Archive | Luttes écolos en Bretagne

19 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

algues vertes (fr3)

C’est vraiment la faute à « pas de chance »!

Bretagne : une unique usine pour se débarrasser des algues vertes

Véritable fléau pour la Bretagne, les algues vertes prolifèrent au point que des plages sont fermées au public. Pour s’en débarrasser, il n’y a qu’une solution, la collecte et le traitement de ces déchets. (Et la diminution des nitrates? blog)

Les algues vertes sont un fléau pour la Bretagne. Elles ont recouvert jusqu’à 1 800 hectares l’an dernier. Depuis le 25 juin, une plage de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) est interdite au public, en raison d’une trop grande quantité de ces algues qui provoquent des odeurs putrides et un gaz toxique. « C’est choquant, très choquant. Lorsque j’étais plus petite, il n’y en avait pas. C’est venu au cours des années« , commente une riveraine, installée là depuis soixante ans.

« On en attend entre 100 et 150 tonnes chaque jour »

La seule solution pour s’en débarrasser reste la collecte pour le traitement de ces déchets dans une usine spécialisée, située à Lantic (Côtes-d’Armor). L’entreprise est submergée par la quantité d’algues à recycler. Elle travaille à ce que les algues ne produisent pas de gaz toxique. « Cette semaine, on en attend entre 100 et 150 tonnes tous les jours« , annonce Jean-Yves Guern, chef de l’usine, vendredi 19 juillet.

19/07/2019

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Algues vertes. “On a le sentiment d’avoir été manipulés” : la veuve du joggeur saisit la justice (FR3)

Commentaire:

Puissance du lobby productiviste: pas un mot sur les causes! Que les conséquences. On ne sait pas pourquoi! Le système vise le profit: il faut valoriser ces algues et non s’attaquer aux causes: trop d’intrants chimiques. Plus d’usines c’est reporter le traitement des causes à la saint Glin-glin et continuer à dépenser l’agent public! Pollueurs: payeurs!

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19 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

écologie macroniste (la conf’)

conf

La Conf’:

Ministère de l’Ecologie : La façade écologique du gouvernement Macron s’écroule définitivement

Les deux premières années du gouvernement sont un échec complet sur la transition écologique.

Le départ de Nicolas Hulot, reconnaissant lui-même l’inaction de l’Etat face à l’urgence, puis la nomination de François de Rugy dont on connait le maigre bilan et la fin précipitée, avaient déjà plus que fissuré le semblant d’intérêt pour l’écologie du gouvernement.

La rétrogradation du Ministère de l’Ecologie dans la hiérarchie gouvernementale ne fait que mettre au clair la réalité la plus crue.

La transition écologique n’a jamais été au coeur des préoccupations de ce gouvernement.

Personne de la majorité gouvernementale ne semble actuellement prêt à relever ce défi à la hauteur des enjeux.

Comment en effet prétendre défendre la transition écologique alors qu’en parallèle Emmanuel Macron soutient les accords de libre-échange (Mercosur, CETA, Vietnam, Japon…) en pleine contradiction avec l’urgence climatique et la nécessité de relocalisation de nos systèmes alimentaires ?

Est-ce qu’on peut encore décemment attendre quelque chose de ce gouvernement sur les questions écologiques cruciales?

Changement climatique, gestion de l’eau et répartition équitable de ses usages, sortie des pesticides de synthèse, défense du pastoralisme, chute de la biodiversité, déclin des pollinisateurs…?

Nous, paysan.ne.s, sommes en prise directe avec nos écosystèmes et le dérèglement climatique. La sécheresse actuelle et les épisodes de grêle de cette année en sont des énièmes preuves.

Nous continuerons à nous battre pour une transition écologique et sociale digne de ce nom, pour généraliser l’agriculture paysanne sur les territoires et relier agriculture et alimentation.

Heureusement, la jeunesse a compris l’urgence bien plus vite que ce gouvernement et n’attendra pas pour se soulever pour le climat et une alimentation de qualité pour tou.te.s.

Nous serons au rendez-vous de ces mobilisations et de toutes les autres qui permettent d’aller vers plus de justice écologique et sociale.

Bagnolet, le 18 juillet 2019

https://www.anti-k.org/

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08 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

algues vertes 2 (sauvegarde)

algues

Monsieur le procureur,

Les associations que nous représentons inscrivent leurs actions dans la droite ligne de la Charte de l’environnement, annexée à la Constitution de la République française.

Sans même attendre son inscription dans le droit constitutionnel français, elles mettent en œuvre depuis leur création, son article 2 en s’imposant dans leurs buts et leurs actions « Le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement ».

C’est en cette qualité que nous nous adressons à vous après le décès subit d’un employé d’une entreprise d’ostréiculture dans la baie de Morlaix ce samedi 6 juillet.

Notre pensée va d’abord à cette famille terrassée par ce deuil inattendu chez un jeune homme de 18 ans apparemment en bonne santé. Nous nous associons à l’immense douleur que vivent aujourd’hui tous ses proches.

Monsieur le procureur, ce drame pose question.

Nous nous sommes rendus sur les lieux confirmés par les témoignages de trois témoins rencontrés sur place, au lieu-dit Le Frout sur la commune de Carantec. Nous avons découvert un vaste espace vaseux recouvert par une nappe continue d’algues vertes.

Munis de tout l’équipement nécessaire, masques et détecteur, nous nous sommes avancés dans la baie de quelques dizaines de mètres, en amont du lieu de l’accident, sans pouvoir aller plus loin en raison du substrat particulièrement mou et collant qui rendait notre marche très difficile.

Et le plus loin où nous sommes allés, nous avons relevé un taux d’hydrogène sulfuré de 8 ppm. La présence de ce gaz très toxique s’explique par la putréfaction dans les sédiments de ces couches d’algues successives du type entéromorphe en très grande majorité avec la présence de quelques ulves.

Un simple creusement dans cette couche laissait apparaître le jus noirâtre caractéristique de la décomposition de ces algues. Comment ne pas mettre en relation cette poussée anormale d’algues en ces lieux avec la rivière du Frout qui se jette là dans la baie dans laquelle nous avons mesuré un taux de 53 mg/l de nitrates, ces excédents de nitrates dont toute la littérature scientifique explique qu’ils constituent l’élément nutritif essentiel à leur prolifération ?

Ces circonstances particulières en ces lieux à quelques mètres d’une chaussée sommaire par où passent ces employés de l’ostréiculture, et par où est passée la victime, indiquent clairement que la piste d’une intoxication à l’hydrogène sulfuré ne peut être écartée même si le taux relevé bien en amont des lieux de l’accident n’est pas à ce niveau mortel.

Sa simple présence dans les lieux implique que vous n’écartiez pas cette piste comme cause possible du décès brutal de cette personne.

C’est pourquoi, nos associations vous demandent, si ce n’est déjà fait, de procéder au plus vite à l’autopsie du corps de la victime et de rechercher les signes cliniques de cette éventuelle intoxication par des prélèvements conservés au frais en vue d’analyse des tissus pulmonaires susceptibles d’avoir subi des oedèmes consécutifs à l’inhalation de ce gaz très toxique.

Nous nous permettons de vous formuler cette demande compte tenus des précédents dans ce type d’accident où l’autopsie a été décidée tardivement et donc n’a pu permettre d’établir l’intoxication puisque qu’il était alors impossible de discriminer la cause de la présence avérée d’hydrogène sulfuré dans le sang et les tissus entre l’inhalation au moment du décès et sa production naturelle lors de la décomposition du sang et des tissus.

Mais peut-être, l’ARS, saisie par nos soins en octobre 2017, a-t-elle déjà établi ce protocole que nous lui avions demandé d’établir, en commençant par la prise de sang immédiate sur le corps de la victime, pour le prescrire à tous les sauveteurs, afin qu’ils le mettent en œuvre lors d’accidents sur ce type de vasière, susceptibles de connaître la présence d’hydrogène sulfuré issu de la décomposition organique d’algues échouées sur l’estran.

Si tel était le cas, veuillez nous excuser, dans l’ignorance de cette nouvelle réglementation d’avoir formulé auprès de vous cette demande.

Enfin, nous avons conscience de la difficulté pour la famille et les proches de cette demande d’autopsie que nous vous demandons. Toutefois, il en va de la santé publique de connaître précisément la cause de ce décès brutal.

Car, si elle n’est pas interne et directement liée à un disfonctionnement organique de la victime, mais au contraire externe et produite par l’environnement, elle constitue un danger pour toutes les personnes fréquentant ces lieux dont la toxicité aurait été ignorée jusqu’à présent.

Veullez croire, Monsieur le procureur à toute notre considération

Yves-Marie Le Lay, président de Sauvegarde du Trégor, co-président de Halte Aux Marées Vertes 06 12 74 34 56

 

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08 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

algues vertes 1 (libération)

algues vertes

Tout comprendre (en BD) au scandale des algues vertes

La journaliste Inès Léraud et l’illustrateur Pierre Van Hove retracent en bulles et en images leur enquête passionnante sur les marées vertes bretonnes.

Tout le monde a un jour entendu parler des algues vertes.

A la télé, à la radio, dans les journaux, par le bouche-à-oreille et souvent en vacances, sur les plages de Bretagne. C’est là qu’on les voit, qu’on sent leur odeur putride. Là où la mer les dégueule depuis 1971, date officielle de la première marée verte.

Là encore où au moins trois hommes et quarante animaux sont morts depuis la fin des années 80. Un phénomène, pis, un scandale sanitaire et environnemental que beaucoup veulent taire. Pour comprendre, la journaliste Inès Léraud et l’illustrateur Pierre Van Hove lui consacrent une bande dessinée-enquête parue le 12 juin dernier.

Tout ce qu’on peut y lire est vrai. Les témoignages, les documents scientifiques, les coupures de presse, les lettres, les mails… avec parfois, dans les bulles, une pointe d’ironie. Sans tout dévoiler, on est abasourdi par la disparition des échantillons dans les laboratoires, les corps enterrés avant d’être autopsiés, les mensonges des autorités, la mise à l’écart d’experts, les pressions exercées par les lobbies de l’agro-industrie, le silence pesant des agences sanitaires, la défaillance de la justice, la lutte inlassable des lanceurs d’alerte… Encore et encore.

Priorité au tourisme, à l’emploi et aux profits

«Les algues maudites sont le symptôme d’un mal profond», peut-on lire en quatrième de couverture. Un mal qui prend sa source dans l’ère industrielle post-Seconde Guerre mondiale. Celle de la production de masse, de la politique du chiffre et des pesticides à outrance. La machine est lancée, les agriculteurs embrigadés dans un système bien huilé prêt à tout pour préserver le tourisme, les emplois et les profits.

Beaucoup d’infos, beaucoup de protagonistes à digérer. Parfois, on se surprend même à revenir en arrière pour vérifier le nom de l’un ou de l’autre, en se disant même qu’il a un peu changé de tête. Malgré tout, passionnant. Le spectre, lui, n’est jamais loin. Pour la énième fois, la mairie d’Hillion dans les Côtes-d’Armor, a interdit le 22 juin dernier pour une durée indéterminée l’accès à l’une de ses plages en raison d’échouages d’algues vertes…

Aurore Coulaud 8 juillet 2019

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06 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

zad (presse-océan reporterre)

ZAD

Notre-Dame-des-Landes Sur la Zad, on perpétue l’esprit de la lutte

La fête de la Zad se termine demain.

Plus d’un an après l’abandon du projet d’aéroport, les opposants restent mobilisés et attentifs à l’avenir des terres.Retour à la tradition.

L’an dernier, les opposants au projet d’aéroport avaient préféré ne pas organiser la fête de la Zad. Trop d’incertitudes planaient alors sur l’avenir des 1 200 ha de terres sauvées. Ce rendez-vous militant était pourtant devenu incontournable depuis 2001. Au plus fort de la lutte, des milliers de personnes affluaient au début du mois de juillet pour soutenir les zadistes, participer à des débats et assister à des concerts. Miossec était venu en 2017.

Climat plus apaisé

Cette année, plus d’un an après l’abandon du projet, les opposants réunis dans une nouvelle association, NDDL poursuivre ensemble, ont voulu redonner une seconde vie à cette fête organisée conjointement avec la coordination, d’habitants de la Zad. Ils lui ont donné un nouveau nom : les Zadenvies.

Sur place, la donne a changé. Le climat aussi. Il paraît plus apaisé.

Des conventions d’occupations précaires ont été signées avec le Département. Certains agriculteurs ont commencé à travailler la terre tout en défendant la richesse et la biodiversité du bocage.

Hier, ils étaient plusieurs centaines de militants et sympathisants en plein cœur de la Zad venus « faire perdurer l’esprit de la lutte contre l’aéroport », dixit Christian Grisollet, l’un des trois co-présidents de l’association. Au programme, toujours des débats, toujours des concerts et un mot d’ordre : « ne pas croire que tout est fini parce que le projet est abandonné. Une nouvelle lutte démarre pour soutenir encore les projets des habitants de la Zad et sauver les terres pour qu’elles ne retournent pas vers de gros exploitants agricoles. »

Zadenvies, la fête de la Zad se poursuit ce dimanche à La Vardine, à Notre-Dame-des-Landes. Au programme, deux balades naturalistes (premier départ à 10 h), des débats et des concerts.

 06.07.2019 Nicolas AUFAUVRE
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06 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

bure (bure lesques)

Bonne nouvelle : côté Bure, toujours pas de déchets atomiques mais… un beau festival d’idées, d’infos et de créativité qui s’annonce !

Pile poil 20 ans après la création du pseudo-labo de recherches à Bure (Meuse/Haute-Marne), le constat est là : l’autorisation de construction de la mégapoubelle atomique Cigéo ne cesse d’être repoussée. Sera-t-elle accordée un jour ?

Le Festival Les Bure’lesques posera ses chapiteaux à Hévilliers dans la Meuse, à quelques kilomètres de Bure.

Il est ouvert à toutes et tous, familles, ami-es, habitant-es d’ici et d’ailleurs et proposera un temps d’échanges constructifs et sereins au coeur d’un territoire rural bien vivant.

Côté programme, il accueillera des artistes créatifs et engagés, des conférencier-es sur le nucléaire et ses déchets mais pas que, des réalisateurs-trices et leurs films, des faiseurs de bal et une belle surprise artistique visuelle et sonore.

Les cantines (prix libre) seront au top, légumes du coin et produits bio comme d’habitude et le camping un peu perché cette année.

bureaffiche_2019

Un petit complément d’infos

Les déchets nucléaires, on en fait quoi ?
Que ce soit à Bure -projet Cigéo- ou dans les autres pays nucléarisés, l’évidence terriblement angoissante, s’impose : répéter en boucle, depuis les années 80, que le stockage géologique des déchets atomiques produits par l’industrie nucléaire est la solution, c’était juste de la communication de marchands de rêves. Aujourd’hui, passer de la théorie -hasardeuse- à la pratique s’avère mission impossible.

Le nucléaire, franchement, on s’en sort quand ?

Des années d’autopersuasion et de déni laissent désormais un héritage empoisonné ingérable. Pire, notre pays envisage non seulement de continuer sur sa lancée mais de renouveler son parc électronucléaire. Le mirage scandaleux du nucléaire « propre, pas cher et sauveur du climat » a fait son temps. N’aggravons pas une situation déjà si préoccupante pour les générations à venir.

En France, le projet de mégapoubelle radioactive porté par l’Andra ne parvient pas à prouver que la sûreté du stockage sera assurée.

En Belgique, le projet MOL rencontre les mêmes difficultés sur son site argileux saturé d’eau.

Le gouvernement suédois vient quant à lui de reporter une seconde fois l’autorisation de lancer le chantier d’enfouissement en milieu granitique à Forsmark.

Que fera la Finlande qui a bâti son projet sur la même technologie, laquelle vise à emballer la radioactivité dans des conteneurs en cuivre qui se corroderont très vite ?

Les Etats-Unis ont testé grandeur nature les effets de l’explosion à 600m sous terre d’un colis de déchets nucléaires mal conditionné et il en coûtera 2 milliards de dollars pour couler une chape de béton sur les centaines de fûts déjà enfouis et que personne n’ira chercher.

Enfin, l’Allemagne a fait la désastreuse expérience de l’abandon des déchets atomiques dans une ancienne mine de sel à Asse : l’eau salée a rongé les conteneurs et emporte la radioactivité avec elle. Et personne ne sait que faire.

https://burefestival.org/

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06 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

canicules (reporterre)

tintin

« Les canicules ne sont plus des phénomènes naturels

Reporterre Quel regard portez-vous sur la canicule qui a frappé l’Europe la semaine dernière ?

Robert Vautard  C’est d’abord un phénomène météorologique extrêmement rare. D’habitude, les vagues de chaleur se construisent au fil du temps, les masses d’air chaud stagnent sur le continent, qui se réchauffe peu à peu. Là, au contraire, c’est arrivé très vite. Les vagues de chaleur provenaient directement des régions désertiques du Sahara. Elles ont fait le voyage sans s’éparpiller en chemin et ont traversé plusieurs milliers de kilomètres dans les basses couches de l’atmosphère.

Ensuite, ce qui est très surprenant, ce sont les fortes températures de la semaine dernière, très au-dessus de celles normalement observées à cette période. En France, le record absolu de chaleur a été battu : 45,9 °C à Gallargues-le-Montueux, dans le Gard, soit deux degrés de plus que l’ancien record. D’autres villes ont connu des chaleurs historiques. 40,9 °C pour Clermont-Ferrand, 40,2 °C à La Rochelle…

Toute l’Europe a été touchée. En Suisse, plus de 40 stations météorologiques n’ont jamais mesuré de températures aussi fortes. En Autriche et aux Pays-Bas, le mois de juin 2019 a été le plus chaud jamais enregistré.

La canicule s’est propagée jusqu’en Allemagne de l’Est et en Pologne. À Berlin, il a fait plus de 36 °C. Des pics de chaleur ont même été observés sur le Mont-Blanc, à près de 5.000 mètres d’altitude. En une journée, la température à son sommet est passée de -2 °C à +7 °C, le dégel a commencé et a occasionné une déstabilisation du manteau neigeux.

De manière générale, cette canicule frappe par son intensité et sa précocité. Elle est comparable à celle de 2003. Ses températures la dépassent mais sa durée reste plus courte.

Quel est le lien entre ce phénomène et le réchauffement climatique ?

On peut, en effet, se poser la question de l’origine de cette canicule. D’où vient cette remontée de masse d’air saharienne ? Est-ce une situation inédite ? Va-t-elle devenir plus fréquente avec le réchauffement climatique ?

Pour ce qui concerne le phénomène météorologique, si on étudie les vents, la première réponse est non : on retrouve des situations similaires dans le passé. Le réchauffement climatique n’a donc pas eu d’influence. Mais, pour ce qui est de la température, c’est complètement différent. Les vagues de chaleur augmentent en fréquence et en intensité. Tous les signaux le prouvent formellement.

Pendant la canicule, nous étions en séminaire à Toulouse avec un groupe de chercheurs internationaux. Il y avait des statisticiens et des climatologues de nationalités différentes, des Étasuniens, des Français, des Néerlandais, des Anglais… La conférence était prévue depuis des années et nous devions nous retrouver pour faire le point sur nos méthodes. Plutôt que d’y réfléchir de manière abstraite, nous avons décidé de les mettre en application avec cette vague de chaleur que nous vivions directement.

Notre première conclusion est que ces canicules se sont réchauffées de 4 °C depuis le début du 20è siècle. On assiste à un décrochage entre, d’un côté, la température moyenne de l’atmosphère, qui a augmenté de 1,5 °C en 100 ans, et celle des événements extrêmes, dont l’augmentation est beaucoup plus forte et plus imprévisible. La seconde est que le réchauffe-ment climatique rend ce type de canicule cinq fois plus fréquent qu’il y a 60 ou 100 ans.

Pourquoi est-il si essentiel d’étudier ces événements extrêmes ?

Ce qui nous intéresse, avec le groupe de chercheurs du World Weather Attribution, est de voir comment le réchauffement climatique est en train de se dérouler sous nos yeux et la forme qu’il revêt. Pour nous, les événements extrêmes préfigurent notre futur.

En quelque sorte, à chaque fois, ce sont des messages d’alerte. Ils permettent de dire ce que va être le réchauffement climatique, lui donnent une représentation concrète. Je crois que nous avons besoin d’incarnation pour pouvoir nous projeter et comprendre la réalité du bouleversement climatique.

Les chiffres et les moyennes globales, eux, ne nous parlent pas suffisamment. Affirmer que l’atmosphère va se réchauffer de 2 °C d’ici quelques décennies reste impalpable, à l’inverse des canicules qui nous touchent dans notre chair. Elles frappent les plus vulnérables, assèchent les territoires…

Évidemment, depuis la canicule de 2003, nous avons fait beaucoup de progrès en France. Ici, je pense qu’on arrivera à s’adapter. Mais ailleurs, en Afrique, au Sahel ? Les vagues de chaleur balayent aussi les pays du Sud. Comment arriveront-ils à s’en prémunir ? C’est ce qui m’inquiète le plus, et me révolte. Car les responsables des émissions de gaz à effet de serre, eux, sont bien de chez nous.

J’ai voulu devenir météorologue pour étudier les phénomènes naturels. C’est un sacré paradoxe : désormais, qu’est-ce qu’il y a de naturel lorsque la durée, la fréquence et l’intensité même d’un événement climatique peuvent être altérés par les activités humaines ?

Selon le climatologue Robert Vautard, les vagues de chaleur augmentent en fréquence et en intensité. Leur température s’est élevée de 4 °C en un siècle à cause du dérèglement climatique. Robert Vautard est chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE). Il contribue au groupe de recherche World Weather Attribution qui tente depuis 2015 de replacer les événements météorologiques extrêmes: ouragan, pluie diluvienne, tempête, sécheresse, canicule… dans le contexte du changement climatique. Ce mardi 2 juillet, ces chercheurs ont sorti une étude sur la récente canicule.

Propos recueillis par Gaspard d’Allens

5 juillet 2019 / Robert Vautard

https://reporterre.net

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06 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

pesticides (médiapart

pesticides

 

Les agriculteurs bretons sous le joug du modèle coopératif

Les données inédites de l’Agence française pour la biodiversité révèlent que les principaux acheteurs bretons de produits phytosanitaires se trouvent en centre-Morbihan, terre des géants D’aucy et Triskalia. En cause : un modèle coopératif peu enclin à réduire sa consommation de pesticides.

Selon des données de l’Agence française pour la biodiversité, que Mediapart révèle en exclusivité, les quelque 1 500 agriculteurs du centre-Morbihan sont particulièrement gourmands en pesticides. Ils achètent 1,6 fois plus de produits phytosanitaires (2,32 kg par hectare de surface agricole utilisée en 2017) que la moyenne bretonne (1,45 kg/ha).

Cette zone est le siège de grands noms de l’industrie agroalimentaire comme la coopérative de nutrition animale Aliouest, les usines d’abattage Prestor et Jean Floc’h, ainsi qu’une antenne de l’entreprise Greenyard Foods. Autant d’acteurs qui gravitent autour d’un géant, ancré historiquement en Bretagne : le groupe D’aucy, connu du grand public pour ses petits pois, ses haricots ou ses lentilles en conserve.

Créée en 1965, l’entreprise vend à travers le monde plus de 65 millions de produits en boîte chaque année. Sa mainmise sur la production en fait un protagoniste incontournable du monde agricole breton : plus de la moitié des producteurs légumiers de la région travaillent pour D’aucy.

Ce géant de l’agroalimentaire mise aussi sur la vente de pesticides, qui seraient indispensables pour assurer une forte production. Leur rôle est de lutter contre les parasites comme les insectes ravageurs (insecticides), les champignons (fongicides) et les mauvaises herbes (herbicides).

En 2014, selon le rapport d’activités de D’aucy, leur vente a généré 95 millions d’euros, soit presque 8 % de son chiffre d’affaires. Le groupe était, en 2017, le deuxième plus gros distributeur régional de pesticides, avec environ 323 tonnes vendues, derrière Triskalia (573 tonnes), l’autre géant de l’agroalimentaire breton.

Un marché fructueux, commente Xavier Cassedanne, investisseur du Crédit agricole auprès de coopératives : « La seule marge réalisée sur la vente des produits phytosanitaires génère 50 voire 80 % de l’excédent brut d’exploitation [les bénéfices] de l’ensemble des distributeurs que sont les coopératives et les négoces (entreprises privées sans statut coopératif). »

Avant de vendre ces produits, la coopérative conseille les agriculteurs sur les doses à utiliser.

Ce sont les techniciens agricoles, maillons incontournables mais invisibles de cette distribution, qui s’en chargent. Chez D’aucy, aucun moyen de les approcher sans l’aval du service communication. Pour de simples renseignements sur leur profession, la coopérative demande de ne pas citer la marque et d’anonymiser le salarié.

Du côté de Triskalia, avant une réunion entre techniciens agricoles, Hugues accepte brièvement de parler de son métier. Employé depuis six ans, il suit au quotidien une soixantaine d’exploitants morbihannais installés autour de la commune de Ploërmel. « Selon les cultures, je rencontre les agriculteurs une fois tous les dix jours ou toutes les trois semaines. Je regarde leurs parcelles, pour vérifier qu’il n’y a pas de mauvaises herbes ou de maladies. Après l’observation, je leur conseille et leur vends des produits phytosanitaires. »

Sur une trentaine d’exploitants contactés, Benoit Tréhin, affilié à D’aucy à Languidic, a été l’un des seuls à accepter de témoigner. « L’hiver, nous réalisons les prévisions de ce qu’il faut pour l’année, raconte-t-il. Le reste du temps, il [le technicien agricole] passe afin de contrôler les cultures, d’indiquer quand le produit doit être appliqué, quelle dose utiliser selon les maladies… Il me conseille aussi régulièrement au téléphone. »

Le technicien agricole suit les directives données par une fiche technique stricte, appelée cahier des charges. Ce document, transmis aux agriculteurs adhérents par la coopérative, préconise les traitements à effectuer pour chaque culture, comme pour le haricot ou le petit pois, produits phares de la marque.

Afin de lutter contre l’apparition de champignons dans les cultures, les agriculteurs ont le choix. Chez D’aucy, on leur propose par exemple d’utiliser de l’Azoxystar, un fongicide qui sert à traiter plus d’une vingtaine de cultures comme le pois, le blé ou le maïs. Entre la levée de la plante et sa récolte, une quinzaine de fongicides sont censés être pulvérisés.

« Les légumes sont les plus sujets aux maladies, donc on n’a pas le choix, assure Erwan*, agriculteur retraité, affilié à D’aucy pendant 38 ans. Cependant, on n’est pas obligé d’utiliser tous les produits qu’ils demandent. Mais si on ne met rien, ça se verra dans le cahier des traitements qu’il faut remplir après chaque épandage. »

Si l’agriculteur veut voir sa récolte acceptée, il n’a d’autre choix que de suivre ce cahier des charges. Il y est d’ailleurs précisé que les agriculteurs sont seuls responsables des résultats de l’application des pesticides sur leurs récoltes. Afin de minimiser les risques de résidus, le technicien indique aussi à l’agriculteur de respecter un délai entre l’application du produit et la récolte. Tous ces éléments préconisés par D’aucy conditionnent la production.

« Pour le moindre petit pois raté dans une boîte de conserve ou la présence de vers parasites, le consommateur porterait plainte », ajoute Erwan. Au point qu’au sein de la coopérative, un technicien spécialisé mesure au millimètre près la taille du petit pois.

La coopérative contrôle même le choix des cultures. Plusieurs mois avant la période des semis, la grande distribution fait un bilan sur les conserves vendues l’année précédente. En fonction des tendances observées, les supermarchés vont ordonner à D’aucy de se concentrer en priorité sur telle ou telle culture. La coopérative envoie alors une commande à ses agriculteurs, que ces derniers doivent suivre au pied de la lettre.

« Par exemple, si D’aucy demande 6 000 tonnes de petits pois, elle en prendra 6 000, pas moins, confirme Christophe Tachez, de la chambre d’agriculture du Morbihan. Souvent, la coopérative sollicite uniquement les agriculteurs les plus productifs dans la culture demandée. »

« Soit tu fermes ta gueule, soit tu t’en vas »

Certains agriculteurs dénoncent depuis des décennies la toute-puissance du groupe agro-alimentaire. Jean-Yves Guillaume, ancien élu à la chambre d’agriculture du Morbihan, s’est installé sur son exploitation à Moréac en 1976 puis est devenu adhérent de D’aucy (à l’époque Cecab). Mais il n’a pas supporté de subir les directives de la coopérative.

« J’ai rapidement constaté qu’elle commençait à remettre en cause le travail de ses adhérents, en mettant le nez dans leurs récoltes. C’est elle qui commande. Soit tu rentres dans le système et tu fermes ta gueule, soit tu t’en vas. C’est ce que j’ai fait en 1980. » Dans Ils ont voulu rester libres, un livre publié en 2018 qu’il a écrit avec quatre autres producteurs du département, le Morbihannais dénonce ces pratiques.

« Face à cette concentration et à une pression de plus en plus présente pendant les récoltes, les agriculteurs n’arrivaient plus à se défendre et à jouir d’une certaine liberté, explique-t-il. Nous nous sommes sentis dépossédés de nos droits face à la politique de rendement et de productivité instaurée par la coopérative. Cette dernière était déjà, à l’époque, pilotée par une logique de marché. »

Un modèle à bout de souffle mais qui résiste

Depuis ses débuts, le modèle agricole breton a subi de nombreuses crises structurelles. À l’image des grandes difficultés financières rencontrées par les sociétés Doux, Tilly-Sabco ou Marine Harvest, D’aucy connaît une situation économique de plus en plus instable. Entre 2013 et 2018, le groupe a vu son chiffre d’affaires s’affaisser de 2 à 1,2 milliard d’euros.

En 2014, D’aucy initie un processus de fusion avec Triskalia, également touché par cette crise financière. Le groupe finistérien a accusé une chute de 18 % de son chiffre d’affaires entre 2014 et 2018, à la suite de la crise de la filière porcine dans la région en 2013 et de celle du lait, en 2016. Implanté sur tout le territoire breton, il était auparavant un concurrent direct de D’aucy dans le secteur des coopératives agricoles polyvalentes.

Baptisée « Eureden », la structure rassemblera à partir de décembre 2020 plus de 25 000 agriculteurs, soit un tiers des actifs agricoles bretons. Elle envisage de totaliser 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires d’ici à 2025.

Serge Le Bartz, président du groupe D’aucy, se satisfait de cette opération : « La fusion permettra d’être plus compétitif sur le marché et aux agriculteurs de dégager un revenu supérieur. » En réalité, la création d’Eureden est surtout un moyen d’assurer la survie des deux coopératives.

L’objectif est d’éviter à tout prix la faillite. La chute de ces deux géants de l’agroalimentaire pourrait ébranler une économie régionale qui emploie, selon l’Insee, plus de 55 000 personnes en Bretagne. Dans un secteur de plus en plus concurrentiel, l’intérêt de la Région est donc de soutenir un modèle déjà en place.

« Cette fusion entre D’aucy et Triskalia diminue les risques de voir ces entreprises phagocytées par les grands groupes nationaux que sont Agrial et Terrena », argue Olivier Allain, vice-président de la Région en charge de l’agriculture.

La Bretagne est entrée en janvier 2019 au capital de D’aucy à hauteur d’un investissement de cinq millions d’euros (2,72 % du capital total du groupe). « La Région n’a pas vocation à devenir actionnaire de toutes les entreprises de Bretagne, mais il fallait montrer que nous étions aux côtés de D’aucy et de ses agriculteurs », justifie Loïg Chesnais-Girard, président socialiste du conseil régional.

Les coopératives disposent de relations privilégiées avec les élus locaux et les membres du gouvernement. François Allard-Huver, maître de conférences en communication stratégique et digitale à l’université de Lorraine, les a observées lors de ses différentes recherches sur les acteurs de l’agroalimentaire. « Les coopératives ont une importance dans le fonctionnement de la vie économique. Vous ne pouvez pas vous débarrasser d’un acteur qui amène de l’emploi. »

Conseil et vente : un divorce enfin prononcé

Construit sur un équilibre entre coopératives, agriculteurs, techniciens agricoles et distribution, ce modèle agricole pourrait sérieusement se fissurer. Le 24 avril, après des mois de négociations, le Conseil des ministres a signé quatre ordonnances dans le cadre de la loi Agriculture et alimentation (Egalim).

L’un des objectifs est la réduction de la consommation des pesticides, qui n’a pas été effective malgré les différents plans Écophyto. Pire, selon un communiqué du ministère de l’agricultu-re daté de juillet 2018, « l’utilisation des produits phytopharmaceutiques a globalement augmenté depuis le lancement du plan Écophyto en 2009 [+ 22 % entre 2008 et 2015, selon le service régional du ministère de l’agriculture pour l’Île-de-France ] ».

Afin d’inverser cette tendance, les activités de vente et de conseil sur les produits phyto-sanitaires seront séparées à partir de 2021. En 2017, Emmanuel Macron justifiait cette promesse de campagne par la volonté de changer profondément de système. « Sur beaucoup de produits phytosanitaires, il y a encore une vente liée, ce qui fait que le conseil n’est pas indépendant. »

D’après le ministère de l’agriculture et de l’alimentation, cette loi éviterait les conflits d’intérêts en donnant aux agriculteurs accès à des conseils moins attachés à la vente de pesticides.

Avec l’entrée en vigueur de ce texte, les entreprises agricoles comme D’aucy et Triskalia ne pourront plus avoir la double casquette de vente et de conseil. Le capital d’une entreprise de conseil ne pourra pas être détenu à plus de 32 % par des personnes exerçant une activité de vente, et inversement. Un choix crucial s’imposera : soit les entreprises s’occuperont uniquement du conseil sur les produits phytosanitaires aux agriculteurs, soit elles ne se chargeront plus que de la vente.

L’agriculteur risque désormais de devoir payer le conseil comme un service à part entière, alors qu’il était auparavant compris dans un « pack avec la vente », explique Hugues, le technicien agricole de Triskalia. Benoît Tréhin redoute quant à lui des prestations plus élevées. Une situation encore difficile à cerner pour les exploitants comme Bertrand Chevalier, affilié au groupe D’aucy à Noyal-Muzillac : « On ne sait pas du tout où on va, c’est le flou complet. »

Les entreprises agricoles, qui ont moins de deux ans pour se préparer à cette nouvelle organisation, s’interrogent.« La loi est la loi, on va s’aligner sur la réglementation, affirme Serge Le Bartz. Il faut simplement nous laisser le temps de la mettre en œuvre mais évidemment, ça va être compliqué. »

Vincent Magdelaine, directeur général de Coop de France, partage cette crainte. «Quand on fait disparaître une branche d’activité dans une entreprise, on est obligé de supprimer des emplois.»  Même son de cloche à Triskalia où Pierre Antonny, directeur de l’agrofourniture et du végétal, admet que « la moitié des effectifs parmi les 400 salariés et 150 techniciens pourraient être réorientés ».

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Des négociations sous influence

Avant l’adoption de cette nouvelle réglementation qui met en cause leur modèle économique, les coopératives ont tout fait pour essayer d’en amoindrir les effets. Et notamment lors des réunions organisées avec les ministères de l’agriculture et de la transition écologique avec, autour de la table, près d’une quarantaine de représentants des syndicats agricoles, des chambres d’agriculture, de la coopération, du négoce, du conseil indépendant, des entrepreneurs de travaux agricoles ou encore des associations environnementales.

L’objectif initial du gouvernement était d’imposer une séparation capitalistique totale entre l’activité de vente et de conseil. Pour François Veillerette, directeur de l’ONG écologiste Générations futures, l’ordonnance publiée le 25 avril au Journal officiel représente une avancée sans pour autant satisfaire toutes ses exigences.

« Avec un certain nombre de personnes, on pensait pouvoir créer une profession de conseiller 100 % indépendante. Mais on avait anticipé la complexité des discussions. On savait bien qu’il y aurait un compromis, car on ne sentait pas une volonté politique de vouloir couper les ponts avec les coopératives. C’est ce qu’il s’est passé. »

Certains acteurs ont pesé sur le texte final, à tel point que la version adoptée est qualifiée de « dégradée » par un représentant du Pôle du conseil indépendant en agriculture (PCIA), présent tout au long des réunions. Lors de la seconde session de travail, en septembre 2018, plusieurs parties prenantes opposées à la séparation capitalistique totale ont entamé un boycott des négociations.

« La FNSEA, Coop de France, l’Union des industries de la protection des plantes ou encore l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture ont quitté la salle au bout d’une heure et demie », se souvient Claudine Joly, représentante de France Nature Environnement à ces réunions. Pour le PCIA, « c’était du chantage digne des écoles maternelles. Une véritable catastrophe ».

Sous la pression des frondeurs, le gouvernement a reculé et donc opté pour une séparation partielle – un véritable tour de force réalisé par les représentants des coopératives, en pleine période de contestation des « gilets jaunes ». « Comme les membres du gouvernement ne voulaient pas d’autres problèmes, les portes arrière des différents ministères se sont probablement ouvertes avec du chantage à l’appui. Et pour ne pas faire de remue-ménage, ils ont fini par céder », pense l’un des membres du PCIA.

Une affirmation corroborée par le document ci-dessous. Il s’agit du support de présentation élaboré par les représentants des ministères de la transition écologique et de l’agriculture, lors de la fameuse réunion du 28 septembre 2018. Dans cet extrait, il est mentionné le contenu de la première version du projet d’ordonnance, où il est question d’imposer une séparation capitalistique des structures exerçant des activités de conseil et de vente.

Cette séparation se devait d’être totale, puisqu’il est écrit que « le capital de la personne agréée pour le conseil ne peut être détenu directement ou indirectement par celles agréées pour la vente et l’application ou exerçant l’activité de mise sur le marché de produits phytopharma-ceutiques ». Un point d’ailleurs inscrit dans le premier projet d’ordonnance, ci-dessous. Ce passage sur la séparation capitalistique sera finalement effacé du texte final, plus édulcoré.

 La version définitive du texte d’ordonnance, publiée le 25 avril 2019 au Journal officiel, prévoit une séparation capitalistique partielle. Un point qui n’était pas inscrit dans la première version rédigée qui s’orientait plutôt vers une séparation totale. © Capture d’écran legifrance.gouv.fr

Plusieurs professionnels critiquent un revirement laxiste : « Il y aura une autonomie mais pas une indépendance », observe Jean-Marie Séronie, agroéconomiste. « Malheureusement, ils ont lâché du lest et au final, cette mesure est un éléphant qui accouche d’une souris », lâche un représentant du PCIA.

Si le rapport de force « n’était pas favorable », François Veillerette reconnaît « une demi-victoire. Dans le camp d’en face, ils n’étaient pas très contents et n’ont pas le sentiment d’avoir gagné ».

