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07 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Ugo Palheta (NPA)

hugo

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06 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Marc-André Sélosse ( Reporterre )

Marc-André Selosse : «<small class="fine d-inline"> </small>La solution, c'est le vivant<small class="fine d-inline"> </small>!<small class="fine d-inline"> </small>»

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Marc-André Selosse : « La solution, c’est le vivant ! »

Agriculture bio, non-labour… Les solutions sont là, déjà, amassées grâce à l’écologie et les sciences du vivant. Mais « on ne pense pas au vivant », regrette le biologiste Marc-André Sélosse, auteur de Nature et préjugés.

Professeur à l’Université Paris-Saclay, Marc-André Sélosse est un spécialiste des champignons et du sol. Il publie Nature et préjugés (éd. Actes Sud), un beau livre de vulgarisation qui plaide pour la reconnexion de notre société au vivant.

Reporterre – Pourquoi dévaste-t-on la planète ?

Marc-André Sélosse – La tendance à dévaster est malheureusement une tendance du vivant. Mais l’Homme est la première espèce à avoir la capacité de prévoir et donc de continuer à dévaster en sachant ce que cela implique.

Pourquoi le fait-on, alors ?

Cela renvoie à un principe qu’on appelle « la tragédie des biens communs », qui a été formulé en 1968 par l’écologue Garrett Hardin. L’idée est que le court terme l’emporte sur le long terme. En d’autres termes, un organisme qui se reproduit plus qu’un autre aura plus de descendants et transmettra ce qu’il est, même si c’est aux dépens du long terme. Cela s’observe aussi en économie, où l’on peut faire plein d’argent en abîmant le milieu. L’idée est que ce qui est sélectionné est ce qui marche à court terme, quelles qu’en soient les conséquences à long terme.

Au contraire, l’Homme pourrait s’inspirer de ce que nous voyons et nous prévoyons pour encadrer mieux les choses et empêcher les succès à court terme qui obèrent le long terme. La tragédie des communs, c’est donc cela : si quelqu’un a un moyen d’obtenir plus d’un bien commun, qui rapporte pourtant à tout le monde, tout le monde va porter le poids de cette « réduction ». Celui qui a endommagé ce bien commun encaisse, lui, le bénéfice.

C’est un comportement capitaliste, non ?

Oui. Le capitalisme est un de ces mécanismes qui, bien qu’il émerge dans la sphère culturelle, est attendu dans le monde vivant. Mais être humain, c’est ne pas se résigner à l’attendu.

Pourquoi ceux qui ont le plus de puissance dans le monde continuent-ils à avoir cette vision de court terme ?

Ils veulent empocher de l’argent et puis ils iront se réfugier dans un bunker sur une île. Je suis convaincu que ces gens ignorent les sciences de l’écologie ou de l’évolution. Ils ne croient pas vraiment à ce qu’annoncent ces disciplines parce qu’ils n’ont pas été formés aux logiques du vivant. Elon Musk est convaincu qu’avec un peu d’exploration spatiale, on passera à une « planète B ». Ça me fait rigoler, parce que le vivant est lié à des conditions physicochimiques qu’on a peu de chance de retrouver ailleurs. Mais il y a des gens sincèrement convaincus que les messages d’alerte que passent les scientifiques ne sont pas si vrais que ça, qu’il s’agit d’une opinion.

Les dirigeants sont-ils ignorants ?

Il leur manque un pan de connaissances. Il ne faudrait pas dédouaner tout le monde, parce que lorsque vous achetez un produit, vous cautionnez le système qui l’a produit. Bien sûr, des puissants essayent de tirer un maximum d’argent à court terme du bien commun qu’ils détruisent. Mais ils le font avec la complicité de ceux qui, comme moi, ont un ordinateur, par exemple. On devient dépendant. Nous sommes complices d’un système où, en consommant, nous donnons un sens aux activités de surexploitation qui nous entourent. Concrètement, j’ai moi-même un poids de responsabilité. Pas seulement les gros.

Il y a quand même une solution au désastre, écrivez-vous dans « Nature et préjugés ».

L’écologie et les sciences du vivant ont accumulé des connaissances qui offrent des perspectives de solutions, voire des solutions déjà mises en place. Contre l’érosion des sols agricoles qui est décuplée par le labour, on a aujourd’hui des formes d’agriculture non labourées. Contre la toxicité des aliments qui sont bourrés de pesticides ou de cadmium, dérivé des engrais phosphatés qu’on utilise en agriculture conventionnelle, le bio a trouvé des solutions. On a aussi des perspectives pour mieux gérer les antibiotiques par des méthodes moins impactantes pour l’organisme.

Pour vous, il ne faut pas tant parler de la transition que reconnaître que nous sommes, comme tous les êtres vivants, plongés dans la course à l’évolution.

On y est soumis. Par exemple, je vous vois blanc. Moi aussi je suis blanc. Pourquoi ? Parce que quand certains groupes humains — qui étaient de peau noire, ce qui la protégeait des rayons UV — sont montés dans les zones tempérées, sa peau est devenue plus pâle parce que ça permet aux UV d’y entrer et de faire de la vitamine D. Et donc l’humanité a blanchi chaque fois qu’elle est partie dans les latitudes élevées. Nous sommes un produit de l’évolution biologique et cette évolution n’est pas terminée. Nous sommes aussi un produit d’évolution culturelle.

La culture est aussi en évolution selon des mécanismes très semblables aux mécanismes de l’évolution biologique. La culture a ceci de commun avec l’évolution biologique qu’on ne peut pas l’arrêter : les autres évoluent, et cela vous oblige à évoluer en retour. C’est un processus incessant. Alors que le concept de transition revient à dire qu’on va passer dans un état parfait puis ce sera fini. Mais il faut penser la transition que nous devons faire comme le premier pas qui mènera à une autre transition. Et la suite des transitions, c’est l’évolution culturelle.

Il y a eu une crise agricole au début de l’année. Que retenez-vous des annonces du gouvernement en réponse à cette révolte paysanne ?

Quand on écoute les revendications de la FNSEA et quand on voit comment le gouvernement agit, cela incarne très bien ce que je vous disais tout à l’heure : on ne pense pas au vivant. En revanche, on n’a pas peur du chimique. Mais en utilisant le chimique, on abîme le vivant. Les agriculteurs ont en moyenne moins de cancers que la population générale, mais pour des cancers comme les lymphomes, ils en ont 50 % en plus, pour les myélomes, 20 % en plus.

Ils ont des problèmes aussi de cancers de la prostate, et des problèmes d’Alzheimer ou de Parkinson. Les décisions prises ne sont pas bonnes pour la santé des agriculteurs et des consommateurs, elles négligent le vivant comme solution.

Pourquoi prend-on ces mauvaises décisions ?

Les lobbies veulent continuer à valoriser les appareils de production dans lesquels ils ont investi. Mais par ailleurs, la société n’est pas prête à aider les agriculteurs. Récemment, on a vu que le marché du bio a commencé à se rétracter de 4 à 5 % [1]. Qu’est-ce qui s’est passé ? Rien.

N’est-ce pas parce que les décideurs n’ont pas soutenu cette voie d’avenir ?

Dans un pays démocratique, les décideurs reflètent le pays. Les politiques servent aux gens ce qu’ils attendent. Nous payons une désaffection collective, notamment envers l’agriculture. Du coup, les agriculteurs ont raison de ne pas changer. Parce que changer, c’est prendre des risques. On ne peut pas leur demander de faire mieux sur la qualité de l’eau, sur la qualité du paysage, sur la qualité de l’air, sur la qualité des aliments si l’on ne paye pas davantage leurs produits.

Pourquoi y a-t-il cette désaffection sur des sujets aussi importants ?

Parce que le vivant, c’est la dernière roue du carrosse. On croit beaucoup plus aux technologies et à la chimie qu’au vivant comme outil. Du coup, on ne voit pas l’agriculture, on ne voit pas la production alimentaire, on ne voit pas les écosystèmes. Dans l’enseignement, il n’y a pas de programme autour des sciences du vivant. Et les profs de maths et de physique disent aux gamins qui veulent devenir ingénieurs, agronomes ou médecins, « il faut que tu fasses des maths et de la physique parce que ce sont les matières de sélection ». On forme des agronomes qui ne sont pas très bons en bio parce qu’ils ont le même coefficient en maths et en biologie à l’entrée de l’Agro. On fait des médecins qui n’ont pas trop le temps de s’occuper du patient comme d’un truc vivant parce qu’ils ont été sélectionnés sur des maths.

Il y a quelque chose qui est porteur d’espoir, c’est le 4 pour 1 000. De quoi s’agit-il ?

On va enfin donner un exemple très précis de solution. Quand on laboure, on bousille la vie du sol, on augmente l’érosion. Les sols européens ont perdu la moitié de leur matière organique depuis les années 1950. Le 4 pour 1 000, c’est l’idée que si on met de la matière organique dans le sol et qu’on ne laboure pas, on va y stocker du carbone. Si, tous les ans, on augmente de 4 pour 1000 la teneur en matière organique, on aura effacé la production de gaz à effet de serre de cette année-là, c’est énorme.

Comment mettre la matière organique dans les sols ? Par le compost. Et en hiver, au lieu de laisser le sol nu s’éroder, vous plantez des intercultures que vous allez broyer au sol avant de faire votre semis au printemps suivant. Comme ça, vous pouvez stocker entre 100 et 800 kilos de carbone par hectare. Et l’agriculteur va pouvoir émarger aux crédits carbone. Si le syndicat agricole majoritaire faisait son travail, il irait sur le marché du carbone prendre du fric pour aider l’agriculture. Mais il y a mieux. Quand vous avez remis de la matière organique dans le sol, non seulement c’est autant de carbone qui ne va pas être sous forme de CO2, mais la matière organique du sol colle les particules de sol, et résout les problèmes d’érosion.

Cette matière unique a un autre rôle : elle soutient la vie du sol qui s’en nourrit et, lentement, libère de l’azote et du phosphate. Elle est un engrais. Elle a encore un autre rôle, c’est qu’elle retient l’eau. 1 % de matière organique en plus dans le sol, c’est 10 millimètres d’eau de pluie retenue. Dans un pays dont les étés deviennent secs, c’est une façon d’avoir plus de réserves en eau dans le sol. Un point que le plan eau du gouvernement en mai dernier a complètement négligé. Donc, remettre la matière organique dans les sols, c’est bon pour le climat, bon pour la vie des sols, bon contre l’érosion, bon pour faire des réserves en eau. Putain, qu’est-ce qu’on attend ?

Justement, pourquoi ça ne se fait pas ?

Il y a besoin de sortir du technologique, de sortir du chimique et de prendre le vivant comme solution. Qu’est-ce qu’on attend ? Je ne sais pas, mais on est complètement acculturés du vivant.

Dans « Nature et préjugés », vous écrivez : « Une génération comme la mienne n’a rien obtenu en expliquant et en discutant bien poliment. »

J’ai 55 ans et je vois que rien n’a changé, au contraire, tout a empiré et on peut se poser la question de savoir si la voix de la raison peut marcher. Une chose m’inquiète beaucoup, c’est que l’alternative qu’est l’action violente finit par devenir un possible. Je suis non violent, mais il faut regarder les choses en face : quand on voit que la violence des agriculteurs paye face au gouvernement, on se dit que si on veut que l’écologie paye, il faut en faire autant.

Diriez-vous comme René Dumont en 1974, « l’utopie ou la mort » ?

La mort est annoncée clairement, les pesticides sont faits pour tuer. Le cadmium [métal toxique omniprésent dans notre environnement] — qui contamine les phosphates qu’on utilise comme engrais — nous contamine puisqu’il rentre dans les végétaux et qu’on les mange. Derrière le mot « utopie » se cache l’idée de quelque chose qui ne peut pas exister aujourd’hui. Or, il y a des choses déjà mises en pratique localement et qui marchent. Donc je ne dirais pas l’utopie ou la mort, mais « utiliser le vivant ou la mort ».

Hervé Kempf 6 avril 2024

https://reporterre.net/

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04 avril 2024 ~ 0 Commentaire

notre hebdo

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03 avril 2024 ~ 0 Commentaire

éternels

 Les polluants éternels, « c’est plus qu’une histoire de poêles », alerte Camille Étienne

Les députés se penchent ce jeudi 4 avril sur une proposition de loi de l’élu écologiste Nicolas Thierry visant à interdire les polluants éternels. Certains industriels, notamment SEB, s’y opposent farouchement. Dans un documentaire, l’activiste écologiste Camille Étienne alerte sur ce qu’elle considère comme un « enjeu de santé publique ».

On les appelle PFAS (un acronyme anglais qui se prononce Pifasse, pour per et polyfluoroalkylées). Ils sont plus connus sous le nom de polluants éternels. Ces molécules sont présentes partout dans notre vie quotidienne : ustensiles de cuisine, emballages alimentaires, papier de cuisson, textiles, cosmétiques, mousse anti-incendie…

Nées d’une liaison carbone-fluor et quasi-indestructibles, ces substances, massivement utilisées par l’industrie chimique, se retrouvent dans l’air, le sol, les eaux des rivières, la nourriture et jusque dans le corps humain.

« Les PFAS ont en plus la possibilité d’être bio-accumulable, c’est-à-dire que notre corps n’a pas les capacités de les éliminer, on les accumule au cours des années », explique Camille Étienne.

L’activiste écologiste vient de leur consacrer un documentaire (Toxic Bodies, disponible sur YouTube) et appuie une proposition de loi déposée par le député Les Écologistes de Gironde, Nicolas Thierry. Elle est présentée ce jeudi 4 avril devant l’Assemblée nationale.

Pouvez-vous nous résumer l’objectif de la proposition de loi présentée ce jeudi à l’Assemblée nationale ?

Le but de la loi est d’interdire d’ici à 2026 l’utilisation de PFAS dans les cosmétiques, dans les ustensiles de cuisine et dans les textiles d’habillement, de mener des tests sur l’eau potable afin de savoir à quel point elle est contaminée et…

Ouest-France 03/04/2024

https://www.ouest-france.fr/

 

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03 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Olivier Besancenot (NPA)

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15 mars 2024 ~ 0 Commentaire

aya nakamura (npa)

aya nakamura

Contre l’offensive raciste, soutien à Aya Nakamura

Le NPA condamne fermement les attaques racistes et la polémique orchestrée par l’extrême droite dont est victime la chanteuse Aya Nakamura.

Le harcèlement dont Aya Nakamura fait l’objet n’est pas sans rappeler ceux qu’ont subi Jessye Norman pour le bicentenaire de la Révolution française, Christiane Taubira pour sa nomination comme Garde des sceaux, Black M pour le centenaire de la bataille de Verdun, ou plus récemment Omar Sy pour son rôle dans la série Lupin. Ce que l’extrême droite refuse, c’est la possibilité pour des personnes noires de représenter la France sur la scène internationale.

Il est scandaleux que le gouvernement, qui l’a mise dans cette position, reste silencieux face à de tels actes de racisme flagrant et de misogynoir, montrant ainsi une complicité tacite avec les forces extrémistes.

Nous ne sommes pas dupes du silence d’Emmanuel Macron qui communique sur la prestation d’Aya Nakamura, puis la laisse seule face aux aboiements de l’extrême droite. C’est le même personnage qui d’une main se fait une fierté de panthéoniser Joséphine Baker et de l’autre appelle Zemmour pour lui manifester son soutien, lequel, de concert avec plusieurs groupuscules d’extrême droite, alimente la polémique qui vise Aya Nakamura.

Nous n’oublions pas que cette séquence se déroule un mois et demi après la promulgation de la loi asile et immigration adoptée notamment grâce à l’extrême droite parlementaire.

De même, nous dénonçons le fait que des médias invitent les représentants d’extrême droite pour qu’ils crachent en toute impunité leur venin raciste sur Aya Nakamura. Les plateaux télé ne doivent pas être une tribune pour propager la haine et le racisme.

Nous tenons à exprimer tout notre soutien à Aya Nakamura dans cette épreuve. Nous lui témoignons notre solidarité indéfectible face à ces attaques racistes, et nous appelons à une mobilisation collective pour combattre le racisme et le fascisme sous toutes ses formes. Le NPA reste engagé dans la lutte antiraciste et antifasciste, et continuera à défendre la dignité et les droits de toustes, sans distinction de race, de religion ou d’origine.

Vendredi 15 mars 2024

https://nouveaupartianticapitaliste.org/

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14 mars 2024 ~ 0 Commentaire

chaos total (attac)

chaos total (attac) dans Altermondialisme

100 ans de chaos Total

Attac France

À l’occasion des 100 ans de Total, les collectifs Carnage Total et StopTotal organisent le 25 mars à Paris un événement pour dire adieu à une multinationale qui a provoqué durant un siècle souffrance humaine et destruction climatique : il est temps de tourner la page et de sortir définitivement des énergies fossiles.

Attac, qui s’apprête à lancer sa campagne « Banques toxiques » sera présent : nous le disons depuis longtemps : les banques doivent cesser tout financement de projets fossiles tels que Total les développe, et les pouvoirs publics jouer leur rôle de régulateurs pour sortir définitivement notre monde des énergies fossiles.

La fête à Total
Lundi 25 mars de 17h à minuit.
Les Arches citoyennes
3 Place de l’Hôtel de Ville, 75004 Paris

100 ans de choix irresponsables

Le 24 mars 1924 naissait la Compagnie Française des Pétroles (CFP), société nationale dont l’objectif était alors de gérer les intérêts français de l’or noir aux Proche- et Moyen-Orient. 100 ans plus tard, de fusions en acquisitions, de malettes de billets en corruptions de gouvernements, de violations de droits humains en développement de bombes climatiques, la CFP est devenue TotalEnergies.

L’influence de la pieuvre multinationale s’étend aujourd’hui sur toute la surface du globe, et détruit la planète et les êtres qui la peuplent. On l’a encore vu dernièrement avec le projet EACOP : pour ce projet de pipeline géant traversant l’Ouganda et la Tanzanie, la multinationale prévoit un investissement de 9 milliards d’euros pour démarrer l’extraction dès 2025 en produisant 4,5 millions de tonnes de CO2 par an.

Le projet impacterait 2 000 km2 d’habitat de faune protégée, 35 cours d’eau et plus de 100.000 habitants. À l’été 2022, la multinationale a reçu de 9 banques (dont BNP Paribas, Société générale et le Crédit agricole) un chèque de 8 milliards de dollars pour couvrir ses « besoins généraux de financements » sans condition. C’est le crédit le plus important reçu depuis la signature de l’Accord de Paris par la multinationale, qui vient d’annoncer 19,5 milliards d’euros de bénéfices en 2022, un record.

La fin d’une époque

L’opinion publique est de plus en plus préoccupée par la question du changement climatique, les associations du mouvement climat (dont attac) ont formé une coordination pour se mobiliser chaque année à l’occasion de l’AG de Total Energies, et on assiste à une multiplication des actions en justice contre la multinationale.

Une commission d’enquête « sur les moyens mobilisés et mobilisables par l’État pour assurer la prise en compte et le respect par le groupe TotalEnergies des obligations climatiques et des orientations de la politique étrangère de la France est en cours Tout ceci est le signe de la fin d’une époque. Face à cela, Total tente tant bien que mal de cacher ses choix irresponsables, en se construisant une image plus verte.

Cela passe par des communications qui relèvent du greenwashing, sur des investissements dans le secteur des énergies renouvelables (qui restent pourtant minimes par rapport aux investissements dans les hydrocarbures), du lobbying pour imposer le gaz comme énergie de transition, et des ambitions climatiques vides de contenu, comme le changement de nom pour devenir TotalEnergies.

100 ans, ça suffit !

C’est dans ce contexte que Carnage Total et StopTotal organisent le 25 mars, aux Arches Citoyennes, à Paris, un événement festif de 17h à minuit. Attac y sera présent aux côtés de nombreuses organisations amies. La soirée se déroulera de 17h à 00h, et le programme est le suivant :

  • Enregistrement d’un podcast, avec Avis de Tempête, axé sur les premier·es concerné·es,
  • Projections,
  • Enregistrement en live de l’ émission #AuPoste de David Dufresne & Franck Calis, avec plusieurs tables-rondes réunissant un large panel d’invité·es : Pierre Larrouturou, Yamina Saheb, Justine Ripoll pour NAAT, Quentin Müller, Sandrine Rousseau, Ulysse Vassas, Jade Verda, etc.,
  • Concert.

Et tout au long de la soirée, des stands librairie, sérigraphie, un bar, une cantine, et des stands des différentes organisations de la coordination Stop Total.

https://france.attac.org/

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08 mars 2024 ~ 0 Commentaire

paludières (fr3)

Photo de tournage. Séquence avec Morgane qui travaille dans ses oeillets, Jérémie Halbert au son et Aurélie Piel à la caméra.

« Les paludières ne se sont pas arrêtées à leur genre. Elles se sont battues pour faire bouger les choses »

Véronique Lefeuvre a hérité de l’exploitation de ses parents. Mais s’installer à son compte en tant que femme n’a pas été simple.

Dans les années 50, le terme « paludière » désignait principalement les épouses de paludiers dans les marais salants du pays de Guérande. Elles étaient reléguées à un rôle secondaire et non reconnues officiellement, à l’image des épouses d’agriculteurs. Aujourd’hui, 15% des exploitations de sel à Guérande sont dirigées par des femmes. Le témoignage de trois paludières est au cœur du film documentaire « Paludiers au féminin » réalisé par Sophie Averty. Rencontre.

La réalisatrice Sophie Averty connaît bien le milieu des marais salants. Cette longue histoire a débuté il y a plus de 30 ans, lorsqu’elle réalise son premier court métrage documentaire sur un paludier conteur dans les marais salants de Guérande. Fascinée par la beauté des paysages et les valeurs qui s’y dégagent, elle se passionne pour l’histoire de ce lieu et de ces gens qui y travaillent.

En 2021, Sophie réalise un documentaire intitulé « Guérande, un peu de la beauté du monde« . Ce film retrace l’histoire de la lutte qui a éclaté dans les années 70 pour protéger les marais salants face à un projet de construction de rocade autour de La Baule. En s’immergeant deux années dans ce milieu des marais salants, la réalisatrice rencontre beaucoup d’hommes et très peu de femmes.

Cette observation la questionne. Il existe une autre facette de l’histoire à explorer dans cet univers des marais salants de Guérande. Celle de la place des femmes paludières dont on a peu parlé. Elles ont pourtant beaucoup de choses à raconter. Sophie Averty décide de consacrer un film documentaire pour le magazine Littoral « Paludiers… au féminin » à retrouver dans son intégralité sur la plateforme France.tv

L’évolution de la place des femmes au marais

Les femmes paludières devaient souvent faire face à des stéréotypes de genre et à des préjugés dans un milieu traditionnellement dominé par les hommes. Longtemps reléguées au rôle de « femme de… », ou « conjointe d’exploitant » les paludières ont mis du temps à accéder au statut de « cheffe d’exploitation » et à être pleinement reconnues. De nombreuses femmes ont relevé le défi en se distinguant par leur engagement et leur persévérance.

Aujourd’hui, sur les 370 exploitations de sel dans le marais de Guérande, seulement 15% sont dirigées par des femmes, soit une trentaine de femmes à la tête d’une exploitation. Ce chiffre progresse lentement d’année en année.

Le métier de paludier, qui est l’une des rares professions agricoles qui utilise une technique sans mécanisation, a limité l’accès des femmes en raison de ses exigences physiques. Mais grâce à l’évolution technologique, notamment en introduisant des matériaux plus légers et flexibles (comme la fibre de carbone pour le manche du las, principal outil des paludiers), le travail peut enfin se féminiser.

Trois femmes, trois générations, trois parcours

Pour raconter cette histoire, Sophie Averty est allée à la rencontre de trois femmes, trois parcours, trois générations pour une seule et même passion : le métier de paludière.

Dominique, Véronique et Morgane éprouvent toutes les trois un attachement viscéral au marais, elles témoignent de l’évolution de leur place dans une profession encore majoritairement masculine.

« J’aime les récits de vie et je connais suffisamment Dominique, Véronique et Morgane pour mesurer leur capacité à transmettre en mots leur trajectoire, leur amour du marais et leur combat pour la reconnaissance des femmes dans le métier ».

Dominique Pérraud représente une génération pionnière. Dans les années 70, elle a commencé à travailler aux côtés de son mari dans les marais salants. Malgré le manque de reconnaissance sociale à l’époque, elle a su imposer sa présence, aidant de manière significative au succès de l’exploitation familiale.

Véronique Le Feuvre incarne la transition vers une plus grande autonomie des femmes dans le secteur des marais salants. Ayant hérité de l’exploitation de ses parents, elle a pris les rênes de l’entreprise familiale avec détermination.

Morgane Warrion représente la nouvelle génération de femmes paludières. Elle apporte un regard neuf sur l’exploitation des marais salants. Elle regrette qu’encore aujourd’hui, certains refusent de céder des œillets parce qu’ils n’ont pas confiance dans une femme.

Dans son film documentaire « Paludiers… au féminin » réalisé en coproduction avec la société de production .Mille et Une. Films, Sophie Averty démontre que malgré la sous-représentation des femmes dans ce secteur, les paludières témoignent d’une grande passion pour leur métier. Elles sont conscientes d’être les garantes de la survie d’un espace naturel précaire (2000 hectares de paysage classés zone protégée), car sensible aux aléas météorologiques et aux pollutions. Leurs parcours illustrent l’évolution remarquable de la place des femmes dans les marais salants de Guérande, ainsi que leur participation indispensable à la pérennité de cette activité traditionnelle.

Retrouvez le film documentaire « Paludiers…au féminin » sur la plateforme France.tv 

Écrit par Sophie Bourhis

08/03/2024 à 12h39

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03 mars 2024 ~ 0 Commentaire

république (npa)

Crédit Photo DR Laurent Ripart Revue L’Anticapitaliste n° 153 (Février 2024)

La République autoritaire : du bonapartisme à l’État fort

Dans l’espace politique européen, la France s’est toujours caractérisée par sa forte tradition républicaine, mais aussi par les tendances autoritaires de ses institutions. Si cet autoritarisme est ancien et s’enracine dans ce phénomène français que fut le bonapartisme, il prend toutefois aujourd’hui la forme nouvelle de « l’État fort », qui pourrait n’être qu’une transition vers un régime illibéral.

Bien que, en 1793, la nouvelle République française se soit dotée avec la Constitution de l’an I d’un projet démocratique d’une grande radicalité, cette Constitution fut suspendue après son adoption et ne fut jamais mise en pratique. Tout en considérant le régime parlementaire comme un idéal à atteindre, la 1re République fit en effet le choix de se doter d’exécutifs autoritaires, au prétexte qu’il lui fallait faire face à la guerre extérieure et intérieure.

En avril 1793, la Convention mit ainsi en place un Comité de salut public, puis un Comité de sûreté générale aux pouvoirs extraordinaires. Après avoir renversé les Jacobins, les Thermidoriens s’attachèrent à brider les tendances démocratiques du régime républicain, en mettant en place en 1795 un Directoire de cinq membres, qui accapara dès lors la réalité du pouvoir.

La 1ère République et sa recherche d’un exécutif fort

Cette recherche d’un pouvoir exécutif fort, qui constitue une tendance majeure de l’histoire de la 1re République, était moins la conséquence de la guerre que celle de la faiblesse de la base sociale de la bourgeoisie révolutionnaire. Devant à la fois faire face aux tentatives de restauration royaliste soutenues par de puissantes forces sociales et aux aspirations à une démocratie directe du prolétariat parisien, la bourgeoisie considérait que son salut passait par un exécutif fort qui mettrait sa sécurité avant le respect des principes démocratiques.

Cette logique l’amena à chercher une solution plus efficace encore que son Directoire, ce qui permit au général Bonaparte de prendre le pouvoir en 1799, le jour du 18 brumaire (9 novembre) pour imposer une nouvelle Constitution, qui lui donnait tous les pouvoirs, ne laissant qu’une parodie de régime parlementaire. Cet exécutif était si fort qu’il donna naissance à une nouvelle monarchie, lorsque Bonaparte se proclama empereur en 1804, mettant ainsi fin à la 1re République.

La 2e République comme répétition de la 1ère

La révolution de 1848 donna naissance à une 2e République, qui refit en quelques années le chemin de la 1re République. Dans un premier temps, les forces démocratiques l’emportèrent : le gouvernement provisoire mis en place par la révolution rétablit le suffrage universel masculin et abolit la peine de mort. L’objectif était de revenir à l’esprit de la Constitution de l’an I avant de faire procéder en avril 1848 à l’élection d’une assemblée constituante.

Les résultats du vote s’avérèrent toutefois décevants pour les révolutionnaires les plus avancés, puisque les députés venus de province étaient majoritairement hostiles aux idées démocratiques et socialistes. Cette assemblée, à base rurale, se donna pour projet de réprimer les tendances démocratiques du prolétariat parisien, en établissant une Commission exécutive de cinq membres, formée sur le modèle de l’ancien Directoire.

Au mois de juin 1848, la Commission exécutive s’attaqua au prolétariat parisien qu’il fit écraser par le général Cavaignac et son armée. Dans la foulée, une nouvelle Constitution fut mise en place, qui choisit de limiter davantage encore les pouvoirs du parlement, en prévoyant l’élection au suffrage universel masculin d’un président qui, comme le roi, ne devait pas être responsable devant l’assemblée.

La 2e République décidait ainsi de mettre en place, sur le modèle américain, un régime présidentiel, afin de pouvoir brider les tendances démocratiques inhérentes aux régimes républicains. Soucieuse toutefois de ne pas permettre une nouvelle restauration monarchique, la nouvelle Constitution prévoyait que le mandat du président ne durerait que quatre années et ne pourrait être renouvelable.

Le retour à un Bonaparte

En décembre 1848, ces premières élections présidentielles scellèrent la défaite de la gauche démocratique, puisque le seul candidat socialiste, Raspail, n’obtint que 36 000 voix au terme d’une campagne menée depuis sa prison. La droite républicaine fut aussi déconfite, puisque Cavaignac, qui en était le digne représentant, ne put réunir que 19 % des voix. Le grand vainqueur fut Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon Ier, qui obtint les trois quarts des voix.

Se positionnant comme un candidat du centre, entre la droite et la gauche démocratique, il avait obtenu des scores remarquables dans les départements ruraux, avec par exemple 95 % en Charente ou 94 % dans la Creuse. Devenu le premier président de la République française, il hérita des anciens pouvoirs royaux (nomination des ministres, droit de grâce etc.), tout en s’attachant à mettre en place une symbolique en rupture avec l’Ancien Régime, ce qui l’amena par exemple à s’installer dans le palais de l’Élysée plutôt qu’aux Tuileries.

En 1851, alors que se profilait la fin de son mandat, Louis-Napoléon Bonaparte chercha à obtenir que l’Assemblée autorise une révision constitutionnelle lui permettant d’être réélu. Se heurtant à un refus, il eut l’habileté de se poser en défenseur du suffrage universel masculin, que l’Assemblée venait de supprimer. Le 2 décembre 1851, s’appuyant sur l’armée, le président Bonaparte ordonna la dissolution de l’assemblée, rétablit le suffrage universel masculin, qu’il utilisa aussitôt en appelant le corps électoral à approuver son coup d’État par un plébiscite. Tenu le 21 et 22 décembre, ce plébiscite accorda une très large majorité au président Bonaparte, qui rédigea dès lors une nouvelle Constitution. Celle-ci prolongeait son mandat de 10 années, ce qui ne constituait qu’une première étape puisque quelques mois plus tard, Louis-Napoléon Bonaparte se fit donner le titre impérial pour devenir Napoléon III.

Le sens du bonapartisme

Au lendemain du coup d’État de Louis-Napoléon, Marx commenta cet événement dans une série d’articles, qui furent réunis et édités sous le titre : Le 18 brumaire de Louis Bonarparte. En utilisant ce titre, Marx soulignait que l’histoire s’était répétée en France, même si le mépris qu’il portait à Louis-Napoléon Bonaparte l’avait amené à ouvrir son ouvrage en affirmant, selon une formule restée célèbre, que les événements s’étaient reproduits « la première fois comme tragédie, et la seconde fois comme farce ».

Au-delà de la médiocrité de la personnalité de Louis-Napoléon Bonaparte, qu’il se plaisait à moquer, Marx s’attachait surtout à appliquer la méthode du matérialisme historique pour comprendre cet étonnant bégaiement de l’histoire, en identifiant les forces sociales qui avaient pu amener la République française à se transformer à chaque fois en un régime autoritaire.

Marx considérait que le secret de la situation française devait être cherché dans la faiblesse des classes en lutte au sein du processus de transition du féodalisme au capitalisme. Les vieilles forces féodales étaient en effet devenues trop faibles pour imposer une restauration de l’Ancien Régime, le prolétariat urbain ne disposait que d’une puissance trop limitée pour imposer un pouvoir démocratique et si la bourgeoisie était devenue la classe dominante, celle qui avait mis en branle la révolution de 1848, elle n’avait pas l’assise suffisante pour se maintenir au pouvoir.

Marx soulignait que, dans la société française, la classe socialement dominante était ce qu’il appelait la « paysannerie parcellaire », autrement dit la paysannerie de la petite propriété, hostile au château et à la bourgeoisie urbaine, mais aussi aux idées socialistes et démocratiques, susceptibles de remettre en cause leurs droits de propriété.

Marx estimait avoir ainsi trouvé le secret du bonapartisme dans la structure sociale de la France où la petite paysannerie représentait encore plus des trois quarts de la population en 1848, ce qui distinguait profondément la société française de celle de l’Angleterre.

Marx soulignait toutefois que, malgré son poids sociologique, la paysannerie ne pouvait, à la différence de la bourgeoisie ou du prolétariat, se doter de sa propre représentation politique et avait trouvé dans les Bonaparte un centre autoritaire, qui lui garantissait tout à la fois le maintien des acquis de la Révolution française et celui d’un ordre traditionnel, que la bourgeoisie et le prolétariat voulaient bouleverser, chacun à leur manière.

La République parlementaire par défaut

La défaite militaire de l’été 1870 provoqua l’effondrement du Second Empire et la proclamation le 4 septembre de la 3e République. Comme en 1848, la bourgeoisie républicaine était en effet trop faible pour ne pas se trouver rapidement en difficulté. En février 1871, les républicains furent battus lors de l’élection d’une nouvelle Assemblée nationale, puisque les départements ruraux élurent massivement des candidats royalistes qui se divisaient à parts à peu près égales entre légitimistes et orléanistes.

L’urgence étant toutefois la lutte contre les aspirations démocratiques et socialistes du prolétariat, l’Assemblée nationale choisit de confier le pouvoir exécutif à l’orléaniste pragmatique Adolphe Thiers, qui écrasa la Commune en mai 1871, ce qui lui permit d’obtenir que l’Assemblée nationale lui accorde en août de la même année le titre de « Président de la République ».

En tentant d’affirmer son autorité, Thiers se heurta à la majorité monarchiste de l’Assemblée, qui n’entendait pas se soumettre à son autorité présidentielle, dans la mesure où elle voulait en finir avec le régime républicain pour restaurer la royauté. En 1873, elle contraignit Thiers à la démission pour lui substituer Patrice de Mac Mahon, un général légitimiste au caractère falot qui n’occupa la place que pour la céder à un roi.

Dans leur volonté de restauration monarchiste, les députés devaient toutefois faire face à une difficulté de taille : le comte de Chambord, petit-fils de Charles X et prétendant légitimiste à la couronne, mettait des conditions telles à son avènement qu’il était nécessaire d’attendre son décès pour rétablir la monarchie au profit de son successeur, réputé plus souple. C’est pourquoi les députés décidèrent de confier à Mac Mahon un mandat de sept années, afin d’attendre le décès du comte de Chambord.

Le temps passait, le comte de Chambord ne se décidait pas à mourir et il devenait nécessaire de stabiliser les institutions. Ne voulant pas entériner la République en rédigeant une Constitution, les députés durent toutefois prendre une série de lois constitutionnelles en 1875. Soucieux de brider la démocratie parlementaire, ils décidèrent que l’Assemblée nationale serait désormais composée de deux chambres : la chambre des députés, élue au suffrage universel masculin, et le Sénat, composé de notables désignés pour une part par les élus et pour une autre par les députés eux-mêmes.

Le Président de la République recevait des pouvoirs relativement étendus (droit de dissolution de la chambre des députés, direction des forces armées etc.). Afin toutefois d’en garder le contrôle, les députés décidèrent qu’il serait élu par l’Assemblée nationale, évitant de recourir au suffrage universel masculin, afin de limiter sa légitimité et ses possibilités d’autonomisation.

Cette politique monarchiste d’interminable attente d’une possible restauration finit par lasser l’opinion publique. En 1876, de nouvelles élections législatives donnèrent une nette majorité aux républicains, qui mirent désormais fin aux tergiversations monarchistes. Soucieux toutefois de ne pas rouvrir le débat, les républicains évitèrent de faire voter une Constitution, et la 3e République continua à fonctionner, sur la base des quelques lois adoptées en 1875.

Le bonapartisme : une aspiration permanente dans la vie politique française

La victoire des républicains avait été permise par le renforcement de la bourgeoisie, dont les bases sociales allaient en se consolidant dans la société française. Pour autant, la 3e République devait faire face à la progression du mouvement ouvrier, qui amenait à la chambre des députés des représentations sans cesse plus étoffées de députés socialistes. Si les Républicains parvinrent assez bien à canaliser la montée des socialistes en les intégrant au jeu parlementaire, plus compliquée fut pour eux la gestion d’une opposition de droite, qui dénonçait la faiblesse et la médiocrité des institutions républicaines, en aspirant à un exécutif fort.

Cette persistance de fortes aspirations autoritaires au sein de la société française ne s’exprimait plus par les monarchistes, dont le poids politique allait en s’affaiblissant. Le bonapartisme prenait de nouvelles formes, dont la première manifestation fut celle du boulangisme, qui se développa entre 1886 et 1889 autour du général Boulanger, qui développa un discours populiste et nationaliste.

Sans programme consistant, Boulanger reprenait pour l’essentiel les vieilles recettes du bonapartisme, en appelant à un nouveau régime, à la fois plus autoritaire et plus populaire. Il trouva un vif écho dans les milieux populaires des villes, mais aussi et surtout dans les départements ruraux de tradition bonapartiste. Même si ses succès ont été éphémères, le boulangisme montrait que la tradition bonapartiste avait conservé en France de fortes bases sociales.

Celles-ci ressurgirent, avec un visage nouveau, au cours des années 1930, avec l’essor des Croix-de-Feu, devenues Parti social français en 1936. Bien qu’une partie des historiens estime que cette organisation s’inscrivait dans la vague fasciste, ce courant semble s’être pour l’essentiel situé dans la tradition bonapartiste. Populistes et patriotiques, les Croix-de-Feu développèrent un programme social et antiparlementaire, avec des aspirations à une refondation républicaine autour d’un fort régime présidentiel, qui s’apparentait sans doute davantage au vieux bonapartisme qu’aux nouveaux visages du fascisme.

Le gaullisme : un renouveau de la tradition bonapartiste

La mise en place, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, du gaullisme, avec son aspiration à un pouvoir fort, son rejet des partis et du parlement, constitue un nouvel exemple de la persistance en France de la tradition bonapartiste. L’arrivée au pouvoir du général De Gaulle amena le pays à mettre en place de nouvelles institutions, en rupture avec les principes parlementaires qui étaient largement empruntés au bonapartisme le plus traditionnel. La nouvelle 5e République constituait ainsi un retour à la 2e République, avec un Président de la République, irresponsable et élu au suffrage universel, mais aussi et peut-être surtout la mise en place d’un référendum d’initiative présidentielle, autrement dit du plébiscite.

À rebours de l’évolution que connaissait alors l’Europe, la France se dotait avec la 5e République d’un pouvoir personnel et autoritaire. Élu directement par le peuple pour sept ans, le Président disposait d’une légitimité personnelle, qu’il faisait régulièrement renouveler par l’usage de référendums à caractère plébiscitaire. De Gaulle n’en organisa pas moins de cinq, sur des sujets d’importance, qui concernèrent tout d’abord sa politique algérienne puis ses réformes constitutionnelles. La pratique gaulliste du référendum renouait ainsi avec le bonapartisme plébiscitaire, par le renouvellement régulier du lien entre le peuple et le président, ce qui lui permettait de réduire à peau de chagrin le pouvoir réel du parlement.

Le gaullisme renouait d’autant plus avec le bonapartisme que sa conception présidentielle du pouvoir n’était que la conséquence de la base sociale du pouvoir de De Gaulle. En rupture avec la classe ouvrière, mais aussi avec les fractions les plus modernes de la bourgeoisie, le régime gaulliste s’appuyait sur les couches les plus conservatrices de la bourgeoisie, mais aussi et surtout sur de larges secteurs de la petite bourgeoisie, ainsi que sur le monde rural, qui conservait une grande importance dans la France des années 1960, puisqu’il constituait encore plus du tiers de la population totale.

C’est en se faisant le porte-voix de la « majorité silencieuse », comme Louis-Napoléon Bonaparte avait su se faire la voix de la paysannerie parcellaire, que le régime gaulliste put par exemple survivre à la crise de mai 1968, en dissolvant l’assemblée nationale, pour obtenir de la « France profonde », motivée par la peur d’une révolution sociale, une très large majorité.

Cette conception personnelle du pouvoir s’exprima particulièrement en 1969, lorsque De Gaulle tira toutes les conséquences de sa conception du pouvoir en démissionnant après avoir perdu le dernier de ses cinq référendums. Il montrait que le gaullisme constituait un bonapartisme républicain, dans lequel le président était censé renouveler en permanence sa légitimité, en utilisant soit le référendum soit la dissolution de l’assemblée, comme De Gaulle le fit à deux reprises, en 1962 et en 1968. Ce bonapartisme républicain donnait une très forte légitimité au régime, mais il supposait que le président puisse compter sur le soutien populaire, ce qui devait devenir le grand souci de ses successeurs.

L’effritement de la base sociale de la 5e République

À partir des années 1980, la 5e République s’éloigna de la pratique bonapartiste, dans la mesure où son régime présidentiel perdit sa légitimité populaire. La défiance envers le pouvoir se généralisait : Mitterrand perdit les élections législatives de 1986 et 1993, tandis que Chirac fut désavoué par la population à l’occasion des législatives de 1997 qu’il avait lui-même provoquées en dissolvant l’assemblée.

Bien qu’ils aient été désavoués par le suffrage universel, ces présidents firent toutefois le choix de se maintenir au pouvoir, ruinant ainsi le fondement plébiscitaire du régime. Se sachant impopulaires, les présidents cherchèrent désormais à éviter de convoquer des référendums, qui se transformaient à chaque fois en naufrages politiques. Mitterrand ne gagna celui de 1992 sur Maastricht qu’avec 51 % des suffrages, tandis que Chirac perdit celui de 2005 sur le Traité constitutionnel européen, ce qui dissuada dès lors ses successeurs de renouveler l’expérience.

Élus souvent par accident (Chirac en 2002) ou par défaut, avec de petits scores au premier tour (Hollande puis Macron), les présidents avaient perdu la légitimité populaire, qui avait été le fondement de la première 5e République. Les outils authentiquement républicains du régime furent désormais relégués dans l’arrière-boutique : depuis 1997, aucun président n’a par exemple dissout l’Assemblée, préférant gouverner de manière minoritaire, comme le fait aujourd’hui Macron, en utilisant des artifices constitutionnels (refus du vote de confiance gouvernementale, 49-3, etc.). Le concept même de « majorité présidentielle » est devenu obsolète, dans la mesure où depuis près de 15 ans le régime fonctionne avec un exécutif politiquement minoritaire, qui ne dispose de la confiance que de 20 à 30 % du corps électoral.

Cette situation est la conséquence du basculement de la France dans l’ère néolibérale, qui a détruit la base traditionnelle sur laquelle s’était construit l’ordre gaulliste. La globalisation a déstabilisé les campagnes françaises et soumis à une brutale concurrence la petite bourgeoisie, anéantissant les fondements du bonapartisme français. La société française a été entrainée par un vaste mouvement de prolétarisation, que ce soit par le développement du salariat ou encore et sans doute surtout par l’essor de nouvelles formes de travail dépendant. Tout cela a considérablement modifié la société française, où les couches prolétarisées recherchent chaque jour un peu plus une solution dans les partis d’extrême-droite.

L’âge de l’État fort

Ayant perdu sa base sociale, la 5e République a ainsi progressivement changé de nature, en palliant sa perte de légitimité par le développement de son appareil étatique. L’État s’est de plus en plus placé au-dessus de la société, en substituant une armée de métier à l’ancienne armée de circonscription, ou encore en développant au sein de sa police des unités militarisées spécialisées dans la répression sociale.

L’État néolibéral est en réalité bien peu républicain : se sachant minoritaire, il ne s’engage désormais plus dans un processus de négociations avec la population, utilisant la seule matraque pour répondre aux mouvements sociaux. Faisant feu de tout bois, il rogne sur les libertés publiques et développe une idéologie autoritaire, qui a pu amener par exemple Macron, dans ses vœux du 31 décembre 2021, à affirmer que pour un citoyen « les devoirs valent avant les droits », ce qui constitue une négation de tous les principes républicains.

Pour se faire à petits pas, la rupture politique que nous vivons est ainsi majeure. Au-delà de l’apparente continuité de la 5e République, le régime bonapartiste de De Gaulle a en réalité vécu pour faire place à un régime nouveau, qui bascule chaque jour un peu plus vers l’illibéralisme. Telle est en effet la pente sur laquelle la République française est un train d’évoluer, en construisant un régime dans lequel les médias sont à la botte de l’oligarchie, dans lequel l’État se place sans ambiguïté au-dessus de la société et dans lequel l’exécutif gouverne, au-delà de tous les principes républicains, à rebours de la légitimité populaire.

Laurent Ripart

https://lanticapitaliste.org/

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23 février 2024 ~ 0 Commentaire

lénine (contretemps)

lénine (contretemps) dans Histoire lenin-marx1

Lénine contre le léninisme ? À propos du dernier livre de Lars Lih

Les Éditions sociales ont récemment publié un ouvrage inédit de Lars Lih, Lénine, une enquête historique. Le message des bolcheviks, dans lequel l’auteur remet en cause un ensemble de mythes fondateurs du léninisme. Il prétend ainsi retrouver ce que fut la pratique réelle de Lénine et des bolcheviks, afin de mettre en évidence la force mais aussi certaines limites de leur politique révolutionnaire.

Les commémorations de la mort des grands personnages sont souvent l’occasion pour chacune des parties de régler ses comptes avec eux, soit en essayant de noircir leur légende, soit en consignant cette mémoire à un passé mythique sans contact avec notre présent. Dans Lénine, une enquête historique : le message des bolcheviks, paru aux Éditions sociales pour le centenaire de la mort de Lénine, l’historien canadien Lars Lih entend, en prenant le contrepied de la « légende noire » autant que de la « légende dorée » du dirigeant russe[1], penser à nouveaux frais la figure de Lénine en la replaçant dans le cadre historique qui était le sien.

L’objectif principal de l’ouvrage de Lih est la remise en question du « culte de Lénine ». Partagé aussi bien par les staliniens que par les trotskistes, mais aussi par les auteurs anticommunistes des deux côtés de l’Atlantique qui font de Lénine l’« inventeur du totalitarisme », ce culte a pour fondement la construction a posteriori d’une figure de Lénine comme génie novateur et solitaire ayant courageusement rompu avec la théorie et la politique de la IIe Internationale, fabriquée à partir du fait accompli de la Révolution et de la stabilisation du régime soviétique au terme de la guerre civile. Le fond de ce qu’on a très vite appelé le « léninisme » s’est cristallisé tout de suite après la mort de Lénine[2], et comme le montre Lih on le retrouve déjà en toutes lettres dès 1924 aussi bien chez Staline que chez Trotski dans des textes comme Des Principes du léninisme et Leçons d’Octobre.

A rebours de cette lecture rétrospective, Lih propose une interprétation de Lénine et du bolchevisme qui insiste au contraire sur leur ancrage ferme dans les pratiques de la IIe Internationale et dans les théories sur lesquelles cette pratique était basée et qui se retrouvaient exposées notamment dans les publications de son dirigeant Karl Kautsky. La lecture attentive des écrits de Lénine mais aussi d’autres dirigeants bolcheviques comme Kamenev, Zinoviev ou Staline entre 1902 et 1920 révèle en effet une extraordinaire continuité entre la pensée et la praxis des partis de la IIe Internationale et celles de la fraction bolchevique, une continuité qui était par ailleurs ouvertement et systématiquement revendiquée par les auteurs eux-mêmes, y compris après la « trahison » du SPD lors du premier conflit mondial.

Afin de mieux illustrer cette continuité, Lih choisit quatre moments clés dans l’évolution de Lénine et du bolchevisme associés à quatre dates importantes : la publication de Que faire ? en 1902 en vue du 2e Congrès du POSDR, le début de la Première Guerre mondiale en 1914 et les polémiques avec les partis social-démocrates européens qui la soutiennent, les Révolutions de 1917 et l’attitude des bolcheviks face aux événements en cours, et enfin la parution en 1920 de La Maladie infantile du communisme au milieu de la guerre civile russe. Chacune de ces dates est associée par Lars Lih à un « paradigme » ou à une interprétation dominante des faits qui a fait largement consensus et dont il entend contester la validité.

Ainsi, loin de manifester une « inquiétude » ou une méfiance à l’égard des ouvriers, Que faire ? exprime la pleine confiance de Lénine dans l’accueil positif par les ouvriers russes de la nouvelle de leur mission historique révolutionnaire telle qu’elle leur serait annoncée par les militants révolutionnaires ; 1914 ne marque pas la rupture totale avec la IIe Internationale et avec Karl Kautsky, mais plutôt une volonté de la part des bolcheviks de reprendre à leur compte le programme de cette Internationale trahi par son avant-garde ; les « Thèses d’avril » n’ont pas « réarmé » le parti bolchevique en lui montrant la voie de la révolution socialiste en vue d’Octobre, mais ont été le lieu d’un réajustement de la tactique bolchevique à l’amère réalité du soutien populaire très large dont jouissait alors le gouvernement provisoire ; et en 1920, les bolcheviks ne souhaitaient pas profiter de la guerre civile pour accélérer le passage au socialisme, mais essayaient plutôt de défendre à tout prix un jeune régime révolutionnaire au bord de la catastrophe économique et sociale.

Chaque étape est l’occasion pour l’historien canadien de montrer que Lénine prônait la « prudence » et les méthodes qui ont fait leurs preuves plutôt que l’aventurisme téméraire qui a pu être attribué au bolchevisme plus tard –en premier lieu par Karl Kautsky lui-même[3].

La méthode choisie par Lih pour défendre sa réinterprétation est celle d’un retour aux textes eux-mêmes en-deçà du récit léniniste qui en a encadré la lecture jusqu’ici : il s’agit, comme le dit lui-même, non pas de « présenter la version de Lénine par Lih, mais plutôt la version de Lénine par Lénine » (p. 34), à savoir de rendre compte de ce qui s’est passé du point de vue des acteurs principaux concernés. Vue à travers leurs yeux et leurs mots, la pratique bolchevique affiche en effet une forme de fidélité très radicale aux principes du mouvement ouvrier et du marxisme tels qu’ils étaient incarnés à cette époque par l’Internationale de Kautsky, fidélité qui s’écarte de manière significative de la volonté de rupture qui leur a été attribuée plus tard.

Le sous-titre « le message des bolcheviks » renvoie quant à lui au fil conducteur qui tient ensemble le livre de Lars Lih, à savoir la croyance des bolcheviks dans la « puissance du message » révolutionnaire et leur quête pour le faire entendre au prolétariat. Cette croyance leur venait de deux sources distinctes. L’expérience des premiers socialistes marxistes russes leur avait d’une part montré que les ouvriers urbains russes étaient bien plus réceptifs à l’égard des idées socialistes que les paysans, lesquels avaient plutôt tendance à dénoncer tout propagandiste révolutionnaire à la police[4]. Mais c’est avant tout le succès formidable du Parti social-démocrate allemand (SPD) dans la mobilisation et l’organisation du mouvement ouvrier au point de devenir le premier parti politique d’Allemagne qui inspirait et qui orientait l’action politique des bolcheviks et en premier chef de Lénine lui-même.

Comme le rappelle Lih, le SPD avait adopté depuis Lassalle la méthode du « campagnisme » consistant à répandre la parole socialiste dans la société par tous les moyens possibles et à créer une agitation politique permanente par la voie de la presse et des rassemblements publics, mais aussi par un grand nombre d’institutions liées au parti qui comprenaient aussi bien des syndicats que des clubs sportifs et des associations culturelles ou artistiques, au point de constituer une véritable « culture alternative » à la complexité et aux dimensions remarquables[5].

L’objectif de Lénine tel qu’on le retrouve exposé dans Que faire ? était d’adapter le modèle du campagnisme social-démocrate au contexte de clandestinité du mouvement révolutionnaire russe. Face à la censure tsariste, la social-démocratie révolutionnaire russe se devait ainsi de lutter constamment pour l’instauration de la liberté politique afin de pouvoir diffuser son message de plus en plus largement, y compris par le moyen de la tribune parlementaire (un point sur lequel Lénine a insisté à plusieurs reprises le long de sa vie).

On assiste donc à un véritable « transfert technologique » dans lequel les méthodes de propagande et d’agitation du SPD se trouvent adaptées par les bolcheviks et à la situation russe où elles finiront par faire montre d’une efficacité redoutable. Paradoxalement, l’attachement des bolcheviks vis-à-vis des techniques d’agitation héritées de la social-démocratie révolutionnaire explique aussi d’après Lih les restrictions dont la liberté politique fera l’objet sous le régime bolchevique à partir de 1920 : une fois au pouvoir, les bolcheviks auraient de fait transformé le campagnisme social-démocrate en un « campagnisme monopoliste d’Etat » où toute expression publique de voix dissonantes était interdite dans le but de mieux faire entendre le message émanant du régime (en bons cybernéticiens avant l’heure, les bolcheviks avaient donc compris l’importance de la suppression du bruit afin que l’information soit reçue plus clairement).

Derrière son vernis d’essai érudit destiné aux seuls historiens, Lénine, une enquête historique s’avère de fait être une œuvre au potentiel iconoclaste qui dynamite tout un ensemble de schémas de pensée ayant structuré notre compréhension des faits qui n’ont guère été remis en question depuis la mort de Lénine, en particulier celui qui oppose le bolchevisme « révolutionnaire » à une social-démocratie « réformiste » ou « attentiste ». Cette lecture « réaliste » de Lénine ne sera sans doute pas du goût de tout le monde (les mythes, on le sait, sont généralement plus séduisants que l’histoire véritable), mais elle a le mérite d’être étayée aussi bien par les textes que par les choix politiques concrets du dirigeant bolchevique sur plusieurs décennies.

Par ailleurs, on peut même considérer que la volonté de Lih de rompre avec le culte de Lénine le pousse à surjouer un peu l’ « orthodoxie » de Lénine et à sous-estimer les aspects novateurs de sa pensée. Car s’il est vrai que Lénine revendiquait fièrement son « absence d’originalité » (tout comme les bolcheviks à sa suite), il ne faut pas non plus ignorer la valeur rhétorique qu’il peut y avoir à se proclamer le seul interprète autorisé de la tradition marxiste révolutionnaire dans un contexte où un grand nombre de courants revendiquaient eux eussi la conformité de leur pratique avec les principes du marxisme.

On pourrait d’ailleurs se demander à juste titre si ce n’est pas justement son désir de construire une unité de la « tradition » social-démocrate allant du SPD au PCUS qui amène Lih à passer largement sous silence la période entre 1902 et 1914, qui a été une période de conflits intenses au sein même du POSDR dans lesquels Lénine s’est souvent retrouvé en minorité, y compris au sein de sa propre fraction. Que le rapport de Lénine à l’orthodoxie marxiste soit plus complexe qu’il ne le paraît à première vue nous est par ailleurs suggéré par des formulations reprises à plusieurs endroits dans le livre de Lih dans lesquelles Lénine affirme être conforme à l’« esprit général » de la social-démocratie contre la « lettre » à laquelle seraient attachés ses adversaires doctrinaires.

Cet attachement à l’esprit contre la lettre nous permet de mieux comprendre comment les bolcheviks ont pu malgré tout se revendiquer comme les véritables héritiers de la IIe Internationale contre ses représentants officiels – et finalement, l’étrange orthodoxie bolchevique s’est révélée assez souple pour justifier toutes les politiques que le parti estimait nécessaires sans que leur « autorité » ne soit jamais mise en danger pour autant.

En dépit de ces quelques réserves, il nous semble que Lénine, une enquête historique est un ouvrage bienvenu pour sa contribution à la réouverture d’une étude critique de la pensée politique de Lénine qui en explorerait à nouveau toute la richesse en dépassant les idées reçues.

Alexandre Vernichine 23 février 2024

https://www.contretemps.eu/

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