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26 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

Où va michel onfray ? (médiapart)

onfray

Depuis longtemps maintenant, Michel Onfray s’est spécialisé dans l’anticommunisme et l’antisyndicalisme.

Après avoir raillé « les vieilles scies militantes d’hier et d’avant-hier : cosmopolitisme des citoyens du monde, fraternité universelle, abolition des classes et des races, disparition du travail et du salariat, suppression du capitalisme, pulvérisation de toutes les aliénations, égalitarisme radical », il lance en 2008 une grande campagne nationale de diffamation à l’encontre de Guy Môquet, absur- dités historiques à la clé.

Le créateur de l’Université populaire de Caen se consacre ensuite au dénigrement médiatique du candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle. Ce dernier, parce qu’il défend la figure de Robespierre, est dépeint comme l’incarnation contemporaine du totalitarisme – voter pour lui, c’est voter pour la réinstallation de la guillotine en place de Grève. Ainsi, faisant siennes sans barguigner les thèses de l’historiographie néolibérale, le philosophe, qui se réclamait parfois de l’antilibéralisme (de moins en moins souvent il est vrai), vire sa cuti pour entonner les refrains d’une plate philo-sophie des droits de l’homme empruntée à Bernard Henri-Lévy. Dans la foulée, il affirme sur le plateau d’un journal télévisé que Chavez a truqué sa réélection au moyen de machines électroniques (alors que même la Fondation Carter valide les résultats).

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Mais ces harangues douces aux oreilles de la droite n’étaient qu’un premier pas. Après tout, un philosophe qui fait si continûment profession de nietzschéisme a-t-il grand-chose d’autre à offrir à la gauche que des absurdités comme « Marx a contribué à nous faire penser de manière binaire : les méchants riches contre les bons pauvres » ?

Or, si l’on observe sa trajectoire récente, Michel Onfray donne à voir ce qu’il faut bien appeler une radicalisation.

La première étape s’opère sous le signe de son ralliement halluciné à Albert Camus. L’essai L’ordre libertaire, la vie philosophique d’Albert Camus, dithyrambe officiel, sert de prétexte au philosophe normand pour cracher sur Sartre, coupable – entre autres – d’avoir été compagnon de route du Parti communiste. Onfray pousse si loin sa vénération pour le « philosophe pour classes terminales » qu’il s’active à faire débarquer l’historien Benjamin Stora du projet d’une « Expo Camus » conduit par la municipalité d’Aix-en-Provence et les héritiers de l’auteur de La Peste.

Cette éviction ne doit rien au hasard : Stora n’était pas dans la ligne pro-Algérie fran- çaise du maire Maryse Joissains-Masini, membre de la Droite populaire et proche des milieux d’extrême droite sur ces thématiques. Albert Camus, partisan comme eux de l’assimilation, s’était en effet distingué par une franche hostilité à l’indépendance et à la décolonisation de l’Algérie, point auquel ses héritiers semblent tenir. Aussi Onfray se voit-il un temps comme l’ordonnateur rêvé d’une grand-messe exaltant « la pensée de midi » et une Algérie préservée du FLN. Si cette collaboration n’aura finalement pas lieu, cela n’a pas empêché Onfray de se répandre, dans les média, pour défendre une conception très camusienne de la question algérienne. Au point que le numéro deux du Front National, Bruno Gollsnisch, s’est fendu d’une note sur son blog pour féliciter Onfray de défendre une vision compatible avec la sienne selon laquelle « la France n’a pas à rougir de son œuvre civilisatrice en Algérie » !

En mars, c’est au site proche de l’extrême droite nationaliste israélienne Dreuz.info que notre hédoniste en chef accorde une interview complaisante où il claironne que « le versant solaire de la Méditerranée se manifeste sur les plages de Tel-Aviv ».

De fait, difficile de ne pas voir que le discours onfrayen résonne maintenant très favorablement aux oreilles de l’extrême droite. Ainsi, les attaques récurrentes du philosophe contre la religion musulmane et les musulmans lui valent désormais la sympathie des groupuscules satellites du FN comme Riposte laïque. Célèbres pour avoir organisé les « apéros saucisson-pinard », les membres de  cette secte raciste se posent la question sur leur site : « Michel Onfray serait-il une taupe de Riposte laïque ? ». Il faut dire qu’en plus de propos d’une rare violence contre l’islam, on trouve dans la bouche du « révolté » autoproclamé des sorties pour le moins flatteuses vis-à-vis de la présidente du Front national : « Si la gauche était moins conne, elle aurait le discours de Marine Le Pen sur la laïcité »  ; « Marine Le Pen a raison ! ».

Notons que cette focalisation sur la laïcité (utilisée avant tout contre l’Islam) correspond très exactement à l’approche de la droite « décomplexée » (celle d’un Jean-François Copé). Il s’agit de rallumer sans cesse la torche de la question religieuse pour faire écran au drame économique. Comme si les périls du monde actuel se résumaient, comme sous la Troisième Répu- blique, à l’emprise des Églises et aux querelles de libre-penseurs ! Alors que la planète et des peuples entiers agonisent sous le boisseau d’un système économique affolé, Onfray, Copé et Le Pen pointent de concert les vrais problèmes : le Coran !

Le 24 mai dernier a marqué l’ultime étape (jusqu’ici) de la triste route de Michel Onfray vers l’extrême droite. Invité pour la énième fois d’un plateau de télévision, le laudateur de Camus, en roue libre, s’est déchaîné contre la religion musulmane (violente et sanguinaire), déclarant voir l’islam comme une menace. Reprenant mot pour mot les arguments des idéologues de la haine antimusulmans, Onfray, devant un Jean-Jacques Bourdin conquis, outrepassa même la violence des diatribes d’une Marine Le Pen… Au moment de commenter le suicide de l’historien d’extrême droite Dominique Venner (païen antireligieux et nietzschéen vitaliste), Onfray lâche ces mots sibyllins : « N’est pas samouraï qui veut ». Une référence élogieuse à Mishima, autre suicidé de l’ultra-droite nationaliste. À croire que, dans l’esprit de Michel Onfray, l’ultime samouraï dans « l’Europe décadente », c’est lui.

Ce qui l’a conduit, le 15 novembre dernier, à prophétiser, pour « dans cinquante ans », une « Europe islamisée. »

La Revue du projet (PCF note du blog) N° 33  Elias Duparc 21 janvier 2014 |  Par Nicolas DUTENT

http://blogs.mediapart.fr/edition/la-revue-du-projet/article/210114/ou-va-michel-onfray-elias-duparc

 

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24 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

Dérapage statistique de françois chérèque (politis)

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L’ex-dirigeant réformiste de la CFDT, François Chérèque, bombardé inspecteur général des affaires sociales et président de l’Agence de service civique par le gouvernement, est fâché avec les statistiques. Invité à répondre aux questions de Patrick Cohen sur France Inter le jeudi 23 janvier, jour de la remise à Jean-Marc Ayrault d’un rapport sur l’évaluation du plan de lutte contre la pauvreté, l’inspecteur, qui en est l’un des deux auteurs, a dès ses premiers mots commis deux grosses bourdes. S’exprimant sur l’évolution de la pauvreté, l’inspecteur général des affaires sociales indique avec certitude : « Le seuil de pauvreté, c’est 976 euros pour une personne seule, c’est 60 % du salaire moyen. »

François Chérèque confond salaire et revenu, puis moyenne et médiane. Aurait-il oublié le contenu de son rapport ? Pour illustrer le propos de l’inspecteur des affaires sociales, un lecteur de Politis et auditeur de France Inter, a adressé cette brillante démonstration :

« Il suffit de penser à la situation suivante : Dans un bar 10 personnes boivent un coup. 5 sont pauvres et 5 sont riches. La valeur du revenu médian des 10 est A et la valeur de la moyenne B. Deux personnes les rejoignent, l’une percevant le RSA, l’autre étant Carlos Ghosn, grand patron de Renault. La valeur de la médiane A ne change pas car elle partage le groupe en 6 pauvres et 6 riches. En revanche, la valeur de la moyenne B explose : le niveau du seuil de pauvreté, selon la définition de François Chérèque, va augmenter. Il y aura donc moins de pauvres ! Il suffit donc que les riches deviennent plus riches pour diminuer le seuil de pauvreté en France ! En attendant, le niveau de la réflexion, lui, il baisse. »

Transmis à l’inspection générale des affaires sociales.

