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08 août 2019 ~ 0 Commentaire

européennes 1 (npa)

europe bateau

Retour sur les élections européennes

Si Emmanuel Macron a échoué dans son pari de voir la liste LREM se classer en tête des élections européennes, il serait hâtif d’en conclure que les résultats globaux du scrutin sont une défaite en rase campagne pour le pouvoir en place.

Les votes du 26 mai, si on tente de les observer avec un peu de nuance, tout en tenant compte de l’abstention (près de 50%), qui confirme un large décrochage, notamment dans les couches populaires, vis-à-vis de la politique institutionnelle, montrent que Macron et les siens ont partiellement réussi leur pari, notamment celui consistant à construire une polarisation LREM-RN et à reléguer loin, très loin, tout autre prétendant aux responsabilités.

Il serait évidemment exagéré de tirer des conclusions définitives du scrutin européen, notamment dans une période d’instabilité où les déplacements de voix peuvent être rapides, mais il n’en demeure pas moins que certaines tendances, pour le moins inquiétantes, se sont dégagées à l’occasion de ces élections.

Avec des scores de 6,19 % pour le Parti Socialiste et de 8,48 % pour Les Républicains, la tendance déjà à l’oeuvre lors de la présidentielle de 2017 se confirme, en se renforçant : les deux partis qui ont, au cours des dernières décennies, assuré l’alternance dans la gestion de l’État et des affaires de la bourgeoisie, s’effondrent.

On se souviendra qu’en 2014, ces deux courants avaient réuni respectivement 13,98 % et 20,81 % des voix, lors d’un scrutin déjà remporté par l’extrême droite de Marine Le Pen. La France fait partie de ces nombreux pays dans lesquels les classes dominantes sont en recherche d’une représentation politique stable, et éprouvent de grandes difficultés à la trouver.

Mais à l’échelle européenne, on peut relever la stabilité ou le retour de certaines formations «traditionnelles» (plus de 30 % pour la social-démocratie dans l’État espagnol, une CDU-CSU allemande en recul mais tout de même aux alentours de 29 %, le Parti populaire autrichien et le Parti social-démocrate d’Autriche aux deux premières places).

SEMI-ÉCHEC POUR MACRON 

La 2e place de Macron est en effet, à bien des égards, un échec. À l’échelle des principaux pays européens, et à l’exception de la Grande-Bretagne, qui traverse une crise bien spécifique, LREM est ainsi la seule formation politique détenant le pouvoir qui n’arrive pas à se classer première lors du scrutin.

Une confirmation de la faiblesse de la base sociale et électorale de Macron, a fortiori dans la mesure où les premiers chiffres indiquent que LREM a considérablement « mordu » sur l’élec-torat traditionnel de la droite et donc, logiquement, et ce malgré le chantage au « rempart » face à l’extrême droite, perdu une partie significative de ses électeurEs de 2017.

Selon les données disponibles, Macron ne retrouverait que 54 % de ses électeurEs de 2017, contre 80 % pour Le Pen et le Rassemblement national. Autant dire que l’instabilité demeure et que celui qui avait été vu en 2017, par d’importants secteurs de la bourgeoisie, comme une solution pour sortir de la crise des institutions de la 5è République, fait aujourd’hui partie du problème.

Mais, dans le même temps, les petits calculs de Macron et des siens ont réussi 

En contribuant, par des politiques et des discours ultralibéraux et réactionnaires, à l’effon-drement de la droite dite républicaine, et en installant l’extrême droite comme seule opposition crédible, Macron continue d’apparaître, pour les classes dominantes, comme le moins mauvais choix. Ce qui ne va pas manquer de l’encourager à poursuivre ses contre-réformes et ses politi-ques autoritaires, en continuant d’affirmer qu’« il n’y a pas d’alternative »… sinon l’extrême droite.

La porte-parole de LREM Aurore Bergé a ainsi pu déclarer, sans ciller, aux lendemains du scrutin : « Les Français ont fait le choix de rompre avec le clivage entre la droite et la gauche. Et nous sommes les seuls capables de battre l’extrême droite. Aujourd’hui nous devons maintenir notre cap et notre cohérence. »

Les semaines qui ont suivi le scrutin le confirment : avec, entre autres, les annonces sur l’assurance chômage et sur les retraites, de nouvelles batailles se préparent. La gestion de la grève du bac et la répression maintenue contre, notamment, le mouvement des Gilets Jaunes (avec par exemple les arrestations préventives du 14 juillet), indiquent en outre que la gouvernance autoritaire de Macron est installée.

Julien Salingue Mercredi 7 août 2019

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Européennes 2 (NPA)

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08 août 2019 ~ 0 Commentaire

européennes 2 (npa)

europe

LA MENACE RASSEMBLEMENT NATIONAL 

Comme en 2014, c’est le Front national, devenu Rassemblement National, qui est arrivé en tête du scrutin européen. Le signe qu’un certain nombre de leçons n’ont pas été tirées et que ceux qui se posent comme « rempart » face à l’extrême droite ne font en réalité qu’alimenter le développement des courants ultra-réactionnaires, ultra-autoritaires et racistes. Et si le FN/RN n’a pas « explosé » les compteurs, il serait particulièrement dangereux de penser que les européennes de 2019 n’ont été qu’une répétition des européennes de 2014.

Si l’on s’en tient aux chiffres, la baisse relative du score du FN/RN (23,31 % en 2019, contre 24,86% en 2014) ne doit pas occulter le fait que, dans la mesure où la participation globale a augmenté (50,12 % contre 42,43 %), leur score en nombre de voix a lui aussi augmenté : 5 281 745 contre 4 712 461, soit plus de 500 000 voix gagnées.

Et l’on n’oubliera pas en outre la multiplication des « petites listes » à l’extrême droite qui, de Dupont-Aignan à Renaud Camus en passant par Philippot ou l’Alliance Royale (sic), font monter le score global des extrêmes droites à près de 30 %. Ce qui, au vu du caractère outrancier (assumé) de certaines d’entre elles, est une forme de révélateur d’une dynamique d’ensemble particulièrement inquiétante.

Une augmentation en voix donc et, deuxième indice guère rassurant, la confirmation de la consolidation d’un électorat pour Le Pen et ses sbires : selon toutes les enquêtes, c’est en effet l’électorat du FN/ RN qui est le moins volatil, avec un taux de fidélité supérieur à 80 % et un degré de conviction (qui s’exprime notamment dans le moment de la prise de décision du vote) particulièrement élevé.

Qui plus est, les caractéristiques sociales de cet électorat demeurent, ainsi que le rappelle Roger Martelli : « Le vote du 26 mai a confirmé ce que l’on sait depuis quelques années et que les sondages annonçaient. Parmi ceux qui votent, un quart des employés, 40 % des ouvriers, un tiers de ceux dont la formation est inférieure au bac, près d’un tiers des revenus les plus bas auraient choisi de voter pour la liste patronnée par Marine Le Pen1».

FACE AU DANGER DE L’EXTRÊME DROITE, LA GAUCHE AU PLUS BAS 

Et ce n’est pas du côté de la gauche institutionnel que l’espoir est permis, avec un score cumulé historiquement bas, une chute vertigineuse de la FI et, dans les rapports de forces internes, un score cumulé FI-PC inférieur au score PS-Génération·s (8,8 % contre 9,5 %).

Les seuls à sembler tirer leur épingle du jeu sont les écologistes, avec 13,47 % des voix, ce qui confirme, malgré les dynamiques contradictoires au sein de l’électorat d’EELV, que la gauche est au plus mal. Yannick Jadot, tête de liste EELV, n’a en effet eu de cesse de répéter durant la campagne que l’écologie qu’il défendait n’était « ni de droite ni de gauche », et qu’elle était compatible avec une économie de marché, recherchant, dans les semaines qui ont suivi le scrutin, des alliances avec des courants de droite.

Des déclarations et des actes en complet décalage avec la radicalité qui s’exprime, notamment dans la jeunesse, sur les questions de justice climatique, et avec la compréhension que c’est bel et bien « le système » qu’il faut changer. Mais c’est toutefois EELV qui semble bénéficier des légitimes préoccupations écologiques, ce qui démontre que des batailles restent à mener pour convaincre que l’écologie est incompatible avec le capitalisme.

À l’extrême gauche, le score de la liste de Lutte ouvrière (0,78 %), pour laquelle le NPA avait appelé à voter, ne traduit pas de dynamique permettant d’espérer, en l’état actuel des choses, une inversion de la tendance.

La campagne de LO, peu en phase avec les mobilisations concrètes et articulée autour d’un mot d’ordre très général de dénonciation du « grand capital », n’a probablement pas aidé, mais c’est avant tout la difficulté à construire des mobilisations victorieuses, redonnant de l’espoir et du crédit à l’idée de la possibilité d’un changement radical de société, qui permet de comprendre le manque de crédibilité des propositions des organisations anticapitalistes et révolutionnaires.

CONTRE À LA FAUSSE ALTERNATIVE MACRON-LE PEN 

Au total, et même si les résultats du 26 mai traduisent des tendances bien réelles, on ne peut qu’être d’accord avec Barbara Stiegler : « Les résultats sortis des urnes ne rendent absolument pas compte de tout ce qui s’est produit d’inouï, de complètement inédit dans notre vie politique depuis six mois. Où est le mouvement des Gilets jaunes dans les urnes ? Nulle part. Cette distorsion spectaculaire montre qu’il y a un dysfonctionnement majeur dans notre démocratie2 ».

Un dysfonctionnement majeur qui, malgré ses jérémiades « anti-système », bénéficie aujourd’hui en premier lieu à l’extrême droite, dont les résultats témoignent d’un ancrage bien réel, entre autres dans les catégories populaires, même si c’est l’abstention qui domine toujours chez ces dernières.

Le pouvoir et ses soutiens portent une responsabilité particulière dans l’installation de l’extrême droite comme seule opposition « crédible » à Macron et LREM. La campagne a ainsi été le théâtre d’un petit jeu, particulièrement dangereux, consistant à valider les propositions et les postures du Rassemblement National et de Marine Le Pen, jusqu’à la nausée.

On pense ainsi par exemple au premier « Grand débat » organisé par France 2 et France Inter le 4 avril, en présence de 12 candidatEs, au cours duquel les éditorialistes étaient à l’unisson. Quel premier thème pour un tel débat, en plein mouvement des Gilets jaunes ? « La vaste question des frontières, de la souveraineté, de l’immigration, de la défense et de la gouvernance européenne », selon les termes d’Alexandra Bensaïd, matinalière de France Inter.

Et comment cette « vaste question » se pose-t-elle ? « Alors il y a les modérés comme vous, Nathalie Loiseau, qui parlent simplement d’une remise à plat de Schengen, et puis il y a des radicaux qui veulent tout simplement en sortir », selon Nathalie Saint-Cricq, responsable du service politique de France 2. La belle alternative que voilà.

Co-construction du « duel » Macron-Le Pen, relégation des thématiques sociales au profit des obsessions du Rassemblement national, accompagnement et légitimation de la normalisation/ responsabilisation de l’extrême droite : une dynamique globale qui a considérablement pesé sur la campagne, pour le plus grand bonheur des deux meilleurs ennemis Le Pen et Macron.

Il ne s’agit pas ici de tout réduire aux résultats des élections, qui ne sont bien évidemment qu’une traduction très déformée des rapports de forces politiques, sociaux et idéologiques, a fortiori lorsque près d’unE électeurE inscrit sur deux ne s’est pas déplacé pour voter.

Néanmoins, les élections du 26 mai sont sans contestation possible un avertissement 

Sans mobilisation sociale d’ampleur débouchant sur une ou des victoires et sans construction d’autres perspectives, autour d’un projet émancipateur, que la vraie fausse alternative Macron-Le Pen, ces élections européennes pourraient s’avérer être une répétition générale de la présidentielle de 2022, avec l’hypothèse du pire.

Julien Salingue Mercredi 7 août 2019

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Européennes 1 (NPA)

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08 août 2019 ~ 0 Commentaire

perspectives (npa)

AUTOCOLLANTS-GJ-NPA

La construction de perspectives politiques passera par des victoires sociales

Les élections européennes ont été lues, à juste titre, comme une défaite pour les forces politiques issues de la gauche.

Le score de la France insoumise, inférieur à 7%, en est l’une des expressions les plus frappantes, qui n’a pas manqué de susciter discussions, débats, voire échanges de noms d’oiseaux, au sein du mouvement qui avait porté la candidature de Jean-Luc Mélenchon lors de la présidentielle de 2017.

Du « Big bang » porté par Clémentine Autain et Elsa Faucillon au « retour aux fondamentaux du populisme » défendu par certains membres de la garde rapprochée de Mélenchon, les idées, plus ou moins bonnes, fusent, mais l’essentiel des discussions se polarisent sur les prochaines échéances électorales (municipales), quand certainEs pensent déjà à la présidentielle de 2022.

Autant dire que, même si toutes les discussions sont bonnes à prendre, a fortiori lorsqu’elles entendent transcender les clivages boutiquiers, les choses peuvent paraître mal engagées.

Une chose est certaine

La construction du rapport de forces contre le patronat et ses zélés correspondants sur le champ politique et la reconstruction d’une perspective politique collective et émancipatrice ne pourront être le produit de discussions enfermées dans la vraie-fausse alternative « abandonner la référence à la gauche vs revenir à la vraie gauche ».

Les grandes absentes des débats consécutifs au scrutin européen sont en effet les mobilisations sociales, au premier rang desquelles le mouvement des Gilets Jaunes, qui a été tout à la fois le principal vecteur de la polarisation politique et sociale de ces derniers mois et un rendez-vous manqué pour les principales forces de la gauche sociale et politique.

Une mobilisation inédite, qui a fait couler des sueurs froides à certains, du côté de l’Élysée et de Matignon, et qui marquera durablement la situation sociale et politique. Le mouvement des Gilets jaunes, de par sa composition sociale, ses contradictions, ses formes d’action, sa radicalité, mais aussi son rapport au mouvement ouvrier traditionnel, est en effet annonciateur des explosions qui ne manqueront pas de survenir dans la prochaine période.

A fortiori dans la mesure où Macron et Cie n’entendent pas lever le pied dans leur agenda anti-social et autoritaire. Imaginer, ne serait-ce qu’un instant, qu’il serait possible de deviser plus ou moins paisiblement entre représentantEs de divers courants de la gauche sociale et politique, sans tirer les leçons du mouvement des Gilets Jaunes et sans se poser la question de la préparation collective des mobilisations et explosions à venir, serait une faute majeure.

Pire encore, ce serait renforcer les tendances au décrochage entre les classes populaires et le mouvement ouvrier, chemin le plus court vers de nouvelles défaites sociales et politiques. Toute discussion sur les perspectives sociales et politiques pour le camp des exploitéEs et des oppriméEs ne peut faire l’impasse sur cette coordonnée essentielle de la situation.

Si les mobilisations existent, y compris sous des formes inédites comme cela a été le cas avec le surgissement des Gilets Jaunes, cela fait désormais de longues années que nous subissons des défaites. Celles-ci, comme la division entre les organisations du mouvement ouvrier et la destruction des acquis sociaux et démocratiques, alimentent le recul de la conscience de classe, perceptible y compris dans le mouvement des Gilets Jaunes qui, malgré ses caractéristiques objectives, ne s’est pas pensé comme un mouvement du prolétariat.

