Archive | Questions bretonnes etc

20 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

Monsieur Ayrault 1er ministre ou duc de Nantes ?

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Le président de la République annonce dans sa conférence de presse une réforme des régions

Le lendemain sur France Inter son premier ministre se dit opposé à une région Bretagne avec la Loire Atlantique. Pour lui “on ne va prendre des bouts de région pour les mettre avec une autre.”

Il ne sait toujours pas que notre département fait partie, d’un point de vue historique, de la Bretagne, (on parlait breton en région nazairienne et à Guérande jusqu’au début du XXème siècle) et cela reste important pour une bonne partie des habitants de la Loire Atlantique.

Mr Ayrault est d’accord pour des regroupements de régions à condition que ça soit autour de “sa” métropole européenne à lui (Ah, la sacro-sainte concurrence !) et surtout ailleurs que dans son duché.

Pour le NPA au delà de ces guignolades gouvernementales et sans préjuger des limites administratives de la Bretagne, la question est celle de l’expression populaire dans un référendum départemental sur le rattachement de la Loire Atlantique à la région Bretagne.

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19 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

ayrault en bretagne: 2 milliards pour les patrons (lo)

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Aux mobilisations de salariés de l’agroalimentaire victimes des licenciements, et de petits agriculteurs, transporteurs et entrepreneurs contre l’écotaxe, le gouvernement a répondu par un « Pacte d’avenir pour la Bretagne ». Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault est allé le signer vendredi 13 décembre à Rennes.

Deux milliards d’euros s’échelonneront de 2014 à 2020.

Mais, sur ces deux milliards, 15 millions d’euros seulement, pas même 1 %, sont prévus pour les « salariés victimes de plans sociaux et les territoires fragilisés ». Tout le reste n’est qu’aides publiques au patronat et aux agriculteurs. Et on sait par avance comment se fera la répartition : si les petits sont en première ligne pour réclamer, ce sont toujours les gros qui négocient pour empocher.

Il y avait des dizaines de milliers de travailleurs dans les rues de Quimper et de Carhaix lors des manifestations de novembre dernier, et la mobilisation était massive. Mais les travailleurs ne manifestaient pas derrière leurs propres revendications. S’opposer à l’écotaxe était légitime, car c’est un impôt qui fait payer les petits et non les gros, et même en définitive aussi les travailleurs, car il se répercutera sur les prix. Mais ce n’est pas une revendication primordiale pour les salariés, comme l’est la défense des emplois et des salaires. Alors au final, en mélangeant les revendications ouvrières à des revendications régionalistes, ou plus précisément en mettant les premières à la traîne des secondes, cela a permis aux capitalistes de tirer profit de la mobilisation.

Pour obliger le patronat et le gouvernement à des mesures d’urgence, comme l’interdiction des licenciements, il ne suffira pas de se mobiliser, même de façon déterminée. Il faudra que la classe ouvrière le fasse, en Bretagne et ailleurs, mais en mettant en avant son propre programme. Pierre ROYAN

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2368&id=4

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17 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

Les comités en action: nantes et saint-nazaire

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Leçons de Bretagne

Les comités de Saint-Nazaire et Nantes ont organisé les 2 et 3 décembre deux réunions pour débattre de la révolte en Bretagne.

Deux initiatives dont l’objectif était d’apporter des éclairages sur les enjeux de ce mouvement qui a fait polémique et les tâches des anticapitalistes.

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L’intervention des camarades venus de Quimper a porté principalement sur l’appel des salariéEs licenciéEs de Basse-Bretagne qui a conduit aux rassemblements du 2 novembre à Quimper, puis du 30 à Carhaix.

Le débat, nourri de nombreuses questions et réactions, a mis en évidence les difficultés d’un mouvement émanant d’entreprises agroalimentaires peu syndicalisées, la place de l’auto-organisation, le mépris social et régional.

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La discussion a également pointé la difficulté de faire émerger un pôle ouvrier visible dans un conflit instrumentalisé par le Medef, la FDSEA , l’Institut patronal Locarn à travers le combat contre l’écotaxe.

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Pour les participantEs, ce mouvement met en évidence la nécessité de coordinations des luttes à l’échelle du pays et de l’Europe. Les entreprises en faillite actuellement en Loire-Atlantique sont les premières concernées. Dommage que les organisations syndicales ne relèvent pas le défi de l’unité des luttes contre les licenciements.

Mardi 17 décembre 2013  Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste – 221 (12/12/2013)

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08 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

Tous Bretons !

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Pour les travailleurs bretons, c’est la double voire triple peine.

Licenciés, ils voient la droite et l’extrême droite tenter de les récupérer, leurs patrons de les manipuler… et une partie de la gauche, l’ex-candidat du Front de gauche à la présidentielle en tête, les insulter : « nigauds », « esclaves manifestant pour les droits de leurs maîtres ». L’article de notre camarade de Quimper (ci-dessous) leur rend justice. Car au-delà des manipulations et des intimidations, il y a leur lutte pour défendre leur emploi. Il faut repartir de là.

En octobre, les salariés de Marine Harvest s’adressent au maire de Carhaix dans l’idée de réactiver ce qui a fait le succès de la dernière grande lutte en date de la région : la mobilisation massive de la population, la levée en masse de toute une région, pour défendre l’hôpital. Une salle comble de 600 personnes rassemble salariés, syndicalistes, élus et citoyens de cette petite ville de 8000 habitants. A l’issue est décidée une manifestation régionale à Quimper. Celle qui deviendra – au bout de quelques manipulations – la « manif des bonnets rouges ».

Confuse ? Certainement. Mais elle rassemble des salariés de multiples entreprises, Marine Harvest, Doux, Gad, Tilly-Sabco, la CGT des Marins… Et avec eux, des dizaines de milliers de travailleurs, précaires, chômeurs. Au lendemain de cette démonstration de force, les salariés de Marine Harvest démarrent une grève illimitée avec blocus de l’entreprise. Ceux de Tilly-Sabco enfoncent les portes de la sous-préfecture et l’occupent pendant 12 heures. Un blocus de l’aéroport de Brest s’organise. Le mouvement prend racine et peut s’unifier.

C’est là bien sûr que les ennuis commencent. Les patrons licencieurs cherchent à esquiver leur propre responsabilité, jusqu’à tenter d’utiliser la colère de leurs salariés en la retournant contre eux-mêmes, pour exiger tout à la fois de nouvelles subventions, le droit de polluer impunément et des conditions sociales au rabais.