Par Thierry Brun  23 janvier 2014 

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18 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

Pub pour médiapart!

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14 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

esclave pendant 12 ans: un portrait inoubliable de l’esclavage (sw.org)

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C’est un film si puissant qu’il appartient à cette rare catégorie de ceux dont il est difficile de quitter son siège lorsqu’il s’achève.

Il est encore plus rare qu’un film que, lorsque des jours plus tard, votre regard observe le vide, vous songez encore à la raison pour laquelle vous ne pouviez pas bouger. Esclave pendant 12 ans  est bon à ce point. Le film raconte l’histoire vraie de Solomon Northup, un Noir né libre dans l’Etat de New York. En 1841, il fut éloigné de sa famille et de sa vie pour Washington, la capitale, où il fut kidnappé, embarqué pour la Nouvelle Orléans et vendu en esclavage.

Northup n’était pas la seule victime de kidnappeurs œuvrant dans le Nord à cette époque, mais il fut presque l’unique à regagner sa liberté 12 ans plus tard. Il parvint à faire parvenir un mot à sa famille et un avocat blanc, dont le père fut le propriétaire du père de Northup qu’il libéra ensuite, voyagea vers la Louisiane avec l’appui officiel du gouverneur de l’Etat de New York afin de le secourir.

Le compte rendu que fit Northup de ce cauchemar a été publié sous forme de livre en 1853 et devint un best-seller de son époque. A l’instar d’autres «récits d’esclaves» [les deux plus connus étant ceux de Frederick Douglass et de Harriet Jacobs], il fut utilisé par le mouvement abolitionniste pour aiguiser l’opposition nordiste à la esclavocratie sudiste.

Dans le film, le réalisateur [britannique, dont les parents sont originaires de l’île de Grenade], Steve McQueen, ne s’éloigne guère de Solomon et de son histoire. Ce qui s’approche le plus dans le film à une référence à la situation politique plus large tient en une seule prise de caméra: alors que Solomon, enchaîné, à la suite de son enlèvement, dans un cachot situé dans une cave appelle à l’aide à travers une fenêtre à barreaux, la caméra s’éloigne de lui et se déplace vers le haut, au-dessus des murs extérieurs du bâtiment jusqu’à dépasser le toit. C’est alors que nous pouvons voir au loin le Capitole [édifice qui abrite le pouvoir législatif fédéral], un symbole de la «démocratie américaine» surgissant au-dessus d’un monde de violence et de souffrances. (…)

Solomon est échangé entre plusieurs maîtres. Le premier, un prêcheur baptiste, se flatte de prendre soin de ses esclaves – ou, au moins, de leurs âmes immortelles – mais il s’avère finalement qu’il est plus préoccupé de sa position sociale au sein de l’esclavocratie. Le deuxième est un monstre sadique qui traite sa chère «propriété» humaine pire que s’il s’agissait d’animaux.

Tout au long du film la violence de l’esclavage est ni caricaturée ni ne fait l’objet de sensationnalisme, ce qui le rend plus atroce: l’écrasement de la pensée, ce que Frederick Douglass nommait «la pensée qui dévore sans cesse la pensée: je suis un esclave et un esclave pour la vie, un esclave qui n’a aucun espoir rationnel en la liberté; cette pensée qui faisait de moi une incarnation vivante de la misère mentale et physique.» (…)

A un certain moment, par exemple, Solomon est gagné d’une espérance inattendue lorsque surgit un travailleur blanc qui vit et travaille aux côtés des esclaves, qu’il paie – avec la maigre somme qu’il a gagnée en tant que musicien – pour envoyer une lettre à sa famille dans le Nord. Mais Solomon est trahi et il doit brûler la lettre qu’il a écrite sur du papier volé, utilisant une plume qu’il a fabriquée et de l’encre improvisée. (…) De la même manière, McQueen montre les dynamiques tordues du régime terroriste esclavorate en une longue séquence sur une tentative de lynchage. (…)

Un grand nombre de caractéristiques du système dépravé de l’esclavage sudiste sont saisies dans cette séquence sans parole: la condition de l’esclave, agressé en permanence, mais gardé suffisamment en vie pour continuer à travailler, la violence terroriste pour faire un exemple d’un rebelle, de façon à ce que les autres ne rejoignent pas la rébellion, le crime sauvage de l’esclavage dissimulé bien en vue au centre de la vie sudiste prétendument raffinée.

La force de ce film tient dans la compréhension que l’expérience de Solomon de la barbarie et de la déshumanisation était la même pour des millions de Noirs qui connurent l’esclavage [on évalue le nombre d’esclaves aux Etats-Unis en 1860, soit à la veille de la Guerre civile, à 4 millions]. Mais cette force est encore plus grande si l’on garde à l’esprit certains accidents historiques qui font que l’histoire de Solomon est unique.

Les premières scènes du film montrent Solomon comme un citoyen respecté de Saratoga, dans l’Etat de New York. Le commerçant – qui finalement fera le voyage en Louisiane pour le secourir – le traite comme un ami et un égal. Mais ce commerçant aurait fait partie d’une minorité parmi les blancs du Nord en 1841. La phase radicale du mouvement abolitionniste allait seulement prendre son envol et la majorité des travailleurs blancs percevaient les Noirs libres comme des concurrents: leur hostilité était encore confinée, ainsi que l’exprima W.E.B. Du Bois [(1868-1963) [intellectuel Afro-américain de grande envergure, auteur d’un ouvrage sur l’activité des Noirs lors de l’immédiat après Guerre civile – Black Reconstruction – et de Les âmes du peuple noir ; c’est l’un des fondateurs du NAACP, National Association for the Advancement of Colored People], contre la puissance esclavagiste du Sud plutôt que contre l’institution de l’esclavage. (…)

Au début du XIXe siècle, alors que la production de coton devint centrale pour l’économie mondiale – c’était la matière première qui éperonna la Révolution industrielle en Europe – le système de travail esclavagiste nécessaire à la production de masse devint complètement enraciné. Les propriétaires d’esclaves les plus riches développèrent le système terroriste décrit dans le film afin d’écraser la menace de rébellions d’esclaves. En parallèle, tout blanc qui s’opposait à l’esclavage faisait face au choix soit de vivre sous la menace d’une mort violente ou de fuir vers le Nord ou l’Ouest. (…)

McQueen dramatise cette prise de conscience avec une autre image inoubliable: alors que Solomon s’assied à l’arrière de la calèche qui l’emmène hors de la plantation vers la liberté, nous voyons ses compagnons esclaves rester derrière lui, observant d’une distance toujours plus lointaine. Puis, alors que le visage de Solomon reste clair, l’arrière-plan s’éloigne et la vie qu’il quitte devient tache indistincte. L’astuce cinématographique de McQueen est un symbole visuel du dernier enseignement pour Solomon: le prix de sa libération est d’accepter que lui, au moins lui en tant que tel, ne puisse aider même un autre esclave à accéder à la liberté.

Esclave pendant 12 ans est un film qui remue.

Traduction A l’Encontre, article publié sur le site de l’ISO: socialistworker.org) Publié par Alencontre le 14 – janvier – 2014 Par Alan Maass

http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/etats-unis-un-portrait-inoubliable-de-lesclavage.html

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08 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

hommage brestois à madiba (cb)

Photo : Mathieu Le Gall

Ceux qui se promènent au niveau de la porte de l’Arrière-Garde ne manqueront pas de remarquer une fresque à l’effigie de Madiba. Brest aussi a mis à l’honneur le Sud-africain.

Si, il y a peu, les hommages à Nelson Mandela se multipliaient encore aux quatre coins du monde, à Brest aussi, le Sud-africain a été mis à l’honneur. Une fresque à l’effigie de Madiba a, en effet, fait son apparition au niveau de la porte de l’Arrière-Garde, entre les Capucins et Bellevue.
« Quand j’ai appris son décès, j’ai ressenti une certaine tristesse, raconte son auteur, Yann Metivier, Brestois de 39 ans bien connu dans le milieu du street-art international sous le nom de Pakone*. C’était un des derniers humanistes qu’il nous restait. Alors j’ai décidé, à mon échelle, de mettre en valeur l’homme. » Il s’est aussitôt mis au travail, « sous les klaxons des voitures, dans un bel élan de fraternité ». Trente heures plus tard, la fresque hommage était terminée.
Réalisée à la bombe aérosol à partir de plusieurs photos « pour avoir les proportions », puis de manière plus libre ensuite, l’œuvre montre un Madiba le poing levé, avec l’une de ses plus fameuses citations en dessous : « Il est temps pour la nouvelle génération de poursuivre la lutte contre les injustices sociales et pour les droits de l’humanité. C’est entre vos mains. »
« Plutôt que la sagesse ou la compassion, j’ai voulu montrer le Nelson Mandela combattant, indique Pakone. Pour que tout ce qu’il a fait ne tombe pas aux oubliettes et que les gens continuent à se battre. » Quant au mur abandonné où est peinte la fresque, « il a trouvé une raison de tenir debout plus qu’avant ». Dernière mise à jour : 07/01/2014 à 15:24 Delphine Van Hauwaert

*Le travail de Pakone est à découvrir sur www.graffiti-decoration.com  Le grapheur apparaît dans le film retraçant l’aventure Crimes of Minds, parcours de fresques dans la ville visible sur www.crimesofminds.com puisqu’il a signé l’une des 21 œuvres (rue Mathieu-Donnart).

http://www.cotebrest.fr/2014/01/07/hommage-brestois-a-madiba/

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31 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

l’occident vit une refondation, comme pendant la renaissance (jdd)

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Maurice Godelier: Ancien élève de Fernand Braudel et maître assistant de Claude Lévi-Strauss, Maurice Godelier a été titulaire de la chaire d’anthropologie au Collège de France, puis directeur scientifique au CNRS et du musée du Quai-Branly. Mariage pour tous, mères porteuses, clonage, économie mondiale, il estime que « l’Occident vit une refondation ». (…)

« Je suis convaincu que la famille n’est pas le fondement de la société. Pas seulement de notre société, mais de toutes les sociétés. »

Qu’avez-vous découvert? L’anthropologie est un travail sur soi, un travail de décentrement. Il faut se mettre à distance de ce que la culture et l’éducation vous ont appris. Ce sont les autres qui vous apprennent. Chez les Baruya, vous êtes comme un gamin. On ne sait pas où marcher dans les jardins, au milieu des plantes sacrées. Ils deviennent vos professeurs. Combien de fois ils m’ont dit : « Mais on t’a déjà expliqué ça il y a deux ans… » On découvre leur logique de pensée et d’action, leurs normes pour agir, quelles femmes ils peuvent épouser ou non. Comment les clans font les couples. Chez eux, ce n’est pas l’amour qui forme les ménages, mais cela fait aussi des pères qui s’occupent bien des enfants, et des mères très affectueuses!

La famille est-elle, comme on le croit souvent ici, le fondement des sociétés?
Je sais bien que je prends à contre-pied ce que pensent beaucoup de gens, mais je suis convaincu que la famille n’est pas le fondement de la société. Pas seulement de notre société, mais de toutes les sociétés. La tradition catholique aime imaginer le contraire. Déjà avant le monde chrétien, Aristote pensait que la famille engendrait le clan, et les clans la tribu. Puis les chrétiens ont mis l’accent sur la famille nucléaire, l’homme, la femme leurs enfants. Cela correspond à la période de la fin de la République romaine, quand la famille nucléaire était devenue le modèle dominant.

Et la famille du « mariage d’amour »? L’humanité n’a que rarement misé pour sa reproduction sur l’amour et sur la passion! On constate d’ailleurs aujourd’hui, dans nos sociétés individualistes où l’on met en avant des choix individuels, que l’amour s’épuise vite. En Île-de-France actuelle, 40% des unions disparaissaient au bout de sept ans. Dans la plupart des sociétés, l’amour n’est pas le principe des alliances. Ce sont au contraire des stratégies, des rapports d’intérêts qui gouvernent les alliances. Par contre, pour la première formation d’un individu, la famille, ce groupe d’adultes qui « élève » un enfant, joue un rôle fondamental.

Pour l’anthropologue, qu’est-ce que signifie « être élevé »? Il y a sept fonctions à la « paren- talité », qui sont universelles. Même si, selon les systèmes familiaux, différentes personnes les exercent. La première fonction est de concevoir et d’engendrer. Cela semble simple chez nous les Occidentaux, un homme et une femme couchent ensemble. Mais c’est déjà plus compliqué quand il y a des mères porteuses et qu’il faut deux femmes pour faire un enfant. Dans des sociétés patrilinéaires, comme en Nouvelle-Guinée, c’est le sperme de l’homme qui est considéré comme seul fabriquant l’enfant. Dans d’autres, matrilinéaires, c’est la femme, son sang menstruel, avec l’aide d’un esprit qui font l’enfant. Dans le premier cas, l’enfant appartient au clan du père, dans l’autre, au clan de la mère et de ses frères… Vous voyez le rôle des représentations, qui n’ont rien de scientifique, mais qui relèvent de logiques sociales et de pouvoir. Dans la plupart des sociétés, on ne pense pas qu’un rapport sexuel suffise pour faire un enfant. L’idée générale est qu’il faut être trois. Les Baruya pensent que c’est le soleil qui finit le fœtus dans le ventre des mères. Dans d’autres sociétés, ce sont les ancêtres qui jouent ce rôle. Chez les chrétiens aussi, il faut être trois! Car qu’est-ce qui introduit l’âme dans le fœtus ? Ce n’est pas le sperme de l’homme. Elle est introduite par Dieu. Dans le christianisme, malgré toutes nos connaissances en biologie moléculaire, il faut être trois pour faire un enfant. Pareil pour l’islam…

