Archive | Médias, culture

07 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

langue macroniste (médiapart)

rien a dire

Ignominie et duplicité de la novlangue macroniste

La macronie et ses médias aux ordres montrent depuis trois semaines toute l’étendue de leur ignominie et leur duplicité à l’occasion du mouvement des gilets jaunes. Pour démasquer ces tartuffes, voici quelques éléments de langage, accompagnés de leur signification sous-entendue et en regard la réalité qu’il s’agit de nier.

« Les gilets jaunes ont un sentiment de malaise »

Signification sous-entendue : c’est que du ressenti (comme les températures), en clair une fausse perception. Réalité niée : la vraie vie avec des salaires, des pensions de misère, des logements qui sont des taudis pour beaucoup de foyers.

 «Le gouvernement et ses députés doivent faire de la pédagogie »

Signification sous-entendue : mais que les gens sont cons (surtout les pauvres), ils ne comprennent rien à rien. Réalité niée : le pouvoir macroniste n’a rien à dire ni à proposer, il ne veut rien entendre et n’aspire qu’à imposer sa politique.

 « Le pouvoir a fait un geste »

Signification sous-entendue : vous ne mesurez tout ce que le gouvernement vient de vous donner, c’est énorme. Réalité niée : le pouvoir ne fait que promettre (même pas donner) des miettes, en vérité son geste est un doigt d’honneur au peuple.

« Les gilets jaunes veulent l’impossible »

Signification sous-entendue : il est impossible d’augmenter les salaires, de revaloriser les pensions et de mettre un peu plus de démocratie dans la société avec par exemple la mise en place de la proportionnelle et du référendum populaire. Réalité niée : beaucoup de familles n’ont plus de quoi vivre, payer leurs courses, leurs loyers, leurs factures, le pouvoir refuse de les aider ; quant à la demande démocratique, c’est un non définitif que le pouvoir apporte car il refuse de donner la parole au peuple.

« Seulement 40 % des ménages paient l’impôt sur le revenu »

Signification sous-entendue : mais de quoi les gens se plaignent, pourquoi veulent-ils des baisses d’impôt alors qu’ils ne le paient pas. Réalité niée : 100 % des ménages paient des taxes injustes (le taux est le même quel que soit leur revenu), par ailleurs les grosses sociétés et les riches contribuables pratiquent à fond la fraude et l’évasion fiscale (au moins 80 milliards de pertes de recettes annuelles pour l’État).

« Il faut augmenter les taxes sur le carburant, tout le monde doit lutter contre la pollution » (on parle ici de « cette France qui roule au diesel et fume des clopes » au cas où on n’aurait pas compris)

Signification sous-entendue : les pauvres sont coupables de polluer, ils doivent payer. Réalité niée : ce sont les riches qui polluent le plus, en France, chaque foyer des 10 % des plus riches pollue (émission d’empreinte carbone) vingt fois plus qu’un foyer appartenant aux 50 % les plus pauvres, et ce sont les riches qui paient le moins d’impôt et de taxes en proportion de leurs revenus.

 « Est-ce que vous condamnez les violences des manifestants ? »Signification sous-entendue : en répondant oui à cette question fermée, votre oui sera utilisé pour vous faire dire que vous condamnez le mouvement social, toujours excessif par définition. Réalité niée : la violence du pouvoir, pas seulement celle de Benalla ou celle infligée à la dame de Marseille âgée de quatre-vingt ans tuée par un tir de grenade lacrymogène, mais la violen-ce sociale vécue au quotidien par beaucoup de familles dans des logements insalubres, des quartiers ou des campagnes désertés par les services publics et avec des revenus dérisoires. La violence populaire avant d’être de la violence est de la légitime défense. Pourquoi les médias ne posent-ils pas la question aux représentants du pouvoir : « Est-ce que vous condamnez la violence sociale dont vous êtes à l’origine ? »

« On n’a pas de représentants en face pour négocier »

Signification sous-entendue : ces cons de gilets jaunes sont même pas foutus de trouver des représentants. Réalité niée : le pouvoir et les médias font semblant de ne pas voir que les gilets jaunes font preuve de vigilance, ils ne veulent pas être représentés par des illuminé(e)s ou des gourous à la recherche de leur minute de célébrité. La démocratie nécessite beaucoup de temps pour se mettre en place, surtout si on ne s’en est pas servi depuis longtemps.

Le pouvoir, bien installé lui, a mis trois semaines pour que ses représentants commencent à réagir, alors les gilets jaunes ont droit eux aussi à un peu de temps. Par ailleurs, tout le monde connaît l’essentiel des revendications sur lesquelles s’accordent les gilets jaunes : baisse des taxes injustes, remise à plat du système fiscal pour plus de justice (avec notamment le retour de l’ISF et la mise en place d’un impôt pour les GAFA), revalorisation des salaires, des pensions et des allocations, retour des services publics là où ils ont été supprimés, etc.

Voici, un état des lieux synthétique de la communication (la poudre de perlimpinpin) macronis-te. Il y aurait bien d’autres « éléments de langage » à ajouter. On remarquera, « dans le même temps » ( !), que le pouvoir et ses médias se montrent plus que discrets sur des aspects très positifs du mouvement populaire en cours : la fraternité, la solidarité, la réflexion, la formation, les échanges, la construction de cahiers revendicatifs argumentés, le souci démocratique, tout un ferment très encourageant pour l’avenir. Alors, toutes et tous ensemble, continuons le combat pour faire triompher nos revendications légitimes de justice sociale et de solidarité.

5 déc. 2018 Patrick Saurin

Blog : Le blog de Patrick Saurin

https://blogs.mediapart.fr/

Lire la suite

06 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

sénat gilets jaunes (le huffington post)

Lire la suite

05 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

ludivine bantigny (regards)

ludivine

Gilets jaunes

La grève pour accroître le souffle de la colère

Ayons à ce sujet une certaine lucidité : devant la densité de la situation, chacune et chacun voit midi à sa porte. On a beau être là, discuter, manifester, lire tous azimuts et recueillir des témoignages et des récits, il est encore impossible d’agripper avec certitude ce qui se noue et se joue.

Le mouvement en cours est tout aussi enthousiasmant qu’insaisissable, aussi surprenant qu’exaltant. C’est un moment historique, assurément, et sa complexité y participe : l’histoire n’est jamais linéaire, elle n’est jamais simple non plus. La mobilisation est d’ampleur, comme l’est sa popularité. Et puis, tout le pays est touché, bien que les regards médiatiques soient focalisés sur les Champs-Elysées : le soulèvement prend aussi bien à Auch qu’au Puy-en-Velay, à Tours qu’à Charleville-Mézières, à Avignon qu’à Marseille.

Une crise politique s’ouvre là, de toute évidence, qui est peut-être même une crise du régime avec la grande aspiration au « Macron démission ».

Une politisation accélérée s’y dessine : la parole se libère, comme dans tous les moments où l’on se retrouve enfin pour discuter et lorsqu’on occupe des lieux, ici et pour l’instant essentiellement des ronds-points : on prend le temps de réfléchir à la manière de changer ce qui ne va pas et qui pourtant jusqu’à présent pouvait paraître aller de soi.

