Archive | NPA

17 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

nucléaire (npa)

an ankou a

Prolifération des déchets radioactifs, démantèlement des installations irradiées, grand marché des poubelles nucléaires…

Face à la folie du profit, quelles alternatives écosocialistes ?

L’industrie nucléaire a longtemps cherché à minimiser ou à nier la question du démantèlement des installations nucléaires.  Quand les centrales ont été construites, l’idée de les démonter un jour n’avait pas été anticipée par les ingénieurs d’EDF et du CEA. C’est en 2005, que la cour des comptes commence à s’intéresser à la question car elle craint que les provisions pour démantèlement soient insuffisantes, et il en va de la crédibilité de la politique énergétique de la France donc de l’industrie nucléaire.

La France, avec ses 146 sites nucléaires civils et militaires, et dont les 58 centrales nucléaires sont vieillissantes, est d’ores et déjà confrontée au problème.

A l’échelle mondiale, dans les 20 ans à venir, des dizaines de réacteurs, d’installations de recherches, d’usines de fabrication et de retraitement du combustible devront être démante-lées, en particulier aux USA et en Europe, ce qui représente un enjeu technique et économique très important pour les  entreprises françaises qui sont sur les rangs

Peut-on vraiment démanteler une centrale nucléaire ?L’anthropologue et philosophe Christine Bergé auteur du livre« Superphénix, déconstruction d’un mythe » a enquêté sur le chantier de déconstruction du surgénérateur Superphénix. Dans un interview à Basta en 2011, elle explique :

« La déconstruction même d’une centrale est un mythe.

On déconstruit mais on ne résout pas le problème de la radioactivité pour autant. Une centrale est en réalité une gigantesque poubelle dont on disperse les éléments. Du moindre gant en latex jusqu’à certains composants pouvant mesurer 15 mètres de long et qui ont baigné dans du sodium irradié. Tout cela ne peut pas être déconstruit. Les déchets de déconstruction sont enrobés et mis en terre ou envoyés dans des filières dédiées. Mais on ne fait qu’enrober.

Tout est archivé, sur ordinateur ou sur papier, mais lire toutes les archives est strictement impossible. Une partie de l’information se perd. Par exemple, nous n’avons pas pu retrouver la trace de tous les architectes de Superphénix ! Or, pour la déconstruction, revoir entièrement ce qui a été fait dans le passé est une obligation.  De plus, les centrales nucléaires ne sont pas conçues pour être déconstruites. Autrement dit, on déconstruit à partir de rien, on est obligé de tout inventer. »

Définition de l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs) :

« Le démantèlement est l’ensemble des opérations techniques qui visent, après arrêt définitif d’une installation nucléaire, à l’assainir en éliminant les substances radioactives et dangereu-ses résiduelles, ainsi que les structures ou les équipements les ayant contenues. Ces opéra-tions sont conduites en vue d’atteindre un état final préalablement défini, notamment en fonc-tion de l’usage futur : démontage des équipements, assainissement des locaux, assainisse-ment ou réhabilitation de sols, destruction éventuelle du génie civil, conditionnement, évacua-tion et élimination des déchets générés (radioactifs ou non). »

Quand les conditions d’assainissement sont remplies, le site est « déclassé », c’est à dire qu’il n’est plus sur la liste des installations classées et donc l’installation n’est plus soumise  aux contrôles réglementaires.

Deux stratégies sont envisageables pour le démantèlement des installations nucléaires, toujours d’après l’ANDRA :

« un démantèlement dès la mise en arrêt définitif de l’installation », avec l’argument avancé de ne pas faire porter le poids du démantèlement aux les générations futures, tant sur les plans techniques que financiers. Cette stratégie permet de bénéficier des connaissances et compé-tences des équipes présentes pendant le fonctionnement de l’installation, indispensables lors des premières opérations de démantèlement. Elle évite, par ailleurs, des dépenses importantes de surveillance, de maintien dans un état de sûreté satisfaisant. »

« un démantèlement différé, plusieurs décennies après l’arrêt de l’installation, justifié principa-lement par la décroissance radioactive des éléments à démanteler permettant des opérations de démantèlement moins complexes et optimisant l’exposition aux rayonnements ionisants des personnes réalisant les opérations. Elle permet d’étaler les dépenses dans la durée dans l’objectif d’une gestion financière raisonnée. » C’est le choix de la Grande-Bretagne. Il permet surtout d’attendre que l’on sache gérer les déchets.

Il existe une troisième option, présentée comme très particulière, c’est le démantèlement in situ dit « entombment » (en tombeau). Il s’agit de couler du béton sur l’ensemble du bâtiment. C’est une technique employée aux USA pour des installations militaires. L’IRSN exprime des inquiétu-des sur la sûreté à long terme, et sur le fait de créer de sites de stockages diffus. L’Agence Internationale à l’Énergie Atomique (AIEA) recommande le démantèlement immédiat et de nombreux pays affichent mettre en œuvre ce procédé.

En France :

Les choix ne sont pas débattus et les décisions prises dans l’opacité la plus totale. Au départ EDF voulait attendre 50 ans comme les études internationales l’avaient préconisé. Et écono-miquement, il vaut toujours mieux reporter les dépenses improductives à plus tard. Cette politique revenait à laisser les générations futures se débrouiller du problème et le financer.

Dans les années 2000, la question du renouvellement du parc nucléaire s’est posée. La majo-rité des réacteurs français ayant été construits dans les années 1980 pour une durée de 30 ans, et la construction d’un réacteur prenant une dizaine d’années, c’était le moment de mettre de nouveaux réacteurs en chantier.

C’est alors avant tout la question économique qui a poussé au changement de la politique de démantèlement. Autrement dit, avant de pouvoir construire de nouveaux réacteurs nucléaires, il faut démanteler les réacteurs arrêtés et trouver un moyen de traiter correctement les déchets pour faire accepter aux Français cette poursuite de la politique nucléaire.

Et comme les règles de sûreté et de sécurité sont de plus en plus contraignantes, le déman-tèlement des réacteurs et le traitement des déchets deviendront de plus en plus difficiles et donc de plus en plus coûteux au fur et à mesure que les règles se durciront. Il faut donc démanteler au plus vite avant que les coûts ne rendent l’énergie nucléaire beaucoup trop chère et économiquement injustifiable.

ANDRA : « La stratégie retenue en France est celle du démantèlement dans un délai aussi court que possible après l’arrêt définitif de l’installation, dans des conditions économiquement acceptables et dans le respect des principes de prévention des risques sanitaires liés à l’envi-ronnement et au travail. » On est dans le mythe du « retour sur herbe » d’une installation nucléaire le plus rapidement possible. Le démantèlement d’un site est soumis à une autori-sation de l’Autorité de Sureté Nucléaire (ASN) sous la forme d’un décret d’autorisation de démantèlement.

Les travaux comprennent plusieurs phases.

D’abord la phase de préparation :  refroidissement du combustible dans la piscine sur place, avant son transport au centre de retraitement de La Hague dans le Cotentin.   Puis le circuit primaire est vidangé et les équipements non radioactifs sont démontés: turbine, alternateur, pompes du circuit secondaire, etc…Puis laphase dite de déclassement, doit libérer le site pour une autre utilisation et le débarrasser le plus possible de sa radioactivité.

L’ASN a des recommandations vis à vis des exploitants mais elles restent soumises à inter-prétation : « les exploitants mettent en œuvre des pratiques d’assainissement et de déman-tèlement visant à atteindre un état final pour lequel la totalité des substances dangereuses et radioactives a été évacuée de l’exploitation. » « dans l’hypothèse où cette démarche poserait des difficultés de mise en œuvre, l’exploitant doit aller aussi loin que raisonnablement possible dans le processus…en justifiant pourquoi les opérations ne peuvent être davantage poussées …avec les meilleurs techniques possibles, dans des conditions économiquement acceptables. »

Les déchets produits sont de deux types : conventionnels ou radioactifs.  

Les premiers représentent 80% des déchets de démantèlement, notamment des gravas et métaux. En  France on considère que tout déchet en provenance du bâtiment réacteur est susceptible d’être radioactif, donc à traiter comme tel.  D’après l’ANDRA, actuellement une cinquantaine d’installations sont en cours de démantèlement ou seront démantelées à moyen terme : une dizaine de réacteurs nucléaires, une quarantaine d’installations du CEA, d’EDF et d’Orano.

L’ANDRA fait la promotion du démantèlement en citant des exemples : à Annecy, le CICN (ateliers de fabrication laboratoire) qui a été démantelé avec réindustrialisation (chaufferie biomasse) et Veuray-Voroize (usine de fabrication de combustible) loué à une société sofradir, (société française d’infra rouge). Autre exemple le CEA de Grenoble qui a assaini et démantelé depuis 2001 et les surfaces ont été réutilisées pour de la recherche et développement en micro-naoélectronique et en technologie pour la santé et les énergies renouvelables.

L’IRSN indique que le démantèlement de réacteurs dits de deuxième génération, réacteurs à eau sous pression, a lieu sans problème (en Allemagne) et devrait se réaliser en 20 ans. Tout apparaît facile dans les publications officielles du monde du nucléaire.

nucl-aire-pieds-nickel-s

En réalité tout n’est pas si simple

Dans le monde, sur 110 réacteurs arrêtés (300 d’ici 2030), seuls 6 ont été démantelés complètement (aux USA) En France, sur 146 installations nucléaires (127 INB et 19 INBS), seuls 9 réacteurs sont à l’arrêt définitif à Marcoule, Bugey, Chinon, St Laurent, Chooz A, Brennilis et Superphénix.

Le démantèlement des réacteurs de première génération, uranium graphite-gaz, pose problè-me : premier exemple, le démantèlement interminable de la centrale de Bennilis, 18 ans d’exploitation, 47 ans de démantèlement, qui devrait s’achever en 2032 et devrait coûter au final 482 millions d’euros, soit 20 fois le montant prévu au départ. Le problème est technique (à l’état liquide, le sodium explose au contact de l’eau et s’enflamme au contact de l’air). Idem pour Superphénix à Creys- Malville dans l’Isère, la fin du chantier est prévu pour 2038.

L’Espagne a opté pour ce démantèlement immédiat, mais se heurte au même problème pour son réacteur graphite-gaz de Vandellos. Ce qui fait que pour tous ces réacteurs de première génération, le démantèlement immédiat est un vaste mensonge et une opération de propagande.

Le coût

Le démantèlement des réacteurs de deuxième génération à eau pressurisé devrait poser moins de problème technique d’après EDF. Reste la question du coût. EDF a provisionné 36 milliards d’euros pour démanteler son parc, un montant vraisemblablement sous évalué : EDF prévoit 350 millions d’euros par tranche, là où les autres pays européens en prévoient entre 900 millions et 1,3 milliard par réacteur : EDF prévoit par exemple que subsistera un réacteur en activité à côté de celui à démanteler ce qui permettra de mutualiser certains coûts, EDF n’a pas pris en compte le coût social lié à la disparition d’un grand nombre d’emplois.

De plus il sera nécessaire d’adapter le démantèlement à l’histoire de chaque installation, en fonction de son histoire, des incidents qui s’y sont produits, on ne pourra pas « standardiser » le démantèlement. Et EDF ne provisionne pas le coût de la gestion des déchets.  En fait, comme EDF prolonge la vie des centrales jusqu’à 50 et même 60 ans, il espère ainsi prolonger le provisionnement des coûts.

Les travailleurs, la sous traitance

Le démantèlement des installations nucléaire est un travail très dur pour les travailleurs, qui cumule les risques de l’intervention en milieu contaminé et ceux de la démolition de bâtiments industriels. Il s’agit d’un travail pénible et dangereux réalisé en combinaison ventilée qui rend plus délicat le respect des règles de sécurité propres à la démolition et à ses risques spéci-fiques : chutes de hauteur, chutes de charges, présence d’amiante et de gravats, etc… Il s’agit pour beaucoup d’emplois non qualifiés de démolition, évacuation, nettoyage, manutention, dans un environnement radioactif.

Pour que l’électricité nucléaire reste compétitive, alors que le coût des énergies renouvelable diminue, EDF cherche à diminuer au maximum le coût du démantèlement et exploite des travailleurs précaires via la sous traitance.  Les entreprises sous traitantes qui se spécialisent dans cette activité font souvent partie de grands groupes qui travaillent dans les déchets. L’exploitant assure cependant la supervision du déclassement et reste responsable de son bon déroulement.

Il s’agit en outre, comme pour la maintenance, de faire supporter les doses par des travailleurs moins bien protégés, surveillés et informés que ceux de l’exploitant. Il y a aussi des risques importants pour l’environnement et les riverains : risques d’envol de poussières radioactives, de rejets de liquides radioactifs, de dissémination de radioactivité sous toutes ses formes. Par exemple, à la centrale de Brennilis, une opération de démantèlement a provoqué un incendie.

nukleyaire

Dans les autres pays

Dans la plupart des pays , il y a un seuil de radioactivité en-dessous duquel on considère que le déchet est conventionnel, c’est-à-dire traité comme n’importe quel déchet industriel et donc potentiellement recyclable. Il y a un enjeu très important sur la fixation de ce seuil. Or un très grand volume de déchets de démantèlement sont des gravats ou des métaux. Ces deux sortes de déchets sont recyclables. Les gravats peuvent être employés dans les soubassement de routes, de parking ou de bâtiments. Les métaux peuvent être refondus et réutilisés dans de nombreux produits de l’environnement quotidien.

Dans l’Est de l’Allemagne, la plus grosse centrale au monde, la centrale de Greifswald est en cours de déconstruction depuis 22 ans. Du plus petit boulon jusqu’aux monstrueuses cuves, tout est récuré pour être décontaminé et remis si possible sur le marché.  Des ouvriers en combinaison et masques, sur des échafaudages à roulette, doivent poncer et aspirer les poussières radioactives des murs, ou d’autres, bouclés dans des casemates, découpent des pièces au chalumeau, nettoient la radioactivité extérieure de pièces métalliques avec des jets surpuissants de poussières d’acier ou d’eau. D’autres nettoyeurs plongent les pièces dans des grands bains d’acide ou d’électrolyse avant de les rincer au karcher.

Le marché du démantèlement va croître

Les industriels de l’énergie (EDF, Orano, Engie) mais aussi ceux en quête de diversification, de l’environnement (Véolia, Suez, Seché), du bâtiment (Bouygues, vinci), des services industriels (Assystem, Onet) pourront tirer une source conséquente de revenus. EDF comme Orano pren-nent d’ores et déjà position sur ces marchés. En 2016, EDF a racheté à une société suédoise Studsvik ses activités de traitement des déchets nucléaires et a signé son 1er contrat avec la Sogin entreprise publique italienne chargée de la déconstruction des centrales nucléaires. Orano espère bien commercialiser le procédé de Cigeo, s’il voit le jour, et devenir une réfé-rence internationale en la matière.

C’est la raison pour laquelle les acteurs se regroupent sous forme de consortium pour remporter des contrats très profitables. En France, le marché du démantèlement nucléaire est  estimé à 35 milliards d’Euros et il  devrait s’accroître en raison des grosses opérations à venir.  Depuis quelques années, les autorités concernées tentent de mieux appréhender le coût du démantèlement de chaque installation. Le flou régnant autour des coûts a pour conséquence de faire grimper la facture de façon vertigineuse.

La seule chose certaine, c’est que s’ouvre un marché mondial juteux évalué à 220 milliards d’euros étalés sur plusieurs décennies. Pour résumer, après avoir produit des milliers de tonnes de déchets radioactifs ils s’apprêtent à nous vendre au prix fort un « nettoyage » bâclé et aléatoire.

 Et si on ne démantelait pas les installations nucléaires ?

Cette intervention pose la question du non démantèlement des centrales nucléaires. Elle a vocation à être critiquée sur chaque point et argument car nous ne prétendons malheureu-sement pas avoir trouvé le Graal qui nous assurerait une sortie du nucléaire sans déchet ni inconvénient. Par ailleurs, il est une condition sine qua nonà cette proposition : ne plus produire de nouveaux déchets. Un arrêt du nucléaire civil et militaire est un préalable.

Nous venons de faire le tour des solutions de démantèlement et de leurs inconvénients, ainsi que des intérêts financiers qui en découlent pour une industrie en pleine déconfiture. Nous avons vu, afin d’éviter tout débats et contestations, que l’industrie nucléaire n’hésite pas à transformer le vocabulaire : les expressions « pré verdoyant » ou « retrouver le gazon vert » parsèment les documents suisses, allemands ou français afin de remplacer le trop technique mot « démantèlement».

nukehugger

Mais pourquoi donc  et de façon aussi unanime, les industriels, scientifiques et politiques du nucléaire n’envisagent-ils que le démantèlement ?

Le fric bien sur pour les capitalistes, mais aussi l’oubli pour pouvoir le cas échéant remettre ça. Mais pourquoi les écologistes et de nombreux-ses antinucléaires semblent se résoudre aussi à cette solutions ? La faiblesse du mouvement antinucléaire dominé par une petite poignée de scientifiques et des associations comme le réseau, les uns comme les autres peu enclin à la critique anticapitaliste et ayant depuis longtemps abandonné l’aspect politique et sociétal des origines de la lutte contre le nucléaire. C’est ce que souligne très clairement la sociologue Sezin Topçu dans son livre « la France nucléaire. l’art de gouverner une technologie contestée »

Superficie des centrales

Une centrale nucléaire comme celle de Cruas en Ardèche occupe une superficie de 148 hectares. En France il y a 19 centrales, une bonne dizaine d’autres installations nucléaires civiles et autant de militaires soit une quarantaine de sites contaminés au total. Très grossiè-rement on peut dire que ces 40 installations représentent environ 6 000 hectares, soit 0,011 % du territoire national (France métropolitaine). En Suisse pays en plein débat sur le démantè-lement les 4 centrales (6 km²) représentent 0,014 % du territoire. Nos pays peuvent donc supporter le fait de perdre définitivement quelques km². On aimerait certes les voir reverdir, mais à condition de ne plus ouvrir de nouveaux sites pour mettre des milliers de tonnes de déchets ou de nouvelles centrales.

Comment ne pas démanteler ?

La première étape est de retirer les combustibles usés, de les entreposer à l’extérieur en piscine ou à sec (par exemple à la Hague en ce qui concerne la France). Ensuite, il est possi-ble de détruire les corps de bâtiments situés en dehors de la zone contaminée ou de les utiliser à des fins éducatives, de formation ou de musées de la « folie nucléaire ». Toutes les instal-lations contaminées restent en l’état et sont entretenues, contrôlées, protégées durant les centaines d’années, voire plus, qui sont nécessaires à la disparition de la radioactivité. Et ce, bien sûr, avec les mêmes critères que ceux qui prévalent actuellement aux centrales en fonctionnement. Il faudra donc des dizaines de salariés par site pour maintenir en état ces installations et assurer leur sécurité.

Pas des gardiens, mais des ingénieurs, des techniciens, des travailleurs qualifiés et formés, avec une garantie d’emploi assurant le passage de la mémoire des installations. D’aucuns diront qu’il s’agit d’argent perdu, de métiers qui ne produisent pas de richesse. Mais n’est-ce pas déjà ce que l’on fait ou envisage de faire sur les sites de déchets nucléaires ? Assurer la sécurité des populations n’est-il pas aussi valorisant que produire de l’énergie ?

Et ensuite ?

Le béton et le métal des cuves vont progressivement s’éroder. Sans doute au fil du temps mais pas plus que dans les sites d’entreposage des déchets envisagés actuellement. Et peut-être même moins si l’entretien est assuré quasi quotidiennement. En restant accessibles à tout moment ils rendront possible une intervention. Certaines centrales et installations nucléaires sont situées dans des zones inondables et/ou sismiques. Mais sans combustibles ces installations sont capables de supporter de tels risques. Elles pourront être renforcées si nécessaire.

De la nécessité de débattre

Ces arguments sont les plus souvent avancés pour le moment en défaveur de cette solution de non démantèlement, y compris dans les rangs des antinucléaires. A vous d’en ajouter car c’est ainsi que le débat doit s’engager sur des choix qui impacteront des générations et des générations. Ne pas démanteler signifie aussi ne pas transporter des milliers de tonnes de déchets et de gravats radioactifs, pas de robots grimpeurs raboteurs découpeurs, pas de mise en danger de centaines de salariés souvent externalisés et sous-payés, pas de déchets « perdus » dans les pays pauvres,  pas de millions de dollars ou d’euros évanouis dans des sociétés alléchées par des marchés en constante augmentation.