Il est dès lors illusoire de penser qu’un rapport de forces moins défavorable pourrait être reconstruit contre le patronat et le gouvernement si l’on ne pose pas, en premier lieu, la question de la mise en mouvement, dans l’unité, de la classe ouvrière pour obtenir les nécessaires victoires sociales.

Ceux qui s’engagent dans des discussions polarisées par les prochaines échéances électorales, s’enferment dans une stratégie de double défaite, politique et sociale. Idem pour ceux qui se focalisent sur les réponses organisationnelles, oubliant que ce sont les mobilisations sociales victorieuses qui produisent des décantations/recompositions à gauche, et pas l’inverse.

Pour le NPA il s’agit donc de proposer une méthode alliant action et discussion.

Pour gagner contre Macron, la solution n’est certainement pas la fabrication du bon programme et du bon meccano électoral pour 2022, mais la construction d’une riposte sociale unitaire et massive pour mettre un coup d’arrêt à ses politiques libérales-autoritaires.

C’est à la lumière de ces discussions tournées vers l’action et de leurs vérifications pratiques que les confrontations de points de vue quant aux perspectives politiques peuvent s’appuyer sur un support ayant un minimum de solidité.

Il ne s’agit pas d’opérer une division entre politique et social : c’est même tout le contraire !

Il s’agit de refuser cette séparation et de défendre une idée simple : l’explosivité sociale est bien là, en témoignent les mobilisations aux urgences et dans l’éducation, sans oublier les Gilets Jaunes, et la priorité de toute la gauche sociale devrait être d’oeuvrer à la convertir en expérien-ces de luttes collectives de masse victorieuses, seules à même d’éclaircir un horizon politique de plus en plus assombri.

Julien Salingue  Mercredi 7 août 2019

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08 août 2019 ~ 0 Commentaire

populisme (npa ballast)

FrontPopulaire

Mélenchon, populiste de gauche

Face au populisme de droite affiché par Marine le Pen et le Front National, Mélenchon et la France Insoumise ont décidé d’enfourcher les thématiques du « populisme de gauche », glorifiant la patrie et le peuple…

Un blog appelé « L’ère du peuple »

L’affirmation que « notre feuille de route est la devise de la patrie : Liberté, Egalité, Fraternité », des drapeaux bleu-blanc-rouge au lieu du drapeau rouge et la Marseillaise à la place de l’Inter-nationale, tous ces symboles en disent long sur la stratégie de Mélenchon.

Balayés, les symboles du mouvement ouvrier, disparues, les références aux luttes et au socialisme, le leader de la gauche radicale est devenu un patriote affirmé, parlant au nom du peuple. Une stratégie pour regrouper le maximum de gens derrière lui ? Certainement. Mais également une façon de démobiliser les travailleurs et d’affaiblir les consciences ouvrières.

Tout au long de sa campagne, Mélenchon a parlé de patriotisme, de protectionnisme, d’intérêt national, de gloire de la France dans le monde. Il n’a évoqué aucune mesure tant soit peu radicale pour s’opposer à la toute puissante des capitalistes (nulle socialisation des moyens de production, et même pas de nationalisations) et s’est proposé de réunir les classes sociales plutôt que de les opposer.

Il s’agit de rassembler très largement, au-delà des seuls salariés, des catégories de la petite et moyenne bourgeoisie, et même des chefs d’entreprise, qu’il a flattés particulièrement en parlant de privilégier les PME françaises par rapport aux entreprises étrangères. Pas question donc de soutenir les salariés contre les patrons, il faut au contraire faire coïncider leurs intérêts.

Ces conceptions ont notamment leur origine dans les travaux d’Ernesto Laclau (décédé en 2014) et de Chantal Mouffe, qui a inspiré en partie les programmes de Tsipras en Grèce et d’Iglesias en Espagne, avant de devenir un soutien revendiqué de Mélenchon.

Ces deux « philosophes politiques » estiment que les oppositions de classe sont dépassées et ont laissé place à une opposition peuple-oligarchie.

Les ennemis du peuple sont la « caste » – l’oligarchie financière et les faiseurs d’opinion que sont les médias et les politiciens. Pour Chantal Mouffe, seuls les excès du néolibéralisme sont en cause. Le « réformisme radical » dont elle se veut le chantre vise à réformer le capitalisme, non à en finir avec lui. Un choix adapté à l’air du temps, reprenant les vieilles lunes qui font une différence entre un bon capitalisme, investissant dans la production, et un mauvais, le financier, comme si la finance n’était pas intrinsèquement liée au processus de production et de fabrication de la plus-value.

Mais c’est plutôt pratique : cela permet à Mélenchon de ne pas s’attaquer aux patrons en général. Il les a d’ailleurs rassurés pendant sa campagne en leur proposant de se « rendre utiles au pays et aux objectifs communs que nous tracerons à la patrie. »

Le culte du chef

Il s’agit de reconstruire un peuple uni contre l’oligarchie autour de valeurs progressistes. Et c’est autour d’un leader que le peuple doit s’agglomérer. Avec comme idées fortes et simplistes : eux contre nous, la caste contre le peuple.

Mélenchon peut ainsi dire, votez pour moi, je me charge du reste. Pas d’intervention des masses dans le champ politique et social, pas d’auto-organisation. Et surtout, pas de démocratie directe, car la créativité populaire est soumise à un chef charismatique, ce que les marxistes ont depuis longtemps appelé une forme de pouvoir « bonapartiste », celui d’un homme prétendant incarner la nation tout entière en se dressant contre ou au-dessus des partis.

Les chefs charismatiques Chavez, Correa ou Morales, qui ont fait des concessions à leur peuple tout en préservant le système capitaliste, sont logiquement revendiqués comme des modèles.

La fin des partis ?

Dernière étape de la démarche : il ne faut plus de partis, mais un mouvement. Mélenchon l’explique ainsi sur son blog, dans un papier de novembre 2016 intitulé « le peuple et le mouvement » :  « Au siècle où les humains n’étaient « que » deux milliards, il y avait le « parti de classe ». Il était nécessairement aussi délimité que l’était « la classe » elle-même dans une société où elle n’était nullement hégémonique.

En fait, les ouvriers constituaient une sorte d’archipel dans un océan de paysannerie et de travailleurs indépendants de la boutique et de l’artisanat. Sa verticalité correspondait à une organisation du travail lui-même. La centralisation découlait des moyens de transports et de communication autant que comme reflet de la centralisation de son adversaire.

Bref, le « parti de classe » correspondait à une réalité sociale et matérielle qui s’est elle-même dépassée de toutes les façons possibles. L’émergence du « peuple » comme catégorie sociale protagoniste, face à l’oligarchie de la période du capitalisme financiarisé dominant appelle sa forme spécifique d’organisation. Cette forme, c’est le mouvement. »

Dans les élections législatives, Mélenchon persiste et signe. Lors d’une émission sur France 3, interrogé sur ses intentions de mobiliser les travailleurs en cas de nouvelles attaques contre le code du travail, il a répondu qu’il espérait que ce ne serait pas nécessaire.

Il suffirait en effet de bien voter pour ses candidats pour qu’une majorité parlementaire fasse échec aux plans du gouvernement contre les salariés. Il explique aussi qu’il serait prêt à gouver-ner en devenant le premier ministre d’un gouvernement de cohabitation, pour contrecarrer les projets de Macron. Le PCF avait l’habitude d’appeler à voter massivement pour ses candidats afin de protéger les salariés des mauvais coups. On a vu ce qu’il en a été.

