Archive | Médias, culture

23 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

traon bihan (fr3)

Ferme de Traon Bihan à Brest : un épilogue au goût amer

Un couple d’agriculteurs, à Brest, se bat depuis des mois pour tenter de sauver une partie des terres de leur ferme biologique, menacée par le projet de construction d’un éco-quartier. Un accord vient d’être trouvé avec la ville, mais qui ne les satisfait pas réellement.

Valérie Lazénnec et Philippe Nicol, qui se battaient depuis des mois, vont devoir se séparer d’une partie de leurs terres, 15 hectares sur les 65 qu’ils exploitent en agriculture biologique. Ces parcelles serviront à la création d’un éco-quartier et d’une extension d’une zone artisa-nale. En compensation, la ville leur propose 7 hectares, mais non convertis au bio. C’est l’objet de l’accord, signé jeudi dernier. Un accord qui laisse sceptique le couple d’exploitants et les riverains qui les soutiennent.

Des questions sur la politique foncière et les modes d’habitat en ville

Le collectif interroge en effet la politique urbaine de la ville et souhaiterait lancer un débat sur les modes d’habitat. Les élus rappellent de leur côté, les efforts faits en matière de renou-vellement urbain et expliquent qu’il leur faut répondre à la demande.

Un bail rural proposé au couple d’exploitants

Un bail rural sera proposé aux exploitants, un cadre sécurisant d’après la ville. Le couple, qui n’est en effet pas propriétaire des terres, exploitées pourtant par leur famille depuis cinq générations, espère que la pérennité de leur ferme ne sera pas remise en question.

Krystell Veillard 22/09/2018

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

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21 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

shéhérazade (npa)

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Le film Shéhérazade (en salle depuis le 5 septembre) a reçu le Valois de Diamant, la plus haute récompense, la «palme d’or» angoumoisine.

Si l’été 2018 a été catastrophique du point de vue de la fréquentation des salles pour le cinéma français, la onzième édition du Festival du film francophone d’Angoulême a rencontré fin août un grand succès public avec plus de 40 000 entrées.

Surtout, on y a vu des films avec un fort sens social ou politique tels le Poulain de l’auteur de BD Mathieu Sapin (sortie prévue le 19 septembre) ou Tout ce qu’il me reste de la révolution, de Judith Davis (sortie prévue en janvier 2019).

Une œuvre forte et généreuse

Certains ont pu dire ou écrire : « Encore un film sur Marseille, sa jeunesse paumée et délin-quante, ses quartiers difficiles, ses trafics, sa violence ». C’est vrai qu’il y a tout ça dans ce film, où les acteurEs ne sont pas des professionnelEs, mais des jeunes issus des quartiers et ayant connu les problèmes abordés par le scénario (délinquance, foyer, prison, prostitution). Ils s’expriment dans un langage métissé d’argot français et arabe, où le Coran est évoqué comme un mot de passe vidé de son sens et répété sans cesse.

Pourtant il ne s’agit pas d’un documentaire mais d’un grand film, sensible, sur le respect des femmes et sur l’amour en milieu hostile.

L’histoire nous plonge en effet dans un milieu machiste où une « prostituée » ne peut être qu’un objet de domination et de mépris, avec qui tout est permis, même le viol. Mais pas le respect et l’amour.

Zac, 17 ans, sort de prison et rencontre Shéhérazade, 16 ans. Elle se prostitue et partage une chambre avec un transsexuel. Le couple Zac-Shéhérazade se forme à l’aveuglette. Elle se refuse d’abord à lui, et lui vole même sa barrette de shit. Il la retrouve. Les deux adolescents s’expliquent et, peu à peu, se forme un couple. Elle se vend, il surveille ses clients, encaisse l’argent. L’amour gagne du terrain et fait son œuvre.

Ils redécouvrent ensemble l’espoir, leur jeunesse volée. La situation devient insupportable et leur entourage mafieux veut casser le couple. Pour s’en sortir et espérer voir la lumière, Zac va devoir briser les codes. Ceux de la « famille », de la mère adorée comme ceux du milieu. Dès lors, avec la montée des périls, commence un polar violent et réaliste où chacun va devoir choisir son camp. À ce titre, la scène du tribunal ne laisse en rien prévoir l’attitude finale des protagonistes et du prix à payer.

Jean-Bernard Marlin, le réalisateur, a construit une œuvre forte et généreuse, qui parvient à nous faire rêver et à nous amener loin de la misère, pourtant le sujet du film. Un petit exploit cinématographique !

Sylvain Chardon

https://npa2009.org/

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19 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

loi bichet (npa)

tonnerre de brest 1

Réforme de la loi Bichet : un enjeu démocratique pour la presse en France

Il n’y avait pas de quotidiens nationaux dans les kiosques jeudi 13 septembre. En cause : la « réforme » programmée de la loi Bichet de 1947 sur la distribution de la presse en France qui devrait se faire sur la base du rapport Schwartz, remis fin juillet à la  ministre de la Culture Françoise Nyssen et à Bruno Le Maire, ministre de l’Économie. 

Marc Schwartz est un haut fonctionnaire, ancien directeur de cabinet de Françoise Nyssen au ministère de la Culture.

Il est celui qui a conclu un accord entre Google et la presse française avec le succès que l’on connait. Avec un rapport supposé faire des propositions pour moderniser la diffusion, on s’achemine vers un plan de libéralisation du secteur de la distribution, fragilisant un peu plus encore la presse en France, de nombreux titres se retrouvant sous la menace de ne plus pouvoir faire face aux coûts de distribution.

Liberté, solidarité, égalité

La loi Bichet (loi issue du programme du Conseil de la résistance) était fondée sur trois grands principes : la liberté (quiconque peut en France créer un journal), la solidarité (le système coopératif permet de mutualiser les coûts de distribution), l’égalité de traitement (la presse est diffusée de façon équitable sur l’ensemble du territoire).

Avec la réforme annoncée, il n’y aurait plus d’obligation pour les titres de passer par une coopérative existante (il en existe deux aujourd’hui : Presstalis et les Messageries lyonnaises de presse), mais d’organiser de nouvelles messageries afin de réaliser des groupages. Cela ressemble à l’ancien système pensez-vous ? Eh bien pas vraiment, dans la mesure où les règles qui avaient cours jusque-là seraient changées, puisque ce serait les éditeurs qui fixeraient seuls leurs barèmes et non plus la coopérative où un éditeur, quel que soit son poids économique, vaut, démocratiquement, une voix.

Là où la loi Bichet était protectrice pour les titres les moins riches, ils se retrouveraient alors à la merci des plus gros : clap de fin du système de mutualisation.

On peut légitimement penser que les titres ne seraient plus traités de façon égalitaire mais que chacun verrait son existence sur le territoire tributaire de ce qu’il serait prêt à débourser. Une pierre de plus dans le traitement inégalitaire des territoires : certains journaux ne pourraient plus exister dans de petites zones rurales où le coût de transport est plus important.

Si le système de distribution est déjà bien imparfait, les mouvements en cours ne feront que l’aggraver, faisant du journal un objet pour les zones urbaines denses et s’adressant à une population au pouvoir d’achat conséquent.

Vers l’uberisation ? 

Pourtant, la presse papier, même si beaucoup l’enterrent déjà, reste un outil indispensable dans la diffusion de l’information palpable et des idées (ce sont plus d’un million d’exemplaires qui sont distribués chaque jour pour les titres les plus importants (le Monde, Aujourd’hui en France, la Croix, le Figaro, Libération, l’Humanité) ; demain un titre comme l’Anticapitaliste sera peut-être juste relayé au centre des plus grandes villes, pour les kiosques qui survivent encore à ce jour.

Et bien entendu ces nouvelles organisations entraineront dans leur sillon la remise à plat des statuts des salariéEs opérant dans la filière…

Tout cela semble laisser entrevoir une « uberisation » de la presse française et pose une question de fond démocratique sur la liberté d’information, la presse devenant une marchan-dise comme une autre. Sera-t-elle demain distribuée par Chronopost ou livrée par Amazon ?

Les ouvriers du Livre ont donc fait grève jeudi 13 septembre à l’appel du SGLCE-CGT 1, et se sont rendus à près de 300 devant le Conseil d’État (avec le SNJ-CGT 2 et le SIPC-CGT 3), où une délégation à été reçue. Le gouvernement, qui n’entend rien négocier ni sur ce sujet ni sur les autres, devra malgré tout entendre la colère de la profession qui est plus que jamais mobilisée contre un projet de régression d’ampleur.

Correspondant

1 – Syndicat général du livre et de la communication écrite, regroupant le pré-presse, la maintenance, l’expédition, la distribution et les entreprises de Labeur.

2 – Syndicat national des journalistes.

3 – Syndicat des imprimeries de presse et de la communication.

Mercredi 19 septembre 2018

https://npa2009.org/

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19 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

profs (le huffington post + révolution permanente + cgt)

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17 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

philippe poutou (bfm)

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17 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

évaluations (france info + huff’)

evaluat

« C’est aberrant !  » : les nouvelles évaluations en CP et CE1 font polémique

Les évaluations vont se multiplier à l’école primaire. Le ministre de l’Éducation nationale en a prévu une au CP et en CE1, mais le syndicat majoritaire chez les enseignants réclame un moratoire.

C’est l’une des grandes nouveautés de cette rentrée scolaire : la multiplication des évaluations. Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation, en a déjà annoncé deux, une pour les écoliers de CP, l’autre pour les élèves de CE1. Mais le SNUIPP, premier syndicat d’enseignants du primaire, demande un moratoire au ministère. En attendant, il appelle les professeurs des écoles à ne pas faire remonter les résultats dans l’immédiat.

Des exercices inadaptés selon le SNUIPP

Ces tests d’envergure nationale sont destinés à mieux connaître le niveau des élèves, selon le ministre de l’Éducation nationale. Mais d’après Rachel Schneider, secrétaire départementale du SNUIPP en Seine-Saint-Denis, certains exercices sont inadaptés, et sont même un piège pour les enfants.

Quand on vous présente pour les CP un tableau avec 24 groupes de lettres à comparer en deux minutes, c’est aberrant pour des élèves qui arrivent de maternelle !Rachel Schneider, secrétaire départementale du SNUIPPà franceinfo

Pour les CE1, l’exercice n’est pas plus simple assure Rachel Schneider. « Il y a une feuille où sont rassemblés 60 rectangles où ils doivent comparer les nombres et barrer le plus grand, et les élèves ont une minute pour faire le travail ! »  souligne la secrétaire départementale du  SNUIPP, qui cite un autre exemple : un texte destiné au CE1 qui comprend les mots « glande pinéale » et « mélatonine ».

Le ministère se défend 

Selon Stanislas De Haene, qui préside le conseil scientifique de l’éducation nationale, il n’y a aucune intention de piéger, de noter, ou encore de classer les élèves selon lui. « Le but essen-tiel de ces évaluations c’est de prévenir les difficultés d’apprentissage en lecture et en mathématique », explique-t-il.  Ce n’est pas du tout un examen. Il ne s’agit pas de mesurer des compétences qui seraient censées être acquises par tousStanislas De Haene à franceinfo

Pour le ministère de l’Éducation nationale, ces résultats permettront de détecter plus vite les difficultés pour aider les professeurs des écoles à adapter leur enseignement.

 Thomas Pontillo Alexis Morel 17/09/2018
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16 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

olivier besancenot (lci + 2)

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Olivier est à 3′

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16 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

ouest france / rfi (fr3 + les inrocks)

Ouest-France: l’intersyndicale appelle à la grève contre un projet de réorganisation

L’intersyndicale d’Ouest-France lance, pour lundi 17 septembre, un appel à la grève à l’ensemble des salariés du premier quotidien de France pour protester contre un projet de réorganisation. La direction a annoncé, jeudi, la suppression de 56 postes, notamment dans le Finistère. « A Ouest-France, la grève n’est pas quelque chose d’habituel (…) mais là, on a vraiment l »impression de vivre un tournant« , comment Alain Guyot de l’intersyndicale d’Ouest-France.

Faire renoncer la direction

Dans un communiqué publié vendredi, au lendemain de l’annonce par la direction du quotidien de la suppression de 56 postes, les syndicats SNJ, CFDT et CGT lancent un appel à la grève à l’ensemble des salariés pour lundi 17 septembre. L’objectif est de  »faire comprendre à nos dirigeants qu’il faut absolument qu’ils ne persistent pas dans cette voie« , explique l’intersyndicale.

Des opérations « coups de poing »

« En solidarité avec leurs confrères et consoeurs« , les syndicats SNJ et SUD du Courrier de l’Ouest, du Maine Libre et de Presse-Océan ont eux aussi appelé à la grève lundi et à organiser des opérations « coups de poing« .

Lundi: ouverture des négociations ?

Une réunion de négociation doit se tenir lundi avec la direction. « L’intersyndicale se présentera au rendez-vous mais pour (…) dire qu’il n’est pas envisageable de mettre en oeuvre un projet que nous estimons dangereux pour le journal« , précisent encore les syndicats dans leur communiqué. Selon Alain Guyot, le projet présenté, jeudi, par la direction est délétère pour « un journal local [qui] a sû en soixante-dix ans (…) s’ancrer sur des terrains y compris où Ouest-France est minoritaire« .

Dès jeudi et l’annonce du projet de réorganisation, des mouvements de grève spontanés ont été lancés, notamment dans les départements concernés par les suppressions de postes. Vendredi, « les collègues du Calvados se sont mis en grève à près de 80%. Idem dans la Manche où la grève se poursuit d’ailleurs, ce week-end. » Dans son projet de réorganisation, la direction prévoit de supprimer neuf postes dans le Finistère, cinq rédactions des Pays de La Loire sont également appelées à disparaître (Angers, Le Mans, Cholet, La Flèche et Sablé-sur-Sarthe).

Hélène Pédech 14/09/2018

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15 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

raï (le monde diplomatique)

Le raï, de l’euphorie au désenchantement

Né à Oran, ville fêtarde et transgressive, le raï, qui concentre toute la vitalité réprimée de la jeunesse algérienne

Il franchit pour de bon la Méditerranée et conquiert toute la planète au début des années  1990. Mais, entre la montée de l’extrême droite en France et la « décennie sanglante » que connaît l’Algérie, l’enthousiasme sera de courte durée…

Dominée à l’ouest par la montagne pelée de l’Aïdour, avec un pied dans une baie magnifique et un autre dans le profond ravin d’un oued depuis longtemps desséché et recouvert par des immeubles, Oran est certainement la ville la plus européenne d’Algérie.

Et cela, en dépit de sa casbah, de son sanctuaire édifié en 1793 et dédié à Sidi El-Houari, saint patron de la ville, souvent louangé dans la chanson raï, et de sa mosquée du Pacha, bâtie au 18è  siècle à la mémoire des expulsés d’Espagne en 1492. C’est bien le moins quand on sait que la cité, anciennement connue sous le nom berbère d’Ifri (« la caverne »), a été fondée en 903 sous le nom de Wahrane (« les lions », en berbère) par des marins andalous.

Mais ce qui saute le plus aux yeux, ce sont les sites chrétiens, dont beaucoup ont été légués par les Espagnols qui, dès le début du 17è siècle, occupent la cité et y demeurent durant deux siècles. Citons l’église Saint-Louis, la cathédrale du Sacré-Cœur ou la chapelle de la Vierge. Bref, la ville est riche d’influences hispaniques, andalouses, turques, arabo-berbères et françaises.

Ce cosmopolitisme a forgé son caractère le plus souvent enjoué.

A Oran, on a toujours eu l’habitude de veiller, et cela continue encore et encore. Les prome-nades sur le boulevard de l’ALN (ex-Front de mer) sont interminables et ne lassent pas, les yeux braqués sur le port. Plus tard, certains se dirigent vers le Théâtre de verdure, rebaptisé Cheb-Hasni, du nom du créateur du raï love, assassiné le 29 septembre 1994. D’autres inves-tissent les restaurants, avant d’aller se défouler sur la piste de danse d’un des nombreux clubs ayant pignon sur corniche. Les plus fameux ont pour nom Le Florida et Le Dauphin, et leur nombre a augmenté ces dernières années, bien qu’Oran ait été, à un moment, touchée à son tour par des actes de violence. Les cabarets, où ont débuté Khaled, Cheb Mami, Fadela et Sahraoui, demeurent l’habitat naturel du raï et constituent un incroyable vivier de talents.

Il ne faut pas croire qu’Oran n’a pas souffert de sa réputation frivole et du mépris affiché à son égard par le reste de l’Algérie.

Mais ses habitants se rassurent en se moquant de tous ces Algérois ou Constantinois qui débarquent le week-end pour draguer les « petitates », ces filles dites faciles, souvent en quête d’un beggar (littéralement : « vacher », nouveau riche frimant dans les boîtes avec son portable et ses grosses liasses de billets). Quelques-uns viennent aussi pour approcher une de ces mariquitas folles » outrageusement maquillées), célébrées par le raï gay de Cheb Abdou, qui hantent le front de mer. Le berceau du raï, où en 1966 Johnny Hallyday (avant lui, il y eut Louis Armstrong et Joséphine Baker) avait donné un concert au Casino, a toujours été un lieu d’encanaillement à portée de toutes les bourses.

Avant de devenir un phénomène musical internationalisé, le raï a d’abord été une façon d’être.

Présumé né en 1920 dans les plaines de l’Oranie, le mouvement a pris de l’ampleur dans les années 1940-1950, marquées par l’apparition des cheikhate (pluriel féminin de cheikha, équi-valant au masculin cheikh), dont la regrettée Rimitti (1923-2006) fut la figure emblématique, qui vaporiseront des airs bourrés d’allusions fines et coquines dans les bordels, les bastringues de seconde zone et les soirées privées. Le genre sera modernisé, dans les années 1960 et 1970, par des artistes comme Blaoui Houari, Ahmed Wahby, Messaoud Bellemou, Bouteldja ou Ahmed Saber.

Mais c’est au cours des années 1980 que le raï éclate véritablement et déferle, tel un impressionnant raz-de-marée, sur les consciences.

Le détonateur : une armada de chanteurs, baptisés « cheb » (« jeune »), qui vont bouleverser l’échiquier musical et ébranler sérieusement le pouvoir de la vieille aristocratie culturelle, dont l’une des tâches les plus redoutables a été de dévaloriser ou d’essayer d’interdire les modes d’expression populaire. Ils vont aussi dynamiter les bases instrumentales traditionnelles par l’utilisation de la basse, des synthétiseurs et de la boîte à rythmes, et rajeunir des mélodies poussiéreuses qui ne demandaient qu’à revivre. Comme ils ne manquent pas de piller l’arsenal folklorique pour enrichir leurs compositions et d’insister davantage, thématiquement, sur les délices du vin et du whisky, sur la célébration des rondeurs féminines et la détresse sexuelle.

« Vivre et laisser vivre », leur credo impatient, véhiculé par des centaines de milliers de cassettes, produites dans des conditions où l’à-peu-près côtoie souvent le pire, a fait plus que séduire : il a conquis toute une jeunesse, majoritaire numériquement mais exclue socialement, coincée entre le désœuvrement, le chauvinisme des stades, le jargon patriotique des médias, le bar, la mosquée et un marché des loisirs pratiquement inexistant.

Le succès du raï a été si foudroyant qu’en 1985 (présence au Festival de la jeunesse à Alger et tenue d’un premier festival raï à Oran), le pouvoir algérien s’empresse de le « nationaliser », tout en appelant à sa « normalisation » (entendez « aseptisation »).

Près d’un an plus tard, le raï fait son entrée en France à travers deux festivals, l’un à Bobigny et l’autre à La Villette

qui rassemblent tous ses grands noms, anciens comme nouveaux, et attirent principalement un public de « blédards » (immigrés nostalgiques). Pendant quelque temps, en France, le raï ne suscitera pas d’engouement autre que médiatique (ou sociologique), même si quelques labels français osent s’investir dans la reconnaissance de cette musique porteuse d’un nouvel élan.

L’année de la maturation sera 1990, marquée par l’abandon progressif du support cassette et l’intérêt de plus en plus vif des maisons de disques.

Cheb Mami, premier chanteur raï à s’être produit aux Etats-Unis, réalise Let Me Raï, album-tournant produit par Hilton Rosenthal (Johnny Clegg…) à Los Angeles. Sa diffusion aura un impact incroyable et parviendra à capter la sympathie du public beur. L’un des morceaux les plus prisés par l’auditoire, Haoulou, sera même repris par Haim Moshe, le plus populaire des chanteurs israéliens. Tout change à ce moment-là. Bien des opus raï se mettent à gagner en technicité et en arrangements plus soignés tout en essayant de respecter les lignes mélodi-ques originelles.

En 1992, l’Algérie sombre dans la spirale de la violence meurtrière.

En France, Khaled revient en force avec Didi, arrangé par Don Was, qui en fera le premier Maghrébin à entrer au Top 50, en plus de porter la voix du raï très loin (Inde, Ceylan où il existe une version en tamoul, Ethiopie, Japon, Egypte, pays du Golfe…). Mais si Didi donne le signal en France et dans le monde, l’Algérie — la jeune — braque toujours ses oreilles vers Cheb Hasni, leader d’un mouvement, le raï love, dont le grand inspirateur est le Méditerranéen Julio Iglesias, et vers de nouvelles valeurs sûres locales.

Toujours est-il que le raï s’est définitivement affirmé comme un courant à part entière, au même titre que le reggae, le blues ou le rock, ce que tentera de démontrer la grand-messe de la consécration au Palais omnisports parisien de Bercy. Le 26 septembre 1998, le concert « 1, 2, 3… Soleils » rassemble, sur les noms de Khaled, Rachid Taha et Faudel, plus de seize mille personnes. Certes, il s’agit là d’une opération fleurant bon le marketing négligé-étudié, mais jamais les musiques algériennes n’avaient eu droit à tant d’honneur. La presse salue avec de touchantes envolées un événement qui a surtout valeur de symbole (l’émotion est plutôt dans la salle sous forme de drapeaux frappés du croissant et de l’étoile).

L’ode au groove algérien serait-elle la bonne nouvelle venant amplifier l’écho favorable (aux bienfaits de l’immigration) né des deux coups de tête victorieux de Zinedine Zidane, un certain soir de juillet ? Voire. Car si, en France, le couscous-merguez a été jugé intégrable même par les militants du Front National, cela n’a pas été le cas des musiques issues des mêmes pays.

Sous la colonisation, les mélodies algériennes étaient perçues au mieux comme un folklore mineur, au pire comme un son bruyant et braillard s’échappant par bouffées des cafés maures ou des bordels. En 1917, un vocaliste populaire des Aurès, Aissa El-Djermouni, foule les planches de l’Olympia, un cinéma à l’époque, pour soutenir le moral de ses frères de sang désignés comme chair à canon.

En 1936, en guise de suite musicale à Pépé le Moko, on a droit à des morceaux du genre Qui veut mes tapis  ?

Les années 1950 voient quelques chanteurs « exotiques » comme Bob Azzam amuser la galerie avec les mêmes clichés fantasmatiques (Fais-moi du couscous, chérie et autres « fatmasseries »). La décennie suivante sera marquée par une véritable révolution musicale algérienne, forgée dans l’exil et la douleur, et gravée sur vinyle par de grosses compagnies. Mais des artistes comme Slimane Azem, premier disque d’or maghrébin et auteur de nombreux succès comme La Carte de résidence, adapté par l’Orchestre national de Barbès, Akli Yahiatene, repris par le groupe espagnol Radio Tarifa, ou Dahmane El-Harrachi, à qui l’on doit le Ya Rayah qui a remis en selle Rachid Taha, ne parviennent pas à se faire entendre en dehors des cafés maghrébins.

On a cru un moment, au milieu des années 1970, à un début de reconnaissan-ce du patrimoine chanté algérien.

Dans la foulée de mai 1968, des bardes français, à l’image de François Béranger et de Maxime Le Forestier, fraternisent avec leurs homologues algériens. Le Kabyle Idir, auteur du tube A Vava Inouva, bien positionné dans le hit-parade de RTL et d’Europe 1, et Djamel Allam, épaulé par des organisations de gauche, se produisent enfin sur de vraies scènes.

En 1982, alors que le raï, à travers le Cinq ou six valises de Ray El-Houari, effectue, dans l’indifférence générale, son entrée dans les charts barbésiens, un groupe de rock, Carte de séjour, avec un certain Rachid Taha qui revendique ses racines arabes, tente une percée au-delà du cercle communautaire, mais se heurte aux murs des préjugés des radios, des télévisi-ons et des grandes surfaces soucieuses de ne pas effaroucher leur clientèle. Dans une France obsédée par le thème de l’immigration, diabolisée jusqu’à l’écœurement, seuls Alain Manneval sur Europe 1 et Michel Polac, dans « Droit de réponse », sur TF1, lui accordent courageusement l’asile poétique.

Les idées extrémistes évoluent dans les esprits et dans les urnes et, en réplique, les Beurs (appellation d’origine non contrôlée des rejetons de la génération Peugeot-Citroën) entrepren-nent une Marche pour l’égalité. Ce qui permet à Carte de séjour de revenir en deuxième semaine et de mettre les pieds dans le PAF (paysage audiovisuel français) par le biais d’une reprise du Douce France de Charles Trénet, brièvement classée au Top 50.

Arrivent le raï et ses charmes transgressifs, ostentatoirement encouragés par une frange dite « libérale » du régime algérien.

Le style oranais est précédé d’une réputation sulfureuse qui fera les délices de quelques journaux et magazines. Ces derniers se borneront à appuyer là où ça peut titiller l’imaginaire hexagonal : l’alcool et le message « cul ». Mais le phénomène n’intéressera que quelques branchés et n’affole pas les Beurs. Sa diffusion est limitée aux radios communautaires, à l’exception de Radio Nova qui fournit les play-lists disponibles dans le « souk-business » de Barbès.

Il faut attendre 1988 et les émeutes d’Alger pour réveiller à nouveau des médias qui n’hésiteront pas à donner au raï le beau rôle d’arme fatale contre l’intégrisme.

Cela n’empêche pas les radios et les télévisions de s’enfermer dans un étrange silence, daignant à peine murmurer que les albums ne correspondent pas à leur esthétique sonore. En 1992, le raï s’internationalise sous l’effet du Didi de Khaled, pris en main par une major, mais le titre, figurant en bonne place au Top 50, n’ouvre toutefois pas à son auteur les portes des grosses radios comme NRJ et des émissions aux heures de grande écoute : Barclay doit ache-ter quelques secondes de publicité pour qu’on puisse l’entendre sur leurs antennes.

Sans doute de guerre lasse, le raï a fini par skier sur les pentes glissantes de la variété gnangnan.

Cheb Bilal, l’homme fort du raï en Algérie et dans la communauté maghrébine, s’en inquiétait  : « J’ai peur que du raï, il ne subsiste que le nom, comme c’est le cas précisément pour Khaled. Ceux qui, aujourd’hui, prennent en charge le raï en France veulent en faire une chanson française. Moi, je voudrais que le public français écoute le raï tel qu’on le ressent, tel qu’on le fait  (1). »

La suite lui a donné raison.

En France, le raï a retrouvé le public communautaire de ses débuts et les chefs historiques, dont les tentatives discographiques, parrainées par les majors, se sont soldées par des échecs, ont plus fréquenté la rubrique des faits divers que les pages musicales. Khaled, résidant au Luxembourg, un temps miné par ses ennuis fiscaux et de reconnaissance de paternité, a bien essayé de refaire surface avec le magnifique Liberté, renouant avec le raï d’antan, mais le public n’a pas suivi. Cheb Mami se morfond dans une cellule du quartier VIP de la prison de la Santé pour séquestration et tentative d’avortement forcé sur une ancienne compagne. Quant à Faudel, boudé en raison de son soutien à Nicolas Sarkozy, il attend beaucoup de son nouvel opus, Bled Memory.

Au final, les meilleurs représentants de la chanson algérienne restent Idir, Rachid Taha, l’Orchestre national de Barbès ou Amazigh Kateb

des artistes qui ne se situent pas dans le courant raï, lequel ne trouve son salut qu’à travers un mariage de raison avec le hip-hop et le R’N’B. Fort heureusement, il y a le raï qui continue à se forger dans les cabarets de la corniche oranaise, et que l’on entend dans les fêtes de mariage, les hammams et certains bars d’Oran, Alger, Oujda ou Tunis, mais aussi à Paris et à Marseille. Il introduit un groove particulier et des sonorités empruntant autant à la tradition algérienne qu’aux envolées R’N’B, funk ou hip-hop captées à la télévision.

Ce raï-là est l’œuvre des tenants d’une « génération parabole », nourrie de M6, MCM et MTV, tout en étant bercée par les vocalises de Rimitti ou de Hasni, qui ont démarré leur carrière au moment où la violence, sur leur sol natal, redoublait d’intensité. Cela explique une thématique éloignée de celle des aînés comme Khaled, et plus proche d’un réel tragique que l’on tente de conjurer à coups de mots tendres et désespérés à la fois. S’ils n’oublient pas les enseigne-ments des « anciens », leurs voix, aux intonations parfois désabusées, traduisent crûment le malaise qui ronge la jeunesse algérienne.

Rabah Mezouane: Critique musical à Vibrations et à Nova, chargé de programmation à l’Institut du monde arabe (IMA), Paris

https://www.monde-diplomatique.fr/

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14 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

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