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10 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

omerta (reporterre)

algues

Briser l’omerta : des journalistes bretons s’unissent face aux pressions de l’agro-industrie

En Bretagne, des journalistes se sont réunis en collectif contre la « loi du silence » imposée par l’agroalimentaire. Procès-bâillons, intimidations… Ils dénoncent l’omerta qui règne autour du secteur agroindustriel et la difficulté d’exercer leur métier.

Quinze journalistes viennent de créer le collectif Kelaouiñ — Kelaouiñ signifie « informer » en breton — qui lutte pour la liberté d’informer sur l’industrie agroalimentaire en Bretagne. Menaces, pressions, poursuites judiciaires, auto-censure… Ils dénoncent l’omerta qui règne autour du secteur agroindustriel et la difficulté d’exercer leur métier.

Dans les témoignages des journalistes, pas de pneus crevés. Mais des pressions souvent insidieuses, qu’ils ne veulent plus taire. « Un coup de fil de l’agroalimentaire à une rédaction, ça n’arrive jamais. C’est beaucoup plus pernicieux… » souligne Pierre-Yves Bulteau, journaliste et membre du collectif. Pour Hélène, pigiste dans la région, « ces pressions, sans être hyper spectaculaires, finissent par influencer le travail des journalistes ».

Elle a choisi de témoigner anonymement de ce qu’elle a vécu après la publication d’une enquête sur une pratique agricole controversée : « J’ai reçu un SMS d’une chambre d’agriculture me disant qu’elle voulait porter plainte. Puis un courriel d’un laboratoire de recherche public qui disait que j’avais écrit des fake news. Ils m’ont demandé d’écrire un correctif et m’ont signifié que si je refusais, ils entameraient des poursuites pour diffamation. »

Une réaction disproportionnée, estime-t-elle. « Quand quelqu’un n’est pas content d’un papier, on s’explique. Si nécessaire, il y a un droit de réponse. Mais une menace de procès, c’est assez violent. » Pour la journaliste pigiste, « la technique de dissuasion des procès-bâillons fonctionne très bien. C’est de l’intimidation. »

La journaliste Inès Léraud a également fait l’objet de menaces de poursuites à la suite de ses enquêtes bretonnes. Fin 2019, Christian Buson, président du GES — un bureau d’études environnementales mis en cause dans l’enquête que la journaliste a réalisé pour la Revue dessinée Algues vertes, l’histoire interdite (éditions La Revue dessinée — Delcourt, 2019) — lui a intenté un procès en diffamation.

L’ouvrage ne fait pourtant que citer ses propos lors d’une conférence filmée par France 3. En janvier 2020, Christian Buson a finalement renoncé à sa plainte quelques jours avant l’audience. Dans sa bande dessinée, Inès Léraud évoque aussi les menaces du chargé de communication de la préfecture des Côtes-d’Armor. Aujourd’hui, la journaliste explique à Reporterre :

« C’était fou qu’un représentant de l’État laisse aussi clairement entendre que le sujet était gênant et cherche à m’intimider, je n’avais jamais vu ça. »

« Si tu écris sur l’agroalimentaire, tu sais que tu seras relu très attentivement avant la publication par la direction »

À la suite d’une enquête parue dans le média Basta sur le groupe Chéritel, grossiste en fruits et légumes, pris en flagrant délit de « franciser » des tomates venues d’ailleurs, Inès Léraud a fait l’objet d’une poursuite pour diffamation.

Son procès aura lieu les 20 et 21 janvier prochain devant le tribunal de grande instance de Paris. « Le cas d’Inès Léraud n’est que la partie immergée de l’iceberg » souligne Erwan, membre du collectif et journaliste précaire qui a travaillé au journal Le Télégramme. Il préfère ne pas donner son vrai nom « de peur de ne plus retrouver de travail au sein des journaux locaux qui m’embauchent ». Pour lui, « la presse bretonne doit composer avec l’agroalimentaire tout comme les collectivités locales, le milieu associatif et chaque citoyen individuellement. On doit faire attention à ce qu’on dit par peur de subir des pressions… C’est systémique ».

Parfois, estime t-il, les pressions viennent de l’intérieur même des rédactions. « C’est un secret de polichinelle : si tu écris sur l’agroalimentaire, tu sais que tu seras relu très attentivement avant la publication par la direction. Dans l’article, si on donne la parole à des opposants, il faut abso-lument laisser de la place, voire plus de place, au syndicat FNSEA, la chambre d’agriculture ou les représentants de l’agro-industrie. À l’inverse, vous lirez rarement la parole des opposants dans un article qui parle d’un nouveau projet agroalimentaire », dénonce Erwan.

Pour exemple, il se souvient des journaux du Télégramme parus le 5 septembre 2018. « La veille, des pseudos manifestations de salariés avaient été organisées devant les sites de Triskalia à l’appel de la direction, pour dénoncer le « Triskalia bashing » dont la coopérative faisait l’objet d’après eux. »

Triskalia était notamment poursuivie pour l’intoxication de salariés ayant travaillé dans des entrepôts de pesticides. « Le lendemain de ces manifestations, toutes les antennes locales du Télégramme concernées avaient chacune écrit un compte-rendu avec le témoignage des dirigeants, et une pleine page dans toutes les éditions donnait aussi la parole à Triskalia » énumère Erwan. Pour lui, « ce jour-là, Le Télégramme a été le journal de Triskalia ».

Les pressions commencent parfois très tôt. C’est ce qu’ont constaté deux étudiantes en journalisme de l’IUT de Lannion, lors d’une immersion à l’hebdomadaire Le Poher, en Centre-Bretagne en 2017.

« Contrairement aux articles des autres étudiants, leur enquête sur l’ouverture d’une nouvelle usine de lait en poudre à Carhaix-Plouguer (29) n’a pas été publiée, raconte le journaliste Pierre-Yves Bulteau qui enseignait à l’IUT à l’époque.

L’enquête révélait, contrat à l’appui, que contrairement à la promesse d’emplois pérennes pour dix ans, les investisseurs chinois de Synutra se réservaient le droit de quitter Carhaix en fonction de la rentabilité financière du projet. » Ce qui a fini par arriver deux ans plus tard.

Mais au moment de l’inauguration, on préfère la version optimiste « de la bouffée économique » offerte à ce territoire régulièrement frappé par la crise du lait. « Un responsable éditorial a alors refusé la publication de l’enquête sous prétexte qu’elle manquait de contradictoire alors que les étudiantes avaient proposé à la direction de l’usine de s’exprimer, en vain. Il avait surtout anticipé que la sortie de l’enquête sur « son » territoire aurait pu fermer les sources aux journalistes du Poher. »

L’enquête a finalement été publiée sur la plateforme en ligne Alimentation générale. « Il n’y a pas eu de poursuites lors de sa publication. Ça montre bien que ce n’est pas le fond qui était en question mais bien le rapport aux sources, notamment institutionnelles. Pas évident quand on travaille sur un petit territoire où l’on rencontre ceux sur qui l’on écrit à la boulangerie », conclut Pierre-Yves Bulteau.

De telles histoires sont courantes en Bretagne, d’où la création du collectif Kelaouiñ : « On ne monte pas ce collectif pour se plaindre, prévient Pierre-Yves Bulteau. On en parle parce que ces pressions vont de pair avec le droit de savoir des citoyens sur ce qui se passe autour de chez eux. » (Extrait voir lien)

9 juillet 2020 / Klervi Le Cozic (Reporterre)

Lire aussi :

Algues vertes en Bretagne : 4 points pour comprendre le problème

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10 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

langoélan (collectif)

poulle

Le Collectif contre les poulaillers des 120 000 poulets invite à un pique-nique militant.

Un an après l’enquête publique, nous voulons nous réunir pour réaffirmer notre opposition au projet de ferme-usine de l’EARL de Kermaria, qui prévoit de construire deux bâtiments de 2 200 m2 chacun pour produire plus d’un demi-million de poulets par an.

Partout en Bretagne, les projets de poulaillers géants se multiplient. Ils sont soutenus par le Plan Volaille de la Région Bretagne qui offre une aide publique de 50 000 euros par poulailler industriel.

Face à cela, un fort mouvement citoyen s’est levé. Nous dénonçons les impacts sociaux, sanitaires et environnementaux de ce plan, qui conduit à concentrer l’élevage des poulets en un petit nombre de très grosses structures, avec pour conséquences la perte d’emplois paysans, des émissions d’ammoniac massives, l’importation de soja d’Amérique du Sud et la destruction de la forêt Amazonienne, la pollution de l’eau, etc…

Notre mobilisation se fera l’écho de la manifestation qui aura lieu le même jour à Saint-Michel-en-Grève (22) contre les algues vertes. En effet, comme l’a si bien montré la bande-dessinée de Inès Léraud « Algues vertes, l’histoire interdite », les algues vertes sont une conséquence directe de l’agriculture industrielle.

Il est donc tout à fait hypocrite de la part des décideurs de prétendre lutter contre ce fléau tout en autorisant et soutenant la multiplication des fermes-usines !

Soyons nombreux le dimanche 19 juillet à Langoélan
pour crier « Non aux fermes-usines, Oui à l’agriculture paysanne ! »

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07 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

édito (npa)

npa 29 vertic

Nouveau gouvernement pour une même politique

Nous refusons toujours de payer leurs crises !

La nomination de Jean Castex comme Premier ministre avait annoncé la couleur. Ce proche de Sarkozy est connu pour avoir mis en place la T2A, la tarification à l’activité dans les hôpitaux visant à faire fonctionner ceux-ci comme de véritables entreprises…

Anciens comme nouveaux, les ministres de ce gouvernement ne font que le confirmer : Macron veut creuser le sillon d’une politique toujours plus antisociale.

Associations de malfaiteurs

Ainsi le maintien d’un certain nombre de ministres – pourtant fort contestés – marque l’affirmation d’une continuité contre notre camp social. C’est le cas de Le Maire qui reste à l’Économie, le ministre des milliards distribués à fonds perdu à des entreprises qui suppriment des emplois, sans s’opposer aux fermetures d’usine.

C’est aussi Blanquer dans l’Éducation nationale : de la loi qui porte son nom à la prétendue « continuité pédagogique », avec son mépris des élèves et des personnels, l’autoritaire Blanquer aurait bien mérité de dégager pour l’ensemble de son œuvre…

Accusé de viol (avec une enquête en cours), l’arrivée du sarkozyste Darmanin au ministère de l’Intérieur est une provocation, mais c’est surtout un gage donné aux syndicats de police les plus réactionnaires.

L’arrivée surprise de Dupond-Moretti, avocat des prétendues causes perdues mais surtout de ceux qui se croient intouchables (Balkany, Cahuzac, Tron…), confirme la volonté de s’adresser à la droite populiste.

Enfin, la nomination de Barbara Pompili, chantre du capitalisme vert et de l’écologie de marché, n’est qu’une opération de com’ au lendemain de la Convention citoyenne sur le climat et de la poussée d’EÉLV dans les urnes. Cela sans parler des nominations d’Amélie de Montchalin, ex-cadre d’Axa, à la fonction publique ou de l’animatrice télé Roselyne Bachelot…

La régression sociale au programme

Pour tout ce petit monde, la feuille de route est claire. À lui seul, le retour au premier plan de la réforme des retraites annoncées par Macron lui-même (avec l’allongement possible de la durée de cotisation) est une profession de foi que l’on ne connaît que trop, après les semaines d’affrontement social et de grève reconductible dans les transports en décembre et janvier derniers.

Avec en plus la petite touche personnelle présidentielle, son mépris social toujours plus grand : il faudrait « mettre fin à cette maladie française qu’est la préférence au chômage »… Cela au moment même où les effets de la crise économique engendrent une succession de plans sociaux et d’annonces de licenciements ou de suppression de postes, en particulier dans l’industrie automobile ou aéronautique.

Nous ne nous laisserons pas faire !

Avec le choc économique qui vient, pour résister à une crise du capitalisme dont on a vu les multiples effets ces dernières années (crise sanitaire, environnementale, économique, démocratique…), celles et ceux d’en bas doivent prendre leurs affaires en main, d’abord en organisant les résistances.

Cela commence le mardi 14 juillet, où les salariéEs, en particulier les personnels hospitaliers, se retrouveront dans la rue pour porter leurs revendications et donner un premier avertissement à Macron et ses amis capitalistes.

Dans le contexte des mobilisations internationales de ces dernières semaines contre le racisme et les violences policières, la manifestation de Beaumont-sur-Oise (95) afin d’obtenir la vérité et la justice sur la mort d’Adama Traoré, est aussi un rendez-vous important.

Deux dates qui doivent être les premiers jalons d’un été que l’on espère chaud, et qui annoncent une rentrée où les luttes contre ce pouvoir et les capitalistes qu’il sert devront se conjuguer avec la construction d’une alternative à un système toujours plus mortifère.

Mardi 7 juillet 2020

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05 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

t2a castex (nap)

penibilite

Castex, « Monsieur T2A »

N’est pas un inconnu pour l’Hôpital

« Un inconnu à Matignon », c’est souvent en ces termes qu’a été accueillie la nomination de Jean Castex au poste de Premier ministre. Le monde de l’hôpital ne le connait certes pas, mais il connait par contre très bien les effets de son passage au ministère de la santé. Il y fut en effet le promoteur zélé d’une réforme de la tarification hospitalière dite « T2A », l’un des piliers de la transformation de l’Hôpital en entreprise.

La rentabilité ou la fermeture

La Tarification à l’activité, la « T2A », a fait de l’Hôpital une « entreprise de production de soins ». Avec elle, l’établissement ne reçoit plus un budget destiné à répondre à des besoins, mais est rémunéré d’après sa « production ». Et comme dans toute entreprise, celle-ci doit être suffisante et rentable.

La conséquence est inéluctable. Les Hôpitaux sont incités financièrement à sélectionner les pathologies les mieux rémunérées et les patients n’entrainant pas de « surcoûts », comme par exemple les personnes âgées ayant de multiples pathologies.

La « T2A » pousse à la fermeture des services de soins ou les maternités de proximité n’atteignant pas le « seuil de rentabilité ». Pour être rentable un séjour doit être court, mieux vaut donc renvoyer au plus vite (et parfois trop vite) le malade chez lui… quitte à le réadmettre quelques jours plus tard, en générant un nouvel acte à nouveau « rentable ».

Les missions de service public, la nécessité de disposer de lits disponibles pour faire face à des événements exceptionnel (épidémie) n’ont guère de place dans un tel système.

Monsieur T2A

Castex, en tant que Directeur de l’Hospitalisation et de l’Offre de Soins au ministère de la santé fut l’homme qui défendit et mit en place cette réforme. Il déclarait au Monde en 2006 : « ce système nécessite un gros travail de pédagogie. Il a le mérite, d’obliger tous les établissements à se regarder avec lucidité. »

L’abolition de la T2A, un financement fondé sur les besoins, est avec l’exigence de recrutements massifs pour l’hôpital l’une des revendications principales des personnels et médecins hospitaliers, qu’ils ont portée dans toutes leur lutte depuis un an.

Avec l’arrivée à Matignon de J. Castex, flanqué, comme directeur de cabinet de Nicolas Revel, ancien directeur de l’Assurance Maladie et défenseur de toutes les politiques d’austérité, les personnels hospitaliers savent à qui ils auront à faire. Au lendemain de la mascarade du Ségur de la santé. Le « monde d’après », est bien le retour au « monde d’avant », avec les pires acteurs de celui ci.

Pour Macron le « temps de héros » est bien passé. Pour les personnels hospitaliers et leurs soutiens, celui de la lutte déterminée et coordonnée pour la défense de l’Hôpital Public, pour l’accès aux soins de tous et toutes est à l’ordre du jour.

Samedi 4 juillet 2020 Jean-Claude Delavigne

https://npa2009.org/

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05 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

nokia lannion (le monde)

dragon rouge

Encore une fois: « Trégor Debout! » (le dragon en est l’emblème)

« C’est presque une ville qu’on assassine » : des milliers de manifestants à Lannion contre les suppressions d’emplois chez Nokia

L’entreprise a annoncé son projet de restructuration avec 1 233 suppressions de postes, dont 402 dans cette ville bretonne.

Entre 3 500, selon la police, et 5 000 personnes, selon la CFDT, ont manifesté samedi 4 juillet en fin de matinée à Lannion (Côtes-d’Armor) contre la suppression de 402 emplois sur le site de Nokia. Au total, le groupe prévoit de supprimer plus d’un millier d’emplois en France.

« Le Trégor debout contre les suppressions d’emploi », « En dix ans, c’est le 13e plan », « Jeunes embauchés, déjà virés » ou « keep Nokia jobs in Lannion », pouvait-on lire sur les banderoles ou pancartes brandies par les manifestants.

Il s’agit du quatrième plan social depuis le rachat, en 2016, d’Alcatel-Lucent par Nokia. Les trois précédents plans avaient touché les fonctions support alors que, dans ce cas, c’est la branche recherche et le développement (R&D) qui est concernée « à 95 % », ont rappelé les syndicalistes.

Richard Alexandre, 39 ans, est ingénieur à Nokia, où travaille également son épouse. « Avec ce plan, on est touchés tous les deux », constate-t-il auprès de l’Agence-France-Presse (AFP). Pour les centrales syndicales, le plan mènera inéluctablement à terme à la disparition du site de Lannion, mais aussi à la disparition de Nokia du paysage industriel français.

« C’est une trahison, envers les salariés, envers le territoire, envers les pouvoirs publics (…), le pouvoir politique doit agir », a lancé Bernard Trémulot, délégué central CFDT. Avec le départ de Nokia, « Lannion, bastion historique des télécommunications, perdrait une partie de son identité », a-t il fait valoir lors d’une prise de parole avant le début de la manifestation.

« Injustifiées, incompréhensibles, intolérables »

Pauline, 24 ans, s’est installée à Lannion il y a deux ans, pour travailler à Nokia. Comme elle, plus de 200 jeunes ingénieurs ont été recrutés sur ce site depuis son rachat par le groupe, en 2016. Avec le crédit impôts recherche (CIR) auquel le géant des télécoms a eu recours, « un ingénieur français ne coûte pas plus cher qu’un ingénieur chinois » à l’entreprise, a affirmé à l’AFP M. Trémulot, s’interrogeant ainsi sur les motivations d’un tel plan social.

« C’est presque une ville qu’on assassine quelque part, parce que c’est le troisième employeur de la ville qui est presque en passe de liquider son site », a déploré auprès de l’Agence France-Presse le maire de Lannion, Paul Le Bihan (Parti socialiste) : « C’est intolérable. Une ville de 20 000 habitants ne peut pas encaisser ce genre de plan. » Ces suppressions d’emplois sont « injustifiées, incompréhensibles, intolérables et insupportables », a résumé un syndicaliste.

« Tous les efforts sont demandés aux salariés »

Plusieurs élus arborant leurs écharpes tricolores étaient présents lors de la manifestation, qui s’est terminée vers 13 heures. Mais aussi des représentants du site de maintenance Hop ! de Morlaix (Finistère), à quelques dizaines de kilomètres, menacé de fermeture avec 276 suppressions d’emplois à la clé.

« C’est quarante-sept ans d’histoire qui sont balayés d’un revers de la main », a fait valoir Sébastien, en référence à Brit Air, la compagnie fondée à Morlaix en 1973, rachetée par Air France il y a une quinzaine d’années et dont Hop ! est une filiale. « Tous les efforts sont demandés aux salariés et rien à la finance », a-t-il regretté.

Le 22 juin, Nokia a annoncé son projet de restructuration en France avec 1 233 suppressions de postes, dont 402 dans cette ville bretonne de 20 000 habitants.

Le Monde avec AFP Publié 17h02 samedi 4

https://www.lemonde.fr

Lire aussi:

Lannion. Plus de 5 000 personnes dans la rue pour défendre l’emploi chez Nokia

Lannion : importante mobilisation en soutien aux salariés de Nokia visés par un plan social

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02 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

édito (npa)

npa 29 vertic

Crise démocratique et illégitimité du parti au pouvoir après les municipales

Le second tour des élections municipales a donc bien eu lieu le 28 juin. Ces élections témoignent d’une crise démocratique sans précédent et, plus que jamais, l’illégitimité du pouvoir.

Selon le ministère de l’Intérieur, l’abstention a atteint 58,4 % lors du second tour d’un des scrutins auxquels les électeurEs sont les plus fidèles, soit près de 4 points de plus qu’au premier tour, le 15 mars, et plus de 20 points de plus qu’au second tour des élections municipales de 2014.

Et dans certaines villes comme à Roubaix ou à Vitry-sur-Seine dans le Val-de-Marne, l’abstention a même atteint plus de 77 %, fragilisant ainsi tous les nouveaux éluEs y compris celles et ceux qui clament leur victoire.

La faute du Covid ? Du délai entre les deux tours ? Sans doute un peu de ça, mais surtout aussi un système qui est à bout de souffle. En effet, la participation aux élections décline depuis désormais de nombreuses années et la défiance envers les « politiques » jugés hors-sol, envers un système organisé par et pour ceux d’en haut est très grande, en particulier chez les jeunes et les classes populaires.

Illégitimité du parti au pouvoir

La claque est forte pour LREM, et ses alliances avec Les Républicains n’auront pas permis de l’éviter. Le parti au pouvoir a enregistré sans surprise le désastre qui était annoncé avant le scrutin et que le premier tour avait esquissé.

À l’exception notable du Havre, LREM a perdu partout, ou presque, comme à Tours, Besançon, Bordeaux, Lyon et surtout à Paris qui fait figure de symbole. En effet, la tête de liste Buzyn a fait moins de 15 %, et ne siégera pas au Conseil de Paris.

La ministre Marlène Schiappa, candidate dans le 14e arrondissement, n’en sera pas non plus, pas davantage que Cédric Villani… Le désaveu du pouvoir actuel rejoint la colère contre tout un système et ceux qui le défendent.

Les dures semaines de la pandémie qui ont succédé à un mouvement social contre la réforme des retraites, la gestion désastreuse de l’épidémie par ce gouvernement, son mépris toujours vérifié envers les classes populaires… c’est tout ce qui a nourri la sanction contre Macron et ses amis, au premier comme au second tour.

De la poudre de perlimpinpin

Dans ce contexte de crise sociale, sanitaire, économique et démocratique, on assiste à une poussée de l’écologie libérale qui polarise aujourd’hui la gauche institutionnelle. C’est le cas à Lyon, Besançon, Strasbourg ou Tours…

Si, au vu notamment de l’ampleur de la crise climatique et des graves menaces qui pèsent sur l’avenir de la planète, les aspirations écologiques sont évidemment légitimes et salutaires, la solution ne viendra toutefois pas de ceux qui, comme EÉLV, ont fait depuis belle lurette une croix sur la transformation de la société, se contentant d’un saupoudrage vert capitalo-compatible.

Le PS réussit à gagner plusieurs villes et à en garder d’autres alors qu’il avait été laminé en 2014. Quant au PCF, même s’il a conquis et reconquis des villes précédemment perdues, comme Villejuif ou Bobigny, des « bastions » historiques disparaissent comme Saint-Denis, Aubervilliers, Champigny, Choisy-le-Roi ou encore Arles, Bezons et Gardanne, affaiblissant encore plus son implantation municipale.

L’arrivée du Rassemblement national à la tête de la mairie de Perpignan, une ville de plus de 100 000 habitantEs,  montre que la crise actuelle peut aussi accoucher du pire. Si le RN maintient une implantation certaine (la majorité de ses sortants ont été réélus dès le 1er tour), il a globalement échoué à élargir son implantation et a même enregistré plusieurs défaites et perdu de nombreux conseillers municipaux.

Après ce scrutin l’heure est plus que jamais à la mobilisation générale : pour en finir avec ce système, nous ne pouvons compter que sur nos propres forces.

La résignation n’est pas de mise contre Macron et ses amis capitalistes, dont l’illégitimité est confirmée, et plus globalement contre la violence de tout un système qui nous précipite chaque jour un peu plus vers la catastrophe sociale et écologique.

Mercredi 1 juillet 2020  Joséphine Simplon

https://npa2009.org/

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01 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

pipeau (le huff’ rp)

macron pipeau

La sincérité de Macron sur l’environnement ne convainc pas les Français

Malgré un discours volontariste devant les membres de la Convention Climat, Emmanuel Macron a encore tout à prouver sur son virage écologique.

Les spécialistes des questions écologiques n’étaient pas convaincus par le discours d’Emmanuel Macron devant la Convention Climat. Les Français ne le sont visiblement pas davantage. C’est en tout cas ce qu’indique un sondage réalisé par Yougov pour Le HuffPost dans la foulée des annonces du chef de l’État.

Saluant le travail des 150 citoyens, Emmanuel Macron a annoncé lundi 29 juin qu’il comptait transmettre au gouvernement ou au Parlement, ou encore soumettre à référendum “la totalité” de leurs propositions, ”à l’exception de trois d’entre elles”: l’abaissement de la vitesse sur l’autoroute, la modification du préambule de la Constitution et une taxe de 4% sur les dividendes (on rigole plus blog!).

“Le temps est venu de faire, d’agir” sur la Transition écologique, a-t-il notamment lancé, comme pour ouvrir une nouvelle phase de son quinquennat. Un engagement sincère? Non, pour la majorité des Français, selon notre enquête d’opinion menée du lundi 29 dans l’après-midi au mardi 30 juin.

Mauvais bilan, ambitions insincères

À la question de savoir si l’engagement du président de la République dans l’amorce de la Transition énergétique est sincère, 58% des sondés répondent par la négative. Un score qui tombe à 18% chez les sympathisants de La République en marche, logiquement plus enclins à soutenir Emmanuel Macron.

Le détail de ces chiffres est toutefois moins reluisant pour le chef de l’État. Seuls 3% des citoyens interrogés pensent Emmanuel Macron “tout à fait sincère” dans ses ambitions écolos, quand 26% le jugent “plutôt sincère.” Les Français sont, toujours selon notre sondage Yougov, plus nombreux à estimer le président de la République “pas du tout sincère” dans cette nouvelle approche (28%).

Une critique qui trouve peut-être en partie sa source dans les atermoiements passés du président de la République mais également sur certaines propositions phares de la Convention Climat. En plus du refus catégorique de reprendre certaines mesures, le chef de l’État a entretenu le flou sur la rénovation thermique des bâtiments ou l’accord commercial controversé CETA.

Malgré son discours volontariste salué par certains écolos proches de la majorité, Emmanuel Macron a donc encore tout à prouver.

D’autant que la vague verte observée lors des élections municipales dans les grandes villes du pays, le pousse à aller plus vite.

Selon la même enquête d’opinion, 66% des Français pensent que le chef de l’État n’a pas fait assez pour le climat lors des premières années de son quinquennat. Ils sont seulement 22% à penser le contraire.

1 juillet 2020    Anthony Berthelier

https://www.huffingtonpost.fr/

Lire aussi:

Déclarations de Macron sur l’écologie : un coup de com’ après la débâcle des municipales (RP)

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01 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

plans (gr)

macron zombie

Le plan du gouvernement: des milliards d’argent public pour sauver les profits des multinationales

Il y a quelques semaines, Emmanuel Macron nous jouait un mélodrame en direct déclarant : « Tout sera mis en œuvre pour protéger nos salariés et pour protéger nos entreprises, quoi qu’il en coûte. » Avec les récentes déclarations des ministres expliquant aux travailleurs qui va falloir « faire des efforts », on a vite compris à qui il allait en coûter. Le plan du gouvernement consiste principalement à poursuivre sa politique de baisse des salaires pour tenter de maintenir les profits des plus grandes entreprises.

La France à l’aube d’une crise économique violente et durable

Le gouvernement et les capitalistes ont espéré que la crise du covid serait une sorte de week-end prolongé, et que tout reviendrait grosso modo à la normale une fois le confinement levé.

Beaucoup de travailleurs ont subi une perte de revenus à cause du confinement, et la consommation ne va pas repartir comme avant. De plus, le manque à gagner est réel et de nombreuses petites entreprises et artisans ne s’en relèveront pas, car ils ne vont pas retrouver leur clientèle, leur productivité ni leurs marges rapidement.

Les études prévoient 900 000 emplois détruits en 2020, soit une baisse sur l’année de 2,1 % de l’emploi salarié. Les perspectives économiques sont donc celles d’une crise profonde du capitalisme, entraînant dans son sillage des drames pour les travailleurs.

Les très mal nommés « plans de sauvegarde de l’emploi » se multiplient : dans la semaine du 18 mai, ils concernaient la suppression de 1 228 postes contre 249 la semaine précédente et 77 la semaine du 27 avril. Dès le départ de la crise du Covid, l’intervention de l’État n’a eu qu’un objectif : sauvegarder les profits des plus grandes entreprises.

Le nouveau régime spécifique d’activité, destiné à remplacer le chômage partiel, est présenté comme un moyen de sauvegarder l’emploi. Ces arguments sont un leurre. En réalité, les ordonnances de l’état d’urgence sanitaire renforcent la casse du droit du travail.

En s’appuyant sur les « accords de performances collectives » (introduits en 2017) elles légalisent le chantage à l’emploi. Sur la base d’un accord d’entreprise les salaires peuvent être baissés ou le temps de travail modifié pour sauvegarder la rentabilité de l’entreprise, et si un salarié refuse, il pourra être licencié !

La ministre du travail fait mine de condamner des entreprises qui proposent de baisser les salaires, mais en réalité la politique du gouvernement permettait déjà ce chantage avant le confinement.

Et quand Gérald Darmanin, le ministre de l’action et des comptes publics, estime dans un entretien au JDD le 24 mai qu’il ne fallait pas augmenter les salaires parce qu’ils « tuent l’emploi », on comprend bien qui le gouvernement veut sauvegarder « quoi qu’il (nous) en coûte ».

Tout leur plan n’est qu’un déluge d’argent public payé par nos impôts et taxes : en tout (et pour le moment) 150 milliards d’euros qui vont profiter avant tout aux grandes multinationales… pour leur permettre de licencier et de surexploiter les travailleurs restant en poste.

Si on laisse les capitalistes et leur gouvernement faire, le monde d’après sera bien pire encore que ce qu’on a connu jusque là.

Les ultras-riches encore plus riches

Les milliardaires américains ont vu leur fortune augmenter de 434 milliards de dollars pendant le confinement entre mi-mars et mi-mai, selon Forbes. Ceux ayant le plus gagné sont Jeff Bezos (Amazon) et Mark Zuckerberg. Ils ont respectivement engrangé 34,6 et 24 milliards.

Alors que 22 millions d’Américains ont perdu leur travail, la fortune des milliardaires s’est accrue de 10 %. Début mars, le nombre de milliardaires avait baissé mais la tendance s’est maintenant inversée. Le patron de Zoom, une alternative à Skype, est devenu milliardaire.

 

Virginie Pregny 01/07/2020

 

https://www.gaucherevolutionnaire.fr/

 

Note:

 

La Gauche révolutionnaire est un groupe qui a quitté le NPA

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01 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

ségur (fr3 )

hoptiam

« Ségur de la santé » : les maux des soignants

Infirmières, aide-soignants, kinés… Ils nous confient leurs attentes, leurs espoirs alors que le « Ségur de la santé » s’achève vendredi. Et leur ras-le-bol, aussi. « Infirmières, en colère ! Aide-soignants, pas contents ! Des kinés, dégoûtés ! Qui va vous soigner ? » : ce slogan rythmait la manifestation des soignants ce midi, à Rennes.

Infirmières, aide-soignants, kinés… trois professions en crise ?

L’infirmière

Céline est infirmière au CHU Pontchaillou. Son univers, ce sont les soins intensifs, la salle d’intervention en cardiologie. Déjà présente à la manifestation du 16 juin, elle est revenue aujourd’hui. Toute seule ou presque : une jeune infirmière contractuelle l’accompagne mais celle-ci ne veut pas parler. Par peur de perdre son contrat. Céline parle, elle. Vite. Fort. Elle en a gros sur le cœur.

« Moi, ça fait 14 ans que je travaille. Honnêtement, j’ai vu les conditions de travail se dégrader. On garde les gens longtemps sur des brancards parce qu’on ne trouve pas de lits. Dans les services, on nous demande un turn-over assez hallucinant : les gens sortent le matin pour faire de la place. La tarification à l’acte a été beaucoup dans ce sens. On sent qu’il faut pousser, pousser et rentabiliser un maximum, en fait. Et on n’a pas fait forcément ce métier pour ça… »

« On a des salaires qui sont très très peu revalorisés et qui, à mon sens, ne reflètent pas ce qu’on donne tous les jours. Certes, c’est un métier que l’on a choisi, avec ses contraintes. Mais quand on est une jeune infirmière et qu’on ne touche que 1 400 euros et que, quatorze ans plus tard, comme moi, on n’est qu’à 1 900 euros par mois… je trouve que ce n’est pas une juste reconnaissance de ce qu’on peut faire tous les jours.

On a l’impression que la prime pour les soignants, elle était juste là pour apaiser la colère qui montait et qui se ressentait. Et pour essayer d’atténuer l’effet post Covid. Mais, en fait, cet effet, il est bien là : toutes les interventions qui étaient déprogrammées pendant cette période du Covid, elles doivent quand même se faire. On arrive à l’été. On n’a pas forcément les remplaçants recrutés pour et, surtout, des gens formés, pour ces interventions…  »

L’aide-soignante

« Nous, on attend une revalorisation de nos professions », explique Isabelle, aide-soignante en Ehpad. Isabelle est aide-soignante à l’Ephad Champs Manceaux, à Rennes, et déléguée CFDT. «  Nous, ce qu’on attend, c’est une revalorisation de nos professions, de meilleures conditions de travail et, surtout, des recrutements pour le bien-être de nos résidents.

Lors du Covid, on a eu la chance d’avoir du personnel qui venait d’autres services, en renfort dans nos établissements. Et on a bien vu qu’on était mieux entourés et que les conditions de travail étaient autres. Ce qui nous manque, c’est des effectifs pour prendre soin de nos résidents, prendre soin aussi de nous parce qu’on a quand même un rythme assez speed, on va dire.

Ce qui est bizarre c’est qu’on s’intéresse aux personnels hospitaliers ou en Ephad qu’avec l’apparition du Covid. Je trouve ça un peu grave qu’on en arrive à ce point-là. Parce que nos revendications, elles datent déjà de plusieurs années et que ça n’aboutit pas… »

« Les 6 milliards, moi, je demande à voir. C’est très bien s’il y a une avancée mais, après, comment se fait la répartition ? Qu’est-ce qu’on en tire quoi ? Parfois, on nous promet des choses mais, au fil du temps, on voit que le budget ne représente pas grand-chose par rapport au nombre de salariés qui représentent le secteur médical.

Là, j’ai 25 ans d’expérience, voire 30 ans et je suis à 1 700 euros nets, primes comprises. Des primes qui ne sont pas prises en compte dans nos retraites. Et au total, ça peut faire une sacrée différence quand on part en retraite.  »

Le Kiné

Des kinés de l’hôpital public posent avec Oscar, le squelette qui leur sert de mascotte. Florian est kinésithérapeute au centre de rééducation du CHU de Rennes. Sur son t-shirt, une inscription : « Que demain reste humain ».

« On voit qu’à l’hôpital il y a de plus en plus d’administratif et autres tâches. On est de plus en plus éloignés de nos patients. Et nous, ce qu’on veut c’est retrouver le cœur de notre métier, d’avoir du temps pour nos patients. On a eu de la chance à Rennes de ne pas être trop touchés par le Covid. On a vu des moyens qui se sont débloqués pour cette crise. Mais ces moyens, on en aurait besoin tout le temps, en fait.

On n’a pas été débordés comme à Paris ou dans l’Est. On a eu du temps pour nos patients et, ce temps-là, on veut le conserver. On veut plus de personnels soignants. Ce qui nous permettrait d’être plus nombreux pour mieux s’occuper de nos patients. » » Je crois que le gouvernement a parlé de 6 milliards. Pour que ce soit efficace, il nous faudrait au moins 7 ou 8 milliards.

On a besoin de matériels pour rééduquer nos patients et ce matériel, il coûte cher. Mais on en a besoin et, malheureusement, les moyens de l’hôpital ne sont pas suffisants pour pouvoir acheter ces matériels. On a investi dans du matériel pour les patients Covid et c’est très bien. Mais là, il nous faudrait investir dans du matériel pour les patients qu’on accueille tous les jours. Et c’est ça qu’on demande.

Ça fait huit ans que je suis kiné. Ça ne fait que depuis un an que nous sommes en effectif complet au CHU de Rennes. Beaucoup de kinés partent dans le privé où ils sont mieux payés. C’est une demande du « Ségur » : avoir des salaires justes par rapport au travail effectué à l’hôpital. »

30/06/2020

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

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30 juin 2020 ~ 0 Commentaire

lorient (essf)

hollane ps

Second tour des municipales en France

La bascule à droite de Lorient est un camouflet pour Le Drian

Après 55 ans de règne socialiste, Lorient a viré de bord avec l’élection de l’opposant historique Fabrice Loher. Un résultat qui marque le début de la fin de l’influence du ministre Jean-Yves Le Drian, ancien député-maire de la ville, en Bretagne.

« C’est une honte pour la gauche ! » Les sifflets fusent. Dimanche soir, dans le salon d’honneur de la mairie de Lorient, l’ambiance est fébrile. Sous les yeux d’une assemblée masquée et de plus en plus dense, les résultats des 42 bureaux de vote s’affichent un à un sur grand écran. Le candidat de la droite, Fabrice Loher, fait la course en tête devant Damien Girard, leader d’une liste rassemblant le PS, le PC, l’UDB (Union démocratique bretonne) et les écologistes.

Derrière eux, Bruno Blanchard, adjoint issu de la majorité sortante soutenu par le maire Norbert Métairie, réalise de très bons scores dans les quartiers populaires. Tandis que Laurent Tonnerre, ancien responsable de la section locale du PS soutenu par La République en marche, se fait siphonner ses voix. Les yeux sont rougis, les regards fuyants et les sourires déconfits.

Le couperet tombe : le candidat Loher a finalement 327 voix d’avance sur Girard. La droite lorientaise entre triomphalement dans l’hôtel de ville.

C’en est fini d’un règne socialiste de 55 ans dans « la ville aux cinq ports », là où François Hollande avait lancé sa campagne présidentielle 2012. C’en est fini également de la « maison Le Drian » : l’actuel ministre des affaires étrangères avait pris les rênes de la cité en 1981. Après son élection à la présidence de la Région en 1998, il avait laissé la place à son premier adjoint, Norbert Métairie, qui s’était fait réélire confortablement en 2001, 2008 et 2014.

La ville de Lorient avait gardé son image de bastion socialiste et résistait à toutes les tempêtes qui balayaient la gauche. Jusqu’à ce qu’Emmanuel Macron s’impose en 2017 sur la scène politique nationale, rebatte les cartes et divise largement la gauche lorientaise.

La première fissure date de février 2017. Laurent Tonnerre, adjoint de Norbert Métairie et militant socialiste depuis l’adolescence, rejoint les Marcheurs : « François Hollande avait renoncé à se représenter. Pour moi, c’était une façon d’acter la défaite. Macron m’apparaissait comme une planche de salut. »

En mars, Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la défense, fait le même choix, après avoir soutenu Manuel Valls dans la primaire à gauche, et entraîne dans son sillage une partie des élus lorientais. Dès lors, la gauche locale va se déchirer, d’autant que Norbert Métairie a annoncé sa retraite politique pour 2020. « Les anciens réseaux Le Drian ont alors basculé chez Macron et ravivé les vieux clivages entre ce qu’on pourrait appeler “l’école rouge” et “la deuxième gauche” », analyse Romain Pasquier, directeur de recherche au CNRS et professeur à Sciences-Po Rennes.

Coup de théâtre en février 2018 : Olivier Le Lamer, premier adjoint au maire et héritier pressenti, se retire du jeu pour raisons de santé. La place est laissée vacante et aucune personnalité n’émerge. « On assiste à l’éclatement d’une famille politique en direct, confirme Thomas Frinault, maître de conférences en science politique à l’université de Rennes 2. Jean-Yves Le Drian, la figure tutélaire bretonne, et Norbert Métairie vont se livrer une guerre froide. »

Le premier soutient Laurent Tonnerre, qui a décroché l’investiture LREM et est toujours adjoint au maire à la transition écologique. Le second donne sa préférence à Bruno Blanchard, son adjoint à l’urbanisme, toujours au PS.

Nouveau rebondissement en octobre 2019 : le PS suspend son soutien à Bruno Blanchard après des accusations de violences conjugales, dont Mediapart s’était fait l’écho. Le candidat démissionne du parti et brigue toujours la place de premier édile. Le PS décide alors de donner l’investiture à Damien Girard, ancien candidat EELV aux législatives, lui-même conseiller muni-cipal de 2008 à 2014 de Norbert Métairie, avant de passer dans l’opposition. En décembre 2019, le militant écologiste prend la tête de la liste verte-rose-rouge « Lorient en commun ».

À ce stade, ce sont donc bien trois listes qui comptent parmi leurs rangs des socialistes encartés ou non et leurs alliés. Pour une bonne partie, des ex-colistiers de Norbert Métairie. « C’est un beau gâchis, note un fin connaisseur de la politique lorientaise. Il y avait beaucoup de talents dans la majorité et une nouvelle génération prête à prendre la relève. Les égos se sont exprimés et auraient pu être arbitrés. Mais personne n’a sonné la fin de la partie. »

Au soir du premier tour, après une campagne à bâtons rompus, Damien Girard finit en tête avec 22,99 % des suffrages. Derrière lui : Fabrice Loher (20,83 %), puis Bruno Blanchard (18,45 %) et Laurent Tonnerre (17,80 %). Entre le premier et le dernier, à peine 650 voix d’écart. Le contexte particulier de la crise sanitaire, la faible participation, laissent le jeu particulièrement ouvert.

Pendant le confinement, les listes discutent entre elles, dans l’espoir d’opérer des fusions. En vain. La liste Girard ne parvient pas à s’entendre avec Bruno Blanchard, à qui elle demande de se retirer. « Ils voulaient ma tête, résume l’intéressé. Je pense que c’est le PS qui était derrière tout ça. » Premier refus de fusion.

Avant le premier tour, Damien Girard avait signifié aux partisans de Bruno Blanchard qu’il était hors de question que ce dernier mène une liste d’union de la gauche. « J’ai regardé la vidéo d’Adèle Haenel – c’est hyper puissant en termes de message politique, indiquait l’écologiste à Mediapart. Cela pose des mots et des demandes d’actes sur la façon dont on construit une société où ces violences de masse s’arrêtent, parce qu’elles ne seront plus validées. »

Dans l’entre-deux-tours, Blanchard propose de son côté une alliance à Tonnerre « avec une offre très qualitative », mais ce dernier exige la tête de liste. L’entente est impossible. Deuxième alliance rejetée. Enfin, Tonnerre et Loher discutent mais le Marcheur fait machine arrière : « Je m’inscris dans une tradition lorientaise et porter le poids symbolique de celui qui aurait fait basculer Lorient à droite, c’était trop difficile pour moi. » Troisième tentative d’accord avortée. Bien que largement majoritaire, la gauche est partie divisée au second tour et, à la fin, Fabrice Loher a raflé la mise.

Mais comment interpréter ce résultat, au-delà du simple cas lorientais ? C’est bien une bascule historique, le récit d’une page qui se tourne en Bretagne : « C’est le scrutin le plus notable de la région. Saint-Brieuc, Morlaix et Quimper passent à gauche et Lorient à droite. C’est un revers pour Le Drian et peut-être le début de l’érosion de son pouvoir en Bretagne », explique Thomas Frinault.

En faisant le choix de s’allier au président de la République, le ministre des affaires étrangères avait fait le pari d’une alliance entre les socialistes et les progressistes au service d’un centrisme rénové. Le calcul était bon au départ : en 2017, la Bretagne a voté massivement Macron. Mais sa cote de popularité a décliné petit à petit. « Depuis, En Marche a loupé son ancrage territorial. Les entreprises LREM locales ont été torpillées par le contexte national », estime Romain Pasquier. Le mouvement des « gilets jaunes », la réforme des retraites et la crise sanitaire ne sont pas étrangers à cette défiance.

À Lorient, pour Laurent Tonnerre, l’étiquette En Marche, qui était un atout au départ, s’est transformée en boulet. « A posteriori, je regrette l’investiture. » Le candidat malheureux envisage également de quitter le mouvement présidentiel. D’autant que dimanche soir, un nouvel épisode est venu clore cette séquence particulièrement rocambolesque : Le Télégramme a révélé que Fabrice Loher avait reçu samedi matin un SMS de… Jean-Yves Le Drian. Le « menhir » lui aurait « signifié qu’il était de tout cœur [avec moi] et qu’il serait à ma disposition pour m’aider à gérer les futurs dossiers lorientais », a confirmé le nouveau maire.

Véritable trahison ou simple opportunisme ? Un ancien proche de Le Drian y va de son analyse : « Il ne voulait pas que le cas de Lorient apparaisse comme une défaite personnelle. Surtout que c’est son terrain de jeu favori. C’est une façon de montrer qu’il garde la main, même s’il a de moins en moins de relais à Lorient aujourd’hui. » Car à la veille d’un possible remaniement ministériel, la perte de son fief ne pourrait-elle pas fragiliser Le Drian, considéré comme l’une des alternatives au premier ministre Édouard Philippe ?

Déborah Coeffier lundi 29 juin 2020

https://www.europe-solidaire.org/

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