Régine Vion  Mardi 27 juin 2017

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Campagne Mélenchon : un projet de réorientation populiste de la gauche française ? (NPA)

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08 août 2019 ~ 0 Commentaire

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Illusions électorales et colère sociale 

Les deux mamelles du succès de Mélenchon

Surfant sur la vague de son succès électoral du 23 avril, Mélenchon prétend que son mouve-ment peut obtenir la majorité à l’Assemblée et se voit déjà en premier ministre de cohabitation. Macron à l’Elysée, Mélenchon à Matignon, voilà comment du côté de l’état-major de « la France Insoumise » on envisage la suite des opérations. Rien de moins… même si l’absence d’accord national de répartition des circonscriptions avec le Parti communiste risque de rendre le pari très difficile.

Que Mélenchon n’entende jouer que sur le terrain du rapport de forces électoral et ne compter que sur ses déclinaisons institutionnelles n’est pas une nouveauté. Membre du Parti Socialiste pendant plus de 30 ans, ministre, sénateur, député européen, « l’insoumis » en chef n’a jamais choisi le terrain de la rue et des grèves, mais uniquement celui des appareils, des cabinets et des hémicycles.

Par contre, ce qui est nouveau, c’est l’ampleur du succès électoral et militant rencontré par son mouvement qui exprime incontestablement la rupture assumée d’une frange significative des classes populaires avec le capitalisme et ses serviteurs les plus zélés. C’est sans doute un des effets différés de la colère sociale exprimée lors des mobilisation contre la loi Travail l’an dernier, mais que Mélenchon cherche à enfermer dans une logique institutionnelle, réformiste et chauvine.

Un vote populaire et contestataire

En obtenant plus de 7 millions de voix au premier tour de l’élection présidentielle (3 millions de voix supplémentaires par rapport à 2012) et 19,5 % des suffrages exprimés, alors que le candi-dat du PS officiel Benoît Hamon n’en obtenait que 2,2 millions (6,3 % des exprimés), Mélenchon a effectivement contribué à l’effondrement électoral du Parti socialiste.

Il avait fait le buzz en janvier dernier avec sa formule disant que Macron et lui formaient les deux branches d’un casse-noix qui allait faire « de l’huile » avec le PS. La formule s’est avérée à la fois prémonitoire et révélatrice de la nature du positionnement politique du candidat de la «France Insoumise » : ré-insuffler un espoir électoral et institutionnel à la gauche d’un Parti Socialiste totalement discrédité après cinq années de gouvernement Hollande entièrement au service des riches et des puissants.

Le score de Mélenchon est le plus élevé obtenu par un candidat à la gauche du parti socialiste depuis 1969. Le candidat de la «France Insoumise» s’est placé en tête dans trois départements métropolitains (Seine-Saint-Denis, Ariège et Dordogne), ainsi qu’à La Réunion, en Guyane, en Martinique et à Saint-Pierre-et-Miquelon. La géographie électorale laisse apparaître un transfert de voix significatif en sa faveur dans les territoires votant traditionnellement pour le PS, notamment dans le centre, l’ouest et le sud-ouest.

Mais surtout, ses scores ont été particulièrement élevés dans les villes ouvrières historiquement acquises au vote communiste, notamment en banlieue parisienne, mais où ce vote s’était effon-dré de manière continue depuis trois décennies.

Les banlieues « rouges » ont voté Mélenchon alors qu’elles ne votaient plus pour le PCF. Et si on affine encore : parmi ces villes ou départements, c’est là où les cadres et l’appareil du PC se sont ralliés le plus clairement à la « France Insoumise » que les scores de Mélenchon sont enco-re plus élevés : c’est net quand on regarde les écarts entre le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis. Il a fait aussi de très bons scores dans certains fiefs des oppositionnels communistes, comme à Vénissieux.

Enfin, le vote Mélenchon a confirmé une tendance lancée en 2012 

Celui de s’implanter aussi dans le cœur des grandes zones métropolitaines, qui n’avaient jamais été ralliées au vote communiste, avec un électorat jeune, plus diplômé que la moyenne (les deux tiers des électeurs Mélenchon ont un niveau égal ou supérieur au baccalauréat).

Sur les 614 communes dont le nombre d’inscrits est supérieur à 10 000, Mélenchon est en tête dans 124 d’entre elles et y obtient 31,5 %. Sur ces 124 communes, les villes PCF ou apparen-tées ne sont qu’au nombre de 38 (mais donnent à Mélenchon un pourcentage de 36,2 %).

Selon une étude d’opinion de l’institut BVA réalisée  le soir du premier tour, Mélenchon est arrivé en tête chez les 18-24 ans (27 %), devant Marine Le Pen, et était au coude à coude avec elle chez les employés (26 %) et les bas revenus (28 %). D’après un sondage réalisé par Ipsos, il est arrivé deuxième chez les ouvriers (24 %), certes assez loin derrière Marine Le Pen (37 %), mais l’électorat de la France Insoumise est numéro un parmi les chômeurs (31 %).

Marie-Hélène Duverger  Lundi 19 juin 2017

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08 août 2019 ~ 0 Commentaire

jlm 2 (npa)

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C’est un fait majeur des résultats de ces élections :

La représentation électorale des catégories populaires n’est plus l’apanage du FN. Un quart au moins des catégories intermédiaires, des ouvriers et des employés se sont retrouvées dans un vote réaffirmé à gauche, en rupture avec la politique ultralibérale et pro-patronale du Parti Socialiste et de ses avatars. Illusions électorales envers un « vrai gouvernement de gauche », procuration donnée à un « sauveur suprême », espoirs sincères de changement radical de société, flirt prononcé avec pas mal d’idées nationalistes et chauvines, volonté de mettre une claque bien méritée au Parti socialiste, c’est l’ensemble de ces paramètres qui expliquent le score recueilli par Mélenchon.

Hors des élections, point de salut ?

Et paradoxalement, alors que le Mélenchon de 2017 a encore plus rompu qu’en 2012 les amarres avec le mouvement ouvrier (l’interdiction des drapeaux rouges dans ses rassemble-ments, la déferlante des drapeaux tricolores, les références à la « patrie chérie », son projet d’un service civique obligatoire pour «reconstruire une défense indépendante, nationale et populaire»,  ses propos xénophobes au sujet des travailleurs détachés…

Il a aussi fait une campagne bien moins radicale programmatiquement, mais il a incarné davantage la rupture avec le système pour toute une frange de celles et ceux qui détestent le Parti Socialiste, la loi Travail et son monde

Les « groupes d’appuis » de la France Insoumise, dont la création avait été annoncée le même jour que la déclaration de la candidature de Mélenchon, le 10 février 2016, ont fleuri sur l’ensem-ble du territoire en quelques mois, rassemblant en majorité des personnes non encartées politiquement jusque-là.

Mais les cadres sont souvent issus du Parti de Gauche avec généralement une expérience syndicale ou associative (Attac, LDH, mouvements féministes…). « J’ai des activités syndicales, mais je n’ai jamais été encartée dans un parti », une candidate aux législatives.

« Le déclencheur, ça a été la loi Travail, et le fait d’avoir autant manifesté pour se voir ensuite imposer ce texte par 49-3. J’ai aussitôt rejoint un groupe local de la France Insoumise. Le fait de se présenter aux législatives ne correspond pas à un plan de carrière, mais à la volonté d’avoir une parité réelle. J’ai fait ce choix en sentant le mouvement s’amplifier dès l’automne. Il y avait une quarantaine de militants, on doit être aujourd’hui une soixantaine. »

L’adhésion au mouvement, en ligne (non soumise à un versement obligatoire de cotisation) par le biais d’une plate-forme numérique (conçue par NationBuilder, une entreprise américaine spécialisée et dont Trump a lui aussi utilisé les services lors de sa campagne en 2016), la possibilité d’être alors mis rapidement en contact avec d’autres « Insoumis » proches de son lieu d’habitation pour effectuer des activités militantes ou se réunir, ont séduit des centaines de milliers de personnes.

La France Insoumise revendiquait au début du mois de mai plus de 500 000 participants à ses groupes d’appuis. Si l’on prend en compte les abonnés à la chaîne Youtube de Mélenchon, qui dépassent les 230 000, ceux qui le suivent sur Facebook (600 000) et les 900 000 qui le suivent sur Twitter, on mesure l’ampleur de l’audience politique acquise depuis un an.

Mais entre une audience médiatique et électorale et la constitution d’une force politique structu-rée et centralisée, il y a de nombreux pas… que Mélenchon ne veut pas faire franchir à ses soutiens, car il est fondamentalement dans la recherche de l’hégémonie à gauche dans les élections.

Sa déclaration le soir du premier tour, ponctuée d’aucune manifestation de satisfaction malgré un score inédit, et au contraire pleine de rancœur, allant jusqu’à remettre en cause la fiabilité des résultats électoraux, a désarçonné  un nombre significatif de ses électeurs, ceux qui considé-raient le vote pour Mélenchon comme un encouragement  pour les luttes futures et, avant tout, utile à faire se matérialiser un camp totalement opposé et à Macron et à la droite et à l’extrême droite, et pas uniquement comme un marchepied vers le pouvoir pour le candidat.

De quoi est faite « l’insoumission » façon Mélenchon

Mais pour celui qui s’est effectivement attribué le nouveau leadership de la gauche institution-nelle, qui a martelé les semaines précédant le premier tour qu’il était tout à fait capable de gouverner la France (et qu’il « n’était pas d’extrême gauche » !), la non-qualification pour le second tour de la présidentielle est un échec, et il n’a pas pu le cacher.

Quand on prétend réformer le système ou améliorer les conditions de vie de la population par la voie électorale, encore faut-il pouvoir remporter les élections. Interrogé par Jean-Jacques Bourdin, le 10 mai, Jean-Luc Mélenchon a reconnu que son absence du second tour avait été pour lui une réelle désillusion.

« Je ne vais pas vous raconter d’histoires. Comme je suis un homme méthodique, j’avais donc commencé à réfléchir à la façon avec laquelle je procéderais. Par conséquent, j’ai dû descendre de deux marches. Ecoutez, à 600 000 voix, le destin vous passe au ras des doigts ! Vous ne pouvez autrement que d’avoir de la déception. »

Mélenchon n’a pas « de pudeur de gazelle » quand il parle de son « destin »… le même que celui envisagé par bien d’autres politiciens bourgeois. Les élections législatives lui donnent une seconde chance sur ce terrain et du coup, pas question de la moindre entente au niveau natio-nal avec le PCF : la lutte pour les places remplace la lutte des classes.

Au passage, tant pis pour celles et ceux qui défendaient la nécessité de candidatures unitaires de l’ensemble des forces qui avaient rallié la candidature Mélenchon (Ensemble, PG et PCF pour les plus importantes d’entre elles). Si Mélenchon veut remplacer le PS, c’est normal qu’il veuille continuer le boulot d’éradication du PCF entamé par Mitterrand !

Il faudra étudier avec attention les scores de la France Insoumise les 11 et 18 juin, dont les candidats seront quasi systématiquement en lice contre des candidats du PC, ce qui sera une première pour la mouvance de Mélenchon…

Marie-Hélène Duverger  Lundi 19 juin 2017

https://npa2009.org/

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JLM 1 (NPA)

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07 août 2019 ~ 0 Commentaire

bonnets rouges (la brèche numérique)

bonnets-ruz2

Bonnets rouges ou blancs bonnets ?

CQFD : Tu t’es investi depuis le début dans la mobilisation des Bonnets rouges ?

Matthieu Guillemot : Carrément, depuis la première minute ! On peut même en faire remonter l’origine à la lutte victorieuse pour le maintien de l’hôpital public de Carhaix en 2008. Il faut bien comprendre la mentalité des habitants des terres du Centre-Bretagne, qui ont le sentiment d’être laissés pour compte par les décideurs. Ce qui s’est passé pour l’hôpital de Carhaix, c’est ce qui s’est passé à Plogoff ou dans les années 1960 avec les luttes paysannes. À chaque fois que la Bretagne s’est soulevée, c’était sur ce mode populaire, en dehors du contrôle des partis ou des syndicats.

Dans le cas des Bonnets rouges, il y a eu à la fois une bataille pour le maintien de l’emploi et la lutte contre l’écotaxe. Comment s’est faite la jonction ?

Les premiers à partir dans la bataille ont été les Doux, grâce à une déléguée syndicale FO très active, Nadine Hourmand. Ils furent suivis par les Gad, avec Olivier Le Bras de FO également, puis les Marine Harvest, le numéro 1 du saumon en Europe qui, malgré ses 511 millions d’euros de bénéfices cette année, a décidé de délocaliser en Pologne où ils pourront payer les gens entre 4 et 5 euros de l’heure.

Malheureusement, il n’y avait pas de stratégie syndicale chez Marine Harvest, donc ils ont couru deux lièvres à la fois : les primes de départ d’un côté, et le maintien de l’activité de l’autre, ce qui était un levier pour faire monter les primes, lesquelles profitaient en premier lieu aux délégués du personnel, ce sont des gens qui vont partir à trois ans de la retraite avec plus de 100 000 euros en poche.

Mais cela laisse pas mal de gens sur le bord de la route. Donc, les salariés les plus précaires sont venus sonner à la porte de Christian Troadec, le maire de Carhaix [divers gauche], et à la mienne, car nous avions été les deux fers de lance de la lutte pour l’hôpital. Le 18 octobre, on a décidé de faire une réunion publique dans la salle Glenmor de Carhaix où 600 personnes ont afflué – ce qui est énorme pour une ville de 8 000 habitants. Le soir même, on a réfléchi à donner suite à ce premier rendez-vous : ce sera l’objet de la grande manifestation pour l’emploi de Quimper, le 2 novembre. Le samedi 26 octobre avait lieu la destruction du portique écotaxe de Pont-de-Buis où sont apparus les fameux bonnets rouges sur la tête des agriculteurs.

L’écotaxe a été l’arbre qui cache la forêt du désespoir social, une façon de gueuler et de lâcher la pression pour beaucoup de gens : l’artisan qui n’arrive plus à joindre les deux bouts, le chômeur qui galère, le salarié précaire, mais aussi le petit entrepreneur local.

Pour qui connaît un peu le Centre-Bretagne, il y a une proximité entre tous ces gens, on joue ensemble au foot le samedi, et finalement les disparités sociales sont moins importantes qu’ailleurs. On peut y voir un malaise qui n’appartient pas qu’à la Bretagne, cela correspond aussi à ce qui s’est passé en Guadeloupe avec le LKP d’Élie Domota.

Mais comment s’est fait le choix symbolique du bonnet rouge, on n’a pas l’impression que ce soit ni fortuit ni spontané ? On sait aussi qu’Armor-Lux, qui est une boîte d’envergure, a fourni 900 bonnets lors de l’action de Pont-de-Buis, il y a bien eu une connexion quelque part ?

Le symbole des bonnets rouges est fort dans les mémoires paysannes bretonnes [1]. Moi-même, je tiens un petit restaurant depuis deux ans et demi qui s’appelle Les Bonnets Rouges. Il se trouve que le choix de ce symbole-là n’a pas été réfléchi, tout s’est passé très vite. Évidemment, il y a aussi des requins là-dedans qui y voient leurs propres intérêts. Armor-Lux, pour qui je n’ai aucune estime a priori, a des motivations antifiscales qui ne sont pas les mêmes que celles du petit boulanger ou du petit paysan.