La deuxième fonction de la parentalité? Donner un nom. Dans toute société, un enfant qui n’a pas de nom n’existe pas. Dans les sociétés patrilinéaires, c’est un nom appartenant au clan du père. Chez les Baruya, un enfant, pendant sa première année, ne voit quasiment pas son père. S’il meurt cette année-là, il est enterré n’importe où. Puis, s’il survit à sa première année, le clan du père lui donne un nom et il entre dans le groupe. Sans nom, un enfant n’est pas complet. La troisième fonction consiste à « s’occuper de », c’est?à-dire nourrir, soigner et protéger. La quatrième fonction est celle de la « formation ». Chez nous, l’école ou le service militaire, quand il existait, ont pris cette place. Mais dans beaucoup de sociétés, des adultes devaient prendre en charge la formation des enfants pour en faire des guerriers, des chamans… La cinquième fonction, c’est, pour certains parents, d’exercer une forme d’autorité sur les enfants. Toutes les gammes d’autorité sont possibles. Il y a des sociétés extrêmement permissives où l’enfant est roi et on ne le réprime jamais, et d’autres très strictes où les enfants ne peuvent quasiment pas prendre la parole. La responsabilité va avec. Si votre enfant casse un carreau, c’est à votre charge. C’est pareil dans toutes les sociétés.

« Le modèle chrétien est un horizon de culture, mais il n’est déjà plus une norme sociale générale depuis la Révolution française. »

La septième et dernière fonction de la parentalité? Certains parents qui ont la charge des enfants ne peuvent pas avoir de rapports sexuels avec eux. Ce sont les deux tabous de l’inceste, le tabou homosexuel que l’on oublie toujours (un père et un fils, une mère et une fille) et le tabou hétérosexuel que tout le monde connaît. Ces tabous sont universels, même s’ils varient. Dans l’Antiquité, en Perse ou en Égypte, le mariage « idéal » était entre un frère et une sœur, à l’imitation des dieux. L’inceste détruit les rapports de solidarité et d’autorité au sein des familles ainsi que les rapports d’alliances entre les familles. Finalement, être « parent », c’est assumer ces sept fonctions. Selon les sociétés, ce ne sont pas les mêmes personnes qui s’en occupent. Cela dépend du système de parenté…

Combien existe-t-il de systèmes de parenté? En gros, actuellement sur terre, 10.000 groupes exercent une souveraineté sur un territoire, des personnes et des ressources. Cela fait 10.000 sociétés, même si certaines comptent 50 personnes en Amazonie et qu’il y a 1,3 milliard de Chinois. Ces 10.000 sociétés ont toutes un système de parenté qui leur est propre. Nous, nous sommes dans un système dit « indiffé­rencié ». On retrouve ce même système chez les Inuits ou en Indonésie. Il est apparu en Europe à la fin de la République romaine. Nous n’avons qu’un seul père et une seule mère. Ce système romain a été « encapsulé » par le christianisme. Plus tard, dans le christianisme, le mariage est devenu un sacrement. L’union d’un homme et d’une femme devant Dieu, avec interdiction du divorce, interdiction de relations sexuelles en dehors du mariage, interdiction de se masturber aussi, etc. L’Église a détruit la polygamie. Mais notre système n’est pas du tout majoritaire dans le monde! La Chine, l’Inde, et cela fait plus de deux milliards d’individus, fonctionnent autrement!

Ce modèle chrétien, on l’a vu en 2013 avec le mariage pour tous, est en train de craquer… Le modèle chrétien est un horizon de culture, mais il n’est déjà plus une norme sociale générale depuis la Révolution française. L’État a pris en main le mariage, et les enfants sont enregistrés à l’état civil. Le modèle chrétien craque depuis deux cents ans…

Comment le mariage pour tous vient-il bousculer cette histoire? Il y a dix ans, on m’avait posé la question du mariage homosexuel. J’avais répondu qu’il avait déjà existé dans de nombreuses sociétés des unions homosexuelles pour le plaisir, comme chez les Grecs anciens, mais pas pour fonder des familles instituées. J’étais influencé par la psychanalyse, qui disait qu’il faut impé- rativement un père et une mère pour fabriquer un enfant. Or, ce n’est pas si simple. De mes recherches, depuis, je conclus qu’il y a eu trois lignes de transformations de nos sociétés qui ont amené à la revendication du mariage pour tous.

Lesquelles? La première, c’est la valorisation de l’enfant, qui commence avec Rousseau. L’enfant est devenu une valeur nouvelle, quasi universelle. Regardez ce qui se passe avec Noël et l’achat massif de jouets pour la plupart inutiles… Cela a abouti à la Déclaration des droits de l’enfant, impulsée par l’Occident. Le pire crime aujourd’hui, c’est le viol et l’assassinat d’un enfant. La deuxième ligne d’évolution est scientifique, commencée dans les années 1930 aux États-Unis, où l’ordre des médecins a « dépathologisé » l’homosexualité. L’homosexualité n’est plus une « maladie » dont il faut guérir, ni, pour les psychologues, une « perversion ». Et puis la primatologie s’est intéressée ré- cemment à la sexualité de nos cousins primates, les bonobos et les chimpanzés. Il est désormais établi scientifiquement que ces primates sont bisexuels. Je pense que nous aussi, primates humains, nous sommes bisexuels par nature. Évidemment, la société a toujours privilégié l’hétérosexualité pour la reproduction, sans quoi l’espèce se serait éteinte depuis longtemps. Mais nous sommes tous bi, avec deux formes de sexualité, normales toutes les deux. Dans la vie des sociétés, l’une va être manifestement favorisée, et l’hétérosexualité restera toujours majoritaire. Enfin, troisième ligne d’évolution, la démocratie. Je pense qu’en démocratie, quand des minorités revendiquent des droits qui ne retirent rien aux majorités, elles finissent toujours par les obtenir. Pour toutes ces raisons, il est évident que des gens veuillent vivre une sexualité homosexuelle, autre mais normale, tout en assumant un désir d’enfant.

Le mariage pour tous est la grande révolution de 2013… Oui, il a heurté une partie de la population marquée par les valeurs chrétiennes. Mais ce conflit ne devrait pas durer, comme en Espagne catholique ou au Canada.

Faut-il légaliser les mères porteuses, selon vous? Absolument. Je suis pour encadrer politiquement et juridiquement cette pratique. Certains hommes acceptent déjà que le sperme d’un autre homme féconde leur compagne pour faire un enfant à trois. Les mères porteuses, dans certains États américains et au Canada, ne font pas cela pour faire trafic de leur utérus. En corollaire de la légalisation, je suis un partisan résolu de la transparence des origines! Que ce soit pour les mères porteuses ou pour les dons de sperme. Les enfants sont capables de comprendre. Si on ne leur dit rien, c’est toujours pire. À mon sens, les parents qui ont fait un enfant à trois, que ce soit les mères porteuses, avec le don de sperme, ou les couples homosexuels ou hétérosexuels qui adoptent, ont un devoir d’explication. Ensuite, si l’enfant veut savoir d’où il vient, il faut qu’il puisse raccorder l’histoire qu’on lui a racontée avec un être réel. La transparence des origines me paraît aller de soi.

Quelles limites voyez-vous? Je suis absolument contre le clonage reproductif. C’est un délire de recherche d’immortalité narcissique qu’il faut stopper. Il y a sûrement des laboratoires aujourd’hui qui y travaillent, et à terme un type riche qui voudra se cloner. Il faut interdire cela. On ne doit pas se reproduire tout seul. Que d’autres dépendent de vous ou que vous dépendiez d’eux, ceci est constitutif de notre humanité. On doit avoir ce principe, cette norme universelle. (…)

* Lévi-Strauss, Maurice Godelier, Seuil, 592 p., 26 euros.

Laurent Valdiguié – Le Journal du Dimanche dimanche 29 décembre 2013

http://www.lejdd.fr/Societe/Maurice-Godelier-L-Occident-vit-une-refondation-comme-pendant-la-Renaissance-646088

Lire aussi dans l’Humanité:

http://www.humanite.fr/546667

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30 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

bella ciao palestinien

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30 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

valeurs actuelles et le roman national (acrimed)

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Malheurs actuels de l’histoire 

Après le numéro hors-série de L’Express qui en appelait à un « roman de l’Hexagone », c’est au tour du magazine Valeurs actuelles de s’intéresser à l’histoire de France, et plus spécialement à l’histoire enseignée. Comment celle-ci est-elle vue par un journal mêlant valeurs réactionnaires et apologie du néolibéralisme économique ?

Des Unes « chocs » de Valeurs actuelles à Renaud Camus

Depuis quelques mois, le magazine a clairement adopté un angle plus que droitier [2], notamment dans ses Unes, reprenant souvent mot pour mot le discours de l’extrême droite, sur des sujets comme les Roms ou plus encore l’islam. Ainsi, cette couverture mettant en scène une Marianne voilée, avec des titres sans ambiguïté sur les dangers d’une « invasion » musulmane par les natu- ralisations, et le risque à terme d’un « changement » de peuple dont la gauche serait complice. L’allusion au « grand remplacement » de l’écrivain Renaud Camus, qui voit dans l’immi-gration une opération de « changement de peuple » et de « réensauvagement de l’espèce » [3] est limpide. Ce grand remplacement serait accompagné d’un « grand effacement » qui viserait à détruire l’histoire de France. Comme l’explique le même Renaud Camus.

Le Grand Effacement me va très bien. C’est ce que j’ai appelé moi-même l’enseignement de l’oubli, l’industrie de l’hébétude, la Grande Déculturation. On en revient toujours à la formule que je rabâche exagérément, mais il y a de quoi : « Un peuple qui connaît ses classiques ne se laisse pas mener sans révolte dans les poubelles de l’histoire » [4].

La connexion est donc implicitement faite entre une immigration assimilée à une colonisation et une opération qui viserait à annihiler l’histoire de France [5]. La Une de Valeurs Actuelles est un résumé de cette théorie. Elle pointe à la fois ce qui est en train de disparaître et désigne en même temps les responsables. L’image de Charles Martel, héros des islamophobes et des groupes d’extrême droite comme les identitaires, symbolise cette « histoire piétinée » qui se résume en fait à une litanie de grands personnages, les mêmes que ceux célébrés par les historiens de garde comme le montre la liste en bas à droite de la Une : Clovis, Saint Louis, Louis XIV et Napoléon.

Le coupable de l’effacement est clairement désigné : la gauche. Elle « [piétine] » les « héros français », et « [massacre notre histoire »]. Mais il ne s’agit pas de n’importe quelle gauche. Comme le montrent les titres dans la partie supérieure de la page, c’est la « gauche antiraciste », et surtout Christiane Taubira qui est visée. Car si la ministre de la Justice est l’ennemie jurée des opposants au mariage pour tous, elle l’est aussi des chantres d’une histoire nationale purgée de la « repentance droits de l’hommiste ». C’est Max Gallo qui, le premier, l’a prise pour cible dans son livre L’âme de la France (publié en 2007) car elle a été à l’initiative de la loi reconnaissant l’esclavage et la traite comme crime contre l’humanité en 2001.

Aussi, le propos du dossier de Valeurs actuelles est simple: désigner des coupables et revenir à des fondamentaux qui se résument à livrer une vision héroïque des faits (d’arme) des « grands hom- mes ». A été mobilisée pour l’occasion la cohorte habituelle des historiens de garde, de Dimitri Casali à Vincent Badré. Avec même un « petit nouveau », Philippe de Villiers, dont nous avions parlé dans un précédent article. Notons au passage que le dossier a été coordonné par Fabrice Madouas, auteur entre autres d’un livre-entretien avec Jean de France, (Un prince français, Pygmalion, 2009), prétendant orléaniste au trône de France et proche de Lorànt Deutsch. Le monde des historiens de garde est décidément bien petit.

« Histoire : notre mémoire massacrée »

Le dossier de Valeurs Actuelles commence fort avec cette confusion entre histoire et mémoire, qui n’a évidemment rien d’anodin. Pour les historiens de garde, le rôle de l’histoire est avant tout de célébrer une mémoire collective. La gauche voudrait donc, selon Fabrice Madouas, « [priver] le peuple français de sa mémoire », par une « entreprise de déracinement » et un effacement des héros nationaux des manuels scolaires. Autre confusion, cette fois entre manuels scolaires et programmes, mais qui n’est pas étonnante, l’une des références prises pour l’article étant Vincent Badré, auteur d’un « livre très fouillé » dixit F. Madouas, L’histoire fabriquée, que d’autres ont démonté point par point sur le site aggiornamento.hypotheses.org. L’autre historien de garde appelé à la rescousse est sans surprise Dimitri Casali qui, hasard du calendrier sans doute, publie un énième ouvrage, cette fois sur Napoléon.

Après une introduction où la France actuelle est comparée à l’Union Soviétique où l’on truquait les photos officielles, Fabrice Madouas reprend les grosses ficelles du discours des his- toriens de garde sur l’enseignement, souvent des contrevérités : la chronologie (citant Michel Debré, « l’histoire, c’est d’abord la chronologie ») et le récit auraient ainsi disparu, tout comme les grands hommes, « effacés » ou relégués en « option », tel Napoléon. Guère étonnant non plus la référence à Max Gallo, qui avait vu « les carences de l’enseignement de l’histoire » dès 1983.

Les « pédagogistes abscons » et « l’école des Annales » seraient les principaux coupables (on doit donc comprendre qu’en plus de Christiane Taubira, ce sont eux « la gauche »), confondant « salle de classe et laboratoire de recherche ». Le journaliste s’appuie ici sur Jean-Rémi Girard, du SNLAC (Syndicat National des Lycées et des Collèges, classé à droite), qui déplore « la vision de l’histoire très universitaire [des concepteurs des programmes] ». L’une des antiennes des historiens de garde est en effet de séparer histoire universitaire et histoire pour le grand public, y compris scolaire, cette dernière ayant pour seul but l’adhésion, en rien l’esprit critique. On retrouve là les propos récents de Karim Ouchikh., conseiller de Marine Le Pen à la Culture, à la Francophonie et à la Liberté d’expression qui promeut pour le grand public un roman national qui « ne se confondrait pas avec les disciplines historiques scientifiques ».

La deuxième partie de l’article s’attaque plus directement à « la vision idéologique de l’histoire [par la gauche], qu’il faudra corriger pour restaurer cet enseignement » (sic). Principales cibles : Christiane Taubira et les « lois mémorielles ». Fabrice Madouas loue les anciens historiens républicains du XIXe siècle et du début du XXe, qui ne « rejetaient pas l’héritage de la monarchie ni l’héritage chrétien ». Il se situe ainsi dans le même discours que Max Gallo, et sa volonté de fusionner roman national républicain et roman national monarcho-chrétien. L’ennemi est donc ceux qui défendent « une histoire amputée, manichéenne » (dixit Casali), comme Christiane Taubira et sa « désastreuse loi » (critiquée à l’époque, entre autres, par Pierre Nora). Le fait que cette loi ne mentionnerait que la traite pratiquée par les Européens et pas les traites interafricaines ou mu- sulmanes prouverait, selon les historiens de garde, que le but de Taubira serait uniquement de culpabiliser les Français et de les forcer à la repentance. Bien entendu, l’article « oublie » de dire que suite à cette loi, si la traite atlantique a été mise dans le programme de 4e, les traites interafricaines et musulmanes sont au programme de 5e. Peu importe, il s’agit pour Valeurs Actuelles de pointer cette histoire qui ne penserait qu’aux victimes, au détriment des héros, se transformant en une « longue plainte profondément démoralisante » pour les Français, selon Vincent Badré.

Que propose alors le magazine pour sauver cette mémoire de la France ?

Le Panthéon des héros à réhabiliter

Principal (unique ?) axe des programmes version Valeurs Actuelles : la réhabilitation de certains héros, « expulsés ou relégués au second plan » par l’histoire gauchiste. Les choix sont sans surprise : il n’est question que d’hommes occupant des positions royales ou de commandement.

- Vercingétorix, loué ici parce qu’aujourd’hui « marginalisé [alors qu’il est] un héros, un chef courageux, un combattant qui a fait le choix de l’action guerrière pour préserver sa culture ».

- Clovis évidemment. Selon Casali, « le héros franc a jeté les bases spirituelles, dynastiques, politiques et culturelles de la monarchie française et de notre nation ». Pour Denis Tillinac, Clovis nous aurait placés « dans le giron d’une catholicité romaine qui a formaté l’essentiel de nos valeurs et de nos mœurs ». Mieux, selon le trio de journalistes chargé de l’article, Clovis prouve que « la France était chrétienne avant d’être la France, et c’est même seulement grâce à cela qu’elle a pu devenir la France ».

- Charles Martel, ce « résistant réprouvé », qui semble redevenir à la mode. Son mérite, avoir fait en sorte que les musulmans ne s’installent pas durablement dans le sud de la France, permettant ainsi de limiter l’apport de la culture islamique à l’Europe. Selon les journalistes de Valeurs actuelles, Charles Martel aurait été écarté des programmes pour « ne pas choquer les élèves issus de la sphère arabo-musulmane ». Même propos dans la bouche d’un candidat frontiste aux municipales dans le 3e arrondissement de Paris cité page 20 de l’hebdomadaire (donc en dehors du dossier consacré à l’histoire, preuve que la figure de Charles Martel est un lieu commun du discours d’extrême droite) pour qui « Il ne faut surtout pas parler de Charles Martel arrêtant les Arabes à Poitiers, ça risquerait de froisser les musulmans ! ».

Pourtant, Charles Martel n’a pas toujours été mis en avant dans l’enseignement scolaire. Ainsi, il est absent de la version définitive du Petit Lavisse (Histoire de France : cours élémentaire, Armand Colin, 1913). Pareillement, quarante ans plus tard, il n’est pas cité par Paul Bernard et Frantz Redon, dans Notre premier livre d’histoire. Cours élémentaire. La disparition que déplore l’hebdomadaire est donc bel et bien fictive.

- Louis XIV, Roi-Soleil victime d’une éclipse, car relégué en fin de 5e. Là, la référence de Valeurs Actuelles est claire, puisque c’est Jacques Bainville  qui est appelé pour défendre le monarque absolu : « [Versailles était] le symbole d’une civilisation qui a été pendant de longues années la civilisation européenne, notre avance sur les autres pays étant considérable et notre prestige politique aidant à répandre notre langue et nos arts ».

- Napoléon, « aigle foudroyé » depuis la polémique de 2005 autour du bicentenaire de la bataille d’Austerlitz.

- Charles de Gaulle, ce « bâtisseur ignoré », en particulier le président de 1958, soupçonné par la gauche, selon Valeurs Actuelles, de vouloir rétablir, avec la Cinquième République, une forme de royauté.

Saint Louis et Philippe de Villiers

Plutôt qu’un article sur Louis IX, ou une référence à l’édition en poche de la fabuleuse biographie signée Jacques Le Goff , le journaliste Éric Branca propose de célébrer le travail de Philippe de Villiers sur le roi capétien. L’ancien ministre, ami du théoricien du génocide vendéen Reynald Secher, est comparé ici à Plutarque ! Branca ne peut s’empêcher une allusion au débat sur le mariage pour tous, « loi piétinant plusieurs millénaires d’acquis anthropologiques », et résume la thèse de de Villiers sur le Capétien. On croit rêver quand il affirme que le Moyen Âge était la période durant laquelle « la laïcité marchait main dans la main avec la piété » ! Villiers a également une vision quelque peu surprenante des croisades, motivées par « la défense de la liberté de conscience des chrétiens d’Orient face à une forme de totalitarisme » !

La « Nouvelle histoire » de Dimitri Casali

Bouquet final de ce dossier sur l’enseignement de l’histoire, une interview de Dimitri Casali, appuyée sur une enquête récente (et contestée) faisant état d’une baisse de niveau des collégiens en histoire. Dans cet entretien, Casali déroule son discours habituel, sur lequel il n’est pas utile de s’attarder : l’histoire ne passionnerait plus les élèves car elle aurait abandonné le « récit plein d’émotion et de fureur » au profit des « courbes statistiques » issues d’une « mauvaise réception de l’enseignement de l’école des Annales ». Autres coupables : la repentance et le politiquement correct pour complaire aux « nouvelles populations d’élèves, celles qui refusent d’entrer dans une cathédrale ». Il milite lui pour « une nouvelle histoire, équilibrée et sereine », et en profite pour défendre Lorànt Deutsch contre les attaques, se réjouissant de la transe qui emporte le comédien quand il touche une pierre de la cathédrale de Saint-Denis.

L’iconographie historique de Valeurs actuelles

Les choix iconographiques de Valeurs actuelles appuient le propos de fond et en disent parfois plus long que les textes. Outre la couverture, reprenant une gravure de Charles Martel non datée, mais faite d’après un modèle de Georg Bleibtreu (1828–1892), l’hebdomadaire reprend également deux peintures sur toile du XIXe siècle afin de parler de Vercingétorix (celle de Lionel Royer déjà repris dans le Dictionnaire amoureux de l’Histoire de France de Max Gallo) et du cardinal Richelieu (celle de Henri Paul Motte réalisée en 1881). S’ajoute à cela sur une double page quelques extraits tirés, selon Valeurs actuelles, d’un manuel d’histoire des années 50 que nous n’avons pas pu identifier.  Ce choix n’a rien d’anodin. Sur les cinq pages, il est surtout question, on ne s’en étonnera pas, de grandes figures de l’histoire nationale. Néanmoins, la page au premier plan traite de la colonisation, sujet qui n’est pas mis en avant dans le dossier et qui n’apparaît qu’au rez-de-chaussée d’une des pages finales, dans un court encart. On comprend facilement que le propos iconographique est inverse. Il s’agit au contraire de mettre en avant la réhabilitation d’une image essentiellement (voire uniquement) positive de la colonisation, qui se résumerait à l’action humaniste de missionnaires catholiques.

Le choix de ces images a ainsi comme fonction de plonger le lecteur dans une forme de nostalgie. La pratique n’est pas nouvelle. Lors de la dernière rentrée, Le Figaro Histoire avait ainsi rempli son dossier sur l’enseignement de l’histoire d’illustration de Job (1858-1931). Nous re- marquons néanmoins que l’année 2013 marque un accroissement de ce type de pratique, comme le montre la réédition du Petit Lavisse sous forme de fac-similé, mais aussi la parution aux éditions Ouest-France d’un ouvrage intitulé La France. Histoire curieuse et insolite. La couverture de ce dernier ouvrage s’évertue à donner une image idéalisée d’un passé où tout allait bien, où les élèves obéissaient à leur maître d’école (image 5 – les personnages, d’ailleurs, semblent tout droit sortis des années 50. Face à un présent complexe, nécessitant une réflexion importante, face à une histoire qui elle aussi se complexifie, la nostalgie mémorielle devient aussi, et peut-être surtout, un repère facilement commercialisable.

Valeurs actuelles justifie le choix de ces images en expliquant qu’il s’agit de « repères parfois naïfs, mais nécessaires à la conscience nationale. » Sans entrer dans le débat de fond (l’histoire a-t-elle comme seule fonction de créer de la conscience nationale ?) notons simplementque la conception d’images scolaires n’est pas un choix naïf, mais au contraire, un projet mûrement réfléchi. Représenter Vercingétorix et Clovis avec des accoutrements similaires (notamment le casque ailé) marque ainsi une continuité entre les deux personnages. Représenter Jeanne d’Arc durant l’épisode des voix plutôt que sa confrontation au dauphin révèle aussi un parti pris des concepteurs du manuel. Faire une pareille analyse relève de l’histoire la plus basique, facilement accessible à tous. Une ambition qui n’est pas celle de la rédaction de Valeurs actuelles, qui préfère vendre des mythes nostalgiques à ses lecteurs.

Une radicalisation

Ce dossier de Valeurs actuelles sur l’enseignement de l’histoire n’apporte finalement pas grand-chose au discours des historiens de garde. Sur le fond, ce n’est guère différent de L’Express ou du Figaro Histoire. Par contre, le discours se clarifie et les cibles encore plus clairement identifiées : la gauche et l’immigration. Enfin, les sources du discours deviennent de plus en plus claires : c’est chez les Identitaires et Renaud Camus que Valeurs Actuelles et Dimitri Casali vont puiser leur inspiration et leur grille d’analyse. On peut donc légitimement s’interroger ? Pourquoi Dimitri Casali continue-t-il d’être invité dans les médias de masse comme « spécialiste de l’enseignement de l’histoire », avec pratiquement jamais quelqu’un pour lui porter contradiction. Et pourquoi Vincent Badré a-t-il participé au dernier numéro de la revue Le Débat, dirigée par l’historien Pierre Nora ?

Le 30 décembre 2013 Christophe Naudin et William Blanc

Nous publions ci-dessus, en tribune [1] et avec l’autorisation de ses auteurs, un article de Christophe Naudin et William Blanc paru sur le site qu’ils animent, Les historiens de garde. (Acrimed)

http://www.acrimed.org/article4230.html

citron

NOTES DE LECTURE : SUZANNE CITRON

L’histoire de France revisitée

Sujets tabous et mémoire clôturés

► Suzanne Citron, Le mythe national, L’histoire de France revisitée, de l’Atelier, Paris 2008, 351 pages, 11,90 euros

La nouvelle édition du livre de Suzanne Citron dans une édition de poche est une très bonne nouvelle. L’auteure, avec un vrai talent de conteuse, analyse « la mise en scène du passé imaginée au siècle dernier par les historiens libéraux, romantiques puis républicains ». Elle soumet à une critique rigoureuse le récit linéaire et continu d’une France pré-incarnée dans la Gaule, réintroduit les victimes et les oubliés, n’oublie pas l’esclavage, les conquêtes coloniales, Vichy et la guerre d’Algérie, etc.

L’auteure démonte la construction de « la fille aînée de l’Église », les réécritures successives des passés en fonction des présents. De « nos ancêtres les Gaulois », à la négation des spécificités franques, de la France incréée à ses vocations universalistes, un fil permanent semble tendre une continuité au milieu de ruptures ou d’anachronismes.

De ce point de vue, les manuels scolaires sont révélateurs de l’exposition et des déplacements du mythe national, de l’incapacité d’être parmi les autres, du gommage, des omissions et des mensonges pour construire des fables qui n’ont que peu de rapport avec les aspérités des histoires.

Se réapproprier la construction même de cette histoire est donc un enjeu politique.

Suzanne Citron nous propose une autre vision de l’écriture de l’histoire. « Sans se laisser empêtrer dans la raison d’État, elle n’occulterait pas les dénis qui parsèment l’histoire de France comme celle des autres, ce qui n’a rien à voir avec la repentance. Rompant avec la logique linéaire du même, elle décrypterait dans les processus le différent dans le semblable, le multiple dans l’Un, les convergences et les confrontations entre l’État dans ses figures successives et les Français dans leurs diversités sociales, idéologiques, culturelles. »

L’auteure souhaite aussi une vrai démystification de la Révolution de 1789. « Je continue de penser que la capacité à dépasser la révérence passionnelle et à traiter la Révolution comme un objet historique et non plus comme l’avènement michelétien (de Michelet) reste une nécessité vitale pour une Gauche en quête d’elle-même mais pour une France qui n’a aucune raison de se penser comme le pays des droits de l’homme. »

Comment ne pas partager cette invitation et l’étendre à d’autres références passionnelles et d’autres révolutions, et en particulier celles du vingtième siècle ? Cet ouvrage est passionnant. On pourra bien évidement discuter de tel ou tel point, mais le tout est bien décapant. Pour ceux et celles qui voudraient mieux connaître l’auteure, je signale aussi son autobiographie parue en 2003 1.

Didier Epsztajn

Notes

1. Suzanne Citron, Mes lignes de démarcation, Croyances, utopies, engagements, L’histoire de France revisitée, Éditions Syllepse, Paris 2003, 374 pages, 20 euros

http://orta.dynalias.org/inprecor/article-inprecor?id=582

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28 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

closer écrase le monde diplomatique (lmd)

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La publication par le ministère de la culture et de la communication du tableau des deux cents titres de presse les plus aidés en 2012 permet d’apprécier la sollicitude des pouvoirs publics envers Le Monde diplomatique.

Notre journal se classe au 178e rang. C’est-à-dire très loin derrière des publications aussi cossues et adorées des annonceurs que Le Nouvel Observateur (8e), L’Express (9e), Télé 7 jours (10e), Paris Match (12e) et Valeurs Actuelles (66e).

Plus édifiant, des titres aussi indispensables au débat public que Télécâble Satellite Hebdo (27e), Grazia (74e), Point de Vue (86e), Closer (91e), Le Journal de Mickey (93e), Gala (95e), Voici (113e), Prions en église (121e), Auto Moto (124e), Mieux vivre votre argent (131e), Détente Jardin (167e), Spirou (172e) se retrouvent devant Le Monde diplomatique

Un rapport récent de la Cour des comptes a estimé que les aides publiques repré-sentaient entre 7,5 % et 11 % du chiffre d’affaires global des éditeurs (1). Dans le cas du Monde diplomatique, qui a obtenu 188 339 euros en 2012, cette proportion est plus proche de2%. C’est dire la part décisive que prennent au financement de notre travail nos acheteurs, nos abonnés et ceux qui, chaque année plus nombreux, nous versent des dons.

L’an prochain, il est possible que nous ne figurions plus du tout dans le tableau du ministère de la culture. En effet, la moitié des aides reçues par Le Monde diplomatique en 2012 l’ont été au titre de notre diffusion à l’étranger. Or, en 2013, cette aide au développement de notre lectorat international a été divisée par cinq, passant de 95 900 euros à 18 600 euros. Ajoutons à cela le relèvement important des tarifs postaux qui va nous concerner, alors même que le président de la République vient d’en annuler l’essentiel pour les quotidiens et pour les magazines d’actualité hebdomadaires, et chacun pourra se faire une idée de l’affectation étrangement ciblée des aides à la presse. C’est-à-dire en définitive de l’argent des contribuables.

Il y a trente ans, le Parti socialiste proclamait : « Un réaménagement des aides à la presse est indispensable. (…) Il faut mettre un terme à un système qui fait que les plus riches sont les plus aidés, et les plus pauvres les plus délaissés. (…) La réforme des aides à la presse devrait également mieux différencier la nature des titres et ne pas traiter de la même façon la presse politique et d’informations générales et la presse récréative. Elle devrait distinguer, en particulier en matière d’aides postales, la presse bénéficiant d’un fort volume de publicités et celle qui en est dépourvue (2). »

Les données officielles récemment rendues publiques ainsi que les derniers arbitrages présidentiels en matière de presse démontrent que cette analyse, à laquelle nous ne pouvons que souscrire, n’a pas reçu le moindre début d’exécution. Faute de quoi, comment expliquer que Télé 7 jours ait reçu trente-huit fois plus d’argent public que Le Monde diplomatique  ?

En nous versant un don, que vous pourrez partiellement déduire de vos impôts, vous corrigerez à notre avantage cette répartition fantaisiste des sommes que l’Etat verse chaque année à la presse.

(1) «  Les aides de l’Etat à la presse écrite  » (PDF), communication de la Cour des comptes à la commission des finances du Sénat, juillet 2013. Le tableau détaillé des publications aidées se trouve page 40.

(2) Cité dans l’article de Serge Halimi, «  Nous ne sommes pas des robots  », Le Monde diplomatique, octobre 2013.

jeudi 19 décembre 2013

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http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2013-12-19-aides

 

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25 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

le problème des versions hollywoodiennes de mandela (ci)

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Pas moins de 16 films américains ont été consacrés à l’ex-président de l’Afrique du Sud. S’ils participent tous à la fabrication du mythe Mandela, ils laissent en revanche de côté certaines réalités historiques et ont tendance à déformer les événements. Pour en faire un héros solitaire – qu’il n’était pas.
Jessica Blatt et moi avons écrit un article pour le site d’Al-Jazeera America, dans lequel nous faisons valoir qu’outre les manières de divers politiciens conservateurs, c’est la création du mythe de Nelson Mandela par Hollywood qui marquera les esprits.Il apparaît dans 16 longs-métrages en tant que personnage et nous nous attardons sur deux d’entre eux – Invictus et Mandela : un long chemin vers la liberté [ce dernier est sorti le 18 décembre en France] –, car ils renforcent les caractéristiques typiques de la création de mythes et du révisionnisme historique qui ont marqué presque toutes les discussions sur Nelson Mandela depuis son décès. Voilà la partie consacrée au dernier opus en date : Mandela : un long chemin vers la liberté retrace toute la vie du leader sud-africain.  Ce film a bénéficié de ce que The New York Times a appelé « l’aide macabre » de la mort de Mandela. Le biopic a la bénédiction de la famille de Mandela, a battu des records au box-office en Afrique du Sud et est pressenti comme un candidat aux Oscars (pour Idris Elba, dans le rôle-titre). Les critiques ont évoqué une œuvre shakespearienne et ont qualifié de stupéfiantes et magnifiques les performances des acteurs.

Pure invention

Nous reconnaissons que c’est un film puissant. Malheureusement, l’essentiel de son contenu relève de la pure invention. Début décembre, la Fondation Nelson Mandela, qui archive les documents personnels du défunt président, a déclaré que le film contenait de nombreuses erreurs. Le cinéma prend toujours des libertés, mais cette production cherche à paraître réaliste. (La plupart du temps, en tout cas. A la fin, les maquilleurs ont tellement épaissi le front d’Idris Elba qu’il ressemble plus à un des Klingons qu’au Nelson Mandela des dernières années.) Toutefois, les omissions du scénario sont plus graves que ses inexactitudes (ou les problèmes de maquillage). Parmi les lacunes, il faut noter la guerre froide, le communisme (le Parti communiste d’Afrique du Sud a récemment confirmé que Nelson Mandela avait effectivement été adhérent, ce qui était resté un secret de polichinelle pendant des années), le soutien américain à l’apartheid et l’appui du régime d’apartheid aux supposées violences entre Noirs dans les années 1980 et au début des années 1990.  Dans le film, on dirait que Winnie Mandela – présentée comme un personnage irrationnel, digne de Lady Macbeth – est à l’origine des violences, qui étaient en réalité le résultat d’affrontements entre les forces loyales au Congrès national africain (ANC) et les organisations mandatées et financées par l’Etat, comme le Parti de la liberté Inkatha, représentant des Zoulous.

Un héros soutenu par l’ANC

Toutefois, la déformation peut-être la plus flagrante s’avère la séparation que crée le film entre Nelson Mandela et le mouvement dont il est issu. En réalité, l’ANC et sa lutte pour la justice sociale reposaient sur une gouvernance collective et participative. Mandela a été choisi par une commission pour devenir le visage du mouvement à l’échelle internationale. Le long-métrage occulte les principaux collaborateurs de Mandela (notamment Walter Sisulu [1912-2003], Joe Slovo [1926-1995] et Oliver Tambo [1917-1993]) et réduit un mouvement complexe à une bataille opposant Nelson Mandela (bon et clément) et Winnie Mandela (mauvaise et violente).  Parallèlement à la création d’un mythe autour de Nelson Mandela à la suite de sa mort, ces films consolident l’idée que la liberté est construite par de grands hommes extraordinaires. Et tout le monde pense qu’il n’y en aura plus d’autres, car cette époque est révolue. Comme on pouvait s’y attendre, Barack Obama lui-même a déploré le fait qu’il n’y aura « sans doute personne d’autre comme Nelson Mandela ».

Le problème, c’est que cette analyse cache un contresens : en réalité, ce sont les mouvements qui créent les personnalités comme Nelson Mandela et non pas le contraire.

  • Africa is a country Sean Jacobs 24 Décembre 2013

http://www.courrierinternational.com/article/2013/12/24/le-probleme-des-versions-hollywoodiennes-de-mandela

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