campagne et une grève en opposition à la guerre du Rif mobilisent des centaines de milliers de travailleurs, jusqu’à des conscrits en partance pour le Maroc qui défilent derrière une banderole proclamant « À bas la guerre ! ».

Perquisitions, saisies de journaux et emprisonnements frappent alors l’unique organisation française à condamner sans ambages colonialisme et racisme.

Mais dès cette époque, on perçoit aussi des couacs. La presse communiste critique « L’esprit féodal et religieux » du leader rifain Abdelkrim al-Khattabi, qui ne colle pas à la tradition anticléricale dont elle est issue.

Des cadres essaient de faire œuvre de pédagogie. Le dirigeant du parti, Maurice Thorez, en voyage au Maghreb en 1933, déclare : « La lutte contre l’impérialisme revêt des formes extérieures religieuses. Le problème est pour nous de comprendre que même dans cette protestation religieuse, il y a le bâillonnement de tout un peuple… »

Mais les méfiances perdurent. Le leader communiste algérien Sadek Hadjères rapporte dans ses Mémoires la manière dont un de ses camarades européens lui affirme dans les années 1950 que le voile des femmes algériennes est une preuve que le pays n’est pas mûr pour recouvrir son indépendance.

Paternalisme communiste au Maghreb

Au Maghreb, le soutien clair de l’Union soviétique aux peuples colonisés et le syndicalisme qui permet des victoires concrètes attirent, quoiqu’il en soit, des travailleurs comme des intellectuels vers le mouvement communiste.

À l’orée de l’insurrection contre la puissance coloniale, le Parti Communiste Algérien (PCA) est la deuxième force politique au sein de la population musulmane. Des leaders anticolonialistes se forment dans l’univers « rouge ».

L’historien français Alain Ruscio note dans Les Communistes et l’Algérie comment dans les années 1940, « le milieu communisant du journal Alger républicain est un lieu d’accueil et d’expression unique pour de jeunes intellectuels appelés à devenir des personnalités importantes, comme Kateb Yacine ou Mohammed Dib ».

Les autorités françaises répriment durement l’activité de groupes qui soutiennent le mot d’ordre léniniste de l’autodétermination des peuples. En Tunisie, la fédération locale du parti est interdite un an après sa création, dès 1921.

Mais les obstacles à l’implantation d’un mouvement communiste au Maghreb viennent aussi de l’intérieur. Un paternalisme d’un style particulier se développe.

L’historien marocain Jamaa Baida rappelle dans un article que dans les années 1930, les groupes communistes au Maghreb ne sont encore que des antennes de l’organisation française dont les militants sont « en grand majorité Européens, français tout d’abord ». Il faudra la pression de Moscou pour émanciper les structures locales de la tutelle de l’organisation française.

« L’affaire de Sidi Bel Abbes », qui secoue le parti en 1922, est éclairante. La section communiste locale à majorité européenne publie un texte selon lequel l’indépendance n’est pas souhaitable en Algérie, les « indigènes n’ayant pas atteint encore un niveau intellectuel et moral qui leur permette d’accéder aux conceptions communistes ».

La publication fait rugir jusqu’à Moscou : l’artisan de la révolution russe Léon Trotski accuse une position « de style esclavagiste ». Mais les valeurs communistes professées par de grands noms n’empêchent pas le paternalisme du quotidien.

Paix en Algérie plutôt qu’indépendance

L’historien tunisien Lazhar Mejri souligne dans un article comment les militants européens rechignent souvent à soutenir le nationalisme de leurs camarades musulmans.

Pierre Vidal-Naquet, historien français, militant actif contre la torture en Algérie, communiste un temps, écrira dans les années 1950 : « L’erreur du parti est d’avoir pensé que c’était la classe ouvrière française guidée par le parti qui devrait apporter, au terme de la lutte pour le socialisme, aux peuples coloniaux le présent de l’indépendance. »

L’agression française contre le Rif inaugure l’action anticolonialiste du PCF, mais c’est la guerre d’Algérie qui marque durablement son rapport au fait colonial.

Lorsque l’insurrection éclate, le parti est déjà revenu sur sa position théorique initiale favorable au « droit à l’indépendance ». Sa participation dans les années 1930 à un gouvernement d’union des gauches, le Front Populaire, infléchit sa ligne, qui se fait plus chauvine.

Le parti n’apprécie pas non plus l’autonomie des nationalistes algériens : « Les nationalistes du Front de libération national [FLN] recherchent des alliances tous azimuts, ce qui déplaît souverainement aux communistes », note Alain Ruscio. L’organisation de masse qu’est le PC a du mal avec ceux qui s’organisent en dehors de son giron.

Le parti préfère mener la bataille sous le thème de « la paix en Algérie ». Cette ligne exige déjà du courage à des militants qui subissent une sévère répression tout au long de la guerre.

Mais la direction communiste multiplie les attitudes contradictoires. En 1956, privilégiant la politique intérieure française sur la lutte anticoloniale, elle vote les pouvoirs spéciaux qui augmentent les pouvoirs de l’armée en Algérie, comme demandé par le gouvernement de gauche de Guy Mollet. De quoi marginaliser définitivement le PCA, qui avait pourtant rejoint l’insurrection nationale.

Le philosophe Étienne Balibar écrit en 1981, alors qu’il est encore encarté au parti, mais en rupture : « Les Algériens se battaient sous une autre idéologie que la nôtre. Leur Mecque n’était pas celle du communisme. Pour trouver avec eux les voies de l’action commune, il fallait au Parti surmonter le nationalisme (français) en son sein… C’était beaucoup apparemment. »

De la question du colonialisme à celle du racisme

Au début du 20è siècle, le PC a attiré en métropole des militants issus des colonies qui se reconnaissent dans son antiracisme.

Il accueille par exemple un anticolonialiste fougueux, l’Algérien Hadj Ali Abdelkader, candidat à plusieurs élections dans les années 1920. C’est à l’initiative de ce dernier, dans les cercles communistes, que naît en 1926 la fameuse Étoile nord-africaine que dirigera Messali Hadj, « creuset initial des mouvements nationalistes algériens qui finiront par déclencher la guerre d’indépendance », comme l’écrit Alain Ruscio.

Hélas, l’ambivalence du PCF lors de la guerre d’Algérie le coupe des travailleurs maghrébins qui vivent en France. Après cet épisode, le parti cesse de publier son journal L’Algérien en France : il ne trouve plus de lecteurs.

Dans les années qui suivent, le PCF semble toujours plus éloigné des combats des travailleurs issus de l’immigration. Il n’est pas associé aux « grèves contre le racisme » lancées par le Mouvements des travailleurs arabes (MTA), né en 1972.

Des militants de ce dernier pointent du doigt un paternalisme des membres du PCF qui rappelle celui ressenti par le passé par les « indigènes » dans les colonies.

« Le parti se voulait l’unique représentant de la classe ouvrière, d’où des hésitations devant le développement de tout mouvement extérieur à son influence », souligne Hadrien Bortot, du PCF, à MEE. « Même la ‘’Marche des beurs’’ de 1983, qui reçoit beaucoup de soutien dans la société, est accueillie froidement par le parti, pour une simple raison : elle n’est pas à son initiative. »

Mais la frilosité à l’égard des mouvements autonomes est-elle la seule raison de ne pas soutenir le combat antiraciste ? Dans les années 1980, le parti accuse de nouveau un virage à droite et le leader Georges Marchais va jusqu’à rendre les travailleurs immigrés responsables du chômage.

À cette époque, l’intellectuel communiste Étienne Balibar, critique de la ligne du parti, montre toute l’ambivalence des positions et de l’histoire communiste en posant une question sous forme d’antiphrase : « Raciste, le parti de Henri Alleg ? », en rappelant le nom de ce communiste européen, fait citoyen algérien après l’indépendance, qui a payé cher d’avoir contribué à révéler l’usage de la torture en Algérie dans son célèbre livre La Question.

L’islam, toujours un sujet épineux

À la même époque, la tradition anticléricale du PCF vient épouser un nouveau combat laïc. Jusqu’à nourrir des suspicions à l’égard de l’islam ? Dans les années 1980, les élus locaux communistes s’opposent à l’ouverture d’une mosquée en Bretagne sans donner d’explications claires.

L’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979 est l’occasion pour la presse communiste de justifier cette dernière en recyclant des clichés culturalistes et de se montrer « hostile à l’islam », comme le rappelle le maître de conférences Ismail Ferhat dans un article pour la fondation Jean Jaurès.

En 2004, des divisions apparaissent au grand jour : les députés communistes sont désunis lors du vote de la loi prohibant les signes religieux ostensibles à l’école, qui cible avant tout les élèves voilées, les deux tiers du groupe votant contre.

Selim Nadi, docteur du Centre d’histoire de Sciences Po, souligne à MEE des raisons idéologiques : « Pour le PC, les non-blancs sont inclus dans une lutte à vocation universelle, celle de tous les travailleurs. Mais dans le même temps, ils sont exclus car la spécificité raciale de leur oppression n’est que rarement prise en compte. »

Mardi 5 janvier 2021 Jules Cretois

https://www.middleeasteye.net/fr/

Lire aussi:

Parti du peuple algérien

Vue du monde arabe, la chute du mur de Berlin n’a rien de romantique

Lire la suite

11 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

gaza (ujfp)

fac

https://www.ujfp.org/

Lire la suite

10 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

séparatisme (lutte ouvrière)

croisades

Loi contre le séparatisme : une arme contre les travailleurs

Dans le cadre de sa chasse aux voix de droite, Macron avait promis une loi contre le séparatisme, faute de pouvoir constitutionnellement en proposer une contre l’islamisme. La police et le gouvernement ont de fait devancé l’appel et mis en œuvre cette loi liberticide avant même qu’elle ne soit votée.

La presse relate des dizaines de cas d’adolescents et même d’enfants signalés, fichés, interpellés et parfois gardés à vue parce qu’ils auraient troublé la minute de silence honorant Samuel Paty. La police est allée jusqu’à interpeller à son domicile un enfant de dix ans !

Le gouvernement quant à lui a entre autres dissous le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), coupable d’après Darmanin « d’agissements en vue de provoquer des actes terroristes ». Le CCIF est donc dissous pour ce qu’il aurait dit, pour un délit d’opinion, et surtout pour démontrer au public que le pouvoir fait quelque chose.

Puis les services de Macron ont accouché d’un texte intitulé Loi pour conforter les principes républicains, afin de prévenir d’éventuels problèmes. La Constitution n’admet pas en effet de dispositions particulières contre telle ou telle catégorie, réelle ou supposée. Le Conseil d’État l’ayant trouvée conforme, cette loi pouvait être présentée le 9 décembre au Conseil des ministres, puis soumise au vote des députés et des sénateurs début 2021.

Ce texte de circonstance, proposé pour des raisons de basse politique, reprend des dispositions déjà existantes en les faisant passer pour des nouveautés. La loi prévoit déjà des poursuites contre les appels au meurtre diffusés sur les réseaux sociaux, quelle que soit leur nature.

Elle prévoit également, comme le souligne le Haut conseil à la vie associative, organisme public, que les subventions ne sont accordées qu’aux associations respectant les principes en vigueur, y compris la devise républicaine, la mixité, l’égalité des sexes et bien d’autres choses encore. Elle prévoit aussi que l’État peut exiger des comptes et demander le remboursement des subventions mal utilisées.

Le gouvernement prétend, grâce à des dispositions faussement nouvelles, combattre le noyautage des associations de quartier par des intégristes musulmans et le poids qu’ils prennent dans la jeunesse.

Mais aucun texte, aucune exigence de serment républicain ne résoudra cette question. D’une part, l’État lui-même délaisse les quartiers populaires et leur jeunesse, laissant la place à qui veut la prendre.

D’autre part, et surtout, l’influence sur la jeunesse prolétarienne est une question de militantisme, un combat disputé depuis toujours entre le mouvement ouvrier et les courants cléricaux, réactionnaires, voire fascistes.

Dans le reste du texte, le gouvernement propose quelques nouveautés légalisant les pratiques arbitraires. La police pourra verser au fichier des auteurs d’infractions terroristes n’importe quelle personne dont une déclaration aura été jugée dangereuse.

Une fois fiché, le contrevenant le restera à vie et on pourra lui interdire certaines fonctions ou professions. De la même façon, l’État pourra dissoudre des organisations qui « provoquent à des agissements violents », sans autre précision.

Ces dispositions, bien incapables d’empêcher des actes comme les attentats criminels commis récemment, pourront trouver en revanche leur utilité contre les militants, les organisations ou tous ceux qui contestent l’ordre social.

Paul GALOIS  09 Décembre 2020
.

Lire la suite

21 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

intégristes (npa)

prioeres

Les intégristes cathos mettent Castex à genoux

À coups de quelques dizaines, au mieux quelques centaines (record 600 à Versailles), les intégristes cathos ont réuni leurs ouailles ce week-end pour réclamer la réouverture des églises et la célébration des messes.

Les grenouilles de bénitier agenouillées sur les parvis et les soutanes noires des prêtres intégristes ont fait la une des médias.

Pourtant Darmanin avait menacé en interdisant le rassemblement de dimanche devant une église parisienne : « Je ne souhaite pas envoyer les policiers et les gendarmes verbaliser des croyants devant une église, évidemment. Mais s’il s’agit d’un acte répété et qui est manifestement contraire aux lois de la République, je le ferai ».

Mais on n’a pas beaucoup entendu parler d’amendes, les policiers devaient être occupés ailleurs. Les intégristes cathos anti-avortement, homophobes et tenants des thèses identitaires, ça ne se verbalise pas comme des hospitalierEs manifestant contre la fermeture des urgences de l’Hôtel Dieu !

On aurait envie d’en rire, mais le « deux poids, deux mesures » donne plutôt envie de hurler notre colère.

Où sont passés les hérauts politiques et journalistiques de la laïcité qui s’indignent des prières de rue lorsqu’il s’agit des musulmanEs qui n’ont pas de lieu de culte décent ?

Celles et ceux qui nous abreuvent de grandes analyses sur les dangers des intégristes islami-ques qui prendraient en otages les musulmanEs n’ont plus aucun problème quand les intégristes cathos prétendent s’exprimer au nom de l’ensemble des chrétiens.

Celles et ceux qui exhortaient le gouvernement à ne pas céder aux manifestations de dizaines de milliers de Gilets Jaunes pendant un an, ni aux centaines de milliers de manifestantEs contre la réforme des retraites, ont félicité Castex qui a organisé précipitamment une réunion avec les représentants des cultes au lendemain du week-end.

Et Matignon a été compréhensif, communiquant sur « la nécessité de travailler dès à présent à l’adaptation des règles qui permettront la reprise de l’exercice des cultes ».

Églises, commerces, le gouvernement veut relancer les business matériel et spirituel, mais n’a toujours rien cédé pour l’hôpital, qui va continuer de déborder… en priant pour l’arrivée d’un vaccin ?

Décidément, il y a urgence à ne pas laisser tous ces guignols continuer à décider de nos vies.