En réalité le seul vrai argument contre cette solution est que nous allons laisser aux généra-tions futures la preuve visuelle, tangible, de 70 ans de folie nucléaire. Et c’est bien pour cela que nos industriels scientifiques et politiques veulent raser, cacher, disperser les monstres qu’ils nous ont imposés. Et c’est pour cela que nous voulons que ces monstres restent visibles afin que les générations futures sachent jusqu’où peut aller la folie industrielle et marchande.

Mardi 11 septembre 2018

Lire la suite

17 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

philippe poutou (bfm)

Lire la suite

16 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

olivier besancenot (lci + 2)

.

Olivier est à 3′

Lire la suite

15 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

solidarité (npa)

npa agricol

Solidarité avec la Confédération Paysanne

Six syndicalistes de la Confédération paysanne viennent d’être condamné·e·s à 120 000 euros.

Leur crime ? Avoir démonté, sans les endommager, des installations de la ferme des 1 000 vaches, pour les rapporter à la préfecture afin de dénoncer l’élevage concentrationnaire industriel.

Rien à voir avec les saccages et destructions du syndicat agricole dominant, défenseur de l’agro-industrie. Au contraire, les 6 militant·e·s ont été, dans un premier temps, reconnu·e·s par le tribunal comme des lanceurs d’alerte, c’est à dire des personnes qui se battent pour l’intérêt général et collectif. Pourquoi ce revirement et cette condamnation lourde pour un syndicat aux finances modestes ?

Pour mettre au pas la résistance au système d’où qu’elle vienne. Le mouvement syndical, associatif, politique est criminalisé chaque jour davantage.

Nous affirmons notre soutien à la Confédération paysanne l’assurant de notre entière participation aux côtés de ses militant.e.s qui se battent pour une agriculture paysanne respectueuses de l’environnement, de ses paysan.ne.s et des consommateurs.

Vendredi 14 septembre 2018

https://npa2009.org/

Lire la suite

14 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

macronie (npa)

Luckyn Luke

Le fabuleux destin de la Macronie

Un véritable non-événement : Richard Ferrand, petit baron de Macron, a sans surprise été élu au « perchoir », c’est-à-dire à la présidence de l’Assemblée nationale.

Au-delà de ses déclarations s’excusant « de ne pas être une dame », ce mâle dominant veut se poser en homme du « renouveau ». « Incarner le renouveau, ça ne se décrète pas, ça ne s’autoproclame pas, ça se conçoit, ça se crée, ça se fabrique. Et vous savez combien avec vous j’ai pris ma part à son avènement »

Sans doute que le député du Finistère, passé (assez logiquement) du hollandisme au macronisme, fait allusion à son parcours d’élu, commencé il y a deux décennies comme conseiller général, puis conseiller régional, puis député, etc. L’itinéraire d’un enfant gâté, digne représentant d’un personnel de la 5e République dont on n’a que trop soupé.

Ou alors Ferrand, en matière de « renouveau », a-t-il en tête l’affaire des Mutuelles de Breta-gne (MDB), des mutuelles dont il était directeur général… et qu’en tant que vice-président du conseil départemental du Finistère, il a largement subventionnées au profit de son épouse de l’époque (1,66 million d’euros), puis de sa nouvelle compagne (près de 200 000 euros)…

À moins qu’il s’agisse de rappeler qu’en véritable héraut de ce nouveau monde politique dont le président-Jupiter se fait le chantre quotidien, Ferrand, une fois élu député en juin 2012, a tout de même conservé un poste de chargé de mission aux MDB (rémunéré entre 1 200 et 1 500 euros par mois selon les sources), et embauché comme assistant parlementaire le compagnon de son ex-adjointe à la direction des MDB, puis son propre fils.

Collusion, clientélisme, népotisme… n’en jetez plus !

Sur le fond, après l’arrivée du désormais ministre de Rugy lors de la vacance de monsieur Hulot, l’élection de Ferrand à la tête d’une instance fondamentale pour le fonctionnement bien huilé des institutions de la 5e République, est une nouvelle illustration du fait que le macronisme connaît déjà une usure prématurée.

En recherche d’oxygène, ce petit monde est bien à la peine pour faire émerger de nouvelles têtes pas encore totalement cramées par cette première année d’exercice du pouvoir. Le socle social, déjà étroit, du président directeur général, se rétrécit toujours plus. Si ceux d’en haut n’en peuvent plus, il va falloir en profiter…

Manu Bichindaritz

Créé le Mercredi 12 septembre 2018,

Lire la suite

13 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

réfugiés (npa)

refug

La question des réfugiéEs, une ligne rouge pour les internationalistes

En cette rentrée, la question des migrantEs est au cœur des débats du début de campagne des élections européennes.

Et on peut dire qu’il y a du gros temps, et qu’un vent mauvais souffle.

La pression de l’extrême droite raciste et xénophobe a miné le terrain dans toute l’Europe. Il y a urgence à reprendre l’offensive idéologique pour faire entendre une voix internationaliste, soli-daire, sans la moindre réserve, de nos frères et sœurs de classe que les conflits, les catastro-phes climatiques, la misère ou simplement leur choix, transforment en réfugiéEs. Et cela commence par un débat qui s’annonce serré avec les voix qui, à gauche de la social-démocratie, commencent à déraper gravement.