Comment les bonnets d’Armor-Lux sont arrivés à Pont-de-Buis alors ?

C’est Armor-Lux qui a téléphoné à Thierry Merret, le meneur de l’action, pour lui proposer d’offrir ces bonnets, et ils ont accepté.

Soit, mais on sait aussi qu’il existe en Bretagne un marketing territorial très puissant, on peut penser que ça fait partie d’une stratégie de com’ [2].

Peut-être, mais l’important c’est que tout le monde se soit reconnu dans l’action de Pont-de-Buis, même des gens qui s’en foutent ou qui pourraient être pour un principe d’écotaxe appli-quée autrement, comme je le suis. La casse du portique et le fait de jeter des choux-fleurs sur les gendarmes, c’est ce dont avaient besoin les gens à ce moment-là pour signifier leur ras-le-bol contre l’État, pour des raisons à la fois différentes et convergentes.

Justement, cette « convergence d’intérêts divergents » est un élément qui a été très durement dénoncé par une partie de la gauche.

Il faut remettre tout ça à sa juste mesure. En dehors de la Bretagne, il y a une désinformation au sujet des Bonnets rouges, présentés comme un mouvement organisé et manipulé par la droite, le Medef, l’institut de Locarn [3], ou pourquoi pas Al-Qaeda, alors que la manif de Quimper, au-delà des symboles forts du Gwen ha du et des bonnets rouges, c’était du grand amateurisme !

C’est un mouvement qui s’est fait comme ça ! Bien sûr qu’il y avait aussi quelques intrus du Front National ou des identitaires, c’est pour ça que Troadec a publié une tribune dans Libé pour dire que l’extrême droite et tout ce qui y ressemblait étaient du poison pour la Bretagne comme ailleurs et que les bonnets rouges étaient leur antidote. Au fur et à mesure qu’on avance, on met les choses au clair.

J’imagine que ça doit te faire grincer les dents de voir des gens avec des bonnets rouges en photo sur Internet porter des t-shirts « Manif pour tous » en faisant le geste de la quenelle.

C’est sûr, mais contrairement à ce que les médias disent, c’est ultra minoritaire et généralement on les fait sortir des manifs.

À Quimper, il y avait aussi Daniel Sauvaget, le patron de Tilly-Sabco, dont on peut se demander si l’annonce du plan social n’était pas opportuniste pour gratter des aides de l’État et de l’Europe, qui manifestait avec ses ouvriers menacés de licenciement.

C’est là où je ne suis pas d’accord avec l’impression qui en a été donnée dans CQFD et dans laquelle les salariés de Tilly-Sabco m’ont dit ne pas s’être reconnus non plus. Dans un premier temps, j’ai eu la même réaction que toi, mais en creusant un peu, cette histoire de manif de patrons ne tient pas.

Après la manifestation de Quimper, on a décidé de faire un pôle ouvrier pour justement tirer au clair les situations des boîtes en crise : Gad, Marine Harvest et Tilly-Sabco. Ainsi, Corinne Nicole, la déléguée CGT de Tilly Sabco, militante au Front de Gauche, qui fait aussi partie des bonnets rouges, ne place pas Sauvaget dans la catégorie des patrons-voyous.

Au moment de la reprise de la boîte, il y a sept ans, ce dernier avait validé toutes les demandes du personnel, sauf les augmentations de salaires, il avait lui-même revu son salaire à la baisse, transformé les CDD en CDI et réinvesti les subventions européennes dans l’entreprise au lieu de les capitaliser.

Il se trouve qu’aujourd’hui Daniel Sauvaget est considéré par les salariés comme celui qui a permis de sauver leur boulot, ce qui explique la relation de confiance qui existe. Corinne Nicole m’a dit que tant que la lutte se situe sur la question du maintien de l’emploi, elle est prête à se battre à ses côtés, mais si demain cela passait par un plan social, elle le considérerait comme un ennemi.

Je conseille de réécouter les paroles de la chanson Les Prolétaires de Gilles Servat, qu’on passe dans toutes nos manifs : « Mais de tous ces prolétaires, qu’est-ce qu’on va en faire ? » On peut parler de malbouffe, de subventions européennes, etc., mais l’objectif que je refuse de perdre de vue, c’est : qu’est-ce qu’on va faire de tous ces gens ?

Quand on leur dit qu’ils produisent de la merde, eux ont le sentiment de défendre un savoir-faire, et ils se sentent méprisés quand on agite la « qualité » sous leur nez. Ça peut paraître dur à comprendre, vu de Paris, de parler de l’amour du métier quand on fait du poulet à la chaîne. Je te donne comme exemple ce gars de chez Gad qui bossait à la triperie depuis 25 ans et qui s’est pendu juste après la venue d’Ayrault à Lampaul-Guimiliau, quand on a confirmé la fermeture du site. C’était pourtant un de ceux à qui on avait assuré un reclassement.

Il y a aussi un autre discours que celui de la défense de l’emploi : quand Thierry Merret de la FDSEA, et coorganisateur de la manif de Quimper, dit : « Nous avons trop de contraintes administratives, fiscales, environnementales et sociales », on a l’impression qu’il propose un modèle ultralibéral qui tire vers le bas, à la fois productiviste comme au Brésil et avec les conditions sociales de la Roumanie.

J’étais à côté de lui sur la tribune quand il a prononcé cette formule et ça m’arrache l’oreille aussi d’entendre ça. Juste derrière lui, il y avait Nadine Hourmand qui demandait la réquisition ouvrière et la nationalisation des entreprises qui font des bénéfices et qui licencient. Maintenant, Merret, c’est quelqu’un qui te sort un tas de conneries.

C’est là où il faut démystifier le phénomène. Les Bonnets rouges, c’est une société bretonne qui est en colère, avec toutes ses contradictions. On est tellement habitués à des mouvements en rang d’oignons à la mélenchonade, où on se balade, on écoute le discours du chef et on rentre à la maison. Justement ce qui se passe en Bretagne, c’est pas chloroformé, c’est vif, on n’est pas d’accord entre nous, mais c’est là où il y a du débat ! Personnellement, je suis au NPA, mais tout le monde n’est pas anticapitaliste. En revanche, on sait que si on se met tous ensemble, on aura plus de poids que si on reste entre anticapitalistes.

Justement, qu’est-ce que tu réponds aux critiques qui voient dans les Bonnets Rouges le cheval de Troie pour défendre une gouvernance régionale dans l’intérêt d’un patronat breton ?

Je réponds : ne fuyez pas le terrain et rejoignez-nous, parce que la bagarre existe au sein des bonnets rouges. Le combat régionaliste existe, on ne s’en cache pas, chacun l’accommode d’ailleurs à sa sauce, mais pour qui connaît la Bretagne, on sait ce que représente ce sentiment d’appartenance.

C’est sûr que les Bonnets Rouges font aussi fantasmer le lobbying breton façon Opus Dei de l’institut Locarn, mais ils ne sont pas dans le mouvement pour autant. Donc, le rôle de ceux qui défendent les luttes ouvrières, c’est d’être au maximum dans le mouvement, pour que ce soient ces revendications qui pèsent. Partout, on voit les grandes formations politiques et syndicales jacobines exploser, on peut comprendre qu’en retour, ils souhaitent disqualifier un authentique mouvement populaire sur lequel ils n’ont pas le contrôle.

Où en est-on des comités qui se sont créés ?

Aujourd’hui [fin décembre 2013], il en existe 45. Ces comités se sont constitués pour répondre concrètement au Pacte d’avenir que veut nous imposer le gouvernement, sans réelle concerta-tion populaire. Ces comités agissent sur le modèle des cahiers de doléance. On aura encore des contradictions là-dedans, mais c’est pas grave. Quand on nous accuse de rouler pour des patrons, nous devrions être pliés de rire car quand on lit le Pacte d’avenir, il n’y a pas une ligne sur les ouvriers ou sur les licenciements !

