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24 juin 2020 ~ 0 Commentaire

musulmans russes (global voices)

bakou 1920

Congrès des peuples d’Orient Bakou 1920

Revisiter la vision traditionnelle des musulman·e·s russes

Les musulman·e·s constituent 10 % de la population russe, faisant de l’islam la deuxième religion du pays derrière l’Église orthodoxe russe.

Elles et ils font partie de l’histoire russe depuis des siècles, et vivent sur l’ensemble du territoire, de la Sibérie au Caucase du Nord, et dans les grandes villes telles que Moscou ou Saint-Pétersbourg.

Le plus grand groupe ethnique musulman est celui des Tatars, qui constituent aussi la première minorité ethnique du pays, forte d’une population de plus 5 millions [en]. Les Tatars ont leur propre langue turcique et leur propre république à l’intérieur de la fédération de Russie, le Tatarstan.

Les Tatars ont joué un rôle spécifique dans l’expansion coloniale de la Russie tsariste en servant d’intermédiaires entre les groupes ethniques russes et les nations colonisées de Sibérie et d’Asie Centrale, qui partageaient souvent de grandes similitudes religieuses et linguistiques avec eux. Ils ont été les missionnaires, traducteur·rice·s, puis réformistes de l’islam à la fin du 19è et au début du 20è siècle.

Ils sont souvent décrits comme appartenant au courant des Jadides [en] – intellectuels, écrivains, penseurs qui ont proposé un nouveau courant islamique moderne inspiré par les réformes politiques et sociales vues dans l’Empire Ottoman et en Europe occidentale.

Cependant, ce récit montrant des hommes musulmans seuls guides de la modernisation, qui a dominé dans le milieu universitaire jusqu’à très récemment, est de plus en plus contesté par les chercheur·e·s.

Filip Noubel : Le récit dominant dans le milieu universitaire, à la fois post-soviétique et occidental, est que la modernité dans les communautés musulmanes de l’Empire tsariste a seulement été possible avec l’arrivée des Jadides — des hommes réformateurs de l’islam et de la société. Dans votre dernier livre, vous remettez en question ce récit. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Danielle Ross (DR) : L’un des principaux objectifs de ce livre est de mettre à jour l’étude de l’islam et de la réforme islamique dans la région russe de la Volga-Oural [ancien centre historique du district de la Volga, ndlt] grâce aux nouvelles tendances de la recherche historique dans d’autres parties du monde.

 

Cela signifie se séparer d’un modèle de modernité considéré comme importé ou introduit par une certaine société dans une autre, et, à la place, visualiser les années 1600 à 1910 comme une période pendant laquelle un ensemble de changements – mondialisation du commerce et des politiques, centralisation du pouvoir gouvernemen-tal, hausse du taux d’alphabétisation, démocratisation de la religion – a eu lieu dans les sociétés à travers le monde.

 

La région Volga-Oural, reliée au monde entier à travers le règne de la Russie impériale, l’islam, et les échanges commerciaux européens et asiatiques, s’est tout autant formée via ces courants que la Grande-Bretagne ou la France ont pu l’être, à ceci près que cette région a été un espace colonisé plutôt qu’un centre impérial.

 

Si l’on se positionne dans cette perspective, les Jadides ne peuvent plus être vus comme ceux qui ont importé la modernité. Le Jadidisme apparaît plutôt comme l’une des nombreuses réponses locales à un colonialisme fort, à une production de masse intégrée verticalement, et à un renouveau de la religion à travers le monde des années 1880 aux années 1910.

 

Les Jadides entretenaient un dialogue avec leurs contemporains en dehors de leurs communautés ethniques, mais devaient aussi beaucoup aux générations passées de leur propre peuple, qui avaient répondu à des changements à l’échelle mondiale à leur époque. Dans mon livre, je voulais amener l’idée d’une région Volga-Oural comme un lieu continuellement dynamique, plutôt que comme un territoire et une culture figés en 1552 qui se seraient soudainement réveillés dans les années 1860.

Vous mettez aussi en avant dans votre recherche le fait que l’édification de l’Empire tsariste, et plus tard de l’Empire soviétique, n’étaient pas le monopole des groupes ethniques russes – d’autres groupes tels que les Tatars, les Allemands, les Juifs, les Géorgiens, etc. y ont joué un rôle. Pourquoi cet aspect n’est-il guère mentionné dans l’histoire coloniale de ces deux empires ?

DR : L’étude universitaire de l’Histoire telle que nous la connaissons aujourd’hui est arrivée dans le contexte d’un 19è siècle nationaliste et colonialiste. Avec une telle base, écrire l’Histoire servait deux buts : exprimer clairement un passé cohérent et unificateur pour l’État-nation moderne, et justifier la domination politique de certaines personnes sur d’autres.

 

Les historien·ne·s ont travaillé depuis les années 1960 pour déconstruire ces récits nationaux et coloniaux, mais, dans le cas de la Russie, un tel travail est difficile pour plusieurs raisons.

 

Premièrement, il y a la question d’assembler un récit cohérent. Raconter le passé de la Russie comme une histoire de grands princes, de tsars et de leaders du Parti Commu-niste est très ciblé et linéaire. Mais comment peut-on conter l’histoire cohérente, attrac-tive, de centaines de groupes ethno-confessionnels dispersés sur des milliers de kilomètres carrés ? Où est le cœur du récit ?

 

Deuxièmement, l’approche intellectuelle de la Russie et de l’Union soviétique envers les non-russes, non-orthodoxes, a été de positionner ces peuples dans des territoires déterminés (nationalités, républiques unitaires, etc.), et de confiner toute discussion de leurs cultures et de leurs passés en ces lieux.

 

Les ethnographes, expert·e·s régionaux et historien·ne·s de républiques unies et autonomes pouvaient choisir d’écrire sur des groupes d’ethnie et confession spécifi-ques, mais seul un nombre restreint de ces écrits ont été inclus dans l’histoire générale de la Russie et de l’URSS. La même structure d’espaces nationaux et de différen-ciation, utilisée sous l’Empire soviétique, a été répliquée et renforcée dans l’éducation occidentale durant la Guerre Froide.

 

Dans les années 1990, les historien·ne·s ont commencé à poursuivre une recherche qui démantèle et dépasse les différenciations nationales et régionales autour des-quelles les études historiques sur la période de la Guerre Froide ont été structurées, mais cette transformation est encore en cours, et n’est toujours pas bien représentée dans les manuels scolaires et autres ouvrages généralistes auxquels peuvent s’intéresser les non-spécialistes et étudiant·e·s abordant le domaine de l’histoire russe.

 

De fait, l’intégration de sources et récits non-russes dans l’histoire russe dominante, et la décentralisation ou régionalisation de cette histoire d’un point de vue ethnique, continuent d’être un procédé lent.

Quel est le discours actuel de Moscou sur le rôle et la présence des musulman·e·s en Russie, que ces personnes soient originaires de ce territoire ou immigrées ?

DR : Depuis que Poutine est arrivé au pouvoir, Moscou s’est de plus en plus tourné vers le nationalisme ethnique russe comme idéologie unificatrice. Au Tatarstan, où cohabitent plusieurs groupes ethniques, les récentes stratégies de consolidation et de rationalisation des institutions culturelles et éducatives ont eu pour conséquence la réduction des subventions qui soutiennent les langues et cultures non-russes.

La rhétorique de Moscou et la politique envers les migrants ouzbeks, tadjiks, kirghizes et azéris montrent que :

(1)  Ces musulman·e·s n’ont pas leur place en Russie malgré leur rôle indispensable dans l’économie du pays ; et

(2) Les cultures des musulman·e·s d’Asie Centrale et du Caucase sont étrangères et incompa-tibles avec la culture russe prédominante malgré l’expérience commune de soixante-dix ans de régime soviétique.

Vu la position actuelle de Moscou sur les personnes musulmanes originaires de Russie et migrantes ainsi que leurs cultures, il semble assez clair que le pays n’est pas prêt, à l’heure actuelle, à reconnaître les contributions des non-slaves, non-orthodoxes dans l’histoire russe, ou à proposer une vision du futur qui reconnaîtrait les musulman·e·s comme des membres à part entière de la société russe.

Qui sont les vecteurs de la modernité aujourd’hui dans les communautés musulmanes en Russie ?

DR : Je ne sais si le terme « vecteurs de la modernité » est utile pour parler de l’islam en Russie aujourd’hui. Contrairement à la période 1880-1920, les principaux discours au sein de l’islam de nos jours ne portent pas sur les façons d’adapter la foi, la loi et la culture islamiques au monde moderne, mais plutôt sur qui prend la parole au nom des musulman·e·s, quel islam est le plus exact et légitime, quelles sont les langues les plus appropriées pour transmettre le savoir islamique, et quelle devrait être la position de l’islam en Russie actuellement et à l’avenir.

Les différents visages de l’islam en Russie sont les personnes d’origine musulmane ainsi que les Russes (ethniques) récemment converti·e·s, les salafistes ainsi que les partisan·e·s de divers courants classiques de l’islam et des traditions intellectuelles musulmanes locales et nationales ainsi que des tendances internationales et transnationales. Cette multiplicité de voix et d’opinions confère du dynamisme aux communautés musulmanes russes.

Global Voices a interviewé Danielle Ross, qui a enseigné à l’Université de Nazarbayev au Noursoultan (Kazakhstan), et est maintenant maîtresse de conférences à l’Universi-té d’État de l’Utah où elle enseigne l’histoire asiatique et islamique. Dans son dernier livre, L’Empire Tatar : les musulmans de Kazan et la fondation de la Russie impériale [Tatar Empire: Kazan's Muslims and the Making of Imperial Russia, en, non traduit en français, ndlt], elle remet ouvertement en question [en] ce mythe et propose une autre vision de la situation. Ce qui précède est une version abrégée de cet entretien.

https://fr.globalvoices.org/

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03 juin 2020 ~ 0 Commentaire

ouigours (orient 21)

ouighours

Chine. Pourquoi les Ouïgours sont-ils persécutés ?

Les Ouïgours sont une ethnie turcophone musulmane vivant surtout dans le Xinjiang, région du nord-ouest de la Chine, anciennement appelé le Turkestan oriental. Malgré un statut officiel d’autonomie, cette région souffre de la persécution du gouvernement central, tandis que nombre d’activistes ouïgours rêvent d’indépendance.

Une histoire mouvementée

La région connaît une domination chinoise à plusieurs moments de son histoire. Elle est baptisée « Xinjiang » en 1760, ce qui signifie « nouvelle frontière ».

Elle connaît une brève indépendance de 1933 à 1934 puis de 1944 à 1949, après une rébellion des Ouïgours et des Kazakhs qui aboutit à la création du Turkestan oriental, pro-soviétique. Mais la proclamation de la République populaire de Chine par Mao Zedong y met fin. En 1951, Osman Batur, une des figures de la résistance ouïghoure, est capturé et exécuté. La région autonome ouïgoure du Xinjiang est proclamée le 1er octobre 1955.

La région va connaître deux grandes périodes de répression, la première pendant le Grand Bond en avant (1958-1960), la seconde avec la Grande Révolution culturelle prolétarienne (1966-1976). Pendant cette période, les Gardes rouges y combattent les « quatre vieilleries » : les vieilles idées, la vieille culture, les vieilles coutumes, les vieilles habitudes. La pratique de l’islam sera interdite, et les Ouïgours seront forcés à élever des porcs et à en consommer la viande.

Une politique démographique est également menée dans la région qui comptait en 1949 4 % de Han (ethnie chinoise historique) et environ 80 % d’Ouïgours. En 2010, les deux ethnies étaient à égalité, représentant chacune 45 % de la population de cette province.

« Guerre contre le terrorisme »

En 2014, après une attaque au couteau dans une gare menée par un indépendantiste ouïghour, le président Xi Jinping veut persécuter les Ouïgours au nom de la « guerre contre le terroris-me ». Pour légitimer son action, Pékin va médiatiser des actes de violence attribués à des groupes nationalistes.

Écoute téléphonique et reconnaissance faciale renforcée sont désormais de mise, notamment à l’entrée des mosquées, et les arrestations se multiplient. La pratique de l’islam est à nouveau interdite, et les femmes ouïgoures forcées de se marier avec des hommes Han.

En 2017, le gouvernement confisque les passeports des Ouïgours. Nombre d’entre eux sont arrêtés et incarcérés dans ce que Pékin appelle des « centres de formation professionnelle » contre « la radicalisation » islamiste, prétendant que ces camps ont uniquement vocation à « transmettre une culture politique communiste ».

Mais les « Camps Leaks » ou « China Cables » révèlent qu’il s’agit de camps de détention dans lesquels les Ouïgours sont torturés, drogués, contraints de réciter des chants patriotiques et des slogans à la gloire du gouvernement et à apprendre le mandarin au détriment de la langue ouïgoure. L’ONU estime le nombre de détenus à plus d’un million.

Au-delà du modèle unique que veut imposer Pékin, cette persécution s’explique également par l’intérêt économique que représente le Xinjiang, deuxième région productrice de pétrole du pays avec 27,4 millions de tonnes de brut par an, ce qui représente 14 % de la production domestique nationale (2009). Elle fournit également un tiers de la production nationale en gaz naturel, dont les réserves dans la région s’élèvent à 115,3 milliards de m3, en plus d’être la première région productrice de charbon du pays.

Frontalière de huit États, le Xinjiang permet aussi à Pékin de renforcer son influence économi-que et politique en Asie du Sud-Est, ainsi que ses liens avec son partenaire commercial, l’Iran.

Timides réactions internationales

Face à cette situation tragique, la réaction de la communauté internationale reste très timide.

En octobre 2019, une vingtaine de pays membres de l’ONU — dont les États-Unis et le Royaume-Uni — ont demandé à la Chine de mettre fin à la détention des Ouïgours et des autres minorités musulmanes de la province.

Pékin a réagi en s’assurant le soutien diplomatique de 54 États dont 28 pays africains, qui ont signé une lettre adressée au président du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies, dans laquelle ils félicitent la Chine pour sa lutte antiterroriste et exhortent la communauté internationale à ne pas accuser à tort leur partenaire.

Les Ouïgours installés en Europe et en Amérique du Nord tentent de mobiliser la société civile et appellent au boycott des produits chinois.

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18 mai 2020 ~ 0 Commentaire

nakba (mee)

Palestinian_refugees

Pourquoi les sionistes ont expulsé les Palestiniens

Si des historiens continuent de nuancer ou rejeter l’existence d’un plan de nettoyage ethnique des Palestiniens lors de la création d’Israël, le contexte qui animait alors le mouvement sioniste montre que l’expulsion des Arabes lui était devenue incontournable

En 1946, la Palestine compte 1 237 334 Arabes et 608 225 juifs. Les premiers sont majoritaires dans 50 des 60 districts. La première guerre israélo-arabe, qui débute à partir de décembre 1947 et se termine à la fin de l’hiver 1949, renverse les rapports démographiques puisque près de 805 000 Palestiniens sont forcés à l’exil, expropriés et éparpillés dans des camps de réfugiés aux quatre coins de la région.

Depuis le rapport Peel de 1937, le partage de la Palestine en deux États était régulièrement évoqué par les grandes puissances, impliquant un « transfert » de populations. Ainsi, David Ben Gourion, président de l’Agence juive, l’autorité en charge de la communauté juive de Palestine, ne cachait pas ses intentions : un État juif ne sera pas viable s’il compte un nombre trop élevé d’Arabes.

Aujourd’hui, les travaux des historiens arabes et des nouveaux historiens israéliens ont définiti-vement écarté les théories sionistes sur la responsabilité arabo-palestinienne de cet exil forcé, mais un certain récit visant à dédouaner Israël de toute culpabilité continue d’être mobilisé.

Expulser pour des raisons de sécurité ?

En premier lieu, la prétendue nécessité sécuritaire. L’historiographie sioniste affirme que si des expulsions ont eu lieu, elles n’ont été réalisées que pour s’assurer qu’aucun ennemi potentiel ne restât à l’arrière des lignes au fur et à mesure de l’avancée des troupes juives.

David Ben Gourion ne cachait pas ses intentions : un État juif ne sera pas viable s’il compte un nombre trop élevé d’Arabes

Premièrement, cet argument ne justifie en aucun cas les quelque 70 massacres perpétrés contre des civils arabes ou des soldats désarmés par les différentes unités sionistes. Deuxièmement, si tel était le cas, alors les expulsions se seraient interrompues dès lors que la guerre aurait pris fin et que les accords d’armistice auraient été signés.

Il n’en est rien. Tout au long des années 1950, de nombreuses municipalités arabes, demeurant en Israël, vont être victimes d’expulsions.

Parmi d’autres exemples, on peut citer les 105 habitants d’Abou Gosh, déportés le 7 juillet 1950 jusqu’à la frontière transjordanienne. Ou ceux du village d’al-Majdal, situé sur le littoral, qui sont expulsés de 1949 à la fin de l’année 1950 vers la bande de Gaza pour laisser place à un camp de transit pour immigrés juifs, devenu la ville portuaire d’Ashkelon.

Résoudre la crise du logement

En réalité, parallèlement à l’enjeu démographique, dès 1946, les autorités de l’Agence juive sont mises sous pression pour trouver un refuge aux centaines de milliers de rescapés du génocide en Allemagne ou de juifs des pays arabes, qui arrivent en Palestine.

À cela s’ajoute une immigration soutenue entre 1948 et 1951, avec l’arrivée annuelle moyenne de 188 000 immigrés : entre la déclaration d’indépendance, le 14 mai 1948, et le 31 décembre 1951, la population juive d’Israël passe de 684 000 à 1 368 000.

Dans l’attente de l’attribution d’un logement, les immigrés s’entassent dans des camps de transit aux conditions de vie déplorables.

La Nakba permet de résoudre, en partie, le problème. Au cours de l’année 1948, des milliers de juifs s’installent dans les logements arabes vidés de leurs habitants : 45 000 sont logés dans les faubourgs de Jaffa, 40 000 prennent possession du centre de Haïfa, 8 000 sont installés à Ramla, autant à Lydda, devenue Lod, et 5 000 à Acre.

Des fonctionnaires de l’Agence juive supervisent ces opérations et vérifient, dans la mesure du possible, l’état des logements pour prévoir leur remise aux normes.

Cependant, les autorités restent loin du compte : si entre 140 000 et 160 000 immigrés peuvent s’installer dans des foyers vidés de leurs habitants arabes, rien qu’en 1949, 239 141 personnes arrivent en Israël, dont 109 262 d’Europe de l’Est, 71 271 du Moyen-Orient et 39 442 d’Afrique du Nord.

Une coutume veut alors que quiconque réussit à installer un lit dans une pièce et à y passer une nuit devient propriétaire des lieux.

À Haïfa, des soldats juifs, dont certains blessés, pénètrent en juin 1948 dans la rue Abbas, vers 6 heures du matin. Ils choisissent des maisons arabes, dont ils chassent les occupants ainsi que leurs biens, et y installent leurs affaires. Lorsque des officiers arrivent pour connaître le motif de leurs actes, ils expliquent ne pas s’être vu attribuer de logement alors qu’ils combattaient pour Israël.

Faire face à la révolte des immigrés

La lenteur des procédures, les conditions de vies souvent misérables dans les villes, l’absence d’emplois et de perspectives, tout cela mène aux premiers conflits. En avril 1949, 300 immigrés manifestent à Tel Aviv et tentent de pénétrer dans la Knesset, installée à cette époque dans un ancien cinéma.

Deux semaines plus tard, des centaines d’immigrés saccagent les locaux du ministère de l’Inté-gration à Haïfa. Deux mois plus tard, des dizaines d’immigrés, armés de bâtons, partent de Jaffa pour rejoindre la Knesset où ils parviennent à forcer les premières grilles.

Ces événements permettent de mesurer la pression qui est mise sur les autorités sionistes par ces nouveaux arrivants, et ainsi appréhender sous un autre angle la poursuite des expulsions de Palestiniens même après les accords d’armistice signés, entre janvier et juillet 1949, avec les différents États arabes impliqués dans le conflit.

Ministre du Travail de 1949 à 1956, Golda Meir joue un rôle central sur le dossier du logement. Arrivée d’Ukraine en 1921, Meir est une importante figure du sionisme de gauche. Elle a occupé des postes clés au sein de l’Agence juive et a également été une très proche conseillère de Ben Gourion.

En tant que ministre du Travail, c’est elle qui lance d’importants plans de logements publics. En quelques mois, des milliers d’habitations sont construites. Des immeubles à deux étages, divisés en studios comprenant deux pièces, des petites maisons préfabriquées, voire des cabanes d’urgence en bois. Israël doit atténuer la colère des immigrés, par tous les moyens.

Si ces grands travaux donnent du travail à des milliers d’immigrés, beaucoup d’autres restent en attente de solution dans les camps de transit. De plus, il convient de trouver les fonds nécessaires pour financer ces constructions.

Le tout jeune État d’Israël peut compter, certes, sur les nombreux dons arrivant de l’étranger, mais aussi sur le butin de guerre obtenu par la Nakba : 7 000 boutiques et commerces, 500 ateliers et fabriques industrielles, 1 500 entrepôts de marchandises pris aux Arabes…

Dans son ouvrage Les Premiers Israéliens, l’historien Tom Segev relate qu’à Lydda notamment, l’armée israélienne aurait emporté près de 1 800 camions chargés de biens tandis qu’à Jaffa, dans les semaines qui ont suivi l’occupation de la ville et le départ forcé des habitants, c’est l’équivalent de 30 000 livres sterling de biens qui est quotidiennement pillé par des soldats ou des civils juifs.

À Haïfa, le gouvernement met la main sur les coffres de banques cumulant 1,5 milliard de livres sterling de dépôts appartenant à des clients arabes. Il en va de même pour l’emploi des immigrés : à Ramla, 600 boutiques laissées par des Arabes sont distribuées aux nouveaux arrivants et aux vétérans.

Néanmoins, alors que le chômage touche encore des milliers de juifs en 1950, le gouvernement israélien prend une décision révolutionnaire pour le mouvement sioniste : limiter l’immigration. Entre 1951 et 1952, le nombre de nouveaux arrivants passe de 173 000 à 24 000 et descend même à moins de 10 000 en 1953.

Au-delà du « comment », comprendre le pourquoi derrière l’expulsion des Palestiniens en 1948 montre que la création d’Israël, en tant qu’État à majorité juive dans un territoire majoritairement arabe, passait invariablement par l’expropriation et l’expulsion des autochtones. La première guerre israélo-arabe n’a pas été la raison, mais le support sur lequel se sont appuyées les unités combattantes du mouvement sioniste pour parvenir à leur but.

Thomas Vescovi Vendredi 15 mai 2020

https://www.middleeasteye.net/

Lire aussi:

Exode palestinien de 1948 (Wikipedia)

Ce que les combattants juifs de 1948 disent sur la Nakba

Les Palestiniens et le projet sioniste

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08 mai 2020 ~ 0 Commentaire

hezbollah (pùblico)

liban

Qu’est-que le Hezbollah et pourquoi l’Allemagne le rend-il illégal?

Le gouvernement d’Angela Merkel vient de déclarer le Hezbollah organisation « terroriste », interdisant ses activités sur le sol allemand pour avoir commis « de nombreuses attaques et enlèvements dans le monde » et « appelant à la destruction de l’État d’Israël », et le place dans la même catégorie qu’Al-Qaïda.

Ainsi, l’Allemagne rejoint les États-Unis, Israël, la Ligue arabe, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, tout en se distanciant du reste des pays européens, de la Chine et de la Russie qui continuent de la considérer comme un parti politique. Le Liban lui-même a critiqué cette décision.

Pendant des années, Berlin a refusé de prendre cette mesure, citant l’importance du dialogue avec toutes les forces politiques concernées dans le pays des cèdres. Étant donné que le Hezbollah n’a commis aucune attaque « terroriste » au fil des ans, quelle est la raison de la décision soudaine et risquée de l’Allemagne?

Derrière la mesure

Les États-Unis et Israël ont critiqué Berlin pour ne pas en faire assez pour contrer l’influence de l’Iran au Moyen-Orient.

En mai dernier, Mike Pompeo a demandé à la chancelière d’interdire le groupe chiite (et accessoirement, d’augmenter les dépenses militaires du pays!). N’est-ce pas une ingérence dans la politique étrangère d’un État « souverain »? Oui bien sûr!

Mais le plus grave est que cet état a été soumis. 75 ans se sont écoulés depuis la défaite de l’Allemagne lors de la Seconde Guerre mondiale, mais les États-Unis comptent encore quelque 52 000 soldats dans ce pays (et le Royaume-Uni, 3 000 autres).

Parmi les 36 pays où les États-Unis ont des bases militaires, l’Allemagne se distingue comme le principal. Au Japon, autre État vaincu dans cette guerre, le Pentagone compte 19 bases.

Résultat:

a) Berlin a la même « indépendance » dans sa politique que Bagdad ou Kaboul occupés par les États-Unis, c’est-à-dire rien

b) Ne vous attendez pas à ce que Washington se retire des territoires conquis dans l’ex-Yougoslavie, en Irak, en Afghanistan, en Syrie, en Libye, au Soudan ou au Yémen: sur ces sept, six sont « musulmans » à la satisfaction d’Israël, et trois, un jour ont été puissants pays arabes, aujourd’hui rayé de la carte.

Conséquences:

Les USA appliquent la politique de « pression maximale contre l’Iran » avec Israël et l’Arabie saoudite.

Berlin peut recevoir (au moins) le soutien moral des organisations juives, qui l’ont critiqué pour ne pas avoir quitté l’accord nucléaire avec l’Iran.

Tenter d’empêcher les manifs programmés par le Hezbollah pour la Journée Al Quds, le nom arabe de Jérusalem, qui est célébré à la fin du Ramadan et tombe le 22 mai de cette année.

Cette journée a été proposée par Khomeiny en 1979 pour dénoncer le contrôle israélien sur Jérusalem. La prochaine étape sera d’interdire cette journée « anti-Israël ».

Jeter le Hezbollah comme un foulard après l’avoir utilisé: lorsque l’État islamique a commis la barbarie en Syrie, en particulier contre les minorités religieuses, le Hezbollah a protégé la frontière du Liban, l’un des rares pays de la région où les chrétiens sont en sécurité.

Punir le Hezbollah pour avoir soutenu le gouvernement de Bachar al-Asad. Le groupe chiite a été la cible d’attaques israéliennes continues en Syrie. Le dernier, le 22 avril, sans victimes, puisque Tel Aviv et le Hezbollah – qui ont étendu le rayon de leurs actions à d’autres pays de la région – ont actuellement un accord non signé pour « s’attaquer, mais pas tuer » .

Israël le prévient donc avant de bombarder ses positions pour éloigner ses hommes de la cible. Cela a été fait en attaquant le siège de la presse du Hezbollah avec des drones à Beyrouth à l’aube du 28 août 2019.

Les raisons?

1) Tel Aviv préfère un groupe dirigé par la République islamique (qui, après la défaite de la guerre avec l’Irak en 1988, a abandonné l’idée de « retirer Israël de la carte »), contrairement à de nombreux petits groupes armés;

2) Le Hezbollah s’est  contenu lorsque Israël a tué six militants du groupe et plusieurs responsables iraniens en janvier 2015;

3) Tel-Aviv a une réelle crainte de l’arsenal de roquettes du Hezbollah qui en dépit de ne pas être « intelligentes »  tomberaient en pluie sur Israël, certains réussiront à briser le dôme de fer;

Le groupe chiite n’a pas non plus oublié la dernière incursion de l’État juif au Liban en 2006, lorsqu’il a rasé des zones civiles, tué près de 1 200 Libanais et conduit à l’évasion d’un million de personnes de leurs foyers.

165 Israéliens sont également morts et 350 000 autres ont dû quitter leur domicile. Pourtant, ils se préparent tous les deux à une grande guerre.

Forcer les autres pays européens s’impliquer. Ce ne sera pas facile d’obtenir le oui d’Emmanuel Macron, dont les protégés maronites (chrétiens) au Liban viennent de former un gouvernement avec le Hezbollah et Amal, un autre parti chiite.

Mettre Al-Qaïda (qu’Israël aide en Syrie) et le Hezbollah au même niveau, c’est ignorer les deux formations, leurs origines et leurs objectifs.

Le Hezbollah est-il une organisation terroriste?

Les États-Unis amènent Mme Merkel sur la question du terrorisme, qui est un élément fondamental de la politique étrangère des superpuissances depuis des décennies.

Tentative contre la vie des dirigeants des États gênant, enlèvement, torture, prisons illégales et clandestines dans le monde, tuant des millions de personnes.

La terreur est inhérente à l’impérialisme. Le 8 mars 1985, la CIA a fait exploser une voiture avec 200 kilos de dynamite pour assassiner le cheik Mohammad Hussein Fadlallah, l’accusant d’être un chef du Hezbollah. Il a laissé environ 360 victimes entre morts et blessés, dont des enfants. De plus, les États-Unis eux-mêmes ont reconnu être les fondateurs d’Al-Qaïda, le principal groupe terroriste international.

Quant à Israël, ses « crimes de guerre » contre les civils palestiniens sont courants, le dernier selon l’ONU est en mars 2019 lors de la répression de la Marche du retour qui a tué 189 Palestiniens, dont 35 enfants.

Il y a deux cas peu connus: l’ambassadeur des États-Unis au Liban entre 1978 et 1981 John Guenther Dean a déclaré qu’il avait fait l’objet d’une tentative d’assassinat le 27 août 1980 par Israël, pas le Hezbollah, en raison de son amitié avec Yaser Arafat et pour essayer de négocier avec l’Iran la libération des otages américains à l’ambassade de Téhéran. Dean n’était pas au courant du pacte Reagan-Khomeini de ne les libérer qu’après l’élection présidentielle de novembre 1980 pour faire avorter la réélection de Jimmy Carter.

En 2010, le Mossad a tué Mahmud al Mabhuh, un chef du Hamas, dans un hôtel de Dubaï.

Qu’est-ce que le Hezbollah?

Le « Parti de Dieu », le seul « parti » selon le Coran, est né dans la théocratie chiite d’Iran en 1979. Initialement, il était composé de milliers de petits groupes équipés de bâtons, qui au cri de « Hezb faghat Hezbollah, rahbar faghat Ruhola « Parti Hezbollah son chef est uniquement Ruhola, prénom de Khomeiny ».

Portant curieusement des » chemises noires « , il a attaqué des militants de gauche et incendié le siège de partis vétérans revenant  d’exil ( comme le Parti Communiste Tudeh, les Fedayins du Peuple, les Moudjahidines, les partisans du Dr Mossadeq ou le Parti Démocrate du Kurdistan) et les nouvelles formations qui pensaient que la chute de la dictature du Shah était synonyme de liberté et de justice sociale .

Après que tous les partis politiques ont été éliminés en 1983, la théocratie a créé des partis avec des noms différents pour donner une image de pluralité, et les membres du Hezbollah ont été intégrés dans les Gardiens Islamiques.

Lors de la fondation du Parti de Dieu au Liban, les ayatollahs ont pris en compte

1) Les singularités de leur propre théocratie dans laquelle le président doit être un chrétien maronite, le Premier ministre musulman sunnite et le président du Parlement chiite, le chiisme est l’une des 17 religions légales.

2) La présence de la France, d’Israël et des pays sunnites. Il ne pouvait imposer ni le voile ni  la lapidation, ni interdire les autres partis. Il s’est donc adapté à la réalité libanaise et a même accepté la solution à deux États, qui reconnaît l’État israélien.

La mission du Hezbollah assignée par Khomeiny était

1) De lutter contre Israël, compte tenu des capacités militaires d’Israël, bien supérieures à l’Iran, sur les frontières de la Syrie et du Liban;

2) Démanteler l’OLP laïque (expulsée de Syrie par Háfez al-Ásad et réfugiée au Liban), dominée par « les communistes et les nationalistes » qui n’ont pas l’intention d’installer une République islamique palestinienne;

3) Renforcer le facteur religieux sur la scène politique libanaise, au détriment de la lutte contre les oppresseurs de toutes confessions. Désormais, la scène du conflit sera partagée entre juifs, chiites et sunnites.

En 1985, Asad conclut un accord avec le groupe chiite libanais Amal pour expulser le Fatah de Yaser Arafat des camps de réfugiés de Sabra et Chatila  sans avoir récupéré du massacre des Falange et d’Israël) à Ein el-Hilwa et Burj el Barajneh de Beyrouth.

Amal soumettra les camps à un siège de six mois, où des centaines de personnes mourront de faim, de maladie et de blessures. Les affrontements entre Amal, le Hezbollah, la Syrie et l’OLP se poursuivront jusqu’en 1988, faisant des milliers de morts, la plupart parmi les plus pauvres et les plus sans défense de la société libanaise: les réfugiés palestiniens.

Après la fin de la guerre civile libanaise en 1990, le Hezbollah s’est concentré sur la participation à la vie politique, tendant la main aux groupes chrétiens pour affaiblir les sunnites. Bien que le Hezbollah ait réussi à expulser Israël du Liban en 2000, les politiciens de droite et surtout religieux n’ont pas traduit cela en une amélioration de la vie de cette nation qui souffre depuis longtemps.

La stratégie de l’Iran a été plus efficace au Liban (et en Irak) qu’en Arabie saoudite ou aux États-Unis. En plus de créer une organisation armée plus puissante que l’armée libanaise elle-même, elle a investi non seulement dans les politiciens mais aussi dans les couches les plus défavo-risées des chiites, créant un réseau de dépendance vitale entre le groupe et ses électeurs. L’Arabie Saoudite accorde  des milliards de dollars à la loyauté des politiciens sunnites.

La guerre en Syrie est devenue un piège pour les personnes impliquées, y compris le Hezbollah:

L’Axe de résistance contre Israël, composé de l’Iran, de la Syrie, du groupe chiite et du Hamas, s’est désintégré. L’organisation palestinienne sunnite Hamas, liée à la Turquie et au Qatar, participe aux côtés des ennemis d’Asad.

Contrairement aux guerres avec Israël qui durent généralement quelques jours ou semaines, celle en Syrie prend des années. Le Hezbollah ne pourra même pas récolter au Liban le fruit de son «héroïsme» en Syrie. Il a perdu des centaines d’hommes, dont Mostafa Badr al-Din, chef des opérations militaires, tué en mai 2016 à Damas.

Qu’Asad reste à Damas ne signifie pas avoir gagné la guerre: le pays est occupé par des troupes étrangères, et une vingtaine de bases militaires américaines. Des centaines de milliers de personnes sont mortes, près de 10 millions ont perdu leur maison et le pays est un tas de décombres.

Sa participation à la guerre de Syrie en faveur d’un « chiite alaouite » et contre les « sunnites »,s’est retourné contre lui: ses ennemis le présentent non pas comme un parti de résistance patriotique nationale, mais comme un groupe religieux qui « tue des sunnites syriens ».

D’un autre côté, la dépendance du Parti de Dieu pour l’Iran se heurte à son appartenance « ethnique » du monde arabe qui remet en question sa loyauté envers le nationalisme arabe.

Israël a réussi à empêcher la création d’un État palestinien, à maintenir le blocus de Gaza, à occuper davantage de terres palestiniennes, à étrangler davantage l’Iran, à envoyer la Turquie  contre les kurdes.

Le Liban lui-même est dans un profond coma politique. Le 1er mai, des centaines de Libanais ont manifesté contre les gouvernements « théocratiques » incompétents et corrompus, qui ont transformé le Liban en un État défaillant, gardé par des puissances étrangères, un baril de poudre.

Le général américain Wesley Clark a révélé en 2007 que le Pentagone avait un plan pour « démembrer 7 pays en 5 ans: Irak, Syrie, Liban, Libye, Somalie, Soudan et Iran ». Aujourd’hui, il ne manque que le Liban et l’Iran!

En 2016, les États-Unis ont étendu leur ambassade à Beyrouth transformant la capitale libanaise en un autre grand centre d’opérations pour le Pentagone, tout comme elle l’a fait avec son siège diplomatique en Irak colonisé: 42 hectares et un coût de 700 millions de dollars, dont la mission n’est pas de délivrer un visa aux Irakiens, qui, sur ordre de Trump, ne peuvent entrer sur le sol des États-Unis.

Sortez de la politique confessionnelle!

Depuis juillet 2015, et après des mois sans service de collecte des ordures, accumulés dans les rues, des milliers de Libanais ont entamé une manifestation contre le régime, qui se poursuit à ce jour.

N’ayant pas obtenu le limogeage du ministre de l’Environnement, ils ont scandé «Révolution, révolution!», Exigeant la démission du gouvernement religieux et la dissolution du Parlement, dont ils ont qualifié les membres de «gangsters, inutiles».

Même avant la pandémie de COVID19, la moitié du Liban vivait en dessous du seuil de pauvreté et environ 60% des jeunes du pays étaient au chômage. Le Parti communiste libanais propose de mettre fin au système confessionnel primitif et tribal du pays qui divise les citoyens selon leur croyance.

La droite islamique, juive et chrétienne a démantelé la lutte pour le progrès dans la région, et a réussi à fragmenter les travailleurs en les faisant s’affronter pour leur drapeau religieux ou ethnique: arabe, persan, turc, palestinien, kurde, juif, etc.

Le Moyen-Orient doit promouvoir des liens de solidarité entre ses peuples et un mouvement antimilitariste – malheureusement absent des programmes politiques -, pour remporter la victoire sur les puissances envahisseuses et les régimes de droite qui vivent des guerres.

Nazanin Armanian 8 mayo 2020

 

 

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14 avril 2020 ~ 0 Commentaire

liban (orient 21)

liban

Qu’est-ce que le Hezbollah ?

Le Hezbollah a condamné les manifestations qu’a connues le Liban depuis octobre 2019, affirmant qu’elles pourraient conduire à une nouvelle guerre civile et qu’elles jouaient le jeu des forces impérialistes. Comment cette force de la résistance, devenue un parti d’opposition porteur de revendications sociales, s’est-elle progressivement intégrée dans la vie politique libanaise, au point de soutenir la classe politique au pouvoir ?

Contre Israël

Le Hezbollah — littéralement « le parti de Dieu » — est un parti islamiste chiite formé par la fusion de plusieurs groupes de résistance chiites, à la suite de l’invasion israélienne du Liban en 1982.

À partir de 1975, le Liban a été le théâtre d’une guerre civile, où se sont progressivement immiscés des acteurs géopolitiques régionaux, notamment la Syrie et Israël.

Dans l’objectif de créer une zone tampon pour se protéger des attaques de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat, dont le siège était alors à Beyrouth, et convoitant les ressources en eau de la région, Israël a occupé une partie du Sud-Liban en 1977.

En 1982, il lance l’opération « Paix en Galilée », envahissant cette fois le territoire libanais jusqu’à Beyrouth. Le triple objectif israélien était d’écraser la résistance palestinienne, de stopper la menace syrienne qui avait déployé son armée jusqu’au Sud-Liban, et d’opérer une jonction avec les Forces Libanaises, bras armé du Parti Phalangiste qui s’illustrera dans les massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila.

Le Hezbollah a alors activement participé à la guérilla menée contre Israël au Sud-Liban, où la communauté chiite est très présente, et contre l’armée du Liban Sud qui combat aux côtés des Israéliens. Ayant fait allégeance à l’ayatollah Rouhollah Khomeiny, Guide de la révolution, le Hezbollah est soutenu par la République islamique d’Iran.

En 1984, il a participé à un soulèvement contre l’armée d’Amine Gemayel, président libanais allié avec Israël, à l’issue duquel il est parvenu à contrôler la banlieue sud de Beyrouth.

Entre intégration politique et résistance armée

La fin de la guerre civile libanaise et l’affaiblissement de l’Iran à la suite de la guerre avec l’Irak (1980-1989) ont fortement concouru à un changement d’attitude du Hezbollah au début des années 1990.

Le « Parti de Dieu » a renoncé à l’idée d’une République islamique et cherché à s’intégrer au système politique national en participant aux élections législatives et municipales de 1992. Il s’affirme alors comme un parti politique d’opposition, grâce à sa capacité de mobilisation sociale, notamment dans la banlieue sud de Beyrouth, et propose un grand nombre de services sociaux (sanitaires, d’éducation, d’aide à l’emploi…) pour les couches les plus marginalisées.

De plus, il verse des pensions aux familles des combattants de la résistance. Il œuvre également à la médiatisation de ses actes de résistance à travers sa chaîne de télévision Al-Manar.

Le parti a continué ses combats dans le Sud-Liban, où Israël est resté présent et a lancé deux nouvelles opérations en 1993 et 1996, obligeant celui-ci à se retirer en 2000.

Les affrontements entre Israël et le Hezbollah ont connu depuis d’autres épisodes sanglants, notamment lors de « la guerre des 33 jours » avec Israël durant l’été 2006, ce qui lui donnera du prestige à travers tout le monde arabe.

Le parti a également organisé une série d’attentats contre des intérêts israéliens à l’étranger. Il est considéré comme une organisation terroriste par les États-Unis et Israël. Sa branche armée l’est aussi par l’Union européenne (2013) et la Ligue arabe (2017).

Engagé dans le conflit syrien

L’entrée au gouvernement du Hezbollah à partir de 2005 illustre son pragmatisme politique. Il s’est déjà allié depuis les années 1990 avec l’autre parti chiite Amal à qui il s’était opposé dans les années 1980.

En 2006, après une longue période d’instabilité politique, le « Parti de Dieu » décide ainsi de s’allier avec le parti chrétien du président Michel Aoun. Ce choix est avant tout motivé par sa volonté de préserver sa branche armée, condition sine qua non pour rester un acteur majeur de la résistance à Israël.

Cette branche armée s’est engagée aux côtés de Bachar Al-Assad dans le conflit syrien. Elle est une actrice majeure dans ce qui est appelé « l’axe de résistance » au Proche-Orient, aux côtés de l’Iran, de la Syrie et de la Palestine.

En contrepartie, le Hezbollah a « oublié » ses promesses de lutte contre la corruption qu’il avait pourtant mises au cœur de son programme depuis plusieurs années, devenant au fil des années un défenseur du système politique libanais.

 Élisa Aumoitte  13 avril 2020

Étudiante en M2 d’études moyen-orientales à l’ENS de Lyon.

https://orientxxi.info/

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01 mars 2020 ~ 0 Commentaire

irlande (courrier international)

ireland

Irlande : destination réunification

La percée du parti nationaliste (*) Sinn Féin lors des législatives irlandaises du 8 février couplée au Brexit et aux changements démographiques dans le nord de l’île rendent la perspective d’une Irlande unie plus probable que jamais.

Dans le gigantesque hall de la Royal Dublin Society, Mary Lou McDonald, la présidente de Sinn Féin, fait face à un petit groupe de journalistes. L’atmosphère est électrique. La veille, lors des législatives du 8 février, Sinn Féin a remporté plus de votes de premier choix (24,5 %) que tout autre parti irlandais, un résultat stupéfiant. “Nous avons demandé aux gens de nous donner une chance, la chance de mettre en œuvre le programme que nous avons défendu, explique McDonald, et ce programme a pour objectif de résoudre la crise du logement, de s’attaquer à celle de nos services de santé, d’offrir un répit aux ménages et aux salariés, qu’ils puissent reprendre leur souffle.”

Des mots que l’on pourrait entendre dans la bouche de n’importe quel politicien européen dont le parti rebelle viendrait de briser un statu quo rassis. Mais Sinn Féin est bien plus que cela. Toutes les grandes formations politiques de la République sont en principe favorables au rattachement des six comtés restés au sein du Royaume-Uni aux 26 qui avaient obtenu l’indépendance en 1922, pour ainsi aboutir à une Irlande unie.

Pour Sinn Féin, cette cause est bien réelle et est une de ses ambitions pressantes. Non seule-ment les nationalistes sont désormais une force avec laquelle il faut compter au Parlement, mais ils sont également le deuxième plus grand parti en Irlande du Nord. Un parti au passé trouble. À partir des années 1970, il a servi d’aile politique à l’Armée républicaine irlandaise (IRA), une organisation paramilitaire qui a eu recours au terrorisme pour tenter d’expulser l’État britannique d’Irlande du Nord.

L’Irlande du Nord a voté contre la sortie de l’UE

La nouvelle popularité de Sinn Féin n’a pas grand-chose à voir avec tout ça. Les analystes attribuent plutôt son succès à sa promesse de consacrer davantage de fonds aux services publics et à l’envie de la plupart des électeurs de voter pour un autre parti que le duopole de centre et de centre droit du Fianna Fáil et du Fine Gael.

De plus, le fait que, sous la direction de McDonald, Sinn Féin s’est débarrassé de nombre des stigmates liés à son association avec des terroristes a joué un rôle. Mais si sa réussite ne doit rien à un désir renouvelé d’une unification de l’île, c’est néanmoins l’une des trois raisons qui font que cette éventualité, à la surprise générale, est de plus en plus sur toutes les lèvres.

Des deux autres raisons, la plus évidente tient à un autre bouleversement politique : le Brexit. En 2016, 52 % des citoyens du Royaume-Uni ont voté en faveur d’un départ de l’UE. Mais en Irlande du Nord, ils sont 56 % à avoir voté contre. Michael Collins, ambassadeur de la Républi-que irlandaise en Allemagne à l’époque, se souvient : “Le premier appel que j’ai reçu [le lendemain du référendum], c’était d’un membre du Bundestag, qui m’a demandé : ‘Est-ce que cela veut dire que nous allons assister à l’unité irlandaise ?’ Pas à court terme. Mais le fait que l’unification pourrait permettre à l’Irlande du Nord de rejoindre l’UE est aujourd’hui un élément incontournable du débat.

Des catholiques plus nombreux que les protestants au Nord, une première

Pour la troisième raison, il faut s’éloigner du tourbillon de la politique électorale pour s’intéresser aux courants profonds de la démographie. Quand la majorité protestante des six comtés du Nord a rejeté l’indépendance en 1922, celle-ci a cru que cela garantirait qu’une partie de l’île resterait pour toujours sous son contrôle. Les protestants y étaient alors deux fois plus nombreux que les catholiques.

Cet avantage s’est atténué. Selon les chiffres de The Economist, les catholiques constituent aujourd’hui le plus grand groupe confessionnel d’Irlande du Nord. Gerry Adams, président du Sinn Féin de 1983 à 2018 et généralement soupçonné d’avoir été un haut responsable de l’IRA – accusation qu’il dément absolument, a un jour lâché : “Se reproduire plus rapidement que les unionistes est peut-être un passe-temps très agréable, mais on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’une véritable stratégie politique.” Pourtant, c’est à l’origine d’un changement. Si le recense-ment de 2021 le confirme, cela ne fera qu’accentuer les craintes des unionistes.

Se préparer à un référendum

Ces derniers, qui dominent l’Irlande du Nord depuis la partition, sont pour la plupart des protes-tants dont l’identité est inextricablement britannique – que ce soit parce qu’ils soutiennent ouvertement le gouvernement de Londres, qu’ils défendent les traditions britanniques ou qu’ils voient dans la famille royale l’ultime rempart de leur foi.

Même avant que Sinn Féin ne l’emporte dans la République, Peter Robinson, l’ancien dirigeant du Parti Unioniste Démocratique (DUP), la plus grande formation politique d’Irlande du Nord, avertissait ses camarades unionistes qu’il leur fallait se préparer à un référendum.

La possibilité d’un tel référendum est inscrite dans l’accord du Vendredi Saint. Ce traité, conclu en 1998, a mis fin à des décennies de violence. Dans les années 1960, le Parlement de la province, dominé par les unionistes, avait réprimé les manifestations en faveur des droits civiques.

En 1972, le Parlement avait été dissous, l’armée britannique avait été déployée sur place, et la province, gouvernée directement depuis Londres. Ces “Troubles”, comme on les appelle, ont causé la mort de plus de 3 500 personnes, dont plus de 700 soldats britanniques. Près de 2 000 sont tombées sous les coups de l’IRA et d’autres organisations paramilitaires nationalistes, et près d’un millier ont été victimes des paramilitaires unionistes.

Le Nord se normalise progressivement

L’accord du Vendredi Saint a créé un nouveau gouvernement décentralisé dans le Nord, où le pouvoir devait être partagé entre les deux communautés. Il y était admis que l’Irlande du Nord faisait partie du Royaume-Uni, mais que la république d’Irlande pouvait également défendre les intérêts de ses habitants, lesquels avaient le droit d’être reconnus comme irlandais, britanniques, ou les deux. Et l’accord ouvrait politiquement la voie à une Irlande unie, si tel était le souhait de la population au nord comme au sud de la frontière.

Depuis, l’île vit en paix, pour l’essentiel, et le Nord est devenu un endroit beaucoup plus “normal”. Mais si la mixité y est de plus en plus fréquente sur le lieu de travail, si la police a été réformée, dans leurs écoles et leurs quartiers, les communautés restent séparées.

Des “murs de la paix” de six mètres de haut se dressent là où les fauteurs de troubles d’un camp pourraient tenter de lancer des incursions dans l’autre. Il subsiste des vestiges des anciennes organisations paramilitaires. Ils sont principalement actifs dans le secteur de la drogue et des extorsions, mais il leur arrive encore de perpétrer des violences politiques.

Hausse du soutien en faveur de l’unification

Le chemin qui mène à l’unification tel qu’il est prévu par l’accord est relativement simple. “Si, à un moment donné, il paraît vraisemblable” au secrétaire d’État britannique à l’Irlande du Nord qu’une majorité serait en faveur de la réunification, la Grande-Bretagne doit organiser un référendum et en respecter le résultat.

La formule “il paraît vraisemblable” laisse cependant une certaine marge de manœuvre au ministre. Selon la Constitution Unit, un centre de recherche indépendant situé à l’University College de Londres, le secrétaire d’État devrait prendre en compte plusieurs facteurs.

Une majorité importante en faveur de l’unification dans les sondages en serait un, tout comme une majorité catholique ou une majorité nationaliste aux élections nord-irlandaises. Pour l’heure, rien de tout cela ne s’est encore produit. Mais les sondages montrent que le soutien en faveur de l’unification est en hausse depuis le vote sur le Brexit, et, d’après certains résultats, elle est aujourd’hui au coude-à-coude avec le maintien du statu quo.

Depuis le 8 février, Mary Lou McDonald répète que la Grande-Bretagne et “Londres en particulier” devraient se préparer à l’unification. Si Sinn Féin intègre une coalition ou accorde son appui au parti au pouvoir, il est probable qu’il réclame en échange que soient entamés des préparatifs pour un référendum.

Si le Nord vote pour l’unification, il faudra modifier la Constitution du Sud, ce qui obligerait les citoyens de la République à se rendre eux aussi aux urnes. Dans A Treatise on Northern Ireland (non traduit en français), Brendan O’Leary, politologue de l’université de Pennsylvanie, avance qu’il serait “rationnel” que ce vote ait lieu après une première série de négociations sur la forme que prendrait l’unification.

Trois options pour une île réunifiée

À plus long terme, O’Leary met en exergue trois résultats possibles à un processus d’unifica-tion : un État unitaire gouverné depuis Dublin ; un gouvernement de dévolution au Nord assez proche de ce qui existe aujourd’hui ; ou une confédération de deux États. Chacune de ces solutions pose des questions différentes sur le fonctionnement du nouvel État, entre autres au niveau de la justice, de l’armée et des services publics.

Si l’on fait abstraction des implications constitutionnelles, toute décision sera au départ motivée par des réflexions identitaires et économiques, deux domaines bouleversés par le Brexit. Bon nombre d’Irlandais du Nord, toutes confessions confondues, ont le sentiment que le Brexit les a dépouillés de leur identité européenne.

Beaucoup de gens ne sont pas hostiles à l’idée d’une Irlande unie, mais ils se sont toujours demandé si elle en valait la peine. Maintenant, le fait que l’unification serait synonyme d’un retour dans l’UE – le Conseil européen a confirmé que dans le cas d’une Irlande unie,  “l’ensemble du territoire” ferait partie de l’Union – pourrait les pousser dans ce sens.

Un nouvel hymne ? Un nouveau drapeau ?

Au Nord, beaucoup de gens sont également conscients que la vie dans une Irlande unie ne semblerait pas aujourd’hui aussi étrange qu’elle l’aurait été du temps où la République ployait sous le poids de l’Église.

Un pays où, il y a trente ans, les contraceptifs étaient sévèrement réglementés, l’avortement était interdit, les homosexuels n’avaient aucun droit, s’enorgueillit aujourd’hui d’avoir, en la personne de Leo Varadkar, toujours Premier ministre [par intérim, en attendant la formation d’un nouveau gouvernement dans le sillage des élections du 8 février], un dirigeant national à la fois gay et d’origine métisse.

Il est plus facile pour une femme d’avorter à Dublin qu’à Belfast, où les unionistes se sont opposés à la libéralisation de la loi sur l’avortement. Le mariage homosexuel n’est légal en Irlande du Nord que parce que Londres l’a voté en dépit des objections des unionistes.

Cela étant, l’identité est autant affaire de petites choses que de grandes, et il y en a une profusion, largement assez pour mégoter et s’offusquer. Faudra-t-il un nouveau drapeau ? Un nouvel hymne ? L’État commémorera-t-il les soldats britanniques du Nord morts pendant les Troubles ?

Une casse-tête économique

Et il y a l’économie. Longtemps, elle a suffi à persuader les électeurs impressionnables du Nord qu’il fallait préserver le statu quo et à dissuader les politiciens irlandais partisans du principe de l’unification de réclamer son application pratique. Comme l’a dit le membre du Bundestag à Michael Collins au téléphone, la dernière réunification d’un pays coupé en deux avait été extrêmement coûteuse. Durant les trente ans qui se sont écoulés depuis la chute du mur de Berlin, la reconstruction économique de l’Est a englouti près de 2 000 milliards d’euros.

L’Irlande du Nord, si elle est plus pauvre que le Sud, se porte quand même nettement mieux que l’Allemagne de l’Est par rapport à l’Ouest. En 1989, l’Allemagne de l’Ouest avait un PIB par habitant quatre fois supérieur à celui de l’Est.

Mais elle comptait aussi quatre fois plus d’habitants, alors que la république d’Irlande n’est même pas trois fois plus grande que le Nord. Et l’économie du Nord est depuis longtemps en désarroi, affaiblie par les Troubles et la désindustrialisation. Selon les chiffres officiels, le secteur public représenterait plus de 50 % du PIB en Irlande du Nord, et les impôts qu’il récolte ne couvrent que les deux tiers de ses dépenses. C’est le gouvernement britannique qui comble la différence.

Un statu quo à la merci de nouvelles surprises

Le Brexit complique un peu plus l’économie de la réunification irlandaise. Les entreprises nord-irlandaises exportent deux fois plus vers la Grande-Bretagne que vers le Sud. Pour d’autres, en revanche, à cause du Brexit, il devient indispensable de quitter le Royaume-Uni.

Une analyse des effets d’un accord de libre-échange entre Londres et Bruxelles montre qu’à long terme cela entraînerait une baisse de 8 % du revenu national de l’Irlande du Nord, contre 5 % seulement pour l’ensemble du Royaume-Uni.

Pour l’instant, seul Sinn Féin préconise le lancement prochain d’un processus d’unification. En règle générale, les nationalistes sont plutôt proches de la pensée de saint Augustin : “Seigneur, donne-moi un référendum sur la frontière, mais ne me le donne pas tout de suite.”

À Dublin, un observateur estime que l’unification est “comme la quête du bonheur – on ne peut pas le rechercher directement, il ne peut qu’être le résultat de l’harmonie et de la paix”. Une vision plaisante, quoique quiétiste. Et qu’une ou deux nouvelles surprises politiques suffiraient à mettre à rude épreuve.

01/03/2020

Note:

(*) Nationaliste définit la communauté catholique du Nord. Sinn Fein se définit lui même comme « républicain ».

Commentaire:

Un certain nombre de choses à rétablir! Les dernières élections de toute l’Irlande ont eu lieu en 1919 et Sinn Fein les a gagnées. Pour ne pas les respecter, Londres a extrait de la province d’Ulster (9 comtés) les 6 comtés où les protestants étaient majoritaires, créant une entité d’apartheid. Dans les années 60, à l’image des noirs aux USA, les catholiques nationalistes se sont soulevés. Ils ont été réprimés par la police unioniste puis par l’armée britannique, ce n’est qu’après que l’IRA s’est reconstruite. Beaucoup pensent que finalement c’est son action (critiquable) qui a imposé le changement.

On a souvent l’idée que la démographie va tout arranger. Ces dernières années, il nait plus d’enfants « catholiques » (puisqu’on doit se définir selon une religion) que de protestants. Mais les irlandaises font moins d’enfants. Et un enfant né « catholique » peut ensuite s’engager dans la police ou dans l’armée britannique. Beaucoup émigrent.

La politique républicaine (partisane de la réunification) a longtemps consisté à faire « entrer » les protestants dans une république tout aussi sectaire où l’église catholique dirigeait en réalité. 

L’espoir ce sont les jeunes, vont-ils enfin considérer qu’ils sont une seule et même classe ouvrière et que leurs véritables adversaires ne sont pas leurs voisins mais les bourgeois du sud comme du nord? Pour la « Workers Republic » que réclamait déjà James Connolly!

Et Brest dans tout çà? En 1796, un protestant, (l’orange du drapeau représente les protestants) Wolfe Tone est venu réclamer l’aide de la « république » (en fait du Directoire) et il y a eu deux flottes au départ de Brest, parties aider l’Irlande. Deux échecs, le vaisseau « Les Droits de l’homme » faisant naufrage devant Plozévet.

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23 février 2020 ~ 0 Commentaire

séparatisme (essf)

coran

« Séparatisme islamiste »

« Le mot et son contenu sont loin de pouvoir nommer toute la réalité »

Pour l’islamologue Rachid Benzine, l’expression de « séparatisme islamiste », utilisée par Emmanuel Macron mardi à Mulhouse, pourrait être récupérée par certains groupes de musulmans, qui se sentent en rupture dans notre société.

Maintes fois annoncée depuis deux ans et toujours reportée, la prise de parole solennelle du président Macron sur la place et l’organisation de l’islam en France a enfin eu lieu, ce mardi 18 février, à Mulhouse.

L’événement ne s’est pas produit sous la pression d’attentats ni en raison de la présence de jeunes Français sur les terrains d’affrontements proche-orientaux du djihad, mais il était deve-nu politiquement urgent à l’approche des élections municipales, après qu’ont paru plusieurs études sociologiques sur l’emprise très prégnante d’un islam obscurantiste sur toute une partie de notre société, et du fait de l’inquiétude grandissante de nombreux élus à ce sujet.

Après de nombreux débats sur le bien-fondé, ou non, de désigner par le vocable « communautarisme » terme qui ne recouvre pas forcément des choses négatives, en particulier dans les pays anglo-saxons – les phénomènes d’emprise religieuse sectaires, le terme « séparatisme » avancé par certains de ses interlocuteurs a séduit le président et, en quelques jours, il est devenu comme un mot magique qui expliquerait tout.

« Jusque-là, on parlait dans notre pays de “séparatisme breton”, “basque”, “corse”, c’est-à-dire de mouvements plus ou moins populaires agissant pour une sécession à la fois territoriale, politique et culturelle »

De fait, certains groupes musulmans fondamentalistes, particulièrement ceux qui se réclament du salafisme wahhabite, sont dans une démarche de rupture avec le fonctionnement du reste de la société, en particulier avec les mœurs modernes dominantes et notre modèle démocratique.

Cependant, le mot et son contenu sont loin de pouvoir nommer toute la réalité. Ainsi, les Frères musulmans ne promeuvent pas une séparation d’avec la société, mais une islamisation – selon leur conception particulière – de plus en plus importante de cette société. Leur islam très politique ne se présente pas comme une rupture avec la société dominante, mais il est porteur d’une volonté de transformer cette société selon leurs vues.

Il existe, par ailleurs, une puissance des mots. Nommer, c’est désigner… mais c’est aussi faire exister. A-t-on, dans l’entourage du président, bien mesuré toutes les conséquences possibles du lancement du vocable « séparatisme » sur la scène publique ?

Jusque-là on parlait dans notre pays de « séparatisme breton », de « séparatisme basque », de « séparatisme corse », c’est-à-dire de mouvements plus ou moins populaires agissant pour une sécession à la fois territoriale, politique et culturelle avec la « République une et indivisi-ble ». En introduisant cette nouvelle terminologie, ne prend-on pas le risque que celle-ci soit, de fait, intégrée par des groupes de la population musulmane qui sont de plus en plus en rupture avec notre société du fait des influences idéologiques reçues, mais aussi en raison des discriminations subies ?

Exercice d’équilibriste étrange

Ce qui frappe une fois de plus, c’est la difficulté largement partagée par tous, de nommer ce qui arrive à notre société, et de cibler le mal dont les effets sont ressentis. Le président de la République a ainsi cru pouvoir accuser « l’islam consulaire » comme étant un des problèmes.

Ce faisant, il a enfourché un cheval de bataille qui était déjà celui de Tariq Ramadan et de ses partisans depuis les années 1990, et que l’on trouve exposé depuis longtemps dans les travaux de certains sociologues.

Il l’a fait, de surcroît, dans un exercice d’équilibriste étrange, montrant du doigt l’Algérie, le Maroc et la Turquie comme représentant des puissances étrangères dont il fallait réduire l’influence sur l’islam de France… mais tentant en même temps de remercier le président algérien et le roi du Maroc pour leur compréhension, conservant ses plus gros reproches pour le président Erdogan.

La dénonciation d’une stratégie d’influence turque fondamentaliste nocive sur l’islam de France correspond certainement à une réalité. En revanche, est-il juste de vouloir mettre « hors jeu » de l’islam de France l’islam officiel de l’Algérie et du Maroc, pays dont restent originaires la majorité des musulmans français ?

Ces pays, que l’on sache, ne sont pas des puissances ennemies. En revanche, le président s’est tu sur les influences saoudiennes et qataries, qui sont pourtant celles qui transforment depuis quarante ans l’islam traditionnel mondial en islam résolument antidémocratique.

Il y a bien tout un islam “non officiel” très organisé. Cet islam-là peut-il être qualifié de “séparatiste” ? Dans la majorité des cas, non.

Il est juste de se préoccuper de la formation des imams de France. Mais qui, dans notre pays, va les former et où ? Qui en a aujourd’hui les moyens… en dehors des cercles Frères musulmans et en dehors des institutions musulmanes turques de France (les seules qui soient réellement organisées et fortes intellectuellement et financièrement) ?

Certes, les « imams détachés » algériens et marocains présentent souvent le désavantage de mal parler le français, mais ils ont bénéficié durant au moins trois ans d’une formation sérieuse en sciences religieuses dont on connaît le contenu et les conditions d’apprentissage. Ce n’est pas le cas pour beaucoup d’imams de nationalité française qui sont partis d’eux-mêmes se former en Arabie saoudite, en Syrie, en Egypte, au Yémen, en Mauritanie ou au Pakistan.

On ne saurait, de plus, oublier qu’en islam il y a d’abord besoin d’imams (« ceux qui sont devant ») pour guider les prières liturgiques quotidiennes, et que ceux-ci n’ont pas besoin d’être des « imams professionnels » formés pour être choisis par les communautés de fidèles.

Pour mener à bien le programme qu’il a esquissé, Emmanuel Macron a dit vouloir s’appuyer sur le Conseil français du culte musulman (CFCM). Il peut, en effet, profiter du fait que celui-ci a à sa tête, pour deux ans, le sage universitaire franco-marocain Mohammed Moussaoui. Mais quelle liberté de manœuvre vont laisser à celui-ci ses partenaires algériens et turcs du CFCM ?

Surtout, le CFCM n’a qu’une influence très faible sur l’islam de France tel qu’il s’est progressi-vement organisé sur l’ensemble du territoire français. Depuis quarante ans, en effet, les pouvoirs publics cherchent à organiser un islam de France « officiel » qui aurait à sa tête des personnalités largement reconnues et pouvant être considérées comme des interlocuteurs efficaces.

Cette représentation officielle et opérante de l’islam n’a pas pu voir le jour pour de multiples raisons. En revanche, il y a bien tout un islam « non officiel » très organisé à partir de vraies mosquées, de centres culturels, d’écoles privées hors contrat, de réseaux commerciaux et d’associations diverses.

Un islam « non officiel » mais qui constitue la réalité première de la deuxième religion de France. Cet islam-là peut-il être qualifié de « séparatiste » ? Dans la majorité des cas, non. Mais il ne s’agit pas pour autant d’un islam en phase avec les idéaux démocratiques et républicains français.

Rachid Benzine (islamologue)

« « Séparatisme islamiste » : « Le mot et son contenu sont loin de pouvoir nommer toute la réalité » ». Le Monde. Publié le 20 février 2020 à 02h20 -
https://www.lemonde.fr/

• Rachid Benzine est islamologue et écrivain. Coauteur avec Christian Delorme de « La République, l’Eglise et l’Islam. Une révolution française » (Bayard, 2016), il vient de publier Ainsi parlait ma mère (Seuil, 96 p., 13 €).

https://www.europe-solidaire.org

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21 février 2020 ~ 0 Commentaire

séparatisme (orient 21)

cocos

Hommage à Marcel Cachin

Du séparatisme communiste au séparatisme musulman

Vieilles lunes, nouvelles sorcières

Le président de la République Emmanuel Macron devait prononcer à Mulhouse, mardi 18 février 2020, un discours contre le « séparatisme » musulman, dont il espère faire un thème central de sa campagne bien mal partie pour les élections municipales.

Avant de se lancer, il aurait dû réfléchir à l’expérience de son illustre prédécesseur Charles de Gaulle, engagé dans la lutte contre le « séparatisme communiste ».

« Notre premier devoir, c’est de guérir cette plaie affreuse du séparatisme, c’est de refaire l’unité nationale à partir de laquelle on refera, sans aucun doute, la puissance, la prospérité, le bonheur de la France… » (1). Qui est l’auteur de cette envolée lyrique ? Emmanuel Macron ? Ou celui dont il disait s’inspirer au début de son quinquennat « vertical » : Charles de Gaulle ? Évidemment le second !

Si ce discours date de 1952, c’est en 1947 que de Gaulle, écarté du pouvoir et qui cherche à y revenir, crée son propre parti politique, le Rassemblement du peuple français (RPF). C’est le moment où il commence à dénoncer le « séparatisme communiste », celui d’un parti très puissant (un quart des suffrages environ) à l’époque, qui fait peur et suscite la haine dans les milieux bien-pensants. Dans un discours célèbre prononcé à Rennes le 27 juillet 1947, il s’écrie :

Mais, si l’unité nationale put être maintenue malgré ceux qui avaient accepté la loi de Hitler, tout le monde sent qu’elle est aujourd’hui et de nouveau en péril. Je dis qu’elle est en péril par le fait d’un groupement d’hommes, dont ceux qui les mènent placent au-dessus de tout le service d’un État étranger. Je le dis avec d’autant plus de force que j’ai moi-même, comme c’était mon devoir, essayé, jusqu’aux limites du licite et du possible, de les attirer vers le service de la France. Oui ! À la Libération, j’avais, avec la Résistance tout entière, jugé qu’il fallait offrir à ces « séparatistes » l’occasion de s’intégrer dans la communauté nationale.

En 1951, le RPF perd les élections législatives.

À nouveau de Gaulle tente de relancer ce thème du « séparatisme », comme l’indique la citation en tête de cet article. Une campagne s’organise. Dans d’innombrables meetings, les orateurs gaullistes clouent au pilori ceux qui regardent vers Moscou, et ses fidèles se bagarrent avec les militants du Parti communiste, faisant ici et là des victimes.

Cette campagne va durer un peu plus d’un an, mais elle ne permet pas de remobiliser, et nombre de députés RPF désertent, cherchent à rallier telle ou telle force, se précipitent vers « la gamelle ». En 1953, l’échec de de Gaulle est acté. Il se retire de la vie politique, voyage en Afrique avant de rentrer à Colombey-les-Deux-Églises.

Remplacer Moscou par La Mecque

Près de 70 ans plus tard, son lointain successeur reprend le thème dans l’avion le ramenant d’Israël fin janvier 2020 : « Il faut essayer de dire sans diviser. Il faut accepter, en disant de parfois bousculer. Mais il faut accepter qu’il y ait, dans notre République aujourd’hui, ce que j’appellerais un séparatisme. »

On peut se demander quel conseiller en communication lui a soufflé ce thème destiné à remplacer le communautarisme et sa menace, et s’il a conscience de prétendre se mettre dans les pas du général de Gaulle.

Ou, peut-être dans ceux d’un autre de ses prédécesseurs, François Mitterrand, ministre de la IVe République qui dénonçait la montée de « mouvements séparatistes » en Afrique, identifiés au communisme, et prônait « l’insertion des pays colonisés dans une communauté plus vaste et plus puissante » — c’est-à-dire une Union française qui ébauche ce que sera la « Françafrique » (2). Moins de trois ans plus tard, les « séparatistes » sont « séparés » et, pour certains, gardent le pouvoir plusieurs décennies durant.

Plus proche de nous, dans Le Figaro du 19 mars 2018, cent intellectuels, allant de la droite la plus radicale à la gauche islamophobe signaient un texte en ce sens, mais avec assez peu d’échos, sinon un soutien de Manuel Valls, qui cherche à faire oublier des échecs successifs en France comme en Espagne — comme par hasard, on apprend que le personnage vient de se réconcilier avec Emmanuel Macron.

Comme de Gaulle, Macron est en difficulté au plan politique, à la veille d’échéances électorales majeures et a besoin de se « refaire », comme disent les joueurs de poker. Mais la cible a changé, les communistes ont été remplacés par les musulmans. Les séparatistes, accuse-t-on, ne regardent plus vers Moscou, mais vers La Mecque, Riyad, Doha ou Ankara.

Cependant, comparaison n’est pas raison et on aura du mal à comparer la force du Parti communiste au début des années 1950, représentant un quart de la population, avec les différents courants de l’islam politique en France, implantés très localement, divisés, parmi une population qui ne représente qu’une minorité des habitants de l’Hexagone.

Et si on nous promet un projet de loi contre le séparatisme, on conçoit mal ce qu’il peut contenir de nouveau. Si l’on en croit Le Point (6 février), on veut supprimer les cours de langue et de culture d’origine, enseignements assurés par du personnel venant de Turquie ou du Maghreb, sous prétexte qu’ils véhiculeraient des idées contraires à celle de la République. Noble objectif, mais la République est-elle disposée à assurer ces cours avec ses propres enseignants ? On peut en douter quand on connaît le statut de l’enseignement de l’arabe en France.

Les vieilles sorcières communistes ne font plus peur, il faut en trouver de nouvelles, et l’islam politique est tout désigné. Les nouveaux inquisiteurs préparent des bûchers pour sauver leur peau électorale. Pourtant, le précédent gaulliste démontre en l’espèce qu’on peut tout faire avec le « séparatisme », sauf gagner des élections.

Jean-Pierre Sereni 18 février 2020

https://orientxxi.info/

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21 février 2020 ~ 0 Commentaire

séparatisme (npa orient-21)

2003

Macron et le « séparatisme » : surenchère islamophobe

Tout à sa stratégie de concurrencer le RN sur son terrain raciste, Macron, à un mois des municipales, vient de proclamer haut et fort – complaisamment relayé par les grands médias – son « offensive républicaine » contre le « séparatisme islamiste ». C’était le 18 février à l’occasion de sa visite à Bourtzwiller, un quartier populaire de Mulhouse (dans le Haut-Rhin).

La « Reconquista » de la République 

Ce quartier fait partie des « Quartiers de reconquête républicaine » ; il est un des quinze territoires mis il y a deux ans sous surveillance et contrôle administratif et policier renforcés dans le cadre d’un plan interministériel ayant pour objet d’expérimenter de nouvelles mesures de « lutte contre l’islamisme et le repli communautaire ».

Une expérimentation qui aboutira, en novembre dernier, à la circulaire du ministère de l’Intérieur visant à combattre toute « tentative de sécession » et à détecter et réprimer tout ce qui – au niveau cultuel mais aussi culturel, associatif ou même sportif – pourrait « [contribuer] au repli communautaire ».  De simples « doutes » suffisent, précise Castaner…

Dans sa circulaire, il prend néanmoins bien soin de rappeler qu’ « il est indispensable  de porter un discours [!] républicain fondé sur  la liberté, l’égalité et la fraternité, ainsi que sur la laïcité » mais, loin du « discours », la réalité c’est un véritable plan de guerre renforçant encore et encore la politique raciste qui stigmatise et ostracise les musulmanEs ou supposéEs telEs.

Castaner enjoint tous les préfets à faire de cette lutte une « priorité » et enrôle dans sa croisade non seulement les autres services de l’État (Éducation nationale, Justice, etc.) mais aussi les maires qui sont « les mieux placés aussi  pour percevoir les signes faibles [!] d’une dégradation de la situation, d’un glissement – voire d’un basculement et d’une fracture ».

Le refrain tristement connu du musulman et de la musulmane potentiellement communau-taristes et donc potentiellement terroristes… mais également la porte ouverte à l’arbitraire le plus total et à la délation « populaire » qui évoque immanquablement une autre période sombre de ce pays et un autre racisme d’État, l’antisémitisme, qui, désigna les JuifEs eux et elles aussi comme boucs émissaires et ennemis potentiels de la République (la 3è).

L’ennemi de l’intérieur et de l’extérieur

La prestation mulhousienne de Macron s’inscrit dans ce nouveau plan de guerre islamophobe. Il a même tenu à faire de la surenchère en remplaçant le stigmate raciste habituel « communautarisme » par « séparatisme islamiste ».

Un terme inventé par des « intellectuels » aussi réactionnaires que médiatisés, comme Finkielkraut, à l’occasion d’une tribune publiée il y a deux ans dans le Figaro, dénonçant « l’islamisme » comme un « nouveau totalitarisme » (l’ancien étant bien sûr le « communisme ») et menaçant le pays d’un « apartheid d’un nouveau genre ». Le séparatisme c’est la destruction de la République française. Le combattre est un combat national suprême qui autorise tout !

En choisissant sciemment ce terme, Macron désigne, plus clairement encore qu’avec le mot « communautarisme », un ennemi de l’intérieur musulman, potentiellement islamiste. Un ennemi de l’intérieur clairement identifié comme étant en lien avec l’ennemi de l’extérieur.

Il a évoqué le financement étranger de mosquées (suffisamment vaguement pour ne pas fâcher le précieux partenaire commercial qatari, impliqué dans la construction de la mosquée de Mulhouse !).

Puis le président a déclaré fermer désormais la France aux « imams détachés » envoyés par d’autres pays considérés comme des viviers de terroristes islamistes.

Autre annonce, la disparition du dispositif de cours en langues étrangères (ELCO) dispensés dans les établissements scolaires par des enseignants mis à disposition par les gouvernements d’autres pays et soupçonnés par Macron  d’ « enseigner des choses qui ne sont manifestement pas compatibles ou avec les lois de la République ».

La suppression de ce dispositif facultatif est une mesure discriminatoire qui va priver les enfants d’un enseignement de la langue et de la culture originelles de leur famille dans le cadre de l’école publique et laïque.

À l’occasion du traditionnel bain de foule à Bourtzwiller, quelque peu « interpellé »  par des habitantEs sur l’état de leur quartier: désert médical, chômage… Macron osera cette réponse : « On doit lutter contre le séparatisme parce que quand la République ne tient pas ses promesses d’autres essaient de la remplacer ».

Quelles promesses ?! Et le destructeur des services publics, des acquis sociaux et de l’emploi ne se contentera pas de cette cynique pirouette ; il se fera aussi combattant des discriminations ! Mais à sa façon, très « premier de cordée » : « On doit lutter contre les discriminations, on doit mettre la méritocratie partout » !

Combattre l’islamophobie et tout racisme !

La droite et l’extrême droite n’ont rien à redire à cette nouvelle campagne islamophobe, bien au contraire, si ce n’est de réclamer toujours plus de mesures concrètes et notamment, comme le martèle à chaque occasion Valeurs actuelles, un renforcement de la lutte contre l’immigra-tion, une immigration qui alimente et « cimente au quotidien le repli communautaire ». Macron et les siens n’auront rien à y faire : l’original sera toujours préféré à la copie…

La présente campagne islamophobe a bien sûr un sale arrière-goût électoraliste mais elle survient fort à propos en pleine mobilisation sociale contre la politique néolibérale du gouver-nement. Une opération de diversion et de division qu’il faut combattre comme telle, mais qu’il faut également combattre comme opération de terrorisation de toute une population.

Jean Boucher Jeudi 20 février 2020

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Du séparatisme communiste au séparatisme musulman (Orient 21)

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18 février 2020 ~ 0 Commentaire

islam (le-monde npa)

croisade

Sur l’islam et la République, les dangers de l’amalgame

Emmanuel Macron doit dévoiler mardi sa stratégie contre ceux qui ont « un projet de sépara-tion d’avec la République ». Les indécisions de l’exécutif réactivent, à chaque fois, chez les musulmans, un profond malaise.

Après le plan contre la « radicalisation » et l’appel à une « société de vigilance » pour lutter contre l’« hydre islamiste », le combat contre l’« islam politique » et la défense de la « laïcité », est venu le temps de la lutte contre le « communautarisme », terme remplacé jeudi 6 février par le « séparatisme », plus proche de l’idée de « sécession » évoquée à plusieurs reprises par le chef de l’Etat.Laïcité, loi de 1905, structuration de l’islam de France, communautarisme… Après une valse-hésitation, Emmanuel Macron devrait finalement dévoiler une partie de sa stratégie visant ceux qui ont « un projet de séparation d’avec la République » au terme d’un déplacement à Mulhouse (Haut-Rhin), mardi 18 février. Chacun de ses revirements sémantiques sème encore un peu plus le flou sur la nature de la « menace » que le gouvernement dit – et redit – vouloir combattre, et replace sans cesse l’islam au cœur des débats. Sans compter les polémiques sur le port du voile, les mères voilées accompagnatrices en sortie scolaire ou encore les « listes électorales communautaires » qui ont jalonné 2019. Des séquences très médiatiques, largement alimentées par certains membres du gouvernement.

Restent une impression : le président de la République s’y perd ; une certitude : les Français aussi ; et un goût amer : celui, pour les citoyens de confession musulmane, d’avoir le sentiment d’être sans cesse «instrumentalisés » au nom d’un « jeu politicien qui nous dépasse», déplore Mohammed Moussaoui, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM). Et pour les quartiers populaires, d’être en permanence montrés du doigt.

Atermoiements de l’exécutif

M. Moussaoui appelle à un traitement « proportionné » du sujet. « Les musulmans se sentent doublement otages : de ceux qui veulent leur imposer des pratiques qui les heurtent – ils sont les premiers à en souffrir – et des débats publics qui font de leur spiritualité un objet de suspicion permanent. Les pratiques d’une petite minorité ont pour effet de mettre à l’index toute une communauté. » (Payant)

Louise Couvelaire 18 février

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Marxisme et religion

On résume souvent la pensée de Marx sur la religion à une citation : « La religion c’est l’opium du peuple ».

Pour Marx, ce n’est pas « Dieu » qui fait les hommes, mais les hommes qui font les dieux. Le marxisme est donc un athéisme. Historiquement, la pensée religieuse a pu être un recours pour expliquer un monde dont les hommes n’avaient pas la maitrise. Moins une société est développée techniquement, scientifiquement, plus il est aisé qu’un cataclysme, une mauvaise récolte, un malheur soient perçus comme des châtiments divins. Ce n’est donc pas un hasard si les philosophies matérialistes sont apparues au 18è siècle dans un contexte d’essor des sciences.

Mais le marxisme est un matérialisme dialectique, contrairement à d’autres philosophies athées. Il s’agissait donc pour Marx et Engels de combattre la religion en comprenant ses racines sociales, en s’attachant d’abord à combattre les raison de son existence. De même que le paysan du Moyen-âge voyait dans une mauvaise récolte l’expression d’un châtiment, le travailleur broyé et apparemment impuissant devant les forces écrasantes du Capital peut trouver dans la religion « l’expression de sa misère réelle ». Pour Lénine : «  Aucun livre n’expurgera la religion des masses abruties par le bagne capitaliste ».

Le marxisme n’a pas une vision dogmatique du rôle social de la religion, qui n’est pas le même en tout temps et en tout lieu. Son attitude à son égard est avant tout guidée par la lutte de classes. C’est ce qui fit dire à Lénine : « Si un prêtre vient à nous pour militer à nos côtés et qu’il s’acquitte consciencieusement de sa tâche dans le parti sans s’élever contre le programme du parti, nous pouvons l’admettre ».

La foi n’est pas une affaire privée, de même que le sexisme, le racisme ou l’homophobie. Mais ce sont les actes qui parlent, non les consciences, qu’un parti ne peut pas sonder. Chacun a  des contradictions. Ce qui compte c’est leur retraduction sur le terrain politique et militant. Les partis marxistes ont toujours lutté pour la stricte séparation de l’Etat et des Eglises ; le corolaire, c’est que l’Etat n’a pas à s’immiscer dans les croyances de tout un chacun. Marx ajoutait : « chacun doit pouvoir satisfaire ses besoins religieux et corporels, sans que la police y fourre le nez » (Extrait voir lien)

Jihane Halsanbe Mardi 28 mai 2013

https://npa2009.org/

croisades

Débat « religion, féminisme, laïcité » (Débat NPA)

Religion (NPA)

La religion, opium du peuple ? (NPA)

La gauche malade de « la haine de la religion » (NPA)

« Marxistes et religion, hier et aujourd’hui » (Gilbert Achcar)

Le piège de la « lutte contre l’islamophobie » (Lutte Ouvrière)

Contre l’islamophobie: Lutte Ouvrière inverse la hiérarchie des normes (NPA)

10 thèses sur la religion et contre l’islamophobie (Tendance Claire)

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