Archive | NPA

22 mars 2014 ~ 0 Commentaire

En France, trois ans après fukushima, ce qui a changé… ou pas !

masque-liquidateur-tchernobyl
Masque de liquidateur de Tchernobyl

Au lendemain de la catastrophe de Fukushima, le choc était tel qu’on pouvait penser que le débat sur le nucléaire allait se rouvrir sur de nouvelles bases.

Cette catastrophe montrait que l’accident nucléaire était possible, pas seulement dans le cahot bureaucratique de l’ex-URSS, et qu’une fois enclenché il pouvait échapper à toute maîtrise. Une seule conclusion aurait dû s’imposer, la sortie du nucléaire le plus vite possible… Trois ans après, dans les faits, l’industrie nucléaire agit de plus en plus selon les mêmes critères de choix, les mêmes calculs coût-avantage, les mêmes compromis avec la sécurité que les autres secteurs industriels. L’accident nucléaire n’est plus tabou, les décisions de sortie, poursuite ou augmentation obéissent à des critères financiers.

L’Allemagne, ou plutôt Siemens, estime la filière nucléaire pas assez rentable, elle est abandonnée. Aux USA, le choix se porte sur l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels au détriment du nucléaire. L’Angleterre prend le chemin inverse, EDF exploitera le site de Hinkley Point dont le chantier démarre avec des capitaux chinois. Quant à la Chine, pour répondre à son énorme demande en énergie, elle développe à marche forcée toutes les sources possibles : hydraulique avec des barrages géants, solaire, charbon et… nucléaire. Elle sera probablement la première à réussir à démarrer un EPR à l’été 2014, un deuxième doit suivre. Le Brésil prévoit la construction de sept réacteurs dans les vingt prochaines années. Un accord bilatéral vient d’être signé entre la France et l’Inde, avec Hollande en commis voyageur de l’atome.

Ils ne pourront plus dire qu’ils ne savaient pas Après Fukushima, l’industrie nucléaire a adopté une stratégie de communication consistant à en dire le moins possible et à «  laisser passer la vague  ». Seule l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) communique. Elle a retenu la leçon de Tcher- nobyl et tourne le dos à sa stratégie de dénégation d’alors, qui consistait à affirmer que le nuage radioactif s’était arrêté à la frontière. Elle choisit au contraire de donner les informations, y compris en épinglant le manque de transparence des Japonais !

Dans le système français, l’ASN est l’autorité qui arbitre et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) l’organisme d’expertise dans le domaine du risque nucléaire, qui mène la discussion sur le plan de la connaissance scientifique. Du côté de l’IRSN s’opère un changement de « doctrine » en considérant qu’il faut « imaginer l’inimaginable », c’est-à-dire des inondations, des séismes ou des accidents industriels a priori improbables, et regarder les conséquences que de tels événements pourraient avoir pour les centrales nucléaires françaises. Ses conclusions sont sans appel : les centrales, dans ces conditions, sont défaillantes.

Dans le même sens, parmi les leçons qui doivent être tirées de Fukushima, le directeur général de l’IRSN, Jacques Repussard, met en avant « les petits défauts apparemment anodins (qui) peuvent avoir des conséquences très graves. » Par exemple, les générateurs diesel, indispensables pour assurer l’alimentation électrique en cas de coupure d’accès au réseau, indispensables au refroi- dissement du réacteur pour éviter qu’il ne s’emballe, ne disposent pas d’assez de réserve de fioul pour fonctionner longtemps, ou encore les batteries de secours des réacteurs ne sont pas étanches, ce qui pose un problème en cas d’inondation. Et il insiste sur les risques de cumul d’écarts, plutôt que de les envisager indépendamment. « Ce ne sont pas des défauts majeurs mais en cas de situation grave, cela fragilise l’installation » car « cela réduit les marges disponibles ». C’est ce qu’on appelle l’« effet falaise » : il suffit de pas grand-chose pour qu’une situation bascule.

L’autre dogme qui devrait être remis en cause par Fukushima est le modèle probabiliste d’évaluation des risques en vigueur dans toutes les installations classées, qu’elles soient nucléaires ou non. Au lieu de recenser et prendre en compte tous les risques, le modèle combine la gravité et la probabilité d’occurrence. Les risques considérés comme les moins probables, même s’ils sont d’une gravité extrême, sont ainsi mécaniquement ignorés. La fréquence réelle des accidents graves, trois accidents – Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima – concernant cinq réacteurs, contredit totalement ces calculs rassurants.

Tout changer pour que rien ne change Deux mois et demi après la catastrophe, les Etats de l’Union Européenne se sont finalement mis d’accord sur un cahier des charges pour les «  stress tests  » des installations. En France, les tests sont pilotés par l’ASN, mais ce sont les exploitants – EDF, AREVA, CEA – qui répondent aux questions posées sans que l’ASN ne vienne nécessairement inspecter les 58 réacteurs.

La Cour des comptes évalue à 55 milliards d’euros d’ici 2025 le budget nécessaire pour moderniser le parc nucléaire français. La somme est énorme, mais c’est le choix que fait EDF, celui de se jeter à corps perdu dans le nucléaire, à fond et pour longtemps. Le choix de prolonger la durée de vie des réacteurs anciens est plus facile à faire accepter par les populations et moins cher que l’implantation de nouveaux. Avec environ un milliard d’euros par réacteur, on est loin du coût , difficile à prévoir (de 3 à 8 milliards !), d’un EPR.

L’objectif du programme «  60 ans  » est bien de faire durer les centrales. Dans les chan- tiers de plusieurs mois appelés «  grand carénage  », une partie seulement des travaux concerne la prise en compte du retour d’expérience de Fukushima, le reste représente des changements de matériel et la modernisation d’équipements devenus obsolètes.

L’ASN juge insuffisant le plan d’action post-Fukushima présenté par EDF. Dans ses «  prescriptions complémentaires  » rendues fin janvier 2014, elle réclame le renforcement des centra- les face aux événements extrêmes, séismes, tempêtes ou inondations, des mesures plus contrai- gnantes face à une perte d’alimentation en eau de refroidissement ou en électricité. Normalement les prescriptions de l’ASN ont une valeur juridiquement contraignante et doivent s’imposer à EDF… A suivre.

On a appris le 6 février dernier, grâce à un document interne à EDF que s’est procuré Mediapart, que près de la moitié des réacteurs nucléaires (25 sur 58) sont menacés par un phéno- mène d’usure des gaines de combustibles. L’ASN envisage des mesures de restriction d’exploitation pour prévenir les risques de rupture de ces enveloppes métalliques qui assurent la première barrière de sûreté du système. Selon le directeur du contrôle des centrales nucléaires à l’ASN, « le cœur de la discussion actuellement, c’est de déterminer quelle épaisseur de corrosion est tolérable  ». Mais pour EDF, tout abaissement de la valeur limite entraînerait une réduction des durées d’utilisation des combustibles et donc un coût supplémentaire. Ce nouvel épisode et les marchandages qui l’accom- pagnent illustrent combien pour EDF le nucléaire est une industrie, donc une source de profit comme les autres, dans laquelle ce sont les impératifs financiers qui priment.

Donner un prix à l’impensable En mars 2013, suite à la révélation par le Journal du Dimanche d’une étude réalisée en 2007 et restée jusque là confidentielle, selon laquelle le scénario noir de l’accident majeur pourrait atteindre 5 800 milliards d’euros, l’IRSN a décidé de publier la dite étude. L’institut explique que les travaux récents ne valident pas le chiffre de 5 800 milliards, qui serait une «  estimation extrême  » issue d’une «  modélisation rudimentaire  ». Il ramène l’évaluation pour le scénario majorant à 760 milliards et à 430 pour un accident majeur représentatif…

Au delà du débat, très discutable, sur les chiffres eux mêmes, le plus éclairant est la raison pour laquelle ce rapport, intitulé «  Examen de la méthode d’analyse coût-bénéfice pour la sûreté  », a été fait. On peut y lire : «  La méthode présentée visait à évaluer l’opportunité relative de (…) modifications en tenant compte, d’une part de leur coût, d’autre part de leur bénéfice pour la sûreté et la radioprotection. Cette méthode coût-bénéfice, si elle était retenue, était destinée à fournir un cadre méthodologique permettant d’éclairer la justification, lors des visites décennales de ses réacteurs, des modifications proposées sur le plan de la sûreté et de la radioprotection  ».

Comment mieux avouer, même aseptisé par le langage technocratique, que les seuls arguments audibles par l’industrie nucléaire sont ceux qui s’expriment en milliards d’euros  ? Pas un mot sur le nombre de morts potentiels… Et quels chiffres peuvent dire le traumatisme de l’évacuation, la douleur des malades, la peur de mettre au monde un enfant déjà malade ou difforme  ? Qui pourra chiffrer les pathologies dont souffriront les «  liquidateurs  », tous ceux qui se sacrifieront pour contenir l’accident  ?

Christine Poupin* Revue l’Anticapitaliste n°52, mars 2014. http://npa2009.org/

Lire la suite

20 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Conférence de presse du Npa 29

conf

14

En présence de militantES des comités NPA de Brest, Carhaix, Quimperlé et Quimper

Dans la poursuite des politiques de Sarkozy, le PS attaque encore plus fort les acquis d’un  siècle de luttes sociales notamment en s’en prenant au symbole que constitue la sécurité sociale en France.

Les cadeaux au grand patronat et au Medef deviennent monnaie courante : l’ANI, le CICE (crédit d’impôt),  le Pacte de responsabilité (exonération fiscale, exonération cotisations sociales..) et tout cela sans revenir sur les mesures antisociales du gouvernement précédent.

On oublie la sortie du nucléaire, on oublie le droit de vote de étrangers, on prépare l’exploitation du gaz de schiste…

Le gouvernement ne tire aucun enseignement du pic de pollution aux particules fines que nous connaissons et ne remet pas en cause la priorité donnée au diesel.

Pour limiter l’usage de la voiture le NPA propose des transports en commun gratuits de qualité, fréquents et étendus sur tout le territoire. C’est un vrai choix de société.

Le NPA s’inscrit dans toutes les luttes qui remettent en cause la société capitaliste comme NDDL, la défense de la sécu, les luttes contre les licenciements et l’austérité.

Dans le prolongement des manifs intersyndicales du 18 mars, nous appelons au W E de colère de gauche des 12/13 avril pour reprendre la rue à la droite et l’extrême-droite et exprimer une véritable opposition à ce gouvernement d’austérité…

Conformément à nos traditions, le NPA est présent dans les luttes comme dans les urnes et nous nous félicitons de l’unité réalisée avec le FDG ou avec certaines de ses composantes en toute indépendance du PS et de ses alliés au 1er tour comme au deuxième dans le cadre de larges listes citoyennes.

Dans le Finistère le NPA participe aux listes:

Brest (Colère de Brest) ;

Quimper (Osons la démocratie)

Carhaix (La vraie Gauche)

et nous saluons les dynamiques positives qui se sont enclenchées lors de cette campagne des élections Municipales.

Nous regrettons d’autant plus, malgré nos efforts, que l’unité n’ait pu se réaliser à Quimperlé faute d’un accord sur une vraie indépendance à l’égard du PS.

An delà de ces élections nous travaillerons à maintenir et amplifier cette unité pour contribuer à construire l’espoir au travers d’une véritable opposition de gauche à ce gouvernement libéral dont la politique renforce la droite la plus réactionnaire et l’extrême droite. Quimper, le 19 mars 20

Bretagne : sur les terres des Bonnets rouges (L’Anticapitaliste)

Cet automne, le NPA s’est fortement mobilisé au côté des ouvrierEs en lutte contre les licenciements. Nous poursuivons ce combat et sommes présents lors de ces élections municipales.

Colère de Brest
Cette liste à laquelle participe le NPA est également soutenue par le PG dont un militant est tête de liste et par Ensemble, tandis que le PCF et BNC (ex-PG) partent dès le 1er tour avec le maire PS, afin de sauvegarder leurs quelques élus et postes d’adjoint… Dans cette ville, la plus peuplée du département où se présente aussi LO, la droite part divisée et le FN a eu du mal à boucler sa liste.

À Quimper, osons la démocratie !
Dans cette préfecture, le maire, Bernard Poignant, est le conseiller à la société civile, celui qui parle à l’oreille du Président… En 2008, notre camarade Janine Carrasco animait une liste soutenue par la LCR et les Alternatifs (6,60 %). Aujourd’hui, en seconde position, elle mène une campagne avec de nombreux autres camarades du NPA sur une liste qui regroupe des non-encartés, des militants du PCF en désaccord total avec leur direction fédérale, des membres du PG dont Patryk Szczepankiewicz, tête de liste, et des camarades d’Ensemble ! (Alternatifs et Fase).

À Carhaix, la vraie gauche
Dans cette commune dont le maire n’est autre que Christian Troadec, notre camarade du NPA Matthieu Guillemot conduit une liste composée de très jeunes colistierEs rejoint par une camarade des Alternatifs et un petit groupe du FdG dont Jean-Pierre Jeudy (ex-PCF) qui fut maire de Carhaix, une figure politique très connue dans la capitale du Poher. Le dernier débat télévisé a opposé Christian Troadec à Matthieu… le PS ayant décliné l’invitation. Comme dans le reste de la Bretagne, cette liste est dans la continuité de notre participation à un pôle ouvrier au sein des Bonnets rouges.

Lire la suite

19 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Dimanche, votons anticapitaliste !

NPA

o-WHY-MEN-SHOULDNT-VOTE-570

À quoi peuvent bien servir les élections municipales face au trois gros problèmes auxquels nous sommes confrontés :

-Un gouvernement PS-EÉLV entièrement au service d’un patronat qui demande et obtient toujours plus de cadeaux ;

- Des réacs à l’offensive et un FN en embuscade

-Des résistances réellement existantes mais encore trop faibles et trop dispersées ?

Disons le tout net, s’il n’y avait pas les listes anticapitalistes, des listes d’opposition de gauche, ces élections ne serviraient pas à grand chose tant les principaux prétendants – et les plus rares prétendantEs – se ressemblent… Leurs programmes sont semblables, et pour cause, ils se moulent tous dans l’austérité imposée par le gouvernement.

Les élus sortants PS oublient qu’ils ont condamné les coupes budgétaires… quand elles venaient de la droite. Ils se livrent tous ou presque à la même surenchère sécuritaire. Le Front national compte sur cette situation pour rafler un maximum d’élus municipaux, misant sur son image anti-système « UMPS », usurpée mais efficace.

Il est impératif que les listes soutenues ou présentées par le NPA, dans leur diversité, fassent les meilleurs résultats possibles, et permettent d’obtenir le plus d’éluEs.

Assumer l’indépendance pour s’opposer S’il ne fallait qu’une seule raison pour voter et faire voter pour nos listes, ce serait bien évidemment la nécessité absolue de s’opposer à la politique du PS, et de ceux qui s’allient avec lui, que ce soit au gouvernement ou dans les municipalités. S’opposer impose de ne pas mettre le petit doigt dans la gestion, dans la participation aux majorités avec le Parti socialiste.

Cette question incontournable divise le Front de gauche et explique les configurations différentes des listes soutenues par le NPA. Indépendantes du PS au premier et au second tour, nos listes ont cherché à rassembler toutes celles et tous ceux qui font clairement ce choix : forces issues du Front de gauche, associations de quartiers, militantEs et militants syndicaux, associatifs…

Démocratie réelle et soutien aux mobilisations Il faut aussi voter pour nos listes pour ne pas laisser l’extrême droite surfer sur le rejet du gouvernement pour distiller sa haine. En menant la campagne, dans les quartiers, sur les marchés, sur nos lieux de travail, nous entendons toutes et tous ces phases : « on a tout essayé », « c’est tous les mêmes », « moi je vais voter Marine », « ils ne seront pas pires »…

Nos listes permettent de dire clairement que oui, ils seront pires, et que non, on n’a pas « tout essayé »… En tout cas, on n’a pas essayé à grande échelle des éluEs non professionnels, des éluEs militantEs, qui font vivre une démocratie réelle, qui encouragent, participent, soutiennent et relaient les mobilisations de la population sans lesquelles rien n’est possible.

Tout un programme Enfin, il faut soutenir nos listes pour le programme qu’elles défendent. Les situations locales sont évidemment différentes, mais il y a de nombreux points communs : la démocratie et l’égalité des droits, le refus de l’austérité et le partage des richesses, la défense et l’extension des services publics, le droit au logement…

Une exigence est portée par toutes nos listes, celle de la gratuité des transports collectifs. Alors qu’en ce mois de mars, les habitantEs des grandes agglomérations suffoquent à cause de la pollution aux particules fines, cette revendication apparaît dans toute sa pertinence… et son urgence ! Elle est le symbole d’un choix de société à faire, social et écologique : préserver la santé ; maintien ou retour au service public ; abandon des grands projets inutiles pour développer et améliorer les dessertes des quartiers périphériques comme des zones rurales ;  un aménagement du territoire qui ne soit plus soumis au tout voiture…

Et ce n’est pas fini ! Enfin nos listes doivent obtenir de bons résultats pour encourager la poursuite des regroupements engagés pour les municipales. En effet, parce qu’il faut beaucoup de noms pour faire une liste, parce qu’il faut distribuer beaucoup de tracts, coller beaucoup d’affiches, avoir beaucoup de discussions pour faire entendre nos propositions peu présentes dans les médias, ces élections ont été l’occasion de rassembler.

Rassembler des forces et des militantEs, agir ensemble, être présents dans les quartiers et sur les marchés, (re)construire sur le terrain des équipes qui seront utiles pour la suite, et en particulier dès le lendemain du scrutin pour préparer la manifestation du 12 avril.

Olivier Besancenot, Christine Poupin et Philippe Poutou

Lire la suite

19 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Après le 18 mars, le 12 avril!

NPA

Super-Hollande d

NON AU PACTE DE RESPONSABILITE

Hollande, Ayrault et tous les ministres le répètent depuis des semaines : le Pacte de responsabilité est au cœur de leur politique, au cœur d’un quinquennat durant lequel un gouvernement qui se dit de gauche applique sans honte les mesures voulues, dictées par le patronat.

Tout pour le patronat

Le Pacte de responsabilité se résume à deux mesures : 30 milliards de nouveaux cadeaux aux entreprises et 50 milliards de réduction des dépenses publiques.

Les 30 milliards de nouvelles réductions des cotisations sociales constituent une offensive sans précédent contre la protection sociale avec la suppression envisagée de la plus grande part du financement de la Sécurité sociale. Le MEDEF, lui, tient ses engagements : aucune contrepartie en matière d’emploi ni en nombre ni en garantie d’embauches en CDI.

50 milliards d’économies sur les dépenses publiques, c’est des suppressions de postes dans tous les services de la fonction publique, la réduction des moyens pour les écoles, les hôpitaux, les collectivités locales, les associations, autant de mesures qui pénalisent les plus défavorisées.

Communauté ou lutte de classes ?

Dommage que, dans ces moments-là, le secrétaire général de la CGT ait cru bon de déclarer : « l’entreprise est une communauté composée de dirigeants et de salariés… et ces deux populations doivent pouvoir réfléchir et agir ensemble dans l’intérêt de leur communauté ».

Une posture qui rejoint celle d’un Montebourg ou de la direction de la CFDT. Le dialogue social n’a rien obtenu et n’a d’autre conséquence que la confusion, l’attentisme. Les signataires, CFDT, CFE-CGC et CFTC n’ont même pas obtenu des miettes malgré leur obstination à négocier.

C’est dans la rue que ça se passera

La mobilisation du 18 mars, à l’appel de la CGT, de la FSU de FO et de Solidaires nous a permis d’exprimer largement le refus de la politique Hollande-Ayrault. Mais nous savons que depuis des mois le gouvernement est plus sensible aux démonstrations de la droite et des patrons qu’à celles des salariéEs, jeunes, femmes ou chômeurs. Il nous faut donc poursuivre, étendre, radicaliser la mobilisation. Par entreprise, par branche, par région, il faut construire le rapport de forces, multiplier débrayages, grèves pour s’opposer à toutes les conséquences de la politique gouvernementale.

Construire l’unité dans la lutte. Préparer le blocage de l’économie. Le 18 mars ne doit donc pas rester sans lendemain. C’est le sens de l’appel à la journée de colère de gauche qu’a proposé le NPA pour le 12 avril. L’unité peut être large, au-delà des signatures de personnalités, d’organisations syndicales, politiques, associations. Dans les entreprises, dans les quartiers, dans les villes, il faut dès maintenant commencer à construire partout un front de refus du Pacte de responsabilité, de la régression et de la répression sociales, de toute la politique, gouvernementale.

Lire la suite

18 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Riposte: le 12 avril en marche

S’il fallait un indice supplémentaire du besoin d’une riposte de la gauche sociale et politique face aux attaques portées par le Medef et par le gouvernement et par la mobilisation des forces réactionnaires et fascisantes qui ont occupé la rue, la première réunion unitaire pour discuter de la proposition d’une marche le 12 avril en a apporté la démonstration.

Pas moins de 42 organisations politiques, syndicales et associatives se sont retrouvées pour donner leur sentiment sur cette initiative. Si toutes n’étaient pas mandatées pour s’engager immédiatement ou s’interrogeaient sur les conditions de convocation à cette réunion par les partis du Front de gauche, la plupart des organisations présentes partageaient le constat que la situation appelle une mobilisation de grande ampleur.

C’est donc sur la base de ce constat que fut décidé de mettre en place un collectif d’animation chargé de travailler sur un projet d’appel et sur l’organisation technique d’une manifestation nationale le samedi 12 avril. Mais pour qu’une telle initiative soit une réussite, il faut dès maintenant créer les conditions d’une véritable mobilisation de masse.

Les bases en sont claires : en opposition à la politique du gouvernement qui met en application les revendications du Medef, contre la droite et contre l’extrême droite qui tente de récupérer à son profit le mécontentement populaire pour le dévoyer au service d’un projet raciste, homophobe et inégalitaire qui constitue un grave danger pour les classes populaires.

Construire des collectifs militants Cela suppose qu’un maximum d’organisations du mou- vement social s’impliquent et donc se trouvent représentées à égalité dans l’organisation et la dé- finition de son contenu politique et revendicatif ; que ce mouvement fédère les luttes contre les licenciements et l’inégalité sociale, contre la casse de la protection sociale par le Pacte de respon- sabilité, pour le logement, contre tous les racismes et pour la régularisation des sans-papiers, contre toutes les discriminations, pour les droits des femmes, contre le productivisme. Qu’il soit porteur, à sa manière, d’une perspective de transformation sociale.

Cela suppose aussi que dans les localités et dans les entreprises, les équipes militantes qui luttent contre les effets quotidiens des politiques patronales et gouvernementales, les militantEs politiques, syndicaux et associatifs se rencontrent pour préparer ensemble la marche et construire non seulement les bases d’une participation massive le 12 avril à Paris mais aussi celles d’une action contre l’austérité et les discriminations qui ne soient pas sans lendemain.

Malgré les élections municipales qui occupent de nombreuses énergies, de premiers contacts locaux ont lieu. Ce mouvement va s’amplifier dans les prochaines semaines. Les militantEs du NPA vont y contribuer de toutes leurs forces.

Côme Pierron Hebdo L’Anticapitaliste – 233 (13/03/2014)

Lire la suite

18 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Saint-Brieuc: à gauche vraiment

sb

Le NPA est engagé dans la campagne des municipales au sein d’une liste citoyenne soutenue par la Fase, les Alternatifs, le NPA et le PG.

À Gauche Vraiment ! (AGV 2014) regroupe des citoyenEs, de 19 à 74 ans, membres ou non d’associations, syndicats, mouvements et organisations politiques de la gauche alternative, anticapitaliste, écologique, féministe… Notre opposition à la politique du gouvernement a un grand impact dans une ville où le PCF, EÉLV et l’UDB se sont alignés, pas une tête ne dépasse, derrière la très conformiste tête de liste du PS. Et nos propositions, locales, concrètes, travaillées, font mouche !

Égalité, alternatives et démocratie Les transports gratuits font en particulier leur chemin. C’était déjà la mesure phare de la campagne en 2008 de la liste À gauche toute ! (à l’initiative de la LCR et qui avait obtenu 8,5 %).

C’est aussi l’égalité entre les quartiers : que tous soient dotés d’équipements de qualité, de services publics, notamment une médiathèque dans chaque secteur de la ville. C’est encore un vrai plan cohérent de développement du vélo en ville. Mais c’est aussi la proposition d’alternatives : le choix d’un habitat populaire géré par ses habitantEs, du développement de circuits courts, de produits agricoles locaux en bio. C’est enfin le choix de la démocratie effective, par la mise en place d’assemblées citoyennes et d’un budget participatif.