« Il faut être réaliste »

L’espace médiatique ouvert par les déclarations de Sahra Wagenknecht en Allemagne semble avoir provoqué un appel d’air dans les rangs de La France insoumise. Dans le Figaro du 9 septembre, un cadre de la FI déclare : «Il faut être réaliste. Si nous adoptons la même ligne que les formations d’extrême gauche sur l’immigration, dans le contexte actuel, nous sommes morts politiquement.

Contrairement à certaines formations, nous, nous avons vocation à gagner dans les élections ».

À mettre en rapport avec les déclarations de Jean-Luc Mélenchon dans le Monde le 24 août « Je n’ai jamais été pour la liberté d’installation et je ne vais pas commencer aujourd’hui. », et dans son livre paru le 8 septembre « Si on ne veut pas que les gens viennent, il vaut mieux qu’ils ne partent pas. […] Il faut cesser de croire que les gens partent par plaisir. Donc étei-gnons l’une après l’autre les causes de leur départ. Elles sont très simples, c’est la guerre et la misère ».

Bien sûr ce n’est pas un racisme crétin, mais les prétendus intérêts des peuples d’ici et d’ailleurs qui guideraient ces propos.

Ainsi, toujours selon Mélenchon : « Oui, il y a des vagues migratoires, oui, elles peuvent poser de nombreux problèmes aux sociétés d’accueil quand certains en profitent pour baisser les salaires en Allemagne. Nous disons : honte à ceux qui organisent l’immigration par les traités de libre-échange et qui l’utilisent ensuite pour faire pression sur les salariés. »

Et l’aboutisse-ment de ce raisonnement est tenu par Djordje Kuzmanovic

(futur candidat de la FI aux européennes) : « La bonne conscience de gauche empêche de réfléchir concrètement à la façon de ralentir, voire d’assécher les flux migratoires. […] On ne peut pas laisser mourir les gens en Méditerranée, mais si une personne n’est pas éligible au droit d’asile, il faut la renvoyer dans son pays. Et rapidement. »

Pas de fatalité, mais un rapport de forces 

Au NPA, nous défendons l’ouverture des frontières, la liberté de circulation et d’installation pour touTEs, et l’égalité des droits de manière indissociable. Et ce n’est pas l’affaire d’une « bonne conscience » mais d’une compréhension d’appartenir à une classe qui n’a pas de frontière.

Il n’y a pas de logique économique selon laquelle des conditions objectives permettraient d’augmenter ou de diminuer les salaires, de développer un pays ou de l’enfoncer dans le sous-développement.

Il y a des classes sociales qui se battent et créent des rapports de forces politiques.

Si le patronat allemand peut utiliser les réfugiéEs pour faire baisser les salaires, c’est qu’il a déjà créé les conditions qui font que, selon le journal La Tribune, « la prospérité allemande est un cauchemar pour 40 % de ses citoyens ».

Il n’y a pas de fatalité sur le fait qu’un afflux de population provoque une baisse des salaires.

Des historiens ont, par exemple, montré qu’en 1962 et les années suivantes, le retour en catastrophe des 900 000 rapatriéEs d’Algérie a provoqué une baisse ponctuelle des salaires dans les régions d’arrivée avant que ceux-ci ne remontent… après 1968.

Toute la question est de savoir qui est à l’offensive :

Les patrons et leur personnel politique, ou le mouvement ouvrier internationaliste. Diviser le monde du travail a toujours été une arme des classes dominantes. Nous devons donc leur opposer un programme qui réalise l’unité de notre camp.

C’est pour cela que le NPA défendra dans la campagne des européennes :

– L’arrêt des interventions militaires françaises et européennes dans quelque cadre que ce soit ;

– La fermeture des hotspots en Afrique ;

– La régularisation de touTEs les sans-papiers pour en finir avec la clandestinité qui condamne à l’exploitation et à la précarité généralisées ;

– La diminution du temps de travail pour partager le travail entre toutes les mains quelles que soient leur couleur, leur origine, ou leur nationalité…

Plus que jamais convaincuEs que « l’Internationale sera le genre humain » !

Cathy Billard  Mercredi 12 septembre 2018

https://npa2009.org/

Lire aussi:

Jeux dangereux (Politis)

Lire la suite

12 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

marches (npa)

climate

Dans 97 pays, des marches pour le climat

Le succès des marches pour le climat, le 8 septembre, est une excellente nouvelle.

Alors que les précédentes initiatives du même type n’avaient réuni que quelques milliers de personnes en France, ce sont des dizaines de milliers de manifestantEs, souvent jeunes et en majorité des femmes, qui sont descendues dans les rues de toutes les grandes villes.

Alors qu’elles ont été organisées en quelques jours, la réussite des marches est une bonne surprise, une illustration supplémentaire qu’un événement peut toujours bousculer la routine. La succession de catastrophes dues au dérèglement climatique: canicule, sécheresses, inondations, incendies de forêts, cyclones qui a marqué l’été provoque une prise de cons-cience. Le bouleversement climatique n’est plus une menace lointaine dans le temps et dans l’espace, ses effets sont visibles ici et maintenant.

« Hulot démissionne, pas nous ! »

Dans ce contexte, la démission de Hulot, à la fin du mois d’août, a eu un effet collatéral impré-vu. L’épisode Hulot dans le gouvernement Macron est une illustration criante que l’écologie n’est pas compatible avec les politiques libérales menées par des gouvernements aux ordres des grands groupes industriels et bancaires, des lobbys des énergies fossiles, du nucléaire, de l’agro-industrie, de la chasse, des bétonneurs…

Les politiques qui se limitent à des effets d’annonces, quand elles n’aggravent pas purement et simplement la situation, deviennent insupportables, et l’inaction devient criminelle.

L’appel à manifester, diffusé sur les réseaux sociaux, a rencontré un écho immédiat. Les asso-ciations qui préparaient la journée mondiale pour le climat ont immédiatement saisi l’opportu-nité de lui donner une dimension inédite. Elles ont proposé de fusionner les appels. Le pari est réussi.

Mais malgré ce succès, nous sommes encore loin du raz-de-marée, de la mobilisation générale durable que nécessite l’état d’urgence climatique.

Pour ne pas rester sans lendemain et sans efficacité, cette étape doit déboucher sur la cons-truction d’un vaste mouvement pour la justice climatique, pour imposer la sortie des énergies fossiles et l’arrêt du nucléaire, le passage à une agriculture écologique et paysanne, des transports publics gratuits…

Une révolution culturelle à accomplir

Le succès a largement reposé sur le constat que « les politiques ne faisant rien, à nous de tout changer », en écho à la déploration de Hulot sur l’absence d’une « société structurée qui descend dans la rue ». La dimension individuelle et personnelle de la mobilisation, lisible dans les multiples pancartes, est indispensable mais insuffisante.

L’absence du mouvement syndical

souligne dramatiquement la révolution culturelle à accomplir dans le mouvement ouvrier pour qu’il se saisisse de cette question et jette ses forces dans un combat qui concerne en premier lieu les exploitéEs et les plus pauvres.

Il y a un besoin urgent d’une politique écosocialiste qui exproprie les capitalistes et « change tout » 

La production, la consommation, la circulation des biens et des services, qui organise une planification démocratique, autogérée, pour à la fois satisfaire les besoins sociaux et limiter au maximum les effets sur l’environnement.

Commission nationale écologie Mercredi 12 septembre 2018

https://npa2009.org/

Lire la suite

12 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

lutte ouvrière (npa)

lo lcr

Élections européennes : la discussion avec Lutte ouvrière sera longue

Cette année, Lutte ouvrière a enfin accepté de débattre à notre université d’été.

Le NPA a proposé des listes communes aux élections européennes de 2019 à LO, ainsi qu’aux militantEs que nous avons rencontrés dans les luttes ces derniers mois. La discussion s’annonce difficile…

Nous sommes intervenus sur diverses thématiques :

Les enjeux de cette élection par rapport à la lutte contre le gouvernement, les axes que nous voulons aborder, en particulier la défense des migrantEs, la nécessité d’une rupture internatio-naliste avec les institutions européennes et la construction d’un parti des exploitéEs. Les cama-rades de LO ont répondu essentiellement sur le positionnement par rapport à l’Europe et sur la question des migrantEs.

Rompre avec le capitalisme mais pas avec l’UE ?

Concernant l’Union européenne, les camarades nous ont accusés de nous positionner pour « trouver l’oreille de tous ceux qui nagent dans le courant protectionniste ». Pour eux, le problè-me est le capitalisme, au sein duquel s’expriment des contradictions que l’on peut identifier mais sur lesquelles on ne pourrait pas peser. Les camarades ont certes abandonné la formule selon laquelle l’UE ne serait qu’une « diversion » et sont d’accord pour dénoncer l’Europe capitaliste mais, de fait, ils en font une question très secondaire dans la campagne.

Ce faisant, nous estimons qu’ils ne comprennent pas les points clés :

Les puissances dominantes que sont la France et l’Allemagne utilisent l’UE comme une machine de guerre à l’intérieur comme à l’extérieur de leurs frontières. Dès lors, notre devoir est de faire tomber cet outil de notre impérialisme pour construire une Europe des travailleurEs et des peuples, avant que l’extrême droite ne le fasse au profit de régimes ultra autoritaires.

MigrantEs : pas qu’une question de solidarité !

Nous avons été choqués par les propos des camarades de LO sur les migrantEs. Ils ont défendu la liberté de circulation et d’installation, dénoncé la politique du gouvernement, mais ont aussi sérieusement ripé en nous expliquant qu’on ne pouvait pas défendre ces positions devant des salariéEs en lutte pour leur emploi : « Qu’est-ce que vous dites à une caissière de supermarché qui va se faire licencier ? Que dans le camp de migrantEs les gens vivent mal ? » Cette fois, ce sont bien les camarades de LO qui prêtent l’oreille aux préjugés racistes.

On a encore entendu : « Par rapport au problème des migrants, qu’est-ce que vous pouvez faire d’autre qu’exprimer votre solidarité tant qu’on n’aura pas foutu en l’air cette société. Je préfère passer mon temps à discuter avec tous les travailleurs [de la foutre en l’air] » Cette fois, on est face à deux problèmes : le refus de mettre au premier plan des revendications immé-diates ou transitoires pour les migrantEs… et un découpage incroyable entre les migrantEs et les travailleurEs… alors que les migrantEs font partie intégrante de la classe ouvrière !

Pour nous, cette question est capitale car c’est un élément clé de la crise européenne globale. Elle déstabilise les États nationaux. Nous pouvons aussi y voir la réalité de la politique de Macron et de certaines organisations de « gauche ».

Listes communes ?

Nous sommes favorables à des listes communes de nos organisations, mais à condition que le contenu défendu par ces listes réponde aux enjeux de la période, contre Macron, l’UE et pour les migrantEs. D’autant que deux problèmes supplémentaires se posent : devrions-nous réali-ser une campagne propagandiste pour le communisme ou faut-il, comme nous le pensons, partir de préoccupations concrètes pour amener à une remise en cause du capitalisme ? Et nous ne savons pas, à l’heure actuelle, si LO envisage la possibilité de listes communes ou si elle ne fait actuellement que polémiquer sans en faire une possibilité réelle.

Les discussions s’annoncent donc difficiles, même si nous venons de relancer LO pour les poursuivre rapidement au mois de septembre.

Antoine Larrache et Joséphine Simplon  Lundi 10 septembre 2018

https://npa2009.org/

Lire la suite

12 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

corbyn (npa + orient 21 + afrique-asie)

swp

Grande-Bretagne : des nouvelles de la guerre anti-Corbyn

Au cours des derniers mois, l’intense guerre menée contre la direction de gauche du Parti travailliste depuis trois ans s’est portée sur le front de l’antisémitisme, que Corbyn est désormais censé avoir déchaîné dans la société britannique tout entière.

Les trois journaux juifs britanniques (The Jewish Chronicle, Jewish News et le Jewish Telegraph) ont notamment publié un éditorial commun annonçant qu’un gouvernement conduit par Corbyn représenterait rien moins qu’« une menace existentielle pour les juifs de Grande-Bretagne », dès lors que les condamnations de la politique de l’État d’Israël devaient invaria-blement signifier une hostilité congénitale envers les juifs.

La folie de ce genre d’imputation n’est pas nouvelle

Elle prend le risque considérable de traiter avec un opportunisme et une légèreté coupables l’horreur des persécutions et de l’extermination nazies. Elle s’aggrave en outre de l’amalgame chronique qui voudrait rendre tous les juifs, où qu’ils se trouvent, comptables de facto d’une politique israélienne annexionniste sous protection trumpiste.

Pression et chantage

La récente séquence, lancée courant mars 2018, a conduit à la focalisation sur l’adoption, dans le règlement intérieur du Labour britannique, d’une définition de l’antisémitisme formulée dans un document de travail de l’IHRA: Alliance internationale pour la mémoire de l’holocauste.

La droite du parti travailliste en exigeait l’adoption dans son intégralité, et donc à l’inclusion des exemples de manifestation d’antisémitisme que constituerait la critique de la politique israélien-ne et du projet sioniste, pourtant si controversés à l’heure de la « loi sur l’État nation du peuple juif », des annexions et des massacres sur les populations gazaouies, entre autres.

Après des semaines de pression et de chantage d’une virulence exceptionnelle, appuyés sur des spéculations sémantiques toujours plus fébriles sur tel segment de phrase, tel tweet ou photographie (le corpus est décidément maigre), le comité exécutif national du parti, pourtant majoritairement pro-Corbyn, a finalement adopté la définition de l’IHRA dans son entièreté le 4 septembre.

Le fond de l’affaire est simple 

La possibilité, maintenant bien réelle, qu’une des premières puissances au monde voie arriver au pouvoir un défenseur historique de la campagne BDS, est un cauchemar pour le pouvoir israélien et ses divers soutiens et alliés. Contrairement à ce que rapporte une partie de la presse française depuis quelques jours, ce n’est pas une controverse sur l’antisémitisme qui se serait emparé du Labour : c’est, tout à fait à l’inverse, une petite fraction du labour parlemen-taire inconditionnellement pro-sioniste, est prise de panique depuis que les sondages (mi-juillet) donnent quatre à cinq points d’avance au Labour de Corbyn sur les conservateurs. L’angoisse profonde n’est plus de perdre les élections, mais bien de les gagner !

Norme réactionnaire et xénophobe

La campagne diffamatoire de proportion industrielle contre la gauche travailliste (avec la collaboration très active de la BBC et du Guardian) est elle-même le symptôme d’une norme réactionnaire et xénophobe en formation à échelle européenne, dont l’extrême droite pro-israélienne offre le terrain de convergence consensuelle aujourd’hui : la communion générale dans l’islamophobie et contre tout ce qui pourrait contrarier cette belle unité, à commencer par tous les juifs qui refusent l’injonction à soutenir la politique israélienne.

Pour une note plus positive, la virulence de l’assaut anti-Corbyn reste aussi un aveu d’impuis-sance face à l’audience de masse de la gauche en Grande-Bretagne. Nous pouvons (et devons) longuement débattre sur ce qu’incarne, en fin de compte, Corbyn.

Il demeure, cependant, qu’en ce qui concerne ses adversaires, les choses paraissent claires depuis le début : Corbyn est le nom d’une menace grave à noyer d’urgence dans un vacarme d’effrois et d’indignations fabriquées.

Thierry Labica

Créé le Mercredi 12 septembre 2018

Lire aussi:

Royaume-Uni. Jeremy Corbyn, un homme à abattre Le leader du Parti travailliste est-il antisémite ? (Orient 21)

Jeremy Corbyn, l’homme à abattre (Afrique Asie)

Lire la suite

11 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

tract (npa)

npa

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin