Archive | Luttes ouvrières

05 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Bulletin d’Avril (LA VIA CAMPESINA)

Bulletin d'Avril (LA VIA CAMPESINA) dans Altermondialisme Newswrap-template-new-website-FR
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2024 | Bulletin d’info d’avril : l’actu des organisations membres de LVC dans le monde

Dans l’histoire des luttes paysannes, avril se dresse comme un mois de mémoire et de mobilisation.

Nous nous souvenons des 21 paysan·nes qui ont perdu la vie dans le massacre d’El Dorado Dos Carajás en 1996, tout en persévérant dans la lutte pour la dignité, la justice sociale et la souveraineté alimentaire, en réponse aux défis globaux.

Du nouveau Groupe de travail des Nations unies pour la mise en œuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et d’autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP), où nous cherchons à traduire ses principes en actions tangibles défendant les droits des paysan·nes dans les législations nationales, à la construction d’un nouveau cadre pour le commerce agricole mondial régulant les marchés pour éviter les abus et les déséquilibres et garantir des revenus et des prix justes pour celleux qui nourrissent les peuples, la voix des paysan·nes rayonne comme un phare d’espoir, promouvant également l’agroécologie paysanne comme solution à la crise climatique.

Dans notre effort pour rendre ces luttes visibles, nous partageons quelques actions remarquables réalisées par nos organisations membres à travers le monde.

Lors d’un webinaire en avril, l’UAWC (Union des comités agricoles de Palestine), avec la participation du rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation, a exposé comment les attaques d’Israël, avec plus de 70 000 tonnes d’explosifs, se sont concentrées sur le secteur agricole. Cela a impacté les sources alimentaires et miné la souveraineté alimentaire, essentielle à la survie des Palestinien·nes.

En Tunisie, la persécution et la criminalisation des paysan·nes qui ont récupéré illégalement des terres exploitées par des investisseurs à Siliana en 2021 persistent. Le 17 avril, convoqués pour de nouvelles audiences judiciaires, les paysan·nes ont saisi l’occasion pour revendiquer leur droit à la terre, tel que consacré dans l’UNDROP, lors d’une manifestation devant les tribunaux.

Passant aux nouvelles d’Amérique du Sud, en Argentine, le mouvement national des paysans et des autochtones MNCI – Somos Tierra a signalé dans un report une augmentation de 90 % des prix des aliments sous la gestion de Milei, sans régulation pour les grandes entreprises de l’agrobusiness et de la distribution. Ils dénoncent le soutien de l’Argentine à la Convention UPOV-91, qui favorise la concentration du marché des semences dans des entreprises comme Bayer-Monsanto, également bénéficiaires de la réduction des tarifs pour l’importation d’herbicides comme le glyphosate.

Au Brésil, le MST a initié notre mois de luttes paysannes par des occupations de terres dans tout le pays. Ils ont mené 24 occupations dans 11 États, mobilisant plus de 20 000 familles sans terre, exigeant la réforme agraire dans un contexte de réduction budgétaire pour l’accès à la terre et aux droits fondamentaux.

Le 17 avril, les paysan·nes en Honduras se sont réunis au Congrès national de Tegucigalpa sous forme de foire alimentaire, pour exiger la fin de la criminalisation et des expulsions violentes, ainsi qu’un véritable accès à la terre et un soutien financier. Rien qu’en 2023, 37 expulsions ont été signalées, touchant principalement les entreprises et les coopératives paysannes. Iels ont également demandé l’annulation du Traité de libre-échange avec les États-Unis en raison de la concurrence déloyale résultant de l’importation de produits non taxés.

Dans un nouvel épisode de La Voz de La Via Campesina au Salvador, les paysan·nes ont dénoncé l’accaparement des terres, des semences et de l’eau par des méga-projets. Dans des zones comme Valle el Ángel et San José de Villanueva, le développement immobilier de méga-residences menace l’accès à l’eau dans les zones productives en raison de l’utilisation intensive de cette ressource à des fins commerciales. Ces projets soulignent la lutte paysanne contre un type de développement qui dépasse les capacités du territoire, sapant la durabilité et appauvrissant les communautés locales.

Dans les nouvelles des Caraïbes, le 25 avril en Haïti, un conseil présidentiel avec 7 représentants politiques et 2 observateurs civils a prêté serment pour établir un gouvernement de transition vers des élections dans deux ans. Cette période, marquée par l’insécurité due au trafic illégal d’armes, exige de pacifier la nation, touchée par la violence des gangs, et de revitaliser une économie ébranlée, en abordant l’insécurité alimentaire croissante. La Via Campesina en Haïti espère un gouvernement qui soutienne la production alimentaire et renforce sa participation politique.

L’Organisation Boricuá de Porto Rico a organisé un panel sur l’agroécologie paysanne comme processus éducatif transformateur. Iels ont souligné comment l’agroécologie renforce les communautés et permet aux paysan·nes de rester et de protéger leurs territoires, garantissant une alimentation de qualité pour tou·tes. S’appuyant sur leurs expériences dans les fermes et les écoles d’agroécologie, ils ont reconnu son importance pour l’intégration d’éléments naturels et sociaux, ainsi que pour la récupération des savoirs et des technologies ancestraux en faveur de la souveraineté alimentaire, de la justice sociale et climatique.

En Asie du Sud, à l’occasion de la Journée internationale des luttes paysannes, le Comité Pakistan Kissan Rabita (PKRC) a organisé une marche de paysan·nes à Lakhi Gulam Shah, district de Shikar Pur, province du Sind. Iels ont exigé de meilleurs prix pour les produits agricoles et ont montré leur solidarité avec des manifestations similaires d’agriculteur·rices dans le monde entier. De plus, le PKRC a exprimé sa solidarité avec le peuple souffrant de Gaza, confronté à une violence extrême et à la famine alors que l’assaut génocidaire contre eux se poursuit en toute impunité.

La Fédération des travailleurs agricoles du Bangladesh (BAFLF) a organisé une manifestation à Gazipur, rassemblant les travailleur·euses agricoles pour commémorer la Journée internationale des luttes paysannes, exigeant de meilleurs salaires et conditions de travail. La BAFLF mène des luttes dans tout le pays pour régulariser les travailleurs agricoles employés dans les instituts agricoles d’État.

En Asie du Sud-Est et de l’Est, la Fédération des paysans du Nord (NPF) en Thaïlande a organisé une manifestation en avril pour mettre en lumière plusieurs problèmes de terres communautaires en conflit avec le gouverneur dans la province de Phrae. Selon la NPF, les fonctionnaires du Trésor de la province de Phrae ont annoncé faussement l’annulation des titres de terres communautaires pour les habitants de Ban San Klang, ce qui a provoqué des protestations. Les habitants continuent de résister contre la location forcée de terres, exigeant un traitement équitable et l’accès à des infrastructures de base.

En avril, Nouminren, le mouvement des agriculteurs familiaux au Japon, a émis une déclaration de précaution concernant les efforts en cours pour amender la loi agricole. Les syndicats paysans ont exprimé leur inquiétude que ces amendements soient précipités sans délibération ou consultation adéquates. Le 17 avril, iels ont organisé une protestation près de la Chambre des représentants. Malgré ces protestations, le 19 avril, le gouvernement japonais a approuvé un projet de loi à la Chambre basse pour réviser la loi fondamentale sur l’alimentation, l’agriculture et les zones rurales, prétendument pour améliorer la sécurité alimentaire face aux perturbations de l’approvisionnement résultant de la guerre entre la Russie et l’Ukraine.

Passant aux nouvelles d’Afrique du Sud et de l’Est, en Tanzanie, environ 21 réseaux locaux de MVIWATA à Ruvuma, Njombe, Iringa, Morogoro, Dodoma, Shinyanga, Simiyu, Geita et Mtwara se sont mobilisés le 17 avril et ont tenu des dialogues sur les luttes paysannes dans leurs villages. D’autres actions comprenaient la plantation d’arbres dans des zones dégradées, la création et l’apprentissage dans des parcelles de démonstration agroécologiques, des cliniques de santé gratuites, etc.

En Ouganda, ESAFF Uganda a organisé le 17 avril un événement de formation pour les dirigeants du gouvernement local afin de les sensibiliser à la déclaration sur les droits de paysan·nes, l’UNDROP. Cette initiative fait partie de la campagne de l’organisation pour traduire les principes de l’UNDROP en politiques concrètes au niveau du gouvernement national.

En Afrique centrale et de l’Ouest, la CNOP-Mali a organisé des ateliers communautaires en avril dans le cadre de la phase II du projet visant à soutenir la sécurité foncière et forestière à travers des commissions foncières, des mécanismes de règlement des différends entre les communautés rurales. Ces ateliers, réalisés en collaboration avec l’AOPP régionale de Koulikoro, visaient à partager des informations sur le projet et à sensibiliser les parties prenantes sur la diversité des formes de gestion et de prévention des conflits fonciers et des ressources naturelles à travers ce mécanisme.

Au Togo, la Coordination togolaise des organisations d’agriculteurs et de producteurs agricoles (CTOP TOGO) a organisé des séances de sensibilisation du 4 au 19 avril dans toutes les préfectures du pays pour mobiliser les acteurs clés des secteurs du maïs, du riz, de l’horticulture et de l’aviculture. Ces activités visaient à informer les parties prenantes de la chaîne de valeur sur les activités et les avantages offerts par le Projet d’appui au mécanisme incitatif de financement agricole basé sur le partage des risques (ProMIFA), tout en suscitant leur intérêt et leur engagement pour assurer le succès du projet.

Passant aux nouvelles d’Europe, en Belgique, le mouvement paysan a manifesté contre le projet d’Ether Energy, qui vise à installer 22 000 panneaux solaires sur 30 hectares de terres agricoles. La protestation a réuni 150 personnes, dont des agriculteur·rices et des citoyen·nes, exigeant un moratoire sur l’agriculture photovoltaïque en Wallonie et une réglementation du marché agricole. Les manifestant·es ont planté des pommes de terre dans la zone menacée et ont mis en garde contre les dangers de l’accaparement des terres agricoles pour l’installation de panneaux solaires.

En Allemagne, des organisations sociales du Brandebourg ont organisé une rencontre pour commémorer la Journée internationale des luttes paysannes, aux côtés des travailleur·euses de trois fermes collectives paysannes. Pendant l’événement, l’histoire de cette journée d’action a été rappelée, mettant en lumière que ces derniers mois ont été chaque jour un 17 avril. « Les paysan·nes résistent quotidiennement, pas seulement pendant les manifestations d’agriculteur·rices. Iels s’opposent à la logique de la croissance illimitée et défendent leur droit à exister dans la société », a affirmé un représentant de AbL, qui a conclu son discours par un appel à rester sur la terre et à résister quotidiennement.

2 mai 2024

https://viacampesina.org/fr/

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01 mai 2024 ~ 0 Commentaire

1er Mai en Bretagne (Le Télégramme)

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Hennebont (Le Télégramme)

Ce mercredi, pour la traditionnelle mobilisation du 1er-Mai en Bretagne, 24 rassemblements étaient annoncés, avec des revendications diverses, entre droits des travailleurs, services publics, pouvoir d’achat ou Ukraine et Gaza.

1 100 personnes à Hennebont, 2 000 à Brest

À Morlaix, 320 personnes ont défilé ce mercredi matin, « contre le gouvernement ». Dans le même temps, 150 personnes ont défilé à Pont-l’Abbé avec, parmi les revendications, l’augmentation des salaires ou encore le respect de l’action syndicale.

Ils étaient moins nombreux à Pontivy, où une centaine de manifestants se sont rassemblés, défilant dans le centre-ville. Bien moins qu’à Hennebont, où 1 100 personnes ont été présentes « pour les travailleurs et travailleuses sous la menace d’un nouveau plan d’austérité » alors qu’à Vannes, 300 personnes ont manifesté « pour une vraie République ».

À Saint-Brieuc, ils étaient 400 environ à avoir répondu présent au rendez-vous, une centaine de personnes se sont également réunis à Lamballe, un peu moins qu’à Saint-Malo où 150 personnes sont descendues dans la rue alors que 200 personnes ont répondu à l’appel à Paimpol.

À Brest, 2 000 personnes se sont réunies place de la Liberté où, après sa prise de parole, l’intersyndicale a ensuite laissé le micro à l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), qui a alerté sur la situation dans la bande de Gaza. 2 000 manifestants, c’est aussi le bilan de la mobilisation de ce mercredi matin à Rennes, soit « la configuration d’avant 2023 » selon Force Ouvrière. À noter qu’une seconde manifestation est prévue dans la cité rennaise, à 14 h.

Plus de 200 personnes ont défilé à Carhaix, avec, ici, une revendication plus locale : plusieurs manifestants ont en effet affiché leur soutien aux défenseurs de l’hôpital convoqués en justice.

Même cas de figure à Guingamp, où les 250 manifestants présents ont rappelé le combat en cours pour la défense de l’hôpital guingampais.

À Lannion, ils étaient 500 dans les rues, à prendre pour cible l’extrême droite et le Rassemblement national. Ils étaient également 500 environ, ce mercredi, dans les rues de Quimper avec une crainte commune, celle de voir le bien-être des travailleurs sacrifié sur l’autel des profits.

Les comparaisons entre la mobilisation de l’année dernière et celle de cette année seront à mener avec des pincettes : le 1er-Mai 2023 était en effet intervenu après le combat syndical contre la réforme des retraites du gouvernement. Près de 130 000 manifestants avaient alors défilé en Bretagne.

https://www.letelegramme.fr/

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29 février 2024 ~ 0 Commentaire

socopa guingamp (l’écho)

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Les employés de l’abattoir Socoba Viandes à Grâces, près de Guingamp (Côtes-d’Armor) ont débrayé ce jeudi 22 février pour défendre leurs acquis salariaux. ©Alexis FERNANDEZ

Près de Guingamp, leur prime va passer de 2500 à 350 € : les salariés sont en colère

Ce jeudi 22 février, une partie des 170 employés de Socopa Viandes, à Grâces (Côtes-d’Armor) étaient en grève. La réduction de la prime d’intéressement a « mis le feu aux poudres ».

« C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase », soupire l’une des salariés de l’abattoir Socopa Viandes situé dans la zone industrielle de Grâces (Côtes-d’Armor).

Comme la majorité des salariés de l’abattoir, elle fait grève ce jeudi 22 février. La chaine d’abattage et la salle de désossage sont paralysées.

Une réduction de la prime d’intéressement

En cause, les annonces du groupe Bigard pour ses salariés. Ils bénéficieront d’une augmentation de 85 euros brut plus des primes au cas par cas. Une mesure jugée insuffisante par les salariés qui réclament une augmentation de 10 % de leur salaire pour compenser l’inflation.

Leur prime d’intéressement passe, elle, de 2500 à 350 euros. Une annonce vécue comme un véritable coup de massue ce matin. « Beaucoup de salariés ont été embauchés avec la promesse de cette prime, les démissions vont fuser », grince Bruno Ladrait, un salarié élu à la CGT.

Des conditions difficiles

Certains salariés ont déjà du mal à boucler les fins de mois alors que la moyenne des salaires est proche de 1600 euros net au sein de l’abattoir.

« Le prix du caddie ne fait qu’augmenter et on est assommé par les charges. On ne peut même plus s’acheter le fruit de notre travail », déplore David Michel, un salarié élu CGT.

Les déconvenues s’enchainent pour les travailleurs de Socopa Viandes alors qu’ils s’étaient déjà opposés à la réforme des retraites. « On nous a rajouté 2 ans alors que la plupart des salariés sont déclarés inaptes au travail avant de pouvoir prendre leur retraite sans possibilité de reclassement », rappelle Bruno Ladrait.

« Les mouvements répétitifs et la cadence imposée rendent le travail pénible, on a mal aux épaules », surenchérit un employé.

Un manque de personnel

Le manque de personnel est également dénoncé par beaucoup. « Plus personne ne veut faire notre métier », constate Bruno Ladrait. Alors que des abattoirs ferment les uns après les autres, les travailleurs craignent que leur entreprise soit concernée dans le futur. Les salariés se sentent mal considérés par leur direction.

« On est des pions, l’inflation, eux ça leur passe au-dessus », estime l’une d’entre elles. L’activité ne devrait pas reprendre de la journée alors que le flou s’installe sur les jours et semaines à venir.

Alexis Fernandez  22 Fév 2024

https://actu.fr/bretagne/

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23 février 2024 ~ 0 Commentaire

action aid (50/50)

action aid (50/50) dans Altermondialisme

Salma Lamqaddam : « nous nous inscrivons dans la lignée des mouvements sociaux féministes, antiracistes et anticapitalistes en France et dans le monde » 1/2

Salma Lamqaddam est chargée de la question des droits des femmes à ActionAid France, une ONG qu’elle définit comme étant féministe et altermondialiste. L’ONG soutient, dans de nombreux pays les luttes des ouvrières dont les conditions de travail sont terribles. Ainsi, elle a porté plainte contre les marques Yves Rocher et Auchan.

Présentez-nous ActionAid France

ActionAid France est une ONG de solidarité internationale, présente dans près de 70 pays dans le monde. En France, ActionAid est une association féministe et altermondialiste, portée par une trentaine de groupes locaux et près de 180 000 personnes mobilisées dans le cadre de nos campagnes.

Attention, nous faisons de la solidarité internationale au sens décolonial du terme ; nous ne faisons pas d’humanitaire ou de charité, nous ne construisons pas d’école ou de puits à l’autre bout du monde, nous avons à l’inverse une approche par les droits. Nous soutenons des personnes, des collectifs, des syndicats dans leur lutte pour les droits économiques, sociaux et environnementaux de tous et toutes. Nous nous inscrivons dans la lignée des mouvements sociaux féministe, antiracistes et anticapitalistes en France et dans le monde.

Nous sommes mobilisé·es sur trois sujets : les enjeux liés aux droits des femmes et des travailleuses en particulier, je suis en charge de cette question. La dignité au travail et la régulation des multinationales par le biais de lois contraignantes, car nous ne pouvons nous appuyer sur le bon vouloir des entreprises pour respecter les droits humains et environnementaux. Et enfin, la justice climatique qui passe notamment chez nous, par la défense d’une agriculture familiale et paysanne contre le modèle de l’agrobusiness et la lutte contre les accaparements de terre.

Dans la campagne droits des femmes au travail, nous soutenons les ouvrières dans leurs luttes et leur organisation collective, nous documentons les violations de leurs droits, informons et sensibilisons en France sur leurs cas et enfin, nous interpellons les pouvoirs publics pour mettre en place des lois protectrices des travailleuses des chaînes de production mondiales. Dans la foulée, nous mettons également la pression sur les marques pour imposer des meilleures conditions de travail dans leurs usines.

Sur la question de l’égalité entre les femmes et les hommes que faite -vous ? Vous vous mobilisez principalement en direction des ouvrières ?

Une grande partie de mon travail consiste à suivre spécifiquement les conditions de travail dans les chaînes d’approvisionnement mondialisées, dans les secteurs où les femmes représentent la main-d’œuvre majoritaire. Sans surprise, ce sont des secteurs où les femmes sont exploitées, sous-payées, dévalorisées, méprisées. Pourtant, ce sont des secteurs qui engrangent des milliards : le textile, cosmétique, transformation alimentaire etc. autant de pans de l’économie que les femmes portent à bout de bras. Je m’intéresse en particulier à ce qui se joue dans l’arrière-cuisine des multinationales françaises, surtout lorsque celles-ci se drapent d’un discours féministes pour faire leur business.

Il y a des multinationales qui nous vendent en masse des produits dont nous n’avons pas besoin, des produits peu durables qui polluent massivement et exploitent en passant la vie de millions d’ouvrières se situant dans les pays producteurs, souvent pauvres, du sud global. Nous sommes en lien avec plusieurs collectifs qui accompagnent ces travailleuses (syndicats, associations féministes, ONG, etc.) nous les soutenons principalement en donnant de la voix à leurs demandes en France et en Europe.

Aussi lorsque nous le pouvons, car nous sommes une toute petite association, nous contribuons financement à leurs luttes pour les soutenir de manière concrète, quelques milliers d’euros par le biais de nos financeurs ou de nos militant·es. Nous nous mobilisons toujours à la demande des ouvrières et toujours à leurs côtés, jamais à leur place. Un bon exemple de comment nous nous situons est notre lutte aux côtés des travailleuses licenciées d’Yves Rocher en Turquie. Notre mission était d’informer et de mobiliser ici afin d’accompagner la réparation de l’injustice là-bas. On a sensibilisé le public ici, interpellé la marque ici, celle-ci a finalement indemnisé les salariées concernées, mais ce n’était pas suffisant, alors on a continué.

ActionAid a porté plainte contre Yves Rocher entre autres, parlez nous de vos actions.

L’histoire se passe en 2018, à Gebze, dans la banlieue industrielle d’Istanbul dans laquelle des milliers d’ouvrières et ouvriers produisent tous les jours dans des usines faisant le lien entre Europe et Asie. Parmi elles et eux, 350 travaillent à Flormar, antenne turque de la marque Yves Rocher.

Réalisant pour certaines qu’elles étaient salariées depuis plus de quinze ans dans l’usine sans avoir jamais obtenu la moindre augmentation, elles décident de se syndiquer et de porter cette question dans le cadre de négociations collectives avec les propriétaires de l’usine et les représentant·es de la marque. En plus des salaires trop bas, elles fustigent également le manque d’égalité entre hommes et femmes dans la boite. Elles sont payées moins que les hommes, ont moins le droit à des pauses et sont victimes de violences sexistes.

La syndicalisation leur permettant de se battre pour leurs droits, elles se rapprochent du syndicat de branche Petrol-Is et en deviennent membres. Cela ne plait pas à l’usine qui licencie par petites grappes les ouvrières concernées jusqu’à licencier un tiers de ses employé-e-s quelques mois après le lancement de la campagne de syndicalisation. 134 personnes, principalement des femmes sont licenciées, cela ne serait jamais arrivé en France ! Pourtant, on est là encore face à une marque qui a construit son image sur un prétendu bien être des femmes et une certaine idée – tout à fait fantasmée, du fait d’être une femme.

Ce sont pourtant des femmes qu’on a mises dehors pour s’être syndiquées. Pendant 10 mois, les travailleuses ne vont pas lâcher le morceau : elles tiennent un piquet de grève, occupent la rue en face de l’usine, elles font lien avec des réseaux de solidarité dans le monde entier ; notamment avec notre organisation qui s’est tout de suite déplacée pour rencontrer les travailleuses et leur manifester notre soutien.

Elles n’appellent pas à boycotter la marque, nous organisons des rassemblements en France, nous lançons une pétition qui mobilise plus de 100 000 personnes et nous demandons aux clientes de mettre la pression sur la marque en renvoyant les cartes de fidélité. De nombreuses personnes nous ont envoyé des photos de leur carte de fidélité déchirée, des ouvrières turques sont venues en France pour réclamer justice. Nous avons organisé avec elles un rassemblement en Bretagne, face aux locaux d’Yves Rocher avec des groupes d’ActionAid, des assos partenaires mobilisées également et des syndicats. Pendant plusieurs mois, nous avons accompagné la lutte des ouvrières qui sur place continuaient avec une ténacité exemplaire à se mobiliser pour faire reconnaitre l’injustice dont elles avaient été collectivement victimes dans ce cas classique de répression syndicale.

Le 8 mars 2019, alors que nous organisions un 8 mars combatif autour de cette affaire, appelant les féministes à se solidariser avec les travailleuses turques et les travailleuses du monde entier, nous avons appris par un communiqué de la marque que celle-ci s’engageait contre toute attente à indemniser les travailleuses licenciées. Le communiqué publié la veille du 8 mars se saisissait de cette date pour symboliser l’engagement de la marque en faveur des femmes. Là encore, nous étions face à un cas classique de récupération d’une séquence politique féministe, qui nous appartenait à nous les féministes, et pas aux entreprises multinationales.

Certes, c’était une première victoire, Yves Rocher reconnaissait qu’il y avait eu violations de droits et s’engageait à réparer ces méfaits, mais je dois dire que la modalité nous dérangeait, et qu’à la veille du 8, nous avon du annuler notre rassemblement. Néanmoins les travailleuses et leurs soutiens avaient gagné. Après examen des indemnités, nous avons réalisé que les taux de calculs étaient très faibles et ne dépassaient pas pour les plus importantes les seuils légaux du minimum reversé en cas de licenciement abusif. Une honte ! Avec le syndicat Petrol-Is et l’association de juristes française Sherpa, nous nous sommes dit qu’on ne pouvait s’arrêter là. La loi du devoir de vigilance en France venait d’être votée.

Depuis 2017, elle permet de rendre responsable les multinationales de toutes les violations de droits humains et de droits environnementaux qui ont lieu sur leur chaine de valeur y compris lorsque ces violations concernent des sous- traitants, des filiales ou des fournisseurs à l’autre bout du monde. Dans notre cas, nous avons une multinationale française le Groupe Rocher qui sous-traite une partie de sa production en Turquie sans prévenir les risques de violations de droits qui pourraient s’y produire. Peu importe ce qu’en dit le droit turc, le Groupe Rocher doit répondre devant la loi française.

Nous accusons la marque de répression syndicale, de violences de genre et de mise en danger des personnes. Nous estimons que la marque n’a pas fait le nécessaire pour identifier les risques inhérents aux tâches et missions des travailleur-euses. L’affaire est toujours en cours, nous appelons toutes les féministes à se saisir de cette affaire qui rappelle que la solidarité féministe contre les multinationales n’a pas de frontières.

 Propos recueillis par Caroline Flepp 50-50 Magazine

https://www.50-50magazine.fr

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01 février 2024 ~ 0 Commentaire

Fonderies de Bretagne

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Les Fonderies de Bretagne vendues et revendues

Nouveau mensonge de Renault : les fonderies de Bretagne à nouveau mises en vente.

Annoncé aux représentants du personnel jeudi 24 janvier lors d’une réunion du CSE, la mise en vente des Fonderies de Bretagne a été officialisée lundi 29 janvier par un communiqué de presse du propriétaire actuel le fonds d’investissement « Callista Private equity GmbH ». Leur « equity » c’est pour leurs actionnaires !

Une longue histoire.

Les « Fonderies de Bretagne ». sont une ancienne filiale de Renault créé en 1966 et vendue une première fois en 1998 à une firme italienne. puis réintégrée dans le groupe Renault en 2009 suite d’une mobilisation ouvrière exceptionnelle.

Nouveau mauvais de coup de Renault en 2022 qui, dans sa recherche de rentabilité à tout prix après les escroqueries de Carlos Ghosn et la pandémie, remet en vente les fonderies de Bretagne.

La protestation des salariés ne parvient pas à empêcher cette nouvelle vente au fonds d’investissement Callista dont le siège est Allemagne, spécialisée dans les restructurations industrielles, rachats et reventes.

Le PDG de Renault avait alors osé déclarer : « Le projet industriel porté par Callista correspond aux engagements pris par Renault de parvenir à une exploitation rentable du site, notamment grâce à un investissement massif, une restauration de la compétitivité et une capacité à se diversifier et identifier de nouveaux marchés ».

Tu parles ! On sait depuis longtemps que les promesses n’engagent que ceux qui y croient. C’est encore la cas aux Fonderies de Bretagne.
300 salariés travaillent aujourd’hui aux Fonderies de Bretagne. C’est de nouveau la galère et l’incertitude pour eux.

Avec ce nouveau repreneur la fonderie a commencé à fabriquer des supports de pompe de relevage. Et démarré des études pour de nouvelles pièces destinées au ferroviaire et aux Travaux publics. Mais pour cela il faut réaliser des investissements que Callista ne veut pas financer, rentabilité immédiate des capitaux oblige. Et tant pis pour les besoins pourtant bien identifiés en matériel ferroviaire !

Leur fric est au dessus de tout ! La preuve par les Fonderies de Bretagne !

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23 janvier 2024 ~ 0 Commentaire

morts au travail ( reporterre )

903 morts au travail en 2022 : un record

903 morts au travail en 2022 : un record

Selon les données du journal Politis qui s’appuie sur le rapport annuel de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), publié le 23 décembre dernier, on compte pas moins de 903 morts au travail. Ce chiffre fait de cette année un record depuis plus de vingt ans. Comme une « hécatombe silencieuse ».

33 % de morts en plus depuis 2019 dans l’agriculture

Si l’on compare 2022 à 2019, dernière année de référence avant la crise sanitaire, les chiffres sont en augmentation dans presque tous les secteurs, précise le journal. La hausse la plus importante touche le secteur agricole. En 2019, 114 personnes étaient mortes au travail, salariés et non-salariés confondus (chefs d’exploitation, conjoints de chef d’exploitation…), ce chiffre s’élève à 152 en 2022. Soit une augmentation de 33 %. Autre donnée préoccupante : la mortalité des jeunes travailleurs. Le nombre de morts de moins de 25 ans a augmenté de 29 % depuis 2019.

Pour Politis, ces chiffres « racontent, forcément, des réalités du monde du travail d’aujourd’hui. Un monde où les jeunes, via les réformes de l’apprentissage et du lycée professionnel, sont de plus en plus vite injectés dans la vie professionnelle, parfois dans des boulots auxquels ils sont peu, voire pas formés. Un monde où la sous-traitance, dans le BTP comme dans le nettoyage, a souvent des implications sur la santé et la sécurité des travailleurs. »

5 janvier 2024

https://reporterre.net/

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13 janvier 2024 ~ 0 Commentaire

guingamp (politis)

Réforme des retraites : condamnés pour dépôt d’ordures
Vendredi 12 janvier, une centaine de personnes s’étaient rassemblées devant le tribunal pour soutenir les trois militant.es CGT.© DR

Réforme des retraites : condamnés pour dépôt d’ordures

À Guingamp, trois syndicalistes de la CGT ont été condamné.es pour leur mobilisation pendant la réforme des retraites. Dans cette petite sous-préfecture des Côtes-d’Armor, cette répression syndicale inédite inquiète.

C’était deux semaines après le passage en force de la réforme des retraites par l’usage du 49.3, le mardi 28 mars 2023 à Guingamp. 2 000 personnes s’étaient réunies dans le centre-ville, sur la place du Vally, pour manifester leur colère contre une loi qu’ils considéraient « injuste » et son adoption « autoritaire ». Parmi les manifestant.es, Thierry Pérennes, militant CGT local, sentait « de l’exaspération, les gens étaient dépité.es de voir s’approcher la fin du mouvement social et la promulgation de la loi ».

Lors de cette manifestation, l’intersyndicale « était débordée par le nombre et la rage des personnes présentes », se souvient le syndicaliste. Il précise : « On a connu une accumulation de colères : contre la réforme, contre le passage en force du gouvernement, mais aussi localement, contre la forte pauvreté à Guingamp, contre la décision du préfet de rejeter le parcours initial de notre manifestation. »

« Une action symbolique »

Révolté, Gilles l’était. Quand une partie du cortège a souhaité déposer des poubelles devant la sous-préfecture, ce syndicaliste de la CGT a suivi : « On voulait signifier notre colère par une action symbolique. » Mais un cordon de gendarmes s’est posté face aux manifestant.es pour les bloquer, « alors, on a décidé de les poser devant. Puis, certaines personnes les ont jetées sur les gendarmes ».

De ce fait, trois membres de la CGT, dont Gilles, ont été poursuivi.es pour avoir « volontairement commis des violences n’ayant entraîné aucune incapacité de travail sur les militaires de la gendarmerie ». Leur procès s’est déroulé ce vendredi 12 janvier au tribunal de Guingamp. Verdict final : une peine de 200 € d’amende et trois mois avec sursis.

Les militants, à commencer par les syndicalistes, ont été la cible privilégiée de la répression durant ces longues semaines de mobilisation. La CGT communique le nombre de 1 000 militant.es poursuivi.es après la réforme des retraites. Et selon Thierry Pérennes : « Le pouvoir sévit pour nous intimider après un mouvement social intense. Il vise plus particulièrement notre syndicat parce que localement c’est notre groupe qui mène la plupart des mobilisations. »

Une nouvelle poigne autoritaire

À Guingamp, la donne a changé et inquiète. Thierry Pérennes explique : « Avant, déclarer une manifestation n’était pas obligatoire ici, on faisait le tour de la ville sans problème. Mais, une nouvelle direction de la gendarmerie locale est arrivée il y a deux ans. Elle a imposé de nouvelles règles. » Gilles se remémore : « Avant, c’était bonne ambiance, on pouvait venir avec les enfants, on discutait avec les gendarmes. » Cette nouvelle poigne autoritaire est allée jusqu’à humilier un syndicaliste sous curatelle. Lors d’une garde à vue, « il avait demandé un examen médical. Les gendarmes l’ont menotté et surveillé jusqu’à l’hôpital », indique Gilles.

Ce vendredi, quelques mois après les manifestations dans les rues de Guingamp, et malgré la répression, une centaine de personnes s’étaient rassemblées devant le tribunal pour soutenir les trois militant.es CGT. Les luttes se poursuivent. Et s’agrègent les unes aux autres. Une manifestation est prévue à Lannion pour s’opposer à la loi immigration dimanche 14 janvier.

Lilian Godard • 12 janvier 2024

gweng

Fanch LE PIVERT /  L’écho de l’Argoat

Guingamp. Trois manifestants au tribunal : « Nous exigeons leur relaxe pure et simple »

Trois manifestants comparaissent ce vendredi 12 janvier 2024 devant le tribunal de Guingamp (Côtes-d’Armor), suite à une manifestation contre la réforme des retraites il y a un an.

manifestation retraite guingamp troibunal
Vendredi matin 12 janvier, près d’une centaine de personnes se sont mobilisées au centre-ville de Guingamp (Côtes-d’Armor), en soutien à trois personnes qui comparaissaient devant le tribunal suite à des manifestations contre le projet de réforme des retraites.

Près d’une centaine de personnes sont mobilisées ce vendredi 12 janvier 2024, place du Centre, à Guingamp (Côtes-d’Armor).

Membres de syndicats, de partis politiques ou simples citoyens, il sont venus défendre trois personnes de la région de Guingamp qui comparaissent devant le tribunal, suite à des manifestations contre le projet de réforme de retraite, le 28 mars dernier. Il s’agit de deux hommes et d’une femme, âgés entre 30 et 50 ans.

« Des otages pris au hasard »

« Ils sont devant le tribunal pour avoir participer à des manifestations non déclarées, pour invasion des voies ferrées à la gare et pour avoir jeter des poubelles sur les forces de l’ordre », résume Philippe Viton, sécretaire général de l’union locale CGT de Guingamp. Les trois prévénus font partie de ce syndicat.

Le syndicat est à l’origine de la mobilisation devant le tribunal. Il a reçu le soutien d’autres syndicat (FSU, FO, Solidaires) et de nombreuses formations politiques (NPA, Parti communiste, etc.)

Parmi les manifestants, Thierry Pérennes figure locale de la CGT est remonté. « Nous demandons la relaxe pure et simple », commente-t-il, avant de s’interroger : « Nos trois camarades sont des otages pris au hasard parmi les manifestants. Bizarrement ils sont tous les trois à la CGT, alors que nous pouvons raisonnablement penser que les 2 000 manifestants du 28 mars ne l’étaient pas tous… »

Verdict attendu ce vendredi

« Aujourd’hui, on veut faire payer la mobilisation contre la réforme des retraites à l’intersyndicale qui s’y est opposée dans son bon droit », poursuit Thierry Pérennes, en évoquant les nombreux procès similaires qui ont lieu dans toute la France.

Le verdict du tribunal devrait être connu dans la journée. « Selon nos avocats le procureur demandera de la prison avec sursis et sans doute des amendes ou du travail d’intérêt général », indique l’union locale CGT, qui dénonce « le harcèlement judiciaire » et défend le droit de manifester.

 

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10 décembre 2023 ~ 1 Commentaire

le balai libéré (politis)

Balai libéré affiche

« Le Balai libéré », ou ce que le capitalisme a fait au rêve autogestionnaire

Dans un documentaire brillant, Coline Grando remet au goût du jour l’expérience autogestionnaire des ouvrières du ménage de l’Université catholique de Louvain (UCL) dans les années 1970, en interrogeant sa faisabilité aujourd’hui.

50 ans plus tard, le personnel de nettoyage de l’UCLouvain rencontre les travailleuses d’hier, avec cette question : travailler sans patron, est-ce encore une option ?
 C’est une histoire que beaucoup avaient oubliée. Sans doute que certains préféraient ne pas trop la raconter, de peur qu’elle inspire. Celle du Balai libéré, nom d’une entreprise coopérative de nettoyage créée en 1975, après que des ouvrières eurent licencié leur patron, engendrant alors une expérience autogestionnaire de 14 ans. À l’Université catholique de Louvain (UCL) en Belgique, les travailleurs et travailleuses d’aujourd’hui n’en ont jamais entendu parler. C’est ainsi que s’ouvre ce documentaire d’une heure et demi. Des interviews face caméra de celles et ceux qui nettoient quotidiennement les 350 000 mètres carrés de cette faculté. Des femmes, des hommes pour qui le nom de cette expérience, Le Balai libéré, n’évoque rien.

Cette approche de Coline Grando fait la force de son documentaire. Alors que l’on aurait pu s’attendre à la narration mythifiée d’une expérience passée, la réalisatrice a préféré la raconter en l’interrogeant avec la réalité de celles et ceux qui travaillent aujourd’hui. Avec une question en toile de fond : cette utopie serait-elle possible aujourd’hui ? Tout au long du film, nous suivons donc la rencontre des autogestionnaires d’hier, avec les ouvriers d’aujourd’hui, sous-traités, esseulés. Ils ont fait et font le même métier, mais de manière très différente. Celles du Balai libéré racontent leur fierté d’avoir pris en main leur outil de travail, en licenciant un patron « inutile et parasitaire » et en s’organisant pour être mieux payées, plus nombreuses, avec de meilleures conditions de travail.

Les ouvriers du ménage d’aujourd’hui parlent d’autre chose : des cadences, de la rationalisation, de la solitude. Ils ne se connaissent que peu entre eux. Sont seuls pour nettoyer des centaines de mètres carrés. En les suivant dans leurs tâches quotidiennes, l’habile caméra nous montre cette solitude. Seuls à astiquer un amphithéâtre, des salles de cours, des sanitaires, dans un silence que le bruit du chariot et de l’aspirateur vient uniquement rompre.

Méthodique solitude

C’est aussi cela qui fait la réussite de ce film : ne pas imposer lourdement ce qui se dévoile, comme une évidence, au fil des séquences. Ce que le capitalisme a fait au rêve autogestionnaire. En organisant méthodiquement l’esseulement des salariés, en imposant des appels d’offres où le prix (et donc les conditions de travail) reste un critère prépondérant, en facilitant la sous-traitance, en créant le maintien dans la peur de perdre son emploi : autant de critères empêchant toute constitution de force collective.

Pourtant, la rencontre des femmes de ménage des années 70 avec celles et ceux d’aujourd’hui permet de briser ce qui apparaît, au début, comme une spirale inéluctable. Au fil des discussions, des visionnages d’archives, des partages d’expérience, naît dans la tête de nombreux travailleurs cette question qui risque de ne pas les quitter de sitôt : si elles ont réussi, pourquoi pas nous ?

À savoir

Le film de Coline Grando, Le Balai libéré, sort en salle le 13 décembre. Une projection-débat est organisée le 15 décembre à 20 heures au cinéma le Saint-André-des-Arts à Paris. Un débat animé par Carole Rouaud de Politis, en présence de la réalisatrice, de la députée Rachel Kéké et de Pierre Jequier-Zalc, journaliste à Politis.

Pierre Jequier-Zalc  • 7 décembre 2023

https://www.politis.fr/

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10 décembre 2023 ~ 0 Commentaire

sncf (lutte ouvrière)

sncfSNCF – Rennes : débrayage au Technicentre Industriel

De grosses opérations de maintenance, prévues ces prochaines années sur les trains, vont nécessiter d’augmenter la production de pièces. C’est la raison mise en avant par la direction du Technicentre (TI) de Rennes pour faire passer une partie des 350 travailleurs de l’atelier en équipe de nuit.

Au mois de juillet, la direction avait commencé à réunir les travailleurs en petits groupes pour les convaincre, prime à l’appui, de cette nécessité du passage en nuit. Si certains ont accepté, tous le vivent comme un sacrifice supplémentaire pour réussir à finir le mois : pour que le salaire dépasse les 1 500 euros, il faut des années d’ancienneté. Il s’y ajoute l’aggravation des conditions de travail, avec les cadences en augmentation, les cheminots régulièrement chronométrés sur leur établi, le matériel de plus en plus vétuste et difficile à obtenir, la température, toujours plus basse dans l’atelier chaque hiver, économies de chauffage obligent.

Le 24 novembre, 70 ouvriers ont débrayé à l’appel de la CGT. Une prime ayant été octroyée dans d’autres services pour la « bonne régularité des trains », les cheminots du TI de Rennes réclament eux une prime de 700 euros. Si la direction raconte toute l’année que les cheminots sont « Tous SNCF », qu’elle verse donc la prime à tout le monde ! Lors du débrayage, les cheminots ont décidé de monter ensemble la voir. Ils ont d’abord pu y apprécier le chauffage, certains faisant remarquer qu’ils n’avaient plus les moyens de chauffer autant chez eux. Puis, ils ont pris la parole, répondu au mépris quotidien de la direction, et posé le problème des salaires trop bas.

La direction, surprise du nombre de cheminots présents, a sorti ses phrases creuses habituelles, sans rien céder. Mais ceux qui ont débrayé en sont fiers. C’était la première fois pour certains, et l’ambiance dans l’atelier a changé.

S’être retrouvés pour dire ce dont ont besoin les travailleurs est un bon début. Au TI de Rennes, il n’est pas dit que les débrayages s’arrêtent de sitôt.

Correspondant LO 06 Décembre 2023

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06 décembre 2023 ~ 0 Commentaire

pompiers ( basta!)

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Santé des pompiers : « Mourir d’un cancer, on ne reçoit pas de médaille pour ça »

Entre les suies et l’amiante, les pompiers sont exposés à des facteurs de maladies professionnelles. Leur risque accru de cancer est reconnu, mais les actions de prévention se font attendre. Pour que l’État agisse, la CGT vient de déposer plainte.

La France compte 250 000 sapeurs-pompiers, dont 80 % de volontaires. Combien meurent des suites d’une maladie professionnelle chaque année ? Le chiffre n’est pas connu. Cancers, maladies cardio-vasculaires, infarctus : on parle moins des pompiers malades que de ceux morts en opération.

« Parce que mourir d’un cancer, pour le ministère, ce n’est pas classe, on ne reçoit pas de médaille pour ça », dénonce Sébastien Delavoux, responsable fédéral de la CGT des pompiers. Alors que les mégafeux contre lesquels les pompiers interviennent se multiplient chaque année, la question de la prévention des maladies professionnelles se pose de plus en plus.

Le 1er décembre, la CGT des pompiers a déposé une plainte contre X au Pôle santé publique du tribunal de Paris, pour mise en danger de la vie d’autrui. La CGT et plusieurs autres syndicats de pompiers professionnels, notamment la Fédération autonome (le syndicat majoritaire) et la CFDT, pointent les nombreux manquements de l’État pour protéger les soldats du feu : leurs équipements ne sont pas suffisants, les protocoles de nettoyage et de décontamination ne sont pas mis en œuvre, le suivi médical est quasi inexistant…

« Il ne faut pas que les pompiers soient une nouvelle catégorie de travailleurs sacrifiés ! Ils sont aujourd’hui dans des conditions de travail archaïques », déplore Hélène Aveline, avocate qui défend le dossier. « Cette plainte vise à créer un électrochoc », renchérit son collègue, l’avocat Philippe De Castro, qui accompagne aussi la plainte. « Les risques professionnels des pompiers sont parfaitement connus, les préconisations pour leur prévention sont écrites, mais pas respectées. Il faut identifier les responsables », ajoute-t-il.

Mais où chercher ces responsables ? Les sapeurs-pompiers sont placés sous la tutelle du ministère de l’Intérieur. Mais ils sont employés par les services départementaux d’incendie et de secours (SDIS), qui dépendent des départements. À l’exception des pompiers parisiens et marseillais, qui sont des militaires, les pompiers professionnels sont des fonctionnaires territoriaux.

Les pompiers surexposés au risque de cancers

À l’été 2022, des mégafeux font des ravages à travers la France. Alors que l’action des pompiers focalise l’attention médiatique, une autre actualité passe quasiment inaperçue. Le Centre international de recherche sur le cancer, l’agence spécialisée dans le cancer de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) réunit plus de vingt chercheurs de huit pays à Lyon, qui rendent publiques les résultats d’une étude sur l’exposition professionnelle de pompiers au cancer.

Pour la première fois, l’activité même de sapeur-pompier est classée comme cancérogène. Deux types de risques sont particulièrement identifiés : le mésothéliome (une tumeur maligne rare qui affecte les cellules la membrane protectrice qui recouvre la plupart des organes internes du corps dont la plèvre, le péritoine et le péricarde) et le cancer de la vessie.

Le risque de mésothéliome est 58 % plus élevé chez les pompiers que dans la population générale. Celui de développer un cancer de la vessie est 16 % plus important pour eux. Cinq autres types de cancer sont liés à l’exposition professionnelle des pompiers de manière « crédible », dit aussi ce rapport : cancers du côlon, de la prostate, du testicule, mélanome et lymphome non hodgkinien.

Des cagoules inefficaces comme équipement de protection

La Caisse nationale de retraite des agents de collectivités locales avait déjà alerté sur les risques relatifs aux fumées d’incendie en 2017. Le rapport avait alors eu l’effet d’une bombe dans la profession. Outre les cancers, il évoquait les impacts du travail de pompier sur le risque de développer des maladies du cœur et du poumon, et soulevait les manquements dans le nettoyage et la décontamination des tenues et du matériel des pompiers.

La même année, un deuxième rapport de la caisse de retraite des pompiers alerte cette fois sur les risques liés à un équipement utilisé par les pompiers lors des feux de végétation : une cagoule. « Nos cagoules sont tout aussi efficaces que les filets à papillon pour attraper des électrons », résume Sébastien Delavoux. Cette cagoule est portée par les pompiers lors des feux de forêt. Car l’appareil de respiration autonome, porté lors des interventions sur les bâtiments, est alors inutilisable, du fait de son poids (une quinzaine de kilo) et de sa faible autonomie.

« Ces cagoules ne sont pas filtrantes, constatait la caisse de retraite des pompiers. En plus, « une fois le feu éteint, des particules toxiques se sont déposées sur la peau, les cheveux, les vêtements », poursuivait l’étude. Ces particules « se retrouvent ensuite dans les véhicules, et jusqu’au domicile des pompiers ». D’où la nécessité de meilleurs protocoles de décontamination pour protéger les pompiers.

« Le chef de bureau vient un jour et me dit, “il y a un truc qui nous est tombé dessus, cela s’appelle la toxicité des fumées”, relatait Francis Magnolini, chef de section à la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises du ministère de l’Intérieur, lors du dernier congrès annuel de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers cet automne. Il disait que le rapport de 2017 avait « engendré une vraie révolution » : « Il a fallu élaborer des protocoles de déshabillage et de lavage, c’est quelque chose qui n’existait pas. »

Une révolution, vraiment ? « Il y a une promptitude du ministère à éditer des recommandations », s’agace le responsable de la CGT des pompiers Sébastien Delavoux. Mais en termes d’information aux pompiers et de traduction concrète dans les services, « on n’est pas à la hauteur », ajoute-t-il. Les pompiers dénoncent l’inertie, consécutive à un jeu de ping-pong entre le ministère et les services départementaux d’incendie et de secours. L’histoire de la cagoule est symptomatique : six ans après la démonstration de son inutilité, et donc de sa dangerosité, des référentiels techniques ont bien été rédigés. Mais sur le terrain, les pompiers les attentent toujours.

« L’amiante, c’est l’arbre qui cache la forêt »

Les pompiers sont aussi particulièrement exposés aux substances toxiques qui se dégagent lors des incendies. Lorsqu’ils interviennent dans des bâtiments construits avant 1997, date d’interdiction de l’utilisation de l’amiante, les sapeurs-pompiers peuvent entrer en contact avec cette matière cancérigène. Les pompiers de Rouen ont ainsi été exposés à de l’amiante lors de l’incendie de l’usine Lubrizol en 2019.

Dans une ville comme Saint-Nazaire, par exemple, 70 % des bâtiments sont amiantés. Lorsqu’une plaque de fibrociment brûle, elle explose et libère des milliards de fibres cancérogènes. Pour autant, le suivi médical à la suite de ces expositions, comme à celle du plomb, lors de l’incendie de Notre-Dame en 2019 est pour les pompiers, au mieux insuffisant, au pire inexistant. Quant aux tenues utilisées, quand elles sont en contact avec l’amiante, elles sont définitivement contaminées. Et pourtant elles sont souvent réutilisées.

« Les pompiers travaillent dans des conditions inadmissibles », souligne Annie Thébaud-Mony, chercheuse à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et présidente de l’association Henri-Pézerat, qui accompagne les luttes sociales sur la santé des personnes en lien avec le travail et l’environnement. « Et l’amiante, c’est l’arbre qui cache la forêt, poursuit-elle. Il y a une synergie avec d’autres substances chimiques, notamment les suies, que l’on trouve sur tous types de feux, et qui sont extrêmement cancérogènes. »

Ces suies posent d’autant plus problème qu’elles pénètrent par voie cutanée dans le corps, et plus facilement quand les pores sont dilatés par la chaleur. Or, expliquent les pompiers, leurs tenues de protection contre le feu ne filtrent pas ces suies.

Manque de suivi médical

Les syndicats dénoncent l’absence de suivi médical tout au long de la carrière des sapeurs-pompiers, et après. À une question posée à l’Assemblée nationale, le 25 novembre, par le député communiste Yannick Monnet, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin admettait que « les sapeurs-pompiers professionnels et volontaires ne bénéficient pas, en France, du même suivi épidémiologique que dans d’autres pays. » Il ajoutait : « Il est évident que du fait de leurs interventions menées dans des conditions de plus en plus dangereuses et de leur exposition à des produits toxiques de plus en plus répandus chez nos concitoyens, ils sont amenés à contracter des maladies très graves, notamment des cancers . » Cancer. Le mot était posé.

Les pompiers, eux, n’en peuvent plus d’attendre des actes. Maintenant qu’une plainte pour mise en danger de la vie d’autrui a été déposée, une enquête préliminaire sera menée. Puis, la CGT et les autres syndicats de pompiers pourraient se constituer partie civile, afin qu’un juge d’instruction soit nommé.

« Nous n’acceptons pas l’incompétence de nos employeurs qui refusent de nous protéger efficacement contre les risques connus depuis longtemps, identifiés par une cohorte d’études, et malheureusement attestés par le nombre de nos collègues qui déclarent tour à tour, cancers, maladies pulmonaires invalidantes », insistait Xavier Boy, président de la Fédération autonome des pompiers dans un courrier au ministre il y a quelques jours. Pour l’instant, personne ne lui a répondu.

Élina Barbereau 6 décembre 2023

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