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10 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

omerta (reporterre)

algues

Briser l’omerta : des journalistes bretons s’unissent face aux pressions de l’agro-industrie

En Bretagne, des journalistes se sont réunis en collectif contre la « loi du silence » imposée par l’agroalimentaire. Procès-bâillons, intimidations… Ils dénoncent l’omerta qui règne autour du secteur agroindustriel et la difficulté d’exercer leur métier.

Quinze journalistes viennent de créer le collectif Kelaouiñ — Kelaouiñ signifie « informer » en breton — qui lutte pour la liberté d’informer sur l’industrie agroalimentaire en Bretagne. Menaces, pressions, poursuites judiciaires, auto-censure… Ils dénoncent l’omerta qui règne autour du secteur agroindustriel et la difficulté d’exercer leur métier.

Dans les témoignages des journalistes, pas de pneus crevés. Mais des pressions souvent insidieuses, qu’ils ne veulent plus taire. « Un coup de fil de l’agroalimentaire à une rédaction, ça n’arrive jamais. C’est beaucoup plus pernicieux… » souligne Pierre-Yves Bulteau, journaliste et membre du collectif. Pour Hélène, pigiste dans la région, « ces pressions, sans être hyper spectaculaires, finissent par influencer le travail des journalistes ».

Elle a choisi de témoigner anonymement de ce qu’elle a vécu après la publication d’une enquête sur une pratique agricole controversée : « J’ai reçu un SMS d’une chambre d’agriculture me disant qu’elle voulait porter plainte. Puis un courriel d’un laboratoire de recherche public qui disait que j’avais écrit des fake news. Ils m’ont demandé d’écrire un correctif et m’ont signifié que si je refusais, ils entameraient des poursuites pour diffamation. »

Une réaction disproportionnée, estime-t-elle. « Quand quelqu’un n’est pas content d’un papier, on s’explique. Si nécessaire, il y a un droit de réponse. Mais une menace de procès, c’est assez violent. » Pour la journaliste pigiste, « la technique de dissuasion des procès-bâillons fonctionne très bien. C’est de l’intimidation. »

La journaliste Inès Léraud a également fait l’objet de menaces de poursuites à la suite de ses enquêtes bretonnes. Fin 2019, Christian Buson, président du GES — un bureau d’études environnementales mis en cause dans l’enquête que la journaliste a réalisé pour la Revue dessinée Algues vertes, l’histoire interdite (éditions La Revue dessinée — Delcourt, 2019) — lui a intenté un procès en diffamation.

L’ouvrage ne fait pourtant que citer ses propos lors d’une conférence filmée par France 3. En janvier 2020, Christian Buson a finalement renoncé à sa plainte quelques jours avant l’audience. Dans sa bande dessinée, Inès Léraud évoque aussi les menaces du chargé de communication de la préfecture des Côtes-d’Armor. Aujourd’hui, la journaliste explique à Reporterre :

« C’était fou qu’un représentant de l’État laisse aussi clairement entendre que le sujet était gênant et cherche à m’intimider, je n’avais jamais vu ça. »

« Si tu écris sur l’agroalimentaire, tu sais que tu seras relu très attentivement avant la publication par la direction »

À la suite d’une enquête parue dans le média Basta sur le groupe Chéritel, grossiste en fruits et légumes, pris en flagrant délit de « franciser » des tomates venues d’ailleurs, Inès Léraud a fait l’objet d’une poursuite pour diffamation.

Son procès aura lieu les 20 et 21 janvier prochain devant le tribunal de grande instance de Paris. « Le cas d’Inès Léraud n’est que la partie immergée de l’iceberg » souligne Erwan, membre du collectif et journaliste précaire qui a travaillé au journal Le Télégramme. Il préfère ne pas donner son vrai nom « de peur de ne plus retrouver de travail au sein des journaux locaux qui m’embauchent ». Pour lui, « la presse bretonne doit composer avec l’agroalimentaire tout comme les collectivités locales, le milieu associatif et chaque citoyen individuellement. On doit faire attention à ce qu’on dit par peur de subir des pressions… C’est systémique ».

Parfois, estime t-il, les pressions viennent de l’intérieur même des rédactions. « C’est un secret de polichinelle : si tu écris sur l’agroalimentaire, tu sais que tu seras relu très attentivement avant la publication par la direction. Dans l’article, si on donne la parole à des opposants, il faut abso-lument laisser de la place, voire plus de place, au syndicat FNSEA, la chambre d’agriculture ou les représentants de l’agro-industrie. À l’inverse, vous lirez rarement la parole des opposants dans un article qui parle d’un nouveau projet agroalimentaire », dénonce Erwan.

Pour exemple, il se souvient des journaux du Télégramme parus le 5 septembre 2018. « La veille, des pseudos manifestations de salariés avaient été organisées devant les sites de Triskalia à l’appel de la direction, pour dénoncer le « Triskalia bashing » dont la coopérative faisait l’objet d’après eux. »

Triskalia était notamment poursuivie pour l’intoxication de salariés ayant travaillé dans des entrepôts de pesticides. « Le lendemain de ces manifestations, toutes les antennes locales du Télégramme concernées avaient chacune écrit un compte-rendu avec le témoignage des dirigeants, et une pleine page dans toutes les éditions donnait aussi la parole à Triskalia » énumère Erwan. Pour lui, « ce jour-là, Le Télégramme a été le journal de Triskalia ».

Les pressions commencent parfois très tôt. C’est ce qu’ont constaté deux étudiantes en journalisme de l’IUT de Lannion, lors d’une immersion à l’hebdomadaire Le Poher, en Centre-Bretagne en 2017.

« Contrairement aux articles des autres étudiants, leur enquête sur l’ouverture d’une nouvelle usine de lait en poudre à Carhaix-Plouguer (29) n’a pas été publiée, raconte le journaliste Pierre-Yves Bulteau qui enseignait à l’IUT à l’époque.

L’enquête révélait, contrat à l’appui, que contrairement à la promesse d’emplois pérennes pour dix ans, les investisseurs chinois de Synutra se réservaient le droit de quitter Carhaix en fonction de la rentabilité financière du projet. » Ce qui a fini par arriver deux ans plus tard.

Mais au moment de l’inauguration, on préfère la version optimiste « de la bouffée économique » offerte à ce territoire régulièrement frappé par la crise du lait. « Un responsable éditorial a alors refusé la publication de l’enquête sous prétexte qu’elle manquait de contradictoire alors que les étudiantes avaient proposé à la direction de l’usine de s’exprimer, en vain. Il avait surtout anticipé que la sortie de l’enquête sur « son » territoire aurait pu fermer les sources aux journalistes du Poher. »

L’enquête a finalement été publiée sur la plateforme en ligne Alimentation générale. « Il n’y a pas eu de poursuites lors de sa publication. Ça montre bien que ce n’est pas le fond qui était en question mais bien le rapport aux sources, notamment institutionnelles. Pas évident quand on travaille sur un petit territoire où l’on rencontre ceux sur qui l’on écrit à la boulangerie », conclut Pierre-Yves Bulteau.

De telles histoires sont courantes en Bretagne, d’où la création du collectif Kelaouiñ : « On ne monte pas ce collectif pour se plaindre, prévient Pierre-Yves Bulteau. On en parle parce que ces pressions vont de pair avec le droit de savoir des citoyens sur ce qui se passe autour de chez eux. » (Extrait voir lien)

9 juillet 2020 / Klervi Le Cozic (Reporterre)

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Algues vertes en Bretagne : 4 points pour comprendre le problème

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08 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

campagnes rouges (skol vreizh)

skol vreiz

En Bretagne, le communisme a su gagner le cœur des paysans du Trégor et de haute Cornouaille.

Le fait peut paraître surprenant car les campagnes bretonnes ont – à tort – la réputation d’être conservatrices.

Il n’y a pourtant nul paradoxe à cette vigueur mais un faisceau de causes profondes qui s’inscrivent dans la longue durée. Trois siècles de conflits entre la paysannerie et la noblesse ou l’Église ont préparé le terrain. Puis des « semeurs d’idées » parcourent le pays pendant des décennies. Enfin, le rôle actif des communistes dans la Résistance permet l’épanouissement du parti dans un terroir où il bénéficie d’un véritable transfert de foi.

Lors des dernières élections législatives en juin 2002, dans un bloc compact d’une centaine de communes situées à l’ouest de la Bretagne, le parti communiste a obtenu en moyenne 15,43 % des suffrages exprimés, soit plus de trois fois la moyenne française (4,91 %). Trente-six d’entre elles sont même allées jusqu’à lui accorder de 20 % à 31,30 % des suffrages exprimés, soit quatre à six fois la moyenne française.

Une telle fidélité au parti de Lénine en pleine période d’effondrement du vote communiste peut surprendre s’agissant du fin fond de cette Bretagne que des observateurs superficiels affublent volontiers et sans nuance de la livrée des chouans. Si, par endroits, « ce pays est le refuge de la réaction, c’est la faute des révolutionnaires, qui n’ont pas su le gagner à eux »1, écrit, en 1913, le révolutionnaire Émile Masson (1869-1923), qui ajoute que « avec le breton, on peut faire un cantique ou chanter L’Internationale »2.

Ce que confirme le témoignage d’un étudiant de BTS agricole des Côtes- d’Armor : « Chez nous, on est différent : on est communiste et on parle breton ! Pareil, Patrick aussi est très fier de parler breton. C’est un peu dans la façon d’être rouge. On n’est pas pareil que vous. Vous, vous êtes des chouans : vous parlez le français. Nous, par chez nous, on parle le breton et on est rouge. Dans ces patelins-là, c’est lié au terroir. »3

Autre façon de dire que « le bastion communiste chevauche toutes les divisions de Bretagne, anciennes ou récentes, administratives, sociologiques ou ecclésiastiques. Il ne présente d’homogénéité qu’aux points de vue linguistique, puisqu’il se situe à 99 % en pays bretonnant, et géographique, puisqu’il est à 73 % montagneux (au sens breton du terme) et qu’il est dans une très large proportion rural et paysan » [Le Coadic 1991].

Plus précisément, 98 des 99 communes qui forment le « bastion » communiste breton4 se situent non seulement en Basse-Bretagne5 mais, en outre, en plein cœur de la région où la langue bretonne est la plus pratiquée aujourd’hui. Tous ces éléments, qui peuvent à tort paraître paradoxaux, offrent l’une des matrices d’intelligibilité du communisme paysan bas-breton.

Contre les stéréotypes d’une Bretagne archaïque et conservatrice, on voudrait montrer que le communisme a trouvé en Basse-Bretagne un terrain propice où de solides fondations ont été construites au fil du temps, avant de constituer le bastion actuel, qui menace certes de s’écrouler sous l’effet du déclin généralisé du parti mais qui tient encore debout.

Un terrain propice au communisme agraire

La genèse du « bastion rouge » s’inscrit dans la longue durée. L’un des plus anciens éléments qui ont pesé sur les conditions d’implantation du communisme dans cette zone aux confins des Côtes-d’Armor, du Morbihan et du Finistère est sûrement la quévaise. C’est « une coutume née de conditions destinées à attirer des défricheurs, puis à les transformer en agriculteurs », explique Jeanne Laurent [1972]. La quévaise s’est perpétuée jusqu’à la Révolution mais est restée prégnante au-delà, tant dans la mémoire collective que dans les pratiques d’organisation et d’exploitation des terres.

Les ordres religieux, cisterciens d’abord puis templiers, à l’origine des quévaises, se sont implantés en Basse-Bretagne durant la première moitié du 12è siècle. La quévaise est une « hostise », institution qui, pour le défrichement, attire des « hôtes » nés sur d’autres terres. Ce sont souvent des personnes en rupture de ban avec la société, car sur les terres des Templiers et des Hospitaliers est accordé le privilège du droit d’asile.

À son arrivée, chaque hôte reçoit un lopin de terre dont il a la jouissance illimitée sans jamais en être propriétaire. En échange, il doit payer une rente annuelle. Les lopins sont tous exactement de même taille et il est interdit de bâtir des clôtures sur les terres communes. La quévaise se caractérise par une véritable vie communautaire dans un habitat groupé, rare en Bretagne.

Ce mode de vie singulier, qui a fonctionné pendant sept siècles, est susceptible d’avoir façonné les représentations des générations qui l’ont vécu mais également celles des générations ultérieures, en favorisant une attitude positive à l’égard du collectivisme et de l’égalitarisme. En effet, la coïncidence entre la carte des communes et des paroisses à quévaises, sises dans les monts d’Arrée ou en Trégor intérieur (région de Bégard et Guingamp), et la carte de la partie septentrionale du territoire de l’actuel bastion communiste ne laisse pas d’être source d’interrogations.

Toutefois, les particularités de la quévaise, parfaitement adaptées au cadre originel du défrichement et de la vie communautaire, deviennent insupportables à mesure qu’évolue la société bretonne. La guerre de la Succession de Bretagne (1341-1381) provoque la désertion des campagnes. Dans des villages aux trois quarts abandonnés, ceux qui restent s’entendent pour réserver les abords de chaque quévaise à leurs tenanciers.

Ils bâtissent des talus sur ces parties de terres communes proches de leurs lopins. Les moines les leur refusent, arguant d’un droit qui, d’oral et évolutif, s’est progressivement figé en droit écrit. Les tenanciers engagent donc de nombreux procès contre leurs seigneurs, qu’ils perdent régulièrement. La situation devient explosive et génère des siècles de haine à l’encontre des moines ainsi que de nombreuses révoltes et violences. C’est une première source d’hostilité envers l’Église, alimentée par d’autres événements.

Selon Georges Minois, de 1500 à 1620, la piété populaire est à son apogée en Trégor : « pardons, pèlerinages, foires, offrandes, fondations pieuses connaissent un essor extraor-dinaire » [1987 ]. Quant au clergé, « les statuts synodaux de Guy Campion, entre 1620 et 1624, dépeignent les chanoines comme des vauriens, qui ne portent même plus l’habit ecclésiastique dans la cathédrale, qui passent leur temps à la taverne, mangent et boivent pendant les offices qui se déroulent d’ailleurs dans la plus épouvantable confusion ». Les fidèles, cependant, n’en veulent pas à leurs prêtres, qui sont au sein de la population trégorroise comme autant de poissons dans l’eau, du moins jusqu’à la contre-réforme tridentine visant à remettre en vigueur la séparation du sacré et du profane.

Les paysans trégorrois n’éprouvent pas le besoin de réformer leur foi ni leurs pratiques. La réforme vient de l’épiscopat, et les prêtres chargés d’en diffuser le message d’austérité ne peuvent guère prêcher par l’exemple. De surcroît, elle vient de l’est francophone, et « le Trégor est d’autant plus méfiant vis-à-vis de ces innovations qu’elles sont issues d’une culture étrangère suffisamment proche et présente pour être menaçante » .

Enfin, la paysannerie doute d’une réforme qui a séduit la noblesse par son aspect intellectuel et élitiste. Il s’ensuit que la contre-réforme aboutit à un échec : le nouveau clergé est ressenti par la population comme étranger et, de ce fait, il est isolé. Les fidèles se détachent de la religion, continuant, certes, à fréquenter la messe jusqu’au 19è siècle mais, avant tout, par conformisme et par peur de l’enfer.

La baisse de l’emprise du clergé sur la population et la chute de la ferveur religieuse, si elles n’ont pas mécaniquement favorisé l’apparition de courants revendicatifs en Trégor et en Cornouaille, ne leur ont pas été non plus étrangères, en sorte qu’a pu émerger une forte tradition de luttes agraires égalitaristes.

Au fil des siècles, une succession de révoltes agraires met les paysans bretons aux prises avec la noblesse et les villes. C’est le cas, dès 1490, en pleine guerre franco-bretonne, puis, en 1589-1590, lors des guerres de la Ligue. En 1675, sous le règne de Louis 14, la célèbre révolte des « Bonnets rouges » embrase la région, contestant l’ordre féodal dans son ensemble.

Or, il faut le souligner, ce sont toujours les mêmes zones qui se soulèvent : le Trégor et la Cornouaille, qui prendront ultérieurement le parti de la Révolution, puis celui de la République. Elles constituent ce que Pierre Flatrès [1986] a appelé la « diagonale contestataire », dont l’actuel bastion communiste est le cœur. Mais comment expliquer ce choix continu pour la contestation, alors que la Haute-Bretagne, le Léon et le Vannetais prennent toujours, eux, le parti de l’ordre ?

En premier lieu, les paysans insurgés agissent en vertu de motifs égalitaristes, dotés d’une sorte de conscience de classe les opposant tant à la noblesse qu’aux villes. « Sous le “bruit et la fureur de la populace furieuse et enragée” se dégage d’abord, en 1590 comme en 1675, la revendication de l’égalité. […] Or, la ville comme la noblesse mettent en cause cette égalité. » [Meyer et Dupuy 1975]

En deuxième lieu, la fronde est la plus forte là où le sentiment d’injustice est le plus grand, c’est-à-dire en pays de domaine congéable6, et là où les rapports avec la noblesse sont les plus difficiles.

Ainsi constate-t-on une remarquable concentration sur un même espace de trois facteurs décisifs qui ont préparé les esprits, comme on prépare un sol : la mémoire longue de la quévaise, une sécularisation de la vie quotidienne et un esprit égalitariste, propice à la révolte. Cette triple confrontation de ces populations bretonnes à leur histoire a pu offrir un terrain favorable à l’implantation des idées de gauche, dans leur version communiste. Cette généalogie ne peut pourtant jouer à elle seule ; elle vient s’articuler à des facteurs conjoncturels et structurels qui vont donner au communisme de robustes assises.

Parmi les mécanismes propices à l’apparition d’un vote de gauche, André Siegfried a souligné l’importance de la « circulation des idées ». Avant l’émergence du communisme, deux groupes complètement différents concourent à diffuser des « idées nouvelles » dans la zone concernée. D’une part, les pilhaouerien (les « chiffonniers ») – marchands ambulants qui parcourent la région à la recherche de chiffons vendus aux moulins à papier – introduisent très tôt des idées républicaines dans les monts d’Arrée, par les contacts réguliers qu’ils entretiennent avec les villes.

D’autre part, des protestants s’installent en Basse-Bretagne à partir du début du 19è siècle, à l’initiative de missionnaires gallois. Ils s’implantent dans la diagonale contestataire, sans doute parce que l’Église catholique y est déjà affaiblie. En butte à l’hostilité générale, ils doivent lutter, non seulement contre le clergé catholique mais contre toutes les autorités. Par la suite, certains intellectuels ou certains convertis n’hésitent pas à établir une continuité entre protestantisme et communisme.

La puissance électorale du PC est encore plus grande dans certains secteurs dénommés « petites Russies ». À Plufur, Saint-Nidodème, Coatascorn, son influence est considérable, et ces communes acquièrent ainsi une solide réputation. Trémel, Lanvellec, Plounévez, Louargat, Saint-Laurent, Coadout, Kergrist, Saint-Nicolas-du-Pélem, Berrien, Scrignac, Huelgoat, Motreff, Spézet, Landeleau et Leuhan marient communisme rural et municipal, rayonnent d’un rouge vif, déteignent sur les communes voisines, inscrivant l’emprise communiste dans l’espace et la durée. Les réalisations des élus et l’activisme des militants servent d’exemple et alimentent le discours dominant.

De la Libération à nos jours, le parti communiste, qui se présente explicitement comme l’héritier des Bonnets rouges, revendique la lutte en faveur des déshérités. En prônant une lutte de classes entre « petits » et « gros » agriculteurs, il se pose en défenseur du petit et moyen exploitant. (Extrait voir lien)

Ronan Le Coadic

https://journals.openedition.org

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07 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

artificialisation (eaux et rivières)

stop-au-beton-dans-la-Crau

Artificialisation des sols : stop aux nouvelles routes

Neuf associations se saisissent d’un dispositif citoyen

A l’heure du dérèglement climatique, la création de nouvelles rocades et routes apparaît de plus en plus dépassée. Elle ne devrait plus être une priorité pour nos départements.

Il serait grandement préférable d’investir dans les outils efficaces en faveur de la transition. Avec huit associations, nous lançons une pétitition en Ille-et-Vilaine.Vitré Tuvalu, association membre et huit autres structures, dont Eau & Rivières de Bretagne, ont lancé une pétition via le « droit d’interpellation » du département d’Ille-et-Vilaine.

Ce droit d’interpellation est un dispositif original de démocratie participative qui s’apparente à un droit de pétition. Il permet aux habitant.e.s d’un département d’interpeller leurs élu.e.s sur un sujet qui les préoccupe et qui relève de la compétence de leur conseil départemental.

Stop à l’artificialisation des sols

La création de nouvelles infrastructures routières est extrêmement coûteuse ainsi en 2019, cet investissement a représenté un coût de 36,5 millions d’euros pour le département. Pourtant, la création de ces routes a des effets directs sur l’environnement (bétonisation des terres, destruction de zones humides, disparition d’espèces, etc..) et des effets indirects sur la santé (dégradation de la qualité de l’air et émissions supplémentaires de CO2).

Nous considérons aussi que continuer à développer le réseau routier est en contradiction avec l’engagement de la France pour le climat. En effet, la décarbonation des véhicules – motorisation électrique – est illusoire à court terme : elle ne résoudra pas les problèmes d’engorgements des réseaux routiers et elle occulte le problème d’épuisement de nos ressources naturelles.

artificialisation_sols_bretagne_OEB.png

Pour que le « monde d’après » commence en Ille-et-Vilaine

Nous, citoyen-ne-s d’Ille-et-Vilaine, nous ne pouvons plus et nous ne devons plus accepter que nos élus dépensent autant d’argent public pour créer de nouvelles infrastructures routières qui dégradent notre eau, notre air, le vivant, le climat et notre santé à tous, et qui sont en contradic-tion avec les enjeux de demain et « le monde d’après ». La crise sociale et économique redes-sine les priorités et rend dérisoire ce genre d’investissement alors que des besoins urgents se déclarent pour la population et la planète.

Aussi, nous demandons au département d’Ille-et-Vilaine de décider l’abandon de tout program-me de nouvelles infrastructures routières (sauf raison impérieuse de sécurité pour les zones accidentogènes).

Ceci doit conduire à l’abandon des grands projets de contournements routiers comme ceux connus de Vitré, Châteaubourg et Fougères notamment. Nous encourageons aussi le départe-ment à rebasculer ces millions d’euros non investis dans de nouvelles routes vers la politique sociale, la préservation des biens communs (eau, biodiversité, air), et vers les mobilités actives de courte distance du quotidien (marche, réseau vélo …) ainsi que les nouvelles mobilités (covoiturage, autopartage).

Cette pétition est publiée sur le portail Interpellation.

Nous appelons les bretillien-ne-s à la signer. Si 2 000 bretillien-ne-s y souscrivent, le Départe-ment devra en débattre. Notre objectif est le suivant : le Département doit ré-évaluer complète-ment ses priorités sur sa politique d’infrastructures et de mobilités

07 juillet 2020

Lien direct vers la pétition

Signataires

  • Vitré-Tuvalu (Vitré)
  • Eau & Rivières de Bretagne
  • Alternatiba (Rennes)
  • PassPasud2 (St Didier)
  • Ne Perdez pas le Nord (Châteaubourg)
  • La Passiflore (Fougères)
  • Confédération Bretagne Nature Environnement (COBEN)
  • Les ColocaTerre (Montauban de Bretagne)

https://www.eau-et-rivieres.org/

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07 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

pêche (courrier inter)

dessin-surpeche
Les navires-usines chinois épuisent les eaux africaines

Ce qui suit pourrait réussir à rendre écolo même quelqu’un comme Donald Trump, s’il n’avait pas autre chose en tête. La flotte de pêche hauturière chinoise, la plus grande du monde, est beaucoup plus importante que ce que nous pensions.

Elle est même plus grande que ce que les Chinois eux-mêmes croyaient, quatre fois plus nombreuse que ce que Pékin affirme souhaiter. Cette flotte compte au moins 12 490 navires et on estime à près de 17 000 les bateaux ayant la capacité de pêcher en dehors des eaux territoriales chinoises.

On savait que la Chine était une superpuissance mondiale en matière de pêche, mais ces nouvelles données recueillies par des chercheurs pour le compte de l’Overseas Development Institute [l’ODI, un groupe de réflexion sur le développement] de Londres montrent que la flotte chinoise est bien supérieure aux 3 432 navires estimés en 2014.

Pratiquement tous les chalutiers du Ghana sont chinois

Il s’agit en grande partie de chalutiers (qui emploient une méthode de pêche parmi les plus destructrices), travaillant en majorité dans l’océan Pacifique nord-ouest. L’activité pratiquée de la manière la plus intensive est la pêche à la turlutte des calamars dans le sud-est du Pacifique et le sud-ouest de l’Atlantique. Et l’aspect le plus dérangeant de cette pêche hauturière est que ses intérêts sont contraires à ceux des habitants de pays en développement. La flotte chinoise a une incidence vraiment consternante sur l’Afrique.

C’est au Ghana que l’on recense le plus grand nombre de navires chinois en dehors de la Chine, avec 137 bateaux selon l’ODI. Pratiquement tous les chalutiers du Ghana sont chinois, et les agents des chalutiers – les personnes qui tirent profit de la vente des licences de pêche – sont des parlementaires.

Pourtant, au Ghana, plus de 2 millions de personnes dépendent directement ou indirectement de la pêche en mer pour leurs revenus ou leur emploi. Selon le rapport de l’ODI, les revenus des petits pêcheurs ont chuté de 40 % depuis le début du [...]

Charles Clover  06/07/2020
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Lire aussi:
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07 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

nokia lannion (cccp anc rp)

cocos

Caricature: Marcel Cachin, le « cocos » sont des haricots…

Nokia Lannion. La position des communistes du Tregor:

NOKIA : IL FAUT EN FINIR AVEC LA DICTATURE DES ACTIONNAIRES

Depuis que le géant finlandais des télécoms Nokia a racheté le français Alcatel en 2016, les licenciements et délocalisations s’enchaînent : 400 suppressions de postes en 2016, 450 en 2017, 408 en 2018 et 1 233 cette année – dont 402 à Lannion.

Cette fusion qui en fait était une absorption ne pouvait conduire à terme qu’à la liquidation des sites français.

Pour la multinationale, comme pour toutes les entreprises capitalistes ce qui compte c’est le profit et la croissance du montant des dividendes versés aux actionnaires. Toutes les déclara-tions justifiant de telles décisions et les promesses faites à l’Etat et aux salariés ne visent qu’à endormir les travailleurs avec la complicité de certains syndicats (CFDT en tête).

Nous dénonçons cette situation inacceptable. Bien sûr les travailleurs dans l’unité doivent se battre pour que soit annuler ce nouveau plan social que les patrons finlandais (comme leurs collègues français) osent baptiser « Plan de Sauvegarde de l’Emploi » selon le vocabulaire utilisé depuis 40 ans.

Les politiciens qui font semblant de soutenir les salariés, de Le Bihan à Lejeune en passant par le culbuto Botherel et autres LR ont, non seulement accepté les politiques qui ont conduit à la liquidation de notre industrie nationale au nom de la mondialisation et de la libre concurrence, mais restent de chauds partisans de ce modèle dépassé d’économie.

La seule solution qui permettrait de pérenniser l’entreprise est la nationalisation avec un pouvoir décisionnel des salariés de tout le secteur des télécommunications : équipementiers comme opérateurs.

Le développement de la recherche, la réindustrialisation, la relocalisation, l’amélioration des conditions de travail et l’augmentation des salaires sont incompatibles avec l’accaparement des richesses créées par les seuls salariés, par les actionnaires et les dirigeants à leur service.

Si nous voulons que « le monde d’après » ne soit pas « le monde d’avant en pire », la question du socialisme doit être à l’ordre du jour ainsi que la reconstruction d’un parti révolutionnaire représentant le monde du travail et l’intérêt national.

26 juin 2020

Association Nationale des Communistes (ANC-Lannion)

Cercle des Citoyens Communistes et Patriotes (CCCP-Trégor)

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Lire aussi:

Nokia : mobilisation massive à Lannion, une nouvelle manifestation le 8 juillet à Paris

Commentaire:

A l’occasion de cette lutte ouvrière dans le Trégor revenons sur Marcel Cachin:

Mouvement breton

Natif de Bretagne, Marcel Cachin a joué un rôle dans le mouvement breton. Se liant d’amitié avec Yann Sohier, fondateur de l’organisation progressiste et laïque « Ar Falz », il crée avec d’autres militants communistes l’association des « Bretons émancipés de la région parisienne » au début des années 1930, et anime son journal officiel War Sao à partir de 1937. Cette asso-ciation se démarque du reste du mouvement breton en soutenant l’émancipation des travailleurs bretons de « toute forme d’oppression, celle du capitalisme et celle de l’Église ». Les « Bretons émancipés » participent à la lutte contre le fascisme, notamment en soutenant les républicains espagnols. En septembre 1938, pendant la conférence de Munich, ils dénoncent dans War Sao les dérives du courant nationaliste de l’Emsav qui voit dans l’Allemagne nazie la « protectrice des minorités en Europe ». Cela l’exposera aux critiques acerbes de la partie du mouvement breton qui lorgne vers le fascisme, tel Henri Caouissin qui déclare que les « Bretons émanci-pés » sont « sinon nuisibles, du moins inutiles à l’action bretonne ».

Après la Seconde Guerre mondiale, Marcel Cachin conserve ses positions et son discours revendicatif breton, même quand le Parti communiste s’éloigne de plus en plus de ses préoccu-pations régionalistes. Cachin dépose ainsi en 1947 une proposition de loi en faveur de la langue bretonne. Cette proposition, vidée de sa substance par ses collègues parlementaires, aboutit en 1951 à la loi Deixonne, qui autorise l’enseignement du breton à l’école.

Le 24 novembre 1951, Cachin participe à la refondation des « Bretons émancipés », qui deviennent l’« Union des sociétés bretonnes d’Île-de-France » (USBIF). Cette association au nom plus neutre se dote en 1958 d’un nouveau journal : Le pays breton. L’association est prési-dée par François Tanguy-Prigent, socialiste morlaisien et ancien ministre du général de Gaulle, puis par Marcel Hamon, député communiste des Côtes-du-Nord et Jean Le Lagadec, ancien journaliste à l’Humanité, journal dont Cachin fut longtemps directeur.

https://fr.wikipedia.org/

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02 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

euskadi corse (fr3)

euskal herria

Pays basque :  »la victoire des nationalistes n’est pas seulement électorale. C’est une victoire des idées »

À Ciboure, Urrugne ou encore Biriatou, le vote nationaliste pour des listes de la gauche abertzale a connu une forte progression lors des élections municipales. Le résultat d’un travail de fond sur plusieurs années, et d’une stratégie de rassemblement particulièrement efficace.

Il a 32 ans, et vient de remporter l’élection municipale de Ciboure au Pays basque. Eneko  Aldanat-Douat est désormais le nouveau maire de Ciboure, commune de 6 400 habitants jouxtant Saint-Jean de Luz.
Mais la tête de liste  » Ziburu Bizi « est aussi le nouveau visage d’un mouvement qui ne cesse de prendre de l’ampleur au Pays Basque : le vote nationaliste. Comme Ciboure, les communes de d’Urrugne, Ustaritz, ou Itxassou ont porté à leur tête des listes représentant la gauche abertzale.
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Une percée remarquée

Au premier tour, Saint-Pierre d’Irube, Biriatou à la frontière espagnole, ou encore  Baïgorry  avaient déjà opté pour ce choix. Partout sur le territoire, des listes de sensibilité abertzale ont obtenu des scores plus qu’honorables.

Une tendance qui n’a rien de surprenant, estime Eguzki Urteaga, professeur de sociologie à l’Université du Pays Basque, et auteur de L’essor du vote nationaliste basque, publié aux éditions L’Harmattan.

« Ces résultats sont cohérents avec l’évolution du vote nationaliste basque ces quinze dernières années, estime le chercheur. On a pu le voir déjà en 2014, avec des communes comme Ustaritz qui, déjà à l’époque, avaient voté pour un maire nationaliste ». Bruno Carrère, maire sortant et tête de liste Ustaritz Bai, a été largement réélu au deuxième tour de l’élection municipale ce dimanche 28 juin dans la commune de 6 800 habitants.

« Malgré la faible participation le vote nationaliste a progressé au Pays basque en pourcentage, mais également en nombre de voix, précise Eguzki Urteaga, qui estime que l’abstention a joué en la faveur des abertzale : une plus forte participation aurait sans doute été le synonyme d’une mobilisation des non nationalistes ».
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Diffusion des idées

Comment expliquer ce succès ? Selon le sociologue, la progression de ce vote est la résultante d’un travail sur du très long terme.Depuis les années soixante, les nationalistes ont toujours été très présents et actifs dans les entreprises, les syndicats, les associations…
Progressivement, leurs revendications se sont étendues à l’ensemble de la société basque et à la classe politique locale. Eguzki Urteaga, sociologue

La question basque au centre des débats

Le résultat : soixante ans plus tard, les idées et thématiques des abertzale régissent les agendas politiques. Et l’appui des nationalistes devient indispensable à quiconque souhaite être élu localement.

Soutien à la langue basque, défense de la culture, mise en place d’un processus de paix,  création de la communauté de communes du Pays basque en 2017… , autant de thématiques qui ne font plus polémique.  »C’est plus qu’une victoire électorale, c’est une victoire des idées », abonde Eguzki Urteaga.
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Des listes ouvertes, « qui brassent large »
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Si le phénomène a d’abord concerné le Pays basque intérieur et rural, il s’étend désormais. Ainsi Urrugne , près de 10 000 habitants, a voté ce dimanche pour la liste de Philippe Aramendi. Une liste rassemblant écologistes et abertzale, une association devenue des plus communes.
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« La majorité de ces listes présentent une tête de liste nationaliste, et un socle élargi, allant de la gauche à l’extrême gauche. Ecologie, Insoumis, socialistes… la plupart des listes sont ouvertes, diversifiées et brassent large », explique Eguzki Urteaga.
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Leur volonté est de dépasser les thématiques propres aux nationalistes. Leur offre ne se résume pas aux questions identitaires, de la langue basque, ou de la culture. Il y a tout un travail qui a été fait sur des thématiques essentielles : l’environnement, l’économie, la mobilité, l’urbanisme…Les nationalistes proposent une offre globale qui vise à répondre aux préoccupations des électeurs basques. C’est ce qui explique leur succès.Eguzki Urteaga, sociologue
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Le BAB ne prend pas

Seul le BAB, les communes de Bayonne-Anglet et Biarritz semblent encore résister à l’appel nationaliste. À Biarritz, la liste « Euskal Herrian, Vert et solidaire » (Euskal Herria Bai, Europe Écologie Les Verts et les Insoumis), s’est alliée avec Guillaume Barucq. Avec ses 26,3%, elle est arrivée bien loin derrière la candidate LR Maïder Arosteguy (50,2% des suffrages).  À Anglet, c’est l’élu de droite Claude Olive qui s’est imposé dès le premier tour. Il n’avait pas d’adversaire abertzale face à lui.

Aucune alliance non plus à Bayonne avec le candidat socialiste Henri Etcheto, à qui les détracteurs reprochent un manque d’engagement sur la question de la culture et de la langue basque. Et c’est sur son adversaire centriste, le maire sortant Jean-René Etchegaray, que se sont reportées une partie des voix nationalistes : Jean René Etchegaray a été réélu le 28 juin avec près de 54% des voix.

« Première force de gauche »
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Quels enseignements tirer de ces élections municipales ? Pour Eguzki Urteaga, cet engouement n’a rien de passager.  » Les idées nationalistes sont désormais diffusées dans la société, et le vote va s’implanter durablement. Ce vote progresse lentement, mais sûrement.  Historiquement, le Pays basque est dominé par le centre droit. Désormais, les partis nationalistes se substituent au PS et deviennent la première force de gauche ».
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Maïté Koda  29/06/2020
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28 juin 2020 ~ 0 Commentaire

adelante andalucia (el diario)

 rodriguez

Teresa Rodriguez (Anticapitalistas) avec le drapeau andalou

Adelante Andalucía

« Guerre civile » entre IU, Podemos et les Anticapitalistes

La confluence de gauche créé il y a deux ans par Teresa Rodríguez et Antonio Maíllo n’a pas réussi à devenir une alternative au PSOE, a perdu des voix et des sièges et a vu le premier gouvernement andalou de droite entrer en fonction. Aujourd’hui, elle est sur le point de se disloquer

À l’automne ensoleillé de 2018, Teresa Rodríguez et Antonio Maíllo voyageaient ensemble lors de la première campagne électorale d’Adelante Andalucía. Tous les partis à gauche du PSOE s’étaient unis sous une même bannière : Podemos, IU et deux groupes andalous plus petits.

Rodríguez et Maíllo ont réussi à réunir deux courants de la gauche andalouse qui, historiquement, s’étaient toujours donné des coups de pieds : ils s’étaient déjà affrontés dans les années 1990 – lorsque la leader de Cadix a quitté IU – et en 2015, avec l’irruption de Podemos, ils étaient rivaux politiques.

La vieille garde communiste, qui avait gouverné pendant deux ans avec le PSOE de Susana Díaz, n’a jamais fait confiance au parti violet. « En Andalousie, ce sont les trotskystes de toujours, ceux qui nous ont traités de traîtres pour avoir gouverné avec le PSOE ou simplement pour avoir gouverné », a déclaré un ancien dirigeant communiste.

Pour Antonio Maíllo, c’était différent, car il a dû gérer le déclin de IU peu après avoir pris les rênes de la fédération. Il a subi l’impact émotionnel de son expulsion du gouvernement par Susana Díaz (PSOE), puis le désordre dans les comptes du parti, hérités de son prédécesseur, Diego Valderas, et enfin le vertige de sentir que IU « pouvait s’éteindre de la scène politique » face à l’irruption de Podemos.

Ces trois facteurs expliquent en partie pourquoi l’ancien dirigeant de l’IU rompt avec ses prédécesseurs, nie le rôle que son parti a joué dans le gouvernement de coalition avec les socialistes – « on ne peut pas faire confiance au PSOE » – et s’engage avec Teresa Rodríguez dans la construction d’Adelante Andalucía.

Podemos contre Izquierda Unida

Lors des élections régionales de 2015, Podemos a obtenu 15 députés, avalant presque IU, qui est passée de 12 à 5 députés. Dans cette campagne, la formation violette ne s’est pas présentée comme un « parti de gauche ».

Pablo Iglesias et son groupe avaient réinventé le langage politique, ils étaient dans la transversalité, l’axe droite-gauche était la « vieille politique ». IU a été vilipendée par les « mauves » (ou « violets »), qui ont certifié une « punition aux urnes » pour avoir conclu un pacte avec le PSOE « en échange de quelques sièges au Conseil de direction ».

« Laissez Toni Valero [actuel dirigeant de l'IU] me raconter une seule expérience en Andalousie où IU a amélioré ses résultats électoraux après avoir gouverné avec le PSOE », a déclaré la native de Cadix deux ans plus tard, après avoir quitté Podemos parce que celui-ci était entré au gouvernement de Pedro Sánchez (PSOE).

Ce que dit Teresa Rodríguez est vrai: à l’origine du débat politique sur Adelante, il y avait déjà deux prémisses qui, en fin de compte, ont provoqué la rupture de la femme de Cadix avec Podemos : d’une part, la revendication d’une force de vocation andalouse avec une autonomie politique, sans la tutelle de Madrid. Un « nouveau sujet politique andalou », comme l’ont appelé les deux partenaires.

Le problème est que cette aspiration se chevauche avec le conflit interne entre Rodríguez et Iglesias. Le Podemos Andalucía, basé à Cadix, voulait une autonomie politique, organique et économique, et le Madrilène n’a jamais cédé à ces exigences, car il ne voulait pas de barons territoriaux, ni d’un parti aussi décentralisé. (C’est aussi la position de JLM blog)

« Ce qu’on a gagné dans les congrès andalous, on l’a perdu plus tard à Vistalegre » (congrès de Podemos), a-t-elle admis. Au milieu de cette lutte interne, Rodríguez a enregistré trois partis politiques : Marea Andaluza ; Adelante Andalucía et Anticapitalistas Andalucía.

Iglésias l’a accusée dès le début de « mettre en place une formation politique indépendante ». IU l’accuse maintenant de « détourner » la marque Adelante, qui était à l’origine une coalition électorale, pour créer ce parti indépendant que Podemos Andalucia ne lui a pas permis d’avoir.

Se rapprocher le PSOE

L’autre prémisse initiale à Adelante était le veto pour gouverner avec le PSOE partout, avec la conviction que « les socialistes s’approprient vos réalisations et vous font avaler leurs contradictions ». « Avec le PSOE, même pas mort », a crié M. Rodríguez depuis la tribune du Parlement andalou. Cette partie a été difficile à expliquer aux responsables intermédiaires et institutionnels de l’IU lors de la finalisation du pacte de confluence.

En mai 2017, Podemos Andalucía a publié son premier document officiel avec les conditions qu’il propose pour que IU puisse concourir ensemble aux élections régionales et municipales. Dans ce texte,  Rodríguez décrit le PSOE andalou comme « un parti irrécupérable pour la gauche tant qu’il reste aux mains de Susana Díaz », souligne qu’ »ils ne gouverneront jamais avec les socialistes » et « invite » IU à rompre avec le PSOE dans toutes les municipalités où ils gouvernent ensemble, comme condition pour se présenter aux élections municipales.

Les maires, la vieille garde du PCA et de nombreux cadres de la classe moyenne se sont sentis « humiliés ». Ils ont dénoncé en Podemos, qu’un parti « inexistant » dans leurs municipalités, voulait s’approprier leur implantation territoriale historique, qui est la plus grande valeur politique de l’IU en Andalousie.

À ce moment-là, Maíllo est aussi convaincu que Rodríguez qu’approcher les socialistes « c’est se brûler ». « Il est difficile de conclure un quelconque pacte avec le PSOE, car il n’est pas fiable. Quand il le peut, il se joue de vous », a-t-il déclaré à l’époque. Cependant, le leader régional écoute ses maires, et demande à Podemos de prendre conscience que la politique municipale a des antécédents plus personnels, et parvient à exclure la rupture des gouvernements municipaux avec les socialistes.

À l’époque, l’UI détenait 80 mairies en Andalousie, certaines à la majorité absolue, et dans 27 localités, en coalition avec le PSOE.

Actuellement, IU compte 63 mairies en Andalousie, beaucoup avec leur propre marque, d’autres avec le sigle Adelante, mais essentiellement avec les mêmes personnes. L’implantation territoriale de l’IU, le nombre de militants, les maisons du PCA… tout cela fait défaut à Podemos,  que les communistes appellent  maintenant une « force minoritaire » au sein d’Adelante.

280 000 votes

Ce débat interne a été le moment le plus tendu pour Maíllo et son exécutif, mais il a finalement obtenu l’aval du militantisme pour son projet, qui passait irrémédiablement par la confluence avec Podemos. L’expérience n’a pas répondu aux attentes.

En 2018, Adelante Andalucía a obtenu 282 000 voix et trois députés de moins que trois ans auparavant. Podemos et IU ont obtenu plus séparément (ils sont passés de 866 559 à 584 040 bulletins). Maíllo a admis que le confluent avait été « incapable d’attirer le vote de la gauche » qui avait abandonné le PSOE.

Deux ans seulement se sont écoulés depuis la création d’Adelante, mais le paysage politique a complètement changé. Il y a maintenant un exécutif de droite en Andalousie, le premier après 37 ans de pouvoir du PSOE.

Le PP et Ciudadanos co-gouvernent avec l’extrême droite de Vox, tandis qu’en Espagne, il existe un gouvernement de coalition entre le PSOE et Unidas Podemos. Ce scénario a conduit l’IU à reconsidérer son veto aux socialistes, car ils estiment que « l’avancée de l’ultra-droite force l’unification de toutes les forces de gauche. « Vox a tout changé. Le danger est réel », disent-ils.

D’autre part, Teresa Rodriguez et les Anticapitalistes pensent que, précisément en raison de la montée de Vox, une alternative de gauche au gouvernement de Pedro Sanchez est nécessaire, sinon il n’y aura que l’extrême droite pour contester ses décisions et capitaliser sur le mécontentement des citoyens.

« Les co-gouvernements entre le socialisme et ce qu’il a à gauche donnent lieu à la croissance de l’extrême droite. L’unité de la gauche n’a aucun sens », a-t-il expliqué dans une récente interview à ce journal.

Une coalition, un parti

Que la gauche andalouse soit plongée dans une guerre froide est connu depuis l’échec électoral du 2 décembre 2018. Que les partenaires fondateurs d’Adelante – Podemos et IU – soient entrés dans une phase de guerre civile est plus récent, cela s’est produit pratiquement pendant la pandémie et avec le pays tout entier confiné à leur domicile. Rodriguez annonce en février qu’elle quitte Podemos Andalucía et facilite l’entrée d’Anticapitalistas dans Adelante, où elle obtient alors une majorité pour promouvoir un document politique qui propose cette marque aux élections.

L’ultimatum que le coordinateur régional de l’IU, Toni Valero, a lancé cette semaine à Teresa Rodriguez et aux Anticapitalistas, anticipe une rupture de la confluence, si une négociation imminente ne l’évite pas. Mais les versions des partenaires sont très polarisées. L’IU exige que le nom d’Adelante soit retiré du registre des partis politiques, puisqu’il est exclusivement contrôlé par les Anticapitalistes.

La marque a été enregistrée en décembre dernier sous le prétexte d’empêcher les errejonistas de la conserver. À l’époque, la direction de IU a assuré que la propriété était partagée, bien que seul un militant anticapitaliste y figurait comme représentant légal.

Maintenant, ils reconnaissent qu’ils ont dit cela « par loyauté » envers leurs partenaires, et admettent qu’ils sont en minorité, qu’ils ont signé en tant que « témoins », et qu’ils demandent depuis huit mois à Rodriguez de dissoudre ce parti parce qu’ils craignent qu’ils l’utilisent dans les prochaines élections contre Podemos. IU veut qu’Adelante soit une propriété « commune », appartenant à tous, et non contrôlée exclusivement par les Anticapitalistes.

C’est le point de non-retour de nombreux désaccords entre les députés, qui peuvent se résumer en trois moments : les Anticapitalistes monopolisent le discours et l’action politique de Podemos Andalucía et, par extension, d’Adelante Andalucía au Parlement.

Angela Aguilera, co-dirigente du groupe, commence à utiliser la coalition pour défendre des approches qui n’ont pas été convenues avec lU: premièrement, elle défend Adelante en concur-rence avec son propre parti lors des dernières élections générales – au lieu de Podemos – et ayant son propre groupe au Congrès ; et deuxièmement, son rejet de Podemos qui forme un gouvernement avec le PSOE.

Teresa Rodríguez et son équipe présentent officiellement les deux propositions lors de la réunion du groupe de pilotage Adelante. IU les rejette. Lors des élections générales de novembre 2019, le sigle de confluence en Andalousie est « Podemos ». La liste des candidats andalous est établie à Madrid.

Iglesias, en revanche, ne trouve personne autour de Teresa Rodríguez, et place des candidats de sa confiance. Après les élections, le PSOE et Unidos Podemos s’accordent sur un gouvernement, soutenu par 91% du militantisme de l’IU en Andalousie et 96,4% de Podemos Andalucia.

Rodriguez et son groupe quittent le parti violet et accélèrent une feuille de route pseudo-nationaliste avec le nom d’Adelante Andalucía déjà enregistré comme parti. IU voyage en tant que passager clandestin dans un bateau qui s’éloigne de son projet, lié à Podemos et plus susceptible de retrouver des ponts avec le PSOE andalou.

Dans cette lignée se trouve également la nouvelle dirigeante andalouse de Podemos, Martina Velarde, proche des thèses d’Iglesias. Velarde travaillera avec Valero pour renforcer la marque « Unidos Podemos » en Andalousie et chercher des lignes d’entente avec le PSOE, bien qu’ils admettent que la grande difficulté pour regagner la confiance des socialistes a un nom qui lui est propre : Susana Díaz.

L’ancienne présidente de la junte suscite beaucoup de doutes et de méfiance à IU et aussi à Podemos, où on la place « à droite du PSOE ». Les communistes espèrent qu’avant les prochaines éléctions générales, ils auront changé de candidat pour faciliter le dégel avec leurs anciens rivaux. Rodriguez regarde tout ce scénario de loin avec un demi-sourire : « Celui qui a changé d’avis maintenant, c’est IU, nous continuons à dire la même chose.

Deux conditions et une offre

En revanche, Teresa Rodriguez et les Anticapitalistes pensent que, précisément à cause de la montée de Vox, une alternative de gauche au gouvernement de Pedro Sanchez est nécessaire, sinon il n’y aura que l’ultra-droite pour contester ses décisions et capitaliser sur le méconten-tement des citoyens. « Les co-gouvernements entre le socialisme et ce qu’il a à gauche donnent lieu à la croissance de l’extrême droite. L’unité de la gauche n’a aucun sens ».

Afin de restaurer la confiance entre les membres, l’UI demande une « rectification » des anticapitalistes avec deux demandes et une offre sur la table : premièrement, que le parti Adelante soit désactivé ; et deuxièmement, que les futures règles d’organisation d’Adelante n’incluent aucune clause politique, comme le refus d’accepter des gouvernements avec le PSOE.

Le grand problème interne de la coalition est qu’en deux ans, elle ne s’est pas dotée de statuts qui établissent la manière dont les décisions sont prises. IU a présenté un projet à Teresa Rodriguez, qui l’a accepté avec quelques ajouts. L’un d’entre eux était un veto du PSOE, ce que les communistes considéraient comme « déplacé » dans une charte organisationnelle.

En tout état de cause, cette décision resterait entre les mains de la base. En échange, un accord serait recherché avec la direction des Podemos afin que les députés andalous au Congrès forment un sous-groupe disposant d’une certaine autonomie au sein de la coalition.

Il est difficile d’imaginer que Teresa Rodriguez acceptera l’un des trois points soulevés par Toni Valero et Ernesto Alba, le secrétaire général du PCA. Au contraire : leur intention est que, dans le meilleur des cas, Adelante continue à être la marque qui représente toutes les forces à gauche du PSOE dans les processus électoraux à venir.

Mais dans le pire des cas, Adelante affrontera Podemos lors des élections, consolidant ainsi la fracture à gauche. Quant à l’idée de déléguer aux bases la possibilité de faire un pacte avec le PSOE, Rodriguez se couperait la main plutôt que d’accepter un hypothétique gouvernement de coalition avec les socialistes. « C’est pour cela que j’ai quitté Podemos », se souvient-elle.

En ce qui concerne l’offre de l’IU d’avoir un sous-groupe andalou au sein de UnidosPodemos, elle ne répondra pas non plus aux attentes des Anticapitalistes. Teresa Rodríguez et les deux groupes andalous d’Adelante – Gauche andalouse et Printemps andalou – veulent leur propre groupe au Congrès, pas comme les Galiciens, qui manquent d’autonomie organique et politique, mais comme En Comú Podem, la marque où Podemos est intégré en Catalogne.

Bien sûr, c’est un espace qui existait avant la formation pourpre, et où Iglesias occupe une part minimale. Les Galiciens au sein d’Unidas Podemos ont une discipline de vote, les Communs catalans n’en ont pas.

Teresa Rodríguez veut un parti indépendant, quasi-nationaliste, qui défende les intérêts de l’Andalousie avec le même poids spécifique que le PNV pour Euskadi, l’ERC pour la Catalogne, Compromís pour la Communauté de Valence, Coalición Canaria pour les Canaries ou Teruel Existe pour Teruel.

Ils veulent conditionner par leur vote le gouvernement du moment à la Chambre basse, pour le forcer à s’asseoir pour négocier bilatéralement avec une poignée de députés andalous des mesures qui bénéficient à leur territoire. Ils veulent un parti confédéral, moins centralisateur que Podemos, tandis que leurs partenaires de l’IU défendent une structure fédéraliste.

Jusqu’à présent, les décisions importantes ont été prises à l’unanimité par toutes les forces en présence dans Adelante, mais après l’échec des élections andalouses, les divergences deviennent apparentes et une majorité arithmétique est imposée. Les deux partis andalousistes s’allient avec Rodríguez et l’entrée des Anticapitalistes renforcent ce pouvoir, et l’UI est définitivement minorisée. Adelante avait été conçu en partant du principe que la gauche préserverait son unité…

Daniel Cela 27/06/2020

https://www.eldiario.es/

Lire aussi:

PCA

Izquierda Unida

Adelante

Note:

Anticapitalistas, est proche du NPA

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23 juin 2020 ~ 0 Commentaire

algues vertes (good planet)

algues vertes

Yves-Marie Le Lay du Comité de soutien à Inès Léraud 

« Les grands groupes agro-alimentaires font beaucoup de publicité dans ces journaux. Donc, la presse régionale ne veut plus parler des marées vertes »

Pouvez-vous revenir sur les développements récents qui ont mené à la création du Comité de soutien à Inès Léraud ? 

Inès Léraud était attaquée en procès pour diffamation sur deux affaires différentes : l’une des affaires concernait un article qu’elle avait publié dans BastaMag, sur l’impact de l’agro-industrie et des pesticides en Bretagne. Elle énonçait des jugements concernant l’entreprise Chéritel. La deuxième affaire concernait Christian Buson, présenté dans la BD « Algues Vertes : l’histoire interdite » comme un scientifique au service de l’industrie agro-alimentaire.

Inès Léraud a donc fait appel à Serge Le Quéau et moi-même, nous demandant de témoigner pour elle. Nous avons immédiatement répondu qu’un témoignage ne suffisait pas, qu’il fallait faire plus de bruit autour de cette affaire. Donc, nous avons travaillé tous les trois pour mettre en place ce comité de soutien. D’autres personnes se sont ensuite jointes à nous.

Vous avez collaboré au documentaire en bande dessinée qu’Inès Léraud a co-réalisé. Que pouvez-vous dire de son travail ? 

Justement, il était très facile pour moi de juger de la qualité du travail d’Inès Léraud, puisque j’étais un des personnages de sa BD. Donc, quand j’entends dire qu’elle mentirait, je ne peux que constater que ces accusations sont fausses. Mes paroles qu’elle a rapportées et les situations dans lesquelles elle les a présentées correspondent tout à fait à la réalité.

Qu’est-ce que la création de ce comité révèle de la capacité de la presse d’informer sur le sujet des algues vertes maintenant connu mais pourtant sensible ? 

Cela révèle quelque chose dont je parle dans mon livre, et sur lequel Inès a fait un travail en profondeur : les liens entre les Chambres d’agriculture, le syndicat majoritaire qu’est la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), les coopératives, les banques et les élus… Tout ce monde se côtoie et les décisions qui en ressortent vont essentiellement dans le sens de l’agriculture intensive hors sol.

La presse régionale fait d’ailleurs partie de ce jeu d’intérêts croisés. Les grands groupes agro-alimentaires font beaucoup de publicité dans ces journaux. Donc, la presse régionale ne veut plus parler des marées vertes. Par exemple, l’année dernière, il y a eu des échouages considérables d’algues vertes dans la baie de Saint-Brieuc.

Nous, les associations actives sur le sujet, avons été interviewées plusieurs fois par des médias nationaux, voire internationaux. Cependant, les médias régionaux ne nous ont pas contactés. De même, avant de publier sa BD, Inès Léraud avait fait une publication dans la Revue dessinée de planches qui ont ensuite été intégrées à son livre. Cependant, les médias régionaux n’ont pas repris le sujet, au début. Ce sont les médias nationaux qui l’ont d’abord relayée et faite connaître.

On voit donc que l’omerta sur le sujet n’est pas terminée. Ce n’est pas la faute des journalistes : s’ils écrivent des articles trop dérangeants pour l’agro-alimentaire, les rédactions les mettront de côté.

Qu’est-ce que la création du comité de soutien va changer ? 

Les choses ont déjà changé. En effet, des journalistes à l’échelle nationale se sont emparés du sujet et ont signé la pétition. Cela a permis d’informer au niveau national sur le contrôle de l’information sur ce sujet. C’était déjà un premier succès. Nous avions d’ailleurs décidé que nous ne faisions pas seulement un comité de soutien à Inès Léraud, mais un comité en soutien à Inès Léraud et à la liberté d’informer.

La deuxième victoire repose ensuite sur le fait que cela a réveillé les journalistes locaux. Indépendamment du comité de soutien, des journalistes bretons ont créé un groupe dénonçant le blocage des sujets liés à l’industrie agro-alimentaire. Ils ont ainsi organisé une pétition pour la liberté d’informer sur l’agro-alimentaire en Bretagne.

Vous-même, subissez-vous ou ressentez-vous des pressions du fait que vous vous exprimiez sur le sujet ? 

On a subi quelque chose qui peut s’apparenter à des pressions de la part du Conseil régional de Bretagne. En effet, dans la tribune du comité de soutien parue dans Libération, nous évoquions les pressions que le secteur de l’édition peut ressentir. Nous utilisions l’exemple d’une maison d’édition qui avait refusé de traduire en breton la bande dessinée d’Inès Léraud de peur de perdre des subventions de la part du Conseil régional de Bretagne. Le Conseil régional s’est insurgé, démentant avoir refusé des aides. Or, nous n’avons jamais accusé le Conseil régional de faire pression sur la maison d’édition en question, mais avons cherché à dénoncer le climat d’auto-censure.

Une journaliste de France 3 a ensuite enquêté sur le sujet. Elle a interrogé les maisons d’édi-tions bretonnes, jusqu’à tomber enfin sur celle qui avait été sollicitée pour la traduction de la BD en breton. Son président a admis avoir eu peur de perdre des subventions, montrant que ce que le comité disait était fondé. Cela signifie bien qu’il y a une chape de plomb sur le sujet.

Les plaintes contre Inès Léraud relèvent du même climat de pression. L’objectif n’est pas tant qu’elles aboutissent mais surtout de l’intimider.

Cela fait des décennies que l’on parle des algues vertes, où en est-on aujourd’hui ?

Cela fait 50 ans qu’il y a des marées vertes… Et combien de plans pour lutter contre ? Sur 8 plans Algues Vertes mis en place en Bretagne, aucun ne s’attaque à la réalité du problème. Pour qu’ils soient vraiment efficaces, il faudrait remettre en cause l’agriculture intensive sur seule-ment 7 % de la surface agricole utile bretonne. En effet, c’est à partir de cette petite part de la surface cultivée que les eaux de pluies se déversent dans des rivières, et ensuite dans des baies à marées vertes.

Pour qu’il n’y ait plus de marées vertes, il faudrait que ces rivières qui se déversent dans les baies à algues vertes présentent au maximum 10 mg de nitrates par litre d’eau. Pour cela, il n’y a qu’une solution : changer le modèle d’agriculture.

Avez-vous vu des changements importants sur la question de la part du public, des autorités ou de l’agro-industrie ? 

En effet, les normes environnementales ont été durcies. En conséquence, le taux de nitrate a diminué, dans les rivières en général mais pas forcément dans les rivières à algues vertes, concernées par les plans algues vertes.

Avez-vous un dernier mot à ajouter ?

Il y a un sujet dont on ne parle pas assez quand on aborde les algues vertes. On reconnaît maintenant le problème économique et l’enjeu de santé publique. Mais, ça s’arrête là : jamais on n’évoque la catastrophe écologique que représentent les marées vertes.

Or, des mois après une marée verte, toute la flore et la faune ont entièrement disparu, dans la zone concernée. C’est une atteinte grave à la biodiversité, due à la putréfaction des algues. Ainsi, des zones entières du littoral sont mortes, parfois même dans des réserves naturelles comme la Baie de Saint-Brieuc. C’est une vraie catastrophe pour la biodiversité. C’est ce que j’essaye d’ailleurs de mettre en avant dans la préface de mon livre.

Adèle Tanguy 19 Juin 2020

https://www.goodplanet.info/

algues

Lire aussi :

En Bretagne, la prolifération des algues vertes est liée à l’utilisation d’engrais de synthèse sur les exploitations agricoles, aux déjections des animaux sur les pâturages, et plus encore aux rejets des effluents d’élevages industriels (lisiers de porcs et fientes de volailles) qui sont épan-dus en excès sur les terres.

Lessivés par les pluies et transportés par les rivières, nitrates et phosphates aboutissent en mer où ils favorisent la prolifération des algues – un phénomène baptisé eutrophisation. Ces algues (Ulva armoricana), dont le nom commun est laitue de mer, peuvent causer la mort de gros animaux comme des sangliers, des chevaux, voire des êtres humains lorsqu’elles se décomposent.

Elles ne posent pas de danger si elles restent en mer et sont bien vivantes. Ce n’est que lorsqu’-elles s’échouent sur les plages qu’elles deviennent dangereuses. C’est en effet à ce moment qu’elles forment des dépôts épais à l’intérieur desquels elles entrent en putréfaction. La fermen-tation des algues dégage alors un gaz toxique, le sulfure d’hydrogène (H2S) –qui sent l’œuf pourri– et peut tuer par inhalation en quelques minutes. « 

Yves-Marie Le Lay préside l’association Sauvegarde du Trégor. Militant écologiste impliqué sur le sujet des algues vertes, il est aussi l’un des protagonistes de la bande-dessinée documentaire d’Inès Léraud Algues Vertes : l’histoire interdite. Elle y dénonce notamment l’industrie agro-alimentaire bretonne et le manque de réaction des autorités locales face aux algues vertes. Pour son travail, la journaliste Inès Léraud a été accusée de diffamation. Yves-Marie le Lay est à l’initiative, avec Serge Le Quéau, d’un comité de soutien à la journaliste et pour la liberté d’informer. Ce sujet le concerne d’autant plus qu’il a publié le 19 mars son livre Algues Vertes, un scandale d’État, aux éditions Libre et Solidaire.

Bretagne : le ras-le-bol des journalistes face aux entraves à la liberté d’informer sur l’agrobusiness

En Bretagne, le retour des algues vertes inquiète

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22 juin 2020 ~ 0 Commentaire

train (bastamag)

train (bastamag) dans Luttes sociales en Bretagne

« Dans le pire des cas, on ne s’interdira pas de créer une compagnie régionale »

«  »Vous voulez des lignes, vous les financez », c’est désormais le message de la SNCF aux régions », résume Yannick Tizon, secrétaire régional de la CGT cheminots en Bretagne.

La région a signé en début d’année sa nouvelle convention avec la SNCF, en vigueur jusqu’en 2029. Les élus ont refusé l’ouverture du transport ferroviaire régional à la concurrence « parce que nous voulons une offre de qualité pour toute la Bretagne », dit à Basta ! Gérard Lahellec (PCF), le vice-président responsable des transports.

« Nous ne voyons pas comment on pourrait « détacher un lot » du réseau ferroviaire de Bretagne pour le soumettre à la concurrence sans risquer de détériorer la desserte du secteur concerné. »

Le TGV qui relie Paris à Brest et Quimper n’est en revanche pas du ressort de la région.

Or, les lignes TGV seront ouvertes à la concurrence à partir de 2021. « Pour le TGV, le segment qui intéressera la concurrence, c’est Paris-Rennes. Quelle compagnie de train privée irait jusqu’à Brest et Quimper ? », interroge l’élu breton.

« Une chose est claire : rien ne nous fera renoncer à ce que le meilleur du ferroviaire aille jusqu’à Brest et Quimper. Dans le pire des cas, on ne s’interdira pas le droit de créer une compagnie ferroviaire régionale. »

Une compagnie régionale pour maintenir localement le service public du train, à l’image des régies municipales de l’eau ou de l’énergie, ne risque-t-elle pas de favoriser, malgré elle, le démantèlement d’un service public ferroviaire national ?

« Envisager une compagnie régionale, c’est la position d’un élu qui veut un service public de qualité. Mais une régie régionale poserait la question du statut des agents, et aussi d’organisation, sachant qu’on est sur un réseau partagé avec le TGV. Ce serait une petite guerre entre deux entreprises ferroviaires, alerte Yannick Tizon, de la CGT cheminots. À la CGT, nous défendons un système ferroviaire intégré. »

Des compagnies sont aussi en train de se placer pour exploiter des lignes interrégionales entre grandes villes, sous forme de « notification de service ferroviaire librement organisé ». Ce service ferroviaire « libre » sera possible dans quelques mois, à partir de décembre 2020.

Il ne s’agit pas ici d’une délégation de service public, il n’y a pas d’appel d’offre. Les entreprises se placent librement sur des lignes de leur choix, en demandent l’autorisation d’exploitation à l’autorité de régulation des transports, et paieront des redevances à la SNCF réseau – qui gère les voies – quand elles feront rouler leur train. (Extrait)

https://www.bastamag.net/

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11 juin 2020 ~ 0 Commentaire

ile de sein (le télégramme)

sein

Marine Le Pen se rendra sur l’île de Sein pour commémorer l’appel du 18-Juin

La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, a prévu de se rendre sur l’île de Sein (29), le 18 juin. Elle souhaite y commémorer le 80e anniversaire de l’appel du Général de Gaulle.

Jeudi 18 juin sera commémoré le 80e anniversaire de l’appel du 18-Juin lancé par le général de Gaulle depuis les studios de la BBC à Londres. Dans les colonnes du Parisien, Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, a annoncé il y a quelques jours vouloir mener une action « pour rendre hommage au général ».

Ce jeudi, on en sait plus sur ses intentions. Elle a prévu de venir sur l’île le 18 juin accompagnée d’une dizaine de parlementaires et de cadres du RN, et se rendra devant le monument rendant hommage aux marins bretons qui, en juin 1940, ont rejoint la France libre à Londres. « C’est une manière, et au-delà de l’hommage à l’appel du 18-Juin, de rendre hommage à tous les Français qui se sont engagés dans cette voie de l’indépendance et de la résistance » a expliqué Marine le Pen devant les caméras de BFMTV.

Le maire : « on n’apprécie pas cette démarche »

Contacté par Le Télégramme, Didier Fouquet, le nouveau maire de l’île, élu le 15 mars, ne cache pas son embarras. « Depuis quelques jours on en parle. Des billets pour la traversée ont été achetés. J’ai prévenu la préfecture avec laquelle nous travaillons à l’organisation d’une cérémonie sur l’île ce jour-là.

La préfecture maritime y participe aussi ainsi que le département du Finistère et la Marine nationale. On ne peut pas lui interdire de poser les pieds à Sein, mais nous lui demandons de dissocier sa démarche avec la nôtre et de déposer sa gerbe de fleurs à un autre moment ». En clair, que Marine Le Pen et ses proches ne participent pas aux cérémonies officielles dont le nombre de participants a été réduit à la suite de l’épidémie de Covid-19. « Sur l’île, on n’apprécie pas trop cette démarche ».

Jacques Le Gall, un des premiers de la France Libre se dit « outré »

Jacques Le Gall, 99 ans, qui habite aujourd’hui à Saint-Malo, a été l’un des premiers Français à rejoindre outre-Manche, le chef de la France libre. Il a touché les quais de Plymouth le 20 juin 1939 au soir. C’est un des derniers survivants de cette traversée. « C’est de la récupération totale, commente-t-il. C’est lamentable.

Sein est une terre de patriotisme, pas de récupération politique, un lieu sacré à mes yeux. Jamais dans nos rangs nous ne parlions de politique. Demain, le RN va faire son coup de communication sur la mémoire de ceux, qui malgré leur jeune âge, ont choisi le camp de la liberté. Je suis outré ».

« Une provocation » pour Loïg Chesnais-Girard

Cette venue fait aussi réagir dans les rangs des adversaires politiques de Marine Le Pen. Parmi eux, Loïg Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne, qui, dans un tweet, estime que sa venue « est une provocation ». « L’idéologie du Rassemblement national n’a rien à voir avec les valeurs et le courage des héros dont nous commémorons l’engagement pour la liberté », ajoute-t-il.

« Un affront » selon Nathalie Sarrabezolles

« La venue d’une représentante du Front national sur l’île de Sein n’est pas seulement inappro-priée, estime Nathalie Sarrabezolles, la présidente du conseil départemental du Finistère. C’est une provocation, un affront à celles et ceux qui se sont battus pour la liberté et l’égalité.

Il ne suffit pas de changer de nom pour effacer ce qu’a été et ce que reste le parti d’extrême-droite de Marine le Pen : négationniste, fasciste, basé sur une idéologie raciste et xénophobe ».  Et de poursuivre : « Nous célébrerons le 18 juin le courage de l’engagement et de la résistance au nazisme, au fascisme. Réservons nos pensées à ces jeunes qui se sont livrés corps et âme pour construire un avenir ouvert et fraternel en France, en Europe et dans le monde ».

La visite de Marine Le Pen s’inscrit dans une stratégie de « continuité » avec le général de Gaulle, qui lui permet à la fois de poursuivre son travail de dédiabolisation du RN et de souligner son opposition à Emmanuel Macron.

Dans un long article paru lundi dans la Revue politique et parlementaire, la présidente du Rassemblement national juge « urgent » de s’« inspirer » du célèbre général dans la crise sanitaire actuelle.

11 juin 2020

https://www.letelegramme.fr/

Commentaire:

Honneur à la Résistance et aux nombreux bretons qui y ont participé…

(Mais aucune reconnaissance « patriotique » envers De Gaulle, bonaparte chargé de rétablir le capitalisme!) 

Ceci dit: Dehors la représentante des fachos européens!

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