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01 mai 2024 ~ 0 Commentaire

1er MAI

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1er mai : pourquoi il faut réduire le temps de travail

Travailler moins, pourquoi faire ? Balades, potager, engagement associatif, soin aux plus jeunes ou aux plus vieux… Voici des témoignages de gens heureux de consacrer moins de temps à un emploi rémunéré.

Savez-vous ce que commémore le 1er mai ? La demande en 1886 par les syndicats ouvriers étasuniens de l’instauration de la journée de huit heures de travail. « Le 1er mai est historiquement lié aux revendications de réduction du temps de travail », dit Paul Montjotin, co-auteur de L’Ère du temps libéré (Ed. Du Faubourg, 2024) et membre de l’Institut Rousseau.

Il note « un paradoxe : en France, le temps de travail a presque été divisé par deux depuis la fin du XIXe siècle, et en même temps, d’après les études, les gens ont majoritairement l’impression de courir après le temps ». Alors, à l’occasion du 1er mai, Reporterre s’interroge : pourquoi encore réduire le temps de travail ? Des personnes qui ont choisi de passer à temps partiel ou de s’extraire du salariat témoignent.

1 – Parce que le travail use

« Les conditions de travail se sont détériorées, le travail s’est intensifié », assure Paul Montjotin. Il cite comme référence sur ce sujet l’ouvrage intitulé Le Travail pressé, Pour une écologie des temps du travail (Les petits matins, 2022), des chercheurs Corinne Gaudart et Serge Volkoff. À partir d’études sur les pâtissiers, infirmières ou travailleurs du BTP, de l’automobile, etc., ils montrent que tous sont soumis à la même injonction contradictoire de faire « vite et bien » et n’ont plus le temps de faire évoluer ou transmettre leurs savoirs professionnels.

Les contraintes mises sur les travailleuses et travailleurs se sont alourdies. Le travail est sous pression. À cela s’ajoute « une dynamique d’accélération » qui touche tous les moments de la vie, relève Paul Montjotin. « La société de consommation transforme le temps libre en une course effrénée à la consommation, à la marchandisation des loisirs. Et l’essor de l’économie de l’attention renforce cela car on passe en moyenne cinq heures par jour devant notre smartphone » Sommes-nous devenus des hamsters courant sans but dans notre roue ?

Face à cela, réduire le temps de travail améliore la vie des salariés, mais aussi des entreprises. « Celles qui sont passées à la semaine de quatre jours ont vu une diminution significative des arrêts maladies, des burn out, des turnovers », observe le spécialiste de l’emploi.

Les témoignages recueillis par Reporterre vont dans ce sens : travailler moins préserve le bien-être. Jessica, 32 ans, travaille dans une association de protection de l’environnement et a refusé de passer à temps plein. Elle est restée à vingt-cinq heures par semaine, notamment pour sa santé. Avec succès : « Je suis moins stressée, je prends soin de moi, je dors davantage ». Un sentiment de sérénité se dégage des récits récoltés. À temps partiel « volontaire » depuis seize ans, Virginie travaille à la SNCF. « La reprise du boulot arrivait toujours trop vite », se rappelle-t-elle. Elle a profité d’une promotion pour « travailler moins pour le même salaire, le top ! » Même satisfaction pour Delphine, professeure de collège en Savoie, à temps partiel depuis quelques mois, pour s’occuper de son premier enfant, mais aussi « se ressourcer ». « Quel bonheur de pouvoir prendre le temps ! », nous écrit-elle.

2 – Du temps pour soi mais aussi pour les autres

Un temps libéré mais pas inactif, loin de là. Diminuer les heures passées devant les élèves a permis à Delphine de dégager du temps pour de nombreuses autres activités, certaines utiles, d’autres plaisantes, parfois les deux : « M’occuper de mon enfant, lui préparer des repas 100 % fait maison, gérer les couches lavables. Consacrer plus de temps pour le potager, le verger et sortir davantage en forêt. Cela me permet aussi de ramasser beaucoup de fruits et de plantes sauvages comestibles autour de la maison pour des repas savoureux et bien équilibrés ».

Jessica, professeure d’acroyoga, met aussi à profit son temps libre pour manger mieux en dépensant moins. Parmi ses passe-temps favoris, en plus de ses activités associatives et sportives : « Aller chez les producteurs, cuisiner, aller glaner des fruits et les transformer… » « Cela me permet d’avoir un rapport sain à mon boulot », résume-t-elle.

Côté ville, les Parisiennes et Parisiens se tournent vers des activités culturelles et associatives. Virginie, aime les « promenades, la lecture, les formations et conférences sur la nature » et « aide dans des assos ». « Bref, je vis ! ». Matthieu, lui, a pendant des années profité de son temps libre pour « lire, aller à la bibliothèque, marcher, faire de la musique, etc. Et j’ai toujours été dans des associations ». Un engagement sacrifié depuis qu’il est à temps complet. La cinquantaine arrivant, « en approchant de la retraite, je me suis dit qu’il fallait que je cotise ». Il envisage de repasser à temps partiel, cette fois-ci « pour m’occuper de proches qui en ont besoin ».

Bref, loin d’être un temps uniquement de pure paresse ou de consommation effrénée, le temps libéré est en fait consacré « en premier lieu à ses enfants, ses parents, ses amis », observe Paul Montjotin. « Rappelons aussi qu’il y a en France 20 millions de bénévoles qui donnent chaque année de leur temps à une association, et que les aidants familiaux, c’est 9 millions de personnes ! »

C’est aussi un temps qui permet de faire plus et de consommer moins, comme le montrent les pratiques alimentaires de nos témoins. Et c’est aussi le cas pour ce qui touche aux transports. Se déplacer en train prend plus de temps qu’en avion. Passer moins de temps à travailler permet de repenser une société plus écologique. « Libérer du temps contribue à sortir de la dynamique productiviste, de promouvoir des comportements plus sobres », dit notre spécialiste.

3 – Redonner du sens au travail

Ainsi, ce n’est pas tant le temps de travail que les personnes interrogées ont choisi de diminuer que le temps consacré à un travail rémunéré. Virginie appelle une partie de ses activités hors salariat du « travail choisi ». Tanguy, lui, a poussé la logique à l’extrême. À 36 ans, il vit en Dordogne et n’a eu que quelques (mauvaises) expériences de travail salarié dans sa vie. Il vit du RSA et de la vente d’une petite partie de sa production de légumes. Le reste sert à le nourrir lui et ses colocs. Entre bricolages, gros potager, fabrique du pain, et récolte des olives, « j’ai fini par accepter que je travaillais. Je transforme de la matière, je fais pousser des trucs, je produis des discours », décrit-il.

Paul Montjotin parle d’un « travail non marchand, qui a une vraie utilité sociale ». L’envie de décrocher, d’avoir plus de temps libre, constatée dans les études, n’est pas selon lui « une crise de la valeur travail, comme certains voudraient le faire croire. En revanche, je pense qu’il y a vraiment une crise du sens au travail. De nombreux jeunes se demandent notamment pourquoi travailler si cela alimente un système productif qui fragilise les conditions de vie sur Terre. »

Il nous invite à « nous réapproprier le travail et à le réorienter vers les besoins essentiels, car le travail, en fait, existe en quantité infinie. Mais on peut décider de rémunérer une activité dont on juge collectivement qu’elle est utile ». Par exemple, prendre soin des plus faibles, cultiver des aliments sains, rénover les logements énergivores…

Une dynamique qui doit être portée par des politiques publiques. Car toutes les personnes interviewées le disent : le temps partiel choisi est « une chance ». Virginie sait bien que sa situation n’est pas comparable à celle « des personnes qui subissent le temps partiel, avec des salaires minables comme dans le ménage ». Redonner du sens au travail, réduire le temps de travail subi sans diminuer les salaires… Autant de grands chantiers sociétaux pour les syndicats, qui montrent que le 1er mai est encore, 138 ans après sa première édition, toujours d’actualité.

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26 avril 2024 ~ 0 Commentaire

La Brèche (Paris)

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Librairie La Brèche, 27 rue Taine, Paris 12e (métro Daumesnil)

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23 avril 2024 ~ 0 Commentaire

chemtrails (Reporterre)

Pourquoi les chemtrails n'existent pas

En anglais, le mot chemtrails signifie « traînées chimiques ». – Flickr/CC BY-SA 2.0 Deed/Dimitrio Lewis

Pourquoi les chemtrails n’existent pas

Les chemtrails n’existent pas. Les traînées blanches laissées par le passage des avions ne répandent pas de produits chimiques mais participent, en revanche, à accentuer l’effet de serre du transport aérien.

Depuis maintenant plusieurs décennies, la théorie des « chemtrails » revient régulièrement dans l’actualité, au gré de l’émergence de rumeurs virales répandues par divers médias ou réseaux sociaux. Ces derniers jours, une vidéo massivement partagée prétendait démontrer l’existence d’une commande à chemtrails dans un cockpit d’avion. Dans la foulée des fortes inondations qui ont touché les pays du Golfe les 16 et 17 avril, la rumeur de la responsabilité des chemtrails a également ressurgi.

Mais de quoi s’agit-il ? Le mot chemtrails est un condensé, en anglais, de « traînées chimiques ». L’expression fait référence à l’idée selon laquelle les longues traînées blanches observées après le passage des avions dans le ciel seraient générées par des produits chimiques épandus à dessein par ces appareils, dans un but caché et malfaisant, dont la nature varie selon les théories.

Certains prétendent que les chemtrails sont utilisés pour contrôler secrètement le climat, d’autres qu’ils servent à stériliser la population, à lui administrer le vaccin contre le Covid-19 à son insu ou à l’empoisonner pour divers autres raisons occultes. Les commanditaires de l’opération varient également selon les occurrences : l’ONU, les nations, le complexe militaro-industriel, les Rothschild, ou la communauté scientifique sont, entre autres, pointés du doigt.

Un fantasme nourri par les projets militaires

Cette théorie complotiste — qualifiée ainsi puisque sa véracité supposerait l’existence d’un vaste complot coordonné à l’échelle mondiale — n’est étayée par aucune donnée sérieuse ni source fiable. Ses origines sont difficiles à retracer, mais remonteraient au moins à la fin des années 1990, lorsque des rumeurs d’empoisonnement apparaissent.

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Plus le trafic aérien est dense, plus les traces sont nombreuses. Leur forme et leur persistance sont variables selon l’altitude, le type d’avion et les conditions météorologiques. Maje Ojala / CC BY-SA 2.0 Deed / Flickr

Les craintes auraient été nourries par la publication en 1996 d’une étude intitulée Le climat comme un multiplicateur de force : posséder le temps en 2025, commandée par l’armée de l’Air des États-Unis. Il s’agissait alors d’évaluer si l’aviation pourrait, à l’avenir, « maîtriser le climat ».

Les études sur la possibilité de manipuler l’atmosphère à des fins stratégiques militaires, en influençant la météo, sont en effet une réalité. Menés notamment à l’époque de la guerre froide, ces programmes alimentèrent nombre de fantasmes, souvent déconnectés des faits.

Plus récemment, des technologies de contrôle de la pluie ont recommencé à susciter l’intérêt d’États comme la Chine, mais son efficacité est encore douteuse.

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Exemple de partage viral, en février 2024, de vidéo affirmant montrer le production de « chemtrails ». Capture d’écran/X (anciennement Twitter)

On voit également se multiplier les initiatives technosolutionnistes cherchant à lutter contre le changement climatique par la géoingénierie. Mais, là encore, ces expérimentations sont balbutiantes et très décriées. Et elles sont, surtout, sans rapport avec les traînées observées tous les jours dans le ciel.

Une théorie peu plausible

On ne peut pas, par définition, démontrer qu’une chose n’existe pas. La science ne peut rien contre les croyances, mais, l’une des rares fois où elle s’est penchée sur la rumeur des chemtrails, cela fut à l’initiative de Ken Caldeira, chercheur au département écologie de l’institution Carnegie pour la science (États-Unis).

Celui-ci sollicita l’avis de dizaines de spécialistes en chimie atmosphérique et autres géochimistes sur l’existence des chemtrails. L’analyse des 77 chercheurs ayant répondu à cette enquête, synthétisée dans une étude publiée en 2016, conclut à l’absence d’éléments probants pouvant justifier la théorie des chemtrails.

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Les traînées de condensation générées par un avion, photographié en 2015. Cyril Hauthier / CC BY 2.0 Deed / Flickr

De manière plus prosaïque, il est difficilement concevable d’imaginer que les traînées générées par les plus de 100 000 avions qui parcourent, chaque jour, le ciel soient le fruit d’une opération orchestrée en secret depuis au moins une trentaine d’années, sans qu’aucun groupe rigoureux d’investigation n’en ait jamais trouvé la preuve.

David Robert Grimes, physicien à Oxford, s’est amusé dans une étude en 2016 à étudier les complots, réels ceux-ci, ayant eu lieu dans l’histoire et ayant fini par être découverts. Il a ensuite calculé combien de temps une conspiration pouvait espérer être tenue secrète en fonction du nombre de personnes impliquées.

Plus il y a de personnes concernées, plus les risques de fuites augmentent. Résultat : au-delà de mille conspirateurs, le secret n’a plus guère de probabilité de tenir plus de quelques années. Ce qui limite la plausibilité de bon nombre de théories complotistes mondiales, de la « fausse » conquête de la Lune à l’empoisonnement aux chemtrails.

Les contrails : des nuages problématiques sans complot

Cette théorie n’est, surtout, pas nécessaire. Car ces traînées s’expliquent de manière bien plus simple : on évoque des « contrails » au lieu des chemtrails pour parler des «  traînées de condensation ». Il s’agit essentiellement de vapeur d’eau, naturellement présente dans l’atmosphère, qui se transforme en petites particules de glace, dans des conditions de température et de pression spécifiques et, en l’occurrence, à cause de variations de pression à l’arrière des réacteurs des avions.

Les avions injectent également de la vapeur d’eau supplémentaire dans l’atmosphère ainsi que des particules de suie, issues de la combustion du kérosène. Autant d’éléments qui participent aussi à la formation de ces glaces, ainsi que cela a été établi dans la littérature scientifique.

De nombreuses équipes de recherche, comme celle de Climaviation, qui associe une trentaine de chercheurs de l’Institut Pierre-Simon Laplace et de l’Office national d’études et de recherches aérospatiales, travaillent encore à comprendre la complexité des mécanismes en jeu.

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Synthèse, réalisée par les chercheurs de l’équipe Climaviation, des impacts de l’aviation sur le climat. Les particules de suie, en noir, favorisent l’apparition de cristaux de glace. © Climaviation

Selon le niveau de saturation de l’atmosphère en humidité, ainsi que selon le modèle d’avion et la nature du carburant, ces contrails, qui se changent en nuages de type cirrus, mettent plus ou moins de temps à apparaître et persistent plus ou moins longtemps. Cette variabilité est aussi à l’origine de la suspicion de certains théoriciens des chemtrails.

La moitié de l’impact de l’aviation sur le climat due aux contrails

Ces contrails ne sont, cela dit, pas non plus anodins. Car ces traînées et cirrus induits participent à accentuer l’effet de serre. Leur influence est difficile à quantifier, mais les traînées et les cirrus générés contribueraient au moins à la moitié de l’impact de l’aviation sur le climat, à égalité avec les émissions de CO₂ issues de ses carburants, voire aux trois quarts de l’impact selon un rapport de synthèse sur le sujet publié par l’Ademe en 2021.

Le problème est d’autant plus prégnant que, même si les projets « d’avion vert » alimentés en carburants durables voyaient le jour à temps – perspective à la crédibilité fortement contestée – cela ne ferait pas disparaître les contrails ni leur pouvoir réchauffant sur le climat. Une étude de février 2024 publiée dans la revue Atmospheric Chemistry and Physics estimait tout de même que les contrails issus de réacteurs remplis de carburants à base d’hydrogène, n’émettant pas de suie comme le kérosène, pouvaient être réduits de 80 à 90 %.

Mais ils pouvaient en contrepartie se former à plus basse altitude. D’autres études ont des résultats plus mitigés, en raison notamment de la plus grande vapeur d’eau générée par l’hydrogène.

Les études sur ces phénomènes complexes restent à approfondir. En l’état, ce pouvoir de nuisance des contrails n’est en tout cas pas pris en compte dans la comptabilité de l’empreinte carbone des vols. La prochaine fois que vous lèverez les yeux vers un ciel quadrillé de traînées blanches, vous aurez donc raison d’être inquiets. Même si les chemtrails n’existent pas.

Vincent Lucchese 23 avril 2024

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18 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Serial Killers ( Basta!)

Serial Killers  ( Basta!) dans A gauche du PS
  • « Il y a un lien entre l’augmentation du nombre de tueurs en série et le contexte économique

    À force de polars ou de séries, les serial killers font désormais partie de la culture populaire. Dans le monde réel, leur multiplication serait liée à l’aggravation des inégalités, selon le sociologue Laurent Denave qui publie un livre sur le sujet.

Basta! : De Jack l’Éventreur au Zodiac, les tueurs en série alimentent en scénarios d’innombrables polars, films et séries. En quoi cette figure, qui émerge surtout à partir des années 1980, serait-elle liée au capitalisme ?

Laurent Denave : Ce type de tueurs n’a pas toujours existé dans l’histoire, on les trouve en nombre dans certaines sociétés et moins dans d’autres, ce qui pose question… Dans les sociétés capitalistes occidentales, Europe et Amérique du Nord, depuis au moins le 19e siècle, il existe des serial killers autrement dit des auteurs d’homicides multiples (multicides en anglais) sans mobile apparent, qui agissent le plus souvent selon un même mode opératoire et semblent prendre plaisir à commettre leurs crimes. Dans Serial Murderers and Their Victims, Eric Hickey [universitaire états-unien spécialiste de la psychologie criminelle, ndlr] a recensé 431 tueurs en série ayant sévi aux États-Unis, du début du 19e siècle à la fin du 20e siècle, contre 300 cas ailleurs dans le monde (dont 57 % en Europe). Autrement dit, plus de la moitié des tueurs en série sont étasuniens.

Couverture du livre de Laurent Denave, « L'inhumanité, {Serial Killers et capitalisme} ».
Serial Killers et capitalisme
Laurent Denave est sociologue, auteur de L’Inhumanité. Serial Killers et capitalisme, Raison d’agir, 2024.

On constate une augmentation importante du nombre de ces tueurs – et plus généralement de meurtres – aux États-Unis dans les années 1970-1980 [plus de 250 tueurs en série sont recensés à cette période, selon la base de données de l’Université de Radford et de l’Université de la côte du golfe de Floride, ndlr]. Dans mon livre, je montre qu’il y a un lien entre cette augmentation et l’évolution du contexte politico-économique, la transformation du système capitaliste et les politiques dites néolibérales, dont les conséquences ont été catastrophiques pour les classes laborieuses américaines, en particulier pour les plus précaires.

On peut comprendre que l’absence de perspectives économiques et sociales dans une société fortement inégalitaire favorise, par exemple, le trafic de drogues ou les vols avec violence, avec les risques d’homicides qui en découlent. On imagine moins le lien avec les serial killers

Le premier chapitre de mon livre, intitulé « Le crime de la pauvreté » est consacré aux conditions sociales de l’homicide volontaire. Le meurtre en série étant déjà une série de meurtres, il en partage en effet certaines logiques sociales, en particulier le lien fort entre pauvreté, précarité et criminalité violente. Plus la pauvreté augmente lors de crises économiques ou d’aggravation des inégalités, plus le taux d’homicides augmente. À l’inverse, plus on réduit les inégalités, plus on limite le nombre d’homicides. Cette équation concerne également les meurtres en série.

Ce lien entre pauvreté et criminalité violente a été maintes fois démontré par des travaux scientifiques sérieux [1]. Aux États-Unis, les années 1970 marquent le début d’une explosion des inégalités suite à des décisions politiques et économiques particulières : baisse des salaires pour les classes laborieuses, réduction des aides aux pauvres, délocalisation des usines, etc. Cela s’accélère durant les années 1980, avec Ronald Reagan et ses politiques dites néolibérales. L’Amérique est devenue le pays le plus inégalitaire des pays « développés », mais également celui où le taux d’homicides est le plus élevé. Il y a un lien direct entre les deux, même si d’autres explications secondaires entrent en jeu, comme la facilité d’accès aux armes à feu ou les discriminations raciales.

« David Fincher, le réalisateur de Seven ou Zodiac, a regretté avoir véhiculé une image de tueurs en série « cordons-bleus amateurs de bon vin, d’opéra, et dotés d’un QI hors du commun ». Ces meurtriers sont souvent présentés comme des monstres froids, « tueurs-nés ». Pourquoi, selon vous, cette représentation est-elle erronée ?

Malheureusement, les fictions et reportages sur les tueurs en série n’aident pas beaucoup à comprendre pourquoi ces individus commettent leurs crimes. Depuis le 19e siècle, on diffuse des théories complètement infondées, comme celle du « tueur né », une explication médicale (problème au cerveau ou accident génétique) qui n’a jusque là jamais pu être démontrée. Aujourd’hui, la recherche scientifique sur le sujet est archi-dominée par la psychologie. Elle se concentre surtout sur l’environnement familial du tueur. Cela donne des informations très intéressantes, en particulier sur la violence subie par le tueur lorsqu’il était enfant.

Ces explications me semblent cependant nettement insuffisantes pour bien comprendre le passage à l’acte criminel. Très peu de chercheurs se sont intéressés aux conditions sociales des tueurs et au contexte politico-économique. En l’occurrence, le tueur en série étasunien est très rarement un « amateur de bon vin », autrement dit un membre des classes moyennes ou supérieures. En règle générale, il est pauvre et précaire, et a vécu une forme de régression sociale, comme la perte d’un emploi ou un déclassement : il occupe une position sociale plus basse que celle de ses parents. On peut parler de « frustration sociale » : ses aspirations ne sont pas satisfaites, il n’arrive pas à occuper une position sociale à la hauteur de ses espoirs [2].

Cela peut provoquer une crise intérieure qui est résolue par le tueur en série en s’appropriant la vie d’autrui. Cette forme individuelle et illégale de chasse à l’homme procure un sentiment de fierté et de toute-puissance, après une chasse réussie, ce qui compense sa frustration. Le célèbre tueur en série Ted Bundy [auteur d’au moins une vingtaine de viols et d’assassinats de femmes ou de jeunes filles dans les années 1970, ndlr], qui a échoué à devenir avocat, a ainsi confié : « Quand on est seul avec une victime qui est pleine de vie, vibrante, et qu’elle plaide pour sa vie, on devient un dieu. On a pouvoir de vie ou de mort. Et quand on les tue, on entend le dernier son qu’elles émettent et on peut en quelque sorte goûter le dernier souffle de cette personne. Il y a un incroyable sentiment de puissance, et c’est ce qui nous nourrit pendant un certain temps. »

Mais tous les gens qui subissent des échecs ou des frustrations ne se mettent pas à massacrer leurs congénères…

On ne pourra jamais connaître la multitude d’expériences quotidiennes qui ont infléchi la trajectoire d’un individu et l’ont fait basculer dans le crime. On peut simplement identifier des facteurs explicatifs généraux qui rendent raison de ce basculement dans la violence extrême et en l’absence desquels cet individu ne serait probablement pas devenu un meurtrier.

Le même David Fincher pense qu’« on ne peut pas pour autant faire porter à la société la responsabilité de leurs crimes ». Selon le cinéaste, aucun service social « n’aurait pu prévenir les crimes d’un type comme Ted Bundy, qui était la cruauté incarnée ». Vous dîtes plutôt le contraire. En quoi la société porte-t-elle une responsabilité dans le passage à l’acte d’individus tel un Ted Bundy ou un Michel Fourniret ?

Ces « monstres » sont le produit d’une société que nous avons en commun. Une organisation sociale très inégalitaire produira toujours de la violence ; si on réduit les inégalités, on réduira la violence, c’est aussi simple que ça ! Pour le dire autrement : nous sommes responsables, non pas des actes atroces de M. Fourniret, seulement de ne pas mettre à bas une organisation sociale – le capitalisme doublé du patriarcat – qui engendre de telles atrocités… Pour éviter d’en produire de nouveaux, il faut changer la société. Considérer les tueurs en série comme des « monstres » ou des individus rendus anormaux par un accident de la nature est bien pratique pour dédouaner l’organisation sociale de toute responsabilité.

« Les tueurs pourraient prendre pour cible des individus appartenant au milieu social auquel ils n’ont pas pu accéder », écrivez-vous. Contrairement aux auteurs d’« homicides ordinaires », les meurtres en série ne connaissaient pas personnellement leur cible. En quoi tuer consisterait ici en une « revanche de classe » ?

Une hypothèse formulée par l’anthropologue Elliott Leyton, un pionnier dans l’étude sociologique du meurtre en série, serait que le tueur, qui est généralement d’origine populaire, s’en prendrait à des membres des classes moyennes et supérieures, classes auxquelles il aurait rêvé d’appartenir et dont il est exclu. E. Leyton s’appuie notamment sur les cas d’Edmund Kemper [auteur de neuf meurtres de femmes, dont sa mère, dans les années 1970, ndlr] et Ted Bundy qui pourraient valider sa thèse, leurs cibles principales étant des étudiantes « de bonne famille ». Mais une étude plus récente portant sur 40 tueurs en série ayant sévi de 1960 à 1990, montre qu’en règle générale, le tueur s’en prend à des membres des classes populaires, et même souvent à des individus occupant une position plus basse que la sienne. On pourrait malgré tout sauver la thèse d’E. Leyton en considérant que le désir de célébrité de la plupart des serial killers, réalisé car ils sont très médiatisés, est une sorte de « revanche de classe » : l’accession à une position privilégiée par le crime.

Hormis Jeffrey Dahmer – auteur de dix-sept meurtres de jeunes hommes homosexuels et en majorité afro-américains, comment expliquez-vous que la grande majorité des tueurs en série que vous citez soient des hommes qui s’en prennent à des femmes ?

Les tueurs dont nous parlons sont en écrasante majorité des « prédateurs sexuels » : ils prennent plaisir à agresser et tuer leurs victimes. Les tueurs masculins hétérosexuels s’en prennent donc logiquement à des femmes. Pour compenser leur frustration et connaître un sentiment de toute-puissance, ils exercent une forme de domination totale sur les femmes en disposant de leur corps comme d’un simple objet. Ted Bundy a ainsi déclaré qu’il s’agissait pour lui de « posséder des personnes physiquement comme on possède une plante en pot ou une Porsche. Être propriétaire d’un individu. » Contrôle et possession sont au fondement même de la relation de domination masculine, les conséquences étant évidemment plus extrêmes ici.

En quoi l’amélioration de leur statut social empêcherait la reproduction de cette domination masculine extrême ?

Limiter les inégalités économiques réduira la violence, sans probablement la faire disparaître complètement, tant que ne disparaîtront pas les autres formes de domination, à commencer par la domination masculine. Pour maintenir ce rapport de domination, on peut en effet user de violence. Cependant, on ne peut entièrement expliquer la violence masculine par l’existence du patriarcat en tant que tel. Le contexte économique est tout aussi déterminant.

La philosophe féministe Verónica Gago souligne le lien entre « l’exploitation dans le monde du travail et l’explosion de violence misogyne dans l’espace domestique du fait de l’effondrement de la capacité masculine de pourvoir aux ressources vitales[1] ».

Les violences contre les femmes sont, au moins en partie, le produit d’autres formes de violences. Et en premier lieu : économiques, comme celles « que les hommes incorporent sous forme d’humiliation dans leurs espaces de travail, comme par effet de contamination ». Elles sont le produit du patriarcat modelé par l’économie capitaliste. Et si les hommes humiliés sur leur lieu de travail – ou les chômeurs – peuvent devenir violents avec leur entourage proche, dans le cas des tueurs en série, ils externalisent leur violence hors de la sphère privée et s’en prennent le plus souvent à des femmes qu’ils ne connaissent pas. Il existe évidemment des violences masculines dans tous les milieux sociaux, sous diverses formes, en particulier le harcèlement, l’inceste ou le viol. Mais mon livre s’intéresse aux cas de meurtriers en série qui appartiennent généralement aux classes populaires. Dans ce contexte, il convient de parler du rapport entre l’exploitation au travail ou le chômage et la violence au sein du foyer.

Votre livre se concentre sur les tueurs aux États-Unis, pays en proie à de grandes inégalités économiques et à une libre circulation des armes. Qu’en est-il en France où les meurtriers en série semblent avoir particulièrement sévi autour des années 1980-1990 ?

J’ai moins étudié le cas des tueurs en série français. À ma connaissance, le contexte est un peu différent, la fascination exercée par ces tueurs dans notre pays est moindre. Le désir de célébrité ne semble pas faire partie de leurs motivations, même si l’on retrouve des explications sociologiques assez semblables. Ce sont des individus issus des classes populaires pour la plupart, qui subissent une certaine frustration sociale, qu’on présente parfois comme des « ratés ». L’accroissement des inégalités en France, où l’insécurité sociale est cependant moins forte qu’aux États-Unis, ne produira pas nécessairement une augmentation du nombre de tueurs en série. D’autres formes de violences extrêmes reposant sur des logiques sociales similaires pourraient cependant se multiplier, comme les tueries de masse, liées notamment à un conflit religieux ou politique.

D’autres crimes de masse ont lieu aux États-Unis ou en Europe, souvent dictés par une idéologie : Columbine (une tuerie de masse dans un lycée aux États-Unis qui a fait 13 morts), Utoya (un terroriste d’extrême droite norvégien, Anders Breivik, est l’auteur d’une tuerie de masse contre des militants de gauche qui cause 77 morts en 2011), et bien évidemment les attentats islamistes du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis (123 morts)… Peut-on vraiment comparer un serial killer qui choisit ses victimes, un lycéen qui choisit un lieu pour perpétrer une tuerie collective et des attaques terroristes au nom d’une idéologie ?

Ce qui distingue les tueurs en série des tueurs de masse, c’est la volonté de vivre pour les premiers, le comportement suicidaire pour les seconds, qui finissent souvent par mettre fin à leurs jours après leur massacre ou par être abattus par la police. Ce qui rapproche ces deux types de tueurs est le désir de prendre une revanche sur une société qui les rejette. Certains le disent très clairement, comme l’un des tueurs de Colombine, Eric Harris, qui a écrit dans son journal intime, quelques mois avant de faire 13 morts et 24 blessés, les lignes suivantes : « Tout le monde se moque de moi à cause de mon apparence, parce que je suis faible et toutes ces conneries, eh bien, vous allez me le payer ; une putain de vengeance ultime.[…] Voilà d’où vient ma haine, elle provient du fait que j’ai une mauvaise opinion de moi-même, en particulier concernant les filles, le look, etc. Donc les gens se foutent de moi… tout le temps… On ne me respecte pas et ça, ça me fait chier. » Si l’on s’intéresse au parcours de vie des tueurs en série ou de masse – y compris certains terroristes – on tombera inévitablement sur différentes formes de misère sociale ou de désespoir.

En France, le nombre d’homicides serait reparti à la hausse, ces dernières années. L’épidémiologiste Richard Wilkinson, que vous citez, a prouvé que les sociétés plus égalitaires sont généralement plus pacifiées. En quoi des politiques sociales seraient-elles plus efficaces pour lutter contre ces violences que les mesures sécuritaires actuelles ?

R. Wilkinson a bien montré qu’en détruisant le tissu social et en augmentant le stress et la violence, les inégalités affectent l’ensemble de la société. Toutes les classes sociales finissent par en souffrir, à l’exception peut-être des ultra-riches, qui vivent dans un monde à part. Il serait donc souhaitable de se détourner de la voie suivie par la société américaine, qui produit insécurité sociale et violence. On n’en prend malheureusement pas le chemin en France depuis plusieurs décennies, les choses s’aggravant rapidement à cet égard depuis la présidence d’Emmanuel Macron, entièrement dévoué à la cause des ultra-riches. Il est pourtant urgent de prendre des mesures pour mieux répartir les richesses et le travail, non seulement pour réduire la violence la plus visible, comme les agressions violentes et les meurtres, mais aussi pour réduire la violence sociale subie par les plus précaires, dont on sait les difficultés aujourd’hui à vivre dignement.

Ludovic Simbille 18 avril 2024

https://basta.media/

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16 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Portugal (NPA)

oeillets2

Les 50 ans de la révolution des oeillets
Lundi 22 avril à 19h30
À la librairie La Brèche, 27 rue Taine, Paris 12e (Métro Daumesnil)
Avec Ludivine Bantigny, Ugo Palheta et Olivier Besancenot

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16 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Daniel Tanuro (la Brèche)

rencontre_breche_tanuro

A la librairie La Brèche, 27 rue Taine, Paris 12e (métro Daumesnil)

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11 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Macronisme (NPA)

Macronisme (NPA) dans A gauche du PS .
Cathy Billard Hebdo L’Anticapitaliste – 703 (11/04/2024)
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Les macronistes amènent du carburant à l’extrême droite

Il n’est pas indispensable de s’être infligé le débat entre Valérie Hayer (tête de liste Renaissance) et Marion Maréchal (tête de liste Reconquête) lundi soir sur Cnews pour comprendre que la stratégie macroniste est un accélérateur de l’extrême droitisation du débat politique.

D’abord, en acceptant l’organisation d’un débat de campagne par une chaîne de Bolloré, chaîne qui ne cache pas son parti pris pour les candidatEs d’extrême droite à chaque échéance électorale. Ensuite, en donnant crédit aux questions biaisées par le prisme de l’extrême droite : comment lutter contre « l’ensauvagement de la jeunesse » ? comment booster la militarisation et l’armement ? comment fermer les frontières plus hermétiquement ?

Et qu’importe que les réponses diffèrent, ce qui est martelé c’est le constat des enjeux. Et ils sont partagés. De fait. On peut même redouter que les deux obsessions — la lutte contre l’islamisation de M. Maréchal et le renforcement de l’autoritarisme institutionnel de V. Hayer — puissent fusionner dans un projet politique commun, celui du RN par exemple.

Alors, ce n’est pas un scoop ! Le fond politique de la macronie n’est que l’habillage idéologique de l’individualisme et de la loi du plus fort pour justifier le maintien de l’économie de marché. Et comme ce n’est pas « rentable électoralement », sa tactique est de se poser en seule alternative au RN. Dans cette campagne européenne, les macronistes ne combattent donc pas les idées d’extrême droite, défendues bien au-delà du RN à commencer par la liste Reconquête, mais cherchent à minimiser l’écart entre la liste Bardella et la leur. Pour cela, elles et ils recourent à la bonne vieille tactique de la division : donner de la visibilité à Reconquête pour tenter d’éparpiller les voix de l’extrême droite.

Que cette stratégie contre la montée électorale du FN / RN, éculée depuis des décennies, risque fort d’être perdante pour les macronistes pourrait nous être indifférent, puisque c’est leur politique même qui alimente la montée des votes d’extrême droite.

Nous ne pouvons pourtant compter sur un tel calcul. Le vote pour l’extrême droite, quelle qu’elle soit, est un vote de désespoir qui désarme celles et ceux qui combattent la politique macroniste.

Y faire barrage est un enjeu vital qui commence par la reconstruction des solidarités dans les mobilisations sociales et contre toutes les oppressions avant de s’exprimer en juin dans les urnes.

https://lanticapitaliste.org/

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09 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Technival breton (NPA)

technival_breton

ʟ’ɪᴍᴀɢᴇ ɴᴏᴜs ʀᴀᴘᴘʀᴏᴄʜᴇ NPA Cornouaille Hebdo L’Anticapitaliste – 703 (11/04/2024)
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Technival breton : Du bruit, de la pluie, de la gendarmerie

Sur le tarmac de l’ancien aéroport de Quimper (29) à Pluguffan s’est installé le « Tek’West », une fête gigantesque avec plus de 10 000 participantEs, malgré un temps épouvantable, et ce, pendant tout le long week-end de Pâques.

Comme un pied de nez aux promoteurs de l’avion et du kérosène, le choix de ce lieu fait suite à la fermeture de l’activité de l’aéroport, fruit d’une lutte dénonçant son inutilité et son impact écologique. Il ne contient désormais qu’un modeste aéro-club qui n’a subi aucun dommage.

Du son plutôt que des avions

Alors même que ces anciennes pistes permettaient l’installation des murs de son sans trop de problèmes, la préfecture du Finistère a immédiatement décrété que ce rassemblement était illégal, faisant fi des milliers de jeunes se rassemblant et pour certainEs exprimant clairement leur refus des violences policières et des interdictions.

Dès le samedi, le dispositif policier par des contrôles, chicanes et check-points sur les routes conduisant à l’aéroport a tout fait, en vain, pour empêcher l’afflux impressionnant de toutes et tous les teufeurEs.

Malgré cette présence policière, des milliers de jeunes et moins jeunes, dont nombre de participantEs des alentours, ont contourné les divers barrages pour accéder au tarmac et au teknival.

Bruit, nuisances et répression

Alors certes, les murs de son ont fait trembler le voisinage et la quiétude des riverainEs déshabituéEs du bruit depuis que les avions ne les survolent plus…

Alors certes, des témoins rouspètent contre des jeunes étant passés par leur jardin pour accéder à la fête, mais au-delà, et selon les propos mêmes du maire de Pluguffan, il n’y a pas eu d’incidents majeurs ni de comportements « délictueux ».

Et pourtant, sans être empêchéEs physiquement d’aller sur place, les teufeurEs ont subi une répression financière particulièrement forte.

L’ensemble des festivalierEs ont écopé chacun et chacune de 135 euros d’amende ainsi que 135 euros pour chaque véhicule. La somme vertigineuse atteint 1,7 million d’euros, sans compter les 340 m3 de matériel (sono, éclairage…) saisis et les « 68 personnes auditionnées pour organisation ou complicité d’organisation d’un rassemblement illégal ».

Dégradations et hypocrisie

Selon la Préfecture et la CCI (Chambre de commerce et de l’industrie), le montant des dégradations est évalué à 130·000 euros (plus de 10 fois moins que les amendes récoltées). Les principales dégradations sont les portails et grillages qui empêchaient l’accès libre au tarmac.

On peut sans peine imaginer que si le rassemblement n’avait pas été frappé d’illégalité et l’accès laissé libre aux festivalierEs et au matériel, les dégradations auraient été bien moindres.

En s’entêtant à interdire de tels rassemblements, festifs et gratuits, particulièrement nombreux en Bretagne, les autorités préfectorales et le gouvernement ne font que stigmatiser un monde musical et une jeunesse qui ne s’arrêtera pas là et qui comprend fort bien les régressions en cours et la répression omniprésente.

Ainsi que le dénonçait non sans humour l’un des étendards de la « Tek’West » : « La police peut nuire à vous et à vos proches ». Fin momentanée de l’épisode… jusqu’au prochain.

NPA Cornouaille

https://lanticapitaliste.org/

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07 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Ugo Palheta (NPA)

hugo

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06 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Marc-André Sélosse ( Reporterre )

Marc-André Selosse : «<small class="fine d-inline"> </small>La solution, c'est le vivant<small class="fine d-inline"> </small>!<small class="fine d-inline"> </small>»

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Marc-André Selosse : « La solution, c’est le vivant ! »

Agriculture bio, non-labour… Les solutions sont là, déjà, amassées grâce à l’écologie et les sciences du vivant. Mais « on ne pense pas au vivant », regrette le biologiste Marc-André Sélosse, auteur de Nature et préjugés.

Professeur à l’Université Paris-Saclay, Marc-André Sélosse est un spécialiste des champignons et du sol. Il publie Nature et préjugés (éd. Actes Sud), un beau livre de vulgarisation qui plaide pour la reconnexion de notre société au vivant.

Reporterre – Pourquoi dévaste-t-on la planète ?

Marc-André Sélosse – La tendance à dévaster est malheureusement une tendance du vivant. Mais l’Homme est la première espèce à avoir la capacité de prévoir et donc de continuer à dévaster en sachant ce que cela implique.

Pourquoi le fait-on, alors ?

Cela renvoie à un principe qu’on appelle « la tragédie des biens communs », qui a été formulé en 1968 par l’écologue Garrett Hardin. L’idée est que le court terme l’emporte sur le long terme. En d’autres termes, un organisme qui se reproduit plus qu’un autre aura plus de descendants et transmettra ce qu’il est, même si c’est aux dépens du long terme. Cela s’observe aussi en économie, où l’on peut faire plein d’argent en abîmant le milieu. L’idée est que ce qui est sélectionné est ce qui marche à court terme, quelles qu’en soient les conséquences à long terme.

Au contraire, l’Homme pourrait s’inspirer de ce que nous voyons et nous prévoyons pour encadrer mieux les choses et empêcher les succès à court terme qui obèrent le long terme. La tragédie des communs, c’est donc cela : si quelqu’un a un moyen d’obtenir plus d’un bien commun, qui rapporte pourtant à tout le monde, tout le monde va porter le poids de cette « réduction ». Celui qui a endommagé ce bien commun encaisse, lui, le bénéfice.

C’est un comportement capitaliste, non ?

Oui. Le capitalisme est un de ces mécanismes qui, bien qu’il émerge dans la sphère culturelle, est attendu dans le monde vivant. Mais être humain, c’est ne pas se résigner à l’attendu.

Pourquoi ceux qui ont le plus de puissance dans le monde continuent-ils à avoir cette vision de court terme ?

Ils veulent empocher de l’argent et puis ils iront se réfugier dans un bunker sur une île. Je suis convaincu que ces gens ignorent les sciences de l’écologie ou de l’évolution. Ils ne croient pas vraiment à ce qu’annoncent ces disciplines parce qu’ils n’ont pas été formés aux logiques du vivant. Elon Musk est convaincu qu’avec un peu d’exploration spatiale, on passera à une « planète B ». Ça me fait rigoler, parce que le vivant est lié à des conditions physicochimiques qu’on a peu de chance de retrouver ailleurs. Mais il y a des gens sincèrement convaincus que les messages d’alerte que passent les scientifiques ne sont pas si vrais que ça, qu’il s’agit d’une opinion.

Les dirigeants sont-ils ignorants ?

Il leur manque un pan de connaissances. Il ne faudrait pas dédouaner tout le monde, parce que lorsque vous achetez un produit, vous cautionnez le système qui l’a produit. Bien sûr, des puissants essayent de tirer un maximum d’argent à court terme du bien commun qu’ils détruisent. Mais ils le font avec la complicité de ceux qui, comme moi, ont un ordinateur, par exemple. On devient dépendant. Nous sommes complices d’un système où, en consommant, nous donnons un sens aux activités de surexploitation qui nous entourent. Concrètement, j’ai moi-même un poids de responsabilité. Pas seulement les gros.

Il y a quand même une solution au désastre, écrivez-vous dans « Nature et préjugés ».

L’écologie et les sciences du vivant ont accumulé des connaissances qui offrent des perspectives de solutions, voire des solutions déjà mises en place. Contre l’érosion des sols agricoles qui est décuplée par le labour, on a aujourd’hui des formes d’agriculture non labourées. Contre la toxicité des aliments qui sont bourrés de pesticides ou de cadmium, dérivé des engrais phosphatés qu’on utilise en agriculture conventionnelle, le bio a trouvé des solutions. On a aussi des perspectives pour mieux gérer les antibiotiques par des méthodes moins impactantes pour l’organisme.

Pour vous, il ne faut pas tant parler de la transition que reconnaître que nous sommes, comme tous les êtres vivants, plongés dans la course à l’évolution.

On y est soumis. Par exemple, je vous vois blanc. Moi aussi je suis blanc. Pourquoi ? Parce que quand certains groupes humains — qui étaient de peau noire, ce qui la protégeait des rayons UV — sont montés dans les zones tempérées, sa peau est devenue plus pâle parce que ça permet aux UV d’y entrer et de faire de la vitamine D. Et donc l’humanité a blanchi chaque fois qu’elle est partie dans les latitudes élevées. Nous sommes un produit de l’évolution biologique et cette évolution n’est pas terminée. Nous sommes aussi un produit d’évolution culturelle.

La culture est aussi en évolution selon des mécanismes très semblables aux mécanismes de l’évolution biologique. La culture a ceci de commun avec l’évolution biologique qu’on ne peut pas l’arrêter : les autres évoluent, et cela vous oblige à évoluer en retour. C’est un processus incessant. Alors que le concept de transition revient à dire qu’on va passer dans un état parfait puis ce sera fini. Mais il faut penser la transition que nous devons faire comme le premier pas qui mènera à une autre transition. Et la suite des transitions, c’est l’évolution culturelle.

Il y a eu une crise agricole au début de l’année. Que retenez-vous des annonces du gouvernement en réponse à cette révolte paysanne ?

Quand on écoute les revendications de la FNSEA et quand on voit comment le gouvernement agit, cela incarne très bien ce que je vous disais tout à l’heure : on ne pense pas au vivant. En revanche, on n’a pas peur du chimique. Mais en utilisant le chimique, on abîme le vivant. Les agriculteurs ont en moyenne moins de cancers que la population générale, mais pour des cancers comme les lymphomes, ils en ont 50 % en plus, pour les myélomes, 20 % en plus.

Ils ont des problèmes aussi de cancers de la prostate, et des problèmes d’Alzheimer ou de Parkinson. Les décisions prises ne sont pas bonnes pour la santé des agriculteurs et des consommateurs, elles négligent le vivant comme solution.

Pourquoi prend-on ces mauvaises décisions ?

Les lobbies veulent continuer à valoriser les appareils de production dans lesquels ils ont investi. Mais par ailleurs, la société n’est pas prête à aider les agriculteurs. Récemment, on a vu que le marché du bio a commencé à se rétracter de 4 à 5 % [1]. Qu’est-ce qui s’est passé ? Rien.

N’est-ce pas parce que les décideurs n’ont pas soutenu cette voie d’avenir ?

Dans un pays démocratique, les décideurs reflètent le pays. Les politiques servent aux gens ce qu’ils attendent. Nous payons une désaffection collective, notamment envers l’agriculture. Du coup, les agriculteurs ont raison de ne pas changer. Parce que changer, c’est prendre des risques. On ne peut pas leur demander de faire mieux sur la qualité de l’eau, sur la qualité du paysage, sur la qualité de l’air, sur la qualité des aliments si l’on ne paye pas davantage leurs produits.

Pourquoi y a-t-il cette désaffection sur des sujets aussi importants ?

Parce que le vivant, c’est la dernière roue du carrosse. On croit beaucoup plus aux technologies et à la chimie qu’au vivant comme outil. Du coup, on ne voit pas l’agriculture, on ne voit pas la production alimentaire, on ne voit pas les écosystèmes. Dans l’enseignement, il n’y a pas de programme autour des sciences du vivant. Et les profs de maths et de physique disent aux gamins qui veulent devenir ingénieurs, agronomes ou médecins, « il faut que tu fasses des maths et de la physique parce que ce sont les matières de sélection ». On forme des agronomes qui ne sont pas très bons en bio parce qu’ils ont le même coefficient en maths et en biologie à l’entrée de l’Agro. On fait des médecins qui n’ont pas trop le temps de s’occuper du patient comme d’un truc vivant parce qu’ils ont été sélectionnés sur des maths.

Il y a quelque chose qui est porteur d’espoir, c’est le 4 pour 1 000. De quoi s’agit-il ?

On va enfin donner un exemple très précis de solution. Quand on laboure, on bousille la vie du sol, on augmente l’érosion. Les sols européens ont perdu la moitié de leur matière organique depuis les années 1950. Le 4 pour 1 000, c’est l’idée que si on met de la matière organique dans le sol et qu’on ne laboure pas, on va y stocker du carbone. Si, tous les ans, on augmente de 4 pour 1000 la teneur en matière organique, on aura effacé la production de gaz à effet de serre de cette année-là, c’est énorme.

Comment mettre la matière organique dans les sols ? Par le compost. Et en hiver, au lieu de laisser le sol nu s’éroder, vous plantez des intercultures que vous allez broyer au sol avant de faire votre semis au printemps suivant. Comme ça, vous pouvez stocker entre 100 et 800 kilos de carbone par hectare. Et l’agriculteur va pouvoir émarger aux crédits carbone. Si le syndicat agricole majoritaire faisait son travail, il irait sur le marché du carbone prendre du fric pour aider l’agriculture. Mais il y a mieux. Quand vous avez remis de la matière organique dans le sol, non seulement c’est autant de carbone qui ne va pas être sous forme de CO2, mais la matière organique du sol colle les particules de sol, et résout les problèmes d’érosion.

Cette matière unique a un autre rôle : elle soutient la vie du sol qui s’en nourrit et, lentement, libère de l’azote et du phosphate. Elle est un engrais. Elle a encore un autre rôle, c’est qu’elle retient l’eau. 1 % de matière organique en plus dans le sol, c’est 10 millimètres d’eau de pluie retenue. Dans un pays dont les étés deviennent secs, c’est une façon d’avoir plus de réserves en eau dans le sol. Un point que le plan eau du gouvernement en mai dernier a complètement négligé. Donc, remettre la matière organique dans les sols, c’est bon pour le climat, bon pour la vie des sols, bon contre l’érosion, bon pour faire des réserves en eau. Putain, qu’est-ce qu’on attend ?

Justement, pourquoi ça ne se fait pas ?

Il y a besoin de sortir du technologique, de sortir du chimique et de prendre le vivant comme solution. Qu’est-ce qu’on attend ? Je ne sais pas, mais on est complètement acculturés du vivant.

Dans « Nature et préjugés », vous écrivez : « Une génération comme la mienne n’a rien obtenu en expliquant et en discutant bien poliment. »

J’ai 55 ans et je vois que rien n’a changé, au contraire, tout a empiré et on peut se poser la question de savoir si la voix de la raison peut marcher. Une chose m’inquiète beaucoup, c’est que l’alternative qu’est l’action violente finit par devenir un possible. Je suis non violent, mais il faut regarder les choses en face : quand on voit que la violence des agriculteurs paye face au gouvernement, on se dit que si on veut que l’écologie paye, il faut en faire autant.

Diriez-vous comme René Dumont en 1974, « l’utopie ou la mort » ?

La mort est annoncée clairement, les pesticides sont faits pour tuer. Le cadmium [métal toxique omniprésent dans notre environnement] — qui contamine les phosphates qu’on utilise comme engrais — nous contamine puisqu’il rentre dans les végétaux et qu’on les mange. Derrière le mot « utopie » se cache l’idée de quelque chose qui ne peut pas exister aujourd’hui. Or, il y a des choses déjà mises en pratique localement et qui marchent. Donc je ne dirais pas l’utopie ou la mort, mais « utiliser le vivant ou la mort ».

Hervé Kempf 6 avril 2024

https://reporterre.net/

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