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15 août 2018 ~ 0 Commentaire

ogm monsanto 1 (le monde diplo)

 monsanto

Comment Monsanto vend les OGM

Enquête sur une stratégie de communication

Habituées à dicter leur loi aux gouvernements, les sociétés transnationales doivent maintenant compter avec un éveil civique susceptible de contrecarrer leurs projets. D’où la prolifération des « codes de bonne conduite » et autres « chartes éthiques » dont elles se dotent pour occulter ce qui reste leur unique objectif : garder les mains libres à l’échelle planétaire en vue de créer toujours plus de « valeur » pour l’actionnaire.

C’est dans le secteur de l’agrochimie qu’elles rencontrent le plus d’obstacles :

Les organismes génétiquement modifiés (OGM) ne « passent » pas dans l’opinion, tout parti-culièrement en Europe, aucune étude scientifique n’ayant pu conclure ni à leur innocuité ni à l’absence de risques pour la biodiversité liés à leur dissémination accidentelle, ni même se prononcer sur leurs prétendus bienfaits.

Les grandes firmes du domaine, en premier lieu Monsanto, ont donc déployé une stratégie de contournement.

Il ne s’agit pas de prouver que leurs produits ne présentent aucun danger, mais de les promou-voir comme autant de remèdes aux problèmes de malnutrition et de santé publique du tiers-monde et, surtout, comme une solution de rechange à un péril, certes bien réel, celui des pesticides, avec des campagnes publicitaires minutieusement élaborées et massivement financées, elles espèrent bien « retourner » les esprits récalcitrants.

Etat d’urgence à Monsanto 

Après une alerte à la bombe sur son site français de Peyrehorade, dans le département des Landes, le numéro deux mondial des semences agricoles lance sur son réseau Intranet un protocole de sécurité en cas d’attaque cybernétique ou physique de ses employés. Ces derniers sont sommés de signaler tout comportement suspect, tout appel téléphonique non identifié et toute personne non badgée, ainsi que de fermer à clé toutes les portes, de verrouiller l’accès aux écrans d’ordinateur par des mots de passe et de ne pas utiliser de modem connecté à l’extérieur.

Quant aux entretiens avec des journalistes, ils sont interdits sauf aux personnes expressément mandatées. Cette culture du secret n’est, du reste, pas complètement étrangère à l’actuelle directrice de la communication de Monsanto-France, Mme Armelle de Kerros, une ancienne de la Compagnie générale des matières atomiques (Cogema). Ce qui n’empêche pas Monsanto d’afficher une volonté de « transparence »…

Depuis le scandale de Terminator, première plante tueuse de l’histoire de l’agriculture (1), l’entreprise est partagée entre paranoïa défensive et agressivité. Les ennuis commencèrent lorsqu’elle racheta la firme Delta & Pine Land pour la somme de 1,8 milliard de dollars. Monsanto récupérait à cette occasion un brevet qui permettait un « verrouillage » des semences grâce à une ingénierie génétique inhibant leur repousse d’une année sur l’autre, ce qui conduisit l’organisation RAFI (The Rural Advancement Foundation International) à surnom-mer « Terminator » cette technique de stérilisation. Devant le tollé international qu’elle provo-qua, le président de Monsanto, M. Bob Shapiro, annonça le retrait du produit, avant de donner sa démission.

Depuis lors, la multinationale a abandonné son slogan d’autrefois, « Nutrition, santé, avenir » et elle cherche à se reconstituer une notoriété. Produire des OGM (on parle pudiquement de biotechnologies) est, en effet, une entreprise à hauts risques, aussi bien en termes d’image que d’investissements. Sans parler des accidents biologiques possibles : menaces sur la biodi-versité et apparition d’insectes mutants, résistants aux insecticides incorporés dans les plantes transgéniques (2). Aux Etats-Unis, l’Agence de protection de l’environnement (EPA) a d’ores et déjà encouragé les agriculteurs à consacrer au moins 20 % de leurs terres à des plantations conventionnelles afin que des insectes non résistants au transgène Bacillus thuringiensis puissent se développer.

Autant d’aléas qui expliquent que, dans la valse des fusions-acquisitions et des restructu-rations, l’agrochimie, qui comprend les biotechnologies végétales (c’est-à-dire les OGM), soit systématiquement isolée des autres secteurs, de manière à compartimenter le risque trans-génique. C’est dans cette logique qu’Aventis cherche à se désengager de CropScience, sa branche agrochimique.

La firme avait en effet commercialisé le maïs transgénique Starlink, susceptible de provoquer des allergies chez les humains. Bien qu’il fût exclusivement destiné à l’alimentation animale, ce maïs s’était massivement retrouvé dans les chips et les corn-flakes des consommateurs améri-cains, ainsi que dans les gâteaux de la marque Homemade Baking vendus au Japon. C’est également dans ce contexte qu’est né, en octobre 2000, le premier groupe mondial d’agro-chimie, Syngenta, résultat de la fusion du suisse Novartis et de l’anglo-suédois Astra-Zeneca, qui réalisera un chiffre d’affaires d’environ 8 milliards d’euros.

Monsanto, après avoir fusionné avec la grande firme pharmaceutique Pharmacia & Upjohn, ne s’occupe désormais plus que d’agriculture, avec un chiffre d’affaires de 5,49 milliards de dollars en 2000. Elle a cédé à Pharmacia son médicament phare anti-arthritique, le Celebrex, pour se spécialiser dans la production de produits phytosanitaires, de semences agricoles et, plus particulièrement, de semences génétiquement modifiées.

Monsanto est maintenant le deuxième semencier mondial (après Pionneer),

Le deuxième phytosemencier après Syngenta et le numéro un en herbicides avec le Roundup, herbicide le plus vendu au monde (2,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2000, soit près de la moitié de celui du groupe). Son objectif est de faire accepter ses produits transgé-niques en persuadant l’opinion qu’il vaut mieux consommer une plante génétiquement modifiée qu’une plante aspergée de pesticides (3). Pour faire sauter les derniers obstacles, cette stratégie se pare d’atours philanthropiques et écologiques.

Ne lésinant pas sur l’« éthique », Monsanto a ainsi adopté en janvier 2001 une nouvelle charte contenant cinq engagements : « dialogue », « transparence », « respect », « partage » et « bénéfices ». Selon le directeur général de Monsanto-France, M. Jean-Pierre Princen, les consommateurs européens – les plus réticents aux OGM – doivent comprendre qu’un organis-me génétiquement modifié n’est rien d’autre qu’un organisme génétiquement amélioré. D’où la naissance du nouveau Monsanto, dit « projet M 2 » en langage interne : ses semences sont écologiques et bonnes pour la santé. Ceux qui en doutent sont simplement mal informés. Du passé faisons d’ailleurs table rase : qui se souvient que Monsanto produisait le défoliant, dit « agent orange », utilisé par les bombardiers américains pendant la guerre du Vietnam ?

Aujourd’hui, les équipes de la multinationale se réunissent à Hô Chi Minh-Ville pour y vendre leurs herbicides et pour y nouer des relations privilégiées avec les médias, les scientifiques et les membres du gouvernement vietnamien. Des Philippines à l’Argentine, il s’agit de disposer d’une latitude d’intervention sans limites : « Free to operate » carte blanche ») en jargon maison.

Un kit semence-herbicide

Pour la consommation externe, il conviendra donc de mettre en avant les vertus écologiques des OGM, dont le groupe commercialise deux variétés. Le gène Bt, d’abord, issu de la bactérie Bacillus thuringiensis, qui diffuse ses propres toxines insecticides, ce qui évite la vaporisation de pesticides supplémentaires : une récolte de coton dite « Bt », en subira seulement deux, au lieu de six à huit. Deuxième variété : le Roundup Ready, conçu pour résister à l’herbicide Roundup. L’agriculteur achète ainsi en kit à la fois la semence et l’herbicide ! Le Roundup est présenté par la firme comme un produit biodégradable, ce qui lui vaut un procès intenté par la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) de Lyon pour publicité mensongère.

Aux Etats-Unis, l’EPA estime que le volume annuel de glyphosate répandu se situe entre 20 et 24 mille tonnes (4).

Il est massivement utilisé pour la production de soja, de blé, de foin, dans les pâturages et les jachères. Depuis 1998, son utilisation a augmenté de quelque 20 % par an. Contenu dans le Roundup, il est l’herbicide le plus vendu au monde et rapporte chaque année à Monsanto environ 1,5 milliard de dollars. Le brevet a expiré en l’an 2000, mais la firme va conserver une partie du monopole grâce aux plantes génétiquement modifiées, conçues pour être tolérantes au glyphosate.

En Bretagne, le glyphosate figure parmi les polluants importants et réguliers 

Jusqu’à 172 fois la norme en octobre 1999 dans l’Elorn, qui alimente en eau potable le tiers du Finistère, « ce qui prouve que le Roundup, dit biodégradable, est une imposture », explique le docteur Lylian Le Goff, membre de la mission biotechnologies de l’association France Nature Environnement.

La pollution du sol, de l’eau et de l’eau de pluie, de l’ensemble de la chaîne alimentaire et de l’air par les pesticides est devenue un sérieux problème de santé publique que l’administration française a tardé à prendre en considération. D’où, pour le docteur Le Goff, « l’impérieuse nécessité d’appliquer le principe de précaution par une remise en cause de l’incitation à utiliser des pesticides, particulièrement lorsque celle-ci est encouragée par une publicité mensongère vantant l’innocuité et la biodégradabilité des produits à base de glyphosate ».

L’ingestion des pesticides par le consommateur serait nettement plus forte si les plantes génétiquement modifiées devaient se répandre, tant elles en sont imprégnées.

Comme les dioxines, les pesticides, dont le glyphosate, ne sont pas biodégradables dans le corps humain, et ils constituent une pollution invisible (5). Leurs molécules cumulent des effets allergisants, neurotoxiques, cancérigènes, mutagènes et hormonaux en altérant la fertilité des mâles. Leurs propriétés sont comparables à celles des hormones femelles, les oestrogènes : globalement, ces actions hormonales seraient responsables d’une baisse de 50 % du taux de spermatozoïdes durant ces cinquante dernières années. Si ce déclin spermatique devait continuer, le clonage s’imposerait à l’espèce humaine vers 2060 !

Outre leurs prétendues vertus de biodégradabilité, les semences transgéniques compatibles avec le Roundup sont présentées par Monsanto comme « amies du climat » (climate friendly), puisque leur usage permettrait aux agriculteurs de réduire, voire de cesser tout labourage, permettant le stockage dans la terre de doses massives de gaz carbonique et de méthane, ce qui réduirait de 30 % les émissions du gaz carbonique des Etats-Unis. Reste à expliquer en quoi une mise en culture non transgénique serait moins efficace…

Une seule certitude 

Les profits seraient moindres, notamment parce qu’une culture ordinaire se passerait de l’herbicide Round-up. La soudaine vocation écologique de Monsanto et le zèle de son « président pour le développement durable », M. Robert B. Horsch, convergent avec l’intérêt des vendeurs de droits à polluer, tels ces propriétaires terriens du Montana, d’ores et déjà rassemblés en une Coalition pour la vente de droits d’émission de gaz carbonique (6).

Si la phraséologie à usage externe du Nouveau Monsanto est centrée sur « la tolérance », « le respect » et « le dialogue », le vocabulaire stratégique se fait nettement plus cru en interne. La « philosophie » de la firme, telle qu’exposée par M. Ted Crosbie, directeur du programme de développement végétal, devant une assemblée de cadres de Monsanto-Amérique latine en janvier 2001, ne s’embarrasse pas de nuances : « Livrons en même temps le pipeline et l’avenir. » En clair, il s’agit d’inonder d’OGM les surfaces agricoles disponibles pour occuper le terrain, et de manière irréversible. L’Amérique latine est, de ce point de vue, « un environne-ment gagnant » : Monsanto évalue à 100 millions d’hectares les surfaces restant à « dévelop-per » dans le seul Brésil.

 Coauteure de Sauver la Terre, Fayard, Paris, 2003, d’une série documentaire, Terriens amers, paradis perdus, diffusée sur Arte en 2006, ainsi que d’un documentaire, Planète en otage, disponible auprès des Films du Village.

Juillet 2001 Agnès Sinaï

https://www.monde-diplomatique.fr/

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14 août 2018 ~ 0 Commentaire

esclavage (à l’encontre.ch)

Migrants Ital

Italie. La marche des «casquettes rouges» contre l’exploitation

Des centaines de journaliers africains défilent en Italie en protestation contre des conditions de travail propres à de l’esclavage.

«Nous sommes prêts à organiser la première marche pour la dignité et pour les droits. Pour dire non à toute forme d’esclavage, en particulier contre les diktats de la grande distribution.» Le jour se lève à Torretta Antonacci, près de l’ex-ghetto de Rignano, entre les champs de Rignano Garganico et de San Severo, à une vingtaine de kilomètres de Foggia, dans les Pouilles.

Aboubakar Soumahoro, syndicaliste de l’Unione sindacale di Base (USB), rassemble des centaines de journaliers avant de leur expliquer:

«Durant la matinée, nous traverserons les champs jusqu’à la préfecture de Foggia. Nous brandirons nos casquettes rouges pour dire non à l’exploitation. Pour dire clairement que les êtres humains priment sur les affaires.» Il ajoute: «Aujourd’hui, nous n’avons pas besoin de permis, nous voulons des réponses.»

Il est près de midi lorsque la manifestation, réunissant plusieurs centaines de journaliers africains qui ont aujourd’hui croisé les bras «pour protester contre un système agricole qui nous opprime», se rassemble devant la gare de Foggia avant de se rendre ensuite, leur nombre ayant atteint presque 1000, devant la municipalité de cette ville des Pouilles. Avec ce qui lui reste de voix suite à une longue journée qui avait commencé très tôt, Aboubakar conti-nue d’encourager au mégaphone les «camarades de lutte», ayant répondu à l’appel lancé par l’USB, qui sont réunis devant la municipalité de la ville.

«Il y a beaucoup à apprendre de cette grève

aujourd’hui vous écrivez une grande page d’histoire», déclare Michele Emiliano, président de la région des Pouilles [membre du Parti démocrate], s’adressant à Aboubakar Soumahoro: «Faire du syndicalisme, c’est ça: organiser des femmes et des hommes pour aboutir à des conquêtes sociales.» Le président de la région se propose de servir d’interlocuteur «avec n’importe quel gouvernement, afin de trouver une solution à la question de l’exploitation dans le secteur agricole».

Les journaliers africains s’adressent précisément au président du gouvernement, Giuseppe Conte, au moyen d’un message symbolique

Ils déposent une caisse de tomates à l’entrée de la municipalité de Foggia, juste avant la réunion du syndicat avec le préfet. Pendant ce temps, Aboubakar Soumahoro invite à la réflexion, rappelant qu’aujourd’hui, 8 août, «c’est l’anniversaire du désastre de Marcinelle [un incendie dans une mine de charbon près de Charleroi, en Wallonie qui, le 8 août 1956, a provoqué la mort de 262 personnes, dont 136 immigrés italiens], une époque où les ouvriers italiens étaient exploités et esclavagisés, entre autres en raison de leur nationalité». 

Sur les événements de Foggia, l’ordre du discours politico-institutionnel

Hier [7 août], le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, présidait dans les locaux de la préfecture de Foggia le Comité provincial pour l’ordre et la sécurité publique, convoqué en urgence après les deux accidents de la route [les 4 et 6 août] qui, au cours des derniers jours, ont provoqué la mort de 16 journaliers.

«Il s’agit d’un problème de mafia, pas de salaires au noir et de recrutement illégal de journaliers.

Dans la province de Foggia, il y a une criminalité mafieuse que j’ai l’intention d’éradiquer localité par localité», a déclaré Salvini lors de la conférence de presse qui s’est tenue à l’issue de la rencontre institutionnelle. Il a ensuite ajouté: «Je ne permettrai pas que l’on appose une éti-quette de criminelle sur l’agriculture italienne du seul fait que quelques-uns veulent s’enrichir dans l’illégalité. La grande majorité des employeurs de Foggia sont honnêtes.»   

Le ministre en a fait exclusivement, en l’espèce, une question de légalité, de respect de la loi, de sécurité sur les routes. «L’objectif est de gérer de manière transparente les transports, pour que les mafias n’en aient plus le contrôle», a insisté Salvini; en oubliant que la question de l’exploitation dans le secteur agricole relève d’un ensemble politique et économique, où sont en jeu les intérêts financiers de certaines de plus grandes entreprises du pays.

C’est précisément ce qu’a découvert il y a quelque temps le parquet de Lecce, ville du sud des Pouilles, lors de l’enquête sur le décès d’Abdullah Mohamed, un journalier soudanais de 47 ans, mort sous la chaleur dans les champs de Nardò [une ville de 30’000 habitants], le 20 juillet 2015.

Abdullah est mort sous la chaleur et suite aux efforts de la récolte de tomates.

Cet été, au moins dix personnes sont mortes dans les champs pour les mêmes raisons (cha-leur et épuisement). Seulement dans les Pouilles, cinq migrants sont morts en deux mois. L’en-quête de la magistrature des Pouilles a démontré l’existence d’une véritable chaîne d’exploita-tion agricole. Ces tomates ont été vendues à certaines des plus importantes entreprises de conditionnement d’Italie (en réalité, les grandes entreprises en question n’ont jusqu’ici pas même été évoquées dans l’enquête judiciaire, encore en cours).

En raison de l’émotion engendrée par les morts de l’été 2015, certaines mesures législatives ont toutefois été introduites, reformulant le délit d’activités d’intérim illégales et d’exploitation du travail, modifiant les dispositions prévues à l’article 603-bis du Code pénal. La nouveauté la plus significative est la disposition, figurant à l’article initial de la loi n° 199, prévoyant des sanc-tions pour l’entreprise contractante qui «utilise, contracte ou emploie de la main-d’œuvre recru-tée par le biais d’activités d’intérim, c’est-à-dire exploitant les travailleurs et profitant de leur état de nécessité».

Les nouvelles normes interviennent donc uniquement sur l’aspect pénal du problème, agissant comme une sorte de dispositif qui sanctionne l’exploi-tation.

«La loi sur l’intérim des journaliers rend les choses plus compliquées pour les entreprises. Il faut la changer», a déclaré le même Salvini, il y a quelques jours. Certes, il faudrait l’améliorer, précisément parce qu’elle se limite au niveau pénal alors que la question de l’exploitation des journaliers, surtout des migrants, est un thème politique qui doit être affronté en tant que tel. Il ne fait aucun doute que la marche des «casquettes rouges» de ce matin va dans cette direction.

Il y aura à Foggia, dans l’après-midi, vers 18 heures, une manifestation unitaire appelée également par la CGIL, la CISL et l’UIL, «car ce qui s’est passé est la conséquence extrême et dramatique d’une condition qui concerne tous les travailleurs agricoles de la Capitanata [terme ancien correspondant à la province de Foggia]: exploitation, illégalité, manque de sécurité, conditions de travail et de transport extrêmes», explique Ivana Galli, secrétaire générale de la section CGIL, responsable du secteur agricole et de l’industrie alimentaire.

Le même syndicat, lors de la présentation le 13 juillet dernier à Rome du quatrième rapport Agromafias de l’Observatoire Placido Rizzotto, dénonçait le fait qu’il y a aujourd’hui en Italie au moins 400 000 journaliers en danger de «super-exploitation» sur un total d’environ un million de personnes employées dans le secteur agricole, mais pas seulement.

En effet, en 2017, 286 940 d’entre eux sont des migrants enregistrés auxquels il faut ajouter 220 000 étrangers engagés au noir ou qui reçoivent des salaires largement inférieurs aux salaires prévus par les conventions nationales. C’est une réalité pour de nombreuses régions de notre pays, du nord au sud: de Brescia à Foggia, de Catane et Raguse se déroule un seul fil rouge, celui de l’exploitation du travail et de l’infiltration de la criminalité dans des affaires apparemment légales.

Dès lors sont vaines et hypocrites toutes les tentatives de réduire le débat à une dichotomie entre légalité et illégalité.

Il serait plutôt nécessaire de penser à la meilleure manière de garantir aux travailleurs de ne pas avoir à enlever leur chapeau devant le patron, ainsi que l’enseignait Peppino Di Vittorio, pour le garder fermement sur la tête. La marche d’aujourd’hui, pour les droits et la dignité, s’inscrit dans l’héritage de ces combats. Comme par le passé à Nardò, Castel Volturno et Rosarno, les journaliers africains, au cœur de la Capitanata, ont ajouté, aujourd’hui, une nouvelle page à l’histoire syndicale de notre pays.

(Article publié le 8 août sur le site DinamoPress, traduction A L’Encontre)

 14 août 2018 Gaetano de Monte

http://alencontre.org

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13 août 2018 ~ 0 Commentaire

luttes paysannes (l’harmattan)

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13 août 2018 ~ 0 Commentaire

ruches (france info)

On ne se lasse pas de les regarder.

Il y a des ondes qui passent quand on est fasciné par les abeilles, par leur organisation. C’est vraiment un spectacle magique. C’est la vie, quoi. C’est vraiment de toute beauté, s’extasie encore l’apiculteur Frank Alétru devant le spectacle d’une ruche en plein travail. Si c’était à refaire, même avec tous les déboires qu’on a pu avoir avec ces problèmes d’insecticides, je recommencerais. » Et les problèmes rencontrés par les apiculteurs durent depuis vingt ans…

A la fin des années 1990, ils sont des milliers à constater la mort brutale de leurs colonies dans toute la France. A l’époque, Frank fait partie des premiers lanceurs d’alerte. Pour lui, aucun doute, cette hécatombe est due aux nouveaux insecticides mis sur le marché, les néonico-tinoïdes. « Des ruches sorties des forêts de châtaigniers parfaitement saines, qui ont produit tout a fait normalement, vont perdre à peu près le tiers de leur population, toutes leurs butineuses, au bout de quatre à cinq jours de butinage sur les tournesols traités », expliquait-il déjà à la télévision.

20 kilos par ruche contre 80 avant l’arrivée des néonicotinoïdes

Frank prend alors la tête de la contestation contre l’emploi de ces substances chimiques commercialisées sous le nom de Gaucho, Cruiser, Regent… Après plusieurs années de lutte, les apiculteurs obtiennent l’interdiction de l’emploi des néonicotinoïdes sur les cultures à fleurs… mais ils restent autorisés sur les autres. Comme tous ses confrères, il a vu sa production chuter de façon drastique. En France, le rendement moyen annuel est aujourd’hui de 20 kilos par ruche contre 80 avant l’arrivée des néonicotinoïdes.

« Soit je fermais l’entreprise, soit on essayait de dénoncer le coupable.

Je n’avais pas d’autre choix que de m’engager, explique le président du Syndicat national d’apiculturePour la sauvegarde de l’humanité : un tiers de notre alimentation dépend directement de la pollinisation des abeilles et 82% de la flore dépend de celle des insectes.

Quand l’abeille va mal, l’homme va mal, inévitablement.

Il fallait le dire pour sauver nos entreprises et nourrir nos familles, mais dire surtout qu’on va droit dans le mur. On continuait de distribuer ces produits en sachant qu’on semait la mort dans les champs. La mort des insectes et celle inévitable, à un moment donné, de l’homme. Et ça, il fallait absolument qu’on le dénonce. »

https://www.francetvinfo.fr/

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13 août 2018 ~ 0 Commentaire

monsanto 5 (courrier international + sciences et avenir + fi )

monsanto tomato

Agrochimie, l’avenir s’assombrit pour Monsanto

La spectaculaire condamnation de Monsanto par la justice californienne, ce week-end, pourrait n’être que le prélude à des centaines de procès susceptibles de coûter des milliards de dollars au géant de l’agrochimie, tout juste racheté par l’allemand Bayer.

Le verdict est tombé “comme une bombe”, raconte Le Temps (Suisse). Vendredi soir, après huit semaines de procès et trois jours de délibérations, un jury californien a condamné Monsanto, “Monsatan”, pour ses nombreux détracteurs, à payer “289 millions de dollars à Dewayne Johnson, un jardinier américain de 46 ans”.

“Atteint d’un lymphome non hodgkinien en phase terminale, ce dernier avait attaqué Monsanto en 2016, estimant que les herbicides de l’entreprise à base de glyphosate, qu’il avait vaporisés régulièrement, étaient responsables de son cancer”, poursuit le quotidien suisse. La cour lui a donné raison, affirmant qu’il y avait un lien de causalité “considérable” entre le glyphosate et son cancer, et que Monsanto avait agi avec “malveillance” vis-à-vis de ses clients.

Un “coup dur” pour l’entreprise, qui perd “son premier procès sur le glyphosate aux États-Unis”, observe El País (Espagne), rappelant au passage que “le plus grand producteur de semen-ces transgéniques” est aussi “l’une des entreprises les plus controversées” du monde.

Monsanto, également fabricant du tristement célèbre agent orange, le défoliant utilisé par l’armée américaine pendant la guerre du Vietnam, a immédiatement annoncé son intention de faire appel, dans un communiqué cité par le Los Angeles Times : “Toute notre sympathie va à M. Johnson et sa famille”, mais la décision de justice “ne change rien au fait que plus de 800 études scientifiques et revues […] affirment que le glyphosate n’est pas cancérigène”.

Jurisprudence

De fait, les plusieurs organismes officiels soutiennent Monsanto, résultat de son intense travail de lobbying, assurent ses adversaires. L’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA), notamment, répète à l’envi que le glyphosate est inoffensif quand il est utilisé avec précaution. Mais la Californie l’a mis sur la liste des produits cancérigènes, et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a conclu qu’il était “probablement cancérigène pour les humains”.

Le verdict californien, qui va faire jurisprudence, fait passer ce débat scientifique au second plan, selon Le Soir (Belgique). “Monsanto entre dans une phase de turbulences” et “l’ardoise pourrait s’élever à plusieurs milliards de dollars”, assure ainsi le quotidien belge. Car derrière M. Johnson, “ils sont plusieurs milliers de plaignants sur le territoire américain à fourbir leurs armes et à réclamer des indemnités”.

La BBC (Royaume Uni) estime elle aussi que “les implications du verdict se feront ressentir bien au-delà du siège de Monsanto” à Creve Cœur, dans le Missouri. L’un des avocats de M. Johnson, Brent Wisner, cité par le média britannique, a déclaré que cette décision n’était que “le fer de lance” de futurs procès.

Selon un décompte de CNN (USA), “plus de 800 patients ont traîné Monsanto en justice en 2017, affirmant souffrir d’un cancer provoqué par le Roundup. Depuis, des centaines d’autres plaignants : des malades atteints de cancer, leur conjoint ou leurs héritiers, ont également poursuivi Monsanto pour des raisons similaires.” La chaîne américaine cite un autre avocat de M. Jonhson, Timothy Litzenburg, pour qui “4 000 cas similaires sont en attente de procès dans les tribunaux de plusieurs États. C’est une grande victoire pour la santé humaine dans le monde”, dit-il.

13/08/2018

https://www.courrierinternational.com/

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Monsanto 2

Monsanto 3

Monsanto 4

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12 août 2018 ~ 0 Commentaire

monsanto 4 (fr3 + huff + of + rp)

Les réactions bretonnes à la condamnation de Monsanto aux États-Unis

Décision historique : le géant de l’agrochimie Monsanto est condamné à payer 289 millions de dollars de dommages à un jardinier américain atteint d’un cancer.

Selon les jurés, le Round Up a considérablement contribué à la maladie du plaignant. Les associations environnementales saluent la décision.

La décision d’un jury populaire américain est historique

La condamnation aux États-Unis du géant de l’agrochimie Monsanto à payer 289 millions de dollars de dommages à un jardinier américain atteint d’un cancer incurable. Les jurés ont estimé que l’utilisation de l’herbicide Round Up avait considérablement contribué à la maladie du plaignant, âgé de 46 ans. Une décision saluée par les associations environnementales bretonnes et les victimes de ces produits.

De nombreux agriculteurs concernés

Christian Jouault, est à la retraite aujourd’hui, pas très loin de Rennes. Il a passé toute sa vie dans les champs et avec ses animaux. Cet éleveur laitier et sa femme ont terminé leur carrière dans l‘agriculture bio, mais pendant plus de 20 ans ils ont manipulé de très nombreux pestici-des sans protection. C’est à ces produits que Christian attribue le décès de son épouse, morte d’un lymphome mais aussi le cancer de la prostate, que les médecins lui ont diagnostiqué il y a 4 ans. La décision du tribunal californien est une avancée pour l’agriculteur breton, même si cela reste insuffisant. « Ça veut dire qu’on va dans le bon sens, estime t-il, tôt ou tard ce sont des produits, qui seront interdits, mais ça n’est pas tout, ça continue d’être épandu et il y a encore des gens qui vont souffrir de l’utilisation de ces produits. »

« Un signal très fort envoyé aux politiques »

Pour Henri Busnel, du Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest, qui voit chaque mois la liste de victimes des pesticides s’allonger, la condamnation de Monsanto est une bonne nouvelle. Il attend désormais que les politiques agissent. « On espère que ça va donner un signal très fort aux politiques, qui continuent de faire comme si les choses pouvaient attendre encore 2 ans, 3 ans… Bien-sûr, c’est moins que ce que l’Europe voudrait accorder comme délai, mais c’est énorme pour les personnes, qui sont gravement malades ». Côté juridique, les avocats de victimes de produits phytosanitaires estiment que la décision du tribunal américain ouvre des perspectives intéressantes pour les professionnels intoxiqués.

Après les collectivités locales, les particuliers auront l’interdiction d’utiliser du glyphosate à partir de janvier 2019. Les professionnels eux peuvent continuer jusqu’en 2021.

Maylen Villaverde Thierry Bréhier Krystell Veillard  11/08/2018

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

Lire aussi:

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 Condamnation de Monsanto. « Il faut sortir des pesticides », réclame la Confédération paysanne (OF)

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11 août 2018 ~ 0 Commentaire

monsanto 3 (ouest france)

pesticides

Condamnation de Monsanto. « Il faut sortir des pesticides », réclame la Confédération paysanne

La lourde condamnation du géant agrochimique américain Monsanto, vendredi aux États-Unis, pour ne pas avoir informé de la dangerosité du Roundup est « la preuve qu’il faut sortir des pesticides », a estimé samedi le porte-parole de la Confédération paysanne Laurent Pinatel.

« Ce jugement, c’est une nouvelle fois la preuve que les pesticides sont dangereux pour la santé, des utilisateurs en premier lieu et donc des paysans et des paysannes, et puis par ricochet aussi de ceux qui consomment les produits », a indiqué M. Pinatel.

Un jury d’un tribunal de San Francisco a condamné Monsanto à payer près de 290 millions de dollars de dommages à Dewayne Johnson. Ce jardinier américain de 46 ans estimait que les produits de Monsanto, et notamment le Roundup qu’il avait vaporisé pendant des années, avaient entraîné son cancer et que la multinationale avait sciemment caché leur dangerosité.

« Sortir de cette dépendance »

« Il faut absolument se donner les moyens de sortir des pesticides, de cette dépendance », a jugé Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. Ceci nécessite selon le porte parole du troisième syndicat agricole français « des moyens techniques avec la recherche et puis des moyens économiques aussi, car les pesticides, c’est un outil de compétitivité dans la guerre économique ». « J’ai déchaumé chez moi cette semaine, je n’ai fait qu’un hectare et j’ai mis une journée », a-t-il témoigné. « Si j’avais passé un coup de Roundup, j’en aurais eu pour une heure ! »

Appel à la mise en place de politiques publiques

« Il y a cette promesse d’Emmanuel Macron de sortir du glyphosate », l’herbicide commercialisé entre autres sous le nom Roundup, a rappelé le responsable syndical. «Mais, de façon globale» , il appelle le gouvernement à « (accompagner) par des politiques publiques le passage d’une agriculture aujourd’hui avec béquille chimique vers une agriculture […] où on arrête d’utiliser des produits qui sont en train de tuer les paysans et les paysannes ».

Le groupe pharmaceutique et chimique Bayer, propriétaire de Monsanto depuis peu, a estimé samedi que le glyphosate était « sûr et non cancérogène ». Le gouvernement a promis en mai que le glyphosate, classé « cancérigène probable » depuis 2015 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), serait interdit « dans ses principaux usages » d’ici 2021, et « pour tous les usages » d’ici cinq ans.

11/08/2018

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11 août 2018 ~ 0 Commentaire

monsanto 2 (ouest france + rp)

pesticiides

Procès Monsanto. « Beaucoup d’espoir » pour les victimes, selon l’agriculteur Paul François

Après la condamnation de Monsanto aux États-Unis, l’agriculteur français Paul François, lui-même en procès contre le géant de l’agrochimie, estime que cela va donner « beaucoup d’espoir » pour les victimes. L’agriculteur Paul François, figure en France du combat contre Monsanto, a ressenti « beaucoup de joie » pour tous ceux qui se battent à travers le monde après la condamnation aux États-Unis du géant agrochimique.

« J’ai pensé à eux en me disant que cette décision allait les aider et leur donner beaucoup d’espoir », déclare samedi à l’AFP le président de l’association Phyto-victimes et auteur du livre « Un paysan contre Monsanto ».

« Le délibéré est fort »

Un tribunal de San Francisco a condamné Monsanto à payer près de 290 millions de dollars de dommages pour ne pas avoir informé de la dangerosité de son herbicide Roundup à l’origine du cancer de Dewayne Johnson, un jardinier américain. En apprenant cette décision, le céréa-lier, lui-même en procès contre Monsanto, explique avoir pensé aux victimes des épandages de glyphosate en Argentine « souvent désespérées » « qui n’ont que leur courage pour se battre », aux Burkinabés « avec moins que rien » ou encore à « tous les agriculteurs qui ont développé les mêmes pathologies que ce jardinier américain ».

« La décision américaine ne pourra pas faire jurisprudence en France mais les avocats pourront s’en servir dans leur argumentation », car « la décision américaine est argumentée », explique l’agriculteur. Même si « cette condamnation n’est pas définitive », « le délibéré est fort et stipule que Monsato a manqué à son devoir de bienveillance vis-à-vis de ses clients, à son devoir d’information sur les risques », ajoute-t-il.

Son dossier toujours en cours

Paul François, agriculteur charentais, avait lui été intoxiqué en avril 2004 après avoir inhalé des vapeurs de Lasso, un herbicide de Monsanto qu’il utilisait dans sa culture du maïs. Après des années de procédure, Monsanto a été reconnu responsable de l’intoxication de cet agri-culteur devant la cour d’appel de Lyon en septembre 2015 mais cette décision a ensuite été annulée à l’été 2017 par la Cour de cassation. Son dossier sera à nouveau débattu le 6 février 2019.

« Je pense que cette décision va donner un argument de poids à Nicolas Hulot pour dire à ces collègues européens qu’il est urgent de mettre en place un calendrier de sortie du glyphosate en Europe », ajoute Paul François qui attend « que les gouvernements prennent leur responsabilité ».

11/08/2018

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10 août 2018 ~ 0 Commentaire

kaol koz (alternatives économiques)

bio breiz

Kaol Kozh cultive la biodiversité

Dans le champ de René Léa, à Plouescat, dans le Finistère, une poignée de choux-fleurs semblent avoir échappé au ramassage.

Ce sont les plants choisis par ce maraîcher bio pour produire les graines de ses futures récol-tes. Chou de Lorient, brocoli violet du Cap ou oignons rosés d’Armorique, sur sa ferme de 14 hectares, les légumes du cru sont à l’honneur. René et Malou Léa cultivent une vingtaine de variétés et environ 150 tonnes de légumes par an, commercialisés sous forme de paniers bio ou en circuit long par le biais de l’organisation de producteurs BioBreizh.

La majorité des maraîchers achètent leurs graines auprès de semenciers

Tous sont issus de semences produites à la ferme. Une situation atypique alors qu’en France, la majorité des maraîchers achètent leurs graines auprès de semenciers. La filière semences potagères, la deuxième plus importante dans l’Hexagone derrière le maïs, a ainsi généré un chiffre d’affaires de 773 millions d’euros l’an dernier. René Léa, lui, a fait le choix des semen-ces paysannes : des semences issues de variétés population*, libres de droits, qu’il sélection-ne et multiplie lui-même.

Refus de semences manipulées

Ce choix est né du refus d’utiliser des graines produites à l’aide de biotechnologies, bien que non classées organismes génétiquement modifiés (OGM), qui ont colonisé les catalogues de semences, même bio, de certaines espèces. Pour les maraîchers de BioBreizh, ces « OGM cachés » sont contraires à l’éthique de l’agriculture biologique. Ils se sont donc dotés d’un cahier des charges les rejetant.

En 2007, une quinzaine d’entre eux, rejoints par des producteurs en circuits courts, des jardiniers amateurs et des scientifiques, crée Kaol Kozh (signifiant « vieux chou » en breton et jeu de mot sur « kolkhoze » blog), une association pour la préservation de variétés de légumes adaptés aux terroirs bretons et à l’agriculture biologique. Elle compte aujourd’hui 50 membres, dont 30 maraîchers. Leur objectif ? Faire revivre des légumes autrefois cultivés en Bretagne, mais progressivement remplacés, en dépit de leurs qualités gustatives et agronomiques, par des variétés hybrides F1** offrant de meilleurs rendements.

Travail avec les chercheurs

Pour retrouver des variétés, Kaol Kozh puise dans les banques de graines de l’Institut national de recherche agronomique (Inra). « Dans les années 1970 et 1980, des programmes euro-péens ont permis de congeler les semences de certaines variétés. Nous sommes partis de là », explique Véronique Chable, ingénieure de recherche à l’Inra de Rennes.

Céréales, betteraves, maïs… l’utilisation de semences paysannes, dites aussi variétés de pays, n’est pas limitée aux plantes potagères. Depuis 2005, l’Association régionale de développe-ment de l’emploi agricole et rural Rhône-Alpes regroupe autour du blé des paysans-boulan-gers ou producteurs de farine. Aujourd’hui, 50 fermes cultivent environ 300 variétés de blé anciennes ou issues d’un travail de sélection participative unissant les paysans et des cher-cheurs de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra).

En Dordogne, une démarche similaire est née en 2001 autour du maïs.

Alors que les catalogues de semences ne proposent plus que du maïs hybride, AgroBio Périgord a collecté une centaine de variétés de pays, auprès de l’Inra et dans d’autres pays européens. Ces semences ont été diffusées à plus de 1 000 agriculteurs, contre la restitution d’une partie des graines de leur première récolte. Ils cultivent ce maïs pour le bétail et l’alimen-tation humaine.

L’utilisation de semences paysannes par les agriculteurs français reste cantonnée à quelques milliers d’agriculteurs, selon le Réseau semences paysannes. Lancé en 2003 pour promouvoir la diversité cultivée et les pratiques paysannes de production et d’échange de semences, ce réseau compte aujourd’hui 90 organisations.

L’association recense aussi des variétés retrouvées chez des passionnés.

C’est le cas du chou de Ploujean, originaire de la région de Morlaix. Mises en culture par les membres de Kaol Kozh, les variétés les plus intéressantes sont sélectionnées puis améliorées par chacun des producteurs. « Les semences paysannes sont le résultat d’un triptyque : la souche utilisée, le terroir sur lequel elles ont été cultivées et l’homme ou la femme qui les a sélectionnées », explique Marc Sire, coordinateur de Kaol Kozh. René Léa plante par exemple ses oignons directement au champ, sans abri, et les conserve à l’air libre avant de les replan-ter. Il entretient ainsi une variété plus résistante aux maladies et qui ne germe naturellement pas trop vite. Une cinquantaine de variétés a déjà été étudiée (c’est-à-dire mise en culture, observée voire améliorée) par l’association.

Formations et matériel en commun

Afin de pallier la disparition des savoir-faire liés à la production de semences, elle organise des formations où l’on apprend à récolter les graines, à sélectionner les plantes ou à éviter des croisements non désirés. Du matériel est aussi partagé. Mais pour diffuser leurs semences, les maraîchers se heurtent à l’interdiction de les commercialiser. Faute d’inscription au Catalogue officiel des espèces et variétés de plantes cultivées, qui coûte de 500 à 2 500 euros pour une plante potagère et dont les critères sont inadaptés aux variétés issues de semences paysannes, seul l’échange est possible.

Pour diffuser leurs semences, les maraîchers se heurtent à l’interdiction de les commercialiser

Au sein de l’association, les semences sont donc échangées, mais le travail de celui qui les a sélectionnées et multipliées est indemnisé. « Pour le chou, on compte environ un euro d’indem-nisation pour la production d’un gramme de graines. Mais on ne fait pas cela dans un but éco-nomique, c’est un acte militant. Pour nous, les semences sont un bien commun », explique René Léa.

Sélectionner et produire ses propres graines prend du temps.

Il a fallu sept ans à René Léa pour obtenir des choux de Lorient, une variété ancienne savou-reuse, plus petits afin qu’ils satisfassent les critères de commercialisation en circuit long. Les plantes issues de semences paysannes sont aussi plus disparates, ce qui complexifie leur culture, leur récolte et la mise en vente des légumes.

« Pour que plus de producteurs se lancent, il faut qu’il y ait un marché et un minimum de visibilité », souligne René Léa. BioBreizh et Kaol Kozh cherchent donc à valoriser leur travail en commercialisant des légumes identifiés comme « issus de semences paysannes », afin de permettre aux consommateurs de privilégier ces produits. Un nouveau pas a été franchi à l’automne dernier, avec la signature d’un partenariat avec Carrefour, qui propose désormais ces légumes sous le logo Graines de paysans.

En France, une variété doit être inscrite au Catalogue officiel des espèces et variétés de plan-tes cultivées, placé sous l’égide du ministère de l’Agriculture, pour pouvoir en diffuser les semences en vue d’une utilisation commerciale. Les semences de variétés non inscrites peu-vent toutefois être diffusées pour le jardinage amateur ou échangées gratuitement entre producteurs.

Pour être inscrite, une variété doit subir des tests démontrant qu’elle est distincte des variétés existantes, homogène et stable : le semencier doit être capable de produire dans le temps des lots de semences donnant des plantes identiques à leur description initiale. Cela complique l’inscription des variétés anciennes et issues de semences paysannes, par essence hétérogènes.

« Ce sont les mêmes critères que ceux qui permettent l’obtention d’un certificat d’obtention végétale (COV) », souligne Guy Kastler, de la Confédération paysanne. Distinct du brevet qui prévaut aux Etats-Unis et qui a permis aux semenciers d’accroître la dépendance des agri-culteurs à leur égard, le COV autorise les semenciers à utiliser la variété protégée pour en créer d’autres, mais il interdit d’utiliser la récolte pour produire leurs propres semences, à quelques exceptions. De fait, si environ 400 variétés parmi les 7 000 du Catalogue français sont libres de droits, une grande majorité des variétés inscrites sont protégées. Les agricul-teurs peuvent en revanche librement commercialiser leur récolte, que la variété dont elle est issue figure ou non au Catalogue.

Adopté au Parlement européen en avril dernier, le nouveau règlement relatif à la production biologique, qui doit entrer en vigueur en 2021, pourrait changer la donne. Il autorise la commercialisation, sans inscription au catalogue, de « matériel hétérogène biologique », donc des semences paysannes. Mais les militants s’inquiètent de la teneur des actes délégués, l’équivalent des décrets d’application, qui pourraient refermer cette ouverture. Le règlement n’évoquant pas la question des semences issues des nouvelles techniques de manipulation génétique, ils craignent également que cette évolution ne facilite la commercialisation de ce qu’ils considèrent comme des OGM cachés.

Cela n’allait pas de soi. Pour les militants des semences paysannes, la grande distribution, en imposant la standardisation des produits, est en partie responsable de la perte de la diversité cultivée. Mais Carrefour s’est engagée sur cinq ans, pour des achats dont les volumes, une quarantaine de tonnes pour cette année, doivent augmenter tous les ans. 200 tonnes sont prévues pour la saison 2018-2019.

Carrefour a aussi concédé une valorisation de 15 % à 20 % du prix de ces légumes. « On y gagne environ 20 centimes par kilo. Au final, le producteur s’y retrouve », précise Luc Calvez, président de BioBreizh. Au sein du groupement, qui commercialise en tout 15 000 tonnes de légumes par an pour un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros, environ 500 tonnes de légumes seraient déjà produites à partir de semences paysannes.

En parallèle, la Fondation Carrefour s’est engagée à soutenir Kaol Kozh à travers la création d’un fonds « biodiversité » d’un million d’euros. L’association, qui dispose d’un budget d’envi-ron 5 000 euros par le biais des cotisations de ses membres et de dons, a déjà reçu une dota-tion de 186 000 euros pour 2018. Elle pourrait en outre recevoir une aide de 40 000 euros des magasins Biocoop.

Cela doit lui permettre de poursuivre son travail d’expérimentation, de développer l’utilisation de l’allégation « semences paysannes » (il n’y a ni label ni certificat, mais Kaol Kozh a déve-loppé un cahier des charges et prévoit des audits participatifs pour contrôler l’utilisation du terme) et de bâtir une maison des semences paysannes : un lieu pour stocker des graines, du matériel, accueillir des actions de formation et de sensibilisation. De quoi faire vivre la dynami-que collective autour de ces semences partagées.

* Variété population

Variété constituée par un ensemble de plantes qui présentent des caractéristiques génétiques communes mais aussi une certaine hétérogénéité. Elle peut être reproduite par les agriculteurs et sa diversité lui permet de s’adapter à ses conditions de culture.

** Variété hybride F1

Variété obtenue par le croisement de deux lignées pures et issues de la recherche d’un semencier couvert par un droit de propriété intellectuelle. La première génération issue du croisement, appelée F1, donne un ensemble de plantes quasi-clones, présentant des qualités supérieures à celles des deux parents. Leur reproduction est interdite et ne présente aucun intérêt : on obtient des plantes chétives et très disparates, ne disposant plus des qualités de la première génération.

Marion Perrier 09/08/2018

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10 août 2018 ~ 0 Commentaire

extractivisme (cadtm)

macron

Sortir du système agroalimentaire extractiviste, destructeur de l’environnement et de la santé

L’extractivisme est le pillage des ressources naturelles, communes à nous tous, par les actionnaires des multinationales, avec en prime la destruction des écosystèmes.

Minerais, énergies fossiles, poissons, forêts, terres fertiles, eau douce, climat, existent pour le bien-être de tous les êtres vivants, Bruno Latour parle des Terrestres. La privatisation de ces ressources pour le profit de quelques-uns est une dépossession, un vol, voire une destruction.

L’exercice de « droits de propriété » ne peut en aucun cas le justifier. Si, selon cette civilisation, ils sont légaux, pour la grande majorité de l’humanité, ils sont illégitimes car contraires à l’inté-rêt général et aux droits de la nature. Cela même si nous, les occidentaux et maintenant d’au-tres classes moyennes ailleurs, en profitent indirectement. La majorité des habitants de la pla-nète n’y ont pas ou peu accès quand bien même, ces ressources seraient extraites sur leur territoire de vie.

N’oublions pas que 80 % des ressources communes sont utilisées par 20 % de la population.

Au-delà de ce vol, ce que l’on nomme les externalités négatives: pollutions, casses environne-mentales, destructions diverses, pertes de territoires pour les populations, travail sous-payé, résultant de ces pillages, sont mises à la charge de la nature et de l’ensemble des peuples. L’accumulation des profits capitalistes résultent de cette double action : privatisation de la ressource commune, et mise en commun de l’ensemble du négatif : déréglement climatique, pollutions, déforestation, pertes de territoires, etc.

Doit-on se sentir responsable de polluer et de réchauffer en utilisant une voiture pour aller au supermarché et au travail ? Responsable oui, car le résultat multiplié par 1 ou 2 milliards de véhicules est dramatique en terme de réchauffement aussi bien pour le futur des enfants que celui de la nature, le biotope des Terrestres. Mais comme rien n’est organisé pour qu’il en soit autrement, coupable, non. Et pourtant… En France, l’absence, la disparition ou la privatisation des transports collectifs existants, la non relocalisation des productions, la désorganisation du territoire en général par la centralisation et la diminution des services publics de proximité participent à la catastrophe climatique et environnementale.

Pourquoi parler de système agroalimentaire extractiviste ?

La nature est autonome. Elle n’a pas besoin de nous pour exister. C’est par la biodiversité végétale et animale qu’elle réussit cet exploit. La forêt en est un exemple parfait : pas d’irriga-tion, pas d’engrais, pas de machinisme. Une production de biomasse bien supérieure au meilleur champ de maïs irrigué, engraissé et empoissonné qui tue les insectes et les oiseaux et abîme la santé des humains. Les mono-cultures, et les mono-élevages sont à l’opposé de l’écosystème forestier. De nombreuses béquilles leurs sont indispensables.

Sans l’extraction du pétrole et du gaz, sans l’industrie chimique, les engrais azotés et les pesticides, sans l’extraction de la potasse et du phosphate, ressources non renouvelables, et sans la consommation, la pollution croissante d’eau douce et les robots agricoles énergivores, les terribles monocultures, comme les déserts verts de soja, ne seraient pas possibles.

Sans les immenses accaparements de terres et déforestations, le soja OGM d’Amérique du sud n’inonderait pas l’Europe. En autonomie, notre continent produirait la moitié ou peut-être moins, de lait et de viande. Ce qui serait encore bien suffisant pour nous nourrir et éviterait beaucoup de gaspillage énergétique, de terres et d’aliments. Les prix seraient certes un peu plus élevés, mais la nourriture d’une qualité nettement supérieure. Calories vides en quantité et peu chères, ou micronutriments et qualité avec un prix plus élevé, il faut choisir avant que les désastres s’accentuent.

Les surfaces de soja cultivées par le Brésil et l’Argentine sont de 60 millions ha, ce qui repré-sente la moitié de la surface agricole européenne (128 millions ha), deux fois celle de la Fran-ce 28 mha SAU (surface agricole utile). Sur les 185 millions de tonnes de soja produit dans le monde, la France en importe 4,5 mt, la plus grande part des protéines nourrissant ses animaux d’élevage. Les paysans sans terre, MST, les favelas surpeuplées et ultra violentes sont le résultat de l’accaparement des terres, de la pampa et des forêts brésiliennes par quelques riches exploitants. Et c’est en particulier nous, les occidentaux, qui en profitons depuis quel-ques décennies. Cela pour nous gaver inutilement de protéines animales aux conséquences dramatiques sur les peuples, l’environnement et notre santé.

Comment ce système agroalimentaire détruit-il l’environnement et le climat ?

Insecticide, fongicide, herbicide, charrues, engins lourds détruisent la vie des sols : la matière organique, la MOS, disparaît, la fertilité naturelle s’amenuise durablement. Les épaisseurs de terres arables se sont dangereusement amincies. Les causes sont connues : la destruction de la vie souterraine. Le labour et les sols mis à nu favorisent l’érosion hydrique et éolienne, cela depuis les années 1950-60. Dans quelques décennies, si rien ne change, il ne restera que la roche mère dans des endroits de plus en plus nombreux. Alors ce sera au revoir l’autonomie alimentaire, bonjour le désert.

Quand demain le pétrole sera trop cher

Sans ou avec très peu d’engrais, pesticides, irrigation, pollinisation et avec des sols morts, comment mangerons-nous ? Le système productiviste et extractiviste est incapable de produire sans béquilles artificielles et importations massives. Par son incapacité à retenir les leçons des effondrements de l’histoire et son absence totale de regards sur l’avenir, il nous prépare les pires famines que le monde ait jamais connues. Pour qualifier cette manière de fonctionner de la «Civilisation», Jérôme Baschet a écrit un livre dont le titre est « Défaire la tyrannie du pré-sent». Le présentisme résulte de cette recherche de profit immédiat qui recouvre de plus en plus d’activités humaines.

Jean Laherrere et Olivier Berruyer, spécialistes de l’énergie, ont réalisé un graphique dans lequel on voit la courbe de production du pétrole (conventionnel et non conventionnel) en légère baisse, croiser la courbe des découvertes qui, elle, s’écroule complètement en 2020-  2025. Quant à la consommation, Le Monde du 17.04.18 titrait en première page : « La deman-de de pétrole va continuer à augmenter. » Sans nouvelles découvertes cela est pourtant improbable. Ainsi donc la montée des prix est inéluctable mais en plus d’être très forte, elle sera ingérable puisque non préparée par nos décideurs présentistes.

L’agro-alimentaire industriel, totalement dépendant du pétrole pour produire, transformer et distribuer, n’est pas préparé à soutenir un tel choc.

Comment l’agriculture conventionnelle surendettée, largement subventionnée, pourra-t-elle continuer à nourrir la population alors que ses rendements sont en baisse tendancielle pour cause de sols appauvris, sans vie et érodés et que le climat est de plus en plus chaotique. Sachant qu’il faut entre 5 et 15 protéines végétales pour produire une protéine animale, c’est l’ensemble du système de production et du mode alimentaire carné-laitier qui seront durablement bouleversés.

Ne pas penser demain c’est vouer les populations urbanisées à des chocs d’une très grande brutalité aussi bien sur le plan physique que psychologique.

La résilience, la capacité d’un écosystème ou d’un être vivant à se relever d’un choc prévisible est nettement améliorée si elle a été préparée. Nos gouvernants, comme l’ensemble du systè-me agroalimentaire industriel, sont dans le déni. Tel est le résultat de cette tyrannie du présent qui gouverne le monde. Les décideurs ne veulent pas tenir compte des exemples du passés ni penser le futur. La Res-publica, la chose publique, est devenue, la res-actionnariale, la Ré-actionnaire. Le peuple vote, la finance décide, cela en fonction de profits à très court terme.

Pourquoi l’agriculture industrielle ne prend pas en charge ses nuisances ?

Imaginons que demain un gouvernement courageux décide enfin de faire payer les pollueurs : pour les pesticides et les nitrates, les entreprises productrices et accessoirement les agricul-teurs. Le nettoyage de l’eau coûte entre 800 et 2 400 euros par ha en France, dixit Jacques Caplat. Il faut rajouter le prix de la disparition de 80% des insectes, la fin des abeilles à celui de la chute vertigineuse des oiseaux, 30 % ont disparu.

Que l’on pense à l’ensemble des maladies induites par les perturbateurs endocriniens issus des pesticides que nous respirons ou man-geons, le total est affolant, non chiffrable mais colossal. Transformer les pollueurs-payés par la PAC, Monsanto-Bayer, Syngenta, etc, en pollueurs-payeurs des désastres qu’ils provoquent permettrait de donner une chance à la vie et à toutes les formes d’agricultures respectueuses du vivant.

Si nous complétons ce tableau par l’impact de l’ensemble du système agroalimentaire sur le climat, évalué par GRAIN, entre 44 et 57% de l’ensemble des émissions de GES (gaz à effet de serre) production, transformation, emballage, chaîne du froid, distribution, transport, nous comprenons instantanément qu’il est urgent d’aller vers un modèle permettant de diminuer rapidement et très fortement tous ces impacts négatifs.

Revenons sur la grande question de nourrir la population mondiale et de lui offrir une alimentation de qualité

Cette agriculture nourrit-elle le monde ? Non. Aujourd’hui environ 70 % de la population est encore alimenté par l’agriculture paysanne. De plus, avec le libre échange imposé par les PAS, les plans d’ajustement structurel, aux pays les plus faibles depuis trois décennies et les subventions accordées aux agricultures des pays les plus riches, cette concurrence déloyale oblige les paysans du Sud à quitter leur territoire vers les bidonvilles. Donc, au lieu de les nourrir elle les affame. Ils se retrouvent sans terres, ni travail. Ce ne sont pas les différents ALE, accords de libre-échange que l’Europe est en train d’imposer aux pays africains qui les nourrira et ralentira les migrations, bien au contraire.

L’agroalimentaire industrielle nourrira-t-elle le monde dans les décennies à venir, comme elle le prétend, pour pouvoir continuer sa folle trajectoire malgré les critiques de plus en plus nom-breuses ? Pas plus, voire encore moins, qu’aujourd’hui si elle continue à : déforester, appauvrir les sols, polluer les eaux, imposer des semences clonées ne poussant qu’avec des intrants chimiques et non adaptables à leur environnement, réchauffer la planète, etc.

Comment sortir du système agroalimentaire industriel ? Créer de la résilience face à l’accélération des chocs énergétiques et climatiques ?

Agir collectivement est indispensable. Pour cela une bonne solution est de rejoindre les asso-ciations et de participer aux différents combats contre le réchauffement climatique et la destruction de la nature par les actionnaires des multinationales.

Il faut aussi renforcer les luttes pour la relocalisation de véritables services publics, pour le maintien ou la réouverture de transports collectifs et locaux à prix abordables comme le train et les bus. Ils émettent 6 à 7 fois moins de CO2 qu’une personne seule en voiture et 10 fois moins que l’avion dont le kérosène n’est pas taxé.

Se battre aussi pour l’annulation des dettes comme celle du gouvernement français analysées comme étant illégitimes à 59 % par le collectif d’audit citoyen, le CAC. Ces dernières sont utili-sées pour justifier les politiques d’austérité dont le but est de casser les grandes avancées sociales.

Comment cela fonctionne-t-il ?

Créer un déficit chronique de la sécurité sociale ou de l’assurance chômage en ne mettant pas les cotisations au niveau des besoins, investir des milliards dans les TGV déficitaires, sous-budgétiser les hôpitaux et les services publics en général, entraînent pour ces services l’obli-gation d’emprunter sur le marché des capitaux puis de payer des intérêts aux préteurs. Les-quels, réfugiés dans des paradis fiscaux, ne payent pas d’impôts sur ces revenus versés par les contribuables. Ne pas augmenter le budget des universités quand le nombre d’étudiants croit chaque année est une autre technique.

Après quelques années de matraquage sur les mauvais fonctionnements, les déficits soi-disant structurels et/ou les salariés privilégiés, il devient beaucoup plus facile de proposer aux élec-teurs naïfs et désinformés de privatiser ces services publics au nom d’une soi-disant efficacité.

Résultat, le chacun pour soi, la pauvreté et les inégalités augmentent.

Ce qui entraîne, pour un nombre de personnes de plus en plus grand, l’obligation de se nourrir avec de la malbouffe pas chère mais empoisonnée des supermarchés, de prendre sa voiture pour aller travailler et faire ses courses. Mais aussi de ne pouvoir accéder à des soins de qualité et de proximité, de faire disparaître progressivement l’enseignement gratuit pour tous et de ne pouvoir offrir des conseils de santé et alimentation sans conflits d’intérêts, etc.

Il est d’une urgente nécessité de refonder une recherche fondamentale et agricole financée par le public pour qu’elle ne soit plus sous l’emprise des lobbies des pesticides, des semences, des engrais chimiques, du pétrole, des fabricants de machines voire des banques. Qu’elle se mette au service de la santé de la population, du sauvetage du climat et de l’alimentation de demain avant qu’une grande partie de la population mondiale ne puisse plus se nourrir. Que l’agriculture avec des sols de nouveaux vivants et des forêts de feuillus redeviennent les cap-teurs-stockeurs de CO2. Ce qu’ils ont été jusque dans les années 1950-60. Et qu’ainsi ils soient capables de refroidir la planète en réabsorbant une grande part du stock émis par le productivisme agricole et la déforestation depuis les années 1950.

Recréer un système bancaire agissant pour l’intérêt général et contrôlé par les citoyens, au service d’une agriculture écologique. Que le vivant, le climat, la santé priment sur le profit.

Refonder la PAC, la politique agricole européenne qui, par ses subventions, pousse à l’agrandissement continue des exploitations et aux monocultures appauvrissant les sols et préparant la désertification. Lutter pour qu’elle soit au service de la population et non des lobbies déjà cités.

Il faut une politique qui privilégie les petites exploitations en poly-culture et poly-élevage.

À l’inverse des grandes monocultures qui reçoivent l’essentiel des subventions : 80 % de la PAC va à 20 % des exploitations. Ce qui revient à lutter contre l’accaparement des terres par des entités financières ou de riches exploitants, seuls aujourd’hui capables d’acheter les grandes fermes en monocultures.

Plaider pour une agriculture biologique faisant primer le vivant, la biodiversité et le local sur les transports longues distances des intrants et des produits exotiques ou importés. Que ce ne soit plus le moins-disant social, financier et écologique qui l’emporte sur le climat et la santé des peuples. Développer les expériences et la recherche en permaculture, agroforesterie, culture sur sols vivants.

Sur le plan individuel, il faut changer la manière de se nourrir. En allant vers la simplification des produits achetés, l’abandon des plats préparés en usine, refaire la cuisine à la maison, rechercher le plus d’autonomie alimentaire possible et privilégier les approvisionnements locaux. Il est temps de remplacer les pelouses par des légumes, produire une part de ses aliments, participer à des AMAP, créer des jardins collectifs et de soutenir toutes les mises en commun citoyennes de la production et de la distribution agricole.

Pour les amateurs de viandes et produits laitiers, il serait important de ne plus consommer que ce qui est produit dans des fermes locales n’utilisant aucun intrant, céréales, engrais chimiques et pesticides industriels qui sont en grande partie importés. Ce qui veut dire diviser environ par plus ou moins 10 la consommation actuelle. Passer de 180gr/jour de viande à 20gr, de 100gr de poissons à 10gr, d’1 litre de produits issus du lait à 100gr par jour et d’un œuf par jour à un œuf ou deux par semaine.

Un tiers de la population mondiale étant en surpoids ou obèse, il y aurait tout à gagner sur le plan santé. En 2014, 70 % des surfaces agricoles étaient dédiés à l’élevage. Diminuer très fortement la consommation de produits animaux permettrait de re-forester rapidement la planè-te avec des feuillus diversifiés, grands capteurs de CO2 et non avec des monocultures d’arbres stérilisant les sols. Beaucoup de machines agricoles seraient inutiles et les agricul-teurs redeviendraient de réels soigneurs de la terre, et non plus des extractivistes-extractés, saignant la nature.

Comment remplacer ces produits d’origine animale ? Manger plus de végétaux crus et cuits est encore aujourd’hui la meilleure possibilité. Pour que cela fonctionne il faut que leur qualité gustative et leur contenu en micronutriments progresse, que les pesticides régressent. Bien sur il faut aussi réapprendre à manger des aliments complets et des légumineuses (pois, haricots, lentilles, etc). Diminuer les protéines animales au profit des végétales implique de sortir de l’idée que puissance et santé sont liées à la viande. Notre imaginaire a été colonisé par la communication mensongère de l’agroalimentaire. Sans un engagement volontariste de l’État l’évolution sera trop lente.

Il est important de s’éloigner des mégapoles qui nous rendent dépendants de l’ensemble du système d’approvisionnement pétrolivore (supermarché, déplacements auto, chaîne du froid et, in fine, de l’énergie nucléaire. C’est aussi le bon chemin pour travailler sur la résilience à l’effondrement qui vient.

Notre civilisation a beaucoup de difficulté à se transformer pour réduire l’impact des dangers considérables qui s’annoncent. Alors que d’immenses famines sont prévisibles, notre gouver-nement envoie l’armée et des blindés pour casser la ZAD de NDDL et déloger quelques centai-nes de personnes qui réalisaient une expérience divergente, de simplicité volontaire et de micro-fermes en construisant un essai in vivo de résilience par l’agriculture et le collectif.

Ex-président du CADTM France, auteur du livre « Dette et extractivisme ».  Après des études de droit et de sciences politiques, il a été agriculteur-éleveur de montagne pendant dix ans. Dans les années 1990, il s’est investi dans l’association Survie puis a créé Échanges non marchands avec Madagascar. Il a écrit pour ’Le Sarkophage, Les Z’indignés, les Amis de la Terre, CQFD. Conférence de Nicolas Sersiron, organisé le 22 avril 2018 à Beauvoir-en-Royans à l’occasion du premier anniversaire du Pain de Beauvoir

13 mai Nicolas Sersiron

http://www.cadtm.org/

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