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15 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

les illettrés gad (grand bleu)

Sortie du film LES ILLETTRÉES à Carhaix
SÉANCE LE 17Octobre à 20h30 en présence du réalisateur Philippe Guilloux

Ce documentaire revient sur le parcours des ex-salarié.es de l’usine GAD à Lampaul-Guimiliau, son titre se réfèrant à la déclaration d’Emmanuel Macron qui avait fait polémique en 2014.

Lampaul-Guimiliau, octobre 2013 

Après 8 mois de lutte, les abattoirs GAD ferment. 889 employés sont licenciés. 5 ans plus tard, quelques uns acceptent de nous raconter « l’après » : les petits boulots, les formations, les réussites, les échecs, la confiance en soi. Aux détours de ce parcours malheureusement classique du demandeur d’emploi, ces femmes et ces hommes nous dévoilent les blessures engendrées par la perte de ce travail souvent dévalorisé et dont ils étaient pourtant si fiers.

illlet

Un film de Philippe Guilloux
Production et distribution : Carrément à l’Ouest

Cinéma Le Grand Bleu

Rue Jean Monnet, 29270 Carhaix-Plouguer
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Et aussi:
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Brest (Les Studios)
Le 18 octobre à 20h
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Etel (La Rivière)
Le 19 octobre à 20h30
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Redon (le Ciné Manivel)
Le 22 octobre à 20h30
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Morlaix (La Salamandre)
Le 23/10 en attente de confirmation
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Gourin (Le Ciné Jeanne d’Arc)
Le 24/10 à 20h30
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Plougastel (L’Image)
Le 25 octobre à 20h30
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Callac (L’Argoat)
Le 28 octobre à 17h30
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Guingamp (Les Korrigans)
Le 8 novembre à 20h30
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Châteaulin (L’Agora)
Le 12 novembre à 17h
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Huelgoat (L’Arthus Ciné)
Le 25 novembre à 17h

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Lire aussi:

Macron et les « illettrées » de Gad : hypocrite, le politiquement correct ? Plutôt humaniste (L’Obs)

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08 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

francophonie (cadtm peuple-breton)

afrique
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L’œuvre négative du néocolonialisme français et Européen en Afrique. La francophonie

La diffusion de la langue française en Afrique est partie intégrante du projet colonial.

Elle fait partie intégrante de l’ « œuvre civilisatrice » que prétendait apporter le colonialisme. La civilisation est, en effet, entendue dans le projet colonial, comme l’extraction de l’homme afri-cain de ses cultures « barbares » pour le faire entrer dans l’histoire et dans la civilisation par l’assimilation. Les indépendances africaines de la décennie 60 voient ainsi arriver au pouvoir des « élites » francophones dans des pays où les cultures et langues maternelles ont été asphyxiées quand elles n’ont pas été réduites à du folklore. Ce qui s’appelle déjà dès l’ère coloniale « francophonie » s’impose rapidement comme politique publique de maintien de la dépendance des élites et d’aliénation des masses populaires africaines.(…)

Langue française et colonisation

(…) Loin d’être isolée, l’idée d’une langue française civilisatrice préside à la création de « l’Alliance française » (dont le titre intégral est : Association nationale pour la propagation de la langue française dans les colonies et à l’étranger) en juillet 1883. La diversité politique des fondateurs de cette institution souligne le consensus colonial quasi-total de l’époque: le général Faidher-be, le cardinal de Lavigerie, Ferdinand de Lesseps, Paul Bert, Louis Pasteur, Ernest Renan, etc. Les objectifs sont, en effet, sans ambiguïtés et sont résumés comme suit deux ans après la création de l’institution coloniale : « Par l’école, vulgariser l’usage du français dans nos colo-nies et nos protectorats ; par l’école, soutenir le prestige de la France dans les contrées barbares [sic] où il domine depuis longtemps, particulièrement dans les pays musulmans du Levant ; etc [3]. »

La troisième république laïque n’hésite pas à s’appuyer sur l’Église pour diffuser cette langue française que l’on considère nécessaire à la « conquête des esprits » devant parachever la conquête militaire. « Les missionnaires doivent être des agents de l’influence française par la diffusion de la langue. […] L’objectif fixé aux écoles confessionnelles est précis et limité : [faire des élèves] des auxiliaires de la colonisation [4] » résume le prêtre et historien Joseph Roger Benoist. Le chercheur en sciences sociales Raberh Achi évoque même une « exception coloniale à la laïcité ».

Il n’y a donc aucun projet de scolarisation généralisée des colonisés mais volonté de créer une « élite » francisée au service de la colonisation.

« Les autorités françaises utilisaient ces élites comme instruments de leur domination sur les masses indigènes. Elles espéraient également qu’elles guideraient par leur exemple l’évolution de leur société dans la voie de l’association, du rapprochement, voire de la « fusion des races  [5] » analyse l’historien Guy Pervillé. Faisant le bilan de l’œuvre civilisatrice française dans les colonies en 1943, l’historien et directeur de l’école coloniale en Afrique Occidentale Française de 1926 à 1943, Georges Hardy insiste sur la fonction politique de cette élite indigène.

L’auteur développe dans ses thèses l’idée d’une limitation de l’accès à l’enseignement à une infime élite. Une ouverture plus large aurait des effets dangereux pour le système colonial.

Un grand soin est apporté à la production de cette élite conçue comme chainon entre le colonisateur et le colonisé. On se préoccupe par exemple de leur mariage avec la création d’écoles féminines visant à produire les épouses de ces « évolués » : « C’est un malaise de constater le nombre croissant de jeunes hommes instruits et le petit nombre de femmes éduquées que nous plaçons à côté d’eux […].

Qui épouseront-ils tous ces médecins, ces comptables, ces employés de postes et quantité d’hommes évolués que nous créons à jets continus suivant les besoins de la colonie [8]. » Il s’agit bien de produire un groupe social spécifique culturellement et socialement attaché à la culture et à la langue du colonisateur.

L’enseignement offert à cette élite évoluée est articulé à un processus d’alié-nation qu’un livre consacré à « l’aliénation colonialiste » en Algérie décrit comme suit en 1961 :

« Convaincre les indigènes de leur infériorité, à tous égards par rapport aux français est selon lui (Cavaignac) le devoir fondamental des dirigeants de l’entreprise en Algérie ». Complexe qu’on s’est efforcé de créer surtout chez ceux qui ont eu le privilège des bancs de l’école. En effet, chez ces derniers les enseignants et la propagande officielle ont contribué à faire exister, valoriser, admirer en exclusivité comme étant le bien et le beau absolus, le patrimoine de la France : sa culture, son histoire, ses héros, ses poètes, ses savants, ses coutumes, sa mode vestimentaire, etc., en bref la civilisation française. Par là même, tout a concouru à nier l’exis-tence d’autres valeurs, à refuser toute qualité à ce qui n’est pas français ou au moins occidental et en premier lieu donc, à tout ce qui est algérien [10].

La confrontation avec l’injustice coloniale conduira une partie non négligeable de cette élite au combat pour l’indépendance.

Cependant les socialisations scolaires et les habitus continuent de les rattacher à l’ancienne puissance coloniale : habitudes de vie, modes de consommation, contenus des enseigne-ments, réseaux d’amis, souvenirs de voyages et/ou d’études en France, capital de lectures et donc système de références, etc. Le dispositif institutionnel de la francophonie s’appuie sur cette dépendance culturelle pour la faire perdurer et la renforcer au-delà les indépendances.

La toile d’araignée francophone

Si Onésime Reclus est présenté par le discours officiel de la francophonie comme le père fondateur du concept, l’événement fondateur pour la « mythistoire francophone [11] » est la publication en 1962 du numéro de la revue Esprit intitulé « Le français, langue vivante ». Si le numéro de la revue Esprit est réellement une défense de la francophonie à laquelle participent des chefs d’État de l’ancien empire colonial, il n’est pas contrairement à l’affirmation officielle « l’acte de naissance ».

Deux ans plus tôt le gouvernement français prenait l’initiative de créer la « Conférence des Ministres de l’Éducation des pays africains et malgache d’expression française » (Confemen) qui est de ce fait la première institution intergouvernementale francophone postcoloniale. Cette institution qui regroupe à sa naissance 15 États (c’est-à-dire la plupart des pays de l’ancien empire colonial africain français et la France) se réunit tous les deux ans pour « pour tracer les orientations en matière d’éducation et de formation au service du développement [13] ».

Le choix de l’éducation nationale comme premier terrain de la francophonie n’est, bien entendu, pas anodin.

La colonisation et sa scolarisation sélective ont suscité une soif et une attente de scolarité qu’aucun État nouvellement indépendant ne peut ignorer. La légitimité politique passe, entre autre, au moment des indépendances, par une démocratisation de l’enseignement. De fait tous les États nouvellement indépendant d’Afrique, quel que soit leur orientation politique mettront en place une telle orientation qui en quelques années donneront des résultats laissant loin derrière toute « l’œuvre scolaire » coloniale.

Dans ce contexte l’enjeu devient dès lors le contenu et la langue de cette scolarisation.

En témoigne la passe d’arme lors de l’inauguration de l’Université de Dakar le 9 décembre 1959 entre le recteur français Lucien Paye et le président de l’Union générale des Étudiants d’Afrique occidentale (UGEAO) Daouda Sow. Le premier déclare : « Est-il plus noble program-me que celui auquel le Conseil de l’université, lors de sa récente séance, apportait une adhésion unanime : « Être une université française au service de l’Afrique ? »

Le second lui rétorque : « L’Université de Dakar se doit de porter, selon nous, un cachet typiquement africain. On y doit sentir battre le cœur de l’Afrique d’hier et de demain. Vous comprenez alors que notre souhait demeure de voir cette université devenir un foyer de chercheurs à vocation africaine, mais au service de l’Universel et de la vérité [14]. »

L’auteur à qui nous empruntons ces citations, l’historien ivoirien Chikouna Cissé, analyse comme suit la stratégie française de ces premiers pas de la francophonie postcoloniale :

Confrontée à l’exaltation de la ferveur panafricaniste, la France choisit de resserrer les liens avec ses anciennes colonies, au début des années 1960, à des fins de contrôle politique. Ce bornage du pré-carré trouva son expression tangible dans la multitude de rencontres des ministres de l’Éducation d’expression française où l’on pouvait noter souvent, une surrepré-sentation française. Dix-huit conférences, selon le décompte de l’historien Laurent Manière, réunirent Français et Africains entre 1960 et 1969, dans le cadre de la signature et de l’application d’accords de coopération signés [15].

Cette première institution francophone inscrite dans les accords de coopération (dont nous avons soulignés la dimension néocoloniale dans une livraison antérieure [16]), sera suivie de nombreuses autres. L’ensemble des champs éducatif, sportif, médiatique et culturel sont désormais couvert par le réseau institutionnel francophone. Outre leurs propres réseaux, ces institutions peuvent s’appuyer sur le plus que centenaire réseau des « Alliances Françaises » qui regroupe 835 agences en 2018 dont 115 en Afrique couvrant 35 pays.

Pour couronner l’ensemble du dispositif des « Sommets des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage », plus connus sous le nom « Sommet de la Franco-phonie » se réunissent à partir de 1986 tous les deux ans.  Le dernier sommet de 2016 a ainsi vu la participation de 54 États membres, 4 membres associés et 26 observateurs (dont 31 pays africains).

Les mécanismes de la dépendance

La question et le problème que pose la Francophonie n’est, bien entendu pas réductible à la question de l’usage du français. L’approche essentialiste de la langue n’aide en rien à comprendre l’enjeu posé par la francophonie néocoloniale.

Comme le souligne Kateb Yacine, la langue de l’ancien colonisateur, peut s’appréhender comme un « butin de guerre » pouvant être mis au service de l’émancipation. Après tout de nombreux leaders des indépendances ont subvertit les enseignements appris à l’école colo-niale française pour les mettre au service de la libération de leurs pays. Il ne s’agit donc pas de rejeter une langue en soi mais d’interroger les mécanismes d’un dispositif institutionnel politique et ses conséquences sur les États africains.

Le refus de l’essentialisme en matière de langue ne doit cependant pas nous amener à faire l’erreur exactement inverse c’est-à-dire ne considérer celle-ci que comme un instrument de communication neutre rendant toutes les langues interchangeables sans conséquences.

La langue est un système […] par le biais duquel les membres d’une communauté se repré-sentent la réalité (physique, psychologique, sociale, conceptuelle, virtuelle, etc.), communi-quent entre eux et s’identifient culturellement [18] » explique le chercheur canadien en sciences de l’éducation Pierre Legendre.

« Il est clair que la langue est nécessaire à la constitution d’une identité collective, qu’elle garantit la cohésion sociale d’une communauté, qu’elle en constitue d’autant plus le ciment qu’elle s’affiche [19] » complète le linguiste français Patrick Charaudeau. On ne change pas de langue comme de lunettes. Celle-ci apporte au sujet une dimension culturelle et identitaire, une vision du monde résultat d’une expérience historique collective. Elle inscrit le sujet dans une filiation et une histoire.

Bien entendu la langue est une réalité vivante mutant avec l’expérience collective du groupe qui la parle.

L’utilisation d’une même langue ne signifie donc pas en soi une similitude des identités. Qu’un sénégalais ou un québécois parlent le français ne signifient donc pas qu’ils ont la même iden-tité. Cependant la présence d’une situation et de rapports de domination ouvre un processus d’aliénation qui à son tour alimente et renforce la domination. C’est pourquoi le choix de la langue nationale n’est jamais une question secondaire et c’est aussi la raison d’une telle insistance à promouvoir la francophonie de la part de l’ancienne puissance coloniale.

Sur le plan de chaque nation la question linguistique s’articule à la question des classes sociales du fait d’une maîtrise inégale de la langue officielle selon l’appartenance sociale.

Le romancier kenyan N’Gugi wa Thiong’o explique comme suit sa décision de ne plus écrire en anglais pour écrire désormais en Kikuyu et en kiswahili : « Coupée du peuple [la littérature des premières décennies des indépendances], prisonnière des barrières linguistiques héritées du colonialisme, la nouvelle littérature échouait à rassembler au-delà d’une frange d’étudiants, de professeurs et de fonctionnaires en tous genres [20]. ».

Autrement dit l’inégalité de maîtrise de la langue nationale contribue au renforcement des pouvoirs néocoloniaux. « Préconiser la francophonie dans le cadre d’un enseignement de classe destiné à for­mer une élite de technocrates, c’est vouloir tout simplement perpétuer le système de relais de domination entre l’ancienne métropole et les peuples exploités [21] » résume Hassan Benaddi un des animateurs de la revue progressiste marocaine Souffles. Pour prévenir les critiques il précise : « clamons-le encore nous sommes contre la Francophonie et seuls les messieurs Jourdain du néo-colonialisme oseront désormais nous traiter de francophobes [22]. »

La figure de Senghor illustre pleinement la dimension aliénante de la franco-phonie dominante c’est-à-dire celle qui fonctionne réellement et concrètement.

Celui qui est présenté avec le tunisien Habib Bourguiba comme un des « fondateurs » de la francophonie) défend la thèse d’une symbiose harmonieuse entre le français (langue officielle) et les six langues nationales (le wolof, le serere, le diola, le peul, le manding, le soninke). Pourtant plus de cinquante ans après l’indépendance le français reste la langue de l’élite, de ses institutions et du pouvoir, alors que les langues nationales sont la langue des masses et de la rue.

Un de ses arguments est le nombre important de langues africaines empêchant d’en choisir une (c’est-à-dire rendant nécessaire de choisir le français comme langue commune).

Cet argument ne tient pas pour le Sénégal. D’une part comme l’a démontré Cheikh Anta Diop, les différentes langues du Sénégal sont apparentées entre elles [25]. D’autre part toutes les minorités sont très majoritairement bilingues et parlent la langue majoritaire le Wolof. « Environ 80 % de la population le pratique sur toute l’étendue du territoire [26] » rappellent le linguiste sénégalais Jean Léopold Diouf et la linguiste française Marina Yaguello. La situation est sensiblement la même dans de nombreux pays africains.

En outre le choix du français reproduit la balkanisation issue des anciennes puissances coloniales.

Ainsi la Gambie « anglophone » et le Sénégal « francophone » ont le Wolof comme langue commune. Alors qu’existent de nombreuses langues transnationales de communication, chacun des États continue d’utiliser comme langue officielle celle de son ancien colonisateur.

C’est le cas du Haoussa qui est utilisé au Nigéria, au Niger et au Tchad ; du Soninké parlé au Sénégal, au Mali et en Mauritanie ; du peul que l’on trouve au Mali, en Mauritanie, au Sénégal, en Guinée, au Burkina Faso, au Niger et au Nigéria ; etc.

Ces différentes langues parlées par les paysans et les ouvriers constituent des ponts entre les États africains pouvant servir de base à un développement économique autocentré correspon-dant aux besoins de ces peuples. C’est ce que souligne Cheikh Anta Diop dans son combat pour l’adoption de langues officielles africaines. Dès 1954 il soulignait qu’ « on ne saurait insister suffisamment sur le fait que l’impérialisme culturel est la vis de sécurité de l’impérialis-me économique ; détruire les bases du premier c’est donc contribuer à la suppression du second [27] ».

La francophonie ne se limite pas à sa seule dimension linguistique

Même les scénarios des films d’Hollywood sont des armes. Il suffit d’écouter les applaudisse-ments des spectateurs africains quand les héros hollywoodiens massacrent les Indiens ou les Asiatiques pour se rendre compte de la puissance d’un tel moyen. En effet, dans les continents en voie de développement où l’héritage colonialiste a laissé une grande majorité d’illettrés même le plus petit enfant est atteint par le message contenu dans les histoires de sang et de violence venues de Californie. Et avec le meurtre et le Far West arrive un barrage incessant de propagande anti-socialiste, dans lequel le syndicaliste, le révolutionnaire ou l’homme à la peau sombre joue généralement le rôle du traitre, alors que le policier, le détective, l’agent fédéral – en un mot l’espion type CIA – est toujours un héros [28]

Ingérences et résistances

Le lien entre francophonie et intérêts économiques est parfois publiquement assumé comme en témoigne la déclaration du ministre français des affaires étrangères, Yvon Bourges, à l’assemblée nationale française le 23 octobre 1967 :

Et naturellement le premier objectif de mon département est de favoriser la pénétration de la langue et de la culture françaises dans les pays d’Afrique et de Madagascar… ; le second objectif que nous nous proposons est d’ordre économique : le maintien et le développement des intérêts commerciaux et industriels français constituent également une préoccupation constante du Secrétariat d’Etat aux Affaires Etrangères en charge de la coopération. Je le dis sans aucune honte. Cela n’a d’ailleurs rien d’illégitime ni de sordide. La coopération n’est pas une entreprise intéressée au sens égoïste du terme, mais il ne peut s’agir ni de gaspillage ni de prodigalité … [30]

La parole se fera plus prudente ultérieurement mais l’articulation entre francophonie et défenses des intérêts économiques français reste une constante jusqu’à aujourd’hui.

L’évolution des thèmes des sommets de la francophonie en témoigne. Ainsi en est-il du quinziè-me sommet de Dakar en 2014 dont l’objectif était d’adopter une « stratégie économique pour la Francophonie ». Ceux qui pensent encore que la Francophonie institutionnelle est une affaire de « langue en partage » sont ou naïfs ou malhonnêtes face à la simple idée d’une stratégie économique commune possible en maintenant le franc CFA, les accords de partenariat économique (APE), la dette et ses plans d’ajustement structurel, les multiples interventions militaires, etc.

L’annulation de la dette publique de 7 pays africains par le Canada lors du sommet du Québec en 1987 puis l’annulation partielle de la dette publique par la France lors du sommet de Dakar en 1989 pèsent peu face à l’immensité de la dette privée et aux pressions des « amis franco-phones » pour qu’elle soit remboursée au prix de Plans d’ajustement structurel qui empêchent toute possibilité de développement.

Si la Francophonie connaît un élargissement notable des pays membres en s’élargissant désormais à des pays de l’Est de l’Europe, elle est en revanche de plus en plus critiquée et remise en cause en Afrique. En témoigne les multiples écrits visant à démontrer qu’elle n’est pas de nature néocolonialiste.

L’argument de l’élargissement extra-africain souligne justement que la francophonie est devenue un des outils dans la concurrence mondiale entre les USA, l’Union européenne et le Canada qui n’a cessé de s’exacerber depuis le début de la mondialisation. Celui de l’origine de ses fondateurs rappelle simplement le mode d’accès à l’indépendance ayant pour cœur la préparation d’une transition entre le colonialisme et le néocolonialisme. Les trois chefs d’État africains généralement cités (Senghor, Bourguiba et Diori) ont été dans cette période de transition de « bons élèves ».

Les voix africaines remettant en cause la francophonie institutionnelle ne cessent en revanche de se multiplier.

« Si le français, en Afrique de l’Ouest, à mesure que les colons justifiaient leur « mission » civilisatrice, a longtemps valu comme langue du progrès, il constitue aujourd’hui, pour certains, de par son ambiguïté, un symbole d’assujettissement qui, du point de vue local, serait à l’origine de la négation, voire de la destruction des cultures africaines. […] il est alors possible d’entendre à Bamako : « À bas la francophonie ! » dans un meeting associatif [33] » remar-que la sociolinguiste Cécile Canut.

A l’occasion du quarantième anniversaire de la franco-phonie en 2010, le quotidien Burkinabais « Le pays-Ouagadougou » va dans le même sens en soulignant :

En francophonie, on note un réel déséquilibre entre pays du Nord et du Sud, les seconds étant étroitement dépendants des premiers qui assurent pour la plupart le financement du dévelop-pement. Ce déséquilibre s’est accentué au fil du temps du fait du poids de la France en rapport avec les visées géostratégiques de l’Élysée. Le rayonnement culturel étant sous-jacent à l’influ-ence économique, la France qui n’a plus ses colonies, sent qu’elle perd de son lustre d’antan. La francophonie devient alors le cadre idéal pour restaurer cette influence. On le sent lors des grandes messes rituelles. Paris dissimule à peine qu’elle se trouve au centre des prises de décisions [34].

Plus grave encore pour la stratégie néocoloniale, on assiste à un mouvement populaire de réaffirmation de soi et de réinvestissement des langues locales. Ainsi au Sénégal présenté par l’histoire officielle francophone comme le berceau de la francophonie, « le français recule au profit du wolof. Un phénomène de fond qui n’est pas sans conséquence sur la vie quotidien-ne [35] » souligne un article au titre significatif (« Le Sénégal est-il encore un pays francopho-ne ? ») de Slate Afrique de 2016. Une émission de TV 5 Monde titre dans le même sens en février 2018 : « Le Sénégal perd son français au profit du wolof. »

Ces réactions populaires convergent avec des prises de position politique à l’exemple de l’appel à un « contre-sommet anti-francophone » en 2014 à l’occasion du sommet de la francophonie 

« Les parties signataires de la présente plateforme considèrent que les Sommets dits franco-phones ne sont qu’un mauvais cirque destiné, principalement à couvrir et cautionner les abus de puissance multiformes du néocolonialisme français en Afrique, aujourd’hui placé sous la tutelle des Usa depuis sa réintégration dans le commandement de l’Otan ; et accessoirement à entretenir la corruption, la concussion et des trafics « françafricains » en tous genres [36]. » L’évènement a été évalué comme suffisamment important pour susciter une interdiction des manifestations publiques par le gouverneur de Dakar pendant la durée du sommet francophone pour des raisons de « sécurité ».

Ces militants qui s’opposent à la francophonie institutionnelle restent encore largement mino-ritaire. Leur simple existence est un signe du développement des consciences au regard de la période précédente. Le jeune âge de ces militants souligne l’émergence d’une nouvelle géné-ration militante porteuse d’avenir pour les peuples africains. (Résumé, pour l’intégrale, voir lien)

8 octobre Saïd Bouamama

http://www.cadtm.org/

Lire aussi:

Macron : « la francophonie est une famille aux dimensions planétaires » (Le Peuple Breton)

Ne pas confondre:

Onésime Reclus (Wikipédia)

Élisée Reclus (Wikipédia)

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03 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

lorient ogm (le télégramme)

ogm_logo

Une cinquantaine de manifestants anti-OGM devant le cargo Chloé

 «La Région s’est engagée, en 2004, à diminuer les importations de soja OGM. Ce n’était donc que des belles paroles ? », s’est désolé le collectif devant le cargo Chloé, prêt à repartir.

Organisé par les faucheurs volontaires et le collectif contre Bayer-Monsanto, un rassemble-ment a eu lieu ce mardi soir devant le cargo Chloé, au port de commerce. L’occasion de redire « la colère et l’incompréhension », face au plus gros déchargement de soja OGM jamais connu à Lorient.Les banderoles ont été accrochées contre les grilles du port de commerce, à quelques mètres du géant des mers, toujours à quai ce mardi soir, sur le port de Kergroise.

Arrivé mardi 25 septembre en provenance du Brésil, le cargo Chloé, battant pavillon des îles Marshall, est le plus gros navire de commerce jamais accueilli à Lorient.

Pendant une semaine, il a déchargé une cargaison record de 63 217 tonnes de tourteaux de soja génétiquement modifiés. « Cette alimentation animale est destinée au marché breton », confirme le directeur du port, Paul de Geyer d’Orth, qui pointe le caractère exceptionnel de l’opération, sans vouloir faire de commentaire sur la nature des produits transportés.

« Semons la vie »

Dès 18 h, les banderoles et pancartes ont commencé à fleurir sur le parking où le collectif lorientais contre Bayer-Monsanto avait donné rendez-vous. Une présence policière était assu-rée à proximité.

« 63 217 tonnes de poison », « Moratoire pas d’OGM, ni dans les auges, ni dans les mangeoi-res », « Halte aux tueurs légaux », « Le Bio moins cher que la pollution », « Semons la vie »… Une cinquantaine de personnes, dont des faucheurs volontaires d’OGM, des « pisseurs invo-lontaires de glyphosate », des agriculteurs, des maraîchers ou des citoyens ont échangé devant le cargo géant, source de leur colère.

« On aurait dû venir avec un gros gâteau, vu la taille du cadeau ! », ironise Patrick Pichon pour le collectif. « Quand on relit la délibération Du champ à l’assiette, prise au Conseil régional quand Jean-Yves Le Drian en était le président, le 8 octobre 2004, il y a de quoi se poser des questions, ajoute une manifestante. Cela parlait d’exclure les cultures d’OGM en plein champ, de diminuer progressivement les importations de soja OGM, de développer la production de viande et de lait haute qualité en Bretagne. Au lieu de cela, on voit débarquer un géant des mers rempli jusqu’à la garde d’OGM ! »

Départ du cargo à partir de 22 h 15

Maraîcher bio à Kervignac, Germain Mahéo est venu pour le symbole. « Nous sommes de plus en plus nombreux à nous convertir en production bio en Bretagne. Produire sans OGM, on sait faire. Alors à qui tout ce soja OGM est-il aujourd’hui destiné ? Nos élus veulent-ils continuer à importer des produits qui détruisent l’agriculture, ici en Bretagne, mais aussi en France et dans leur pays de fabrication ? »

« Et dire que les agriculteurs qui veulent nourrir leurs bêtes sans OGM doivent aller jusqu’à Saint-Nazaire et à leurs frais ! », se désole encore Patrick Pichon. À 18 h 30, la manifestation s’est terminée en chanson. « Les OGM, ils nous les sèment aux quatre coins du monde, depuis déjà trop longtemps. Arrêtons-les maintenant ! ».

Quant au cargo Chloé, dont le déchargement s’était terminé dans l’après-midi, il s’apprêtait à pouvoir quitter le port. Après plusieurs changements de programme, son départ était prévu à 22 h 15, ce mardi soir.

  02 octobre 2018 Sophie Prévost

https://www.letelegramme.fr/

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02 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

élections au québec (libération la-presse le-devoir le huff’ essf)

quebec

Les Québécois ont porté pour la première fois au pouvoir lundi la Coalition Avenir Québec (CAQ)

Un parti nationaliste non indépendantiste qui souhaite réduire la taille de l’État et l’immigration, tournant la page de près de 15 ans de gouvernement libéral quasi ininterrompu. Il s’agit d’un nouveau coup dur pour les Libéraux, la famille politique du Premier ministre fédéral Justin Trudeau. En juin ils avaient perdu l’Ontario, province la plus riche et la plus peuplée, au profit d’une autre formation conservatrice.

Le Podemos québecois « Québec Solidaire » progresse (de 3 à 10 élus et 16%) mais c’est un « Dupont Aignan » qui a gagné avec tous les thèmes que nous connaissons bien: laïcité, voile, immigration… contre les Libéraux (de Trudeau au Canada) et surtout le PQ Parti Québécois quelquefois appelé « social-démocrate ».

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Lire aussi:

Québec solidaire (Wikipédia)

Québec Solidaire: dix sièges vécus comme une victoire (La Presse.ca)

Percée historique pour QS (Le Devoir)

Le Parlement atteindra la zone de parité (Le Devoir)

Dorion et Zanetti concrétisent la percée de QS à Québec (Le Soleil)

Le Québec élit un gouvernement nationaliste et anti-immigration (Le Huff’)

Jean-Luc Mélenchon se réjouit de la percée de Québec Solidaire outre-Atlantique (Le Huff’)

Québec 2018 : Le mirage Legault

Québec : 25,8 % pour le CAQ

Québec solidaire, une victoire historique

Québec : L’appui à la CAQ, le produit d’une stratégie de communication manipulatoire

Québec : Éxaltantes percées et grandes responsabilités

Québec : Les plus grands défis sont devant nous !

Élections du Québec 2018 – camouflet sans précédent aux partis traditionnels

Québec : La vision économique de QS, est-ce réaliste ?

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01 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

bundisme et sionisme (ujfp)

Chanson anarchiste en yiddish

Juifs européens opposés au mouvement sioniste naissant : une histoire oubliée ?

L’idée sioniste est plus ancienne que le mot, qui fut employé en public pour la première fois par Nathan Birnbaum au cours d’une réunion qui se tint à Vienne dans la soirée du 23 janvier 1892.

L’ironie veut que cet homme deviendra par la suite, pour des raisons religieuses, un antisio-niste acharné. C’est aussi dans les dernières années du 19è siècle qu’eurent lieu les deux événements fondateurs du sionisme politique : la tenue du premier congrès sioniste mondial à Bâle en 1897 précédée, un an plus tôt, par la publication du Judenstaat (L’Etat des Juifs) de Theodor Herzl, œuvre fondatrice du sionisme politique.

Pourtant, « l’opposition au sionisme est aussi ancienne que le sionisme même [1] ». En raison de son caractère colonial, l’entreprise sioniste n’a pu que provoquer, dès le départ, une vive hostilité de la part des populations arabes, spécialement de Palestine [2]. Mais au sein même des communautés juives d’Europe, les critiques furent nombreuses et provenaient principal-ement de trois milieux : les assimilationnistes, les religieux orthodoxes et les révolutionnaires de gauche.

Les assimilationnistes

Tout en reconnaissant la gravité de l’antisémitisme, les assimilationnistes critiquaient le carac-tère éternel que lui attribuaient les sionistes ; ils ne voyaient dans cet antisémitisme que des manifestations de croyances héritées des temps anciens, amenées naturellement à dispa-raître. Pour eux, l’assimilation était partout en marche en Europe et il serait vain, voire même dangereux, de s’y opposer :

Certes, autrefois, l’émancipation des Juifs dépendait du bon vouloir du prince et ce qui avait été donné pouvait toujours être repris.

Certes encore, l’antisémitisme moderne pouvait rendre l’assimilation plus difficile en fermant, par exemple, certaines professions aux Juifs. Il pouvait la freiner mais il ne pouvait pas l’empê-cher. Car l’émancipation des Juifs n’était plus fondée sur des facteurs subjectifs mais sur les tendances économiques et sociales de l’histoire du monde et sur le progrès irrésistible de la civilisation.

Bien entendu, cette critique libérale était beaucoup plus répandue en Europe occidentale et centrale et aux Etats-Unis, la majorité des juifs de ces pays se sentant enracinée dans son pays respectif, qu’en Europe orientale où la situation sociale des juifs était beaucoup plus précaire. De même que cette critique libérale et assimilationniste au sionisme n’était pas dépourvue d’arrières pensées racistes. L’argument de la laïcité, ou devrions-nous plutôt dire du sécularisme, était ici brandi contre l’appartenance juive. L’opposition au sionisme pouvait ainsi aller de pair avec la négation de soi en tant que juif.

Les religieux orthodoxes

De nombreux religieux juifs critiquèrent très tôt le projet de création d’un foyer national juif en Palestine en raison de sa contradiction avec la promesse messianique de la Bible et des autres sources du judaïsme, qui conditionnaient le retour en eretz israel (littéralement terre d’Israël) à l’avènement du messie et non aux actions humaines. Ces critiques expliquent pourquoi les diri-geants de la communauté juive de Munich s’étaient opposés à la tenue dans leur ville du premier congrès sioniste mondial, qui s’est finalement ouvert à Bâle le 29 août 1897.

Ces critiques des juifs orthodoxes à l’égard du sionisme rejoignaient parfois celles des milieux libéraux sur la question spécifique de l’attachement des populations juives à leur patrie, le sionisme ne pouvant que créer une double allégeance néfaste, qui entraînerait un regain d’antisémitisme. C’est ce que déclarait, par exemple, le rabbin américain Isaac Wise peu après le premier congrès sioniste mondial : « Nous dénonçons toute cette affaire d’un Etat juif comme étrangère à l’esprit du Juif moderne de ce pays, qui considère l’Amérique comme sa Palestine et dont les intérêts sont situés ici ».

Certains juifs orthodoxes voyaient en outre d’un très mauvais œil le caractère séculier de l’idéologie nationaliste sioniste naissante, qui ne manquerait pas d’entrainer une perte d’influence de ces autorités religieuses au sein des populations juives :

Les théoriciens de l’aile ultra-orthodoxe, comme Isaac Breuer, considéraient les Juifs comme une nation religieuse, c’est-à-dire comme une nation différente de toutes les autres en ce que la religion était son seul contenu.

Le sionisme voulait laisser la religion en dehors de la renaissance nationale, ce qui faisait que la nation deviendrait une coquille vide.

Sans religion, en effet, toute l’histoire juive pendant des milliers d’années n’avait aucun but. La nation juive avait refusé de périr parce qu’elle voulait sauver sa religion ; inversement, la reli-gion avait sauvé la nation juive. Après avoir tant souffert pendant deux mille ans, n’était-ce pas une folie de faire des Juifs une nation comme toutes les autres, de les politiser, de créer un Etat qui serait neutre en matière de religion ? Selon cette doctrine, le sionisme dépouillait la nation juive de son véritable contenu culturel en empruntant à l’Europe occidentale le nationa-lisme moderne. Il s’était ainsi lancé dans la pire sorte d’assimilation.

Pourtant, après une lutte acharnée, sur les détails de laquelle il n’est pas possible de revenir ici,  la majorité des orthodoxes (spécialement ceux de l’« Agoudat Israël ») se ralliait à l’Etat d’Israël au moment de sa création, au prix d’une certaine réinterprétation de la réalité : « A leurs yeux, Israël n’avait pas vu le jour comme résultat des efforts des sionistes mais comme un don du ciel ».

Les milieux révolutionnaires de gauche

Enfin, si le sionisme ne manqua pas d’attirer sur lui les critiques des milieux révolutionnaires de gauche, les différences étaient là aussi très grandes selon que l’on provenait d’Europe centra-le et occidentale ou d’Europe orientale.

On pourrait synthétiser la situation des Juifs de l’Est européen dans les termes suivants:

Une structure sociale formée essentiellement par un prolétariat d’origine artisanale et par une petite bourgeoisie appauvrie, un processus d’assimilation très faible ou inexistant, la conserva-tion du yiddish en tant que langue nationale, un attachement important à la tradition religieuse et une identité ethnique influencée par un contexte largement imprégné d’antisémitisme.

Le judaïsme d’Europe centrale présentait des caractères différents 

Une prédominance des classes moyennes et bourgeoises, un très haut niveau d’urbanisation, un processus d’assimilation linguistique et culturelle complètement achevé et, enfin, l’abandon du yiddish et de l’orthodoxie religieuse [3]. Et c’est précisément en Europe centrale et orientale que « s’esquissaient les traits d’une nouvelle question juive fondée sur la dialectique nationali-té-assimilation [4] » et à propos de laquelle s’affrontaient les conceptions bundistes et marxistes :

Le Bund (Union générale des ouvriers juifs de Pologne, Russie et Lituanie)

Fondé en 1897 (soit l’année même du premier congrès sioniste mondial), se situe « au carre-four du socialisme et de la judéité [5] ». S’il a largement contribué à fonder le POSDR Parti ouvrier social-démocrate de Russie (des bolchéviques et menchéviques note du blog), il n’en a pas moins revendiqué une certaine autonomie vis-à-vis de ce dernier.

Recrutant principalement dans les milieux artisanaux et les petites entreprises, le Bund s’est nettement opposé au sionisme lors de son quatrième congrès de 1901, en adoptant une réso-lution visant l’autonomie culturelle extraterritoriale, qui s’articulerait autour de ces trois revendications :

  • La transformation de l’empire russe multinational en une fédération de peuples ;
  • Le droit à l’autonomie nationale pour chacun de ces peuples, indépendamment du territoire d’implantation
  • L’attribution aux Juifs du statut de nation à part entière [6].

L’originalité des bundistes tenait donc à « leur tentative de penser différem-ment la nation » 

L’autonomie juive n’était pas pensée comme territoriale mais comme nationale-culturelle, et le yiddish, véritable langue nationale, y tenait une place très importante.

Pour ce qui est des marxistes, leurs positions à l’endroit de la question juive restaient somme toute prisonnières du prisme de l’assimilation, considérée unanimement comme un progrès de l’histoire, ce qui les conduisit à critiquer le sionisme dans des termes parfois très proches de ceux, des intellectuels juifs libéraux.

Sans revenir sur l’ensemble des positions des marxistes au sujet des questions juive et nationale [7], il sera simplement question ici des écrits de celui qui a su le mieux, parmi les socialistes, théoriser la question nationale [8] et qui, même s’il n’était pas juif, a exercé une influence importante parmi certains socialistes juifs d’Europe sur les questions du sionisme et du Bund : Vladimir Lénine.

Pourtant, la position que défendit Lénine a souvent été mal comprise et surtout critiquée comme ayant conduit à opposer marxisme et nationa-lisme [9].

Or, la réflexion de Lénine sur ces sujets a toujours été empreinte de pragmatisme et a donc évolué au fur et à mesure que la situation politique évoluait elle-même. Aux premières inter-ventions polémiques à l’endroit des conceptions sionistes et de celles défendues par le Bund surtout après la scission entre ce dernier et le POSDR, ont laissé place des publications au ton plus mesuré, dans lesquelles Lénine reconnaissait l’existence du concept de nation juive.

En fait, pour comprendre ce qui peut être apparaître comme des hésitations de sa part, il est utile de rappeler la double approche dans laquelle s’inscrivait constamment ses réflexions sur la question nationale et sur la question juive.

D’une part, il défendit vigoureusement le principe du droit à l’auto-détermi-nation des peuples opprimés (s’opposant sur ce point précis à Rosa Luxemburg).

A l’appui de ce principe, Lénine affirmait que cela aidait à la prise de conscience politique des travailleurs, qui se rendaient compte qu’ils avaient la même nationalité que ceux qui dirigeaient l’Etat oppresseur (mais pas les mêmes intérêts). En agissant ainsi, les socialistes de l’Etat oppresseur encourageaient l’internationalisme aussi bien au sein de leur propre classe ouvrière que dans celle de la nation opprimée [10]. Lénine fondait donc sa position sur le principe de la lutte contre les idées réactionnaires au sein de la classe ouvrière de la nation dominante.

D’autre part, Lénine rejeta la conception de Bauer d’une « autonomie nationale culturelle »

en raison des concessions qu’elle faisait au nationalisme bourgeois. C’est donc dans cette perspective que s’inscrit son opposition aux conceptions bundistes, opposition davantage fondée sur des considérations de stratégie révolutionnaire et de tactique plutôt que sur des principes généraux. Car la critique de Lénine fut élaborée dans le contexte particulier du mouvement révolutionnaire socialiste russe (plus précisément à la suite du 2è congrès du POSDR de 1903 et la scission intervenue avec le Bund). Lénine reprenait ainsi des critiques émises par des socialistes russes juifs comme Martov et Trotsky à l’encontre du Bund : on reprochait à ce dernier son séparatisme qui affaiblissait le mouvement socialiste russe dans son ensemble.

Pour Lénine, il s’agissait de faire une distinction claire entre, d’une part, la lutte contre chaque élément de discrimination à l’encontre de tout groupe sur la base de sa langue ou de sa culture, et l’exaltation, d’autre part, de cultures nationales particulières.

lundi 1er octobre 2018  Rafik Chekkat

http://www.ujfp.org/

Lire aussi:

Union générale des travailleurs juifs (Wikipedia)

Commentaire:  Question nationale sans forcément une réponse nationaliste « fermée », autodétermination avec ou sans séparation, ces questions sont toujours d’actualité, que ce soit dans l’Etat Espagnol, au Royaume Uni ou chez les Kurdes.

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26 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

fort de france (grs)

martinik 2

Tournée de Macron aux Antilles : «Nous sommes des laissés pour compte» (Le Parisien)

Des syndicats et des associations appellent à la mobilisation pour la venue d’Emmanuel Macron (Caraïbe Orange)

Groupe Révolution Socialiste (Wikipédia)

“Nous avons à inventer une décolonisation du 21e siècle” (GRS)

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26 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

occitan (france info)

occitanie

Etonnant: il manque le Val d’Aran en Catalogne, seule région où l’occitan est langue officielle, ainsi que du côté italien: Piémont, Ligurie et Guardia Piemontese.

« On peut parler à tout le monde »

Avec l’occitan, une école du Puy-en-Velay célèbre toute l’année la Journée européenne des langues

À l’occasion de la Journée européenne des langues, mercredi, coup de projecteur sur une école de Haute-Loire où l’on apprend l’occitan avant le français, dès la maternelle. La Journée européenne des langues célébrée mercredi, comme chaque 26 septembre depuis 2011, met l’accent sur l’ouverture culturelle, illustrée par le bilinguisme occitan-français pratiqué, avec conviction, à l’école Calandreta du Puy-en-Velay en Haute-Loire.

Autour de l’institutrice, une quinzaine d’enfants de 4 à 7 ans racontent, en occitan, le spectacle de cirque qu’ils ont vu ensemble. Ici, pendant la classe, on ne parle qu’occitan, dès l’entrée en maternelle. C’est la méthode de l’immersion linguistique pour ces enfants dont la langue mater-nelle est le plus souvent le français. Dans cette école privée sous contrat avec l’État, l’appren-tissage du français ne commence qu’en classe de CE1, à petite dose. Virginie Feminier, la directrice, estime que ce calendrier « crée un décalage, mais pas réellement de retard ».

On commence par apprendre à parler et à lire en occitan. Après, on fait une transposition sur le français. Les deux langues s’appuient l’une sur l’autre.Virginie Feminier, directrice de l’école Calandreta à Franceinfo

Du sport à l’histoire, en passant par les maths, tous les enseignements se font en occitan. Et la curiosité aiguisée des enfants se porte bien au-delà de leur région. Leila aimerait maintenant apprendre le japonais ou en tout cas une langue étrangère. « Comme ça, on peut parler à tout le monde, même si ils sont différents de nous. Et on peut en apprendre plus sur eux », lance l’écolière.

Jongler très tôt avec deux langues facilite l’apprentissage d’une troisième ou d’une quatrième plus tard, assure Marie Baret-Miramand, la présidente de l’association de parents qui gère l’école. C’est aussi, dit-elle, une ouverture d’esprit, la création d’une personnalité.

Les enfants de 4 ans qui parlent occitan sont tout à fait capables d’interagir avec des anciens sur le marché, d’interpeller leurs grands-parents.Marie Baret-Miramand, à la tête de l’association de parents d’élèves à Franceinfo

« C’est toujours très drôle quand ils sont en cours préparatoire et qu’ils apprennent l’occitan. Ce sont eux les enseignants le soir. Nous, on n’y comprend pas grand-chose ou pas toujours et ce sont eux qui nous reprennent« , ajoute la mère de famille.

Ces petits locuteurs occitans sont aussi la clé de la survie d’une langue de moins en moins parlée, assure Marie Baret-Miramand. Elle milite pour que l’apprentissage puisse pleinement se poursuivre au-delà du primaire, jusqu’au baccalauréat.

Jérôme Jadot 26/09/2018

Lire aussi:

Expliquez-nous… Les langues régionales en France

Commentaire:

La carte montre toute la variété des « occitans » et la difficulté d’enseigner « un » occitan. L’argument de la communication avec les ainés est un peu faussée: encore faut-il qu’ils puissent ou veuillent bien s’adapter à une forme forcément (un peu) différente de leur langue maternelle.

Il y a un paradoxe chez les « anti-langues régionales »: ils reprochent aux langues et leurs locuteurs natifs de ne pas s’être unifiés, au niveau de la prononciation et de l’écriture. Mais pour cela il aurait fallu un enseignement d’état obligatoire toujours refusé! C’est reprocher aux régions de ne pas être autonomes ou indépendantes! Seule une structure de type étatique peut imposer une langue unifiée à tout un pays à partir d’un modèle unique (d’une minorité).

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20 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

orpaillage (national geographic)

non a la m

Guyanes : les conséquences écologiques désastreuses de la ruée vers l’or

Pratique illégale, l’orpaillage est l’une des plus grandes menaces sur le Plateau des Guyanes, aussi bien pour la nature que pour ses habitants.

Près de 100 ans après le chef-d’œuvre de Chaplin, comment la ruée vers l’or peut-elle encore être d’actualité ? Il suffit de se rendre sur le Plateau des Guyanes, en Amazonie, pour réaliser l’expansion de l’orpaillage, aux graves conséquences environnementales, sanitaires et écono-miques. Le parc amazonien révèle que la région a fait face à une augmentation de 78 % du nombre de sites clandestins destinés à l’activité aurifère seulement sur ces 6 derniers mois.

L’ORPAILLAGE, UN ENJEU INTERNATIONAL

La première préoccupation à laquelle font face les défenseurs de l’environnement lorsqu’il s’agit d’orpaillage est la déforestation massive. Plus de 17 000 hectares de la forêt amazo-nienne ont été rasés au cours de la seule année 2015. En plus de détruire l’écosystème et les ressources naturelles indispensables, on estime que ce phénomène conduit chaque année à la libération d’environ 200 000 tonnes de carbone dans l’atmosphère. L’autre problème majeur de cette pratique est à la fois sanitaire et environnementale, et implique le mercure.

Dans la pratique, le mercure est ajouté à la matière aurifère extraite.

L’ensemble est chauffé, ce qui permet d’évacuer le mercure et de ne laisser que l’or brut dans la batée. Ainsi, le mercure se transforme en vapeur nocive relâchée directement dans l’atmos-phère. Et lorsque l’on sait que pour obtenir 1 kilo d’or, il faut utiliser 1,3kg de mercure, le compteur s’affole. Mais le mercure ne pollue pas que l’air que nous respirons.

Lors de l’extraction de l’or, les garimpeiros (chercheurs d’or) creusent le sol à l’aide de jets à très haute pression. La pression exercée provoque une forte érosion des sols qui relâchent le mercure naturellement présent. Cette propagation dans l’eau crée une réaction biologique qui transforme le mercure en Méthylmercure, fort neurotoxique. Ce dernier va contaminer la chaî-ne alimentaire des plantes aquatiques jusqu’à l’homme, fortement dépendant des poissons d’eaux vives pour son alimentation.

Dans ces régions aurifères, la contamination des adultes est 1,5 fois supérieure au seuil jugé tolérable par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Les cours d’eau doivent également faire face au phénomène de turbidité, c’est-à-dire l’augmentation de la teneur en eau de matières qui la troublent. Cette turbidité défavorise l’oxygénation des plantes et entraîne la destruction de la vie aquatique par asphyxie.

L’AGGRAVATION DE LA SITUATION GUYANAISE

Une étude coordonnée par la WWF et l’ONF International, en collaboration avec les institutions forestières et environnementales guyanaises, vient de révéler que 157 000 hectares avaient été détruits entre 2001 et 2015 dans le cadre de l’exploitation aurifère. Environ 72 % de cette disparition a eu lieu entre 2008 et 2015, ce qui est symptomatique d’une forte accélération du phénomène.

Si on assiste à une amélioration de la situation en Guyane française, ce n’est pas pour autant bon signe.

Il s’agit juste d’un déplacement de l’activité illégale puisque, toujours entre 2008 et 2015, 95 % de la déforestation liée à l’orpaillage avait lieu au Guyana et au Suriname, des régions fronta-lières. En Guyane, c’est environ 500 hectares de forêt qui sont rasés chaque année pour assouvir la soif des chercheurs d’or ; c’est le premier facteur de déforestation du territoire.

Ce rapport alarme également sur la condition des anciens cours d’eau devenus des bassins boueux suite à l’extraction intensive.

Résultat ? Plus de 5 840 km de cours d’eau détruits, sans compter l’ensemble des eaux contaminées en aval des sites d’orpaillage. À ce jour, il n’existe presque plus de cours d’eau sain en Guyane. Cette grave faute environnementale devient une grave situation sanitaire. Les eaux stagnantes favorisent fortement le développement du paludisme dans la région et les camps de garimpeiros, premiers exposés, contribuent à sa propagation en faisant office de souche virale.

Aucun des pays concernés ne bénéficient d’une contrepartie à sa destruction, même pas économique, puisque l’or est systématique exfiltré du territoire.

Les autorités ont énormément de mal à modérer ces activités illégales, en particulier sur l’Oyapock et le Maroni, fleuves principaux pour la circulation du trafic. Les habitants et les insti-tutions environnementales attendent avec impatience la création d’une coopération transfron-talière entre les autorités guyaniennes, surinamaises, brésiliennes et françaises pour mettre en place des mesures judiciaires, inexistantes à ce jour.

 Juliette Heuzebroc

https://www.nationalgeographic.fr/

Facebook Jeunesse Autochtone

Site « Or de Question »

« Montagne d’or» : Hulot s’en va, la Jeunesse autochtone de Guyane réagit! (Blog TDG)

La mine de la Montagne d’or oppose les deux candidats (Reporterre)

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19 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

décolonisation (npa)

GRS guad

« On veut faire croire aujourd’hui que la décolonisation française est définitivement achevée »

Le premier atelier a abordé la lutte contre la politique française dans les années entourant Mai 1968, en revenant sur les luttes populaires et anticoloniales, de 1958 à 1974, en Guadeloupe, Guyane et Martinique.

Dans ces trois territoires et aussi à la Réunion, les luttes furent confrontées à une politique systématique de répression, avec entre autres des interventions meurtrières de l’armée, à plusieurs reprises, dans chacun de ces quatre pays.

On doit rappeler Fort-de-France en décembre 1959 (3 morts), le Lamentin en mars 1961 (3 morts), les nuits de Cayenne en juin 1962, les émeutes à la Réunion en 1962, les paysans de Danjoie en Guadeloupe en 1965, le terrible massacre de mai 1967 à Pointe-à-Pitre et les 2 morts de Chalvet, en Martinique, en 1974.

Ces pays étaient des terres d’arbitraire, reposant sur des lois d’exception, dont l’ordonnance du 15 octobre 1960 sur la déportation des opposants et l’interdiction de séjour de militants.

On y pratiqua la criminalisation de la revendication d’autonomie et d’indépendance, en multi-pliant, contre les activistes politiques et syndicalistes, les procès devant la Cour de sûreté de l’État. L’État colonial s’opposait à la lutte pour la langue créole, pratiquait la mise à l’écart de l’histoire des pays et de leurs littératures. Pour ces territoires, la volonté décolonisatrice s’est affirmée dans le souffle des années 1960 et du mouvement mondial de Mai 1968.

Guerres coloniales

Le deuxième atelier est revenu sur l’anticolonialisme contemporain, avec un rappel historique sur les 70 dernières années. Aujourd’hui, on veut faire croire que la décolonisation française est définitivement achevée. Et certains utilisent malicieusement le terme universitaire de post-colonialisme pour répandre l’idée qu’une page civilisationnelle aurait été tournée.

Or, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, alors que s’élargit le phénomène de la décoloni-sation,  la France et ses gouvernements issus de la Résistance refusent celle-ci à la plupart des colonies qui avaient aidé à la défaite du nazisme et du fascisme, sauf dans le cas des pays sous mandat comme le Liban et la Syrie. Les constituants de 1946 créent l’Union française avec la fiction de départements d’outre-mer (DOM) et de territoires d’outre-mer (TOM).

La Quatrième République engage les terribles guerres coloniales d’Indochine, puis d’Algérie.

Elle tente la timide et restrictive loi Defferre de 1956 pour les ensembles d’Afrique noire. Elle ne peut éviter l’incontournable engagement international de la liberté des protectorats du Maroc et de la Tunisie. Par contre, elle participe à la méprisable affaire du blocus du canal de Suez.

En 1958, De Gaulle promeut l’idée d’une communauté française, et punit la Guinée pour son « non » à cette communauté lors du référendum de 1958. Or, nous sommes, notamment depuis 1955, avec la conférence de Bandoeng, dans un moment d’extension des mouvements d’émancipation décolonisatrice, avec le défi cubain de 1959 dans une Caraïbe en révolte, avec le surgissement des non-alignés, et la grande année de l’Afrique en 1960, qui fait voler en éclat la « communauté française ». La tragédie, en 1961, de l’assassinat de Lumumba, avec l’indépendance du Congo, soulève la solidarité anticolonialiste mondiale.

Dans ce contexte, l’armée française ne peut empêcher l’indépendance de l’Algérie en 1962.

Dans les DOM (Antilles, Guyane et La Réunion), les mobilisations se maintinrent sous les gouvernements gaullistes, contre les répressions de luttes populaires et anticoloniales, contre le règne de l’arbitraire et des lois d’exception, contre la Cour de sureté de l’État… On y crimi-nalisait la revendication d’autonomie, d’indépendance, et la lutte culturelle.

On procéda sous Giscard, en 1974-1975, à la division du petit archipel des Comores et à l’organisation du drame tant de Mayotte que du reste des Comores. Après bien des tergiver-sations, on arriva à l’indépendance de Djibouti en 1977.

Plus tard, en 1981, avec la victoire de la gauche en France, le mépris des revendications des peuples colonisés fut plus voilé et plus habile, quand bien même la violence des années précédentes s’atténua et fut décriée officiellement. Il y eut tout de même la Kanaky, avec le rôle de Mitterrand dans la disparition de Machoro. Il y eut Rocard et les nocifs accords de Matignon après le drame d’Ouvéa sous la responsabilité de Chirac (Premier ministre de cohabitation).

Actualités de l’anticolonialisme

Pour ce qui restait au début du 21è siècle de colonies françaises, la tactique des gouvernants tant de droite que de gauche a été d’assouplir leur approche. Dans les vieilles colonies, en prenant en compte l’implantation électorale de partis autonomistes et indépendantistes et le fameux accord de Basse-Terre de 1998 (entre présidents de région soit indépendantiste, soit autonomiste, soit intégrationniste), Chirac, réélu président en 2002, fit une ouverture avec proposition de modification institutionnelle et promesse de statuts différenciés. Cela donnera les fameux référendums de 2003 et 2010 aux Antilles et en Guyane.

On n’y parle pas de décolonisation mais de décentralisation, de collectivités territoriales nouvelles se référant aux articles 73 ou 74 de la Constitution française, avec la possibilité de procédures d’expérimentation (énergie, transports, coopérations avec les pays de la région).

On ne parle plus que de territoires français rattachés à leur métropole.

Le risque est de faire croire que le droit des peuples à se diriger eux-mêmes n’existe pas pour ces territoires, que l’on voudrait présenter comme des prolongements de France sur d’autres continents. C’est le danger qui ne doit pas atteindre les militantEs du courant révolutionnaire français et du mouvement ouvrier. Leur devoir est de s’impliquer dans la lutte anticolonialiste, non seulement pour le soutien actif, mais aussi et surtout pour l’intégrer aux luttes contre la Françafrique, contre les engagements militaires, pour la solidarité avec les migrantEs et pour dénoncer les restes de l’empire colonial français.

P.S : Dans les ateliers, il y eut une éclairante contribution sur la lutte du peuple kanak à la veille du référendum manipulé qui aura lieu dans quelques semaines, ainsi qu’une longue interven-tion sur le problème de la « Montagne d’or » en Guyane. Quelques questions ont abordé les crimes d’État coloniaux impunis aux Antilles-Guyane, le Franc CFA, les arrangements militaires…

Lors de la dernière université d’été du NPA, deux ateliers animés par le militant anticapitaliste et anticolonial martiniquais Gilbert Pago ont traité de la question coloniale française à travers le prisme de la situation en Guadeloupe, Guyane et Martinique. Gilbert Pago nous a fait parvenir un texte résumant ces interventions, et nous l’en remercions.

Mardi 18 septembre 2018 Gilbert Pago

https://npa2009.org/

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18 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

jacobinisme (le peuple breton)

club breton

Les vrais jacobins ne sont pas concernés!

Emmanuel Macron : « Nous avons un avantage : notre jacobinisme »

Comme il en a l’habitude, le président de la République Emmanuel Macron a fait aujourd’hui un long discours pour présenter sa vision de la santé et proposer son plan. Au milieu de son discours, un aveu : la chance que constituerait le jacobinisme.

Avouons-le d’emblée : quand on traite d’un sujet, particulièrement un sujet aussi important que la santé, l’important n’est pas forcément la petite phrase. Toutefois, celle-ci intéresse au plus haut point notre magazine car elle remet en question toute la communication du résident de la République depuis le début de son mandat. En effet, lui qui se présente comme un « girondin » semble ne plus en être très sûr !

Au sujet de la santé, le Président l’affirme : « Nous avons un avantage : notre jacobinisme ».

Il continue en expliquant que « la concentration dans les mêmes structures de toutes les informations de santé dans un cadre régulé, protecteur des intérêts individuels, est une chance incomparable. Seuls les Chinois qui sont moins respectueux des libertés individuelles ont une telle organisation centralisée. Quasiment aucun autre pays n’a cette capacité de croiser les données de santé des concitoyens à des fins thérapeutiques et dans un cadre totalement surveillé. C’est inédit ».

Ce morceau choisi a été exprimé juste après un propos sur l’intelligence artificielle dont on connaît les enjeux en matière de libertés individuelles justement. Les promoteurs du logiciel libre fustigent en effet la concentration des données et l’usage dangereux que cela peut constituer.

En évoquant les Chinois, Emmanuel Macron sait pertinemment les dangers de la concentration de l’information et cherche à éviter les critiques. Mais comment garantir l’irréprochabilité de l’État français ?

Il ne suffit pas de déclarer que la France respecte les droits individuels pour que cela soit vrai !

Les exemples pullulent tous les jours. Dans sa communication de politique générale du 16 septembre, l’UDB s’inquiétait que « le principe de solidarité qui existait jusqu’à présent semble se transformer : on passe progressivement d’un système bismarckien (système assurantiel et cotisation des salariés eux-mêmes) à un système où l’État reprend la main sur tout. On exclut de fait le système de représentation des corps intermédiaires.

Le rêve des hauts-fonctionnaires semble se réaliser ».

Ce morceau de discours le confirme et permet de trancher un débat qui a pu faire illusion en Bretagne sur l’intérêt qu’Emmanuel Macron peut porter aux territoires. Quand on estime que le jacobinisme est une chance, c’est qu’on se moque éperdument de la géographie. Nous le savions déjà, ce discours sur la santé nous le confirme.

Gael BRIAND 18 septembre 2018

http://lepeuplebreton.bzh/

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