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23 juillet 2024 ~ 0 Commentaire

L’Appel de la Forêt (CNRS)

L'Appel de la Forêt (CNRS) dans Altermondialisme

Les quatre principaux types de forêt. Les forêts boréales de Russie et du Canada, et les forêts tropicales d’Amazonie, du bassin du Congo et d’Indonésie constituent les plus vastes espaces boisés de la planète. CNRS Le Journal

L’appel de la forêt

Les forêts mondiales couvrent un tiers des terres émergées. Bien qu’elles nous rendent de précieux services, elles n’ont jamais été autant sous pression. Au point de nous mettre parfois face à nos contradictions, entre forêts sanctuarisées et forêts (sur)exploitées, comme vous le découvrirez dans ce premier volet de notre série d’été consacrée à la forêt.

Nos forêts pourraient-elles disparaître ?

Par leur violence, mais aussi leur précocité, les mégafeux de l’année 2023 ont jeté une lumière crue sur la fragilité des régions boisées de notre planète. Au Canada, la province de l’Alberta située à l’ouest du pays s’est embrasée dès le début du printemps. 3 500 kilomètres carrés (km2) sont partis en fumée en moins d’une semaine et 30 000 personnes ont dû être évacuées. Même chose en Russie, où 6 000 km2 de forêts boréales se sont consumés dans l’Oural et en Sibérie dès le mois de mai… Tout le pourtour méditerranéen a été touché, Espagne, Grèce… Et les incendies ont sévi dans le département français des Pyrénées orientales dès le mois d’avril, un record.

« Il faut être très prudent s’agissant des incendies, souligne Laurent Simon, professeur émérite de géographie à l’université Panthéon-Sorbonne et membre du Laboratoire dynamiques sociales et recomposition des espaces1 (Ladyss). Au niveau mondial, les feux de forêts n’ont pas tellement gagné en surface ces trente dernières années, avec 3 à 4 millions de kilomètres carrés brûlés chaque année selon les données satellitaires du programme Copernicus. En revanche, la nature des incendies a, elle, totalement changé. Avant, il y avait beaucoup de petits feux. Désormais, on se retrouve face à de très grands incendies extrêmement dévastateurs. »

À l’origine de ces mégafeux, apparus il y a environ une quinzaine d’années : le réchauffement climatique et les sécheresses qui sévissent en forêt. Mais ce n’est pas le seul facteur en jeu. « En Californie, par exemple, ou encore en Australie, ces incendies naissent bien souvent à l’interface entre zones urbanisées et forêts. Car plus on rapproche les habitations des forêts, plus on augmente les risques. En Russie, à la sécheresse de 2023 s’ajoute le fait que l’on a supprimé la moitié des gardes forestiers… Les feux ont largement le temps de se propager avant d’être repérés », rappelle Laurent Simon.

C’est quoi une forêt ?

Ces incendies nous apprennent en tout cas une chose : les forêts sont des objets complexes, qui tolèrent mal les simplifications. Le simple fait de les définir est d’ailleurs une gageure. C’est quoi, une forêt ? Peut-on qualifier de forêt une savane au couvert arboré très discontinu ? L’autoproclamée « micro-forêt urbaine » plantée au bout de ma rue est-elle vraiment une forêt ? « Aujourd’hui, c’est la définition de la FAO, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, qui prévaut au niveau international, indique Laurent Simon. Selon cette définition, une forêt suppose que le couvert d’arbres représente au minimum 10 % du sol, sur une surface minimale d’un demi-hectare, et que les arbres y mesurent au moins 5 mètres de haut à l’âge adulte.

Les forêts tropicales et leurs centaines de feuillus et d’essences à feuillage persistant représentent un peu moins d’un tiers de la surface, mais sont de loin la plus grande biomasse forestière et la plus complexe d’un point de vue écologique.

Une définition assez large, fruit d’un compromis international, qui a notamment servi dans les discussions sur les crédits carbone et la contribution de chaque pays en matière de lutte contre les gaz à effet de serre (la forêt est un puits de carbone naturel très efficace). Mais qui ne satisfait pas tous les scientifiques, à commencer par les écologues qui argueront qu’une forêt ne se définit pas par son seul couvert arboré, mais aussi par son écosystème complexe. « Un bosquet d’un demi-hectare a une biodiversité bien moindre qu’une vaste forêt, et ne constitue pas un écosystème pleinement fonctionnel », souligne Philippe Grandcolas, directeur-adjoint scientifique de CNRS écologie & environnement.

Au-delà des arguties, les forêts telles que définies par la FAO couvrent aujourd’hui 30 % des terres émergées, soit 44 millions de kilomètres carrés. Quatre grands ensembles s’y distinguent.

Tout au nord, les forêts boréales, vastes étendues de conifères que l’on retrouve de la Russie au Canada et à la Scandinavie, forment un peu plus d’un tiers de la surface forestière mondiale.

Les forêts tropicales et leurs centaines de feuillus et d’essences à feuillage persistant, situées de part et d’autre de l’équateur, représentent un peu moins d’un tiers de la surface mais sont de loin la plus grande biomasse forestière et la plus complexe d’un point de vue écologique. Viennent ensuite les forêts tempérées d’Europe et des États-Unis principalement, mélanges de feuillus et de conifères.

Et enfin les forêts de type méditerranéen et leur végétation dite « sclérophylle » (à feuilles dures) que l’on retrouve sur le pourtour de la Méditerranée, donc, mais aussi au sud de la Californie, en Afrique du Sud dans la région du Cap ou encore au Chili autour de Valparaíso.

Ces quatre types de forêts ne se distinguent pas uniquement par leur physionomie générale. Leurs modes de fonctionnement aussi diffèrent totalement. « Les forêts boréales comme les forêts tempérées sont contrôlées par le froid : en période hivernale (beaucoup plus longue pour les premières !), les arbres se mettent au repos et arrêtent la photosynthèse. C’est le contraire dans les forêts méditerranéennes qui sont, elles, contrôlées par la chaleur et surtout, le stress hydrique : au plus fort des sécheresses estivales, les arbres arrêtent de respirer pour ne pas perdre leur eau et diminuent très nettement leur activité végétale », explique Laurent Simon. La forêt tropicale humide fonctionne, elle, toute l’année, sans rythme saisonnier marqué, et est toujours verte.

Des abattages massifs pointés du doigt

Naturellement complexes, nos forêts font pourtant l’objet d’une simplification extrême et se retrouvent souvent réduites à des « champs d’arbres » : des alignements d’individus de la même espèce et du même âge. En cause, certaines pratiques de la sylviculture, qui privilégient la simplicité de l’exploitation avec des résineux à croissance rapide (qui brûlent plus facilement) et des arbres tous plantés (et donc tous récoltés) au même moment, lors de « coupes à blanc » ou « coupes rases » (abattage sur de très grandes surfaces de la totalité des arbres d’une exploitation forestière) qui laissent le sol totalement nu.

Naturellement complexes, nos forêts font pourtant l’objet d’une simplification extrême et se retrouvent souvent réduites à des « champs d’arbres » : des alignements d’individus de la même espèce et du même âge.

Problème : « À l’heure du réchauffement climatique, ces forêts standardisées forment des écosystèmes pauvres et donc peu résilients, indique Guillaume Decocq, botaniste au laboratoire Écologie et dynamique des systèmes anthropisés2 (Edysan). Elles résistent mal aux sécheresses, comme aux tempêtes ou aux incendies. Affaiblies, elles sont davantage victimes des attaques de pathogènes et parasites. » Simplifiées à l’extrême, fragmentées du fait de la déforestation et des nombreuses infrastructures qui y sont déployées – routes, autoroutes, voies ferrées, etc. –, victimes des mégafeux et des tempêtes à répétition, nos forêts souffrent. Elles nous sont pourtant indispensables du fait des nombreux services qu’elles nous rendent.

Deuxième puits de carbone naturel après l’océan, les forêts contribuent à l’équilibre climatique de la planète et abritent 80 % de la biodiversité terrestre. Elles fournissent du bois matériau pour la construction et du bois énergie pour le chauffage et la cuisine de millions d’humains et pourraient bientôt servir à produire les biocarburants des avions du futur. Elles sont devenues des espaces de loisirs très prisés alors que la moitié de l’humanité habite désormais en ville…

Des attentes contradictoires

« Nous avons des attentes par rapport aux espaces forestiers qui sont devenues considérables et semblent bien souvent contradictoires, souligne Laurent Simon. On veut qu’ils soient des aires de nature protégée où une biodiversité riche s’épanouit, et dans le même temps on veut utiliser de plus en plus de matériaux biosourcés dans la transition énergétique. On veut pouvoir y faire du VTT, de la randonnée… » Sans surprise, les conflits d’usage s’y multiplient. « Dans l’Hexagone, où les deux tiers des forêts sont des propriétés privées, on voit apparaître de plus en plus de conflits entre les propriétaires forestiers, les exploitants et le grand public, notamment autour des coupes rases que ce dernier tolère de moins en moins bien », raconte Guillaume Decocq.

En France, où les deux tiers des forêts sont privées, on voit de plus en plus de conflits entre les propriétaires forestiers, les exploitants et le grand public, notamment autour des coupes rases que ce dernier tolère de moins en moins.

À qui appartient vraiment la forêt ? Une vraie question, selon le botaniste qui évoque les toutes dernières évolutions de la législation française sur le sujet. « Désormais, quiconque pénètre dans une forêt privée, même non clôturée, est passible d’amende. Au début de l’année 2024, dans les Vosges, le nouveau propriétaire d’une forêt traversée de plusieurs sentiers de randonnée a ainsi fait savoir qu’il interdisait tout accès à sa forêt… »

Nos précieuses forêts constituent-elles un bien commun de l’humanité, et par-delà, du vivant tout entier ? Comment concilier tous nos besoins ? « De nouvelles pratiques de sylviculture, plus respectueuses de l’écosystème forestier, commencent à se développer », indique Laurent Simon, qui en reste persuadé : la forêt peut exister avec l’humain. « Cela fait des millénaires que la forêt est anthropisée, argumente le géographe. La forêt européenne du Moyen Âge était tout sauf un espace sauvage. Même la forêt amazonienne d’aujourd’hui, qu’on pense à tort sauvage, vierge, est le résultat de l’action de l’homme depuis des millénaires. »

Histoire de la forêt, forêt et climat, biodiversité, pratiques de la sylviculture…  sont quelques-uns des thèmes de notre série d’été consacrée à la forêt, à retrouver tous les lundis sur lejournal.cnrs.fr.   ♦
(Cet article est extrait du dossier « La forêt, un trésor à préserver », paru initialement dans le n° 16 de la revue Carnets de science, disponible en librairie et Relay.)

Notes

  • 1. Unité CNRS/Université Panthéon-Sorbonne/Université Paris Cité/Université Paris Nanterre/Université Vincennes-Saint-Denis.
  • 2. Unité CNRS/Université Picardie Jules Verne.

15.07.2024 Laure Cailloce

https://lejournal.cnrs.fr/

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20 juillet 2024 ~ 0 Commentaire

Alerte! (Via Campesina)

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La Via Campesina : Les catastrophes climatiques exigent une réponse globale et urgente ! Basta les fausses solutions!

Déclaration politique et de solidarité | Bagnolet, 03 juin 2024

Face à une crise environnementale et climatique sans précédent touchant des pays comme le Brésil, l’Équateur, l’Uruguay, l’Argentine, le Kenya, la Tanzanie, l’Afghanistan, la France, la Thaïlande, l’Indonésie, entre autres, sous forme de vagues de chaleur, de fortes pluies et d’inondations, La Via Campesina avertit sur les responsables et appelle à une solidarité internationale urgente et à une réponse concertée menée par des solutions populaires.

LA TRAGÉDIE ANNONCÉE

De récentes études ont révélé que la chaleur écrasante qui a frappé l’Asie et le Moyen-Orient fin avril, rappelant les intenses vagues de chaleur de l’année dernière, était 45 fois plus probable dans certaines régions du continent en raison du changement climatique provoqué par l’activité humaine. Au cours de cette période, des températures élevées se sont fait sentir dans de vastes régions d’Asie, s’étendant de Gaza à l’ouest – où plus de 2 millions de personnes sont aux prises avec des pénuries d’eau potable, des soins de santé inadéquats et d’autres besoins essentiels au milieu des frappes aériennes israéliennes en cours – jusqu’aux Philippines dans le sud-est. Également en Thaïlande, les vagues de chaleur détruisent les cultures et les terres paysannes. Les ressources en eau s’assèchent et les journées extrêmement chaudes rendent dangereux le travail des paysan·nes dans les champs en raison du risque d’insolation. En conséquence, de fortes pluies et d’énormes inondations ont atteint la province de Narathiwat dans la région profonde du sud de la Thaïlande en décembre 2023, provoquant les pluies les plus importantes des 50 dernières années. De nombreuses parties du continent ont connu des jours consécutifs avec des températures dépassant 40 degrés Celsius.

L’Organisation météorologique mondiale des Nations Unies et l’agence climatique de l’Union européenne, Copernicus, rapportent que l’Europe se réchauffe à un rythme deux fois plus rapide que les autres continents, avec une augmentation de 30 % des décès liés à la chaleur au cours des 20 dernières années. Ce réchauffement rapide frappe le plus durement les paysan·nes, qui luttent contre la sécheresse, les inondations et les pertes de récoltes.

Des températures océaniques supérieures à la moyenne provoquent une évaporation accrue, entraînant davantage de précipitations et d’inondations dévastatrices sur tout le continent. C’est évident en Allemagne, dans le nord de l’Italie, dans le centre de l’Angleterre et en Slovénie, où de fortes pluies ont entraîné d’importantes inondations. En France, le contraste est saisissant : le sud-est souffre d’une sécheresse sévère, tandis que le nord est confronté à des inondations dévastatrices. Les fausses solutions de l’agroibusiness, comme les mégabassines, aggravent ces conditions en monopolisant les ressources foncières et hydriques.

Les inondations qui ont submergé l’Afghanistan, le Brésil, le Burundi, le Kenya, la Thaïlande, l’Indonésie, certaines parties de la Tanzanie et de nombreux pays d’Europe sont également sans précédent. Bien que certains rapports les attribuent à l’oscillation australe El Niño (ENSO) et les considèrent comme un phénomène naturel qui se produit depuis des siècles, des rapports scientifiques ont révélé qu’un climat en réchauffement pourrait contribuer à une augmentation de la fréquence et de l’intensité du phénomène El Niño. Les impacts peuvent être importants au niveau régional. En Amérique centrale, El Niño entraîne des précipitations excessives le long des côtes des Caraïbes, tandis que les côtes du Pacifique restent sèches. Les précipitations augmentent sur les côtes de l’Équateur, la partie nord du Pérou et les zones sud du Chili. Les pays d’Afrique de l’Est connaissent également des précipitations excessives avec une intensité accrue en raison de l’aggravation du changement climatique.

L’Organisation mondiale de la santé prévient que 3,6 milliards de personnes résident dans des zones vulnérables au changement climatique, ce qui pourrait entraîner 250 000 décès supplémentaires par an d’ici 2030-2050, principalement en raison de la malnutrition, du paludisme, de la diarrhée, du stress thermique et désormais des maladies transmises par les insectes, les moustiques et autres vecteurs. La contribution du changement climatique à l’escalade des maladies à transmission vectorielle dans les pays à revenu faible et intermédiaire d’Afrique, déjà lourdement grevés par de nombreuses disparités sanitaires et socio-économiques, est une préoccupation importante.

Les pays du Sud, déjà en proie à une dette sévère, ne disposent pas des ressources nécessaires pour répondre et s’adapter adéquatement à ces crises qui touchent principalement la classe ouvrière et les paysan·nes – qui souffrent également de mauvaises conditions de travail, de logements inadéquats et d’un accès limité aux soins de santé. Ces catastrophes représentent également un énorme risque pour la souveraineté alimentaire des territoires, poussant davantage de personnes dans l’extrême pauvreté et la faim. Les économies industrialisées riches qui ont créé ces crises ne sont toujours pas disposées à reconnaître leur responsabilité et à fournir les ressources et les capacités nécessaires aux pays du Sud.

L’AGROBUSINESS, L’EXTRACTIVISME ET LES MULTINATIONALES, AINSI QUE LEURS BANQUES, SONT LES PRINCIPAUX RESPONSABLES !

L’agrobusiness et l’extractivisme sont les principaux responsables de la crise, car les taux élevés de déforestation, l’accaparement des terres, la perte de biodiversité et la réduction de l’absorption des sols aggravent la crise environnementale et climatique. L’utilisation d’agrotoxiques qui détruit toute biodiversité et contribue au déséquilibre des précipitations, conjuguée au capitalisme financier, avec ses banques qui dominent le monde, et au système alimentaire industriel dominé par les grandes entreprises transnationales du Nord global, constitue les principaux moteurs du changement climatique, l’agrobusiness représentant désormais plus d’un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

L’industrie militaire du Nord global promeut les conflits armés pour vendre des armes et maintenir ses taux de profit, tandis que les guerres affectent directement nos écosystèmes et notre environnement, entraînant la mort de milliers d’êtres humains. Mettons fin à toutes les bases militaires étrangères, aux agressions et aux guerres !

La crise environnementale que le monde traverse va bien au-delà de la crise climatique et prend racine dans la manière dont le système capitaliste organise la relation entre les êtres humains et la nature. La production orientée vers le profit exploite à la fois les personnes et la nature, épuise les communs et met en péril la survie de l’humanité et de la vie sur la planète.

Les capitalistes, avec certains gouvernements, cherchent à accroître leurs profits en créant le système de crédit carbone, qui ne modifie en rien la réalité en termes de biodiversité ou d’émissions de gaz, mais génère des illusions en vendant l’oxygène des forêts. C’est une honte.

ALERTE DE LA VIA CAMPESINA !

Face à cette grave crise, La Via Campesina appelle les États et gouvernements à adopter des alternatives concrètes et résilientes pour les populations touchées. Elle insiste sur le fait que la lutte contre le changement climatique doit faire preuve de volonté politique, mais aussi garantir que les communautés aient le contrôle de leurs territoires, et non les multinationales. Il est urgent de changer le système et de transformer les systèmes alimentaires, en identifiant les responsables et leurs responsabilités, et en mettant en œuvre des solutions claires telles que la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Paysans (UNDROP), l’Agroécologie Paysanne et la Souveraineté Alimentaire, qui créent des conditions dignes, une alimentation saine et régénèrent la vie et la nature.

L’influence des entreprises sur les États, les gouvernements et les institutions multilatérales, qui entraîne une inaction climatique et un déni absurde malgré les preuves scientifiques établies, est inacceptable. Nous ne pouvons pas continuer avec des politiques publiques locales et mondiales inefficaces, en mettant en œuvre des lois, des traités, des règlements et des subventions qui consolident et renforcent le capitalisme, le système alimentaire industriel et leurs intérêts corporatifs.

DES SOLUTIONS RÉELLES, PAS DES FAUSSES SOLUTIONS !

Le discours du capitalisme vert et de l’agrobusiness sur une agriculture intelligente face au climat, présentée comme régénérative, ainsi que d’autres mécanismes comme les marchés de carbone et les solutions basées sur la nature, s’inscrit dans une stratégie de greenwashing. Ces fausses solutions, historiquement dénoncées par La Via Campesina lors des sommets de la COP, ont conduit à des échecs dans les processus liés aux COP climat et biodiversité au cours des dernières années et décennies, sous l’influence du marché et des entreprises multinationales.

La COP30 Climat de 2025 au Brésil et la CBD de septembre 2024 en Colombie doivent marquer un tournant radical. Sans cela, ces processus risquent de perdre toute crédibilité et légitimité. En particulier, la CBD et la COP30 doivent mettre au centre de leur agenda la réforme agraire et l’usage des terres, de l’eau et des territoires entre les mains des populations, au service de la production d’aliments et d’autres biens indispensables à la dignité humaine, et non entre les mains des entreprises multinationales répondant aux caprices des plus riches.

Les COP devraient servir à trouver des solutions claires, à élaborer des propositions et des alternatives au changement climatique en collaboration avec les pays et la communauté scientifique. Ces espaces, désormais pris d’assaut par le lobbying pour l’expansion des multinationales et l’accumulation de richesse en pleine crise climatique, doivent se débarrasser de ces acteurs néfastes et assumer leur responsabilité historique envers les peuples du monde.

La Via Campesina plaide depuis longtemps pour des solutions réelles qui incluent les paysan·nes, les peuples autochtones et les pêcheur·euses, qui sont les gardien·nes des terres, des forêts, des zones côtières et des océans. Nous avons longtemps exigé une réforme agraire complète et des politiques d’utilisation des terres dans les pays, et la restauration de la santé des sols grâce aux pratiques agroécologiques paysannes, ainsi que des législations nationales alignées sur l’UNDROP. Plus que jamais, nous devons adapter les villes et les zones rurales pour faire face à la crise climatique.

Il est urgent d’accorder des fonds aux communautés sous forme de subventions, et non de prêts, comme réparations pour la responsabilité historique dans la crise climatique. Les réparations devront soutenir les efforts communautaires de restauration des terres dégradées par la plantation d’arbres natifs, en particulier dans les zones où ces derniers ont été détruits.

Il est impératif d’établir des programmes de production agroécologique garantissant une augmentation de la production d’aliments sains en harmonie avec la nature.

Il est essentiel de promouvoir des formes de taxation prélevant au moins 2 % sur les fortunes des milliardaires (qui ne représentent que 3 000 familles), ainsi que d’établir un impôt universel sur les bénéfices des sociétés transnationales. Avec cela, il est nécessaire de créer un fonds mondial pour lutter contre la pauvreté, l’inégalité sociale et le changement climatique.

Ces outils promeuvent une transition juste pour les paysan·nes, et plaident pour des relocalisations de la production et de la consommation alimentaires, garantissant la souveraineté alimentaire et renforçant les économies rurales. Ancrés dans les principes de justice climatique globale, nous continuons à lutter pour des réparations pour la dette et l’injustice historiques. Tous les financements climatiques doivent être entre les mains des communautés (et non des banques !), doivent prendre la forme de subventions (et non de prêts !), et doivent prioriser à la fois l’adaptation et l’atténuation.

Nous constatons comment, dans ce système capitaliste, les conséquences du changement climatique prévalent dans la plupart des pays du Sud Global, touchant principalement ceux qui produisent tout et possèdent peu : les travailleur·euses vivant dans des endroits socialement vulnérables dans les villes, expulsés par la spéculation immobilière et les actions des États légitimant l’établissement d’entreprises et de communautés fermées dans les endroits les plus privilégiés. Ainsi, en plus des problèmes sociaux comme la faim, la pauvreté, le manque d’assainissement, la violence armée ou les problèmes environnementaux, ils doivent également endurer les problèmes environnementaux que d’autres ont générés.

La lutte pour la justice environnementale et climatique, à la fois localement et globalement, est urgente et doit devenir un champ de bataille afin que nous puissions progresser dans la construction de solutions réelles et véritablement efficaces qui abordent les problèmes environnementaux et sociaux engendrés par le capitalisme.

C’est pourquoi nous exhortons notre base sociale entière – les paysan·nes du monde entier, les travailleur·euses urbain·es, les migrant·es, les jeunes, les femmes et les diversités – à s’organiser et à mener des luttes massives pour mettre un terme à cette folie capitaliste qui pourrait conduire à la mort de tous les êtres humains. Nous payons déjà un lourd tribut, avec de nombreuses vies perdues chaque jour !

3 juin 2024

https://viacampesina.org/fr/

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20 juillet 2024 ~ 0 Commentaire

Eaux (Reporterre)

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Bouteilles d’eau : Nestlé a recours à des traitements interdits depuis 15 ans

Nestlé Waters a utilisé des traitements illégaux pour purifier ses eaux depuis au moins quinze ans. C’est ce que révèle un article de Mediapart, qui a pu consulter l’enquête préliminaire ouverte par le parquet d’Épinal pour tromperie.

Depuis 2005, la multinationale a vendu plus de 18 milliards de bouteilles d’eau sous les marques Contrex, Hépar ou Vittel, dont la qualité équivalait à celle de l’eau du robinet. Mais à un prix près de 100 fois supérieur.

Dès 2005, l’entreprise aurait utilisé des appareils à UV et des filtres à charbon actif ou de microfiltres (en deçà de 0,8 µm) non autorisés pour les eaux classées minérales naturelles.

Grâce à cette pratique, l’entreprise a pu engranger plus de 3 milliards d’euros, affirme le média, citant les enquêteurs : « La différence de chiffre d’affaires réalisée en vendant ces produits en eau minérale naturelle au lieu d’eau rendue potable par traitement est estimée à 3 132 463 297,00 euros pour les différentes marques et périodes infractionnelles correspondantes. »

Dans un rapport de 2022, une mission de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) estimait que, en France, « près de 30 % » des marques d’eau conditionnées « subissent des traitements non conformes » aux réglementations en vigueur en France, une fourchette basse vu que de telles pratiques sont « délibérément dissimulées ».

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19 juillet 2024 ~ 0 Commentaire

Mégas ( Reporterre )

Les mégabassines, symbole de la lutte des classes chez les paysans
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Les mégabassines, symbole de la lutte des classes chez les paysans

Les mégabassines témoignent des immenses inégalités entre paysans, entre ceux qui bénéficient des bassines et ceux qui peinent à joindre les deux bouts. Melle (Deux-Sèvres), reportage

Les mégabassines réactivent la lutte des classes dans le monde paysan : c’est le cheval de bataille sur lequel se focalise le mouvement antibassines à l’occasion des deux jours de « manif’action » organisés ces vendredi 19 et samedi 20 juillet à Saint-Sauvant et La Rochelle, en Charente-Maritime.

Cet axe de mobilisation est l’une des leçons tirées depuis la manifestation de Sainte-Soline de mars 2023, et elle a été l’un des objets des débats organisés au Village de l’eau qui s’est installé depuis le 15 juillet en bordure de la ville de Melle, dans les Deux-Sèvres.

Si les inégalités parmi les bénéficiaires des bassines et les laissés-pour-compte sont importantes, c’est parce qu’elles permettent de « déplacer les lignes de conflictualité » portées par le mouvement, analyse Alessandro Pignocchi, ethnologue et auteur de bandes dessinées.

Il fait remarquer que « l’on a tendance à considérer les adhérents de la FNSEA [le syndicat majoritaire] comme un bloc unifié, mais cette vision n’est pas pertinente » et ne reflète pas la diversité des situations économiques, et donc des intérêts, des agriculteurs. « Il faut donc aujourd’hui travailler à séparer la tête de la base, à identifier l’élite dominante qui écrase les petits agriculteurs », poursuit Pignocchi.

Pour lui, la criminalisation des mouvements écologistes a permis aux syndicats agricoles majoritaires (FNSEA, Coordination rurale et Jeunes agriculteurs) de se fédérer, et à l’ensemble des adhérents de s’unir contre un bouc émissaire commun : les écolos.

Pourtant, les cadres du syndicat, comme le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, à la tête d’une exploitation de 700 hectares et président du conseil d’administration du groupe agroalimentaire Avril, et les petits exploitants agricoles qui peinent à joindre les deux bouts à cause de ce même système agroalimentaire, « devraient être des ennemis dans le champ politique, poursuit Pignocchi. C’est pour cela que les actions de ce week-end [du 20 et 21 juillet] visent plutôt le port commercial de La Rochelle, utilisé pour l’export de céréales à des fins lucratives, pour montrer comment le système des bassines permet une spéculation sur les céréales, plutôt que les infrastructures elles-mêmes ».

« Je prélève à peu près 0,01 % » de l’eau de la mégabassine

Si les bassines sont un révélateur des clivages qui parcourent le monde paysan, c’est parce qu’elles ont tendance à bénéficier aux grandes exploitations, au détriment des plus petites. En cause, notamment : les frais engagés pour construire l’infrastructure, et la redevance dont doivent s’acquitter les irrigants, qu’ils soient reliés ou non à la réserve, dans le territoire concerné.

Rémi Laurendeau, maraîcher irrigant sur une petite exploitation dans le périmètre de la bassine de Sainte-Soline, à laquelle il n’est pas raccordé, résume le problème : « France AgriMer a récemment annoncé des subventions pour le matériel d’irrigation. En regardant les investissements qu’il faut réaliser pour recevoir ces subventions, j’ai compris que ce n’était pas fait pour moi. »

Ces aides ne sont en effet délivrées qu’à partir de 2 000 euros d’investissement, un niveau « bien supérieur » aux frais engagés par le maraîcher, qui s’efforce « de faire de la récup’, d’investir le moins possible dans le matériel, parce que la taille de mon exploitation ne permet pas de dégager des marges suffisantes pour réinvestir autant ».

Il paie pourtant son eau plus cher, car il a été tenu d’adhérer à la Coop de l’eau, l’organisme porteur de projet qui distribue les volumes d’eau dans le bassin versant, et doit donc contribuer à en financer une partie. « C’est paradoxal, quand on pense que je prélève à peu près 0,01 % du volume concerné dans le bassin sud des Deux-Sèvres », soupire Rémi Laurendeau.

Une étude de la chambre d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine souligne ainsi que les exploitations irrigantes sont en moyenne un quart plus grandes que les non-irrigantes. Elles ont des moyens de production par actif (matériel agricole, matériel d’irrigation, tracteurs, etc.) plus importants d’un quart à un tiers. Elle rappelle aussi que trois irrigants rattachés à Sainte-Soline utilisent, à eux seuls, plus de 13 % des volumes totaux de la bassine, répartis entre 26 agriculteurs. Autrement dit : la part belle des bénéfices fluctue, avant tout, vers les pontes locaux de l’agriculture.

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Lire aussi :

Profits, export et grandes cultures : les vraies raisons des mégabassines

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17 juillet 2024 ~ 0 Commentaire

Jean Petit (France Culture)

Rädern des Hans Spiess, 1513

Jean Petit, le dernier des croquants

En 1643, Jean Petit est supplicié pour avoir mené une révolte paysanne. L’histoire de ce héros d’un soulèvement populaire contre l’injustice des puissants est devenue une comptine pour enfants, « Jean Petit qui danse » — dont la chorégraphie morbide est en fait celle de ses membres brisés un à un.

La comptine « Jean Petit qui danse », que vous avez peut-être fredonnée enfant, est issue d’une chanson populaire du XVe siècle. Lors de chaque couplet chanté par un soliste, les danseurs devaient frapper sur la partie du corps qu’il venait de nommer : le pied, le genou, la main, le nez. Mais dans la mémoire collective occitane, « Jean Petit qui danse » évoque un événement beaucoup plus tragique : le supplice qu’a subi Jean Petit, l’un des chefs du soulèvement populaire qui a eu lieu à Villefranche-de-Rouergue en 1643. « Le bourreau lève une lourde barre de fer qu’il abat puissamment sur le membre dénudé du condamné, brisant mollet après mollet, cuisse après cuisse, poignet après poignet, bras après bras ».

Contre la « tyrannie des Parisiens »

Jean Petit fait partie de ces nombreux héros populaires que les archives mettent en lumière pendant un court instant – en général lorsqu’éclate une révolte contre l’ordre établi – et qui sombrent ensuite dans le néant, victimes de la répression qui s’est abattue sur eux. De la vie de Jean Petit, nous ne connaissons en effet que les derniers mois, entre le moment où il s’est imposé comme l’un des chefs de la révolte (en juin 1643) et la date de son exécution (le 8 octobre 1643).

Or le soulèvement de Villefranche-de-Rouergue a marqué la fin de l’une des plus grandes luttes populaires de notre histoire. Le refus de l’impôt en a été la revendication centrale. Mais l’exemple des gilets jaunes nous a appris que le rejet d’une taxe pouvait déboucher sur une contestation beaucoup plus large de l’ordre établi. La révolte des dizaines de milliers de paysans – que les autorités surnommaient alors « les croquants » pour les discréditer – illustre la même logique.

En 1643, quand Jean Petit prend la tête de la contestation, c’est d’abord pour refuser la nouvelle hausse des impôts que vient de décider le pouvoir royal. Mais c’est aussi pour des raisons politiques qui engagent tout l’avenir de la nation française. Jean Petit et ses troupes combattent l’emprise croissante qu’exerce sur le peuple occitan un État central dont les principaux rouages se trouvent à Paris.

Un barbier chef de la révolte

Qu’est-ce qui peut expliquer qu’un barbier-chirugien prenne la tête d’une troupe de révoltés composée surtout de paysans ? Jean Petit n’avait pas le profil des leaders qui ont dirigé la révolte des communes du Périgord. Néanmoins, il s’est produit à Villefranche-de-Rouergue un événement tragique qui explique peut-être pourquoi Jean Petit est devenu un héros populaire, avant même que n’éclate le soulèvement des Croquants dans cette ville.

En 1628, Villefranche, capitale du Rouergue – une province qui correspondait approximativement à l’actuel département de l’Aveyron – a été confrontée à une terrible épidémie de peste. En quelques mois, le tiers de la population disparait victime du terrible fléau. Pour tenter de stopper la progression du mal, les portes de la ville sont fermées, les échanges avec l’extérieur brutalement stoppés. La rupture des liens avec la campagne environnante provoque le rationnement. Et les privations de nourriture s’ajoutent aux affres de la maladie.

Confinés dans leur maison, les habitants sont confrontés au spectacle quotidien des cadavres que les fossoyeurs, surnommés les « corbeaux », déversent tous les jours dans la fosse commune. Les malades sont enfermés dans un enclos composé de quelques cabanes en bois, qu’on appelle la « boudoumie ». Les chroniques de l’époque ajoutent que l’explosion brutale de l’épidémie a provoqué une pénurie de médecins et de chirurgiens. Les autorités locales envoient alors des émissaires jusqu’à Toulouse et à Lyon, mais aussi à Cahors, pour tenter de recruter du personnel médical. On peut imaginer que Jean Petit a quitté à ce moment-là son village de Montpezat pour s’installer comme barbier-chirurgien à Villefranche-de-Rouergue.

« Jean Petit monte sans faiblir vers son instrument de supplice et s’écrie une dernière fois « Je suis ici pour avoir voulu bien faire ». Puis, il est attaché à la roue face au sol, jambes et bras écartés. Le bourreau lève une lourde barre de fer qu’il abat puissamment sur le membre dénudé du condamné. Au cri de celui-ci répond celui de sa femme qui s’évanouit à l’angle de la Rue du Consulat, serrant toujours sa petite fille en pleurs. Mais le bourreau continue son œuvre, brisant mollet après mollet, cuisse après cuisse, poignet après poignet, bras après bras. Tous meurent courageusement comme le remarque, surpris, le chroniqueur. Durant trois ans, les corps décapités devaient rester exposés jusqu’à complète dissolution. Interdiction sous peine de mort d’y toucher. » D’après Jacques Serieys, Jean Petit et les croquants de Villefranche, extrait du supplice de Jean Petit (Midi insoumis, populaire et citoyen)

À visiter, la place Jean Petit à Villefranche de Rouergue, avec l’emplacement où se trouvait sa maison.

La Fabrique de l’Histoire
51 min
16 min

Bibliographie

  • Une histoire populaire de la France, Gérard Noiriel, éditions Agone, 2018.
  • Histoire des Croquants, Yves-Marie Bercé, éditions du Seuil, 2016.
  • Documents inédits sur le siège de Villefranche-de-Rouergue par les Croquants (1643), Jean Cabrol, éditions Hachette-BNF, 1907.

Eléments sonores

  • Lectures par Nadine Berland et Gora Diakhaté
  • Récit anonyme de la révolte des paysans d’Angoumois et de Saintonge, en 1636, d’après Y.M. Bercé, Histoire des croquants.
  • Témoignage de Jean Cabrol, un bourgeois de Villefranche de Rouergue.
  • Extrait du supplice de Jean Petit, d’après Jacques Serieys, Jean Petit et les croquans de Villefranche.

Pour aller plus loin

Gérard Noiriel Historien, directeur d’études à l’EHESS, spécialiste de l’immigration et de l’histoire de la classe ouvrière.

https://www.radiofrance.fr/franceculture/

Elle est connue sous le titre Joan Petit en occitan et catalan. Elle a par la suite été adaptée en français mais aussi en breton sous le titre de Yann Gorig o tañsal.

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16 juillet 2024 ~ 0 Commentaire

Risotto (LRLP)

npa agricol

Agriculture : l’Italie en voie de tropicalisation

Les pluies sont de plus en plus rares, les épisodes de plus en plus intenses. En 2023, l’Italie a connu 118 épisodes d’inondations.

Le réchauffement climatique menace une partie importante, et non des moindres, de nos patrimoines : la gastronomie et les produits agricoles nationaux. Le sud de l’Europe, et notamment l’Italie, est particulièrement touché par le phénomène.

« Extrémisation climatique »

Les plantations d’agrumes, de raisins et d’oliviers, pierres angulaires de la cuisine italienne, façonnent les paysages calabrais, sardes ou siciliens depuis des centaines d’années. Des cultures qui font partie de l’identité de ces régions. Pourtant, face aux sècheresses successives, aux feux de forêts et aux difficultés d’irrigation, de plus en plus d’agriculteurs les délaissent au profit d’espèces plus adaptées à ce nouveau climat.

Avocats, mangues, papayes et bananes fleurissent dans le sud de l’Italie. Les collines arborées sont un laboratoire pour le devenir du bassin européano-méditéranéen. Les conditions météorologiques tropicalisent la région.

Les pluies sont de plus en plus rares, les épisodes de plus en plus intenses. En 2023, l’Italie a connu 118 épisodes d’inondations. Et ces épisodes ont un coût. Au mois de mai de cette même année, les inondations en Émilie-Romagne et Toscane ont provoqué des dégâts estimés à 10 milliards d’euros.

Les températures augmentent ! Durant l’été 2023, les 45 degrés ont été dépassés en Sicile et en Sardaigne. A Messine (nord-ouest de la Sicile), les températures moyennes ont augmenté de 2 degrés en 50 ans. Cumulées au manque d’eau ou aux inondations, quelles cultures y résistent ?

Symbole de cette tropicalisation du climat, les étés s’allongent, pour durer de mai à septembre. Il n’y a plus 3, mais 6 mois d’été. Dans ce contexte, le syndicat agricole Coldiretti expliquait, en 2021, que les terrains consacrés à la culture de l’orange ont diminué de 31 % en 15 ans. Des variétés qui s’adaptent mal aux évènements climatiques extrêmes.

Le risotto menacé ?

Le nord de l’Italie est aussi touché par le changement climatique. Le bassin du Pô, dont les affluents proviennent des Alpes suisses, françaises et italiennes, et qui se jette dans la Méditerranée via la Mer Adriatique à l’Est, abrite le cœur de la production de riz à risotto.

Les agriculteurs du bassin font face à une réduction drastique de leurs rendements. Depuis 2022, la pire sècheresse depuis 200 ans les frappe. 26 000 hectares de terres produisant du risotto ont été perdus, soit 30 % des capacités de la région. La fonte des neiges alpines accentue fortement le phénomène. L’irrigation devient de plus en plus difficile.

Pour conserver les cultures ancestrales de blé, les universités siciliennes multiplient les tests de variétés potentiellement résistantes au réchauffement climatique et aux évènements climatiques extrêmes. Nous sommes à l’aube d’un changement écologique, culinaire et culturel important. L’Italie en est le laboratoire.

Florian Grenon

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15 juillet 2024 ~ 0 Commentaire

Minga

Si Duque no va a Cali, la Minga indígena marchará hacia Bogotá | El Nuevo  Siglo

Appel à rejoindre le Front Populaire, social et écologique pour les élections et après.

La période que nous traversons n’est pas seulement une crise politique, elle est une crise institutionnelle profonde. Elle est l’aboutissement d’une marginalisation systématique de tous les corps intermédiaires mais aussi d’une confusion délétère, portée a son paroxysme par le chef de l’État, entre présider une république et gouverner un pays.

Cette confusion met en danger l’État de droit par son alliance servile avec le capitalisme financier et ouvre la porte du pouvoir aux forces réactionnaires, nostalgiques d’une république qui se voulait empire. On en mesure aujourd’hui les dégâts en Nouvelle Calédonie, ainsi que dans la relation entretenue aux quartiers populaires.

Au fondement de Minga, il y a l’article 23 de la Déclaration universelle des droits humains :

« 1. Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.
2. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.
3. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s’il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale.
4. Toute personne a le droit de fonder avec d’autres des syndicats et de s’affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts. »

C’est autour de cette exigence que se sont fondées les premières filières de commerce équitable en Amérique latine ou en Afrique. On doit au passage saluer la mémoire de Michel Besson, le fondateur de Minga qui a tant donné pour maintenir cette exigence toute sa vie.

Se revendiquer de la déclaration universelle des droits humains, c’est s’affirmer humaniste. Humaniste, non pas seulement comme une sensibilité philosophique, mais bien comme une affirmation politique contemporaine (très éloignée de l’humanitaire), comme cela l’a été au XVIIIe siècle, face à l’absolutisme et l’arbitraire. Un humaniste militant qui se confronte à un antihumanisme, qu’il soit réactionnaire ou scientiste (transhumanisme), qui engage à se ressaisir aujourd’hui de notre condition de citoyen.ne sensible et responsable, amené à évoluer en se comprenant aussi comme des vivants doués de raison et reliés à d’autres vivants.

Nous serons incapables de relever les défis écologiques et leurs conséquences sans mobiliser la société. Mais force est de constater que le Pouvoir, avec l’aide des technologies numériques et des caméras de surveillance partout dans l’espace public, entretient une relation de défiance et de contrôle non seulement de nos pensées, mais aussi de nos modes de vie, même les plus intimes.

Il ne peut y avoir de progrès si nous sommes gouvernés par des « experts » qui pensent l’organisation du travail à la place de ceux qui le réalisent, qui criminalisent la pauvreté pour faire évoluer le marché du travail afin de répondre aux appétits féroces d’un capitalisme en mutation. Notamment quand il prend la forme d’un capitalisme de surveillance, d’addiction et de contrôle par les Gafam (Google/Alphabet, Apple, Facebook/Meta, Amazon et Microsoft) et dessine un nouvel ordre mondial qui épuise nos attentions et cherche à ne s’adresser qu’aux seuls affects. Chacun enfermé dans une bulle idéologique rassurante.

Les discours patronaux tentés par le vote RN, sont globalement les mêmes que ceux du patronat européen d’avant-guerre qui a financé le fascisme en Italie et le nazisme en Allemagne et soutenu le régime de Vichy. À tous ces dirigeants patronaux et financiers tentés par le vote RN, nous recommandons la lecture du livre « L’Ordre du jour » d’Éric Vuillard ou de revoir le film « Les Damnés » de Visconti. Quand le patronat se prépare à collaborer avec le RN, qu’il mesure bien que le RN n’est pas seulement porté par une idéologie de conquête du pouvoir, mais bien un projet de société réactionnaire.

Aujourd’hui la situation oblige l’économie sociale et solidaire (ESS), dont Minga fait partie, à faire un sérieux examen de conscience. Son désir de reconnaissance par l’État l’a conduit à oublier que les conquêtes sociales et les combats du monde ouvrier, notamment sur les conditions de travail et d’emploi des salariés, font partie de son héritage.

L’oublier, c’est avoir contribué à légitimer l’idéologie néo-philanthropique des multinationales (le social business, l’entrepreneur social), qui nie notre existence sociale, accompagne la destruction des services publics, qui décide de qui mérite assistance (le « bon » pauvre), de qui doit en être écarté.

Les scandales à répétition de la fin de vie de nos aîné.es dans les EHPAD privés lucratifs sont une lamentable illustration de ce qui se passe lorsque la dégradation du financement public et les défaillances des EHPAD publics et DE l’ESS favorisent la privatisation du secteur. Les initiatives d’ESS dont nous nous réclamons ne sont d’intérêt général que lorsqu’elles contribuent à alimenter le débat public, sans se substituer à des politiques publiques.

Notre rôle, c’est précisément de repolitiser le corps social autour des conditions de travail, des déontologies de métiers, des contributions à l’écologie (des modes de production, d’organisation du travail, des modes vie et de consommation)… là où les politiques actuelles attisent et utilisent les peurs et les préoccupations d’ordre identitaire.

Parce que nous ne nous contentons plus de promesses électorales, avec les forces syndicales et associatives, nous nous associons à un Front Populaire social et écologique, qui pour nous n’est pas une étiquette électorale, mais la bannière d’un mouvement social plus large, qui a vocation à s’inscrire dans la durée et à se traduire par de multiples luttes, coopérations et initiatives de solidarité au cœur des territoires, pour restaurer et renforcer notre démocratie et notre République.

TABULA RASA – Laurent Vanhelle

http://minga.net/

Lire aussi:

https://www.cairn.info

https://fr.wikipedia.org/wiki/Minga

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06 juillet 2024 ~ 0 Commentaire

Agriculture (LRLP)

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L’extrême droite, le faux allié des agriculteurs et agricultrices

Lorsque l’on regarde les votes du RN au Parlement Européen et à l’Assemblée nationale, c’est une toute autre réalité qui se dégage. Celle d’un parti politique servant les intérêts de l’agroindustrie au détriment des petites fermes.

Alors que le RN étend son pouvoir dans les campagnes, le Collectif Nourrir rappelle que le parti de la famille Le Pen vote l’inverse de ce qu’il prône. Loin d’être un allié des agriculteurs, le RN œuvre au Parlement européen pour l’agroindustrie et s’oppose aux propositions de loi françaises visant à créer des circuits alimentaires de proximité.

En 2022, l’Institut de sondage IFOP avait interrogé les agriculteurs avant l’élection présidentielle et dégagé une tendance : « Plus l’exploitation était grande, plus son propriétaire avait tendance à choisir Emmanuel Macron, alors qu’à l’inverse, plus la ferme était petite, plus le vote penchait vers Marine Le Pen » rappelle le journal LeMonde.

Et pour cause, la défense du localisme et de la ruralité française est régulièrement brandie par le RN comme un axe fort de son identité politique. Or, lorsque l’on regarde les votes du RN au Parlement Européen et à l’Assemblée nationale, c’est une toute autre réalité qui se dégage. Celle d’un parti politique servant les intérêts de l’agroindustrie au détriment des petites fermes.

Le collectif Nourrir, composé de 52 organisations paysannes et environnementales, rappelle dans un bilan les pires mesures votées par le RN ces dernières années.

Le RN dit vouloir soutenir l’agriculture locale mais il a voté pour une réforme de la PAC 2023-2027 qui soutient les plus grosses exploitations et contribue à la disparition des petites fermes et à la désertification des territoires. Dans la Loi d’Orientation Agricole, il a voté pour un amendement en faveur de l’agrandissement des élevages industriels et contre l’amendement visant à lutter contre la concentration des terres par les grosses exploitations.

Le RN dit vouloir soutenir financièrement l’agriculture mais il a voté contre le budget européen largement dédié à la PAC, alors que la France en est le premier bénéficiaire (le pays reçoit 9 milliard d’euros par an)

« Nous ne voulons pas de l’extrême-droite au pouvoir. La mise en place de politiques d’extrême-droite n’est en aucun cas une alternative à ces politiques libérales qui nous emmènent dans le mur et nous divisent. Elle ne fera que les prolonger dramatiquement. Ce basculement nous enfermerait davantage encore dans le libéralisme et l’autoritarisme les plus brutaux. La propagande mensongère du RN est une imposture sociale et territoriale, qui transforme le désespoir en repli sur soi, la colère en haine » rappelle la Confédération Paysanne

Sur la LOA, le RN dit vouloir « installer une nouvelle génération d’agriculteurs » mais il a voté contre un amendement LOA visant à fixer un objectif de 25 000 installations d’agriculteur-rices par an. Il dit s’opposer à l’accaparement des terres agricoles, mais il a voté contre les amendements de la LOA visant à faciliter l’accès aux terres pour les candidats à l’exploitation.

Alors que le terroir est l’un des grands arguments de vente du RN qui dit vouloir lancer un plan « Manger français », il a voté contre l’amendement à la LOA souhaitant fixer un objectif de 100% de viandes françaises dans les cantines en 2027.

https://lareleveetlapeste.fr/

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04 juillet 2024 ~ 0 Commentaire

Agriculture (Basta)

paysans

Morts au travail dans l’agriculture : pourquoi tant de drames

C’est l’un des secteurs qui comptabilise le plus de morts au travail. Pour quelles raisons les salarié·s agricoles et chef·es d’exploitation meurent-ils plus sur leur lieu de travail que d’autres catégories socioprofessionnelles ?

Ils s’appelaient Tom, Arthur, Anthony. Ils avaient respectivement 18, 14 et 41 ans. Ils étaient stagiaires ou salariés dans des entreprises du secteur agricole et agroalimentaire et sont morts sur leur lieu de travail. 51 salariés de ce domaine ont été victimes d’un accident du travail mortel en 2022.

Du côté des agricultrices et agriculteurs chefs d’exploitation, la Mutualité sociale agricole relève une « augmentation du nombre et de la fréquence des accidents du travail » avec 101 accidents du travail mortel en 2022 contre 78 en 2013. « C’est un niveau très élevé, confirme un inspecteur du travail, joint par Basta!. L’agriculture figure parmi les activités les plus accidentogènes. »

Le gouvernement l’a reconnu lui même, lors d’une campagne sur les accidents du travail lancée en septembre 2023 : « Certains secteurs d’activité sont plus touchés par les accidents du travail graves et mortels, dont le secteur de la construction, de l’industrie ou encore de l’agriculture », pointait le dossier de presse de l’ancien ministre du Travail.

Les suicides représentent près d’un accident mortel sur quatre dans le secteur agricole, sachant que de nombreux suicides ne sont pas reconnus en accident du travail. Par ailleurs, les machines, tracteurs, matériels et outils motorisés sont les principaux éléments à l’origine des lésions mortelles.

Particulièrement dangereux pour les jeunes

Le secteur agricole est particulièrement dangereux pour les enfants et les jeunes travailleurs. Le nombre des accidents de travail graves chez les apprentis agricoles a presque augmenté d’un tiers entre 2012 et 2016, comptabilisant 88 cas au total. 22 accidents mortels chez les apprentis agricoles ont par ailleurs été recensés sur cette période. « Certaines catégories de travailleurs sont plus exposées au risque d’accidents du travail graves et mortels, par exemple, les travailleurs temporaires, les travailleurs détachés et les jeunes travailleurs (apprentis, stagiaires, nouveaux embauchés) » rappelait le gouvernement dans son plan de 2023.

« C’est un environnement avec de nombreux risques, dont les jeunes n’ont pas toujours conscience, Idéalement, ces risques devraient être maîtrisés en établissant une grille des tâches à effectuer » relève un inspecteur du travail. Ce n’est évidemment pas toujours le cas…. Ce qui est arrivé au jeune Arthur, stagiaire dans une exploitation agricole, mort au travail en 2017 à l’âge de 14 ans, est à ce titre éloquente.

« Les travailleurs agricoles sont souvent plus exposés à des risques tels que les accidents de la route, les contacts avec des machines et des équipements, et les chutes de hauteur », souligne le gouvernement. 9 % des accidents de travail mortel sont ainsi en lien avec un tracteur pour des raisons de retournement ou d’écrasement.

S’il faut avoir au moins 16 ans pour conduire un tracteur sur la route – équipé de ceinture de sécurité et d’une cabine –, aucun permis de conduire n’est requis pour ces véhicules. « C’est aussi dangereux qu’un poids lourd, s’insurge un inspecteur du travail. Le permis ne résoudrait pas tout mais ce serait un premier pas. Sauf que ça bloque en France, notamment de la part du syndicat majoritaire », la FNSEA. Interrogée à ce sujet, la FNSEA n’a pas donné suite à nos demandes.

Un accident grave sur cinq lié à des machines

« En agriculture on se blesse beaucoup avec les machines, parfois défectueuses », confirme Marie-Pierre Maupoint, inspectrice du travail dans l’Ain et membre de la section syndicale régionale Sud Travail affaires sociales en Auvergne Rhône-Alpes. On voit notamment des accidents du travail graves dans l’industrie laitière ou le bucheronnage. » Selon la MSA, un accident grave sur cinq est lié à des machines.

Le Code du travail dresse une liste des travaux interdits pour les mineurs, comme le fait de retirer de l’amiante par exemple ou d’être exposé à des agents chimiques dangereux. La « conduite d’équipements de travail mobiles automoteurs et servant au levage », mise ne cause dans la mort de Tom Duault, mort en 2021 écrasé dans un abattoir alors qu’il venait d’avoir 18 ans, fait partie des sources de risques identifiés.

Des travaux interdits aux mineurs peuvent, sous conditions, bénéficier d’une dérogation. Ils deviennent alors des « travaux réglementés », notamment lors de formation diplômante comme le CAP. « Avant 2015, l’inspection du travail devait donner une autorisation. Depuis cette date, seule une dérogation de l’employeur envoyée à l’inspection du travail suffit, précise l’inspectrice du travail Marie-Pierre Maupoint. Depuis, il y a beaucoup moins de contrôles de l’inspection du travail. »

Un secteur moins contrôlé

« On sait limiter le risque mais pas le supprimer complètement. Cela justifie que ce secteur soit d’autant plus contrôlé, qu’on soit vigilant sur la formation, et sur le contrôle du travail des mineurs qui est très insuffisant », note un autre inspecteur. Alors que la France compte environ 26 millions de salarié·es, le nombre d’agents de contrôle oscille entre 1600 et 1800 agents de contrôle. « Les effectifs dans l’inspection du travail ont régressé partout », s’inquiète un agent, et le secteur agricole est lui aussi impacté.

Depuis la crise agricole de l’hiver, ce secteur est moins tenu de respecter le droit. Dans un mail interne écrit en février, que Basta! a pu consulter, la Direction générale du travail (DGT) demande à privilégier les contrôles programmés avec les exploitations agricoles, plutôt que les contrôles inopinés. Contactée, la DGT n’a pas donné suite à nos demandes. « Ce n’est pas parce que les exploitants agricoles sont soumis à des difficultés qu’ils ne doivent plus être soumis à des contrôles, estime Marie-Pierre Maupoint. Les premières victimes, ce sont les salariés agricoles. » Et les exploitants agricoles eux mêmes.

Sophie Chapelle et Nolwenn Weiler

https://basta.media/

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30 juin 2024 ~ 0 Commentaire

COUERON (St Nicolas de Redon)

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06 95 94 66 54

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