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16 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

jean-luc mélenchon (npa)

flics

Communiqué du NPA. Perquisitions : le deux poids deux mesures sauce Macron

Ce matin, une quinzaine de perquisitions se sont déroulées dans l’environnement de La France Insoumise, au siège du Parti de Gauche, de La France Insoumise et même au domicile de Jean-Luc Mélenchon.

Ces perquisitions, avec son déploiement policier un peu inédit dans le milieu politique, sont liées à deux enquêtes : une concernant des assistants parlementaires européens qui auraient été utilisés à des fins politiques, l’autre concernant les comptes de la campagne présidentielle de 2017.

Même si l’on ne connaît pas tous les détails des affaires, on peut s’étonner d’un tel déploie-ment judiciaire et policier autour de La France Insoumise, alors même que les comptes de Macron font l’objet d’une enquête préliminaire, sans la moindre perquisition à cette heure…

Le premier acte de ce nouveau gouvernement, exécuté le jour même du remaniement, est un signal donné à toutes celles et ceux qui lui résistent. À l’évidence, en Macronie, mieux vaut être dans la cour de Jupiter que dans son opposition politique et sociale.

Montreuil, le 16 octobre 2018

https://npa2009.org/

Lire aussi:

Premier acte politique du gouvernement ? En plein remaniement : perquisitions chez LFI, Mélenchon dénonce un « acte politique » (RP)

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16 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

philippe poutou (regards)

philippe poutou

Philippe Poutou : « Ford se comporte comme des sagouins »

Regards. Comment avez-vous réagi à l’annonce de Ford de vouloir fermer purement et simplement l’usine ?

Philippe Poutou. On a appris ça hier matin et ça ne nous surprend pas. Ça fait des années que Ford veut fermer l’usine. Il y a dix ans, il y avait eu une grosse mobilisation, on avait réussi à avoir un repreneur, bidon, mais qui avait permis de continuer l’aventure.

Ford était revenu pour racheter son usine un an après parce que le repreneur s’était planté de suite. Depuis le retour de Ford, on sentait qu’ils étaient revenus juste sous la pression et qu’ils reprofiteraient d’une période avantageuse pour partir. Malheureusement, on n’a pas pu empê-cher ça. Donc en février dernier, Ford a annoncé son désengagement, dans le sens où ils nous disaient : « On n’a plus rien pour vous. Vous êtes une belle usine, vous bossez bien, c’est productif, etc. » Aucun argument économique en notre défaveur. C’est juste qu’ils redistribuaient la production à l’échelle mondiale, sur d’autres gros sites. Nous, étant un petit site, on était handicapé.

En juin, ils lancent le PSE de fermeture d’usine totale et définitive avec licenciement de tout le personnel. Ils décident de fermer avant d’avoir discuté ou fait la recherche du repreneur. Dès le départ on savait que Ford voulait liquider le site. Ils veulent s’en débarrasser, nous effacer complètement.

Il y a pourtant une proposition de reprise, amenée par le gouvernement…

Oui, la nouveauté c’est qu’en face d’un plan officiel de reprise, ils osent dire « non, on veut fermer l’usine ». C’est pour ça que le gouvernement a mis dans les pattes de Ford un repreneur qui s’appelle Punch – qui est un proche de Macron. Mais Ford ne s’est pas laissé séduire et n’accepte pas la reprise. Leur détermination est quand même assez dingue.

Une reprise, pour que ça marche, il faut être deux. Il faut que celui qui lâche l’entreprise laisse un peu de production pour assurer la transition. Une reprise, c’est pas juste une usine avec des ouvriers et celui qui s’en va donne les clés. Ça fonctionne quand le repreneur a de l’acti-vité dès le départ, sinon, une activité industrielle ça met deux ans à se mettre en place et pendant ce temps on se retrouverait sans travail.

Or, Ford ne veut pas laisser d’activité, parce que ça voudrait dire que, quelque part, ils sont encore liés à l’usine pendant un ou deux ans. Et certainement que, financièrement, ce sont des contraintes. Sauf que c’est du devoir, de la responsabilité de Ford que l’usine fonctionne après son départ.

C’est surprenant de voir une multinationale tout faire pour qu’il n’y ait pas de reprise. Et une fois qu’elle décide de fermer, c’est beaucoup plus compliqué. On l’a vu avec Goodyear. Des reprises, il n’y en a pas. On s’aperçoit que Ford se comporte comme des sagouins. Ils ont pris une décision, ils ne s’en expliquent pas et ils ne changent pas d’avis. Ça fait un peu caprice.

Le tout malgré les bénéfices de Ford…

Ford est en meilleure posture qu’après la crise de 2008. Tout est au vert. Il y a largement les moyens pour que Ford reste et apporte de l’activité, mais on n’est pas assez fort pour le leur imposer. Par contre, on peut peut-être avoir assez de forces pour imposer à Ford de lâcher son usine à un repreneur. C’est l’enjeu du moment. Le PSE court jusqu’au 18 décembre. L’usine est prévue d’être fermée en août. On veut perturber le calendrier de Ford. L’objectif, c’est que ça ne se passe pas comme prévu.

Et la surprise c’est qu’on a le gouvernement, Juppé et Rousset avec nous pour soutenir les salariés et les syndicats. C’est un peu inédit. Pour nous, c’est toujours de bons appuis, ça légitimise notre lutte, ça donne raison à des ouvriers qui se battent contre une fermeture d’usine. Il faut dire qu’ils ont mis beaucoup d’argents dans l’histoire. De plus, la disparition d’une usine comme Ford aurait des conséquences très graves pour la région bordelaise. L’Etat a aussi cette pression-là.

Justement, le ministre de l’Économie et le maire de Bordeaux ont exprimé leur mécontentement vis-à-vis de l’attitude de Ford. Qu’en pensez-vous ?

Visiblement, le gouvernement a eu l’illusion qu’en discutant entre « grands », ils arriveraient à convaincre Ford. En février, il fallait les convaincre de rester, ils ont échoué. Depuis juin, il fallait convaincre Ford d’accepter un repreneur… Le tout malgré les aides de l’Etat ! [Les collectivités se disent prêtes à investir, encore, 12,5 millions d’euros, NDLR]

Du coup, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, Alain Juppé ou encore Alain Rousset [président de la région Nouvelle-Aquitaine, NDLR], sont en colère. Hier, ils ont redit « on s’est fait mener en bateau ». Ça montre que si Ford dit « non », le politique, il est comme un con. Mais on le dit depuis des années ! On a attaqué Ford en justice il y a trois ans pour leur politique qui allait vers la liquidation du site. On avait gagné là-dessus et les politiques réalisent maintenant que Ford les « mène en bateau » ? Il y a une volonté de se laisser endormir.

Après l’annonce de Ford de ne pas accepter de repreneur pour son site de Blanquefort, l’usine semble condamnée à fermer. La lutte, elle, continue de plus belle. À Blanquefort, en Gironde, l’usine Ford va fermer. C’est du moins ce que la multinationale a annoncé hier, lundi 15 octobre. Ford fait des bénéfices, y compris en Europe. Mais le groupe refuse que l’usine soit reprise par un autre industriel. Qu’importent les 850 emplois. Qu’importent les 2 000-3 000 emplois induits dans la région. Pour faire le point sur la situation, Regards a rencontré l’ouvrier et syndicaliste Philippe Poutou.

http://www.regards.fr

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16 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

édito (npa)

NPA

npa 29 vertic

Remanier le gouvernement ? Non, il faut l’affronter !

Deux semaines après la démission de Collomb du Ministère de l’Intérieur, le remaniement, présenté comme la relance du projet macroniste, fait pschitt. Apparemment, les candidats ne se sont pas bousculé au portillon, et à part un petit jeu de chaise musicale, pas grand-chose n’a changé.

En tout cas, pendant deux semaines, avec ou sans ministre de l’Intérieur, on n’a pas bien vu la différence…

Manifestement, l’absence d’un ministre a beaucoup moins d’impact que par exemple une grève des femmes de chambres du palace parisien Park Hyatt, dont le piquet de grève est régulièrement repoussé par les forces de police…

Contre leur pouvoir illégitime, nos colères !

Ce remaniement est une nouvelle illustration des difficultés de recrutement de Macron pour distribuer ses portefeuilles ministériels, ce qui montre que peu de dirigeant·e·s politiques sont prêt·e·s à endosser la responsabilité du pouvoir à ses côtés… Tout cela renforce l’illégitimité du pouvoir et montre qu’il n’y a pas d’issue à la crise politique et économique actuelle dans le cadre de ces institutions.

En Italie, au Brésil, on voit également que si ce ne sont pas les classes populaires qui se mobilisent pour déstabiliser le pouvoir capitaliste, c’est le pire, c’est-à-dire l’extrême droite, qui risque d’être au rendez-vous…

Un des enjeux dans les mois qui viennent est donc de renforcer nos colères légitimes et notre détermination à imposer le retrait de tous les projets qui sont sur les bureaux ministériels, en commençant par refuser l’application de toutes les lois rétrogrades.

Stopper le prochain recul sur les retraites

Macron veut faire passer à tout prix la contre-réforme des retraites. Si les détails du projet restent à préciser, les grandes lignes sont limpides. On nous joue le jeu de la division et de la lutte contre les soi-disant privilèges, notamment contre les retraité·e·s des secteurs publics. En réalité, si l’on prend par exemple la fonction publique territoriale, 78 % des agent·e·s touchent moins que la pension moyenne.

Le gouvernement masque la réalité 

La pension par points signifiera une baisse de retraite pour tou·te·s les salarié·e·s du public et du privé. En effet, au lieu du calcul en trimestre et sur les 25 meilleures années ou sur les 6 derniers mois, ce sont tous les revenus qui seront pris en compte. Donc les moins bonnes années plomberont inévitable-ment les meilleures, comme tous les accidents de la vie (par exemple les arrêts maladies) ou les changements professionnels qui peuvent entraîner une baisse de salaire.

Après le 9 octobre, préparer la riposte

Il est donc temps d’organiser la résistance, par les grèves, dans la rue. La journée du mardi 9 octobre a montré qu’il y a dans la jeunesse et chez les salarié·e·s un fort mécontentement.

Salarié·e·s d’entreprises menacé·e·s de licenciements (comme à Ford Blanquefort, Carrefour ou dans des dizaines d’entreprises moins connues), personnels de l’Éducation Nationale, des hôpitaux, de Pôle Emploi ou des Finances publiques percutés par les dizaines de milliers de suppressions, retraité·e·s dont les pensions baissent déjà, jeunes précarisé·e·s, nous étions des centaines de milliers dans les rues. Chacune de nos revendications est légitime, car ce sont nos conditions de travail et nos vies tout court qui sont menacées.

Les négociations entre syndicats et gouvernement n’ont pas de sens, il faut préparer partout la riposte au gouvernement.

Séparément nous risquons de ne pas gagner, tou·te·s ensemble nous sommes une force qui ne s’est pas comptée depuis bien longtemps, bien plus puissante que les gesticulations de Macron.

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15 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

olivier besancenot 1 (bfm)

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15 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

olivier besancenot 2 (bfm)

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15 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

cpn (npa)

lo npa

Conseil politique national du NPA

Contre-offensive face à Macron et liste aux européennes avec Lutte Ouvrière au cœur des débats

Les travaux ont débuté comme toujours par une discussion sur la situation sociale et politique. Malgré l’absence de résolution d’orientation votée majoritairement, la discussion a mis en évidence la nécessité de faire émerger les conditions d’un vaste mouvement d’ensemble contre la politique du patronat et du gouvernement Macron.

Un gouvernement, certes affaibli par la succession d’affaires, de scandales et de démissions, mais néanmoins plus que jamais à l’offensive.

Une fois constaté collectivement l’inadéquation des réponses apportées par l’ensemble des directions syndicales à un tel enjeu et les difficultés à faire du 9 octobre autre chose qu’une énième journée de mobilisation sans lendemain, des nuances et des divergences se sont exprimées, et sur l’analyse du rapport de forces, et sur la capacité des militantEs révolution-naires à faire bouger un tant soit peu les coordonnées de la situation.

La Rencontre nationale des salariéEs du public et du privé organisée le week-end des 8 et 9 décembre à la Bourse du travail de Saint-Denis à l’initiative du NPA sera une échéance majeure pour approfondir l’ensemble de ces questions.

Un matériel public d’appel à cette rencontre sera édité très prochainement. Une motion de soutien à la grève des postiers et postières du 92, qui dure depuis plus de six mois a égale-ment été votée très largement.

Elle encourage notamment tous les militantEs à se rendre au rassemblement de soutien à Gaël Quirante lors de son prochain procès au tribunal de Versailles le 31 octobre, où se jugera sur le fond le maintien ou non de son mandat de représentant syndical, ainsi que les modalités de sa liberté de circulation dans les bureaux de poste.

Développer la démarche unitaire auprès de Lutte Ouvrière 

Le CPN de juin dernier avait acté de proposer une campagne commune avec Lutte Ouvrière pour les élections européennes de 2019. Les différentes rencontres qui ont eu lieu entre les deux organisations ont montré des difficultés, mais aussi une volonté, des deux côtés, de poursuivre et d’approfondir la discussion.

À la suite d’un débat animé, le CPN a adopté une motion qui développe et approfondit la volonté de faire une campagne commune avec LO. Cette motion rappelle que les élections européennes constitueront le premier test électoral national pour le gouvernement Macron, et qu’il est nécessaire d’y faire entendre une voix anticapitaliste et révolutionnaire, en toute indépendance de classe.

Contre les tentations racistes, xénophobes, et protectionnistes véhiculées par tous les politiciens jusque dans les rangs de La France Insoumise, il faut faire vivre l’internationalisme de classe. Il faut mettre en avant la nécessité du tous ensemble, du regroupement des luttes comme perspective pour faire reculer le patronat et le gouvernement à son service.

Dans cette perspective, une campagne commune de LO et du NPA offrirait un pôle d’extrême gauche incarnant une voix internationaliste, anticapitaliste et révolutionnaire.

Armelle Pertus Jeudi 11 octobre 2018

https://npa2009.org/

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14 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

olivier besancenot (l’obs)

olivier

Olivier Besancenot : « Gauche et migrants, parlons clairement ! »

L’approche politique de l’immigration fait aujourd’hui débat au sein de la gauche de la gauche.

Cette discussion, si elle n’est pas nouvelle dans les rangs du mouvement ouvrier, prend une tournure singulière à l’heure où, aux quatre coins du monde, nos sociétés sont secouées par de profonds bouleversements politiques, illustrant une nouvelle phase de la crise de la mondia-lisation capitaliste et suscitant une poussée mondiale des mouvements et partis d’extrême droite.

Ce débat engendre les plus vives réactions et de nombreuses incompréhensions mutuelles

Tant il nous tient à cœur et relève, pour beaucoup d’entre nous, de fondamentaux politiques qui ont marqué nos engagements militants. Bien que douloureuse, cette discussion doit avoir lieu. Les petites phrases à double lecture, savamment médiatisées, ne pourront jamais se substituer à la confrontation d’idées. Les changements d’orientation sur cette question ne sauraient s’opérer à bas bruit.

Qui a ouvert la boîte de Pandore ?

A ceux qui accusent les partisans de la liberté de circulation et d’installation, dont je suis, de faire trop de bruit sur ce sujet depuis la rentrée au point de participer à ne faire des prochaines élections européennes qu’un référendum sur l’immigration – « jouant ainsi le jeu » du FN – en reléguant les questions sociales eu second plan, je voudrais dire fraternellement deux choses.

Qui, dans les rangs de la gauche, a décidé de donner de la visibilité à cette question ?

Ceux qui ont sciemment décidé de donner le change en modulant leurs discours, en bazardant les répertoires idéologiques et en brouillant les positionnements politiques en la matière ? La toute récente organisation de Madame Wagenknecht en Allemagne, qui dit vouloir en finir avec « la bonne conscience de la gauche sur la culture de l’accueil » ?

Djordje Kuzmanovic, ex-conseiller de Jean-Luc Mélenchon, qui propose d’ »assécher les flux migratoires » ? Ou bien les initiateurs du « Manifeste pour l’accueil des migrants » promu par « Regards », « Mediapart » et « Politis », manifeste qui n’a fait que coucher sur le papier le rappel basique de ce qui constituait il y a encore peu le patrimoine génétique prédéterminant de notre ADN commun ?

De cette boîte de Pandore ne pouvaient sortir que des maux.

Et si nos réactions vous paraissent prévisibles, dites-vous bien que les vôtres étaient bien plus attendues encore par les tenants de l’ordre établi, voire inespérées pour ceux que l’on trouve le plus à droite sur l’échiquier politique… Mettons-nous donc d’accord définitivement pour dire qu’il ne s’agit pas d’évoluer dans une cour de récréation, en cherchant à savoir qui a commen-cé, car l’enjeu est trop important.

Je voudrais donc préciser ceci : puisque la question est dorénavant, et de toutes les manières, posée, il faut alors y répondre.

Pour ma part, je milite pour le faire sans ambiguïté, en cessant de m’excuser d’être encore, toujours, malgré tout, pour la liberté d’installation. En ajoutant, au passage, que reprocher à ceux qui « campent » sur ces positions de vouloir, par la même, faire taire les questions sociales, revient à nous faire un bien mauvais procès. De la chemise arrachée d’Air France jusqu’aux ouvriers de Ford, des postiers jusqu’aux hospitaliers, des précaires jusqu’aux retraités, des chômeurs jusqu’aux étudiants, des ZAD jusqu’aux droits des femmes, je ne me souviens pas avoir parlé moins distinctement, sur aucun de ces dossiers, qu’à propos des migrants.

Une grille d’explication erronée et dangereuse

Y répondre, cela signifie le faire clairement, sans rien concéder aux fausses idées véhiculées par l’air du temps. Il y aurait de multiples aspects à approfondir (la nature des mouvements migratoires, leurs causes, leurs projections possibles, etc.). A ce stade d’une discussion qui ne fait que commencer, je voudrais souligner un point d’analyse qui pollue selon moi nos échan-ges, dans l’espoir que ces derniers ne virent pas au dialogue de sourds.

Cette idée qui associe, directement ou indirectement, l’immigration à la baisse des acquis sociaux pour les travailleurs « nationaux ». Cette corrélation, même lorsqu’elle est effectuée au titre de « l’instrumentalisation » patronale, n’est pas la réalité. La répéter en boucle ne suffit pas à la charger de véracité.

D’abord parce que, comme le rappelle le démographe François Héran, en France, les raisons contemporaines de l’immigration ne sont pas à trouver en priorité dans la recherche de travail. Nous ne sommes pas aujourd’hui dans la configuration de ces mouvements migratoires décidés après guerre par l’Etat et les classes dirigeantes françaises dans l’espoir de faire effectuer à une main-d’œuvre bon marché une multitude de tâches ingrates.

Celles et ceux qui postulent désormais à l’immigration l’effectuent bien plus au titre de droits élémentaires et fondamentaux (d’asile, de refuge, de regroupement familial…) pour lesquels nous nous sommes battus ensemble durant les années 1970 et 1980. Un des aspects pour le moins notable étant qu’aujourd’hui, un migrant sur deux est une femme, que l’espoir d’un avenir meilleur pousse sur les routes de la migration, pourtant fort dangereuses pour elles…

De plus, le grand patronat n’est pas en « faveur de l’immigration » en tout lieu et en tout temps.

Il ne l’est que lorsqu’il en a besoin. Si ce n’est plus le cas, l’histoire nous enseigne qu’il s’accommode volontiers de son expulsion, manu militari le cas échéant. Et lorsqu’il se sert de la main-d’œuvre immigrée, il le fait pour ce qu’il en attend expressément, c’est-à-dire une exploitation rentable et immédiate, bien plus que dans l’optique idéologique d’exercer une quelconque concurrence entre travailleurs entraînant mécaniquement une baisse des salaires.

D’ailleurs, rien ne prouve, loin s’en faut, que durant les Trente Glorieuses, tandis que ce type d’immigration économique était suscité, la tension contre les salaires était plus forte qu’aujour-d’hui. Dans le capitalisme mondialisé, la règle d’or de l’économie de marché n’a pas changé : c’est encore le capital, et non l’immigration – même « instrumentalisée » –, qui fait pression sur les salaires des travailleurs français ou étrangers.

Reprendre à son compte une grille d’explication erronée et porteuse de toutes les dérives possibles place d’emblée celui qui s’y essaie sur les sentiers d’une impasse idéologique. Dans cette voie sans issue, balisée par avance par les tenants de la « priorité nationale », le « nouveau passant » se verra harcelé par une foule de marcheurs mal intentionnés qui le sommeront de dérouler son raisonnement jusqu’au bout de sa logique immanente…

Par ailleurs, ce type de raisonnement faussement logique escamote l’analyse de la dégrada-tion du rapport de force social et idéologique, et nous empêche de discuter des voies et des moyens pour la contrebalancer en s’appuyant sur toute la diversité de notre camp en terme de genre, d’origine ou de trajectoire.

Le mouvement ouvrier a su évoluer

Ce type de débat a déjà tiraillé le mouvement ouvrier à la fin du 19è siècle. Jules Guesde ou Jean Jaurès, qui a le mérite d’avoir profondément évolué sur cette question avant d’être assassiné, ainsi que de nombreux dirigeants du mouvement ouvrier auxquels nous nous référons pourtant aujourd’hui ont tenu des propos que l’on ne saurait endosser de nos jours, mais qu’on ne saurait non plus déconnecter du contexte de l’époque où ils étaient tenus.

A quelques exceptions près, les marxistes de toute obédience, comme bien des anarchistes aussi, pensaient le monde autour d’un centre qui était les pays où ils évoluaient. Beaucoup pensaient les colonisés comme des objets politiques à « éclairer » bien plus que comme des sujets à part entière. D’aucuns diront que la période voulait probablement cela. Soit.

Mais, comment pourrions-nous, au 21è siècle, barrer d’un trait l’existence du siècle politique qui nous sépare d’eux ? Comment imaginer que le 20è siècle, ses révolutions, ses luttes de libération nationale, ses combats anticolonialistes – auxquels nous nous référons tout autant – ne fut qu’une parenthèse ?

Frantz Fanon, militant martiniquais qui a participé à la révolution algérienne, aimait rappeler que l’Europe, par sa politique de pillage des richesses, d’esclavagisme, de colonialisme, était, au sens premier du terme, une « construction des pays du tiers-monde ».

Que dire alors des politiques occidentales actuelles – avec au premier rang celle de la France – en Afrique, au Moyen-Orient ? Pourquoi devrions-nous taire le chaos économique, politique, militaire, et les guerres suscitées par ces ingérences, motivées par l’appât du gain et la soif de domination politique, qui sont la cause du déplacement de la plupart de ces migrants qui fuient l’enfer ?

Je ne souhaite à aucun des détracteurs de la liberté d’installation d’avoir à subir durant son existence de tels bouleversements ou à endurer ces affres qui viennent d’ailleurs et qui vous poussent légitimement à partir.

Le mouvement ouvrier a su évoluer sur ces questions, et c’est une chance, car aucune pensée qui se réclame de l’émancipation n’est figée.

Elle s’enrichit des expériences concrètes auxquelles elle apprend à se référer avec l’aide du temps. Pour mémoire, n’oublions pas qu’au début du 20è siècle, des pans entiers du mouve-ment politique et syndical n’envisageaient le travail des femmes que comme un outil de concurrence déloyale au sein de la classe ouvrière et s’y opposaient pour cette raison. « Pour leur plus grand bien », cela va sans dire… Viendrait-il aujourd’hui à l’idée de quelqu’un, après le mouvement des femmes, d’ »assécher » le travail des femmes ?

Notre discussion aura lieu. Elle a débuté.

Assumons-la, même si elle doit être parfois houleuse. Elle sera d’autant plus apaisée que nous la bâtirons sur la base de notre pratique commune, à travers ces nombreux combats où nous retrouvons côte à côte pour nous opposer aux dégâts des politiques xénophobes en cours : travailleurs sans-papiers, accueil de l’ »Aquarius », expulsions de campements de migrants, mineurs isolés…

Personne ne détient de label certifié en matière de solidarité. Moi pas plus que les autres. Et j’ai le plus profond respect pour tous ces militant.e.s, quelle que soit leur obédience, qui ne comptent ni leur temps ni leur énergie sur l’ensemble de ces fronts.

Dès lors, ma (dernière) question est la suivante : pourquoi devrions-nous maintenant restreindre nos combats communs à la seule lutte contre l’urgence engendrée par cette situation, en renonçant à dénoncer d’une même voix les causes profondes de cette offensive globale qui veut faire de l’immigré.e un bouc émissaire ?

Salutations internationalistes !

Olivier Besancenot 14 octobre 2018

https://web.nouvelobs.com/

 Aujourd’hui, dans une tribune, Olivier Besancenot, ancien candidat à la présidentielle et figure du NPA, partisan revendiqué de la liberté de circulation et d’installation, appelle la gauche à assumer le débat sur les migrants, à défendre ses valeurs et son histoire. Il répond notamment à Jean-Luc Mélenchon, qui, le 25 août à Marseille, avait lancé « honte à ceux qui organisent l’immigration par les traités de libre-échange et qui l’utilisent ensuite pour faire pression sur les salaires ». Olivier Besancenot, facteur de profession, est membre du Nouveau Parti Anticapita-liste (NPA, ex-Ligue communiste révolutionnaire). Il fut candidat à la présidentielle en 2002 et en 2007. Dans une tribune à « l’Obs », Olivier Besancenot, figure du NPA, appelle la gauche à assumer le débat sur les migrants, à défendre ses valeurs et son histoire.

Lire aussi:

Comment la question des migrants divise communistes et Insoumis (Les Inrocks)

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13 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

hugo palheta (regards)

Ugo Palheta : « Il y a un risque de fascisation accélérée du régime en Italie »

 Sur la tentation de l’extrême droite à l’échelle internationale 

« Ce n’est plus de l’ordre de la menace parce qu’il y a des pays où l’extrême droite est au pouvoir. L’Italie notamment, on l’évoque moins souvent mais Israël et l’Inde aussi sont dirigés par des gouvernements d’extrême droite. »

« Il y a des spécificités nationales mais au niveau international, il y a une crise d’hégémonie du capitalisme néolibéral qui a déstabilisé les systèmes politiques. Il y a un paradoxe puisque le capitalisme est triomphant mais fragile économiquement du fait de l’instabilité de la finance. Il est instable également et surtout, politiquement. Et cela dans de nombreux pays. »

 Sur le gouvernement italien actuel 

« Il y a un risque de fascisation accélérée du régime en Italie. […] Les régimes ne deviennent pas fascistes en quelques semaines ou en quelques mois. Cela a été le cas en Allemagne où les Nazis détruisent toute opposition très rapidement mais en Italie cela n’était pas le cas. Mussolini a mis 3 ou 4 années à se débarrasser de toutes oppositions politiques et syndicales constituées. »

 Sur les conditions de l’émergence du fascisme 

« Dans le fascisme de l’entre-deux guerres, il y a un rôle central joué par la première guerre mondiale dans ce que les historiens ont appelé la brutalisation de la société c’est-à-dire une accoutumance à une certaine forme de violence politique. »

« Aujourd’hui ce qui joue, c’est une crise des capacités des dominants à obtenir le consente-ment des masses ou des classes populaires et moyennes. » « Il y a également des formes de durcissement autoritaire qui sont mis en place par les classes dirigeantes elles-mêmes et avant même l’arrivée des fascistes au pouvoir. Cela tend à crédibiliser, à valider les options ultrasécuritaires que défendent les fascistes. »

 Sur le rapport capitalisme et fascisme 

« Si on veut in fine se débarrasser du poison fasciste, on a besoin d’une rupture avec une société qui produit l’exploitation ou qui produit les inégalités. » « Si on veut lutter contre le fascisme aujourd’hui, on ne peut pas non plus exiger de tout le monde qu’il soit anticapitaliste dès maintenant. »

 Sur les différents mouvements d’extrême droite en Europe 

« Ils ne se construisent pas tous sur les mêmes thématiques. En Europe de l’Ouest, c’est l’islamophobie tandis qu’en Europe de l’Est, ça reste l’antisémitisme. » « Dans certains cas, notamment l’UKIP, c’est une scission de la droite dans un sens souverainiste nationaliste. Dans d’autres cas comme en France, on a des partis qui viennent du fascisme historique. »

« Ils cherchent donc à faire des alliances avec des forces assez diverses. Le jeu étant de ne pas faire d’alliance avec des partis qui ne seraient pas assez respectables dans leurs pays. »
« Le Front National n’avait pas voulu faire d’alliance avec Aube Dorée en Grèce mais d’autres partis d’extrême droite en Europe peuvent avoir le même rapport au front national parce que le front national serait trop sulfureux pour eux. »

 Sur Emmanuel Macron et la situation française 

« Macron a toutes les chances de devenir plus impopulaire que Hollande. Dans cette situation là où l’instabilité est chronique avec 4 candidats à 20 % aux élections présidentielles, tout devient possible. » « On n’est plus dans une situation d’alternance tranquille entre une droite complexée (c’est-à-dire le PS) comme dirait Lordon et une droite décomplexée. »

« On ne peut plus prévoir à 5 ans ce qu’il peut se passer et on voit très bien les changements rapides qui peuvent subvenir dans une société, avec la victoire de Trump par exemple ou plus récemment au Brésil avec Bolsonaro. » « Il y a de quoi avoir peur mais surtout de quoi rentrer en action pour éviter que cette option fasciste soit celle qui triomphe de la crise annoncée. »

 Sur la notion de populisme 

« Le populisme a permis au FN de se laver des soupçons de collusion avec le fascisme classi-que. Cela a donné une sorte de crédit populaire au FN, en accolant ce terme au FN on a donné un ancrage que le FN n’avait pas dans les classes populaires. » « Le FN a une clientèle électorale dans toutes les catégories sociales et les classes dirigeantes mènent elles-mêmes des politiques autoritaires et xénophobes. »

 Sur la question migratoire 

« Le ralliement d’une partie de la gauche, notamment du PS, à cette idée que l’immigration est un problème qu’il faut résoudre, a joué un rôle crucial dans la montée de l’extrême droite. »

Partout dans le monde au Brésil, en Italie, en Inde, aux Etats-Unis, en Allemagne ou en Israël, la tentation de l’extrême droite est de plus en plus présente. Le sociologue, Ugo Palheta, auteur de « La possibilité du fascisme » (Editions La Découverte) est l’invité de #LaMidinale.

11 octobre 2018

https://www.anti-k.org/

 

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12 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

où va macron? 1 (npa)

Macron2.

Face à un pouvoir affaibli mais qui maintient son cap, la confiance doit changer de camp!

Mardi 9 octobre, un gouvernement devait être formé sur demande expresse du président directeur général.

Toute la journée, les rumeurs contradictoires ont circulé avant que l’on apprenne, finalement, que le remaniement était reporté : l’exécutif peine à composer une nouvelle équipe… Après l’épisode Benalla, après les départs fracassants de Hulot, Flessel et Collomb, il s’agit d’un nouvel épisode de la crise du macronisme. Suites et pas fin ?

«La seule chose qu’on n’a pas le droit de faire, c’est se plaindre.» C’est ainsi qu’il y a quelques jours, Macron osait s’adresser à une retraitée qui lui parlait du trop bas niveau des pensions. Alors, promis juré, on le plaindra pas, lui. On n’en a de toute façon pas du tout envie !

S’ils ne peuvent plus…

Depuis plusieurs semaines, le pouvoir est à la peine. Le bel effet d’attraction du macronisme qui, il y a peu, exerçait encore son magnétisme sur tous les politiciens opportunistes venus de gauche et de droite, est en train de s’épuiser à vitesse grand V.

Les raisons sont multiples.

L’impopularité des premières contre-réformes mises en œuvre, dont la casse du code du travail et la loi ferroviaire du printemps dernier, s’est amplifiée à la faveur de l’été avec l’épisode Benalla qui a fait éclater la bulle du « nouveau monde politique ». Pour celles et ceux qui avaient encore leurs illusions de mai 2017, tout cela sentait bien le très vieux monde du petit personnel autoritaire de la 5è République…

Du coup, depuis la rentrée, Macron s’agite 

Il multiplie les déplacements et les bains de foule, les serrages de main et les photos souve-nirs… avec toujours quelques saillies méprisantes adressées aux gens qu’il rencontre. Il enchaîne les postures prétendument sociales – « plan pauvreté » par ici, visite aux Antilles par là – mais rien n’y fait : les sondages dévissent (record d’impopularité battu !)… et les rats ministériels quittent le navire.

Quand ils ne veulent plus…

«Le problème de Macron, c’est qu’il n’a plus personne ! Il est à poil, il n’a plus de poids lourds»:  sous le courageux sceau de l’anonymat, un soutier ex-soutien du président décrit une vérité. Il y a un mois déjà, le remplacement de Hulot par De Rugy au ministère de la Transition écologique, et de ce dernier par Ferrand au perchoir de l’Assemblée nationale, suivis du vide prolongé à la tête du ministère de l’Intérieur après le départ de Collomb, illustrent bien les effets d’usure accélérée du macronisme : plus grand monde ne veut y aller…

Après le cafouillage de mardi, le grand remaniement annoncé pour redonner du souffle à la majorité risque bien de faire pschitt. Avec un « nouveau gouvernement » dont la feuille de route demeurera inchangée, héritant d’arbitrages budgétaires déjà rendus, et qui risque fort de ressembler, comme il est de coutume avec Macron, à un coup de com’ et d’enfumage ne masquant guère le rétrécissement manifeste de la base sociale du macronisme.

Arrivé au pouvoir presqu’à la faveur d’un concours de circonstances après l’éviction d’un Hollande cramé par son quinquennat et d’un Fillon carbonisé par les affaires, le petit protégé de la bourgeoisie n’a pas encore donné tous les fruits attendus. Les réformes de choc visant le monde du travail se sont bien enchaînées durant l’année écoulée, mais la croissance française – certes revue un peu à la hausse ces derniers jours (+ 1,6 % pour l’Insee) – reste en berne, et patrons et actionnaires en veulent toujours plus.

À nous d’y aller !

Quelques mois après le mouvement du printemps dernier, ce mardi était aussi l’occasion pour notre camp social de retrouver le chemin de la rue. Dans un contexte d’impréparation due à des direction syndicales anesthésiée, avec un calendrier pour le moins problématique (jour-nées éparpillées et sans lendemain), cette première journée interprofessionnelle de rentrée aura au moins permis à l’ensemble du monde du travail et de la jeunesse d’exprimer par la grève et les manifestations sa colère contre la politique de Macron et des patrons. Avec des chiffres de mobilisation qui indiquent une disponibilité à reprendre le combat contre Macron.

Après avoir démoli le code du travail, le président des riches confirme vouloir s’en prendre ces prochains mois aux pensions des retraitéEs

Avec une nouvelle idée qui visiblement plaît beaucoup au Medef : instaurer un « âge-pivot » à 63 ans, soit un an de plus que l’actuel âge légal de départ. Même la CFDT se dit opposée au projet, c’est dire !

Mais l’arrogant président devrait se méfier, car depuis son arrivée aux affaires, Jupiter n’a jamais été aussi fragilisé. Si la fuite en avant réactionnaire lui tient lieu de feuille de route, de notre côté aussi, c’est la reprise des hostilités. Les résistances, avec l’unité de ceux d’en bas, sauront se faire entendre.

Manu Bichindaritz Mercredi 10 octobre 2018

https://npa2009.org/

Lire aussi:

Crise gouvernementale, remaniement ministériel : où va la France de Macron ? (Révolution Permanente)

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11 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

philippe poutou (le média)

Manif 12 avril 2014 Paris

Philippe Poutou: « Au NPA, on est clairement pour la liberté de circulation 

Le gouvernement a refusé d’accueillir l’Aquarius. Il accostera donc à Malte, le 30 septembre dernier, et 18 personnes seront accueillies en France. Que vous inspire cet épisode 

Philippe Poutou : C’est toute la saloperie d’un gouvernement français, à l’image de ce qui se passe à l’échelle de l’Union européenne. C’est l’hypocrisie, avec ce discours : « On ne peut pas accueillir tout le monde. » Macron joue un double jeu : d’un côté, la « préoccupation » du sort des migrants, de l’autre, un discours ferme. En réalité, personne ne s’en occupe. L’Aqua-rius, ça fait plusieurs fois que le même problème se pose. Il y a un jeu de dingues qui flatte aujourd’hui les pires discours, notamment celui de Salvini chef du gouvernement italien.

Emmanuel Macron essaie pourtant de se présenter comme l’alternative à Matteo Salvini.

Voilà, c’est l’hypocrisie : il joue sur les deux postures. Mais au bout du compte, le résultat est à peu près la même politique que Salvini : entraver la circulation, le fait qu’un bateau comme l’Aquarius ne puisse pas accoster, et la loi asile-immigration de Collomb, qui complique les demandes d’asile, avec les réductions de délai et l’augmentation du temps de passage en centre de rétention.

La criminalisation du migrant, et « en même temps » des postures humanistes. La réalité, c’est une criminalisation des migrants et de ceux qui les aident, comme Cédric Herrou… Il y a même des militants attaqués par des groupes identitaires en justice. C’est fou. Au NPA, on est claire-ment pour la liberté de circulation. Le problème, ce n’est pas : est-ce qu’on peut accueillir ou pas. On n’a même pas le droit de se le poser comme ça : parce qu’on est dans un pays riche, on va décider de qui peut venir ou pas ? Il faut qu’il y ait une solidarité entre les peuples.

C’est sûr que ça pose le problème des moyens qu’on donne pour accueillir : que fait-on des richesses, est-ce qu’on les laisse s’accumuler entre les mains d’Arnault ou de la famille Betten-court ? Ou est-ce qu’on discute de la manière dont ces moyens-là doivent être mis au service de la question des migrants, des services publics, de la santé, de l’éducation ?

Il y a un vrai problème politique de fond, et c’est plutôt inquiétant de voir les politiques de droite ou d’extrême-droite s’imposer. Même à gauche, parfois, il y a des sorties pour le moins ambi-gûes : Mélenchon, ou son conseiller, même s’il s’en est démarqué [Djordje Kuzmanovic, porte parole de la France insoumise]. Sahra Wagenknecht, en Allemagne, va loin. Où va-t-on, si une gauche commence à dire qu’on ne peut pas accueillir tout le monde ? Quand on voit ce que la Libye, la Turquie, la Jordanie accueillent, en nombre et en proportion de la population… On nous pose problème avec ne serait-ce qu’un bateau, l’Aquarius ?

Lors du dernier cycle de mobilisations: loi Travail, Parcoursup, universités, de nombreuses personnes ont pris la rue. Pourtant, le gouvernement a pour stratégie de faire passer en force un grand nombre de réformes libérales. Comment coaguler ces mouvements de résistance ?

On n’a pas encore trouvé. En réalité, l’idée de la convergence et du « tous ensemble » a plus de vingt ans, puisque ça commençait à se formuler avec les mouvements de 1995. Les slogans étaient « tous ensemble », public, privé : c’était le début des politiques agressives sur la divisi-on public-privé et les retraites. C’est une idée qui venait souvent des équipes militantes de base.

Ce « tous ensemble », c’est une unité politique ou une unité d’action ?

La question a été posée syndicalement. Mais aujourd’hui, par exemple, sur la question de l’emploi, on pense que c’est une bagarre politique. On n’est plus dans une bagarre syndicale : ça laisserait entendre qu’on est dans un rapport de forces avec son propre patron, ou le patro-nat en général.

Là, on est en conflit avec les États qui mènent des politiques qui favorisent le patronat : on se retrouve donc confrontés à un problème politique. En fait, la lutte contre le chômage, c’est la lutte contre les licenciements, donc c’est l’interdiction des licenciements, une loi ou l’absence de loi, un rapport de forces… et l’arrêt des suppressions d’emploi dans les services publics. On est dans une question beaucoup plus large, au-delà de la question syndicale.

L’idée d’une union politique de la gauche ?

C’est l’idée qu’une population se mobilise avec ses composantes organisées : syndicales, associatives et politiques. Ce serait le plus sain : des gens sont à la fois syndiqués et politi-ques, mais beaucoup de gens sont dans le mouvement syndical, d’autres sont dans le mouve-ment associatif, d’autres sont dans le mouvement politique.

On aurait l’occasion de se joindre, et des gens aspirent à ça. Il y a une conscience que la population est attaquée dans son ensemble. La question qui est posée, c’est pourquoi il y a une incapacité d’en haut à favoriser ça ? On l’a vu avec la Fête à Macron, on l’a vu avec la Marée populaire, manifestation unitaire « pour l’égalité, la justice sociale et la solidarité », organisée le 26 mai 2018… La Marée Populaire, c’est le seul moment où tout le monde était là.

Vous plaidez donc en faveur d’appels conjoints, syndicaux et politiques, à l’instar de la Marée populaire ?

Oui. C’est possible : à un moment donné, on peut très bien se dire qu’il y a un combat à mener ensemble, sans se dire : « C’est pas ton terrain, c’est pas ta prérogative. » Aujourd’hui quand les retraites sont attaquées, tout le monde est attaqué. Nous, dans la lutte Ford, c’est ce qu’on essaie de faire. En échantillon, évidemment, en petit bout. […] Et les divisions, les réticences, les petits jeux à la con des uns ou des autres, ça empêche peut-être la construction d’un vrai tous ensemble, ou en tout cas ça le ralentit. Aujourd’hui, on le paie cher.

Pour les élections européennes, il y aura sans doute au moins cinq listes de gauche. Une division déplorable ou des positions irréconciliables ?

C’est déplorable, d’une certaine manière. Mais les élections, c’est plus compliqué qu’un mouve-ment social. Il y a des listes, des premiers, des derniers. Le PC a fait sa liste, même si elle n’est pas officielle, même s’ils disent qu’elle peut bouger.

La France insoumise (LFI) a fait sa liste. On connaît déjà les têtes de liste, le débat est faussé. Puisque les grosses machines ont déjà leur liste, comment donner confiance, comment regrou-per en sachant que les places sont déjà partagées ?

La discussion n’aura pas lieu, puisque les listes sont faites : beaucoup de gens se demandent à quoi bon faire des réunions ou se lancer dans un processus unitaire, alors qu’il y a déjà des phrases assassines entre les uns et les autres.

Entre le PC et LFI, on voit bien l’ambiance. Mais à la limite, c’est presque secondaire. Ce qui est fondamental, c’est au moins la capacité d’agir unitairement sur des combats sociaux. Qu’aujourd’hui, on n’ait pas de mouvements d’ensemble : ça, c’est déplorable. On prend du retard, encore une fois. Il y a un appel unitaire, syndical, pour le 9 octobre. Il y a des réunions à Paris, sur la suite de la Marée populaire.

Mais la CGT ne vient presque pas, on repart sur les vieux problèmes. Pourquoi n’en est-on pas capable ? Ça aurait de la gueule si, le 9 octobre, on faisait la suite de la marée populaire. Ce qui se joue, c’est la bataille contre les nouvelles réformes de Macron : la défense des retraites, la défense de l’assurance chômage et de la formation professionnelle. On pourrait se retrouver, sans trop de difficultés, pour mener une bataille ensemble.

Pour les européennes, vous partiriez avec Lutte ouvrière ?

Il y a des discussions, mais LO ne veut même pas. Je pense qu’on n’y arrivera pas, Ils veulent être seuls et considèrent qu’il y a des divergences avec le NPA. Si LO et le NPA s’entendent pas, c’est dire à quel point ça va être difficile de faire quelque chose de plus large.

Entre le PC et LFI, c’est la guerre. C’est incroyable. Mélenchon ne va pas à la Fête de l’Huma, il en a le droit. Mais à quoi on joue ? Quel signal est donné ? Nous, on y était, et les militants du PC sont écœurés. Ils ne sont pas amoureux de Mélenchon, mais ils se rendent bien compte que par ce geste-là, on met encore en avant des histoires, des bisbilles, et on n’en sort pas.

Chacun fait son petit calcul, celui qui y va, celui qui n’y va pas. Pourquoi ne pas y aller, tout en critiquant ? On est allés à la Fête de l’Huma, mais on ne dit pas que Pierre Laurent a une super politique. Mais on y était, on discute, on confronte. Essayons de voir ce qu’on peut faire ensemble. Les militants sont inquiets, se disent qu’on ne va jamais y arriver.

Ça contribue à la résignation : il nous manque cette dynamique unitaire. Il faudrait retrouver 1936 : les syndicats étaient divisés mais la force du mouvement social avait imposé l’unité jusqu’à la victoire du Front Populaire, et lui avait imposé une politique plus sociale que ce qui était prévu dans les programmes.

Chez Ford, la lutte continue. Si ça se termine mal, allez-vous « traverser la rue » pour trouver un emploi ?

On a déjà essayé, symboliquement, le jour de la grève de la semaine dernière [le mardi 18 septembre]. On en a conclu que si on veut du boulot, il vaut mieux sauver celui qu’on a, et que ça devient très aléatoire d’aller en chercher un ailleurs. Même la CGT, on ne la sent pas offensive sur la question des fermetures.

Comment la gauche politique peut-elle jouer un rôle là-dedans ? Ce n’est pas simple. Il y a tous ceux qui ont justifié les aides, qui ont été embarqués dans des politiques pas si claires que ça sur les questions de lutte contre les licenciements.

C’est de là que viennent les difficultés : ça remet en cause les politiques du passé. Mais ça devrait être possible, quand même. Ce serait bien qu’on arrive rapidement à s’organiser ensemble. A la réunion des Ford Blanquefort, Génération.s est venu, ce sont des anciens du PS, mais on ne se fait pas la gueule. Comment on fait, ensemble ? Comment on se file des coups de main, sur la question des manifs à organiser ? LFI était là aussi, on discute. C’est bien. Ce serait peut-être un mouvement social qui permettrait une vraie unité : c’est la lutte sociale qui oblige un peu tout le monde à venir et nous épargne quelques disputes inutiles.

Les réunions unitaires, chez Ford, c’est un exemple de ce qui devrait être fait dans le mouvement social en général ?

Oui : on avait la gauche politique, les syndicats… Il manquait évidemment FO, parce que ça bloque, mais on avait la FSU, Solidaires, l’UNEF, la CGT, évidemment, et toute la gauche politique. Mais aussi Attac, Emmaüs, AC [Agir ensemble contre le chômage].

Là, plus personne n’est gêné. C’est là où ça montre qu’une lutte sociale peut imposer [l’unité]. On est un échantillon de ça. Mais comment, de ces échantillons là, on arrive à se comporter de la même manière nationalement ? Et pourquoi c’est si difficile que ça, centralement, à Paris, de construire ça ? Et d’affirmer qu’on a tout intérêt à arrêter les méfiances réciproques.

Même nous, chez Ford, on est très peu à participer aux manifs maintenant. Alors qu’en 2003, on avait la moitié de l’usine qui allait manifester pour les retraites. C’est incroyable la différen-ce, en quinze ans. Les dégâts sont énormes. Et ce sont pas juste ceux de la crise, de la rési-gnation. C’est aussi la connerie parmi nous, l’incapacité à construire l’unité. Ça démoralise, ça discrédite l’idée qu’on peut réagir ensemble. Il y a même des militants CGT qui ne viennent plus à toutes les manifs. Voilà ce qu’on a gagné.

Le Média est allé à la rencontre de l’ouvrier anticapitaliste, délégué CGT, militant du NPA et ancien candidat à la présidentielle. Au sommaire de ce second volet d’un entretien en deux parties : accueil des migrants, enjeux électoraux et perspectives unitaires du mouvement social.

Téo Cazenaves | 10 Oct 2018

https://lemediapresse.fr/politique/

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