En revanche, ce Pacte d’avenir donne des garanties au modèle agricole breton cher à la FNSEA.

Complètement ! Mais on met aussi le doigt sur ces contresens. La FNSEA doit assumer la situation dans laquelle on est aujourd’hui. En tant que restaurateur, je paye mon entrecôte trois euros le kilo plus cher parce que je souhaite avoir une viande élevée et abattue en Bretagne. J’ai bien conscience que c’est aussi à cause des choix agricoles européens qui ont été validés par la FNSEA, notamment, comme celui d’aller faire découper la viande en Allemagne pour réduire les coûts.

Dans les rendez-vous à venir, il y a la manifestation en soutien à Notre-Dame-Des-Landes (NDDL), à Nantes, le 22 février. Troadec appelle à manifester contre l’aéroport. On sait que la lutte de NDDL est aussi une lutte contre le productivisme, tout le monde n’est visiblement pas sur cette position dans le collectif Vivre, décider et travailler en Bretagne.

En tout cas, on se doit de répondre à toutes les problématiques qui concernent notre région. L’aéroport de NDDL est un scandale à plus d’un titre : il se fait sur une zone humide au détriment de toute protection de l’environnement, et en plus, d’un point de vue économique, il n’est pas justifié compte tenu de l’existence de trois aéroports sur le sol breton qui ne sont pas du tout saturés, et au final c’est le fruit du caprice de l’ancien maire de Nantes, notre actuel Premier ministre.

J’espère qu’il y aura le maximum de bonnets rouges à Nantes pour la manif. Maintenant, il ne faut pas voir les bonnets rouges comme une secte, alors que c’est juste un moyen de conjuguer les luttes. À la limite, peu importe le bonnet ou sa couleur.

Catalogués dans les cases « antifiscalistes » et « relais du capitalisme breton », les Bonnets rouges sont sans doute un phénomène plus complexe à sa base. Matthieu Guillemot (NPA), un des animateurs du « pôle ouvrier » du collectif, défend ici la vision d’un « mouvement de ras-le-bol populaire », riche de ses contradictions. Entretien contradictoire, donc.

Mathieu Léonard. dimanche 14 août 2016 GUILLEMOT Mathieu

https://www.preavis.org/breche-numerique/

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06 août 2019 ~ 0 Commentaire

édito (npa)

blanquer

Préparer une rentrée offensive contre Blanquer et ses réformes

Blanquer a eu un gros coup de chaud, et pas à cause de la canicule de juin. Après avoir voulu passer en force sur la mise en œuvre de ses réformes (dans la voie générale et professionnelle) en jetant une pagaille généralisée, il a fait le choix de passer en force sur les examens.

Avec comme premier résultat de discréditer le bac et, au-delà, le cadre de l’école comme service public pour touTEs les élèves, en systématisant l’inégalité de traitement des jeunes.

Face à ce gâchis, qui s’inscrit dans la logique de ce gouvernement qui élève en principe fondateur l’individualisme et la différenciation de l’accès à l’éducation, les enseignantEs mobilisés ne lâchent pas.

Alors que Blanquer cherche à opposer les 99 % d’enseignantEs qui feraient leur devoir consciencieusement au 1 % d’énervéEs, le développement de la solidarité à travers les caisses de grève montre bien que, comme beaucoup l’ont dit, il n’y a pas de fossé entre les grévistes des examens et celles et ceux qui n’ont pas fait grève mais se reconnaissent et partagent les raisons de la grève.

Les organisations syndicales CGT, SNES, SNALC et FO ont témoigné de ce rapport de forces dans une déclaration le 9 juillet en comité interministériel : « Les menaces de sanctions, de retrait de jours de grève à compter de la date de prise des copies, par le ministre prêt à tout pour publier les résultats dans n’importe quelles conditions, ne peuvent qu’indigner toute la profession.

Nos organisations affirment leur totale opposition aux menaces de retenues de salaires sur des périodes qui ne correspondent pas aux seuls jours de grève. Ces menaces sont attentatoires au droit de grève et à nos libertés fondamentales. »

Cadres de solidarité

Après avoir rendu les copies le 8 juillet, les enseignantEs mobilisés ont aidé les organisations lycéennes (UNL notamment) et de parents d’élèves à structurer la défense des droits des jeunes lésés par le passage en force de Blanquer.

Ils et elles ont mis conjointement en place une permanence en ligne « SOS Bac », qui a reçu en 3 jours plus de 20 000 appels, d’après le président de la FCPE.

Cette permanence vise à orienter jeunes et familles dans les démarches : recours administratif, procédure juridique devant le Tribunal administratif, toutes les possibilités sont envisagées et décidées avec un cadre de solidarité pour les mettre en œuvre (du soutien moral au soutien financier).

Une cellule de veille a également été créée pour recenser les sanctions annoncées par le ministre et préparer la riposte en lien avec les organisations syndicales.

Mais il s’agit surtout de préparer la rentrée qui s’annonce calamiteuse.

L’application des réformes Blanquer commence en effet avec des plans de licenciements des contractuelEs, qui se déclinent académie par académie (600 collègues rien que dans l’académie de Créteil).

Un casse-tête inédit pour construire les emplois du temps des élèves et des enseignantEs, une impréparation totale des programmes non finalisés ou vides de contenu. Les raisons d’une explosivité existent objectivement. Il reste les moyens subjectifs à structurer pour empêcher une catastrophe annoncée.

Unifier la colère accumulée

L’AG Île-de-France des enseignantEs mobilisés, en lien avec les collègues de Toulouse, Marseille, Montpellier, Dijon, a lancé l’initiative d’Université d’été de l’éducation les 26, 27 et 28 août.

3 jours pour tirer les bilans d’une année de luttes dans tous les secteurs de l’éducation du 1er et du 2nd degré, mais qui n’ont pas réussi à converger, qui sont restées dans le champ de leur spécificité catégorielle et surtout dépendantes de l’agenda du ministère et du gouvernement.

L’enjeu est de réussir à unifier la colère accumulée par les expériences de ces luttes pour organiser une riposte en ayant conscience qu’une partie de l’affrontement à construire dépasse le cadre de la seule Éducation nationale puisque la Loi de modernisation de la Fonction publique s’applique également à ce secteur.

Les objectifs sont élevés, mais la lutte inédite des dernières semaines a révélé un potentiel et une détermination nouvelle.

Cathy Billard Mardi 6 août 2019

https://npa2009.org/

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05 août 2019 ~ 0 Commentaire

édito (npa)

trump

Contre les violences racistes, aux États-Unis et ailleurs

Les tueries d’El Paso et Dayton, aux États-Unis, ont fait 29 morts et plus de 50 blessés. Ces
meurtres posent la question des armes à feu, mais surtout du racisme d’État, dans le pays de
Trump… et ailleurs.

Ce sont deux jeunes hommes, de 21 et 24 ans, qui ont attaqué des latino-américains.

Ce sont les 21è et 22è tueries de masse aux États-Unis depuis le début de l’année. Bien sûr, la
disponibilité des armes à feu est un facteur permettant ce type de crimes. Mais rappelons
qu’en Suisse, 46% des habitants en ont une, et qu’il y a seulement 5 décès par arme à feu
pour 100 000 personnes, contre 12 aux États-Unis. Rappelons aussi que les deux tiers des
morts par arme à feu sont des suicides.

Un crime raciste

Ce ne sont donc pas les armes à feux qui sont la cause principale de ces tueries, mais bien le
racisme. Le racisme, les violences contre les non-blancs, sont d’ailleurs un élément constitutif de la construction des États-Unis, de la colonisation à l’esclavage, en passant par les violences
policières régulières contre les noirs ou les crimes contre les latinos.

Chaque année, plus de 1 100 personnes sont tuées par la police, majoritaire-ment des noirs (Etude du journal PLOOS Medecine).

Le racisme tue aux États-Unis, et la présidence Trump l’encourage avec sa politique qui est
celles des suprématistes blancs. Il multiplie les sorties contre les migrants, y compris en
disant à des parlementaires démocrates de retourner « d’où elles viennent ».

Ces discours racistes visent à solidifier l’exploitation des différentes communautés, à les
diviser et à maintenir une peur intérieure qui permet d’imposer un ordre social totalement
injuste.

Plus de deux millions de personnes incarcérées, dont la moitié sont afro-américains
et un plus d’un quart sont latinos. C’est un moyen de contrôler, de faire travailler quasi
gratuitement des millions de personnes.

Et la France ?

Mais le racisme, la violence et leur encouragement par l’État ne sont pas l’apanage des
États-Unis. Un rapport de J. Toubon, Défenseur des droits, a dénoncé cette année les
«ordres et consignes discriminatoires » données à la police.

Le soir de la victoire de l’Algérie à la Coupe d’Afrique, des individus cagoulés ont attaqué des familles célébrant la victoire à la batte de base-ball à Lyon. Sans parler de la disparition de Steve à Nantes, un exemple parmi tant d’autres des violences policières plus globales.

Ce n’est pas par hasard que Christophe Castaner, ministre de l’intérieur, a déclaré « la haine
n’a pas sa place dans la République. […] Chaque coupable doit être trouvé et jugé », là où
Trump vient de déclarer « la haine n’a pas sa place aux États-Unis. […] Il faut que ça
s’arrête ».

La réalité est que ni l’un ni l’autre ne veulent en finir avec le racisme.

Ils souhaitent juste que la violence soit le monopole de l’État. Comme l’avait précisé le ministre Darmanin à propos des Gilets jaunes, « Dans un État républicain, le monopole de la violence légitime, c’est celle des policiers et des gendarmes ».

Pour vaincre le racisme, il faut de grandes mobilisations des premièrEs concernéEs, victimes
du racisme, travailleurEs sans-papiers pour imposer l’égalité réelle.

Pour en finir avec les violences policières, il faut imposer le désarmement de la police. Il y a urgence, aux États-Unis et ailleurs, dans un monde où la violence et la misère sont de
plus en plus répandues, à stopper cet engrenage infernal.

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02 août 2019 ~ 0 Commentaire

mai 68 (la brèche numérique)

mai 1968

Si le mouvement révolutionnaire n’a peut-être pas encore tiré toutes les leçons stratégiques de mai 68, la bourgeoisie, elle, n’a pas perdu de temps

Tout d’abord elle va procéder au renouvellement de sa représentation politique avec la mise au placard de De Gaulle et l’émergence du Giscardisme. Ceci va permettre de débloquer partielle-ment les retards de la société française : place des femmes, des jeunes, de la sexualité, de l’armée, etc.

Dans le même temps, les patrons qui, eux, ont bien senti passer le vent de la trouille, vont travailler à des ruptures dans l’organisation de la production.

La violence de la remise en cause du travail taylorisé et de l’autoritarisme, le refus de l’exploita-tion et des inégalités au nom de l’épanouissement personnel ont convaincu le patronat de réor-ganiser l’appareil de production pour minimiser les sources de révoltes et surtout les possibilités de leur expression.

Externalisation, développement de la sous-traitance, individualisation de la gestion des salariés, rotation, élargissement des tâches, tout un ensemble de réformes qui, sans changer fondamen-talement le rapport capital/travail, vont augmenter la productivité, aggraver les conditions
de travail, avec en ligne de mire la volonté d’interdire la construction de ripostes collectives.

Ce lent processus, contradictoire sur certains aspects, sera mis lentement en oeuvre tout au long des années 1970 jusqu’à aujourd’hui, bénéficiant pour ce faire de l’appui des différents gouvernements de droite et de gauche.

Parallèlement, la reconnaissance officielle du syndicalisme dans l’entreprise va accélérer l’intégration de ceux qui joueront la carte du rôle « complémentaire » des partenaires sociaux.

Faute d’avoir compris quoi que ce soit à ces mouvements, l’appareil stalinien (PCF et CGT blog) va commencer à s’affaiblir, laissant pendant un temps le champ libre aux « modernistes » de la CFDT.

La sociale-démocratie y verra les motifs de la réorientation de sa stratégie contre-révolutionnaire qui la mènera au social-libéralisme d’aujourd’hui.

Consolation tout de même avec l’émergence de l’extrême gauche dans le champ politique mais dont le chemin sera encore long pour réellement peser sur la lutte de classes.

En filigrane mais comme question fondamentale, c’est la rupture qui est au centre des questions stratégiques.

La rupture, si elle commence avec la grève, rupture du contrat de travail, ne s’achève et ne peut devenir définitive qu’avec la destruction de l’appareil d’état bourgeois et la construction d’un appareil d’état ouvrier allant vers son dépérissement.

Loin d’être un débat abstrait, une théorie pour les jours de congrès dont la mise en oeuvre est remise au grand soir, ce choix stratégique à des implications concrètes immédiates dans l’activité quotidienne.

Même si les questions électorales doivent rester des questions tactiques, le contenu d’une plate-forme électorale doit être clair (en aucun cas soutenir l’exigence de l’ouverture d’un commissa-riat par exemple…), et les fusions au deuxième tour doivent être repoussées pour des raisons de fond sur la participation à la gestion de l’outil étatique et pas seulement comme refus de cohabitation avec le parti du social-libéralisme.

De même, la dénonciation de toutes les formes de violence du capitalisme et de l’État n’est pas affaire de pacifisme ou d’angélisme mais la dénonciation d’une fonction fondamentale de l’État bourgeois.

Et c’est aussi là que la violence de la riposte et de la lutte de la classe ouvrière dans sa prépa-ration à l’affrontement avec l’état vient trouver son fondement.

Et enfin la construction des outils de l’auto-organisation de la classe ouvrière ne répond pas seulement à une volonté démocratique visant à consulter ou prendre en compte la volonté des masses mais comme première étape d’un état prolétarien qui devra prendre en charge l’ensemble de la gestion de la société.

Au total et comme conclusion sous forme d’interrogation, il reste à comprendre pourquoi le mouvement gréviste de Mai 68 n’a pas commencé à poser le début d’une rupture pratique avec l’ordre bourgeois.

En fait, il s’agit du résultat de la somme algébrique des différents points ci-dessus. La faiblesse de l’auto-organisation, due à l’hégémonie stalinienne, n’a pas permis de dépasser les objectifs fixés par les organisations syndicales et politiques réformistes. Ceux-ci ont ainsi pu contenir mots d’ordre et formes d’organisations dans des limites compatibles avec l’ordre bourgeois.

C’est là que la conquête nécessaire de l’hégémonie des révolutionnaires notamment au sein de la classe ouvrière prend son caractère décisif. Avec tout ce que cela implique comme tâche des révolutionnaires aujourd’hui dans les luttes, c’est-à-dire leur capacité à avancer des mots d’ordre, des revendications des modes d’actions qui leur font gagner la confiance de leur classe.

C’est bien là que se situe le rôle du parti révolutionnaire, outil pour la fécondation de la réflexion, la construction des mobilisations ayant toujours comme objectif final la prise du pouvoir par la classe ouvrière se dotant de ses propres organes de pouvoir, appelés à disparaitre.

Et, au passage, rappelons que les victoires même partielles sont toujours plus productives qu’une litanie de défaites successives. (Résumé voir lien)

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