Archive | Médias, culture

10 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Génocide au rwanda (acrimed)

comment_raconter_des_histoires_a_nos_enfants_1926_859

Propagande pour petits et grands sur France Info

La chronique commence pourtant sur une définition sans ambiguïté du terme de génocide : une destruction organisée d’une population. Mais le journaliste verse aussitôt dans une grille de lecture ethnique : le génocide serait par définition commis sur un groupe « par un autre groupe », « les Hutus » dans le cas du Rwanda, là où les définitions juridiques ne parlent nullement de « groupe » mais parfois d’« un État » et il est bien plus juste de parler d’« extré- mistes » que de simples« Hutus » pour désigner les génocidaires. Ce qui pourrait n’être que le fruit d’un effort exagéré de simplification va s’aggraver dans la suite de la chronique pour devenir une falsification.

Intox immodérée

Après une présentation plutôt juste des crimes commis depuis les années 60, le journaliste explique que la France était présente dans le pays depuis longtemps, pour participer « à une mission de maintien de la paix » (ce qui est faux, puisqu’il s’agissait d’aider en réalité l’armée rwandaise à combattre un ennemi et qu’il n’y avait aucun mandat de l’ONU), et que « le pré- sident Mitterrand connaissait bien le président rwandais qui était un Hutu modéré  ». M. Yzard, dans cette dernière phrase nie le fait qu’Habyarimana était un dictateur, que la torture se pratiquait sous son régime, que de nombreux massacres de Tutsis ont eu lieu avec la par- ticipation des autorités.

S’il est vrai qu’il a signé les accords de paix, la modération n’est certainement pas ce qui le qualifiait. Le journaliste évite ainsi le sujet principal : la France a soutenu dès le début un régime infréquentable qui préparait le génocide, en pleine connaissance de cause. Dans le même ordre d’idées, M. Yzard précise que la France a formé la gendarmerie et l’armée rwan- daise et qu’elle « a ensuite été accusée d’avoir formé les milices [...] qui ont fait ce génocide », occultant donc que les forces régulières rwandaises ont été le fer de lance du génocide, que la France ne serait donc pas moins complice en s’étant limitée à leur formation.

« Tout a dérapé »

« Pourquoi les Français ont aidé les Hutus et pas les Tutsis ? ». Confus, le journaliste affirme que les Français ne les ont pas aidés, mais que « c’est un peu l’histoire qui a fait que les cho- ses se sont trouvées comme ça » (?) Il poursuit, « tout aurait pu s’arranger en 93 », parlant des accords de paix prévoyant un gouvernement de coalition « tutsi et hutu », mais il y a eu l’as- sassinat du président rwandais « et là tout a dérapé très très gravement ». Passons sur cette nouvelle réduction de la politique à l’ethnisme, Yzard nie là encore la méticuleuse préparation du génocide et affirme aux « juniors » que c’est l’attentat qui est à la base du génocide.

Le journaliste affirme ensuite que la France « est intervenue pendant le génocide pour tenter de le faire cesser » alors que l’opération Turquoise a cherché, avant tout, à stopper l’avancée du FPR (désigné comme l’ennemi par les gradés français), et a organisé la fuite des géno- cidaires vers le Zaïre. C’est nettement au FPR qu’on doit l’arrêt du génocide.

Un jeune demande alors si « c’est un peu comme si on avait aidé les nazis pendant la deu- xième guerre mondiale ». Yves Yzard est ferme : « non », « la France a été prise dans ses contradictions », « c’est vrai qu’il y a des faits qui ne sont pas très clairs, notamment dans la destruction de l’avion » (?) « en 2008, Bernard Kouchner [...] a admis une faute politique de la France, mais sans aller jusqu’à présenter des excuses », « donc il n’y a pas du tout une com- paraison… comme si on avait aidé les nazis ». L’argumentation confuse et sans logique du journaliste ne prouve rien du tout et ne consiste qu’à nier ce qu’il a pourtant partiellement reconnu auparavant (via les formations) : la France a bel et bien aidé les génocidaires.

C’est la faute à l’ONU

Yves Yzard affirme ensuite, au sujet de l’opération Turquoise, que la France « est la seule à avoir fait quelque chose », puis évoque « une démission de l’ONU » : « on a voulu envoyer des casques bleus mais ils n’étaient pas armés ». Il manque d’informations ou ment délibérément sur l’intervention de l’ONU au Rwanda : la Minuar était présente dès 1993 au Rwanda, avec des armes. Il lui a d’ailleurs été refusé de saisir des stocks d’armes avant le génocide. Il n’a donc pas été question « d’envoyer des casques bleus », mais au contraire, une résolution a retiré l’essentiel des effectifs onusiens du Rwanda. La France, membre du Conseil de sécurité, a participé à cette décision de retrait. Par ailleurs, elle a tenté de s’opposer à l’embargo sur les armes, puis, rédigeant le mandat de l’opération Turquoise, en a exclu l’arrestation des respon- sables du génocide. Affirmer que la France, qui a pleinement participé à freiner l’ONU, est « la seule à avoir fait quelque chose » est une présentation particulièrement biaisée du déroulé des faits.

Enfin, abordant la question des génocidaires présents sur le sol français, le journaliste explique l’impunité par le simple cours de la justice qui doit prendre le temps de rassembler des preuves. Il oublie opportunément de parler de l’absence de poursuites à l’initiative du Parquet, qui dépend de l’exécutif. Il oublie aussi les refus des gouvernements successifs de déclassifier certains documents et les manipulations importantes, et aujourd’hui avérées, autour du dossier monté par le juge Bruguière sur l’attentat. Il ressort de cette chronique la curieuse impression que les jeunes, censés être éclairés par le journaliste, ont bien plus à lui apprendre, par le bon sens qui transparaît de leurs questions. Mathieu Lopes, le 9 avril 2014

Nous publions, en tribune [1] et avec son autorisation, un article paru sur le site de l’asso- ciation Survie le 7 avril, jour de la commémoration des 20 ans du génocide au Rwanda [2]. (Acrimed) Après l’annonce du verdict du procès de Pascal Simbikangwa, France Info a diffusé une chronique intitulée « France Info Juniors » où le chef adjoint du service Monde de la rédaction, Yves Izard, répondait aux questions de jeunes sur le génocide des Tutsis. Ce qui aurait pu être un bon exercice pédagogique s’est révélé être en fait un morceau de propa- gande douteuse pour dédouaner la France ou, au mieux, de confusion pure.

http://www.acrimed.org/article4310.html

Lire la suite

04 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Le mal comme idée religieuse, donc culturelle (lcr.be)

Le mal comme idée religieuse, donc culturelle (lcr.be) dans Histoire 1341289944523

« Alors qu’il commence à peine à s’adapter à sa nouvelle vie tranquille de père de famille, une organisation ultra-secrète, menant une lutte acharnée contre le Mal à l’échelle planétaire, vient frapper à sa porte. » Il s’agit d’une présentation du film d’animation Moi, moche et méchant 2, connu au Québec sous le titre Détestable moi 2.

Depuis qu’on a déclaré la guerre au terrorisme on nous submerge de l’idéologie du Mal (avec majuscule). Celle-ci est responsable de tous les maux qui frappent l’humanité. C’est le diable, Satan, le Prince des Ténèbres, Belzebuth. Beaucoup de gens, suivant en cela les dignitaires religieux et politiques qui infestent notre monde, partagent cette explication. Le fond de cette conception de l’homme c’est le péché originel.

Personne n’y échappe, sauf la Vierge qui fut conçue sans cette tare, comme nous apprend le dogme de l’immaculée conception. Beaucoup de mécréants quant à eux imputaient jadis le Mal au sang et de nos jours aux gènes. On prétend découvrir le gène de l’homosexualité, des maths, du vol à la tire et de la préférence pour la sauce anglaise et récemment de la religiosité. Mais une généticienne sérieuse vous dira que « le gène » d’un comportement spécifique n’existe pas, qu’il s’agit d’inter- actions entre différents gènes et variantes de gènes et en plus, que l’expression d’un gène dépend de beaucoup de choses, dont le milieu.

Si le Mal est responsable de toutes les calamités sociales, il ne faut pas chercher plus loin. Mettez les sorcières sur le bûcher, ou, dans un langage plus moderne, lancez la guerre, huma- nitaire, préventive et que sais-je encore. Dans son livre Radical Evil (Le Mal radical, 2002) Richard Bernstein souligne que la destruction du World Trade Center en 2001 est la « personnification du mal de notre temps ». Il ne semble pas se réaliser que les E.U.A. ont tué dans la dernière moitié du XXe siècle un nombre d’innocents très supérieur aux morts du 11 septembre.

On retrouve ce Mal dans d’innombrables œuvres littéraires et cinématographiques. Ils reflètent les conceptions sociales de ceux qui pensent pour nous et au-dessus de nous. Pour Dame Agatha Christie il y a des gens qui font du mal parce qu’ils sont nés avec ça. On les pend ou on les isole. Pour le Président Bush ce sont les États « voyous » qui portent le Mal en eux parce qu’ils ne connaissent pas la démocratie de la libre entreprise : il faut les envahir, anéantir et puis doter d’un régime qui satisfait au mieux l’impérialisme.

Ne vous méprenez pas. En rejetant le Mal comme explication je ne prétends pas que le crime est le résultat d’une « jeunesse malheureuse » ou d’une « mère froide », ni qu’une telle expli- cation désinculpe le malfaiteur. Mais puisque l’humain ne peut exister que socialement c’est dans le social qu’il faut situer l’origine du crime et non dans la Providence (divine ou génétique).

Belzébuth est le Seigneur des Mouches. C’est le titre d’un roman de l’écrivain chrétien William Golding (et d’un film éponyme). Il décrit le parcours régressif d’un groupe de garçons de la haute société anglaise, et donc hautement civilisés, livrés à eux-mêmes sur une île déserte: ils reproduisent une société tribale et s’entretuent. Fini la civilisation. Seuls les plus forts survivent.

La conception religieuse pessimiste du roman se combine avec ce qu’on appelle le darwi- nisme social, une théorie qui n’était pourtant pas partagée par Darwin lui-même. Celui-ci concevait au contraire l’homme comme une espèce empathique, ayant développé une morale d’entraide. Je vous renvoie à une analyse du livre de Golding par l’anthropologue Ashley Montagu, The Nature of Human Agression (1976), qui malheureusement n’a pas été traduit.

Le Mal semble incompréhensible, tout comme le mystère de la Sainte Trinité. Il faut y croire. Mais cette croyance contient une contradiction. Si le Mal nous possède ou si les actes cri- minels sont des incarnations du Mal, nous n’en sommes pas responsables et aucune explication n’est nécessaire. De deux choses l’une : ou bien ont est responsable de ses actes, ou bien on ne l’est pas.

Mais, répondra le curé, le rabbin ou l’imam, il y a le libre arbitre! Ce concept selon lequel Dieux nous a donné le pouvoir de distinguer le bien du mal n’est pas très convaincant. De là les dis- cussions interminables sur le libre arbitre. En réalité détermination et liberté son intimement liées dans la vie sociale. Le « libre arbitre » est nié par un nombre de neurobiologistes. N’importe quel acte a une cause, même si on n’en est pas conscient.

Ce que l’on considère comme immoral ou illégal varie avec le temps et les formes de la société : l’esclavage était acceptable et nécessaire pour un Platon et un Aristote. Voler un pain pouvait amener des peines extrêmement sévères au XVIIIe et XIXe siècle. Le roman Les Misérables de Victor Hugo part de ce fait.

L’être humain n’est ni bon ni mauvais, mais avant tout social. La théorie du « contrat humain » qui doit apprivoiser le loup humain, est fausse. L’espèce humaine vit socialement depuis que la sélection naturelle l’a mise au monde et cette sociabilité lui a permis de survivre dans une nature hostile. Ainsi sont nées les techniques de survie, les formes que prennent les sociétés et les règles morales qui y répondent, en un mot la culture. Sans communauté humaine pas d’humanité. L’espèce humaine est parmi toutes les autres la seule qui échappe paradoxalement à la sélection naturelle, à la « survie du mieux adapté »: on donne de l’insuline aux diabétiques et on invente le braille pour aider les aveugles.

Les plus faibles parmi nous font partie de l’humanité. Tout cela ne veut pas dire que le mal (avec minuscule) n’existe pas et qu’un jour on se réveillera dans le paradis. Rejetons cette idée kitsch du communisme. Les contradictions psychologiques et leurs déviations possibles (je pense à la perversité) nous sont propres. Selon la neurobiologie une vie rationnelle et accomplie n’est pas possible sans vie émotionnelle. L’émotion n’est pas par définition l’ennemi du rationnel, comme le prétendent les penseurs dualistes. Consultez à ce sujet Antonio Damasio : L’Erreur de Descartes. La raison des émotions (Odile Jacob, 2001).

Le mal continuera d’exister, mais nous aurons dans une société plus juste plus de moyens pour le contenir ou le neutraliser. Peu de marxistes se sont penchés sur les questions morales. Mais il y en a, par exemple Norman Geras, tandis que Terry Eagleton est à ma connaissance le seul marxiste qui s’est penché sur la question du Mal. Il a réagi à cette hystérie idéologique dans A propos du Mal (On Evil, 2010), qui se termine avec cette phrase : « En définissant le terrorisme comme le Mal on exacerbe le problème; exacerber le problème c’est devenir un complice, même involontairement, du barbarisme que vous condamnez. » 3 avril 2014

http://www.lcr-lagauche.org/le-mal-comme-idee-religieuse-donc-culturelle/

Lire la suite

01 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Éditocratie post-électorale (acrimed)

bp

Plusieurs têtes pour une seule voix

Lundi 31 mars 20h30. Au moment où nous écrivons ces lignes, François Hollande vient de s’ex- primer pour annoncer les orientations du nouveau gouvernement dont Manuel Valls est nommé Premier ministre.

Les habituels prescripteurs d’opinion, du Figaro à Libération, avaient, quant à eux, déjà pris les devants (comme l’a relevé Sébastien Fontenelle sur son blog). Et au lendemain de la « cla- que » électorale des municipales, l’éditocratie est unanime : il est plus que jamais urgent pour Hol- lande… de ne rien changer (ou presque) à la politique menée jusqu’à présent par le gouvernement.

Petit florilège :

- « L’erreur immédiate, pour François Hollande, serait de renoncer dans la panique à son pacte de responsabilité et à ses 50 milliards d’euros d’économie promis » explique Ivan Rioufol du Figaro, qui craint que le chef de l’État ne soit pris d’une subite fièvre démocratique. Écouter les électeurs ? Que les marchés l’en préservent !

- « Le chef de l’État ne saurait céder à ces sirènes, changer de cap ou de calendrier sans mettre en péril ce qui lui reste de crédit à Bruxelles, sur les marchés financiers et, au bout du com- pte, dans le pays » semble lui répondre Le Monde. Le chef de l’État n’a d’ailleurs pas le choix : « La seule issue responsable qui s’offre à François Hollande est de mettre en œuvre puis amplifier les réformes visant à assurer un redressement économique. »

- Sur Slate.fr, Éric Le Boucher, ancien du Monde, va plus loin. Il fustige la « gauche de la gauche et les écologistes qui trépignent ». Face à la sanction des électeurs, il conseille au chef de l’État « plus de compétitivité, plus de rigueur, plus de réformes sur l’État ». Certes « les coupes budgétaires vont faire mal », et les perspectives électorales sont plus qu’incertaines… Mais « au point où il en est, il devrait prendre ce risque. » Le Boucher, le bien nommé ?

- Ni une, ni deux, Laurent Joffrin, du Nouvel Observateur, se jette lui aussi dans la mêlée pour venir au secours des promesses fiscales faites au Medef. Changer de politique serait « douteux » et Hollande « ne peut reculer soudain, sauf à perdre sur tous les tableaux : parjure aux yeux des entrepreneurs, inconstant aux yeux de la gauche ». Hélas personne n’a averti Joffrin que c’est précisément la gauche qui réclame un changement de cap…

- Fabrice Rousselot, enfin, dans l’édito de Libération, prend acte de l’ampleur de la « débâcle historique » des municipales et suggère une rupture audacieuse et originale : « Désormais, il y a urgence à délivrer un message fort au pays. Le remaniement est incontournable ». Quant à l’hy- pothèse d’un changement de politique, Rousselot s’accorde avec ses distingués collègues pour l’écarter, à une nuance près : « François Hollande n’a pas d’autre option que de maintenir son cap social-démocrate, mais sans oublier le social. » Oublier le social, c’est vrai que ce serait tout de même vraiment dommage.

Un tel pluralisme éditorial, qui parcourt toutes les nuances du beige au blanc, est éblouissant. Au point de se demander si la fusion de tous les titres de la presse écrite ne serait pas le remède ultime à la crise qu’elle traverse ? Frédéric Lemaire, le 1er avril 2014

http://www.acrimed.org/article4303.html

Lire la suite

30 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Télévision: les sexistes prennent l’antenne

Funn-crazy-monkey

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) vient d’adresser une « mise en garde » à France Télévisions pour les propos sexistes tenus lors des jeux Olympiques de Sotchi.

Cette mise en garde met en lumière le sexisme dans les médias et à la télévision en particulier. Le sexisme à la télé, ce n’est pas nouveau, mais ces derniers mois on peut dire que les différents programmes (émissions sportives, actualités, télé-réalités…) lui font la part belle, renforçant et justifiant les inégalités et le machisme au quotidien.

Médaille d’or Les commentateurs sportifs de France Télévisions, Montfort et Candeloro en tête, ont remporté la médaille d’or toute catégorie du populisme nationaliste et du sexisme lors des JO de Sotchi. « En tout cas, moi, je connais plus d’un anaconda qui aimerait venir l’embêter un petit peu cette jeune Cléopâtre canadienne… » ou « Ce sont des jeunes femmes extrêmement fines, extrê- mement jolies, extrêmement élancées, dont l’aérodynamisme n’a d’égal que le charme. » Sans parler de : « Ah, elle a beaucoup de charme Valentina, un petit peu comme Monica Bellucci. Peut-être un peu moins de poitrine, mais bon… ».

Voilà ce que nous avons pu entendre tout au long des épreuves de patinage artistique, sans que la direction de France Télévisions et en particulier son directeur des sports, Daniel Bilalian, ne réagisse. Pire, ce dernier, ne trouve rien à redire à ces propos : « Les journalistes ont commenté avec de l’enthousiasme, peut-être parfois de l’excès d’enthousiasme, de superlatifs ? Et alors, est-ce qu’on peut leur en faire le reproche ? »

Les commentateurs sportifs ne sont pas les seuls à la télévision à se « lâcher » : Thierry Ardisson dans « Salut les terriens ! » a expliqué récemment très sérieusement qu’« une femme qui présente une émission de rugby, c’est comme un homme qui met de la crème hydratante ». Lors d’émissions de télé-réalités, le sexisme et les stéréotypes font également rage sur France Télévisions comme sur toutes les chaînes de la TNT. Dans l’émission « Qui sera le grand pâtissier ? », on a entendu par exemple que les femmes auraient des compétences particulières pour réaliser des gâteaux. Ce genre d’inepties fige dans le marbre les stéréotypes et les préjugés, qui sont à la racine des inégalités. Mais la pire des émissions sexistes de ces dernières années est sans aucun doute « Le Bachelor », où un homme (beau et riche) doit faire son « choix » entre 25 jeunes femmes mises constamment en concurrence !

Où sont les femmes ?
Au-delà des propos sexistes, c’est la place des femmes à la télévision qui pose problème. Selon le collectif Prenons la Une, les femmes « ne représentent que 18 % des experts invités. Les autres femmes interviewées sont trop souvent présentées comme de simples témoins ou victimes, sans leur nom de famille ni leur profession ». Ne parlons même pas des débats politiques, économiques, aux plateaux exclusivement masculins !
Le CSA a publié deux rapports édifiants, indiquant que la part des femmes intervenant dans les éditions d’information analysées est inférieure à 20 % (contre un peu de plus de 80 % pour les hommes) quel que soit le type de média (chaînes généralistes, chaînes d’information). Même chose pour les émissions dites de plateau : « dans l’ensemble des émissions analysées, le temps de parole des femmes (quel que soit leur rôle à l’antenne) ne représente que 30 % du temps de parole total ».
La télévision véhicule stéréotypes et propos sexistes. Faut que ça cesse, c’est urgent !

Sandra Demarcq Hebdo L’Anticapitaliste – 235 (27/03/2014)

Lire la suite

29 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Révoltes logiques: à quoi sert le chômage ?

Baisse-chomage

Le chômage ni la précarité ne peuvent se réduire à des chiffres statistiques ni à des courbes.

« Le fameux pacte de responsabilité rend le MEDEF tout puissant : les négociations se passent dans son siège parisien et les seules propositions discutées sont les siennes. L’accord impose encore une régression des droits des salariés fragiles, des chômeurs , des précaires. » dénonce Samuel Churin, comédien et porte parole de la coordination des intermittents et précaires.

Alors, nous, Piqueteros, au nom de ces chômeurs argentins bloquant des routes pour obtenir des droits, portons cette révolte par une interrogation :

A Quoi sert le chômage ? A qui profite t-il ?

Est-il un instrument de chantage sur les salariés ? Une nouvelle forme de domination? Sert-il à isoler le chômeur, le rendre invisible et malléable ?

Trois lectures viendront illustrer notre questionnement :
Le témoignage d’une femme en situation de recherche d’emploi .
Un extrait de « Le quai d’Oustreham « de Florence Aubenas , journaliste , investit pendant six mois dans le monde de la précarité  » pour vivre la vie des plus démunis  » .
Une intervention de Pierre Bourdieu à propos du mouvement des chômeurs en 1998.

  LCause Maison Pour Toutes,
4, rue Ernest Renan à Brest.

jeudi 3 avril à 19:00

Infos : Le théâtre du Grain – 02 98 43 16 70

https://www.facebook.com/events/655573614479323/

Lire la suite

28 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Municipales: les médias ont-ils favorisé le fn?

non-à-la-télé-2-MPI

Le 19 mars, la chaîne de flux d’infos BFM TV s’était faite rappeler à l’ordre par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).

Son traitement de l’actualité politique nationale posait problème à cause du « faible accès à l’an- tenne des représentants de l’UMP et du Parti socialiste » et de « la persistance de la surrepré- sentation du Front national ». Pendant le mois précédant la dernière semaine de campagne, BFM TV avait consacré 1h16 d’antenne aux élections municipales, dont près de la moitié (33 mn) au FN : deux fois plus que l’UMP, trois fois plus que le PS, huit fois plus que les écologistes. La chaîne s’était faite tancer par plusieurs médias de gauche, dont Regards.

BFM TV s’est, depuis, rattrapée. Son plateau a consacré 4h30 de plus aux élections municipales pendant la dernière semaine de campagne, selon le CSA, qui vient d’actualiser les chiffres de temps de parole fournis par les chaînes. Les apparitions des leaders frontistes ne monopolisent plus l’an- tenne : sur l’ensemble de la période, du 10 février au 21 mars, leur temps de parole est redescendu à 10%, (soit une bonne demi-heure, 26 minutes pour EELV et 17 minutes pour le Front de gauche) derrière le PS et l’UMP. Les proportions sont sensiblement les mêmes chez les chaînes concurrentes i-Télé et LCI. Précisons que les parts d’audience de ces trois chaînes ne dépassent pas 3% (en moyenne, sur l’année 2013), soit un flux d’environ 700 000 téléspectateurs, en moyenne, qui suivent leurs émissions plus de 5 mn – 450 000 pour BFM TV, 200 000 pour i-Télé, 45 000 pour LCI.

France Info favorise le PS, Europe 1 ne convie pas le Front de gauche. De leur côté, les chaînes « généralistes » ont consacré beaucoup moins de temps aux candidats en campagne dans leurs JT nationaux ou leurs magazines : 47 mn pour France 2, 29 mn pour France 3 (les émissions régionales ne sont pas comptabilisées). Chacune a accordé 17% de ce temps d’antenne au FN, soit 8 mn 27 secondes pour France 2, à comparer avec les 13 mn offertes au PS, les 10 mn à l’UMP, et les deux petites minutes laissées aux formations du Front de gauche (Parti communiste et Parti de gauche) et à EELV. Les chiffres de TF1 n’ont pas été communiqués.

Sur la fin de campagne, le problème vient, selon le CSA, des radios. « Des déséquilibres persistants sur plusieurs radios généralistes ont été constatés et le Conseil a formulé des mises en garde à Europe 1, France Info, Radio Classique et RTL », pointe le CSA. Les micros de France Info ont ainsi été largement monopolisés par le PS : 2h15 sur près de 5h d’antenne consacrées à la cam- pagne. Soit 45% du temps, contre 27% à l’UMP, 9% à EELV, 8% au Front de gauche et 4% au FN. Avec une audience cumulée de 8% fin 2013, France Info capte plus de 4 millions d’auditeurs occasionnels (nombre de personne qui ont écouté la radio au moins une fois en novembre et décembre).

A Europe 1, les candidats du Parti communiste et du Parti de gauche n’ont pas eu accès aux studios pendant le mois qui a précédé le 1er tour. Les socialistes ont ainsi pu s’y exprimer pen- dant 1h (42% du temps), contre une demi-heure environ pour la droite et l’extrême droite. Au contraire, RTL – près de 6 millions d’auditeurs occasionnels – a accordé autant de temps au Parti de gauche qu’à l’UMP, au PS et à EELV (5 mn). Mais c’est sur Radio Classique que les leaders du FN ont été le plus longuement invités, plus que tous leurs adversaires : près d’un tiers du temps de parole. Entrecoupé de symphonies de Wagner ? Par Ivan du Roy 28 mars 2014

Lire la suite

27 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Les chaines de télévision ont voté front national (reporterre)

mettre-fin-peur

Une poussée de l’extrême-droite ?

Servie sur un plateau par les chaînes de télévision, qui ont accordé au Front national, dans les dernières semaines, un temps d’antenne bien supérieur à son poids réel, et largement supérieur à celui des écologistes et du Parti de gauche.

Parmi la myriade d’organismes qui composent l’Etat français, il y a en un qui s’appelle le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Parmi les tâches de ce conseil, l’écoute des chaînes de télévision afin de mesurer l’équité dans la distribution des temps de parole aux principaux partis politiques. En période électorale, le Conseil est particulièrement attentif.

Que s’est-il ainsi passé à la télévision dans les dernières semaines, entre le 10 février et le 14 mars ? Un fort déséquilibre de la parole : « Le Conseil a relevé que le traitement de l’actualité électorale au niveau national est caractérisé par le faible accès à l’antenne des représentants de l’UMP et du parti socialiste ainsi que par la persistance de la surreprésentation du Front national. » Pour mesurer précisément ce déséquilibre, on peut aller examiner plus en détail les différents relevés.

Si l’on regarde les chaînes généralistes, en comptant les journaux et les magazines, on observe un déséquilibre important :

le Front national bénéficie de 22 % du temps d’antenne consacré aux partis politiques sur France 2, de 29 % sur France 3, de 65 % sur France 5 et de 50 % sur Canal Plus. En comparaison, EELV a 1 % sur France 2, 5 % sur France 3 et rien sur les autres chaines. L’UMP est bien mieux traitée que le PS, et le Parti de gauche n’apparait simplement pas.

Du côté de Canal Plus, en revanche, on observe une surreprésentation importante de l’UMP, une surreprésentation d’EELV et du FN, tout ceci au détriment du PS. Quant aux chaines d’information en continu, elles se livrent à une véritable propagande en faveur du parti d’extrême-droite :

EELV : 5 % du temps sur BFM, 4 % sur i-Télé, 2 % sur LCI.

FN : 43 % sur BFM, 21 % sur i-Télé, 15 % sur LCI.

Parti de gauche : 8 % sur BFM, 2 % sur i-Télé, 7 % sur LCI.

PS : 15 % sur BFM, 29 % sur i-Télé, 40 % sur LCI.

UMP : 19 % sur BFM, 33 % sur i-Télé, 26 % sur LCI.

Au total, si l’on additionne les temps de parole accordés par les huit chaînes de télévision pour lesquelles le CSA a effectué un relevé, on obtient un temps d’antenne pour la période, tous partis confondus, de 5h45min51s.

. Le temps consacré au FN a été de 1 h 29min 59 s. Soit 26 % de 5 h 45 min 51 s.
. Le temps consacré à l’UMP a été de 1 h 37 min 18 s, soit 28,1%.
. Le temps consacré au PS a été de 1 h 28 min 35s, soit 25,6%.
. Le temps consacré à EELV a été de 13 mn 1s, soit 3,75 %.

Les chaines de télévision ont voté Front national. Et les médias, ensuite, claironnent sur « la poussée du Front national ». Cela s’appelle une prophétie auto-réalisatrice.

 Actualisation 27 mars

Dans la dernière semaine, entre le 14 et le 21 mars, les télévisions ont redressé la barre. Selon les relevés publiés par le CSA le 26 mars, on observe que sur la période 10 février-21 mars, le FN revient à 15,87 % du temps de parole sur les journaux et magazines des télévisions généralistes, et à 12,18 % sur les chaînes d’information en continu. Quant à EELV, elle se situe bien en-dessous, respectivement à 3,69 % et 5,41 %. Parti de gauche, PC et Modem apparaissent enfin.

Source : Hervé Kempf pour Reporterre. mercredi 26 mars 2014

http://www.reporterre.net/spip.php?article5617

Lire la suite

26 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Interluttants du spectacle

fool
Dans la nuit du vendredi 21 au samedi 22 mars, aux termes d’une parodie de négociations, le Medef, la CFDT et FO concluaient un accord.
L’annonce était attendue : qu’allait-il advenir du régime spécifique (annexes 8 et 10) d’assurance chômage des intermittents du spectacle et de l’audiovisuel que le Medef voulait supprimer ? Depuis quelques semaines, la mobilisation, riche des acquis de la grève de 2003, gagnait en nombre et en radicalité.
*
La propagande médiatique fit son travail : les annexes étaient supposément sauvées, le Medef avait renoncé ! La ministre de la Culture se félicitait, etc. Circulez, plus rien à voir, on y reviendrait certes plus tard, mais pour l’heure : victoire !
*
Et pourtant, l’accord signé est inacceptable. Il entérine et accroît les inégalités de celui, dévastateur, de 2003, s’attaquant aux plus fragiles et aux plus précaires. Ainsi, les intérimaires (annexe 4) en seront les plus immédiates victimes. Ainsi l’application de la franchise (ou carence) pour les petits et moyens salaires, l’augmentation des cotisation des intermittents témoignent sans fard de qui est visé et qui est épargné. À la marge, des mesures tentent de faire croire que l’accord est progressiste : on connaît la chanson qui, sous couvert de victoires sociales, entérine les pires régressions.
La riposte a été immédiate : convocations d’AG, occupation du Carreau du Temple à Paris évacué de façon brutale, etc. À la télévision, dimanche soir, devant les images de la violente ex- pulsion d’intermittents et de précaires du siège d’Anne Hidalgo, le sénateur PS Assouline les dénonçait comme des « provocateurs »…
Tout était dit en quelques mots, démasquant la prétendue solidarité du gouvernement avec les intermittents : ici encore et comme partout, le PS soutient en fait et quoi qu’il en dise la guerre sociale que mène le patronat.
Patrons et gouvernement, aidés par certains syndicats, pensaient éteindre l’incendie. Rien n’est moins sûr, cependant : leur cynisme et leur brutalité produisent colère et détermination. Les dernières semaines furent riches en convergences (chômeurs et précaires) et confiance retrouvées.
Une épreuve de force exemplaire s’engage : elle unit artistes et techniciens, chômeurs et précaires, créateurs et publics contre la logique destructrice des intérêts du Medef.

Olivier Neveux Hebdo L’Anticapitaliste – 235 (27/03/2014)

Lire la suite

24 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Intermittents

fin

« Pour le Medef et son allié la CGPME, l’objectif est de se désengager des annexes, de les sortir de la solidarité interprofessionnelle »

Entretien. Christophe Jaillet est comédien et marionnettiste. Il est membre du SFA-CGT (Syndicat français des artistes) et a participé à toutes les luttes des intermittentEs à Lyon depuis 1991. Avec lui, nous revenons sur les débats autour du régime des intermittentEs, et leur mobilisation en défense des acquis.

Quels sont les projets du Medef concernant le régime spécifique des intermittents du spectacle ? Celui-ci est-il réellement divisé comme pourrait le laisser entendre la prise de position de Laurence Parisot dans les Échos ?

Laurence Parisot n’a jamais eu à traiter la « patate chaude » du régime spécifique d’indemnisation chômage des intermittents du spectacle. Dès 2008, Sarkozy avait demandé la prorogation en l’état des annexes 8 et 10 jusqu’en 2013 : il ne voulait pas être emmerdé avec ça alors qu’il y avait des dossiers lourds à venir (réforme des retraites, de la Sécurité sociale, loi TEPA, TVA sociale etc.). Parisot n’a jamais vraiment digéré son éviction lors du vote du Conseil exécutif en mars 2013 alors qu’elle était candidate à sa succession à la tête du Medef. Donc, c’est plus « le coup de pied de l’âne » à Gattaz qu’un soutien vibrant à la politique culturelle ou un soudain amour pour les acteurs de la culture en France…

Pour le Medef et son allié la CGPME, l’objectif est de se désengager des annexes, de les sortir de la solidarité interprofessionnelle. Mais l’objectif est difficilement atteignable car les professionnels du secteur sont fortement mobilisés depuis plus de vingt ans. La difficulté pour le Medef est de séparer le bon grain de l’ivraie. Ils veulent continuer à faire du dumping grâce à la permittence, c’est-à-dire l’emploi d’intermittents de façon permanente ou quasi permanente par un même employeur (dans les boîtes audiovisuelles, par exemple, qui abusent du recours au CDD d’usage avec la bienveillance hypocrite du patronat) et refourguer à la charge de l’État les « improductifs et subversifs » du spectacle vivant. C’est ce qui a été en partie réalisé en 2003 avec la poursuite du phénomène de la permittence dans le secteur privé et la prise en charge de fonds spéciaux abondés par le ministère de la Culture (fonds de transition, fonds transitoire, fonds de professionnalisation, AFD etc.) pour ceux « qui n’arrivent plus à faire leurs heures ». Pour l’heure, le patronat n’a pas évoqué dans ses projets un traitement différencié des artistes et des techniciens.

Que penses-tu de l’argument, largement repris dans les milieux culturels, de l’apport économique que représente aujourd’hui le monde de la culture et qui justifierait de le protéger ?

C’est un terrible renoncement, une défaite idéologique ! Cela pourrait avoir des conséquences tragiques à l’avenir. En utilisant les arguments des capitalistes, à force de claironner que la culture, c’est un champion économique (on « pèse » plus que l’industrie automobile en terme d’emplois, etc.), cela ne justifiera-t-il pas de supprimer les subsides nécessaires à une création diverse, qui ne soit pas inféodée au pouvoir économique ? Si la culture est rentable et rapporte, pourraient affirmer les capitalistes, pourquoi alors ne pas l’intégrer dans les négociations de l’accord de libre échange panaméricain ?

Quelles sont les revendications principales du mouvement ? Et sur quoi, car il n’est pas unifié, se divise-t-il ?

Loin de la guerre souterraine de 2003 entre les partisans des thèses de Toni Negri et du revenu universel et les organisations syndicales du secteur (CIP/IDF contre Fédération du spectacle CGT), le mouvement est aujourd’hui unifié autour du Comité de suivi et de ses propositions pour la réforme des annexes spécifiques de l’assurance chômage des artistes et techniciens, avec la caution des deux ministres socialistes, Sapin et Filippetti. Sans entrer dans des détails trop techniques, le Comité de suivi préconise une annexe unique pour les artistes et les techniciens : 507 heures sur 12 mois, pour ouvrir 12 mois d’indemnisation avec une date anniversaire préfixe, l’assimilation des périodes de travail hors spectacle à raison d’un tiers des heures, le plafonnement mensuel du cumul salaires et allocations chômage et un nouveau mode de calcul plus mutualiste, maintien du principe de solidarité intra et interprofessionnel.

En quelques jours, la mobilisation a connu un fort accroissement. Quelles sont les prochaines échéances ?

La dernière séance de négociation de l’assurance chômage aura lieu le 20 mars. Il y a fort à parier que grâce à la forte mobilisation, l’ordre du jour portera intégralement sur le régime général et l’annexe 4 et que les annexes 8 et 10 seront prorogées, dans l’attente pour le Medef de trouver une nouvelle fenêtre de tir plus favorable (au mois d’août ?) afin de modifier à la baisse ces annexes. C’est pourquoi il faudra que les forces en lutte restent mobilisées…

La question de la grève est-elle abordée ? En particulier celle des festivals ?

La question de la grève est complexe. L’avis le plus répandu chez les artistes, c’est qu’il est plus efficace de rencontrer le public, lire des textes avant ou après les spectacles, faire signer des pétitions, créer des happenings spectaculaires (manifs de droite, enterrements scénarisés, etc.) plutôt que de descendre le rideau de fer. Pour beaucoup, le travail est rare et ils ont le sentiment de « se tirer une balle dans le pied » en ne jouant pas. Pour les techniciens, qui ont un rapport au travail plus proche des ouvriers, la grève reste le recours ultime. Ainsi, en juillet 2003, c’est la grève d’une demi-douzaine de techniciens qui a conduit à l’annulation du festival d’Avignon. Il y a aussi l’arme de « l’écran noir » à la télévision, chose qui n’est jamais arrivée, ce qui eut été possible dans les années 70 à l’époque de l’ORTF, mais qui semble quasi impossible techniquement à ­réaliser aujourd’hui.

Cette bataille intervient alors qu’une mobilisation était en cours contre la diminution du budget de la culture (ce que la droite n’avait jamais osé faire). Comment s’articulent ces deux luttes ?

Assez difficilement. La difficulté provient du téléscopage des « marches pour la culture » initiées conjointement en janvier par les employeurs du secteur et la CGT spectacle, et la lutte pour la sauvegarde des annexes 4, 8 et 10 qui se développe depuis l’annonce choc du patronat du 12 février de la suppression des trois annexes. La porosité entre les deux mouvements n’est pas pour plaire aux patrons du secteur qui défendent des positions assez corporatistes, mais légitimes tant la politique culturelle du gouvernement socialiste est en régression depuis 2012. En région, les militants de la CGT jouent les « entremetteurs » entre les privés d’emploi et précaires du PEP-CGT et les res- ponsables du Syndicat des entreprises artistiques et culturelles (Syndéac), de la Chambre pro- fessionnelle des directions d’opéra (CPDO) et du Syndicat national des scènes publiques (SNSP). Ils essayent de garder l’unité de la lutte sans laisser le leadership à l’une ou l’autre partie, chose pas toujours aisé tant les antagonismes sont forts…

Propos recueillis par Olivier Neveux Hebdo L’Anticapitaliste – 234 (20/03/2014)

Lire la suite

24 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Snowpiercer, un mariage efficace de science-fiction et de lutte des classes (psl.be)

3193725928

Juillet 2014. Face au réchauffement climatique, plusieurs dizaines de pays répandent dans l’atmosphère un gaz destiné à refroidir la température terrestre.

17 ans plus tard, alors que le monde est plongé depuis autant d’années dans une terrible ère glaciaire, les derniers survivants de l’Humanité sillonnent le paysage désolé à bord d’un train forcé à rouler continuellement et très strictement hiérarchisé. A sa tête l’élite et son dirigeant, Wilford, qui possède tout, du train au droit de vie et de mort sur ses occupants. En queue de train, la masse des ‘‘queutards’’ survit dans un espace surpeuplé, dans une misère sans nom.

Ils n’ont pour eux que l’espoir de la révolte, et Snowpiercer, le transperceneige raconte leur soulèvement. La science-fiction s’est régulièrement faite le vecteur de réflexions, d’espoirs mais aussi (et surtout) d’inquiétudes concernant notre société et son évolution. Ces dernières années, certains ont plus franchement abordé le cas de la révolte contre un système inégalitaire (notamment Elysium, de Neill Blomkamp, 2013). Ce n’est bien entendu pas un hasard dans l’actuel contexte de crise du capitalisme et de révolte de masse à travers le globe.

Mais ce qui frappe dans Snowpiercer, et ce qui le distingue singulièrement d’autres productions d’anticipation du style de Time Out (d’Andrew Niccol, 2011), c’est la clarté avec laquelle est exposée le système de classes sociales ou encore la notion que le pouvoir dépend de la propriété des moyens de production (la ‘‘machine sacrée’’ qui permet au train de rouler indéfiniment dans ce cas-ci).

L’élément collectif du processus révolutionnaire est aussi plus fortement souligné, da- vantage même que dans la bande-dessinée originale de 1982. Curtis (Chris Evans), le dirigeant du soulèvement, est loin de l’image du héros solitaire tentant à sauver le monde par sa seule force individuelle. Une question abordée et qui est fondamentale pour toute personne désireuse de lutter pour améliorer ses conditions d’existence est celle de la réforme ou de la révolution (se contenter de quelques wagons ou prendre possession de la machine?).

Enfin, la tentative de géo-ingénierie à la base de cet univers post-apocalyptique est également une sérieuse mise en garde face aux ‘‘solutions’’ que les élites capitalistes peuvent mettre en œuvre face au péril climatique plutôt que d’opérer un changement de système.

Mais si ce film aborde avec brio une thématique forte (même si la conclusion de l’intrigue peut ouvrir la voie à de nombreuses discussions), c’est loin d’être son seul attrait. Les acteurs sont brillants (notamment John Hurt et Tilda Swinton, cette dernière étant tout bonnement époustouflante en Ministre du Train) et le réalisateur sud-coréen Bong Joon-h confirme ce talent que la scène internationale avait pu déjà voir à l’œuvre avec le splendide thriller fantastique The Host (2007). Un film à voir, donc, et à faire voir.  23 mars 2014 Par Nicolas Croes

http://www.socialisme.be/fr/8970/snowpiercer-un-mariage-efficace-de-science-fiction-et-de-lutte-des-classes

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin