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06 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

Bretagne: ce n’est qu’un début…

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Durant toute la semaine précédant la manifestation du samedi 30 novembre à Carhaix à l’appel des Bonnets rouges, les comités de défense de l’emploi de nord Finistère et de Carhaix, composés des salariéEs de Gad, de Tilly-Sabco et de Marine Harvest et de leurs responsables syndicaux, n’ont pas chômé.

L’idée impulsée par le comité de Carhaix était d’organiser samedi 30 novembre un rassemblement de l’ensemble des salariéEs en lutte, avec un rendez-vous devant la gare, avant de converger vers le site des « Vieilles Charrues », lieu du rassemblement des Bonnets rouges.

Nouveau comité unitaire Après une semaine de rencontres et de discussions, le comité pour l’emploi en Bretagne est né et s’élargit : en plus des ouvrierEs de Marine Harvest, Tilly-Sabco et Gad, il regroupe la CGT des Marins du Grand Ouest et le SLB (Syndicat des travailleurs de Bretagne).
Le texte fondateur de ce comité s’intitule « Décider, vivre et travailler en Bretagne en interdisant les licenciements ! Frankiz, labour, bara ! », et dénonce clairement les conditions de travail inhumaines réservées aux salariés de l’agro­alimentaire, condamne les politiques européenne soutenues par les gouvernements français successifs qui ont détruit les acquis sociaux, les services publics, les garanties collectives des salariéEs au nom du libéralisme économique.
Il appelle à l’unité de tous les syndicats de salariés, petits artisans et commerçants, à l’unité ouvrière la plus large contre les plans de licenciements dans le privé et contre les suppressions de postes dans le public. Le texte se conclut par : « Les solutions existent pour combattre le libéralisme économique. Elles passent par l’interdiction des licenciements, la réquisition ouvrière des moyens de production et la nationalisation des entreprises bénéficiaires qui licencient. »

Pôle ouvrier en manifestation Ce texte, qui a circulé par mail, par voie de presse, appelait donc à un rassemblement devant la gare de Carhaix à 13 heures. Ce samedi 30 novembre, le « pôle ouvrier » s’’est étoffé, rejoint par des salariéEs du privé mais aussi du public, de simples citoyens et des militants du Breizhistance, du PC et du NPA. On a aussi pu voir flotter quelques drapeaux de la CGT et de Sud, bien insuffisants au regard de la responsabilité que devrait prendre dans ce mouvement les syndicats ouvriers.
Après la lecture du texte fondateur en français et en breton, les prises de parole des Gad, Marine Harvest, Tilly-Sabco, de la CGT des Marins du Grand Ouest et SLB se succèdent. Les discours sont clairement antifascistes et anti­capitalistes, et défendent l’interdiction des licenciements. Ils sont aussi des appels à relever la tête, à la lutte du monde ouvrier. Et ce sont au moins 1 000 personnes qui partiront en cortège derrière une banderole reprenant le titre de l’appel.

Rassemblement massif Fort de ce véritable succès, c’est en scandant des mots d’ordre combatifs que le « pôle ouvrier » a rejoint le lieu du rassemblement central. Sous les applaudissements, les rangs s’écartent pour laisser cette manifestation dynamique arriver jusqu’au plateau où les dirigeants syndicaux des usines en lutte prendront à la parole et liront l’appel du comité pour l’emploi en Bretagne.
Pêcheurs, agriculteurs, routiers, artisans se succéderont ensuite sur le podium où les principaux responsables du mouvement, Thierry Merret, dirigeant de la FDSEA, et Christian Troadec, maire de Carhaix, ont également harangué une foule très populaire estimée de 17 000 à 35 000 personnes.
Beaucoup de discours contre l’écotaxe et des paroles confuses contre les taxes et les « charges » en général sont martelés, ainsi que sur la fierté d’être breton. Christian Troadec conclura en invitant François ­Hollande « qui, pour le moment, n’a pas dit un mot sur ce qui se passe en Bretagne, à venir entendre ce que nous avons à lui dire ». Signalons que le Medef, contenté par le pacte d’avenir de Bretagne, ne soutient plus les Bonnets rouges… au grand soulagement de nombreux manifestants.
Ce rassemblement fut entrecoupé de concert des Frères Morvan et de Gilles Servat qui nous interprétera ses célèbres chansons emblématiques, comme « les Prolétaires » et « la Blanche Hermine », hymne officieux breton.
Pour le comité pour l’emploi en Bretagne, la tâche ne s’arrête pas là. Des rendez-vous sont déjà fixés pour faire le bilan de la journée, mais aussi organiser dans les jours à venir un meeting dans le Finistère.

Correspondante Jeudi 5 décembre 2013

 

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05 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

Bonnets rouges et pôle ouvrier à carhaix (ocl)

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Quel avenir pour le mouvement ?

Samedi 30 novembre 2013, à l’appel du Collectif « Vivre, décider et travailler en Bretagne », près de 30 000 personnes se sont rassemblées sur le site de Kerampuilh, pour écouter divers orateurs puis manifester à travers la petite ville avec gwenn ha du (drapeau breton : « blanc et noir ») et bonnets rouges.

Malgré les dénigrements politiciens sur le poujadisme supposé du mouvement, malgré le déminage gouvernemental des dossiers des entreprises de l’agro alimentaire, Tilly Sabco et Doux, malgré l’amélioration des conditions de licenciement chez Marine Harvest, malgré le projet de « pacte d’avenir pour la Bretagne » promis par Ayrault pour le 4 décembre et le report de l’écotaxe à janvier 2015 annoncé par Le Foll et malgré le désengagement de toutes les confédérations syndicales et du patronat ( !) qui n’appelaient pas, le mouvement n’a pas faibli !

Nous avions publié l’appel à constituer un pôle ouvrier à l’occasion de cette journée : Bonnets rouges Pour un Pôle ouvrier à Carhaix , dont le texte d’appel n’a été finalisé que le jeudi 28 et n’a eu qu’une diffusion tardive… C’est donc un peu au pied levé que les choses se sont organisées, à l’initiative du comité de défense de l’emploi en centre Bretagne.

Dans un premier temps, c’est à la gare devant 2 à 300 personnes que les prises de paroles ont commencé. Certains participant-e-s étaient là pour la première fois avec leur banderole faite maison dénonçant leurs conditions d’exploitation… Les sections syndicales de l’agro-alimentaire n’avaient pas appelé à cette initiative de pôle ouvrier, les conflits de GAD, Tilly et Harvest, étant négociés ; les personnes présent-e-s étaient syndiqués ou non, sans étiquette. Le SLB (syndicat des travailleurs de Bretagne) a exprimé une position de classe, internationaliste et solidaire avec notamment les sans papiers et travailleurs immigrés ; de même le NPA a évoqué la nécessité d’interdire les licenciements et de nationaliser les boîtes qui délocalisent leur production ; enfin Breizhistance (gauche indépendantiste) a évoqué entre autres la nécessité d’une démocratie de proximité, taxer les résidences secondaires vides toute l’année pour aider les mal-logés et un autre mode de production agricole.

Les groupes de salarié-e-s de GAD, Tilly Sabco, Marine Harvest ont décrit la situation respective de leurs boîtes. La salariée de Tilly Sabco a évoqué de façon élogieuse ( !) l’action du patron, Sauvaget, qui aurait permis de débloquer des subventions européennes pour maintenir les emplois à flot (et son entreprise par la même occasion !…ndc). A l’opposé, les salarié-e-s de GAD qui avaient reçu leurs lettres de licenciement la veille ont défilé à travers Carhaix en conchiant bruyamment leur employeur… Les positions sont donc quelque peu contrastées.

Finalement le cortège s’est rapidement étoffé, pour regrouper un millier de personnes en arrivant sur le site de rassemblement des Bonnets Rouges, chaque boîte en lutte était identifiée par une couleur de t-shirt (cf photo). Le comité pour la défense de l’emploi devrait voir la suite à donner à cette journée.

DES INTERVENTIONS CONTRADICTOIRES

Les prises de paroles sur la scène centrale des Bonnets Rouges étaient également contrastées. Se sont succédés sur la scène des gloires locales octogénaires, gaullistes bretonnants et réacs, mais aussi Gilles Servat avec sa chanson « les prolétaires » datée mais plus que jamais d’actualité…
Puis un agriculteur a exprimé la nécessité d’un autre mode de production, plus soucieux d’une production équilibrée et équitable, mais le porte-parole de la FDSEA 29, Merret, représentant des gros légumiers et cochonniers a rappelé lourdement qu’il faut libérer les énergies …/… et lever les contraintes et les freins sur les plans législatif, fiscal, social et environnemental. Voudrait-il transformer la Bretagne en république bananière ? Merret rappela aussi que dés février 2009 le patronat breton avait dénoncé l’écotaxe par une action au péage de la Gravelle. Bref, il a revendiqué la primeur patronale de la contestation de l’écotaxe et la centralité des patrons : Sans entrepreneurs, pas d’entreprises, et sans entreprises pas d’emplois…

Troadec au contraire a évoqué clairement une préoccupation de défense des conditions sociales et de solidarité future contre le centralisme jacobin, en en appelant à la base de la population, ouvriers, paysans, chômeurs, petits patrons, pour constituer la colonne vertébrale d’un mouvement, qui imposerait un outil institutionnel régional, et invitant Hollande à venir en discuter… Voilà qui s’appelle prendre date, notamment à quatre mois des municipales, pour un simple maire conseiller général qui « fait le job », en cotoyant aussi bien le patronat du cercle de Locarn qu’en défilant le 23 novembre dans la manifestation intersyndicale à Lorient le matin et à Morlaix l’après-midi… Si on peut reprocher à Troadec son côté girouette, à se partager entre le NPA Carhaix et la FDSEA 29 ( !) pour lancer ses initiatives, il donne l’impression au-delà de son fief électoral de Carhaix, de promouvoir un projet autonomiste breton, proche du programme de l’UDB (Union démocratique bretonne) mais sans avoir besoin de faire allégeance au PS pour exister politiquement comme élu. Doué du sens des affaires et des alliances politiques réalistes, son charisme n’est pas pour rien dans l’ambivalence que les médias prêtent aux Bonnets Rouges.

QUEL AVENIR POUR CE MOUVEMENT ?

Ce duo contrasté des deux figures de proue du mouvement est-il un jeu pour ratisser large en se répartissant les rôles, au nom de la défense des intérêts communs des territoires bretons, ou au contraire la chronique d’un divorce annoncé.. ? Un peu des deux, peut-être.

Mais la mobilisation leur impose aussi son rythme propre, à la remorque de l’économie ( blocus des transporteurs possible), tributaire des fermetures et licenciements qui se succèdent, dans l’industrie comme dans l’agro alimentaire. Une nouvelle crise pourrait bientôt éclater, avec de sérieuses conséquences suite à la remise en cause par l’UE de la PAC (prix du lait non garanti, fin des quotas, etc). La production laitière bretonne est déjà assez malmenée (depuis 2009, 15 % des exploitations ont disparu), et la tempête annoncée pourrait être d’une autre ampleur que l’écotaxe.

Les leaders des Bonnets rouges sont aussi obligés de composer avec l’humeur d’une population qui a voté massivement Hollande (59 % dans le Finistère) et qui ne décolère pas de la politique menée aujourd’hui : délocalisation d’usines faisant des bénéfices, risque de faillites pour cause de modification de la PAC (fin des restitutions à l’export), ou pour cause de dumping social avec l’UE (les abattoirs allemands sous-paient leurs salariés…), ces difficultés dans l’agro-alimentaire ne sont que l’application d’une politique capitaliste brutale, sous stricte domination de la finance. Et ce n’est pas l’épisode de la retraite-chapeau de Varin, ex PDG calamiteux de PSA, qui calmera les esprits.

Le rebond de la mobilisation dépend aussi des petits patrons, liés à la santé économique de leurs donneurs d’ordre de l’agro-alimentaire et des producteurs ; notamment les petits transporteurs dont les entreprises sont impactées par l’écotaxe, n’ont pas l’envergure pour la répercuter sur leurs tarifs, comme le font la grande distribution ou les grosses boîtes de transport. Bref ce n’est pas le salaire et le salariat qui font le prolétaire… Et il y a des travailleurs « indépendants » plus exploités que les salariés : revenus inférieurs, à la tâche, sans cotisations ni droits au chômage.

Les médias ont également joué un rôle d’accélérateur et d’amplificateur (relayé par tous les secteurs d’opinion « libéraux », fort nombreux dans la presse magazine et chez les « experts » des chaînes TV d’info) à propos de la « fronde fiscale », plus ou moins sincère, mais qui peut traduire aussi une réelle angoisse, un étouffement économique chez des « indépendants » face au ralentissement de l’économie.

MOUVEMENT ET TERRITOIRE

Sur l’avenir du mouvement, la dimension bretonne des Bonnets rouges est indéniable ; elle soude le groupe et s’est imposée à la population… Une identité collective n’est revendiquée et défendue que lorsqu’elle se sent menacée, remise en cause. Avec la péninsularité de la Bretagne en périphérie des axes européens, avec le plus fort taux hexagonal de propriétaires de leur logement et le tissu associatif le plus dense, la population bretonne qui est attachée à ses racines et à ses liens sociaux craint logiquement une future désertification économique, à la grecque ou à la portugaise, sur les marges de l’Europe, d’où son allergie partagée à la taxe poids lourds ; de plus l’endettement de l’Etat français justifie le rognage des protections sociales ; les conditions de travail dans l’agro-alimentaire breton sont déjà très ingrates et il n’y a pas d’alternative d’embauche ; et enfin le gouvernement Ayrault est aux ordres de l’orthodoxie budgétaire pour désengager l’Etat de secteurs d’activité même bien défendus, comme Arcelor-Mittal… Les luttes locales pour s’imposer face aux directives de Paris sont toujours dans la mémoire collective, des mobilisations des légumiers du Leon dans les années soixante à la résistance anti nucléaire à Plogoff en 1981, entre autres. Cette révolte fiscale est aussi basiquement l’expression d’un ras-le-bol de type « autonomiste » (l’impôt, c’est l’Etat, c’est Paris) qui, ajouté à la question des normes (là, c’est « Bruxelles »), crée une révolte à la fois « libérale », anti bureaucratique et anti centraliste.

Alors quoi de mieux que l’étendard breton pour porter en avant une communauté d’intérêts, ou supposés tels, pour maintenir des relations, un tissu social et un mode de vie liés à un territoire, particulièrement le Centre Bretagne où beaucoup de gens se « débrouillent » avec des petits boulots et des échanges pratiques permettant de vivre bien mieux qu’en ville, pour le même budget. De plus pour la population bretonne, cette identité se lit en « négatif » dans la prise de distance des différents appareils parisiens… qu’ils soient syndicaux, patronaux, politiques. Quoi de plus fort que le sentiment de rejet collectif pour souder un groupe ! Si le MEDEF, la FNSEA, la FNTR, les confédérations syndicales, les partis n’appelaient pas à Carhaix (un remake inversé du 2 novembre), localement les petits patrons, les militants syndicaux de base, ouvriers ou agriculteurs et transporteurs, eux étaient là….

QUEL PROJET CAPITALISTE EN BRETAGNE ?

Les patrons du think tank du Cercle de Locarn, les Glon, Doux et autres Henaff aimeraient conserver les populations bretonnes sous leur coupe, en renforçant encore leur main-mise par le biais d’institutions locales pour maximiser leurs profits et intensifier les conditions de merde qui prévalent dans l’agro-alimentaire breton (pénibilité, salaires légers, travail à la chaîne, flexibilité,…).

Mais il y a un autre projet capitaliste pour la Bretagne, et le Grand Ouest. La métropolisation Nantes Saint-Nazaire Rennes constitue une perspective plus juteuse, pour le « grand » capital, que le maintien à long terme et à grand frais (humains, environnementaux, financiers) d’une production agro alimentaire de qualité médiocre et surabondante, sujette à la surproduction de façon chronique et à une rivalité commerciale renouvellée avec des économies émergentes. Cette métropolisation, qui bénéficie de moyens considérables pour accélérer son implantation commencée depuis 20 ans, n’est pas une exception.
Ainsi plusieurs grandes métropoles régionales redessinent un nouvel aménagement du territoire hexagonal. La métropole nantaise ne se fera pas sans conséquence pour le territoire breton. Par exemple le projet d’aéroport international de Notre Dame des Landes ambitionne de concentrer la plupart des lignes aériennes du Grand Ouest, pour à terme drainer le trafic des autres aéroports environnants et atteindre un seuil de rentabilité. De même la métropole nantaise est censée concentrer des moyens culturels (grandes écoles, universités, centres de recherche et de création, musées, palais des congrès, salles de concert) pour rayonner par une offre artistique et d’enseignement, afin d’attirer des classes sociales plutôt aisées, susceptibles de consommer et fournir la main d’œuvre adaptée aux secteurs d’activité les plus innovants et rentables.

