Archive | Luttes paysannes et alimentation

30 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

pêche (reporterre)

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« Une trahison » : l’Europe renonce à interdire une technique de pêche destructrice

Les autorités européennes ont renoncé, le 29 septembre, à interdire la senne démersale, une technique cruelle. Un échec dû, selon plusieurs défenseurs de l’océan, à l’abandon de la pêche artisanale par le gouvernement français.

La colère des défenseurs de l’océan et de la pêche artisanale est immense, depuis jeudi 29 septembre au soir. Alors que le Parlement européen avait voté, en juillet, en faveur de l’interdiction de la senne démersale dans les eaux côtières françaises, cette décision a été rejetée en trilogue. Les représentants du Parlement, du Conseil et de la Commission européenne ont décidé de laisser libre cours à cette technique de pêche « ultra-efficace » prisée des industriels néerlandais. « C’est une trahison aux intérêts de la nation », a réagi l’association Bloom dans un communiqué.

Apparue dans les eaux du nord de la France au début des années 2010, la senne démersale consiste à déployer des câbles vibrants, rattachés à un chalut, sur le fond de la mer. Leurs vibrations provoquent la formation d’un mur de sédiments, ce qui dissuade les poissons de fuir. Un « senneur » ratisse en moyenne 3 km² de fonds marins par action de pêche. En une journée, cinq bateaux de ce type peuvent rabattre l’équivalent de Paris dans leurs filets. « Les animaux marins n’ont aucune chance de s’en sortir », expliquait Claire Nouvian lors d’une conférence de presse, le 28 septembre. Selon les chiffres de l’association Pleine mer, on compte aujourd’hui 75 senneurs autorisés à pêcher en Manche.

La France, « premier lobbyiste des industriels »

À ses débuts, la senne démersale a conquis plusieurs pêcheurs français, qui n’ont pas hésité à investir plusieurs millions d’euros pour convertir leurs bateaux à la senne. Confrontés aux conséquences dramatiques de cette technique, la plupart sont aujourd’hui repentis. « Si l’on continue ces pratiques, dans cinq ans, il n’y aura plus personne. Il n’y aura plus assez de poissons », nous expliquait en mai dernier Alexandre Fournier, ancien senneur de Boulogne-sur-Mer.

Depuis l’apparition de la senne démersale dans les eaux françaises, les pêcheurs locaux ont vu les populations de rouget barbet, de grondin perlon, de carrelet, de sole, de limande, de barbue et turbot dégringoler. Dans le cadre d’un sondage organisé mi-septembre par le comité régional des pêches de Normandie et l’Organisation des pêcheurs normands, 205 d’entre eux (soit 98 % des sondés) [1] ont assuré être « favorables à l’interdiction de la senne démersale dans les 12 milles [des côtes, soit 22 km] pour tous les pavillons », français ou non.

« Conséquences économiques désastreuses »

Selon l’association Bloom, le gouvernement français n’aurait pas suffisamment défendu les intérêts des pêcheurs artisanaux français à Bruxelles, et serait responsable de l’échec des négociations en trilogue. « Le gouvernement est devenu le premier lobbyiste des industriels », déplorait Claire Nouvian le 28 septembre.

Malgré les nombreuses lettres envoyées par des pêcheurs artisanaux au secrétaire d’État à la mer, Hervé Berville, le gouvernement se serait aligné sur la position du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM). Ce dernier serait « trusté », selon Bloom, « par les intérêts industriels et notamment néerlandais, déterminés à éliminer la pêche artisanale et les pêcheurs côtiers ». « On s’est retrouvés face à un mur, a témoigné l’eurodéputée écologiste Caroline Roose sur Twitter. La pêche industrielle a gagné parce que le gouvernement [...] a fait en sorte que cet amendement ne passe pas. »

Lætitia Bisiaux, chargée de projet à Bloom, est pessimiste quant aux conséquences de cette prolongation du statu quo : « Ce scandale aura des conséquences économiques désastreuses pour les pêcheurs, qui avaient déjà payé un lourd tribut avec la pêche électrique qui a dévasté le port de Dunkerque ».

En mai dernier, plusieurs pêcheurs nous confiaient avec angoisse être sur le point de mettre la clé sous la porte : « J’ai une maison à rembourser, trois enfants à nourrir. Je ne sais rien faire d’autre. Je vais faire quoi, aller au McDo pour gagner 800 euros par mois ? » se demandait l’un d’entre eux.

Hortense Chauvin  30 septembre 2022

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28 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

salinisation (ci)

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La salinisation des terres et des eaux, un fléau méconnu

L’élévation du niveau des mers, l’augmentation de la température qui accélère l’évaporation et accentue les sécheresses, mais aussi certaines activités humaines entraînent un accroissement des concentrations en sel dans les sols et les eaux douces de la planète. Une menace pour les cultures, l’eau potable et la santé humaine.

Le delta du Mékong subit une menace chimique qui, à long terme, pourrait se révéler plus meurtrière que les épandages d’agent orange effectués lors de la guerre du Vietnam. D’ici au milieu du siècle, il pourrait être envahi par un ennemi toxique contre lequel on n’est guère armés : le sel.

En effet, à mesure que le niveau de la mer s’élève, les eaux salées remontent toujours plus loin dans le delta, l’une des régions rizicoles les plus productives et densément peuplées d’Asie du Sud-Est. Pendant la saison sèche de cette année, la limite [d’extension] des eaux saumâtres — là où la salinité dépasse 4 grammes par litre — se situait à 64 kilomètres en amont, soit 17 kilomètres plus haut que sa maximale historique.

Cet afflux de sel s’explique en partie par la diminution des apports d’eau douce depuis le Mékong vers le delta, baisse liée à la présence d’immenses barrages hydroélectriques chinois aménagés très en amont du fleuve [appelé Lancang en Chine].

Mais, selon une modélisation novatrice, d’ici à 2050 environ, l’élévation du niveau de la mer dans la mer de Chine méridionale sera le principal facteur de salinisation du delta, où vivent plus de 20 millions de personnes. De vastes zones deviendront de ce fait inhabitables pour les riziculteurs, bien avant qu’elles ne soient inondées par l’océan lui-même.

Des concentrations délétères pour les cultures

Le Mékong fait partie de la dizaine de grands deltas fertiles – souvent des piliers de l’économie locale – à être confrontés à de telles invasions de sel. Or, avec le dérèglement climatique, ce fléau du sel va aussi survenir loin des océans, notamment dans les régions arides, où les spécialistes du climat estiment que les hautes températures vont entraîner des taux d’évaporation bien plus élevés.

Ce phénomène, s’ajoutant aux saisons sèches plus longues et à la fréquence accrue des épisodes de sécheresse, va contribuer à assécher l’intérieur des continents. Résultat, le sel, aujourd’hui naturellement présent à l’état de traces, va atteindre des concentrations telles que les cultures vont dépérir et que les écosystèmes fondés sur l’eau douce vont s’effondrer.

Parmi les zones vulnérables, on trouve les pays méditerranéens d’Europe du Sud, où les températures augmentent déjà plus rapidement que la moyenne planétaire et pour lesquels les modèles climatiques prévoient une diminution de 25 à 30 % des précipitations d’ici à 2080. L’écologue Erik Jeppesen, de l’université Aarhus (Danemark), a récemment fait valoir que l’accumulation de sel à venir dans les lacs, les zones humides et les fleuves de cette région “représente une menace importante pour le fonctionnement et la biodiversité des écosystèmes aquatiques de l’intérieur des terres”. Les cultures n’y survivront pas.

Et de nombreuses réserves d’eau souterraines dont dépendent le demi-milliard d’habitants de la région pourraient devenir non potables, assure Micol Mastrocicco, spécialiste de la pollution de l’eau à l’université de Campanie Luigi Vanvitelli.

On observe actuellement une forte hausse de la salinité sur tous les continents habités. Et le dérèglement climatique est loin d’en être la seule cause. L’eau de mer pénètre largement dans les deltas, du fait de la présence de barrages en amont ou de pompes qui puisent l’eau douce souterraine pour les robinets et l’irrigation. (Extrait)

29 août 2022

https://www.courrierinternati

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26 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

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25 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

liffré (fr3)

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Nouvelle manifestation à Liffré contre l’installation de l’usine Bridor

L’usine de viennoiseries surgelées utilisera 180 000 mètres cubes d’eau pour sa production et créera 500 emplois dans la zone

Associations écologistes, habitants de la commune et élus ont manifesté ce matin devant la mairie de Liffré contre l’installation d’une usine de production de viennoiseries surgelées. Ils dénoncent un pillage des ressources en eau et l’artificialisation des sols

A Liffré, les manifestations contre l’usine Bridor se suivent et se ressemblent. Début juin déjà, les opposants s’étaient rassemblés durant tout un week-end. Aujourd’hui ils marchent à nouveau contre l’implantation de l’usine de 21 hectares dans la zone de Sévaille 2.

Nouvel élément dans le dossier, la validation du projet par le préfet le 1er juillet dernier.

« Un projet d’un autre âge après la sécheresse de cet été »

« Incompréhensible », « aberrant », « déconnecté du réel », « d’un autre temps », les qualificatifs ne manquent pas dans la bouche des opposants (associations, élus, habitants) pour qualifier ce projet d’usine de viennoiseries surgelées destinées à l’export.

180 000 mètres cubes d’eau par an devraient être nécessaires pour la production et 21 hectares de terres seront artificialisées pour construire l’usine. Des chiffres qui ne passent pas pour les manifestants.

Ca me paraît de plus en plus aberrant de consacrer autant d’eau à une usine et à un modèle de développement vieux et arriéré par rapport à l’actualité et au modèle qu’on nous demande de suivre. Simoné, agriculteur bio sur une commune voisine

« C’est un projet d’un autre âge. Aujourd’hui la priorité écologique c’est l’accès à l’eau et à la nourriture de proximité, pas exporter à l’autre bout du monde des brioches surgelées pour enrichir toujours les mêmes » s’insurge Solène dans le cortège.

L’emploi local comme argument d’implantation

En face, le maire de Liffré Guillaume Bégué, défend le projet d’implantation. « 500 emplois dans la zone seront à pouvoir » explique t-il. « C’est 10% d’emplois complémentaires aux 5 000 déjà existants. Or on sait que ceux qui ont le plus de mal à trouver un emploi, c’est à cause de la mobilité. Donc là on ramène de l’emploi auprès des habitants. »

Pour le maire, la zone de Sevaille 2 est celle sur laquelle l’impact de l’installation de l’usine sera le moins important. Guillaume Bégué reconnaît que l’entreprise sera grosse consommatrice d’eau mais qu’elle a déjà réduit sa consommation sur l’usine de Servon, passant de 50 000 mètres cubes à 30 000.

Le Duff, un groupe breton d’envergure internationale

Le groupe Le Duff, maison mère de Bridor, est un des leaders mondiaux de la boulangerie et de la restauration. Il emploie plus de 35.000 personnes, pour un chiffre d’affaires 2019 de 2,05 milliards d’euros. Il a annoncé en 2019 un investissement de 250 millions d’euros pour construire à Liffré cette usine de produits de boulangerie traditionnelle et de viennoiserie pâtisserie, promettant « 500 emplois non délocalisables« .

Il avait alors reçu le soutien du président de la région Bretagne et ancien maire de Liffré de 2008 à 2017 qui s’était réjouit que le groupe Le Duff ait choisi la Bretagne pour son projet, plutôt que les sites de Lyon ou Düsseldorf, alors envisagés.

L’usine de Liffré viendra donc compléter celles de Servon (Ille-et-Vilaine) et de Louverné (Mayenne). Les habitants et les associations écologistes ne s’avouent pas vaincues. Un recours contre le permis de construire est en cours et un autre contre l’autorisation environnementale sera initié en novembre.

 24/09/2022  Sarra Ben Chérifa  Victoire Panouillet

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17 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

méthane (basta! splann)

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Pollution des rivières, explosions… les méthaniseurs et leur biogaz posent de nombreux problèmes

Les méthaniseurs, qui fabriquent du gaz à partir de déchets, accumulent les incidents. Pollution des rivières, intoxication, voire même explosion.

Deux pollutions recensées, neuf inspections documentées, trois mises en demeure et une condamnation. Le méthaniseur d’Arzal, commune côtière du Morbihan, a déversé plusieurs fois le contenu d’une de ses cuves dans le cours d’eau de Kerollet, asphyxiant les poissons au passage. L’association Eau et rivières de Bretagne a donné l’alerte à plusieurs reprises.

Une inspection de la direction départementale de la protection des populations, la DDPP, constate en 2018 que le méthaniseur, autorisé à absorber 28 tonnes de déchets par jour, en consomme en réalité 43 tonnes, un changement de régime potentiellement illégal. Autre infraction : les contrôles sur la qualité des eaux rejetées dans le milieu naturel n’ont pas été effectués.

Méthaniseur agricole
Les méthaniseurs installés dans certaines exploitations agricoles permettent de produire du biogaz à partir des déchets végétaux et animaux. Une source de revenu complémentaire qui n’est pas sans risques… Patrick Bard / Basta!

Entre 2012 et 2020, l’exploitation passe de 150 à 290 vaches laitières auxquelles s’ajoutent 250 génisses et le méthaniseur d’une capacité de 28 à 76 tonnes. Soit un triplement de volume en moins de dix ans. Ce n’est que lorsque ses travaux sont terminés que l’exploitant demande une régularisation de la situation. Celle-ci est accordée en 2021, mais fait toujours l’objet d’un recours en justice d’Eau et rivières de Bretagne, qui dénonce une manœuvre consistant « à blanchir une situation délictuelle ». « Moralité, si vous êtes agriculteur, allez-y, nous les services de l’État, nous régulariserons et assurerons vos arrières », résume, amer, le juriste de l’association environnementale, Brieuc Le Roc’h. L’exploitation fait l’objet d’une nouvelle mise en demeure de la préfecture depuis juin 2022.

Bruno Calle, gérant de la SARL des Moulins de Kerollet, plaide des erreurs de jeunesse liées à son statut de pionnier de la méthanisation. « Certes, on a fait des erreurs, mais on les a corrigées. Depuis les deux épisodes de pollution, des sécurités ont été installées pour éviter tout nouvel accident. Et le site a été étanché au-delà des exigences de la réglementation actuelle », décrit le producteur laitier.

Des « mésaventures » qui auraient même eu du bon, d’après l’éleveur. Elles auraient évité à des collègues de connaître ces errements. Bruno Calle participe ainsi au tutorat de porteurs de projet avec l’association des méthaniseurs bretons, en association avec la chambre régionale d’agriculture et l’association AILE. « J’en ai accompagné près d’une trentaine depuis cinq ans », s’enorgueillit l’ancien président FDSEA [1] du Morbihan.

Pollutions, explosion et boule de feu…

Plus à l’ouest, les Sud-Finistériens se souviennent avoir été privés d’eau potable en août 2020 pendant près d’une semaine. Le méthaniseur industriel de Châteaulin (29) avait déversé 400 m³ de digestat, le déchet issu de cette production de gaz, dans l’Aulne, affectant l’eau distribué au robinet. Un incident qui s’est aussi produit dans le sud-ouest de la France, dans les Landes, six mois plus tard. Cette fois, 850 m³, deux fois plus, se sont déversés dans les cours d’eau.

En juin 2019, un méthaniseur qui n’est pas encore en fonctionnement explose à Plouvorn, dans le Finistère. Une boule de feu est aperçue au-dessus du site. Une quarantaine de pompiers sont mobilisés et on déplore un blessé léger, deux personnes choquées, un soldat du feu évanoui et une sacrée frayeur.

Le rapport d’incident précise : « Le dossier technique de sécurité, à réaliser avant la mise en service, n’avait pas été transmis à l’administration. […] L’accident révèle une sous-estimation des risques […]. Suite à l’accident, [l’exploitant] souhaite démarrer l’exploitation de l’unité de méthanisation [avec seulement une partie du matériel, NDLR], sans attendre la reconstruction du digesteur [détruit par l’accident] ». La rentabilité avant la sécurité. Ce méthaniseur est le plus important du pays de Morlaix avec 45 000 tonnes de déchets consommés par an. À sa tête, 32 entreprises, agricoles et non agricoles.

Sans contrôle, ni sanction, à quoi bon respecter la loi et envoyer les dossiers techniques exigés ? C’est ce que l’État et la Région reconnaissent noir sur blanc dans un courrier adressé à l’Autorité environnementale, en 2019 : « Les maîtres d’ouvrage, devant l’absence de moyens de contrôle et de suivi de certaines mesures d’évitement, ont choisi de ne pas retenir celles-ci. »

Sans filet de sécurité, les accidents sont légion

Pourtant, la méthanisation est une technologie récente, fragile, qui mérite d’être surveillée. Le service de suivi des risques industriels du ministère de la Transition écologique a publié, en septembre 2021, une synthèse des accidents dans la filière. Il en recense 130 en France, entre 1996 et 2020. Dans 77 % des cas, il y a un rejet de matières dangereuses ou polluantes. « C’est le phénomène majoritaire, suivi par l’incendie », précise l’autrice du rapport, Aurélie Baraër. La faute aux « lacunes dans la gestion du risque et dans la formation des opérateurs ». Elle estime qu’un défaut de matériel est la cause principale de ces incidents.

Un diagnostic déjà posé en 2018 par son service : « Les accidents survenus récemment montrent que l’on est en présence d’une filière en pleine structuration qui n’est pas encore arrivée à maturité. Les erreurs de conception sont le témoin de cette situation. »

Mais ce recensement n’est pas exhaustif, il suffit de lire la presse pour s’en rendre compte. Sur cinq pollutions du méthaniseur d’Arzal, une seule est comptabilisée dans le recensement ministériel. Le Conseil scientifique national sur la méthanisation, le CSNM, qui réunit des scientifiques réservés sur cette technologie telle qu’elle se pratique aujourd’hui, tient ses propres comptes. Il évalue à 315 le nombre d’incidents en France. Presque trois fois plus que les services de l’État, sur la même période.

Pas de mesure sanitaire préventive

Les conséquences de ces incidents sont essentiellement environnementales et touchent en premier lieu les cours d’eau. Cours d’eau par ailleurs pompés pour alimenter la population. À cela s’ajoutent des conséquences sanitaires car le digestat, produit issu de la méthanisation, est épandu comme engrais sur les sols et peut être vecteur de maladies.

Pour éviter ces risques, la réglementation pose des garde-fous. « Il faut la voir comme une aide pour penser son installation et pas comme une contrainte, estime Anne-Marie Pourcher, chercheuse à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), à Rennes, et spécialiste des pathogènes. « Dès que la provenance des différents déchets devient complexe, on ’’hygiénise’’, c’est ce que prévoit la réglementation. » Grâce à cela, on limite les risques sanitaires. Par exemple, les déchets animaux, graisses, intestins, font partie des meilleurs ingrédients pour produire du gaz. Mais ils peuvent aussi faire circuler des pathogènes et propager des maladies.

Pour éviter ce risque, la réglementation peut imposer de traiter ces déchets à 70°C pendant une heure pour éliminer les pathogènes. Mais ce n’est pas obligatoire si le volume global de déchets, animaux et végétaux, est inférieur à 30 000 tonnes par an. Cette dérogation concerne la quasi-totalité des méthaniseurs bretons. Ça tombe bien car ce passage à 70 °C coûte très cher, au point de compromettre la rentabilité d’une installation.

Des méthaniseurs qui doublent de volume

Toutes les unités de méthanisation relèvent du régime des ICPE, les installations classées pour l’environnement. Trois niveaux de réglementation existent. Le régime de « l’autorisation », le plus contraignant et contrôlé, comprend les installations qui consomment plus de 100 tonnes par jour de matières premières. Celui de « l’enregistrement » concerne un volume compris entre 100 et 30 tonnes par jour. Enfin, le plus léger, le régime de la « déclaration » couvre les sites inférieurs à 30 tonnes par jour.

Or, en Bretagne, l’écrasante majorité des projets se situent officiellement sous la barre des 30 tonnes par jour et donc sous le régime de la simple déclaration. Ainsi, pas besoin de passer par la case de la concertation ou de l’enquête publique, qui donnent parfois lieu à des débats houleux dans des salles municipales remplies de riverains inquiets, voire carrément furieux. Un caillou dans la chaussure plus difficile à éviter sous les régimes supérieurs, de l’enregistrement et surtout de l’autorisation, censés garantir l’expression citoyenne, en dépit de récents allègements.

Des contraintes dont certains porteurs de projet parviennent même, de fait, à s’exonérer. Il n’est pas rare de voir les volumes d’intrants augmenter en cours de route, au motif que des « apporteurs de matière » se manifestent ou qu’une banque débloque un crédit.

À Chavagne, en Ille-et-Vilaine, un méthaniseur d’une capacité de 29,8 tonnes par jour est entré en fonctionnement en octobre 2021, soit juste sous la limite du régime de l’enregistrement. Pourtant, la première salve de gaz vient à peine d’être injectée dans le réseau « que d’autres agriculteurs « apporteurs de matière » se sont manifestés pour participer au projet, raconte Romain Marqué, l’un des associés du méthaniseur. Ce n’était pas prévu. »

Une opportunité qui l’a conduit, avec ses associés, à demander à passer à 72 tonnes par jour, entrant dans le périmètre du régime de l’enregistrement. Le conseil municipal n’a pas franchement de marge de manœuvre. Le méthaniseur est déjà là, les investissements – 5 millions d’euros -, déjà réalisés.

Même scénario à Louvigné-de-Bais (Ille-et-Vilaine) avec un méthaniseur qui passe de 29,8 à 48,5 tonnes par jour en l’espace d’un an. Recalibrer un méthaniseur peu de temps après sa mise en service, « c’est peu recommandable et peu recommandé, résume Armelle Damiano, directrice de l’agence locale de l’énergie, AILE. Si on se lance avec une installation à 29,9 tonnes par jour et que six mois après on demande à passer à 40 tonnes, cela peut être difficilement acceptable pour les collectivités et témoigner d’un manque de transparence au stade projet. Une fois l’installation rodée, selon les opportunités, le captage de nouveaux gisements peut alors justifier une augmentation de puissance. »

Mettre la collectivité au pied du mur est une pratique courante. La DREAL (direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) est le service de l’État chargé de recenser les installations de méthaniseurs en fonction de leur technologie. L’une convertit le méthane en chaleur et électricité, la cogénération ; l’autre l’injecte directement dans le réseau de gaz, l’injection.

En 2020, la DREAL sort la calculatrice : « 28 installations en cogénération [sur un total de 87] ont augmenté de puissance depuis leur mise en service. En moyenne les installations qui procèdent à une augmentation doublent de puissance. » Même chose pour la méthanisation en injection : « Neuf installations de méthanisation en injection [sur un total de 27] ont déjà procédé à une augmentation de [leur capacité maximale]. L’augmentation du débit d’injection intervient beaucoup plus rapidement qu’en cogénération. »

Un tiers des méthaniseurs augmente donc leur capacité en cours de route. Une décision qui ne peut s’improviser en raison des investissements nécessaires. Les augmentations de capacité interviennent ainsi rapidement après la mise en activité. Difficile d’imaginer que nombre d’entre elles ne soient pas étudiées dès le montage du projet.

Si le régime de la déclaration séduit autant, c’est aussi parce que « les ICPE [concernées] ne sont pas soumises à contrôles périodiques et n’ont lieu d’être contrôlées qu’en cas de plainte ou de signalement ou lors de campagnes ’’coup de poing’’ », observe la Cour des comptes dans son rapport de novembre 2021. Pas de signalement, pas de contrôle.

85 % des installations contrôlées ne sont pas dans les clous

Depuis près de dix ans, la réglementation qui encadre ces installations présentant des risques pour l’environnement ne cesse de s’assouplir. Avec son « choc de simplification », François Hollande avait commencé à la détricoter, en 2013. Depuis, d’autres garde-fous ont été supprimés, comme en 2018, sous le premier quinquennat d’Emmanuel Macron. Modifier des seuils qui font passer une installation du régime le plus contraignant à un régime intermédiaire, miser sur la confiance et l’autocontrôle des porteurs de projet, renvoyer les contrôles à des services de l’État de plus en plus dépeuplés… Gouvernement et législateurs, bien conseillés, savent quels curseurs bouger. D’autant qu’ils savent que sans contrôleur, pas de contrôlé.

Dans son rapport de 2021, la Cour des comptes démontre cette absence de contrôle, d’autocontrôle ou même de sérieux dans le suivi des sites de méthanisation. Les services d’inspection ne sont pas informés de la mise en service d’un nouveau méthaniseur. Difficile alors de contrôler quoi que ce soit. Des subventions publiques sont versées sans contrepartie, sans même celle d’une installation construite correctement. Le contrôle ponctuel des installations n’est quant à lui tout simplement pas fait.

À quoi bon se contraindre à respecter la loi si elle n’est pas appliquée, et que personne ne vient sanctionner ? Les directions départementales de la protection des populations (DDPP), rattachées aux préfets, confirment ce constat. Fin 2020, elles mènent une série de contrôles dans 14 établissements sur les plus de 150 installations existantes en Bretagne à l’époque. Dans 85 % des cas, les aménagements prévus dès le début du projet n’ont pas été réalisés. Il s’agit de cuves de rétention évitant des déversements accidentels dans le milieu naturel, de systèmes d’évacuation d’eaux pluviales, de clôture, d’alerte incendie. Autant de promesses d’aménagements non tenues.

L’État, laxiste

Les méthaniseurs ne sont pas tous très scrupuleux. Les services de contrôle de l’État, pas au rendez-vous. L’État lui-même ne montre pas beaucoup de zèle pour faire appliquer certaines directives européennes prises pour protéger l’environnement. L’une d’elles dispose qu’avant de valider l’implantation d’un méthaniseur, il soit nécessaire de prendre en compte « le cumul des incidences avec d’autres projets existants et/ou approuvés ». Car plus il y a de méthaniseurs, plus les risques augmentent. La France applique cette notion uniquement pour les installations de plus de 100 tonnes par jour, celles soumises au régime de l’autorisation pour les ICPE. Cela concerne seulement dix unités sur les 186 en fonctionnement en Bretagne au 1er janvier 2022.

À l’ouest de Rennes, la capitale de la méthanisation bretonne passe complètement sous ce radar. Sur le secteur d’Iffendic, on compte 14 méthaniseurs en fonctionnement. Quatorze autres le seront bientôt. Soit près de trente méthaniseurs sur une zone stratégique pour l’approvisionnement en eau potable des 450 000 habitants de Rennes métropole. Pourtant, tous ces méthaniseurs sont suffisamment petits pour esquiver la directive européenne et éviter les contrôles obligatoires, imposés aux plus grosses installations.

L’environnement breton pourrait faire les frais du développement de la méthanisation, structuré jusqu’en 2023 par le schéma régional de biomasse (SRB), élaboré en 2019. L’Autorité environnementale, entité indépendante chargée de l’évaluation environnementale, souligne la nécessité de revoir l’évaluation des incidences sur les sites Natura 2000. Dans leur mémoire en réponse, la Région et l’État disent avoir « adhéré à l’idée », mais l’appliquer dans « un SRB ultérieur ». Et quand l’Autorité environnementale leur demande de justifier pourquoi nombre de mesures d’évitement identifiées n’ont pas été appliquées, la Région et l’État sont limpides : c’est à cause de « l’absence de moyens de contrôle et de suivi permettant d’évaluer les incidences réelles de certaines mesures d’évitement ».

Dit sans élément de langage, on développe la filière, mais pour une partie des incidences environnementales, on verra plus tard.

Dans un autre avis, l’Autorité environnementale prévient : « Les pollutions qui découleraient de mauvaises pratiques en la matière pourraient pourtant inverser le bilan positif de la méthanisation. »

Et la question est brûlante : avec le projet de loi du gouvernement portant sur le développement des énergies dites « renouvelables », des associations écologistes s’élèvent déjà contre l’extension de dérogations et de dispenses d’études d’impact qui porteront préjudice à l’environnement. Le « biogaz » développé sans que ses moyens de contrôle ne se structurent, ajoute une menace sur la ressource en eau. Une de plus.

Splann ! est un média d’enquête à but non lucratif, fondé en septembre 2020 par des journalistes de Bretagne, sur le modèle de Disclose, son parrain. Il est reconnu comme service de presse en ligne depuis juin 2022. Son but est de délivrer des informations sensibles et à fort impact sur des sujets d’intérêt général, en français et en breton. Par souci d’indépendance, l’association ne fonctionne que grâce aux dons des citoyens et des associations. Pour les soutenir, c’est par ici.

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13 septembre 2022 par Julie Lallouët-Geffroy

https://basta.media/

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Biogaz : quand Total et Engie investissent les campagnes, « ceux qui se font avoir sont les agriculteurs »

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17 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

élevage (solidarités ch)

Vache

L’élevage, c’est l’exploitation

Si l’élevage intensif est la forme paradigmatique du «système-viande» capitaliste, les enjeux sociaux et environnementaux concernent toute forme d’exploitation animale.

Quelques aspects historiques

Avant de devenir agriculteurice durant la période néolithique, nous étions chasseureuses-cueilleureuses durant 2,5 millions d’années. L’évolution vers l’agriculture qui a débuté vers 8 500 avant notre ère a permis à l’Homo Sapiens d’avoir une alimentation carnée plus fréquente, puisqu’il n’était plus nécessaire de chasser les animaux non-humains.

L’élevage, initialement prévu pour la consommation collective, s’est développé en monnaie d’échange et ensuite en activité lucrative. Depuis le commencement de l’élevage, l’humain utilisait la sélection génétique pour augmenter la production et assurer une disponibilité de nourriture régulière.

Au fil de temps, ce processus de sélection a été progressivement peaufiné et s’est drastique-ment accélérée à partir de la 2e Guerre mondiale. Depuis, la sélection génétique a pour but de maximiser les profits en contrôlant l’agressivité, la sexualité, l’apparence et les liens sociaux des animaux non-humains. Par exemple, les vaches que l’on peut voir dans les champs aujourd’hui sont radicalement différentes de celles d’il y a 8 000 ans. Les mutations apportées sont telles qu’elles engendrent des souffrances aux animaux – mais augmentent la production de viande.

Swissgenetics, l’entreprise leader de la semence de taureau en Suisse pour le commerce national et international, a un chiffre d’affaires annuel de 62,77 millions de francs.

La pratique de l’élevage que nos ancêtres ont initié afin de simplifier leur accès aux protéines contenues dans la chair et le lait des animaux est devenu une industrie pesant des milliards, avec pour but absolu la maximisation du profit.

Élevage et prolétarisation

Au fil du temps, les conglomérats et multinationales se sont substituées aux seigneur·e·s et les serf·es sont devenu·e·s… des prolétaires. Si la position sociale des éleveureuses est loin d’être uniforme, la plupart se rêvant petit·e-bourgeois·es, leur marge de manœuvre face aux distributeurs est nulle.

Pour les plus petites exploitations, la soumission de l’agriculture aux lois du marché pousse les éleveureuses à l’endettement, à de conditions de travail très difficiles, à l’isolement et même au suicide. Le taux de suicide chez les agriculteurices ne cesse d’augmenter depuis 2003, et le risque de suicide est 37% supérieur chez les paysan·ne·s en comparaison avec le reste de la population. Dans le canton de Vaud, pas moins de huit paysan·ne·s se sont donné·e·s la mort en 2016.

La position sociale des employé·e·x·s d’abattoirs, souvent migrant·e·s, est bien plus claire. Les troubles physiques et psychologiques dont iels souffrent est un archétype de l’aliénation. Les mouvements répétitifs pour démembrer le corps des animaux entraînent des douleurs chroniques, l’environnement insalubre provoques des maladies et les horaires de travail sont inacceptables. Une dissociation cognitive constante, l’exposition à la souffrance, la douleur et la mort d’autres animaux provoquent de graves traumas et troubles de comportement chez les travaileureuses de la filière.

Du côté des animaux humains réduit·e·s au rôle de consommateurices, l’impact de la consommation de produits animaliers sur leur santé est non négligeable – cancers, maladies cardio-vasculaires, obésité ou diabète, qu’on nomme pudiquement «maladies de civilisation».

De ce point de vue, l’élevage intensif n’est donc utile qu’aux propriétaires, conglomérats et multinationales de la viande, au détriment de l’ensemble de la population et des animaux non-humains.

Élevage et écologie 

Nous l’avons compris, et c’est d’autant plus vrai des pays industrialisés comme la Suisse, l’élevage n’est finalement qu’une carte de plus dans la main (bien visible) du capitalisme. Mais qu’en est-il des effets de cette pratique sur la planète ? N’avons-nous pas besoin d’élever des vaches pour pâturer nos champs ? Dans un pays montagneux comme la Suisse, avons-nous la surface agraire pour faire pousser tout ce que nous mangerions ?

L’élevage industriel présente un bilan carbone catastrophique. Les émissions de gaz à effet de serre (GES) sont massives. Elles sont produites par la rumination des bovins, le transport international des animaux et de leur nourriture et les engrais. Il provoque aussi une déforestation et une dégradation des terres à large échelle. La concentration d’animaux favorise les crises sanitaires mondiales : covid, grippes porcines et aviaires, antibiorésistance – pour n’en citer que quelques exemples.

De plus, la production de l’alimentation destinée au bétail et à l’humain se trouvent actuellement en concurrence puisque l’on cultive du fourrage là où nous pourrions cultiver des denrées alimentaires.

Dans une étude suisse (PNR 69) issue du projet européen FoodBALL, deux scénarios alternatifs pour 2050 sont élaborés, et chacun aboutit à la même conclusion : si la population suisse mangeait plus de légumineuses et drastiquement moins de viande et que la concurrence de ces deux productions cessait d’exister, on aboutirait à une « augmentation de l’autosuffisance nette du secteur alimentaire suisse » et une baisse des dépenses alimentaires des consomma-teurices. Dans un contexte d’haute instabilité géopolitique, que la crise climatique va aggraver, assurer la souvraineté alimentaire doit constituer une priorité.

L’abolition de l’élevage permettrait également un rewilding (réensauvagement) du paysage alpestre suisse. Déjà réalisé dans d’autres pays, il est extrêmement bénéfique pour restaurer les écosystèmes, augmenter la biodiversité, lutter contre l’extinction des espèces, régénérer les sols et prévenir les inondations, entre autres.

Bio et local ?

Si l’abolition de l’élevage industriel ne fait pas débat au sein de la gauche, l’élimination totale de la consommation de produits d’origine animale divise les militant·e·s écosocialistes, qui peinent à y déceler une contradiction fondamentale. Pourtant, les arguments sont multiples. Précisons toutefois qu’ils s’appliquent principalement aux pays industrialisés et aux régions qui ont un potentiel agricole élevé.

En termes sociaux, le risque de contamination et de crise sanitaire persiste et les troubles psychologiques provoqués par le fait de devoir tuer des animaux avec qui les éleveureuses ont créé des liens n’est pas anodin.

Le bilan écologique de l’élevage bio de petites exploitations est déplorable. Une étude de 2020 démontre que la production de viande bio est tout aussi coûteuse pour l’environnement que la production de la viande non-bio en termes d’émissions de GES, d’utilisation d’eau et de surface agricole et de déforestation.

L’écosocialisme prône la sobriété énergétique. Pourquoi cet objectif ne concernerait pas les calories alimentaires ? Il est bien plus efficace de se nourrir directement des plantes, sans passer par l’intermédiaire des animaux.

En effet, pour obtenir 1kg de bœuf, il faut 42kg de nourriture ! Autrement dit, coloniser d’énormes surfaces pour une production inutile !  L’élevage, même bio et à petit échelle, est une passoire calorique. Quel militant·e «internationaliste» peut défendre une telle inefficacité alors que les famines dans le monde vont fortement s’aggraver avec le dérèglement climatique ?

Nous militons également pour abolir la violence, qu’elle se nomme féminicide ou guerre. Que dire alors de la violence inhérente à l’élevage ? Mettre à mort un être vivant qui a des émotions et peut ressentir de la douleur, reste non-éthique, que l’étiquette soit « bio et local » ou non. Peut-on sérieusement considérer que cette pratique à la base de notre système alimentaire n’a aucune influence sur les rapports sociaux ?

Pour la philosophe et militante féministe et antiraciste Angela Davis, « le véganisme fait partie d’une perspective révolutionnaire » justement car il donne la possibilité de construire une praxis cohérente, véritablement solidaire et respectueuse du vivant.

Réorientons-nous ensemble vers une alimentation végétale, respectueuse de tous les animaux (humains et non-humains) et de notre planète !

Lausanne, 27 août 2022 Julia Huguenin

https://solidarites.ch/journal/

Commentaire:

Salut

l’aspect historique ok mais l’émancipation paysanne existe et la lutte progresse
faire l’amalgame entre l’agriculture paysanne et industrielle c’est dégueulasse 
la misère sociale et physique dans les abattoirs c’est vrai un accompagnement est nécessaire
le bilan carbone est totalement différent entre l’industriel et le paysan
manger plus de légumineuses et moins de viande mais qui est contre?
un réensauvagement et c’est les seigneurs qui reviennent 
la mort d’un animal reste un acte pénible pour l »éleveur je ne cherche pas a fuir cette responsabilité
l’écosocialisme prone la sobriété dix petites fermes valent mieux qu’une grande
michel

 

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15 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

minga

Jean Luc Brault nous a quitté

Nous avons fait la rencontre de Jean-Luc Brault, co-fondateur de l’établissement « Graines del païs », en 2014 à l’occasion d’une rencontre du Réseau Semences Paysannes.

La première impression qui se dégageait de Jean Luc, c’est d’être un anti-conformiste, généreux, héritier d’une culture punk pour son goût de l’action. Ses chemises colorées façon africaines et ses chaussures type doc Martens à bout argenté étaient le reflet de sa personnalité. Issue d’une famille ouvrière d’Argenteuil, sa culture populaire l’éloignait de toute forme de corporatisme.

Son engagement ne se réduisait pas à sa pratique, mais se nourrissait du souhait constant de partager et d’alimenter auprès d’autres, le sens de cette coévolution « plantes, hommes, terroirs » qui l’aimait et l’animait tant, pour faire reconnaître le métier d’Artisan Semencier et la semence variété population (variété de la population comme il aimait à dire) en tant que biens communs, libres de droits, prêtes à être adoptées par toutes et tous.

Adhérent à Minga, en 2017, Jean Luc s’est impliqué dans l’initiative « Graines d’un Paris d’avenir » avec l’Alliance des cuisiniers, puis en 2018 dans celle de « Graines d’une Bretagne d’avenir » qui a donné naissance à l’établissement semencier « Graines de liberté, Hadoù ar Frankiz«  en 2022.

Dans les différents échanges que nous avons eu avec lui, ce qui se dégageait, c’est sa curiosité, son appétit intellectuel et spirituel, une empathie qui interroge l’humanité, sans jamais être misanthrope. Nous lui devons une sensibilité humaine exacerbée dans tous ses rapports vivants, entre vivants, sans idéologie,  qui a marqué un tournant pour notre organisation.

A sa femme Emmanuelle, leurs enfants Camille, Antoine et Arthur et à l’équipe de Graines del pais, nous adressons nos plus sincères condoléances.

Salut et fraternité Jean-Luc, semeur de graines d’Humanité depuis son païs, pour tout le monde.

Le conseil d’administration de Minga

http://minga.net/

 

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08 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

patates ( ci )

paysans

La contrebande de patates colombiennes ruine les producteurs vénézuéliens

Alors que l’ouverture annoncée de la frontière entre les deux pays met du temps à se concrétiser, les producteurs de patates vénézuéliens luttent contre la contrebande de pommes de terre. Les produits en provenance de Colombie sont en effet vendus à des prix défiant toute concurrence.

Se dirige-t-on vers une guerre de la patate entre la Colombie et le Venezuela ? Alors que les deux pays renouent peu à peu leurs relations diplomatiques et commerciales, toute une série de problèmes méconnus voient le jour dans la région frontalière montagneuse où abondent les trafics en tout genre.

Le dernier en date ? La contrebande de patates colombiennes à des prix défiant toute concurrence qui menace la production locale d’un Venezuela enfoncé dans une grave crise économique depuis plus de sept ans.

Selon l’agriculteur Alfonso Morales, interviewé par le site de Caracas El Pitazo, le problème est d’abord dû aux conditions financières difficiles rencontrées par les agriculteurs du Venezuela, incapable de rivaliser avec le pays voisin, dans lequel la culture de la pomme de terre bénéficie de subventions gouvernementales depuis 2020.

“Les coûts de production de la pomme de terre au Venezuela sont très élevés, à commencer par les semences : elles sont très anciennes. Le gouvernement n’autorise pas les agriculteurs à faire venir des semences d’autres pays.”

Avec les effets de la crise économique, “les coûts de production ont trop augmenté”, surtout ceux des fongicides et des insecticides – souvent importés –, ce qui fait que “nous travaillons à perte”, ajoute l’homme, dépité.

À cette question s’ajoute celle de la corruption et de l’extorsion. En effet, “les contrebandiers ne sont pas soumis à des extorsions sur les routes […] du pays”, alors que les locaux “doivent payer jusqu’à 10 dollars par alcabala (barrage)”, déplore le producteur Adalberto Mendoza, lui aussi interrogé par le titre. Les barrages légaux et illégaux sont fréquents sur certaines routes du Venezuela : des groupes armés et les autorités locales elles-mêmes rackettent régulièrement les commerçants et les habitants.

Près de 150 000 familles dépendantes de la patate

À titre d’exemple, sur un marché de Caracas, le sac de patates colombiennes coûte de 10 à 12 dollars, contre un coût de production de 18 dollars pour les pommes de terre locales, pour le plus grand malheur des 150 000 familles vénézuéliennes qui dépendent de son commerce.

Pour compléter ce sombre tableau, les producteurs refusent souvent d’être payés en bolivars, la monnaie locale, fortement instable et très dévaluée. Ce qui pousse les commerçants à recourir à des bureaux de change et à perdre encore un peu plus d’argent au passage.

En conséquence, les agriculteurs demandent au gouvernement de mettre fin à la contrebande de patates colombiennes – souvent camouflées dans des camions qui transportent du gaz – pour sauver la pomme de terre vénézuélienne. Selon Morales :

“Nous ne sommes pas sur un pied d’égalité avec la Colombie. Produire ici est plus difficile à cause de tout. Nous, les producteurs, sommes orphelins, nous nous sentons seuls.”

Emilien Pérez

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08 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

fnsea (la conf’)

conf

Aléas climatiques : quand la FNSEA négocie contre une partie de la profession

La Confédération paysanne alerte depuis longtemps sur le choix du gouvernement de faire reposer la réforme de la couverture des aléas climatiques sur les assureurs privés. En effet, par principe, un système assurantiel privé n’est pas adapté pour couvrir un sinistre qui peut être généralisé à toute une région voire un pays.

Cette réforme de l’assurance récolte est toujours présentée comme « universelle ». Pourtant, en 2030, l’assurance privée ne couvrira que de 30% des surfaces en arboriculture et prairie et 70% des surfaces en grandes cultures et viticulture. Pour les autres productions rien n’est fixé.

La prise en charge des productions non-assurables, jugées trop risquées pour les assureurs, et des non-assurés, pour qui une assurance reste financièrement inaccessible, est la grande absente de cette réforme. C’est pour eux que la Confédération paysanne se bat depuis le début en proposant une réforme fondée sur un principe de solidarité intra et inter filières. Cette question de la solidarité a été totalement absente des discussions.

Pire, la FNSEA* a torpillé hier soir la réunion avec le Ministre, censée acter les derniers arbitrages. Elle continue d’exiger une prise en charge par l’Etat la plus faible possible pour les non-assurés exerçant dans les 4 productions assurables !Si l’annonce de ces derniers arbitrages a été officiellement reprogrammée la semaine prochaine lors d’une réunion de la Codar, en réalité tout va se jouer en amont, lors d’une ultime réunion bilatérale DGPE/FNSEA*. Il est inacceptable que la FNSEA* travaille à l’exclusion d’une partie de la profession. Cette réforme étant déjà largement insuffisante, le Ministre ne doit pas céder.

Nous savons que le système d’assurance privée ne pourra pas assurer les conséquences du changement climatique. Toute la profession va donc rapidement s’apercevoir que la promesse d’une couverture « universelle » est une escroquerie. Inévitablement, ce sujet va revenir sur la table et la Confédération paysanne n’aura de cesse de porter son projet de fonds professionnel mutuel et solidaire.

*Codar : commission chargée de l’orientation et du développement des assurances garantissant les dommages causés aux récoltes.

07.09.2022

http://www.confederationpaysanne.fr

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06 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

amazonie (à l’encontre)

amazonie (à l'encontre) dans A gauche du PS coica-sq-logo

«Une grande partie de l’Amazonie pourrait ne jamais se reconstituer»

La destruction de l’environnement dans certaines parties de l’Amazonie est si complète que des pans entiers de la forêt tropicale ont atteint le point de basculement et pourraient ne jamais pouvoir se reconstituer, selon une importante étude menée par des scientifiques et des organisations indigènes.

«Le point de basculement n’est pas un scénario pour l’avenir mais plutôt un stade déjà présent dans certaines zones de la région», conclut le rapport. «Le Brésil et la Bolivie concentrent 90% de la déforestation et de la dégradation combinées. Par conséquent, la savanisation [transformation d’une région en savane] est déjà en cours dans ces deux pays.»

Les scientifiques du Réseau amazonien d’informations socio-environnementales géoréférencées (RAISG) ont collaboré avec le Coordinateur des organisations indigènes du bassin de l’Amazone (COICA) pour produire l’étude, «Amazonia Against the Clock», l’une des plus importantes à ce jour, couvrant les neuf nations qui contiennent des parties de l’Amazonie [Bolivie, Pérou, Brésil, Colombie, Equateur, Venezuela, Suriname, Guyane, Guyane française].

Elle a révélé que seules deux de ces neuf nations, le petit Surinam et la Guyane française, ont au moins la moitié de leurs forêts encore intactes.

Des organisations autochtones amazoniennes représentant 511 nations indigènes et alliés appellent à un pacte mondial pour la protection permanente de 80% de l’Amazonie d’ici 2025.

L’objectif de 80% est un défi de taille, car il ne reste que 74% de la forêt dite d’origine. Il est urgent d’agir non seulement pour protéger la forêt encore existante, mais aussi pour restaurer les terres dégradées et revenir à ce niveau de 80%.

«C’est difficile mais faisable», a déclaré Alicia Guzmán, une scientifique équatorienne qui a coordonné le rapport. «Tout dépend de l’implication des communautés indigènes et des personnes qui vivent dans la forêt. Cela et la dette [non-paiement de la dette injuste qui frappe les pays impliqués].»

Selon Alicia Guzmán, confier aux groupes indigènes la gestion d’un plus grand nombre de terres – et, surtout, leur assurer la protection de l’Etat et supprimer les lacunes juridiques qui permettent aux industries extractives de pénétrer la forêt – est le moyen le plus sûr de garantir la préservation.

Près de la moitié de l’Amazonie a été désignée comme zone protégée ou territoire indigène, et seulement 14% de la déforestation totale a lieu dans cette région. Actuellement, environ 100 millions d’hectares de terres indigènes font l’objet de litiges ou attendent des gouvernements des reconnaissances officielles.

«Avoir des indigènes dans le processus de décision signifie que nous comptons sur les connaissances de ceux qui connaissent le mieux la forêt», a déclaré Alicia Guzmán. «Et ils ont besoin de financement.»

Ils ont également besoin que leurs terres soient protégées contre les accapareurs et les industries extractives. L’exploitation minière est l’une des menaces croissantes, les zones protégées et les terres indigènes figurant parmi les zones les plus convoitées par les prospecteurs.

Une grande partie de l’exploitation minière est clandestine et illégale, mais environ la moitié dans les zones protégées est effectuée légalement. Les scientifiques ont appelé les gouvernements à rejeter ou à annuler les permis d’exploitation minière.

Le pétrole est une autre menace, en particulier en Equateur, d’où provient 89% de tout le brut exporté de la région.

Les activités pétrolières couvrent 9,4% de la surface de l’Amazonie et 43% d’entre elles se trouvent dans des zones protégées et des terres indigènes. Plus de la moitié de l’Amazonie équatorienne est désignée comme un secteur pétrolier, selon le rapport, et les surfaces exploitées au Pérou (31%), en Bolivie (29%) et en Colombie (28%) sont également inquiétantes.

Les exploitations agricoles sont encore plus préoccupantes. Ce type d’agriculture est responsable de 84% de la déforestation, et la superficie des terres consacrées à l’agriculture a triplé depuis 1985, selon le rapport. Le Brésil est l’un des principaux exportateurs de denrées – le soja, le bœuf et les céréales – alimentant de grandes parties du monde et rapportant des milliards de dollars chaque année.

L’Amérique latine est la région la plus endettée du monde en développement et l’annulation de cette dette en échange d’engagements de préservation serait significative.

A partir de ce constat, l’une des principales recommandations de l’étude est de renforcer la collaboration entre les gouvernements régionaux, les institutions financières internationales et les sociétés de capital-investissement qui détiennent une grande partie de la dette des nations amazoniennes. «Ces derniers ont devant eux une occasion unique d’effacer la dette existante en échange d’engagements à mettre fin à l’extraction industrielle et à promouvoir les protections dans les zones prioritaires clés, les territoires autochtones et les zones protégées», indique le rapport.

[Dans le rapport «Amazonia Against The Clock», à la page 38, la proposition est résumée à sa façon par Tuntiak Katan, vice-coordinateur de COICA en Equateur:

«La dette extérieure des pays amazoniens doit être comprise comme un moteur systémique et un carburant pour les activités extractives dans toute la région. En tant que coalition, nous proposons l’annulation de cette dette comme une mesure de protection immédiate pour atténuer les défis économiques que nos pays traversent.

Cette proposition d’annulation de la dette serait conditionnée à la protection de 80% de l’Amazonie. Les pays industrialisés et les institutions financières internationales assumeraient la responsabilité de la sauvegarde de la planète, de l’atténuation du changement climatique et de l’allègement de la pression sur l’Amazonie avec le leadership des pays amazoniens.»

Parmi les 13 autres «solutions» proposées dans le rapport figurent: la suspension complète de l’octroi de nouvelles licences et de nouveaux financements pour l’exploitation minière, pétrolière, l’élevage de bétail, les grands barrages, l’exploitation forestière et d’autres activités de ce type; une transparence et une responsabilité accrues le long des chaînes d’approvisionnement; la restauration des terres déboisées; de nouveaux modèles de gouvernance permettant une représentation et une reconnaissance accrues des peuples autochtones.

Bien que la tâche soit énorme, il y a des raisons d’être optimiste, notamment au Brésil, où le président, Jair Bolsonaro, affronte l’ancien président sortant Luiz Inácio Lula da Silva dans une élection tendue le 2 octobre.

Lula est en tête dans les sondages. Pendant son mandat, dans les années 2000, la déforestation a diminué de plus de 80%.

Par Andrew Downie

(Article publié dans The Guardian, en date du 5 septembre 2022)

https://alencontre.org/

 

 

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