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01 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

«Pacte d’avenir pour la Bretagne» ( militant)

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Du syndrome de Carhaix à la réconciliation avec la CFDT pour un pacte social organisant les licenciements

Les syndicats CGT, FSU et Solidaires mais aussi CFDT, UNSA, CFTC et CGC de Bretagne appellent à 4 manifestations dans chaque préfecture le samedi 23 novembre à 15h. L’unité au sommet avec la CFDT et les organisations signataires de l’accord national interprofessionnel de janvier devenu depuis une redoutable loi contre le code du travail, se fait donc avec les dirigeants qui ont, le 2 novembre, appelé à laisser les travailleurs seuls avec la FNSEA en allant à Carhaix. Le site confédéral CGT titre : «Unité syndicale le 23 novembre pour un pacte social.» FO n’y est pas et nul doute qu’on entendra que c’est parce que FO est maquée avec «la droite», etc. La vraie raison est que l’UD-FO du Finistère – une UD opposante au sein de la confédération FO, qui cherche à être fidèle au courant anarcho-syndicaliste et n’a pas voté les rapports d’activité des deux derniers congrès confédéraux – a claqué la porte du «dialogue social» pour un «pacte d’avenir pour la Bretagne», alors que, comme l’indique déjà le titre du site de la CGT, il s’agit pour les organisateurs du 23 novembre d’en faire un véritable «pacte social».

Un pacte social avec qui, si ce n’est, outre le gouvernement et le conseil régional, le MEDEF et la FNSEA ? Voila qui apporte un certain éclairage à l’insulte adressée aux manifestants de Quimper du 2 novembre, ces « esclaves du MEDEF et de la FNSEA » … Mais on peut en juger d’après le texte même de l’appel CGT-FSU-Solidaires-CFDT-UNSA-CFTC-CGC, texte intégral sur :  http://www.solidaires.org/IMG/pdf/Declaration_intersyndicale_du_13_Nov_2013.pdf.

Le refus des licenciements ne figure à aucun endroit du texte. «Combattre les suppressions d’emplois» est une formule passe-partout qui veut d’autant moins dire s’opposer aux licenciements qu’on peut lire un peu plus loin : «Des mesures d’accompagnement dépassant le cadre administratif actuel pour les salariés touchés par les suppressions d’emploi ont été obtenues pour certaines situations. Elles doivent être améliorées et étendues à l’ensemble des salariés notamment des TPE et PME souvent oubliés, et bien au-delà de la seule filière agroalimentaire.» Toutes les suppressions d’emplois sont donc entérinés : les dirigeants des organisations signataires combattent pour l’accompagnement des licenciements passés, actuels et futurs.

Pire encore : «Les mutations industrielles, quand il est démontré qu’elles sont inévitables, doivent être anticipées pour permettre aux salariés de se réorienter et se former dans un parcours sécurisé et ainsi éviter les suppressions d’emploi. La mobilité des salariés doit être accompagnée par des droits importants et pérennes.» On sait ce que cela veut dire sous la signature de la CFDT : ces droits «importants et pérennes» sont ceux de l’accord de janvier transcrit dans la loi en avril.

Mais sous la signature de la CGT, de la FSU et de Solidaires ? Rien d’autre que l’amorce d’un ralliement à la mise en œuvre de cette loi. Et tous les signataires d’annoncer qu’ils «… s’engagent dans le dialogue social».

Et d’appeler à la répression : «Nos organisations sont pleinement solidaires des salariés actuellement victimes des licenciements et partagent leur colère, l’angoisse de leur famille et de leur entourage.Pour autant, face aux manœuvres de récupération de cette détresse, nos organisations dénoncent les discours et postures réactionnaires et affirment leur refus de la violence et du vandalisme, de la destruction de biens publics à ce jour impunie.»

Terrible leçon de choses, qui montre que le débat Carhaix-Quimper ne fut pas un épisode, mais un tournant. Ceux qui ont mimé le «classe contre classe» en dénonçant les ouvriers et ont appelé à la désertion de Carhaix se retrouvent maintenant avec le MEDEF et la FNSEA pour négocier le «pacte d’avenir pour la Bretagne» et en faire un «pacte social» et appellent d’ores et déjà à une répression policière qui se retournera inévitablement contre la classe ouvrière, si elle ne la vise déjà.

Dans toute la France, les militants CGT, FSU et Solidaires doivent maintenant s’inquiéter de la situation : au nom d’on ne sait quel «antifascisme» d’union sacrée avec les écotaxes gouvernementales, leurs organisations, ou plus exactement les structures régionales de celles-ci parlant en leur nom, sont en train d’amorcer la réconciliation avec les partisans de l’ANI et de sa mise en œuvre, cela précisément au moment où le parlement risque maintenant de voter la loi anti-retraites.

http://www.le-militant.org/Militant/Actualite/Entrees/2013/11/16_Du_syndrome_de_Carhaix_a_la_reconciliation_avec_la_CFDT_pour_un_pacte_social_organisant_les_licenciements.html

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01 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

Rajouter un «volet social» au «Pacte pour l’avenir pour la Bretagne», c’est ça la perspective ? (ccr)

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Samedi 23 novembre quatre manifestations simultanées organisées par l’intersyndicale CGT, CFDT, CFTC, CFE-CGC, UNSA, SUD, FSU ont rassemblé environ 8000 personnes avec un peu moins d’un millier de personnes à St-Brieuc, 1500 à Lorient, 2500 à Rennes et surtout 3000 à Morlaix, sous-préfecture du Finistère, le département le plus saigné par la vague de licenciements et de fermetures de ces derniers mois. Il y a trois semaines, la manifestation des Bonnets Rouges (et pas seulement) à Quimper posait la question de l’écotaxe qui était venue se surajouter à celle des licenciements. Une partie des directions syndicales, dont la CGT, la FSU et Sud, ainsi que le Front de Gauche avaient déserté et appelé le même jour à une manifestation à Carhaix, une mobilisation qui dans le meilleur des cas pouvait être considérée « comme une manif bis, ou alors, dans le pire des scénarios, comme une manif de quasi soutien au gouvernement » [1]. La date du 23 aurait pu être l’occasion, en tout cas, de battre le fer tant qu’il est chaud, et de donner une suite aux mobilisations du 2 novembre, notamment celle de Quimper. Las.

Quatre manifestations atomisées… La manifestation devait être au départ régionale et concentrée sur Rennes. Elle a été par la suite segmentée en quatre mobilisations, sur quatre villes différentes, pour soi-disant permettre au maximum de personnes d’y participer. Ce que visaient les directions syndicales, au vu du caractère explosif de la situation bretonne, c’était surtout d’éviter tout « débordement » dont elles n’auraient pas la maitrise, comme lors de la grève des marins-pêcheurs en 1994 et leur passage à Rennes. Un scenario susceptible de se répéter dans le contexte actuel breton si l’on a en tête les affrontements de Pont-de-Buis du 26 octobre, le ras-le-bol exprimé largement à Quimper la semaine suivante ou le fait que les portiques écotaxes encore debout dans la région sont passés de 15… à 9. Tout cela avait de quoi inquiéter les majorités PS et leurs alliés du Conseil régional, des Conseils généraux et de la mairie de Rennes. On comprend que les centrales syndicales aient fait un geste.

Qui évitaient soigneusement de poser la question de l’interdiction des licenciements… Le gouvernement s’était empressé, après le 2 novembre, de rameuter les « partenaires sociaux » à Rennes pour discuter du lancement de son « Plan d’avenir pour la Bretagne ». Les directions syndicales, qui sont accourues, se sont contentées de demander l’ajout d’un « volet social » à ce plan d’aide au patronat. Elles ont donc également utilisé la manifestation du 23 pour relayer leur stratégie de « dialogue ». Alors que les plans sociaux sont encore sur la table, l’Intersyndicale exigeait seulement une rallonge de 15 millions au « Pacte d’avenir », le fameux « volet social », ne disant rien sur le contrôle de ces fonds qui, s’ils sont débloqués, iront directement dans les poches du patronat.Rien non plus sur l’interdiction des licenciements, que l’appel de l’Intersyndicale décrit comme « inévitables », alors que c’était précisément ce qui est ressorti des prises de position les plus radicalisés des ouvriers en lutte du secteur agroalimentaire ces dernières semaines.

De son côté, FO, dont l’appareil est fortement influencé par le POI dans plusieurs départements bretons et qui ne réclamait jusqu’à présent qu’une suspension des licenciements jusqu’en janvier, faisait partie de l’Intersyndicale dans un premier temps. Elle s’en est par la suite retirée, face à la faiblesse de l’appel. Au niveau départemental à Rennes, FO était tout de même présente, ayant déclaré manifester non pas en soutien au gouvernement à travers le Pacte d’Avenir (sous-entendu comme l’Intersyndicale) mais « uniquement contre les licenciements ».

Ce qui explique les raisons d’une mobilisation qui aurait pu être bien supérieure Autant dire qu’une telle atomisation, à la fois géographique et des organisations de salariés, était donc loin de motiver quiconque. Ce que l’on a pu observer dans les manifs du 23, du coup, c’était plutôt la tactique du « un militant, un drapeau »… ce qui donne une mobilisation très colorée mais n’empêche pas les chômeurs et futurs chômeurs de broyer du noir.

Pas étonnant à ce niveau que l’on ait pu compter sur les doigts d’une main les cortèges des ouvriers en lutte ou qui ont été en lutte ces dernières semaines. Aucun de chez Tilly-Sabco, Gad ou Marine Harvest. A Rennes seuls des ouvriers de Zeiss, Parker et PSA étaient présents. A Morlaix, un salarié de Tilly-Sabco déguisé en poulet était l’unique représentant des boites mobilisées.

L’objectif, pour les directions syndicales, était précisément de reprendre la main par rapport à la colère ouvrière et populaire et canaliser le tout vers une logique de « dialogue » qui a eu les conséquences catastrophiques que l’on sait avec l’Accord National Interprofessionnel au printemps et la réforme des retraites de cet automne. C’est cette logique qui a joué à plein, et non celle de donner des perspectives de mobilisation pour répondre, du point de vue des salariés, des classes populaires et de la jeunesse, à la situation que vit la région.

Et les « Bonnets rouges » dans tout ça ? L’accord de Troadec dans le dos des travailleurs Nous sommes déjà revenus, dans l’article tirant un premier bilan des affrontements et des mobilisations de Pont-de-Buis et Quimper [2], sur le Comité pour la défense de l’emploi en Bretagne mis sur pied à Carhaix qui a notamment soutenu les salariés de Marine Harvest lors de leur grève. Christian Troadec, maire de gauche de Carhaix, avait alors passé un accord sur un coin de table avec Thierry Merret, président de la branche finistérienne de la FNSEA, le syndicat patronal des exploitants agricoles pour créer le collectif « Vivre, décider et travailler en Bretagne » a pris corps.

Prenant de court le comité déjà actif sur la question de l’emploi, l’accord Troadec-Merret a permis de faire passer en première ligne de la manifestation du 2 novembre à Quimper la question de l’écotaxe au détriment de celle des licenciements. Les « bonnets rouges », « généreusement » distribués par le patron d’Armor Lux à Pont-de-Buis, permettaient de donner une unité à ce collectif interclassiste et aux objectifs politiques flous même si ce sont surtout les secteurs ouvriers, populaires et de la jenesse qui ont utilisé le symbole dans le Finistère pour dire leur colère sociale et politique.

C’est donc dans le dos des travailleurs et pour ses intérêts de boutique que Troadec, figure de proue du courant réformiste régionaliste Mouvement Bretagne et Progrès, maire de Carhaix et seul conseiller général de gauche à se situer en dehors de la majorité PS-Verts-UdB qui siège à Quimper, a donc conclu cet accord avec Merret . Il a aussi pu constater comment une telle orientation permettait à la droite bretonne de faire ses choux gras du mouvement et à certains secteurs patronaux d’en tirer profit pour faire oublier leur responsabilité directe dans la vague de licenciements. Aujourd’hui, l’application de l’écotaxe ayant été suspendue, Troadec assure à la radio que c’est à nouveau le thème du maintien de l’emploi qui sera au cœur de la mobilisation appelée à Carhaix le 30 novembre. Enième volte-face du personnage.

La Bretagne, c’est l’Hexagone… Imposer, contre le dialogue social avec le gouvernement, un mouvement d’ensemble ! La situation dans l’Ouest de la France et particulièrement dans le Finistère est assez symptomatique de l’explosivité de la situation sociale hexagonale mais aussi des premières difficultés des directions syndicales à canaliser la colère comme elles l’ont fait au cours des luttes les plus importantes des deux dernières décennies. Ayant perdu la main pendant quelques semaines, elles essayent aujourd’hui de la récupérer en rejouant le jeu de la concertation que le gouvernement met en œuvre depuis son élection et qui mène les salariés dans l’impasse.

De plus, Hollande et Ayrault ont besoin de relancer le dialogue avec les syndicats pour épauler leur nouveau « grand chantier fiscal », destiné à faire oublier tous les mauvais coups qui ont été distribués jusqu’à présent en essayant de mettre en place une concertation qui a au moins le grand mérite, à leurs yeux, de faire gagner du temps.

Il existe, en Bretagne, un écueil dédoublé par rapport à ce qui se joue au niveau national. Plus spécifiquement, si nous voulons avancer contre le rouleau-compresseur des licenciements et de l’austérité, il faut que le mouvement ouvrier soit en capacité de s’imposer comme la force motrice des mobilisations, en parfaite indépendance des syndicats patronaux locaux, qu’il s’agisse de la FNSEA, du Medef et de la CGPME. C’est la condition pour proposer des perspectives pour l’ensemble de la population laborieuse, que les coups assénés par le gouvernement et la crise prennent à la gorge, que ce soit du côté des petits artisans, des patrons-pêcheurs, des petits commerçants et des paysans.

Plus généralement, en Bretagne comme ailleurs, il faut que les secteurs en lutte et ceux qui les appuient soient en mesure d’imposer dans les mobilisations un agenda radicalement alternatif à celui de la concertation et du dialogue que prônent les directions syndicales et qui ne visent qu’à négocier les conditions dans lesquelles le Medef et le gouvernement veulent nous faire payer la crise.

Le patronat continue à faire tomber ses plans sociaux et la situation de l’emploi est de plus en plus dure. Il suffit de songer la situation que vivent les salariés deFagorbrandt, La Redoute, Goodyear, Kem One, TNT Express, PSA, EADS, Michelin ou encore de Mory-Ducros, la plus grosse faillite depuis douze ans.Mais du côté des salariés, le ras-le-bol et la colère sont aussi là. Si l’on ne veut pas que cette situation fasse le lit du repli et de la résignation pour le monde du travail, voire pire, que les classes populaires et la jeunesse soit instrumentalisée par l’extrême-droite, alors il faut que l’extrême-gauche prenne se responsabilités et soit en capacité de proposer et de construire une politique de coordination des luttes, pour l’interdiction des licenciements, pour le partage du travail entre tous et la nationalisation sous contrôle des travailleurs des entreprises qui licencient, un programme que ni « la gauche de la gauche » et encore moins les directions syndicales ne veulent défendre. Eliane Le Floch et Jean-Patrick Clech

25/11/13.

[1] Voir « Résolument du côté des travailleur-euse-s en lutte, pour un programme d’urgence, ouvrier et populaire pour la Bretagne ! », 09/11/13, http://www.ccr4.org/Resolument-du-cote-des-travailleur-euse-s-en-lutte-pour-un-programme-d-urgence-ouvrier-et-populaire-pour-la-Bretagne

[2] Idem, voir note 1.

http://www.ccr4.org/Rajouter-un-volet-social-au-Pacte-pour-l-avenir-pour-la-Bretagne-c-est-ca-la-perspective

Note: Ceci est un éclairage, pas une position officielle du NPA

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29 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Romain Pasquier, « Il manque une colonne vertébrale » (lt)

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Politologue et enseignant à Sciences-Po Rennes, Romain Pasquier observe de près le mouvement des bonnets rouges.

Romain Pasquier,

Comment caractériser ce mouvement ?
Ce qui m’avait frappé à Quimper, c’est le caractère populaire de la manifestation. Il y avait des gens d’origines différentes mais cela ne correspondait pas à la mythologie parisienne, qui commençait à se répandre, de grands patrons qui faisaient défiler leurs salariés.

Vous voulez dire que l’on a caricaturé ce mouvement ?
Oui. C’était beaucoup plus pluriel que ça. Il y avait beaucoup de petits patrons mais beaucoup de ces petits patrons n’ont pas des conditions tellement différentes de celles de leurs salariés. Il y avait aussi, bien au-delà de l’écotaxe, des militants associatifs et culturels qui étaient là pour témoigner du décrochage du Centre-Bretagne. Ce n’était pas l’expression d’une région en déclin mais d’une région inquiète sur ses piliers de développement qui ne sont pas qu’économiques mais aussi culturels.

Est-ce que l’on peut parler d’un mouvement régionaliste ?
Évidemment, il y a un caractère hétéroclite dans ce mouvement, mais en même temps, ça continue à tenir, en tout cas jusqu’à demain. Qu’est-ce qui fait que des salariés et des patrons, des gens de droite et de gauche défilent ensemble et que ça a tenu ? La seule explication, à mon avis, c’est le souci de l’avenir d’une région, le sentiment d’appartenance à celle-ci. On peut donc parler d’une expression régionaliste.

Sur quoi peut déboucher selon vous ce mouvement ?
Il manque quand même une colonne vertébrale intellectuelle à ce mouvement. Il n’y a pas un projet de développement alternatif qui émerge. Ça reste un peu court. C’est, par ailleurs, un mouvement essentiellement cantonné en Basse-Bretagne. Son échec pour le moment, c’est de ne pas avoir essaimé en Haute-Bretagne. Cela peut d’ailleurs alimenter des tensions entre Bretons. On a vu, par exemple, des déclarations pas très sympathiques d’élus rennais.

Sur quoi pourrait déboucher le rassemblement de demain ?
Je pense que ça va permettre de flatter une forme de régionalisme ordinaire qui est très fort en Bretagne. Mais après qu’est-ce que l’on fait de cela ? Je ne crois pas que Kérampuil nous donnera beaucoup de réponses. Ça risque un peu de rester en l’état sans que l’on voie de sortie, que ce soit dans la négociation avec l’État ou alors dans une structuration de ce mouvement.

La participation à ce rassemblement aura quand même une grande importance ?
Oui. La première étape serait au moins de regrouper autant de monde qu’à Quimper en confirmant que ce sont eux qui ont le soutien populaire en Basse-Bretagne et pas ceux qui négocient le Pacte d’avenir. Ça pourrait leur permettre d’enclencher une nouvelle séquence de négociations ou, en tout cas, de faire pression sur l’État pour qu’il engage un volet plus politique dans la négociation sur le futur modèle breton. 29 novembre 2013 à 07h14 Propos recueillis par Yvon Corre

http://www.letelegramme.fr/ig/generales/france-monde/france/romain-pasquier-il-manque-une-colonne-vertebrale-29-11-2013-2319556.php

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29 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Carhaix s’attend à une marée rouge (20mn)

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Mobilisation Le mouvement des « bonnets rouges » appelle à un grand rassemblement samedi

Habituée à accueillir des foules de festivaliers chaque été lors du festival des Vieilles Charrues, la commune de Carhaix s’apprête à voir déferler des milliers de « bonnets rouges » samedi dans ses rues.

Après Quimper le 2 novembre, c’est donc en plein cœur du Kreizh Breizh que s’exprimera la révolte bretonne pour un rassemblement « grave mais festif », selon les organisateurs. Dans le bourg de cette commune de 7 700 âmes, nombreux sont les commerçants qui ont placardé sur leur vitrine une affiche « Oui à l’emploi, non aux taxes ». Samedi, ils resteront ouverts toute la journée en signe de solidarité. « Bien sûr que j’enfilerai le bonnet rouge. La pression fiscale est telle que les petits commerçants et artisans n’arrivent plus à payer leurs charges », témoigne James, qui gère la bras- serie sur la place de la mairie. Un café où l’on croise, ce jeudi matin, Christian Troadec, maire de la commune et leader de la grogne. « On va montrer samedi au gouvernement que nous ne sommes pas résignés. On attend toujours des réponses urgentes et fermes pour sauver l’emploi dans la région et pas des mesurettes comme leur pacte d’avenir », clame Christian Troadec.

Un maire qui agace « C’est juste le début d’un soulèvement populaire, on ne lâchera rien face à ce pouvoir qui ne tient pas ses engagements», indique Mathieu, à la tête du restaurant les Bonnets Rouges. Opposant politique à Christian Troadec, ce membre actif du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) réfute toute étiquette politique au mouvement. « Le temps d’une lutte, nous pouvons tous nous associer comme nous l’avons déjà fait par le passé pour s’opposer à la fermeture de l’hôpital », assure le jeune homme.

Si la majorité des Carhaisiens soutient la fronde des « bonnets rouges », quelques voix discordantes se font toutefois entendre dans le bourg. « Je trouve que le mouvement se disperse un peu, on n’arrive plus trop bien à cerner leurs revendications », explique Huguette. Stéphanie, qui vit de petits boulots depuis plusieurs années, prend quant à elle pour cible Christian Troadec. « Je trouve qu’il en fait trop. C’est bien qu’il se mobilise mais on a l’impression qu’il pense surtout à sa réélection l’an prochain », souligne la jeune femme qui ne sera pas du rassemblement. « Je vais faire mes valises pour le week-end et je reviendrai dimanche soir quand tout sera fini », sourit-elle.

Jérôme Gicquel Créé le 29/11/2013 à 07h08 — Mis à jour le 29/11/2013 à 07h08

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29 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Gilles Servat, le « porte-parole de personne » (lt)

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À Quimper, le 2 novembre dernier, une partie de la foule avait repris spontanément en choeur « La Blanche Hermine ».

Il était donc assez logique que Gilles Servat soit l’une des têtes d’affiche du rassemblement des bonnets rouges sur la pelouse de Kérampuil demain. « J’y vais volontiers, même si c’est un peu par hasard », dit-il.

« On vit dans un pays trop centralisé »  Le chanteur avoue de la sympathie pour le mouvement mais refuse, dans le même temps, toute forme de récupération. « Il va dans le sens de ce que je pense depuis longtemps : que l’on vit dans un pays trop centralisé, que la Bretagne a besoin de plus d’au- tonomie en matière économique et linguistique. Mais je ne suis pas, insiste-t-il, le porte-parole du mouvement ni de quiconque ». Voilà qui est dit.

L’artiste tient à garder sa liberté et souligne qu’il y a des choses avec lesquelles il est d’accord et d’autres pas. « Il y a des gens de la FDSEA qui sont avec les bonnets rouges. Mais moi, je pense qu’il faut changer le système agricole ». Le chanteur dit, surtout, être « extrêmement sen- sible à ce que des gens soient mis au chômage.

Je vais chanter des chansons comme « Les Prolétaires » qui ne plairont pas forcément à tous ceux qui seront présents ». Christian Troadec l’a d’ailleurs appelé pour lui demander de la chanter. Gilles Servat a également prévu d’entonner « Sans demander la permission », l’une des chansons de son dernier album. « Ça va dans le sens de ce que je pense : faisons les choses nous-mêmes. Si on nous laisse faire, ça peut être mieux ». Et, bien sûr, « La Blanche Hermine », l’incontournable. Aucune raison de ne pas la chanter, malgré les interprétations douteuses et tentatives de récupération qui en ont été faites. « À Quimper, il y en a qui ont enfin compris le sens de la chanson. Parce qu’ils étaient mêlés à des marins, des ouvriers et des paysans. »

http://www.letelegramme.fr/ig/generales/regions/bretagne/bonnets-rouges-le-grand-debat-29-11-2013-2320528.php

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27 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

En passant par la Bretagne (prométhée)

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A elle seule la Bretagne est un concentré de l’horreur capitaliste.

L’agriculture a été colonisée par l’industrie agro-alimentaire aux conséquences destructrices pour les paysans (devenus dépendants des firmes industrielles) et pour l’environnement (pollution, algues vertes, etc). Pendant de longues années, l’industrie agro-alimentaire s’est engraissée par l’exploi- tation d’une niche productiviste et à grand renfort de subventions publiques. Aujourd’hui, cette niche subit les assauts de concurrents, essentiellement d’outre-Atlantique.

Un comble, Doux importe même des poulets du Brésil. Ajoutons que l’austérité généralisée dans les États membres de l’Union européenne conduit à la réduction drastique des subventions. Et, cerise sur le gâteau, le gouvernement de « gauche » décide de mettre en œuvre l’écotaxe votée dans une touchante unanimité avec la droite sous Nicolas Sarkozy.

Les paysans sont de plus en plus paupérisés, quand ils ne disparaissent pas, les ouvriers subissent plans de licenciement sur plans de licenciement, les artisans et les petits commerçants sont ruinés. C’est l’explosion ! A l’initiative d’un collectif de travailleurs des entreprises en lutte, cette explosion sociale s’est manifestée le 2 novembre dernier à Quimper : 30 000 personnes exprimant leurs mécontentements, leurs exaspérations.

Au-delà du battage médiatique d’une presse aux ordres de la classe dominante qui a voulu voir à Quimper une manifestation populiste avec la participation de Philippe Poutou pour le NPA, il est vrai que la manifestation de Quimper ne ressemblait pas à ces images idylliques où l’on voit les ouvriers et les paysans marchant bras dessus bras dessous sur le château du prince. Même si la référence à la révolte des bonnets rouges contre les taxes de Louis XIV invoquait ces révoltes populaires qui peuvent engendrer des révolutions.

Oui, il y avait des revendications différentes, voire contradictoires, dans les rues de Quimper. Comme il y en a, et il y en aura de plus en plus, ailleurs en France et dans les États membres de l’Union européenne. Quoi de plus normal que des forces hostiles à la classe ouvrière utilisent aussi les conditions sociales et politiques existantes et décident de ne pas rester cloîtrées derrière le pont-levis du château.

Est-ce une raison suffisante pour refuser de les affronter ? Est-ce une raison suffisante pour laisser les victimes du capital sous l’emprise de l’idéologie dominante ? Est-ce une raison suffisante pour aller s’isoler des masses en mouvement ? Est-ce une raison suffisante pour tenter de diviser le mouvement en appelant le même jour à la même heure à une manifestation des « purs » et des « Élus » à Carhaix ? Non, mille fois non ! La lutte des classes n’est pas une recette de cuisine dont on connaît à l’avance les ingrédients et quasiment le résultat.

Comme le disait Antonio Gramsci : « la vérité est qu’on ne peut pas choisir la forme de guerre qu’on veut, à moins d’avoir d’emblée une supériorité écrasante sur l’ennemi » [1]. Force est de constater qu’actuellement la classe ouvrière n’a pas la supériorité. Le Président Hollande et son gouvernement PS-EELV poursuivent et aggravent la politique de l’équipe précédente : remettant en cause du code du travail avec la loi, issue de l’accord MEDEF-CFDF, qui généralise la flexibilité, augmentant les impôts et les taxes pour alimenter le crédit d’impôts accordés aux entreprises, poursuivant la destruction de la protection sociale, etc. Le tout sans que le monde du travail se mobilise pour combattre cette casse sociale et humaine et tenter de briser cette spirale infernale qui peut déboucher sur des solutions autoritaires.

Est-ce que cela va perdurer encore longtemps ? Nul ne le sait. Par contre les centrales qui ont lancé l’appel intersyndical (sauf FO) pour des manifestations le 23 novembre en Bretagne ont décidé que cela doit perdurer. Leur appel [2] éclaire sous son vrai jour l’initiative de Carhaix. N’y cherchez pas le refus des licenciements, vous y trouverez seulement la nécessité de « combattre les suppressions d’emploi ». Trouvant un peu trop léger le pacte d’avenir proposé par le gouvernement, les centrales syndicales se prononcent pour un pacte social, mieux – ou pire – « elles s’engagent dans le dialogue social [souligné par nous] tant dans les entreprises, les services, que dans les institutions et face au gouvernement pour exiger la prise en compte de nos revendications. » Conclusion : pas question que les travailleurs manifestent à Quimper car ils pourraient faire de mauvaises rencontres, mais les délégués syndicaux autoproclamés peuvent débattre dans les salons du pouvoir.

Tel n’est pas le choix de celles et ceux qui pensent que l’avenir de l’humanité passe par mettre un terme à l’horreur capitaliste. Ce choix n’est pas une lente et sûre progression car comme l’expliquait Karl Marx : « Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants » [3]

Il est vraiment temps de cesser d’analyser la situation réelle à travers les prismes déformants des institutions et des organisations existantes. Ce qui ne signifie pas les ignorer parce que leurs actions ont des effets concrets sur la lutte des classes. Il est temps de saisir la situation dans sa totalité où s’affrontent l’état actuel et le mouvement réel, seul capable d’en finir avec l’état actuel. Inutile de vouloir être dans ces deux sphères à la fois [4].

Publié le 23 novembre 2013

Emile Fabrol  http://www.promethee-1871.com/en-passant-par-la-bretagne/

1.- Antonio Gramsci, Cahiers de prison
2.- Déclaration intersyndicale
3.- Karl Marx, Le 18 Brumaire…
4.- « Le communisme n’est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état actuel. Les conditions de ce mouvement résultent des prémisses actuellement existantes » Marx & Engels, l’Idéologie allemande

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27 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

La leçon bretonne sera-t-elle entendue ? (l’express)

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Le médiocre succès de la manifestation des syndicats en Bretagne, le samedi 23 novembre, appelle à quelques réflexions.

Il témoigne en premier lieu de la décrédibilisation de syndicats sans syndiqués qui, en plus de se livrer entre eux une permanente guérilla, donnent l’impression de se comporter plus en lobbies qu’en authentiques organisations professionnelles de salariés. Ce constat est valable pour toute la France et explique sans doute les faibles mobilisations de ces derniers temps, en particulier sur la réforme des retraites.

Mais dans le cas spécifique de la Bretagne, ce demi-ratage prend un relief particulier car il se compare nécessairement à l’énorme rassemblement, à Quimper, du mouvement des « bonnets rouges », ce dernier ne semblant pas donner les signes d’une baisse de régime et annonçant une nouvelle manifestation pour le samedi 30.

Nous avons précédemment rangé l’actuelle révolte des « bonnets-rouges » dans la famille des jacqueries, mouvements populaires spontanés et informels qui perturbent géné- ralement les commodes et habituelles catégories idéologiques et leurs cadres bien définis. Mais précisément parce qu’elles sont désordonnées et souvent confuses, les jacqueries appellent vite une récupération par des structures politiques qui tentent d’orienter le mouvement à leur profit. Les exemples historiques sont nombreux, rappelons simplement les émeutes ou soulèvements po- pulaires de la Révolution française, utilisés à Paris par les révolutionnaires pour faire pression sur le gouvernement, exploités dans les départements de l’Ouest par la contre-révolution.

Il n’est donc pas interdit de poser aujourd’hui la question : où va la Bretagne ? Quel courant politique serait à même de capter à son avantage la sédition des « bonnets-rouges » ? Les populismes de gauche et de droite semblent exclus. Ancrée dans le modèle des luttes de classe, l’extrême-gauche condamne l’unanimisme du mouvement (Non, non, pas nous! Note du blog). Le Front national pourrait être tenté d’essayer, mais malgré les origines bretonnes de la famille Le Pen, la Bretagne est la région de France où son implantation est demeurée la plus faible et il est lui-même très centraliste. On n’imagine guère l’UMP réussir là où François Hollande obtint naguère 56% de voix, même si la déception à l’égard du PS est aujourd’hui immense. En dépit des conjectures suggérées par certains médias de gauche, l’hypothèse de manipulations occultes du MEDEF ou d’autres organisations patronales relèvent de la théorie du complot. La seule force finalement susceptible de fédérer ce bouillonnement disparate paraît être le régionalisme : il suffit de considérer la forêt de drapeaux bretons au dessus des manifestations.

La montée des régionalismes, de la Corse à l’Ecosse, de la Catalogne à la Flandre belge, traverse l’Europe du début du XXI° siècle. Elle est en relation avec un certain dépérissement des états-nations constitués au XIX° siècle (souvent sur la base des vieilles constructions monarchiques), ce dernier étant lui-même consécutif tant à une perte d’influence dans un monde globalisé qu’aux efforts d’intégration européenne, qui entraînent des abandons de souveraineté.

Dans le cas français, la formation de l’état-nation s’est accompagnée d’une forte centralisation politique, ce qu’on appelle improprement le jacobinisme car il doit moins à l’é- phémère pouvoir jacobin de 1794 qu’à la réorganisation administrative due à Napoléon. Maintenue par tous les régimes qui se sont succédé depuis 1815, cette centralisation s’est trouvée renforcée par la mise en place de l’hyperprésidence néo-bonapartiste qu’est devenue la V° République depuis le quinquennat. La décentralisation prévue par la loi de 1982 s’est avérée un trompe l’œil, la France est toujours intégralement gouvernée de Paris.

Quand des problèmes spécifiques à une région surgissent (en Bretagne, c’est la crise profonde du modèle agro-alimentaire qui a depuis 50 ans assuré la prospérité), il n’est pas ex- traordinaire qu’une solidarité autour des intérêts locaux et une volonté de se prendre soi-même en main se manifestent. Pour peu que d’autres facteurs interviennent, (partage d’une vieille identité commune, particularismes culturels, sentiment de n’être pas entendu) et la flamme du régionalisme s’allume.

En Bretagne, ce qu’on nommait naguère l’autonomisme n’a jamais été populaire. Très marqué durant l’entre-deux-guerre à l’extrême-droite, il a conduit, lors de la Seconde guerre mondiale, un certain nombre de ses militants à s’engager aux côtés du III° Reich Mais que pesait la centaine d’hommes du Bezen Perrot, sous uniforme allemand, face aux 10 à 12 000 combattants rassemblés en août 1944 par les divers maquis bretons ?

La Bretagne n’a jamais été séparatiste comme peut l’être la Catalogne. Cela dit, le re- marquable réveil culturel dont elle a été le théâtre (dans une certaine mesure une retombée col- latérale de l’esprit de 1968), dans la mesure où il a été l’agent de la redécouverte d’une identité propre, a servi la renaissance d’une revendication politique essentiellement décentralisatrice, mais cette fois penchant à gauche. L’Union démocratique bretonne (UDB) est proche d’Europe-Ecologie-les-Verts et en plus de représentants au Conseil régional, elle a fait entrer en juin 2012  à l’Assemblée nationale un premier député régionaliste, avec le soutien de EELV et du PS. Le maire de Carhaix Christian Troadec, actuel porte-parole du mouvement des « bonnets-rouges », vient de cette mouvance.

Ce qui se passe actuellement en Bretagne est peut-être plus sérieux que la simple agitation quelque peu folklorique ou la conspiration machiavélique de patrons retors que certains médias parisiens cherchent à accréditer. Il s’y joue peut-être la question cruciale de la véritable décen-tralisation, qui devrait se trouver au centre des réflexions de tous ceux qui pensent à l’élaboration d’une future VI° République. Il n’est malheureusement pas certain qu’on en ait conscience dans la classe politique tant l’héritage, non des Jacobins, mais de l’Empire est cher depuis deux siècles à tous les détenteurs du pouvoir, qu’ils aient été républicains ou monarchistes, de droite ou de gauche.

Peut-on pourtant parler de « démocratie participative » sans être résolument décentralisateur ?

Commentaire: Ce nouvel éclairage n’est, faut-il le préciser?, pas une prise de position du NPA!

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26 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Ça barde chez les Bretons (cqfd)

goutal

Dimanche 27 octobre, au lendemain de l’action contre le péage écotaxe de Pont- de-Buis dans le Finistère, les esprits sont échauffés dans le bar-tabac du bourg de Guerlesquin, situé à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Morlaix. « Ça va être la révolution en Bretagne, déclare Patrick dit L’émir, la cinquantaine joviale. On va faire sauter leurs portiques. Ça va barder dans tous les sens. On ira jusqu’à Paris s’il le faut. On peut plus faire autrement. » Patrick est un des maillons de cette chaîne qui se trouve menacée par la crise de l’agroalimentaire en Bretagne : éleveur de poulets, il possède des poulaillers jusqu’en Guadeloupe et au Maroc, d’où son surnom. « C’est un mouvement incontrôlable ! Il n’y a pas de chefs, personne ne décide !  », insiste-t-il étrangement. Le mardi 29 octobre, le gouvernement annonçait la suspension de l’écotaxe afin de calmer les esprits.

Le 31 octobre, le volailler Tilly-Sabco basé à Guerlesquin annonçait sa décision d’arrêter l’exportation de ses poulets à partir de janvier 2014 [1]. Un coup terrible pour cette petite ville de 1 390 habitants dont toute l’activité tourne depuis des décennies autour de l’usine Tilly. Fondée par un fils de boucher dans les années 1950, Tilly était devenue la plus grosse unité d’abattage en Europe dans les années 1980, spécialisée dans le congelé bas de gamme halal à destination des pays du Golfe, jusqu’à 100 000 poulets exportés par jour. C’est l’époque où la famille Tilly possédait la ville si bien que Le Point, en 1989, avait surnommé Jacques Tilly – maire ancré à droite de 1965 à 1989, puis de 1995 à 2001 – «  le Ceausescu du Trégor ».

Même si les abattoirs Tilly-Sabco sont vendus en 1986 et passent entre les mains de Doumeng, le Milliardaire rouge, puis deux ans plus tard dans celles de Gérard Bourgoin qui les cèdera à son héritière Corinne, avant d’être rachetés sous la direction de Daniel Sauvaget en 2008, et qu’ils n’employaient jusqu’à fin octobre que 335 salariés, l’emprise féodale laisse des traces. Certaines ambiances de bar sont minées et les bouches peinent à se délier. « Si on parle de travers, c’est des coups à finir sur la chaîne d’abattage », plaisante Guy, habitant de Guerlesquin qui travaille hors de la ville. Mais si le temps du patronat paternaliste a vécu, c’est celui de la gestion mondialisée, costumée made in Breizh, qui sonne le glas de l’industrie guerlesquinaise. Dès le mois de mai, Sauvaget annonçait la réduction de 40 % des effectifs, puis il y eut l’inauguration aux allures de deuil d’un nouvel atelier de production de saucisses de poulet, juste une semaine avant l’annonce attendue de l’arrêt des exportations.

Les raisons de la crise du secteur avicole ? Une concurrence mondialisée avec le Brésil qui pique tous les marchés orientaux, mais surtout l’arrêt brutal des aides européennes à l’export, hors Union européenne, décidé en février pour un secteur qui vit grâce à 23 % de subventions ! L’écotaxe – en passe de devenir un scandale d’État – a servi de prétexte et de symbole au ras-le-bol pour cette région qui ne peut délester une part de son trafic routier sur un réseau ferroviaire et fluvial peu adapté à l’industrie locale. Et ce en dépit du fait que le gouvernement avait déjà octroyé une réduction de 50 % sur la taxe et que la Bretagne bénéficiait déjà de la gratuité pour son principal axe routier.

Depuis juin, c’est bien un sinistre social qui s’opère dans cette partie du Finistère, touché par une série de plans sociaux, menaçant de détruire plus de trois mille emplois – un millier juste pour Tilly-Sabco ! – directs et indirects, sans guère de solutions de reclassement immédiat. Or, cette crise – krisis en grec signifie aussi « carrefour » – est aussi celle d’un modèle agro-industriel, rendu vulnérable par le dumping social mondial et partout décrié comme vecteur de pollution et producteur de malbouffe [2]. Qui a intérêt à sauver ce « modèle breton » sous perfusion ? « À en croire les présidents des chambres d’agriculture de Bretagne, le modèle défendu mériterait que l’État continue de soutenir l’agriculture et l’agroalimentaire, écrivait Raymond Penhouët, producteur de lait à la retraite et président de la FADEAR, réseau pour l’agriculture paysanne proche de la Confédération paysanne, dans un courrier non publié, adressé à Ouest-France fin septembre. 570 euros par mois, c’est le revenu moyen des fermes sans les aides, si on ajoute 1,5 actifs par exploitation, il n’y a pas de quoi fanfaronner. […] La part de plus en plus importante des aides PAC dans le revenu revient à dire que l’agriculture bretonne est sous perfusion. »

Ce qui est frappant dans cette situation, c’est l’incapacité des acteurs et des victimes de ce naufrage à remettre en cause un modèle qui leur fait toucher le fond aujourd’hui. Depuis les choix agricoles des années 1950, l’omerta et le déni ont régné en Bretagne sur les conséquences environnementales du remembrement et de l’élevage intensif, sur les risques socio-économiques de la mono-activité – ou encore sur l’usage intensif des pesticides, dont les agriculteurs sont les premiers malades, sans parler des pollutions d’algues vertes causées par les épandages de lisier. « Les gens ne se posaient pas de questions, explique Jimmy. Travailler dans l’agroalimentaire en Bretagne, c’était avoir la sécurité de l’emploi à vie. D’ailleurs, la plupart n’ont jamais pensé à contracter d’assurance chômage. » « C’est un modèle au bout du rouleau, insiste Raymond Penhouët, contacté par CQFD. Le slogan “libre pour gagner et aider pour ne pas perdre” implique ici à la fois le recours toujours croissant aux subventions et la réduction des coûts de main-d’œuvre pour rester performant, comme dans le cas de Gad où l’on fait venir des intérimaires étrangers, ukrainiens ou roumains, payés 5 euros l’heure… »

Le désarroi social actuel produit une promiscuité inédite et paradoxale au sein de cette fronde baptisée des « bonnets rouges » avec un sens aigu du marketing territorial [3] et téléguidée en sous-main par la FNSEA et le Medef local : élus de gauche et de droite, régionalistes de gauche, identitaires d’extrême droite, militants du NPA chevillés à la défense de l’emploi, agriculteurs « conventionnels », artisans étranglés par les taxes, petits patrons esclaves des banques et prolétaires sacrifiés. Le 2 novembre à Quimper, Sauvaget – qui a décidé du plan social de sa boîte avec un certain sens du timing politico-social et rejette toute la responsabilité sur le seul ministre Le Foll – défilait avec « ses » ouvriers : patrons et salariés, tous ensemble ! Après le succès de cette mobilisation qui a rassemblé plus de 20 000 personnes, Thierry Merret, président de la FDSEA, et un des organisateurs du rassemblement, déclarait qu’il fallait « moins de contraintes administratives, environnementales, fiscales et sociales ». C’est le même Merret qui monte depuis des années systématiquement au créneau contre les « écologistes intégristes » et clame l’innocuité des nitrates sur la pollution de l’eau [4]… Il ne s’agit pas de gager l’extension de ce mouvement en une révolte anti-austérité plus vaste, mais les intérêts défendus par un jeu de pression sous le vernis de la fronde antijacobine visent avant tout à obtenir du gouvernement les garanties de subventions publiques et européennes.

Avec son Pacte d’avenir pour la Bretagne, Ayrault cherche à donner des gages au secteur agro-industriel. En visite à Rennes fin septembre, il déclarait déjà que « le modèle agroalimentaire breton [n’était] pas mort  » et avait autorisé les éleveurs bretons à construire des bâtiments d’élevage intensif « sans contrainte »… Depuis la révolte bretonne, le gouvernement a promis de lâcher un milliard d’euros pour l’économie bretonne, le doublement de l’enveloppe consacrée à la Bretagne de la PAC pour les sept ans à venir, passant de 175 à 368 millions d’euros, plus 15 millions d’euros débloqués en urgence pour les entreprises en difficulté. Un nouveau rendez-vous de mobilisation prévu par le collectif « Vivre et travailler en Bretagne » pour le 30 novembre donnera la température de ce « mouvement complexe [5] », notamment si le patronat retire ses billes.

Jean-Claude Balbot, animateur des Centres d’initiatives pour valoriser l’Agriculture et le milieu rural (CIVAM) et éleveur de bovins dans les monts d’Arrée, à la retraite depuis peu, s’avoue « déprimé par la confusion ambiante, entre les ouvriers de Gad qui se foutent sur la gueule à Josselin et se font séparer par les flics et ceux qui défilent pour leur patron à Quimper… » Ayant assisté aux discussions au ministère, il a pu prendre la mesure de l’ignorance du monde paysan qu’a le gouvernement : « On se trompe d’objectif : face à l’urgence, le gouvernement va renforcer la cause de cette urgence. Or, cela fait longtemps qu’on a fait l’évaluation de la politique publique agricole et de son échec. Il faudrait faire un pas de côté, arrêter les investissements faramineux – comme ces cathédrales d’élevage de pondeuses sur plusieurs étages –, et se demander comment faire fonctionner durablement les fermes en dégageant du revenu, sans se gaver d’argent public et tout en respectant l’environnement. C’est ce que j’ai fait pendant 40 ans et qu’on ne me dise pas que c’est réservé à une élite !  » .« Finalement ce que je déplore le plus dans cette situation, lâche-t-il dans un soupir, c’est que, depuis dix ans, la joie a déserté les campagnes. Les paysans disparaissent, on ne connaît plus ses voisins et on ne voit plus d’assemblée de paysans qui rigolent entre eux le soir au café. Rendre les gens malheureux, c’est ça le crime ! »

Dernière minute Le 22 novembre, Daniel Sauvaget annonçait que le dispositif exceptionnel décidé par l’Europe lui permettrait finalement de prolonger son activité après janvier. Comme quoi les prises d’otages – en l’occurence des 335 salariés de Tilly-Sabco menaçés par le plan social annoncé par Sauvaget un mois plus tôt – peuvent parfois s’avérer fructueuses ! « Ouf, on respire à Guer- lesquin… Vive l’Europe ! Nous aussi on est heureux, car vraiment on sent que c’est pas un sursis… comme depuis 15 ans », confie Micheline, une habitante, avec un brin d’ironie.

Ouvriers vs ouvriers Les 60 salariés licenciés du site Gad de Lampaul-Guimiliau (Finistère), ne s’attendaient pas à être accueillis de la sorte le mardi 22 octobre devant l’abattoir de cochons du groupe de Josselin (Morbihan). Venus bloquer la sortie des camions pour se faire entendre par la direction, ils furent reçus par 400 ouvriers en blouse qui les ont repoussés violemment, appuyés par quelques agriculteurs liés à l’activité de l’entreprise. « Quand on n’a plus de travail, on en cherche, on ne vient pas manifester pour rien et emmerder le monde », invectivait une salariée de Josselin, elle-même sans doute en sursis. Les gendarmes, appelés en renfort, sont intervenus à plusieurs reprises pour séparer les manifestants. « Avec des ouvriers comme ça, plus besoin de milice patronale ! », commentait un délégué FO de Lampaul.

Paru dans CQFD n°116 (novembre 2013), par Mathieu Léonard,   mis en ligne le 25/11/2013

http://cqfd-journal.org/Ca-barde-chez-les-Bretons

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25 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Emmanuel Todd: « Les bonnets rouges, une chance pour la France » (marianne)

bonnets

L’anthropologue et historien, coauteur du « Mystère français », revient pour « Marianne » sur la révolte bretonne. Une action à ses yeux pleine de promesses quant aux capacités de résistance du pays.

Marianne : Il y a un an avec Hervé Le Bras vous avez publié «le Mystère français», une analyse approfondie de la situation de la France. Ce travail soulignait les particularités de la Bretagne. A ce moment-là, pouvait-on imaginer que cette dernière se révolterait ?

Emmanuel Todd : Dans notre livre, la Bretagne est très présente pour des raisons rationnelles et irrationnelles. Elle occupe incontestablement une place particulière en France. Ses systèmes familiaux sont très divers, ses performances scolaires sont étonnantes. C’est désormais la région la plus à gauche, un bastion du Parti socialiste, le PS y ayant migré de ses terres du Nord et du Sud. Du côté sentimental, à des degrés divers, Hervé Le Bras et moi-même avons des origines bretonnes et passons beaucoup de temps là-bas.

La Bretagne offre un exemple extrême mais caractéristique de basculement dans la révolte d’une région que les commentateurs percevaient comme prospère, de gauche, européiste et stable. Notre livre a été trop rapidement analysé comme une radiographie de la France qui va bien, en opposition à celle qui va mal. Les régions qui allaient bien, selon cette lecture, étaient les anciens bastions catholiques, ou de «catholicisme zombie». La pratique religieuse catholique, forte jusque vers 1960, y a tardivement disparu mais a laissé subsister une forte aptitude à la coopération – des communes, des groupes professionnels, par exemple -, bref une forte intégration locale. Le reflux récent de la religion y a surtout libéré un dynamisme spécifique. Depuis la réforme protestante, et encore plus depuis la Révolution de 1789, le catholicisme était arc-bouté contre la modernité. Sa disparition a libéré une énergie positive. Aujourd’hui, les régions «catholiques zombies» ont de meilleurs résultats éducatifs, des taux de chômage plus faibles, une meilleure résistance à la crise économique. Mais ce que le Mystère français suggérait, c’est seulement que les régions catholiques zombies allaient moins mal que les régions de vieille laïcité, pas qu’elles allaient bien. La crise touche tout le monde, le vide du pouvoir est visible partout.

Mais la révolte ?

E.T. : Nous y arrivons. Cette région lancée sur les rails de l’européisme est aujourd’hui touchée de plein fouet par la logique européenne du jeu sur le coût du travail, sous contrainte de l’euro. Et nous constatons que son dynamisme culturel donne à cette région la force de la révolte. Les historiens savent bien que les révolutions sortent du progrès, pas de la régression. La tradition d’entraide et de solidarité héritée du catholicisme contribue à l’efficacité de la protestation. A cela vient s’ajouter un autre élément de cohésion : la Bretagne est une région où l’immigration ne compte pas. Il suffit de feuilleter l’annuaire du Finistère pour s’apercevoir que les noms y sont massivement bretons. Ces milieux populaires ne sont pas divisés par l’immigration. Cette société politique n’est pas désorganisée par le Front national, insignifiant régionalement. Ce que montre paradoxalement la révolte bretonne, c’est à quel point le FN, parce qu’il divise les Français, est une aide au système, fait partie du système. Quand le FN n’existe pas, la société a la cohésion nécessaire à la révolte.

On peut donc conclure que, parce que la Bretagne est «à la pointe de la modernité» , elle est à la pointe de la révolte ?

E.T. : Oui, c’est assez bien résumé, mais attention, il faut se méfier de toute caricature. La Bretagne est aussi une France en miniature. C’est une région très diverse. La partie du Finistère la plus concernée n’est pas n’importe quelle Bretagne. C’est une région catholique certes, mais où ont toujours existé des poches de gauche importantes.

Dont des poches communistes…

E.T. : Oui, une poche de communisme rural, centrée sur la partie ouest des Côtes-d’Armor mais qui atteignait l’intérieur du Finistère autour de Carhaix. Et, faut-il le rappeler, le PC a une tradition plus nationale centraliste que le PS régionalisant. Le pays bigouden, au sud-ouest de Quimper, a un fond républicain. Et tout cela ne date pas d’hier : dans son Tableau politique de la France de l’Ouest sous la IIIe République (1913), André Siegfried soulignait le potentiel républicain de la Bretagne. Il montrait que le département du Finistère était, par la présence de la marine nationale à Brest, directement relié à Paris. L’interprétation de la révolte en termes d’autonomisme breton, malgré l’omniprésence du gwenn ha du, le drapeau blanc et noir breton, est absurde. La réalité profonde du mouvement n’est pas dans Christian Troadec, maire bretonnant de Carhaix, mais dans le fond rouge de sa région qui ne relève effectivement pas d’un type socialiste banal. L’identité bretonne combine, sans contradiction, fidélité à la Bretagne et loyauté envers la France.

On reproche aussi à cette révolte de ne pas être très cohérente…

E.T. : C’est incontestable, les revendications sont floues. Mais comment cette révolte pourrait-elle être cohérente puisque l’idéologie au pouvoir elle-même n’est plus cohérente, en cette période crépusculaire d’échec de l’euro, dans une province qui croit à l’Europe ? De toute façon, une révolution n’est jamais cohérente dès le départ. Toutes les oppositions s’expriment et les forces dominantes n’apparaissent que par étapes. Je propose un début de clarification conceptuelle : on pourrait dire que la Bretagne des producteurs, ouvriers et patrons, affronte le Paris des prédateurs, les banques et l’Etat, banques et Etat étant désormais contrôlés par les mêmes inspecteurs des finances.

Qu’est-ce que vous répondez à ceux qui attendaient plutôt une révolte des banlieues ?

E.T. : Je répondrai qu’il y a déjà eu une révolte des banlieues, en 2005, qui relevait d’une même logique : l’abandon de régions entières par les élites et les groupes nationalement dominants. La révolte des banlieues a d’ailleurs aussi démarré, autour de Paris, dans une région où le Front national ne compte plus, cette fois-ci parce qu’il y avait déjà eu tant d’immigrés que la question de l’immigration était dépassée. Ça se confirme : la faiblesse du FN permet la révolte. Le FN sert le statu quo : Marine Le Pen et l’UMPS, même combat.

Comment expliquer la phrase de Mélenchon : «A Quimper, les esclaves manifesteront pour les droits de leurs maîtres» ?

E.T. : Mélenchon s’est démasqué. Il montre son appartenance aux élites parisiennes et son mépris du peuple. Certes, la stupéfaction est la même partout, spécialement à gauche. La CFDT nationale a développé un hallucinant discours antipatrons bretons, assez amusant quand on se souvient de la façon dont la CFDT a aidé Hollande et le patronat à rendre plus «flexible» le marché du travail. Mais au moins peut-on voir dans l’hostilité de la CFDT à la révolte sociale une trace du catholicisme de la CFTC, avec son respect de l’autorité, sa préférence pour la collaboration des classes. «Merci, notre maître»…

Le cas Mélenchon, lui, ne correspond à rien de connu. Cet homme se gargarise du mot «révolution» mais traite des révoltés porteurs de bonnets rouges d’«esclaves», il est insensible à la symbolique du rouge et du bonnet dans un contexte français et non seulement breton. Il semble d’ailleurs dépourvu d’une culture révolutionnaire minimale : les révolutions naissent toujours dans l’ambiguïté. La Révolution française a commencé par une révolte des parlements au nom d’une idéologie qui n’avait rien de progressiste. Quant à son discours anticlérical, c’est l’élément stable de sa doctrine, puisqu’il rejette aussi la révolte tibétaine au nom de l’anticléricalisme… Loin d’être un révolutionnaire, Mélenchon est un petit-bourgeois radical-socialiste qui n’aime pas le désordre. Avec lui, la gauche de la gauche est vraiment mal barrée.

Le groupe Les Economistes atterrés ont aussi condamné cette révolte «archaïque» qui «refuse les contrôles et les taxes»…

E.T. : La condamnation est ici différente : ils refusent le rejet de l’impôt. Ils ont raison de se méfier. Durant les trente dernières années, le rejet de la fiscalité a été une revendication constante de la droite ultralibérale, c’est aujourd’hui celle du Tea Party américain, la droite extrême du Parti républicain. Il faut bien sûr sauver la protection sociale et donc son financement par l’impôt. Reste que bien des révolutions commencent par une crise fiscale et un rejet de l’impôt injuste. En 1789, l’exemption fiscale de la noblesse et du clergé a mené à la banqueroute et à la convocation des états généraux. On connaît la suite. La révolution anglaise a commencé parce que Charles Ier a dû convoquer le Parlement pour obtenir les impôts nécessaires à la répression d’une révolte écossaise. Tiens, l’Ecosse, avant la Bretagne, un véritable festival interceltique…

Mais nous entrons dans une période nouvelle. Il faut voir à quoi servent les prélèvements obligatoires. Au financement de l’Etat social et des nécessaires biens communs, bien sûr. Mais l’impôt, de plus en plus, permet aussi de servir les intérêts d’une dette publique qui n’est plus légitime. Le prélèvement fiscal sert désormais aussi à donner de l’argent à des gens qui en ont déjà trop. Nous sommes confrontés à une ambivalence de l’impôt, à une ambivalence de l’Etat, serviteur à la fois de l’intérêt collectif et d’intérêts privés, d’intérêts de classe, diraient les marxistes. Il faut clarifier la situation, nous ne couperons pas à un débat sur la légitimité de l’impôt.

Deuxième problème de légitimité de l’impôt, l’Europe. Dans un cadre strictement national, le vote du budget par les députés légitime l’impôt, sans discussion possible. Mais le transfert à Francfort du pouvoir de création monétaire dépossède en pratique les députés de leur contrôle du budget. Les instances bruxelloises, aujourd’hui sous contrôle idéologique allemand, exigent un contrôle de ce budget. L’impôt est de ce fait déligitimé au sens où la théorie de la démocratie représentative conçoit la légitimité. Il y a là un vaste champ de réflexion pour la philosophie politique. Mais, honnêtement, le bon sens immédiat nous permet de voir que cette écotaxe, dont le prélèvement doit être assuré par le secteur privé après une négociation douteuse, n’a rien à voir avec l’impôt légitime et noble de l’Etat social.

Quelles sont les évolutions possibles de cette révolte ?

E.T. : Après la révolte des banlieues, la révolte bretonne marque une étape dans la dislocation du système social et politique français. Il me semble que nous avons franchi un seuil parce que la capacité des classes dirigeantes françaises à protéger leur peuple n’est plus du tout évidente. C’est l’effet de la crise qui dure depuis 2008 et de la montée en puissance de l’Allemagne à l’intérieur du système européen. Dans les déclenchements révolutionnaires, il y a souvent, avec l’impôt, la question nationale, dimension révélée en creux par la présence du drapeau breton. Une classe dirigeante est en danger si elle apparaît internationalement ridicule. La Grande Jacquerie trouve son origine dans l’incapacité des chevaliers français à faire face aux archers anglais, la révolution russe ne peut s’expliquer sans la défaite face aux armées allemandes.

Nous ne sommes pas loin de cette situation en France. Nous vivons une déroute industrielle et nos dirigeants n’en finissent pas de se ridiculiser sur la scène internationale. Moscovici accepte sur Chypre un accord qu’il ne comprend pas, Fabius tente de nous entraîner dans une guerre syrienne pour finir éjecté par les Russes de la négociation. Quant à Hollande, il semble moins président de la République française que vice-chancelier du système allemand. Aucun pouvoir ne peut survivre dans la durée à l’appauvrissement économique et à l’humiliation nationale. Les commentateurs français ont du mal à comprendre pourquoi Angela Merkel est si populaire dans une population allemande qui ne profite pas des succès allemands à l’exportation. Tout simplement parce que l’Allemagne vit le contraire d’une humiliation nationale : la gratification nationale d’être redevenue dominante en Europe et de voir les autres obéir.

Mais la Bretagne là-dedans ?

E.T. : La révolte bretonne est une chance pour la France… Une révolte dans la grande région socialiste et européiste, au cœur du conformisme qui paralyse la France ! Le véritable enjeu maintenant est idéologique. Si les Bretons s’aperçoivent que l’Europe est leur problème, que leurs vrais concurrents sont les Roumains et les Allemands qui importent ceux-là à 5 € l’heure, le système idéologique explose, et là, tout est ouvert… Les classes dirigeantes françaises ne peuvent plus défendre l’euro, il est liquidé et la France, toutes énergies libérées, revient dans l’histoire.

http://www.marianne.net/Emmanuel-Todd-Les-bonnets-rouges-une-chance-pour-la-France_a233812.html

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25 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Bro goz

becassine

Le Gwenn ha du (drapeau breton) serait « sinistre » (selon certains « jacobins »)  et le Bro Goz alors?

Bro goz ma zadoù (Vieux pays de mes pères) est l’hymne national de la Bretagne. Il est inspiré de l’hymne national du Pays de Galles, Hen Wlad Fy Nhadau (Vieille terre de mes pères). L’hymne de Cornouailles, Bro Goth Agan Tasow l’équivalent en cornique, reprend lui aussi l’air de l’hymne gallois. Enfin, on le retrouve aussi chez le peuple Khasi dans le nord-est de l’Inde.En ce jour de lutte contre les violences faites aux femmes, ce peuple vit un « matriarcat » très favorable aux filles.

Le Bro Goz ma Zadoù fût entonné par des otages du camp de Chateaubriant.

En septembre 1939, le Docteur Jacq participa à la restructuration clandestine au Huelgoat (An Uhelgoat) du Pcf,  qui venait d’être interdit,  par le gouvernement Daladier à la suite du pacte germano-soviétique. Déchu de son mandat municipal, il se vit privé par la mairie des bons d’essence nécessaires pour exercer son métier !  Il parcourut alors à pied ou à vélo le canton pour continuer à apporter les soins à ses malades. Il fut arrêté par les gendarmes  du Huelgoat le 3 juillet 1941 puis conduit au camp d’internement de Châteaubriant.

Dans ce camp, Le Docteur Jacq dispensa durant sa captivité des cours de breton pour les autres otages du camp et mit en place une chorale bretonne. Chorale bretonne qui entonna le Bro Goz, en même temps que La Marseillaise et L’Internationale le 22 octobre 1941 lorsque 27 internés (parmi lesquels Pierre Guéguin et Guy Môquet) furent conduits au poteau d’exécution. Le 15 décembre 1941, le Docteur Jacq, fût fusillé par les soldats nazis.

La reconnaissance tardive de la présence de militants trotskistes parmi les fusillés

Pendant longtemps, l’appartenance au courant trotskiste de Marc Bourhis fut occultée. En 1980, une polémique oppose un militant communiste, ancien interné de Châteaubriant, qui nie que Marc Bourrhis soit trotskiste, à Alain Krivine, dirigeant de la LCR. Pourtant, le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français de Maîtron et Pennetier établit clairement cette appartenance. Leurs auteurs démentirent publiquement l’ancien interné de Châteaubriant.

La polémique porte aussi sur Pierre Guéguin, présenté comme « communiste » par le PCF, mais qui avait rompu avec ce parti lors du Pacte germano-soviétique de 1939 et était devenu sympathisant trotskiste. Ce n’est qu’en 2003 que L’Humanité reconnaît les sympathies trotskistes de l’ancien maire de Concarneau.

Sources: http://an-uhelgoad.franceserv.com/6aout1944.htm  et Wikipédia

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