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07 juin 2013 ~ 0 Commentaire

C’est parti : le JT de France 2 prépare une nouvelle réforme des retraites (Acrimed)

C’est parti : le JT de France 2 prépare une nouvelle réforme des retraites (Acrimed) dans Austérité dialogue-de-vieux-actifs-277x400

Le JT 20 heures de France 2 du 4 juin 2013 (que l’on peut voir ici consacre deux minutes (de 14’15 à 16’23) au rapport de la commission chargée d’examiner plusieurs hypothèses sur la nouvelle réforme des retraites. Deux minutes d’informations tronquées et faussées.

« L’actualité en France, c’est d’abord, je vous le disais, les premières pistes de la réforme des retraites. La commission chargée d’établir un rapport vient de rendre ses conclusions. Elle évoque de nombreuses possibilités  : revenir sur les avantages fiscaux des retraités, augmenter, soit l’âge de départ, soit la durée de cotisation, augmenter aussi les charges patronales, bref, il y en a pour tout le monde. Mais ce qui retient le plus l’attention c’est ce qui concerne l’harmonisation des régimes. La commission suggère de modifier les règles de calcul pour les fonctionnaires . » « Ce qui retient l’attention ». Mais de qui au juste et pourquoi ? Peu importe : l’attention est focalisée sur la sempiternelle « question » des régimes de retraite des fonc- tionnaires. Et en quoi est-elle de nature à justifier que le JT s’y intéresse tout particulièrement – plutôt qu’à celle des cotisations patronales, par exemple ? David Pujadas s’abstiendra d’en dire plus, mais le reportage qui suit, réalisé par « Margaux Manière, Didier Dahan, avec notre bureau à Poitiers », per- mettra peut-être d’y voir plus clair…

Sur fond d’images de fonctionnaires au travail, la journaliste commente, ou plutôt pronostique : « Instituteurs, infirmiers ou encore employés de mairie, leur pension de retraite pourrait baisser. Aujourd’hui le mode de calcul des retraites du public est plus favorable que celui des salariés du privé ; la commission Moreau qui rendra son rapport au gouvernement la semaine prochaine propose de rapprocher les deux systèmes. Une piste qui fait bondir les fonctionnaires… » Manifestement, la journaliste considère qu’il est inutile de préciser que par « rapprocher les deux systèmes », il ne faut pas entendre aligner les retraites du privé sur celles, dont le mode de calcul serait plus avantageux, du public… Cela va de soi ! La suite du reportage, sans doute censée illustrer à quel point l’idée fait « bondir les fonctionnaires  », propose l’interview d’une femme… Au téléspectateur de deviner non seulement qui elle est – ni le commentaire, ni aucune incrustation ne l’indiquent – mais aussi quelle question lui est posée – laquelle a été coupée au montage. Et si cette femme, qui est probablement fonctionnaire, retraitée ou non, ne semble pas « bondir », elle est effectivement opposée – quelle surprise – à une baisse éventuelle de sa (future ?) pension : « C’est perdre nos acquis, quelque part, parce que si nous, c’était calculé sur les 6 derniers mois… Il y a beaucoup de prise d’échelon en fin de carrière. C’est quand même plus intéressant.  » Avec l’infographie qui suit, que redouble le commentaire, la journaliste choisit de présenter les conséquences d’une telle réforme pour « un fonctionnaire » virtuel qui s’avère quelque peu atypique…

« Aujourd’hui, les pensions sont calculées sur les derniers mois de la vie professionnelle. Ainsi un fonctionnaire qui gagne en fin de carrière 4000 euros par mois, touche aujourd’hui 3000 euros de retraite. Mais si la piste évoquée par le rapport était suivie, une période plus longue serait prise en compte, par exemple les 10 dernières années. Et sur cette période, le fonctionnaire n’a pas gagné 4000 euros en moyenne mais seulement 3500. Résultat sa retraite ne s’élèverait plus qu’à 2625 euros, 11 % de moins qu’aujourd’hui. »

On reste perplexe devant cette simulation : en 2009, selon l’INSEE, le revenu moyen des fonctionnaires était d’un peu moins de 2400 euros… Alors qui sont ces fonctionnaires qui finissent leurs carrières à 4000 euros par mois ? Existent-ils ? Combien sont-ils ? De quoi parle-t-on ? Salaire net ou salaire brut ? Celui ou celle qui aurait voulu suggérer que les fonctionnaires sont des nantis ne s’y serait pas pris autrement… Le reportage enchaîne avec quelques mots d’Eric Aubin, présenté comme le responsable chargé des retraites à la CGT. Là encore, on ne sait quelle question lui a été posée… « C’est une mesure pour rien. Qui avait fait l’objet d’un débat en 2010 avec Eric Woerth qui avait, à l’époque, abandonné cette mesure parce qu’elle ne sert à rien et elle va crisper, effectivement, les salariés notamment du public. » Des propos si brefs et allusifs, qu’on ne pourra en retenir que son opposition à la mesure. Il aurait par exemple pu être intéressant de savoir pourquoi ce bon connaisseur du dossier affirme à deux reprises que ce serait « une mesure pour rien »… Mais ce n’est pas dans le JT France 2 que le téléspectateur l’apprendra. En revanche, ledit téléspectateur se voit apporter une nouvelle preuve des privilèges inouïs dont bénéficient les fonctionnaires, avec une nouvelle statistique dont on ne saura pas d’où elle sort, ni ce qui pourrait l’expliquer.

« Aujourd’hui dans le privé la retraite est calculée sur les 25 dernières années. Et elle est moins élevée en moyenne : 1216 € contre 1724 pour le public. » On appréciera le souci de cohérence de la journaliste qui choisit de réfléchir sur une pension de 3000 euros quelques secondes avant d’annoncer qu’elles s’élèvent en moyenne à un peu plus de 1700 euros dans la fonction publique… Quant à savoir si, par exemple, des différences de qualification, et donc de rémunération, entre salariés des secteurs public et privé, ne pourraient pas contribuer à expliquer de tels écarts, ce serait trop demander… Et la journaliste de préciser que « ce soir, Matignon évoque de simples pistes. Les discussions sur les retraites commenceront réellement le 20 juin. » En plateau, David Pujadas conclue même avec un quasi scoop : « Précision importante il y a quelques minutes. L’entourage de François Hollande a confirmé que le calcul des retraites des fonctionnaires fera bien partie du débat. » Si la qualité de l’information, dans ce « sujet », fut d’une nullité affligeante, l’équipe de David Pujadas pourra au moins se féliciter d’avoir accompli son travail de « pédagogie »… en esquissant les conclusions de discussions qui n’ont pas commencé.

Frédéric Panne, le 7 juin 2013 http://www.acrimed.org/article4083.html

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29 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Le printemps des chroniqueurs économiques (Acrimed)

Le printemps des chroniqueurs économiques (Acrimed) dans Austérité pla1

Comme nous le soulignions déjà en décembre 2012, les chroniqueurs économiques des grands médias audiovisuels sont interchangeables [1] :

ils partagent les mêmes points de vue sur « l’urgence des réformes » (forcément libérales), sur « le rôle de l’État » (forcément trop gourmand), sur « l’Allemagne » (forcément paradisiaque) et sur « la mondialisation » (forcément heureuse). Les crises à répétition, les défaillances d’un système économique et financier qui s’essoufle, l’échec des politiques d’austérité n’y font rien : les mêmes – toujours les mêmes – continuent de pérorer sans plier. Pendant que le printemps se fait attendre, les chroniqueurs économiques, eux, se font entendre… Les médias de masse (radio et télévision) ne sont pas censés jouer le rôle de prescription que joue la presse écrite qui est aussi souvent une presse d’opinion. Pourtant, dès qu’il est question d’économie, le journalisme devient commentaire. Et l’éditorialiste se transforme en partisan. Partisan de l’économie de marché, de l’économie déréglementée et de l’Europe libérale…

Les réformes, toujours…

Comme toujours, le dénominateur commun des chroniqueurs économiques est l’enthousiasme effréné pour les réformes qui se traduisent toujours par moins d’État et plus de marché. Ainsi, sur Europe 1, Éric Le Boucher donne le « la » en faisant état des chantiers qui attendent la France pour les années à venir :« réforme des retraites, baisse des dépenses de santé, recul des crédits aux collectivités locales et surtout plus de réformes structurelles pour la compétitivité. » (6 mai 2013) Pour relancer l’économie française, Nicolas Doze sur BFMTV suggère naturellement de « réduire les prélèvements obli- gatoires. » Et prévient : « ce n’est plus possible de reculer sur les trois réformes attendues et exigées par le reste de l’Europe : réforme sur le marché du travail et sa rigidité ; réforme sur les retraites ; réforme de la libéralisation des professions qui sont encore sous numerus clausus. » (15 mai) La partition est exactement la même sur la chaîne concurrente I-Télé où Jérôme Libeskind préconise donc « de dépenser moins, de taxer moins. » (17 avril) Original… Même son de cloche sur les autres radios généralistes. Le chroniqueur matinal de France Inter, Dominique Seux, s’inquiète d’un risque d’overdose de la France : « les dépenses publiques, si rien n’est fait, seront en 2014, pour la première fois, les plus élevées des 27 pays européens, au-dessus du Danemark, à plus de 57% du PIB. À ce niveau, ce n’est plus de l’aspirine, c’est de la morphine, c’est-à-dire une drogue. » (6 mai) Et sur RTL, Christian Menanteau pra- tique un copier-coller exemplaire : « Il va falloir apprendre à gérer sobrement, reformer les prestations sociales, les retraites, les allocations chômage et ça va être d’autant plus indispensable que la corde de rappel allemande ne va pas disparaître. » (6 mai) On l’aura compris, les réformes libérales sont plus que nécessaire pour tendre vers le modèle allemand.

L’Allemagne, encore…

La rigueur allemande est régulièrement donnée en exemple par les commentateurs de l’économie. Sur Europe 1, Axel de Tarlé incite François Hollande à suivre l’exemple de Gerhard Schröder – « on va voir maintenant si François Hollande aura le même courage » (24 mai) dit-il – en le conseillant sur les réformes à faire dans le cadre de l’assurance-chômage : « Gerhard Schröder en 2005 a réduit de moitié l’indemnisation du chômage à un an contre deux ans en France. Résultat : en Allemagne les entreprises payent deux fois moins de cotisations donc oui elles sont plus fortes et oui les entreprises créent plus d’emplois. Franchement, au point où il en est, François Hollande a tout intérêt maintenant à suivre cette voie qui a fait ses preuves. » Des preuves qui ne seront nullement contestées par Éric le Boucher : « On peut les soupçonner [les socialistes qui critiquent l’Allemagne] de vouloir, comme leur aile gauche, un abandon de la rigueur au profit d’un retour à la politique menée depuis trente ans d’un nouvel endettement national ou européen. » (29 avril) Mais, ajoute-t-il, « le parti au pouvoir entretient les illusions d’hier : relance des dépenses publiques et attente de la sortie de crise par les autres – par les Allemands, par l’Europe, par l’extérieur. Mais hélas, les problèmes de la France sont français, ils ne sont pas allemands, la compétitivité ne viendra des réformes qu’en France pas en Allemagne. » (29 avril) Pour que la sauce de la relance prenne, un subtil mélange s’impose : moins d’État, plus d’Allemagne et surtout un blanc-seing pour le patronat.

Les patrons, évidemment…

Le candidat François Hollande voulait encadrer les salaires des grands patrons, mais le gouvernement Ayrault est revenu à la raison : le patrons ne seront pas accablés. Le chœur des chroniqueurs pousse un « ouf ! » de soulagement. Sur I-télé, Jérôme Libeskind prend la défense des chefs d’entreprise car le moment de les incommoder est mal choisi : « Si le gouvernement avait décidé en plus de légiférer sur la rémunération des patrons, et bien, il aurait à nouveau brouillé ses relations avec les entreprises et leurs dirigeants, et ce n’est pas franchement le moment. » (24 mai) Son collègue de BFMTV, Nicolas Doze – qui avait flairé avec ce projet l’entrée des chars soviétiques dans Paris – approuve le renoncement de Pierre Moscovici : « Passer par la loi sur ce sujet, ça n’a aucun sens. Contrôler les prix, contrôler les salaires, c’est complètement fossilisé comme politique. (…) » (27 mai) Cela aurait été « une loi complètement anachronique. »

Derrière toutes ces analyses, il n’y aurait pas d’idéologie.

