Archive | Luttes paysannes et alimentation

03 février 2016 ~ 0 Commentaire

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Paysans : Une classe longtemps en marge du développement capitaliste

Depuis quelques années se développe en France une agriculture capitaliste, avec un décala- ge par rapport à d’autres pays qui s’étaient engagés plus tôt dans cette voie. Pour comprendre ce retard, si on peut dire ainsi, il faut revenir à l’Histoire.

En mettant fin à la propriété seigneuriale de l’ancien régime, la Révolution française a favorisé la petite propriété plutôt que les grandes exploitations latifundiaires qui prédominaient en Europe du sud. Tous les paysans n’ont pu acquérir suffisamment de terres ; le fermage (location payée en argent) et le métayage (partage de la récolte avec le propriétaire) complé- taient le faire-valoir direct (la terre qui appartient à celui qui la cultive). Les petits paysans complétaient leurs revenus en travaillant chez les plus gros. Mais cette combinaison s’inscrivait dans le cadre d’une exploitation familiale autonome. La polyculture + élevage prédominait, qui occupait toute la famille et souvent des domestiques, les valets de ferme. La nourriture provenait de l’exploitation, confinant parfois à l’autarcie.

Une paysannerie nombreuse et propriétaire Les capitalistes sont restés à l’écart de la production agricole directe pendant plus d’un siècle. Dans une période d’essor de l’industrie, de la banque et du commerce, la terre ne procurait pas un retour sur investissement suffisant : 0,88 % selon une étude de 1911! Les paysans constituaient la majorité de la population, ils nourrissaient les villes. Négociants et transporteurs prélevaient leur bénéfice : le pain était cher ainsi que les autres denrées, ce qui provoquait des vagues de colère dans la population urbaine.

Cela pouvait inciter les prolétaires à revendiquer de meilleurs salaires : pour conjurer ce risque, les capitalistes anglais avaient fait le choix d’ouvrir largement le pays aux importa-btions venues du vaste empire britannique. Les prix bas ruinaient les petits paysans ; n’impor- te, l’industrie avait besoin de bras. Que la France ait fait le choix inverse du maintien d’une agriculture archaïque, au prix d’un lourd protectionnisme, peut paraître aberrant.

L’explication est politique : en développant le prolétariat, les capitalistes avaient conscience de créer leur futur fossoyeur. Le Second Empire puis la Troisième République ont voulu une classe nombreuse de petits propriétaires, conservatrice et garante de l’ordre social, encore influencée par l’Eglise et dans l’ouest par les hobereaux. Cette masse paysanne serait mobili- sable contre les prolétaires partageux comme on l’a vu quand le gouvernement de Versailles a envoyé des troupes d’origine rurale écraser les communards. C’est sans doute cet épisode qui a motivé les choix de la Troisième République.

Quand sa Majesté britannique ouvrait l’Angleterre aux importations, les gouvernements français les entravaient par des droits de douane. Cette politique allait à l’encontre du libre échange qui dominait alors : l’agriculture sortait du droit commun, on parlerait aujourd’hui d’ex- ception agricole. Son promoteur, Jules Méline, républicain modéré, créateur du Crédit agricole et du mérite du même nom, ministre de l’agriculture et président du Conseil, inventa le « tarif ». Selon lui, l’économie française peut être assimilée à un arbre dans lequel l’industrie représente les branches et les feuilles, et où l’agriculture représente le tronc et les racines. Nous ne sommes pas loin de « la terre qui ne ment pas »…( slogan de Pétain, note du blog).

En marge du capitalisme et à son service Le tarif douanier instauré en 1892 consolidait un protectionnisme déjà présent. Il allait maintenir une paysannerie nombreuse, une masse de petites fermes, et cela jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Mais à quel prix ? La viabilité du système reposait sur la misère de beaucoup de familles paysannes, souvent pire que la con- dition ouvrière qui a connu des améliorations tardives mais réelles quand l’essor du syndi-calisme a permis d’imposer des lois sociales. Souvent trois générations vivaient sous le même toit, les valets de ferme mangeaient à la table mal garnie des maîtres et dormaient dans la grange, sans vrai salaire. Le travail des enfants a perduré à la ferme plus longtemps qu’à l’usine ; les vacances scolaires libéraient les enfants pour les travaux des champs.

Le paysan était propriétaire de quelques parcelles et d’une ferme, d’équipements som- maires et de quelques têtes de bétail. Le foncier et les bâtiments, capital accumulé par les générations successives, ne lui rapportaient rien d’autre que le droit de travailler dur. C’était, avec la rémunération dérisoire du travail agricole permise par l’autosubsistance, la condition du maintien d’un système qui aurait explosé si la cherté des denrées avait contraint les capitalistes à augmenter les salaires pour permettre la reproduction de la force de travail.

Libre-échange ou protectionnisme, un vieux débat très actuel Le protectionnisme avait été instauré pour résister à la mondialisation des échanges qui était largement amorcée dans le dernier quart du 19è siècle grâce à l’amélioration du transport maritime. La concurrence internationale menaçait directement les producteurs de blé, produit décisif dans l’alimentation des villes. Les viticulteurs, déjà frappés vers 1880 par les dégâts du phylloxera, furent confron- tés au développement de la production de vin en Algérie. Ce fut une des causes de la révolte du Languedoc en 1907. De même les productions coloniales vinrent concurrencer les huiles de la métropole ; s’agissant de produits « français », on ne pouvait pas leur opposer de barrières douanières.

Les arguments des partisans du protectionnisme ne sont guère différents de discours plus contemporains. La Société des agriculteurs de France, fondée en 1867 par de gros agra- riens, pointe la disparité des charges entre la France et les pays concurrents qui disposeraient de terres abondantes et moins chères et surtout de main-d’œuvre à bon marché. Ceux des partisans du libre-échange sont tout aussi classiques. Ils affirment l’impossibilité de bloquer les importations sans pénaliser les exportations ;  ils dénoncent le frein à la modernisation des exploitations agricoles et à la recherche de gains de productivité qui pourraient sembler superflus à une paysannerie artificiellement protégée.

Comme nous l’avons vu plus haut, les choix politiques ont longtemps primé sur l’écono- mie. Cela a conduit à une France demeurée plus rurale que l’Angleterre, la Belgique ou l’Alle- magne, avec un important électorat conservateur se partageant entre les républicains modérés et la droite cléricale, le socialisme ne s’implantant dans quelques régions qu’entre les deux guerres. Mais la petite taille des exploitations, divisées par les successions, la faiblesse de la mécanisation et de l’utilisation des engrais ont abouti à une agriculture peu concurrentielle dans le monde capitaliste, avec des rendements en céréales et en pommes de terre inférieurs d’un tiers à ceux d’autres pays d’Europe du nord. Cela donne des arguments aux tenants d’une agriculture « moderne », c’est-à-dire pour beaucoup capitaliste.

Les capitalistes pointent leur nez C’est au lendemain de la Grande Guerre que s’amorce l’intensification de la production, en bonne partie en raison de la baisse de la main d’œuvre-disponible. L’hécatombe qui a durement touché le monde paysan ainsi que l’attrait des emplois mieux payés de l’industrie ne laissent guère de choix. Les plus petits paysans et de nombreux salariés alimentent l’exode rural. Les capitalistes, s’ils n’investissent toujours pas dans la terre, trouvent un nouveau débouché avec le développement du machinisme, de l’usage des engrais chimiques et des semences certifiées.

C’est l’époque du Comptoir français de l’azote et des aides de l’Etat à la « chimie natio- nale », des Potasses d’Alsace et de celles de Gafsa, de Kuhlmann (devenu ensuite Ugine puis Pechiney). La séparation devient plus nette entre une majorité de paysans qui continue à consommer l’essentiel des produits de la ferme et une minorité orientée principalement vers le marché. Travaillant toujours pour un faible revenu, le paysan est désormais ponctionné en amont par ses fournisseurs et en aval par le négoce, intermédiaire obligé qui commercialise sa production, sans oublier la banque, le Crédit agricole mutuel, qui multiplie les prêts. Cela ne change rien cependant au modèle agricole qui continue à reposer sur l’exploitation familiale. En 1938, l’agriculture occupait encore 31 % de la population active.

Les années trente sont des années de crise et l’agriculture n’y échappe pas avec des prix qui connaissent d’importantes fluctuations. C’est aussi le début des politiques de régulation avec la création en août 1936 de l’Office du blé et le début de la coopération entre l’Etat et les organisations professionnelles agricoles. La situation des paysans n’était toujours guère envia- ble, la vie quotidienne était dure, les inégalités régionales très fortes. La remise en cause bru- tale d’un modèle basé sur une multitude de petites exploitations n’en fut pas moins très mal vécue. Avec « la fin des paysans », selon le titre du célèbre ouvrage d’Henri Mendras, c’est toute une organisation sociale qui allait disparaître.

Le pacte moderniste Après la Libération, le développement de la production agricole devient une priorité nationale. Il s’agit bien sûr de retrouver le niveau d’avant-guerre et d’en finir avec les pénuries, mais les ambitions vont au-delà : il faut développer les exportations, principale- ment en Europe, et abaisser les prix de revient et de vente pour contribuer au relèvement du niveau de vie. Le 1er plan (1946) en énonce les moyens : bâtir une agriculture convenable- ment orientée et puissamment équipée, grâce à l’équipement de l’exploitation familiale (on ne sort donc pas de ce cadre) et la mécanisation de la grande culture intensive, déjà avancée dans les céréales et la betterave. Cela n’est pas dit explicitement, mais cette modernisation passera par le dégagement de la main-d’œuvre excédentaire, donc la disparition des petites fermes non rentables.

En quelques années, on passe du rationnement à la surproduction. En 1953, les prix de la viande et du lait s’effondrent. En fait cette crise est liée aux structures, celles des exploi- tations modernisées et productives pouvant livrer davantage sur le marché et accroître leur revenu, en se contentant d’un niveau de prix auquel les petites fermes ne peuvent pas résister. L’Etat adopte des mesures de régulation du type de celles qui existent pour les céréales, tout en affichant la gageure de faire régner le « meilleur prix possible à la fois pour le producteur et le consommateur ». Cela suppose un Etat-providence agricole capable d’assurer des prix de soutien, avec entre autres des subventions aux exportations. Mais comme le coût est élevé, la tentation est forte de réserver les aides aux plus productifs et d’accompagner par une sorte de « plan social » la disparition des autres.

C’est le gaullisme qui atteindra cet objectif avec les lois d’orientation de 1960-1962. Cela n’alla pas sans résistances, les manifestations furent nombreuses et souvent violentes, la répression fut sévère. Le gouvernement se heurtait à deux types d’opposants. A droite, les vieux dirigeants de la Corporation, nostalgiques de Pétain, et le mouvement poujadiste qui défendait également l’Algérie française ; à gauche, la contestation portée par le Mouvement de défense des exploitations familiales (MODEF) créé en 1959 par des militants communistes et socialistes qui voulaient défendre les petits producteurs. Comme on l’a vu à de nombreuses reprises, les thèmes de la colère paysanne embrassaient à la fois la question des prix et celle des structures sur un fond général de défense des campagnes contre le gouvernement central.

Mais ce dernier ne céda pas et le ministre de l’agriculture, Edgar Pisani, trouva des alliés dans le monde paysan, dans les cadres formés par la JAC (Jeunesse agricole chrétienne) qui aspiraient à un renouvellement du syndicalisme agricole et avaient pris la direction du CNJA (Centre national des jeunes agriculteurs). Davantage formés et instruits que leurs aînés, ils aspiraient à s’affranchir d’un système qui maintenait les jeunes dans un statut d’aides familiaux, sous la houlette du père et parfois du grand père ; on conçoit que les filles aient été les plus désireuses de changement. Ils voulaient exercer leur métier dans des exploitations viables, sur le modèle de l’Europe du nord, permettant un niveau de vie égal à celui des travailleurs des villes.

Ils collaborèrent donc sans état d’âme à une réforme des structures qui éliminait les petites fermes en imposant un seuil pour les installations et les transmissions et en proposant aux vieux agriculteurs une indemnité viagère de départ. L’exploitation familiale restait la base du système, ce qui passait par la lutte contre les « cumulards » et les propriétaires non exploi- tants. Le capitalisme n’était pas remis en cause, seulement ses excès ; l’idéologie de la JAC était le christianisme social.

En échange de ce soutien, le gouvernement favorisa le dialogue avec le CNJA, amor- çant ainsi une cogestion de la politique agricole. Au nombre des jeunes interlocuteurs on trouve Michel Debatisse et Raymond Lacombe, deux futurs dirigeants de la FNSEA, le premier devenant ministre en 1978, mais aussi Bernard Lambert qui créa le Mouvement des paysans travailleurs, un des ancêtres de la Confédération paysanne.

La fin des paysans ?  Depuis 1967, année de publication du livre d’Henri Mendras qui pointait la disparition de dizaines de milliers de fermes et les risques de la concentration, le mouvement s’est accéléré. La population active agricole directe, hors les emplois induits, représentait 31 % des actifs en 1945 ; aujourd’hui, c’est moins de 3 %. Une des conséquences a été la déser- tification de certaines zones rurales, au niveau au moins des résidents permanents, avec des effets négatifs sur le tissu économique local. La concentration des exploitations a participé à la disparition de tout un réseau de petits opérateurs de proximité, meuniers, fabricants d’aliments, artisans de produits agroalimentaires, abattoirs municipaux. Les services publics ont aussi été impactés.

Nous ne traiterons pas dans cet article des épisodes qui ont jalonné cette évolution. Le marché commun, puis la politique agricole commune ont joué un rôle important. Avec les accords du GATT (prédécesseur de l’OMC) ont disparu les dernières barrières à la mondia- lisation du commerce. Dans cette jungle où seuls survivent les plus forts, les mieux adaptés à la concurrence, ce sont les paysans des pays les plus pauvres qui ont été les premières victi- mes, l’exode rural n’apportant pas des bras à l’industrie mais plutôt une population misérable aux bidonvilles. Mais ce constat ne doit pas faire oublier les disparités au sein du monde agri- cole dans les pays riches. Tous les céréaliers ne sont pas de gros richards, tous les éleveurs ne sont pas petits et pauvres, tous les vignerons n’exportent pas des grands crus.

Moins d’agriculteurs, mais plus riches ? Sans doute leur niveau de vie a-t-il progressé, mais celui des autres catégories sociales également, et pour la plupart d’entre eux il stagne aujourd’hui, voire régresse, sort commun aux classes populaires. Leurs manifestations ne sont pas celles d’éternels mécontents ; la grande majorité s’est lourdement endettée pour suivre les injonctions productivistes, agrandir les exploitations, investir dans le machinisme et les instal-lations, pour se retrouver prise en étau entre des coûts de production qu’ils ne maîtrisent plus et des prix de ventes imposés au plus bas par un nombre restreint d’opérateurs.

La concentration a encore de beaux jours devant elle. Les difficultés d’accès au foncier et les coûts incompressibles des équipements ne facilitent certes pas les installations, mais hors des productions spécialisées offrant des marchés de niche le métier de paysan n’est pas attractif. Cela n’est pas inéluctable, une politique agricole et agroalimentaire anticapitaliste pourrait changer la donne, permettre des créations d’emplois en agriculture, nombreux et correctement rémunérés ; un retour à la terre qui ne serait pas synonyme d’un retour au passé de la paysannerie propriétaire et de l’exploitation familiale mais pourrait reposer sur des exploitations coopératives avec un autre mode de gestion du foncier.

Gérard Florenson Mardi 2 février 2016

https://npa2009.org/paysans-une-classe-longtemps-en-marge-du-capitalisme

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03 février 2016 ~ 0 Commentaire

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Des mutations qui laissent à l’écart beaucoup d’agriculteurs

Il y a du nouveau dans le monde agricole, au point qu’on peut y voir l’amorce d’une rupture dans l’histoire des rapports entre le capitalisme et la terre…

Depuis quelques années se développe en France une agriculture capitaliste, avec un décalage par rapport à d’autres pays qui s’étaient engagés plus tôt dans cette voie.

Le retour à la terre des capitalistes Une agriculture capitaliste, ça n’est pas seulement des paysans propriétaires exploités par les marchands d’intrants et de machinisme, par les ban- ques, les industriels et la distribution. Même si ces fonctionnements classiques se perpétuent et se renforcent du fait de la concentration en aval et en amont de la production, concentration jusqu’à présent bien plus rapide que celle des fermes, il y a du nouveau dans le monde agri- cole, au point qu’on peut y voir l’amorce d’une rupture dans l’histoire des rapports entre le capitalisme et la terre.

La tendance est au développement de grandes exploitations industrialisées et très pro- ductives (souvent au détriment de la qualité et toujours au préjudice de la santé et de l’envi- ronnement) avec des coûts de production plus faibles que la moyenne. Ces exploitations exis- tent en élevage comme dans les grandes cultures, emploient des salariés en plus grand nom- bre soit directement, ce qui est le cas en élevage, soit au travers d’entreprises de travaux agricoles.

Présentées comme des exemples de compétitivité dans le cadre d’une politique axée vers les exportations, elles récupèrent la plus grande partie des aides européennes et natio- nales, ce qui ne les empêche pas d’exiger toujours davantage de subventions et d’exoné-rations fiscales et sociales au prétexte que, fortement insérées dans les marchés mondiaux, elles affrontent la concurrence des pays à faible coût de main-d’œuvre.

Cette agriculture industrielle, gourmande en eau et en intrants, dégage suffisamment de revenus pour intéresser désormais des investisseurs qui n’ont pas grand-chose à voir avec le monde paysan. Le projet de la ferme des mille vaches s’inscrit dans cette logique de déve- loppement d’usines à lait, à œufs, à viande, produisant à bas prix en fonction des exigences des industriels et de la grande distribution.

Ferme est en l’occurrence un terme plutôt décalé, c’est bien d’entreprises dont il est question. Mais si dans un premier temps elles peuvent prospérer sur les ruines des petites et moyennes exploitations, il serait hasardeux de spéculer sur un capitalisme sans crises, ces dernières étant consubstantielles au système ; en agriculture, elles se traduisent par des prix erratiques, la mondialisation démantelant les dernières barrières douanières et la réglemen- tation des marchés, comme on le voit avec la suppression des quotas laitiers.

Intérêt et limites des modèles alternatifs On assiste à la renaissance d’un tissu de petites exploitations, pas toujours en bio mais bénéficiant souvent de labels, privilégiant la vente direc- te, les marchés paysans, les circuits courts et les réseaux de commercialisation indépendants de la grande distribution. Ces exploitations, individuelles ou familiales, peuvent vivre grâce aux prix de vente plus élevés que leur permettent l’évitement d’intermédiaires trop puissants ainsi que le goût des consommateurs pour les produits de qualité.

C’est bien sûr un modèle plus sympathique que l’agriculture industrielle, meilleur pour nos papilles comme pour l’environnement. On ne peut que se réjouir de voir des travailleurs satis- faits de leur métier et parvenant à en vivre. Mais si l’existence de ce type de ferme est précieu- se pour démontrer que le gigantisme n’est pas la voie obligée et pour expérimenter d’autres modes de culture non polluants, il ne faut pas rêver d’un développement tranquille de prati- ques alternatives, à l’insu ou à l’ombre du capitalisme dominant qui finirait, au moins dans le secteur agricole, par s’effondrer tout seul dans une sorte d’an 01. Par ailleurs la propriété privée et le mode familial d’exploitation, typiques de l’agriculture française traditionnelle, sont rarement remis en cause.

L’existence de modes de productions différents est parfaitement tolérable par le Capital. Quand la demande se développe, l’industrie et la grande distribution s’y intéressent pour prélever leur part de bénéfice en proposant des débouchés aux producteurs, au point de proposer des rayons spécialisés en produits locaux de qualité. Quand elle reste marginale, elle est un alibi écologique, un supplément d’âme pour la bourgeoisie, sans compter que les nantis préfèrent bien se nourrir et réserver la malbouffe aux classes populaires. Cependant il s’agit souvent de marchés dits « de niche », représentant une faible part de la production de den- rées alimentaires.

Les débouchés sont limités par le faible pouvoir d’achat d’une grande partie des con- sommateurs qui s’approvisionnent pour l’essentiel dans les grandes surfaces où ils trouvent ou croient trouver des prix plus intéressants. Au-delà des moyens limités d’une population souvent contrainte de comprimer son budget alimentaire pour faire face aux autres dépenses (logement et transports pèsent plus que l’alimentation), il est un autre obstacle au développement d’une agriculture locale de qualité : c’est la concentration des industries agroalimentaires et du commerce.

Jadis chaque canton avait son moulin, son abattoir, son atelier de découpe, sa petite entreprise de transformation. Les uns ont disparu parce que moins rentables face à la concur- rence des grandes minoteries ou des grands groupes, les autres ont été condamnés pour de prétendues raisons sanitaires, en fait faute d’investissements pour améliorer les installations. Chaque village avait sa boulangerie, sa boucherie, son épicerie : on sait la suite.

Il ne s’agit pas d’idéaliser le passé : les petits paysans étaient pressurés par le négoce et la situation des salariés des entreprises artisanales n’avait rien d’enviable (elle ne l’est toujours pas). Les marges des multiples intermédiaires étaient supportées par les consommateurs. Une société débarrassée de l’exploitation capitaliste devra reconstruire sur d’autres bases, sous le contrôle des producteurs agricoles et industriels et de la population, les infrastructures locales indispensables pour un autre développement agricole.

Une majorité de paysans étranglés par le système La majorité des exploitations n’appar- tient ni à l’une ni à l’autre de ces catégories. Petites ou moyennes, individuelles ou en société familiale, elles luttent pour survivre et dégagent de plus en plus souvent des revenus inférieurs au SMIC qui, contrairement au passé où dominait la polyculture, ne sont plus compensés par une certaine autosuffisance. Ce sont ces agriculteurs qui manifestent parfois violemment une colère qui n’est pas toujours tournée vers les responsables de leurs difficultés ; ce sont eux qui sont les premières victimes des polluants qu’ils utilisent à foison ; c’est dans leurs rangs qu’il y a le plus de suicides.

La force du système, bien appuyé en cela par la FNSEA, a été de convaincre ces agricul- teurs qu’ils n’étaient pas des travailleurs de la terre, proches des salariés, mais des chefs d’en- treprise. Or non seulement ils se débattent dans un contexte de plus en plus concurrentiel, mais cette concurrence est loin d’être aussi libre et non faussée que le prétendent les libéraux.

La situation la plus caricaturale est celle des éleveurs en intégration1, devenus une main d’œuvre sans droits ni garanties. Mais bien d’autres sont totalement dépendants des grands groupes privés ou coopératifs, comme on vient de le voir avec Bigard et la Cooperl s’entendant comme larrons en foire pour boycotter le marché du porc breton et refuser d’ap- pliquer les hausses de prix. Coincés entre les fournisseurs d’intrants et d’aliments qui imposent leurs prix de vente (souvent des prix mondialisés comme pour les céréales et le soja, ou liés aux cours du pétrole pour les engrais) et les grands groupes de l’agroalimentaire et de la distribution qui refusent d’augmenter leurs prix d’achat même de quelques centimes, ces agriculteurs sont littéralement étranglés.

Ils ont suivi les conseils des pouvoirs publics : pour être compétitifs ils ont agrandi leur exploitation, ont investi et sont surendettés. Toute baisse des prix de vente met leurs comptes dans le rouge. Acculés, ils expriment légitimement leur rage, mais sans remettre vraiment le système en question. Selon une tradition ancrée chez les « indépendants » ils ne dénoncent pas le libre-échange mais ses excès, les charges, le coût de la main d’œuvre, les règlemen- tations sociales et environnementales plus strictes en France que dans les autres pays, la protection de l’ours et du loup, en résumé la concurrence déloyale.

Comment leur reprocher ce manque de discernement quand aucune alternative au capi- talisme n’apparaît plus crédible ? Pourtant il y a urgence. Transparaît une nostalgie de la « vieille France », une image idéalisée d’un prétendu équilibre social qui n’exista jamais, les années dorées où le protectionnisme de Jules Méline maintenait des prix rémunérateurs. Ce programme rétrograde, souvent mâtiné de machisme et de xénophobie, converge assez avec les propositions démagogiques du Front national pour que celui-ci s’implante, au fil des élections, dans l’électorat paysan et plus largement rural.

Et la violence des milices paysannes contre les ZADistes doit aussi nous faire réfléchir. L’enjeu est de taille pour les anticapitalistes : il ne s’agit ni de stigmatiser une catégorie sociale désespérée, ni d’appeler abstraitement à l’unité ouvrière et paysanne qui demain règlerait tout.

Gérard Florenson Mardi 2 février 2016

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03 février 2016 ~ 0 Commentaire

monde agricole 6 (npa)

valets

Les salariés, oubliés du monde agricole

Les débats sur l’agriculture évacuent souvent les salarié(e)s, soit près d’un million de perma- nents et de saisonniers dans les exploitations agricoles, dans les entreprises agroalimentaires, les négoces et les coopératives. On s’intéresse à juste titre aux difficultés des agriculteurs, moins aux salaires et aux conditions de travail de cette partie du prolétariat

Jadis presque chaque ferme avait ses valets et embauchait des journaliers au moment des récoltes. La mécanisation est passée par là, accélérée par la pénurie de main-d’œuvre due à l’hécatombe de 1914-1918 et par l’exode rural. La tendance s’est inversée. L’agran- dissement des exploitations exige davantage de main-d’œuvre, notamment en élevage mais aussi en horticulture. Les céréaliers emploient peu de salariés permanents mais ont recours à des entreprises de travaux pour les labours, les semailles et les moissons. Or les aides fami- liaux ne sont plus au rendez-vous, conjoints et enfants exerçant d’autres métiers. La volonté des femmes de s’affranchir de l’esclavage qu’ont connu leurs mères et de disposer d’une indépendance financière n’y a pas été pour rien. Les saisonniers restent nombreux lors des vendanges et des cueillettes.

Les travailleurs des industries agroalimentaires Ces entreprises ont connu un dévelo- ppement rapide du fait des évolutions des modes de consommation vers davantage de pro- duits transformés. Cette importante branche de l’industrie a été moins touchée que d’autres par la crise et compte plus de 600 000 salariés, même si les concentrations et les déloca-lisations, comme dans l’industrie sucrière, jouent contre l’emploi.

On connaît les grands groupes comme Danone, Nestlé, Unilever, les gros opérateurs comme Bigard, mais l’agroalimentaire est le domaine de PME qui sont contrôlées par les grou- pes industriels, solution trouvée pour échapper aux seuils sociaux et se livrer au jeu des ces- sions. Ainsi, acquise par Danone, la biscuiterie LU a subi en avril 2001, alors qu’elle était béné- ficiaire, la fermeture de deux sites et un plan de licenciements. Six ans plus tard, Danone revendait LU au groupe US Kraft Foods pour 5,3 milliards d’euros.

Mais si les actionnaires se gavent, les salaires sont bas: pour un ouvrier 10 à 15  % de moins que dans d’autres branches. La précarité, les embauches en CDD, le temps partiel imposé et la flexibilité sont monnaie courante. Les conditions de travail sont le gros point noir. La pénibilité, le port de lourdes charges, l’exposition au froid ou à la chaleur font de l’agro-alimentaire la branche industrielle comptant un nombre d’accidents du travail et une fréquence de maladies professionnelles nettement supérieurs à la moyenne. Les normes de sécurité sont considérées comme des contraintes nuisant à la productivité.

La prédominance de PME favorise le paternalisme, l’absence de syndicats. Les salariés ne sont pas pour autant résignés. Contre Lustucru, Nestlé, Unilever, contre Pilpa, ils se sont battus pour les emplois, imposant des solutions de reprise et allant jusqu’à constituer leur SCOP.

La voie difficile de l’unité ouvrière et paysanne Tout devrait conduire la majorité du mon- de paysan à converger avec les autres classes exploitées. Il y eu des exemples en Bretagne et dans le pays nantais avant 1968 et pendant la grève générale, les paysans aidant les familles ouvrières. Cependant la volonté manifestée par la création du mouvement des Paysans travail- leurs, un des ancêtres de la Confédération paysanne, n’a pas débouché sur un front permanent de lutte.

Les facteurs de division dominent. En 1960, les négociants expéditeurs avaient mobilisé les salariés en les menaçant de chômage contre la grève des livraisons d’artichauts des pro- ducteurs bretons. A l’inverse, il arrive que des commandos paysans tentent de casser des grèves dans l’agroalimentaire, notamment dans des laiteries.

La plupart des agriculteurs se considèrent comme des chefs d’entreprise, écrasés par les « charges » au nombre desquelles les cotisations sociales et victimes de l’acharnement des contrôleurs du travail et de la sécurité sociale. Ajoutons qu’un paysan qui, tout comme un artisan, trime bien plus de 35 heures a du mal à accepter que ses ouvriers rechignent à en faire autant, d’où des rapports sociaux parfois rudes.

La FNSEA (qui adhère au Medef) contrôle la plupart des coopératives, acteur important de la collecte et de la transformation. Or ces coopératives, pas toujours « sociales et solidaires » avec les agriculteurs, ne le sont pas du tout avec leurs salariés qui, même dans les petites structures, ne sont pas mieux traités que dans les entreprises privées. Les appels abstraits à l’unité ouvrière et paysanne sont insuffisants. Ce n’est qu’en prenant en main les entreprises que les salariés pourront tenter, comme le font les ex-FRALIB avec leur SCOP, de tisser d’autres liens avec les producteurs, dans une logique non capitaliste.

Gérard Florenson Mardi 2 février 2016

https://npa2009.org/idees/ecologie/les-salaries-oublies-du-monde-agricole

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01 février 2016 ~ 0 Commentaire

les dessous de la grippe aviaire (basta)

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Guerre commerciale, élevages intensifs, génétique

Dix ans après les premiers cas de grippe aviaire en France, le virus est de retour dans plusieurs élevages du Sud-Ouest. En dépit de l’absence de dangerosité pour l’être humain, le gouvernement veut imposer des mesures radicales y compris dans des départements où aucun foyer du virus n’a été identifié.

Des centaines de petits producteurs risquent de mettre la clé sous la porte. Les intérêts industriels prendraient le pas sur les enjeux sanitaires, dénoncent-ils. Des producteurs fermiers et vétérinaires se mobilisent pour faire la lumière sur la responsabilité de la filière industrielle et des élevages intensifs dans la diffusion du virus.

D’abord l’incompréhension, puis la colère. Benoit Liogé, producteur fermier bio de ca- nards et d’oies en Dordogne, enchaine les réunions depuis la découverte d’un foyer d’influ- enza aviaire – appelé grippe aviaire si elle se transmet à l’homme, ce qui est rare – le 24 novembre dernier dans son département [1]. L’avenir de sa ferme comme celle de centaine d’éleveurs de palmipèdes est désormais incertain.

En cette fin janvier, le gouvernement dénombre 69 foyers répartis dans huit départe- ments du Sud-Ouest [2]. Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire, il n’y aurait pas d’in- quiétude à avoir sur la qualité des produits issus d’animaux contaminés par la grippe aviaire [3]. Le gouvernement a pourtant décidé de sortir l’artillerie lourde pour éradiquer l’épidémie. (…) Sophie Chapelle 1er février 2016

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29 janvier 2016 ~ 0 Commentaire

pendant ce temps en grèce

greece

Les agriculteurs grecs manifestent contre Tsipras…

grece

Et ravitaillent les retraités qui n’ont que des pensions de misère…

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28 janvier 2016 ~ 0 Commentaire

les cochons malades 1 (npa)

porc carte

Du productivisme capitaliste

Moins de six mois après les actions de l’été dernier les éleveurs de porcs sont à nouveau dans la rue, preuve que les problèmes de fond n’ont pas été réglés par les mesures d’urgence prises par le ministère de l’agriculture.

La cause de ce regain de colère est un nouvel effondrement du prix de la viande, celui payé au producteur bien entendu, pas celui que nous trouvons dans les rayons. La baisse du cours mondial des céréales a certes des répercussions sur le coût des aliments mais les recettes des éleveurs diminuent davantage.

Beaucoup d’entre eux, étranglés par les dettes, sont proches de la faillite et n’ont plus de couverture sociale faute de pouvoir s’acquitter de leurs cotisations. Certains, et pas seulement les plus petits, ont déposé le bilan. C’est ce désespoir qui s’exprime à nouveau bruyamment, affolant les pouvoirs publics qui ont une idée de l’accueil réservé par les éleveurs aux membres du gouvernement lors du proche salon de l’agriculture.

Mais revenons sur le semestre écoulé.

Durant l’été 2015 les manifestations des éleveurs de porc, débordant la seule Bretagne qui représente 60% de la production,  avaient ciblé à juste titre les industriels et la grande distribu- tion qui leurs imposaient des prix trop bas pour couvrir les coûts et dégager un revenu. Ce mouvement n’était pas exempt d’illusions sur le « produisons français » mais il mettait confu- sément en cause un système qui écrase les agriculteurs pour dégager toujours plus de profit.

Insupportable pour la FNSEA qui se devait de reprendre les choses en main : le 3 septembre 2015 la grande manifestation de la « solidarité paysanne » avec le blocage de Paris par des centaines de tracteurs sifflait en fait la fin de la récréation et le début des négociations  « responsables ». Message entendu par Stéphane Le Foll puisque le jour même de la manifestation le ministre annonçait un plan en faveur des éleveurs, renforçant les mesures d’urgence en vigueur depuis le 22 juillet.

Cependant la mesure phare, celle qui répondait aux revendications des éleveurs de porc à savoir un prix minimum de 1,40 € le kilo, allait être promptement enterrée. Alors que le ministre se faisait fort d’obtenir ce niveau équilibré, négocié entre toutes les parties, ce sont les indus- triels transformateurs qui ont refusé d’augmenter leur prix d’achat ne fut-ce que de quelques centimes, menaçant de s’approvisionner davantage en Espagne et en Allemagne. Cette fermeté n’était pas au service des consommateurs, le prix de la viande à la production ne représentant que 25% du prix à l’étalage, la proportion étant encore plus faible pour les produits transformés comme la charcuterie et les plats cuisinés.

Qui sont ces industriels assez puissants pour résister avec succès aux exigences des éleveurs et aux demandes, il est vrai bien timides, du gouvernement ? Les « résistants » les plus importants sont deux groupes qui représentent 40% du marché, le privé Bigard et la coo- pérative Cooperl ; il faut ajouter les grandes marques de la charcuterie comme Fleury Michon mais aussi d’autres coopératives qui se comportent comme des entreprises capitalistes. Tou- jours est-il que non seulement le gouvernement a rapidement capitulé mais que les «repré- sentants officiels» ont donné un coup de poignard dans le dos. En effet le 24 septembre la section porcine de l’union des producteurs bretons annonçait qu’elle renonçait à la revendication des 1,40 € du kilo « pour préserver l’existence du marché du porc breton ».

Qu’est-il resté des engagements ministériels ? Outre les aides d’urgence, indispensables pour éviter des faillites mais qui ne règlent rien sur le fond, et le baratin sur l’étiquetage «ori- gine France» qui ne serait en rien une preuve de qualité, le ministre de l’agriculture et la FNSEA se retrouvent pour mettre en avant la « restauration de la compétitivité ». Le dogme est que non seulement il n’est pas possible d’augmenter les prix du fait de la concurrence mon- diale mais qu’il faudrait les abaisser et pour cela diminuer les coûts de production. Ressortent alors les vieilles recettes chères aux « indépendants » : moins d’impôts et de cotisations sociales (étrange contribution aux équilibres budgétaires), moins de « contraintes » sociales et environnementales.

L’objectif non avoué est de concentrer davantage, d’aller vers des « usines à cochons » géantes sans grand souci du bien-être animal et de laisser disparaître les petits et moyens élevages « non rentables ». Dans le même temps il faudrait regrouper un peu plus ce qui reste d’abattoirs spécialisés (actuellement 23 pour la France entière). L’entreprise agricole, avec des salariés mal payés et la liberté de polluer serait donc l’avenir.

Gérard Florenson NPA le 29/01/2016

http://www.anti-k.org/les-cochons-malades-du-productivisme-capitaliste

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28 janvier 2016 ~ 0 Commentaire

les cochons malades 2 (npa)

lefoll-allege

Malheureusement les éleveurs qui manifestent ces dernières semaines, souvent coiffés de bonnets roses et regroupés dans le collectif « Sauvons l’élevage français », restent dans ce cadre idéologique. Certes ils reprennent à juste titre la revendication d’un prix minimum mais ils restent sur le terrain d’une compétitivité qui serait entravée par des distorsions de concurrence.

De plus la dénonciation des intermédiaires fleure le Poujadisme : selon René Le Gouvidès, porte-parole parole du collectif, « Il y a un nombre très important de structures et de coopératives qui font toutes la même chose. Elles ont toute une bardée de salariés, avec des bâtiments, des voitures, des charges fixes que nous, éleveurs, on doit supporter, sauf que notre kilo de cochon, il n’en peut plus aujourd’hui ».

Le collectif se déclare apolitique et indépendant des syndicats, mais son souhait de restructuration de la filière reprend les thèmes favoris de la Coordination Rurale, plutôt mar- quée à droite. http://www.coordinationrurale.fr/la-coordination-rurale-soutient-le- mouve- ment-des-bonnets-roses.html . On y retrouve aussi la volonté d’économiser sur le dos des salariés. Nous restons sur le terrain de l’agriculteur « chef d’entreprise », bien éloigné du « paysan travailleur » solidaire des autres classes exploitées.

René Le Gouvidès peut ajouter la demande d’espaces dédiés aux produits issus du porc français dans les grandes surfaces, cela ne fait pas un programme. Et les Bonnets roses qui réclament une augmentation des débouchés par le développement de l’achat de porcs dans les cantines, outre ce que cela trimballe de pseudo laïcité alimentaire, sont également à côté de la plaque : les viandes étant substituables plus de cochon dans les assiettes signifierait moins de bœuf, d’agneau, de volailles et de poissons, donc le report des difficultés sur d’autres producteurs.

En fait la baisse constatée depuis quelques années de la consommation de viande affec- te moins le porc et la volaille que les viandes plus chères et les ventes de charcuterie se por- tent plutôt bien. Miser sur un marché intérieur en expansion est illusoire et va à l’encontre des préconisations sanitaires et environnementales. Quant aux exportations, la balance commer- ciale de la France est équilibrée en tonnage et déficitaire en euros : on exporte de la viande fraiche et importe de la charcuterie, logiquement plus chère.

Cependant des pays fortement consommateurs comme l’Ukraine ont restructuré leur filière et augmenté leur production en porc mais aussi en volaille, ce qui pourrait provoquer une surproduction à l’échelle européenne. « On aura beau rajouter de l’argent à l’enveloppe, cela ne suffira jamais, si on ne se décide pas à accompagner les paysans vers des systèmes qui les rendent moins dépendants de ceux qui n’ont pas d’autre intérêt que la taille de leur portefeuille ! Il est temps de changer le cap de cette agriculture qui va dans le mur et multiplie les drames humains ».

Nous ne pouvons que souscrire au communiqué du 22 janvier de la Confédération Paysanne. En fait le gouvernement tourne le dos à une véritable organisation des marchés pour satisfaire les industriels de l’agroalimentaire et la grande distribution qui ont besoin d’usi- nes à cochons, comme d’usines à poulets, à œufs ou à lait, pour tirer les prix vers le bas et engraisser leurs actionnaires. Dans ce système les paysans, toujours moins nombreux, deviennent de simples rouages privés d’autonomie qui exploitent à leur tour des salariés et se prennent de ce fait pour des vrais patrons.

Cette crise de l’élevage qui n’en finit pas devrait être l’occasion d’avancer un pro- gramme qui ne soit pas seulement d’urgence. Dans la filière porcine comme dans d’au- tres telle la production laitière, un prix garanti passe obligatoirement par la maîtrise de la pro- duction ; on voit les conséquences catastrophiques de la suppression des quotas laitiers.

Mais ne faut-il pas parler de revenu plutôt que seulement de prix ? En effet un prix identique au kilo favorisera toujours les plus performants, au détriment de la qualité et de l’aménagement du territoire (la concentration de l’élevage porcin dans quelques départements de l’ouest génère trop de transports et de pollutions). Or favoriser la quantité et la compétitivité n’a guère de sens quand les volumes produits sont suffisants voire excédentaires.

Il est encore possible de revenir à des élevages plus nombreux et moins gros et de construire un véritable modèle coopératif, au niveau de la ferme où l’association des produc- teurs – pas forcément dans un cadre familial – remplacerait les rapports patrons-salariés, avec une rémunération par unité de travail garantie par des aides ciblées. A cette coopération des producteurs correspondrait le contrôle par les agriculteurs, les travailleurs de l’industrie et du commerce et par la population de tous les niveaux de la filière.

http://www.anti-k.org/les-cochons-malades-du-productivisme-capitaliste

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24 janvier 2016 ~ 0 Commentaire

vers un bouleversement (lmd)

humour-vegan

De notre modèle alimentaire

Le modèle alimentaire des pays riches, sans précédent dans l’histoire de l’humanité, n’est pas généralisable. Il faut donc en inventer un autre qui soit durable, tant en termes de santé que de protection de l’environnement.

Le même type d’alimentation s’est imposé dans tous les pays industrialisés, en dépit des différences héritées des traditions et liées aux ressources propres à chaque pays. Il se caractérise par :

• une agriculture utilisant de grandes quantités d’intrants, notamment engrais et pesticides ;

• une industrie agroalimentaire puissante proposant de plus en plus d’aliments transformés, souvent prêts à consommer, et contenant des additifs chimiques ;

• une offre extraordinairement diversifiée, ne tenant plus compte des saisons ni de l’origine géographique ;

• des habitudes alimentaires profondément modifiées.

Ces transformations se caractérisent par trois éléments.

D’abord par une inversion du rapport végétal/animal dans les sources de protéines, résultat d’une très forte diminution de la consommation de céréales et de légumineuses, et d’une explosion de celle de viande et de produits laitiers. Ensuite par une augmentation considérable des consommations de matières grasses et de sucres. Enfin par le raffinage de nombreux produits (céréales, huiles, sucres), qui les prive d’une bonne partie de leurs constituants utiles : vitamines, minéraux et fibres.

De plus en plus copié par les pays émergents, ce modèle alimentaire n’est pas généra- lisable, pour des raisons évidentes : les surfaces cultivables sont insuffisantes (il faut de trois à quinze fois plus de surface pour produire la même quantité de protéines sous forme animale que sous forme végétale), la consommation d’énergie est très élevée et le coût est exorbitant. Cette alimentation de luxe contribue, en outre, à l’augmentation de l’incidence de nombreuses maladies, notamment cancer, maladies cardio-vasculaires et diabète.

Il faut, à ce propos, en finir avec l’argument selon lequel l’augmentation constante de l’espérance de vie serait la preuve d’une nutrition adéquate. Une preuve en trompe-l’oeil, car le temps est proche où nous et nos enfants subirons de plein fouet les conséquences du mode de vie actuel (avec la trilogie « malbouffe », sédentarité et pollution), trop récent pour s’être déjà traduit par une augmentation de la mortalité.

En 2002, on pouvait lire dans le Bulletin de l’Organisation mondiale de la santé : « On estime que d’ici 2020 les deux tiers de la charge mondiale de morbidité seront imputables à des maladies non transmissibles chroniques, pour la plupart nettement associées au régime ali- mentaire. Le passage à une alimentation comportant davantage de denrées alimentaires raf- finées, d’aliments d’origine animale et de graisses joue un rôle majeur dans l’épidémie actuelle d’obésité, de diabète et de maladies cardio-vasculaires, entre autres affections non transmissibles. »

Écologique et sanitaire Quel doit donc être le modèle alimentaire de demain ? On peut appliquer à sa recherche trois critères principaux : écologique, en tenant compte des problè- mes de pollution et de la limitation des ressources ; sanitaire, en essayant de définir le modèle le plus apte à nous maintenir en bonne santé ; historique et ethnologique, en regardant l’im- pact du mode d’alimentation d’un certain nombre de peuples sur leur état de santé. Quel que soit le critère choisi, les modes d’alimentation qui s’imposent sont sensiblement les mêmes, et à l’exact opposé de ceux qui se sont généralisés dans les pays riches.

Faut-il pour autant revenir à l’agriculture et à l’alimentation de nos aïeux ? Certai- nement pas. L’agriculture de demain, proche à notre sens de l’agriculture biologique d’aujour- d’hui, devra en effet bénéficier de tous les acquis de la science moderne pour être à la fois productive et durable. Mais il faudra changer de modèle agricole, manger beaucoup moins de viande, cesser d’importer des produits hors saison par avions-cargos entiers (voir p.22), redécouvrir les aliments complets et relocaliser de nombreuses productions.

Ce retour à plus de végétal ne veut pas dire manger, comme nos ancêtres, 600 grammes de pain par jour. Ni ne s’autoriser, comme viande, que la poule au pot tous les dimanches chère à Henri IV. Le retour aux produits locaux et de saison ne signifie pas non plus moins de diversité et l’autarcie.

Reste à savoir si nous saurons faire cette mutation avant qu’une crise mondiale ne nous y contraigne dans la douleur. Or la place croissante prise par les organismes génétiquement modifiés (OGM), l’offre de produits de plus en plus élaborés par les industriels de l’alimen- tation, et de plus en plus hors saison par la distribution, n’incitent pas à l’optimisme. Pas plus que la frilosité des pouvoirs publics lorsqu’il s’agit de s’opposer aux lobbies agricole et agroalimentaire. Claude Aubert

http://www.monde-diplomatique.fr/atlas/environnement/a53636

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17 janvier 2016 ~ 0 Commentaire

grippe aviaire ( la conf’)

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Dangers de la démesure

Le ministère de l’Agriculture a annoncé ce matin la mise en place d’un vide sanitaire sur l’ensemble de la zone de restriction (sud-ouest).

En clair, il s’agit de stopper progressivement tous les élevages (au moins de canards) et de laisser passer plusieurs semaines avant de permettre le redémarrage de l’ensemble de la production de la zone.

Pour certains, cela signifiera un arrêt de production de près de six mois et donc une véritable catastrophe économique et sociale! Par ailleurs, les mesures de biosécurité envi- sagées font peser de lourdes menaces sur les élevages de plein air. Ces mesures volon- taristes obéissent plus à une logique commerciale que sanitaire. Il s’agit, en effet, de rassu- rer les partenaires pour permettre la réouverture des frontières pour l’ensemble des volailles françaises.

Une telle politique, dédiée seulement aux filières d’export, constitue donc une nouvelle attaque contre l’élevage paysan. Si la mobilisation pour gérer cette grippe aviaire est indis- pensable, elle doit s’accompagner de mesures proportionnées pour les élevages fermiers. Ceux-ci génèrent en effet moins de mouvements donc moins de risques. Le maintien de ces fermes est indispensable à l’emploi, aux territoires et à l’alimentation ! 14.01.2016

http://www.confederationpaysanne.fr/

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27 novembre 2015 ~ 0 Commentaire

run ar puñs, châteaulin: climat

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http://www.civam29.org/site/

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