Archive | Luttes paysannes et alimentation

10 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

landunvez (basta)

porcs

Extension de porcherie : la justice bafouée

Le préfet du Finistère vient d’autoriser l’extension de la porcherie Avel vor à Landunvez. Une décision qui va à l’encontre de la protection de la nature et de la santé des riverains.

« Cet élevage répond aux conditions légales d’extension. » Le préfet du Finistère a tranché : il autorise l’extension de la ferme au 12 000 cochons à Landunvez, en Finistère nord. Le projet avait pourtant été retoqué à deux reprises, en 2019 et 2021, par la justice administrative et contestée Eau & Rivières de Bretagne et ses associations membres, l’AEPI et l’APPCL. Mais grâce à une autorisation provisoire de la préfecture, Avel vor s’était déjà agrandie, produisant 27 000 porcs par an.

« Ce n’est pas normal de régulariser par derrière »

« Ce n’est pas normal de régulariser par derrière », réagit Laurent Le Berre, administrateur d’Eau & Rivières et président de l’APPCL. « C’est choquant, le préfet régularise pour éviter de mettre la FNSEA et le lobby porcin en colère, il achète la paix sociale », renchérit Arnaud Clugery.

Le porte-parole d’Eau & Rivière poursuit : « Il s’agit ici d’une illustration de l’impossibilité juridique d’endiguer les installations polluantes et illicites : les associations saisissent la justice, la justice condamne, l’État régularise, les installations polluantes perdurent. Autrement dit, la justice est bafouée par un État qui préfère privilégier l’économie polluante plutôt que la santé humaine. »

Landunvez est une commune littorale où les plages sont régulièrement fermées pour des raisons de santé publique. L’élevage se situe à proximité immédiate des habitations, d’un lotissement, d’une école, d’une garderie, d’une salle de sport et des salles communales. Le projet jouxte également un cours d’eau en mauvais état et se situe au cœur d’un territoire saturé par ce type d’élevages.

« Les services de l’État n’ont pas assez de moyens pour assurer un suivi »

Pour nous rassurer, le préfet a annoncé la mise en place d’une instance locale de suivi et assure que l’origine des pollutions sera recherchée, en toute transparence. « De qui se moque-t-on ? L’origine de la pollution est connue mais les services de l’État n’ont pas assez de moyens pour assurer un suivi », complète Arnaud Clugery.

Eau & Rivières étudie les suites qu’elles pourraient donner à cette affaire, symbole de la lutte contre l’agriculture industrielle, modèle dépassé qui nuit à la nature et aux humains.
10 novembre 2022

https://www.eau-et-rivieres.org/

Aller plus loin

Régularisation de l’élevage, par la préfecture du Finistère

La méga porcherie est toujours illégale – décision de la Cour administrative d’appel de Nantes

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08 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

gwengamp (douriou gouez)

usine-saumon-plouisy

Dourioù Gouez : Journée de mobilisation du 10 décembre 2022

Ferme-Usine à Saumons à Plouisy : Le 10 décembre, nous enterrons le projet !

Le 10 décembre, nous enterrons le projet ! Comment est-il possible aujourd’hui encore de laisser s’implanter des entreprises tel que Smart Salmon ? Procédures opaques, dégâts écologiques considérables, consommation démesurée de ressources en eau, vivons-nous à la même époque que les élus qui peuvent lâchement laisser avancer ce projet ? Nous ne laisserons pas s’installer un projet inutile et destructeur de plus, l’année sèche et brulante que nous subissons ne laisse le choix à personne !

Nous appelons chacun et chacune à nous rejoindre : le SAMEDI 10 DECEMBRE pour massivement enterrer ce projet11H PLOUISY, sur le site de kerisac – PLANTATION DE HAIE

15H GUINGUAMP, place du Vally – MANIFESTATION Dourioù gouez et Reprendre la Bretagne aux machines

Depuis six ans, le projet d’un élevage piscicole géant à Plouisy (22) émerge ponctuellement dans l’espace public. Son avancée reste pourtant si discrète que l’on en vient à douter de son existence même.

Le maire de Plouisy a ainsi dû passer par la presse pour obtenir de Smart Salmon quelques nouvelles, pendant que l’exécutif de Guingamp-Paimpol agglomération (GPA), propriétaire des terrains, fait mine de ne rien savoir en se défaussant sur l’entreprise norvégienne, dissuadant dans le même temps le conseil citoyen de s’y intéresser.

Le président de GPA, Vincent Le Meaux, assure ainsi que l’intercommunalité n’est pas engagée et qu’il sera toujours temps de renoncer ultérieurement. Or, le compromis de vente signé entre Smart Salmon et GPA ne mentionne aucune clause de rétractation.

En effet, comment défendre ce projet autrement que par la dissimulation et le mensonge ? L’usine à saumons de Plouisy consommerait 600m3 d’eau par jour, alors que le département est menacé par la sécheresse et devra à l’avenir importer de l’eau des territoires avoisinants.

Elle aurait une consommation électrique égale à celle de 20 000 habitants sur un territoire chroniquement en difficulté d’approvisionnement ; dégraderait la qualité déjà médiocre des eaux du Trieux et de son estuaire. Un désastre écologique, caché derrière des « retombées économiques » qui sont aujourd’hui remises en question par la filière elle-même.

En effet, la presse professionnelle spécialisée rapporte que le renchérissement du coût de l’énergie a réduit à néant les espoirs de rentabilité de la salmoniculture terrestre. Pourtant, sous cet écran de fumée entretenu par Smart salmon et une partie de l’exécutif de GPA, le projet avance à grande vitesse.

Récemment, l’entreprise a ainsi donné un numéro de prestidigitation devant la presse locale, prétendant que l’usine n’allait consommer que 20 m3 par jour, c’est à dire la différence entre l’eau ponctionnée et celle rejetée : il faudra pourtant bien fournir les 600m3 quotidien à l’élevage, et l’eau rejetée prétendument purifiée sera par ailleurs chargée des rejets de ces milliers de saumons – d’autant que les solutions de retraitement d’eau, très floues, ne convainquent personne.

Il est urgent de faire entendre avec force notre opposition et de défendre notre territoire de vie face à ce projet hors-sol et délétère. Pour les contrer, nous appelons les élus du conseil communautaire à se positionner contre l’usine et à provoquer son abandon immédiat. Nous appelons chacun et chacune à nous rejoindre à Guingamp le 10 décembre pour manifester notre opposition à ce projet, à quelques jours avant la date limite de dépôt en préfecture des dossiers de demande d’autorisation par Smart Salmon.

 8 novembre 2022

https://bourrasque-info.org/

Liste des signataires

Collectif Contre l’Usine à Cochons de Langoat
Sauvegarde du Trégor Goëlo Penthièvre
Collectif Climat Trégor
Guingamp Climat
Bretagne contre les fermes usines
Glaz nature

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08 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

déclaration

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07 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

arbres (ft)

arbres

Un village gallois devient un champ de bataille sur l’éthique du reboisement
Alors que les investissements dans les programmes de plantation d’arbres augmentent, les habitants craignent l’impact sur l’agriculture et doutent des avantages environnementaux.

Le Dr John Llewellyn ne s’attendait pas à passer sa retraite à essayer de bloquer un projet de plantation d’arbres près de chez lui, à Cwrt-y-Cadno, un village endormi du pays de Galles.

Pourtant, ce médecin généraliste à la retraite est devenu l’un des chefs de file d’une campagne visant à stopper une société cotée à Londres qui cherche à développer les terres de la ferme Frongoch avec le soutien financier du gouvernement gallois.

Cet affrontement s’inscrit dans le cadre d’une bataille plus large qui se joue dans les communautés rurales du Royaume-Uni entre les nouveaux investisseurs qui cherchent à profiter des incitations de l’État pour planter des arbres et les résidents, qui craignent que de tels projets ne nuisent aux économies locales et à l’écologie.

« Je pense que c’est vraiment contrariant de voir des entreprises qui viennent de loin, qui achètent des terres dans cette région avec l’incitation à changer l’utilisation de la terre pour un profit à court terme », a déclaré Llewellyn, 64 ans. « [Ils] ne prennent pas en compte les impacts négatifs que leur politique et leurs plans ont sur l’environnement local. »

En 2021, le gouvernement gallois a officiellement adopté des objectifs de boisement dans le but d’atteindre son objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2050.

Il vise à planter 43 000 hectares de forêts mixtes au Pays de Galles d’ici 2030 pour éliminer le CO₂ de l’atmosphère – pour atteindre 180 000 hectares d’ici 2050.

Le gouvernement gallois a créé un ensemble de subventions pour encourager les investissements dans la plantation d’arbres, comme Glastir Woodland Creation, qui a versé plus de 10 millions de livres jusqu’à présent. En septembre, il a lancé deux autres programmes de financement destinés aux agriculteurs et aux propriétaires fonciers, pour un montant de 32 millions de livres.

Dans le village de Cwrt-y-Cadno, dans le Carmarthenshire, autrefois un important lieu d’échange pour les conducteurs de bétail locaux, la Foresight Sustainable Forestry Company est l’une de ces entreprises qui tente de saisir l’occasion.

Elle a jusqu’à présent acquis une cinquantaine de terrains à travers le Royaume-Uni depuis son introduction à la Bourse de Londres l’année dernière, qui a permis de lever 130 millions de livres sterling.

En juillet 2021, Foresight a initialement demandé un permis de construire pour planter des arbres sur 60 hectares de terrain, mais a depuis ramené ce projet à 42,5 hectares, suite à la réaction des résidents qui estiment que l’introduction d’une espèce non indigène pourrait endommager les habitats locaux, la production alimentaire et leur mode de vie.

Les types d’arbres plantés sont devenus une pomme de discorde. La société prévoit que près des trois quarts des arbres soient des conifères, qui sont une espèce extérieure. Cependant, les critiques ont déclaré que cela menaçait la biodiversité et ont exigé qu’elle ne plante que des feuillus indigènes.

La conception proposée par Foresight est toujours en cours d’examen par l’organisme gouvernemental gallois Natural Resources Wales.

L’opposition au projet a été soutenue par une coalition d’organisations, dont les associations non-gouvernementale Initiative for Nature Conservation Cymru et Cambrian Mountains Society, Countryside Alliance Wales, un groupe de campagne politique, et Farmers’ Union of Wales.

Rob Parry, directeur général de l’INCC, a reconnu que « la plantation d’arbres est importante » mais a ajouté que de nombreux sites proposés « sont eux-mêmes des habitats incroyablement importants et nous risquons de perdre un habitat pour un autre ».

Entre-temps, les agriculteurs s’inquiètent du fait qu’ils pourraient se retrouver privés de terres de bonne qualité alors qu’ils luttent pour concurrencer les riches entreprises, dans un débat qui a atteint le Parlement. Au printemps, la commission des affaires galloises a publié un rapport sur les risques posés aux exploitations familiales.

Llewellyn a déclaré : « Non seulement la langue, la culture, le patrimoine et la communauté galloise disparaîtraient si ce projet était reproduit ailleurs, mais cela constitue une menace existentielle pour les communautés d’éleveurs de moutons des hautes terres de tout le Pays de Galles. »

Cependant, Foresight a déclaré qu’elle avait pris en compte les préoccupations locales et qu’un écologiste indépendant avait évalué les plans et prévu une amélioration de la biodiversité du site au fil du temps en utilisant la métrique de biodiversité du ministère de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales, qui calcule le gain net de tels projets.

Le gouvernement gallois a défendu ses efforts pour lutter contre le changement climatique : « Nous devons planter 86 millions d’arbres d’ici à la fin de cette décennie si nous voulons atteindre notre objectif de zéro émission nette d’ici à 2050. Au-delà de la lutte contre les urgences climatiques et naturelles… la plantation d’arbres offre une opportunité considérable à l’économie rurale.

« Nous ne financerons que les projets forestiers capables de démontrer qu’ils répondent aux normes élevées requises par nos programmes », ajoute le rapport.
Arbres nouvellement plantés au Pays de Galles

De nombreux gestionnaires d’actifs profitent de l’essor de la vente d’unités liées au carbone stocké dans les arbres et utilisées pour atteindre les objectifs climatiques. L’année dernière, Manulife, Gresham House et JPMorgan ont tous lancé ou développé des activités liées aux compensations forestières.

Les crédits carbone (ou compensations) sont censés représenter chacun une tonne de carbone évitée ou retirée de l’atmosphère, et sont utilisés par les entreprises pour compenser leurs émissions.

Le prix par hectare plantable a augmenté de 48 % entre 2020 et 2021, selon le rapport sur le marché forestier britannique de 2021 de la société de gestion forestière Tilhill, qui a déclaré que la demande de terres appropriées de la part des investisseurs était « très élevée ».

Mais certains militants écologistes ont reproché aux crédits carbone d’ouvrir la porte à l’ »écoblanchiment », car les acheteurs peuvent les acquérir sans tenir compte de leur propre production.

En réponse, Richard Kelly, codirecteur de Foresight, a démenti les allégations d’écoblanchiment, affirmant que la société générait des crédits délivrés par le Woodland Carbon Code, une norme d’assurance qualité soutenue par le gouvernement britannique pour les projets de création de forêts, qui offre une vérification indépendante des unités de carbone.

Il a ajouté que la société offrait « à de nombreux agriculteurs une sortie intéressante » et payait une « prime supérieure à la valeur agricole » à un moment difficile pour le secteur. L’entreprise a également lancé un programme de formation aux compétences forestières.

Rachel Evans, directrice pour le Pays de Galles de la Countryside Alliance, a demandé que des évaluations de l’impact sur les communautés rurales soient réalisées avant que l’autorisation ne soit accordée pour de tels projets.

« Nous ne sommes pas opposés à la plantation d’arbres, absolument pas », a-t-elle déclaré. « Mais il faut que ce soit le bon arbre au bon endroit, et que ce soit pour le bon effet ».

John Wellings Dr John Llewellyn,  Yasemin Craggs Mersinoglu à Londres

https://www.ft.com/

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06 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

cop27 (daniel tanuro)

climat

COP27 : nouveau sommet du greenwashing, du capitalisme vert et de la répression

La 27e Conférence des parties à la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique commence à Charm-el-Cheikh, en Egypte. Elle est sponsorisée massivement par des multinationales (qui mettent la planète à sac) et organisée par la dictature du général Sissi (qui emprisonne les activistes). La crédibilité de cette COP est nulle.

C’est une illusion totale de croire qu’elle pourrait prendre les décisions radicales qui s’imposent pour limiter sérieusement la catastrophe – pour ne pas parler de l’arrêter dans la justice sociale. En réalité, de COP en COP, la marche à l’abîme continue, et cette mécanique infernale continuera aussi longtemps qu’une convergence des révoltes ne fera pas trembler les possédants.

Comme les précédentes, la COP27 tourne autour de quatre défis : réduire les émissions de gaz à effet de serre (« mitigation »), s’adapter à la part désormais inévitable du réchauffement, financer les politiques nécessaires, le tout en respectant le principe des responsabilités communes mais différenciées, et des capacités différenciées. En clair : tant en termes de mitigation que d’adaptation et de financement, les riches et les pays riches, principaux responsables historiques de l’accumulation de CO2 dans l’atmosphère, doivent assumer leurs responsabilités vis-à-vis des pauvres et des pays pauvres.

Sale temps pour le climat

En gros, au fil des COP annuelles, et en dépit des avertissements de plus en plus pressants des scientifiques, ces quatre défis n’ont été relevés qu’en paroles. Paris (COP21) et Glasgow (COP26) ont clarifié l’objectif sur papier (rester sous 1,5°C, ou limiter au maximum le dépassement, en restant « bien au-dessous de 2°C »), mais n’ont pas pris les mesures permettant de le concrétiser. Il faudrait un miracle pour qu’il en aille autrement à Charm-el-Cheikh.

Le sommet se déroule en effet dans un climat de concurrence intercapitaliste et de confrontation géostratégique croissantes. Les contradictions s’aiguisent à tous les niveaux : entre puissances, entre blocs de puissances, entre Nord et Sud, entre groupes. Depuis la fin de la pandémie, marquée par des phénomènes de désynchronisation économique, et plus encore depuis l’agression impérialiste russe contre l’Ukraine, les tensions sur l’approvisionnement énergétique ont des effets contradictoires : investissements accrus dans les renouvelables à long terme, et relance des fossiles – donc des émissions – et du nucléaire à court terme (1). Du coup, les profits explosent dans les secteurs du pétrole, du charbon, du gaz… et de l’armement. Loin de s’en désengager, la finance lance de nouveaux investissements qui renforcent les dépendances, les phénomènes de « verrouillage technologique » (« lock-in ») (2), les fuites de combustible… et la tendance aux conflits armés. Pas étonnant que les émissions de CO2 dues à la combustion des combustibles fossiles et les émissions de méthane aient atteint des records en 2021. (3)

En même temps, les preuves s’accumulent qui montrent que la catastrophe ne peut plus être évitée : au Pakistan, au Niger, en Sibérie, en Europe, dans la Corne de l’Afrique, en Amérique centrale… partout, la violence croissante des phénomènes météorologiques extrêmes, et le nombre croissant de victimes (4), font écho au cri d’alarme particulièrement strident lancé par le sixième rapport du GIEC ; partout, les classes populaires sont frappées durement. Il faut agir, tout de suite, dans la justice sociale. Mais ce message a moins de chances que jamais d’être entendu. Au terme de débats plus difficiles que jamais, le meilleur résultat qu’on puisse attendre de cette COP est que les protagonistes – qui ont un intérêt commun à faire croire qu’ils maîtrisent la situation – se regrouperont en fin de compte pour la photo de famille, en jurant une fois de plus qu’ils ont fait « un pas en avant ». Personne ne pourra être dupe.

Mitigation : ambitions en berne

Au moment de la COP21 (Paris), les gouvernements n’ont pu que constater le fossé profond séparant leurs plans climat (ou « contributions nationalement déterminées ») de l’objectif « rester bien au-dessous de 2°C tout en continuant les efforts pour ne pas dépasser 1,5°C » dans le respect des « responsabilités et capacités différenciées ». Il a donc été décidé de réviser les plans climat tous les cinq ans, afin de « rehausser les ambitions » à tous les niveaux (mitigation, adaptation, financement). La COP26 (Glasgow) a échoué dans cette tâche. Comme la révision suivante serait intervenue trop tard par rapport à l’échéance cruciale de 2030 (45% de réduction des émissions globales pour rester sur la voie du 1,5°C maximum), les participant.e.s ont convenu que le volet « mitigation » des plans climat, qui est crucial, serait révisé tous les ans jusqu’à la fin de la décennie.

Chaque gouvernement devait donc, avant la COP27, communiquer aux Nations unies une version actualisée de ses objectifs en matière de mitigation. L’UNEP (Programme des Nations unies pour l’Environnement) en a fait une synthèse, à travers son bilan annuel sur le fossé entre ce qui est fait et ce qui devrait être fait. Le résultat est une insulte aux populations victimes des changements climatiques. En effet, ces engagements nouveaux représentent moins de 1% sur l’effort de 45% à faire d’ici 2030 ! Il s’agit de 0,7 Gt de réduction annoncées, grâce essentiellement au rattrapage par les « mauvais élèves » qui n’avaient pas « rehaussé leurs ambitions » avant Glasgow (l’Australie et le Brésil). D’ailleurs, cette année aussi il y a des « mauvais élèves »: la Turquie n’a pas soumis de nouveaux engagements, la Grande-Bretagne a soumis un engagement similaire au précédent, l’Inde et la Russie ont remis des objectifs impliquant… plus d’émissions que leurs engagements de 2021 ! (5)

Le résultat est une insulte aux populations victimes des changements climatiques.

La quantité n’est pas le seul problème. Un groupe de scientifiques s’est penché sur la qualité des promesses de réduction et a constaté qu’une part disproportionnée découle de projets de plantations d’arbres et de restauration des sols. Au total, les plans gouvernementaux de ce genre mobiliseraient 1,2 milliard d’hectares (presqu’un dixième des terres immergées, déduction faite des zones couvertes de glace ou de rocs !). Cela génèrerait inévitablement des contradictions avec les exigences de la production alimentaire. La plus grande partie de cette surface (623 millions ha) serait consacrée à des monocultures d’arbres (très nuisibles à la biodiversité). L’impact réel de ces plantations sur les émissions et les absorptions de carbone est difficile à certifier et assez lent à se matérialiser (dans certains écosystèmes – les savanes par exemple – le GIEC note que cette technique peut même avoir un effet négatif sur l’absorption du CO2). Mais planter des arbres est plus facile – et moins coûteux pour les secteurs concernés ! – que de réduire l’usage des combustibles fossiles, de décarboner les systèmes alimentaires ou de mettre fin à la déforestation. D’autant que, dans de très nombreux cas, ces mécanismes de « compensation forestière des émissions » ne font l’objet ni d’une régulation sérieuse, ni d’un contrôle scientifique rigoureux. (6)

Le verdict de l’UNEP est clair: la « fenêtre des 1,5°C est en train de se fermer ». A cause de l’inaction des gouvernements, a commenté le secrétaire-général de l’ONU. La raison est pointée dans le rapport : « La plupart des acteurs financiers, en dépit des intentions affichées, ont déployé une action limitée du fait de leurs intérêts à court terme, d’objectifs opposés (« conflicting objectives ») et de l’absence de reconnaissance adéquate du risque climatique ». (7) En clair, ce qui est en cause est bien le fondement même du capitalisme : la course au profit entre groupes privés propriétaires des moyens de production. Du fait de cette logique absurde, non seulement le 1,5°C maximum est compromis, mais en plus l’objectif de rester sous 2°C de réchauffement risque d’être pulvérisé. Selon l’UNEP, en effet, les politiques actuelles et les promesses complémentaires (si elles sont tenues !) entraîneraient un réchauffement de 2,4 à 2,6°C au cours de ce siècle. (8)

L’adaptation, jusqu’où ?

Le réchauffement étant en partie inévitable, la question de l’adaptation se pose avec une acuité croissante. Les gouvernements capitalistes s’en saisissent d’autant plus volontiers qu’ils y voient la possibilité de nouveaux marchés dans les secteurs de la construction, des travaux publics, de l’aménagement du territoire, etc. Beaucoup oublient l’avertissement lancé très clairement par le GIEC : mitigation et adaptation sont les deux faces d’une même médaille ; plus le réchauffement augmente, plus les possibilités d’adaptation diminuent.

Il pourrait ne plus être possible déjà de s’adapter aux phénomènes les plus extrêmes, tels que les terribles inondations qui ont frappé le Pakistan cet été. Or, ces phénomènes sont le résultat d’un réchauffement de 1,1 à 1,2°C à peine par rapport à l’ère préindustrielle. Il faut donc le dire clairement : tout dérapage au-delà du 1,5°C augmente les dangers de ruine, de maladie et de mort pour les 50% les plus pauvres de la population mondiale, dont la responsabilité dans le changement climatique est insignifiante, qui manquent de l’essentiel, et qui, en vertu de la justice climatique, ont le droit de multiplier leurs émissions par trois pour satisfaire leurs besoins. (9) Quant à la perspective d’un réchauffement de 2,4 à 2,6°C, la banaliser reviendrait à s’accommoder d’un massacre de masse, un crime contre l’humanité et contre la Terre, d’une ampleur pire que toutes les horreurs génocidaires commises au 20e siècle.

Il est par conséquent très inquiétant d’entendre certaines rumeurs prêtant à certains gouvernements la tentation de remettre en question le +1,5°C, adopté à Glasgow. Les pays membres du G7 n’osent pas toucher à cet objectif. Lors de leur sommet des 26-28 juin, sous présidence allemande, ils ont réaffirmé leur volonté d’atteindre le net zéro en 2050, en passant par -45% d’émissions de CO2 en 2030. Mais certains pays du G20 (qui inclut aussi ceux du G7) sont moins clairs. La réunion de leurs ministres des finances, à Bali les 15 et 16 juillet 2022, a été incapable d’adopter une position nette. Surtout, lors de la réunion des ministres de l’Energie et de l’Environnement des pays membres du G20, en août, les représentants de la Chine et de l’Inde auraient poussé à mettre l’accent sur 2°C plutôt que sur 1,5°C. Le représentant chinois aurait même déclaré que cet objectif est « scientifiquement plus réaliste ». (10)

Il est trop tôt pour tirer des conclusions d’informations aussi parcellaires, mais une chose est certaine : dans tous les pays – pas seulement les pays « émergents », il est hautement probable qu’un certain nombre de responsables politiques se disent in petto que le 1,5°C est irréalisable… et attendent hypocritement que l’insuffisance de leur politique en apporte la « preuve ». Au cours d’une interview récente, Greta Thunberg a rapporté une anecdote significative: « une des personnes ‘les plus puissantes au monde, avec qui elle a longuement discuté en privé, lui a avoué :Si on avait su ce qu’impliquaient vraiment les accords de Paris, on ne les aurait jamais signés !’ »(11)Le Monde, 14/10/2022 

Qui va payer ?

Le maintien de l’objectif « 1,5°C maximum » n’est possible que dans le cadre d’une politique qui respecte strictement le principe des « responsabilités et capacités différenciées ». Or, cet engagement, pris en 1992, ne se concrétise pas plus que les promesses de réduire les émissions. Les pays capitalistes développés freinent des quatre fers. La COP de Cancun (2010) avait décidé la création d’un Fonds vert pour le climat. Sa fonction était d’aider les pays du Sud à relever les défis climatiques, en termes de mitigation et d’adaptation. Les pays riches s’engageaient à y verser cent millards de dollars par an à partir de 2020. Cette promesse n’a pas été tenue. A Glasgow, on a appris qu’il n’y avait que 80 milliards en caisse. La COP26 a donc décidé de mener une débat qui devrait aboutir en 2024 sur un nouvel objectif à partir de 2025. Entre-temps, il semble que les 100 milliards par an pourraient être atteints en 2023, mais en majorité sous forme de prêts, pas de dons. Or, le principe des « responsabilités différenciées » devrait impliquer des dons !

Un aspect encore plus important de la question du financement concerne les « pertes et préjudices ». Les pays les plus touchés par le changement climatique, et qui n’en sont pas responsables, exigent que les pays riches leur versent des compensations en cas de catastrophe. A Glasgow, les pays en développement (« G77 ») avaient demandé qu’un fonds spécifique soit créé à cette intention. Les Etats-Unis et l’Union européenne s’y sont fortement opposés ; ils ont tiré prétexte du manque de temps pour évacuer le problème. Après les catastrophes au Pakistan et au Niger – entre autres – la question reviendra en force à la COP27. Le Pakistan, qui préside le G77, estime la facture de la reconstruction à 35 milliards de dollars. Pour le moment, l’aide qu’il a reçue est inférieure à 8 milliards, et la plus grande partie est versée sous forme de prêts. Inacceptable, pour un pays dont la dette extérieure se monte déjà à 130 milliards de dollars. Combiné avec la hausse des prix énergétiques et alimentaires, le refus des pays riches de payer pour les « pertes et préjudices » risque d’accélérer la plongée des pays du Sud dans une nouvelle spirale de la dette. Architecte des accords de Paris et responsable de la Fondation Climat européenne, Laurence Taubira a raison: « La légitimité de tout le processus climatique des Nations Unies sera mise en question » s’il n’y a pas d’avancée sur ce point à Charm-el-Cheikh. (12)

Enfin, la COP26, avait fait grand cas de la mobilisation du secteur financier. Mark Carney, ex-gouverneur de la Banque d’Angleterre, avait annoncé triomphalement la création de la Glasgow Financial Alliance for Net Zero (GFANZ). A l’en croire, les banquiers et fonds de pension du monde entier trépignaient d’impatience à l’idée de mettre leur capital au service du climat. Cent trente milliards de dollars étaient déjà rassemblés. Un an après, la baudruche se dégonfle. BlackRock et Vanguard ont déclaré carrément qu’ils n’abandonneraient pas les investissements dans les énergies fossiles. Plusieurs partenaires rechignent à l’idée de soumettre la « verdeur » de leurs investissement aux critères des Nations Unies. Ils affirment que ceux-ci les mettraient en contradiction avec la loi anti-trust… (13)

Cynisme, tricheries et répression

Plus encore que les précédentes, la COP de Charm-el-Cheikh est placée sous le triple signe du cynisme, des tricheries et de la répression.

Le cynisme des sponsors, cette année, est incarné par Coca-Cola. La pollution aux plastiques et l’usage de l’eau douce viennent de franchir successivement les seuils de la soutenabilité écologique mondiale (14). Dans ce contexte, le fait qu’un géant de l’accaparement des eaux et de la consommation de plastiques sponsorise la COP est éloquent et ne mérite pas de commentaire. La multinationale affirme crânement que son soutien à la COP « est en ligne avec son objectif scientifiquement fondé de réduire ses émissions de 25% en 2030 pour atteindre le zéro carbone en 2050 ». Pour éclairer cette déclaration, on mentionnera simplement que Coca-Cola, entre 2019 et 2021, a augmenté sa consommation de plastiques de 8,1% pour la porter à 3,2 millions de tonnes…

Côté tricheries, on a le choix. On pourrait faire l’inventaire de tous les soi-disant « accords » – en réalité de simples déclarations d’intention – conclus à grand bruit médiatique par des groupes de pays, lors de la COP26 : « accords » sur le méthane, sur la déforestation, sur le charbon, sur l’arrêt des investissements fossiles, sur la « défense verte »… j’en passe, et des meilleurs. De tout cela, il ne reste rien, ou pas grand chose. L’inconvénient, quand on tire de tels lapins de son chapeau, c’est que l’astuce perd vite en crédibilité. Qu’à cela ne tienne : des milliers d’acteurs climatiques privés débordent d’idées du même tonneau. Un exemple parmi d’autres : l’Independent Science Based Targets (objectifs basés sur la science indépendante).

Mis sur pied en 2015 par de grandes associations environnementales pro-capitalisme vert (genre World Ressource Institute), l’ISBT vise à certifier par la Science les plans « net zéro » des entreprises (pour lesquels les pouvoirs publics n’ont fixé ni standards ni régulation d’aucune sorte). En réalité, les petits malins d’ISBT se contentent de prendre pour argent comptant les données d’émissions fournies par les entreprises qui les paient et de mettre un beau cachet « Science based » sur les plans « net zéro » de leurs clients. Comme les données en question servent de référence aux plans « net zéro », les tricheries les plus grossières sont possible. Le Financial Times, qui n’est pas un journal écosocialiste, cite le cas d’une entreprise de pâte à papier qui a établi sa référence de base en déclarant des émissions provoquées par des feux de forêt sur 139 ha. Un spécialiste de l’observation satellite des feux a prouvé que, cette année-là, plus de 3000 ha de plantations de cette entreprise étaient partis en fumée… et en émissions. (15) En d’autres termes : l’entreprise en question a divisé fictivement ses émissions par vingt pour que son plan « net zéro » semble crédible.

Côté répression, enfin, on se contentera de rappeler que 60.000 prisonniers d’opinion croupissent dans les geôles du général Sissi. Le dictateur a décidé que « sa » COP se déroulerait dans l’ordre. Cette semaine, ses pandores ont arrêté près de 70 personnes qui avaient « des projets de manifestations », selon la Commission égyptienne des droits et des libertés (ECRF). Des personnes ont été arrêtées pour « diffusion de fausses nouvelles » après avoir partagé sur Facebook des appels à des manifestations autour du sommet. (16) Selon Al Jazeera, le militant écologiste indien Ajit Rajagopal a également été arrêté lors d’une marche pacifique du Caire à Charm el-Cheikh. Etc.

Le menu de cette COP est fixé : greenwashing, capitalisme vert et Etat policier. C’est une illusion totale de croire que Charm-el-Cheikh pourrait prendre les décisions radicales qui s’imposent pour limiter sérieusement la catastrophe – pour ne pas parler de l’arrêter dans la justice sociale. En réalité, de COP en COP, la marche à l’abîme continue, et cette mécanique infernale continuera aussi longtemps qu’une convergence des révoltes ne fera pas trembler les possédants. A nous de travailler dans cette perspective.

Daniel Tanuro 3/11/2022

https://www.gaucheanticapitaliste.org/

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06 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

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Les futures sécheresses et incendies (sauf Léon et Trégor)
Selon l’OMM, il y a 50% de probabilité que la température moyenne mondiale dépasse le seuil de 1,5 °C au cours des cinq prochaines années

D’après un nouveau bulletin sur le climat publié par l’Organisation météorologique mondiale (OMM), il y a une chance sur deux pour que la température mondiale annuelle moyenne soit temporairement supérieure de 1,5 °C aux valeurs préindustrielles pendant l’une des cinq prochaines années au moins. Cette probabilité augmentera en outre avec le temps.

Il existe une probabilité de 93 % qu’au moins une des années comprises entre 2022 et 2026 devienne la plus chaude jamais enregistrée et détrône ainsi 2016. Selon ce bulletin sur les prévisions annuelles à décennales du climat à l’échelle mondiale, établi par le Service météorologique du Royaume-Uni (Met Office) qui est le centre principal de l’OMM pour ce type de prévisions, il est également probable à 93 % que la moyenne de la température pour les cinq années de la période de 2022 à 2026 soit supérieure à celle des cinq dernières années (2017-2021).

Le bulletin annuel se fonde sur l’expertise de climatologues de renommée internationale et sur les meilleurs systèmes de prévision des principaux centres climatologiques du monde pour produire des informations exploitables par les décideurs.

La probabilité d’un dépassement temporaire du seuil de 1,5 °C n’a cessé d’augmenter depuis 2015, année où elle était proche de zéro. Pour les années comprises entre 2017 et 2021, la probabilité de dépassement était de 10 %. Elle est passée à près de 50 % pour la période 2022-2026.

«Cette étude montre, avec une grande fiabilité scientifique, que nous nous rapprochons sensiblement du moment où nous atteindrons temporairement la limite inférieure de l’Accord de Paris. Le chiffre de 1,5 °C n’est pas une statistique choisie au hasard. Il indique le point à partir duquel les effets du climat ne seront plus néfastes pour les populations, voire pour la planète entière», a déclaré le Secrétaire général de l’OMM, M. Petteri Taalas.

«Tant que nous continuerons à émettre des gaz à effet de serre, les températures continueront à augmenter. Parallèlement, nos océans continueront à se réchauffer et à s’acidifier, la glace de mer et les glaciers continueront à fondre, le niveau de la mer continuera à s’élever et les conditions météorologiques extrêmes continueront à s’intensifier. Le réchauffement de l’Arctique est particulièrement marqué et les conditions qui prévalent dans cette région ont des répercussions sur la planète entière», a ajouté M. Taalas.

L’Accord de Paris fixe des objectifs à long terme dans le but d’amener l’ensemble des pays à réduire substantiellement les émissions mondiales de gaz à effet de serre et de limiter ainsi à 2 °C l’augmentation de la température mondiale au cours de ce siècle, tout en poursuivant les efforts déployés pour que le seuil de 1,5 °C ne soit pas dépassé.

Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), un réchauffement planétaire de 1,5 °C aggraverait les risques auxquels sont exposés les systèmes naturels et humains, mais lesdits risques seraient moins élevés que pour un réchauffement de 2 °C.

Monsieur Leon Hermanson, du Met Office, qui a dirigé la production du bulletin, a déclaré: «Il ressort de nos dernières prévisions climatiques que la hausse de la température mondiale va se poursuivre et qu’il y a une chance sur deux pour qu’elle dépasse de 1,5 °C les niveaux préindustriels au cours d’une des années de la période comprise entre 2022 et 2026. Une seule année de dépassement du seuil de 1,5 °C ne signifie pas que nous aurons franchi le seuil emblématique de l’Accord de Paris; c’est toutefois le signe que nous nous rapprochons d’un cas de figure où le seuil de 1,5 °C pourrait être dépassé pendant une période prolongée.»

Selon le rapport provisoire de l’OMM sur l’état du climat mondial, en 2021, la température moyenne de la planète a dépassé de 1,1 °C celle de l’ère préindustrielle de référence. La version finale du rapport sera publiée le 18 mai.

Les épisodes La Niña consécutifs du début et de la fin de 2021 ont entraîné un refroidissement des températures mondiales, mais ceci n’est que temporaire et n’inverse nullement la tendance au réchauffement planétaire sur le long terme. L’apparition d’un épisode El Niño contribuerait immédiatement à l’augmentation des températures, comme cela a été le cas en 2016, année qui reste la plus chaude jamais enregistrée.

Les principales conclusions du bulletin annuel se déclinent comme suit:

  • Il est prévu qu’entre 2022 et 2026, la température moyenne annuelle de la planète à proximité de la surface sera supérieure chaque année de 1,1 °C à 1,7 °C aux niveaux préindustriels (moyenne des années 1850-1900).
  • Il y a à peu près une chance sur deux (48 %) que la moyenne de la température mondiale à proximité de la surface dépasse de 1,5 °C les niveaux de l’ère préindustrielle au cours d’au moins une année de la période comprise entre 2022 et 2026. Il n’y a qu’une faible probabilité (10 %) que la moyenne quinquennale dépasse ce seuil.
  • La probabilité qu’au moins une année entre 2022 et 2026 soit plus chaude que l’année la plus chaude jamais enregistrée, à savoir 2016, est de 93 %. La probabilité que la moyenne quinquennale pour la période 2022-2026 soit supérieure à celle des cinq dernières années (2017-2021) est également de 93 %.
  • Comparée à la moyenne de la période comprise entre 1991 et 2020, l’anomalie de température dans l’Arctique devrait être trois fois supérieure à l’anomalie moyenne mondiale lorsqu’elle sera calculée sur les cinq prochains hivers prolongés de l’hémisphère Nord.
  • On ne détecte aucun signe précurseur d’une oscillation australe El Niño pour décembre-février 2022/23, mais il est prévu que l’indice d’oscillation australe sera positif en 2022.
  • Le régime des précipitations prévu pour 2022 par rapport à la moyenne pour la période comprise entre 1991 et 2020 laisse augurer une probabilité accrue de conditions plus sèches dans le sud-ouest de l’Europe et de l’Amérique du Nord, et plus humides dans le nord de l’Europe, le Sahel, le nord-est du Brésil et en Australie.
  • Le régime moyen des précipitations prévu pour la période de mai à septembre entre 2022 et 2026, comparé à la moyenne pour la période comprise entre 1991 et 2020, fait apparaître une probabilité accrue de conditions plus humides au Sahel, dans le nord de l’Europe, en Alaska et dans le nord de la Sibérie et plus sèches sur le bassin de l’Amazone.

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04 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

soja (ecologistas)

soja

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La demande croissante d’huile de soja pour les carburants menace d’effondrer l’Amazonie brésilienne

Une nouvelle étude analyse la relation entre l’utilisation accrue d’huile de soja pour produire des carburants et les niveaux historiques de déforestation dans de vastes régions du Brésil, ainsi que l’augmentation du prix des denrées alimentaires de base et la destruction d’un écosystème essentiel à la vie sur la planète.

Ecologists in Action prévient que l’élimination progressive de l’huile de palme dans la fabrication des carburants conduit à l’utilisation massive d’autres cultures alimentaires comme l’huile de soja, avec des impacts très négatifs qui doivent être stoppés.

L’UE dans son ensemble, et l’Espagne en tant qu’État membre, doivent classer l’huile de soja comme une matière première non durable et cesser immédiatement de l’utiliser pour la production de carburant, comme le propose le Parlement européen.

Selon le rapport publié aujourd’hui par l’organisation européenne Transport&Environnement, dont Ecologistas en Acción est membre, la forte augmentation de la demande d’huile de soja pour produire des carburants est directement liée à l’accélération de la déforestation en Amazonie brésilienne, qui a atteint en 2021 son niveau le plus élevé des 15 dernières années. Cette tendance se poursuivra en 2022, année où l’on enregistre le plus haut niveau de destruction de la forêt tropicale brésilienne entre janvier et août depuis 2008.

Comme le montre l’étude, cette tendance coïncide avec une augmentation progressive de la demande d’huile de soja pour la production de carburant. En effet, alors qu’en 2005, seuls 6 % de l’huile de soja produite dans le monde étaient utilisés dans nos réservoirs, ce chiffre a triplé en 2021 pour atteindre 20 %. Si l’on considère les volumes de soja transformés au cours de cette période, ils ont augmenté de 580 %, passant de 2,1 millions de tonnes en 2005 à 12,2 millions de tonnes en 2021.

L’UE a largement contribué à cette augmentation de la demande. La promotion de la production de carburants à partir de cultures alimentaires dans le cadre de la directive sur les énergies renouvelables a conduit à un doublement de la consommation d’huile de soja dans l’UE entre 2015 et 2017. Et cette tendance pourrait s’aggraver à l’avenir : après le classement par Bruxelles de l’huile de palme comme matière première à haut risque en 2019 et l’abandon prévu de son utilisation en 2030, l’industrie se concentre de plus en plus sur des matières premières telles que le soja. Ainsi, selon les calculs de Transport&Environnement, la demande d’huile de soja pourrait quadrupler dans les années à venir.

Selon le rapport publié, la demande d’huile de soja et la déforestation vont de pair. De vastes étendues de forêt tropicale (comme l’Amazonie) et de savane (comme le Cerrado, un vaste biome au sud de l’Amazonie) ont été défrichées pour la culture du soja. Même les terres déboisées pour l’élevage industriel du bétail ont cédé à la pression de la monoculture du soja, forçant les élevages à s’enfoncer davantage dans la forêt.

Les données présentées dans le rapport sont concluantes : la superficie des terres consacrées à la culture du soja en Amazonie a été multipliée par dix entre 2009 et 2019. Ces chiffres sont conformes aux estimations de la FAO, qui montrent que, si la superficie consacrée à l’élevage est restée stable au Brésil depuis 2000, les terres utilisées pour la culture du soja, du maïs et de la canne à sucre – les cultures les plus demandées pour la production de carburant – ont augmenté de 23, 6,4 et 5,2 millions d’hectares, respectivement.

Paradoxalement, cette augmentation des terres cultivées ne sert pas à produire des aliments pour satisfaire les besoins alimentaires des personnes et des animaux, comme en témoigne le fait que les surfaces consacrées au riz ou aux légumineuses occupent aujourd’hui 3,6 millions d’hectares de moins qu’en 2000.

D’autre part, la forte demande de cultures vivrières pour la production de carburant a entraîné des hausses importantes des prix des huiles végétales, qui ont atteint un niveau record en 2021. La pression exercée sur un produit de base tel que le soja entraîne une augmentation immédiate du coût d’autres matières premières, telles que les huiles végétales, les céréales ou les produits laitiers.

Pour limiter tous ces impacts, l’étude formule une série de recommandations politiques à l’intention de l’UE, qui est en train de réviser la directive sur les énergies renouvelables. Selon Pablo Muñoz, porte-parole de la campagne sur les biocarburants d’Ecologistas en Acción, « l’UE peut et doit mettre un terme aux dommages que l’expansion du soja cause au Brésil et dans d’autres régions du monde. Pour ce faire, la Commission et le Conseil doivent simplement soutenir la proposition du Parlement européen visant à éliminer progressivement les huiles de palme et de soja dans les carburants d’ici 2023.

Cela s’applique également aux différents États membres, déclare le porte-parole de l’environnement : « L’Espagne doit rejoindre les autres pays de l’UE qui ont déjà décidé d’abandonner le palmier et le soja. Rien ne justifie de continuer à brûler des aliments dans nos entrepôts, tout comme rien ne justifie de continuer à déboiser et à aggraver la crise climatique qui nous touche.

4/11/2022

https://www.ecologistasenaccion.org/

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03 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

agriculture (the guardian)

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L’agriculture doit changer, sous peine de « détruire la planète », selon des grandes entreprises.

Un rapport parrainé par certaines des plus grandes entreprises agroalimentaires révèle que le passage à des pratiques durables est trop lent. L’agriculture est la plus grande industrie du monde.

Les entreprises alimentaires et les gouvernements doivent s’unir immédiatement pour changer les pratiques agricoles mondiales, sous peine de « détruire la planète », selon les commanditaires d’un rapport de certaines des plus grandes entreprises agroalimentaires publié jeudi.

Le rapport, rédigé par un groupe de travail au sein de l’Initiative pour des marchés durables (SMI), un réseau de PDG mondiaux spécialisés dans les questions climatiques créé par le roi Charles III, est publié quelques jours avant le début de la Cop27, le sommet des Nations unies sur le climat, en Égypte.

Ces dernières années, bon nombre des plus grandes entreprises agroalimentaires du monde se sont faites les championnes des pratiques agricoles durables. Les pratiques agricoles régénératrices, qui privilégient la réduction des émissions de gaz à effet de serre, la santé des sols et la conservation de l’eau, couvrent désormais 15 % des terres cultivées.

Mais le rythme du changement a été « beaucoup trop lent », selon le rapport, et doit tripler d’ici à 2030 pour que le monde ait une chance de maintenir l’augmentation de la température en dessous de 1,5 °C, un niveau qui, s’il est dépassé, déclenchera un changement climatique encore plus dévastateur pour la planète, selon les scientifiques.

Le rapport est signé par Bayer, Mars, McCain Foods, McDonald’s, Mondēlez, Olam, PepsiCo, Waitrose et d’autres. Ils représentent une force politique et corporative puissante, qui affecte la chaîne d’approvisionnement alimentaire dans le monde entier. Ils sont également, selon les critiques, parmi les plus responsables de la mauvaise gestion du climat, l’un d’entre eux qualifiant le rapport de « poudre aux yeux » et peu susceptible de s’attaquer à la véritable crise.

La production alimentaire est responsable d’un tiers des gaz à effet de serre émis par l’activité humaine et un certain nombre de signataires ont été accusés de méfaits environnementaux et de « blanchiment écologique ». L’activiste Greta Thunberg boycotte la Cop cette année après avoir qualifié le sommet mondial de coup de communication « pour les dirigeants et les personnes au pouvoir afin d’attirer l’attention ».

« Nous sommes à un point critique où il faut agir », a déclaré le président du groupe de travail et PDG sortant de Mars, Grant Reid. « L’interconnexion entre la santé humaine et la santé planétaire est plus évidente que jamais ». Les grandes entreprises alimentaires et l’agriculture doivent jouer un rôle important pour changer cela, a déclaré Reid. « Ce ne sera pas facile, mais nous devons faire en sorte que cela fonctionne », a-t-il déclaré.

L’agriculture est la plus grande industrie du monde. Les pâturages et les terres cultivées occupent environ 50 % des terres habitables de la planète et utilisent près de 70 % des réserves d’eau douce.

La crise climatique met le secteur à rude épreuve dans le monde entier, mais l’appel au changement lancé par le groupe intervient alors que le secteur – qui emploie un milliard de personnes – est confronté à des problèmes de chaîne d’approvisionnement dans le sillage de la pandémie de coronavirus et de l’inflation galopante. Il intervient également dans un contexte de scepticisme croissant à l’égard des promesses de changement des entreprises qui ont contribué au changement climatique.

Greta Thunberg s’exprime sur le délire climatique : « On nous a fait perdre la raison en nous faisant passer pour des écolos. Il est temps de tenir bon ».

Ces problèmes actuels ne doivent pas faire oublier la nécessité d’un changement, affirme le rapport. « Avec l’environnement inflationniste et les perturbations généralisées de la chaîne d’approvisionnement, il serait facile de réduire notre attention sur le défi à plus long terme que représente la mise à l’échelle de l’agriculture régénérative. Mais nous pensons qu’il est vital de maintenir un sentiment d’urgence. Nous devons agir maintenant pour éviter des crises plus graves à l’avenir », écrivent les auteurs.

Sunny George Verghese, directeur général d’Olam, l’un des plus grands fournisseurs mondiaux de fèves de cacao, de café, de coton et de riz, a déclaré : « Nous ne pouvons pas continuer à produire et à consommer des denrées alimentaires, des aliments pour animaux et des fibres de la manière dont nous le faisons aujourd’hui, à moins que cela ne nous dérange de détruire la planète.

« La seule issue pour nous est la transition vers un système alimentaire plus résilient qui nous permettra de répondre aux besoins d’une population croissante sans l’intensité des ressources que nous avons aujourd’hui. »

Le rapport a étudié trois cultures vivrières, la pomme de terre, le riz et le blé, et a formulé des recommandations politiques qu’il présentera à la Cop27.

Les membres du groupe de travail s’efforcent de rendre les arguments économiques à court terme en faveur du changement plus attrayants pour les agriculteurs. « Il n’est tout simplement pas assez convaincant pour l’agriculteur moyen », a déclaré M. Reid.

Plus largement, le rapport affirme que l’industrie et le gouvernement doivent également travailler davantage pour combler le manque de connaissances et s’assurer que les agriculteurs suivent les meilleures pratiques. Enfin, toutes les parties impliquées dans l’industrie agricole, des agriculteurs aux producteurs de denrées alimentaires en passant par le gouvernement, les banques et les assureurs, doivent s’aligner pour encourager le passage à des pratiques plus durables.

« Cela implique un changement pour tous les acteurs, y compris le gouvernement, les entreprises privées, publiques et autres. Aucun acteur ne peut y parvenir seul, il faut une collaboration entre tous ceux qui le souhaitent. Ce qui doit se produire maintenant, c’est l’action et la livraison », a déclaré Reid.

Au cours des six prochains mois, le groupe évaluera la manière dont il peut étendre le travail du groupe de travail dans le but d’établir un ensemble commun de paramètres pour mesurer les résultats environnementaux, d’établir un système crédible de paiements aux agriculteurs pour les résultats environnementaux, d’alléger le coût de la transition des agriculteurs vers des pratiques durables, de veiller à ce que la politique gouvernementale récompense les agriculteurs pour l’écologisation de leurs activités et d’encourager l’approvisionnement en cultures provenant de zones particulières se convertissant à l’agriculture régénérative.

Les scientifiques estiment que la production alimentaire est à l’origine de 35 % des émissions de gaz à effet de serre, et que la viande est responsable de plus de deux fois la pollution des plantes. Les régimes alimentaires respectueux du climat peuvent faire une énorme différence, même si vous ne vous lancez pas dans le véganisme.

Devlin Kuyek, chercheur à Grain, une organisation à but non lucratif qui s’efforce de soutenir les petits agriculteurs, a déclaré qu’il était de plus en plus difficile pour les grandes entreprises agricoles et alimentaires d’ignorer le changement climatique. « Mais je ne pense pas qu’une seule de ces entreprises – disons un McDonald’s – ait pris l’engagement de réduire les ventes de produits très polluants. Je ne pense pas que PepsiCo va dire que le monde n’a pas besoin de Pepsi ».

Kuyek a souligné que Yara, autre signataire du rapport, est le plus grand fournisseur mondial d’engrais à base d’azote, « qui sont responsables d’une tonne sur 40 de gaz à effet de serre émis chaque année ».

« C’est plutôt fallacieux », a déclaré M. Kuyek. « Les petits systèmes alimentaires locaux nourrissent encore la plupart des habitants de la planète et la vraie menace est que le système industriel se développe au détriment du système véritablement durable. Les entreprises créent un peu de fumée et de miroirs ici, suggérant qu’elles font partie de la solution alors qu’inévitablement elles font partie du problème. »

Compte tenu des antécédents controversés de certaines des entreprises impliquées dans le rapport, M. Verghese a déclaré qu’il s’attendait à des critiques et à un examen minutieux. « Toutes les entreprises doivent résister à l’examen minutieux d’être attaquées s’il y a un véritable greenwashing. Il n’y a pas de place pour se cacher », a-t-il déclaré. « En ce qui concerne Olam, nous sommes très clairs sur nos objectifs, nous avons eu la confiance nécessaire pour les rendre publics. Nous avons tous progressé sur la voie du développement durable. Ce n’est pas que nous n’ayons pas fait d’erreurs dans le passé, mais comme nous sommes devenus meilleurs dans ce domaine, nous sommes prêts à être soumis à un examen minutieux. »

M. Reid et M. Verghese ont tous deux déclaré que l’ampleur des problèmes auxquels l’approvisionnement alimentaire mondial est confronté ne peut être minimisée, mais que de plus en plus de gouvernements et d’entreprises sont convaincus de la nécessité d’un changement urgent. « Je crois que le changement est possible », a déclaré M. Verghese.

« Je suis optimiste. Le fait que ce type de coalitions émerge est très positif. Nous sommes tous par ailleurs de très grands rivaux et concurrents. Nous nous détestons, nous ne nous réunissons sur rien, sauf en cas de crise majeure. Tout le monde reconnaît qu’il y a une énorme crise. Nous devons nous rassembler. »

Dominic Rushe Jeu 3 Nov 2022

https://www.theguardian.com/

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Waterlogged wheat, rotting oranges: five crops devastated by a year of extreme weather

Grain

Commentaire:

Méfiance!

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01 novembre 2022 ~ 0 Commentaire

écoterrorisme (l’obs)

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« Ecoterrorisme » : un mot choisi par Darmanin pour délégitimer les écologistes et justifier la répression à venir

Si l’on ne craignait ni les mauvais jeux de mots, ni les prétéritions, on pourrait dire que le vocabulaire de Gérald Darmanin commence à nous bassiner. A propos de la récente manifestation de militants écologistes mobilisés dans les Deux-Sèvres contre une retenue d’eau, le ministre de l’Intérieur parle d’« écoterrorisme ».

Le mot est choisi pour justifier l’incroyable déploiement de force décidé pour protéger ce « mégabassin », mais aussi pour faire peur aux bonnes gens, délégitimer la cause de ces écolos, changer leur image, faire oublier leur « flower power ».

Certes, il y a eu des jets de boules de pétanques ou de cocktails molotov, et des policiers blessés. Mais de tels actes répréhensibles ne sont pas nouveaux dans l’histoire des manifestations. Les soixante-huitards ou les « gilets jaunes » n’ont jamais été qualifiés de terroristes. Il y a donc bien, chez Darmanin, un tournant sémantique assumé.

« Un crime commis pour sauver la nature »

En utilisant ce mot, il choisit la voie anglosaxonne. En Angleterre ou aux Etats-Unis, certains militants écologistes ou défenseurs des animaux, depuis les années 1970, recourent à des tactiques d’action directe illégales. Dans la quasi-totalité des cas, ils ne s’en prennent jamais aux personnes : ils se bornent à dénoncer certaines industries par des sit-in, des blocages, des banderoles. Certains mouvements sabotent des équipements, comme des avions d’épandage ou des tronçonneuses. Mais même les mouvements les plus radicaux comme le Earth Liberation Front, qui prône ce type d’actions, enjoignent leurs militants à « ne pas blesser d’animaux, humains ou non-humains ».

Le terme d’écoterrorisme n’a pas été inventé par des militants radicaux. Il a été imaginé et exploité par leurs adversaires. Il a été conçu comme une contre-offensive à leurs tactiques visant le plus souvent des intérêts d’entreprises privées. Sa première occurrence répertoriée dans le champ politique remonte à février 1983 : c’est le militant américain de droite Ron Arnold, adversaire acharné des environnementalistes, qui le lance dans le magazine « Reason », en le définissait comme « un crime commis pour sauver la nature ».

Le mot va gagner les débats parlementaires à partir de la fin des années 1980, les lobbies des industries forestières et minières poussant à la roue. En 2006, la loi visant à protéger les élevages contre les actions des militants de la cause animale est amendée et rebaptisé elle passe d’Animal Enterprise Protection Act à Animal Enterprise Terrorism Act, ou AETA.

Préparer le terrain à la répression

Après les attentats 11 septembre 2001, le terme « écoterrorisme » va bourgeonner de partout, tant dans les médias que dans les fiches de police. L’amalgame extravagant entre des djihadistes tuant des civils par centaines et des militants s’en prenant à des biens matériels qu’ils jugent nocifs pour la planète passe comme une lettre à la poste.

En France, le 14 septembre 2001, le « Figaro » met dans le même sac José Bové (qui s’en prenait alors aux cultures OGM et aux McDo) et les auteurs des attentats contre le Word Trade Center : « Ce n’est pas la même échelle que les attentats de New York, certes, mais cela procède du même esprit », écrit Max Clos, ancien directeur du journal, dans son bloc-notes.

Le problème, c’est que le vocabulaire n’est pas neutre. Le terme « écoterrrorisme » conduit à banaliser le « vrai » terrorisme, qui implique une violence physique et parfois des meurtres de masse. Surtout, son usage prépare le terrain à une répression disproportionnée.

Aux Etats-Unis, le FBI considère ainsi que toute attaque contre des biens ayant des motivations politiques relève du terrorisme. Il définit l’écoterrorisme comme « l’usage ou la menace d’utiliser la violence de manière criminelle, contre des victimes innocentes ou des biens, par un groupe d’orientation écologique, pour des raisons politiques liées à l’environnement ».

Cela l’a conduit à classer au début de l’année 2001 Earth Liberation Front et même la non violente Reclaim the Streets parmi les « menaces terroristes », ce qui lui facilite la tâche pour autoriser des écoutes, infiltrer des organisations, ou réunir des données personnelles sur les militants du mouvement écologiste.

La France va-t-elle suivre cette voie ? En utilisant le terme d’« écoterrorisme », Gérald Darmanin semble préparer les esprits à une évolution des pratiques policières, voire de la législation.

Pascal Riché   31 octobre 2022

https://www.nouvelobs.com/

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Gérald, arrête de nous bassiner avec l’éco-terrorisme !

« Écoterrorisme » : faute d’action, le pouvoir choisit la criminalisation

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31 octobre 2022 ~ 0 Commentaire

gaz (basta)

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Gaz liquéfié : l’Allemagne va générer « des émissions de CO2 sur des décennies » malgré ses ministres écologistes

Les associations écologistes opposées au ministre Vert

C’est le paradoxe de cette vague de projets de terminaux de gaz liquéfié en Allemagne. Ils sont défendus par un ministre du Climat et de l’Économie issu du parti des Verts, et sont contestés, au moins dans leur ampleur, par les grandes associations environnementales du pays, et par les activistes climatiques. « Nous sommes en colère contre les Verts, surtout au regard de la vitesse avec laquelle le ministre et le groupe Vert au Bundestag ont repris la logique de l’économie fossile », nous dit Ronja Heise, responsable des questions énergétiques à l’association environnementale Robin Wood. Cette ONG s’oppose à l’ensemble des projets en cours, sites temporaires comme futures installations terrestres.

La branche allemande des Amis de la terre BUND ne rejette pas, de son côté, les terminaux flottants destinés à remplacer à très court terme le gaz russe. « Nous sommes prêts à accepter les projets qui contribuent à l’indépendance vis-à-vis du gaz russe, nous ne nous opposerons qu’aux projets qui sont surdimensionnés, précise le chargé de campagne Olivier Powalla.

Tout ce qui résout la crise énergétique, nous le soutenons. Notre critique porte sur les terminaux terrestres qui doivent arriver en 2025-2026, et ne contribuent aucunement à l’indépendance vis-à-vis du gaz russe ni à faire face à la crise énergétique actuelle. Les autorisations d’exploitation leur ont été accordées jusqu’à 2043, c’est complètement déconnecté de la réalité. »

Un autre point de critique est l’origine du gaz. Les plus gros exportateurs, et de loin, de gaz liquéfié sont aujourd’hui les États-Unis, où le gaz de schiste provient de la fracturation hydraulique – un mode d’extraction très polluant – et le Qatar, avec qui l’Allemagne tente de signer des contrats depuis le printemps. Total vise aussi à exporter du GNL vers l’Europe depuis le Mozambique, sur la côte est de l’Afrique. « Les coûts de l’extraction du gaz sont externalisés, dénonce Ronja Heise. « Avec ces projets, on renforce la crise climatique, et ceux qui sont le plus touchés sont dans le Sud. » Comme les terribles inondations au Pakistan cet été l’ont encore une fois montré.

« Nous avons une industrie centrée sur la maximisation du profit »

En août, les activistes de Robin Wood ont avec d’autres groupes organisé une vaste action contre les énergies fossiles, dont le GNL, à Hambourg, le grand port du nord du pays. Elles et ils ont accroché sur l’immense façade du bâtiment de la Philharmonie de la ville deux larges banderoles : « Sortons du gaz maintenant » et « Combattre le capitalisme néocolonial ». « À Robin Wood, nous sommes plutôt ceux qui escaladent des façades que ceux qui discutent autour d’une table de négociations », sourit la militante.

Ronja Heise regrette que la crise climatique passe au second plan derrière la menace de manquer de gaz. « Ce n’est pas possible que des milliards d’euros d’argent public viennent encore aujourd’hui financer des infrastructures d’énergies fossiles, défend-elle. Avec les terminaux de GNL, surtout les terrestres, on va continuer à produire des émissions massives de CO2 sur des décennies, alors qu’il existe des possibilités de se rendre indépendant du gaz russe sans cela, avec des économies d’énergie et le développement des énergies renouvelables. C’est là qu’il faudrait investir ces milliards. Il faudrait d’abord réaliser toutes les économies d’énergie possibles. »

Les activistes regrettent aussi le manque de transparence sur la consommation de gaz de l’industrie. « Le gouvernement allemand dit qu’on a absolument besoin des terminaux de GNL, mais il ne publie aucune donnée sur la consommation de l’industrie, critique Ronja Heise. Le débat public se concentre sur le fait qu’on devrait utiliser des gants de toilette plutôt que de se doucher pour faire des économies d’énergie. Mais la vraie question, c’est que nous avons une industrie qui est centrée sur la croissance et la maximisation du profit, qui consomme des quantités énormes de gaz. Ça, nous ne pouvons plus nous le permettre. »

Depuis la digue de Brunsbüttel, entre la centrale nucléaire à l’arrêt, les rangées d’éoliennes, des montagnes de charbon entreposé et le futur terminal gazier, Norbert Pralow se prend lui aussi à rêver que cette crise puisse être l’occasion d’une véritable rupture.

« L’industrie du plastique allemande est très consommatrice de gaz. Ensuite, ce plastique se retrouve à polluer les océans ! C’est aussi là qu’il faut changer les choses. Avec les prix du gaz qui explosent, ce serait le moment pour que toute la population réfléchisse à une véritable transformation de l’industrie, et de la société, de notre mode de vie. » Au-delà du fait de mettre des cols roulés ou de se laver au gant de toilette. (Résumé)

Rachel Knaebel 31 octobre 2022

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