Tout cela résulterait du bon sens et ne serait teinté d’aucune arrière-pensée politique. Que dire alors quand Axel de Tarlé fait sa chronique sur « l’explosion abusive des arrêts maladie en dix ans » (25 avril). Pour lui cela ne fait pas de doute : il y a de « l’abus ». Pourquoi serions-nous plus malade aujourd’hui qu’il y a dix ans ? » s’interroge-t-il, avant d’insister : « Il y a de l’abus partout, y compris dans le privé ! ». Mais si de Tarlé s’était donné la peine de lire l’ensemble du rapport qu’il cite, il aurait vu que la population active vieillit, que le temps de travail s’allonge et qu’entre « 2008 et 2011, les salariés de plus de 50 ans ayant bénéficié d’un arrêt-maladie ont augmenté de 8,5 %, soit un rythme plus soutenu que celui du nombre total d’arrêts (+1,4 %) » [2]. De plus, « la durée des absences s’accroît avec l’âge : en moyenne, elle est 3,5 fois plus importante pour les salariés de plus de 60 ans que pour ceux de 30 ans.  » [3]. Que penser également de la chronique de Bruce de Galzain « l’éco du jour », sur France Inter, qui prend le parti du libéralisme, le vrai. En effet, il salue la sortie d’un livre de Daniel Tourre (membre du parti Alternative libérale) qui veut combattre les clichés du libéralisme en France : « L’ouvrage est documenté, abordable, drôle ; pas prosélyte, didactique ! Et lorsque l’on demande à Daniel Tourre pourquoi le libéralisme est tant décrié en France, il prend sa part de responsabilité : il y a bien sûr l’omnipotence de l’État-nounou selon lui, la religion de l’État-Dieu qui ne laisse pas beaucoup de place (…) » (10 mai)

Toutes ces chroniques sont construites sur le même modèle :

plutôt que d’informer sur l’état de l’économie ou du débat économique, leurs auteurs, pourtant journalistes de profession, se contentent, semaine après semaine, de faire valoir leur opinions tout en se faisant juges et prescripteurs des politiques économiques nécessaires à la France. Et dès lors que tous ces chroniqueurs professent, à quelques nuances infimes près, le même libéralisme échevelé, six semaines (seulement) de leurs élucubrations dans les médias dominants se résument à un seul et même petit refrain, monotone et entêtant, celui du marché… Et tant pis pour l’objectivité journalistique, le pluralisme médiatique et le débat démocratique !

Par Mathias Reymond, le 29 mai 2013

Notes

[1] Lire « Le chœurs des chroniqueurs économiques des ondes.

[2] Le Monde, 25 avril 2013.

[3] Ibid.

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27 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Vassili Grossman (1905-1964) (Inprecor)

Vassili Grossman (1905-1964) (Inprecor) dans Histoire vassili-grossman

Le nom de Vassili Grossman a été familier pour des millions d’hommes et de femmes qui faisaient face à la barbarie nazie de 1941 à 1945 en subissant l’appareil policier de Staline.

Ses articles, publiés dans Krasnaia Zvezda (l’Étoile rouge), journal officiel de l’armée, parlaient de cette société malgré les efforts de la censure. Cette société a fait face à l’une des plus grandes épreuves du XXe siècle, la guerre contre l’Allemagne nazie et a subi le poids de la bureaucratie stalinienne et la terreur au quotidien durant les années 1930. Le portrait de Grossman aide à comprendre cette réalité complexe.

Vassili Grossman est né le 12 décembre 1905 à Berditchev en Ukraine, ville emblématique du Yiddishland.

Trop jeune pour participer à la Révolution de 1917, il est membre de cette génération qui a grandi avec le régime issu d’Octobre et avec sa dégénérescence, personnifiée par la lutte de Staline contre Trotsky. En 1923, il entre à l’Université de Moscou pour étudier la chimie. En 1930, année de naissance de sa fille Ekatérina, il est nommé ingénieur dans une mine du Donbass, son épouse, Anna Pétrovna Matsourka (Galia), restant à Kiev. Il découvre le monde des mineurs à l’heure du premier plan quinquennal. De ces contacts se développera l’originalité de son sens de l’humain. Une erreur de diagnostic l’envoie dans un sanatorium de la région de Moscou en 1932. Il rédige alors son premier roman Gluck auf (Bonne chance) et une nouvelle dont l’action se situe à Berditchev. S’il écrit dans « le ton officiel », il ne sombre pas dans le « réalisme socialiste ». Dès ses débuts, un de ses thèmes de prédilection est celui des gens ordinaires à travers leur dignité, leur héroïsme, mais aussi leurs défauts et leurs faiblesses. Son second roman Stepan Koltchougin, est proposé pour le prix Staline, mais est finalement rayé de la liste par Staline lui -même. En 1933, sa cousine, Nadia Alamy, est arrêtée pour ses opinions, jugées « trots-kistes ».  Grossman est interrogé par l’OGPU pour avoir eu des contacts avec Victor Serge. En 1935, il épouse Olga Makaikovna Goubert, dont le précédent mari sera fusillé en 1937. Cette même année, il devient membre de l’Union des écrivains de l’URSS et, n’étant pas membre du PCUS, son internationalisme un peu naïf ne le rend pas encore suspect aux yeux du régime en cette période de purges et de procès. Mais, en 1938, Olga est arrêtée. Il parvient à la sauver ainsi que ses fils, sans se compromettre. A la veille de la guerre c’est un écrivain reconnu. Les événements qui conduisent à la guerre vont changer le cours de sa vie.

Le 22 juin 1941 débute le conflit entre l’Allemagne nazie et l’URSS, qui coûtera 27 millions de morts à l’Union soviétique.

Jugé inapte à servir dans l’armée, Grossman se porte volontaire pour le front en tant que correspondant de Krasnaia Zvezda. Ce journal est le périodique le plus lu. Outil de propagande, son contenu est suivi au quotidien par Staline. Grossman sera au front pendant près de mille jours, fera preuve d’un grand courage en particulier à Stalingrad, deviendra le confident et la plume de cette Armée rouge, où il terminera la guerre à Berlin avec le grade de lieutenant-colonel ! Il impose un style très particulier, où l’humain est au centre. Il rédige ses carnets de guerre qu’il tient de façon clandestine et qui auraient pu lui valoir un séjour au Goulag. Sans ses carnets de guerre impossible de comprendre son chef d’œuvre, Vie et destin. Les désastres de 1941 constitueront la matière d’un roman de guerre en 1942, Le peuple immortel.

De Stalingrad à Berlin il parlera de cette armée d’anonymes, ainsi que de ses généraux emblématiques. C’est dans l’Ukraine progressivement libérée que Grossman découvre l’ampleur des massacres commis contre les juifs. Ses pages sur l’occupation nazie de l’Ukraine, sur les camps de Majdanek et de Treblinka permettent à Grossman de parler de toutes les victimes des nazis en insistant sur l’extermination du peuple juif. Son récit L’enfer de Treblinka, le premier décrivant les camps nazis d’extermination, servit d’ailleurs de témoignage lors du procès de Nuremberg. « Le camp de Treblinka — écrivait-il — n’était pas un simple camp d’extermination, c’était un camp d’extermination à la chaîne. Tout comme un authentique combinat industriel, Treblinka n’a pas surgi d’un coup sous la forme que nous décrivons. Il a grandi petit à petit, s’est développé, a installé de nouveaux ateliers. (…) Treblinka disposait d’un espace industriel de mort de six cent trente-cinq mètres carrés. » Entre lui et les autorités soviétiques une faille s’ouvre et elle a un nom : l’anti-sémitisme de Staline. Grossman irrite le pouvoir en parlant des victimes juives, là où le pouvoir bureaucratique ne veut voir que des citoyens soviétiques. C’est la terrible histoire du Comité antifasciste juif, créé en 1942 — que Grossman rejoint en 1943, recruté par Ilya Ehrenbourg — dissous en 1948, dont plusieurs membres seront exécutés dans le cadre des persécutions antijuives en 1948 et dont le  Le Livre noir sur l’extermination scélérate des Juifs par les envahisseurs fascistes allemands dans les régions provisoirement occupées de l’URSS et dans les camps d’extermination en Pologne pendant la guerre de 1941-1945, ne sera publié dans sa version russe intégrale qu’en 1993 à Vilnius, en Lituanie indépendante.

En 1945, Grossman est encore bien en cours, ses articles sur la guerre sont publiés sous formes de volumes. Mais le temps de la terreur est revenu avec la victoire et la fin des illusions de changement entrevues à partir de 1942. En 1946, sa pièce, intitulée Si l’on en croit les pythagoriciens, publiée dans la revue l’Étendard, est passée au pilori, la répression contre les milieux intellectuels fait rage. C’est Jdanov qui mène le bal sans oublier Souslov. L’Union des écrivains est chargée de surveiller ses membres et de les dénoncer.  Les années 1946 à 1952 sont une nouvelle période de terreur. En mars 1952, le KGB ouvre une enquête sur Grossman et Ehrenbourg et seule la mort de Staline, en mars 1953, les sauve du Goulag, voire de la mort. Dans cette période difficile Grossman commence à élaborer son œuvre majeure, la première partie de Vie et destin, Pour une juste cause, qui est publiée, bien que censurée. Il sera défendu par l’un des héros de Stalingrad, Rodmitsev. La censure va conduire Grossman dans la deuxième partie des années 1950 à écrire Vie et destin; le roman à la force épique de Guerre et paix et de Docteur Jivago. Le pouvoir prend peur. Krouchtchev ordonne la saisie des manuscrits du roman, remis à Souslov, l’homme des purges et des déportations. Ce dernier déclara qu’il ne pourrait être publié avant 200 ans. Les ouvrages de Grossman sont retirés des librairies. Il meurt en août 1964 d’un cancer. Un seul exemplaire du manuscrit de Vie et destin a échappé aux perquisitions de la police politique, mais Grossman n’aura pas vu son roman publié de son vivant… Il sera pourtant reconnu comme l’un des plus grands romanciers du siècle dernier. Dresser ce portrait, c’est aussi rendre hommage à l’humanité et à la liberté face à la barbarie. C’est cette histoire que Vassili Grossman a racontée et qui ne pouvait que plonger dans l’embarras Staline et ses épigones. ■

* Michel Auslender, historien, est militant du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA, France) et de la IVe Internationale.

La naissance d’une nouvelle conscience de soi, vue par Vassili Grossman (extraits)

« Stalingrad, l’offensive de Stalingrad, ont contribué à créer une nouvelle conscience de soi dans l’armée et la population. Les Soviétiques, les Russes, avaient maintenant une autre vision d’eux-mêmes, une autre attitude à l’égard des autres nationalités. L’histoire de la Russie devenait l’histoire de la gloire russe au lieu d’être l’histoire des souffrances et des humiliations des ouvriers et paysans russes. Le national changeait de nature ; il n’appartenait plus au domaine de la forme mais au contenu, il était devenu un nouveau fondement de la compréhension du monde. (…) « Trois événements grandioses ont été à la base d’une nouvelle vision de la vie et des rapports humains : la collectivisation des campagnes, l’industrialisation, l’année 1937. « Ces événements, tout comme la révolution de 1917, ont provoqué des déplacements et des mouvements d’énormes masses de gens ; ces mouvements s’accompagnaient d’exterminations physiques supérieures en nombre à celles qui eurent lieu au moment de la liquidation de la noblesse, de la bourgeoisie industrielle et commerçante. (…) « Mais le nouvel ordre social qui avait triomphé au moment de la collectivisation, de l’industrialisation, du remplacement total des cadres de la nation, n’a pas voulu abandonner les anciennes formules et les représentations idéologiques, bien qu’elles eussent perdu, à ses yeux, tout contenu réel. Le nouvel ordre avait recours à l’ancienne phraséologie qui prenait sa source au début du XXe<:sup> siècle,au moment de la formation de l’aile bolchévique dans le parti social-démocrate. Mais ce nouvel ordre avait comme caractéristique fondamentale d’être étatico-national.

« La guerre accéléra le processus jusqu’alors souterrain, elle permit l’éclosion du sentiment national ; le mot “russe“ retrouva son sens. « Au départ, pendant la retraite, le mot “russe“ s’associait principalement à des phénomènes négatifs : le retard russe, le désordre russe, le fatalisme russe… Mais, une fois né, le sentiment national attendait le jour du triomphe militaire. « De la même manière, l’État prenait conscience de lui-même à l’intérieur de catégories nouvelles. (…) « La vie de l’Union soviétique relia l’éveil du sentiment national aux tâches que s’était fixées l’État après la guerre : la lutte pour la souveraineté nationale, l’affirmation du soviétique, du russe dans tous les domaines de la vie. « Toutes ces tâches n’apparurent pas brutalement pendant la guerre et l’après-guerre ; elles apparurent quand les événements qui se déroulaient à la campagne, la création d’une industrie lourde nationale et la venue de nouveaux cadres dirigeants marquèrent le triomphe d’un régime que Staline définit comme “le socialisme dans un seul pays“. « Les taches de naissance de la social-démocratie russe étaient effacées, supprimées. (…) « Ainsi la logique des événements a fait que, au moment où la guerre populaire atteignait son plus haut point pendant la défense de Stalingrad, cette guerre permit à Staline de proclamer ouvertement l’idéologie du nationalisme étatique. »

Vassili Grossman, Vie et destin, L’Âge de l’homme 1980, Le livre de Poche, pp. 896-899.

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Les œuvres de Vassili Grossman traduites en français

Vivre, Office français d’édition, Alger 1944.

 Stalingrad, Choses vues Septembre 1942 – Janvier 1943 (l’ouvrage rassemble les nouvelles et chroniques de guerre), Éditions France d’abord, Paris 1945

Le Peuple qui survit, La Centaine, Bruxelles 1946.

L’Amour (l’ouvrage rassemble les nouvelles et chroniques de guerre), Édition Arthaud, Paris 1947

 Le Peuple est immortel, Éditeurs français réunis, Paris1950.

 L’Enfer de Treblinka, Éditions Arthaud, Paris 1966.

 Vie et Destin, Éditions L’Âge d’Homme, Lausanne 1980.

Tout passe, Éditions L’Âge d’Homme, Lausanne 1984.

La Paix soit avec vous (récit du voyage en Arménie), Éditions L’Âge d’Homme, Lausanne 1989.

Années de guerre (l’ouvrage rassemble les nouvelles et chroniques de guerre), Éditions Autrement, Paris 1993.

Le Livre noir (écrit en collaboration avec Ilya Ehrenbourg), Acte Sud, 1995

 La Madone Sixtine, Éditions Interférences, Paris 2006.

Œuvres (rassemble les romans : Vie et Destin, Tout passe, les nouvelles Abel. Le six août, Tiergarten, La Madone Sixtine, Repos éternel, Maman, La Route, Le Phosphore, A Kislovodsk ; ainsi que les documents : Lettre à Krouchtchev, Entretien avec M. A. Souslov et Lettres à la mère), Éditions Robert Laffont, Paris 2006.

Carnets de guerre. De Moscou à Berlin. 1941-1945, Calmann-Lévy, Paris 2007.

Pour une cause juste, Éditions L’Âge d’Homme, Lausane 2008.

La Route (l’ouvrage rassemble les nouvelles), Lausane, Éditions L’Âge d’Homme, collection Archipel slave, Lausanne 2010.

Michel Auslender http://orta.dynalias.org/inprecor/article-inprecor?id=1462

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27 mai 2013 ~ 0 Commentaire

En direct des ondes patronales (Acrimed)

En direct des ondes patronales (Acrimed) dans Médias, culture pla1

Les « matinales » et les « rendez-vous » politiques des grandes radios, bien qu’ils n’aient pas l’impact des JT en termes d’audience, font référence dans le paysage de l’information.

Aussi, la qualité du traitement des grands dossiers socioéconomiques y apparaît-elle particulièrement cruciale. La comparaison, au sein de quelques-unes de ces émissions radiophoniques, du nombre d’invitations réservées aux représentants du patronat et des milieux d’affaires d’un côté, et des syndicats de salariés de l’autre, semblait pouvoir constituer un bon indice du pluralisme qui y a cours. Résultat ? Une victoire par KO des représentants du patronat [1].

Une présence démesurément patronale

Le décompte détaillé des invitations (voir ci-dessous) montre que les « grands rendez-vous » de l’information des principales radios ne s’encombrent pas avec la recherche d’un quelconque équilibre : 151 invitations pour les représentants du patronat et des milieux d’affaires (71,9 %), et 59 seulement (28,1 %) pour ceux des syndicats de salariés. La distorsion devient même vertigineuse lorsque l’on sait que la France compte 2,7 millions d’entreprises, et donc autant d’entrepreneurs, pour… dix fois plus d’actifs (28,4 millions) ! Pis encore : en dehors de Laurence Parisot, ce sont des représentants de la centaine d’entreprises qui dépassent le seuil de 5 000 salariés qui monopolisent la parole, les représentants des petites et moyennes entreprises n’ayant pas droit de cité au micro des «  grands intervieweurs ». Ce qui ne veut pas dire que leur situation n’est pas régulièrement convoquée à l’antenne par les éditocrates pour justifier des politiques toujours plus favorables à toutes les entreprises. RMC s’illustrant particulièrement dans cette exercice (Voir p. , « À quoi sert RMC ? »).

Et comme si cette écrasante domination des employeurs dans les émissions d’information générale ne suffisait pas, la plupart des grandes radios dédient des programmes spécifiques au monde de l’entreprise.

- Sur « Europe 1 soir », entre 22h30 et 23h, presque chaque jour de la semaine, Jean-Michel Dhuez accueille chaleureusement des représentants patronaux à son micro dans son « interview éco » ;

- Sur France Info, Olivier de Lagarde se contente d’une cajolerie hebdomadaire, le samedi matin, sachant que Jean Zeid offre déjà l’hospitalité du lundi au vendredi aux « entrepreneurs du nouveau monde » tournés vers « l’univers high-tech » ;

- Sur France Inter, le samedi matin entre 9h10 et 10h, Alexandra Bensaïd reçoit presque qu’exclusivement des représentants patronaux dans « On n’arrête pas l’éco », tandis qu’à 7h43 le même jour Brigitte Jeanperrin profite de son « interview éco » pour converser courtoisement avec de nombreux représentants des milieux d’affaires.

Encore convient-il de ne pas oublier, , pour que le tableau soit complet, les chroniqueurs économiques emmenés par les Eric Le Boucher et Axel De Tarlé sur Europe 1, Emmanuel Cugny sur France Info, Dominique Seux et Nicolas Beytout sur France Inter, Nicolas Doze sur RMC, Jean-Louis Gombeaud et Christian Ménanteau sur RTL Et c’est peu de dire que leurs chroniques, comme d’ailleurs les lignes éditoriales des émissions consacrées à l’économie, font peu de place aux préoccupations, aux intérêts ou aux points de vue des salariés… Quant aux « experts » et économistes qui irriguent de leur omniscience l’ensemble de ces programmes, il va sans dire que leur « neutralité » nourrie d’orthodoxie libérale ne saurait trop heurter les consciences patronales.

Une déférence assurément bienveillante

Et « les grandes voix » des radios savent faire preuve d’une cordialité toute mondaine lorsqu’ils font face aux représentants des milieux d’affaires. Ainsi de Jean-Jacques Bourdin qui ne cache pas son plaisir immense, mâtiné de fascination et de connivence, de recevoir le 15 février le PDG de Total, Christophe de Margerie : « Merci d’être avec nous, ça me fait plaisir de vous recevoir, c’est la première fois que vous venez sur RMC et BFMTV le matin, c’est vrai qu’on vous surnomme l’oriental ou big moustache ? c’est vrai ça ?[...]Big moustache, c’est plutôt sympa d’ailleurs , dites moi mieux vaut être PDG de Nissan que PDG de Total… Parce qu’on gagne quatre fois moins quand on est PDG de Total Christophe de Margerie ! » Et quand il est fait référence au gigantisme du pétrolier et à ses profits mirifiques, Jean-Jacques Bourdin s’esclaffe d’admiration : « C’est énorme … Etre à la tête d’une entreprise qui fait 200 milliards d’euros de chiffre d’affaires… » Devant une telle déclaration d’amour, Laurent Bazin ne pouvait pas rester inerte. Le 21 février sur RTL, à la fin d’un entretien déjà très courtois entre Jean-Michel Aphatie et Laurence Parisot, il ne peut qu’adresser un dernier compliment à la présidente du Medef : « Vous reviendrez, on vous accueillera evidement avec plaisir sur RTL comme toujours . »

Confronté à une telle concurrence, le 10 janvier sur Europe 1, Jean-Pierre Elkabbach, dont l’obséquiosité à l’endroit des puissants est proverbiale, avait su lui aussi recevoir la présidente du Medef avec tous les honneurs (patronaux) dûs à son rang : « Vous vous rendez compte Bruce[Toussaint], la dernière séance de négociation avec les syndicats commence dans 40 minutes, Laurence Parisot merci d’être là avec nous c’est assez exceptionnel […] Les 45 patrons du conseil exécutif du Medef réunis hier soir vous ont auditionné, d’après ce qu’on m’a raconté, on vous a applaudi . C’est vrai ?. » La suite est à l’avenant. Les quelques questions sont autant de perches tendues à Laurence Parisot pour l’aider à montrer tout ce que l’organisation patronale accepte de concéder aux syndicats et sa générosité envers les salariés – manière d’insiter sur l’unanimité du Medef derrière ses négociateurs et donc de souligner en creux les divisions syndicales.

Quand son invitée du jour, s’empêtre dans des considérations techniques sur la question de la taxation des CDD (en s’efforçant pour montrer que la puissance publique n’est pas plus vertueuse que les patrons et que la demande des syndicats de les taxer est en conséquence plutôt mal venue), Jean-Pierre Elkabbach vole à son secours : « L’État et les collectivités locales utilisent moins, ou est-ce qu’ils utilisent plus de CDD que vous les patrons ? » Laurence Parisot, qui n’en demandait pas tant, n’a plus qu’à remercier son porte-parole : « Vous avez raison de mettre ça en avant, l’essentiel de cette croissance, 60% est de la responsabilité des administrations publiques. » Dans le même registre, le 14 février sur France Info, Raphaëlle Duchemin invitait Philippe Varin, président du directoire de PSA, à « accélérer cette fermeture [de l’usine d’Aulnay] compte tenu des tensions qui s’y déroulent. » Nous ne savions pas que le rôle d’un journaliste était d’organiser des plans de licenciements massifs…

Et quand un « passeur de plats » semble pousser son hôte dans ses retranchements, comme lorsque Jean-Jacques Bourdin sembla acculer Christophe de Margerie sur le gaz de schiste le 15 février, l’animateur se retrancha rapidement derrière un « chauvinisme de terroir » tout personnel : « Vous savez pourquoi vous ne m ’avez pas convaincu ? Parce que je défends mon territoire, je défends mes Cévennes que j’aime tant. » Faut-il comprendre que Total peut continuer ses recherches partout ailleurs dès l’instant où il ne perturbe pas le confort de l’animateur ? Jean-Jacques Bourdin, le « nombril du monde » ? Pas exactement. Sous couvert d’impertinence, il ne s’agissait, finalement que d’entretenir, en toute cordialité, la simulation d’un affrontement, comme l’indique le mot de la fin deJean Jacques Bourdin : « Merci Christophe de Margerie d’avoir joué le jeu.  »

Cette déférence ostentatoire de journalistes (ou du moins de ceux qui appartiennent à l’élite de la profession) à l’égard des éminences patronales n’a rien de surprenant. Le 10 septembre 2007 déjà, sur son blog, Jean-Michel Aphatie exprimait sa grande fascination pour ces grands capitaines d’industrie, et ne manquait pas de cajoler à nouveau le PDG d’une firme automobile, le 15 février 2013, à l’occasion d’un entretien emprunt d’une déférence évidente : « Carlos Ghosn, le PDG de Renault-Nissan était l’invité du Grand Jury, dimanche. L’occasion de faire avec lui un tour d’horizon des problèmes particuliers de l’activité automobile, abordés avec beaucoup d’assurance et un grand sens de la pédagogie par le constructeur automobile. »

Et Jean- Jacques Bourdin, le 15 février n’oublia pas de faire la révérence de vant son invité : « Mais non, vous n’êtes pas un ennemi Christophe de Margerie. » On respire… Et l’on se souvient alors que l’animateur de la matinale de RMC se plaît à fraterniser avec ses illustres interlocuteurs : la fréquentation assidue de son propriétaire, Alain Weill, dont il est par ailleurs le conseiller, lui a permis de devenir son… ami, comme il l’avait révélé à l’occasion d’une conversation très confraternelle avec Guillaume Erner de France Inter et de Christophe Ono-dit-Biot du Point, le 22 décembre 2010 lors de l’émission de la radio publique « Souriez, vous êtes informés ».

Force est de constater que le contraste est saisissant avec la réception des syndicalistes… pour lesquels les « matraques » (verbales…) sont souvent de sortie ! Que ce soit pour Christian Mahieux (le 16 janvier 2009), Xavier Mathieu (le 21 avril 2009), Mickaël Wamen (les 3 et 12 février), Jean-Pierre Mercier (les 20 juillet 2012 et 3 février 2013) et Edouard Martin (le 3 février 2013 liens) invités t respectivement par Jean-Michel Aphatie, David Pujadas, Pascal Clarke, ’Eric Brunet ou Jean-Pierre Elkabbach. C’est ce que permettent de vérifier, à titre d’exemple les interrogatoires conduits par Pascale Clark et Jean-Pierre Elkabbach.

Benjamin Accardo, Blaise Magnin, Denis Perais

Annexe : Décompte précis par station

- Europe 1 : entretiens matinaux de Bruce Toussaint, Jean-Pierre Elkabbach et leurs remplaçants + « Le Grand-Rendez-Vous » :
- Syndicats : 17. CFDT (6) + CGT (8) + FO (2) + Union syndicale Solidaires (1)
- Patronat, milieux d’affaires et de la finance : 68. Laurence Parisot : 8 ; autres : 60 dont dont Jacques Attali (5) et Alain Minc (3)

- RTL  : entretiens matinaux de Jean-Michel Aphatie et ses remplaçants + « Le Grand-Jury » :
- Syndicats : 17. CFDT (6) + CGT (10) + FO (1)
- Patronat, milieux d’affaires et de la finance : 39. Laurence Parisot : 10 ; autres : 29 dont Jacques Attali (1) et Alain Minc (1)

- RMC : entretiens matinaux de Jean-Jacques Bourdin et ses remplaçants :
- Syndicats : 5. CFDT (2) + FO (2) + CGT (1)
- Patronat, milieux d’affaires et de la finance : 13. Laurence Parisot : 4 ; autres : 9

- France Inter : entretiens matinaux de Daniel Cohen et ses remplaçants + « Radio France Politique » devenu « Tous politiques » :
- Syndicats : 11. CFDT (5) + CGT (4) + FO (2)
- Patronat, milieux d’affaires et de la finance : 18. Laurence Parisot : 1 ; autre : 17 dont Jacques Attali (2)

- France Info : entretiens matinaux de Raphaëlle Duchemin et ses remplaçants :
- Syndicats : 9. CFDT (5) + CGT (2) + FO (2)
- Patronat, milieux d’affaires et de la finance : 13. Laurence Parisot : 3 ; autres : 10 dont Jacques Attali (1)

- Total  :
- Syndicats : 59. CFDT (24) + CGT (25) + FO (9) + Union syndicale Solidaires (1)
- Patronat, milieux d’affaires et de la finance : 151. Laurence Parisot : 26 ; autres 125 dont Jacques Attali (8) et Alain Minc (5) [2]

Notes

[1] Nous avons comptabilisé leurs passages respectifs aux micros matinaux d’Europe 1 (Jean-Pierre Elkabbach et Bruce Toussaint), France Info (Raphaëlle Duchemin), de France Inter (Daniel Cohen), RMC (Jean-Jacques Bourdin) et RTL (Jean-Michel Aphatie) du 18 juin 2012 au 11 mars 2013, Les « Grand-Jury RTL » (du 3 septembre 2006 au 10 mars 2013), « Grand-Rendez-Vous » d’Europe 1 (du 2 janvier 2011 au 10 mars 2013), et « Radio France Politique » devenu « Tous politiques » sur France Inter (du 4 septembre 2011 au 10 mars 2013).

[2] Jaccques Attali et Alain Minc ont été comptabilisés comme représentants du patronat puisqu’ils sont eux-mêmes dirigeants d’entreprise : le premier est président de plaNet Finance, le second d’AM Conseil.

par Benjamin Accardo, Blaise Magnin, Denis Perais, le 27 mai 2013 http://www.acrimed.org/article4051.html

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23 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Le métèque nous a quittés

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Avec sa gueule de métèque, Georges Moustaki nous a quitté en toute liberté.

Artiste engagé dés 68, il avait apporté son soutien à la candidature d’Alain Krivine en 1974 jusqu’à celui, spontané, à Philippe Poutou. Georges Moustaki encourageait la création de jeunes artistes auto-produits et indépendants, donnant une fois de plus au mot « liberté » ses plus belles lettres.

Nous continuerons à chanter « sans la nommer » une rare chanson française à la gloire de la révolution permanente, « ma liberté » « le temps de vivre » et toutes ses chansons évoquant les valeurs que nous défendons au quotidien.

Salut Georges, nous ne t’oublierons pas !

Montreuil, le 23 mai 2013

Réécoutez « Sans la nommer » : http://npa2009.org/npa-tv/all/all/37294

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16 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Le PS va voter « l’enterrement » de l’amnistie sociale (JDD)

Le PS va voter Les syndicalistes aux galères !

La proposition de loi sur l’amnistie sociale, à l’initiative des parlementaires du Front de gauche, sera examinée jeudi en séance à l’Assemblée nationale. Mais les socialistes – qui ont la majorité – devraient voter un renvoi en commission.

La proposition de loi sera débattue jeudi dans l’hémicycle. Mais déjà son sort semble scellé. Le porte-parole des députés socialistes qui disposent de la majorité à l’Assemblée nationale, Thierry Mandon, a indiqué mardi que son groupe souhaitait voir renvoyer le texte en commission. Afin qu’il soit « retravaillé sérieusement ». Lors des questions au gouvernement, le ministre des Relations avec le Parlement, Alain Vidalies, a réaffirmé mardi que le gouvernement n’était « pas favorable au principe de la loi car il considère que dans la situation que la France vit aujourd’hui, il doit y avoir une seule réponse », à savoir « le respect de la loi républicaine ». Alors que la proposition avait été votée, y compris par les socialistes, de justesse au Sénat en février, la Commission des lois du Palais Bourbon l’avait rejetée fin avril provoquant la colère du Front de gauche et des écologistes. Ce texte est un « marqueur très fort pour l’ensemble de la gauche (…) Le Parlement et la majorité sont maltraités avec ce genre de comportement », a une nouvelle fois répété l’écologiste Sergio Coronado mercredi lors d’une conférence de presse, regrettant la « volte-face » du gouvernement sur le sujet. « La séance de jeudi risque d’être animée », a-t-il d’ores et déjà prévenu, rappelant que la proposition de loi en question est « davantage symbolique » puisque son contenu a été amoindri lors de son passage au Sénat. « Cette proposition vise à rendre justice à des hommes et des femmes courageux », et « pas dangereux », a pour sa part fait valoir Marie-George Buffet. « Demain, nous allons nous battre », a-t-elle renchéri mercredi. « Un renvoi en commission signifierait qu’il n’y a pas de débat général (…) empêchant les différents groupes de s’exprimer », a regretté l’élue de Seine-Saint-Denis. Et de conclure : « Ce sera une journée assez noire pour les espoirs qui existait sur une majorité de gauche. »

« La douche a quand même été sévère »

« Le gouvernement donne le signal qu’il capitule devant les exigences du Medef », a dénoncé mardi André Chassaigne, le chef de file des députés Front de gauche – à l’origine de cette proposition, qui est examinée dans le cadre de leur « niche » parlementaire. « Quand on veut renvoyer le texte en commission, c’est que l’on veut éviter le vote solennel. C’est un manque de courage pour occulter des avis différents de députés écologistes et socialistes qui souhaitaient voter le texte », a poursuivi le député du Puy-de-Dôme. « On soutient ce texte et on est prêt à le voter », avaient en effet confirmé mardi les deux co-présidents du groupe EELV, François de Rugy et Barbara Pompili. « Le texte était restreint dans sa visée, il avait une dimension symbolique assez forte qui pour nous avait du sens politiquement », ont-ils assuré. Initialement très remonté par le comportement du gouvernement sur l’amnistie sociale, le socialiste Patrick Menucci s’est finalement « réjoui » du renvoi de la proposition de loi en Commissions des lois. « Nous pourrons ainsi le retravailler pour qu’il puisse réunir toute la gauche », explique-t-il dans un communiqué. Reste qu’un tel renvoi est synonyme « d’enterrement » pour Sergio Coronado, qui y voit également un « signe très inquiétant » quant à la reconnaissance des initiatives parlementaires par le gouvernement. « Je ne crois pas que les communistes reviendront à la charge » sur cette question, car « la douche a quand même été sévère », affirme le député écologiste. Concrètement, si le renvoi en commission est adopté jeudi en séance, il faudra ensuite trouver un nouveau créneau pour l’examiner. Sergio Coronado a toutefois indiqué mercredi que son groupe pourrait déposer une proposition de loi sur la question du fichage ADN.

Anne-Charlotte Dusseaulx – leJDD.f

http://www.lejdd.fr/Politique/Actualite/Le-PS-va-voter-l-enterrement-de-l-amnistie-sociale-607511

Commentaire:  On doit remarquer que le « Parti des riches et de l’argent » a chargé ses plus dévoués serviteurs de matraquer sur toutes les ondes que les « syndicalistes sont des casseurs qui méritent au moins la prison »! Non mais!   On se souviendra de Pascale Clark exigeant un « acte de contrition » du leader des Contis !

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16 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Soutien à Acrimed : Bercy doit revenir sur sa position !

Acrimed | Action Critique Médias

L’administration fiscale vient de démontrer où sont ses priorités, en refusant à l’association Acrimed (Action-critique-médias) de bénéficier d’une défiscalisation (de l’ordre de 60%) des dons qui lui sont consentis, octroyé « au profit d’œuvres et d’organismes d’intérêt général ».

Arguant qu’Acrimed «ne contribue pas à la production et à la diffusion d’œuvres de l’esprit», Bercy prive ainsi cet observatoire critique des médias d’un moyen non négligeable d’autofinancement. A lire le récit des aller-retour entre Acrimed et l’administration fiscale, on voit mieux à qui doit profiter le « choc de simplification » mis en avant par François Hollande : aux patrons prompts à s’affranchir du Code du travail ou de tout contrôle de leurs comptes par l’inspection fiscale, aux riches souhaitant placer leurs capitaux dans telle ou telle niche fiscale ; pas à une association comme Acrimed qui, depuis 1996, analyse inlassablement la dépendance des médias à l’égard des pouvoirs économiques et politiques, et la faiblesse du pluralisme politique, idéologique et culturel qui règne en leur sein.

Quand on sait par ailleurs que l’Etat, sans sourciller, gave de subventions des médias possédés par des capitalistes comme Dassault, Lagardère, Rothschild, Niel, etc., l’affaire paraît d’autant plus scandaleuse. Le NPA exige donc que l’administration revienne sur sa position, qui constitue une forme très insidieuse de censure, et qu’Acrimed puisse bénéficier comme il se doit de cette aide modeste (modeste au regard des subventions à la presse, mais pas forcément pour une association).

http://npa2009.org/node/37175

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10 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Antifascisme Barcelone

Antifascisme Barcelone dans Antifascisme feixisme

feixsiem1 dans Médias, culture

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10 mai 2013 ~ 0 Commentaire

5 caméras brisées de Emad Burnat et Guy Davidi, (le 15 mai à Penmarc’h)

Cinq cams.jpg

Ce documentaire est une chronique intime de la vie du village et de la propre famille du cinéaste au long des cinq premières années de vie de son quatrième fils, Jibril.

Réalisé sur une période de cinq ans, ce documentaire relate la lutte des habitants du village palestinien de Bil’in en Cisjordanie, la plupart paysans, spoliés de la moitié de leurs terres par la décision d’implanter et « protéger » la colonie juive de Modi’in illit construite pour 150 000 habitants.  Cette lutte non violente, constante, tenace en vue de conserver les terres, seul moyen de subsistance des paysans, est l’objet d’une répression brutale. Les moyens utilisés comportent des armes à feu avec utilisation de balles réelles (il y a plusieurs morts). Les cinq caméras utilisées pour fixer ces événements furent détruites dans l’action, plusieurs par balles.  Cette lutte a rencontré la solidarité de militantEs israélienNEs. Le peuple palestinien montre ici une haute conscience de ses droits bafoués par Israël et la « communauté internationale »,  sa lutte non violente n’en est que plus remarquable.
Jean-Paul Petit

Cinéma : 5 caméras brisées de Emad Burnat et Guy Davidi

Film programmé jusqu’au mois de juin :
La semaine du 8 mai : Paris, Saint-Denis, Saint-Honoré-les-Bains, Briançon, Valence, Bruz
La semaine du 15 mai : Paris, Questembert, Penmarch, Villeneuve d’Ascq, La Mure
La semaine du 22 mai : Paris, Lisieux, Saint-Malo
La semaine du 29 mai : Ferney-Voltaire, Blois, Montauban, Crécy-en-Ponthieu, La Bruguière, Clermont-Ferrand

Vendredi 10 mai 2013 Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 194 (08/05/13)

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07 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Sommes-nous capables de démanteler nos centrales nucléaires ? (Arte)

  Sommes-nous capables de démanteler nos centrales nucléaires ? (Arte) dans Luttes écolos en Bretagne centrale-nucleaire-brennilis1-296x300
De la France aux États-unis en passant par l’Allemagne, les pays qui ont misé sur l’énergie nucléaire se trouvent aujourd’hui confrontés à un nouveau défi : « le démantèlement de leurs centrales vieillissantes ou définitivement mises à l’arrêt.« 

Voici quarante ans, leurs concepteurs n’avaient pas prévu que, devenus trop vieux et donc dangereux, ces réacteurs devraient être un jour démontés, et qu’il faudrait stocker leurs déchets hautement radioactifs. Si les opérateurs et les autorités de la sûreté nucléaire assurent pouvoir maîtriser ce processus de démantèlement, la réalité est tout autre. Après les documentaires « Médiator, histoire d’une dérive » et « France Télécom Orange, malade à en mourir« , déjà diffusés par arte, Bernard Nicolas s’attaque cette fois à l’industrie nucléaire.

« Dans sa nouvelle enquête, ce spécialiste de l’investigation dévoile l’aventurisme des politiques de démantèlement en cours, reposant sur des techniques complexes que nul ne maîtrise à ce jour, en dépit des déclarations rassurantes des autorités et des gestionnaires du nucléaire. » « Entre problèmes techniques à répétition, risques permanents de contamination pour l’homme et l’environnement, et surtout impossibilité de stocker en toute sécurité des déchets nucléaires (dont certains resteront dangereux pendant des centaines de milliers d’années), le réalisateur revient sur le passage leur coût exorbitant. Celui-ci a été totalement sous-évalué – ce qui, en période de restrictions budgétaires, rend le problème encore plus insurmontable. »

« Bernard nicolas dénonce également le lobbying, parfois outrancier, d’opérateurs nucléaires qui pratiquent le chantage à l’emploi ou subventionnent à tour de bras, pour faire accepter aux populations la proximité de centres de stockage de déchets. » « Au fil des témoignages – physiciens, militants d’associations antinucléaires, mais aussi salariés du nucléaire –, on découvre l’imprévoyance totale d’une industrie qui se targue pourtant d’une expertise scientifique sans faille. Une enquête sans concessions qui dresse un bilan préoccupant de l’état du parc nucléaire dans les pays développés. »

ARTE

CENTRALES NUCLEAIRES, DEMANTELEMENT IMPOSSIBLE ?
Mardi 21 mai à 20.50 sur ARTE
Documentaire de Bernard Nicolas (France, 2013, 1h07mn)
Coproduction : ArteFrance, Eclectic presse

Soirée présentée par émilie Aubry. Le documentaire sera suivi d’un débat avec la participation de corinne lepage.

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