Archive | Questions bretonnes etc

16 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

gwengamp (cgt)

stop

Rassemblement est organisé mardi 21 septembre  à  11h30 devant le siège de l union locale CGT de Guingamp  à   cette occasion en musique avec le concours des intermittents du Sbam Cgt nous inaugurerons la banderole:  « Blanker d’ar ger »  

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13 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

brezhoneg

komzit

Travailleurs et Travailleuses de la langue bretonne !

Prenez part aux journées d’action les 21 et 22 septembre !
La langue bretonne crée des emplois !

Brezhoneg = postoù-labour

En juin dernier à l’occasion de l’arrivée de la Redadeg, près de 15 000 bretons défilaient dans les rue de Guingamp pour s’opposer à la décision du Conseil Constitutionnel annulant en partie la loi Molac sur les langues dites régionales, et déclarant l’enseignement immersif anticonstitutionnel.

C’était le point culminant d’une série de mobilisations en faveur de l’enseignement en langue bretonne dans toutes les filières et pour une Convention Etat Région pour la transmission et l’usage des langues Bretagne ambitieuse et à la hauteur des attentes des bretons.

Le 10 juin dernier deux députés ( Y. Kerlogot et Ch. Euzet ) de la majorité présidentielle étaient
missionnés pour trouver une solution à cette situation et nous promettaient par voie de presse une rentrée sereine.

La rentrée est tout sauf sereine.

Dans l’enseignement bilingue public on dénombre de multiples difficultés : fermetures, projets
d’ouvertures non aboutis, difficultés de recrutement…

-Dans le secondaire aux lycées de Guingamp, Morlaix et dans les collèges de Callac, Plouha, Lanmeur, Ploemeur, St-Brieuc et dans le primaire à Cléder, Cleden-Poher, Morlaix, Ploezal-Runan, Montfort-Sur – Meu, Languidic

Dans les écoles Diwan les classes des collèges du Releg-Kerhuon et de Plesidy sont surchargées notamment par ce qu’y sont accueillis les élèves à qui l’Etat n’est pas capable d’offrir la continuité pédagogique dans la filière bilingue publique (jusqu’à 40 élèves par classe !!)

Certains aspects de la loi Molac n’ont pas été abrogés, notamment ceux indiquant que l’Education Nationale se devait de respecter la continuité pédagogique dans le secondaire pour le bilingue public.

Ce service public ne respecte donc pas la loi.
Pour Diwan, les mairies concernées doivent verser le forfait scolaire aux établissements Diwan
accueillant des enfants de leurs communes. Beaucoup s’en exonèrent. Le Conseil Régional de Bretagne a été élu en promettant « plus de Bretagne et moins de Paris » comme
l’indiquait sont président Loig Chesnais-Girard.

Tout le personnel politique désormais élu dans les majorités départementales et régionale est venu manifester à Guingamp et s’est engagé pour la langue bretonne. Le rapport de Yannick Kerlogot et Ch. Euzet ne résoud rien et ne nous garantit pas une rentrée sereine.

Pire nous venons d’apprendre l’existence, jusque là cachée d’un rapport rédigé en 2019 par deux inspecteurs généraux de l’éducation nationale ; Yves Bernabé et Sonia Dubourg Labrovv sur l’enseignement immersif en langue bretonne à Diwan.

Les conclusions du même rapport peuvent s’appliquer à l’enseignement immersif pratiqué dans n’importe quelle filière d’enseignement. Ce rapport, tout en reconnaissant la qualité et l’efficacité des écoles Diwan , ainsi que de la pédagogie par immersion, préconise de réduire le nombre d’heures dispensées en breton sur le temps scolaire et passer au crible de la légalité les contrats d’associations liant Diwan et l’Education Nationale.

Sous prétexte que Diwan est devenu un des symboles de la Bretagne ce rapport préconise depuis 2019 de liquider Diwan. Le conseil constitutionnel a déclaré en mai 2021 l’enseignement immersif « anticonstitutionnel ».

Si le rapport est mis en pratique c’est la mort de DIWAN et les pratiques immersives dans l’enseignement bilingue public seront mortes-nées.

Le Conseil Régional de Bretagne n’a pas dit un mot face à cette nouvelle attaque.
Les élus du Conseil Régional comptent-ils discuter avec l’Etat sur la nouvelle convention Etat-Région autour de la transmission des langues de Bretagne sans demander au préalable la mise à la corbeille de ce document ? Nous ne les avons pas entendus. Pas plus, ou trop peu, que sur les difficultés rencontrées à la rentrée.
C’est regrettable.

Travailleurs de langue bretonne , vous faites tournez la baraque avec peu de moyens. Rappelons aux élus leurs promesses.
La langue bretonne vivra, nos filières d’enseignement doivent se développer en toute sérénité et
non vivoter en subissant austérité budgétaire, incompétences et hostilité de l’Etat central.

Dans les écoles, collèges, lycées, avec les parents, élèves et collègues de toutes les filières,
personnels de radios, journalistes TV, salariés de Centres Culturels et ententes de pays, de
l’OPLB, des Centres de Formations Professionnelles, des cours du soirs, stagiaires, titulaires,
ATSEM et non-enseignants, et personnels administratifs, acteurs de la filière audiovisuelle et
cinematographique, compagnies de Théatres ….

Le 21 septembre prochain mobilisez-vous sur votre lieu de travail avec vos collègues en
organisant, un rassemblement, une conférence de presse, une action autour du mot d’ordre «
Brezhoneg = Postoù Labour » et publiez les photos sur les réseaux sociaux.

Le 22 septembre rendez-vous à Karaez à 16h devant château de Kerampuilh pour faire part de
notre colère et de nos revendications , (nous voulons etre reçus par Ch. Troadec Vice Président
en charge des langues de Bretagne ) :

- La continuité pédagogique dans le secondaire dans le public bilingue et la mise à disposition de personnel pour surmonter les difficultés listées dans le primaire.
- L’augmentation de la Dotation Globale Horaire pour les collèges Diwan de Plesidy et du Relecq- Kerhuon qui doivent pouvoir embaucher et dédoubler les classes.

- Le versement effectif du forfait scolaire par toutes les communes à Diwan ce qui permettra
d’améliorer les statuts des personnels non enseignants et les conditions de travail.
- L’augmentation du nombre de postes aux concours d’enseignants bilingues dans le privé, dans
le public et à Diwan. Dans le primaire comme dans le secondaire.
- Une offre accrue de matières enseignées en langue bretonne dans les filières bilingues au
collège comme au lycée.
- Une condamnation claire et sans équivoque par la Région Bretagne des préconisations du
« Rapport Yves Bernabé /Sonia Dubourg Labrovv » qui vise à liquider l’immersion et Diwan.
- Une communication par la Région Bretagne du contenu du projet de convention Etat/Region sur la politique linguistique qui n’a pas avancé depuis…février 2021.
- Une expression du Conseil Régional de Bretagne sur la piètre et décevante contribution de Y.
Kerlogot et Ch. Euzet qui envisagent l’Etat central comme seul organisateur de la compétence
d’enseignement bilingue.
- L’augmentation du nombre de matières pouvant être passer au DNB comme baccalauréat en
langue bretonne comme le réclame en autres les lycéens et les collégiens Diwan.
- Le droit de pouvoir pratiquer l’enseignement immersif en breton dans toutes les filières comme
cela est possible au Pays Basque nord où l’académie de Bordeaux vient de valider l’ouverture de quatre classes bilingues publiques immersives.
- Le retour de l’enseignement du breton à l’université de Nantes et la contractualisation de l’école Diwan de Saint Herblain qui aurait déjà du intervenir.
- L’augmentation significative du budget de la langue bretonne par le Conseil régional de
Bretagne. Cette augmentation est indispensable au développement des activités en breton
notamment par la création de postes.

La présence de la langue sur le terrain et les propositions
d’activités pour tous les publics est indispensable à une politique linguistique cohérente.
- L’engagement d’une communication ambitieuse sur l’image de la langue à l’échelle de la
Bretagne (pays Nantais inclus).

AVEC LE SOUTIEN  de CGT FERC 22, CGT EDUC PRIVE BZH, UL CGT GWENGAMP
SOLIDAIRES EDUC 22 , CFDT EP 29, SNUIPP 44 et 29

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31 août 2021 ~ 0 Commentaire

kaboul lannion

liban1

Rassemblement devant la mairie de Lannion

Mercredi 1er septembre à 18 h

SOUTIEN AU PEUPLE AFGHAN

Appel au gouvernement pour une régularisation des sans papier

et pour une accélération des demandes de regroupements familiaux

Appel aux mairies pour un accueil d’afghans fuyant leur pays

Le CSSP (collectif de soutien aux sans-papiers), CSMG (Collectif de soutien aux migrants du Goëlo), Amnesty International, A Gevred Amañ, Les gens heureux, ont décidé d’organiser un rassemblement mercredi 1 septembre à 18 h devant la mairie de Lannion.

Alors que les talibans ont repris le pouvoir en Afghanistan, des milliers de personnes tentent de fuir le pays. Face à cette tragédie, la France doit apporter des réponses urgentes et dignes de ses engagements internationaux en protégeant la population civile. Malheureusement la France a mis un  terme au plan d’évacuation des ressortissants français et de certains collaborateurs afghans et de leurs familles depuis vendredi dernier.

Le bilan des années au pouvoir des talibans en Afghanistan est connu et désastreux. Malgré les déclarations récentes de leurs chefs, on peut craindre le pire pour les populations civiles, c’est-à-dire des violations très graves et systématiques des droits humains, notamment des châtiments cruels, inhumains et dégradants liés à l’application de la charia, et une épuration brutale de tous ceux et de toutes celles soupçonnés de ne pas adhérer à leur idéologie.

Selon Cécile Coudriou, la présidente d’Amnesty France, « il ne faut pas croire les discours actuels des talibans qui se présentent sous un visage moins brutal qu’auparavant ».

Il y a donc urgence absolue.

Nous attendons du président Macron qu’il s’engage à ce que la France et l’Europe sauvent le plus de vies possible parmi les personnes aujourd’hui directement menacées : toutes celles qui seront immanquablement soupçonnées d’avoir « collaboré » avec l’Occident, comme les interprètes, mais aussi des défenseurs des droits humains, des journalistes, des universitaires, des femmes qui ont pris des responsabilités, des personnels du monde de la culture et des personnes LGBTI+.

Plus que jamais, la politique d’accueil de la France et de l’Europe doit être digne de leurs engagements en matière de droits humains.

Nous demandons :

· D’accueillir immédiatement, par des voies sûres, un important contingent d’Afghans menacés, en facilitant la délivrance de visas et le regroupement familial et en créant de nouvelles structures d’accueil.

· De réexaminer les décisions de renvoi vers l’Afghanistan et de régulariser la situation des Afghans ; 9 000 afghans ont reçu depuis 2015 une OQTF (obligation de quitter le territoire)

· d’accélérer les demandes de regroupements familiaux qui sont en attente depuis des mois voire des années et d’en permettre de nouvelles.

· 3 500 dossiers de demandes d’asile d’Afghans sont en attente, dont 1500 depuis plus de deux ans. Depuis novembre 2020, la CNDA (cour nationale du droit d’asile) a durci sa position et de nombreux afghans sont déboutés. Nous ne voulons pas que sous le prétexte que le conflit armé est terminé, les Afghans se voient refuser la demande d’asile.

Appel aux mairies du Trégor et du Goëlo

Nous demandons aux mairies du Trégor et du Goëlo d’accueillir des réfugiés Afghans ainsi que leur famille, comme cela a été fait lors du démantèlement de la « jungle » de Calais.

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30 août 2021 ~ 0 Commentaire

méthanisation (fr3)

shadok_1

La méthanisation : « Un système de Shadoks », selon Olivier Allain

Un an après l’accident du méthaniseur de Châteaulin, le Breton Olivier Allain nous livre sa vision sur cette énergie. Eleveur, il a coconstruit le programme agricole du candidat Macron en 2017. Elu, il a été en charge de l’agriculture à la Région et a exercé des responsabilités à la FDSEA.

Produire de l’énergie à partir de nos déchets et entre autres nos déchets agricoles, l’idée était séduisante. En tout cas, sur le papier. Les méthaniseurs ont donc fleuri en Bretagne, région d’agriculture intensive.
Ces équipements transforment les déchets (environ 75% sont des effluents d’élevage) en énergie verte sous forme de biogaz. Les résidus restants, le digestat, servent quant à eux de fertilisant sur les cultures.
Autre avantage, cette production d’énergie représentait une nouvelle source de revenus pour les agriculteurs.

153 unités de méthanisation en Bretagne, dont 121 sur des exploitations agricoles

C’est ainsi qu’en janvier 2021, l’ADEME (agence gouvernementale pour la transition écologique) dénombrait 153 unités de méthanisation en Bretagne, dont 121 installées sur des exploitations agricoles. Les 32 autres étant des centrales dirigées par des groupements d’agriculteurs, des collectivités locales ou des entreprises.
Parmi elles, Engie. Et c’est justement l’accident de sa centrale biogaz de Kastellin à Châteaulin dans le Finistère, il y a un an, qui a jeté un pavé dans le mare.

Le 17 août 2020, 400 000 litres de digestat se déversent dans l’Aulne, 51 communes finistériennes, 180 000 habitants, sont privés d’eau potable pendant plusieurs jours. Et bien sûr les conséquences sont considérables sur la faune et la flore.

Méthaniseurs, Dr Jekyll ou Mister Hyde ?

Dès lors, les questions fusent. Les méthaniseurs tiennent-ils plutôt de Dr Jekyll ou de Mister Hyde ? Nous avons posé la question à Olivier Allain.

Eleveur allaitant dans les Côtes-d’Armor, à la tête d’un cheptel de 130 bêtes, l’homme est un incontournable quand il s’agit d’agriculture en Bretagne. Adhérent de Territoires de progrès, l’une des branches de LREM, il a murmuré à l’oreille du candidat Macron son programme agricole lors de la campagne présidentielle de 2017.

Membre de la FDSEA, il a été président de la chambre d’agriculture des Côtes-d’Armor avant d’embrasser une carrière politique. Proche de Loïg Chesnais-Girard, il a exercé les fonctions de vice-président de la région Bretagne en charge de l’agriculture avant de rejoindre la liste du candidat LREM, Thierry Burlot, aux dernières élections régionales.

Longtemps, il a cru en cette énergie verte. Il l’a défendue bec et ongles avant de changer d’opinion pour devenir l’un de ces plus virulents détracteurs. Olivier Allain nous en explique les raisons.

  • Pourquoi un tel revirement ?

Olivier Allain :  » D’abord pour des questions de coûts. Le prix de l’électricité produite grâce à des méthaniseurs atteint 22 centimes le kilowatt-heure (kWh) quand celle produite par de l’éolien terrestre est autour de 8 centimes.

De plus les prix sont garantis durant 15 ans, donc pour une unité de 300 kWh (unité moyenne), ça représente 5 à 6 millions d’euros de subvention.
C’est un coût phénoménal pour la CSPE (contribution au service public de l’électricité pour aider les énergies vertes) que chaque foyer paie, quelque soient ses revenus, via sa facture d’électricité.

Il faut ça pour que la méthanisation soit rentable car ça revient très cher. En plus de cette subvention à la production, il y a des aides à la construction. Une unité de méthanisation coûte entre 1 et 3 millions d’euros. Et là, l’Etat revient à la rescousse via l’ADEME à hauteur de 400 000 à 500 000 € (15 à 20%) ».

  • Mais s’il y a un vrai service rendu en termes de gestion de déchets, cette contribution se justifie?

Olivier Allain :  » Oui, s’il y avait un vrai service rendu, mais là aussi la question se pose. La méthanisation ce n’est pas simple à faire, c’est instable. On reproduit la panse d’une vache, donc il faut ajouter du maïs en plus du lisier et des autres déchets pour stabiliser l’installation.
Or quand on produit du maïs, il y a des aides de la PAC. Il faut de l’engrais azoté, utiliser une ensileuse, transporter le maïs et jamais on ne mesure le bilan carbone complet. On arrive dans certaines unités à des systèmes de Shadoks. Certains vont chercher du maïs à des centaines de kilomètres. Il faut que ça marche, vu l’investissement engagé. »

  • Il y a donc un impact sur le cours du maïs ?

Olivier Allain : « Je n’irai pas jusque-là. Mais c’est vrai qu’un agriculteur est prêt à payer n’importe quel prix pour alimenter son méthaniseur car c’est très rentable. Je vous donne un exemple : je vends le maïs que je produis environ 1200 €/ha à la coopérative. Si je le fais passer dans un rumen de vache laitière, je vais le valoriser à 2000-2500 €/ha. Si je le mets dans une unité de méthanisation, il est valorisé aux alentours des 4000 €. Le vendeur de maïs va donc vendre au plus offrant. »

  • Quelle conclusion en tirez-vous ?

Olivier Allain : « Je ne reproche pas aux agriculteurs de se lancer dans la méthanisation. En revanche, je reproche aux politiques de mettre des conditions économiques (NDLR : le prix élevé de rachat du kWh produit par la méthanisation) sans en mesurer l’impact financier, écologique… Il faut prendre le problème de manière systémique sinon on fait n’importe quoi. Je connais des éleveurs qui ont arrêté l’élevage pour ne se consacrer qu’à la méthanisation. Quand c’est bien fait, c’est très rentable. Mais à coup d’argent public ! »

L’avenir de la filière

Utiliser des terres agricoles pour produire de l’énergie pose évidemment la question de l’utilisation de la terre nourricière. A cela s’ajoutent les problèmes de pollution environnementale, comme celle de Châteaulin. Pourtant la promesse de transformer les déchets en énergie paraît alléchante. Les décideurs politiques vont donc devoir trancher cette question. Deux solutions s’offrent à eux : interdire cette technologie, ou revoir sa réglementation.

Une mission d’information sur « la méthanisation dans le mix énergétique : enjeux et impacts » se déroule actuellement au sénat. Son rapporteur, le député écologiste d’Ille-et-Vilaine, Daniel Salmon, remettra ses conclusions le 5 octobre prochain.

L’Europe aussi travaille sur la question. Ses décisions sont attendues en fin d’année 2021.
Aujourd’hui, la région Bretagne ne finance plus d’unité de méthanisation. Mais d’autres collectivités locales peuvent continuer à le faire.

28/08/2021

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

Lire aussi:

Finistère : la fuite d’une cuve de méthanisation à l’origine d’une pollution de l’Aulne

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27 août 2021 ~ 0 Commentaire

morgan large (france info)

agrib

Ils ont fait l’actu. Morgan Large, journaliste bretonne menacée depuis son enquète sur l’agro-industrie

Sébastien Baer revient sur les événements marquants de l’année. Et ce sont ceux qui les ont vécus qui les racontent. Jeudi 26 août, Morgan Large, après avoir vécu plusieurs actes de malveillance et des menaces, persiste à savoir la vérité sur ce qu’est l’agro-alimentaire en Bretagne.

31 mars 2021. Une nouvelle fois, Morgan Large, journaliste à Radio Kreiz Breizh, une radio du centre-Bretagne, est victime de malveillance. Alors qu’elle enquête sur l’agro-industrie, la journaliste de 49 ans s’aperçoit que sa voiture a été sabotée : il manque plusieurs boulons à l’une de ses roues arrières. « Ça pose complètement question sur la légitimité et le droit à exercer son métier de manière normale. Est-ce que la Bretagne, au regard de l’hégémonie du secteur agroalimentaire, c’est une zone de non-droit dans laquelle les journalistes ne sont pas les bienvenus ? » interroge la journaliste.

Les pressions se sont intensifiées contre la journaliste après son témoignage dans un documentaire sur l’impact de l’agriculture intensive. Morgan Large a subi toute une série de menaces : appels anonymes la nuit, empoisonnement de son chien et dégradation du local qui abrite sa radio.

Après le sabotage de la voiture, le parquet de Saint-Brieuc a ouvert une information judiciaire et plusieurs centaines de personnes ont manifesté pour défendre la liberté d’informer. La journaliste a aussi reçu de nombreux soutiens mais elle reste encore très marquée.

Les moments les plus compliqués, c’est de quitter sa maison et de se dire ‘mince, je laisse mes enfants seuls, qu’est-ce qui va se passer ?’ Morgan Largeà franceinfo

« Je ne supportais pas cette idée de me dire que je partais loin en reportage – ‘Est-ce que je laisse ma fille une nuit toute seule à la maison ?’ – alors qu’avant ça ne posait pas trop de problèmes… Mais heureusement, j’ai des voisins qui sont exceptionnels et je pouvais leur dire que je partais pour la journée et de jeter un oeil sur les voitures qui vont descendre à la maison et regarder », raconte Morgan Large.

« J’ai eu énormément de soutien aussi des gens que je croise tous les jours, des gens que je ne connaissais pas du tout, des gens de la France entière. Il y a même des gens qui m’ont proposé de m’héberger, qui m’ont dit de prendre mes enfants sous le bras et d’aller chez eux pendant un moment pour me reposer et être tranquille », poursuit-elle. 

Un rapport de force « disproportionné »

Morgan Large est inquiète.« Au tout début, je me suis dit qu’ils allaient mettre le feu à la maison pendant qu’on dort, parce que les premières atteintes qu’il y a eues, c’était pour ouvrir les entrées de mes champs et faire échapper mes animaux, j’ai des vaches et aussi des chevaux. Et c’est vrai que je n’avais pas mesuré qu’on puisse en venir jusqu’à venir chez moi, s’en prendre à ma famille, c’est extrêmement dérangeant. » 

J’habite très loin de tout, j’habite dans un cadre bucolique, j’ai envie d’entendre le chant des oiseaux, je n’ai pas envie d’avoir des caméras partout et s’il faut que je vive dans un bunker, ça va vraiment être un sacrifice énorme pour moi. Morgan Large sur franceinfo

Jamais la journaliste bretonne ne se serait imaginée déranger au point de devenir une cible « parce que j’ai l’impression que j’ai une toute petite voix, je suis une toute petite journaliste sur un tout petit média. C’est vrai que j’ai enquêté par exemple sur les subventions de la région Bretagne sur la filière avicole en Bretagne », explique-t-elle.

Comment je pourrais menacer avec un micro un monde aussi énorme que ça, une puissance aussi énorme que ça ? Rien que de savoir ça c’est extrêmement intimidant parce que le rapport de force est disproportionné entre ce monde énorme de l’agroalimentaire et moi, toute petite journaliste. Morgan Large à franceinfo

Pour autant, la journaliste ne changera rien à ses habitudes de travail. « Je vais être d’autant plus pugnace. Il y a énormément de choses qui se passent dans le domaine agricole, qui est très violent pour les exploitants agricoles. On voit bien que c’est un monde qui est en crise permanente et il y a une souffrance, un malaise agricole que personne ne peut nier aujourd’hui au regard du nombre de suicides, au regard du plan social du monde agricole. Combien de faillites interviennent dans les fermes ? Je lis la presse agricole, je vois les petites annonces avec du matériel agricole, du matériel d’élevage à vendre à la pelle », constate-t-elle.

Donc oui, j’ai envie de me pencher sur les tenants et les aboutissants et essayer de trouver des explications à ces multiples crises. Mais c’est vrai que ça dérange.

Morgan Large à franceinfo

Je ne suis pas du tout une héroïne. Non, mais je pense que je ne vais peut-être plus travailler autant toute seule, je vais peut-être écrire des articles ou parler de mes enquêtes avec d’autres journalistes pour qu’on puisse, quand c’est trop dur, faire un tandem. C’est peut-être par le collectif qu’on est moins fragile », conclut la journaliste.

Sébastien Baer 26/08/2021

https://www.francetvinfo.fr/

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26 août 2021 ~ 0 Commentaire

dialectes (global voices)

Carte des langues parlées en France hexagonale repérées par des zones géographiques de différentes couleurs

Carte des langues parlées en France hexagonale, montrant leur zone d’extension géographique approximative. 

Langues régionales, patois, dialectes : comment dit-on déjà ?

Quand il est question de langues, et en particulier de langues minoritaires, le vocabulaire employé fait souvent débat en raison des parti-pris politiques et des rapports de force entre communautés linguistiques.

En France, certaines communautés linguistiques ont derrière elles près de deux siècles de luttes pour accéder à des formes de reconnaissance, dont la désignation de « langue » par opposition à « dialecte » ou « patois », des termes qui existent toujours dans le vocabulaire courant mais tendent à revêtir une connotation négative.

La France considère le français comme langue nationale et officielle. Toutefois, la réalité linguistique est bien plus complexe car le pays compte 75 langues dites régionales selon la terminologie officielle, dont une vingtaine sur le territoire hexagonal (la majorité de ces langues sont donc parlées dans les départements et régions d’outre-mer).

On peut prendre pour exemple le gallo, une langue romane de Bretagne, dans le nord-ouest du pays, dont on estime le nombre de locuteurs à environ 200 000 selon une enquête sociolinguistique menée en 2018. Victime de l’idée reçue selon laquelle il s’agirait d’une déformation du français et considéré comme une variante peu prestigieuse, le gallo est actuellement enseigné dans les écoles publiques et peut être présenté comme épreuve au baccalauréat. Avec le breton, il a été reconnu en 2004 comme faisant partie des « langues de la Bretagne, au côté de la langue française » par le Conseil régional.

Le dossier Global Voices sur la situation linguistique en France emploie le terme de « langues régionales », suivant l’usage le plus courant actuellement. On retrouve par exemple cette appellation dans les textes de lois, tels que la loi relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion (loi Molac), dans les médias ou encore dans le discours des personnes engagées dans la défense et le développement de ces langues, à l’instar du collectif « Pour que vivent nos langues ».

Des définitions fortement connotées

La Délégation générale à la langue française et aux langues de France, l’organisme chargé de coordonner la politique linguistique au niveau national, propose une définition des langues régionales dans l’Hexagone « comme des langues parlées sur une partie du territoire national depuis plus longtemps que le français langue commune », se plaçant ainsi dans une perspective historique qui privilégie la longévité de la présence d’un parler comme critère de légitimation et accorde une place centrale au français en tant que langue de référence.

Le 18è siècle est un moment de consolidation linguistique, avec une forte volonté de la part des autorités de « détruire les patois » qui seraient un obstacle à l’avancement de la nation. Ce projet d’éradication se concrétise à la fin du 19è siècle, sous l’égide du ministre Jules Ferry, qui rend l’instruction obligatoire et interdit l’usage des langues autres que le français à l’école sous peine de châtiments. Le journal Le Messager publie cette exhortation en date du 24 septembre 1840 :

Détruisez, si vous pouvez, les ignobles patois des Limousins, des Périgourdins et des Auvergnats, forcez-les par tous les moyens possibles à l’unité de la langue française comme à l’uniformité des poids et mesures, nous vous approuverons de grand cœur, vous rendrez service à ses populations barbares et au reste de la France qui n’a jamais pu les comprendre.

Amorçant un timide virage dans les politiques précédemment très circonspectes vis-à-vis du plurilinguisme, perçu comme une menace à l’unité nationale, la loi Deixonne de 1951 « relative à l’enseignement des langues et dialectes locaux » concernait uniquement le basque, le breton, le catalan et l’occitan. Le texte faisait mention de « parlers locaux » et de transmission du « folklore, de la littérature et des arts populaires ». Le terme de « dialectes » a depuis été éliminé du vocabulaire officiel.

La linguiste Henriette Walter définit les langues régionales comme « des langues de différentes origines (latine, germanique, celtique ou encore d’origine inconnue, comme le basque), mais historiquement présentes sur le territoire français, de façon continue, et sur des emplacements géographiques bien identifiés », une territorialisation qui exclut notamment le romani ou le yiddish.

Si la chercheuse défend également l’usage du terme « patois » pour désigner un parler utilisé dans une zone géographique très restreinte, et s’accorde à dire que pour les linguistes le patois est une langue, cet emploi est devenu très minoritaire dans la communauté scientifique.

L’étymologie renvoie selon John Orr au verbe d’ancien français patoier, qui signifiait «agiter les mains, gesticuler (pour se faire comprendre, comme les sourds-muets)», puis «se comporter, manigancer».

Un glissement sémantique a fait passer le sens de « patois » de gesticulation à comportement, puis comportement grossier, avant de désigner un «langage particulier (p.ex. le babil des enfants, le jargon des oiseaux, un langage rustique ou grossier)».

La définition donnée par l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert reprend à son compte l’opposition langue/patois, appuyant l’idée d’une singulière pureté du français : « Patois. Langage corrompu tel qu’il se parle presque dans toutes les provinces : chacune a son patois […]. On ne parle la langue que dans la capitale. »

Ainsi, le mot « patois » est en France chargé de nombreuses connotations péjoratives, énumérées par Jean-Pierre Cavaillé dans un billet de blog. Il y évoque au demeurant la complexité de cette notion, montrant que le « patois » peut faire à la fois l’objet d’une dépréciation et d’un sentiment de fierté pour les locuteurs et locutrices :

Évidemment, je leur dis ce que je pense au sujet des idées attachées au terme de patois : qu’il est une sous langue ou du français corrompu ; qu’il y a (ou y avait) autant de patois que de villages ; qu’il se sait mais ne s’apprend pas, qu’il ne s’écrit pas, qu’il est différent de l’occitan ; libres à eux de me suivre ou pas.

Les éléments négatifs associés au patois se recoupent fortement avec ceux associés au « dialecte » dans le langage courant. En linguistique, le dialecte est tout simplement une variété d’une langue, sans qu’il soit établi de hiérarchie. Cette notion est d’ailleurs plus complexe qu’il n’y paraît, comme l’explique le YouTubeur Linguisticae dans cette vidéo explicative :

Cependant, dans son emploi courant, le « dialecte » véhicule l’image d’une sous-langue, associée à un morcellement jugé inférieur par rapport à la forte standardisation d’une langue dominante comme le français, et à une limitation territoriale, sociale, voire intellectuelle. L’absence supposée de littérature écrite dans le cas des patois et, dans une moindre mesure, des dialectes est ainsi retenue comme un critère d’infériorisation.

Le contexte linguistique français est caractérisé par un fort attachement à la langue française, qui s’est imposée sur l’ensemble du territoire par des politiques volontaristes d’unification nationale, notamment par le biais de l’instruction obligatoire en français. La « langue de la République » (article 2 de la Constitution, amendement de 1992) est actuellement largement majoritaire et dominante.

En ce sens, les langues dites « régionales » sont aussi des langues minoritaires en termes de nombre de locuteurs, et même minorisées du fait de leur marginalisation historique.

Laila Le Guen 12 août 2021
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Commentaire:
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L’aire du breton est exagérée.

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12 août 2021 ~ 0 Commentaire

agroalimentaire (libération)

liberation

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11 août 2021 ~ 0 Commentaire

occitan (global voices)

occitant

Le recul de l’occitan: Échec des initiatives culturelles ou défaillance de l’État?

Parmi la vingtaine de langues dites régionales parlées en France métropolitaine, six sont placées sous la rubrique d’occitan ou langue d’oc. Parlé par plus d’un demi-million de personnes, et alimenté par une pratique éducative, médiatique et culturelle, l’occitan voit pourtant son nombre de locuteurs reculer. A qui la faute?

L’occitan (prononcé “outsita” en occitan) tire son nom d’une division des langues romanes issues du latin autour de la prononciation du mot “oui” selon une ligne qui partage la France en deux. Au nord, oui prend la forme du mot “oïl” alors qu’au sud il devient “oc”,  ce qui a donné les termes de langue d’oc et d’occitan qui sont aussi utilisés pour décrire l’aire géographique et culturelle d’Occitanie qui représente la majeure partie du sud de la France.

L’occitan en tant que langue écrite est attesté dès le 10è siècle, et a fonctionné comme langue littéraire, juridique et orale jusqu’au 18ème siècle. A partir du 19è siècle, il devient une langue principalement parlée qui reste la langue dominante des populations d’Occitanie dont beaucoup ne comprennent pas le français.

Qui parle occitan aujourd’hui?

Le nombre de locuteurs occitanophones qui se prête à de nombreuses interprétations reflétant différentes définitions de la maîtrise et de la pratique d’une langue.

Aujourd’hui, les estimations varient: une enquête linguistique réalisée en 2020 auprès de 8 000 personnes sur une grande partie de l’Occitanie par l’Office de la langue occitane, un établissement public créé en 2016 et couvrant 22 départements, indique que 7% en moyenne de la population parle l’occitan. Cette population représente plus d’un demi-million de locuteurs.

Aujourd’hui, on distingue six principales variantes de l’occitan selon la région où elles comptent le plus de locuteurs: le gascon, le languedocien, le provençal, l’auvergnat, le limousin et le vivaro-alpin.

En dehors de la France, deux autres pays reconnaissent l’occitan comme langue avec statut régional officiel: l’Espagne dans région du Val d’Aran, et l’Italie dans les Vallées occitanes du Piémont et de Ligurie. Monaco compte également 15% d’occitanophones. (Les médias ignorent cela et considèrent les occitants d’Italie et d’Espagne comme des francophones, ce qu’ils sont aussi, blog).

En France, les occitanophones sont en moyenne des hommes de 66 ans vivant à la campagne et qui pratiquent cette langue principalement en famille et avec leurs amis et leurs voisins. Plus de détails sur cette enquête sont disponibles dans cette vidéo sur YouTube:

Fait important, on ne compte plus d’occitanophones monolingues. On peut diviser les locuteurs de cette langue en deux catégories: une population qui a plus de 60 ans et parle l’occitan car cette langue leur a été transmise par la famille, et un deuxième groupe qu’on pourrait qualifier de néo-occitanophones qui apprennent la langue dans des écoles immersives, et dont les parents ou la famille ne parle pas toujours occitan.

Pour ce qui est de l’éducation scolaire, l’Occitanie compte plusieurs écoles immersives dites Calandreta. L’occitan est également proposé comme matière facultative dans les écoles et enseigné dans les universités où il est possible d’obtenir un diplôme supérieur en langue et culture occitanes.

Au niveau des médias, il existe une chaîne de télévision en langue occitane, OcTele; plusieurs stations de radio en général bilingues occitan et français, et une série de sites d’information régionale en occitan. Le rôle des médias est essentiel car ils valorisent une langue et contribuent à la transmission aux générations futures en ancrant cette langue dans la modernité et la culture numérique

La culture est un vecteur qui permet à la fois de conserver l’héritage du passé tout en évitant la réduction au folklore ou à la muséologie. A ce titre, le monde occitan dispose de plusieurs institutions culturelles qui participent au prestige de la langue: des académies littéraires comme celle des Jeux Floraux qui date de 1694, la fondation Félibrige qui date de 1854, le Congrès permanent de la langue occitane, l’Office de la langue occitane déjà mentionné, des maisons d’édition en occitan.

Certaines de ces initiatives, tout comme certains médias, bénéficient d’un soutien financier de l’État alors que d’autres sont privées.

Une langue qui reste menacée

Toutes les initiatives décrites ci-dessus sont positives et témoignent d’un renouveau certain, pourtant un fait reste avéré: le nombre de locuteurs ne cesse de diminuer. Il ne semble pas que le manque d’initiatives culturelles soit à incriminer.

Le phénomène de recul est bien sûr lié au vieillissement des locuteurs occitanophones traditionnels dont la génération disparaît peu à peu. Mais réduire le problème à une explication purement démographique serait trop simpliste.

Il existe en effet des facteurs politiques tout aussi essentiels. Une des principales raisons est l’imposition du français qui accumule depuis trois siècles les arguments juridiques pour empêcher un usage plus répandu de l’occitan. Ainsi, dès 1802, il est interdit de parler autre chose que le français à l’école publique. Cette interdiction est ensuite renforcée par des punitions et maintenue jusqu’aux années 1950, date à laquelle certaines langues régionales commencent à être enseignées.

Le débat est loin d’être terminé comme en témoigne la dernière polémique en date autour de la loi dite Molac de 2021 à propos de l’enseignement immersif dans les écoles publiques, car l’État reste farouchement attaché à l’article 2 de la constitution française qui déclare que “La langue de la République est le français”.

Les communautés des langues régionales et leurs représentants – activistes, personnalités politiques et de la culture ont beau se référer à la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, Paris refuse pour le moment de ratifier cette charte, après l’avoir toutefois signée.  Cette méfiance répétée à l’égard des langues régionales explique la difficulté à valoriser l’occitan au sein de générations plus jeunes et surtout à une échelle plus étendue.

Ainsi, comme l’explique Jean-Christophe Dourdet, chercheur en langues occitanes dans un article de 2020:

La question de la revitalisation des langues est avant tout une question sociolinguisti-que. Plutôt que de demander une reconnaissance officielle des langues, d’autres approches de « revitalisation » visent à revendiquer des droits linguistiques pour les locuteurs et groupes de locuteurs de ces langues.

 

Cette approche ne fonctionne que s’il existe une conscience linguistique suffisante pour permettre une revendication de groupe. En France, les locuteurs des langues de France ne présentent en général qu’une très faible conscience linguistique étant donné qu’ils considèrent leurs idiomes comme des « patois » au sens d’objets dépréciés. Cette idée est le fruit de décennies de politiques linguistiques françaises niant toute diversité linguistique au profit du tout français comme langue universelle d’émancipation.

La situation ne peut donc évoluer dans un sens d’une revalorisation active que dans le cas d’un soutien politique non-équivoque qui ne voit pas les langues régionales comme une menace. A ce sujet, la Charte européenne est très claire dans la définition de ses objectifs:

La Charte se fonde sur une approche qui respecte pleinement les principes de souveraineté nationale et d’intégrité territoriale. Elle ne conçoit donc pas les relations entre les langues officielles et les langues régionales ou minoritaires en termes de concurrence ou d’antagonisme ; le développement de ces dernières ne doit pas, en effet, entraver la connaissance et la promotion des premières. Selon la Charte, chaque langue a sa place légitime.

James Costa, un chercheur britannique qui travaille sur les langues occitanes et écossaise entre autres, résume bien la situation en rappelant que la demande de plus de droits pour l’occitan se place dans une vision ouverte tournée vers l’avenir. Dans ce sens, quand on parle de revitalisation linguistique, il ne s’agit pas de régénérer des groupes pré-existants mais en fait d’en inventer de nouveaux, basés sur de nouveaux principes, tout en s’appuyant sur un socle éternel et ancien de ces groupes.

Filip Noubel 10 août 2021

https://fr.globalvoices.org/

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07 août 2021 ~ 0 Commentaire

climat (france info)

mer sea

Climat : un courant océanique majeur de l’Atlantique menace de se détraquer, et c’est inquiétant

Souvent confondue avec le Gulf Stream, la circulation méridienne de retournement atlantique joue le rôle de thermostat mondial. Et, selon une nouvelle étude, ce dernier est sur le point de disjoncter.

On l’appelle « circulation méridienne de retournement atlantique » (Amoc). Ce courant marin, qui joue un rôle de thermostat au niveau du climat mondial, est en train de se détraquer, s’alarme une nouvelle étude parue jeudi 5 août dans la revue Nature Climate Change*. Un chercheur du Potsdam Institute for Climate Impact Research, en Allemagne, rapporte avoir observé les premiers signes d’une déstabilisation de ce système qui fait la pluie et le beau temps sur la planète.

« Je ne m’attendais pas à ce que des signes de déstabilisation soient déjà visibles, et je trouve cela effrayant », a réagi Niklas Boers, auteur de l’étude, cité par The Guardian*, pour qui cela pourrait présager d’un effondrement de l’Amoc. « Nous ne pouvons pas laisser cela arriver », prévient-il. Car si les scientifiques attribuent ces dérèglements au réchauffement climatique causé par l’activité humaine, l’écroulement de ce système viendrait encore accélérer la hausse des températures, plongeant notre planète dans un terrible et imprévisible cercle vicieux.

Qu’est-ce que l’Amoc et à quoi sert-elle ? 

La circulation méridienne de retournement atlantique décrit le fonctionnement complexe de la circulation de l’eau dans l’océan Atlantique. En fonction de sa salinité, de sa masse, de sa densité ou encore de sa température, l’eau se déplace en effet différemment dans ce vaste système, générant un flux jusqu’alors stable et constant. En transportant d’énormes quantités d’eau de la surface aux profondeurs – et inversement –, l’Amoc contribue à réguler le climat tel que nous le connaissons.

Mais depuis les années 1960, ce flux s’est considérablement affaibli, atteignant son niveau le plus faible depuis un millénaire, selon une étude scientifique parue dans la revue Nature Geoscience* (PDF) en mars dernier.

En étudiant le comportement de l’Amoc au cours des 100 000 dernières années, les scientifi-ques ont constaté que cette dernière avait deux modes de fonctionnement, résume The Guardian : l’un, rapide et puissant, tel qu’observé au cours des récents millénaires, et un autre, lent et faible.

Or, une dernière étude assure que la hausse des températures pourrait précipiter une bascule rapide d’un état à l’autre. « La perte de stabilité dynamique impliquerait que l’Amoc a atteint un seul critique, au-delà duquel une transition possiblement irréversible vers son mode de fonctionnement faible pourrait avoir lieu », a détaillé Niklas Boers à l’agence Reuters*. A ce stade, l’état des connaissances ne permet toutefois pas de savoir si ce basculement est imminent, ou s’il surviendrait dans plusieurs siècles.

Quelles seraient les conséquences de son effondrement ? 

L’effondrement de l’Amoc constitue ce que les experts du climat appellent un « seuil de rupture » (« tipping point » en anglais), à savoir un moment où le climat basculerait soudainement et de manière irréversible dans un état complètement différent de celui que nous connaissons.

Les conséquences de cette bascule seraient en effet immenses sur le climat. Les températures deviendraient beaucoup plus fraîches dans l’hémisphère nord, avec une augmentation du nombre de tempêtes, tandis que le niveau de l’océan Atlantique connaîtrait une forte hausse.

Les moussons en Afrique et en Amérique du Sud se déplaceraient, exposant encore davantage de populations à d’importantes sécheresses. Interrogé en mars par franceinfo sur le ralentissement de l’Amoc, Didier Swingedouw, chercheur au CNRS et spécialiste de la variabilité du climat, évoquait également « une perturbation des écosystèmes marins et une baisse de production de tous les produits de la mer ». 

Il pointait enfin « une baisse de l’absorption du CO2, et donc une hausse de la concentration de ce gaz dans l’atmosphère, puis une accélération de la montée de la température sur Terre et une hausse de la température des océans ». Soit une accélération du changement climatique.

Quelle est l’origine de cette déstabilisation ? 

Parce qu’il absorbe et stocke la chaleur beaucoup plus efficacement que les terres et l’atmosphère, l’océan s’est considérablement réchauffé au cours des 50 dernières années en raison des émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique, relève Météo France. Or, cela a « des conséquences sur les propriétés et la dynamique de l’océan, sur ses échanges avec l’atmosphère et sur les habitats des écosystèmes marins », note l’institut.

Outre cette hausse de la température des océans, l’arrivée massive d’eau douce – plus légère que l’eau salée – issue de la fonte des glaces, là aussi causée par le changement climatique, perturbe la circulation des flux marins.

« Je ne m’attendais pas à ce que l’excès d’eau douce ajouté au cours du dernier siècle cause déjà un tel retournement de la circulation, a réagi Niklas Boers dans The Guardian. Il est urgent que nous revoyions nos modèles à la lumière de ces observations afin d’estimer dans quelle mesure l’Amoc est sur le point de franchir ce seuil. »   

En attendant, les scientifiques préconisent de lutter contre le phénomène à la source, en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Et ce, de manière drastique.

* Les liens suivis d’un astérisque sont en anglais.

06/08/2021

https://www.francetvinfo.fr/

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30 juillet 2021 ~ 0 Commentaire

algues vertes (yonne l’autre)

algues vertes

« Si on ne veut plus avoir d’algues vertes, il faut produire moins. Il faut décroître »

Les algues vertes tuent ! Pas seulement les animaux mais aussi les hommes. Le responsable est connu de longue date : l’hydrogène sulfuré (H2S) émanant des algues vertes. Il ne s’agit pourtant pas d’une fatalité. Car si le responsable est identifié, le coupable, lui, tente de se dérober : une agriculture productiviste dont les pratiques remontent à la « modernisation agricole » des années 60 !

L’ « histoire interdite » des algues vertes constitue le cœur d’une courageuse enquête dessinée, signée de la journaliste Inès Léraud et du dessinateur Pierre Van Hove*. La Gazette de Gouzy a rencontré la journaliste. Entretien croisé.

Gouzy : Un jour, à la sortie d’une conférence, un homme t’a remis un dossier sur « les morts des algues vertes ». Ce fut le point de départ de ton enquête. Qu’est-ce qui a fait qu’à ce moment là, tu as choisi de te consacrer pleinement à ce sujet ?

Inès Léraud : Moi ce que je trouvais intéressant, c’est qu’à la différence des autres dossiers que j’avais l’habitude de traiter, comme l’amiante, la radioactivité ou les pesticides, il y avait là un phénomène hyper visible d’algues vertes. Les effets sur la santé des algues vertes ne sont pas différés dans le temps, contrairement aux autres produits toxiques sur lesquels j’enquête, mais sont immédiats.

Les morts sont retrouvés sur les tas d’algues vertes. Il y a une situation hyper intéressante pour moi : je n’ai pas à trop creuser la question scientifique, alors que d’habitude je passe mon temps à enquêter sur les rapports scientifiques pour essayer de montrer les liens de causalité entre l’exposition et la maladie. Là, je n’ai pas à me prendre la tête sur les questions scientifiques. Tout est là et du coup, je vais pouvoir enquêter sur l’aspect politique, sur le discours politique, sur comment, face à quelque chose d’aussi énorme et évident, on peut avoir des réactions de déni, de mensonge, sur comment on manipule les foules. Ici, le discours politique est clairement mensonger et on peut étudier ce mensonge sans avoir à prouver des choses scientifiques.

Ce qui marque une vraie différence par rapport à tes enquêtes précédentes…

Dans ce que j’avais fait auparavant, il demeurait toujours des doutes scientifiques parce que jamais on ne pourra réellement prouver un lien entre un cancer et une exposition à un produit chimique chez une personne. On peut le prouver plutôt à l’échelle d’une population.

Là, pour moi c’est clairement une enquête politique. Ce n’est plus tellement une enquête scientifique, parce que tous les acteurs, y compris les scientifiques, sont pris dans des enjeux politiques. Tout est prouvé depuis très longtemps et finalement, ces connaissances tardent à devenir publiques parce qu’il y a des intérêts politiques et économiques en jeu.

Dans ton enquête, tu montres bien qu’il y a deux tabous. Il y a celui des conséquences, avec des « lanceurs d’alerte » qui ont montré que les algues vertes tuent et pas seulement les animaux. Et il y a un tabou plus politique qui est celui des causes, à savoir les pratiques de l’agriculture intensive. Quel a été le moment fort de ton travail ?

Le moment vraiment fort pour moi, c’est le témoignage de l’ancien élu de la FNSEA, le producteur porcin, qui raconte comment la valeur et la richesse que créent les agriculteurs sont récupérées, par qui, comment et de quelle manière l’argent des subventions, l’argent des impôts et cetera, qui est distribué aux agriculteurs via la PAC est finalement ensuite capté par quelques grosses familles. Ces transferts d’argent, pour moi, c’est l’aspect qui a été le plus important et le plus intéressant à étudier.

Comme le souligne Inès Léraud dans son enquête, aujourd’hui 99 % des agriculteurs se retrouvent captifs de grands groupes industriels (Triskalia, Cooperl…) qui ont la mainmise sur l’ensemble de la chaîne de production. De l’alimentation pour les animaux, à la transformation, en passant par l’élevage ou les engrais, rien n’échappe au contrôle de l’industrie agro-alimentaire. Comment peut-on se laisser « piéger » dans un tel système, pourrait-on se demander. La logique est implacable : l’endettement pousse à l’intensif. Pour s’installer, nombre d’agriculteurs contractent des emprunts bancaires, souvent exorbitants, et doivent produire de manière intensive pour les rembourser. Résultat : comme le souligne Inès Léraud, « les gains de productivité sont captés par les dirigeants de l’agro-alimentaire, les banques et la grande distribution. » (p. 103) ]

Tu as rencontré également Jean-Yves Guillou, un ancien éleveur laitier intensif de Fouesnant, qui était aussi syndiqué à la FNSEA et qui a fini par remettre en cause cette logique productiviste. Selon lui, « pour résoudre le problème des marées vertes, il faudrait plutôt décroître, produire moins. » Cette rencontre a-t-elle été un autre moment important ?

Pour cet agriculteur, Jean-Yves Guillou, oui en effet, mais tout le monde le dit : si on ne veut plus avoir d’algues vertes, il faut produire moins. Il faut décroître. Moi j’ai trouvé le parcours de cet agriculteur intéressant parce que le plan algues vertes, qui est un plan étatique censé réduire la quantité d’algues vertes sur le littoral, a changé sa vie mais pas de la manière dont on croit. Lui, il a compris le « théâtre politique » en participant aux réunions du premier plan algues vertes. Il a finalement décidé de changer de système, non pas parce qu’il a été convaincu par ce plan algues vertes mais au contraire, parce qu’il s’est rendu compte que ce plan n’était en fait qu’un simulacre et que les agriculteurs se faisaient complètement dépouiller par les industriels, avec la complicité de l’État.

Est ce-que c’est l’aspect inévitablement anti-productiviste de ton enquête qui dérange selon toi ?

Je ne pense pas parce que les propos anti-productivistes sont hyper courants. Même le conseil départemental tient des propos anti-productivistes. Après, ce sont des propos qui se différencient complètement des actes, mais le conseil départemental va dire : « il faut qu’on fasse moins de quantité mais plus de qualité ». C’est un propos quasi généralisé. Non, ce n’est pas ça ma conclusion.

C’est plutôt la souveraineté des personnes à décider de ce qui se passe sur leurs communes et de quelle manière l’alimentation peut être produite. Ce n’est pas : productivistes ou pas productivistes. C’est davantage, un peu comme on a pu dire pour les populations colonisées : il faut le libre arbitre des personnes et des populations, quant au destin de leur territoire. Et c’est ça que j’ai trouvé intéressant, c’est qu’il y a une sorte de colonisation à l’intérieur de la France. Les régions rurales de France ont été traitées comme des colonies.

C’est-à-dire qu’il y a eu une politique étatique très centralisée qui a décidé de leur avenir, sans prendre du tout les décisions en accord avec les populations. Et aujourd’hui, on a acculturé des territoires entiers. Dans l’histoire de Jean-Yves Guillou, on voit bien comment il a décidé de reprendre en main son destin et comment il a décidé de ne plus se fier ni à ceux qui, soi-disant, combattent les algues vertes à travers les plans algues vertes, ni aux industriels pour qui il travaillait. Il a donc entièrement repris à son compte sa production.

Quelles sont les conséquences de ton enquête ? Peux-tu d’ores et déjà en mesurer certains impacts ? Au niveau journalistique, par exemple, ton enquête a-t-elle suscité d’autres enquêtes sur le sujet ?

Quand tu vois le travail d’Élise Lucet par exemple, il y a déjà un gros travail journalistique qui est fait sur le système agro-alimentaire et pas forcément que breton. En tout cas, cette BD a été énormément relayée. La presse nationale en a beaucoup parlé. Il y a eu deux articles dans Le Monde, deux dans les Inrocks, un dans Grazia…

Ça veut donc dire que ce fond est énormément relayé et puis aussi, de mon côté, j’ai eu beaucoup de retours y compris, pour la première fois, de journalistes me disant : « je veux vous parler des pressions que je subis au sein de ma rédaction locale ». J’ai donc l’impression que cela a libéré une parole à un niveau que je n’avais jamais atteint d’habitude à travers mes enquêtes. Jusque là, il y avait en effet toujours des zones de résistance et notamment dans le journalisme où je n’avais pas encore eu de témoignage de censure et d’auto-censure en Bretagne. Là, j’ai reçu au contraire beaucoup de retours de journalistes de la presse locale.

C’est étonnant de voir à quel point la BD circule, à quel point elle est offerte. Souvent en signature, les gens me disent : « j’ai envie de l’offrir à mon père qui travaille dans l’agro-alimentaire », « j’ai envie de l’offrir à ma mère qui ne comprend pas les questions écologiques et qui ne me croit pas quand je lui dis qu’on nous ment » ou « j’ai envie de l’offrir aux élus de ma commune ».

Elle sert d’argument pour des gens qui essaient de débattre avec d’autres gens avec lesquels ils sont en désaccord. C’est énorme une parole qui se libère. Je vois bien que les gens ont pleins, pleins, pleins d’histoires à raconter sur les algues vertes et je pense que c’est très puissant. C’est un moment politique important quand les gens témoignent des pressions ou censures qu’ils vivent dans leur travail ou bien quand ils prennent conscience de l’environnement politique dans lequel ils vivent.

Dans ton enquête, tu montres bien que ce sont des décennies de « fabrique du silence ». Libérer la parole est peut-être la première pierre d’une mobilisation autour de ces questions-là. Pour toi, c’est vraiment l’aspect le plus visible pour le moment ?

Oui.

Et au niveau politique ou au niveau des acteurs économiques mis en cause dans ton enquête, as tu eu des retours ?

Non, très peu. Thierry Burlot, qui est dans la BD (NDLR : alors conseiller régional chargé de l’eau et de l’environnement), est venu se faire prendre en photo alors qu’il est critiqué dans la BD. Il a ensuite déclaré sur les réseaux sociaux qu’il soutenait cet album. Le Télégramme [NDLR : du 7 juillet 2019] a fait deux pages sur la BD, avec du « pour » et du « contre ». Ce qui est étonnant, c’est que les trois élus interrogés et cités dans le Télégramme – comme Olivier Allain, vice-président à l’agriculture de la région Bretagne – avaient tous l’air de reconnaître, en partie, la solidité de ce travail. La seule attaque qu’on a en diffamation vient d’un scientifique qui s’appelle Christian Buson et qui travaille au côté de l’agro-alimentaire.

Ce qui est particulier, c’est qu’il t’attaque toi personnellement et non l’éditeur…

Oui.

Il y a aussi beaucoup de problèmes quant à la diffusion de la BD…

Là par exemple, dans le Finistère, la BD est invisible au Centre culturel Leclerc de Carhaix. Elle est dans les coulisses du magasin. Tu peux la demander, mais elle n’est pas visible (NDLR : quelques exemplaires ont été mis en rayon depuis). Et à la maison de la presse du centre-ville, ils n’arrivent pas à la commander.

Les cafés-librairies de Bretagne disent la même chose…

Moi au départ, quand j’en parlais à mon éditeur, il avait l’air tellement de bonne foi en me disant : « c’est juste qu’il y a du retard – et cela arrive tout le temps – qu’on n’a pas d’imprimeur en France mais en Pologne et que Hachette a du retard à la livraison. C’est pour cela qu’il y a toujours des ruptures de stock. » Mais quand j’entends les libraires, je me dis que cela vaudrait le coup d’enquêter pour chercher à en savoir plus. Les libraires disent par exemple que « Coop Breizh », le diffuseur d’Hachette en Bretagne, n’a été fourni du livre qu’à partir de novembre.

Après, il y a peut-être eu des pressions sur Hachette, qui appartient à Lagardère. Se peut-il qu’il y ait des liens entre Lagardère, Jean-Yves Le Drian [NDLR : président du conseil régional de Bretagne entre 2004 et 2017], une sorte de communauté d’intérêts, une solidarité… ?

Dans son dernier livre, « Il est où, le bonheur » (Les Liens Qui Libèrent, 2019), François Ruffin écrit que dans les débats autour de l’impératif écologique, il y a toujours des gens qui disent qu’il suffirait de boycotter les multinationales ou qui insistent sur l’importance des « petits gestes ». Ruffin affirme au contraire que rien n’a jamais été obtenu par le boycott. Les conquêtes sociales ont toujours été le fruit de luttes sociales. L’écologie doit ainsi, selon lui, être une lutte pour imposer de nouvelles règles communes. Sur un plan plus politique, est ce une conclusion que tu tires toi aussi ?

Ma conclusion, c’est vraiment qu’il faut réinvestir le politique, notamment local, à commencer par les conseils municipaux, les associations : essayer de trouver les moyens d’habiter sa ville, sa commune, autrement que de manière hyper individuelle, c’est-à-dire par le travail et la consommation. Cela pose la question du travail qui nous accapare complètement et souvent à des fins avec lesquelles nous sommes en désaccord. On parle toujours de la consommation, mais ce qui occupe le plus nos vies c’est le travail : où on travaille, pour qui, pourquoi ? D’autant plus que la majeure partie des produits agro-alimentaires bretons sont voués à l’export, donc le boycott n’aura aucun effet. De ce point de vue là, ma réflexion est plutôt de m’intéresser à ce qui se passe à l’échelle de la mairie et à comment des communes aujourd’hui arrivent à atteindre leur souveraineté alimentaire et énergétique.

Comment, selon toi, le travail pourrait-il être repensé ?

Ce que j’observe en tant que journaliste, c’est la difficulté que j’ai à obtenir des témoignages ou non. Je vois bien que sur des sujets tels que le nucléaire, les pesticides, c’est extrêmement difficile d’obtenir des témoignages de salariés en activité. Je n’ai quasiment jamais pu en avoir et on voit aussi qu’en général, les salariés sont bizarrement du côté du patronat pour défendre leurs usines. À Fessenheim, cette centrale nucléaire située sur une faille sismique, les salariés défendent la centrale et servent ainsi les intérêts du patronat. J’observe aussi autre chose. Souvent, quand les gens que je connais partent à la retraite, je vois bien que leur discours change du tout au tout. Dans certaines formes de travail aujourd’hui, il y a donc bien une pression qui s’exerce sur la parole et sur l’esprit critique. Quand les gens sont à la retraite, je vois aussi qu’ils sont plus libres et ont plus de temps pour s’investir pour le bien commun.

Toutes ces observations m’ont amené à me dire : est-ce que le « revenu universel » ne serait pas une piste intéressante pour changer de modèle de société ? Ainsi, les gens n’auraient plus peur de perdre leur emploi, à Fessenheim par exemple, puisque une base de revenu leur serait assurée. Ils pourraient peut-être se réorienter vers des activités qui leur paraîtraient avoir plus de sens et qui seraient plus respectueuses de leurs valeurs. Concernant tous les grands sujets environnementaux, que ce soit l’amiante, les boues rouges, le nucléaire ou les pesticides, aujourd’hui ce qu’on nous oppose, c’est l’emploi. Comment faire sauter ce verrou ?

Derrière tout ça, pour moi, la question de la prise de décision et celle des relations de domination et de pouvoir sont clairement au cœur du problème. La structure politique de notre société est encore très hiérarchisée et très pyramidale et je pense qu’il faudrait trouver des solutions pour rendre cela plus démocratique à tous les niveaux, y compris au travail. L’entreprise est un endroit de non démocratie absolue.

Lors de tes enquêtes dans le milieu agricole, tu as rencontré des gens qui ont réussi à s’extraire de ces rapports salariaux et à réinventer, au moins en partie, un rapport plus libre au travail…

Effectivement, il y a énormément d’agriculteurs qui travaillent dans de petites structures, généralement bio, mais pas forcément, et qui ne travaillent pas pour une coopérative. Ils vendent en direct et ont réussi à se libérer complètement de cette contrainte d’être uniquement salariés.

On a l’impression que face aux « lanceurs d’alerte » et aux associations dont tu relates le « combat », il n’y a pas de réelle volonté de se mettre autour de la table. On ne voit pas vraiment émerger l’idée d’une forme d’écologie qui serait consensuelle…

Comme pour le féminisme, il y a pleins d’écologies différentes. Il y a une écologie hyper technocratique, il y a des discours de communication dans tous les sens, du « greenwashing », des discours complètement déconnectés des actes… Dans le cas des algues vertes, ce qui est important pour moi, c’est vraiment de réfléchir aux rapports de domination. Ces rapports de domination sont intrinsèquement liés à l’écologie. Ce sont les structures qui m’intéressent. Je ne pense pas que les « riches » soient complètement à jeter à la poubelle et que le dialogue soit impossible.

Aujourd’hui tu as quitté la Bretagne. Peux-tu nous dire sur quel sujet tu travailles en ce moment ?

En ce moment j’enquête, mais je ne peux pas dire sur quoi. Je travaille avec le collectif d’investigation « Disclose » ** et des journalistes d’investigation.

Et penses-tu revenir un jour à la Bande Dessinée ?

Oui, j’aimerais beaucoup.

Notes :

* Algues vertes, l’histoire interdite, Éditions Delcourt/La Revue Dessinée, juin 2019.

** Le collectif « Disclose » se veut « à la fois un média et une ONG » et se consacre à « à des problématiques fondamentales : les crimes environnementaux, l’industrie agro-alimentaire, les libertés fondamentales, la justice sociale, la délinquance financière et la santé publique. »

30 juillet 2021

https://mrmondialisation.org/

https://yonnelautre.fr/

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