Notre campagne est très dynamique : nous sommes pour l’instant souvent les seuls sur les marchés, et nous y sommes très nombreux ! Cela se voit et donne confiance. Nous avons des interventions sur plusieurs thèmes de campagne (les transports, l’aménagement piéton de la place centrale du marché…) et conclurons par une soirée AGV 2014 le mercredi 19 mars où nous aurons le grand plaisir d’accueillir Francis Sitel et notre camarade Philippe Poutou !

Vincent Gibelin Hebdo L’Anticapitaliste – 233 (13/03/2014)

Lire la suite

16 mars 2014 ~ 0 Commentaire

mardi18 mars, mobilisation contre le pacte d’austérité

NPA

cfdt e

Virage, accélération, tournant ?

Le débat sur la politique de Hollande et du gouvernement Ayrault est clos : il s’agit d’une sortie de la route de gauche, une embardée sans retour dans les ornières fréquentées par la droite, les libéraux et le Medef.

La trajectoire était bien annoncée depuis le début du quinquennat avec le Pacte de compétitivité de Gallois : « Les circonstances de la Deuxième Guerre mondiale et de la Libération, avaient permis d’élaborer  en 1946 un pacte qui a permis les « Trente glorieuses ». Chacun sent aujourd’hui que ce pacte négocié il y a 60 ans est à bout de souffle, qu’il ne fonctionne plus et qu’il « fossilise » le dialogue social.

Il faut en bâtir un nouveau. Trois concertations ou négociations majeures sont menées simultanément. La concertation sur le financement de la protection sociale, la négociation sur les Institutions représentatives des personnels (IRP), celle, enfin, sur la sécurisation de l’emploi. Ces trois processus constituent un ensemble d’où peut justement émerger ce nouveau pacte. »

II s’agissait d’un cynique plagiat du credo affiché par le n°2 du Medef en 2004, Denis Kessler : « La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. (…) Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »

La seule nouveauté réside dans le fait que la mise en œuvre de ces attaques est l’œuvre d’un gouvernement de « gauche ».

Un OVNI juridique inacceptable La principale disposition du Pacte de responsabilité annoncé en janvier était la suppression complète des cotisations des entreprises à la branche famille de la Sécurité sociale, soit 30 milliards d’euros, avec l’ouverture d’une négociation sur « des contreparties claires, précises, mesurables, vérifiables (…) des emplois prioritairement pour les jeunes et les seniors ».

La nouvelle journée de négociation du mercredi 5 mars fut une sinistre farce. Les directions des confédérations CFDT, CFTC, CGC ont signé avec le Medef un « relevé de conclusions » qui prévoit « d’ouvrir des discussions en vue d’aboutir à un relevé de conclusions signé, ou des négociations en vue d’aboutir à un accord, précisant des objectifs quantitatifs et qualitatifs en termes d’emploi »…

Gattaz avait bien prévenu, il n’y a pas de contreparties ! Les modalités seront présentées fin mars et le débat au Parlement aura lieu fin juin. Le Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), pre- mier cadeau de 20 milliards d’euros aux entreprises, serait maintenu. La baisse de 50 milliards en trois ans de la dépense publique est aussi maintenue. Les exonérations de la part patronale des cotisations sociales, pour un montant de 10 milliards d’euros, s’ajouteraient au CICE et concer- neraient la quasi-totalité des cotisations de Sécurité sociale : étendues dès 2015 aux salaires entre 1,75 Smic (2 530 euros) et 2,1 Smic (3 030 euros), les employeurs n’auraient plus à verser la part patronale pour l’énorme majorité des salariéEs, jusqu’à 90 % d’entre eux, entraînant à terme un assèchement total des cotisations sociales.

Se mobiliser pour gagner Si l’ampleur des attaques fixe le niveau de la riposte à construire, il faut aussi tirer les leçons des mobilisations sur les retraites, où les journées d’action successives et éclatées dans le temps n’ont pas été efficaces, et la bataille perdue. Le fait que les attaques soient portées par un gouvernement dit de gauche, avec le soutien d’une partie des directions syndicales, constitue une difficulté supplémentaire.

Cette mobilisation devra s’appuyer sur l’ensemble du mouvement social, syndical, associatif, politique, sur celles et ceux qui refusent toute la logique du Pacte de responsabilité et sont décidéEs à s’engager dans cet affrontement avec le patronat et un gouvernement. Seul le blocage de l’activité économique pourra faire reculer le pouvoir et les possédants, et nous devons nous fixer comme objectif la grève générale.

À l’appel de CGT, FO, FSU et Solidaires, la mobilisation du 18 mars constitue une première étape importante, même si l’appel maintient des ambiguïtés en n’appelant pas clairement au retrait du Pacte et au refus de toute négociation.

La construction de la journée de « révolte du gauche » du 12 avril doit s’ancrer dans cette journée, et être la prochaine étape d’une confrontation avec ce gouvernement qui n’obéit qu’à la droite et au Medef tout en renforçant l’extrême droite. Il faut tout mettre en œuvre pour que, le 18 mars, les débrayages, les grèves, soient nombreux, les cortèges massifs et combatifs, pour que cette journée soit le point de départ d’un élargissement de la mobilisation.

Hebdo L’Anticapitaliste – 233 (13/03/2014) Robert Pelletier

Lire la suite

15 mars 2014 ~ 0 Commentaire

F-haine: le vernis démocratique craque!

heine ken d

Alors qu’il vient de subir un échec dans sa tentative de constituer des listes dans les villes de banlieue populaire, notamment en Seine-Saint-Denis où il ne sera présent que dans deux circonscriptions, le Front national s’illustre une nouvelle fois par des attitudes et propos immondes proférés par ses candidatEs.

Figurant sur la liste du Front national à Nevers, Séverine Amelot n’hésite pas à poser devant un drapeau nazi, affublée d’un T-shirt portant le blason de la Wafen SS, puis devant une photo de canon légendée « il faut bien ça pour brûler toute cette racaille, un tir groupé et c’est bon ». Tout un programme… Elle n’est pour autant pas virée de la liste des candidats.

Mieux, Marine Le Pen trouve cela « anecdotique ». On « anecdotise » beaucoup chez les Le Pen, c’est de famille… On se souvient qu’en septembre 1987, le père de Marine fît scandale en osant affirmer que « les chambres à gaz étaient un détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale ». Et un an plus tard, il récidivait par un jeu de mots ignoble « Durafour crématoire » lors de l’université d’été de son parti. Soutenu également envers et contre tous par le Front national, Jean-Christophe Gruau, tête de liste à Laval, se défoule lui aussi sur son blog : « l’immigration est un cancer », « l’africanisation de Laval est en marche »…

Postulant dans le 6e arrondissement de Paris, Paul-Marie Coûteaux, récemment converti au lepénisme, n’est pas un novice en politique. Actuel administrateur du Rassemblement bleu Marine, cet ancien député européen fut également conseiller de plusieurs ministres, et ne saurait invoquer l’inexpérience ou la maladresse pour justifier les propos honteux qu’il a tenus sur son blog le 19 février dernier. Parlant de « lèpre » et d’« invasion », il suggérait au ministre de l’Intérieur de « concentrer les Roms dans des camps, où la vie serait sans doute si peu conforme à ce qu’elles es- comptaient du voyage qu’elles préféreraient déguerpir d’un territoire aussi inhospitalier ». Comme à Laval ou à Nevers, le Front national cautionne une nouvelle fois ces propos. Wallerand de Saint-Just, candidat frontiste à la mairie de Paris, « ne condamne pas, même s’il ne se serait pas exprimé ainsi ».

Les mots ont un sens ! Tous ces cas ne sont pas des « dérapages » ou des propos malencon- treusement tenus par quelques brebis égarées… C’est tout le troupeau qui est contaminé, bien que la bergère s’en défende. Toute l’histoire du Front national est parsemée de ces petites phrases qui font scandale, qui amènent ou pas à des condamnations devant les tribunaux, et n’ont qu’un seul but : entraîner l’ensemble de la société à progressivement accepter les valeurs rétrogrades de l’extrême droite et du fascisme.

En stigmatisant les Roms, les sans papiers ou les homosexuels, les militantEs du F Haine ne font que reprendre, souvent en des termes aussi violents, les discours des nazis dans les années trente. Nous ne les laisserons pas plonger le monde dans une nouvelle tragédie. Le 22 mars, journée internationale contre le racisme et le fascisme, sera une occasion pour les anticapitalistes de l’affirmer dans la rue !

Alain Pojolat Hebdo L’Anticapitaliste – 233 (13/03/2014)

Lire la suite

15 mars 2014 ~ 0 Commentaire

La centrafrique ou la françafrique au passé et au présent

Francafrique.1L_armee_francaise_50_annees_de_presence_en_Afrique_mini

Francafrique.1Francafrique.1

Les arguments «  démocratiques  » et «  humanitaires  » ne tiennent pas.

La grave crise que traverse la Républicaine centrafricaine n’est qu’une nouvelle conséquence de la domination coloniale puis néocoloniale. Tandis qu’à travers l’opération Sangaris, la puissance tutélaire ne fait que poursuivre une politique qu’elle mène depuis des lustres…

«  Tout redémarre à Bangui  », annonçait l’ambassadeur de France en République centrafricaine, interviewé le 5 février 2014 par le journal Aujourd’hui en France. Arrivé en RCA en décembre dans les paquetages des 1600 soldats de l’opération Sangaris, Charles Malinas maîtrise parfaitement le langage des diplomates au service des intérêts des classes dominantes de leur pays. A la remarque du journaliste, «  tous les jours, il y a encore des dizaines de morts…   », il répond sans transition : «  à Bangui l’activité repart. Les projets de développement économique vont être lancés dans les semaines qui viennent.  ». Comme on ne peut pas croire que l’ambassadeur n’ait pas compris la remarque, on est obligé de constater que, plus de deux mois après l’intervention militaire française, l’argument «  humanitaire  » a disparu derrière d’autres arguments, bien plus «  sonnants et trébuchants  ».

Mais à l’évidence, entre les déclarations de l’ambassadeur et la réalité, il y a un certain décalage. L’ordre et la stabilité propices aux affaires sont loin d’être rétablis, à tel point que l’Elysée a annoncé vendredi 14 février l’envoi de 400 soldats français supplémentaires, qui seront ensuite rejoints par 900 soldats de nombreux pays européens. On est loin de l’opération «  coup de poing  » promise au départ !

Une partie de l’état-major lui-même a reconnu que la situation était en train d’échapper à l’armée française. Les affrontements armés entre les ex-Séléka (les milices de la coalition autour de Djotodia, qui avait pris le pouvoir par la force en mars 2013) et les anti-balaka (les milices villageoises et partisans de l’ancien dictateur Bozizé), les violences entre chrétiens et musulmans et les attaques des bandes armées de toute obédience contre les paysans redoublent un peu plus chaque jour. C’est l’intervention militaire française qui exacerbe la crise. Le bilan est déjà très lourd : au moins 2 000 morts et un million de déplacés (pour une population de 4,5 millions d’habitants). Plus de 100 000 réfugiés s’entassent ainsi dans un gigantesque camp autour de l’aéroport de Bangui, démunis de tout, sans eau potable, sans latrines, avec un seul hôpital de fortune tenu par une ONG.

Une nouvelle fois, rien de neuf sous le soleil africain : les troupes françaises viennent et reviennent, les dictateurs passent ou trépassent, les populations sont déplacées, massacrées ou violentées … pour que les affaires puissent reprendre au plus vite. En Centrafrique même, les intérêts directs actuels des groupes capitalistes français sont relativement limités. Mais c’est l’ensemble de la région que la France veut garder sous son contrôle, pour ses intérêts propres, notamment au Niger, au Tchad ou au Cameroun mais aussi parce que c’est le rôle que lui délèguent actuellement les autres grandes puissances impérialistes, notamment les Etats-Unis : maintenir l’ordre dans la région, pour que se maintiennent les profits tirés de l’exploitation des richesses de l’Afrique.

Un lourd passif colonial Ce n’est pas d’hier que les hommes et les femmes qui tentent de survivre tant bien que mal au cœur de l’Afrique subissent au quotidien les effets d’une domination néo- coloniale, dont les avatars successifs ont pour constante de ne servir que les intérêts convergents d’une puissance, la France en l’occurrence, et d’une multitude de particuliers, du petit colon aux grandes familles et aux actionnaires. Les masques et les prétextes changent ; la machine et ses rouages, à quelques ajustements près, demeurent.

L’histoire de la très vaste zone qui nous intéresse (le territoire de l’actuelle République centrafricaine est plus étendu que la France et la Belgique réunies) ne débute pour autant pas avec la colonisation. Au demeurant, la période qui précède est loin d’être un âge d’or. Les populations y sont exposées aux effets dévastateurs de la traite à grande échelle, à laquelle se livrent tant les Européens que les Etats musulmans voisins du nord et de l’est, ainsi qu’aux razzias des potentats locaux qui échangent leur butin en esclaves contre des armes. Economie certes rudimentaire mais qui, pour ceux qui y trouvaient leur compte, ne devait pas apparaître moins rationnelle et naturelle que le capitalisme pour ses actuels thuriféraires.

Toutefois, la paix régnait parfois et, selon les témoignages des premiers visiteurs, l’agriculture pouvait être florissante autour des bourgs relativement importants de la zone forestière ou des villages dispersés dans la savane.

Vient le temps des empires coloniaux. La jeune République française trouve là une occasion de renforcer le socle encore fragile sur lequel elle est établie en satisfaisant les intérêts d’une caste qu’elle doit se concilier. Mais elle soigne déjà la façade. C’est ainsi que, dans un Discours à la jeunesse, en 1884, Jules Ferry, le Père fondateur de la République coloniale, assène : « Si nous avons le droit d’aller chez ces barbares, c’est parce que nous avons le devoir de les civiliser (…) Il faut non pas les traiter en égaux, mais se placer au point de vue d’une race supérieure qui conquiert ».

L’année suivante, devant la Chambre, quelques mois après la signature d’une convention franco-belge délimitant les zones d’influence des deux pays en Afrique équatoriale, il explique : «  qui peut dire qu’à un moment donné les populations noires, parfois corrompues, perverties par des aventuriers, par d’autres voyageurs, par d’autres explorateurs moins scrupuleux, moins paternels, moins épris des moyens de persuasion que notre illustre Brazza, qui peut dire qu’à un moment donné les populations n’attaqueront pas nos établissements  ? Que ferez-vous alors  ? Vous ferez ce que font tous les peuples civilisés et vous n’en serez pas moins civilisés pour cela ; vous résisterez par la force et vous serez contraints d’imposer, pour votre sécurité, votre protectorat à ces peuplades rebelles  ».

Conquis en 1903 par la France sous le nom d’Oubangui-Chari, l’actuel territoire de la Centrafrique est intégré en1910 dans un ensemble plus vaste nommé l’Afrique équatoriale française, avec le Gabon, le Congo français et le Tchad. Une partie de l’Oubangui est disputée avec l’Allemagne installée au Cameroun. C’est donc depuis plus d’un siècle que les destins de ces pays sont liés. La meute des puissances à vocation coloniale ne cesse de s’agiter et de grogner autour du plat.

Mais la politique coloniale ne se réduit pas aux conflits entre puissances. Il s’agit aussi de s’imposer sur place et très tôt, cela ne se passe pas sans résistances. Dès le début du 20e siècle, face aux exactions du pouvoir colonial qui n’hésite pas à brûler des villages et à commettre des massacres d’indigènes pour obtenir par la terreur des porteurs ou le paiement de l’impôt, on note des révoltes sporadiques. Mais à partir de 1928, par refus, notamment, du travail forcé (on estime à près de 25 000 morts la saignée provoquée par la construction du chemin de fer Congo-Océan !) et à l’appel du «  féticheur  » Karnou, les ethnies parviennent à s’unir et l’insurrection est alors générale : Karnou est tué dès 1928, mais ce n’est qu’un début. La guerre dite de Kongo-wara dure jusqu’en 1932. La répression fut évidement terrible et, en 1933, les derniers rebelles furent enfumés dans les grottes où ils s’étaient réfugiés.

Fausse indépendance et vrais dictateurs À l’heure des indépendances, c’est un prêtre défroqué, Barthélémy Boganda, non dépourvu de charisme (il est souvent vu comme la réin- carnation de Karnou) qui sera considéré comme le «  Père de la Nation  », selon la formule consacrée. Anticommuniste mais proche à bien des égards du panafricanisme, fondateur en 1949 du Mou- vement d’évolution sociale de l’Afrique noire (MESAN), il prône la création des États unis de l’Afrique latine mais il ne parvient pas éviter le morcellement. En 1959, en pleine campagne électorale pour la présidence du nouvel État, il meurt dans un accident d’avion dont les causes suscitent pour le moins des interrogations.

Dès lors, cela fait plus d’un demi-siècle que la République centrafricaine présente un visage caricatural de la Françafrique. Toujours dramatique, comme ailleurs, pour les populations ; souvent tragique, avec par exemple le massacre d’une centaine d’enfants qui avaient été arrêtés pour avoir protesté contre le coût des uniformes scolaires imposés par Bokassa, qui a pris le pouvoir en 1960 avec le soutien de la France. Parfois farcesque, comme lors de l’intermède impérial et du sacre fastueux du même Bokassa en 1977, auquel assiste le ministre français de la coopération de l’époque – mais avec toujours en toile de fond la claire volonté de l’ex-puissance coloniale de ne pas lâcher le bout de gras. La France y fait et y défait les présidents, parfois ouver-tement : ainsi pour le renvoi de Bokassa devenu vraiment gênant, c’est le SDECE (l’ancêtre de la DGSE) qui conduit l’opération.

Pendant la dictature de Kolingba de 1981 à 1993, c’est un Français, chef de la sécurité présidentielle qui est réputé tenir les rênes. De même, en 2003, c’est la France qui décide du moment où elle renonce à tirer d’affaire, comme elle l’a fait des années durant, Patassé, prototype des chefs d’État corrompus. C’est elle aussi qui lâche Bozizé en mars 2013 quand ce dernier lui apparaît trop complaisant à l’égard des intérêts chinois. Et lorsque Djotodia, à qui elle a laissé prendre la main, se révélera incapable de maintenir ne serait-ce qu’un semblant d’ordre, tout sera en place pour l’épisode actuellement en cours.

Au revoir Djotodia, bonjour Samba-Panza C’est en concertation avec Idriss Déby, le dictateur du Tchad, principal allié de la France dans la région et principal soutien de l’autre intervention militaire française en cours actuellement au Mali, que le gouvernement français a précipité la chute de Djotodia début janvier 2014. Déby lâche Djotodia, son homme de paille sur le sol centrafricain, car celui-ci se révèle finalement incapable de tenir les milices Séléka qui contrôlent les péages routiers en provenance des pays voisins, le pétrole au nord et les diamants au centre. Et Déby se refuse à prendre le risque d’une partition du pays, comme l’a connu en son temps le Mali.

De plus, les ressortissants tchadiens sont pris à parti en RCA par les anti-balaka et sont contraints de fuir par dizaines de milliers. Sassou N’Guesso et Ali Bongo, respectivement dictateurs du Congo Brazzaville et du Gabon, sont également de la partie pour sceller le sort de Djotodia qui part rapidement pour le Bénin. Le 20 janvier, c’est Catherine Samba-Panza, la maire de Bangui depuis mai 2013, qui est élue présidente de transition par le Parlement.

Nouvelle présidente mais vieilles recettes Le fait rare qu’une femme accède aux fonctions présidentielles ne doit pas occulter la manière dont elle a bénéficié de l’appui total de l’Etat français. Samba-Panza est une grande bourgeoise, dont le mari a été plusieurs fois ministre des anciens satrapes de la RCA, Kolingba et Bozizé. Dans les années 1990, elle fait partie des cercles dirigeants de la filiale en Centrafrique du deuxième groupe mondial des assurances, Allianz. Elle se lance ensuite dans les affaires et fonde sa propre société de courtage en assurances.

Le 15 novembre, elle avait participé à l’assemblée générale de l’Association des maires francophones (AIMF). «  François Hollande m’a saluée et confié ‘‘Tenez bon, nous arrivons !’’  », a-t-elle raconté. En décembre, elle a également effectué une tournée en France pour nouer «  des partenariats de développement  ». Bref, voilà une nouvelle fois «  la transition  » à la françafricaine assurée. Les propos de Charles Malinas, l’ambassadeur de France, dans la même interview déjà citée, le confirment : «  les diamants centrafricains, qui se trouvent dans le Nord-Est et dans le Sud-Ouest sont actuellement exploités de manière clandestine et exportés illégalement au profit des ex-Séléka (…) Il s’agit de remettre sur pied un système d’exploitation du diamant avec des sociétés agréées. Catherine Samba-Panza a nommé un spécialiste de la question au ministère des Mines. La filière minière qui concerne le diamant, mais aussi l’or, pourra alors retrouver une existence économique et légale normale  ».

Plusieurs centaines de milliers d’adultes et d’enfants se tuent quotidiennement à la tâche dans les zones diamantifères, en creusant les terrains alluviaux avec des pelles et des tamis, sous la surveillance de gardes armés. Que les miliciens soient de nouveau au service du gouver- nement ne changera rien au sort de ces esclaves des temps modernes.

L’intervention militaire française en Centrafrique va durer, comme dure déjà depuis plus d’un an celle au Mali. Il n’y aura jamais de fin au pillage forcené des richesses de l’ensemble du con- tinent africain tant que le système capitaliste sera en place. Les interventions militaires impérialistes sont les conséquences récurrentes de cette avidité permanente.

Alors bien sûr, en tant que militants internationalistes et anticapitalistes, nous exigeons le départ de l’Afrique de toutes les troupes impérialistes, à commencer par celles de la France, et nous réaffirmons que le combat pour l’émancipation des peuples d’Afrique est indissociable du combat pour le renversement du capitalisme.

François Brun et Marie-Hélène Duverger

* Paru dans la Revue L’Anticapitaliste n°52 (mars 2014). http://www.europe-solidaire.org/

Lire aussi:

Les buts de l’intervention en Centrafrique et les intérêts économiques de la France sur le continent africain

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31351

Lire la suite

14 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Remaniement: derrière le casting, l’austérité

reman iement

Depuis quelques semaines, la rumeur du futur remaniement ministériel gonfle de jour en jour et les pronostics en tous genres vont bon train. Mais ce remaniement ne changera évi- demment en rien la politique libérale menée par Hollande.

Pire il risque de l’accentuer ! La question du remaniement ministériel est une question récur- rente dans chaque quinquennat et celui de Hollande n’y échappe pas, en particulier à cause de son impopularité.

Depuis quelques semaines, la rumeur du remaniement est donc LA question du moment. Les journalistes ont même ouvert les paris, avec des Unes accrocheuses sur celui qui remplacera Ayrault à Matignon, s’appuyant même pour certains d’entre eux, comme Paris Match ou le JDD, sur leurs propres « sondages »…

À noter qu’aucune femme ne semble être « favorite », contrairement à de nombreux hommes qui, eux, semblent avoir le « bon » profil, comme Bartolone, Valls ou même Fabius. Au-delà de Matignon, les pronostics vont bon train également sur les futurs départs : les écologistes en tête et même les ministres représentant la « gauche du PS » suite au vote de cette sensibilité contre un texte favorable au Pacte de responsabilité lors du Bureau national du parti. Beaucoup de noms circulent également sur les « futures entrées » comme celles de Ségolène Royal ou de Martine Aubry…

Serial causeurs… Bref, depuis quelques semaines, les spéculations sur un probable remaniement font causer, et pas seulement les journalistes… « Ça fait deux ans que François Hollande a été élu », a même rappelé cette semaine Sapin, « et l’expérience gouvernementale que j’ai – pas seulement celle-là – c’est que deux ans pour des ministres, c’est un temps long (…) tellement c’est intense, tellement c’est compliqué, tellement on est occupé, tellement on est préoccupé », a-t-il souligné sans rire.

Lors d’une interview au Parisien, Ayrault évoque un « gouvernement resserré » tout en défendant son bilan, accréditant ainsi l’idée d’un remaniement imminent. Mais derrière ce serpent de mer, rien n’indique qu’il y aura un changement dans la politique menée.

Au contraire, le nouveau gouvernement aura comme principale mission la mise en place du Pacte de responsabilité et la réduction des dépenses publiques. Bref encore et toujours une politique contre les classes populaires, faites d’austérité, de destruction de nos acquis sociaux et de coupes sombres dans l’état social.

Il est urgent que le monde du travail, que la gauche sociale et politique, tranchent ces blabla dans le vif et reprennent l’offensive. 

Sandra Demarcq Hebdo L’Anticapitaliste – 233 (13/03/2014)

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin