Archive | Luttes ouvrières

21 février 2020 ~ 0 Commentaire

lutte ouvrière lannion (ouest france)

jeunes

Lannion. Yann Guéguen : « Une autre société à bâtir »

Candidat à la mairie de Lannion (Côtes-d’Armor), Yann Guéguen conduit une liste Lutte ouvrière. Il répond à la question que nous lui avons posée : quels sont vos projets pour la jeunesse à Lannion ?

« Scandales financiers et sanitaires, fermeture d’usines, vagues de licenciements, aggravation du chômage, avenir bouché pour les enfants des classes populaires… Voilà ce que Macron et ses acolytes présentent comme un avenir radieux.

La jeunesse sera précipitée demain dans la jungle que représente ce monde capitaliste, quel que soit le niveau de ses études.

Croire que l’on peut vivre à l’abri, au milieu de cet océan de misère et de pauvreté qui domine la planète et qui gagne progressivement les pays riches, est non seulement illusoire mais stupide.

Si l’on ne veut plus d’un monde qui ne mette en avant que la réussite individuelle, le repli sur soi et l’égoïsme, qui considère que le profit est le but ultime à atteindre, il faut se donner les moyens de le changer.

Oui il est possible de bâtir une société débarrassée de la concurrence, la recherche du profit individuel, débarrassée des frontières qui dressent les peuples les uns contre les autres. Une société dirigée et gérée démocratiquement, où l’on décidera collectivement de ce qu’il faut produire et comment le produire pour préserver les êtres humains ainsi que la planète.

Une économie planifiée permettra d’en finir avec les crises où les progrès techniques et scientifiques profiteront à tous et non pas à accroître la fortune d’une minorité. »

Yann Guéguen 21/02/2020

https://www.ouest-france.fr/

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19 février 2020 ~ 0 Commentaire

irlande (essf)

ireland

Irlande: percée de la gauche

Sinn Féin, parti de gauche, a remporté les élections avec 24,5% des suffrages.

Présentant trop peu de candidats ils ont été empêchés d’être le plus grand parti du Dáil (parlement). Mais de nombreux autres militants de gauche, du centre-gauche aux variétés plus radicales, ont également été élus. Le Parti Vert , quant à lui – un parti de centre-gauche avec quelques militants plus radicaux parmi ses membres – a obtenu 7,1% des voix et un résultat historique de douze sièges.

Chez les jeunes de vingt-cinq à trente-quatre ans, Sinn Féin a remporté 31,7% des suffrages de première préférence aurtant que Fine Gael et Fianna Fáil ensemble (32,5). Sinn Féin n’a atteint que 14% parmi les électeurs de l’AB (classe moyenne supérieure et classe moyenne), alors qu’il a obtenu 33% des suffrages dans la catégorie DE (classe ouvrière et non ouvrière). Dans la catégorie C2 ou « classe ouvrière qualifiée », avec 35% Sinn Féin a eu autant de voix que le vote combiné de droite Fine Gael et Fianna Fáil (39%).

Lutte anti-austérité

Pendant un certain nombre d’années, l’Irlande a appliqué l’austérité de l’UE. Alors que la Grèce, l’Espagne, l’Italie et le Portugal ont connu de grandes manifestations et des changements politiques, l’Irlande a semblé être relativement pacifiée. Les commentateurs internationaux se sont émerveillés de la stabilité du système politique du pays.

Mais en 2014, l’e bon élève s’est réveillé. Les tentatives du gouvernement Fine Gael-Labour  d’introduire des redevances sur l’eau ont provoqué une colère généralisée.

Après tant d’années de restrictions salariales et de réductions d’austérité, une autre taxe régressive a été profondément impopulaire. Des manifs ont suivi dans la classe ouvrière et les zones rurales pauvres, les communautés se battant contre les tentatives d’installation de compteurs d’eau.

Cela a abouti à la création d’une vaste campagne – Right2Water (Droit à l’eau) – avec les partis politiques de gauche et les syndicats pour lutter contre les redevances sur l’eau. Sa première manifestation nationale devait attirer 30 000 manifestants. Au final, plus de 100 000 personnes sont arrivées. Il s’agissait de la première de nombreuses manifestations de masse à six chiffres au cours de l’année à venir, car le problème de l’eau est devenu une expression d’une frustration beaucoup plus large à l’égard de l’establishment irlandais.

Une nouvelle génération

En même temps, une nouvelle génération est arrivée à maturité en Irlande. Des jeunes ont connu l’effondrement économique, les réductions des prestations sociales, l’imposition des frais universitaires, les bas salaires et les loyers élevés, le chômage. Beaucoup ont émigré, comme les générations précédentes l’avaient fait, mais les nouvelles technologies leur ont permis de conserver un lien profond avec le pays et souvent, ils sont revenus.

Cette génération était la plus socialement libérale de l’histoire de l’Irlande. Elle était irritée par le flot de scandales liés à l’Église qui ont marqqué l’Irlande pendant des décennies. Une percée majeure a été réalisée lors du référendum sur l’égalité du mariage de 2015, lorsque l’Irlande est devenue le premier État au monde à légaliser le mariage homosexuel par un vote populaire.

La marge de la victoire – 62% à 38% – en a surpris beaucoup, mais c’était un signe de choses à venir. Après le succès retentissant du référendum sur l’égalité du mariage, la lutte pour le droits à l’avortement a été une bataille difficile.

L’avortement a longtemps été un sujet très sensible dans la politique irlandaise – un référen-dum de 1983 a conduit à l’une des lois les plus restrictives du monde occidental. Mais la mort de Savita Halappanavar en 2012 a changé la donne. Halappanavar s’était vu refuser un avortement potentiellement vital dans un hôpital de Galway. L’indignation qui a suivi a conduit à des marches, rassemblements et à la formation de nombreux groupes pro-choix, souvent animés par des militant(e)s très jeunes impliqué(e)s dans la politique pour la première fois.

En 2014, l’affaire Savita a été suivie d’un autre scandale. Une femme migrante connue sous le nom de « Y » était arrivée en Irlande pour demander l’asile. Victime de viol dans son pays d’origine, elle a rapidement découvert qu’elle était enceinte. Au lieu d’accepter l’avortement qu’elle a demandé, elle a été forcée d’accoucher du bébé par césarienne – même en grève de la faim et indiqué clairement qu’elle se suiciderait.

Cela a donné lieu à une campagne pour abroger le 8e amendement à la constitution irlandaise  adopté en 1983 . Après de nombreuses années d’efforts, les militants ont réussi à soumettre la question au vote en 2018 – et le résultat a été encore plus large que le référendum sur l’égalité du mariage, avec 66,4% des voix pour mettre fin à l’interdiction de l’avortement en Irlande . Une nouvelle génération, qui a fondamentalement rompu avec l’histoire de la droite irlandaise, est arrivée à maturité.

Une nouvelle république

Pour de nombreux membres de cette nouvelle génération, les frustrations économiques et sociales coïncidaient. Les années qui ont suivi ces succès ont vu la croissance des mouvements de lutte contre la crise du logement en Irlande, un produit de politiques favorables aux capitalistes, du refus de construire des logements sociaux et un « laisser-faire » en matière de réglementation.

Pour de nombreux jeunes, les loyers vertigineux ont détruit leur niveau de vie et la perspective d’une vie décente. Ils ont trouvé dans le porte-parole du Sinn Féin sur le logement, Eoin Ó Broin, une voix cohérente expliquant comment les décisions politiques avaient produit ces résultats – et comment le changement politique pouvait les modifier.

La crise du logement a également touché des communautés ouvrières, où un nombre croissant de personnes se sont retrouvées « pauvres » – souvent sans-abri malgré leur emploi à temps plein. Un nouveau record de 10 514 sans-abri a été établi en octobre, mais les chiffres officiels ne racontent pas toute l’histoire.

Tout cela contraste avec la fable avancé par Fine Gael et ses partenaires de Fianna Fáil. Sur la scène mondiale, « Ireland Inc » a été présentée comme une réussite – son modèle économique de paradis fiscal a été un motif de forte reprise après la récession.

Mais sous le radar, il y avait de plus en plus deux Irlande : l’une bénéficiant du boom des investissements directs étrangers dans la finance, l’industrie pharmaceutique et la technologie, avec des investissements dans l’immobilier et l’autre forcée de vivre avec la fin brutale de cette économie, supportant le coût élevé de la vie mais ne voyant aucun progrès significatif des salaires.

C’est cette Irlande qui a pris la parole lors des élections, une nouvelle Irlande de la classe ouvrière et des jeunes électeurs qui ne sont plus prêts à accepter le duo Fine Gael-Fianna Fáil et qui cherche des alternatives.

Elle réclame une politique fondamentalement nouvelle, qui balaie les décennies de politique sociale et économique de droite, qui s’attaque à la crise climatique et qui édifie une société plus juste et équitable. Pas seulement dans le sud – mais dans toute l’île.

samedi 15 février 2020, BURTENSHAW Ronan

https://www.europe-solidaire.org/

Lire aussi:

Sinn Féin arrive pour la première fois en tête des élections législatives (ESSF)

Ireland’s Left Turn (Jacobin)

Ireland: Political earthquake as Sinn Féin wins election (Green Left)

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18 février 2020 ~ 0 Commentaire

20 février (cgt)

cgt

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Morlaix. Rassemblement contre le projet de réforme des retraites

Quimper  Des appels à manifester pour les retraites, jeudi

56

Mobilisation au château de Pontivy contre la réforme des retraites

Un nouvel appel à manifester à Vannes ce jeudi 20 février

Contre la réforme des retraites, la mobilisation se poursuit à Lorient

 

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17 février 2020 ~ 0 Commentaire

lannion (le trégor)

LO lille

Lannion. Municipales : la liste Lutte Ouvrière de Yann Guéguen

Pour « faire entendre le camp des travailleurs » localement, Yann Guéguen, déjà candidat Lutte Ouvrière aux législatives, se lance dans les Municipales à Lannion.

Militant Lutte Ouvrière depuis 1995, candidat à l’élection législative dans la circonscription de Lannion en 2012 et 2017, Yann Guéguen a présenté samedi 15 janvier ses colistiers pour les élections municipales. Avec Catherine Revilla, professeur à l’école de musique du Trégor et adhérente Lutte Ouvrière depuis 2014, il conduira la liste Faire entendre le camp des travailleurs.

Nous, c’est le camp des travailleurs que l’on veut représenter, et non pas discuter de la meilleure date pour la fête des fleurs, le meilleur parcours pour la rocade ou, pour être dans l’air du temps « plus vert que moi tu meurs » !

« Les problèmes vitaux des travailleurs, emplois, salaires, retraites, conditions de travail… ne dépendent pas de la municipalité. Aucune ville n’est épargnée par les méfaits de la politique nationale. Et tous ceux qui prétendent le contraire nous mentent », poursuit Yann Guéguen.

Les travailleurs ne doivent plus se laisser abuser par tous ces politiciens qui, quelle que soit leur couleur politique – ou leur « absence de couleur » – une fois aux commandes, exécutent servilement la politique exigée par ces grands capitalistes qui exercent, eux, la réalité du pouvoir. Nous ne nous présentons pas à cette élection parce que nous serions de meilleurs gestionnaires que les autres. Les difficultés, entre autre financières, dans lesquelles se débattent les municipalités sont bien connues. Et gérer la misère ne nous intéresse pas.

« Les yeux et les oreilles des travailleurs au conseil municipal »

Localement, la liste de Lutte Ouvrière entend « donner la possibilité aux électeurs, non seulement, de manifester leur colère contre ceux qui nous gouvernent et ceux qui les soutien-nent, mais d’envoyer au conseil municipal des hommes et des femmes qui seront « les yeux et les oreilles » des travailleurs, qui dénonceront tous les mauvais coups qui se préparent, qui rendront public ce qui s’y dit et s’y décide… »

Sont entre autres ciblés « Les notables locaux qui relaient sans broncher les directives nationales». Les candidats Lutte Ouvrière entendre défendre l’idée d’une commune                «  s’opposant à la spéculation foncière, aux expulsions de mal logés, à l’injustice sociale et le chômage par la mobilisation et leur action directe contre les spéculateurs et les patrons ».

La liste

Yann Guéguen, 55 ans, musicien intervenant ; Catherine Revilla, 59 ans, professeure de musique ; Olivier Aouïra, conducteur de bus ; Joëlle Boubounelle, institutrice ; Alain Grosvalet, retraité EDF ; Sandra Briand, agent office de tourisme ; Daniel Barbier, ingénieur ; Marie-Pierre Le Bervet, médecin hôpital public retraitée ; René Chalony, agent de service ; Marie-France Brunet, secrétaire retraitée ; Naël El boujarfaoui, étudiant ; Véronique Laplanche, agent de service ; Damien Le Goff, agent d’entretien ; Sakina Nahhal, enseignante ; Mehdi Bouaboura, technicien ; Manuella Cerqueira, serveuse ;  Philippe Revilla, rédacteur technique ; Nathalie Moy, coiffeuse ; Quentin Deniel, colporteur de journaux ; Marie Pereira, mère de famille ; Lionel L’Hénaf, électricien retraité ; Gloria De Sousa, mère de famille ; Simon Prudhomme, étudiant ; Véronique Wassmer, conseillère technique en insertion ; Abderzac Chelouah, étudiant ; Marie Erbil, assistante maternelle ; Patrick Geffray, enseignant ; Michèle Deniel, ouvrière agricole ; Basile Guéguen, intermittent du spectacle ; Hélène Perrier, professeure des écoles ; Gérard Jannin, instituteur retraité ; Anne Le Moigne, accompagnante d’élèves handicapés ; Pierre-Yves Flouriot, agent comptable retraité.

17 Février 2020

https://actu.fr/bretagne/

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13 février 2020 ~ 0 Commentaire

italie (à l’encontre)

Migrants Ital

Les fruits amers des vicissitudes de la gauche

Le deuxième gouvernement Giuseppe Conte, annoncé par le Président Sergio Mattarella le 4 septembre 2019, s’est institué après la crise du mois d’août dernier, composé du Parti Démocrate (PD) et du Mouvement 5 étoiles (M5S) a survécu tous ces derniers mois malgré ses constantes dissensions internes et instabilité permanente.

Le gouvernement a dû faire face aux assauts politiques des partis de la droite, qui orientent et mobilisent d’importants secteurs de la société, sur les thématiques racistes, xénophobes et sécuritaires. Il a enfin affronté deux dangereux écueils politiques, le budget, en décembre 2019, et les élections dans deux régions, l’Émilie-Romagne et la Calabre, fin janvier 2020.

Quatre éléments ont permis au gouvernement de se maintenir. Tout d’abord, la volonté des deux partis qui le composent d’éviter à tout prix de nouvelles et trop risquées élections politiques, alors que les sondages donnent la droite dure à plus de 50% des voix.

Ensuite, l’attitude des bourgeoisies italienne et européennes, par le biais de Bruxelles. En outre, le soutien des trois grandes centrales syndicales, y compris la CGIL (CGT italienne blog). Et enfin, la véritable crainte d’importants secteurs de la société de voir arriver au gouvernement la Lega de Matteo Salvini et son frère ennemi Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni.

Il n’en reste pas moins que la poussée réactionnaire des partis de cette droite n’a pas faibli et que la société reste empoisonnée par la xénophobies, racistes et antisémites, du fait de l’absence d’un mouvement social des classes laborieuses. Les actes antisémites se sont multipliés ces dernières semaines. Le Rapport Italie, de l’institut Eurispes, fournit des données glaçantes sur le nombre de personnes croyant que la Shoah n’a pas existé, de 2.7% en 2004 à 15.6% aujourd’hui.

Le budget et l’impossible discontinuité

L’écueil du budget a été surmonté grâce à 30 milliards d’euros, un «débordement» rendu possible par la flexibilité de la Commission européenne. Le gouvernement jaune-rose (M5S et PD) s’est abstenu de toucher aux énormes cadeaux pour le capital et les entreprises octroyés  par les gouvernements précédents. Il n’a pas non plus remis en question les normes répressives visant les migrant·e·s et les ONG qui leur portent secours en mer. Pas plus que celles qui criminalisent les luttes ouvrières et sociales.

Le PD voudrait présenter le gouvernement comme différent decelui dominé par Matteo Salvini. C’est mission impossible, vu les positions économiques et politiques exprimées par ses deux principales composantes, le M5S et le PD, ainsi que par Italia Viva de Matteo Renzi. Les lois anti-populaires sont restées en vigueur, comme les législations aidant l’offensive des employeurs contre les classes laborieuses, qui ont provoqué démoralisation, désespérance et rage parmi les salarié·e·s et qui ont servi de rampe de lancement pour Salvini et Meloni.

La première chose à faire pour un gouvernement différent aurait été d’abroger les lois de la contre-révolution libérale et patronale ou celles adoptées auparavant par les gouvernements de centre-gauche, inscrivant l’austérité dans le marbre.

Les élections régionales de Calabre et Émilie-Romagne

Dans ce contexte se sont déroulées, le 26 janvier 2020, les élections des Conseils régionaux et des Présidences de Calabre et d’Émilie-Romagne, test d’envergure nationale. Matteo Salvini avait pour but non seulement de conquérir les deux régions, mais de provoquer, la chute du gouvernement et de susciter ainsi des élections nationales.

• En Calabre, la coalition de droite a remporté une région de plus avec 55% des voix.

Le M5S: 7%, le PD presque 14%, la Lega et Forza Italia près de 12%. La coalition de centre-gauche passe de 61% des voix en 2014 à 30% en 2020, payant ainsi le prix de sa gestion calamiteuse. L’abstention a atteint des sommets: 56%, exprimant une défiance et un repli de secteurs entiers de la population.

• En Émilie-Romagne.

Depuis le lendemain de la seconde Guerre mondiale, c’est le territoire d’un enracinement profond du Parti Communiste Italien (PCI). Il l’administre depuis 1970 ( mise en place des conseils régionaux) jusqu’en 1995 et, de 1995 à 2020, à travers les mutations du PCI, d’abord Partito Democratico della Sinistra (PDS), puis Democratici di sinistra (DS) et enfin Partito democratico (PD).

Les anciennes administrations régionales du PCI ont déployé des politiques social-démocrates efficaces, un pacte politique et social qui liait ensemble les administrations locales, les salarié·e·s, les commerçants, les artisans, les coopératives, certaines étant devenues transnationales, ainsi que nombre de grandes et petites entreprises.

La crise économique, les politiques d’austérité et les privatisations (notamment dans la santé, les transports, sans mentionner le bétonnage), gérées par l’administration régionale, ont exacerbé les contradictions sociales, fragilisé d’importants secteurs et ont fini par avoir raison de ce pacte social.

Si, durant de longues années, la Lega n’a pas pu traverser le fleuve Pô, qui sépare la Lombardie et la Vénétie de l’Emilie, les choses ont changé. Lors des élections nationales de 2018, puis des européennes de 2019, le M5S mais aussi la Lega de Matteo Salvini ont atteint des scores supérieurs à 30%.

En 2014 le candidat du PD, Stefano Bonaccini [49%], avec une faible participation [38%], mettait en évidence la désaffection de larges secteurs populaires à l’égard du centre-gauche. Les élections de janvier 2020 ont connu une participation nettement supérieure [68%].

Matteo Salvini pensait en finir avec le PD, conquérir le fortin historique de la gauche, en obtenant une victoire à la fois politique et historique. Il y a mis les moyens, avec une campagne médiatique forte, martelant propos xénophobes et racistes.

Sa machinerie électorale était dirigée par son conseiller en communication à la tête de 35 personnes qui couvrait les faits et gestes du leader 24 heures sur 24 heures, activant un vaste réseau. Finalement son échec a soulagé nombre d’Italiens, le PD et même le gouvernement.

Mais les chiffres sont inquiétants et montrent que la menace de la Lega est loin d’être dépassée. Ses résultats, dans l’ancien bastion « rouge », en valeurs absolues comme en pourcentages, sont impressionnants, de même que sa capacité à orienter, désorienter et mobiliser d’importants secteurs de la société.

Stefano Bonaccini (PD), a obtenu 51.4% des voix contre 43.6% pour la candidate des droites Lucia Borgonzoni. Les partis, dit de centre-gauche, dépassent de peu 48% tandis que les forces de droite obtiennent un inquiétant 46%, dont 31.9% pour la Lega et 8.6% pour l’extrême-droite de Fratelli d’Italia, qui a doublé ses voix, Forza Italia, de Silvio Berlusconi, obtient un score négligeable.

Bonaccini a capté le 65% des électeurs de la précédente consultation, 17.7% des abstentionnistes,  9% des électeurs du M5S et 6.1% des électeurs du centre-droit. Il a appuyé sa campagne sur un réseau dense d’administrateurs locaux, de coopératives, de syndicats, mais aussi du monde entrepreneurial et il a reçu un coup de main essentiel du «mouvement des sardines». (…)  (Résumé voir lien)

Alencontre 13 février  2020 Franco Turigliatto

Article envoyé par son auteur; traduction Dario Lopreno

https://alencontre.org/europe/

sardines

Lire aussi:

Les sardines

Les sardines sont un mouvement né, et ce n’est point un hasard, dans la capitale de l’Émilie-Romagne, Bologne, en novembre 2019. Son but était à contrer la campagne de haine et de racisme du chef de la Lega. En un mois les sardines ont multiplié les rencontres dans toutes les villes de la région, organisant de grands rassemblements comptant des dizaines de milliers de personnes, avec une forte présence de jeunes, mais aussi un public plus âgé. Il exprime l’inquiétude, présente dans de larges secteurs, de voir s’affirmer un sens commun raciste et violent contre les plus vulnérables, alimenté par les droites les plus réactionnaires.

Les sardines sont parvenues à interpréter mais aussi à réveiller les sensibilités antifascistes, antiracistes et démocratiques, en construisant un type de mobilisation correspondant à leur niveau de politisation. C’est un mouvement d’opinion publique, point encore abouti et n’ayant pas encore fait l’expérience de débats sur les thématiques sociales.

Ses dirigeants se présentent comme voulant effacer de la politique le langage de la haine et du racisme, ramenant le débat à des normes de correction politique, voire à de l’angélisme. Mais au-delà de cette orientation politique, il ne fait pas de doute qu’ils ont été capables d’inciter nombre de jeunes et moins jeunes à aller voter, construisant une contre-tendance visible et de masse aux positions de Salvini et de la Lega.

Les jeunes dirigeants de ce mouvement ont des relations avec les milieux habituellement PD, mais aussi avec des catholiques, qui se sont engagés afin de faire obstacle à la montée des droites «dures» et ont comme référence, le cardinal de Bologne Matteo Zuppi. Des quotidiens comme La Repubblica, lié au PD, ont soutenu inconditionnellement cette initiative, lui offrant une tribune avec, en ligne de mire, le renouveau du PD. À l’heure actuelle, de nombreuses initiatives se déroulent, destinées à orienter une partie de ses dirigeants vers la reconstruction d’un nouveau centre-gauche.

Italie-Débat. «Pour une gauche d’opposition» (Sinistra Anticapitalista)

Italie (Insurgente)

Sardines (NPA)

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09 février 2020 ~ 0 Commentaire

grèves politiques (révolution permanente)

macron

« Les grèves et la contestation syndicale sont de plus en plus politiques » (Karel Yon)

RPD : Est-ce correct de parler de « réveil de la base » dans cette grève et pourquoi est-ce sujet à tant de commentaires et d’analyses selon toi ?

Je ne suis pas convaincu par l’idée d’un « réveil de la base » pour la bonne et simple raison qu’il ne peut jamais y avoir de mobilisation collective sans participation active de la base. Il ne suffit pas que des organisations syndicales appellent à se mobiliser pour que magiquement un mouvement éclate. S’il n’y a pas de relais dans les lieux de travail, sur le terrain, pour donner forme à la mobilisation, l’action n’existerait pas, jamais.

De même, le fait que les salariés mobilisés sur leurs lieux de travail poussent l’action plus loin ou l’organisent différemment des formes auxquelles s’attendaient les dirigeants syndicaux nationaux n’est pas une nouveauté.

Déjà en 1986, la grève des cheminots s’organise sous forme de coordinations impulsées par les grévistes, contre l’avis de la direction de la fédération CGT qui était pourtant bien plus puissante qu’aujourd’hui.

Les années 1980-90 ont été marquées par ce phénomène des coordinations dans beaucoup de secteurs, notamment dans l’éducation et la santé. Ce n’était pas l’expression d’une poussée irrépressible de la base mais le signe de l’émergence de nouvelles générations de militants et de salariés dont le rapport au syndicalisme était moins délégataire et la pratique de lutte plus unitaire, des dispositions qui souvent s’étaient formées dans les luttes lycéennes et étudiantes des décennies antérieures.

C’est la même chose pour les assemblées générales interprofessionnelles ou les coordinations locales et leurs actions « coup de poing » : ce phénomène ne date pas de 2019. Il a pris son essor à l’occasion des grands mouvements des années 2000-2010 (retraites, Contrat première embauche, loi Travail).

À chaque fois, on a des secteurs plus mobilisés que d’autres (enseignants, étudiants, chemi-nots…) qui cherchent des convergences pour étendre la mobilisation à d’autres secteurs mais aussi pour la renforcer chez eux. Là encore c’est important de noter que le souci de la construction d’un mouvement d’ensemble fut un enjeu important du mouvement lycéen-étudiant de 2006 contre le CPE, car ça montre que les expériences de lutte et le rapport au syndicalisme peuvent se forger avant même l’entrée dans le monde du travail.

Si « la base » est davantage visible dans ce conflit, c’est selon moi en raison des conditions sociotechniques nouvelles dans lesquelles se déploient les mobilisations, avec des smartphones qui permettent d’enregistrer facilement du son et des images, des réseaux sociaux pour les faire circuler, des outils numériques pour fixer des dates ou des objectifs de mobilisation.

Tout cela accélère la circulation de l’information qui passe désormais davantage par des canaux sinon concurrents, du moins transversaux aux syndicats, dans des formes d’horizontalité qui s’opposent à l’information « en silo » des organisations nationales.

Ça modifie la relation d’interlocution entre les individus et les groupes mobilisés et les acteurs institués qui entendent porter une parole collective. Les mouvements sociaux se font davantage polyphoniques et décentralisés.

On l’a bien vu en 2016 avec une dynamique protestataire qui combinait trois mouvements en un – étudiants-lycéens, syndicats et Nuit debout – et dont le rythme, s’il était souvent fixé par l’intersyndicale nationale, fut à plusieurs reprises défini par d’autres acteurs, depuis la pétition en ligne qui lança le mouvement jusqu’aux rendez-vous donnés par Nuit debout.

D’une autre manière, les Gilets jaunes ont montré qu’une protestation de longue haleine sur le terrain social pouvait s’organiser sans aucune infrastructure préalable de mobilisation nationale, ce qui pour cette raison a interpelé fortement les syndicats.

Est-ce que c’est quelque chose qu’on pouvait anticiper au regard des derniers mouvements en France depuis 2016 et, plus précisément, quelle(s) forme(s) de continuité après le mouvement des Gilets jaunes ? 

Je dois avouer que je suis allé de surprise en surprise en suivant ce mouvement. J’avais déjà été impressionné par l’intensité de la journée de grève à la RATP en septembre 2019, mais je ne pensais pas qu’elle serait annonciatrice d’un mouvement aussi fort quelques semaines plus tard. Il ne faut pas oublier que les grands mouvements syndicaux des dernières années ont tous été marqués par des échecs.

Échec avant la bataille en 2015, face à la loi Macron qui a notamment étendu le travail le dimanche, échec du mouvement contre la loi Travail de 2016, échec contre les ordonnances Macron-Pénicaud à l’automne 2017, échec des cheminots face à la réforme ferroviaire au printemps 2018. La remobilisation des cheminots à quelques mois d’écart n’en est que plus impressionnante.

Il est probable que le mouvement des Gilets jaunes a changé la donne. Et c’est peut-être là que le décalage entre la « base », au sens des salariés syndiqués ou non mais sans mandat syndical particulier, et les cadres syndicaux a pu jouer, ceux qui ont des mandats, qui exercent des responsabilités dans leur organisation, c’est-à-dire toutes celles et ceux qui sont le plus impliqués dans les logiques propres au jeu syndical.

Je m’explique : ce mouvement, ça a été suffisamment souligné, s’est largement construit hors du syndicalisme, mobilisant des fractions des classes populaires issues du monde périurbain, des petites entreprises, du salariat atomisé du commerce et des services ou tout simplement éloigné de l’emploi, autant de secteurs où la présence syndicale est résiduelle.

Même si la défiance réciproque entre Gilets jaunes et syndicats s’est selon les endroits plus ou moins estompée au cours de l’hiver 2018-2019, l’histoire des Gilets jaunes est restée largement étrangère au mouvement syndical.

Ce qui veut dire que les leçons de ce mouvement n’ont pas nécessairement été assimilées par les cadres syndicaux, nombre d’entre eux préférant penser que le pêché originel des Gilets jaunes a été de croire qu’une mobilisation sociale pouvait se construire en faisant l’économie de cibler le patronat et de recourir à la grève.

L’enjeu de cette posture foncièrement défensive pour les syndicalistes était de réaffirmer la légitimité de leur forme d’organisation, de leur répertoire d’action, alors que les discours tant journalistiques que savants revenaient en force qui annonçaient la faillite historique des syndicats, leur dépassement par de supposées « nouvelles formes de mobilisation ».

Ainsi, les syndicalistes (et particulièrement à la CGT) ont pu retenir des Gilets jaunes ce qui leur faisait défaut, passant à côté de ce que ce mouvement a représenté pour toutes celles et ceux qui, étant à mille lieux de ces luttes symboliques pour la définition du « bon » mouvement social, y ont vu avant tout la preuve qu’on pouvait faire trembler Macron.

À une échelle large dans la société, l’expérience des Gilets jaunes, l’incroyable pugnacité du mouvement et sa capacité à faire plier le pouvoir, constituaient un exemple particulièrement mobilisateur.

L’entrée en grève reconductible, le refus de la trêve, la volonté de rythmer la mobilisation par des actions coups de poing, ont pu être nourris par cet exemple. Paradoxalement, les Gilets jaunes qui n’ont jamais recouru à la grève pourraient bien avoir contribué à en restaurer l’actualité ! (Extrait voir lien)

Karel Yon est chercheur au CNRS, spécialiste du syndicalisme et du monde du travail. Il est co-auteur avec Sophie Béroud et Baptiste Giraud de Sociologie politique du syndicalisme, Armand Colin, 2018. RP Dimanche l’a sollicité pour un entretien sur le mouvement interprofessionnel contre la réforme des retraites et sur le rôle du syndicalisme dans celui-ci.

https://www.revolutionpermanente.fr/

Commentaire:

Révolution Permanente est un courant du NPA

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06 février 2020 ~ 0 Commentaire

la janais (lutte ouvrière)

peugeot 68

Contre l’exploitation à PSA La Janais

Je travaille en intérim sur le site de PSA La Janais, près de Rennes.

Je souhaite attirer votre attention sur les heures supplémentaires (enfin, les jours supplé-mentaires, plutôt) qui nous sont imposés, sans jamais nous demander notre avis, sans jamais nous demander comment nous allons, sans jamais savoir si nous allons tenir le coup […].

Heures supplémentaires, allongements d’horaire, travail les jours fériés, travail le 23 décembre, sont toujours annoncés au dernier moment bien entendu.

Je n’ai plus de vie privée, avec des douleurs chroniques (déjà oui) que je dois cacher au travail sous peine de ne pas voir mon contrat renouvelé. Le manque d’ergonomie des postes est affolant.

J’ai fait plusieurs usines, automobiles ou non, et je n’ai jamais vu des postes aussi mal adaptés. Les ouvriers en CDI depuis plusieurs années se font tous opérer les uns après les autres : canal carpien, capsulite à l’épaule, tendinites des chevilles, et j’en passe. Comment peut-on continuer de travailler dans ces conditions ? Avec un salaire aussi minable ?

Au Montage, certains postes nous font soulever trois serreuses par opération (par minute), multipliées par sept heures dans une nuit, le calcul est rapide : l’opérateur soulève environ 1 200 fois par nuit les serreuses.

Certains, employés au kitting (chargés de trier et d’acheminer jusqu’à la chaîne de montage les pièces détachées dont les ouvriers ont besoin), font 20 km par nuit. Finalement, on finit tous par s’acheter une paire de chaussures de sécurité extra légères sur Internet, pour éviter d’avoir une sensation de parpaing dans les chaussures en milieu de nuit. Le tout à nos frais.[…]

Dans mon équipe, les intérimaires viennent et s’en vont, seulement un intérimaire sur quinze ira jusqu’à ses 18 mois de contrat. Les chefs proposent des contrats longs dès que possible aux intérimaires ponctuels et impliqués, pour éviter de les perdre. Personne ne veut des CDI, et ceux qui les acceptent démissionnent bien vite.

Les journées supplémentaires sont une plaie, nous ne pouvons nous reposer et reposer nos corps comme nous le devrions. La fatigue s’accumule, les collègues boivent du café avant de prendre le volant, de peur de s’endormir. Comment peut-on tolérer cela ? Comment peut-on, en 2020, faire risquer sa vie à un ouvrier sous couvert de productivité ?

Je suis jeune, je suis en colère contre la direction, je suis triste pour mes collègues embau-chés, je suis capable de me battre pour les ouvriers, capable d’allumer l’étincelle qui mettra le feu aux poudres, j’ai deux bras et deux jambes ainsi qu’une voix qui porte, et je n’ai surtout rien à perdre, tout à gagner !

Un intérimaire (La Janais) 05 Février 2020

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03 février 2020 ~ 0 Commentaire

syndicats (npa)

belgique

Vu en Belgique

Les organisations syndicales face à une nouvelle étape

Pour les organisations unies jusqu’à ce jour dans une intersyndicale interprofessionnelle nationale, la mobilisation contre la réforme des retraites Macron-Delevoye représente un tournant, qui pose nécessairement la question de l’adaptation de leurs stratégies.

L’envahissement à deux reprises des locaux de la CFDT par des grévistes ou l’exfiltration de Macron du théâtre des Bouffes du Nord, qui ont fourni un prétexte pour dénoncer les soi-disant violences des grévistes, ont marqué un tournant dans la mobilisation.

Retour sur un effacement

Un an après avoir semblé définitivement marginalisées par le mouvement des Gilets jaunes, les principales organisations syndicales se sont retrouvées en première ligne dans une mobilisa-tion d’ores et déjà qualifiée d’historique face à la « contre-réforme » des retraites structurée par le rapport Delevoye avec la volonté annoncée d’être portée jusqu’à « la victoire finale » par Édouard Philippe et Emmanuel Macron.

La perte de visibilité et de crédibilité des organisations syndicales est la conséquence d’évolutions majeures, largement interpénétrées. D’abord, celle de l’organisation de l’appareil économique et productif. D’un côté des externalisations, délocalisations, diminutions de la taille des établissements, de l’autre le bouleversement des processus de production et la précarisation de l’emploi.

Dans le même temps, on a subi un vaste processus de privatisations dans des secteurs qui constituaient souvent des bases essentielles des organisations syndicales et où l’introduction des méthodes managériales calquées sur celle du privé a largement contribué à déstructurer des collectifs de travail sur lesquels s’appuyaient les résistances sociales. L’accompagnement d’une partie de ces privatisations par les organisations syndicales a largement participé d’une déstabilisation des équipes militantes.

L’ensemble de ces évolutions a déstabilisé et affaibli les organisations syndicales dès la fin des années 1970 dans un contexte de montée du chômage et de « disparition » du « socialisme réellement existant ». Leur fonctionnement bureaucratique, plombé par une institutionnalisation centrée sur le dialogue social, les a rendues incapable de s’adapter aux nouvelles conditions d’exploitation du prolétariat. Avec la particularité d’une CFDT, moins cadenassée à l’époque, qui sera plus sensible à la place prise par les femmes, l’immigration ou le thème de l’autogestion. Autre époque…

La seconde évolution est celle des positionnements de la bourgeoisie et des partis politiques au pouvoir face aux corps intermédiaires en général et aux organisations syndicales en particulier. Le plus destructeur sera l’accompagnement des reculs sociaux des gouvernements de gauche.

Depuis:

La fin de l’indexation des salaires sur l’inflation sous Fabius,

La généralisation des ouvertures du capital ouvrant sur les privatisations,

L’annualisation du temps de travail avec Aubry, l

L’abdication de Jospin dans la lutte contre les fermetures d’entreprises, j

Jusqu’au refus de mettre en œuvre la traditionnelle amnistie des militantEs syndicaux/ales…

C’est une longue liste de mesures qui ont assuré une rupture profonde entre la gauche et le monde du travail et ont vidé de tout contenu les velléités d’un dialogue social que seules la CFDT et ses alliées continueront de défendre.

Sous Sarkozy se mettront en place les nouvelles modalités de calcul de la représentativité en accord avec la CFDT et la CGT, qui débouchera sur le vrai-faux passage de la CFDT comme première organisation syndicale.

Les réformes imposées sous Hollande, et déjà portées par Macron, la cassure du dialogue social, va s’amplifier y compris en passant par une amplification de la répression. Macron et sa volonté affichée de faire l’impasse sur les corps intermédiaires et autres partenaires sociaux, malgré sa faible assise électorale, semblait boucler la question.

Une stratégie qui semblait payante au regard des échecs des mobilisations mais qui a brutale-ment été mise en question par la mobilisation des Gilets jaunes, qui a bousculé les rites habi-tuels des mobilisations et imposé des reculs partiels là où les organisations syndicales avaient régulièrement échoué depuis une dizaine d’années.

Un retour plein de contradictions

C’est dans cette situation que le gouvernement Macron-Philippe a décidé d’engager une réforme décisive au cœur du système social français, le système de retraites par répartition, dans l’espoir que les organisations syndicales seraient incapables de s’y opposer.

Son atout principal résidait dans l’acceptation par certaines organisations (CFDT, CFTC et UNSA) du cadre global de la réforme, à l’opposé de FO, la CGT, Solidaires, FSU et la CFE-CGC.

Mais, contrairement à 1995, la mobilisation n’a pas été préparée en profondeur par les struc-tures confédérales ou fédérales de la CGT ou de FO. Le départ de la grève a été initié par l’intersyndicale de la RATP suite à l’impressionnante grève du secteur en septembre.

Cela mettait en évidence dès cette date des positionnements radicaux, y compris dans les structures de la CFE-CGC et surtout dans l’UNSA dans les secteurs des transports collectifs. Dans la foulée, toute une série de structures syndicales, notamment CGT et Solidaires se sont associées à l’appel à la grève du 5 décembre.

Sans surprise, les directions nationales de la CFDT et de l’UNSA ont joué la mouche du coche autour de la question de l’âge pivot, même si l’attitude du gouvernement n’a pas vraiment mis en valeur ce rôle en faisant une concession qui paraît largement une entourloupe.

Mais ceci semble avoir suffi à la plus grande partie des structures et adhérentEs notamment dans une CFDT où le centralisme bureaucratique est particulièrement efficace. Seules les structures de la SNCF et de la RATP, sous la pression des grévistes, ont forcé les consignes confédérales.

FO, affaiblie par les crises internes, n’a pas été en capacité de structurer en profondeur et dans le long terme sa participation au mouvement et laisse son secrétaire général en porte-voix soutenu par peu de troupes.

La FSU tente de se reconstruire une légitimité après des années passées à avaler les couleu-vres des gouvernements successifs. De ce fait, alors que les personnels de l’éducation sont parmi les plus touchés par la réforme, c’est lentement que la mobilisation des enseignantEs s’est construite, sous le double refus des pseudo compensations financières et le rejet des réformes spécifiques au secteur, notamment celle du bac.

Si surprise il y a dans cette mobilisation, c’est bien le positionnement de la CFE-CGC. Une confédération généralement aux cotés de la CFDT dans une modération respectueuse du dialogue social et d’un libéralisme éclairé.

Les bouleversements dans l’appareil productif et l’organisation de l’économie ont particu-lièrement impacté celles et ceux qu’on désigne sous les vocables d’employéEs, ingénieurEs, cadres et techniciennes.

Croissance des effectifs, écartèlement du fait des politiques des directions d’entreprises qui vont d’une taylorisation croissante à une volonté d’intégration aux politiques ultra-libérales en passant par l’accroissement du rôle de garde-chiourmes. Dans ce maelström, la CFE-CGC a conquis des positions électorales importantes qui ne correspondent certes pas à une grande combativité, mais à une exigence de représentation des intérêts de ces couches, dont la retraite fait partie. Ce qui se traduit par un corporatisme radical.

En ce qui concerne la CGT, moins que toute autre confédération, difficile de se contenter des certitudes globales. Au niveau confédéral, l’existence d’une intersyndicale rend parfois difficile la lecture des positions de chaque syndicat.

Sur le strict déroulé de la mobilisation, on doit pointer la lenteur à rejoindre l’appel de la RATP, l’acceptation du trou dans les propositions d’actions entre le 19 décembre et le 9 janvier. Mais, au total, ce qui reste visible, ce sont une dénonciation claire du projet Macron et l’exigence de l’extension à d’autres secteurs.

Quant au soutien à l’auto-organisation, cela est (très) loin de l’ADN cégétiste, y compris (surtout ?) dans certains secteurs parmi les plus radicaux (dockers, raffineries, mines-énergie, certaines UD…).

Mais ce qui domine c’est la grande difficulté à mobiliser largement dans toute une série de secteurs hors RATP et SNCF. En ce qui concerne le privé, globalement, les causes « objectives » sont identifiées.

Mais, quand même, l’absence ou la faible présence de secteurs comme le bâtiment, l’agro-alimentaire, la chimie et le commerce interroge car ces fédérations sont généralement perçues comme « radicales ». Comme dans d’autres secteurs (territoriale, banques, finances publiques…), les pertes de repères, la désaffection de militantEs semblent avoir limité les possibilité de mobilisation notamment par la grève. Dans des secteurs comme le secteur hospitalier ou l’éducation nationale, pourtant profondément mobilisés sur leurs propres revendications, la jonction avec la lutte contre la réforme des retraites reste difficile.

Pour Solidaires, calée sur un rejet clair du projet Macron-Delevoye, la taille des structures dans beaucoup de secteurs, l’ostracisme du pouvoir, de certains syndicats et des médias en limite la visibilité. Cependant, tant dans les manifestations qu’au travers d’initiative de blocages et autres, les militantEs apportent souvent leur savoir-faire et leur dynamisme.

Des changements nécessaires

Comme le pointait Annick Coupé, « Nous n’avons pas entretenu collectivement l’idée que la grève générale pouvait être un outil notamment pour bloquer l’économie et établir un rapport de forces pour faire avancer les choses (1) ».

D’ores et déjà, la consolidation de « cortèges de têtes », de collectifs interprofessionnels aux cotés des intersyndicales traditionnelles ou le développement d’opérations dites « coup de poings » à forte visibilité médiatique, mettent en évidence les difficultés que rencontre le mouvement ouvrier traditionnel à prendre en comptes les secteurs peu organisés, à répondre aux exigences d’innovation, de radicalité que le mouvement des Gilets jaunes avait déjà révélées.

La façon dont les directions syndicales accompagneront, assumeront le passage d’une guerre de position, la grève reconductible, à une guerre de mouvement avec notamment ces actions « coup de poing », ciblant davantage les responsabilités politiques (ou syndicales !) et la visibilité médiatique pourrait impacter les bilans qui ne manqueront pas d’être tirés à l’issue du mouvement.

Robert Pelletier  Lundi 3 février 2020,

  • 1. Interview dans le n°500 de L’Anticapitaliste hebdomadaire, du 4 décembre 2019.

https://npa2009.org/

Commentaire:

Une réflexion « non officielle »

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02 février 2020 ~ 0 Commentaire

michelin (huffington post)

coup de pied

Licenciés, ces salariés devaient rembourser leurs pneus, Michelin renonce

La CGT dénonçait une « mesquinerie » alors que ces pneus ont été achetés à un tarif préférentiel. Finalement, l’entreprise a renoncé à réclamer quoi que ce soit.

“Ces gens-là ne vivent pas dans le même monde que nous.” Du côté de l’usine Michelin de La Roche-sur-Yon, la colère était vive ce samedi. Interrogés par France Bleu Vendée, les salariés licenciés de l’entreprise n’en revenaient toujours pas: ils allaient devoir rembourser à  Michelin les pneus de leur voiture personnelle acquis à des prix préférentiels.

Chaque année, tous les salariés du groupe peuvent effectivement acquérir un jeu de quatre pneus de la marque pour équiper leur véhicule personnel. Et ce pour un prix équivalent à 25% de celui payé par le public.

Face à l’émoi suscité par cette affaire, la direction a finalement révisé son jugement. “Le groupe a examiné la question ce samedi et les salariés pourront garder leurs pneus”, a fait savoir la communication de Michelin à Ouest-France.

“C’est très petit”

La fin d’une polémique dont le spécialiste des pneus se serait bien passé. Dans le cadre de la négociation autour de la fermeture de l’usine vendéenne, annoncée le 10 octobre 2019, Michelin avaient annoncé aux syndicats que les salariés devraient rendre les pneus. Ou les rembourser. Et ce à un tarif variable selon l’usure, explique le site de la radio locale.

“Nous faire travailler dans le groupe Michelin et nous faire payer des pneus lorsqu’on est licenciés, c’est très petit”, s’agaçait Anthony Guilloteau, délégué syndical CGT, toujours auprès de France Bleu.

Touchée par les difficultés du marché et la concurrence des pneus asiatiques à bas coûts, la marque au Bibendum a également annoncé la fermeture d’ici à 2021 de son usine de Bamberg en Allemagne, qui emploie 858 salariés.

Michelin emploie plus de 125.000 personnes et exploite 67 usines de pneumatiques qui ensemble ont produit environ 190 millions de pneus en 2018, d’après Michelin.

2 février 2020 SOURCE : Huffington Post

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01 février 2020 ~ 0 Commentaire

enedis (cgt)

enedis

ENEDIS BRETAGNE PLOERMEL MORBIHAN .

Du 9 au 29 janvier 2020 les agents ENEDIS de la plateforme logistique de Serval à Ploermel (56) ont repris leur outil de travail (avec un blocage du site jour et nuit) pour dire non au projet Macron de réforme des retraites.

En France, il y a 11 plateformes logistiques de ce type qui alimentent en matériel l’ensemble des groupes techniques ENEDIS et GRDF du pays. Si toutes sont entrées dans la lutte avec des agents en grève chaque semaine, seules 6, dont Ploermel, ont voté en AG l’occupation et le blocage.

Les salariés dénoncent la volonté du gouvernement Philippe de détruire leur régime particulier de retraite des industries électriques et gazières.

Ce régime est financièrement équilibré par une cotisation plus importante des employeurs gagnée par lutte. Lutte qui a également permis de conserver une vraie reconnaissance de la pénibilité pour les techniciens qui remontent nos réseaux électriques jour et nuit, week-end et semaine lors des tempêtes.

Si ce régime de retraite disparaissait ce sont les patrons et les actionnaires qui seraient les grands gagnants. Les salariés grévistes combattent aussi pour les générations futures le projet de retraite à point qui, s’il était mis en œuvre, amputerait la pension de tous nos concitoyens et ferait le bonheur de la Finance et des fonds de pension avides de mettre la main sur les cotisations sociales.

C’est pourquoi le site est devenu au fil des jours l’épicentre de la contestation pour les syndicalistes bretons CGT : cheminots, ports et dock, agroalimentaire mais aussi de la Santé qui sont venus apporter leur soutien. Nombreux syndicats et Union Locales CGT ont également marqué leur solidarité par des dons à la caisse de grève.

Face à la détermination des agents en luttes, la Direction ENEDIS Bretagne a choisi le mardi 28 Janvier de répondre par la répression en assignant au tribunal 19 grévistes avec des menaces d’amendes de 500 à 1 000 euros par jour de blocage pour chacun.

Des militants de toute la Bretagne sont venus soutenir les salariés et retraités convoqués au tribunal de grande instance de Vannes le Jeudi 30 Janvier.

Propos recueilli auprès d’un responsable syndical CGT ENEDIS

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