Des cahiers de revendications, parfois appelés cahiers de doléances, sont un peu partout rédigés. Dès lors, la question initiale de la taxe reste forte mais aussi dépassée par l’expres-sion d’une contestation plus vaste : contre l’injustice fiscale en général, les bas salaires, la précarité, la fragilité économique et sociale.

Désormais, on l’entend et on le lit : c’est la répartition des richesses qui est posée.

Mais ce qui frappe aussi, c’est une grande interrogation sur la démocratie. Des textes se multiplient, qui invitent à la repenser, évoquent une démocratie directe ainsi remise sur le métier. C’est le cas, par exemple, dans un texte des gilets jaunes à Commercy, qui insiste sur les assemblées et comités populaires. C’est le cas encore pour des « gilets jaunes gascons », dans un communiqué qui rappelle des expériences historiques comme la Révolution française, la Commune de Paris, les conseils russes à partir de 1905, la révolution espagnole de 1936, l’insurrection hongroise de 1956, le Chiapas et le Rojava aujourd’hui.

Reste que pour l’instant, seuls des ronds-points et des péages sont bloqués. L’enjeu majeur des jours à venir se posera en termes de grève.

L’indignation est immense face à l’arrogance du pouvoir et au mépris de classe exprimé chaque jour davantage par Emmanuel Macron. Reste que pour l’instant, on l’a dit, seuls des ronds-points et des péages sont bloqués. Ce n’est pas le cas des lieux de travail, à quelques exceptions près : raffineries et dépôts pétroliers. L’enjeu majeur des jours à venir se posera en termes de grève, manière de voir s’amplifier considérablement la mobilisation et d’accroître le souffle de sa colère.

Près d’un mois après le début du mouvement des « gilets jaunes », intellectuels, artistes, politiques, syndicalistes et personnalités de la société civile donnent à Regards leur lecture de ce soulèvement populaire.

Ludivine Bantigny, historienne

http://www.regards.fr/

Lire la suite

05 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

olivier b philippe p (médias)

rmc bfp

safe_image.php

Lire la suite

05 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

olivier besancenot (cnews)

Lire la suite

05 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

julia cagé (jdd)

macron-president-fric

Julia Cagé : « Emmanuel Macron a mis en place une politique qui correspond aux intérêts de ceux qui l’ont financé »

Le JDD a révélé dimanche que la campagne d’Emmanuel Macron avait été financée essentiellement par de riches donateurs. Est-ce un phénomène isolé?

Les partis politiques font campagne auprès de ceux qui les financent. J’ai montré dans mon livre Le prix de la démocratie (Fayard) que plus un parti a de moyens plus il a de chances d’emporter une élection. Le financement des partis politiques a toujours été un phénomène de classe : ce sont principalement les plus riches qui financent les campagnes politiques et très souvent à la hauteur du plafond légal (7.500 euros par an et par personne pour les dons aux partis, 4.600 euros pour les dons aux campagnes).

Ce n’est pas propre à Emmanuel Macron, ni à la France. Les plus modestes donnent moins par manque de ressources. Mais le financement de la campagne d’En Marche est tout de même un cas particulier. Macron a été candidat pour un nouveau parti et ne pouvait donc pas toucher d’argent public. Il a fait encore plus d’efforts que les autres partis pour lever des fonds privés. Il n’a  pas arrêté de dire qu’il n’utilisait pas l’argent des contribuables mais c’est faux. Depuis le début de sa création, En Marche a perçu 13 millions d’euros mais 8,6 millions proviennent de l’argent de l’ensemble des contribuables suite aux exonérations d’impôts sur les dons qui sont mises en place par l’Etat. Au total, seuls 4,5 millions d’euros ont été véritablement à la charge des donateurs.

Les partis de droite bénéficient-ils d’autant de dons privés que les partis de gauche?

Il existe une constante quels que soient les pays et les différences de plafond : les partis les plus à droite et les plus conservateurs économiquement reçoivent systématiquement plus de dons privés que les partis les plus à gauche. De ce point de vue, en France, c’est assez frappant à quel point En Marche apparaît comme un parti de droite.

Vous établissez une corrélation entre la politique mise en place par Emmanuel Macron et l’origine du financement de sa campagne

Oui, Emmanuel Macron a principalement fait campagne auprès des Français les plus riches et tout particulièrement des Parisiens. Et ce sont les mêmes qui l’ont financé. Il a mis en place une politique qui correspond à leurs intérêts. Ce qui a eu un impact direct sur les décisions qu’il a prises, notamment fiscales. Il a fait des cadeaux fiscaux aux personnes les plus aisées et a instauré le prélèvement forfaitaire unique sur le capital. Des mesures qui coûtent près de 8 milliards d’euros par an à l’Etat. Or après avoir dépensé de tels montants pour les plus favo-risés, l’Etat n’en a plus pour la majorité des citoyens, il a donc diminué les APL, gelé un certain nombre de prestations sociales, reporté l’exonération de la taxe d’habitation, etc.

Dans d’autres pays, notamment aux Etats-Unis, il n’y a pas de somme maxi-mum légale pour les dons aux candidats. Pour que les campagnes soient plus équitables, vous avez théorisé la mise en place d’un plafond de versement aux partis à 200 euros par personne contre 7.500 euros actuellement. Pourquoi?

7.500 euros, c’est la moitié du salaire annuel d’une personne qui gagne le SMIC. Il faut limiter le plafond des dons pour ré-égaliser les citoyens devant le financement des partis. 7500 euros, c’est une somme tellement élevée que cela créé une réelle inégalité politique, entre la minorité qui peut contribuer avec un montant élevé et la grande majorité des Français qui ne peut pas  participer.

Ce n’est pas parce qu’on a un système qui marche sur la tête aux Etats-Unis qu’on peut ne pas instaurer un plafond moins élevé en France. Les élections présidentielles américaines en 2016 étaient les premières financées sans aucun argent public depuis 1974. On ne peut pas établir un rapport de cause à effet direct entre ces financements et l’élection de Trump mais c’est néanmoins symptomatique ; toute la vie démocratique américaine est désormais capturée par l’argent privée.

Vous souhaitez également la mise en place de « bons pour l’égalité démo-cratique ». En quoi cela consiste-t-il?

Tous les ans, en cochant une case sur sa feuille d’imposition, chaque personne aura la possibilité d’allouer 7 euros d’argent public au mouvement politique de son choix. Il ne s’agit pas d’un apport personnel mais d’argent public. Si le citoyen ne souhaite pas financer un parti, la somme sera répartie entre les différents partis en fonction des résultats obtenus aux derniè-res législatives. Ce système permettrait à tout le monde de participer.

Actuellement moins d’ 1% des ménages financent un parti chaque année. Or, parmi les 0,01% des Français aux revenus les plus élevés, ils sont 10%. Rendre égaux les citoyens devant le financement de la démocratie, c’est le seul moyen de résoudre la crise de la représentation des Français, que l’on retrouve actuellement dans le mouvement des gilets jaunes. Aujourd’hui nous ne sommes plus dans un système 1 personne = 1 voix mais dans un système 1 euros = 1 voix. Il est temps de rétablir un peu de démocratie.

Après les révélations du JDD sur les donateurs d’En Marche entre 2016 et 2017, l’économiste Julia Cagé analyse les ressorts de cette campagne, en déduit des conséquences sur la politique du Président et fait ses propositions pour réinventer le financement de la démocratie. Dimanche, le JDD a révélé les détails des dons reçus par En marche, le parti d’Emmanuel Macron, lors de la campagne de 2017. Cet inventaire dessine une carte des réseaux macro-nistes de la première heure aux disparités significatives, qui ne dissipe pas – c’est peu dire – l’impression d’un président choisi par la « France d’en haut ». Si des milliers de petits dons (moins de 50 euros) ont été récoltés, le montant total qu’ils ont constitué (1,7 million) apparaît marginal au regard des sommes versées par quelques centaines de mécènes fortunés.

Dans son dernier ouvrage (Le prix de la démocratie, Fayard, 2018), Julia Cagé, économiste et professeur à Sciences Po Paris, a démontré que le financement des partis jouait un rôle déterminant dans le résultat d’une élection. Selon elle, qui fut responsable du pôle économie de la campagne de Benoît Hamon, la politique d’Emmanuel Macron est étroitement liée aux intérêts de ceux qui l’ont financé. Dans son livre, elle propose notamment l’instauration d’un plafond de dons à 200 euros par personne contre les 7.500 euros actuels ou encore la mise en place de “bons pour l’égalité démocratiques”,  afin de rendre égaux les citoyens dans le financement des partis.

5 décembre 2018

Lire la suite

04 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

classes populaires (libération)

macron

Gérard Noiriel 

«Pour Macron, les classes populaires n’existent pas»

Comment situez-vous les «gilets jaunes» dans l’histoire des mouvements populaires ?

Des éléments rappellent certaines grandes luttes populaires depuis le Moyen Age : un mouvement qui part relativement spontanément, ni encadré ni structuré. Dans ces formes de luttes s’expriment toujours des discours très contradictoires. On a entendu des «gilets jaunes» tenir des propos homophobes ou racistes, mais cela reste très marginal. De même, la violence a toujours été une dimension importante dans ces luttes populaires spontanées.

Ce qu’il faut souligner, c’est que nous vivons dans une société bien plus pacifiée qu’autrefois. Notre «seuil de tolérance» à l’égard de la violence a beaucoup reculé. Les images diffusées en boucle depuis samedi donnent le sentiment d’un spectacle très violent. En réalité, il y a eu bien pire dans l’histoire des mouvements sociaux !

Par exemple, à Fourmies, dans le nord de la France, la manifestation ouvrière du 1er mai 1891 a été réprimée dans le sang par la troupe. Bilan : 9 morts. Plus près de nous, les grandes grèves de 1947-1948, présentées comme «insurrectionnelles», ont fait des dizaines de morts parmi les ouvriers. Aujourd’hui, la pacification des rapports sociaux conduit à une rationalisa-tion de l’usage de la force, les policiers sont obligés de maintenir une retenue, ce qui encou-rage les casseurs. Le pire, pour le pouvoir, serait qu’il y ait une victime côté «gilets jaunes» imputable aux forces de l’ordre.

Il y a un fait nouveau, c’est Internet…

Le mouvement ouvrier a beaucoup fait pour discipliner les luttes sociales. Mais aujourd’hui, en effet, il y a en parallèle une crise de la représentation syndicale et une montée en puissance des médias et d’Internet qui permettent de coordonner le mouvement. Il y a une sorte de démocratisation de l’image, on le voit bien avec ces manifestants ou ces casseurs en train de se filmer. Cela n’a jamais existé de cette façon-là.

Comment expliquer cette explosion ?

On est passé, brusquement, d’une démocratie de parti – depuis la fin du 19è siècle, la démocratie parlementaire reposait sur des partis qui avaient une vraie autonomie – à une démocratie du public – les politiques dépendent de plus en plus de l’actualité et des sondages. C’est le point commun entre l’élection d’Emmanuel Macron et le mouvement des «gilets jaunes». Il était un outsider, extérieur aux partis politiques, il a gagné les élections en utilisant lui-même les réseaux sociaux.

Ceux-ci, et les médias qui relaient l’actualité en continu, donnent de nouveaux moyens pour réactiver la démocratie directe, ce qui nous ramène à une époque antérieure au mouvement ouvrier structuré. Les «gilets jaunes» sont numériquement assez faibles mais d’emblée présents au niveau national. Le plus surprenant pour moi a été de voir l’éclosion brutale d’une multitude de petits groupes hétéroclites dispersés dans des milliers d’endroits différents. Ce qui me frappe dans le retour de cette démocratie directe, c’est la diversité des profils, des genres, des origines et des revendications. C’est une leçon adressée aux syndicats, qui n’ont pas réussi à mettre en œuvre cette diversité.

On est loin de la taxe carburant…

La question de la dignité est très importante, et aussi le refus de l’injustice. N’oublions pas que dans la Déclaration des droits de l’homme figure le consentement à l’impôt. Ce mouvement a deux facettes contradictoires : d’un côté le rejet de la taxe qui alimente le discours libéral classique «non aux impôts», de l’autre le refus de l’inégalité face à l’impôt.

Pourquoi Macron focalise-t-il la colère ?

Dans la conclusion de mon dernier livre, j’ai analysé son livre-programme, Révolution (éd. XO, 2016). J’ai été frappé de constater que les classes populaires n’y avaient quasi aucune place. Dans son panthéon, il n’y a ni Jaurès ni Blum. Qu’un président chargé de représenter tout le peuple français puisse oublier à ce point les classes populaires en dit long sur une forme d’ethnocentrisme qui se retourne violemment contre lui.

Ce n’est pas vraiment du mépris, c’est un aveuglement de classe. Il est le représentant des  CSP +, passé directement de la banque Rothschild à Bercy puis à l’Elysée, avec la conviction que le pays va s’en sortir grâce aux start-up, aux managers et aux nouvelles technologies. Le fossé avec les classes populaires a été aggravé par le fait qu’il n’avait aucune expérience d’élu politique avant son élection, comme nombre de députés LREM. Voilà pourquoi, de la taxe carburant, on est passé à une explosion de colère avec une personnalisation des choses.

Où sont les portes de sortie ?

Dans le passé, ces mouvements se terminaient toujours dans le sang. Même Georges Clemenceau, référence de Macron, a été haï par le peuple quand il a violemment réprimé la révolte viticole en 1907. Cette façon de liquider une lutte sociale n’est plus possible. Macron pourrait reconnaître qu’il s’est trompé et changer de programme, mais les politiques ont toujours peur de créer des précédents.

S’il continue à expliquer que les Français l’ont mal compris, le divorce va s’aggraver. Autre possibilité, la violence se retourne contre le mouvement. Il est souvent arrivé dans l’histoire que la majorité silencieuse se retourne contre des manifestants par crainte de la violence. Cela va se jouer pour beaucoup dans les sondages. Car ce qui fait peur, aujourd’hui, ce n’est pas la révolution, c’est l’opinion publique.

Comment éviter que cela dégénère ?

Le mouvement pourrait prendre une autre tournure s’il était soutenu par des gens capables de proposer d’autres formes de spectacle que la violence. Je pense par exemple que les artistes, menacés par une remise en cause du statut des intermittents, pourraient se solidariser en renouant avec des formes anciennes de contestation populaire qu’on appelait, bien avant les mouvements ouvriers, les charivaris : l’humour permettait de contester le pouvoir en mobilisant le «rire carnavalesque».

Aujourd’hui, il faut faire le spectacle pour exister dans l’espace public. Si les «gilets jaunes» utilisaient ces ressources, les lieux de blocage deviendraient des lieux de convivialité, ce mou-vement deviendrait encore plus populaire. Un mouvement, on lui donne du sens. Si on laisse les forces violentes et l’extrême droite prendre le dessus, il ne faut pas s’étonner si ça dégénère.

Spécialiste de l’histoire populaire, Gérard Noiriel voit dans le mouvement des «gilets jaunes» un retour de boomerang de la démocratie directe initiée par le Président lui-même. Où la question de la dignité est centrale.Historien spécialiste du monde ouvrier et de l’immigration, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Gérard Noiriel vient de publier Une histoire populaire de la France (éd. Agone).

Alexandra Schwartzbrod 2 décembre 2018

.

Lire la suite

04 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

dominique vidal (npa)

vidal doom

Antisionisme-antisémitisme 

Enjeux d’un amalgame

Mon dernier livre, intitulé Antisionisme = Antisémitisme ?, est sous-titré Réponse à Emmanuel Macron1. Rien là d’un effet de style. J’ai en effet décidé de l’écrire le 16 juillet dernier, après avoir entendu le discours du président de la République à la commémoration du 75e anni-versaire de la rafle du Vel d’Hiv. Non seulement il avait invité, pour la première fois, le Premier ministre israélien à cette cérémonie, non seulement il lui avait donné du « cher Bibi », mais, à la fin de son (excellent) discours, il avait lâché : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme car il est la forme réinventée de l’antisémitisme. »

Jamais un président de la République, même pas Nicolas Sarkozy ni François Hollande, n’avait jusqu’ici repris à son compte cet étrange amalgame entre antisionisme et antisémitisme. Étran-ge, en effet, puisqu’il confond dans une même réprobation un délit, le racisme anti-Juifs, condamné par la loi comme toutes les autres formes de racisme et une opinion, qui conteste l’impossibilité de l’assimilation des Juifs et donc la nécessité d’un État où ils se retrouveraient tous et, au-delà, la politique de cet État.

Un antisémitisme en recul

L’antijudaïsme, puis l’antisémitisme traversent l’histoire de l’Europe, plus, d’ailleurs, que celle du monde arabe. Ils s’y sont traduits, des siècles durant, par des discriminations, des expul-sions et des massacres, ainsi lors des Croisades, mais aussi, au 19è siècle notamment, lors des « pogromes » de l’Empire tsariste. Ces persécutions ont atteint leur apogée avec le géno-cide nazi, qui visait certes d’autres cibles (Tsiganes, malades mentaux, Slaves…), mais dans lequel les Juifs formaient le seul groupe destiné à être tué jusqu’au dernier : il exterminera de fait la moitié des Juifs d’Europe, un tiers de la population juive mondiale.

En France, où le régime de Vichy et sa police ont collaboré activement à la déportation de 75 000 Juifs (sur 330 000, français et étrangers, une proportion qui souligne la solidarité dont ils ont bénéficié), l’antisémitisme n’a cessé de reculer depuis la guerre. Selon toutes les enquê-tes, il représente aujourd’hui une idéologie marginale, alors que l’islamophobie bénéficie d’un quasi consensus.

La meilleure preuve, c’est, premier élément, la réponse de nos compatriotes à la question « Les Juifs sont-ils des “Français comme les autres” ? ». En 1946, seul un tiers répond par l’affirmative. Soixante-dix ans plus tard, selon une enquête d’IPSOS2, la proportion atteint… 92 % ! Ajoutons que 93 % estiment que « Rien ne peut excuser un acte ou une parole antisémite ». Ces résultats sont d’autant plus significatifs qu’ils s’inscrivent dans un contexte de rejet accru des musulmans. Non seulement 36 % des sondés (+12 en un an) les estiment « mal intégrés », mais 83 % les en rendent responsables, ils seraient « repliés sur eux-mêmes » et refuseraient de « s’ouvrir sur la société », contre 17 % qui pointent la responsabilité de la société…

En revanche, second élément, les chercheurs observent la persistance de certains préjugés vis-à-vis des Juifs, bien qu’ils soient en recul : 52 % des Français pensent que « les Juifs sont plus attachés à Israël qu’à la France », 52 % que « les Juifs ont beaucoup de pouvoir », 51 % que « Les Juifs sont plus riches que la moyenne des Français » et 38 % que « Les Juifs sont un peu trop présents dans les médias ». Mais il existe aussi des préjugés et combien !, contre les Corses, les Bretons ou les Auvergnats : parlera-t-on pour autant de racisme anti-corse, anti-breton ou anti-auvergnat ?

Reste que la France a connu, troisième élément, une flambée de violences anti-juives au début des années 2 000. Chaque année, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) publie un rapport intitulé la Lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, qui suit notamment l’évolution des actes et menaces racistes. Cette catégorie de « menace » incluant aussi bien un courriel d’insulte qu’une lettre anonyme ou un graffiti sur la voie publi-que, nous préférons nous référer aux « actes ». En 2002, par rapport à 2001, le nombre de ces derniers est multiplié par quatre, et, en leur sein, le nombre d’actes antisémites par six. Toutefois, dès 2003, on observe un net reflux des violences antisémites (- 36 %) et des autres violences racistes (- 23 %).

Ce recul se poursuit, irrégulièrement, tout au long des années suivantes s’agissant des violences antijuives. En revanche, les violences racistes, et notamment islamophobes, se maintiennent à un niveau élevé, avec une véritable explosion en 2015, dans le contexte des attentats terroristes : elles triplent cette année-là. Mais elles connaîtront un recul de près de 60 % en 2016. L’année 2017 marque une nouvelle décrue : 121 faits antimusulmans (- 34,5 %), 311 faits antijuifs (- 7,2 %) et 518 autres faits racistes (- 14,8 %). Notons cependant une poussée des violences proprement dites : 72 contre des musulmans (67 en 2016) et 97 contre des Juifs (77 en 2016).

Une nécessaire vigilance de tous les instants

Certains intellectuels parlent, depuis une quinzaine d’années, d’« antisémitisme musulman ». Cette thèse a même fait l’objet d’un procès, l’historien Georges Bensoussan ayant attribué, à tort, au sociologue Smaïn Laacher, lors de l’émission « Répliques » d’Alain Finkielkraut, l’idée que « dans les familles arabes, […] l’antisémitisme [se] tète avec le lait de la mère ». Blanchi par la justice de l’accusation d’« incitation au racisme », le responsable du Mémorial de la Shoah n’en a pas moins fait l’objet d’une mise en garde du Conseil supérieur de l’audio-visuel (CSA), considérant que « certains propos tenus par M. Bensoussan […] étaient susceptibles d’encourager des comportements discriminatoires ». 

Au-delà des dérapages, ce débat a été alimenté par un sondage réalisé en 2014 par la Fondation pour l’innovation politique3, qui a suscité de vives réactions. Ainsi la sociologue et politologue Nonna Mayer a-t-elle appelé, dans le Monde, à « parler d’antisémitisme avec rigueur »4. À ses sévères critiques d’ordre méthodologique, la chercheuse ajoutait « une interrogation plus générale sur la pertinence du concept de “nouvel antisémitisme” » défini notamment par rapport aux « travaux de Pierre-André Taguieff ». Or ce dernier, souligne Nonna Mayer, « voit un antisémitisme masqué derrière la critique d’Israël et du sionisme, au nom de l’antiracisme et des droits de l’homme, et porté tant par l’islamisme radical que par les idéologies tiers-mondistes d’extrême gauche ».

Toutes ces données quantitatives ne sauraient dissimuler les réalités qualitatives : le vécu des catégories concernées. D’autant que, pour la première fois depuis 1945, des Juifs, en ce début de siècle, ont été assassinés en tant que tels : les quatre victimes juives de Mohammed Merah, les quatre martyrs de l’Hyper Casher, mais aussi Ilan Halimi, Lucie Attal-Halimi et Mireille Knoll. La complexité des autres motivations des tueurs, meurtres crapuleux, voire acte de folie, n’empêche pas qu’ils soient d’abord perçus comme antisémites.

C’est dire que la lutte contre le racisme et l’antisémitisme reste plus que jamais nécessaire. Et qu’il suppose une vigilance de tous les instants. Toute incitation à la haine raciale, toute propa-gande négationniste doivent être combattues et sanctionnées. De ce point de vue, la loi anti-raciste de 1881, celle de 1972, la loi Gayssot de 1990 et le Code pénal constituent un arsenal efficace.

Encore faut-il que celui-ci soit appliqué. Or, pendant des années, un Dieudonné ou un Soral ont pu jouer impunément avec l’antisémitisme et le négationnisme. Outre les provocations de ces hommes de gauche passés à l’extrême droite, il faut évoquer les dérapages que font ou tolèrent certains défenseurs auto-proclamés de la Palestine. Je veux le dire clairement : compte- =tenu des accusations dont ils font l’objet, les militants qui professent des idées anti-sionistes doivent être les plus vigilants. Toute « bavure » leur coûtera désormais très cher et, au-delà de leur personne, à la cause qu’ils entendent défendre…

Voilà pour le premier terme de la comparaison d’Emmanuel Macron.

La naissance du sionisme… et de l’antisionisme

Et pour le second ? Historiquement, la poussée de l’antisémitisme à la fin du XIXe siècle a aussi suscité la naissance du sionisme. Confronté aux pogromes de 1881-1882 en Russie, puis témoin à Paris de la dégradation du capitaine Dreyfus en 1895, Theodor Herzl en tire la conclusion que les Juifs sont inassimilables, même dans le pays qui, le premier, les a éman-cipés, et qu’ils doivent donc disposer d’un État à eux.

En 1896, il publie l’État des Juifs et, l’année suivante, réunit le Premier Congrès sioniste mondial : « Le sionisme, précise son programme, s’efforce d’obtenir pour le peuple juif en Palestine un foyer reconnu publiquement et garanti juridiquement. »5 Le fondateur du mouve-ment fait l’impasse sur l’existence, dans ce pays, d’un peuple arabe autochtone, qui représente alors les neuf dixièmes de sa population, et que le sionisme va progressivement priver de tous ses droits.

Vingt ans après le Congrès de Bâle, le Royaume-Uni, avec la Déclaration Balfour, fait sien le projet de Foyer national juif en Palestine, sur laquelle il obtient en 1922 le mandat. Pourtant, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et malgré Londres, les héritiers de Herzl ne rencontrent guère d’écho parmi les Juifs : l’essentiel des mouvements politiques juifs s’oppose à leur ambition.

Pour les communistes juifs, la solution de la question juive réside dans la révolution socialiste. Lénine, dès 1903, dénonce le nationalisme juif : « Absolument inconsistante au point de vue scientifique, l’idée d’un peuple juif spécial est, par sa portée politique, réactionnaire. » Pour le leader bolchevique, « dans toute l’Europe, la chute de la féodalité et le développement de la liberté politique ont marché de pair avec l’émancipation politique des Juifs, qui abandonnent le “yiddish” pour adopter la langue du peuple parmi lequel ils vivent et, d’une manière générale, leur assimilation progresse à l’époque ».

C’est pourquoi Lénine, à l’époque, polémique aussi avec le Bund, l’Union générale des ouvriers juifs de Lituanie, Pologne et Russie, pourtant également hostile au projet d’État juif. Pour ce mouvement social-démocrate, la solution de la « question juive » suppose la réalisation d’une autonomie culturelle des Juifs dans les pays où ils vivent. Les bundistes estiment en effet que la culture doit agir comme ciment des Juifs, davantage que ne le ferait un État ou un terri-toire. Ils considèrent le sionisme « comme une réaction de la classe bourgeoise contre l’anti-sémitisme et la situation anormale du peuple juif. Le sionisme politique érigeant pour but la création d’un territoire pour le peuple juif ne peut prétendre résoudre la question juive, [...] ni satisfaire le peuple dans son ensemble ».

Quant aux religieux orthodoxes, leur opposition au sionisme est radicale. Imaginer un État juif avant l’arrivée du Messie est purement et simplement blasphématoire. Seul le mouvement religieux Mizrahi ne voit pas de contradiction entre sa foi et la vision de Herzl. Il faudra attendre 1949 pour qu’une partie plus substantielle des religieux accepte de passer un compromis avec le jeune État d’Israël, qu’on appelle le « statu quo » et qui définit les devoirs réciproques de l’État et de la religion. De pressions en concessions, le premier cèdera de plus en plus de terrain à la seconde. Si bien qu’aujourd’hui seule une minorité d’ultra-orthodoxes conteste encore l’existence de l’État d’Israël.

Il faut dire que, de leur côté, Herzl et ses successeurs ne manquaient pas de griefs contre les religieux : pour eux, la religion a fait du peuple juif une entité passive, attendant son salut et son émancipation de la venue du Messie, qui permettrait le retour du peuple juif dans sa patrie historique, mais dans le cadre d’un projet divin et pas dans celui d’un projet politique conçu par des hommes.

Le bouleversement du génocide nazi

Les faits sont têtus : l’immense majorité des Juifs quittant l’Europe centrale et orientale se rend en Europe occidentale et surtout aux États-Unis, environ 3,5 millions de 1881 à 1924. En revanche, au début de la Seconde Guerre mondiale, la Palestine mandataire ne compte que 460 000 Juifs, soit 2,9 % de la population juive mondiale.

Une bonne partie de l’immigration est venue à l’époque d’Allemagne. La montée du nazisme a provoqué une accélération de l’émigration juive vers la Palestine : celle-ci passe de 1932 à 1939 à 247 000 arrivants, soit 30 000 par an, quatre fois plus que depuis la fin de la Première Guerre mondiale ! Il s’agit déjà moins d’un « choix sioniste » que d’une fuite face aux persécu-tions.

Fuite facilitée par l’accord dit Haavara (transfert), conclu par l’Organisation sioniste mondiale avec le gouvernement nazi, le 25 août 1933 : contrairement aux autres qui partent sans un mark en poche, les Juifs allemands allant en Palestine peuvent récupérer là-bas une partie de leurs biens sous la forme de produits exportés par le Reich là-bas. Plusieurs dizaines de milliers de Juifs allemands sauveront ainsi leur vie. Cet accord coûtera en revanche la sienne à son négociateur sioniste, Haïm Arlosoroff, assassiné sur la plage de Tel Aviv le 16 juin 1933.

Qu’on n’imagine pas Hitler converti au sionisme. Durant ses premières années, le régime nazi n’a pas encore conçu la « solution finale de la question juive ». Il s’attache d’abord à exclure les Juifs de la société allemande et à les pousser à l’émigration. Dans un second temps, il pensera en termes de déportation massive : vers Madagascar d’abord, puis vers la Pologne et enfin vers la Sibérie. Le projet génocidaire proprement dit se radicalisera à partir de l’invasion de l’URSS, le 22 juin 1941.

Le génocide nazi bouleverse tout. Six millions de Juifs ont été exterminés et des centaines de milliers de survivants ne peuvent pas retourner chez eux. Or Washington leur refuse tout visa. Bon nombre émigrent alors vers la Palestine, puis vers Israël, d’où la guerre de 1947-1949 a chassé 800 000 Arabes. Comme durant l’entre-deux guerres, les juifs se rendant là-bas le font moins par « choix sioniste » que par obligation ou calcul, qu’il s’agisse des vagues de Juifs arabes ou de celle des Soviétiques…

Dans un cas comme dans l’autre, l’aliya procède des circonstances. S’agissant des Juifs arabes, les raisons de l’émigration varient d’un pays à l’autre. Certains ont été expulsés, comme en Égypte. D’autres ont été « importés » par les autorités israéliennes : ainsi au Maroc, au Yémen, en Éthiopie et, en majorité, en Irak.

D’Algérie, la plupart des Juifs se sont retrouvés en France, dont ils possédaient la citoyenneté. Rares sont, parmi tous ces immigrants des années 1940 à 1970, ceux qui rejoignent Israël par choix idéologique. Il en va de même des Juifs soviétiques, dont une forte proportion, d’ailleurs, ne l’était pas : la répression de leur culte juif rendait difficile l’identification des Juifs. La plupart de ces arrivants ont profité de l’accord passé par Mikhaïl Gorbatchev avec Itzhak Shamir pour pouvoir quitter l’URSS, sans savoir que le Premier ministre israélien avait fait en sorte qu’ils ne puissent pas poursuivre leur voyage vers l’Europe ou les États-Unis, comme un grand nombre l’espérait.

Soixante-dix ans et plusieurs vagues d’immigrations après sa création, Israël compte 6,5 millions de Juifs et, avec les territoires occupés, le même nombre de Palestiniens. C’est dire que la majorité des 16 millions de Juifs du monde vit encore ailleurs. De surcroît, en Occident, leur assimilation s’accompagne d’une majorité de mariages avec des non-Juifs. Et des centaines de milliers d’Israéliens ont quitté leur pays, où ils ne vivent plus, rien qu’à Berlin, ils seraient plus de 100 000. Même parmi les Juifs de notre pays qui, ces dernières années, ont effectué leur alya en réaction aux violences antisémites, une forte proportion repart vers la France.

Dégradation de l’image d’Israël

Faut-il considérer tous ces Juifs qui, de génération en génération, ont résisté aux sirènes du sionisme comme des antisémites ? Ou bien, tout simplement, comme des citoyens ayant préfé-ré poursuivre leur vie dans leur patrie de longue date ou d’adoption ? Historiquement, la petite phrase du président de la République est donc absurde.

Les Français ne s’y trompent d’ailleurs pas. Selon la dernière enquête de l’IFOP6, 57 % ont une « mauvaise image d’Israël » (68 % chez les moins de 35 ans), 69 % une « mauvaise image du sionisme » (74 % chez les moins de 35 ans) et 71 % pensent qu’« Israël porte une lourde responsabilité dans l’absence de négociation avec les Palestiniens » (68 % chez les moins de 35 ans).

Selon une enquête toujours de l’IFOP, mais plus récente, 67 % des sondés voulaient que « le président Macron évoque explicitement la perspective de sanctions lors de sa rencontre avec Benyamin Netanyahou ». Sont-ils pour autant antisémites ? Évidemment non. Sous le titre « Un antisionisme qui ne se transforme pas en antisémitisme », l’enquête IPSOS déjà citée montre que les sympathisants de la France Insoumise et du Parti Communiste sont à la fois les plus critiques vis-à-vis de la politique d’Israël et les plus empathiques envers les Juifs de France.

« Au niveau individuel, conclut l’enquête sur ce point, il n’y a pas de relation évidente entre l’antisémitisme et l’antisionisme » Et d’ajouter que l’un comme l’autre « sont des attitudes cohérentes entre elles, mais qui concernent le plus souvent des individus différents ». Con-clusion de Brice Teinturier, qui présente l’enquête sur le site Akadem7 : « On ne peut pas, rapidement et un peu caricaturalement, dire que l’un dissimulerait l’autre. »

Au-delà du contresens qu’elle implique, la petite phrase du Vel d’Hiv comporte surtout, politi-quement un grave danger pour la liberté de pensée et d’expression. La manœuvre des dirigeants israéliens et de leurs inconditionnels français est cousue de fil blanc : ils tentent de criminaliser toute critique de leur politique parce qu’ils se savent isolés. À preuve la reconnais-sance croissante de l’État de Palestine, entré successivement à l’Unesco (2011), puis à l’Assemblée générale des Nations unies (2012) et même à la Cour pénale internationale (2015).

Il y a quelques semaines, l’Assemblée générale de l’ONU a voté en faveur de l’autodétermina-tion du peuple palestinien par 176 voix pour, 7 contre (Canada, États-Unis, Israël, Îles Marshall, États fédérés de Micronésie, Nauru et Palaos) et 4 abstentions (Cameroun, Honduras, Togo, Tonga).

Et cet isolement ne risque pas de se réduire. La droite et l’extrême droite au pouvoir à Tel-Aviv sont en effet engagées dans un inquiétant processus de radicalisation. Profitant du soutien de l’administration Trump et de leur alliance avec l’Arabie saoudite contre l’Iran, elles veulent passer de la colonisation, qu’elles accélèrent, à l’annexion. Plusieurs lois ont été ou vont être votées par la Knesset en ce sens. À terme, Tel Aviv enterrera la solution dite des deux États au profit d’un seul État, où les Palestiniens annexés avec leurs terres ne jouiraient pas du droit de vote : un État d’apartheid.

La nouvelle loi fondamentale en cours d’adoption à la Knesset symbolise ce tournant. Celle de 1992 définissait Israël comme un « État juif et démocratique » : le projet voté en première lectu-re parle d’« État-nation du peuple juif ». Et il précise : « Le droit à exercer l’autodétermination nationale au sein de l’État d’Israël appartient au seul peuple juif. » De surcroît, il prive l’arabe de son statut de « langue de l’État » réservé à l’hébreu. Bref, il renie explicitement la Déclara-tion d’indépendance qui, le 14 mai 1948, promettait que le nouvel État « développera le pays au bénéfice de tous ses habitants ; il sera fondé sur les principes de liberté, de justice et de paix enseignés par les prophètes d’Israël ; il assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de croyance, de race ou de sexe ; il garantira la pleine liberté de conscience, de culte, d’éducation et de culture ».

Il ne s’agit hélas pas seulement de la fuite en avant de dirigeants hors sol : selon les sondages, la moitié des sondés n’estiment « pas sage » de poursuivre la colonisation de la Cisjordanie, et 53 % s’opposent à son annexion8. Mais seuls 24 % estiment que les Palestiniens devraient,  en cas d’annexion, jouir du droit de vote, 30 % envisageant un statut de « résident ». Ce passage de la colonisation à l’annexion n’améliorera évidemment pas l’image d’Israël dans l’opinion mondiale.

Voilà pourquoi l’extrême droite israélienne et ses relais français voudraient interdire toute contestation. Premier objectif de l’opération : la condamnation de la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanction (BDS). Aucune loi ne l’interdisant, ses censeurs s’appuient sur une circulaire ministérielle, signée Michèle Alliot-Marie, que de rares parquets ont suivis. Et sur un arrêt de la Cour de Cassation, que la Cour européenne des droits de l’Homme peut néan-moins encore retoquer.

D’autant que la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, ne cesse de répéter : « L’Union européenne se positionne ferme-ment pour la protection de la liberté d’expression et de la liberté d’association, en cohérence avec la Charte des droits fondamentaux, qui est applicable au territoire des États membres, y compris en ce qui concerne les actions BDS menées sur ce territoire. »9

Vers l’interdiction de l’antisionisme ?

D’où un second objectif, auquel le propos d’Emmanuel Macron risquerait d’ouvrir la voie : l’interdiction de l’antisionisme proprement dit. En novembre dernier, Francis Kalifat, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), demandait ainsi au Premier ministre que la « définition (de l’International Holocaust Remembrance Alliance – IHRA), qui prend en compte l’antisionisme comme forme nouvelle de l’antisémitisme, soit transposée dans l’arsenal législatif français »…

Élaborée par l’IHRA le 26 mai 2016 à Budapest, elle présente l’antisémitisme comme « une certaine perception des Juifs, qui peut s’exprimer comme de la haine à leur égard. Les mani-festations rhétoriques et physiques d’antisémitisme visent des individus juifs ou non juifs ou/et leurs biens, des institutions et des lieux de culte juifs ». À ce texte s’ajoute une sorte de « mode d’emploi » l’explicitant, ajoutant notamment : « Ces manifestations peuvent inclure le fait de cibler l’État d’Israël, conçu comme collectivité juive. » Mais l’annexe ajoute : « Toutefois, la critique d’Israël similaire à celle émise contre tout autre pays, ne peut être considérée comme antisémite. » 

Cette notion de similarité pose un problème évident : comment traiter également des États qui ne violent ni le droit international ni les droits humains et ceux qui, comme Israël, violent ouvertement les uns et les autres ? L’occupation et la colonisation des territoires palestiniens depuis un demi-siècle bafouent en effet les Conventions de Genève comme les résolutions de l’ONU… Reste que le Parlement européen a adopté ladite résolution le 1er juin 2017.

Si la proposition de loi visant à interdire l’antisionisme ne constituait pas une manœuvre aussi grave, on pourrait presque en rire. Imagine-t-on les communistes demander l’interdiction de l’anticommunisme, les gaullistes celle de l’antigaullisme, les néolibéraux celle de l’altermo-ndialisme ? La prétention des ultra-sionistes relève ici d’une pensée qu’il faut bien qualifier de totalitaire.

Si ce projet prenait corps, le Conseil constitutionnel le bloquerait sans doute en route. Sinon, ce serait la première fois, depuis la guerre d’Algérie, que la France réinstaurerait le délit d’opinion. Je suis malheureusement assez âgé pour me souvenir des pages de journaux parsemées de blanc, car caviardées par la censure…

Or l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 affirme : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. » Quant à la Constitution de la Ve République, son article premier assure que la France « respecte toutes les croyances ». Et, pour sa part, la Convention européenne des droits de l’homme stipule dans son article 9 : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé. »

Ce débat, on le voit, dépasse donc les questions liées au conflit israélo-palestinien. Il pourrait même menacer nos libertés. Sans doute est-ce la raison pour laquelle l’Exécutif semble reculer. Au dîner du CRIF, le 7 mars, Emmanuel Macron n’a pas repris son amalgame entre antisionisme et antisémitisme. De même son Premier ministre, Édouard Philippe, qui l’avait fait sien en octobre 2017, l’a abandonné, le 19 mars 2018, en présentant le plan annuel du gouvernement contre le racisme et l’antisémitisme.

Faut-il en conclure que la lutte paie ? Pour l’affirmer et supprimer le point d’interrogation, il faudra sans doute encore poursuivre cette bataille avec détermination et sang froid.

Nous publions, avec l’aimable accord de son auteur, la version écrite de l’intervention de l’historien Dominique Vidal lors de notre dernière université d’été.

Mardi 4 décembre 2018

https://npa2009.org/

Lire aussi:

Israël est intouchable… dans les médias américains (A l’Encontre.ch)

Lire la suite

04 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

édito (alternative libertaire)

chat

L’épaisseur des révoltes

Les raccourcis sont toujours confortables. Ainsi les gilets jaunes ne seraient qu’un ramassis de « fachos » et de « beaufs ». Biberonné.es à une lecture simplifiée de l’histoire révolutionnaire, certaines et certains aimeraient que la réalité soit aussi simple.

La sécurité de l’entre-soi militant est puissante.

Pourtant, chaque révolte possède sa propre épaisseur, mêlant contradictions sociales et politiques dans un bouillonnement hétérogène. C’est ainsi, et la clarification est un chemin difficile pour faire émerger la conscience de classe. Mais les attitudes méprisantes à l’égard d’une colère populaire sont catastrophiques et ne font que renforcer les « fausses consciences » et les illusions.

Le mouvement des gilets jaunes est une vraie révolte populaire, avec une dimension de classe évidente, mais dont la coloration politique dépend des contextes locaux. Le pire y côtoie le meilleur. Que la lèpre fasciste et nationaliste infecte plusieurs points de la mobilisation et affleure dans les propos d’une partie des gilets jaunes n’a rien d’étonnant au vu du contexte politique actuel.

Mais croire que l’extrême droite pourrait monopoliser une lutte populaire d’ampleur est un incroyable aveu de faiblesse. Numériquement bien plus nombreuses, les forces syndicales, associatives et politiques devraient être en capacité de proposer une clarification politique de cette révolte.

Au lieu de pointer un doigt accusateur, le mouvement social devrait tendre une main fraternelle.

Alternative libertaire,  1er décembre 2018

http://alternativelibertaire.org/

Lire aussi :

« Communistes libertaires et gilets jaunes » (AL)

Gilets jaunes : Qui sème la misère récolte la colère (AL)

Lire la suite

03 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

olivier besancenot (anti-k rp fi)

09-08-11-besancenot-thibault

Gilets jaunes:

Olivier Besancenot appelle à la grève générale

« C’est pas la population et les rond-points qu’il faut continuer à bloquer, c’est l’économie et les institutions », a estimé l’ancien candidat à la présidentielle. Le porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), Olivier Besancenot a appelé lundi 3 décembre à « une journée de grève générale », jugeant que la balle est désormais « dans le camp du mouvement ouvrier ».

« Si le mouvement social et le mouvement des gilets jaunes se regardent en chien de faïence encore pendant des jours et des jours, on n’y arrivera pas. Il faut être plus nombreux pour gagner. C’est pas la population et les rond-points qu’il faut continuer à bloquer, c’est l’écono-mie et les institutions. C’est le seul moyen », a-t-il estimé sur France Inter. « La balle est dans le camp du mouvement ouvrier maintenant », a-t-il ajouté, jugeant que « ce qui manque actuellement, c’est qu’on soit des millions au moins une journée », que l’ »on s’arrête tous et toutes » lors d’ »une journée de grève générale, en plus des mobilisations actuelles ».

« LA CASSE POUR LA CASSE, (…) CE N’EST PAS LA RÉVOLUTION »

Interrogé par ailleurs sur les violences de samedi à Paris, il a estimé que « la casse pour la casse, les pillages, brûler des bâtiments (…) c’est pas ça la révolution ». « Donc j’approuve pas ». Mais si l’on parle de « condamner, je condamne Emmanuel Macron: il est responsable de tout ce qui se passe actuellement, du fait qu’il y ait cette mobilisation et qu’elle dure », a ajouté M. Besancenot, en mettant en regard « la violence visible, les tags, les flammes, et la violence invisible, ressentie par des millions de personnes, au-delà des gilets jaunes ».

« IL EST TEMPS QUE MACRON PARLE »

Il a ainsi estimé qu’ »il est temps qu’(Emmanuel Macron) parle » et « réponde » aux Français. Le chef de l’État a certes « parlé » lors de sa semaine d’ »itinérance mémorielle » dans le nord et l’est de la France à l’occasion du centenaire de la fin de la Première guerre mondiale, lorsque, interpellé par nombre de Français, il s’était efforcé d’expliquer la politique menée. Mais « c’est là où en fait il a construit le mouvement lui-même: il a été plus efficace que nous tous réunis pour construire la mobilisation », a ironisé Olivier Besancenot.

La CGT a appelé lundi à une « grande journée d’actions » le 14 décembre pour une augmentation « immédiate » des salaires, pensions, et de la protection sociale.

BOURSORAMA AVEC AFP•03/12/2018

https://www.anti-k.org/

Construction du Nouveau Parti Anticapitaliste, point presse d'Olivier Besancenot

ONPC : la blague d’Olivier Besancenot sur le CAC 40 qui fait sourire Charles Consigny

Invité de Laurent Ruquier, Olivier Besancenot a tenu tête à l’éditorialiste, en faisant une blague ! Un désaccord sur la rémunération des grands patrons sur le plateau d’ONPC. Samedi 1er décembre, sur le plateau d’On n’est pas couché présenté par Laurent Ruquier, l’ambiance était électrique entre l’éditorialiste Charles Consigny et Olivier Besancenot.

Supporter de la cause des « gilets jaunes », l’ancien leader du NPA a appelé les gens à mani-fester. S’il ne se considère pas comme leur porte-parole, il estime qu’il faut être en nombre pour faire plier le gouvernement. Mais c’est au sujet de la rémunération des grands patrons du CAC 40 que les deux hommes se sont le plus affrontés. De son côté, Charles Consigny a pris la défense de Carlos Ghosn ou encore de Bernard Arnault. Pour lui, l’ancien patron de Renault-Nissan, bien qu’en garde à vue pour fraude fiscale au Japon, est « un patron

C’est l’histoire d’un patron du CAC 40 qui arrive au paradis

Pour Olivier Besancenot, qui a pointé du doigt les suppressions de postes dans les usines Renault et le salaire journalier de Carlos Ghosn « 45 000 € samedi et dimanche compris », l’exemple n’est pas le bon. C’est alors que l’éditorialiste a évoqué Bernard Arnault. Il a ainsi déclaré : « Je ne suis pas certain que si l’on soumettait (…) le montant de son salaire à ses salariés, je ne suis pas sûr que ses salariés refuseraient ce montant ». L’ancien homme politique a alors réagi d’une manière surprenante. Plutôt que de reprendre le débat de manière classique, il a préféré répondre avec une blague.

Il a raconté ainsi l’histoire d’un patron du CAC 40 qui meurt et arrive au paradis, devant Saint-Pierre. Dans cette blague, celui qui détient les clefs du paradis loue le patron. « Vous avez quand même contribué au rayonnement de la France et puis on nous a dit que grâce au ruissellement, (…) il retombe toujours un petit peu de votre richesse. Merci pour les pauvres », commence Olivier Besancenot.

Mais lorsque le patron met le pied dans le paradis, c’est très différent de ce qu’il imaginait : il y a des flammes partout, un homme est en train de brûler. Une image qui ressemble plus à l’enfer. Devant son étonnement, Saint-Pierre lui explique la situation : « Il y a eu des restructu-rations, des suppressions d’emplois donc on vient juste de fusionner », conclut Olivier Besancenot, devant Charles Consigny qui n’a pas pu réprimer un sourire.

Dimanche 02 Décembre 2018

https://www.anti-k.org/

Lire aussi:

Que fait la CGT? Besancenot : « La balle est du côté du mouvement ouvrier, il faut une journée de grève générale ! » (RP)

« Ce qui manque actuellement c’est qu’on soit des millions », Olivier Besancenot appelle à la « grève générale » (France Info)

Commentaire: Deux articles sur Olivier Besancenot sur Boursorama,… Il se passe quelque chose….

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin