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29 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Carhaix s’attend à une marée rouge (20mn)

bonnets

Mobilisation Le mouvement des « bonnets rouges » appelle à un grand rassemblement samedi

Habituée à accueillir des foules de festivaliers chaque été lors du festival des Vieilles Charrues, la commune de Carhaix s’apprête à voir déferler des milliers de « bonnets rouges » samedi dans ses rues.

Après Quimper le 2 novembre, c’est donc en plein cœur du Kreizh Breizh que s’exprimera la révolte bretonne pour un rassemblement « grave mais festif », selon les organisateurs. Dans le bourg de cette commune de 7 700 âmes, nombreux sont les commerçants qui ont placardé sur leur vitrine une affiche « Oui à l’emploi, non aux taxes ». Samedi, ils resteront ouverts toute la journée en signe de solidarité. « Bien sûr que j’enfilerai le bonnet rouge. La pression fiscale est telle que les petits commerçants et artisans n’arrivent plus à payer leurs charges », témoigne James, qui gère la bras- serie sur la place de la mairie. Un café où l’on croise, ce jeudi matin, Christian Troadec, maire de la commune et leader de la grogne. « On va montrer samedi au gouvernement que nous ne sommes pas résignés. On attend toujours des réponses urgentes et fermes pour sauver l’emploi dans la région et pas des mesurettes comme leur pacte d’avenir », clame Christian Troadec.

Un maire qui agace « C’est juste le début d’un soulèvement populaire, on ne lâchera rien face à ce pouvoir qui ne tient pas ses engagements», indique Mathieu, à la tête du restaurant les Bonnets Rouges. Opposant politique à Christian Troadec, ce membre actif du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) réfute toute étiquette politique au mouvement. « Le temps d’une lutte, nous pouvons tous nous associer comme nous l’avons déjà fait par le passé pour s’opposer à la fermeture de l’hôpital », assure le jeune homme.

Si la majorité des Carhaisiens soutient la fronde des « bonnets rouges », quelques voix discordantes se font toutefois entendre dans le bourg. « Je trouve que le mouvement se disperse un peu, on n’arrive plus trop bien à cerner leurs revendications », explique Huguette. Stéphanie, qui vit de petits boulots depuis plusieurs années, prend quant à elle pour cible Christian Troadec. « Je trouve qu’il en fait trop. C’est bien qu’il se mobilise mais on a l’impression qu’il pense surtout à sa réélection l’an prochain », souligne la jeune femme qui ne sera pas du rassemblement. « Je vais faire mes valises pour le week-end et je reviendrai dimanche soir quand tout sera fini », sourit-elle.

Jérôme Gicquel Créé le 29/11/2013 à 07h08 — Mis à jour le 29/11/2013 à 07h08

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29 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Gilles Servat, le « porte-parole de personne » (lt)

bec as

À Quimper, le 2 novembre dernier, une partie de la foule avait repris spontanément en choeur « La Blanche Hermine ».

Il était donc assez logique que Gilles Servat soit l’une des têtes d’affiche du rassemblement des bonnets rouges sur la pelouse de Kérampuil demain. « J’y vais volontiers, même si c’est un peu par hasard », dit-il.

« On vit dans un pays trop centralisé »  Le chanteur avoue de la sympathie pour le mouvement mais refuse, dans le même temps, toute forme de récupération. « Il va dans le sens de ce que je pense depuis longtemps : que l’on vit dans un pays trop centralisé, que la Bretagne a besoin de plus d’au- tonomie en matière économique et linguistique. Mais je ne suis pas, insiste-t-il, le porte-parole du mouvement ni de quiconque ». Voilà qui est dit.

L’artiste tient à garder sa liberté et souligne qu’il y a des choses avec lesquelles il est d’accord et d’autres pas. « Il y a des gens de la FDSEA qui sont avec les bonnets rouges. Mais moi, je pense qu’il faut changer le système agricole ». Le chanteur dit, surtout, être « extrêmement sen- sible à ce que des gens soient mis au chômage.

Je vais chanter des chansons comme « Les Prolétaires » qui ne plairont pas forcément à tous ceux qui seront présents ». Christian Troadec l’a d’ailleurs appelé pour lui demander de la chanter. Gilles Servat a également prévu d’entonner « Sans demander la permission », l’une des chansons de son dernier album. « Ça va dans le sens de ce que je pense : faisons les choses nous-mêmes. Si on nous laisse faire, ça peut être mieux ». Et, bien sûr, « La Blanche Hermine », l’incontournable. Aucune raison de ne pas la chanter, malgré les interprétations douteuses et tentatives de récupération qui en ont été faites. « À Quimper, il y en a qui ont enfin compris le sens de la chanson. Parce qu’ils étaient mêlés à des marins, des ouvriers et des paysans. »

http://www.letelegramme.fr/ig/generales/regions/bretagne/bonnets-rouges-le-grand-debat-29-11-2013-2320528.php

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27 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

En passant par la Bretagne (prométhée)

bec as

A elle seule la Bretagne est un concentré de l’horreur capitaliste.

L’agriculture a été colonisée par l’industrie agro-alimentaire aux conséquences destructrices pour les paysans (devenus dépendants des firmes industrielles) et pour l’environnement (pollution, algues vertes, etc). Pendant de longues années, l’industrie agro-alimentaire s’est engraissée par l’exploi- tation d’une niche productiviste et à grand renfort de subventions publiques. Aujourd’hui, cette niche subit les assauts de concurrents, essentiellement d’outre-Atlantique.

Un comble, Doux importe même des poulets du Brésil. Ajoutons que l’austérité généralisée dans les États membres de l’Union européenne conduit à la réduction drastique des subventions. Et, cerise sur le gâteau, le gouvernement de « gauche » décide de mettre en œuvre l’écotaxe votée dans une touchante unanimité avec la droite sous Nicolas Sarkozy.

Les paysans sont de plus en plus paupérisés, quand ils ne disparaissent pas, les ouvriers subissent plans de licenciement sur plans de licenciement, les artisans et les petits commerçants sont ruinés. C’est l’explosion ! A l’initiative d’un collectif de travailleurs des entreprises en lutte, cette explosion sociale s’est manifestée le 2 novembre dernier à Quimper : 30 000 personnes exprimant leurs mécontentements, leurs exaspérations.

Au-delà du battage médiatique d’une presse aux ordres de la classe dominante qui a voulu voir à Quimper une manifestation populiste avec la participation de Philippe Poutou pour le NPA, il est vrai que la manifestation de Quimper ne ressemblait pas à ces images idylliques où l’on voit les ouvriers et les paysans marchant bras dessus bras dessous sur le château du prince. Même si la référence à la révolte des bonnets rouges contre les taxes de Louis XIV invoquait ces révoltes populaires qui peuvent engendrer des révolutions.

Oui, il y avait des revendications différentes, voire contradictoires, dans les rues de Quimper. Comme il y en a, et il y en aura de plus en plus, ailleurs en France et dans les États membres de l’Union européenne. Quoi de plus normal que des forces hostiles à la classe ouvrière utilisent aussi les conditions sociales et politiques existantes et décident de ne pas rester cloîtrées derrière le pont-levis du château.

Est-ce une raison suffisante pour refuser de les affronter ? Est-ce une raison suffisante pour laisser les victimes du capital sous l’emprise de l’idéologie dominante ? Est-ce une raison suffisante pour aller s’isoler des masses en mouvement ? Est-ce une raison suffisante pour tenter de diviser le mouvement en appelant le même jour à la même heure à une manifestation des « purs » et des « Élus » à Carhaix ? Non, mille fois non ! La lutte des classes n’est pas une recette de cuisine dont on connaît à l’avance les ingrédients et quasiment le résultat.

Comme le disait Antonio Gramsci : « la vérité est qu’on ne peut pas choisir la forme de guerre qu’on veut, à moins d’avoir d’emblée une supériorité écrasante sur l’ennemi » [1]. Force est de constater qu’actuellement la classe ouvrière n’a pas la supériorité. Le Président Hollande et son gouvernement PS-EELV poursuivent et aggravent la politique de l’équipe précédente : remettant en cause du code du travail avec la loi, issue de l’accord MEDEF-CFDF, qui généralise la flexibilité, augmentant les impôts et les taxes pour alimenter le crédit d’impôts accordés aux entreprises, poursuivant la destruction de la protection sociale, etc. Le tout sans que le monde du travail se mobilise pour combattre cette casse sociale et humaine et tenter de briser cette spirale infernale qui peut déboucher sur des solutions autoritaires.

Est-ce que cela va perdurer encore longtemps ? Nul ne le sait. Par contre les centrales qui ont lancé l’appel intersyndical (sauf FO) pour des manifestations le 23 novembre en Bretagne ont décidé que cela doit perdurer. Leur appel [2] éclaire sous son vrai jour l’initiative de Carhaix. N’y cherchez pas le refus des licenciements, vous y trouverez seulement la nécessité de « combattre les suppressions d’emploi ». Trouvant un peu trop léger le pacte d’avenir proposé par le gouvernement, les centrales syndicales se prononcent pour un pacte social, mieux – ou pire – « elles s’engagent dans le dialogue social [souligné par nous] tant dans les entreprises, les services, que dans les institutions et face au gouvernement pour exiger la prise en compte de nos revendications. » Conclusion : pas question que les travailleurs manifestent à Quimper car ils pourraient faire de mauvaises rencontres, mais les délégués syndicaux autoproclamés peuvent débattre dans les salons du pouvoir.

Tel n’est pas le choix de celles et ceux qui pensent que l’avenir de l’humanité passe par mettre un terme à l’horreur capitaliste. Ce choix n’est pas une lente et sûre progression car comme l’expliquait Karl Marx : « Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants » [3]

Il est vraiment temps de cesser d’analyser la situation réelle à travers les prismes déformants des institutions et des organisations existantes. Ce qui ne signifie pas les ignorer parce que leurs actions ont des effets concrets sur la lutte des classes. Il est temps de saisir la situation dans sa totalité où s’affrontent l’état actuel et le mouvement réel, seul capable d’en finir avec l’état actuel. Inutile de vouloir être dans ces deux sphères à la fois [4].

Publié le 23 novembre 2013

Emile Fabrol  http://www.promethee-1871.com/en-passant-par-la-bretagne/

1.- Antonio Gramsci, Cahiers de prison
2.- Déclaration intersyndicale
3.- Karl Marx, Le 18 Brumaire…
4.- « Le communisme n’est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état actuel. Les conditions de ce mouvement résultent des prémisses actuellement existantes » Marx & Engels, l’Idéologie allemande

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27 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

La leçon bretonne sera-t-elle entendue ? (l’express)

becassine

Le médiocre succès de la manifestation des syndicats en Bretagne, le samedi 23 novembre, appelle à quelques réflexions.

Il témoigne en premier lieu de la décrédibilisation de syndicats sans syndiqués qui, en plus de se livrer entre eux une permanente guérilla, donnent l’impression de se comporter plus en lobbies qu’en authentiques organisations professionnelles de salariés. Ce constat est valable pour toute la France et explique sans doute les faibles mobilisations de ces derniers temps, en particulier sur la réforme des retraites.

Mais dans le cas spécifique de la Bretagne, ce demi-ratage prend un relief particulier car il se compare nécessairement à l’énorme rassemblement, à Quimper, du mouvement des « bonnets rouges », ce dernier ne semblant pas donner les signes d’une baisse de régime et annonçant une nouvelle manifestation pour le samedi 30.

Nous avons précédemment rangé l’actuelle révolte des « bonnets-rouges » dans la famille des jacqueries, mouvements populaires spontanés et informels qui perturbent géné- ralement les commodes et habituelles catégories idéologiques et leurs cadres bien définis. Mais précisément parce qu’elles sont désordonnées et souvent confuses, les jacqueries appellent vite une récupération par des structures politiques qui tentent d’orienter le mouvement à leur profit. Les exemples historiques sont nombreux, rappelons simplement les émeutes ou soulèvements po- pulaires de la Révolution française, utilisés à Paris par les révolutionnaires pour faire pression sur le gouvernement, exploités dans les départements de l’Ouest par la contre-révolution.

Il n’est donc pas interdit de poser aujourd’hui la question : où va la Bretagne ? Quel courant politique serait à même de capter à son avantage la sédition des « bonnets-rouges » ? Les populismes de gauche et de droite semblent exclus. Ancrée dans le modèle des luttes de classe, l’extrême-gauche condamne l’unanimisme du mouvement (Non, non, pas nous! Note du blog). Le Front national pourrait être tenté d’essayer, mais malgré les origines bretonnes de la famille Le Pen, la Bretagne est la région de France où son implantation est demeurée la plus faible et il est lui-même très centraliste. On n’imagine guère l’UMP réussir là où François Hollande obtint naguère 56% de voix, même si la déception à l’égard du PS est aujourd’hui immense. En dépit des conjectures suggérées par certains médias de gauche, l’hypothèse de manipulations occultes du MEDEF ou d’autres organisations patronales relèvent de la théorie du complot. La seule force finalement susceptible de fédérer ce bouillonnement disparate paraît être le régionalisme : il suffit de considérer la forêt de drapeaux bretons au dessus des manifestations.

La montée des régionalismes, de la Corse à l’Ecosse, de la Catalogne à la Flandre belge, traverse l’Europe du début du XXI° siècle. Elle est en relation avec un certain dépérissement des états-nations constitués au XIX° siècle (souvent sur la base des vieilles constructions monarchiques), ce dernier étant lui-même consécutif tant à une perte d’influence dans un monde globalisé qu’aux efforts d’intégration européenne, qui entraînent des abandons de souveraineté.

Dans le cas français, la formation de l’état-nation s’est accompagnée d’une forte centralisation politique, ce qu’on appelle improprement le jacobinisme car il doit moins à l’é- phémère pouvoir jacobin de 1794 qu’à la réorganisation administrative due à Napoléon. Maintenue par tous les régimes qui se sont succédé depuis 1815, cette centralisation s’est trouvée renforcée par la mise en place de l’hyperprésidence néo-bonapartiste qu’est devenue la V° République depuis le quinquennat. La décentralisation prévue par la loi de 1982 s’est avérée un trompe l’œil, la France est toujours intégralement gouvernée de Paris.

Quand des problèmes spécifiques à une région surgissent (en Bretagne, c’est la crise profonde du modèle agro-alimentaire qui a depuis 50 ans assuré la prospérité), il n’est pas ex- traordinaire qu’une solidarité autour des intérêts locaux et une volonté de se prendre soi-même en main se manifestent. Pour peu que d’autres facteurs interviennent, (partage d’une vieille identité commune, particularismes culturels, sentiment de n’être pas entendu) et la flamme du régionalisme s’allume.

En Bretagne, ce qu’on nommait naguère l’autonomisme n’a jamais été populaire. Très marqué durant l’entre-deux-guerre à l’extrême-droite, il a conduit, lors de la Seconde guerre mondiale, un certain nombre de ses militants à s’engager aux côtés du III° Reich Mais que pesait la centaine d’hommes du Bezen Perrot, sous uniforme allemand, face aux 10 à 12 000 combattants rassemblés en août 1944 par les divers maquis bretons ?

La Bretagne n’a jamais été séparatiste comme peut l’être la Catalogne. Cela dit, le re- marquable réveil culturel dont elle a été le théâtre (dans une certaine mesure une retombée col- latérale de l’esprit de 1968), dans la mesure où il a été l’agent de la redécouverte d’une identité propre, a servi la renaissance d’une revendication politique essentiellement décentralisatrice, mais cette fois penchant à gauche. L’Union démocratique bretonne (UDB) est proche d’Europe-Ecologie-les-Verts et en plus de représentants au Conseil régional, elle a fait entrer en juin 2012  à l’Assemblée nationale un premier député régionaliste, avec le soutien de EELV et du PS. Le maire de Carhaix Christian Troadec, actuel porte-parole du mouvement des « bonnets-rouges », vient de cette mouvance.

Ce qui se passe actuellement en Bretagne est peut-être plus sérieux que la simple agitation quelque peu folklorique ou la conspiration machiavélique de patrons retors que certains médias parisiens cherchent à accréditer. Il s’y joue peut-être la question cruciale de la véritable décen-tralisation, qui devrait se trouver au centre des réflexions de tous ceux qui pensent à l’élaboration d’une future VI° République. Il n’est malheureusement pas certain qu’on en ait conscience dans la classe politique tant l’héritage, non des Jacobins, mais de l’Empire est cher depuis deux siècles à tous les détenteurs du pouvoir, qu’ils aient été républicains ou monarchistes, de droite ou de gauche.

Peut-on pourtant parler de « démocratie participative » sans être résolument décentralisateur ?

Commentaire: Ce nouvel éclairage n’est, faut-il le préciser?, pas une prise de position du NPA!

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26 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Ça barde chez les Bretons (cqfd)

goutal

Dimanche 27 octobre, au lendemain de l’action contre le péage écotaxe de Pont- de-Buis dans le Finistère, les esprits sont échauffés dans le bar-tabac du bourg de Guerlesquin, situé à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Morlaix. « Ça va être la révolution en Bretagne, déclare Patrick dit L’émir, la cinquantaine joviale. On va faire sauter leurs portiques. Ça va barder dans tous les sens. On ira jusqu’à Paris s’il le faut. On peut plus faire autrement. » Patrick est un des maillons de cette chaîne qui se trouve menacée par la crise de l’agroalimentaire en Bretagne : éleveur de poulets, il possède des poulaillers jusqu’en Guadeloupe et au Maroc, d’où son surnom. « C’est un mouvement incontrôlable ! Il n’y a pas de chefs, personne ne décide !  », insiste-t-il étrangement. Le mardi 29 octobre, le gouvernement annonçait la suspension de l’écotaxe afin de calmer les esprits.

Le 31 octobre, le volailler Tilly-Sabco basé à Guerlesquin annonçait sa décision d’arrêter l’exportation de ses poulets à partir de janvier 2014 [1]. Un coup terrible pour cette petite ville de 1 390 habitants dont toute l’activité tourne depuis des décennies autour de l’usine Tilly. Fondée par un fils de boucher dans les années 1950, Tilly était devenue la plus grosse unité d’abattage en Europe dans les années 1980, spécialisée dans le congelé bas de gamme halal à destination des pays du Golfe, jusqu’à 100 000 poulets exportés par jour. C’est l’époque où la famille Tilly possédait la ville si bien que Le Point, en 1989, avait surnommé Jacques Tilly – maire ancré à droite de 1965 à 1989, puis de 1995 à 2001 – «  le Ceausescu du Trégor ».

Même si les abattoirs Tilly-Sabco sont vendus en 1986 et passent entre les mains de Doumeng, le Milliardaire rouge, puis deux ans plus tard dans celles de Gérard Bourgoin qui les cèdera à son héritière Corinne, avant d’être rachetés sous la direction de Daniel Sauvaget en 2008, et qu’ils n’employaient jusqu’à fin octobre que 335 salariés, l’emprise féodale laisse des traces. Certaines ambiances de bar sont minées et les bouches peinent à se délier. « Si on parle de travers, c’est des coups à finir sur la chaîne d’abattage », plaisante Guy, habitant de Guerlesquin qui travaille hors de la ville. Mais si le temps du patronat paternaliste a vécu, c’est celui de la gestion mondialisée, costumée made in Breizh, qui sonne le glas de l’industrie guerlesquinaise. Dès le mois de mai, Sauvaget annonçait la réduction de 40 % des effectifs, puis il y eut l’inauguration aux allures de deuil d’un nouvel atelier de production de saucisses de poulet, juste une semaine avant l’annonce attendue de l’arrêt des exportations.

Les raisons de la crise du secteur avicole ? Une concurrence mondialisée avec le Brésil qui pique tous les marchés orientaux, mais surtout l’arrêt brutal des aides européennes à l’export, hors Union européenne, décidé en février pour un secteur qui vit grâce à 23 % de subventions ! L’écotaxe – en passe de devenir un scandale d’État – a servi de prétexte et de symbole au ras-le-bol pour cette région qui ne peut délester une part de son trafic routier sur un réseau ferroviaire et fluvial peu adapté à l’industrie locale. Et ce en dépit du fait que le gouvernement avait déjà octroyé une réduction de 50 % sur la taxe et que la Bretagne bénéficiait déjà de la gratuité pour son principal axe routier.

Depuis juin, c’est bien un sinistre social qui s’opère dans cette partie du Finistère, touché par une série de plans sociaux, menaçant de détruire plus de trois mille emplois – un millier juste pour Tilly-Sabco ! – directs et indirects, sans guère de solutions de reclassement immédiat. Or, cette crise – krisis en grec signifie aussi « carrefour » – est aussi celle d’un modèle agro-industriel, rendu vulnérable par le dumping social mondial et partout décrié comme vecteur de pollution et producteur de malbouffe [2]. Qui a intérêt à sauver ce « modèle breton » sous perfusion ? « À en croire les présidents des chambres d’agriculture de Bretagne, le modèle défendu mériterait que l’État continue de soutenir l’agriculture et l’agroalimentaire, écrivait Raymond Penhouët, producteur de lait à la retraite et président de la FADEAR, réseau pour l’agriculture paysanne proche de la Confédération paysanne, dans un courrier non publié, adressé à Ouest-France fin septembre. 570 euros par mois, c’est le revenu moyen des fermes sans les aides, si on ajoute 1,5 actifs par exploitation, il n’y a pas de quoi fanfaronner. […] La part de plus en plus importante des aides PAC dans le revenu revient à dire que l’agriculture bretonne est sous perfusion. »

Ce qui est frappant dans cette situation, c’est l’incapacité des acteurs et des victimes de ce naufrage à remettre en cause un modèle qui leur fait toucher le fond aujourd’hui. Depuis les choix agricoles des années 1950, l’omerta et le déni ont régné en Bretagne sur les conséquences environnementales du remembrement et de l’élevage intensif, sur les risques socio-économiques de la mono-activité – ou encore sur l’usage intensif des pesticides, dont les agriculteurs sont les premiers malades, sans parler des pollutions d’algues vertes causées par les épandages de lisier. « Les gens ne se posaient pas de questions, explique Jimmy. Travailler dans l’agroalimentaire en Bretagne, c’était avoir la sécurité de l’emploi à vie. D’ailleurs, la plupart n’ont jamais pensé à contracter d’assurance chômage. » « C’est un modèle au bout du rouleau, insiste Raymond Penhouët, contacté par CQFD. Le slogan “libre pour gagner et aider pour ne pas perdre” implique ici à la fois le recours toujours croissant aux subventions et la réduction des coûts de main-d’œuvre pour rester performant, comme dans le cas de Gad où l’on fait venir des intérimaires étrangers, ukrainiens ou roumains, payés 5 euros l’heure… »

Le désarroi social actuel produit une promiscuité inédite et paradoxale au sein de cette fronde baptisée des « bonnets rouges » avec un sens aigu du marketing territorial [3] et téléguidée en sous-main par la FNSEA et le Medef local : élus de gauche et de droite, régionalistes de gauche, identitaires d’extrême droite, militants du NPA chevillés à la défense de l’emploi, agriculteurs « conventionnels », artisans étranglés par les taxes, petits patrons esclaves des banques et prolétaires sacrifiés. Le 2 novembre à Quimper, Sauvaget – qui a décidé du plan social de sa boîte avec un certain sens du timing politico-social et rejette toute la responsabilité sur le seul ministre Le Foll – défilait avec « ses » ouvriers : patrons et salariés, tous ensemble ! Après le succès de cette mobilisation qui a rassemblé plus de 20 000 personnes, Thierry Merret, président de la FDSEA, et un des organisateurs du rassemblement, déclarait qu’il fallait « moins de contraintes administratives, environnementales, fiscales et sociales ». C’est le même Merret qui monte depuis des années systématiquement au créneau contre les « écologistes intégristes » et clame l’innocuité des nitrates sur la pollution de l’eau [4]… Il ne s’agit pas de gager l’extension de ce mouvement en une révolte anti-austérité plus vaste, mais les intérêts défendus par un jeu de pression sous le vernis de la fronde antijacobine visent avant tout à obtenir du gouvernement les garanties de subventions publiques et européennes.

Avec son Pacte d’avenir pour la Bretagne, Ayrault cherche à donner des gages au secteur agro-industriel. En visite à Rennes fin septembre, il déclarait déjà que « le modèle agroalimentaire breton [n’était] pas mort  » et avait autorisé les éleveurs bretons à construire des bâtiments d’élevage intensif « sans contrainte »… Depuis la révolte bretonne, le gouvernement a promis de lâcher un milliard d’euros pour l’économie bretonne, le doublement de l’enveloppe consacrée à la Bretagne de la PAC pour les sept ans à venir, passant de 175 à 368 millions d’euros, plus 15 millions d’euros débloqués en urgence pour les entreprises en difficulté. Un nouveau rendez-vous de mobilisation prévu par le collectif « Vivre et travailler en Bretagne » pour le 30 novembre donnera la température de ce « mouvement complexe [5] », notamment si le patronat retire ses billes.

Jean-Claude Balbot, animateur des Centres d’initiatives pour valoriser l’Agriculture et le milieu rural (CIVAM) et éleveur de bovins dans les monts d’Arrée, à la retraite depuis peu, s’avoue « déprimé par la confusion ambiante, entre les ouvriers de Gad qui se foutent sur la gueule à Josselin et se font séparer par les flics et ceux qui défilent pour leur patron à Quimper… » Ayant assisté aux discussions au ministère, il a pu prendre la mesure de l’ignorance du monde paysan qu’a le gouvernement : « On se trompe d’objectif : face à l’urgence, le gouvernement va renforcer la cause de cette urgence. Or, cela fait longtemps qu’on a fait l’évaluation de la politique publique agricole et de son échec. Il faudrait faire un pas de côté, arrêter les investissements faramineux – comme ces cathédrales d’élevage de pondeuses sur plusieurs étages –, et se demander comment faire fonctionner durablement les fermes en dégageant du revenu, sans se gaver d’argent public et tout en respectant l’environnement. C’est ce que j’ai fait pendant 40 ans et qu’on ne me dise pas que c’est réservé à une élite !  » .« Finalement ce que je déplore le plus dans cette situation, lâche-t-il dans un soupir, c’est que, depuis dix ans, la joie a déserté les campagnes. Les paysans disparaissent, on ne connaît plus ses voisins et on ne voit plus d’assemblée de paysans qui rigolent entre eux le soir au café. Rendre les gens malheureux, c’est ça le crime ! »

Dernière minute Le 22 novembre, Daniel Sauvaget annonçait que le dispositif exceptionnel décidé par l’Europe lui permettrait finalement de prolonger son activité après janvier. Comme quoi les prises d’otages – en l’occurence des 335 salariés de Tilly-Sabco menaçés par le plan social annoncé par Sauvaget un mois plus tôt – peuvent parfois s’avérer fructueuses ! « Ouf, on respire à Guer- lesquin… Vive l’Europe ! Nous aussi on est heureux, car vraiment on sent que c’est pas un sursis… comme depuis 15 ans », confie Micheline, une habitante, avec un brin d’ironie.

Ouvriers vs ouvriers Les 60 salariés licenciés du site Gad de Lampaul-Guimiliau (Finistère), ne s’attendaient pas à être accueillis de la sorte le mardi 22 octobre devant l’abattoir de cochons du groupe de Josselin (Morbihan). Venus bloquer la sortie des camions pour se faire entendre par la direction, ils furent reçus par 400 ouvriers en blouse qui les ont repoussés violemment, appuyés par quelques agriculteurs liés à l’activité de l’entreprise. « Quand on n’a plus de travail, on en cherche, on ne vient pas manifester pour rien et emmerder le monde », invectivait une salariée de Josselin, elle-même sans doute en sursis. Les gendarmes, appelés en renfort, sont intervenus à plusieurs reprises pour séparer les manifestants. « Avec des ouvriers comme ça, plus besoin de milice patronale ! », commentait un délégué FO de Lampaul.

Paru dans CQFD n°116 (novembre 2013), par Mathieu Léonard,   mis en ligne le 25/11/2013

http://cqfd-journal.org/Ca-barde-chez-les-Bretons

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25 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Emmanuel Todd: « Les bonnets rouges, une chance pour la France » (marianne)

bonnets

L’anthropologue et historien, coauteur du « Mystère français », revient pour « Marianne » sur la révolte bretonne. Une action à ses yeux pleine de promesses quant aux capacités de résistance du pays.

Marianne : Il y a un an avec Hervé Le Bras vous avez publié «le Mystère français», une analyse approfondie de la situation de la France. Ce travail soulignait les particularités de la Bretagne. A ce moment-là, pouvait-on imaginer que cette dernière se révolterait ?

Emmanuel Todd : Dans notre livre, la Bretagne est très présente pour des raisons rationnelles et irrationnelles. Elle occupe incontestablement une place particulière en France. Ses systèmes familiaux sont très divers, ses performances scolaires sont étonnantes. C’est désormais la région la plus à gauche, un bastion du Parti socialiste, le PS y ayant migré de ses terres du Nord et du Sud. Du côté sentimental, à des degrés divers, Hervé Le Bras et moi-même avons des origines bretonnes et passons beaucoup de temps là-bas.

La Bretagne offre un exemple extrême mais caractéristique de basculement dans la révolte d’une région que les commentateurs percevaient comme prospère, de gauche, européiste et stable. Notre livre a été trop rapidement analysé comme une radiographie de la France qui va bien, en opposition à celle qui va mal. Les régions qui allaient bien, selon cette lecture, étaient les anciens bastions catholiques, ou de «catholicisme zombie». La pratique religieuse catholique, forte jusque vers 1960, y a tardivement disparu mais a laissé subsister une forte aptitude à la coopération – des communes, des groupes professionnels, par exemple -, bref une forte intégration locale. Le reflux récent de la religion y a surtout libéré un dynamisme spécifique. Depuis la réforme protestante, et encore plus depuis la Révolution de 1789, le catholicisme était arc-bouté contre la modernité. Sa disparition a libéré une énergie positive. Aujourd’hui, les régions «catholiques zombies» ont de meilleurs résultats éducatifs, des taux de chômage plus faibles, une meilleure résistance à la crise économique. Mais ce que le Mystère français suggérait, c’est seulement que les régions catholiques zombies allaient moins mal que les régions de vieille laïcité, pas qu’elles allaient bien. La crise touche tout le monde, le vide du pouvoir est visible partout.

Mais la révolte ?

E.T. : Nous y arrivons. Cette région lancée sur les rails de l’européisme est aujourd’hui touchée de plein fouet par la logique européenne du jeu sur le coût du travail, sous contrainte de l’euro. Et nous constatons que son dynamisme culturel donne à cette région la force de la révolte. Les historiens savent bien que les révolutions sortent du progrès, pas de la régression. La tradition d’entraide et de solidarité héritée du catholicisme contribue à l’efficacité de la protestation. A cela vient s’ajouter un autre élément de cohésion : la Bretagne est une région où l’immigration ne compte pas. Il suffit de feuilleter l’annuaire du Finistère pour s’apercevoir que les noms y sont massivement bretons. Ces milieux populaires ne sont pas divisés par l’immigration. Cette société politique n’est pas désorganisée par le Front national, insignifiant régionalement. Ce que montre paradoxalement la révolte bretonne, c’est à quel point le FN, parce qu’il divise les Français, est une aide au système, fait partie du système. Quand le FN n’existe pas, la société a la cohésion nécessaire à la révolte.

On peut donc conclure que, parce que la Bretagne est «à la pointe de la modernité» , elle est à la pointe de la révolte ?

E.T. : Oui, c’est assez bien résumé, mais attention, il faut se méfier de toute caricature. La Bretagne est aussi une France en miniature. C’est une région très diverse. La partie du Finistère la plus concernée n’est pas n’importe quelle Bretagne. C’est une région catholique certes, mais où ont toujours existé des poches de gauche importantes.

Dont des poches communistes…

E.T. : Oui, une poche de communisme rural, centrée sur la partie ouest des Côtes-d’Armor mais qui atteignait l’intérieur du Finistère autour de Carhaix. Et, faut-il le rappeler, le PC a une tradition plus nationale centraliste que le PS régionalisant. Le pays bigouden, au sud-ouest de Quimper, a un fond républicain. Et tout cela ne date pas d’hier : dans son Tableau politique de la France de l’Ouest sous la IIIe République (1913), André Siegfried soulignait le potentiel républicain de la Bretagne. Il montrait que le département du Finistère était, par la présence de la marine nationale à Brest, directement relié à Paris. L’interprétation de la révolte en termes d’autonomisme breton, malgré l’omniprésence du gwenn ha du, le drapeau blanc et noir breton, est absurde. La réalité profonde du mouvement n’est pas dans Christian Troadec, maire bretonnant de Carhaix, mais dans le fond rouge de sa région qui ne relève effectivement pas d’un type socialiste banal. L’identité bretonne combine, sans contradiction, fidélité à la Bretagne et loyauté envers la France.

On reproche aussi à cette révolte de ne pas être très cohérente…

E.T. : C’est incontestable, les revendications sont floues. Mais comment cette révolte pourrait-elle être cohérente puisque l’idéologie au pouvoir elle-même n’est plus cohérente, en cette période crépusculaire d’échec de l’euro, dans une province qui croit à l’Europe ? De toute façon, une révolution n’est jamais cohérente dès le départ. Toutes les oppositions s’expriment et les forces dominantes n’apparaissent que par étapes. Je propose un début de clarification conceptuelle : on pourrait dire que la Bretagne des producteurs, ouvriers et patrons, affronte le Paris des prédateurs, les banques et l’Etat, banques et Etat étant désormais contrôlés par les mêmes inspecteurs des finances.

Qu’est-ce que vous répondez à ceux qui attendaient plutôt une révolte des banlieues ?

E.T. : Je répondrai qu’il y a déjà eu une révolte des banlieues, en 2005, qui relevait d’une même logique : l’abandon de régions entières par les élites et les groupes nationalement dominants. La révolte des banlieues a d’ailleurs aussi démarré, autour de Paris, dans une région où le Front national ne compte plus, cette fois-ci parce qu’il y avait déjà eu tant d’immigrés que la question de l’immigration était dépassée. Ça se confirme : la faiblesse du FN permet la révolte. Le FN sert le statu quo : Marine Le Pen et l’UMPS, même combat.

Comment expliquer la phrase de Mélenchon : «A Quimper, les esclaves manifesteront pour les droits de leurs maîtres» ?

E.T. : Mélenchon s’est démasqué. Il montre son appartenance aux élites parisiennes et son mépris du peuple. Certes, la stupéfaction est la même partout, spécialement à gauche. La CFDT nationale a développé un hallucinant discours antipatrons bretons, assez amusant quand on se souvient de la façon dont la CFDT a aidé Hollande et le patronat à rendre plus «flexible» le marché du travail. Mais au moins peut-on voir dans l’hostilité de la CFDT à la révolte sociale une trace du catholicisme de la CFTC, avec son respect de l’autorité, sa préférence pour la collaboration des classes. «Merci, notre maître»…

Le cas Mélenchon, lui, ne correspond à rien de connu. Cet homme se gargarise du mot «révolution» mais traite des révoltés porteurs de bonnets rouges d’«esclaves», il est insensible à la symbolique du rouge et du bonnet dans un contexte français et non seulement breton. Il semble d’ailleurs dépourvu d’une culture révolutionnaire minimale : les révolutions naissent toujours dans l’ambiguïté. La Révolution française a commencé par une révolte des parlements au nom d’une idéologie qui n’avait rien de progressiste. Quant à son discours anticlérical, c’est l’élément stable de sa doctrine, puisqu’il rejette aussi la révolte tibétaine au nom de l’anticléricalisme… Loin d’être un révolutionnaire, Mélenchon est un petit-bourgeois radical-socialiste qui n’aime pas le désordre. Avec lui, la gauche de la gauche est vraiment mal barrée.

Le groupe Les Economistes atterrés ont aussi condamné cette révolte «archaïque» qui «refuse les contrôles et les taxes»…

E.T. : La condamnation est ici différente : ils refusent le rejet de l’impôt. Ils ont raison de se méfier. Durant les trente dernières années, le rejet de la fiscalité a été une revendication constante de la droite ultralibérale, c’est aujourd’hui celle du Tea Party américain, la droite extrême du Parti républicain. Il faut bien sûr sauver la protection sociale et donc son financement par l’impôt. Reste que bien des révolutions commencent par une crise fiscale et un rejet de l’impôt injuste. En 1789, l’exemption fiscale de la noblesse et du clergé a mené à la banqueroute et à la convocation des états généraux. On connaît la suite. La révolution anglaise a commencé parce que Charles Ier a dû convoquer le Parlement pour obtenir les impôts nécessaires à la répression d’une révolte écossaise. Tiens, l’Ecosse, avant la Bretagne, un véritable festival interceltique…

Mais nous entrons dans une période nouvelle. Il faut voir à quoi servent les prélèvements obligatoires. Au financement de l’Etat social et des nécessaires biens communs, bien sûr. Mais l’impôt, de plus en plus, permet aussi de servir les intérêts d’une dette publique qui n’est plus légitime. Le prélèvement fiscal sert désormais aussi à donner de l’argent à des gens qui en ont déjà trop. Nous sommes confrontés à une ambivalence de l’impôt, à une ambivalence de l’Etat, serviteur à la fois de l’intérêt collectif et d’intérêts privés, d’intérêts de classe, diraient les marxistes. Il faut clarifier la situation, nous ne couperons pas à un débat sur la légitimité de l’impôt.

Deuxième problème de légitimité de l’impôt, l’Europe. Dans un cadre strictement national, le vote du budget par les députés légitime l’impôt, sans discussion possible. Mais le transfert à Francfort du pouvoir de création monétaire dépossède en pratique les députés de leur contrôle du budget. Les instances bruxelloises, aujourd’hui sous contrôle idéologique allemand, exigent un contrôle de ce budget. L’impôt est de ce fait déligitimé au sens où la théorie de la démocratie représentative conçoit la légitimité. Il y a là un vaste champ de réflexion pour la philosophie politique. Mais, honnêtement, le bon sens immédiat nous permet de voir que cette écotaxe, dont le prélèvement doit être assuré par le secteur privé après une négociation douteuse, n’a rien à voir avec l’impôt légitime et noble de l’Etat social.

Quelles sont les évolutions possibles de cette révolte ?

E.T. : Après la révolte des banlieues, la révolte bretonne marque une étape dans la dislocation du système social et politique français. Il me semble que nous avons franchi un seuil parce que la capacité des classes dirigeantes françaises à protéger leur peuple n’est plus du tout évidente. C’est l’effet de la crise qui dure depuis 2008 et de la montée en puissance de l’Allemagne à l’intérieur du système européen. Dans les déclenchements révolutionnaires, il y a souvent, avec l’impôt, la question nationale, dimension révélée en creux par la présence du drapeau breton. Une classe dirigeante est en danger si elle apparaît internationalement ridicule. La Grande Jacquerie trouve son origine dans l’incapacité des chevaliers français à faire face aux archers anglais, la révolution russe ne peut s’expliquer sans la défaite face aux armées allemandes.

Nous ne sommes pas loin de cette situation en France. Nous vivons une déroute industrielle et nos dirigeants n’en finissent pas de se ridiculiser sur la scène internationale. Moscovici accepte sur Chypre un accord qu’il ne comprend pas, Fabius tente de nous entraîner dans une guerre syrienne pour finir éjecté par les Russes de la négociation. Quant à Hollande, il semble moins président de la République française que vice-chancelier du système allemand. Aucun pouvoir ne peut survivre dans la durée à l’appauvrissement économique et à l’humiliation nationale. Les commentateurs français ont du mal à comprendre pourquoi Angela Merkel est si populaire dans une population allemande qui ne profite pas des succès allemands à l’exportation. Tout simplement parce que l’Allemagne vit le contraire d’une humiliation nationale : la gratification nationale d’être redevenue dominante en Europe et de voir les autres obéir.

Mais la Bretagne là-dedans ?

E.T. : La révolte bretonne est une chance pour la France… Une révolte dans la grande région socialiste et européiste, au cœur du conformisme qui paralyse la France ! Le véritable enjeu maintenant est idéologique. Si les Bretons s’aperçoivent que l’Europe est leur problème, que leurs vrais concurrents sont les Roumains et les Allemands qui importent ceux-là à 5 € l’heure, le système idéologique explose, et là, tout est ouvert… Les classes dirigeantes françaises ne peuvent plus défendre l’euro, il est liquidé et la France, toutes énergies libérées, revient dans l’histoire.

http://www.marianne.net/Emmanuel-Todd-Les-bonnets-rouges-une-chance-pour-la-France_a233812.html

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25 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Bro goz

becassine

Le Gwenn ha du (drapeau breton) serait « sinistre » (selon certains « jacobins »)  et le Bro Goz alors?

Bro goz ma zadoù (Vieux pays de mes pères) est l’hymne national de la Bretagne. Il est inspiré de l’hymne national du Pays de Galles, Hen Wlad Fy Nhadau (Vieille terre de mes pères). L’hymne de Cornouailles, Bro Goth Agan Tasow l’équivalent en cornique, reprend lui aussi l’air de l’hymne gallois. Enfin, on le retrouve aussi chez le peuple Khasi dans le nord-est de l’Inde.En ce jour de lutte contre les violences faites aux femmes, ce peuple vit un « matriarcat » très favorable aux filles.

Le Bro Goz ma Zadoù fût entonné par des otages du camp de Chateaubriant.

En septembre 1939, le Docteur Jacq participa à la restructuration clandestine au Huelgoat (An Uhelgoat) du Pcf,  qui venait d’être interdit,  par le gouvernement Daladier à la suite du pacte germano-soviétique. Déchu de son mandat municipal, il se vit privé par la mairie des bons d’essence nécessaires pour exercer son métier !  Il parcourut alors à pied ou à vélo le canton pour continuer à apporter les soins à ses malades. Il fut arrêté par les gendarmes  du Huelgoat le 3 juillet 1941 puis conduit au camp d’internement de Châteaubriant.

Dans ce camp, Le Docteur Jacq dispensa durant sa captivité des cours de breton pour les autres otages du camp et mit en place une chorale bretonne. Chorale bretonne qui entonna le Bro Goz, en même temps que La Marseillaise et L’Internationale le 22 octobre 1941 lorsque 27 internés (parmi lesquels Pierre Guéguin et Guy Môquet) furent conduits au poteau d’exécution. Le 15 décembre 1941, le Docteur Jacq, fût fusillé par les soldats nazis.

La reconnaissance tardive de la présence de militants trotskistes parmi les fusillés

Pendant longtemps, l’appartenance au courant trotskiste de Marc Bourhis fut occultée. En 1980, une polémique oppose un militant communiste, ancien interné de Châteaubriant, qui nie que Marc Bourrhis soit trotskiste, à Alain Krivine, dirigeant de la LCR. Pourtant, le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français de Maîtron et Pennetier établit clairement cette appartenance. Leurs auteurs démentirent publiquement l’ancien interné de Châteaubriant.

La polémique porte aussi sur Pierre Guéguin, présenté comme « communiste » par le PCF, mais qui avait rompu avec ce parti lors du Pacte germano-soviétique de 1939 et était devenu sympathisant trotskiste. Ce n’est qu’en 2003 que L’Humanité reconnaît les sympathies trotskistes de l’ancien maire de Concarneau.

Sources: http://an-uhelgoad.franceserv.com/6aout1944.htm  et Wikipédia

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24 novembre 2013 ~ 1 Commentaire

lannuon, un flashmob en breton pour les sans-papiers (lt)

A Lannion, le flashmob se danse en gavotte et sur un chant en breton, en soutien aux demandeurs d’asile.

Cet après-midi, vers 15 h, près de 200 personnes sont entrées dans la ronde, à l’appel du collectif de soutien aux sans-papiers.

 Elles ont dansé sur une chanson originale en breton, écrite par le chanteur et bretonnant Claude Lintanf et intitulée « Degemer mad er Republik » (Bienvenue en République), qui invite la France, pays des droits de l’Homme à se montrer plus accueillante envers les étrangers. L’action visait plus particulièrement à soutenir une famille albanaise qui réside à Lannion, menacée d’expulsion depuis le mois de juillet, et qui craint d’être victime de représailles si elle est expulsée vers son pays d’origine. 23 novembre 2013 à 17h17

http://www.letelegramme.fr/ig/generales/regions/cotesarmor/lannion-un-flashmob-en-breton-pour-les-sans-papiers-23-11-2013-2313506.php

Lannion  Sans-papiers. Une gavotte impromptue et solidaire

Une gavotte sur un chant original en breton, pour soutenir une famille albanaise : c’est un flashmob sans frontières qui a réuni les défenseurs des sans-papiers, hier après-midi, sur la place du Centre.

15 h, hier. Vêtu d’une casquette, un homme lit un journal, sur un banc de la place du Centre. Il se lève et se met à chanter, en breton, un texte de sa composition. D’autres chanteurs lui répondent en écho et, rejoints par des danseurs, ils lancent une gavotte sur la place.

La République en breton  Ils sont 150 à 200 à former la ronde, chantant, dansant et aussi militant pour les demandeurs d’asile, à l’initiative du Collectif de défense des sans-papiers, mené par Philippe Vital. Le chanteur à la casquette, c’est Claude Lintanf, et dans sa chanson intitulée « Degemer mat ar Republik », il houspille la France, pas assez accueillante envers les migrants. « Le déclic m’est venu après un rassemblement pour la famille albanaise, qui est un cas exemplaire. Ce sont des gens qui ne rentrent dans aucune case : ils ne sont pas réfugiés politiques ni économiques mais ils risquent leur vie s’ils sont expulsés. J’ai repris la devise de la République, en ajoutant le mot solidarité, qui ne s’arrête pas à nos frontières. » Son texte très politique, où « Sarko, Guaino » en prennent pour leur grade, de même que Hollande et Manuel Valls, n’a pas rebuté les chanteurs de l’atelier de Cavan, qui l’ont répété depuis septembre puis interprété hier, auprès de voix réputées comme celles de Louis-Jacques Suignard et Ifig Troadeg.

Pour les Albanais  C’est donc un impromptu très organisé qui a animé la place pendant une trentaine de minutes, sous les regards surpris des passants, les sonneurs Youn et Manuela prenant le relais des chanteurs pour continuer à entraîner les danseurs. « Je suis ému. Je trouve que c’est un super-moment », a conclu Philippe Vital, au nom du Collectif de défense des sans-papiers. « On a une famille albanaise qui est menacée d’expulsion. C’est la première raison pour laquelle nous sommes là », a-t-il lancé, sous les yeux de quelques membres de la famille Fregjaj, qui a saisi le tribunal administratif pour contester son expulsion. Le collectif s’est inspiré de manifestations similaires organisées par le mouvement des Indignés, en Grèce et en Espagne. « On voulait reparler de la situation des Albanais mais pas de façon trop ostensible, avec des banderoles. »

Du « reuz » sur le web La ronde a été filmée et enregistrée dans tous les sens, à hauteur de la place et depuis un balcon, grâce à plusieurs cameramen. Un montage réalisé par Loïc Chapron sera bientôt visible sur internet. Pour faire du « buzz » au bénéfice des sans-papiers. Pardon, pour faire du « reuz ». Jean-Luc Le Roux 24 novembre 2013

http://www.letelegramme.fr/local/cotes-d-armor/lannion-paimpol/ville/sans-papiers-une-gavotte-impromptue-et-solidaire-24-11-2013-2313713.php

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22 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Bonnets rouges. »Non à la manipulation de l’histoire ! » (lt+of)

bonnets-rouges f

Nous avons reçu de trois historiens éminents, Alain Croix, André Lespagnol et Fanch Roudaut, cette tribune qui entend préciser la dimension sociale de la « révolte des Bonnets rouges » du XVIIe siècle qui trouve actuellement une certaine acuité.

« Depuis un mois, on assiste à une manipulation de l’histoire de la Bretagne, à un degré rarement atteint. Nous avons des choix citoyens différents mais, historiens, nous pensons qu’on ne peut pas dire et écrire n’importe quoi, et en particulier en matière d’histoire : trop d’exemples tragiques nous l’ont rappelé, dans un passé parfois très récent, y compris en Europe. Dans le cas des Bonnets rouges, cet épisode de l’histoire bretonne, déformé, est utilisé à des fins bien précises et pour le moins douteuses.

Qu’est-ce que « les Bonnets rouges » ? Nous sommes en 1675, sous le règne de Louis XIV. Dans les campagnes de Basse-Bretagne : une large part du Finistère actuel, une partie des Côtes-d’Armor et du Morbihan. À un moment où, par ailleurs, de nombreuses villes à l’est de la province, Rennes surtout, connaissent aussi une révolte dite « du Papier timbré ».

Pourquoi cette révolte des Bonnets rouges ? Alors que la Bretagne connaît, pour la première fois depuis près d’un siècle, de sérieuses difficultés économiques, les charges qui pèsent sur les paysans s’alourdissent : versements aux seigneurs surtout, taxes royales aussi, dont la multiplication donne une impression d’accablement fiscal.  Ces taxes, réelles (sur le tabac, par exemple) ou imaginaires (l’instauration de la gabelle sur le sel) sont même ce qui met le feu aux poudres.

Les révoltés s’organisent de manière assez remarquable : rédaction de « codes », ancêtres des cahiers de doléances de 1789, élection de députés défrayés et dotés d’une chemise et d’un bonnet rouge.  Le mouvement rencontre un écho européen pour plusieurs raisons : Louis XIV est de nouveau en guerre (contre la Hollande), et la mobilisation des troupes aux frontières permet à la révolte paysanne bretonne de durer quatre mois, chose inouïe dans la France du roi absolu et dans une province réputée pour sa tranquillité.

Il est facile d’établir des parallèles avec notre époque, et aussi des différences : l’essentiel n’est pas là.  La révolte, en effet, vise tous ceux qui, de près ou de loin, peuvent être perçus comme des exploiteurs : seigneurs, agents du fisc, clergé même. Les codes paysans réclament la suppression des corvées (seigneuriales surtout), la diminution des prélèvements sur les récoltes (les seigneurs encore, le clergé aussi), et un juste tarif pour divers services du quotidien : les messes et le vin, les actes devant notaire et le tabac… Ils ne s’en prennent jamais, bien au contraire, à un roi supposé ignorer les abus que connaît son royaume.

Cette révolte, qui oppose des paysans bretons à leurs exploiteurs bretons, est avant tout sociale : il est symbolique que le révolté le plus connu, Sébastien Le Balp, soit assassiné par un seigneur, le marquis de Montgaillard.

Gommer cette fondamentale dimension sociale est un travestissement de l’histoire, et débouche vers son instrumentalisation. Délibérément, certains au moins des animateurs du collectif Bonnets rouges veulent détourner la très légitime colère des victimes (agriculteurs, éleveurs en particulier, salariés d’une partie de l’industrie agro-alimentaire) contre « Paris », responsable de tous les maux.

Alors qu’une part essentielle de responsabilité incombe à certains chefs d’entreprise et à certains syndicalistes agricoles qui n’ont pas voulu voir venir l’effondrement d’un modèle éco- nomique devenu dépendant de subventions européennes, ou qui l’ont très bien vu venir sans réagir, sans chercher à faire évoluer manières de produire et types de production. Selon une recette hélas tant de fois éprouvée, ils tentent de détourner une profonde et légitime colère sociale vers « les autres », tous les autres mais pas eux. Avec la connivence de quelques élus.

Nous ne sommes pas les seuls à dénoncer cette escroquerie intellectuelle : syndicats de salariés, désormais unanimes, un syndicat agricole comme la Confédération paysanne, certains partis politiques, certains journalistes, certaines personnalités. Nous voulons leur apporter notre soutien. Manipuler l’histoire, tomber dans le populisme, n’a jamais aidé à résoudre de vrais problèmes. La preuve en est dans les efforts de récupération du mouvement par l’extrême droite, ce qui devrait faire réfléchir.

Oui, il y a de quoi « Lakaat e voned ruz », « mettre son bonnet rouge », c’est-à-dire piquer une colère noire, selon l’expression imagée du breton. Encore faut-il tourner sa colère vers les vrais responsables. » 22 novembre 2013 à 06h30

Alain Croix (Nantes), André Lespagnol (Rennes), Fañch Roudaut (Brest)

http://www.letelegramme.fr/ig/generales/regions/bretagne/bonnets-rouges-non-a-la-manipulation-de-l-histoire-22-11-2013-2311167.php

http://www.ouest-france.fr/bonnets-rouges-non-la-manipulation-de-lhistoire-1731887

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20 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

« Rien que notre dû ! », le combat des vignerons au pays du muscadet 1891-1914 (cht)

MUSEE-muscadet

Paradoxe : c’est dans un pays rural, au cœur du vignoble nantais que s’est développée la première expérience significative de syndicats paysans de tendance socialiste à la fin du XIXe siècle.

Qui sont ces paysans ? Des vignerons titulaires d’un bail à complant (une forme ancienne de contrat, transmissible de génération en génération), qui cultivent la vigne et partagent la récolte avec leurs propriétaires… Du point de vue juridique, cette terre n’est pas la leur, mais ils ne peuvent en être chassés que pour une raison : leur négligence au travail. Que peut-il donc se passer si d’aventure la vigne elle-même venait à disparaître, victime du phylloxéra ?

Pour certains propriétaires, la catastrophe est une aubaine car elle rend caduc les baux à complant. Ils peuvent donc récupérer leurs terres et en chasser leurs occupants, parfois présents depuis des générations. Les complanteurs ne l’entendent pas de cette oreille. C’est pourquoi ils constituent, au cours des années 1891-1914, des syndicats de défense efficaces, pour conserver leurs droits et combattre les prétentions de certains propriétaires fonciers soutenus par un système juridique qui leur était entièrement favorable. Mais pour continuer à produire du vin, il leur faut parallèlement se battre pied à pied contre le phylloxéra, cette gangrène qui s’est abattue sur tous les vignobles de l’Hexagone.

C’est cette histoire aussi passionnante que méconnue, politique et sociale autant que technique et culturelle, que René Bourrigaud raconte ici, avec le souci permanent de s’adresser à un large public.

Ingénieur en agriculture de formation (ESA Angers), devenu docteur en histoire du droit, René Bourrigaud, aujourd’hui retraité, fut maître de conférences en histoire du droit à l’Université de Nantes. Outre sa thèse sur « Le développement agricole au XIXe siècle en Loire-Atlantique. Essai sur l’histoire des techniques et des institutions » (1993), il a écrit, entre autres, Paysans de Loire-Atlantique, 15 itinéraires à travers le siècle (2001). Il est également l’un des animateurs du Centre international de culture paysanne et rurale (CICPR) et secrétaire de la Fédération des musées d’agriculture et du patrimoine rural de Loire-Atlantique (FDMA 44).

Editions du Centre d’histoire du Travail – Nantes Publié le 20 novembre 2013 par Centre d’Histoire du Travail (CHT)

Le site du CHT : http://cht-nantes.org

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