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19 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Garde à vue (Reporterre)

flic

Une journaliste de « Blast » en garde à vue après avoir couvert une manifestation

La reporter couvrait une manifestation menée au siège de l’entreprise d’armement Exxelia.

Une journaliste du média en ligne Blast a été interpellée le 18 juin par la police judiciaire et demeure placée à cette heure en garde à vue dans les locaux du commissariat du 11e arrondissement de Paris, indique le site d’information.

Dans le cadre d’une enquête sur les ventes d’armes en Israël, la reporter couvrait une manifestation menée au siège de l’entreprise d’armement Exxelia Technologies (ex-Eurofarad), visée par une plainte pour complicité de crimes de guerre et homicide. Cette manifestation a donné lieu à l’ouverture d’une enquête pour dégradation et intimidation par le parquet de Paris.

Risque d’« atteinte au secret des sources »

Plusieurs manifestants ont également été placés en garde à vue. En l’état, nous sommes dans l’attente de la décision du parquet quant au sort judiciaire de notre consœur.

Reporters sans frontières a réagi à cette nouvelle atteinte à la liberté d’informer : « RSF dénonce un risque d’atteinte au secret des sources d’une journaliste de Blast, dont la garde à vue a été prolongée jusqu’à [mercredi 19 juin] pour refus de remettre son portable. La reporter qui couvrait une action contre les ventes d’armes à Israël doit être libérée. »

Reporterre rappelle que l’interpellation de journalistes couvrant une action de la société civile n’est pas légale. La jurisprudence est claire, comme l’ont montré deux jugements en 2023.

Reporterre a remporté deux procès

Le journaliste de Reporterre, Alexandre-Reza Kokabi suivait en juin 2020 une action organisée par le mouvement Extinction Rebellion. Vingt-huit activistes ont pénétré sur les pistes de l’aéroport d’Orly, près de Paris, demandant l’interdiction des vols intérieurs « pour lutter contre le changement climatique ». Malgré la présentation de sa carte de presse et le fait qu’il ne s’était livré à aucun acte illégal, se contentant d’observer les activistes, le journaliste a été conduit et détenu dans un commissariat pendant dix heures.

En septembre 2021, M. Kokabi a de surcroît été condamné à payer une amende de 750 euros. Reporterre a refusé de payer et lancé une procédure devant la justice administrative. Trois ans après les faits, en novembre 2023, le tribunal nous a donné raison et a condamné l’État français.

De même, en novembre 2021, une journaliste de Reporterre, Elsa Souchay, avait couvert une action écologiste dans une usine stockant illégalement des semences génétiquement modifiées. Elle a été poursuivie en justice, et ce n’est qu’en juin 2023, après une forte mobilisation, que nous avons obtenu sa relaxe.

https://reporterre.net/

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18 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Choc ( France Info )

Les personnels du collège Lou Blazer de Montbéliard, ce mardi 18 juin

Les personnels du collège Lou Blazer de Montbéliard, ce mardi 18 juin • © FO Education

« C’est un tri social des élèves » : à Montbéliard, opération collège-mort contre le « choc des savoirs » et les groupes de niveaux

Pour protester contre le déploiement du Choc des savoirs, des opérations « collège mort » sont organisées. Ce mardi 18 juin, à Montbéliard (Doubs), c’est au collège Lou Blazer que les élèves ne sont pas venus en cours.

Ce mardi 18 juin, ils ne sont qu’une petite vingtaine d’élèves, sur les 640 que compte l’établissement, à s’être rendus en cours, au collège Lou Blazer de Montbéliard. En zone prioritaire « REP + », dans le quartier de la Petite Hollande, personnels et parents d’élèves y ont organisé une opération « collège-mort », pour protester contre la mise en place de la réforme du « Choc des savoirs » qui doit débuter en septembre 2024.

« C’est une réforme qui fait l’unanimité contre elle, et elle passe en force » résume Christophe Dubujet. Ce professeur d’Histoire-géographie, délégué du personnel du collège, demande l’abrogation de la réforme portée par Gabriel Attal. « Elle est rejetée par la totalité des organisations syndicales et des fédérations de parents d’élèves ».

Les groupes de niveaux, « tri social des élèves »

C’est le point de la réforme qui suscite la plus grande levée de boucliers : la création de « groupes de niveaux » en français et en mathématiques. En 6ᵉ et en 5ᵉ dès la rentrée prochaine, puis en 4ᵉ et 3ᵉ en septembre 2025.

« Il s’agit de supprimer le groupe classe et de remplacer par des groupes de niveaux : des groupes avec des élèves les plus en difficultés, de niveau standard et en facilité » détaille Christophe Dubujet. « Pour nous, c’est un tri social de nos élèves, et on y est opposés ». Selon les syndicats enseignants, ces groupes de niveaux casseront les dynamiques de « groupe classe », ou les meilleurs participaient à porter et encourager les élèves en difficulté.

Dans un tract distribué aux parents d’élèves, les personnels estiment que ces groupes entraîneront une « accentuation des inégalités et stigmatisation des élèves en difficulté », ainsi qu’une « désorganisation des emplois du temps »« À Delle près de Belfort, on leur demande de faire les groupes sans heures supplémentaires » rapporte le délégué du personnel à Lou Blazer, également secrétaire adjoint de FO Éducation dans le Doubs, « donc on va supprimer les dédoublements de classe en physique, en mathématiques, et on va piocher des heures dans d’autres dispositifs qui fonctionnent ». 

Le mouvement critique également les nouveaux programmes, très détaillés, ainsi que les nouveaux ouvrages de cours, qui suppriment selon les organisations syndicales enseignantes la liberté d’enseignement.

Portée par les parents d’élèves qui choisissent de ne pas envoyer leur enfant au collège, la mobilisation de ce mardi à Lou Blazer porte aussi contre la suppression d’une heure de technologie en 6ᵉ, d’une heure en moins pour les cours en Segpa, et de l’obligation d’avoir le brevet des collèges pour entrer en seconde, « barrière pour entrer au lycée ».

Johanna Albrecht  18/06/2024

https://france3-regions.francetvinfo.fr

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10 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Saint Brévin (Basta)

Saint Brévin (Basta) dans Altermondialisme

En photo : Marche en soutien a Yannick Morez, maire de Saint-Brévin (Loire-Atlantique) le 24 mai 2023. Le domicile du maire avait été ciblé par un cocktail Molotov et un incendie détruisant une partie de sa maison. Il a démissionné de son poste suite aux menaces de militants d’extrême-droite, hostiles à l’aménagement d’un centre d’accueil pour personnes réfugiées / © Estelle Ruiz (Hans Lucas).

 Cette Bretagne « ouverte et solidaire » qui livre bataille contre les suprémacistes blancs

Ils revendiquent ouvertement leur racisme et leur suprémacisme « blanc », y compris en usant de la violence physique. Face à ces exactions d’extrême droite qui se répandent en Bretagne, syndicats et associations préparent « la bataille culturelle ».

« La Serre, c’est un repaire d’extrême gauche, de partisans d’une idéologie mortifère, leurs idées gangrènent la société. » A la barre du tribunal de Saint-Brieuc, jeudi 16 mai dernier, Noël B., 20 ans, assume pleinement ses actes. Il comparait, avec deux autres personnes dont son frère aîné, Lucas, pour violences en réunion avec arme et avec le visage dissimulé suite à l’intrusion violente dans le local associatif briochin La Serre, le 17 novembre 2023. L’agression a fait plusieurs blessés, dont l’un d’entre eux s’est vu prescrire une Interruption Temporaire de Travail (ITT) de 3 jours. Les personnes présentes participaient ce soir-là à une réunion d’une association d’éducation populaire.

Noël B., colleur d’affiches occasionnel du Parti national breton (PNB, autonomiste d’extrême droite), reconnaît avoir participé à cette action violente, visant à « récupérer le matos antifa » (autocollants, affiches et banderoles), muni d’une « barre de fer car c’est utile contre les antifa » mais indique ne pas avoir « frappé les personnes âgées par respect du code d’honneur ». Le militant d’extrême droite, qui considère « la démocratie comme un régime mortifère », dit avoir agi pour notamment « défendre le droit des Blancs à vivre », comme si celui-ci était menacé.

Sticker Ku Klux Klan et bulletin Jordan Bardella

Son frère, Lucas B., sympathisant d’Éric Zemmour, a déclaré qu’il allait « voter pour Jordan Bardella aux élections européennes » au cours d’une audition devant les gendarmes. La présidente du tribunal égraine le contenu du stock de stickers retrouvé par les forces de l’ordre au cours d’une perquisition chez lui : « « White lives matter », « La Bretagne aux Bretons », « Ku Klux Klan » et autres croix celtiques… ». « Entre nous, ça s’échange comme des cartes Pokemon », rétorque tranquillement le militant.

Carte recensant la multiplication des violences d'extrême droite en Bretagne et Loire-Atlantique.
Violences d’extrême droite
Basta! a recensé une cinquantaine d’exactions de janvier 2023 à mai 2024 commises en Bretagne et Loire-Atlantique. Elles sont classées en quatre catégories, par ordre de gravité, des tags racistes ou néo-nazis aux violences physiques, en passant par les menaces et les incendies (contre la maison d’un élu) et tentatives d’incendie (contre des mosquées notamment).
© Christophe Andrieu

Au terme de l’audience, le tribunal condamne Lucas B. à 12 mois d’emprisonnement avec deux ans de sursis probatoire et Noël à 18 mois d’emprisonnement, dont 12 mois de sursis. Le lendemain du procès, des inscriptions sont découvertes sur les murs de la Serre : à côté d’une croix gammée et d’une croix celtique, un « Fuck antifa » accompagné d’une menace : « On a pas dit notre dernier mots (sic). »

A Saint-Brieuc, ce n’est pas la première fois que la Serre, lieu de débats et de projections abritant également une cantine populaire, est prise pour cible. En octobre 2023, quelques semaines avant cette agression, des inscriptions nazies ont été taguées sur la devanture du local. En septembre, c’est la permanence du Parti communiste (PCF) qui était visée par des tags nazis et suprémacistes. En juillet, un groupe d’une vingtaine de militants fascistes cagoulés et armés attaquait les participants au festival « Pour une Bretagne ouverte et solidaire ».

Menaces par armes à feu

Une violence d’extrême droite qui s’est déployée ces derniers mois non seulement à Saint-Brieuc, mais également dans toute la région Bretagne ainsi que dans le département des Pays-de-la-Loire. Basta! a ainsi recensé de manière non exhaustive plus d’une cinquantaine d’actes violents perpétrés par différents groupes d’extrême droite sur ce territoire depuis début 2023.

« C’est la première fois qu’on subit ce niveau de violence, indique Winston* [1] du Collectif vigilance antifasciste (CVA), à l’origine avec d’autres organisations du festival « Pour une Bretagne ouverte et solidaire » à Saint Brieuc. « Jusqu’à présent, on était plutôt épargné dans la région. » A Lorient, les syndicalistes étudiants de l’Union pirate ont également vu se multiplier les autocollants fascistes, croix celtiques et autres tags nazis sur les murs de l’université ces derniers mois. « Une vidéo a même circulé dans laquelle on voyait des personnes tirer avec une arme à feu sur une de nos affiches syndicales », relate Amélie*, de l’Union pirate Lorient, « c’est choquant ». La syndicaliste fait le lien entre la multiplication des intimidations et la création récente sur le campus d’une section du syndicat d’extrême droite Union nationale inter-universitaire (UNI).

A Lorient, les agissements de l’extrême droite ne restent pas cantonnés à l’université. « En mars 2023, à la fin d’une manifestation contre le projet de réforme des retraites, plusieurs camarades portant des chasubles Solidaires ont été agressés et menacés avec une arme à feu », note Gwenn* du syndicat Sud Éducation Morbihan. Amélie, à Lorient, continue la liste : « Pendant les émeutes qui ont suivi la mort de Nahel, on a aussi vu se constituer une milice privée qui interpellait les protestataires aux côtés des forces de l’ordre, on sait que certains membres de l’UNI y ont participé. »

Cibler l’accueil des migrants…

« Ces deux dernières années, nos locaux de Brest ont été ciblés à cinq reprises par de la peinture ou des tags avec notamment des croix gammées ou des croix celtiques », rappelle de son côté Ismaël Dupond, secrétaire départemental du PCF pour le Finistère. Le militant précise que les plaintes déposées après ces dégradations n’ont cependant pas donné de suites judiciaires à ce jour. Ce qui inquiète encore plus Ismaël Dupond, ce sont « les intimidations autour des questions d’accueil des migrants », évoquant ainsi les menaces de mort dont a été la cible Laure-Line Inderbitzin, membre du PCF, ex-adjointe à la mairie de Callac (mais toujours membre du conseil municipal).

Callac est une petite ville d’environ 2000 habitants dans les Côtes d’Armor. Un projet d’accueil de réfugiés porté par la municipalité y a été abandonné début 2023 suite à un virulent mouvement d’opposition orchestré par l’extrême droite. « L’offensive violente de Reconquête ! à Callac, les manifestations qui y ont été organisées et le fait qu’on ait vu débarquer dans ces rassemblements des militants appartenant à des groupuscules violents, cela a déclenché quelque chose », analyse Marie* du syndicat Solidaires des Côtes d’Armor, qui ajoute : « Le fait qu’ensuite la mairie de Callac abandonne le projet d’accueil de réfugiés, ça a été interprété comme une victoire par l’extrême droite. »

Face à la recrudescence des violences de l’extrême droite, les organisations syndicales et militantes tentent de construire une riposte. « Avec la Confédération générale du travail (CGT) et la Fédération syndicale unitaire (FSU), nous avons créé en juin 2023 le collectif Vigilance et initiatives syndicales antifascistes (VISA) pour les Côtes d’Armor », explique Marie de Solidaires. Cette dynamique intersyndicale contre l’extrême droite, née en 1996 au niveau national, n’existait pas localement. « On informe et on organise des formations, précise la syndicaliste, l’objectif, c’est d’outiller les militants et les syndiqués pour qu’ils puissent agir sur leur lieu de travail contre l’extrême droite et ses idées ».

Ou des artistes drag-queen

« Il y a une bataille culturelle qui se joue, complète Gwenn de Sud Éducation Morbihan, pas seulement en Bretagne, mais aussi au niveau national, tant dans les médias que dans le champ professionnel ». Organiser des ateliers de formation, décrypter les programmes défendus par les partis d’extrême droite, mieux comprendre comment fonctionne « la fachosphère » et ses réseaux, recenser les actes perpétrés par les groupes violents : contrer l’influence de l’extrême droite implique un travail militant conséquent.

Au-delà du champ syndical, Marie juge pour sa part qu’il était « urgent d’élargir le front contre l’extrême droite et de reprendre la rue », raison pour laquelle son syndicat, Solidaires Côtes d’Armor, a rejoint l’initiative locale du Front commun. « Avec le Collectif Vigilance Antifasciste (CVA), nous souhaitions ne pas nous cantonner aux syndicats et partis politiques mais impliquer plein d’autres personnes et organisations qui pouvaient soutenir ce genre de combat, précise Winston. « Nous nous sommes donc tournés vers des commerçants, des musiciens ou des lieux culturels, dont certains avaient fait face à l’extrême droite, comme à Lamballe au cours d’un atelier de lecture organisé par des artistes drag-queen. »

Le Front commun contre l’extrême droite prend forme fin 2023 et a d’organisé une manifestation régionale le 21 avril dernier, à Saint Brieuc, 23 ans jour pour jour après l’arrivée de Jean-Marie Le Pen, le candidat du Front national (FN), au second tour de l’élection présidentielle. Environ 1500 personnes étaient présentes pour cette manifestation. Winston du CVA se dit « satisfait » du niveau de mobilisation mais souligne que « c’est le résultat d’un important travail d’information de terrain auprès d’un large public afin de mobiliser contre toute cette violence d’extrême droite ».

L’enjeu ? Gagner « la bataille culturelle » et faire que la Bretagne reste une terre « ouverte et solidaire ». Un défi colossal au lendemain d’élections européennes marquées par des scores conséquents de l’extrême droite, tant au niveau européen que nationalement et localement. Et suite à l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron, qui prend le risque de permettre l’arrivée de l’extrême droite à Matignon.

10 juin 2024  Maël Galisson

https://basta.media/

 

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09 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Européennes ( Le Huffington)

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08 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Mikael Lowy

Mikael Lowy dans Macronie

Bar restaurant Le Lieu Dit – 6, rue Sorbier 75020 Paris – 01 40 33 26 29 -

Michael Löwy témoigne. Itinéraires pluriels d’un marxiste hétérodoxe

mardi 11 juin 2024 à 19h

En mille signes comme en un, difficile de présenter l’itinéraire singulier et pluriel de Michael Löwy. Le parcours d’un militant et d’un intellectuel révolutionnaire, « fidèle et joyeux », engagé sous l’étoile de Rosa Luxembourg et de la Quatrième internationale, qui, d’un siècle à l’autre, d’allers-retours de l’Amérique latine (Brésil, où il est né en 1938) à l’Europe (Paris, où il vit depuis 1969), tel l’ange de Baudelaire, vient « ranimer les miroirs ternis et les flammes mortes ». Un parcours entre-ouvrant les portes de la révolution chez le jeune Marx, de l’étoile du Che, du pari pascalien de Goldmann (en partage avec Daniel Bensaïd), du judaïsme libertaire, des affinités électives de Goethe à Weber, de la beauté convulsive du surréalisme, de la théologie de la libération, du romantisme révolutionnaire qui rassemble le tout, dans le sillage de Walter Benjamin, en une critique radicale de la modernité capitaliste où se dessine une perspective écosocialiste. Des itinéraires qu’il viendra nous présenter en personne, et qui ne sont pas sans lien avec la Société Louise Michel, dont il est l’un des membres fondateurs. Il a été traduit à ce jour en vingt-neuf langues.

https://lelieudit.com/Michael-Lowy

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08 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Epouvantail ( Orient 21 )

migrants

Élections européennes. Autopsie de l’épouvantail migratoire

Alors que les intentions de vote pour les Européennes prédisent une montée des courants de l’extrême droite sur tout le continent, la question migratoire continue à être agitée comme une menace par un spectre politique de plus en plus large. L’Europe forteresse se barricade davantage, renvoyant à la mort celles et ceux qui fuient les guerres, la répression, les changements climatiques ou la précarité économique. Deux livres déconstruisent cette approche, tant d’un point de vue théorique que de celui du terrain.

C’est la tristement célèbre phrase de Michel Rocard qui sert de fil rouge au petit livre « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde ».

En finir avec une sentence de mort. Lors du grand oral des élections européennes sur BFM TV, Marion Maréchal n’a pas manqué d’y faire référence ; s’adressant à Marie Toussaint, elle lui dit : « Vous aurez tout le temps d’expliquer comment vous allez accueillir toute la misère du monde sur le dos des Français ». Répondant du tac au tac, la tête de liste d’Europe Écologie – les Verts a affirmé quant à elle que c’est « la grandeur de la France d’accueillir une partie de la misère du monde ». Ainsi, les détracteurs les plus audacieux de cette formule mettent jusque-là un point d’honneur à la compléter – « mais on doit y prendre sa part » ; dans tous les cas, il s’agit de reprendre à son compte ou de se contenter de relativiser une sentence — dans les deux sens du terme, comme le montre l’essai — qui n’est guère remise en question. On ne sort pas du piège de ses mots.

À contre-courant du discours dominant sur la politique migratoire française comme européenne, les deux auteurs Pierre Tevanian et Jean-Charles Stevens se donnent pour mission quant à eux de contredire mot par mot — littéralement — cette formule quasi incantatoire, devenue l’alpha et l’oméga de politiques toujours plus répressives.

On peut dire de cet essai qu’il s’agit presque d’un manuel, mettant à disposition des lecteurs et lectrices un arsenal d’arguments rhétoriques, politiques et juridiques pour contrecarrer des affirmations fallacieuses sur ce sujet, qui, à la faveur de la bataille culturelle gagnée par l’extrême droite, ont cessé d’être questionnées. De manière incisive, en s’appuyant à la fois sur l’analyse du discours, les chiffres et les études disponibles (dont certaines publiées par des organismes très officiels comme l’ONU, l’OCDE ou l’Assemblée nationale), c’est tout le discours migratoire de la forteresse Europe qui est ici déconstruit, pierre par pierre. L’essai est ainsi le résultat salutaire de l’analyse d’un philosophe et enseignant français, Pierre Tevanian, dont les écrits témoignent depuis plusieurs années de son engagement antiraciste, et de Jean-Charles Stevens, expert juriste belge, qui a travaillé pendant une dizaine d’années dans plusieurs associations de défense du droit des étrangers.

De qui parle-t-on ?

Comme Louis Witter (lire plus bas le compte-rendu de son livre La Battue), Tevanian et Stevens ont le souci du choix des termes, et adoptent pour désigner les étrangers arrivés sur le sol européen celui de « réfugié », et ce

quel que soit le statut légal des personnes concernées […], pour souligner le motif d’une bonne part des migrations : trouver un refuge, autrement dit une protection contre un péril, une menace, qu’elle soit « politique », « économique » ou (bien souvent) les deux ensembles.

Ce choix politique et le pendant de celui, implicite, de la phrase de l’ancien premier ministre socialiste : en usant de ce « on » ou de ce « nous » trop englobant, les détenteurs de l’autorité politique entraînent avec eux toute une société – française, belge, européenne -, pour l’opposer à un Autre réduit à n’être ni des personnes, ni des individualités fuyant la guerre, la répression, la précarité ou le dérèglement climatique, « mais simplement de « la misère » : une « misère » sans nom, sans sexe, sans visage », qui constituerait par son statut même de réfugié⸱e un fléau à garder loin de ses frontières. Ce faisant, c’est bel et bien une sentence xénophobe qu’il faut d’abord dénoncer et déconstruire en tant que telle.

Mais quelle est l’ampleur de cette « misère du monde » qui risque de dévaler sur le vieux continent, menaçant ainsi le bien-être et le vivre ensemble de ses populations ? Tevanian et Stevens reviennent aux chiffres pour montrer le décalage entre le discours politique catastrophiste et la réalité. Selon ceux du rapport du Haut-commissariat pour les Réfugiés de l’ONU paru en 20211 – et qui se confirment encore dans celui de juin 2023 -, ce sont les pays du Sud qui, à l’échelle mondiale, accueillent le plus grand nombre de réfugié⸱es. Ainsi, le top 10 des pays qui, jusqu’en 2020, comptent sur leur territoire le sixième des réfugiés du monde sont dans l’ordre : la Turquie, la Colombie, le Pakistan, l’Ouganda, l’Allemagne, le Soudan, le Liban, le Bengladesh, l’Éthiopie et l’Iran. Rien d’étonnant quand on sait qu’« une grande majorité des réfugié⸱es (73 %) est accueillie dans un pays voisin du pays d’origine », ce qui exclut de fait les pays européens. On est donc loin d’un « raz-de-marée » ou autres « appels d’air » sans cesse agités par des partis qui vont bien au-delà de l’extrême droite classique. Ce classement montre également que ce ne sont pas les pays les plus riches, qui « peuvent » pourtant « accueillir » les réfugié⸱es, qui portent l’essentiel du « fardeau ». Une capacité qui s’est d’ailleurs avérée de l’ordre du « possible » pour les réfugiés ukrainiens fuyant la guerre.

Entre répression et rentabilité

Mais que signifie déjà « accueillir » ? L’axiome implante dans les esprits de l’existence d’une politique de prise en charge qui comprend déjà tous les réfugié⸱es arrivé.es sur le sol français. Or, ce qui est mis sous silence dans cette dichotomie discursive de l’accueil et de la fermeture des frontières, c’est qu’il s’agit d’abord et avant tout de « laisser tranquille des gens qui arrivent dans ces pays, de ne pas les traquer comme des bandits, de ne pas les enfermer, de ne pas les expulser – de les laisser, déjà, « s’aider eux-mêmes » ». Pourquoi en effet s’acharner à empêcher par la loi ou par l’intervention de forces de l’ordre la solidarité avec les réfugié⸱es et leur intégration professionnelle dans le tissu social, si cet accueil dépasse de fait nos moyens économiques ?

À l’heure où la seule immigration acceptable pour la majorité présidentielle, comme le rappelle la tête de liste aux élections européennes Valérie Hayer, est celle qui concerne les « métiers sous tension », conditionnant la mobilité des individus à une valeur marchande de rentabilité, il n’est pas inutile de rappeler le coût abyssal des politiques migratoires répressives européennes, chiffrées par le sociologue Damien de Blic, comme le rappelle l’ouvrage, à plus de 700 millions d’euros annuels.

Le petit livret de poche de Tévanian et Stevens est un condensé sans fioritures. Chaque paragraphe vient torpiller des phrases répétées comme des mantras par des personnalités dont il devient de plus en plus difficile de distinguer la couleur politique, tant les éléments de langage de l’extrême droite, tabous il y a 20 ans, sont désormais adoptés par ceux-là mêmes qui prétendaient « faire barrage » contre la vague brune. Un essai à mettre entre toutes les mains, à la veille d’un risque de déferlante qui souillera le continent européen.

« zéro point de fixation »

Dans La Battue – L’État, la police et les étrangers, le photojournaliste Louis Witter met en évidence la chasse que subissent de manière continue les personnes exilées de Calais à Dunkerque. L’auteur explicite d’ailleurs le choix à contre-courant qu’il fait de ce terme, au détriment de celui de « migrants » : « Ce sont des hommes et des femmes qui ont quitté les leurs, qui se sont arrachés à leurs racines. En exil. »

Cette gestion policière porte le nom de « zéro point de fixation », dont le but est de dissuader les exilé⸱es de s’installer et de se regrouper. Depuis 2016 et le démantèlement du plus grand bidonville d’Europe — surnommé « la jungle » de Calais — par le ministre de l’intérieur du gouvernement socialiste, Bernard Cazeneuve, la stratégie des autorités est claire : les effets de la frontière franco-britannique doivent être invisibles. Aucun nouveau bidonville ne doit émerger.

Traques au petit matin, lacérations de tentes, confiscations des effets personnels, interdictions de distributions de nourriture et d’eau sont autant de stratégies mises en place pour assurer ce « zéro point de fixation ». C’est en documentant la régularité des expulsions — toutes les 48 heures — que l’auteur prouve que celles-ci sont le fruit d’une politique pensée et élaborée :

la stratégie du « zéro point de fixation » est entrée dans l’arsenal légitime des gouvernements successifs contre les exilés, de Ouistreham à Dunkerque en passant par Boulogne-sur-Mer et Calais. Son aspect méthodique et rituel a transformé cette stratégie en ligne politique tolérable et admise, du bureau du ministre de l’intérieur à Paris au fourgon de CRS mobilisé le matin »

Des choix qui n’en sont pas

Empêchés de traverser la Manche (la France sous-traitant la frontière du Royaume-Uni), mais interdits de rester : les autorités n’offrent ainsi comme possibilité à ces exilé⸱es que l’errance perpétuelle ou — volet « humanitaire » oblige — des « propositions d’hébergement, à destination de différentes villes », toutes situées hors de Calais, alors que la France n’a jamais été leur destination. « Humanité et fermeté » comme le martèle les différents politiques, de Bernard Cazeneuve à Gérald Darmanin. Mais Witter constate : « à l’échelle de Calais, 85 % des moyens sont alloués à la fermeté, 15 % seulement à l’humanité. »

À quelques kilomètres à peine du but, face à ces choix qui n’en sont pas, les exilé⸱es multiplient les risques pour atteindre les côtes britanniques. Depuis 2016 le nombre de décès s’est accentué. L’ouvrage commence avec les noms des 300 personnes qui ont perdu la vie à la frontière franco-britannique depuis 1999. Les années 2021-2022 comptabilisent à elles seules 30 de ces décès, dont 27 lors du terrible naufrage du 24 novembre 2021. Pour rappel, les investigations en 2022 sur les conditions de ce naufrage révèlent que les migrant⸱es ont appelé à l’aide à de nombreuses reprises, mais les secours français ont attendu qu’ils passent dans les eaux anglaises, sans leur envoyer de moyens de sauvetage.

En France comme en Europe

Si le « zéro point de fixation » est français, des stratégies semblables sont mises en place dans plusieurs pays de l’Union européenne (UE) ou frontaliers, comme le Maroc, la Tunisie ou la Libye, « pour tenter de contenir l’arrivée d’exilé⸱es sur leurs territoires ou leur éviter de passer vers d’autres territoires européens ». Une des similarités avec la frontière franco-britannique est celle de « l’usage de la police en principale réaction à des situations exceptionnelles, au détriment d’une réponse plus humanitaire ». Louis Witter constate : « la police vient d’abord, la loi ensuite ». La sous-traitance des frontières est aussi devenue une spécialité de l’UE, malgré « les dénonciations par les ONG des mauvais traitements infligés aux exilé⸱es aux portes de l’Europe ». Depuis 2019, le Maroc est devenu la première porte d’entrée vers l’Europe. Les subventions du vieux continent allouées au royaume pour empêcher l’immigration illégale sont en constante augmentation. Aux 270 millions d’euros déjà touchés par le Maroc depuis 2007, l’UE a accordé « 500 millions d’euros supplémentaires […] sur la période 2021-2027 », qui se rajoutent aux « 30 millions d’euros » de l’Espagne.

L’UE est aussi dotée d’une force européenne chargée de contrôler et réprimer les flux migratoires : l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, plus connue sous le nom de Frontex. Preuve d’un changement de paradigme concernant la politique migratoire, cette agence se nommait auparavant « Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures ». En 2015, avec l’afflux des réfugiés syriens et irakiens fuyant la guerre, ses mandats sont renforcés et ses pouvoirs élargis. Elle devient aussi une des agences les mieux dotées avec un budget alloué de près de 500 millions d’euros. Comme à Calais, la « fermeté » prime sur l’« humanité ». En 2022, un rapport confidentiel de l’Office européen de lutte contre la fraude faisant état de « graves manquements de la part de Frontex » fuite dans les médias : au lieu d’empêcher les pushbacks (le renvoi d’exilés en pleine mer) en mer Égée, l’agence les a non seulement dissimulés au Parlement européen, mais aussi soutenus. En effet, les avions de Frontex ont été peu à peu retirés du survol des eaux — pour ne pas avoir à intervenir en cas de refoulement —, et les embarcations de la marine grecque servant aux renvois ont été achetés avec des financements européens.

Si Fabrice Leggeri, ex-patron de Frontex, est poussé vers la sortie suite à ce scandale, l’agence va continuer à monter en puissance. D’ici à 2027, elle sera constituée de « 10 000 garde-côtes et gardes-frontières armés », contre 2 100 agents actuellement, et son budget annuel moyen devrait atteindre 900 millions d’euros. Quant à son ancien directeur, il est aujourd’hui en troisième position sur la liste du Rassemblement national pour les élections européennes. CQFD.

Des politiques mortifères

En 2019, Amnesty International déclarait dans un rapport que « les politiques migratoires européennes ont mis en danger la vie de milliers de personnes ». Le surinvestissement technologique — drones et capteurs de CO₂, par exemple —, l’utilisation massive de la police et les durcissements des politiques sur l’immigration dans les différents pays de l’Union, montrent surtout « l’incapacité des gouvernements à gérer [les frontières] autrement que par l’outil coercitif ». Au détriment des exilé⸱es, de l’État de droit, de la convention de 1951 sur le statut des réfugiés, de la Convention européenne des droits de l’homme, de notre humanité commune.

Face à ces politiques mortifères, l’ouvrage de Louis Witter rend hommage aux calaisien⸱nes, aux associations locales et plus largement à tous celles et ceux qui, à travers l’Europe, luttent pour faire respecter les droits et la dignité des personnes exilé⸱es.

Calais, ville symbole de ce que le pays peut faire de pire à sa frontière, mais aussi de ce que ses citoyens peuvent faire de meilleur. D’un côté, un État autoritaire et maltraitant, de l’autre, des milliers d’individus prêts à agir au quotidien pour aider des étrangers en demande d’un refuge

Epouvantail ( Orient 21 ) dans A gauche du PS

Sarra Grira

Journaliste, rédactrice en chef d’Orient XXI.

 dans Altermondialisme

Marine Bequet

Membre du comité éditorial d’Orient XXI.

https://orientxxi.info/

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07 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Arrêt sur Image

Arrêt sur Image dans Macronie
n°67 – 07/06/2024

Sur le gril

l’édito

« Chez ces gens-là, il y avait une sorte de fougue… Le désir d’une libération. » Ces « gens-là » ? Les héros du Débarquement en Normandie du 6 juin 1944, dont la France célèbre ces jours-ci le 80ème anniversaire. Plus précisément les 177 soldats du commando Kieffer, qui ont participé au Débarquement.

Mais ce 6 juin, sur CNews, l’éditorialiste Marc Menant souhaite rendre hommage à un soldat en particulier parmi ces 177 héros : Gwenn-Aël Bolloré, qui se trouve être – c’est sans doute un pur hasard – l’oncle de Vincent Bolloré, propriétaire de CNews.

Et Menant n’y va pas avec le dos de la cuiller : « Dans le cas de Gwenn-Aël Bolloré, ce qui est bouleversant, c’est que dès l’âge de 14 ans (…), dès qu’il a vu les Allemands s’emparer de Quimper sans qu’il y ait la moindre résistance, il a été offusqué. Ça ne correspondait pas à ses valeurs… Ça ne correspondait pas au sens de l’honneur qui l’avait toujours animé… »

Menant a bien révisé ses fiches et déroule tout le CV de Gwenn-Aël Bolloré, collégien à Paris obsédé par l’idée d’entrer en Résistance, qui supplie son cousin, déjà dans l’armée : « Mais comment rentrer, comment rentrer en contact avec les Résistants et gagner Londres ? »

Menant raconte si bien qu’à côté de lui en plateau, Pascal Praud ouvre des grands yeux et l’écoute attentivement. Quelle histoire inspirante que celle de Gwenn-Aël Bolloré, « un garçon qui a la chance d’avoir un cheval personnel pour ses loisirs » et qui va « le rendre pour acheter un bateau » et rejoindre l’Angleterre avec son cousin !

« Dix-sept ans et demi, le benjamin des commando », poursuit Marc Menant, qui décrit les « conditions épouvantables » de l’entraînement du commando Kieffer face à un Praud toujours fasciné. Au total, CNews vous propose presque six minutes d’hommage sur les ondes de la TNT, offertes par le neveu dudit Gwenn-Aël.

Et si vous en voulez encore, si le héros Gwenn-Aël vous fait autant rêver que Marc Menant, ça tombe bien ! Allumez Europe 1, la radio du groupe Bolloré et la merveilleuse aventure de Gwenn-Aël vous sera contée par Virginie Girod dans la matinale :  »Gwenn-Aël Bolloré regarde la mer….

Là, juste derrière la ligne d’horizon, il y a les côtes anglaises et la France Libre… Gwenn-Aël est encore un adolescent, mais avec son cousin Marc Thubé, un peu plus âgé que lui, il rêve de passer en Angleterre pour participer à la défense de son pays… »

La conteuse-radio du groupe Bolloré nous précise plus loin que « Gwenn-Aël vient d’une bonne famille ». Gwenn-Aël Bolloré et son cousin Marc Thubé, les héros de cette « bonne famille » Bolloré, sont pratiquement les seuls soldats – sur 177 du commando Kieffer – à mériter un hommage nominal sur Europe 1 pour les 80 ans du Débarquement.

Ni CNews, ni Europe 1, ne rappellent les liens familiaux de ce soldat avec leur actionnaire. Pas plus que le JDD, qui nous raconte le D-Day et choisit lui aussi (comme c’est étrange) de s’intéresser au destin de Gwenn-Aël :  »Le plus jeune, Gwenn-Aël Bolloré, engagé à 16 ans, racontera avec pudeur dans J’ai débarqué le 6 juin 1944 cette tragédie subie avec son cousin Marc Thubé. Le devoir ne se discute pas. » Ce que l’on suppose être la suggestion de Vincent Bolloré d’honorer son oncle dans tous ses médias non plus, apparemment.

Les trois médias passent aussi sous silence la suite de la vie de Gwenn-Aël Bolloré, disparu en 2001. Celui-ci s’est illustré notamment dans les années 1950-1960 comme président des éditions de la Table-ronde, et a notamment choisi de publier « un grand nombre d’ouvrages hostiles à la politique gaulliste en Algérie et favorables à l’OAS », organisation proche de l’extrême droite défendant la présence française en Algérie par tous les moyens, selon Wikipedia.

Des choix qui ont valu à l’oncle de Vincent Bolloré plusieurs poursuites pour « offense au chef de l’Etat ». Parmi les écrits d’auteurs assez peu compatibles avec les valeurs de la Résistance publiés par la maison d’édition de Gwenn-Aël Bolloré, on compte Jean-Louis Tixier-Vignancour, qui fut tout de même secrétaire général adjoint à l’Information de l’État français sous Vichy, et dont la campagne présidentielle en 1965 fut menée par un certain Jean-Marie Le Pen ; et Jean-Bastien Thiry, organisateur de l’attentat du Petit-Clamart, qui visait à assassiner le général de Gaulle en 1962. Et que vive la mémoire de la Résistance et des héros du Débarquement !

Pauline Bock

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04 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Sans eau et sans WC (Reporterre)

Enfermés, sans eau et sans WC : à Greendock et Amundi, le calvaire des militants écolos

Frappés, arrêtés, privés d’eau, de WC et de nourriture… Les mobilisations contre TotalEnergies et Greendock ont vu la police se lâcher sur les écologistes. Reporterre a recueilli leurs témoignages.

Enfermés, sans eau et sans WC : à Greendock et Amundi, le calvaire des militants écolos

« Le but, c’était de faire la fête », insiste Malo [*]. En ce vendredi 24 mai, une sono, des décors étaient prévus. L’objectif : dénoncer les investissements de TotalEnergies dans les énergies fossiles, à l’occasion de l’Assemblée générale de la multinationale. Le rendez-vous était fixé devant l’un de ses principaux actionnaires, la société de gestion d’actifs Amundi, dans le 15ᵉ arrondissement de Paris. Mais la mobilisation s’est transformée pour lui et ses camarades en journée infernale.

Selon les témoignages recueillis par Reporterre, environ 450 personnes [1] ont été nassées devant le siège de la multinationale, à partir de 11 h 15. Objectif pour la police : retrouver ceux qui, une heure plus tôt, avaient cassé une vitre et redécoré le hall d’entrée de l’immeuble Amundi avec de la peinture et des tags. Dans la bousculade, dix vigiles auraient été blessés, neuf transportés à l’hôpital, selon la police.

« J’ai soigné des personnes mordues au sang par les vigiles », indique un médic. En tout, 173 personnes ont été interpellées et placées en garde à vue. Cinquante d’entre elles ont dû rester jusqu’à presque minuit dans un bus où il faisait extrêmement chaud, sans possibilité d’aller aux toilettes, de manger, de voir un médecin et avec une quantité d’eau extrêmement limitée. Chez Extinction Rebellion (XR), qui organisait la mobilisation, on n’avait jamais vu autant de gardes à vue, des privations de liberté aussi longues et dans de telles circonstances.

Une ambiance qui a donné le ton du lendemain lors d’une autre mobilisation écologiste : entre 1 000 (selon la police) et 2 000 personnes (selon les manifestants) ont défilé le samedi 25 mai contre le projet d’entrepôt Greendock, à Gennevilliers. Selon les témoignages recueillis par Reporterre, un cortège détaché de la manifestation principale a été chargé par la BAC (Brigade anticriminalité), armée de LBD et de gaz lacrymogènes. Bilan : cinquante-neuf interpellations [2]. La police craignait que ce groupe aille mener des dégradations.

Alors qu’un rapporteur de l’ONU qualifie la France de « pire pays d’Europe concernant la répression policière des militants environnementaux », deux jours de suite, un très grand nombre d’interpellations et gardes à vues, parfois violentes et dégradantes, ont visé des manifestants écologistes. Reporterre a recueilli des témoignages de participants à ces deux journées.

Retenus sans explication

Le vendredi, devant Amundi, « c’est vers 11 h 15 qu’on a compris qu’on ne pouvait plus partir », se souvient Mat [*], membre de XR. « Les policiers nous donnaient très peu d’informations : pourquoi ils nous retenaient, est-ce qu’on allait être interpellés ? Ils voulaient faire des contrôles d’identité, on a refusé pour éviter le fichage. » Hadrien Goux est arrivé justement à ce moment-là. Salarié de l’association Bloom, qui a porté plainte contre TotalEnergies, il était accompagné de l’un des autres plaignants : Benjamin, Belge de 17 ans, non francophone.

Le jeune homme a failli mourir lors des inondations de 2021 en Wallonie et y a perdu Rosa, sa petite amie. Alors qu’ils ne pouvaient manifestement pas avoir participé aux dégradations, « personne ne nous a prévenus que si on entrait, on ne sortait pas », indique le responsable de campagne énergies fossiles. Ils ont enchaîné les entretiens avec la presse, et « on ne s’est rendu compte qu’on ne pouvait pas sortir que vers 13 ou 14 heures. »

Pendant ce temps-là, l’un des vigiles d’Amundi a commencé à désigner des manifestants dans la foule, rapportent les témoignages. Facile : une grande partie des personnes entrées dans le siège de l’entreprise le matin étaient à visage découvert. La police a commencé les interpellations. Certaines étaient violentes. Une candidate LFI aux européennes a été traînée au sol. Mat a vu « des coups au visage avec un gant coqué ».

Deux témoins nous rapportent qu’un homme a été agrippé par l’entrejambe. Léa Thieullant, elle, a été embarquée vers 15 heures. « J’ai été pointée du doigt, puis ils m’ont agrippée de manière violente pour me porter. J’ai encore la marque des doigts du policier sur le bras gauche. Le médecin de la police m’a mis un jour d’ITT (Incapacité temporaire totale). »

Refuser de signer les PV

Hadrien Goux a filmé un homme à terre, manifestement en hyperventilation. « La police a fini par le jeter tel quel dans le bus », dit-il. Lui s’est retrouvé dans le même bus quelques minutes plus tard, pour ne pas laisser seul face à la police le jeune Benjamin, « sur lequel trois policiers ont fondu ». Les deux, partis en garde à vue, ont été libérés le soir même pour vice de forme.

« Ils m’ont quand même demandé de signer un PV sur lequel était inscrit “rassemblement en vue de commettre des dégradations et violences” et “terrorisme” », se souvient le salarié de Bloom. « Bien entendu, j’ai refusé ! » En tout, selon XR, seuls deux manifestants ont été déférés au tribunal et risquent des poursuites.

Pendant ce temps, à 15 h 15, les manifestants dans la nasse ne savaient toujours pas pourquoi ils étaient privés de liberté. La police semblait débordée par le nombre de personnes à interpeller. « Il y avait des juristes dans la foule, donc on savait que la privation de liberté au bout de quatre heures devient illégale », dit Mat. « Les gens sont sous le cagnard depuis plusieurs heures, ont faim, soif, ont besoin de sanitaires… »

Un coin pipi a été improvisé avec une bâche. Les élus — l’eurodéputée Manon Aubry, la députée Sandrine Rousseau — se relayaient et permettaient un ravitaillement. Arrivé dans l’après-midi, le député Éric Coquerel a demandé le statut des personnes nassées. « Le préfet m’a répondu par texto qu’elles étaient interpellées et que vu les violences du matin, elles allaient tous au commissariat. »

Certaines personnes ont été emmenées dans les fourgons classiques de la police. Et vers 17 heures, un nouveau bus a commencé à être rempli. Neo [*] faisait partie de ceux qui y sont montés. « Des policiers m’ont demandé de venir, je n’ai pas résisté », se souvient-il. Après un contrôle d’identité, il y est entré. Entre ces quatre parois de métal, « tout de suite il faisait très chaud. » Cela faisait déjà six heures que les personnes étaient dans la nasse. « On avait tous un peu faim, soif, envie de pisser. » En tout, cinquante personnes ont été embarquées, sans que leurs droits ou leur statut ne leur soient notifiés. Zénon [*], autre passager, se rappelle : « J’ai demandé en montant si on était en garde à vue, ils m’ont dit non. »

Un litre et demi d’eau pour un bus entier

Le bus a mis du temps à partir. « Il y a eu au moins une dizaine de coups de frein très violents avant qu’il ne parte », se souvient Malo. Puis a commencé une traversée de Paris et du périphérique à toute allure. « Une majorité de gens étaient debout car il y avait peu de places assises, c’était très dangereux », dit Neo.

« Déjà il y a eu de premiers signes de malaise, un vieux monsieur en face de moi était blanc comme un linge. On a demandé de l’eau, ils nous ont donné une bouteille d’un litre et demi pour tous », raconte Zénon. Après un premier stop, le bus atterrit devant le commissariat de Bobigny peu après 19 heures. Les passagers étaient soit très blancs, soit très rouges. Certains étaient au bord du malaise. Un policier a consenti à remplir quelques gourdes. La porte avant a été ouverte pour laisser entrer un peu d’air.

« On demande à aller aux toilettes, on nous dit non »

« On a demandé à aller aux toilettes, on nous a dit non mais les gens n’en pouvaient plus. Alors les policiers nous ont désigné un trou à l’arrière », dit Malo. Les urines s’évacuaient mal, très vite une forte odeur est monté. La situation semblait de plus en plus absurde alors qu’au même moment, vers 19 h 15, la nasse devant l’immeuble Amundi était finalement levée, près de huit heures après son début. Les manifestants sont repartis sans même avoir à subir un contrôle d’identité.

Mais pas question de relâcher les passagers du bus. « Une personne avait le poignet enflé, on suspectait une fracture. Ils lui ont refusé le médecin », se rappelle Neo. Il a l’impression que la situation amusait leurs geôliers. « Ils passaient, faisaient “coucou” et riaient. » Le jeune homme, parfois sujet à des crises d’angoisse, a fini par faire une attaque de panique. Il était allongé dans le bus, une codétenue lui tenait la main, le faisait respirer.

« J’avais besoin de manger quelque chose, les policiers ont refusé. Aussi que je prenne du Xanax, que j’avais sur moi. » Il fait partie des premiers à être sortis du bus… La nuit commençait à tomber, il était donc entre 21 h 30 et 22 heures. Par tout petits groupes, les manifestants ont été répartis dans différents commissariats pour être mis en garde à vue.

Enfermés six heures dans un bus

En parallèle, dans la nuit, Éric Coquerel s’est plaint auprès du préfet de la situation : « Il m’a répondu que les gens n’y étaient plus ! » Une de ses collègues, la députée Sarah Legrain, s’est rendue sur place. Il faisait nuit noire. Elle a exercé son droit de visite dans le bus, plus d’une trentaine de personnes s’y trouvaient encore, depuis bientôt six heures. Il a enfin été permis aux passagers d’aller aux toilettes. « On m’explique qu’a été dressé un PV de circonstances insurmontables pour justifier que ces personnes ne soient pas encore en garde à vue », a-t-elle dit en sortant.

Les dernières personnes sont sorties du bus vers minuit, et se sont donc vu notifier leur garde à vue environ douze heures après que la privation de liberté ait commencé. Répartis dans différents commissariats, ils ont enfin été libérés le lendemain.

Mais les commissariats d’Île-de-France n’ont pas tardé à être à nouveau remplis. Dès le samedi, une manifestation contre le projet d’entrepôt Greendock, coordonnée par les Soulèvements de la Terre, a elle aussi eu droit à l’intervention des forces de police. Ces dernières sont restées calmes jusque vers 16 heures, quand une partie du cortège s’est détachée. Une grille est démontée pour entrer dans un parc voisin. Objectif selon les Soulèvements de la Terre, faire « une balade surprise par le grand parc des Chanteraines pour aller découvrir les zones logistiques de Gennevilliers ».

La police a dit craindre immédiatement que ce groupe aille commettre des dégradations. Certains manifestants étaient masqués, beaucoup ne l’étaient pas. Comme Émilie [*], venue avec seulement ses lunettes de soleil et son téléphone, dépassée par la situation. « Tout d’un coup, il n’y a pas eu une dégradation, pas un caillou, pas une provocation, des policiers ont commencé à nous charger avec un LBD. Ils visaient les manifestants », raconte-t-elle. Elle assure n’avoir entendu aucune sommation. Les militants ont reconnu la BAC — Brigade anticriminalité.

« J’ai craché du sang »

« Ils étaient en mode cow-boys, l’un d’eux a dégoupillé lacrymo sur lacrymo », poursuit-elle. Un groupe de manifestants s’est retrouvé pris dans un épais nuage de gaz. « Je voyais à peine mes mains », nous raconte Sandrine [*]. « Certains ont vomi », ajoute Galad [*]. « J’ai craché du sang », dit Émilie. Quand le nuage s’est dissipé, la police a interpellé des personnes, les alignant le long des murs des maisons de la rue pavillonnaire. Très vite, il a été demandé aux personnes arrêtées de s’allonger, mains dans le dos.

Une vidéo montre des personnes à terre frappées par les agents. Notre photographe sur place a pu immortaliser un policier pointer avec un LBD la tête d’un manifestant à terre puis le maintenir au sol genou sur le cou. « Il y avait un excès de zèle », estime un autre témoin de la scène.

Cinquante-huit personnes (selon la police) ou cinquante-neuf (selon le parquet) ont été arrêtées et emmenées dans différents commissariats. L’une d’entre elles, un médic, a été emmenée à l’hôpital. Tout comme la veille lors de l’action Amundi, les policiers ont sous-entendu auprès de plusieurs militants que s’ils ne faisaient pas appel à un avocat, ils sortiraient plus vite. « Finalement, c’est la copine qui y a renoncé qui est sortie la dernière », observe Émilie.

Coup de pression en vue des JO

Ils sont accusés d’« attroupement en vue de commettre des dégradations ». La majorité des militants sont sortis de garde à vue le lendemain. D’après Le Parisien, qui cite le parquet de Nanterre, cinquante dossiers sur les cinquante-neuf ont été classés sans suite.

Autant de « coups de pression pour décourager, freiner le militantisme », estime Émilie. Plusieurs gardés à vue lors des deux événements se sont aussi vu délivrer un message de la part des policiers : ceci est un avertissement, tenez-vous tranquille pendant les Jeux olympiques, car la répression pourrait être alors bien plus sévère.

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28 mai 2024 ~ 0 Commentaire

GLOMEL (Reporterre)

GLOMEL (Reporterre) dans Altermondialisme 2024_05_imerys_glomel_1_

Le site d’Imerys à Glomel. © Louise Allain / Reporterre
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En Bretagne, une mine d’Imerys accapare et pollue la ressource en eau

Glomel (Côtes-d’Armor), reportage

La multinationale française Imerys souhaite ouvrir une nouvelle fosse d’extraction dans sa mine à ciel ouvert, située à Glomel, en Bretagne. Plusieurs associations dénoncent des conséquences majeures sur l’eau.

« Regardez ce qu’Imerys a fait du périmètre de protection de notre captage d’eau potable », commente Jean-Yves Jégo, conseiller municipal de Glomel et membre de l’association Douar Beo (« Terre vivante »). Il faut dire que la vue est spectaculaire. Au milieu des champs, nous contemplons la « fosse n°3 », un trou large comme 30 terrains de football et profond comme 5 immeubles haussmanniens superposés. On y extrait de l’andalousite, un minéral résistant aux très hautes températures utilisé pour produire des fours, des têtes de missiles ou des blocs moteurs de camions. Imerys prévoit de creuser bientôt une nouvelle fosse, la quatrième, comme celle-ci : « Incompatible avec la préservation de l’eau ! » dénoncent une partie des riverains et les associations.

« Nous sommes ici sur le château d’eau de la région, en tête de deux bassins versants, indique Dominique Williams, de l’association Eaux et Rivières, celui de l’Ellé, qui se jette dans l’océan à Quimperlé, et celui du Blavet, qui coule jusqu’à Lorient. » Ces têtes de bassins sont formées de ce que les hydrologues appellent un « chevelu », à l’image des innombrables petits traits qui les représentent sur une carte : les petits ruisseaux qui font les grandes rivières. Ce sont les sites à préserver en priorité pour protéger les nappes phréatiques et les captages d’eau en aval. Cette sensibilité est plus forte encore en Bretagne, qui « dispose de très peu de ressources en eau souterraine et dépend des eaux de surface pour son alimentation », ajoute Dominique Williams.

« Imerys ne maîtrise pas les impacts de cette mine »

Exploitée depuis les années 1970, la mine de Glomel, 1 300 habitants, est longtemps passée inaperçue — peut-être parce qu’elle n’est, du point de vue de l’administration, qu’une carrière [1]. Pourtant, son fonctionnement est celui d’une mine : le minerai contenant 15 % d’andalousite est acheminé vers l’usine toute proche où il est concassé, broyé et concentré dans des bains d’acide sulfurique et autres réactifs. Sa transformation produit chaque année plus de 1 million de tonnes de déchets boueux ou solides, ces derniers formant, tout autour de nous, ces collines grises de 300 mètres de haut.

Pour creuser il y a trente ans cette troisième fosse dans la zone de protection d’un captage d’eau, Imerys avait bénéficié d’un miracle : une dérogation de la préfecture. Et ce, malgré un risque de pollution connu, puisque la roche excavée ici contient de la pyrite : au contact de l’eau, elle génère un jus acide qui draine des polluants métalliques. En 2004, la cour d’appel de Nantes saisie par un agriculteur a annulé cette dérogation : le périmètre de protection devait être remis en état. Mais quand ? Contacté par Reporterre, Thomas Louvet, responsable projets miniers chez Imerys Glomel, indique que la réhabilitation est bien prévue, mais « en fin d’exploitation, entre 2040 et 2045 ».

« Force est de constater qu’Imerys ne maîtrise pas les impacts de cette mine, affirme Armelle Renault, ingénieure agronome vivant à moins de 1 kilomètre du site qui participe depuis deux ans à un groupe de veille citoyenne sur la mine. On a découvert par hasard que l’un des piézomètres, appareil qui mesure les niveaux d’eau et leur composition, avait détecté des concentrations de métaux très anormales dans les eaux souterraines. » Sur la plaquette imprimée en couleurs qui justifie l’ouverture de la fosse n°4, Imerys assure n’avoir « aucun impact sur les eaux souterraines et superficielles ».

Pourtant, interrogée par Reporterre, l’entreprise a admis l’existence de ce problème de concentration de métaux. Elle y répondra « par la pose de quatre nouveaux piézomètres », mais « n’en connaît pas la cause ». L’appareil de mesure se trouve au pied d’une montagne de déchets miniers (la « verse Roscoat »), juste à côté du précédent site d’extraction (la fosse n°2) désormais utilisé par Imerys pour déverser ses déchets liquides. Sous ses allures de lac de montagne, il reçoit en continu les boues de traitement de l’usine d’andalousite, contenant des taux très élevés de métaux cancérigènes comme le cadmium et le cobalt. Résultat : la fosse n°2 est un lac d’eau acide et de déchets toxiques qui peuvent s’infiltrer dans les eaux souterraines.

Des volumes d’eau immenses

Derrière le conflit autour de la mine de Glomel, se cache l’eau nécessaire à son activité. La consommation est dissimulée et minimisée par Imerys depuis des décennies. « À cette question, on obtient toujours des réponses partielles et embrouillées, raconte Armelle Renault. En réunion de comité de suivi, le représentant de l’entreprise a expliqué que la mine ne consommait que 6 000 m3 d’eau pris sur le réseau. » En réalité, c’est le volume nécessaire pour les usages sanitaires et le réfectoire pour la centaine d’employés du site. Dans ses études d’impact, Imerys écrit qu’« il n’est pas effectué de prélèvement d’eau dans le milieu naturel pour alimenter les installations du site » et que son usine « fonctionne en circuit fermé ».

Pour y voir plus clair, Reporterre a demandé par écrit à Imerys quelle était la consommation d’eau annuelle du site de Glomel. La réponse fut tout autre, et encore plus mystérieuse : « La consommation du site correspond aux pertes par évaporation estimées à environ 100 000 m3/an. »

Il faut éplucher les 2 900 pages du dossier d’enquête publique pour comprendre les véritables besoins en eau du site. L’usine nécessite à elle seule 1,9 million de m³ par an, ce qui équivaut à la consommation d’une ville de 35 000 habitants. Et comme son « circuit fermé » ne recycle que 57 % de l’eau, il faut y injecter chaque année au moins 800 000 m³. Pour ce faire, Imerys pompe directement dans la nappe phréatique (l’exhaure) et collecte toutes les eaux de ruissellement sur plus de 250 hectares. Chaque année, elle dispose ainsi gratuitement d’une gigantesque réserve de plus de 3 millions de m³, l’équivalent de plusieurs mégabassines prélevées au détriment des zones humides, des tourbières et des nappes souterraines.

« On est en contentieux quasi-permanent avec Imerys depuis quinze ans »

« Le comble, c’est qu’Imerys se vante en disant que c’est grâce à la mine qu’il y a assez d’eau en été dans les rivières, s’insurge Jean-Yves Jégo. C’est le monde à l’envers ! » En effet, le site rejette chaque année plus de 1 million de m³ d’eaux industrielles. De ce fait, l’entreprise se flatte d’avoir un « impact positif puisque les volumes rejetés constituent une bonne partie du débit et de la qualité de ce cours d’eau et un important soutien en période d’étiage ». Selon Jean-Yves Jégo, « si Imerys adapte ses rejets d’eau au niveau des rivières en été, c’est avant tout pour diluer ses propres pollutions et les maintenir sous un seuil acceptable ».

En aval de la mine se trouvent deux stations de pompage d’eau potable gérées par Eau du Morbihan, et Imerys a les plus grandes difficultés à transformer ses eaux industrielles acides et chargées en métaux en eau brute destinée à la consommation humaine. Elles passent dans deux stations de traitement, puis dans une nouvelle usine mise en service en avril dernier par Imerys, « moyennant 6 millions d’euros d’investissement » pour réduire la pollution au manganèse, mais leur teneur en sulfates reste sept fois supérieure aux valeurs seuil.

« On est en contentieux quasi-permanent avec Imerys depuis quinze ans, résume Dominique Williams, de l’association Eaux et Rivières de Bretagne. Imerys bénéficie d’une bienveillance effarante de la part des services de l’État, qui lui délivrent des arrêtés préfectoraux manifestement contraires à l’intérêt général. »

En 2015, le tribunal administratif de Rennes a annulé un arrêté, jugeant qu’Imerys avait minoré les conséquences de son activité sur les zones humides et Natura 2000 situées à proximité en produisant « une étude d’impact entachée d’une insuffisance qui a nui à l’information tant de l’autorité administrative que du public ». En 2018, Imerys a été condamnée par le tribunal correctionnel de Saint-Brieuc pour un déversement sauvage d’eaux chargées de métaux dans un affluent de l’Ellé, constaté en 2013 par des inspecteurs de l’environnement.

L’Autorité environnementale dira avant l’été si elle autorise l’ouverture d’une quatrième fosse. Le 15 avril dernier, dans la salle des fêtes de Glomel, 150 personnes étaient présentes à l’occasion du lancement de la coalition contre le projet ; elle réunit huit associations. « Année après année, les gens ont vu la mine s’étendre, analyse Camille, la trentaine, membre du collectif Bascule Argoat. Le fait qu’elle passe désormais de l’autre côté de la route a été un choc. On n’imaginait pas les répercussions que ça aurait sur l’environnement. Imerys présente tellement bien ! Ceux qui se font avoir, maintenant, ce sont les habitants de l’Allier, avec le projet de mine de lithium. Notre expérience doit servir d’exemple. »

Celia Izoard  28 mai 2024

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23 mai 2024 ~ 0 Commentaire

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