Cette métropolisation en cours (à laquelle les opposants au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes résistent pour préserver leur mode de vie et refuser un grand projet inutile imposé) n’annonce rien de bon pour le réseau de villes petites et moyennes que la Bretagne intérieure a su conservé, pour permettre un maillage suffisant de son territoire et maintenir une activité, des services et commerces utiles ou nécessaires et pas trop éloignés. La logique de la métropole nantaise est de concentrer les infrastructures et moyens financiers, culturels, économiques, humains pour atteindre une taille critique, pour créer à partir de ce pôle un environnement optimal susceptible d’initiatives économiques et avoir une chance de survivre dans la compétition internationale, avec la transformation du territoire breton en hinterland d’une future métropole régionale active et branchée…

Les conséquences pour les populations du centre Bretagne ne seront pas un gain d’autonomie pour maîtriser leur avenir et des solutions adaptées à leurs besoins. Aussi les motifs de lutte des habitant-e-s contre le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes – et par conséquence la métropolisation – ressemblent à la volonté des Bonnets rouges de vivre, décider et travailler en Bretagne, sans que les bureaucrates parisiens, ou nantais, n’aient leur mot à dire sur leurs affaires. La question posée est celle-ci : comment une communauté humaine vivant sur un territoire peut-elle résister aux projets et changements imposés par des pouvoirs ou des logiques extérieures, sans qu’elle ait eu son mot à dire.

C’est un peu le sens de ce mouvement des Bonnets rouges. Alors comment questionner ces deux luttes pour que leurs cheminements et leurs dimensions respectives puissent se renforcer mutuellement ? La critique du progrès et du productivisme, du rapport de l’humain à la nature, de la définition des moyens pour satisfaire les besoins réels, la pratique de débat collectif en assemblée générale horizontale sans bureau centralisateur, ces thèmes souvent abordés à Notre Dame des Landes questionneraient utilement les pratiques et revendications du mouvement de l’agro-alimentaire breton. Ce serait pour le coup une vraie révolution culturelle.

Inversement l’échelle du mouvement des Bonnets rouges en centre Bretagne, d’un territoire étendu concernant une population conséquente et diverse de classes populaires, oblige à penser politiquement l’intervention publique, au-delà d’une ZAD de 2000 hectares confidentielle et hermétique pour le plus grand nombre. Les préjugés négatifs respectifs sont nets, mais dans un premier temps, ouvrir un canal de discussions et d’échange d’informations serait précieux. Surtout que le COPAIN 44, « héritier » du mouvement paysan travailleur, qui réfléchit à la pratique d’une agriculture paysanne, est très investi dans la défense de la ZAD et peut constituer l’esquisse d’un pont paysan entre les mouvements. Bref, il est plus qu’urgent et nécessaire de se parler et réfléchir ensemble pour espérer pouvoir vaincre, face à l’Etat et au capital.

Nantes, le 2 décembre.

PS : dans le numéro 335 de décembre de Courant Alternatif, un article aborde les bases de la crise dans l’agro-alimentaire breton, notamment l’historique d’un secteur d’activité qui a détruit l’agriculture paysanne traditionnelle au plus grand bénéfice des banques, Crédit Agricole en tête, des multinationales du machinisme agricole, des semenciers et autres producteurs de phyto-sanitaire. Ici plus qu’ailleurs, l’idée de Progrès a servi les plats au grand capital. Le mouvement des Bonnets Rouges est le produit de la crise de cette agro-industrie destructrice… et nourricière !

http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1450

 

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05 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

La manifestation des «bonnets rouges» à carhaix (lo)

Charles TILLON 1926

Régionalisme et revendications ouvrières

La manifestation de Carhaix du 30 novembre a regroupé largement autant de monde que celle de Quimper le 2 novembre.

Comme à Quimper, le caractère populaire du rassemblement était indéniable. La veille, par souci de ne pas se mettre à l’écart du Pacte pour l’avenir de la Bretagne, les instances régionales du Medef ainsi que le Comité régional des pêches s’étaient démarqués du rassemblement.

Mais cela n’a rien enlevé à la confusion. Ceux qui occupaient la tribune parlaient au nom des divers petits entrepreneurs présents dans la foule, artisans, commerçants, routiers, agriculteurs et pêcheurs. Mais, parmi les présents, il y avait aussi beaucoup de travailleurs salariés, de chômeurs, de retraités, sans référence à un syndicat, à une profession ou à un secteur d’activité. En effet toutes les organisations syndicales ouvrières s’étaient elles aussi ostensiblement démarquées, laissant les salariés sans expression ni organisation propres. Outre l’abrogation de l’écotaxe, le régionalisme et la dénonciation des charges et des contraintes administratives parisiennes se sont donné libre cours et tenaient lieu de dénominateur commun.

Malgré l’absence des centrales syndicales ouvrières, des organisations, telles que le NPA, divers petits groupes se situant à l’extrême gauche et se référant en même temps à des valeurs régionalistes, avaient pris l’initiative d’appeler les salariés à se regrouper devant la gare de Carhaix dans un « pôle ouvrier », avant de rejoindre le rassemblement.

Cette initiative entendait permettre l’expression des intérêts des salariés. Près de mille manifestants s’y sont regroupés avec des travailleurs de Doux, de Tilly-Sabco, de Gad ou de Marine Harvest, qui se distinguaient par leurs tee-shirts et leurs banderoles exigeant la sauvegarde de leurs emplois. Les banderoles étaient diverses, les organisations bretonnantes tenant à arborer les leurs. Cependant des banderoles réclamant clairement l’interdiction des licenciements étaient bienvenues. Et la responsabilité des groupes industriels, bretons ou non, était clairement dénoncée.

Dans le cortège qui a rejoint le lieu du rassemblement, les slogans à connotation régionaliste se mélangeaient à d’autres affirmant plus clairement que « de l’argent il y en a dans les poches du patronat ». C’est à près de deux mille que les manifestants se sont joints au rassemblement.

C’était au moins affirmer les exigences ouvrières et se démarquer de la confusion des organisateurs, qui se sont félicités de leur succès, insistant sur les propositions dont ils étaient porteurs et invoquant de Gaulle et Mitterrand comme présidents ayant su entendre en leur temps la voix de la Bretagne. Il faudra autre chose pour faire entendre vraiment la voix des travailleurs… de Bretagne et d’ailleurs. Correspondant LO

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2366&id=8

Commentaire: Vrai petit chef d’oeuvre! Tout pour plaire à LO (contre les patrons et les licen-ciements)et pourtant y a quelque chose qui coince! Le régionalisme des ouvriers! Et oui, les ouvriers bretons  osent se sentir « bretons ». Y a pas à dire, çà la fout mal! Détail: il n’y avait pas d’orga « bretonnante » ce qui veut dire « parlant breton », mais nationalistes à divers degrés. Ce qui normalement ne devrait pas exister en France!

 

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04 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

Vieilles charrues ou vieilles recettes ? Après le rassemblement du 30 novembre à Carhaix (ccr)

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Il faut un pôle ouvrier et populaire, indépendant et antibureaucratique pour continuer le combat contre les licenciements en Bretagne

Christian Troadec et les autres porte-paroles autoproclamés des Bonnets Rouges bretons ont réussi leur pari. A l’appel, dans leur grande majorité, d’organisation culturelles et politiques bretonnes, avec en arrière-fond le patronat du secteur agricole (FDSEA 29) et la CGPME des Côtes d’Armor, le rassemblement de Carhaix du 30 novembre a rassemblé plus de monde encore qu’à Quimper en début de mois et largement plus que lors des manifestations syndicales du 23 réclamant « un volet social » au « Pacte d’avenir pour la Bretagne » du gouvernement.

« J’ai rencontré ce matin, prés de la haie de mon champ… » Les chiffres ne concordent pas mais tant la préfecture que les organisateurs donnent une participation plus élevée que le 2 novembre, avec 20.000 personnes selon Ouest France. Pour ceux qui connaissent le site des vieilles charrues, il était en effet noir de monde. Quels que soient les calculs que l’on reprend, il s’agit de chiffres considérables pour le Centre-Bretagne, même si le rassemblement a drainé au-delà du Finistère et des Côte d’Armor.

Sur scène, les artistes bretons se sont succédés, laissant place, par la suite, aux discours. Gilles Servat a bien entendu repris « La Blanche Hermine », entonnée en chœur par le public. Mais « prés de la haie » du champ du site de Kerampuil il n’y avait pas que « des marins, des ouvriers et des paysans », mais aussi des patrons, petits et gros.

… des politiciens et des patrons Devant un public très majoritairement populaire, venu en famille, c’est Troadec qui en ouverture a le mieux résumé l’orientation que le Collectif des Bonnets Rouges tente de donner à la colère dont le Finistère a été le théâtre ces dernières semaines : « Demat d’an holl. Nous sommes plus nombreux qu’à Quimper. Entre 30 000 et 35 000. Nous voulons que les routes restent gratuites en Bretagne. Nous voulons une société de solidarité. Notre économie doit évoluer mais dans un cadre harmonieux. Il faut jeter le carcan jacobin ».

On voit-là les traits de fabrique « made in Breizh » du chef d’entreprise Troadec, dirigeant du petit Mouvement Bretagne et Progrès et qui joue sur tous les tableaux : avec ses amis les patrons et en fonction de ses prétentions électorales, en vue des municipales du printemps prochain. Le discours que continuent à tenir les organisateurs des Bonnets Rouges devant une foule nombreuse et très largement issue des couches populaires bretonnes est tout aussi confus et polyclassiste qu’à Quimper. Mais la différence par rapport aux mobilisations antérieures, c’est que le Collectif des Bonnets Rouges à tout fait pour, cette fois-ci, mobiliser « à froid » et pour délocaliser le rassemblement loin des lieux de pouvoir et de décision politiques et économiques, afin d’éviter tout débordement.

Un régionalisme de contrebande mâtiné de conciliation de classe  Alors que la crise est loin d’être finie en Bretagne et que les plans sociaux sont encore sur la table dans les bureaux des patrons, parler de « cadre harmonieux » et jeter la faute à Paris, ou encore de « solidarité » en continuant à ménager le patronat local, voilà qui est non seulement parfaitement utopique (en plus d’être réactionnaire), mais qui fleure bon l’opération politicienne de régionalistes. L’enjeu pour Troadec, Thierry Merret, de la FDSEA, et leurs acolytes, c’est de refroidir la colère sociale mais, au passage, d’en chevaucher le début de dynamique pour mieux peser sur la scène bourgeoise régionale, qu’elle soit politique, électorale ou économique, au sein des chambres de commerce et d’industrie et du mouvement coopératif agricole des gros exploitants. Vieilles recettes pour un projet éculé et qui a montré sa faillite.

« Volet social » ou « régional » : deux projets bourgeois Face au rassemblement de Carhaix, on trouve les bureaucraties syndicales qui ont quémandé au gouvernement un « volet social » à son « Pacte d’Avenir pour la Bretagne », un plan fait de subsides destinées au patronat pour prendre le relais des aides bruxelloises. C’était l’enjeu des quatre manifestations bretonnes du 23 novembre et une des raisons principales expliquant pourquoi elles n’ont que si faiblement mobilisé. Jean-Marc Ayrault, de son côté, est tout heureux de pouvoir disposer d’interlocuteurs et ne se cache pas de vouloir faire adopter au plus vite le « Pacte ». Par delà le coup médiatique cependant, il y a fort à parier que le fait de mettre sur le papier deux ou trois promesses et faire un gros chèque aux patrons ne fera pas oublier aux travailleurs et aux jeunes la situation dramatique que traverse la Bretagne. On peut donc penser que les mobilisations sont loin d’être finies.

Mais les deux projets, l’un « jacobin », pour reprendre le lexique des régionaliste, et l’autre « bretonnant », celui de Troadec et ses amis, sont tout aussi bourgeois l’un que l’autre. Mieux, ils se complètent, car Troadec et Merret entendent bien peser, en dernière instance, dans les négociations. Ils n’ont ni l’envie ni l’intention que la colère bretonne contre les licenciements et la crise ne débouche sur une remise en cause des véritables responsables de la situation et dont l’écotaxe (impôt injuste et aucunement écologiste, soit dit en passant) n’est aucunement la source.

Construire un pôle ouvrier et populaire, indépendant et antibureaucratique Dans ce cadre et jusqu’à présent, le mouvement ouvrier, les travailleur-euse-s qui ont affronté les gardes-mobiles sur les piquets de grève et à Pont-de-Buis, celles et ceux qui veulent défendre les emplois et vivre et travailler au pays sont comme pris entre deux feux. Alors certes le 30 novembre plusieurs centaines de travailleur-euse-s, de jeunes et de militant-e-s ont constitué à Carhaix, à l’appel des Collectifs pour l’emploi du centre Bretagne et de Brest, un pôle ouvrier, prés de la gare à 13h, avant de rejoindre Kerampuil. Avec des délégations de Gad, de Marine-Harvest, de Tilly-Sabco, de la CGT Marins du Grand Ouest, du Syndicat des Travailleurs Bretons, de Breizhistance et du NPA 29, le mot d’ordre que l’on pouvait lire sur leur banderole était on ne peut plus clair : « décider, vivre et travailler en Bretagne en interdisant les licenciements ! Frankiz, Labour, Bara ! [Liberté, Travail, Pain !] »

La question, cependant, c’est que pour défendre jusqu’au bout cette perspective, il faudrait un pôle parfaitement indépendant du patronat. Quoi qu’en dise Olivier Le Bras, le représentant FO de Gad, il n’y a pas d’un côté « les patrons du CAC 40 et les patrons avec des entreprises familiales [en Bretagne] qui défendent les emplois ». On l’a vu avec la famille Doux, on le voit avec la famille Peugeot : qu’elles soient à capital familial ou anonyme, dans une entreprise les patrons (tous les patrons), défendent leurs profits.

Par ailleurs, un tel pôle ne devrait pas être seulement ouvrier et populaire, mais également antibureaucratique. C’est le second aspect essentiel pour être en capacité de tisser des liens avec les travailleurs qui souhaitent des perspectives autres que celles offertes par l’Intersyndicale bretonne et pour maintenir la plus complète indépendance par rapport au gouvernement et ses relais syndicaux qui, de tables rondes en négociations, mènent le mouvement ouvrier dans le mur. La CFDT au niveau régional aura beau jeu de « dénoncer la manipulation patronale des Bonnets Rouges » aussi longtemps qu’un pôle antibureaucratique n’aura pas vu le jour.

C’est uniquement de cette façon que l’aile marchante du mouvement breton, les Collectifs pour la sauvegarde de l’Emploi du Centre-Bretagne et de Brest pourront gagner en structuration et offrir une perspective pour en découdre à la fois contre les politiques parisiennes mais également contre les patrons et les politiciens bourgeois locaux qui cherchent à faire de la colère légitime un tremplin pour leurs intérêts de classe. 01/12/13 Jean-Patrick Clech

Limites du régionalisme réformiste : le cas d’Esquerra Republicana en Catalogne

Y compris là où le sentiment national est encore plus fort, voire majoritaire, comme en Catalogne Sud, l’ensemble des politiciens réformistes, même plus radicaux que Troadec, finissent toujours par oublier leurs discours « de gauche » et par se subordonner à la bourgeoisie locale, plus ou moins autonomiste et régionaliste.

C’est le cas aujourd’hui d’Esquerra Republicana Catalana (ERC), anciennement classée comme « gauche radicale catalane indépendantiste » et qui siège aujourd’hui avec la majorité (centre-droit) qui est à la tête de la Generalitat de Catalogne, aux côtés d’Artur Mas. C’est cette majorité qui applique les mêmes plans d’austérité et qui couvre les mêmes plans sociaux que dans le reste de l’Etat espagnol. Le cas de la lutte des ouvriers de Panrico, à Santa Perpètua, prés de Barcelone, est assez révélateur à ce sujet.

ERC a attendu des années avant de sortir du bois et assumer pleinement son projet bourgeois, en laissant de côté toute référence un tant soit peu radicale au réformisme social. Troadec et le Mouvement Bretagne et Progrès se placent d’entrée de jeu sur le terrain du patronat.

http://www.ccr4.org/Il-faut-un-pole-ouvrier-et-populaire-independant-et-antibureaucratique-pour-continuer-le-combat-contre-les-licenciements-en-Bretagne

Commentaire: Ceci est un « éclairage » d’une minorité au sein du Npa, pas une prise de position. Le Npa est plutôt unanime sur la façon d’envisager les luttes en Bretagne.

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04 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

La bretagne se replie sur l’entraide (libération)

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Là où «la précarité est la règle», dans trois des communes les plus pauvres de la région, la population ne compte plus sur Paris.

«Ici, la crise aiguise la souffrance. Mais il y a aussi beaucoup de solidarité et un attachement au territoire.» Annie Le Houérou est maire (ex-PS) de Guingamp et députée d’une circonscription du sud des Côtes-d’Armor et au cœur de l’Argoat (le pays des bois, en breton), où il y a parfois du désespoir. Mais aussi des belles résistances.

A Saint-Nicodème, une radio, un SOS Cet automne hivernal, la campagne est d’unebeauté rêche. Des haies bocagères, épargnées par les remembrements des années 60, enrobent la route jusqu’à Saint-Nicodème. Où l’on tombe sur André Théophile. Il est né ici et résume ça ainsi : «Je suis un témoin encore vivant de l’hémorragie paysanne. Il y avait plein de fermes, ici. Y’en a quasiment plus. On a laissé filer une culture, un héritage.»

Pour lutter contre ce sentiment de dépossession, maintenir un lien social, Saint-Nicodème a un antidote : Radio Kreiz Breizh (Radio centre-Bretagne, en breton), bilingue. Lancée il y a trente ans, soutenue par cinquante communes, la station compte six salariés. Morgan Large, 42 ans, dont treize années passées à RKB, en fait partie. La journaliste brune sillonne les alentours avec sa voiture qui affiche plus de 400 000 bornes au compteur, et en connaît chaque sentier. «La précarité est la règle. Tout le monde tire la langue.» Elle parle d’abattoirs qui vont bientôt fermer («l’agrobusiness détruit les gens et détruit de l’emploi») ; de la colère qui gronde dans ce coin jadis surnommé «la ceinture sibérienne» pour sa tradition communiste ; de pétitions qui circulent pour «virer Hollande» ou «arrêter de filer le travail aux étrangers». Morgan marque un temps : «Les gens manquent parfois de recul. Le sentiment d’être oubliés emporte tout.»

Il y a aussi la pudeur. Qui pousse ses parents à se passer de mutuelle ou la fait angoisser d’être malade et de perdre «50% de son salaire». La dèche qui fait qu’on chauffe l’eau sur le poêle, qu’on met de l’huile de tournesol dans son réservoir. «La Croix-Rouge, Emmaüs et le Secours populaire explosent sous la demande, raconte Morgan. Certains jours, ça frôle parfois l’émeute.» La règle, c’est le système D. La tendance ? L’autonomisation, l’autarcie. «Il y a une tentation de prendre le maquis, de se mettre en réserve d’une République qui ne répond plus.» Elle observe qu’«en milieu rural, la misère ne se voit pas. Des gens restent cloîtrés chez eux. Ils décrochent, dépriment et sombrent». La journaliste n’obscurcit rien. Elle, qui vote Europe Ecologie-les Verts, garde espoir. Dans les jeunes. Par conviction et/ou nécessité, de plus en plus inventent, innovent, multiplient les laboratoires d’expériences non marchandes.

A Bulat-Pestivien, un havre en péril Une légère bourrasque hâte la sortie de la petite école de Bulat-Pestivien. Des mômes s’engouffrent dans les voitures. Une fillette n’a qu’une ruelle à traverser pour rentrer chez elle : une maison de pierre sur le fronton de laquelle est écrit «Ch’ti coz». Voilà onze ans que Flavien et Emmanuelle Dedryver ont quitté la banlieue lilloise pour ouvrir ce café épicerie brocante. «On voulait de l’espace, de la qualité de vie ; on voulait fuir la tension des villes, les insécurités», racontent-ils.

Qu’ont-ils trouvé ? «De la solidarité, de l’entraide, un tissu associatif, de l’espace, du patrimoine, des paysages.» Un feu crépite dans la cheminée, la table est mise et l’hospitalité proposée. «Depuis un certain temps, on sent que c’est plus dur ici, témoigne Flavien. Les gens se replient sur leur vie, leur survie. Des Anglais rentrent au pays. Les nouveaux arrivants se demandent s’ils vont rester.» Emmanuelle complète : «La tension est un peu retombée autour des plans sociaux, mais on sent le feu qui couve.»

Très cosy mais sans chichi, Ch’ti coz est davantage qu’un café où l’on écluse une pression. C’est un lieu de socialisation, un écosystème quasi-militant au cœur d’un village truffé de chapelles et de fontaines. Où l’épicerie, même à perte, maintient le commerce de proximité. Où la brocante est à prix d’ami. Où les samedis, des concerts mettent la vie sociale en musique. Mais cette proximité est un combat permanent.«Le médecin, c’est à vingt minutes. Le dentiste, c’est sur liste d’attente à Callac. Quant à l’ophtalmo…» souffle Emmanuelle. Elle dit aussi : «Ce qui manque, là, c’est un dessein collectif. On tente de le faire à notre manière : en se battant, chaque année, pour maintenir l’école.»

A Maël-Pestivien, du lien et des délaissés La pierre, sur certaines maisons vides, s’effrite. Des vitrines noircies par une longue absence et d’où n’émerge qu’une affiche délavée : «A vendre». Mais le village de 400 âmes n’a pas succombé à l’exode rural. Le restaurant la Cornemuse, tenu depuis deux ans par Denise Downie, une Ecossaise, propose un «menu ouvrier» à 11,50 euros : entrée, plat, fromage et dessert, café et 25 cl de vin compris. «Du quasi-social, sourit-elle. Avec une épicerie mobile trois fois par semaine.»

En face, à la mairie, Emmanuelle tient la permanence en alternance entre Maël-Pestivien et Saint-Nicodème. Elle admet : «Ici, le travail est limité. C’est soit dans l’agriculture, soit dans les services à la personne. Les personnes âgées restent le plus longtemps possible à la ferme, et les enfants paient la maison de retraite quand leurs parents n’arrivent plus à s’assumer.» La plupart des habitants du canton l’assurent : ceux qui le peuvent cultivent un potager, avec un coin pour un mini-élevage. «Comme moi», lâche Emmanuelle.

En quittant le bourg, on tombe sur trois bus scolaires, en bord de route. Nous voici à Kerbalen. «Vingt et une maisons en 1957, se souvient François Le Cam, et dix aujourd’hui, dont cinq habitées par des Anglais.» Lui : éleveur à la retraite, 78 ans, une poigne d’airain. Son fils : Yann, 36 ans, salopette bleu délavée, la voix cassée. Pendant quatorze ans, l’homme, tout en muscles, a trimé dans un abattoir de Maël-Carhaix. Il y a laissé ses articulations – des épaules et des coudes – à force d’accrocher à la chaîne des dindes de quinze à vingt kilos. «J’ai été en arrêt maladie un an, puis licencié. Là, je n’ai plus rien.» Le RSA ? «Je n’en veux pas. Je préfère bosser dans les champs quand j’ai du travail.» Son frère ? En arrêt maladie. Broyé par les tendinites, dans la même boîte. Yann vit avec sa femme – au foyer – et leurs trois enfants, à Kerguelen, à deux pas. Et vend des stères de bois à 55 euros pour tenter de passer le mois.

Un grain passe. Son père invite à rentrer dans la ferme, où trois orchidées trônent à la fenêtre. Il dit : «J’étais breton, on m’a demandé de devenir français. Et, maintenant, européen. Mais elle apporte quoi, l’Europe, à part de la souffrance ?» Sa femme alimente le feu de cheminée. Il reprend : «On est comme invisibles. Des délaissés, des vaches à lait.» Et demande : «Ne me parlez pas de politiques ! A quoi ils servent ?» Il parle d’un hameau en déshérence, d’un avenir sans horizon pour ses descendants. «On est revenu soixante-dix ans en arrière. Je connais des gosses qui font 8 kilomètres à pied pour aller à l’école, faute de transports en commun. Pour le pain, faut aller à Bourbriac, à 20 kilomètres.» Annie Le Houérou, députée socialiste, relativise : «Il y a bien eu un ou deux cas d’enfants sans transports, mais on les a réglés.»

A Kergrist-Moëlou, le pain made in Breizh Gérard et Frédérique Munier accueillent en grand à la Baleine. Rachetée une «bouchée de pain» en 1988, cette longère joliment rénovée est devenue une boulangerie bio. Le kilo de pain complet au sésame coûte 3,95 euros, farine made in Breizh. «On est fidèle à nos convictions : faire de la qualité sur le territoire, se prendre en main et tisser du lien», assure le couple. Ils racontent le four à gueulard construit avec de la récup, la mise en place d’un réseau de clients via une association, les cinquante dépôts chez les particuliers et les épiceries, le pain du jour non vendu donné aux plus démunis. Un combat contre la désertification et la désaffection citoyenne pour lequel il vaut mieux ne pas compter son temps : «Soixante-dix heures minimum, le prix de la solidarité et d’un choix de mode de vie.»

C’est précisément ce qui a poussé Stéphanie, la voisine, à venir s’installer comme ergothérapeute avec son conjoint, infirmier. Plus de mille kilomètres à eux deux par semaine à sillonner le territoire. Ce qu’elle constate de son poste de vigie sociale ? «Il y a encore beaucoup d’entraide, de coups de mains, d’échanges.» Mais aussi «de plus en plus de pression sur les jeunes, surtout ceux qui ne sont pas diplômés». «Des gosses de 25 ans ont le dos cassé à force de devoir porter des triple-vitrages de 250 kilos.» Depuis six ou sept mois, Stéphanie voit «les burn-out se multiplier», les troubles musculo-squelettiques«exploser chez des caissières à qui on demande de passer 3 000 pièces par heure», des gars «cassés, plongés dans l’alcool ou la dépression à 55 ans parce qu’ils n’ont plus de mobilité». Et conclut : «Il y a des gens qui sont au bout du bout, prêts à tout.» Elle s’accroche. «Il faut expérimenter, mutualiser, oser», dit Gérard Munier.

L’expérimentation, l’entraide et la culture participative, Trémargat, village d’une centaine d’habitants, en a fait son creuset(lire Libération du 15 juillet). En face du café et de l’épicerie associative, Claire Pages, 53 ans, se sent bien. Mais elle envisage de laisser sa maison – 230 euros de loyer chaque mois – pour une yourte ou une caravane. Comme plus de 5% des gens ici. Elle a quitté un poste aux impôts en 1984 pour rompre avec le capitalisme mercantiliste, réinventer des utopies. Elle en veut à ce «système qui appauvrit et déprime les individus».Et plaide pour un droit à l’imagination. La révolte créative.

Christian LOSSON Envoyé spécial dans les Côtes-d’Armor 27 novembre 2013 à 21:28

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01 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

«Pacte d’avenir pour la Bretagne» ( militant)

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Du syndrome de Carhaix à la réconciliation avec la CFDT pour un pacte social organisant les licenciements

Les syndicats CGT, FSU et Solidaires mais aussi CFDT, UNSA, CFTC et CGC de Bretagne appellent à 4 manifestations dans chaque préfecture le samedi 23 novembre à 15h. L’unité au sommet avec la CFDT et les organisations signataires de l’accord national interprofessionnel de janvier devenu depuis une redoutable loi contre le code du travail, se fait donc avec les dirigeants qui ont, le 2 novembre, appelé à laisser les travailleurs seuls avec la FNSEA en allant à Carhaix. Le site confédéral CGT titre : «Unité syndicale le 23 novembre pour un pacte social.» FO n’y est pas et nul doute qu’on entendra que c’est parce que FO est maquée avec «la droite», etc. La vraie raison est que l’UD-FO du Finistère – une UD opposante au sein de la confédération FO, qui cherche à être fidèle au courant anarcho-syndicaliste et n’a pas voté les rapports d’activité des deux derniers congrès confédéraux – a claqué la porte du «dialogue social» pour un «pacte d’avenir pour la Bretagne», alors que, comme l’indique déjà le titre du site de la CGT, il s’agit pour les organisateurs du 23 novembre d’en faire un véritable «pacte social».

Un pacte social avec qui, si ce n’est, outre le gouvernement et le conseil régional, le MEDEF et la FNSEA ? Voila qui apporte un certain éclairage à l’insulte adressée aux manifestants de Quimper du 2 novembre, ces « esclaves du MEDEF et de la FNSEA » … Mais on peut en juger d’après le texte même de l’appel CGT-FSU-Solidaires-CFDT-UNSA-CFTC-CGC, texte intégral sur :  http://www.solidaires.org/IMG/pdf/Declaration_intersyndicale_du_13_Nov_2013.pdf.

Le refus des licenciements ne figure à aucun endroit du texte. «Combattre les suppressions d’emplois» est une formule passe-partout qui veut d’autant moins dire s’opposer aux licenciements qu’on peut lire un peu plus loin : «Des mesures d’accompagnement dépassant le cadre administratif actuel pour les salariés touchés par les suppressions d’emploi ont été obtenues pour certaines situations. Elles doivent être améliorées et étendues à l’ensemble des salariés notamment des TPE et PME souvent oubliés, et bien au-delà de la seule filière agroalimentaire.» Toutes les suppressions d’emplois sont donc entérinés : les dirigeants des organisations signataires combattent pour l’accompagnement des licenciements passés, actuels et futurs.

Pire encore : «Les mutations industrielles, quand il est démontré qu’elles sont inévitables, doivent être anticipées pour permettre aux salariés de se réorienter et se former dans un parcours sécurisé et ainsi éviter les suppressions d’emploi. La mobilité des salariés doit être accompagnée par des droits importants et pérennes.» On sait ce que cela veut dire sous la signature de la CFDT : ces droits «importants et pérennes» sont ceux de l’accord de janvier transcrit dans la loi en avril.

Mais sous la signature de la CGT, de la FSU et de Solidaires ? Rien d’autre que l’amorce d’un ralliement à la mise en œuvre de cette loi. Et tous les signataires d’annoncer qu’ils «… s’engagent dans le dialogue social».

Et d’appeler à la répression : «Nos organisations sont pleinement solidaires des salariés actuellement victimes des licenciements et partagent leur colère, l’angoisse de leur famille et de leur entourage.Pour autant, face aux manœuvres de récupération de cette détresse, nos organisations dénoncent les discours et postures réactionnaires et affirment leur refus de la violence et du vandalisme, de la destruction de biens publics à ce jour impunie.»

Terrible leçon de choses, qui montre que le débat Carhaix-Quimper ne fut pas un épisode, mais un tournant. Ceux qui ont mimé le «classe contre classe» en dénonçant les ouvriers et ont appelé à la désertion de Carhaix se retrouvent maintenant avec le MEDEF et la FNSEA pour négocier le «pacte d’avenir pour la Bretagne» et en faire un «pacte social» et appellent d’ores et déjà à une répression policière qui se retournera inévitablement contre la classe ouvrière, si elle ne la vise déjà.

Dans toute la France, les militants CGT, FSU et Solidaires doivent maintenant s’inquiéter de la situation : au nom d’on ne sait quel «antifascisme» d’union sacrée avec les écotaxes gouvernementales, leurs organisations, ou plus exactement les structures régionales de celles-ci parlant en leur nom, sont en train d’amorcer la réconciliation avec les partisans de l’ANI et de sa mise en œuvre, cela précisément au moment où le parlement risque maintenant de voter la loi anti-retraites.

http://www.le-militant.org/Militant/Actualite/Entrees/2013/11/16_Du_syndrome_de_Carhaix_a_la_reconciliation_avec_la_CFDT_pour_un_pacte_social_organisant_les_licenciements.html

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01 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

Rajouter un «volet social» au «Pacte pour l’avenir pour la Bretagne», c’est ça la perspective ? (ccr)

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Samedi 23 novembre quatre manifestations simultanées organisées par l’intersyndicale CGT, CFDT, CFTC, CFE-CGC, UNSA, SUD, FSU ont rassemblé environ 8000 personnes avec un peu moins d’un millier de personnes à St-Brieuc, 1500 à Lorient, 2500 à Rennes et surtout 3000 à Morlaix, sous-préfecture du Finistère, le département le plus saigné par la vague de licenciements et de fermetures de ces derniers mois. Il y a trois semaines, la manifestation des Bonnets Rouges (et pas seulement) à Quimper posait la question de l’écotaxe qui était venue se surajouter à celle des licenciements. Une partie des directions syndicales, dont la CGT, la FSU et Sud, ainsi que le Front de Gauche avaient déserté et appelé le même jour à une manifestation à Carhaix, une mobilisation qui dans le meilleur des cas pouvait être considérée « comme une manif bis, ou alors, dans le pire des scénarios, comme une manif de quasi soutien au gouvernement » [1]. La date du 23 aurait pu être l’occasion, en tout cas, de battre le fer tant qu’il est chaud, et de donner une suite aux mobilisations du 2 novembre, notamment celle de Quimper. Las.

Quatre manifestations atomisées… La manifestation devait être au départ régionale et concentrée sur Rennes. Elle a été par la suite segmentée en quatre mobilisations, sur quatre villes différentes, pour soi-disant permettre au maximum de personnes d’y participer. Ce que visaient les directions syndicales, au vu du caractère explosif de la situation bretonne, c’était surtout d’éviter tout « débordement » dont elles n’auraient pas la maitrise, comme lors de la grève des marins-pêcheurs en 1994 et leur passage à Rennes. Un scenario susceptible de se répéter dans le contexte actuel breton si l’on a en tête les affrontements de Pont-de-Buis du 26 octobre, le ras-le-bol exprimé largement à Quimper la semaine suivante ou le fait que les portiques écotaxes encore debout dans la région sont passés de 15… à 9. Tout cela avait de quoi inquiéter les majorités PS et leurs alliés du Conseil régional, des Conseils généraux et de la mairie de Rennes. On comprend que les centrales syndicales aient fait un geste.

Qui évitaient soigneusement de poser la question de l’interdiction des licenciements… Le gouvernement s’était empressé, après le 2 novembre, de rameuter les « partenaires sociaux » à Rennes pour discuter du lancement de son « Plan d’avenir pour la Bretagne ». Les directions syndicales, qui sont accourues, se sont contentées de demander l’ajout d’un « volet social » à ce plan d’aide au patronat. Elles ont donc également utilisé la manifestation du 23 pour relayer leur stratégie de « dialogue ». Alors que les plans sociaux sont encore sur la table, l’Intersyndicale exigeait seulement une rallonge de 15 millions au « Pacte d’avenir », le fameux « volet social », ne disant rien sur le contrôle de ces fonds qui, s’ils sont débloqués, iront directement dans les poches du patronat.Rien non plus sur l’interdiction des licenciements, que l’appel de l’Intersyndicale décrit comme « inévitables », alors que c’était précisément ce qui est ressorti des prises de position les plus radicalisés des ouvriers en lutte du secteur agroalimentaire ces dernières semaines.

De son côté, FO, dont l’appareil est fortement influencé par le POI dans plusieurs départements bretons et qui ne réclamait jusqu’à présent qu’une suspension des licenciements jusqu’en janvier, faisait partie de l’Intersyndicale dans un premier temps. Elle s’en est par la suite retirée, face à la faiblesse de l’appel. Au niveau départemental à Rennes, FO était tout de même présente, ayant déclaré manifester non pas en soutien au gouvernement à travers le Pacte d’Avenir (sous-entendu comme l’Intersyndicale) mais « uniquement contre les licenciements ».

Ce qui explique les raisons d’une mobilisation qui aurait pu être bien supérieure Autant dire qu’une telle atomisation, à la fois géographique et des organisations de salariés, était donc loin de motiver quiconque. Ce que l’on a pu observer dans les manifs du 23, du coup, c’était plutôt la tactique du « un militant, un drapeau »… ce qui donne une mobilisation très colorée mais n’empêche pas les chômeurs et futurs chômeurs de broyer du noir.

Pas étonnant à ce niveau que l’on ait pu compter sur les doigts d’une main les cortèges des ouvriers en lutte ou qui ont été en lutte ces dernières semaines. Aucun de chez Tilly-Sabco, Gad ou Marine Harvest. A Rennes seuls des ouvriers de Zeiss, Parker et PSA étaient présents. A Morlaix, un salarié de Tilly-Sabco déguisé en poulet était l’unique représentant des boites mobilisées.

L’objectif, pour les directions syndicales, était précisément de reprendre la main par rapport à la colère ouvrière et populaire et canaliser le tout vers une logique de « dialogue » qui a eu les conséquences catastrophiques que l’on sait avec l’Accord National Interprofessionnel au printemps et la réforme des retraites de cet automne. C’est cette logique qui a joué à plein, et non celle de donner des perspectives de mobilisation pour répondre, du point de vue des salariés, des classes populaires et de la jeunesse, à la situation que vit la région.

Et les « Bonnets rouges » dans tout ça ? L’accord de Troadec dans le dos des travailleurs Nous sommes déjà revenus, dans l’article tirant un premier bilan des affrontements et des mobilisations de Pont-de-Buis et Quimper [2], sur le Comité pour la défense de l’emploi en Bretagne mis sur pied à Carhaix qui a notamment soutenu les salariés de Marine Harvest lors de leur grève. Christian Troadec, maire de gauche de Carhaix, avait alors passé un accord sur un coin de table avec Thierry Merret, président de la branche finistérienne de la FNSEA, le syndicat patronal des exploitants agricoles pour créer le collectif « Vivre, décider et travailler en Bretagne » a pris corps.

Prenant de court le comité déjà actif sur la question de l’emploi, l’accord Troadec-Merret a permis de faire passer en première ligne de la manifestation du 2 novembre à Quimper la question de l’écotaxe au détriment de celle des licenciements. Les « bonnets rouges », « généreusement » distribués par le patron d’Armor Lux à Pont-de-Buis, permettaient de donner une unité à ce collectif interclassiste et aux objectifs politiques flous même si ce sont surtout les secteurs ouvriers, populaires et de la jenesse qui ont utilisé le symbole dans le Finistère pour dire leur colère sociale et politique.

C’est donc dans le dos des travailleurs et pour ses intérêts de boutique que Troadec, figure de proue du courant réformiste régionaliste Mouvement Bretagne et Progrès, maire de Carhaix et seul conseiller général de gauche à se situer en dehors de la majorité PS-Verts-UdB qui siège à Quimper, a donc conclu cet accord avec Merret . Il a aussi pu constater comment une telle orientation permettait à la droite bretonne de faire ses choux gras du mouvement et à certains secteurs patronaux d’en tirer profit pour faire oublier leur responsabilité directe dans la vague de licenciements. Aujourd’hui, l’application de l’écotaxe ayant été suspendue, Troadec assure à la radio que c’est à nouveau le thème du maintien de l’emploi qui sera au cœur de la mobilisation appelée à Carhaix le 30 novembre. Enième volte-face du personnage.

La Bretagne, c’est l’Hexagone… Imposer, contre le dialogue social avec le gouvernement, un mouvement d’ensemble ! La situation dans l’Ouest de la France et particulièrement dans le Finistère est assez symptomatique de l’explosivité de la situation sociale hexagonale mais aussi des premières difficultés des directions syndicales à canaliser la colère comme elles l’ont fait au cours des luttes les plus importantes des deux dernières décennies. Ayant perdu la main pendant quelques semaines, elles essayent aujourd’hui de la récupérer en rejouant le jeu de la concertation que le gouvernement met en œuvre depuis son élection et qui mène les salariés dans l’impasse.

De plus, Hollande et Ayrault ont besoin de relancer le dialogue avec les syndicats pour épauler leur nouveau « grand chantier fiscal », destiné à faire oublier tous les mauvais coups qui ont été distribués jusqu’à présent en essayant de mettre en place une concertation qui a au moins le grand mérite, à leurs yeux, de faire gagner du temps.

Il existe, en Bretagne, un écueil dédoublé par rapport à ce qui se joue au niveau national. Plus spécifiquement, si nous voulons avancer contre le rouleau-compresseur des licenciements et de l’austérité, il faut que le mouvement ouvrier soit en capacité de s’imposer comme la force motrice des mobilisations, en parfaite indépendance des syndicats patronaux locaux, qu’il s’agisse de la FNSEA, du Medef et de la CGPME. C’est la condition pour proposer des perspectives pour l’ensemble de la population laborieuse, que les coups assénés par le gouvernement et la crise prennent à la gorge, que ce soit du côté des petits artisans, des patrons-pêcheurs, des petits commerçants et des paysans.

Plus généralement, en Bretagne comme ailleurs, il faut que les secteurs en lutte et ceux qui les appuient soient en mesure d’imposer dans les mobilisations un agenda radicalement alternatif à celui de la concertation et du dialogue que prônent les directions syndicales et qui ne visent qu’à négocier les conditions dans lesquelles le Medef et le gouvernement veulent nous faire payer la crise.

Le patronat continue à faire tomber ses plans sociaux et la situation de l’emploi est de plus en plus dure. Il suffit de songer la situation que vivent les salariés deFagorbrandt, La Redoute, Goodyear, Kem One, TNT Express, PSA, EADS, Michelin ou encore de Mory-Ducros, la plus grosse faillite depuis douze ans.Mais du côté des salariés, le ras-le-bol et la colère sont aussi là. Si l’on ne veut pas que cette situation fasse le lit du repli et de la résignation pour le monde du travail, voire pire, que les classes populaires et la jeunesse soit instrumentalisée par l’extrême-droite, alors il faut que l’extrême-gauche prenne se responsabilités et soit en capacité de proposer et de construire une politique de coordination des luttes, pour l’interdiction des licenciements, pour le partage du travail entre tous et la nationalisation sous contrôle des travailleurs des entreprises qui licencient, un programme que ni « la gauche de la gauche » et encore moins les directions syndicales ne veulent défendre. Eliane Le Floch et Jean-Patrick Clech

25/11/13.

[1] Voir « Résolument du côté des travailleur-euse-s en lutte, pour un programme d’urgence, ouvrier et populaire pour la Bretagne ! », 09/11/13, http://www.ccr4.org/Resolument-du-cote-des-travailleur-euse-s-en-lutte-pour-un-programme-d-urgence-ouvrier-et-populaire-pour-la-Bretagne

[2] Idem, voir note 1.

http://www.ccr4.org/Rajouter-un-volet-social-au-Pacte-pour-l-avenir-pour-la-Bretagne-c-est-ca-la-perspective

Note: Ceci est un éclairage, pas une position officielle du NPA

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29 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Romain Pasquier, « Il manque une colonne vertébrale » (lt)

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Politologue et enseignant à Sciences-Po Rennes, Romain Pasquier observe de près le mouvement des bonnets rouges.

Romain Pasquier,

Comment caractériser ce mouvement ?
Ce qui m’avait frappé à Quimper, c’est le caractère populaire de la manifestation. Il y avait des gens d’origines différentes mais cela ne correspondait pas à la mythologie parisienne, qui commençait à se répandre, de grands patrons qui faisaient défiler leurs salariés.

Vous voulez dire que l’on a caricaturé ce mouvement ?
Oui. C’était beaucoup plus pluriel que ça. Il y avait beaucoup de petits patrons mais beaucoup de ces petits patrons n’ont pas des conditions tellement différentes de celles de leurs salariés. Il y avait aussi, bien au-delà de l’écotaxe, des militants associatifs et culturels qui étaient là pour témoigner du décrochage du Centre-Bretagne. Ce n’était pas l’expression d’une région en déclin mais d’une région inquiète sur ses piliers de développement qui ne sont pas qu’économiques mais aussi culturels.

Est-ce que l’on peut parler d’un mouvement régionaliste ?
Évidemment, il y a un caractère hétéroclite dans ce mouvement, mais en même temps, ça continue à tenir, en tout cas jusqu’à demain. Qu’est-ce qui fait que des salariés et des patrons, des gens de droite et de gauche défilent ensemble et que ça a tenu ? La seule explication, à mon avis, c’est le souci de l’avenir d’une région, le sentiment d’appartenance à celle-ci. On peut donc parler d’une expression régionaliste.

Sur quoi peut déboucher selon vous ce mouvement ?
Il manque quand même une colonne vertébrale intellectuelle à ce mouvement. Il n’y a pas un projet de développement alternatif qui émerge. Ça reste un peu court. C’est, par ailleurs, un mouvement essentiellement cantonné en Basse-Bretagne. Son échec pour le moment, c’est de ne pas avoir essaimé en Haute-Bretagne. Cela peut d’ailleurs alimenter des tensions entre Bretons. On a vu, par exemple, des déclarations pas très sympathiques d’élus rennais.

Sur quoi pourrait déboucher le rassemblement de demain ?
Je pense que ça va permettre de flatter une forme de régionalisme ordinaire qui est très fort en Bretagne. Mais après qu’est-ce que l’on fait de cela ? Je ne crois pas que Kérampuil nous donnera beaucoup de réponses. Ça risque un peu de rester en l’état sans que l’on voie de sortie, que ce soit dans la négociation avec l’État ou alors dans une structuration de ce mouvement.

La participation à ce rassemblement aura quand même une grande importance ?
Oui. La première étape serait au moins de regrouper autant de monde qu’à Quimper en confirmant que ce sont eux qui ont le soutien populaire en Basse-Bretagne et pas ceux qui négocient le Pacte d’avenir. Ça pourrait leur permettre d’enclencher une nouvelle séquence de négociations ou, en tout cas, de faire pression sur l’État pour qu’il engage un volet plus politique dans la négociation sur le futur modèle breton. 29 novembre 2013 à 07h14 Propos recueillis par Yvon Corre

http://www.letelegramme.fr/ig/generales/france-monde/france/romain-pasquier-il-manque-une-colonne-vertebrale-29-11-2013-2319556.php

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29 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Carhaix s’attend à une marée rouge (20mn)

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Mobilisation Le mouvement des « bonnets rouges » appelle à un grand rassemblement samedi

Habituée à accueillir des foules de festivaliers chaque été lors du festival des Vieilles Charrues, la commune de Carhaix s’apprête à voir déferler des milliers de « bonnets rouges » samedi dans ses rues.

Après Quimper le 2 novembre, c’est donc en plein cœur du Kreizh Breizh que s’exprimera la révolte bretonne pour un rassemblement « grave mais festif », selon les organisateurs. Dans le bourg de cette commune de 7 700 âmes, nombreux sont les commerçants qui ont placardé sur leur vitrine une affiche « Oui à l’emploi, non aux taxes ». Samedi, ils resteront ouverts toute la journée en signe de solidarité. « Bien sûr que j’enfilerai le bonnet rouge. La pression fiscale est telle que les petits commerçants et artisans n’arrivent plus à payer leurs charges », témoigne James, qui gère la bras- serie sur la place de la mairie. Un café où l’on croise, ce jeudi matin, Christian Troadec, maire de la commune et leader de la grogne. « On va montrer samedi au gouvernement que nous ne sommes pas résignés. On attend toujours des réponses urgentes et fermes pour sauver l’emploi dans la région et pas des mesurettes comme leur pacte d’avenir », clame Christian Troadec.

Un maire qui agace « C’est juste le début d’un soulèvement populaire, on ne lâchera rien face à ce pouvoir qui ne tient pas ses engagements», indique Mathieu, à la tête du restaurant les Bonnets Rouges. Opposant politique à Christian Troadec, ce membre actif du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) réfute toute étiquette politique au mouvement. « Le temps d’une lutte, nous pouvons tous nous associer comme nous l’avons déjà fait par le passé pour s’opposer à la fermeture de l’hôpital », assure le jeune homme.

Si la majorité des Carhaisiens soutient la fronde des « bonnets rouges », quelques voix discordantes se font toutefois entendre dans le bourg. « Je trouve que le mouvement se disperse un peu, on n’arrive plus trop bien à cerner leurs revendications », explique Huguette. Stéphanie, qui vit de petits boulots depuis plusieurs années, prend quant à elle pour cible Christian Troadec. « Je trouve qu’il en fait trop. C’est bien qu’il se mobilise mais on a l’impression qu’il pense surtout à sa réélection l’an prochain », souligne la jeune femme qui ne sera pas du rassemblement. « Je vais faire mes valises pour le week-end et je reviendrai dimanche soir quand tout sera fini », sourit-elle.

Jérôme Gicquel Créé le 29/11/2013 à 07h08 — Mis à jour le 29/11/2013 à 07h08

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29 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Gilles Servat, le « porte-parole de personne » (lt)

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À Quimper, le 2 novembre dernier, une partie de la foule avait repris spontanément en choeur « La Blanche Hermine ».

Il était donc assez logique que Gilles Servat soit l’une des têtes d’affiche du rassemblement des bonnets rouges sur la pelouse de Kérampuil demain. « J’y vais volontiers, même si c’est un peu par hasard », dit-il.

« On vit dans un pays trop centralisé »  Le chanteur avoue de la sympathie pour le mouvement mais refuse, dans le même temps, toute forme de récupération. « Il va dans le sens de ce que je pense depuis longtemps : que l’on vit dans un pays trop centralisé, que la Bretagne a besoin de plus d’au- tonomie en matière économique et linguistique. Mais je ne suis pas, insiste-t-il, le porte-parole du mouvement ni de quiconque ». Voilà qui est dit.

L’artiste tient à garder sa liberté et souligne qu’il y a des choses avec lesquelles il est d’accord et d’autres pas. « Il y a des gens de la FDSEA qui sont avec les bonnets rouges. Mais moi, je pense qu’il faut changer le système agricole ». Le chanteur dit, surtout, être « extrêmement sen- sible à ce que des gens soient mis au chômage.

Je vais chanter des chansons comme « Les Prolétaires » qui ne plairont pas forcément à tous ceux qui seront présents ». Christian Troadec l’a d’ailleurs appelé pour lui demander de la chanter. Gilles Servat a également prévu d’entonner « Sans demander la permission », l’une des chansons de son dernier album. « Ça va dans le sens de ce que je pense : faisons les choses nous-mêmes. Si on nous laisse faire, ça peut être mieux ». Et, bien sûr, « La Blanche Hermine », l’incontournable. Aucune raison de ne pas la chanter, malgré les interprétations douteuses et tentatives de récupération qui en ont été faites. « À Quimper, il y en a qui ont enfin compris le sens de la chanson. Parce qu’ils étaient mêlés à des marins, des ouvriers et des paysans. »

http://www.letelegramme.fr/ig/generales/regions/bretagne/bonnets-rouges-le-grand-debat-29-11-2013-2320528.php

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