Cathy Billard 19/11/2020

https://lanticapitaliste.org/

Lire la suite

05 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

al jazeera ( lutte ouvrière)

macron jes

Macron à Al-Jazeera : colonialiste il reste

Macron a donné le 31 octobre une longue interview à la chaîne qatarie Al-Jazeera. Il voudrait tenter de désamorcer la colère d’une fraction de l’opinion des pays musulmans contre la France, son président, ses lois et la publication des caricatures de Mahomet.

Macron a repris l’argumentation habituelle sur la liberté de la presse, le fait que l’État et le gouvernement français ne cautionnent pas les caricatures, mais garantissent la liberté de publication.

Il y a ajouté une explication de sa version de la laïcité. Il peut facilement dénoncer les manipu-lations des islamistes qui organisent les manifestations antifrançaises. En effet ces derniers ne reculent devant aucun mensonge ni aucune exagération pour attirer le chaland et se créer un auditoire.

Mais il ne suffit pas de dénoncer une opération politique, encore faut-il comprendre pourquoi elle fonctionne, pourquoi les islamistes gagnent de l’influence à coups de diatribes contre l’Occident en général et contre la France en particulier.

Pour Macron, les islamistes utiliseraient des frustrations dues à la mémoire de la colonisation d’une part, aux difficultés de la jeunesse des cités d’autre part. Or, ajoute benoîtement le président, non seulement la France et lui-même condamnent désormais le passé colonial, mais son gouvernement a commencé à œuvrer pour donner un avenir à la jeunesse.

Et de conclure que tout devrait s’arranger entre gens de bonne volonté, entre ceux qui condamnent toute violence, ajoutant même que la France veut apporter son message de laïcité au Moyen et Proche-Orient et à l’Afrique.

Malheureusement, le message apporté par la France dans ces deux régions et dans bien d’autres, a été celui de l’expropriation par la force, de la mise en coupe réglée, du travail forcé, voire de la déportation des esclaves.

Elle y ajoute, depuis les indépendances jusqu’à aujourd’hui, le soutien aux dictatures, le pillage par l’intermédiaire des grandes sociétés, les interventions militaires multiples, l’importation de main-d’œuvre au gré de ses besoins, la fermeture des frontières, suivie de noyades désormais.

Après des siècles de violence sans phrase, alors que ses troupes stationnent en Afrique et au Proche-Orient, alors que ses diplomates et ses services soutiennent dans tous ces pays des bandes criminelles officielles ou non, le président français condamne… la violence !

La vérité est que l’impérialisme mène une guerre permanente pour maintenir sa domination sur les pays asservis et que la France, ancienne puissance coloniale voulant tenir son rang, y prend une part importante.

Dans cette guerre, les puissances occidentales se sont toujours appuyées sur les courants autochtones les plus réactionnaires, dont par exemple l’islam intégriste de la monarchie saoudienne ou des guérillas antirusses d’Afghanistan.

Cette guerre perdure et certaines de leurs créatures échappent parfois aux docteurs Frankenstein impérialistes, comme Ben Laden, ex-agent de la CIA et organisateur de l’attentat du 11 septembre à New York.

Ces islamistes arrivent même à susciter des vocations dans la jeunesse des métropoles, d’où les assassinats comme ceux de Conflans, du Bataclan, etc.

Face à cette réalité, le sirop laïque et démocratique de Macron serait simplement dérisoire s’il venait d’un naïf. Venant de l’héritier de la France coloniale et du représentant de la France impérialiste, c’est une injure de plus à la face des opprimés.

Paul GALOIS  04 Novembre 2020

Lire la suite

05 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

islamo-gauchisme (orient 21)

marxisme

Lénine, un précurseur de l’« islamo-gauchisme » ?

Voici un livre que devraient lire tous ceux qui, à longueur de colonnes, dénoncent « l’islamo-gauchisme » et chargent ses adeptes d’avoir troqué leur foi en la classe ouvrière contre une adoration des musulmans, nouveaux damnés de la terre.
.
Un peu plus, tous ces éditorialistes, qui n’ont pourtant aucune sympathie, c’est le moins qu’on puisse dire, pour le communisme, accuseraient leurs adversaires d’avoir trahi les idéaux d’Octobre 1917 et de la révolution prolétarienne mondiale.
.
Et si, au contraire, Lénine était le premier révolutionnaire européen à avoir pris la dimension de l’ère de l’impérialisme et de la nécessaire alliance entre le prolétariat européen et les peuples de ce que l’on ne nommait pas encore le tiers-monde, en premier lieu les peuples musulmans ? 
.
A avoir rompu avec le dogmatisme de la 2ème Internationale qui ne voyait dans l’Orient que des pays archaïques, des peuples arriérés, des coutumes barbares.  Dans un ouvrage[1] bien documenté, dense et clair, Mathieu Renault, tout en récusant l’idée, anachronique, d’un Lénine décolonial: « il n’y a chez lui, note-t-il, aucune trace d’un quelconque désir de rupture-déconnexion avec l’Occident »;  montre la place majeure qu’occupe chez le dirigeant bolchevik la question de l’articulation entre la lutte du prolétariat européen et celle des peuples opprimés, en premier lieu musulmans. De la nécessité vitale de leur alliance contre l’impérialisme.
.
Dès le lendemain de la révolution d’Octobre, Lénine lance un appel 
.
Musulmans de Russie, Tatars de la Volga, Kirghizes et Sartes de Sibérie et du Turkestan, Turcs et Tatars de Transcaucasie, Tchétchènes et montagnards du Caucase ! Vous tous dont les mosquées et les maisons de prière ont été détruites, dont les croyances et les coutumes ont été piétinées par les tsars et les oppresseurs de Russie !
.
Désormais, vos croyances et vos coutumes, vos institutions nationales et culturelles sont libres et inviolables ! » Et le texte se poursuit en exhortant les Perses et les Turcs, les Arabes et les Indiens à s’unir au gouvernement révolutionnaire bolchevik. Et, « dans un geste de haute portée symbolique, selon Matthieu Renault, (Lénine) ordonne la restitution à Tachkent du Coran d’Othman, l’une des plus anciennes copies du livre sacré », dont les Russes s’étaient emparés lors de la conquête du Turkestan et qui était conservé à Saint-Pétersbourg.
.
Cet appel et ce geste rendent compte de la longue évolution de la pensée de Lénine, entamée depuis la révolution de 1905 et qui l’amène d’abord à disséquer le caractère colonisateur de la présence russe aux marges de l’empire, de l’Asie centrale au Caucase, colonisation qu’il rapproche de celle menée par la France en Algérie.
.
Il va aussi, notamment après l’éclatement de la première guerre mondiale, approfondir sa réflexion sur l’impérialisme, son développement inégal et conclure que la révolution n’est pas seulement à l’ordre du jour en Europe, mais également dans le monde colonisé.
.
Premier congrès de Bakou des peuples d’Orient
Convoqué en 1920 par les bolcheviks, au mot d’ordre «Prolétaires de tous les pays unissez-vous!» est substitué celui de « Prolétaires de tous les pays et peuples opprimés unissez-vous! », tout un symbole.
Et la place que Lénine assigne à ces peuples n’est en rien mineure, ni subalterne : Nous savons, écrit-il en substance, que les masses populaires d’Orient interviendront comme « une force révolutionnaire indépendante », comme des sujets politiques à part entière. Et, pour cela, il ne faut pas refuser l’adaptation de la théorie communiste, comme lui-même l’avait fait en étudiant le développement du capitalisme en Russie. Il faut égyptianiser le marxisme expliqueront les communistes égyptiens dans les années 1940.
.
Pour Lénine la Russie soviétique doit devenir le fer de lance de l’anti-impérialisme, d’où l’importance de rompre avec le passé « tsaristo-impérialiste ».
Or, et Lénine en prendra conscience très tôt, les dirigeants bolcheviks eux-mêmes ne sont pas exempts d’un comportement de supériorité grand-russe à l’égard des peuples autochtones.
Il tente donc, comme le note Matthieu Renault, « une stratégie de contrôle du centre sur “ses” périphéries orientales » visant « à limiter l’appétit de pouvoir des organisations communistes (russes) locales, trop promptes à endosser les vieux habits du colonialisme et à priver les masses indigènes de tout possibilité de décider de leurs destinées ».
.
L’auteur déroule les épisodes de ce combat, depuis la création de la république du Bachkor- tostan jusqu’aux conflits autour de la création d’un Turkestan indépendant, des débats internes aux bolcheviks, dont Lénine ne sort pas toujours victorieux.
Et qui doivent être replongés « dans l’histoire des péripéties, quasi-quotidiennes, de l’expansion du processus révolutionnaire en Russie musulmane », mais aussi dans l’histoire concrète des premières années de la révolution marquée par la guerre civile, le délitement de l’Etat, les interventions étrangères.
.
Que Lénine y ait consacré tant de temps et d’énergie, en dit toutefois long sur l’importance qu’il leur accordait.
.
Le livre de Matthieu Renault nous permet de mesurer pourquoi et « d’interroger la portée décolo-niale » de la révolution soviétique. Et si les islamo-gauchistes n’étaient, en fin de compte, que les petits-filles et petites fils de Lénine ?
.
04 décembre 2017
.
Voici un compte rendu de livre que j’ai écrit pour Politis et qui est paru aujourd’hui
amitiés Alain Gresh Directeur du journal en ligne Orient XXI.info. Matthieu Renault, L’empire de la révolution. Lénine et les musulmans de Russie, Syllepse, Paris, 2017.
.

Lire la suite

01 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

sorcières (npa)

valls

Quand une certaine « gauche » participe à la chasse aux sorcières

Depuis le meurtre atroce de Samuel Paty, les amalgames, le déchaînement raciste et la « chasse aux sorcières » sont de mise de la part des membres du gouvernement et des plus réactionnaires.

On pouvait malheureusement s’y attendre mais ils ne sont pas seuls : une certaine « gauche » semble également avoir perdu la raison. De ce côté là-aussi, les digues se fissurent !

Il n’aura pas fallu longtemps après le meurtre horrible de Samuel Paty pour que la « gauche » se divise ouvertement sur son rapport à l’islam, à la République et à la laïcité. Cette division n’est évidemment pas nouvelle, mais aujourd’hui beaucoup de monde à « gauche » participe à la       « chasse aux sorcières » orchestrée par le gouvernement, la droite extrême et de nombreux  pseudo-éditorialistes…

Valls superstar ?

Les premiers à avoir ouvert les vannes sont ceux du Printemps Républicain, mouvement créé par des proches de Valls et implanté à la fois au PS et à LREM.

On a eu droit à un festival, pendant plusieurs jours, avec Valls en « guest-star »  sur toutes les chaînes d’infos ou presque, dénonçant ouvertement les « complicités » et la « capitulation » de certaines associations, organisations politiques et/ou organisations syndicales.

Sont désignés l’Unef, Sud-Éducation, le NPA, La France Insoumise, la Ligue des droits de l’Homme…

Selon le Printemps républicain et Valls, ce seraient toutes ces organisations qui auraient armé le jeune terroriste. Mais Valls, parmi les anciens ministres de Hollande, n’a pas été le seul, et il a été rejoint par l’ancien Premier ministre Cazeneuve qui a dénoncé les « discours ambigus » et les « lâchetés de l’islamo-gauchisme ».

Discours repris par le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, qui en interne est entouré de membres du Printemps républicain, et dénonce particulièrement La France Insoumise pour avoir participé, entres autres, à la Marche contre l’islamophobie du 10 novembre 2019.

Côté Europe-­Écologie-les Verts, Yannick Jadot après avoir cet été pris l’exemple du burkini pour dénoncer « l’islamisme radical », n’est pas en reste et implore la gauche « de se réveiller », demandant « fermeté et intransigeance contre les discours ambigus » y compris dans sa propre organisation politique, visant ainsi entre autres Ester Benbassa.

Les digues sont fissurées

Tout comme les membres du gouvernement ou la droite extrême, le principal reproche et motif de la « chasse aux sorcières » dans la gauche actuellement est la participation à la Marche contre l’islamophobie de novembre 2019, où se sont retrouvés entre autres le NPA, La France insoumise, EÉLV, ATTAC, Solidaires ou la CGT.

Voilà donc le problème pour une partie de la gauche : la lutte contre l’islamophobie, c’est-à-dire le combat contre les discriminations à l’encontre des musulmanEs en particulier. Désormais, certains brandissent, comme le font les plus réactionnaires, l’« islamo-gauchisme », pour accuser et disqualifier toutes celles et tous ceux qu’ils considèrent « complaisantEs » avec l’intégrisme islamique car ils et elles refusent de participer à la stigmatisation de l’islam et des musulmanEs.

Certains positionnements dans la gauche consistent donc à faire passer pour complices du terrorisme de façon plus ou moins claire des organisations syndicales, des partis politiques, des associations ou des journaux, reprenant ainsi l’idéologie et le vocabulaire de l’extrême droite et en ayant les mêmes cibles.

Dans cette période, la position de certains, en particulier au PS, peut en outre être de l’ordre de la tactique politicienne… à l’approche de la présidentielle.

Pour le NPA, face aux semeurs de haine qu’ils soient de droite, d’extrême droite ou prétendu-ment de gauche, il y a urgence à ce qu’une riposte unitaire voit le jour pour combattre l’islamophobie, les amalgames qui se multiplient ces derniers jours.

Joséphine Simplon Hebdo L’Anticapitaliste  (29/10/2020)

Lire la suite

29 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

thèses 5 (gilbert achcar)

achcar

Onze thèses sur la résurgence actuelle de l’intégrisme islamique

9

Si l’intégrisme islamique a notablement progressé aussi bien en Égypte, qu’en Syrie, en Iran et au Pakistan, les formes et l’étendue de sa progression, de même que son contenu et sa fonction politiques, diffèrent beaucoup d’un pays à l’autre (5).

En Syrie, le mouvement intégriste est la principale force d’opposition au bonapartisme décadent de la bureaucratie bourgeoise baassiste, contre laquelle il s’est engagé dans une lutte à mort.

Il bénéficie, en particulier, du caractère confessionnel minoritaire (alaouite) de l’équipe gouver-nante. La nature outrancièrement et exclusivement réactionnaire du programme du mouvement intégriste syrien réduit à néant, ou presque, ses perspectives autonomes de prise du pouvoir.

Il ne peut, seul, sur la base d’un tel programme, mobiliser les forces nécessaires au renverse-ment de la dictature baassiste. Il peut encore moins gérer, seul, un pays aux problèmes politi-ques et économiques aussi épineux que ceux de la Syrie. Le mouvement intégriste syrien est donc condamné à coopérer avec les classes possédantes syriennes (bourgeoisie et propriétaires fonciers). Il n’est, et ne peut être, rien de plus que leur fer de lance.

En Égypte, et pour les mêmes raisons, les perspectives d’une prise de pouvoir autonome par le mouvement intégriste sont très réduites, d’autant plus que son influence relative y est nettement moins importante qu’en Syrie.

Dans ces deux pays, le mouvement intégriste s’est endurci dans une longue lutte contre des régimes progressistes, accentuant par là même son caractère réactionnaire. En outre, la dimension même des problèmes économiques de l’Égypte y rend encore moins crédible la prétention du mouvement intégriste au pouvoir.

