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12 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Chez Henri, Breton heureux au milieu de ses 120 cochons bio (rue 89)

Chez Henri, Breton heureux au milieu de ses 120 cochons bio (rue 89) dans Luttes paysannes et alimentation goutal-mercredi-300x223

Ancien du Larzac et de Plogoff, l’éleveur dénonce depuis longtemps une agriculture productiviste dans l’impasse. Mais comprend la colère des Bonnets rouges.

D’abord, il y a une odeur. Celle du porc en saucisses, en pâtés, en boudins, en chorizos. Un bouquet sec et dense. Rien à voir avec le fumet suspect du rayon charcuterie. Ici, tu sens qu’il y avait une bête avant. Que ça couinait, grognait, vivait. Que ce n’est pas de la barbaque pleine d’abcès. Ensuite, il y a Henri. La cinquantaine tassée, vingt ans de bio, des souvenirs du Larzac et une dent contre le « toujours plus, toujours plus grand » de l’agriculture bretonne. Henri qui sort de son « laboratoire » où pendouillent saucissons et jambons. Henri qui câline ses porcelets. Henri, très fier que ses cochons aient des queues.

« Ils croient qu’ils doivent nourrir la planète » Depuis que la« crise bretonne » agite la péninsule, cet éleveur de Plouhinec (Finistère) dépiaute méticuleusement Le Télégramme. Il peste contre les bonnets rouges. Pourrit les grands groupes de l’agroalimentaire. Moque les « licenciés qui défilent avec les licencieurs ». Se reprend, moins virulent, plus amer : « C’est triste tout de même, il y a des familles entières de chez Gad qui vont se retrouver sur la paille. » Et repart, intarissable : « Cela fait trente ans que l’on sait que l’agriculture productiviste va dans le mur. Le mur recule, parce qu’il y a des subventions, mais on y va quand même. Les paysans bretons se sont mis dans la tête qu’ils ont pour mission de nourrir la planète. »

Henri a forgé son âme écolo en se battant contre la centrale de Plogoff. C’est un José Bové local, membre de la Confédération paysanne. Pas de moustache, pas de pipe, mais les mêmes ad- versaires : les « ultras-libéraux » de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). Les Merret et autres qui tonnent contre l’écotaxe et coiffent des bonnets rouges. Son fils, Alexandre, vient de reprendre la ferme familiale. Catherine, sa femme, donne toujours un coup de fourche si besoin. Au milieu des panneaux « sans OGM », les trois comparses engraissent 120 bêtes par an. Là où un petit élevage « classique » sort 4 000 têtes à l’année.

Un minuscule réseau s’est mis en place. Le « naisseur » à Quimper, qui fournit les porcelets « sains ». Et le petit abattoir à huit kilomètres, « parce que c’est bien que l’argent reste sur le terri- ntoire ». Des « unités anecdotiques », comme on les surnomme à la chambre d’agriculture. Loin de l’agroalimentaire de masse, fer de lance de l’économie armoricaine.

La porcherie ? On croirait le salon de l’agriculture, les gosses et le président de la République en moins. Pas de caillebotis où trébuchent les bêtes. Pas de queues et de dents coupées pour éviter que les porcs se bouffent le derrière et les mamelles. Ici, c’est du « cochon heureux » qui gueule, qui pue, qui tire sur son jambon pour sortir de la paille. « C’est important la paille. Dans les élevages intensifs, il n’y a que le lisier. De la pisse fondue dans l’excrément. Ça tombe dans des bacs. Alors qu’avec la paille, la pisse et l’excrément sont asséchés, ça fermente, ça chauffe – jusqu’à 80 degrés – et ça fait un fumier du feu de dieu. Et puis, si vous étiez un cochon vous préfèreriez quoi ? Dormir sur du béton ou sur de la paille ? »

Du très haut de gamme, la « potion magique » Tout est comme ça dans la tête d’Henri. Les « rapaces » de la FNSEA et leur agriculture intensive qui se casse la gueule contre les petits paysans qui luttent pour sauver la péninsule. Quand la Bretagne sombre dans l’agroalimentaire bas de gamme, tourné vers l’exportation, sa ferme fait du circuit court, de la vente directe, du très haut de gamme. Exactement la potion magique que les économistes recommandent aux Bretons pour sortir de l’ornière. Henri résume : « Si tu fais la course aux bas coûts, tu trouveras toujours quelqu’un pour courir plus bas que toi. » Et son fils de souligner que les touristes allemands se pressent pour acheter son cochon : « Ils ont traversé un paysage dévasté par les Lidl et les Dia et tombent enfin sur de la charcuterie qui a du goût. Ce doit être cela, la force de la France. »

« Par temps clair, on voit New York » Une fois lancé, le fiston vagabonde sur les bienfaits du bio. On rêvasse au bout de la péninsule, si près de la pointe du Raz. Près de la mer, de rares touristes aèrent leurs impers qui sentent encore le plastique. Dans les terres, une usine de mise en boîte de sardines, lustrée par la pluie. En dehors de cela, l’heure n’est pas à la joie. Un retraité de la marine marchande préfère ironiser : « Par temps clair, on voit New York. »

Le reste de l’année, c’est plutôt l’écho des plans sociaux, les jeunes qui se tirent, les retraités parisiens qui s’installent pour mourir. Les Bretons, alors que la région s’en sort plutôt bien par rapport à d’autres, ont le sentiment d’être délaissés. Commentaire de Catherine : « On dit que les deux plus grands employeurs ici, c’est le Carrefour et le laboratoire d’analyse médical… »

Solidaire, en marinière Armor Lux Voilà pourquoi, malgré sa colère contre les grands exploitants, Henri n’est « pas foncièrement contre les manifestations ». Il reconnaît que le malaise est réel. Déboule de ses lèvres la métaphore à la mode. « L’écotaxe, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. »

Et de citer :

  • la paperasserie (son fils a dû dépenser 1 700 euros en frais de dossier et stages divers) ;
  • les agriculteurs étranglés, snobés par Paris ;
  • les actionnaires qui se détournent « quand le profit n’est plus à deux chiffres ».

Il tire un bout de marinière Armor Lux de dessous son pull. Manière d’afficher sa solidarité. L’écotaxe ? Pas une si mauvaise idée. On est partisan de la relocalisation ou on ne l’est pas. Mais il aurait fallu dé- velopper le ferroviaire et le canal de Nantes à Brest, avant de taxer les routes. « Ne pas mettre la charrue avant les bœufs. » Incise de Catherine : « Enfin, le canal, on l’a remonté en vélo la dernière fois, il n’est pas prêt de laisser passer des péniches… » Bref, il ne se joindra pas à Christian Troadec pour manifester le 30 novembre, mais se mêlera peut-être à une manifestation pour le maintien de l’emploi.

En cette fin de semaine, il regarde défiler les promesses, les sous et les réunions de mise en œuvre du « pacte d’avenir pour la Bretagne ». Ce qui le met en rogne c’est l’évocation de la sacro-sainte « modernisation ». « C’est déjà ultra-modernisé l’agriculture bretonne. Je ne vois pas ce que tu pourrais faire en plus. »

Il connaît des éleveurs qui ne mangent même plus leur propre volaille. Qui préfèrent se garder une dizaine de volatiles, élevés au grain et en plein air, pour ne pas devoir ingurgiter des « pe- tites bestioles blanches qu’on fait grandir en un mois et demi ». Le Carrefour, c’est uniquement pour les croquettes de son chien. Le reste, il l’achète à d’autres producteurs. Avec 200 clients réguliers et en- viron 3 000 euros de revenus par mois (trois bêtes abattues par semaine), la famille vit correctement. Enorgueillie de fournir un restaurant et deux écoles et de maîtriser presque toute la chaîne, de l’élevage à la transformation.

« … soit on se retrouve avec les algues vertes » Alexandre, 25 ans a repris les rênes la semaine passée. Le jeune homme est confiant (« les gens devront toujours manger et ils veulent de la qualité »). Mais il pense que ce sera difficile pour ses camarades, croisés lors des études agricoles. Son père et sa mère opinent du chef : Henri : « C’est un moment crucial pour la Bretagne. Soit on s’engage dans le bio, soit l’écologie passe à la trappe et on se retrouve avec des algues vertes sur les côtes et une flotte qu’on ne peut même plus boire. » Catherine : « Ce qui est sûr c’est qu’on va être sinistrés comme la Lorraine avec la métallurgie. »

A la radio, la voix de Stéphane Le Foll, qui s’est déplacé à Rennes au chevet de la Bretagne. Entre les millions par-ci, les avances par-là, le ministre de l’Agriculture parle d’industrie, mais aussi un peu d’écologie. Pas assez pour rassurer Henri.

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08 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Cancers d’agriculteurs dans mon hôpital: un fantasme d’écolo ? (rue 89)

Cancers d’agriculteurs dans mon hôpital: un fantasme d’écolo ? (rue 89) dans Luttes paysannes et alimentation pestic

Rapidement après le début de mon internat d’hématologie, un constat s’est imposé, celui de la proportion particulière d’agriculteurs, cultivateurs – maraîchers, riziculteurs et viticulteurs – dans notre file de patients traités pour un cancer du sang ou du système lymphatique.

Ils sont censés représenter moins de 5% de la population active en France mais semblent, dans le service, tellement plus nombreux en proportion. Je pose la question autour de moi : comment expliquer ce décalage ?

La réponse aussi désinvolte que rapide « c’est à cause des pesticides » est consensuelle chez mes chefs. Pourtant un rapide tour sur Pubmed (la base de donnée du ministère de la Santé américain recensant de manière quasi exhaustive la littérature scientifique médicale) montre que le lien pesti-cides/hémopathies n’est pas fait avec un haut niveau de preuve, contrairement au lien entre tabac, exposition à l’amiante et cancers. On parle pour nous de « présomption forte ». Alors, fantasme « bobo- écolo-probio » ou manque de curiosité, de moyens des autorités sanitaires à faire des études ?

Le soufre des Sumériens Les pesticides ont vraisemblablement été utilisés dès que l’homme s’est arrêté de cueillir pour cultiver. Il semble que les Sumériens utilisaient du soufre pour se protéger des mites et, dans la Rome antique, l’arsenic était utilisé comme insecticide… Au fur et à mesure des ex- plorations et avancées scientifiques, s’est élargie la gamme et l’efficacité des agents phytosanitaires : nicotine, fongicides à base de cuivre au XIXe siècle (« bouillie bordelaise ») puis dérivés des organo-chlorés utilisés comme armes chimiques au cours des guerres du XXe siècle. Les travaux de laboratoire de la biologiste Rachel Carson dans les années 60 ont conduit à l’interdiction du DDT, le chef de file des organochlorés, après qu’aient été réalisées des études sur l’impact environnemental de la molécule.
*

Effet cocktail C’est aussi à ce moment qu’ont été créées les agences de protection de l’environnement. Les néonicotinoïdes ont pu être identifiés comme responsables du déclin des abeilles et certains, inter- dits dans les années 90. C’est par l’écologie donc qu’est née la réglementation des produits phyto-sanitaires. Les industriels ont rapidement rebondis avec la mise sur le marché de molécules à réma- nence plus faible et moins liposolubles, les organophosphorés, les carbamates ou les pyrethrinoïdes de synthèse par exemple. L’autorisation d’utilisation est donnée sur la foi d’un dossier d’évaluation de la molécule active. Cette approche, qui ne tient compte ni des adjuvants (agents perméabilisant ou surfactant), ni de « l’effet cocktail » des associations (qui sont pourtant utilisées comme cela dans la vraie vie), limite beaucoup les connaissances des pesticides. Les agences internationales (OMS, travaux du Circ de Lyon) ont réévalués 60 molécules utilisées comme pesticides, classées selon leur risque cancérigène certain (une molécule), probable (deux), possibles (dix-huit) et inclassables (39).

Des protections pas assez efficaces Sur environ 1 million d’agriculteurs en France, au moins 500 000 sont soumis à une exposition aux pesticides. Chaque année, 60 000 tonnes de pesticides à usage agricole sont épandus. L’exposition est difficile à mesurer : porte d’entrée cutanée, digestive ou respiratoire, exposition à de très faibles doses sur de nombreuses années avec un usage normal… La médecine du travail du régime agricole tient un registre des intoxications aigües – accidentelles, de fortes doses ponctuelles – qui repose sur l’auto-déclaration des cas. Aucun registre n’existe pour les cas de cancers. Cependant, pour prévenir ces intoxications, des mesures de protection ont été mises en place – port de combinaisons, de gants, systèmes mécanisés d’application – qui sont en pratique lourdes d’utilisation et d’efficacité limitée sur l’exposition effective.

En 2017, la fin de l’étude Agrican Compte tenu du type d’exposition et de sa difficulté de mesure, un lien de causalité est difficile à mettre en évidence. La méthodologie retenue des études épidémio- logiques est soit un suivi de cohorte, où deux groupes (exposé contre non exposé) sont suivis dans le temps, et on compte les cancers dans chaque groupe, soit une étude rétrospective où l’on va étudier l’exposition passée chez les patients agriculteurs ayant développé ces maladies, et l’on compare avec des agriculteurs non exposés, des « témoins ». Toutes ces études ont leurs limites, et seul le suivi de cohorte constitue en épidémiologie une preuve de haut niveau de causalité entre une exposition et une pathologie.

Globalement, les agriculteurs sont moins à risque de cancer que la population générale, c’est une donnée ancienne, connue, expliquée en partie par un moindre tabagisme et une alimentation plus saine (moins d’exposition aux conservateurs, etc.). Cependant, en affinant par type de cancers, on trouve chez les agriculteurs plus de cancers de la peau (exposition au soleil), plus de cancers du sang (lymphomes, leucémies, myélodysplasies, myélome), plus de cancer de la prostate, plus de cancers de l’estomac et plus de cancers du cerveau.

Encore une fois, la preuve que ce sur-risque soit lié aux pesticides n’existe pas encore. Seules des études cas-témoins permettent de faire un lien d’imputabilité, avec un sur-risque estimé entre 1,35 et 1,5 pour les lymphomes (M. Merhi et P. Fabbro-Peray) ; un sur-risque à 2,5 pour les tumeurs cérébrales. L’étude Agrican (agriculture et cancer) est une étude prospective de grande ampleur (suivi de 180 000 personnes sur douze départements) qui sera close en 2017 ; elle permettra d’y voir plus clair, on l’espère.

Des perturbations du système hormonal Les mécanismes de perturbation du système hormonal sont assez simples : parmi les pesticides, des molécules ressemblent aux œstrogènes (hormone « fémi- nisante ») et peuvent se lier à leurs récepteurs dans l’organisme en développement, bouleversant l’équilibre endocrinien du fœtus, des enfants, avec des conséquences tout au long de la vie. L’alerte est donnée au début des années 2000, quand des études observationnelles montrent une augmentation en nombre des malformations génitales chez les garçons évoluant dans des lieux où l’utilisation de pesti- cide est importante (Sultan, Brésil). En 2011, une étude rétrospective estime à 4,4 le risque de malfor- mation génitale chez un enfant d’agriculteur (Sultan toujours, France).

On peux aussi expliquer par ces mécanismes de nombreuses stérilités masculines, des retards de croissance, des syndromes métaboliques (entraînant obésité et diabète), des altérations du développement psychomoteur (dont les syndromes d’hyperactivité, la question se pose aussi pour certains cas d’autisme). L’exposition à ces œstrogéno-mimétiques chez les petites filles augmente les risques de puberté et de sexualisation précoces. Dans certains territoires fortement exposés aux pesticides, des cas de grossesses à l’école primaire ont même été relevés (La Réunion, 2012). Certains auteurs vont même jusqu’à trouver une origine aux troubles de l’identité sexuelle dans ces expositions aux perturbateurs endocriniens.

Manger bio, c’est réservé aux riches Qu’en est-il de la population générale ? Quel rôle ont ces molécules auxquelles on est exposé toute la vie par notre nourriture dans l’explosion des cancers et des maladies métaboliques ? Avec ces quelques éléments qui constituent des « fortes présomptions », que peut-on faire ?

Déjà manger bio, mais c’est un comportement individuel, réservé aux riches, et on n’en fait pas une politique de santé publique. Les autorités ont consenti à reconnaître la maladie de Parkinson en maladie professionnelle chez les agriculteurs exposés aux pesticides, sur la foi de « forte présomption », c’est un pas.

Il faut aller plus loin : interdire l’utilisation de pesticides, en attendant d’avoir compté les morts si on a l’ambition de financer des études transnationales, ou sans attendre si l’on use du principe de précaution. Et aux agriculteurs de réapprendre l’agronomie, et nous produire des aliments sains.

Tribune 08/11/2013 à 11h44 Sylvain Lamure | Interne des hôpitaux

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08 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

PAC: aides couplées fruits et légumes (la conf’)

PAC: aides couplées fruits et légumes (la conf') dans Luttes paysannes et alimentation cassegrain-haricots

Manger des fruits et légumes, oui, mais en boîte !

Mercredi, la Confédération paysanne a boycotté la réunion au ministère de l’Agriculture sur les aides pour les fruits et légumes. Il en sera de même pour les suivantes. En effet, le 24 octobre 2013, le ministère a présenté ses orientations en termes de soutiens couplés : sur une enveloppe d’un milliard d’euros, moins d’une dizaine de millions d’euros seraient alloués au secteur des fruits et légumes… et seulement à ceux destinés à l’industrie !

Ce sont déjà les seules productions en fruits et légumes qui touchent des aides directes issues du découplage. Et on voudrait les aider encore plus en laissant de côté les fruits et légumes frais !

L’enveloppe et la destination qui en est prévue dénote donc un incompréhensible désin- térêt politique pour ces productions. La Confédération paysanne revendique depuis des années la mise en place d’une aide couplée pour les fruits et légumes, plafonnée à 5 ha en arboriculture et 3 ha en maraîchage, afin de toucher le maximum de producteurs dont le plus grand nombre travaille sur des petites surfaces.

Alors qu’on nous martèle qu’il faut consommer cinq fruits et légumes frais par jour, on ne soutient pas la capacité de ces fermes diversifiées à produire une alimentation en cohérence avec les politiques de santé. A contrario, parier sur le seul secteur des fruits transformés avec l’argent public, c’est subventionner l’industrialisation !

Les fermes diversifiées productrices de fruits et légumes satisfont nombres d’enjeux attendus par la société : maillage territorial, pratiques agronomiques souvent plus respectueuses de l’environnement, qualité des produits, diversité de l’offre… Ces fermes, c’est aussi 21% de la main- d’œuvre agricole et de nombreuses installations ! Le ministère est donc bien loin de favoriser l’emploi avec ce type de décisions.

La Confédération paysanne laisse les consommateurs, contribuables, et producteurs évaluer les priorités que le ministère de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire affiche en choisissant de ne doter que les productions en fruits à destination de l’industrie.

L’absurdité de cet arbitrage est révélatrice d’une vision pour l’avenir de l’agriculture : fournir de la matière première bon marché pour les industries agro-alimentaires et pour l’export, au détriment des paysans et de leur capacité de produire une alimentation saine et suffisante pour les consommateurs.

La Confédération paysanne refuse de participer à cette mascarade.

07.11.2013 http://www.confederationpaysanne.fr/actu.php?id=2035&PHPSESSID=5l4815u1rs0077psv7kq7cva87

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08 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Filière avicole, Tilly-Sabco entraîne Nutréa dans sa chute (lt)

Filière avicole, Tilly-Sabco entraîne Nutréa dans sa chute (lt) dans Luttes ouvrières y-en-a-marre-300x182

Nouvelle réplique dans le séisme qui secoue la filière avicole : 60 emplois sont menacés au sein du groupe Nutréa. Le spécialiste de l’alimentation animale est le principal fournisseur de Tilly-Sabco.empty dans Luttes paysannes et alimentation

« On est au pied du mur. » Dominique Bricard, directeur général de Nutréa (*), n’y va pas par quatre chemins : « Chaque jour qui passe, les pertes d’exploitation s’aggravent. Ce ne serait pas responsable de ma part de continuer ». Fournisseur de Tilly-Sabco, Nutréa est touché de plein fouet par la chute du volailler breton. Alimentation mais aussi poussins, c’est 15 % de l’activité du groupe qui est concernée.

« 60 emplois – sur 430 – sont menacés », explique Daniel Riou, délégué CFDT. En première ligne, les sites de Cléden-Poher (29) et Carhaix. C’est là que sont respectivement basés le couvoir et les services de Nutréa Volaille. « 50 % de l’activité est consacrée à Tilly-Sabco », résume Christian Corveller, délégué CFDT des sites finistériens. « On a déjà connu deux semaines blanches en septembre au couvoir. Et l’on est passé de 900.000 poulets par semaine à 600.000. Ce sera 220.000 d’ici à la fin de l’année… À peine une journée de boulot », déplore Christian Corveller. Avec la date butoir du 4 janvier 2014 pour l’arrêt de la volaille d’export, c’est l’abattage du cheptel reproducteur qui est en jeu.   « La décision n’est pas encore prise », explique Dominique Bricard. « Ce serait irréversible pour la filière », plaide le délégué CFDT de Carhaix.

« Un pan de l’aviculture va disparaître »  Les usines de production d’alimentation de Plouagat (22) et Languidic (56) sont également concernées. Et aussi le transport, les abattoirs, les services admi- nistratifs, techniques… « Et les 150 éleveurs de poulets destinés à ce marché avec lesquels nous travaillons… », ajoute le DG de Nutréa. « C’est tout un pan de l’aviculture qui va disparaître… La filière ne peut supporter à elle seule la mise à zéro des restitutions, l’effondrement des prix à l’export et le ni- veau très élevés de l’euro. » « Nous attendons la mise en oeuvre immédiate de solutions émanant de l’Europe et de la France pour préserver et renforcer la volaille export française », ajoute Dominique Bricard. Même son de cloche à la CFDT. Le syndicat déplore que « les entreprises n’aient pas pris les mesures nécessaires à temps alors que la fin des restitutions est connue de longue date », mais con- damne « l’arrêt brutal de ces subventions ». « Il faut laisser le temps aux entreprises de se reconvertir », argue Daniel Riou.

CE extraordinaire mardi  En attendant, 60 postes sont bel et bien menacés à Nutréa. « Réduction d’horaire, chômage partiel… Notre entreprise peut résister un certain temps », plaide le délégué syn- dical qui ne voudrait pas que la trentaine d’intérimaires employés par le groupe ne jouent « les variables d’ajustement ». « On n’a aucune visibilité », rétorque Dominique Bricard. Les négociations débuteront mardi, avec la réunion d’un comité d’entreprise extraordinaire. « On attend les propositions… Mais la priorité, c’est l’emploi. On a su se faire entendre en 2010. S’il faut bloquer les camions et les routes, nous n’aurons pas de scrupules », prévient Daniel Riou.  7 novembre 2013 à 14h18 Claire Marion

(*) Spécialiste de l’alimentation animale, Nutréa emploie 430 salariés. Les deux actionnaires de Nutréa sont Triskalia (55 %) et Terrena (45 %).

http://www.letelegramme.fr/ig/generales/economie/filiere-avicole-tilly-sabco-entraine-nutrea-dans-sa-chute-07-11-2013-2294269.php

 

 

 

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07 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Industrie chimique, sociétés de biotechnologies et géants du trading contrôlent la chaîne alimentaire mondiale (basta)

Industrie chimique, sociétés de biotechnologies et géants du trading contrôlent la chaîne alimentaire mondiale (basta) dans Altermondialisme

Des champs aux hypermarchés, en passant par l’élevage, quelques géants de l’agrobusiness se partagent le marché alimentaire mondial.

Les semences sont la propriété de quelques grands groupes de l’industrie chimique. Une poignée d’entreprises de biotechnologies conçoivent la grande majorité des volailles et poissons d’élevage. D’autres, parfois les mêmes, maîtrisent le commerce international de céréales… Une concentration sans précédent.

En cas de faillite, les filières alimentaires risquent-elles de s’effondrer comme les marchés financiers ? Certes, vous êtes libres d’acheter le produit que vous souhaitez, généralement dans un supermarché. Mais savez-vous vraiment qui élabore vos menus ? Que le poulet en train de rôtir a toutes les chances d’avoir été conçu par le groupe franco-néerlandais Hendrix Genetics ou la firme allemande EW Gruppe ? Que le pain qui servira à accompagner le fromage a été pétri avec de la farine appartenant très probablement à l’une des dix firmes qui contrôlent le marché des céréales ? Et que le blé a été négocié par le groupe français Louis Dreyfus ou l’états-unien Cargill ?

Commençons par les semences, source de toute agriculture, qu’elle soit destinée à l’alimen-tation humaine ou animale. 75 % du marché mondial de semences est contrôlé par seulement… dix multinationales ! Leurs noms ? Monsanto (États-Unis, 26 % du marché mondial), DuPont (États-Unis, 18 %), Syngenta (Suisse, 9 %), Limagrain (France, 5 %), suivis d’une poignée d’autres firmes allemandes, états-uniennes ou japonaises.

Paradoxe de l’actuel modèle agricole : ce sont de grosses firmes de l’industrie chimique qui possèdent, de fait, une grande partie des semences échangées sur la planète ! Tels Monsanto, Syngenta, BASF, Bayer, DuPont et Dow Chemical. Ces six entreprises se partagent aussi les trois quarts du marché mondial de pesticides, estimé à 44 milliards de dollars en 2011. Car il faut bien accompagner la vente des semences de blé, de maïs, de riz ou de soja par des herbicides, insecticides et autres fongicides adaptés.

Les semences aux mains de l’industrie chimique Cet oligopole de six entreprises agrochimiques possèdent également 75 % des budgets privés de recherche sur les croisements végétaux et… 100 % du marché des semences transgéniques, les OGM. « Avec leur entrée dans l’industrie des semences, les géants de la chimie ont commencé à produire des graines qui dépendent des produits chimiques », rappelle l’organisation indépendante britannique Econexus, qui regroupe des scientifiques et des citoyens [1]. D’un côté les semences, synonymes dans les esprits de biodiversité, de terroirs et de multiples variétés. De l’autre, une concentration sans précédent aux mains d’une poignée de firmes !

Car ces semences ne sont pas libres. Bien au contraire. En Europe, cinq de ces firmes – Monsanto, DuPont, Syngenta, BASF et Bayer – détiennent la moitié des brevets sur les plantes, rapporte Econexus. Et désormais, la production et la vente des semences sont interdites sans l’accord de leur propriétaire (lire nos précédents articles). Ce qui entraîne une perte énorme de biodiversité cultivée. Et pas seulement en Europe. 3 000 variétés de riz étaient cultivées aux Philippines dans les années 1960. Il n’en reste plus que deux, sur 98 % de la superficie totale plantée ! Même la FAO (l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation) s’en est inquiété : les trois-quarts de la biodiversité cultivée auraient disparu au cours du 20e siècle, alertait-elle [2].

Quatre « traders » détiennent les clés du placard à provisions planétaire Voilà pour les semences, dont une partie sert à nourrir les animaux d’élevage. Car produire un kilogramme de viande nécessite trois kg de céréales et de soja. Dans l’alimentation animale, la concentration semble un peu moins marquée. Les dix plus gros fabricants de denrées pour bestiaux – dont le thaïlandais Charoen Pokphand suivi de l’états-unien Cargill – contrôlent 16 % du marché mondial. Mais tout dépend du type d’élevage. 90 % de la nourriture donnée au saumon (99 % du saumon consommé provient de l’élevage) est par exemple produite par seulement trois sociétés [3]

Il faut bien que céréales et soja voyagent sur les océans, que le blé européen alimente l’Amé- rique ou que le riz asiatique atteigne l’Afrique. Et là, une petite oligopole de quatre compagnies de « trading » se partagent 75 % du négoce mondial de céréales : les états-uniens Cargill, ADM (Archer Daniels Midland) et Bunge ainsi que le groupe français Louis Dreyfus, spécialisé dans le riz, le coton, le blé, le maïs, le sucre et le jus d’orange. En 2004, ces quatre sociétés ont ainsi acheté 80 % de la récolte mondiale de soja, les trois quarts de la récolte de maïs, 62 % du blé… Elles détiennent de fait les clés du placard à provisions planétaire.

Une poignée de géants influence la génétique animale Une fois les animaux bien engraissés, il faut bien qu’ils se reproduisent, avant d’être emmenés à l’abattoir. Une autre industrie a vu le jour, celle de « la génétique de l’élevage ». Après avoir développé un maïs hybride qui oblige l’agriculteur à racheter chaque année sa semence, la société américaine Pioneer s’est ainsi lancée dans le « poulet hybride » dès 1942. Des lignées de poulets sont développées, et les plus performantes sont croisées. Objectif : produire des poules pondeuses qui donnent beaucoup d’œufs ou des poulets à rôtir qui grossissent rapidement… L’éleveur devient dépendant de ces productives lignées de volailles. Pour chaque nouvelle génération de poulets ou de dindes, il doit s’approvisionner chez le sélectionneur.

Il ne reste aujourd’hui que quatre sélectionneurs dans le secteur du poulet, alors qu’ils étaient onze il y a vingt ans. Le groupe allemand Eric Wesjohann (EW Gruppe) est le leader mondial de la génétique dans le domaine des pondeuses, des poulets et des dindes avec le franco-néerlandais Hendrix Genetics (dont Sofipotréol, le groupe dirigé par Xavier Beulin, président de la FNSEA, est actionnaire). Un autre groupe français, Grimaud, s’est engouffré dans le secteur et est aujourd’hui le deuxième sélectionneur de poulets et le premier en canard. Après vingt ans de rachat des plus petites firmes par les moyennes puis des moyennes par les plus grosses, en matière de génétique animale, la concen-tration est sans précédent : deux entreprises dans le secteur des poules pondeuses, quatre dans les poulets et trois dans les dindes ont la mainmise sur l’offre mondiale de volailles hybrides.

Qui contrôle les usines agroalimentaires ? Autre problème : avec la concentration des entreprises de sélection, la variété des lignes d’élevage s’est considérablement réduite. Les animaux sont de plus en plus semblables génétiquement. Chez les bovins, il n’existe pas encore de lignées hybrides mais l’insémination artificielle, introduite dans les années 40, est très utilisée. Selon l’organisation non gouvernementale ETC Group, un seul taureau d’élevage peut ainsi avoir jusqu’à un million de descendants ! La génétique animale a également attiré Monsanto qui possède une licence sur le génome porcin et a déposé de nombreuses demandes de brevets sur une méthode de sélection porcine assistée par marqueurs. En 2009, sa tentative de breveter des gènes d’une race allemande de porcs, lui permettant de toucher des royalties lors de toute utilisation de cette espèce dans des croisements, avait provoqué un tollé.

A l’autre bout de la filière, la transformation des viandes et céréales en produits de consommation. Ils seront ensuite distribués en grande surface. Le contrôle des usines agroalimentaires est un peu plus diversifié. Dix entreprises se partagent 30 % du marché mondial. On retrouve le suisse Nestlé, les états-unien PepsiCo ou Kraft, le néerlandais Unilever et… Cargill, déjà présent dans l’alimentation animale et le négoce de céréales. Enfin, dans la grande distribution, Walmart et Carrefour se disputent le leadership mondial. Mais les dix premières enseignes de supermarchés ne détiennent « que » 10 % du marché mondial, estimé cependant à 7 180 milliards de dollars, presque trois fois le PIB de la France.

Les petits paysans, plus efficaces que l’agrobusiness Des semences aux hypermarchés, quelques géants de la bouffe imposent, de fait, leur loi sur l’alimentation mondiale. Avec le risque, comme pour les concentrations des marchés financiers aux mains d’une trentaine de banque « systémiques », que le secteur agro-alimentaire s’écroule en cas de faillite ou de krach ? Ces multinationales, et leurs stratégies de privatisation du vivant (OGM, animaux hybrides, productivité basée sur la chimie…), sont-elles vraiment indispensables pour nourrir le monde ?« L’argument« trop gros pour faire faillite » repose sur un mythe puissant : l’idée que, si on n’intensifie pas la production de semences génétiquement mo- difiées, de pesticides ou d’engrais de synthèse, la population mondiale n’aura rien à manger », pointe Kathy Jo Wetter d’ETC Group. Mais ce n’est qu’un mythe : les quelque 3 milliards de producteurs et paysans locaux nourrissent la majorité des habitants de la planète, rappelle ETC Group [4].

Au contraire, la chaîne alimentaire industrielle, tout en utilisant environ 70 % des ressources agricoles mondiales, produit seulement 30 % de l’approvisionnement alimentaire mon- dial… Malgré leurs gigantismes, les leaders du marché sont donc loin d’être incontournables. D’autant que leur impact négatif est considérable : la filière alimentaire industrielle, est gourmande en énergie fossile et en eau. Et implique la déforestation de 13 millions d’hectares chaque année. Un modèle pas vraiment efficace. « Si nous voulons survivre aux changements climatiques, nous devons adopter des politiques qui permettront aux fermiers de diversifier les variétés végétales et animales qui se retrouvent sur nos menus », souligne Pat Mooney d’ETC Group.

Un changement fondamental dans les mécanismes de régulation se révèle nécessaire… et urgent! Selon la FAO, seules douze espèces végétales et quatorze espèces animales assurent désormais l’essentiel de l’alimentation de la planète. par Ivan du Roy, Sophie Chapelle 7 novembre 2013

http://www.bastamag.net/article3488.html

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06 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Réforme de la PAC: une caution verte pour tous (le conf’)

Réforme de la PAC: une caution verte pour tous (le conf') dans Luttes paysannes et alimentation la-crise

Ça devait être la révolution portée par la réforme de la PAC pour 2015-2020 : un paiement vert, « rémunération pour des pratiques bénéfiques pour le climat et l’environnement ».

De lobbying en renoncements, le dispositif a finalement perdu toute son ambition. Les négociations prennent le chemin d’un paiement vert pour tous, sans qu’il faille changer quoi que ce soit aux pra- tiques.

Même la monoculture de maïs pourrait y avoir droit! Qui plus est, la somme attribuée sera fonction des références historiques au lieu d’un montant égal pour tous par hectare. Une nouvelle fois, ce sont donc les mieux dotés de la PAC qu’on favorise, là où on devrait encourager ceux qui font de véritables efforts.

Dans la plupart des cas, ceux qui ont aujourd’hui les aides à la surface les plus impor-tantes, sont ceux qui ont des productions les moins en phase avec les préoccupations environne-mentales. En conservant les différences de paiement anciennes, on va donc donner plus à ceux qui remplissent moins cet objectif.

Par ailleurs, on considèrera, dans les surfaces d’intérêt écologique, des éléments naturels (haies, arbres, mares…) mais aussi des cultures productives, y compris avec usage de produits chimiques. Quant à la diversité des cultures, les maïsiculteurs, qui ont un sens aigü de l’agronomie et de la diversité, pour- raient obtenir que soient considérées comme des cultures différentes le mais semence, le mais grain et le mais doux.

Sur l’obligation de maintien de prairies permanentes, objectif partagé par la Confé- dération paysanne, on ne peut que faire le constat que cette contrainte pèsera surtout sur les éle- veurs qui poursuivent leur activité. On constate aujourd’hui que la disparition des prairies est surtout due à l’abandon de l’élevage dans des fermes qui deviennent céréalières.

Dans la phase actuelle de négociations, la Confédération paysanne voudrait bien que ces inquiétudes soient contredites par le ministre de l’Agriculture.

Après un arbitrage du Président de la République qui a laissé de côté la justice sociale, l’ambition d’une cohérence environnementale, affichée à l’origine, ne doit pas subir le même sort. 04.11.2013

http://www.confederationpaysanne.fr/actu.php?id=2012&PHPSESSID=ss0cn467p40n3t14rrv2jo5ha7

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04 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Pérou, Hugo Blanco, un militant légendaire, pour la terre, pour la Terre-mère (inprecor)

Pérou, Hugo Blanco, un militant légendaire, pour la terre, pour la Terre-mère (inprecor) dans Altermondialisme hugoblancoavion

À bientôt 80 ans, Hugo Blanco, ex-dirigeant paysan, ex-syndicaliste, ex-guérillero, continue à lutter pour la terre.

« Ce n’est plus seulement pour la réforme agraire », déclare-t-il, « il s’agit maintenant de la défense de notre planète. Être de gauche aujourd’hui, être révolutionnaire, c’est défendre notre milieu naturel, l’accès à l’eau, s’opposer à l’extraction minière, aux centrales hydroélectriques, aux causes du changement climatique. » Et il n’a pas renoncé à ses rêves. Je ne savais pas et ne pouvais pas imaginer que Bartolomé Paz, un propriétaire terrien qui n’avait rien de pacifique, en marquant au feu ses initiales sur la cuisse d’un misérable peon du nom de Francisco Zamata, allait aussi marquer la vie de l’enfant Hugo Blanco, et contribuer ainsi à en faire le plus important dirigeant paysan de l’histoire du Pérou. Né Blanco, doublement, par son nom et par sa couleur de peau, il s’est donné comme ligne de vie le destin cuivré de l’indien.

« Au Cuzco, la révolution mexicaine a eu un impact profond avec sa charge d’indi- génisme. Des musiciens s’en sont inspirés pour dénoncer l’injustice ; des peintres, tel Sabogal, l’ont représentée ; nos maîtres d’école nous apprenaient des chansons qui parlaient de la complainte de l’indien ; mon frère me faisait connaître la littérature sociale avec des auteurs comme Jorge Icaza, Ciro Alegría, Rómulo Gallegos ; la guitare de mon père chantait la tristesse de l’indien… tout cela a contribué à ma formation », se souvient Hugo Blanco. « J’étais élève au Collège de sciences. Manuel Odria, un dictateur qui avait pris le pouvoir en 1948, avait placé des petits dictateurs aux postes de directeur des collèges nationaux. Nous sommes partis en grève contre notre tyran local et nous avons obtenu son départ. C’était une première expérience où j’ai appris quelque chose de très important : faire marcher une ronéo. »

À 20 ans Hugo Blanco part en Argentine avec une grande soif de découverte. « J’ai terminé le lycée et je suis allé faire des études d’agronomie à La Plata. J’y ai rejoint mon frère Óscar, qui était secrétaire général de la section locale de l’APRA (1). J’y ai poursuivi mon apprentissage à l’écoute de personnes comme Armando Villanueva, Carlos Enrique Melgar, en lisant José Carlos Mariátegui, Manuel González Prada, Haya de la Torre. C’est là que j’ai découvert que la Bolivie avait connu une révolution en 1952.(2) » « L’APRA connaissait une évolution droitière et mon frère me disait beaucoup de mal du Parti communiste. Je cherchais ma voie et j’ai finalement adhéré au POR (Parti ouvrier révolutionnaire). J’ai su plus tard qu’il était trotskiste. À l’époque se préparait un coup d’État en Argentine, avec l’appui des classes moyennes et des étudiants. À l’université l’atmosphère devenait irrespirable et j’ai choisi d’aller travailler en usine : je m’y sentais bien. »

L’idée était de gagner un peu d’argent pour pouvoir rentrer à Lima. Il a travaillé comme ouvrier dans l’industrie textile, la construction, la métallurgie avant de se retrouver dans une entre- prise importante où existait un syndicat. À cette époque, Richard Nixon, alors vice-président des États-Unis, est venu au Pérou et les petites formations de gauche se sont organisées pour dénoncer sa visite : « Cette manifestation a été impressionnante, beaucoup plus importante que ce que nous avions imaginé. »(3)

« Tierra o muerte » Jeune militant qui n’avait pas froid aux yeux, il s’est trouvé exposé et pour assurer sa sécurité son parti a décidé de le renvoyer dans son Cuzco natal. Il s’est tout de suite engagé dans l’action syndicale. Avec l’aide de sa sœur qui travaillait dans un quotidien, il a commencé à organiser les petits vendeurs de journaux, des gamins de 12 ou 13 ans. Il a recueilli quelques fonds pour pouvoir leur procurer un titre de travail et leur éviter les persécutions de la police. « Un gamin va-nu-pied était considéré comme un délinquant. Le patron du journal m’a fait jeter en prison, mais les gamins ont fait grève et nous avons finalement obtenu bien plus que ce qu’on espérait. »

En prison il s’est retrouvé avec trois paysans de la vallée de La Convención qui lui ont expliqué leur situation. « Le féodalisme a été instauré par les Espagnols sous la forme de l’hacienda, une exploitation agricole dont le maître, el hacendado, était tout à la fois Dieu, le Pouvoir et la Justice. Il châtiait, violait, humiliait et concédait une modeste parcelle au paysan qui, en contrepartie, devait travailler ses terres. Toute la famille, jusqu’aux enfants, devait participer à la récolte. La femme était souvent employée comme domestique. Le hacendado fixait le nombre de jours de travail que lui devait le paysan. En cas d’absence, il se payait en envoyant le contremaître chez le fautif pour prendre ses maigres biens, des vêtements, des outils… C’est ce système qui a été étendu à la vallée de La Convención. »

Il n’y avait plus de terre disponible dans la sierra et au nom de la colonisation le gouvernement en a offert à des prix dérisoires dans la selva (forêt vierge) où se sont formés de gigantesques latifundia. Mais rendre cultivable la terre de la selva est un travail épuisant. « Les indiens de la selva ne compre-naient pas pourquoi il fallait travaillait pour d’autres et ils sont partis vivre sur des terres reculées. Il a fallu faire venir des gens de la sierra mais ils n’étaient pas habitués à ce climat, ils ne connaissaient pas ces maladies ni les médicaments pour les soigner et le taux de mortalité était très élevé. »

Les premières organisations syndicales se sont formées dans la lutte pour réduire le nombre de journées de travail pour le patron, qui variait entre 12 et 20 jours par mois. Les hacendados « distingués » négociaient avec les paysans par l’entremise de leurs avocats. Les « brutes » ne dialoguaient pas et négociaient encore moins. « Si vous croyez que je vais palabrer avec mes indiens pour savoir comment ils doivent me servir… Je fais emprisonner les meneurs et l’affaire est réglée. » Voilà ce qu’ils pensaient et ce qu’ils disaient. « C’est trois de ces meneurs que j’ai connus en prison », se souvient Hugo.

D’abord tenu à l’écart par la Confédération paysanne de Cuzco du fait de son affiliation trotskiste, ridiculement accusé d’être au service de l’impérialisme et des patrons par ceux qui n’arrivaient pas à le faire rentrer dans le rang, Hugo a gagné sa place en affrontant la police dans la rue, en résistant aux tentatives d’interpellation, en organisant des grèves de la faim en prison. Il a enfin été reconnu par la Confédération et cet « agitateur » dont se démarquaient certains dirigeants s’est vu confier la mission d’organiser des syndicats dans tout le pays.

Les grèves ont commencé. « Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite mais avec le début de la réforme agraire les hacendados ont commencé à paniquer. Ils se déplaçaient armés, menaçaient, terrorisaient. Si le paysan faisait appel à la police, c’était pire, ils criaient : “Indiens insensés qui veulent porter plainte, votre patron a le droit de vous tuer comme des chiens.” Il devenait nécessaire d’orga- niser l’auto-défense et on m’a chargé de le faire. »

Le sang n’allait pas tarder à couler. Un hacendado, Pillco, et un garde civil sont venus pour arrêter un syndicaliste, Tiburcio Bolaños. Mais comme ils ne l’ont pas trouvé ils ont tiré sur un pauvre gamin de 11 ans en larmes qui ne pouvait pas leur indiquer où s’était réfugié son parrain. Le syndicat a décidé de demander des comptes au hacendado et c’est Hugo qui a pris la tête de la délégation. Avec des armes de fortune, ils ont passé le premier contrôle policier mais au deuxième les gardes étaient alertés. « On est entré dans le poste de garde, on a expliqué au policier pourquoi nous étions là et je lui ai dit de se rendre. Il a voulu prendre son revolver mais j’ai tiré le premier. Plus tard, j’ai appris que c’était lui qui avait fourni son arme au hacendado qui avait abattu le gamin. »

Deux autres policiers ont été tués dans des affrontements ultérieurs. Quelques mois plus tard Hugo a été arrêté. En tant que dirigeant du groupe, il a assumé la responsabilité de ces morts. Il a été détenu pendant trois ans avant de comparaître devant le tribunal militaire de Tacna, loin de Cuzco. Tout s’est déroulé d’une façon totalement illégale.

C’est au cri de « tierra o muerte » (la terre ou la mort) qu’il est entré dans la salle du tribunal et des voix sourdes dans le public lui ont répondu « venceremos » (nous vaincrons). Ses camarades comparaissaient également. Ils avaient refusé de déclarer, comme on le leur soufflait, qu’ils étaient analphabètes et qu’ils avaient été abusés par le « communiste » Blanco. Les réquisitions du procureur allaient de 25 ans de prison à la peine de mort. On lui a proposé l’exil. « Si j’avais accepté, cela m’aurait interdit de continuer à dénoncer les agissements des patrons et le rôle de la police. Les faits n’étaient pas connus et l’audience était publique. Et je n’allais pas trahir mes camarades qui eux resteraient en prison. » Grâce à une campagne internationale soutenue par des personnalités très connues, comme Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, il a échappé à la peine de mort : ils l’ont condamné à 25 ans de prison.

Coup d’État nationaliste du général Velasco L’exemple de Cuzco s’est propagé dans tout le Pérou. Aux occupations de terre, le gouvernement a répondu par des fusillades. C’est alors que s’est produit le coup d’État nationaliste du général Juan Velasco Alvarado qui a proclamé une réforme agraire générale. En 1970, on a proposé à Hugo de le libérer.

Mais en intraitable rebelle, cet homme qui a donné des maux de tête aux gouvernements de droite comme aux communistes et aux apristes n’a pas fait d’exception avec Velasco. « Tu peux sortir demain, cela ne dépend que de toi, m’a dit une émissaire. Comment ? ai-je demandé. Il faut que tu t’engages à participer à la réforme agraire avec le gouvernement. Non merci, je me suis habitué à la prison, ai-je répondu. Un député ou un mandataire élu d’une instance quelconque garde sa liberté d’expression, mais pas un fonctionnaire public. Pourtant d’autres détenus ont accepté le marché et il y a eu une amnistie générale qui m’a permis de retrouver la liberté. »

Ses camarades insistaient pour qu’il collabore avec le gouvernement . « Tu ne peux pas rester en marge de l’histoire » me disaient-ils et j’ai fini par leur concéder : « Bon, je vais m’engager mais à une condition, c’est qu’on ne fasse pas la réforme agraire que je réclame, ni celle que veut le gouvernement, mais qu’on demande à chaque communauté si elle préfère l’attribution de parcelles, un fonctionnement communautaire ou des coopératives. » Mais rapidement on lui a interdit de quitter Lima avant de le forcer à l’exil. Il reconnaît que des mesures prises par le général Velasco étaient positives. « Il a détruit le latifundium, aussi bien le régime semi-féodal de la sierra que les exploitations industrialisées de la région côtière. Mais le processus n’était pas démocratique et beaucoup de coopératives ont été submergées par la bureaucratie. C’est vrai aussi qu’il a nationalisé l’industrie pétrolière, les mines et la banque. »

Prison et exil Après un court séjour au Mexique, Hugo retourne en Argentine. C’est en 1971, à l’époque du général Lanusse, la dernière dictature militaire avant le retour de Juan Perón. Au bout d’un mois à peine il est arrêté. Il est d’abord emprisonné avec des détenus de droit commun, puis à Villa Devoto, et ensuite dans la prison où se trouvaient les militants de l’ERP (Armée révolutionnaire du peuple, d’origine trotskyste comme lui) dans des conditions très dures. « À nouveau, grâce à la pression internationale j’ai été libéré et j’ai rejoint le seul pays où on pouvait m’accueillir bien : le Chili de Salvador Allende. »

Mais la tranquillité n’est pas dans la nature de notre homme profondément andin. Le coup d’État d’Augusto Pinochet le contraint une fois de plus à la clandestinité. À nouveau la chance l’accompagne en la personne de l’ambassadeur de Suède, Harald Edestam. « Il m’a fait raser, m’a passé le costume de son frère, une cravate noire, des lunettes, il m’a pris en photo et m’a fait faire un passe- port. Je suis devenu Hans Blum, conseiller à l’ambassade de Suède. Et j’ai pu quitter le Chili. » Je me suis installé en Suède et j’ai fait une tournée en Europe pour dénoncer la dictature de Pinochet. Je suis ensuite allé au Canada et aux États-Unis pour dénoncer les violations des droits humains en Amérique latine et la complicité des gouvernements étatsuniens. » C’était en 1977 et au Pérou une grève générale faisait vaciller le gouvernement de Francisco Morales Bermúdez qui avait succédé au général Velasco Alvarado renversé par un nouveau coup d’État.

« Les exilés ont pu revenir et je me suis présenté aux élections à l’assemblée constituante comme candidat du FOCEP (Front ouvrier, paysan, étudiant et populaire). Les candidats bénéficiaient d’un créneau gratuit à la télévision pour présenter leur programme et mon tour est arrivé alors que le gouvernement venait d’annoncer des mesures d’austérité draconiennes. Plutôt que de présenter mon programme j’ai appelé à rejoindre la grève organisée par la centrale syndicale CGTP. J’ai été arrêté en quelques heures, tout comme Javier Diez Canseco et Genaro Ledesma, et nous avons été transférés à Jujuy, dans le cadre du plan Condor qui organisait la coopération des dictatures de la région.

Ce que Morales Bermúdez n’osait pas faire, assassiner Hugo Blanco, était confié à la dictature argentine de Jorge Videla. « Par chance un journaliste nous a pris en photo à la descente de l’avion et cela nous a sauvé la vie. Je me suis retrouvé dans un cachot de Buenos Aires avant d’être à nouveau expulsé vers la Suède. » « Au Pérou j’ai pu me présenter à nouveau comme candidat aux élections. C’est moi qui ai recueilli le plus de votes à gauche et j’ai été élu député en 1980. ». En 1985 Hugo ne s’est pas représenté et il a repris ce qu’il sait faire le mieux, le travail sur le terrain, au sens propre.

« J’étais dirigeant de la CCP (Confédération paysanne du Pérou) et j’ai demandé qu’on m’envoie à Puno. Les « super-coopératives », une des erreurs de la réforme agraire de Velasco, étaient aux mains des bureaucates et les communautés réclamaient ces terres. On parlait d’occupations de terre et j’y suis allé. 1 250 000 hectares ont été récupérés.

En 1989 le gouvernement d’Alan García a tenté de le supprimer. « Les communautés de la région de Pucallpa réclamaient de l’argent à l’État pour la vente de leur récolte de maïs. Après le blocage des routes et des rivières on n’a pas obtenu grand chose mais on a fêté cette modeste victoire en organisant un meeting. Au moment où nous avons entonné l’hymne, la police a ouvert le feu. 23 paysans ont été tués et 28 portés disparus. Je me suis réfugié dans le local de la Confédération et c’est là qu’ils m’ont arrêté. Ils m’ont frappé et mis la tête dans un sac. Heureusement un paysan m’a vu au moment où ils me faisaient monter dans un véhicule, il a appelé la CCP et la CCP a averti Amnesty International. En quelques heures on réclamait ma libération dans le monde entier. » Un an après avoir échappé à la mort, il est élu sénateur sur les listes d’Izquierda Unida (Gauche unie). Puis survient le coup d’État de Fujimori en 1992. Menacé aussi bien par les services secrets que par la guérilla du Sentier lumineux, il se résout une nouvelle fois à l’exil. « Je suis retourné au Mexique et j’ai eu la chance de m’y trouver au moment du soulèvement zapatiste. »

La Terre, avec une majuscule À 78 ans Hugo poursuit la lutte. La terre et ses avatars, dit-il, ne lui laissent pas de repos. Sa lutte pour la terre a pris un autre chemin. Si des années en arrière il se battait pour que le paysan soit maître de ce que le dictionnaire de langue espagnole définit comme « un terrain dédié ou propice à la culture », il lutte maintenant pour la défense de la « troisième planète du système solaire, habitée par des êtres humains ». Mais les deux définitions s’entrecroisent et ne désignent qu’une seule et même chose en langue quechua : la Pachama, la Terre-mère. « L’objectif de la lutte est différent mais il implique toujours la terre et l’homme : réchauffement global, mines à ciel ouvert, agro-industries qui polluent, barrages hydroélectriques qui noient des terrains immenses. » Et toujours aussi radical il mène une action pacifique en publiant un journal, Lucha indigena, avec le même enthousiasme que quand il tirait les fameux tracts sur une ronéo il y a plus de 60 ans au Cuzco.

Tu t’opposes à toute forme d’extraction minière ?  Oui, à toutes. L’extraction minière respon- sable est un conte. Dans le temps, à l’époque des Incas, il y avait des filons. Ils en extrayaient l’or qu’ils fondaient et cela ne portait préjudice à personne. Aujourd’hui il n’y a plus de filons et il faut faire exploser 4 tonnes de roche pour extraire 1 gramme d’or. Dans quelque pays que ce soit, c’est destructeur.

Que signifie être de gauche aujourd’hui au Pérou, Hugo ?  Pour moi, l’avant-garde politique ici est dans le mouvement anti-Conga, dans la lutte contre l’extraction minière à Cañaris ou Celendín. Aujourd’hui, est de gauche celui qui est dans la lutte, et la lutte actuelle au Pérou est, pas seulement mais essentiellement, pour la défense de l’environnement. Et ceux qui se disent de gauche, je ne les y vois pas. Il n’y a pas d’organisation nationale, seulement des associations locales. Je pense qu’elles doivent se rencontrer et s’unir. C’est notre rôle que d’aider à cette unification et c’est ce que j’essaie de faire.

Quand tu avais 30 ans, tu espérais que l’avenir serait différent de ce que nous vivons aujourd’hui, non ?  Oui, je croyais en la révolution. Aujourd’hui je suis plus inquiet : il ne s’agit plus seulement de construire une société plus juste mais de sauver l’humanité. Je garde quand même des raisons d’être optimiste, comme la mobilisation des populations en Grèce, en Espagne et même aux États-Unis. Mais je crois que le temps nous est compté. Regarde — il me montre le short qu’il porte — pourquoi est-ce que je suis habillé comme ça alors que nous ne sommes pas en été ? « Hugo Blanco est toujours vivant ? », m’a-t-on demandé à Montevideo en janvier dernier. Je l’avais vu quelque temps auparavant dans à une manifestation pour l’eau et contre l’extraction minière. « Je crois que oui », ai-je répondu.

Oui, il est vivant, plus vivant que bien d’autres. Et même un peu courbé il continue à marcher. En défense de l’eau, de la terre, de l’humanité, même avec le vent contraire, même quand il faut défendre l’être humain contre soi-même. ■ Sengo Pérez

http://orta.dynalias.org/inprecor/article-inprecor?id=1527

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03 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

PAC : occasion manquée (npa)

PAC : occasion manquée (npa) dans Ecologie & climat goutal-mercredi

Le gouvernement et le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll sont satisfaits de l’accord de principe conclu le 23 octobre concernant la future politique agricole européenne commune (PAC) qui entrera en vigueur en 2015 et assurent qu’elle sera plus juste et plus verte…

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Pourtant, la PAC va continuer à favoriser les grands exploitants et les agro-industriels sans modifier un système qui favorise l’agrandissement des exploitations, qui fait disparaître les plus petites, qui ren- tabilise à outrance l’activité céréalière. Un système où un producteur de lait touche deux fois plus d’aides s’il nourrit ses vaches avec du maïs plutôt qu’avec de l’herbe ! Le résultat de cette politique est catastrophique en matière d’emploi paysan et de conditions de travail.

Plus verte ? Dans les faits, ce sont encore les grosses exploitations, déjà les mieux dotées, qui en profiteront le plus, quels que soient leurs efforts environnementaux, puisque le verdissement ne sera pas forfaitaire, à l’hectare, mais sera basé sur les aides perçues dans les années 2000-2002 quand 80 % de ces aides allaient à 20 % des agriculteurs…

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Aucun frein à la production d’agro-carburants qui utilisent les terres agricoles pour produire de l’essence plutôt que de la nourriture. Rien pour limiter drastiquement les intrants chimiques qui con- taminent les sols et l’eau, empoisonnent les travailleurs de la terre et les consommateurs. Rien sur la préservation de la biodiversité. Rien sur l’interdiction de nourrir les bêtes au soja transgénique. Alors que seul l’agriculture bio devrait être le modèle à promouvoir et à subventionner.

Plus juste ? La convergence des aides, c’est-à-dire le fait que tous les agriculteurs touchent les mêmes montants par hectare, a été dénaturée. Elle sera limitée à 70 % de la différence avec la moyenne natio- nale, et ce pas avant 2019. De plus, les aides des plus nantis ne pourront pas baisser de plus de 20 %, alors que le gouvernement aurait pu aller jusqu’à 30 %. Quant à l’aide censée favoriser les petites ex- ploitations (moins de 52 ha), c’est en réalité une surprime pour les 52 premiers hectares que toucheront toutes les exploitations. Ainsi une exploitation de 100 ha verra ses primes augmenter !

Rien de signi-ficatif en matière d’aide aux petites fermes qui sont les plus créatrices d’emplois ou à celles qui préservent le mieux l’environnement. Pour maintenir des fermes nombreuses, et donc lutter contre la désertification des zones rurales, ainsi qu’une activité agricole diversifiée sur les territoires, la PAC doit privilégier des primes plus justes et dégressives, corrigeant les inégalités, abandonner les aides découplées des productions, basées sur le passé, et couvrir toute la surface agricole utile. La politique agricole doit maintenir des aides significatives couplées aux productions soumises à des contraintes naturelles, aux productions fragilisées : lait, ovins, bovins viandes, fruits et légumes. Des « primes au maintien de troupeaux de ruminants » doivent être créées au nom de l’intérêt environnemental et économique de productions valorisant le pâturage.

Assez de double langage ! Dans le domaine agricole comme ailleurs, le gouvernement Hollande pratique le double langage et se couche devant les exigences de la FNSEA et de l’industrie agroali- mentaire.

Pendant que Le Foll prétend défendre une agriculture plus humaine à Bruxelles, que Martin, à l’environnement, promet de s’attaquer à la pollution aux nitrates, Ayrault, lui, simplifie les règles d’élevage de porcs de 400 à 2 000 têtes et s’obstine avec l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Au nom de la libre entreprise, le gouvernement laisse un patron du BTP implanter en Picardie une usine à vaches qui pourra accueillir 1 700 bovins confinés et gavés d’antibiotiques.

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Alors que l’échec du système actuel est flagrant en Bretagne, on continue avec le toujours plus grand, toujours plus polluant. L’agriculture est une activité vitale qui ne peut être abandonnée aux mains des profiteurs capitalistes. Les paysans qui nourrissent les populations et entretiennent les es- paces sont les premiers à souffrir de l’agriculture intensive qui dévaste l’humanité. Le taux de suicide élevé et l’augmentation des maladies professionnelles témoignent du préoccupant malaise qui règne dans le monde agricole. En agriculture comme ailleurs, les capitalistes ne peuvent avoir la liberté de décider. Il ne faut pas la leur laisser, ils sont trop dangereux !

CorrespondantEs commission nationale écologie Dimanche 3 novembre 2013

Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste – 215 (31/10/2013)

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01 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Un quart de l’agriculture sous la menace de la sécheresse (of)

Un quart de l'agriculture sous la menace de la sécheresse (of) dans Ecologie & climat

Un quart de la production agricole mondiale est issu de régions subissant un fort stress hydrique et 40% de l’alimentation disponible provient déjà de cultures irriguées, selon l’étude d’un institut américain.

Pour le World Ressource Initiative (WRI), «cette étude illustre les tensions entre la disponibilité en eau et la production agricole» et la nécessité de «trouver un équilibre entre ces deux ressources essentielles alors que la population mondiale ne cesse d’augmenter». L’agriculture compte déjà pour 70% des usages de l’eau sur la planète. Bien sûr, notent les auteurs, toutes les cultures ne sont exposées de la même manière.

40% du blé cultivé dans des zones exposées Plus de 40% du blé est cultivé dans des régions exposées à des stress hydriques «élevés ou extrêmement élevés» (centre des Etats-Unis, Sud de l’Europe, Inde du Nord, Chine), mais une plante textile comme le coton est déjà concernée pour moitié de sa production (sud des USA, Asie orientale…).

De même, toutes les cultures n’ont pas la même consommation: les racines et tubercules comme les carottes, betteraves ou pommes de terre requièrent moins d’un demi-litre d’eau pour pro- duire une calorie. Quand les lentilles ou les haricots en nécessitent 1,2 litre/calorie, selon les travaux de l’Université de Twente aux Pays-Bas et le Water Footprint Network. Et si l’irrigation permet d’augmenter la production de façon spectaculaire, la crainte à terme «est de voir toutes les rivières et toutes les nappes aquifères sous tension croissante».

Conflits d’usage «Le véritable problème est de voir les conflits d’usage s’intensifier», estime le WRI: dans des conditions inchangées, «la demande en eau va croître de 50% d’ici 2030 mais la disponibilité ne peut pas augmenter dans la même proportion», prévient-il. L’agriculture représentera la moitié de cette demande supplémentaire à elle seule puisqu’il faut selon les prévisions augmenter la production de calories de 69% d’ici 2050 pour nourrir les 9,6 milliards d’humains projetés par l’ONU. Une carte interactive permet de constater, par culture (du cacao au riz, du caoutchouc au soja) et par région, où se situent les points les plus brûlants. Agriculture jeudi 31 octobre 2013

http://www.ouest-france.fr/actu/AgricultureDet_-Un-quart-de-l-agriculture-sous-la-menace-de-la-secheresse_3640-2244860_actu.Htm

Commentaire: A force de pomper sans arrêt, l’eau douce de la nappe phréatique du Sud Finistère, celle-ci est peu à peu remplacée par de l’eau de mer…

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31 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Ecotaxe, le portique qui cache la forêt (la conf’)

Ecotaxe, le portique qui cache la forêt (la conf') dans Luttes paysannes et alimentation revoltes

Nouveau renoncement du gouvernement, la suspension de l’écotaxe n’aura aucun autre effet que de calmer la mobilisation des transporteurs et des agri-managers.

En fond, la crise de l’agroalimentaire breton est toujours là, et ce n’est pas cette décision populiste qui y changera grand chose. La situation actuelle de l’agroalimentaire est la conséquence de mauvais choix économiques de dirigeants d’entreprises, y compris coopératives, pariant incessamment sur la croissance des volumes, plus que sur la valeur ajoutée des productions bretonnes.

Tout le monde n’est pas en difficulté: regardons d’abord quelle entreprise l’est et son posi- tionnement en termes de produits et de marchés ou encore sa stratégie de rémunération et de forma- tion des salariés. Les travailleurs, qu’ils soient salariés ou paysans sont, ensemble, victimes des dérives de l’industrie agro-alimentaire. Repenser le « modèle » breton en termes de valeur ajoutée et de relo- calisation serait un projet véritablement porteur d’avenir.

Quant à l’écotaxe, dommage collatéral d’une politique à la dérive, elle poursuivait un objectif certes louable, mais ce n’était encore une fois qu’un pansement. Une mesure sensée réduire les émissions pol- luantes, en finançant la construction de routes, ne peut que laisser songeur… Surtout sur fond de voca- tion exportatrice de la France et de recherche de compétitivité qui auraient du mal à s’accommoder du très lent transport fluvial.

Il y a un véritable travail à faire, une ambition à avoir et à assumer, pour que paysans et salariés de l’agroalimentaire ne soient plus tributaires d’un marché dans lequel ils ne sont que des pions. Et cette réflexion doit aussi prendre en compte les questions climatiques, au-delà de l’affichage habituel de bonnes intentions. Les virevoltes systématiques du gouvernement laissent cependant craindre qu’une vision à long terme ne soit pas à l’ordre du jour. 31.10.2013

http://www.confederationpaysanne.fr/actu.php?id=2006&PHPSESSID=ga4iujgrnthdkntn1pn4qikmq6

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