« Sauver la Bretagne » Car les patrons sont déjà prêts. Le Monde (du 17 novembre 2013) raconte ainsi comment une trentaine d’entre eux, réunis le 18 juin en « Comité de convergence des intérêts bretons » pour faire campagne contre l’écotaxe, ont lancé un « Appel de Pontivy ». Ils y dénoncent « l’hypercentralisme français et le labyrinthe des réglementations », revendiquent «  le droit à l’expérimentation (…) qui doit nous permettre de respecter nos valeurs afin de ne pas avoir à affronter en permanence les excès des systèmes bureaucratiques. »

Autrement dit, la transformation de la Bretagne en zone franche, l’organisation du dumping fiscal et social par région, le droit pour le salarié breton de continuer de vivre et travailler au pays grâce à la fin du code du travail ! Un beau programme, qui soulève bien sûr l’enthousiasme… de tout le patronat français, car à Paris et Marseille aussi le Smic ne fait pas partie des valeurs patronales. Les Trente de Pontivy appellent finalement « les acteurs économiques de la Bretagne à sonner le tocsin », car « l’heure des méthodes douces est révolue (…) il va falloir livrer bataille. » Le patronat, c’est bien la classe sociale consciente de ses intérêts, qui se mobilise, mène sa politique et sait faire son front unique.

La classe ouvrière a besoin de perspectives, pas de leçons de morale

Certaines organisations se considèrent comme ses « représentants naturels » : les confédérations syndicales (et semble-t-il le co-président du Parti de gauche, qui veut les suivre en tout). Mais que font-elles ? Mènent-elles une politique aussi déterminée que le patronat ?

Sonnent-elles le tocsin ? Annoncent-elles la fin des « méthodes douces » ? Exigent-elles l’interdiction des licenciements, la réquisition des entreprises qui licencient, la confiscation des fortunes patronales accumulées pendant des années sur le dos des salariés ? Quand ont-elles organisé la convergence de toutes les boîtes en lutte ? Même des entreprises emblématiques, Continental, PSA Aulnay, Molex, Florange, elles les ont laissées à leur isolement, préférant organiser des tables rondes pour mendier des « plans de réindustrialisation locale ».

Aujourd’hui, aux mille entreprises qui en 2013 subissent un plan de suppressions d’emplois, elles ne proposent rien.

C’est dans ce vide (cet abandon) que s’engouffrent le patronat, la droite et l’extrême-droite. Si désarroi des salariés il y a, il est de la responsabilité de ceux qui devraient tout faire pour unifier les luttes des travailleurs dans tout le pays. La leçon bretonne, c’est l’urgence du front unique de toutes les boîtes, de tous les licenciés.

Alors tous comme les Bretons, mais les travailleurs, les petits paysans, les chômeurs bretons ! Yann Cézard

Samedi 7 décembre 2013 Publié dans : Revue L’Anticapitaliste n°49 (décembre 2013)

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08 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

A Quimper, une mobilisation hors du commun

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Les manifestations du 2 novembre à Quimper et à Carhaix ont suscité (pour le moins) des débats au sein de la gauche politique et syndicale…

Les questions posées sont d’importance, et le NPA persiste et signe : il fallait participer et intervenir dans l’immense mobilisation ouvrière, paysanne et populaire de Quimper.

Bien sûr, il y avait des patrons, des gros productivistes de la FDSEA. Bien sûr, il y avait du FN (non identifié) ou encore des identitaires qui pendant trois à quatre minutes ont suspendu deux banderoles du haut du mont Frugy et sur le bord de l’Odet – pas dans la manifestation elle-même. Mais que représentaient-ils numériquement dans cette marée humaine ? Quelques dizaines tout au plus, noyés parmi les ouvrières et les ouvriers, les précaires, les milliers de jeunes, de retraités, les travailleurs du privé et du public, les artisans, les paysans – probablement la plus grosse mani- festation que Quimper ait connu selon les témoignages des plus anciens.

Cela méritait-il de la part des directions syndicales régionales (CGT, Solidaires, FSU) d’appeler en tout hâte à une autre manifestation à 70 km de là ?

De nombreux exemples historiques montrent que ce n’est pas la première fois qu’en Bretagne, des manifestations qui réclament de « travailler au pays » regroupent le mouvement ouvrier organisé mais aussi la FDSEA, voire l’Eglise (qui appelait en chaire à y participer dès la fin des années 1960). Plus près de nous, dans les années 1990, il y a eu avec la CGT et la CFDT des manifestations « Brest Debout » auxquelles participait le député RPR du coin. A l’époque, le mouvement ouvrier organisé n’avait pas pris prétexte de la présence de la droite et de l’Eglise pour s’exiler ailleurs. Il leur disputait la rue et les mots d’ordre.

Et c’est bien là que le bât blesse aujourd’hui. Alors qu’initialement, l’appel au 2 novembre à Quimper était un appel pour l’emploi, pour « Vivre, décider, travailler en Bretagne » (mot d’ordre de gauche porté par le PSU dans les années 1970-80, qui a marqué de nombreuses luttes ouvrières et paysannes, comme antinucléaires), c’est la première fois que certaines organisations syndicales laissent dans ce contexte le champ libre à la droite et l’extrême droite, à leurs discours et pratiques réactionnaires.

Pourtant, il y avait la possibilité d’affirmer dans cette mobilisation hors du commun des mots d’ordre de classe, des mots d’ordre ouvriers contre le capitalisme et le productivisme. Mais cela impliquait aussi, de fait, une mobilisation anti-gouvernementale contre l’austérité et la politique de la majorité présidentielle actuelle.

Se poser les bonnes questions Est-ce ce caractère anti-gouvernemental qui a troublé les syndicats et partis politiques auteurs de l’appel à une autre manifestation ? L’appel au 2 novembre est parti de l’assemblée de Carhaix et des travailleurs menacés de licenciements de Marine Harvest, rassemblés le 18 octobre à l’espace Glenmor à Carhaix. Il avait alors été relayé par toutes les forces politiques de gauche (FdG, NPA, Alternatifs, UDB, Breizhistance ; il suffit pour le constater de lire leurs tracts ou leurs blogs) mais aussi par Attac, les zadistes et bien d’autres – et ce, au moins jusqu’au 31 octobre. Du coup, une série de questions se pose.

Pourquoi la direction régionale CGT a-t-elle attendu le 30 octobre pour lancer son appel à manifester à Carhaix (à 70 km de Quimper) et n’a-t-elle pas réagi à l’issue de l’appel du 18 octobre ou, avant, des manifestations des travailleurs de Gad, Doux, Tilly-Sabco, Marine Harvest (les principales entreprises de l’agroalimentaire frappées par les licenciements) le 14 octobre à Brest et à Morlaix ?

Pourquoi l’appel régional CGT-FSU-Solidaires ne s’est-il pas saisi de la dynamique enclenchée le 14 et de l’appel du 18 pour mettre en échec les tentatives de récupération réactionnaire du Medef et de la FDSEA, et ne pas leur laisser reprendre la main avec l’affaire des portiques et de l’écotaxe à partir du samedi 26 octobre à Pont-de-Buis ?

Comment se fait-il que malgré l’appel CGT-FSU-Solidaires à se rendre à Carhaix, c’est à Quimper que se soient retrouvés des milliers de salariés de l’agro-alimentaire et de bien d’autres entreprises du privé et du public ? Pourquoi cet appel, qui condamnait implicitement pour collaboration de classe les participants à la manifestation de Quimper, n’a-t-il eu aucun effet sur des centaines de militants de la CGT, de FO, de la FSU, de Solidaires, du FdG, du NPA, des Alternatifs, d’Attac et bien d’autres ?

Les faits sont têtus Le rapport a été de 10 à 1 en faveur de la manifestation de Quimper. C’est par milliers que les salariés, les précaires, les jeunes se sont rassemblés contre les licenciements et contre la politique d’austérité du gouvernement. Ils étaient nombreux à avoir voté Hollande et à le dire. Mais aussi à crier qu’ils n’en pouvaient plus de ses reniements.

Des textes syndicaux et politiques tentent de travestir la réalité, en passant sous silence quelques faits qu’il est donc nécessaire de rappeler. Notamment : que la fédération Finistère du PS a publiquement souhaité (le 28 octobre) l’annulation de la manifestation de Quimper ; que le député PS de la 6ème circonscription était à Carhaix ; qu’EELV, l’autre composante de la majorité gou- vernementale, était également à Carhaix (avec son secrétaire national, Pascal Durand) ; que Bernard Poignant, maire de Quimper et conseiller spécial de Hollande, a publiquement exprimé son choix en faveur de la manifestation de Carhaix ; que des adjoints de la majorité municipale (PS/PC/UDB/EELV) de Quimper étaient à Carhaix…

Certains commentateurs, qui minimisent la présence à Carhaix des partis du gouvernement, tentent de repeindre en « brun » la manifestation de Quimper. Ils nous parlent de présence massive du Front national et des identitaires. Ils y ont également vu de nombreux re- présentants du Medef ainsi que les cadres régionaux de l’UMP. Cette vision déformée de la mani- festation des Bonnets rouges se retrouve dans la plupart des médias nationaux. En réalité, ces courants de droite et d’extrême droite étaient effectivement présents à Quimper mais n’ont eu ni cette importance, ni ce rôle.

Urgence à proposer une alternative Le mouvement de grève dans l’agroalimentaire et la massivité de la manifestation du 2 novembre à Quimper (ceux de Carhaix auraient dû être parmi nous pour renforcer l’indépendance de classe) sont l’expression d’une révolte authentique, d’une lame de fond parmi les plus démunis, à travers un mouvement et des actions qui ne veulent plus se contenter de petites manifs traditionnelles où l’on fait à quelques centaines le tour du pâté de maisons.

Naturellement, ce mouvement très populaire n’est pas chimiquement pur. Il est confus, fragile, hétéroclite, mais déterminé. Il fallait y être pour l’influencer dans le sens de l’indépendance de classe, pour le nourrir de revendications comme l’ouverture des livres de comptes, l’interdiction des licenciements, la suspension des plans sociaux voire la réquisition des sites qui licencient, mais aussi, en lien avec les paysans, la défense d’un autre modèle agricole et agroalimentaire.

Il fallait y être pour apprendre aussi de lui, de ce souhait profond de « vivre, décider et travailler en Bretagne ». Manifester à Quimper signifiait disputer le terrain à la droite et à l’extrême-droite, combattre sa tentative de récupération encouragée par la reculade du gouvernement sur l’écotaxe et nourrie par le manque de riposte syndicale convergente à la déferlante des licenciements.

Raison de plus pour continuer à participer au collectif pour l’emploi de Carhaix, porteur de revendications justes faisant écho à celles qui, de la même manière, ont été à l’origine de la victoire contre la fermeture de la maternité et de la chirurgie de l’hôpital de Carhaix en 2008. Le collectif de l’époque était dans sa composition identique à celui qui a été à l’origine de l’appel du 18 octobre 2013 ; même si, déjà, certaines « forces de gauche » étaient particulièrement réticentes, et c’est un euphémisme, à soutenir le mouvement.

Pas d’union sacrée A Quimper, la gauche radicale, des militants du FdG, les associations anti- libérales, la gauche bretonne et de très nombreux syndicalistes ont manifesté contre l’union sacrée, contre les licencieurs et les productivistes mais aussi, et cela est central, contre la politique du gouvernement Hollande-Ayrault qui, par ses mesures ou non-mesures, ne fait qu’accentuer la détresse des salariés et des couches populaires.

Ce 2 novembre, il fallait combiner la lutte contre les licenciements et les plans sociaux, contre le Medef et la FDSEA productiviste, et celle contre le gouvernement qui ne fait qu’alimenter l’esprit revanchard de la droite et de l’extrême droite, en désespérant celles et ceux qui espéraient dans le « changement » de Hollande.

A Carhaix, malheureusement, le compte n’y était pas, non seulement numériquement mais surtout politiquement. On s’y est retrouvé dans l’entre-soi et, surtout, dans la confusion de l’unité avec le PS et EELV. Certains estiment que « l’indépendance de classe » aurait été sauvée même dans cette configuration, en ajoutant que  « le mouvement ouvrier » doit reprendre l’initiative… Mais les Marine Harvest, les Gad, les Doux, les Tilly Sabco, massivement présents à Quimper, ne sont-ils pas le mouvement ouvrier ?

Aujourd’hui, au-delà du débat Quimper ou Carhaix, la question est de savoir quelle perspective peut être donnée à tous ces travailleurs et travailleuses, à ces licencié-e-s, à ces jeunes qui n’en peuvent plus et qui cherchent, même de manière confuse, une issue à leur détresse. Quelle perspective de révolte, de lutte peut émerger de ces mouvements ? Et comment les faire converger ?

Il faut retrouver le sens de l’unité syndicale, de l’unité ouvrière et de la convergence avec les paysans qui ont tout à gagner à un autre modèle agricole, contre le massacre social, environnemental, humain et la politique désastreuse du gouvernement. Il faudra aider à construire socialement et politiquement une opposition unitaire de gauche à ce gouvernement social-libéral discrédité pour répondre au plus grand nombre, pour que les cris de colère ne se transforment pas en vote de la haine. Gérard Mas Samedi 7 décembre 2013

Publié dans : Revue L’Anticapitaliste n°49 (décembre 2013)

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07 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

Bonnets Rouges, l’après mobilisation de Carhaix (gi)

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Analyse de la Gauche Indépendantiste

Autour de 40 000 personnes se sont donc rassemblées le 30 novembre dernier à Carhaix à l’appel du Collectif « Vivre, décider et travailler en Bretagne ».

Dès 13h30, le pôle ouvrier s’était donné rendez-vous devant la gare pour rejoindre plus tard, en cortège de près de 2000 personnes, le site de Kerampuilh, lieu de rendez-vous du rassemblement. Le comité pour le maintien de l’emploi en Centre-Bretagne, dit pôle ouvrier du Collectif « Vivre, décider et travailler en Bretagne » a ouvert les différentes interventions par la lecture de ses revendications en français  et en langue bretonne avant que ne lui emboîte le pas les ouvriers de GAD, Marine-Harvest, de Tilly Sabco, ou de Doux.

Ce qu’ont dit ces ouvrières et ouvriers, comme ils le rappelleront plus tard sur la grande scène de Kerampuilh, c’est qu’ils ne sont pas dupes, ce ne sont pas « des nigauds » comme il arrangerait certains de le faire croire. Elles sont bretonnes, ils sont bretons, et veulent tout simplement « travailler et décider en Bretagne ». Ils étaient soutenus par plusieurs organisations, dont le NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) dont les militants locaux on joué un rôle décisif, le SLB (Syndicat des travailleurs de Bretagne), la CGT Marins Grand Ouest, le collectif des chômeurs et précaires de Brest ou bien encore La Gauche Indépendantiste Bretonne.

Nous n’avons pas pour notre part fait l’impasse sur la critique des institutions locales, du modèle agricole productiviste, des choix fait par le patronat breton… A aucun moment nous n’avons ressenti de l’hostilité bien au contraire.

Alors que les grandes centrales syndicales se désolidarisent de centaines et de milliers de leurs adhérents en Bretagne, et qu’elles ont été incapables de mobiliser lors de la journée d’action du samedi 23 novembre à St Brieuc, Rennes, Lorient ou Morlaix, et que le Front de Gauche essaye de faire croire qu’il prend le devant de la contestation de la politique fiscale du gouvernement (Jean-Luc Mélenchon a annoncé 100 000 personnes pour sa contre-manifestation du lendemain à Paris !), le pôle ouvrier des Bonnets Rouges a besoin d’être renforcé.

On ne gagne pas des luttes à côté des travailleurs, mais avec eux ! Le même jour, les organisations proches du gouvernement organisaient une manifestation hexagonale contre le racisme. Nous ne le cachons pas, certaines et certains qui ont manifesté samedi à Carhaix sont sans doute tentés par le vote FN et le rejet de l’autre. Mais encore une fois nous ne regretterons pas d’avoir été Carhaix, où le message anti-raciste porté par différents orateurs aura eu un impact autrement important. Tant dans le pôle ouvrier, où Corentin Lemonnier, secrétaire général du SLB, a rappelé devant l’assemblée le caractère intéressé de Marine le Pen lors de sa venue en Bretagne, à Guerlesquin le 25 novembre, et dénoncé les comportements qui voudraient faire des immigrés des boucs émissaires. Sur la scène de Kerampuilh, Christian Troadec (maire autonomiste de la commune) ou Gilles Servat y sont allés de leur diatribe pour fustiger ouvertement le FN, Marine le Pen et les mouvements d’extrême droite. Enfin, s’il y avait surement des éléments réactionnaires et d’extrême-droite dans ce vaste rassemblement ils étaient pour le moins peu identifiables pour la masse des présents.

La vraie place des organisations de la gauche anticapitaliste était à Carhaix, preuve en est l’accueil dont a bénéficié le cortège ouvrier lors de son arrivée sur le site de Kerampuilh. Si le mouvement est certes hétéroclite, le rôle du pôle ouvrier dans le collectif « Vivre, décider et travailler en Bretagne » est de peser en son sein afin de donner de la lisibilité aux revendications de la classe ouvrière exprimées ci-dessus. Le rôle des organisations anticapitalistes est de les appuyer et de proposer un autre modèle de production agricole arrivé à bout de souffle. Des militants de Solidaires, de l’OCL, du PCF, de Lutte Ouvrière , de “Marx Again” avaient bien compris l’enjeu et étaient présents dans ce cortège.

Le MEDEF 29 avait lui annoncé qu’il n’appelait pas au rassemblement. Les organisations de la gauche anticapitaliste et de l’écologie doivent donc se raccrocher au mouvement des Bonnets Rouges si elles veulent se faire entendre auprès des travailleurs mobilisés en masse, n’en déplaise à M. Mélenchon, aux caciques socialistes ou communistes, politiques ou syndicaux. Faute de com- prendre cet enjeu, ces secteurs passeront à coté de ce mouvement comme le PCF passa à coté du mouvement de mai 68.

Pour peu qu’elles intègrent un message sans cesse martelé par les Bonnets rouges : “ nous voulons décider en Bretagne”. Si les portiques écotaxes ont été les catalyseurs de la grogne depuis le mois d’octobre, c’est bien car ils symbolisent le mépris d’un pouvoir central vis-à-vis d’un pays sous-domination périphérique. Pour le peuple breton, les routes sont gratuites en Bretagne, c’est un acquis que le pouvoir central n’a pas à remettre en cause sans consulter les bretonnes et les bretons. Ce qui ne fait pas d’eux des opposants à toutes formes de préoccupations environ- nementales. La gratuité des routes apparait pour de nombreux bretons comme un marqueur d’identité collective, au même titre que le drapeau, la langue, le territoire…

C’est ce genre d’éléments subjectifs, qui s’ajoutent à d’autres eux bien objectifs comme l’histoire, des traits culturels ou linguistiques évidents, qui contribuent à construire un sentiment d’appartenance collectif à une communauté nationale spécifique. Plus qu’à Kemper le samedi 2 novembre, on pouvait lire de très nombreux slogans en langue bretonne, bilingue. Nombre de prises de paroles se sont faites en breton comme lors du rassemblement du pôle ouvrier où nous l’avons mentionné l’appel à manifester s’est aussi fait en breton, comme sur la grande scène de Kerampuilh où les présentations des intervenants et certaines parties d’ interventions se sont faites en langue bretonne.

C’est un mouvement profondément populaire, beaucoup des participants ne semblaient pas être des habitués des manifestations revendicatives, en témoignent les banderoles bricolées à la maison, les drapeaux bretons portés sur des bouts de bois…

Enfin, un enseignement de poids est à tirer de ce rassemblement : l’émergence claire de la volonté de création d’un pouvoir local renforcé pour une Bretagne réunifiée, afin que le peuple breton gère ses affaires au plus près. Tant sur scène par les propos de Christian Troadec ou de Gilles Servat clouant lui au pilori la “dictature de la bourgeoisie parisienne”, que parmi les manifestants, on pouvait lire des messages tel que « Marre de la France » ou « Breizh Dieub » (*NDLR “Bretagne Libre”*) ou simplement “indépendance”.

Outre la Gauche Indépendantiste et le NPA, les autres partis défilant tous drapeaux au vent (comme à Kemper le 2 novembre) étaient l’Union Démocratique Bretonne et le Parti Breton qui défendent une forme de souveraineté pour le peuple breton.

Toutes les personnes présentent à Carhaix ne peuvent feindre (d’ignorer) qu’une des prochaines étapes de cette lame de fond, c’est la revendication d’une forme d’autodétermination pour la Bretagne réunifiée. C’est ce qui glace d’effroi la classe politique locale et le gouvernement central qui préfèrent tabler sur un essoufflement du mouvement et ses contradictions et continuer à stigmatiser le mouvement et le peuple qui s’y retrouve, avec un mépris incroyable.

La question nationale bretonne, le droit à l’autodétermination du peuple breton font désormais partie de l’agenda politique. Pour affirmer sans complexe aucun la complémentarité du combat pour la justice sociale et l’émancipation politique du peuple Breton il faut renforcer la Gauche Indépendantiste et ce dès maintenant dans le cadre des mobilisations des Bonnets Rouges et après !

Breizh dieub ha sokialour ! mercredi 4 décembre 2013

http://www.rennes-info.org/Bonnets-Rouges-L-apres

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06 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

Bretagne, un pacte sans avenir qui ne répond pas au présent

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A l’heure où nous venons d’apprendre le dramatique suicide d’un ouvrier licencié de chez GAD, le jour de la venue des ministres Sapin et Garrot à Lampaul Guimiliau, le pacte d’avenir pour la Bretagne parait bien dérisoire au regard du massacre social en cours.

Ce pavé de 87 pages, rempli de chiffres et de prospectives, s’il répond à l’appétit du grand patronat qu’il soit breton ou pas, ne répond en rien aux situations présentes faites de milliers de licenciements et de fermetures d’usines.

Si les entreprises vont recevoir sans aucun contrôle ouvrier de nombreux millions d’euros, les salariés licenciés ou menacés de l’être n’auront droit qu’à « la sécurisation – bidon – de l’emploi », à de la formation (pour aller où ?) et à des aides à la mobilité vers des régions qui demain les licencieront aussi.

Ce pacte ne prévoit en rien l’ouverture des livres de comptes des entreprises ni la récupération des dizaines de millions d’euros qu’ont reçus les patrons des Doux et Tilly-Sabco au titre des restitutions (subventions européennes). Ces patrons qui aujourd’hui licencient et en demandent encore et encore.

Une fois de plus rien n’est dit concrètement de l’avenir des travailleurs, des petits paysans les plus durement frappés par la soi-disant crise, alors même que le pacte confond simplification admi- nistrative et déréglementation, favorisant ainsi les propositions portées par le lobby porcin.

Il n’est pas sûr qu’il parvienne à répondre à la détresse et à étouffer la colère des Bretons !

La lutte unitaire contre les licenciements et la précarité doit continuer et s’amplifier.

Montreuil, le 5 décembre 2013

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06 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

Bretagne: ce n’est qu’un début…

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Durant toute la semaine précédant la manifestation du samedi 30 novembre à Carhaix à l’appel des Bonnets rouges, les comités de défense de l’emploi de nord Finistère et de Carhaix, composés des salariéEs de Gad, de Tilly-Sabco et de Marine Harvest et de leurs responsables syndicaux, n’ont pas chômé.

L’idée impulsée par le comité de Carhaix était d’organiser samedi 30 novembre un rassemblement de l’ensemble des salariéEs en lutte, avec un rendez-vous devant la gare, avant de converger vers le site des « Vieilles Charrues », lieu du rassemblement des Bonnets rouges.

Nouveau comité unitaire Après une semaine de rencontres et de discussions, le comité pour l’emploi en Bretagne est né et s’élargit : en plus des ouvrierEs de Marine Harvest, Tilly-Sabco et Gad, il regroupe la CGT des Marins du Grand Ouest et le SLB (Syndicat des travailleurs de Bretagne).
Le texte fondateur de ce comité s’intitule « Décider, vivre et travailler en Bretagne en interdisant les licenciements ! Frankiz, labour, bara ! », et dénonce clairement les conditions de travail inhumaines réservées aux salariés de l’agro­alimentaire, condamne les politiques européenne soutenues par les gouvernements français successifs qui ont détruit les acquis sociaux, les services publics, les garanties collectives des salariéEs au nom du libéralisme économique.
Il appelle à l’unité de tous les syndicats de salariés, petits artisans et commerçants, à l’unité ouvrière la plus large contre les plans de licenciements dans le privé et contre les suppressions de postes dans le public. Le texte se conclut par : « Les solutions existent pour combattre le libéralisme économique. Elles passent par l’interdiction des licenciements, la réquisition ouvrière des moyens de production et la nationalisation des entreprises bénéficiaires qui licencient. »

Pôle ouvrier en manifestation Ce texte, qui a circulé par mail, par voie de presse, appelait donc à un rassemblement devant la gare de Carhaix à 13 heures. Ce samedi 30 novembre, le « pôle ouvrier » s’’est étoffé, rejoint par des salariéEs du privé mais aussi du public, de simples citoyens et des militants du Breizhistance, du PC et du NPA. On a aussi pu voir flotter quelques drapeaux de la CGT et de Sud, bien insuffisants au regard de la responsabilité que devrait prendre dans ce mouvement les syndicats ouvriers.
Après la lecture du texte fondateur en français et en breton, les prises de parole des Gad, Marine Harvest, Tilly-Sabco, de la CGT des Marins du Grand Ouest et SLB se succèdent. Les discours sont clairement antifascistes et anti­capitalistes, et défendent l’interdiction des licenciements. Ils sont aussi des appels à relever la tête, à la lutte du monde ouvrier. Et ce sont au moins 1 000 personnes qui partiront en cortège derrière une banderole reprenant le titre de l’appel.

Rassemblement massif Fort de ce véritable succès, c’est en scandant des mots d’ordre combatifs que le « pôle ouvrier » a rejoint le lieu du rassemblement central. Sous les applaudissements, les rangs s’écartent pour laisser cette manifestation dynamique arriver jusqu’au plateau où les dirigeants syndicaux des usines en lutte prendront à la parole et liront l’appel du comité pour l’emploi en Bretagne.
Pêcheurs, agriculteurs, routiers, artisans se succéderont ensuite sur le podium où les principaux responsables du mouvement, Thierry Merret, dirigeant de la FDSEA, et Christian Troadec, maire de Carhaix, ont également harangué une foule très populaire estimée de 17 000 à 35 000 personnes.
Beaucoup de discours contre l’écotaxe et des paroles confuses contre les taxes et les « charges » en général sont martelés, ainsi que sur la fierté d’être breton. Christian Troadec conclura en invitant François ­Hollande « qui, pour le moment, n’a pas dit un mot sur ce qui se passe en Bretagne, à venir entendre ce que nous avons à lui dire ». Signalons que le Medef, contenté par le pacte d’avenir de Bretagne, ne soutient plus les Bonnets rouges… au grand soulagement de nombreux manifestants.
Ce rassemblement fut entrecoupé de concert des Frères Morvan et de Gilles Servat qui nous interprétera ses célèbres chansons emblématiques, comme « les Prolétaires » et « la Blanche Hermine », hymne officieux breton.
Pour le comité pour l’emploi en Bretagne, la tâche ne s’arrête pas là. Des rendez-vous sont déjà fixés pour faire le bilan de la journée, mais aussi organiser dans les jours à venir un meeting dans le Finistère.

Correspondante Jeudi 5 décembre 2013

 

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05 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

Bonnets rouges et pôle ouvrier à carhaix (ocl)

zebres

Quel avenir pour le mouvement ?

Samedi 30 novembre 2013, à l’appel du Collectif « Vivre, décider et travailler en Bretagne », près de 30 000 personnes se sont rassemblées sur le site de Kerampuilh, pour écouter divers orateurs puis manifester à travers la petite ville avec gwenn ha du (drapeau breton : « blanc et noir ») et bonnets rouges.

Malgré les dénigrements politiciens sur le poujadisme supposé du mouvement, malgré le déminage gouvernemental des dossiers des entreprises de l’agro alimentaire, Tilly Sabco et Doux, malgré l’amélioration des conditions de licenciement chez Marine Harvest, malgré le projet de « pacte d’avenir pour la Bretagne » promis par Ayrault pour le 4 décembre et le report de l’écotaxe à janvier 2015 annoncé par Le Foll et malgré le désengagement de toutes les confédérations syndicales et du patronat ( !) qui n’appelaient pas, le mouvement n’a pas faibli !

Nous avions publié l’appel à constituer un pôle ouvrier à l’occasion de cette journée : Bonnets rouges Pour un Pôle ouvrier à Carhaix , dont le texte d’appel n’a été finalisé que le jeudi 28 et n’a eu qu’une diffusion tardive… C’est donc un peu au pied levé que les choses se sont organisées, à l’initiative du comité de défense de l’emploi en centre Bretagne.

Dans un premier temps, c’est à la gare devant 2 à 300 personnes que les prises de paroles ont commencé. Certains participant-e-s étaient là pour la première fois avec leur banderole faite maison dénonçant leurs conditions d’exploitation… Les sections syndicales de l’agro-alimentaire n’avaient pas appelé à cette initiative de pôle ouvrier, les conflits de GAD, Tilly et Harvest, étant négociés ; les personnes présent-e-s étaient syndiqués ou non, sans étiquette. Le SLB (syndicat des travailleurs de Bretagne) a exprimé une position de classe, internationaliste et solidaire avec notamment les sans papiers et travailleurs immigrés ; de même le NPA a évoqué la nécessité d’interdire les licenciements et de nationaliser les boîtes qui délocalisent leur production ; enfin Breizhistance (gauche indépendantiste) a évoqué entre autres la nécessité d’une démocratie de proximité, taxer les résidences secondaires vides toute l’année pour aider les mal-logés et un autre mode de production agricole.

Les groupes de salarié-e-s de GAD, Tilly Sabco, Marine Harvest ont décrit la situation respective de leurs boîtes. La salariée de Tilly Sabco a évoqué de façon élogieuse ( !) l’action du patron, Sauvaget, qui aurait permis de débloquer des subventions européennes pour maintenir les emplois à flot (et son entreprise par la même occasion !…ndc). A l’opposé, les salarié-e-s de GAD qui avaient reçu leurs lettres de licenciement la veille ont défilé à travers Carhaix en conchiant bruyamment leur employeur… Les positions sont donc quelque peu contrastées.

Finalement le cortège s’est rapidement étoffé, pour regrouper un millier de personnes en arrivant sur le site de rassemblement des Bonnets Rouges, chaque boîte en lutte était identifiée par une couleur de t-shirt (cf photo). Le comité pour la défense de l’emploi devrait voir la suite à donner à cette journée.

DES INTERVENTIONS CONTRADICTOIRES

Les prises de paroles sur la scène centrale des Bonnets Rouges étaient également contrastées. Se sont succédés sur la scène des gloires locales octogénaires, gaullistes bretonnants et réacs, mais aussi Gilles Servat avec sa chanson « les prolétaires » datée mais plus que jamais d’actualité…
Puis un agriculteur a exprimé la nécessité d’un autre mode de production, plus soucieux d’une production équilibrée et équitable, mais le porte-parole de la FDSEA 29, Merret, représentant des gros légumiers et cochonniers a rappelé lourdement qu’il faut libérer les énergies …/… et lever les contraintes et les freins sur les plans législatif, fiscal, social et environnemental. Voudrait-il transformer la Bretagne en république bananière ? Merret rappela aussi que dés février 2009 le patronat breton avait dénoncé l’écotaxe par une action au péage de la Gravelle. Bref, il a revendiqué la primeur patronale de la contestation de l’écotaxe et la centralité des patrons : Sans entrepreneurs, pas d’entreprises, et sans entreprises pas d’emplois…

Troadec au contraire a évoqué clairement une préoccupation de défense des conditions sociales et de solidarité future contre le centralisme jacobin, en en appelant à la base de la population, ouvriers, paysans, chômeurs, petits patrons, pour constituer la colonne vertébrale d’un mouvement, qui imposerait un outil institutionnel régional, et invitant Hollande à venir en discuter… Voilà qui s’appelle prendre date, notamment à quatre mois des municipales, pour un simple maire conseiller général qui « fait le job », en cotoyant aussi bien le patronat du cercle de Locarn qu’en défilant le 23 novembre dans la manifestation intersyndicale à Lorient le matin et à Morlaix l’après-midi… Si on peut reprocher à Troadec son côté girouette, à se partager entre le NPA Carhaix et la FDSEA 29 ( !) pour lancer ses initiatives, il donne l’impression au-delà de son fief électoral de Carhaix, de promouvoir un projet autonomiste breton, proche du programme de l’UDB (Union démocratique bretonne) mais sans avoir besoin de faire allégeance au PS pour exister politiquement comme élu. Doué du sens des affaires et des alliances politiques réalistes, son charisme n’est pas pour rien dans l’ambivalence que les médias prêtent aux Bonnets Rouges.

QUEL AVENIR POUR CE MOUVEMENT ?

Ce duo contrasté des deux figures de proue du mouvement est-il un jeu pour ratisser large en se répartissant les rôles, au nom de la défense des intérêts communs des territoires bretons, ou au contraire la chronique d’un divorce annoncé.. ? Un peu des deux, peut-être.

Mais la mobilisation leur impose aussi son rythme propre, à la remorque de l’économie ( blocus des transporteurs possible), tributaire des fermetures et licenciements qui se succèdent, dans l’industrie comme dans l’agro alimentaire. Une nouvelle crise pourrait bientôt éclater, avec de sérieuses conséquences suite à la remise en cause par l’UE de la PAC (prix du lait non garanti, fin des quotas, etc). La production laitière bretonne est déjà assez malmenée (depuis 2009, 15 % des exploitations ont disparu), et la tempête annoncée pourrait être d’une autre ampleur que l’écotaxe.

Les leaders des Bonnets rouges sont aussi obligés de composer avec l’humeur d’une population qui a voté massivement Hollande (59 % dans le Finistère) et qui ne décolère pas de la politique menée aujourd’hui : délocalisation d’usines faisant des bénéfices, risque de faillites pour cause de modification de la PAC (fin des restitutions à l’export), ou pour cause de dumping social avec l’UE (les abattoirs allemands sous-paient leurs salariés…), ces difficultés dans l’agro-alimentaire ne sont que l’application d’une politique capitaliste brutale, sous stricte domination de la finance. Et ce n’est pas l’épisode de la retraite-chapeau de Varin, ex PDG calamiteux de PSA, qui calmera les esprits.

Le rebond de la mobilisation dépend aussi des petits patrons, liés à la santé économique de leurs donneurs d’ordre de l’agro-alimentaire et des producteurs ; notamment les petits transporteurs dont les entreprises sont impactées par l’écotaxe, n’ont pas l’envergure pour la répercuter sur leurs tarifs, comme le font la grande distribution ou les grosses boîtes de transport. Bref ce n’est pas le salaire et le salariat qui font le prolétaire… Et il y a des travailleurs « indépendants » plus exploités que les salariés : revenus inférieurs, à la tâche, sans cotisations ni droits au chômage.

Les médias ont également joué un rôle d’accélérateur et d’amplificateur (relayé par tous les secteurs d’opinion « libéraux », fort nombreux dans la presse magazine et chez les « experts » des chaînes TV d’info) à propos de la « fronde fiscale », plus ou moins sincère, mais qui peut traduire aussi une réelle angoisse, un étouffement économique chez des « indépendants » face au ralentissement de l’économie.

MOUVEMENT ET TERRITOIRE

Sur l’avenir du mouvement, la dimension bretonne des Bonnets rouges est indéniable ; elle soude le groupe et s’est imposée à la population… Une identité collective n’est revendiquée et défendue que lorsqu’elle se sent menacée, remise en cause. Avec la péninsularité de la Bretagne en périphérie des axes européens, avec le plus fort taux hexagonal de propriétaires de leur logement et le tissu associatif le plus dense, la population bretonne qui est attachée à ses racines et à ses liens sociaux craint logiquement une future désertification économique, à la grecque ou à la portugaise, sur les marges de l’Europe, d’où son allergie partagée à la taxe poids lourds ; de plus l’endettement de l’Etat français justifie le rognage des protections sociales ; les conditions de travail dans l’agro-alimentaire breton sont déjà très ingrates et il n’y a pas d’alternative d’embauche ; et enfin le gouvernement Ayrault est aux ordres de l’orthodoxie budgétaire pour désengager l’Etat de secteurs d’activité même bien défendus, comme Arcelor-Mittal… Les luttes locales pour s’imposer face aux directives de Paris sont toujours dans la mémoire collective, des mobilisations des légumiers du Leon dans les années soixante à la résistance anti nucléaire à Plogoff en 1981, entre autres. Cette révolte fiscale est aussi basiquement l’expression d’un ras-le-bol de type « autonomiste » (l’impôt, c’est l’Etat, c’est Paris) qui, ajouté à la question des normes (là, c’est « Bruxelles »), crée une révolte à la fois « libérale », anti bureaucratique et anti centraliste.

Alors quoi de mieux que l’étendard breton pour porter en avant une communauté d’intérêts, ou supposés tels, pour maintenir des relations, un tissu social et un mode de vie liés à un territoire, particulièrement le Centre Bretagne où beaucoup de gens se « débrouillent » avec des petits boulots et des échanges pratiques permettant de vivre bien mieux qu’en ville, pour le même budget. De plus pour la population bretonne, cette identité se lit en « négatif » dans la prise de distance des différents appareils parisiens… qu’ils soient syndicaux, patronaux, politiques. Quoi de plus fort que le sentiment de rejet collectif pour souder un groupe ! Si le MEDEF, la FNSEA, la FNTR, les confédérations syndicales, les partis n’appelaient pas à Carhaix (un remake inversé du 2 novembre), localement les petits patrons, les militants syndicaux de base, ouvriers ou agriculteurs et transporteurs, eux étaient là….

QUEL PROJET CAPITALISTE EN BRETAGNE ?

Les patrons du think tank du Cercle de Locarn, les Glon, Doux et autres Henaff aimeraient conserver les populations bretonnes sous leur coupe, en renforçant encore leur main-mise par le biais d’institutions locales pour maximiser leurs profits et intensifier les conditions de merde qui prévalent dans l’agro-alimentaire breton (pénibilité, salaires légers, travail à la chaîne, flexibilité,…).

Mais il y a un autre projet capitaliste pour la Bretagne, et le Grand Ouest. La métropolisation Nantes Saint-Nazaire Rennes constitue une perspective plus juteuse, pour le « grand » capital, que le maintien à long terme et à grand frais (humains, environnementaux, financiers) d’une production agro alimentaire de qualité médiocre et surabondante, sujette à la surproduction de façon chronique et à une rivalité commerciale renouvellée avec des économies émergentes. Cette métropolisation, qui bénéficie de moyens considérables pour accélérer son implantation commencée depuis 20 ans, n’est pas une exception.
Ainsi plusieurs grandes métropoles régionales redessinent un nouvel aménagement du territoire hexagonal. La métropole nantaise ne se fera pas sans conséquence pour le territoire breton. Par exemple le projet d’aéroport international de Notre Dame des Landes ambitionne de concentrer la plupart des lignes aériennes du Grand Ouest, pour à terme drainer le trafic des autres aéroports environnants et atteindre un seuil de rentabilité. De même la métropole nantaise est censée concentrer des moyens culturels (grandes écoles, universités, centres de recherche et de création, musées, palais des congrès, salles de concert) pour rayonner par une offre artistique et d’enseignement, afin d’attirer des classes sociales plutôt aisées, susceptibles de consommer et fournir la main d’œuvre adaptée aux secteurs d’activité les plus innovants et rentables.

Cette métropolisation en cours (à laquelle les opposants au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes résistent pour préserver leur mode de vie et refuser un grand projet inutile imposé) n’annonce rien de bon pour le réseau de villes petites et moyennes que la Bretagne intérieure a su conservé, pour permettre un maillage suffisant de son territoire et maintenir une activité, des services et commerces utiles ou nécessaires et pas trop éloignés. La logique de la métropole nantaise est de concentrer les infrastructures et moyens financiers, culturels, économiques, humains pour atteindre une taille critique, pour créer à partir de ce pôle un environnement optimal susceptible d’initiatives économiques et avoir une chance de survivre dans la compétition internationale, avec la transformation du territoire breton en hinterland d’une future métropole régionale active et branchée…

Les conséquences pour les populations du centre Bretagne ne seront pas un gain d’autonomie pour maîtriser leur avenir et des solutions adaptées à leurs besoins. Aussi les motifs de lutte des habitant-e-s contre le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes – et par conséquence la métropolisation – ressemblent à la volonté des Bonnets rouges de vivre, décider et travailler en Bretagne, sans que les bureaucrates parisiens, ou nantais, n’aient leur mot à dire sur leurs affaires. La question posée est celle-ci : comment une communauté humaine vivant sur un territoire peut-elle résister aux projets et changements imposés par des pouvoirs ou des logiques extérieures, sans qu’elle ait eu son mot à dire.

C’est un peu le sens de ce mouvement des Bonnets rouges. Alors comment questionner ces deux luttes pour que leurs cheminements et leurs dimensions respectives puissent se renforcer mutuellement ? La critique du progrès et du productivisme, du rapport de l’humain à la nature, de la définition des moyens pour satisfaire les besoins réels, la pratique de débat collectif en assemblée générale horizontale sans bureau centralisateur, ces thèmes souvent abordés à Notre Dame des Landes questionneraient utilement les pratiques et revendications du mouvement de l’agro-alimentaire breton. Ce serait pour le coup une vraie révolution culturelle.

Inversement l’échelle du mouvement des Bonnets rouges en centre Bretagne, d’un territoire étendu concernant une population conséquente et diverse de classes populaires, oblige à penser politiquement l’intervention publique, au-delà d’une ZAD de 2000 hectares confidentielle et hermétique pour le plus grand nombre. Les préjugés négatifs respectifs sont nets, mais dans un premier temps, ouvrir un canal de discussions et d’échange d’informations serait précieux. Surtout que le COPAIN 44, « héritier » du mouvement paysan travailleur, qui réfléchit à la pratique d’une agriculture paysanne, est très investi dans la défense de la ZAD et peut constituer l’esquisse d’un pont paysan entre les mouvements. Bref, il est plus qu’urgent et nécessaire de se parler et réfléchir ensemble pour espérer pouvoir vaincre, face à l’Etat et au capital.

Nantes, le 2 décembre.

PS : dans le numéro 335 de décembre de Courant Alternatif, un article aborde les bases de la crise dans l’agro-alimentaire breton, notamment l’historique d’un secteur d’activité qui a détruit l’agriculture paysanne traditionnelle au plus grand bénéfice des banques, Crédit Agricole en tête, des multinationales du machinisme agricole, des semenciers et autres producteurs de phyto-sanitaire. Ici plus qu’ailleurs, l’idée de Progrès a servi les plats au grand capital. Le mouvement des Bonnets Rouges est le produit de la crise de cette agro-industrie destructrice… et nourricière !

http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1450

 

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05 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

La manifestation des «bonnets rouges» à carhaix (lo)

Charles TILLON 1926

Régionalisme et revendications ouvrières

La manifestation de Carhaix du 30 novembre a regroupé largement autant de monde que celle de Quimper le 2 novembre.

Comme à Quimper, le caractère populaire du rassemblement était indéniable. La veille, par souci de ne pas se mettre à l’écart du Pacte pour l’avenir de la Bretagne, les instances régionales du Medef ainsi que le Comité régional des pêches s’étaient démarqués du rassemblement.

Mais cela n’a rien enlevé à la confusion. Ceux qui occupaient la tribune parlaient au nom des divers petits entrepreneurs présents dans la foule, artisans, commerçants, routiers, agriculteurs et pêcheurs. Mais, parmi les présents, il y avait aussi beaucoup de travailleurs salariés, de chômeurs, de retraités, sans référence à un syndicat, à une profession ou à un secteur d’activité. En effet toutes les organisations syndicales ouvrières s’étaient elles aussi ostensiblement démarquées, laissant les salariés sans expression ni organisation propres. Outre l’abrogation de l’écotaxe, le régionalisme et la dénonciation des charges et des contraintes administratives parisiennes se sont donné libre cours et tenaient lieu de dénominateur commun.

Malgré l’absence des centrales syndicales ouvrières, des organisations, telles que le NPA, divers petits groupes se situant à l’extrême gauche et se référant en même temps à des valeurs régionalistes, avaient pris l’initiative d’appeler les salariés à se regrouper devant la gare de Carhaix dans un « pôle ouvrier », avant de rejoindre le rassemblement.

Cette initiative entendait permettre l’expression des intérêts des salariés. Près de mille manifestants s’y sont regroupés avec des travailleurs de Doux, de Tilly-Sabco, de Gad ou de Marine Harvest, qui se distinguaient par leurs tee-shirts et leurs banderoles exigeant la sauvegarde de leurs emplois. Les banderoles étaient diverses, les organisations bretonnantes tenant à arborer les leurs. Cependant des banderoles réclamant clairement l’interdiction des licenciements étaient bienvenues. Et la responsabilité des groupes industriels, bretons ou non, était clairement dénoncée.

Dans le cortège qui a rejoint le lieu du rassemblement, les slogans à connotation régionaliste se mélangeaient à d’autres affirmant plus clairement que « de l’argent il y en a dans les poches du patronat ». C’est à près de deux mille que les manifestants se sont joints au rassemblement.

C’était au moins affirmer les exigences ouvrières et se démarquer de la confusion des organisateurs, qui se sont félicités de leur succès, insistant sur les propositions dont ils étaient porteurs et invoquant de Gaulle et Mitterrand comme présidents ayant su entendre en leur temps la voix de la Bretagne. Il faudra autre chose pour faire entendre vraiment la voix des travailleurs… de Bretagne et d’ailleurs. Correspondant LO

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2366&id=8

Commentaire: Vrai petit chef d’oeuvre! Tout pour plaire à LO (contre les patrons et les licen-ciements)et pourtant y a quelque chose qui coince! Le régionalisme des ouvriers! Et oui, les ouvriers bretons  osent se sentir « bretons ». Y a pas à dire, çà la fout mal! Détail: il n’y avait pas d’orga « bretonnante » ce qui veut dire « parlant breton », mais nationalistes à divers degrés. Ce qui normalement ne devrait pas exister en France!

 

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