La bourgeoisie égyptienne en est parfaitement consciente, qui fait preuve d’une grande complaisance à l’égard du mouvement intégriste. Celui-ci constitue, à ses yeux, une cinquième colonne idéale au sein du mouvement des masses, un « anticorps » particulièrement efficace contre la gauche.

C’est pourquoi elle n’est point inquiète de voir aujourd’hui le mouvement intégriste égyptien rivaliser avec la gauche sur les deux terrains favoris de cette dernière : la question nationale et la question sociale (6). Tout progrès de la réaction islamique sur ces deux terrains réduit d’autant celui de la gauche. L’attitude de la bourgeoisie égyptienne à l’égard du mouvement intégriste participe de celle de toute bourgeoisie, confrontée à une profonde crise sociale, à l’égard de l’extrême droite et du fascisme.

Le Pakistan se distingue de l’Égypte en ce que le mouvement intégriste s’y est affermi principalement sous des régimes réactionnaires. Il a donc pu reprendre à son compte, sur de longues périodes, des éléments du programme national-démocratique et, partant, constituer une force d’opposition crédible à l’ordre établi.

Sur ces mêmes longues périodes cependant, les tendances nationalistes-démocratiques bourgeoises étaient elles-mêmes dans l’opposition, et forcément plus influentes, car plus crédibles, que le mouvement intégriste.

Il a fallu qu’un Bhutto, par un raccourci historique impressionnant, brûle les étapes d’une évolution de type nassérien et en arrive rapidement à s’aliéner les masses, en s’empêtrant dans ses propres contradictions, pour que le champ devienne libre devant l’extrême droite dominée par le mouvement intégriste, l’extrême gauche pakistanaise étant insignifiante.

La faillite de Bhutto fut à tel point prononcée que le mouvement intégriste réussit à mobiliser contre lui un vaste mouvement de masse. C’est pour prévenir « l’anarchie» qui aurait pu résulter d’un renversement de Bhutto par cette mobilisation (cf. Iran !) que le coup d’État eut lieu.

La dictature militaire bourgeoise réactionnaire de Zia UlHaq, pour gagner les sympathies du mouvement intégriste, reprit à son compte avantageusement les projets de réforme islamique de celui-ci. Elle compte aujourd’hui sur lui pour neutraliser toute opposition « progressiste » à son régime, y compris celle du parti de feu Bhutto.

Dans les trois cas envisagés ci-dessus, le mouvement intégriste s’est avéré n’être qu’une force d’appoint à la bourgeoisie réactionnaire. Le cas de l’Iran est différent.

10.

En Iran, le mouvement intégriste, représenté principalement par la tendance intégriste du clergé chiite, s’est forgé dans une longue et âpre lutte contre le régime éminemment réactionnaire, et soutenu par l’impérialisme, du Shah.

La faillite historique lamentable du nationalisme bourgeois et du stalinisme iraniens est trop connue pour que nous la décrivions ici. Toujours est-il que, par cette combinaison exceptionnelle de circonstances historiques, le mouvement intégriste iranien en est arrivé à être l’unique fer de lance des deux tâches immédiates de la révolution démocratique nationale en Iran : le renversement du Shah et la rupture des liens avec l’impérialisme américain.

Cette situation était d’autant plus possible que les deux tâches en question étaient en parfaite harmonie avec le programme général réactionnaire de l’intégrisme islamique. Ainsi, lorsque la crise sociale mûrit en Iran au point de créer les conditions d’un renversement révolutionnaire du Shah, lorsque le ressentiment des classes moyennes à l’égard de ce dernier atteignit son comble, le mouvement intégriste, personnifié par Khomeyni, parvint à canaliser l’immense force des classes moyennes en détresse et du sous-prolétariat pour prodiguer au régime une série de coups de poings nus, quasiment suicidaires dans leur obstination à rester désarmés, tel que seul en est capable un mouvement mystique.

Le mouvement intégriste iranien réussit à accomplir la première étape d’une révolution nationale démocratique en Iran ; très vite, cependant, sa nature intégriste allait reprendre le dessus.

La révolution iranienne est, en quelque sorte, une révolution permanente inversée. Commencée sur le terrain de la révolution nationale démocratique, elle aurait pu, sous une direction proléta-rienne, prendre le chemin de la « transcroissance » socialiste.

Sa direction intégriste petite-bourgeoise l’en a empêché, la poussant, au contraire, dans le sens d’une rétrogradation réactionnaire. La révolution de février 1979 ressembla étonnamment à celle de février 1917 : deux points de départ identiques pour des évolutions diamétralement opposées.

Là où Octobre permit d’aller jusqu’au bout de la révolution démocratique russe, la direction intégriste trahit le contenu démocratique de la révolution iranienne. Les bolcheviks remplacèrent l’Assemblée constituante, après avoir lutté pour son élection, par le pouvoir éminemment démocratique des soviets ; les ayatollahs remplacèrent l’Assemblée constituante, qu’ils avaient eux aussi placée en tête de leurs revendications mais qu’ils empêchèrent de voir le jour, par cette caricature réactionnaire qu’est l’« Assemblée des experts » musulmans.

Le sort de cette revendication commune des deux révolutions résume éloquemment les natures antithétiques de leurs directions et, partant, de leur sens de développement. Quant aux formes d’organisation démocratiques apparues dans la foulée du Février iranien, elles furent récupérées par la direction islamique : c’est toute la distance entre les « shoras » et les soviets !

Sur le terrain national, là où l’internationalisme prolétarien des bolcheviks permit l’émancipation des nationalités opprimées de l’empire russe, l’« internationalisme » islamique des ayatollahs s’avéra être un prétexte religieux pour la répression sanguinaire des nationalités opprimées de l’empire perse.

Le sort des femmes dans les deux révolutions est tout aussi connu. La direction intégriste iranienne ne resta fidèle au programme national démocratique que sur un seul point : la lutte contre l’impérialisme américain ; mais elle y resta fidèle à sa propre manière. Désignant l’ennemi comme étant non pas l’impérialisme, mais l’« Occident », sinon le « Grand Satan », Khomeyni appela à jeter le bébé avec l’eau de la bassine, ou plutôt le bébé avant l’eau de la bassine.

Attribuant à l’« Occident » abhorré tous les acquis politiques et sociaux apportés par la révolu-tion bourgeoise, y compris la « démocratie » et même le marxisme considéré (à juste titre) comme un produit de la civilisation industrielle, qualifiée d’« occidentale », il appela à extirper ces fléaux de la société iranienne, tout en négligeant les liens principaux entre l’Iran et l’impérialisme : les liens économiques.

L’affaire de l’ambassade des États-Unis, telle qu’elle a été menée, n’a rien apporté à l’Iran ; elle lui a coûté très cher, profitant en dernière instance aux banques américaines. Quelle que soit l’évolution ultérieure de la dictature intégriste en Iran, elle s’est déjà avérée être un obstacle majeur au développement de la révolution iranienne.

Cette évolution est d’ailleurs très aléatoire. Outre la combinaison exceptionnelle de circonstan-ces décrite ci-dessus, une différence fondamentale existe entre l’Iran et les trois pays envisagés plus haut : l’Iran peut s’offrir le « luxe » d’une expérience de pouvoir intégriste petit-bourgeois autonome.

Sa richesse pétrolière est la garantie d’une balance des paiements et d’un budget excédentaires. Mais à quel prix et jusqu’à quand ? Le bilan économique de deux ans de pouvoir intégriste est déjà lourdement négatif, en comparaison des années précédentes. D’autre part, l’inconsistance du « programme » intégriste et la grande variété des couches sociales qui s’en revendiquent et l’interprètent, chacune à sa manière, se traduisent par une pluralité de pouvoirs rivaux et antago-niques dont seule l’autorité d’un Khomeyni a permis jusqu’ici de maintenir l’unité de façade.

11. L’intégrisme islamique est un des ennemis les plus dangereux du prolétariat révolutionnaire.

Il est absolument, et en toutes circonstances, nécessaire de combattre son « influence réaction-naire et moyen-âgeuse » comme y appelaient déjà les « Thèses sur la question nationale et coloniale » adoptées par le deuxième congrès de l’Internationale communiste.

Même dans les cas, comme celui de l’Iran, où le mouvement intégriste assume provisoirement des tâches nationales démocratiques, le devoir des communistes révolutionnaires est de combattre implacablement la mystification qu’il exerce sur les masses en lutte, et dont celles-ci payeront le prix si elles ne s’en libèrent pas à temps.

Tout en frappant ensemble contre l’ennemi commun, les communistes révolutionnaires doivent mettre en garde les masses laborieuses contre tout détournement de leur lutte dans un sens réactionnaire. Tout manquement à ces tâches élémentaires est non seulement une carence fondamentale, mais porte aussi, en soi, le danger d’une déviation opportuniste de l’organisation communiste révolutionnaire.

En revanche, et même dans les cas où l’intégrisme islamique se présente exclusivement sous son aspect réactionnaire, les communistes révolutionnaires doivent s’armer de prudence tactique dans leur combat contre lui.

Ils doivent, en particulier, éviter de mener le combat sur le terrain de la foi religieuse, comme cherchent toujours à les y entraîner les intégristes, pour le maintenir sur les terrains national, démocratique et social.

Les communistes révolutionnaires ne doivent pas perdre de vue, en effet, qu’une partie, souvent importante, des masses sur lesquelles l’intégrisme islamique exerce son influence, peut et doit en être détachée et gagnée à la lutte du prolétariat.

Ce faisant, les communistes révolutionnaires doivent néanmoins se prononcer sans ambages pour la laïcisation de la société, élément rudimentaire du programme démocratique. Ils peuvent mettre une sourdine à leur athéisme ; jamais à leur laïcisme, à moins de remplacer carrément Marx par Mahomet !

le 1er février 1981

Première parution dans la revue Quatrième Internationale, octobre 1981. Nous reprenons ici la version intégrale, avec réinsertion de bouts de phrase qui avaient été omis par erreur lors de leur première publication, telle qu’elle a été publiée dans le livre de Gilbert Achcar, L’Orient incandescent, éd. Page 2, Lausanne 2003.

Gilbert Achcar

http://www.inprecor.fr/

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin