Archive | Luttes ouvrières

01 décembre 2023 ~ 0 Commentaire

stellantis (lutte ouvrière)

stellantis (lutte ouvrière) dans Luttes ouvrières

Stellantis – Rennes : l’entreprise pompe l’argent public

La direction de l’usine d’automobile de La Janais à Rennes, du groupe Stellantis, vient de programmer une nouvelle semaine d’arrêt de la production fin novembre, après une autre au début du mois. Pour se justifier, elle invoque le manque de pièces.

Cela fait des mois que les travailleurs vivent au rythme des journées et maintenant des semaines annulées au dernier moment, à la volonté des patrons. Cela se couple avec des cadences de travail très élevées les jours où l’usine est ouverte, avec des pauses amputées, des quarts d’heure et des demi-heures supplémentaires…

Les travailleurs peuvent être contents de souffler, mais perdent un peu de salaire, qui est alors payé en grande partie par l’État. Quant aux intérimaires, ils ne touchent rien.

Dopé par les aides de l’État, Stellantis organise sa production en fonction du profit maximum.

Correspondant LO 29 Novembre 2023

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29 novembre 2023 ~ 0 Commentaire

lip (auray)

lip

Ciném’anar Lochu : « Les LIP : L’imagination au pouvoir » Vendredi 1er décembre. Cinéma Ti Hanok, AURAY

Le groupe libertaire René Lochu organise un ciné-débat autour du film « Les Lip : L’imagination au pouvoir » de Christian Rouaud, vendredi 1er décembre 20h, au cinéma Ti Hanok à Auray.
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Il y a 50 ans, le personnel de LIP, usine de montres à Besançon, se levait contre un plan de licenciements.
Séquestration des administrateurs, occupation de l’usine, relance de la production par les ouvrières et ouvriers, face à face avec la police, comités de soutien, carrefour des différentes luttes, résonance internationale…

Pourquoi cette lutte et ce film « L’imagination au pouvoir » nous intéressent-ils aujourd’hui ? Parce que des ouvriers et ouvrières sortent du cadre qui leur est imposé et font preuve d’une insolente imagination. Ils affrontent directement les actionnaires et l’État qui protègent ces derniers.

Après plusieurs mois de luttes contre la réforme des retraites ce printemps, contre le vol de nos vies et de l’usure du travail contraint, la question se pose toujours de sortir du cadre de l’exploitation.

Les LIP ont osé l’autogestion de leurs luttes, l’autogestion de leur travail. En questionnant leur vie au quotidien, notamment les rapports hommes-femmes, ils en sortiront transformé.e.s.

https://bourrasque-info.org

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27 novembre 2023 ~ 0 Commentaire

hôpital lorient (fr3)

affiche-sante

Le directeur de l’hôpital dans le viseur, forte mobilisation des personnels contre la politique de restriction budgétaire de l’hôpital de Lorient

La mobilisation importante ce lundi 27 novembre pour la sauvegarde des conditions de travail et d’accueil à l’hôpital de Lorient est sans précédent selon les syndicats.

Plus de 500 personnes se sont rassemblées ce lundi après-midi devant l’hôpital du Scorff à Lorient (Morbihan) pour exprimer leur colère et leurs inquiétudes sur la gestion menée par leur tout nouveau directeur, basée sur des économies à tous les niveaux.

L’appel à la mobilisation avait été lancé une intersyndicale (CGT, CFDT, FA Fédération Autonome, Santé Sociaux G.H.B.S et Sud) à 14h devant l’hôpital du Scorff. Et l’appel a largement été entendu, puisque plus de 500 manifestants se sont rassemblés pour défendre leurs conditions de travail, conditions d’accueil des patients et les emplois.

Car depuis son arrivée en juillet dernier, Jean-Christophe Phelep, le nouveau directeur du groupe hospitalier Bretagne sud (GHBS) a réussi, selon les syndicats, un exploit : faire l’unanimité contre lui. « En deux mois, il a réussi l’exploit de réunir pour la première fois une intersyndicale à l’hôpital du Scorff » nous lâchait l’intersyndicale fin septembre dernier.

Une mobilisation historique

Selon un représentant CGT et un médecin au cours de la manifestation, une telle mobilisation, « c’est du jamais vu depuis 20 ans », « une mobilisation historique ».

Dans les rangs des manifestants composés avant tout de soignants, de personnels, de médecins, de patients, de résidents d’Ehpad et de citoyens, l’inquiétude est de mise par rapport aux conditions de travail et de soins prodigués dans l’établissement. Des slogans inscrits sur des pancartes tels : « Vous ne pensez qu’aux sous. Nous ne pensons qu’aux soins », « Non au management par la peur », « Maltraitance du directeur envers le personnel soignant », démontre bien la colère des personnels à l’égard de la nouvelle direction.

Selon les manifestants et les syndicats, la politique de restriction budgétaire engagée par le nouveau directeur se fait déjà lourdement sentir. Ainsi, l’intersyndicale dénonce « le climat délétère créé par le nouveau directeur et les nombreuses rumeurs qui se sont finalement concrétisées avec, par exemple, la fin du recours à des agents contractuels, la privatisation possible de certains services, notamment le bio nettoyage ou encore le gel des CDIsation ». 

Gérard, un résident d’Ehpad de 92 ans, n’a pas hésité à sortir pour soutenir « tous ces personnels compétents, très gentils qui vont perdre leur travail à la fin du mois ou du mois suivant ». Des personnes âgées qui n’auront pas de repas de Noël pour cause de restriction budgétaire.

« Un fossoyeur du service public hospitalier »

Jean-Christophe Phelep aurait dressé l’état d’une situation financière calamiteuse, mettant en avant l’endettement de l’établissement hospitalier, ce qui empêcherait d’avoir suffisamment de trésorerie permettant d’investir dans de nouveaux projets.

Ludovic Bénabès, représentant du personnel CGT du GHBS, n’hésite pas à qualifier le nouveau directeur de « fossoyeur du service public hospitalier ».

Selon le syndicaliste, « il y a urgence » devant l’inquiétude grandissante qui s’empare d’une bonne partie des employés soignants et administratifs du groupe hospitalier Bretagne sud. « On a eu neuf assemblées générales en un mois et à chaque fois le personnel a répondu présent en masse comme pour cette mobilisation d’aujourd’hui, ce qui prouve bien le mécontentement de la nouvelle politique menée ».

Le syndicaliste ajoute que ce qui se déroule actuellement à Lorient est symptomatique des politiques de santé qui ont été menées ces dernières années qui ont contribué à dévaster petit à petit et plus particulièrement ces dernières années l’hôpital public ». Et de parler de double discours « entre la volonté de vouloir maintenir un service public hospitalier de qualité et les moyens mis en œuvre pour y arriver ».

 27/11/2023   Thierry Peigné

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27 novembre 2023 ~ 0 Commentaire

fret sncf ( reporterre)

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Des membres du groupe Planète Boum Boum, issu d’Alternatiba Paris, sont venus soutenir en danse et en chanson la mobilisation des cheminots. © Émilie Sfez / Reporterre

Privatisation du fret SNCF : « On fait tout pour couler le ferroviaire »

Syndicats de cheminots et associations écologistes ont manifesté en Normandie contre le démantèlement programmé de la filiale de la SNCF dédiée aux marchandises.

Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime)

Ils ont du mal à se faire entendre, alors ils redoublent d’énergie. Sous une pluie battante, balayé par un vent facétieux, un cortège d’environ 400 cheminots et leurs soutiens s’élance en rangs serrés en bordure des voies ferrées, mardi 21 novembre à Sotteville-lès-Rouen, en Normandie. L’ancienne gare de triage a été choisie comme symbole pour cette mobilisation unitaire, la 7ᵉ depuis l’annonce, le 23 mai, à la surprise générale, du plan de liquidation de Fret SNCF.

Autrefois reluisant, ce vaste complexe ferroviaire ne voit plus passer qu’une poignée de trains de marchandises chaque jour. « Nous étions 500 en 2009, à trier les wagons 7 jours sur 7, en 3×8, raconte Stéphane Lachevre, conducteur de train sur la zone et élu Sud Rail au CSE de Fret SNCF. Nous ne sommes plus qu’une cinquantaine aujourd’hui et notre avenir, on ne le connaît pas. »

Cette décrépitude, qui touche tout le réseau de fret ferroviaire national, risque de s’aggraver avec la décision du gouvernement de liquider le principal acteur du secteur, gestionnaire de la moitié du trafic de marchandises. La filiale fret de la SNCF sera en effet fondue, fin 2024, dans deux nouvelles sociétés de droit privé, en vertu du plan de « discontinuité raisonnable », selon l’euphémisme du ministre des Transports.

La douloureuse a été imaginée par la France pour anticiper d’hypothétiques sanctions de la Commission européenne, qui enquêtait sur une possible aide d’État illégale. Les déficits de Fret SNCF avaient été épongés par sa maison mère et sa dette finalement reprise par l’État (5,3 milliards d’€), ce qui contrevient à la doxa européenne sur la libre concurrence — le fret ferroviaire étant ouvert à la concurrence depuis 2006.

Avec le plan de sanction, la SNCF doit céder progressivement 30 % de ses lignes les plus prometteuses à ses concurrents, ainsi que 62 locomotives. Et la future entité aura interdiction de répondre aux appels d’offres pour le transport dit « combiné » pendant dix ans. Ces trains embarquant d’un bout à l’autre de la France et de l’Europe des conteneurs, des citernes ou des camions (les fameuses « autoroutes ferroviaires ») sont en pleine croissance.

« On fait tout pour couler le ferroviaire »

« On ne peut pas faire mieux pour couler Fret SNCF, s’époumone Jérôme Lavens, secrétaire régional de l’Unsa ferroviaire Normandie, entre les pétards, les cornes de brume et les klaxons de TGV qui saturent la manif. On nous annonce la neutralité carbone en 2050 à l’échelle européenne, mais on fait tout pour couler le ferroviaire. »

Ce plan fut « sans doute la décision la plus difficile de [s] a vie professionnelle », confessait Clément Beaune, ministre des Transports, devant la commission d’enquête parlementaire, le 13 septembre. Le ministre veut néanmoins convaincre qu’avec les milliards d’euros promis par l’État [1], l’essor du fret ferroviaire est enfin pour demain. Dans un nouveau paysage économique, plus concurrentiel.

« C’est de la flûte de pan ! » clame Fabien Villedieu, porte-parole de Sud Rail, en extirpant de sa sacoche un épais document fraîchement stabiloté. Le bilan des services du ministère de l’Environnement sur la politique des transports, paru en novembre, affirme une baisse de 9 % des subventions d’investissement de l’État entre 2021 et 2022 dans le rail [2], malgré l’alignement des promesses, constate le syndicaliste avant de ranger son pavé de papier qui risque de prendre l’eau. Le rapport souligne aussi une stagnation de la part du train dans le transport de marchandises (à 10,4 % en 2022, contre 10,7 en 2021).

« Il faut comprendre que ce plan n’est pas un drame uniquement pour Fret SNCF, explique Fabien Villedieu entre deux interventions énergiques au micro d’une voiture sono grimée en locomotive à vapeur. Les concurrents de la SNCF ne pourront pas remplacer Fret SNCF. Elle faisait des activités utiles mais non rentables, comme le wagon isolé [formule sur mesure destinée aux petites cargaisons], qui affronte la concurrence de la route, dont les coûts de production sont très faibles. Elle ne paye pas l’entretien de l’infrastructure et les conditions de travail des chauffeurs ressemblent à de l’esclavage moderne. »

Retour sur la route ?

Sous les épais nuages normands, confondus à la fumée des fumigènes, les cheminots tiennent des comptes qui renforcent leurs inquiétudes : sur les 23 lignes que Fret SNCF est contrainte de céder à ses concurrents, 9 sont déjà reprises, mais les autres ont été prolongées jusqu’en juin 2024 faute de repreneur ou sont directement menacées de fermeture. La marchandise ira sur la route.

La France est soupçonnée d’avoir utilisé l’enquête européenne pour accélérer la mutation de son ancien fleuron ferroviaire public et purger dans ses effectifs. Elle avait demandé dès 2019 au cabinet McKinsey d’imaginer un cocktail de sanctions à proposer à Bruxelles, comme l’a révélé Sylvie Charles, ancienne directrice de Fret SNCF, lors de son audition par la commission d’enquête parlementaire sur le sujet, le 28 septembre. Quitte à hypothéquer l’avenir du fret ferroviaire : le projet imaginé par le cabinet McKinsey, « ne garantissait ni la viabilité ni le report modal », souligne Sylvie Charles.

Avec la liquidation de Fret SNCF dans deux nouvelles entreprises, les cheminots perdront le bénéfice des accords d’entreprise. Et le plan prévoit 10 % de baisse d’effectif — soit 500 postes supprimés — par le jeu des transferts de salariés à la concurrence et des démissions. « À Perpignan, on sera une quinzaine de conducteurs en trop, la direction va inciter les gens à partir au TER », détaille Cyril Gourdon, conducteur à Périgny.

Sur une passerelle soufflée par le vent, en surplomb des voies partiellement gagnées par les mauvaises herbes, Fabienne Sagot replace ce plan dans le contexte d’une profonde et brutale réorganisation de la SNCF. « L’année dernière, nous avons perdu 53 postes [sur les guichets et les gares] sur l’axe nord, soit près d’un tiers des effectifs. C’est un énorme plan social déguisé, qui entraîne la fermeture des gares et des guichets, regrette l’élue CGT Cheminots. Il n’y a plus de service public, nous n’aidons plus les gens. »

La sono crache le refrain entêtant d’une chanson de rap dédié à ce combat oublié par la plupart des grands médias. C’est le rappeur RemremX, du groupe Planète boum boum, émanation d’Alternatiba Paris repérée dans les cortèges des manifestants pour les retraites.

Il tourne le clip d’un nouveau morceau manifeste, avec le soutien de l’Alliance écologique et sociale, un nouvel attelage, issu de la coalition Plus jamais ça et réunissant un panel large d’organisations (Alternatiba, Amis de la Terre, Attac, la FSU, Greenpeace, Solidaires) sur des combats emblématiques mêlant social et écologie. Le train et l’eau figurent en tête de ses priorités. « On a des alliances que j’ai très rarement vues sur un tel sujet, s’exclame Julien Troccaz, de Sud Rail. C’est le résultat de convergences nées pendant le mouvement contre la réforme des retraites. »

Dans une autre grappe de manifestants, écharpe tricolore en bandoulière, la députée insoumise du coin Alma Dufour trouve elle aussi des motifs d’optimisme. En commission des Finances, une majorité politique hétéroclite de la gauche à LR en passant par le Modem, avait été trouvée le 26 octobre pour voter une augmentation de 1,5 milliard d’euros en faveur du fret ferroviaire. « Il y a une majorité alternative sur ce sujet, souligne la députée. S’il n’y avait pas de 49.3, on pourrait augmenter l’investissement. »

Erwan Manac’h et Émilie Sfez (photographies)

https://reporterre.net/

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20 novembre 2023 ~ 0 Commentaire

pontchaillou rennes (basta)

manif hopital

Heures non payées et pression : le personnel de nettoyage en lutte à l’hôpital de Rennes

Non-remplacement, heures supplémentaires non payées, plannings changeants… À l’hôpital de Rennes, le personnel de nettoyage, surtout des femmes, est épuisé par les méthodes de l’entreprise prestataire. Depuis quelques mois, elles se mobilisent.

Ses mains sont blanchies par les produits ménagers après des décennies à travailler en tant qu’agente de propreté. Joséphine* ne s’appelle pas vraiment comme ça. Elle a peur d’être identifiée, mais souhaite tout de même témoigner. Elle est indignée par ses conditions de travail actuelles à l’hôpital de Rennes.

Le nettoyage du CHU Pontchaillou de la capitale bretonne est externalisé depuis dix ans déjà. Un appel d’offres est formulé tous les trois à quatre ans. En février 2021, les tâches de nettoyage de l’hôpital ont été transférées d’une entreprise sous-traitante, Helios Entretien, à une autre, Net Plus. Depuis, Joséphine dit avoir a vu ses tâches se multiplier et la pression de la hiérarchie se renforcer.

« Avant il y avait des secteurs de nettoyage tracés et fixes avec une personne par étage. Il y avait un suivi, c’était organisé, dit l’employée. Net Plus a tout changé et a ajouté du travail. Avec eux, on nettoie certains bureaux seulement deux fois par semaine. La direction utilise cet argument pour dire qu’il y a moins de travail, mais les bureaux sont plus sales et cela prend plus de temps pour les nettoyer. »

Sous-effectif et manque de matériel

Raida, elle aussi employée au nettoyage de l’hôpital Pontchaillou de Rennes, juge aussi que l’arrivée de Net Plus a aggravé ses conditions de travail, au point qu’elle a été contrainte de poser un arrêt maladie après des douleurs chroniques et des vertiges. « Après trois départs de travailleuse dans notre bâtiment, dont un licenciement, on s’est retrouvées à deux pour faire huit étages. C’était impossible. Quand je me suis plainte, j’ai reçu plusieurs courriers d’avertissement puis une mise à pied », dit Raida. Cela fait 20 ans qu’elle exerce au sein de l’hôpital rennais. Depuis 2021, « le travail a été multiplié par trois », juge-t-elle.

Les agentes sont unanimes : elles n’ont pas le temps de finir le travail demandé par l’agence, elles ne sont pas assez. Non seulement elles se disent en sous-effectif, déplorent un manque de matériel, comme des chiffons et des aspirateurs, mais dénoncent aussi l’attitude de la hiérarchie qui leur impose une pression constante.

Les horaires ne rendent pas les choses plus faciles. La prise de poste commence à 5 h le matin alors que les transports ne sont pas encore en service à cette heure-ci à Rennes. « Parfois, on nous appelle tard le soir pour changer nos horaires au dernier moment, on doit toujours être disponibles, mais ce n’est pas le cas dans l’autre sens », explique Raida.

Les collègues soignantes constatent elles aussi les mauvaises conditions de travail des agentes de nettoyage. « Il n’y a qu’une seule personne pour faire 42 chambres, c’est catastrophique », témoigne une aide-soignante. « Elles n’ont même pas de salle de pause », déplore une autre.

16 licenciements, 21 démissions en deux ans

Aujourd’hui, Net Plus emploie sur le site de l’hôpital rennais 130 personnes en CDI et 27 en CDD. Sur les CDI, 103 sont en contrats à temps plein, plutôt rares dans le secteur du nettoyage. Et pourtant, les agentes sont unanimes : elles n’ont pas le temps de finir le travail demandé par l’agence, et elles ne sont pas assez pour le faire.

Elles dénoncent aussi une pression constante de la part de la hiérarchie. Les employées se disent également épiées, avec des signalements sur le groupe Whatsapp des chefs. Sur une autre conversation Whatsapp où chefs et employées sont inclus, les notes de propreté de chacune sont publiées.

« Avant, les chefs nous aidaient, mais maintenant, ils nous surveillent et ne font plus que vérifier si nous nettoyons bien et nous dénoncent sur Whatsapp si nous ne sommes pas assez sérieuses », se désole Joséphine. « On nous demande de nettoyer un bureau en cinq minutes, mais c’est impossible », s’indigne aussi Raida, qui a déjà mis au défi un responsable de nettoyer un bureau dans ce temps imparti, ce qu’il n’a pas réussi.

Licenciement

Mila a été licenciée en mai dernier. Dans un courrier en retour à destination de la direction, elle déclare avoir annoncé son arrêt maladie causé par son dos bloqué et ne pas avoir eu d’avertissement quant à un possible licenciement.

Mila, de son côté, a été licenciée, car elle ne respectait pas les seuils de propreté selon son responsable. Pourtant, elle dit avoir fait son maximum : « Je travaillais très bien, tout le monde me le disait ». Elle affirme ne pas avoir compris la décision de la direction, et avoir été licenciée sans avertissement. « J’ai trois enfants et je ne peux pas m’arrêter de travailler », nous dit-elle aussi.

En tout, la direction de Net Plus a prononcé 16 licenciements sur son équipe de nettoyage de l’hôpital rennais depuis 2021, huit pour la seule année 2023, selon les chiffres qu’elle nous elle-même a communiqués. Les démissions se multiplient aussi. Il y en a eu 21 depuis que Net Plus a repris le contrat de nettoyage au CHU de Pontchaillou en 2021. Ces départs ne sont pas toujours remplacés. Les tâches se retrouvent donc redistribuées entre les agentes toujours en poste, leur ajoutant du travail, sans accroissement ni de leurs heures ni de leur paie.

Une association en soutien

L’an dernier, les employé·es ont commencé à communiquer entre elles et réalisé qu’elles n’étaient pas seules à ressentir une dégradation de leurs conditions de travail. Elles se sont rapprochées en janvier d’une association rennaise, nommée « Si on s’alliait », qui soutenait déjà certaines des salariées sur d’autres sujets. L’organisme propose par exemple des permanences dans les quartiers de Rennes pour accompagner les habitants qui en ont besoin dans les démarches administratives et numériques, ainsi que dans l’apprentissage du français.

Cette association a formé un collectif avec les syndicats CGT et Sud Santé pour défendre les employées du nettoyage du CHU. Ils ont lancé une pétition pour dénoncer « la situation désastreuse que ces travailleuses vivent au quotidien ». « Net Plus veut faire plus avec moins au détriment des salariées, résume Yves Morice, délégué du syndicat Sud à l’hôpital Pontchaillou.

Les agentes ont une charge croissante de travail au jour le jour et n’en voient pas la couleur financièrement. » En juin, le collectif a rencontré des responsables de Net Plus, dont le directeur e de l’agence rennaise Pierre-Yves Guichaoua. Une table ronde a également eu lieu fin août entre la direction et les syndicats pour discuter des conditions de travail.

Mais rien de satisfaisant n’est ressorti de ces rencontres pour le collectif. Le 10 octobre, les salariées de Net Plus et leurs soutiens ont investi les locaux de la direction de l’hôpital Pontchaillou, balais et seaux en main. La cinquantaine de personnes ont réclamé un rendez-vous en scandant des slogans « Net Plus, malhonnêtes plus » et « Santé au travail, on ne remercie pas l’hôpital ».

La directrice de l’hôpital Véronique Anatole Touzet n’était pas présente. Après plusieurs appels téléphoniques et l’arrivée des policiers, les manifestants ont fini par obtenir un rendez-vous avec la direction de l’hôpital. Fixé dans un premier temps au 26 octobre, il a été repoussé par la direction au 21 novembre.

Responsabilité de l’hôpital

« Il a fallu envahir la direction de l’hôpital pour obtenir un rendez-vous, se désole Yves Morice. Il dénonce l’inaction de la direction de l’hôpital. « On reproche au CHU de ne pas créer un cadre contraint à l’entreprise sous-traitante. Il faut une pression pour garantir le droit du travail et la transparence. La direction a une responsabilité sociale, c’est elle qui crée le cadre. »

La suite du mouvement dépend maintenant des réponses qu’apportera la direction lors du rendez-vous. Les syndicats demandent une rémunération des heures supplémentaires, ainsi que l’achat de matériel adéquat. Le syndicaliste de Sud exige aussi « la fin de ce management où les responsables, qui ne sont pas tout le temps sur place, viennent mettre des coups de pression. » Le syndicat réclame enfin la réinternalisation du nettoyage à Pontchaillou. « Depuis dix ans, l’externalisation a aggravé les conditions de travail », constate Yves Morice.

De leur côté, les employés de Net Plus veulent au plus vite un temps de travail approprié à la charge de nettoyage, plus de salariées et moins de chefs, le remplacement de chaque départ, un paiement des heures supplémentaires, une pointeuse de début et de fin de journée, la mise en place d’instances d’échanges entre salariées et employeurs, et la réintégration des personnes licenciées qui le souhaitent.

Contactée par mail, Net Plus nous écrit estimer « que cette mobilisation est le fruit d’une généralisation, très souvent trompeuse, où les représentants des collectifs étaient plus nombreux que nos agents ». Elle dit être ouverte « au dialogue et à l’amélioration continue ». Et accuse la CGT de vouloir avant tout réinternaliser la prestation, alors que le marché doit être reconduit en janvier.

*Les prénoms ont été modifiés pour préserver l’anonymat et la sécurité de l’emploi des interrogées

20 novembre 2023 Angéline Desdevises, Lucile Trihan

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16 novembre 2023 ~ 0 Commentaire

bretoncelle (npa)

Entretien avec Antoine Rubinat Hebdo L’Anticapitaliste – 674 (14/09/2023)

« Nous pensions que notre lutte était la lutte de tous les travailleurs »

Entretien. À Bretoncelles, en décembre 1974, les ouvrières et ouvriers de l’équipementier de l’automobile Piron, confrontés à une menace de fermeture, se mettent en grève, occupent l’usine et licencient leur patron. Ce geste radical résonne loin : on en parle dans Ouest-France, Le Perche, Libération et Le Monde. Commence une longue lutte pour maintenir l’intégralité des emplois. Antoine Rubinat, salarié de Piron, revient sur cette lutte.

Comment a démarré la grève ?

L’action et la prise de conscience ne se sont pas faites du jour au lendemain. Piron était une boîte décentralisée dans un petit village du Perche, rural, à la recherche d’une main-d’œuvre docile, peu payée, peu qualifiée, sans tradition de lutte, et à majorité féminine.

Adhérent à la Ligue communiste en 1972, désirant quitter la région parisienne pour le Perche j’ai demandé au « national » de me désigner une « boîte » dans laquelle il serait intéressant de s’implanter. La réponse a été Moulinex à Alençon. Sans réponse après quelques semaines, Danièle, ma compagne et moi avons été embauchés chez Piron à Bretoncelles.

J’ai demandé à l’UD CGT de me donner mandat pour organiser les élections professionnelles. Le secrétaire de l’UD CGT m’a répondu : « Vous avez postulé pour l’entreprise Moulinex, vous n’y rentrerez jamais. De même, ne comptez pas avoir de mandat chez Piron, compte tenu de votre appartenance à la LC. » La CFDT à Caen, à laquelle j’ai indiqué que j’étais militant à la LC, m’a mandaté.

Les conditions de travail étaient moyenâgeuses. Aucun respect de la convention collective, de la personne : huit accidents de travail par amputation des doigts, d’une main, un œil crevé, une fracture et plusieurs écrasements. Six mois plus tard, Danièle est licenciée pour avoir déclaré un accident trajet-travail, au cours duquel un salarié avait trouvé la mort. Des ouvrières proposent un débrayage. Notre implantation en dépendait, aussi j’ai demandé de n’en rien faire.

Lors des élections des déléguéEs du personnel de novembre 1973, nous obtenons les 4 sièges et mettons en place un Comité d’hygiène et de sécurité. Rapidement, une liste de 26 licenciements a été annoncée au Comité d’entreprise, en majorité parmi les cadres et des représentants FO aux ordres de la direction. Après intervention de la CFDT, la direction annule les licenciements, et les salariéEs à la fabrication obtiennent 80 centimes de l’heure.

Face à l’inquiétude sur l’avenir de l’usine nous faisons appel à un cabinet d’expertise comptable. Le 10 décembre 1974, la direction « souffle » que « la clef sera mise sous le paillasson en janvier ». Les salaires de novembre ne sont pas versés et le 12 décembre, les ateliers ne sont pas chauffés.

Spontanément, l’ensemble du personnel se met en grève. Les délégués CFDT refusent de se rendre à la convocation de la direction : « Si vous voulez faire une communication, l’ensemble du personnel vous attend ». Les questions ont fusé sur la fermeture, les cadences, la sécurité, l’hygiène, les conditions de travail. Piron s’est retiré dans son bureau et a convoqué le Comité d’entreprise.

Un camion de la CEPEM, un client, venant à la demande de Piron, récupérer ses outils (qui ­n’appartiennent pas à Piron, mais au client), des camarades bloquent les camions et refusent l’enlèvement des outils. L’ensemble des salariéEs se joint aux élus et envahissent le bureau de Piron. Les déléguéEs disent : « Si vous fermez, demain matin vous n’aurez plus rien à faire ici ». Des voix s’élèvent : « Pas demain, tout de suite ». Piron père et fils quittent leur bureau. L’usine était sous le contrôle des travailleuses et travailleurs.

Comment avez-vous continué la fabrication ?

Le 13 décembre, l’assemblée générale du personnel met en place un comité de lutte de 12 membres CFDT, FO, cadres, non-syndiquéEs, révocable tous les matins en AG. La CFDT est majoritaire.

Une moitié des salariéEs à la production, l’autre moitié à la popularisation de la lutte, en alternance. Il n’y avait plus de cadences. Renault et CEPEM voulaient récupérer les pièces commandées et l’outillage mis à l’abri, tout en limitant leurs commandes. Une négociation a lieu avec un responsable de chez Renault pour que les pièces soient livrées et payées simultanément, sans passer par la banque. La somme arrivera en banque, nous sera confiée et répartie de manière non hiérarchique en tenant compte de la situation de chacunE.

Cela a duré environ trois semaines. Nous avions des stocks, des commandes en cours mais pas de nouvelles. Avec les plus gros clients, Renault et la CEPEM, il y avait de quoi faire. Nous pensions que Piron voulait fermer l’entreprise sentant son pouvoir sans partage remis en cause par les travailleurEs.

Nous nous sommes rendu compte du pouvoir et de la force que nous avions : dès qu’une machine était défectueuse, les camarades arrêtaient la production et allait voir le CHS et l’Inspection du travail.

Quels liens avec les autres entreprises en lutte, avec les paysanEs ?

Nous pensions que notre lutte était la lutte de tous les travailleurEs. Dès le 1er jour de l’occupation, les portes étaient ouvertes à tous, en permanence. Rapidement sont venus un groupe de musiciens, divers groupes et formations politiques de gauche et d’extrême gauche ainsi que les paysanEs travailleurEs, des petitEs paysanEs, des travailleurEs inorganiséEs, la JOC, l’Abbé Lemonier, pendant que Minute titrait : « Les bolcheviks à Bretoncelles ». Les paysanEs nous ramenaient des lapins, des œufs ; en contrepartie, nous allions les aider quand il s’agissait de défendre un fermier menacé d’expulsion. Nous sommes allés à l’usine Briare occupée, chez Caron-Ozanne. Les LIP se sont déplacés avec vente de montres.

Tu parles de LIP : est-ce que les travailleurs de la boîte connaissaient ?

Pour ma part, bien sûr, mais il n’y avait pas de passé syndical chez Piron, pas de conscience de classe, pas de débat. Les médias disaient :« Vous avez imité LIP ! » Nous avons fait face à un patronat qui venait reprendre notre outil de travail et de subsistance et l’avons mis à l’abri comme nous avons « licencié » Piron père et fils. En situation d’auto-défense, une dualité de pouvoir s’est mise en place à mesure de la radicalisation de la lutte.

La situation s’est tendue : l’Union régionale CFDT avait détaché un militant pour « nous aider » à trouver une organisation et des actions « raisonnables » : quitter l’usine, restituer le « trésor de guerre » contre une entrevue à la préfecture. Elle réussit ce que le patronat et ses suppôts n’ont pas pu faire : un certain nombre de salariéEs acceptent. Pour ma part, je suis convaincu que c’est une erreur grave.

La proposition mise aux voix l’emporte par une courte majorité avec 40 « contre » sur 80/85. Nous décidons d’occuper la mairie de Bretoncelles. L’UR CFDT nous sollicite pour une réunion dans l’enceinte de la mairie, le but étant la restitution du « trésor de guerre ».

Sans acquis, nous ne lâcherons rien ! Le lendemain une quarantaine de salariéEs occupent la salle des fêtes. Le 19 janvier 1975, un meeting dans cette même salle réunit environ 1 300 personnes, avec l’aide des comités de soutien.

Le 13 février 1975, les camarades forcent les grilles de la préfecture d’Alençon et, malgré les forces de l’ordre, atteignent la salle d’attente du préfet qui accepte d’en recevoir 7, si les autres évacuent. Mensonge : ils sont embarqués, et les gendarmes libèrent tout le monde en rase campagne. Nous devons rentrer « à pinces » !

De négociations en négociations, la lutte continue, la solidarité aussi. Le samedi 8 mars, nous réoccupons l’usine de manière symbolique. La gendarmerie nous expulse et nous met en garde à vue à Remalard. Une centaine de membres des comités de soutien attend notre sortie.

En mars 1976, reprise de l’unité de production à condition que Joseph Leberre et Antoine Rubinat se retirent. Nous cédons, sans vouloir négocier aucune sorte de compensation.

Propos recueillis par Robert Pelletier

La manifestation de restitution de la mémoire de la grève des ouvriers et ouvrières de l’usine Piron à Bretoncelles en 1974, aura bien lieu dimanche 17 septembre à 15 heures devant l’usine Selimex (ancienne usine Piron) à Bretoncelles, pour une après-midi festive.

Malgré le retournement du maire de Bretoncelles, annulant le prêt de la salle des fêtes, malgré les pressions de la famille Piron sur le propriétaire actuel de l’ancienne usine pour qu’il revienne sur la mise à disposition des locaux encore existants… mais avec du coup une couverture médiatique au-delà des espérances !

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09 novembre 2023 ~ 0 Commentaire

une loi? (basta)

paysans

Une loi pour rendre l’agriculture plus écologique et sociale ? Le gouvernement s’y refuse

En décembre, les parlementaires vont plancher sur la loi d’orientation agricole. Le texte, concocté par le ministère de l’Agriculture, est censé répondre à des défis majeurs : dramatique chute du nombre d’agriculteurs et changement climatique.

L’édito de Nolwenn Weiler

Voici le nouvel édito de notre newsletter mensuelle On en Agro !. Pour la découvrir en intégralité et pour la recevoir gratuitement, c’est par là.

En décembre, les parlementaires vont plancher sur une future loi d’orientation agricole (LOA). Rêvons un peu et imaginons une loi à la hauteur des enjeux sociaux, économiques, climatiques et sanitaires. Elle prévoirait l’installation d’un million d’agriculteurs et agricultrices d’ici 2050. Pour cela, les instances qui décident de l’usage de ces terres – qui peut s’y installer ou reprendre une exploitation – seraient transformées et leur gestion deviendrait démocratique et transparente.

Comment ? Ces instances seraient enfin ouvertes à la diversité syndicale, aux organisations de protection de l’environnement et aux habitants. Ces nouveaux venus auraient un vrai pouvoir de codécision. Ils ne seraient pas là seulement pour la photo, comme c’est le cas aujourd’hui.

Parmi lesdites instances, toujours entre les mains de la puissante et indéboulonnable FNSEA, il manque des structures d’accompagnement de l’agriculture paysanne telles que les centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural (Civam). Elles pourraient avoir leur mot à dire sur le devenir de l’immense surface agricole française qui couvre presque 30 millions d’hectares, soit 45 % du territoire national.

Des aides publiques inadaptées

Autres promesses utiles que pourrait annoncer une loi d’orientation agricole ambitieuse : des aides publiques accordées en fonction du nombre d’emplois créés (qu’ils soient salariés ou non), et non plus en fonction du nombre d’hectares possédés, sachant que dans les très grandes exploitations agricoles, il est très difficile, voire impossible de se passer d’engrais de synthèse et de pesticides.

On pourrait aussi imaginer des dispositifs de soutiens financiers à l’installation qui répondent aux profils réels de ceux et celles qui veulent reprendre des fermes. Aujourd’hui, les deux tiers de ces candidat·es n’accèdent pas aux aides publiques à l’installation, soit parce que trop âgés (il faut avoir moins de 40 ans), soit parce que les critères d’attribution ne correspondent pas à leurs projets.

Preuve que les méthodes d’accompagnement sont inadaptées : plus de la moitié de ceux et celles qui engagent des démarches pour s’installer finissent par abandonner. Les plus âgés, les plus précaires, les femmes sont ceux qui renoncent le plus. Des renoncements qui s’avèrent catastrophiques dans un contexte où la moitié des 496 000 agriculteurs et agricultrices auront l’âge de partir à la retraite d’ici 10 ans.

Une concertation en trompe-l’œil ?

Répondant à l’engagement de « coconstruction » annoncé par Emmanuel Macron en septembre 2022, nombre d’associations, organisations syndicales et collectifs ont contribué à la grande concertation lancée il y a un an par le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau, en vue de la rédaction du projet de loi.

Tous ces acteurs craignent aujourd’hui d’avoir travaillé pour rien. Ils ont en effet été superbement ignorés par le ministre lors de ses premières annonces sur le futur texte, le 9 septembre dernier. Marc Fesneau a choisi de faire ces annonces lors du rassemblement « Terre de Jim » à Cambrai, dans le Nord de la France, organisé par le syndicat des Jeunes agriculteurs (JA), proche de la FNSEA.

Le collectif Nourrir, qui regroupe 54 organisations, dont la Confédération paysanne, dit regretter « ce choix marqué », et s’interroge sur la volonté de prendre en compte la diversité des avis censée avoir guidé l’élaboration de la loi. Marc Fesneau a par ailleurs précisé qu’il souhaitait une logique « d’accompagnement » plutôt que de « normes », souvent décriées par les agriculteurs. Les propriétaires des fermes usines, où s’entassent des dizaines de milliers d’animaux, qui se battent pour assouplir les lois de protection de l’environnement seront sans doute touchés par cette attention.

Vers une financiarisation croissante de l’agriculture ?

Concernant la question – cruciale – du foncier, le ministre a évoqué un « fonds de portage » de 400 millions d’euros permettant d’acheter des terres agricoles pour le mettre à disposition d’agriculteurs. Mais il n’a pas évoqué qui gérerait ce fond, ni comment. Il n’a rien dit de précis sur le renouvellement du parcours d’accompagnement à l’installation, si ce n’est qu’une nouvelle instance va être créée : « France Service Agriculture ». Les personnes non issues du milieu agricole, souhaitant, par exemple, se reconvertir dans le maraîchage ou ouvrir un petit élevage, seront-elles mieux soutenues ? Nul ne le sait.

La question est pourtant centrale, ces personnes sont le principal vivier du renouvellement générationnel des agriculteurs : elles représentent 60 % des candidats à l’installation. Elles « cherchent à s’installer sur des fermes en polyculture-élevage et à taille humaine, l’inverse donc de l’offre actuelle », remarque l’organisation Terre de liens, qui a fait des propositions très précises pour la LOA, avec une petite dizaine d’associations et réseaux d’accompagnement des candidat·es à l’installation [1].

Ultra spécialisées, surdimensionnées et chères, les fermes qui sont à vendre aujourd’hui sont inaccessibles aux nouveaux agriculteurs. Résultat : les deux tiers des surfaces libérées par les départs en retraite partent à l’agrandissement. Ces trente dernières années, la taille des fermes a plus que doublé, passant de 27 hectares en 1988 à 69 ha en 2020. Les exploitations de plus de 130 ha couvrent désormais 40 % du territoire agricole métropolitain.

« Si l’on ne fait rien aujourd’hui, il sera encore plus difficile de transmettre des fermes devenues tellement grandes que seules les firmes pourront les reprendre », alerte Terre de liens, précisant que 5 millions d’hectares vont changer de mains dans les dix prochaines années. D’ores et déjà, une ferme sur dix est une société financiarisée ouverte aux investisseurs non exploitants, particuliers, groupes de l’agroalimentaire, ou fonds d’investissements. Ces sociétés exploitent 14 % de nos terres agricoles. Soit deux fois plus qu’il y a 20 ans.

Mais cette financiarisation croissante de l’agriculture ne semble pas inquiéter notre ministre. Elle annonce pourtant une course à la rentabilité à court terme, pour que les investisseurs récupèrent leur mise, avec des champs sans cesse plus grands, où l’usage d’engrais et de pesticides n’est pas prêt de s’arrêter. Espérons que nos député·es y soient attentifs.

Nolwenn Weiler 9 novembre 2023

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05 novembre 2023 ~ 0 Commentaire

charles piaget (fr3)

Infatigable militant, pilier du combat des ouvriers de Lip, Charles Piaget est décédé à Besançon

Le leader charismatique du conflit Lip, Charles Piaget, est décédé ce samedi 4 novembre 2023 à l’âge de 95 ans. Le militant s’en est allé l’année même où les 50 ans du conflit des ouvriers de la manufacture horlogère Lip de Besançon sont célébrés dans la capitale comtoise.

S’il y a un homme à Besançon qui incarne le combat des LIP, c’est bien Charles Piaget. Le Bisontin a été l’un des leaders du conflit LIP, lutte sociale emblématique des années 70. Le Bisontin décède un peu plus de deux mois après Claude Neuschwander, célèbre patron de Lip après le conflit de 1973.

« On fabrique, on vend, on se paie » : le slogan des LIP a fait le tour du monde. Un conflit hors normes indissociable du parcours de Charles Piaget. Un syndicaliste à la parole limpide et charismatique.

La force du collectif

L’homme reconnaissait son rôle de leader, mais a toujours préféré mettre en avant le collectif. Pour lui, c’est la réelle force de cette lutte qui refusait les licenciements annoncés pour la manufacture horlogère LIP. Voilà ce que Charles Piaget déclarait en septembre 2020 à nos collègues :

En fait il faut relativiser tout cela. J’ai dû avoir quelques qualités pour arriver à avoir ce rôle pivot mais un combat, c’est éminemment collectif.Charles Piaget

Après avoir vécu l’aventure LIP jusqu’au bout, le Bisontin a pris sa retraite en 1983 et s’est retiré de la vie publique pendant dix ans avant de s’engager de nouveau. Cette fois-ci, c’était au côté des chômeurs avec le collectif AC !

À chaque combat, Charles Piaget s’appuie sur ses trois piliers : refus de la fatalité, force du collectif et dénonciation de la concurrence, qu’il surnomme « la recette du désastre ».

Charles Piaget, c’était aussi un esprit vif, une brillante mécanique intellectuelle. Retour sur la vie d’un Bisontin lucide, honnête et combatif.

Refus de la fatalité

Charles Piaget est né à Besançon en 1928. Son père était d’origine suisse. Fritz Piaget était venu s’installer dans la capitale comtoise et il a travaillé à son compte comme horloger. « Un « rhabilleur » capable de tout réparer dans une montre » raconte le journaliste Joël Mamet dans sa biographie de Charles Piaget, publiée en 2020. Dans ce livre, tout un pan inconnu de la vie du leader de LIP est dévoilé. On découvre que Charles Piaget n’a jamais connu sa mère, qu’il n’a même pas une photo d’elle.

L’épouse de Fritz Piaget était partie du foyer quelque temps après la naissance du petit Charles. Il passera les premières années de sa vie chez les Ubbiali, une famille bisontine qui l’adoptera à la mort de Fritz Piaget. Charles avait 15 ans lorsqu’il a perdu son père.

Embauché chez Lip à 18 ans

Dix ans plus tard, Charles épousera Annie Billot. À cette époque, il travaillait déjà chez LIP. Après une formation à l’École d’horlogerie de Besançon, il avait été embauché comme outilleur dans la célèbre manufacture l’année de ses 18 ans.

Un peu plus de 20 ans plus tard, il devient chef de fabrication aux ébauches. « Cela m’a plu, il y avait plein de problèmes à résoudre » peut-on découvrir dans le livre de Joël Mamet. Charles Piaget confie même à l’ancien journaliste de l’Est Républicain rêver de son travail, mais pas forcément de ses luttes syndicales.

Avec son épouse Annie, il milite à l’Action Catholique Ouvrière. L’un des fondements de ce mouvement est de « Placer l’homme au cœur de la société ». Une démarche que Charles Piaget gardera définitivement ancrée en lui.

Ce mouvement particulièrement formateur est en quelque sorte les prémices de son engagement ultérieur auprès de la CFDT et du PSU, le Parti Socialiste Unifié, incarnant la « Deuxième gauche » à partir de 1960.

En 1968, la France est en grève et rêve d’une société débarrassée de ses carcans sociétaux. Charles Piaget est le principal animateur de la grève de 68 chez Lip. Une sorte de répétition générale avant le grand conflit de 73.

Un conflit qui fait le tour du monde

Pendant neuf mois, les femmes et les hommes de cette manufacture horlogère que l’on surnomme déjà les « Lip », inventent chaque jour des actions originales pour faire vivre leur lutte sociale. Un conflit extrêmement novateur qui va faire le tour du monde.

Nous, on a dit non, pas question. Sur notre lancée de tout ce que l’on avait acquis depuis des années et des années de collectif et de démocratie, on a dit que l’on refusait la fatalité. On n’accepte pas, on veut autre chose. Charles Piaget

Une lutte qui incarne l’autogestion et fondée sur la participation de tous. Avec ce slogan qui fera date : « Ici on fabrique, on vend, on se paie » Tout devenait possible. Les salariés prenaient en main leur destinée en remettant en marche l’usine.

On était passible de prison, on était passible de ne pas retrouver d’emploi etc… Donc individuellement, c’était ingérable. Le collectif, lui, était capable de gérer dans les assemblées, on exposait la peur, les craintes et on essayait de raisonner autour de cette peur et de montrer qu’il y avait des possibilités de la vaincre. Charles Piaget

Dans les années 70, on l’a vu, ces idées sont portées par le PSU, le Parti Socialiste Unifié désormais incarné par Michel Rocard. Charles Piaget sera candidat aux législatives de 1978 pour le front autogestionnaire. Charles Piaget et Michel Rocard en 1974.

Le Bisontin aurait pu être candidat à la présidentielle de 1974, mais Michel Rocard se rallie finalement à Mitterrand dès le premier tour.

La suite de l’histoire est moins souvent racontée. En 1976, Charles Piaget mène à nouveau le combat pour tenter de sauver l’entreprise qui est en dépôt de bilan. Un conflit long, éprouvant, qui aboutira à la liquidation judiciaire de l’entreprise en 1977. Les 880 salariés de la société perdent leur emploi.  On n’a pas réussi, mais pas Lip, c’est la gauche française, les organisations syndicales qui n’ont pas réussi à trouver la riposte qui était nécessaire au moment du choc pétrolier, de l’abandon de l’économie keynésienne vers autre chose. Charles Piaget

Les Lip continueront leur lutte en créant des coopératives. Charles Piaget travaillera pour l’une d’elles : Les Industries de Palente, spécialisée en mécanique de précision. Astucieusement, les trois lettres reprennent celle de la mythique marque horlogère : L.I.P. Il sera responsable technique jusqu’en 1983.

La retraite au Point du jour

Charles Piaget part en pré-retraite. Épuisé, il se retire de la vie publique et profite de sa maison du chemin du Point du jour. Une maison de maçon, construite en rentrant du travail avec l’aide de son père adoptif.

Les six enfants qu’il aura eus avec Annie grandiront dans cette maison. Son épouse décède en 1982 d’un cancer. Joël Mamet a longuement interrogé le leader syndical sur sa vie de famille. Charles Piaget reconnaît ne pas avoir su trouver un équilibre entre ses engagements et sa famille.

J’ai beaucoup culpabilisé. Vis-à-vis d’Annie et des enfants. J’ai passé trop de temps dans l’entreprise. Pendant le conflit, bien sûr. Et aussi avant, dans mon travail et mes responsabilités à l’outillage. J’ai réalisé, mais un peu tard, combien j’avais été amoureux de ma femme, et combien elle me manquait. Elle s’est tant investie pour nos enfants. Mes sentiments pour elle n’ont jamais faibli. Charles Piaget

En 1993, Charles Piaget sort de son silence pour une action concrète. Il participe à la création de l’association bisontine AC ! Agir ensemble contre le Chômage, une organisation qui rassemble chômeurs et actifs pour lutter contre le chômage. Un nouvel engagement qu’il tiendra pendant vingt ans.

Tout au long de sa vie, Charles Piaget n’a pas changé d’un ïota ses convictions. Le retraité continuera de participer à des débats et de suivre avec intérêt les initiatives contre le réchauffement climatique. Il est «  devenu franchement écolo », observe Joël Mamet.

On n’a pas le choix. Dans la guerre économique, le maillon faible, c’est les salariés. Tout le monde se rattrape sur les salariés. Donc, c’est au maillon faible de s’organiser, de faire qu’ils puissent être capables de résister et d’appeler à la solidarité. Charles Piaget

Une cohérence qui force le respect de ses adversaires tout comme de ses admirateurs. Au printemps 2023, les manifestants contre la réforme des retraites avaient remarqué la présence discrète de Charles Piaget dans leurs rangs. Discret et toujours autant déterminé à combattre ce qu’il considérait comme injuste.

04/11/2023   Isabelle Brunnarius

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

 

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29 septembre 2023 ~ 0 Commentaire

accidents du travail (basta)

Combien y a-t-il vraiment d’accidents du travail en France ?

Le gouvernement a lancé le 25 septembre une campagne de prévention des accidents du travail graves. Pour Philippe Saunier, syndicaliste CGT, une première chose à faire serait déjà de vraiment comptabiliser la totalité des accidents, sans camouflage.

accidents du travail (basta) dans A gauche du PSC’est une bêtise de dire qu’il y a plus d’accidents du travail en France que dans les pays voisins. La comparaison avec les autres pays européens est ridicule, parce que dans les autres pays européens, ils en déclarent moins. En Pologne, par exemple, ils ne publient aucun chiffre.
Portrait de Phillippe Saunier

Philippe Saunier
Syndicaliste CGT, ex-opérateur à la raffinerie Total de Gonfreville, auteur du livre Santé au travail et lutte des classes (Syllepse, 2023).

Ajoutons qu’en France aussi, les chiffres officiels sont faussés. Les chiffres des accidents du travail qui font référence sont ceux, officiels, du régime général de la Sécurité sociale. Mais on n’a en fait que ces chiffres, qui ne concernent que les deux tiers environ de la population laborieuse, ceux du privé qui sont au régime général de la Sécu.

Pour les fonctionnaires, qu’il s’agisse de la fonction publique hospitalière, d’État ou des collectivités locales, il n’y a pas de données. On y estime le nombre d’accidents du travail en extrapolant les chiffres du régime général du privé.

Enfin, il y a des catégories pour lesquelles on n’a aucune comptabilisation des accidents, comme celle des travailleurs détachés. Il y a ensuite les travailleurs indépendants, d’Uber et autres, qui éventuellement se prennent une assurance privée, mais en général ne le font pas. Donc, pour eux non plus, il n’y a pas de comptabilisation des accidents du travail. Pour les travailleurs et exploitants agricoles qui dépendent de la Mutualité sociale agricole, on ne trouve pas les chiffres non plus.

En résumé, en France, la comptabilisation des accidents du travail n’existe pas. Les chiffres qu’on a ne correspondent pas à la réalité. Il y a des politiques de camouflage, qui concernent même quelquefois les accidents mortels.

Une combine des employeurs, c’est par exemple de faire passer les accidents du travail pour des accidents de trajet. Ils sont gérés à peu près de la même façon pour les indemnisations, mais ne sont alors pas comptés comme accidents du travail.

On connaît bien aussi le chantage pour les intérimaires. Ceux qui déclarent un accident du travail vont être « blacklistés ». Plus tu es précaire, plus tu vas avoir de pression pour ne pas déclarer un accident du travail, et en même temps, plus tu vas être exposé.

On n’a pas en France de vision honnête et exhaustive en matière d’accidents du travail ni de maladie professionnelle professionnelle d’ailleurs. Il existe simplement un registre national des mésothéliomes [une forme de tumeur] qui sont quasiment tous d’origine professionnelle [Le seul facteur de risque avéré du mésothéliome est l’exposition à l’amiante]. Ce registre renseigne aussi la profession des personnes touchées.

Couverture du livre Santé au travail et lutte des classes

Santé au travail et luttes des classes, Philippe Saunier, (Syllepse, 2023).

En matière de maladies professionnelles aussi, les comparaisons entre pays ont peu de sens. Car les pays ne déclarent pas les mêmes maladies comme professionnelles. Quand on met le projecteur sur quelque chose, on en trouve, et quand on ne le met pas, on n’en trouve pas.

Par exemple, le cancer du larynx lié à l’amiante n’a pendant longtemps pas été reconnu comme une maladie professionnelle en France. Donc il y avait forcément zéro cancer du larynx d’origine professionnelle comptabilisé. Alors que dans le même temps il était reconnu comme maladie professionnelle en Belgique, donc, là-bas, on avait un chiffre.

Aujourd’hui, les nouveaux effets d’annonce du gouvernement sur les accidents du travail sont le résultat d’une mobilisation engagée depuis longtemps, à la CGT et plus largement. Mais ces dernières années, on n’a pas vu la réglementation du travail s’améliorer. C’est plutôt le contraire qui a été fait, avec la disparition des CHSCT [Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail].

La première chose à faire pour mieux prévenir les accidents du travail, ce serait de rétablir les CHSCT. Il faudrait aussi que les employeurs qui camouflent les accidents du travail soient condamnés, et que l’inspection du travail ait des effectifs suffisants.

Philippe Saunier

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09 juillet 2023 ~ 0 Commentaire

enfants usa (2)

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Aux États-Unis, de moins en moins de restrictions au travail des mineurs

Un mouvement visant à affaiblir les protections en matière de travail des mineurs émerge depuis l’an passé aux États-Unis à l’échelle des États. En juin 2023, l’Arkansas, l’Iowa, le New Jersey et le New Hampshire ont déjà légiféré en ce sens. Au moins huit autres États avaient introduit des mesures similaires. Ces lois permettent généralement aux jeunes de 14 à 17 ans de travailler plus longtemps et plus tard, et dans des professions qui étaient auparavant interdites aux mineurs.

Lorsque Kim Reynolds, gouverneure de l’Iowa, a signé la nouvelle loi de son État sur le travail des enfants, plus permissive, le 26 mai 2023, la dirigeante, membre du Parti républicain a déclaré que la mesure « permettrait aux jeunes adultes de développer leurs compétences sur le marché du travail ».

Spécialistes du travail des enfants, nous remarquons que les arguments utilisés par M. Reynolds et d’autres leaders politiques pour justifier la suppression des protections du travail des enfants renvoient à des justifications plus anciennes, datant de plusieurs dizaines d’années.

Au cours de l’histoire, de nombreux chefs d’entreprise ont longtemps soutenu, sur la base d’une combinaison de motifs idéologiques et économiques, que les règles fédérales en matière de travail des enfants n’étaient pas nécessaires. Certains s’opposent même à ce que le gouvernement détermine qui ne peut pas travailler.

Des analyses de qualité et sans publicité, chaque jour dans vos mails.

Les plus conservateurs affirment que le travail a une valeur morale pour les jeunes et que c’est aux parents de prendre des décisions pour leurs enfants. De nombreux conservateurs affirment également que les adolescents, moins nombreux sur le marché du travail aujourd’hui qu’au cours des dernières décennies, pourraient aider à pourvoir les emplois vacants dans des secteurs en tension.

Un combat de longue haleine

Les protections du travail des enfants, telles que l’interdiction de nombreux types d’emploi pour les enfants de moins de 14 ans et la limitation du nombre d’heures de travail pour les adolescents de moins de 18 ans, sont garanties par la loi de 1938 sur les normes de travail équitables, le Fair Labor Standards Act.

Jusqu’alors, l’absence de lois entravait les progrès réalisés dans les États pour maintenir les enfants à l’école et les éloigner des mines, des usines et d’autres lieux de travail parfois dangereux. Trois ans après que le président Franklin D. Roosevelt a promulgué le texte, la Cour suprême l’a confirmé à l’unanimité dans l’arrêt U.S. v Darby Lumber, qui a marqué un renversement de jurisprudence.

Pendant les quatre décennies qui ont suivi, aucune contestation notable ne s’est fait entendre. C’est en 1982 que le président Ronald Reagan a commencé à chercher à assouplir les protections fédérales pour permettre aux jeunes de 14 et 15 ans de travailler plus longtemps dans les établissements de restauration rapide et de vente au détail, le tout rémunéré moins que le salaire minimum. Une coalition de démocrates, de syndicats, d’enseignants, de parents et de groupes de développement de l’enfant a bloqué les changements proposés.

À la fin des années 1980, les violations de la loi se sont malgré tout multipliées. Certains groupes industriels ont tenté d’assouplir les restrictions dans les années 1990, mais les changements juridiques ont été minimes. Au début des années 2000, une tentative plus ambitieuse de faire reculer les lois sur le travail des enfants, menée par un groupe militant pour la scolarisation à domicile, a finalement échoué, mais les conservateurs ont continué à réclamer des changements en la matière.

En 2012, Newt Gingrich, ancien président de la Chambre des représentants, alors en lice pour devenir candidat républicain à la présidence, a fait la une des journaux en qualifiant les lois sur le travail des enfants de « vraiment stupides ». Il a par exemple suggéré que les enfants puissent travailler comme concierges dans les écoles.

Aujourd’hui, le Washington Post rapporte que la Foundation for Government Accountability, un groupe de réflexion basé en Floride, est en train de rédiger une législation d’État visant à supprimer les protections relatives au travail des enfants. Son organe de lobbying, l’Opportunity Solutions Project, a contribué à faire passer ces projets de loi dans les assemblées législatives des États, notamment dans l’Arkansas et le Missouri.

Machine arrière dans l’Iowa et l’Arkansas

À nos yeux, c’est l’Iowa qui a mis en place la loi la plus radicale pour faire reculer les protections du travail des enfants. Elle permet à des enfants de 14 ans de travailler dans des refroidisseurs de viande et des blanchisseries industrielles, et à des adolescents de 15 ans de travailler sur des chaînes de montage à proximité de machines dangereuses. Des adolescents de 16 ans peuvent désormais servir de l’alcool dans les restaurants de l’État, à condition que deux adultes soient présents.

Certes, les fonctionnaires du ministère américain du Travail affirment que plusieurs dispositions de ce nouveau texte sont contraires aux normes nationales. L’administration centrale n’a toutefois pas dévoilé de stratégie claire pour lutter contre ces violations.

Dans l’Arkansas, les permis de travail pour les jeunes de 14 et 15 ans ont été supprimés avec la signature au mois de mars par la gouverneure Sarah Huckabee Sanders du Youth Hiring Act. Auparavant, les employeurs devaient conserver dans leurs dossiers un certificat de travail exigeant une preuve de l’âge, une description du travail et des horaires, ainsi que le consentement écrit d’un parent ou d’un tuteur. Il peut ici sembler curieux que les partisans du projet de loi le présentent comme un renforcement des droits parentaux dans la mesure où la loi supprime tout rôle formel des parents dans l’équilibre entre l’éducation et l’emploi de leurs enfants.

Pourquoi dans ces cas la loi fédérale ne l’emporte-t-elle pas sur les lois des États ? Les lois fédérales fixent un plancher de réglementation en matière d’emploi des jeunes, qui couvre les heures maximales, l’âge minimum, les salaires et la protection contre les emplois dangereux. Si les États adoptent des lois plus strictes, comme beaucoup l’ont fait, les normes les plus strictes régissent les pratiques sur le lieu de travail. La loi fédérale, par exemple, n’exige pas que les mineurs obtiennent des permis de travail ou des certificats d’emploi, mais la plupart des États rendent ces documents obligatoires.

Faire fi des normes fédérales ?

Cela n’empêche pas certains États de vouloir adopter des lois qui entrent directement en conflit avec les normes fédérales. Les législateurs de l’Ohio veulent permettre aux jeunes de 14 et 15 ans de travailler jusqu’à 21 heures pendant l’année scolaire avec l’autorisation de leurs parents, alors que la réglementation fédérale interdit aux adolescents de cet âge de travailler au-delà de 19 heures. Un projet de loi présenté par le sénateur républicain de l’État du Minnesota, Rich Draheim, autoriserait les jeunes de 16 et 17 ans à travailler sur des chantiers de construction ou à proximité.

La forte opposition des politiciens, des groupes de défense des enfants, des associations éducatives, des syndicats et du public a fait échouer certains de ces projets. Les opposants soulignent que lorsque des enfants de moins de 18 ans travaillent de longues heures ou effectuent des tâches pénibles, cela peut perturber leur développement, mettre leur santé en péril, interférer avec leur scolarité et les priver du sommeil dont ils ont besoin.

Les républicains de Géorgie ont présenté un projet de loi qui aurait supprimé les permis de travail pour les mineurs, mais ils l’ont retiré sans vote. Les législateurs républicains du Dakota du Sud ont parrainé un projet de loi visant à étendre les heures de travail des enfants de 14 ans et moins de 19 heures à 21 heures. Ce projet a également été retiré.

Dans le Wisconsin, le gouverneur Tony Evers a opposé son veto en 2022 à un projet de loi qui aurait permis aux adolescents de travailler plus longtemps et plus tard. En 2023, certains législateurs du Wisconsin tentent à nouveau leur chance pour autoriser les jeunes de 14 ans à servir de l’alcool.

Des initiatives protectrices au Congrès

À l’exception du New Jersey, ces efforts visant à affaiblir les lois sur le travail des enfants sont menés par les républicains. Des gouverneurs démocrates tentent, eux, en parallèle, de renforcer les protections contre le travail des enfants. Dans le Colorado, Jared Polis a introduit une loi qui permettrait aux enfants blessés de poursuivre les employeurs pour violation de la législation sur le travail des enfants le 7 juin 2023.

Il existe également des initiatives nationales visant à affaiblir – ou à renforcer – les règles relatives au travail des enfants. Le représentant Dusty Johnson, un républicain du Dakota du Sud, pousse ainsi pour permettre aux jeunes de 14 et 15 ans de travailler jusqu’à 21 heures les soirs d’école et jusqu’à 24 heures par semaine pendant l’année scolaire. Il semble peu probable que son projet de loi soit adopté par un Congrès, aujourd’hui divisé.

À la Chambre des représentants et au Sénat, on retrouve également des pressions pour que les jeunes de 16 et 17 ans puissent travailler dans les exploitations forestières sous la surveillance de leurs parents.

Le Congrès semble néanmoins également favorable à l’augmentation des sanctions en cas de violation du droit du travail des enfants. L’adoption de lois sur le travail des enfants ne représente, en effet, qu’une moitié de la bataille. L’application de ces textes est une autre affaire.

Ces dernières années, de nombreuses infractions ont été commises, mettant en jeu des enfants qui ont immigré aux États-Unis sans leurs parents et qui se sont retrouvés à travailler de longues heures, parfois dans des emplois dangereux, alors qu’ils étaient encore très jeunes. Actuellement, l’amende maximale est de 15 138 dollars par enfant. Les projets de loi en cours de discussion porteraient la sanction à près de dix fois ce montant s’ils étaient adoptés.

Par ailleurs, plusieurs démocrates ont introduit des mesures visant à renforcer les restrictions fédérales en matière de travail des enfants, en particulier dans l’agriculture.

Une épreuve de force entre l’État fédéral et les États fédéraux légiférant en sens inverse sur la question de savoir si les jeunes Américains ont leur place sur le marché du travail paraît ainsi inévitable.

9 juillet 2023,
Betsy Wood Assistant Professor of American History, Bard College
John A. Fliter Associate Professor of Political Science, Kansas State University

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