Une impression partagée par les représentants du secteur de la coopération agricole. « Nous ne sommes pas gagnants sur cette ordonnance qui représente un gros bouleversement pour l’ensemble du secteur agricole. Nous serons vigilants par rapport au maintien des entreprises coopératives sur le territoire pour assurer la proximité avec les adhérents. En espérant un soutien par rapport aux emplois à préserver », souffle Émilie Rannou, responsable des relations adhérents-coopératives à Coop de France.

Du côté des représentants du PCIA, le ton est plus nuancé. « Les coops et les négoces vont toujours dire que c’est dur. C’est logique. Dans les campagnes, il y a un vieux proverbe qui dit “Qui pigne, vit”. Donc il faut toujours pigner. Puis, une fois les négociations terminées, je les ai entendus lâcher, en aparté : “C’est super ce qu’on a obtenu.” »

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Un budget exorbitant consacré au lobbying

D’autres jeux d’influence ont œuvré à l’Assemblée nationale. Pendant la période d’examen de la loi, en 2018, la FNSEA a doublé ses moyens consacrés au lobbying (300 à 400 000 euros en 2017, contre 800 à 900 000 euros en 2018). Par ailleurs, le nombre de ses représentants d’intérêts a augmenté de cinq à onze personnes et leurs actions ont doublé, passant de 51 à 103 entre ces deux dernières années. Au total, le syndicat est intervenu quatre fois sur le texte de loi de séparation et 37 fois sur l’ensemble de la loi Egalim, selon la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).

La HATVP indique également que les lobbyistes de la FNSEA et de Coop de France (à laquelle adhèrent Triskalia et D’aucy) ont interpellé les parlementaires et les membres du gouvernement à plusieurs reprises concernant l’ordonnance.

« Comme on est en train de bouleverser le fonctionnement des coopératives, elles ne sont pas très satisfaites. Les parlementaires reçoivent donc des mails de lobbys, à propos des semences, des produits phytosanitaires… », détaille Sandrine Le Feur, députée LREM du Finistère et rapporteuse de la loi Egalim.

« Les lobbys ont le droit d’informer les élus et de leur exposer la situation, poursuit l’élue bretonne, qui reste consciente des problèmes que peuvent provoquer ce genre de pratiques. Cela doit rester de l’information, les lobbys ne doivent pas faire pression avant le vote au risque d’influencer notre choix final. »

Face à cette nouvelle législation qui met en péril leur mainmise sur le milieu agricole, les coopératives agissent pour préserver des activités centrales dans leur modèle économique. Et ce au détriment des agriculteurs, obligés de respecter les règles de ces géants de l’agroalimentaire.

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Une émancipation impossible ?

Malgré la crise qui touche le secteur, le modèle coopératif demeurerait toutefois indispensable aux producteurs. Selon Coop de France, trois quarts des agriculteurs français sont affiliés aux quelque 2 400 coopératives de l’Hexagone. La raison de cette collaboration est principalement financière : la coopérative garantit un salaire à ses adhérents en s’occupant de la transformation et de la vente des récoltes.

« Les agriculteurs n’ont pas le temps de vendre eux-mêmes leurs produits, analyse Xavier Coquil, chercheur à l’Inra. C’est une activité différente de leur métier, qui ne les intéresse pas et qu’ils n’ont pas envie d’exercer. À ce titre, les coopératives sont des institutions de sous-traitance indispensables. »

Affilié à D’aucy, un producteur bio morbihannais, qui a tenu à garder l’anonymat, explique la nécessité de travailler avec des coopératives : « Je vends aussi en circuits courts, mais le salaire que je touche est tellement instable que je ne peux pas en faire ma seule source de revenus. D’ailleurs, même si je vendais toutes mes récoltes par ce biais, je n’aurais pas assez d’argent pour vivre tous les mois. »

En France, les revenus des agriculteurs restent peu élevés. Selon des statistiques de la Mutualité sociale agricole, en 2017, ils gagnaient en moyenne 1 250 euros par mois. 30 % d’entre eux percevaient moins de 350 euros mensuels. Ces revenus fluctuent selon l’évolution des prix à la tonne des produits et selon les rendements.

Pour les légumes industriels, la spécialité de D’aucy, ces prix à la tonne sont fixés avant même la période des semis et sans que les agriculteurs aient leur mot à dire, explique Guy*, technicien agricole du groupe. « La coopérative négocie avec des industriels chargés de la transformation, qui ont fait de même avec la grande distribution. » Or chez D’aucy, l’industriel et la coopérative font partie de la même entité : le groupe se charge aussi bien de la production que de la transformation des récoltes.

« En partant de là, la coopérative fixe un prix de production pour l’agriculteur (une culture à 100 euros la tonne, par exemple), qui est payé en fonction de son rendement, ajoute le technicien. S’il produit 4 tonnes, il gagne 400 euros ; s’il produit 10 tonnes, il en gagne 1 000. » En cultures industrielles chez D’aucy, les agriculteurs sont payés une fois tous les 45 jours par la coopérative.

Benoît Tréhin, l’agriculteur pour D’aucy, explique que le fonctionnement n’est pas le même pour les céréales. « Le changement du prix à la tonne peut être assez violent. L’an dernier, il y a des mois où j’ai vendu ma tonne de blé à 150 euros et d’autres où je l’ai vendue à 190 euros. Ce n’est pas anodin. »

Le recours aux produits phytosanitaires est perçu par les agriculteurs comme un moyen de s’assurer une récolte stable, ou du moins de réduire les risques de pertes liés aux maladies et à la météo. « Je ne dis pas que les pesticides sont une bonne chose, mais aujourd’hui je ne suis pas dans l’optique de faire sans », concède Benoît Tréhin, qui voit l’agriculture biologique comme un modèle « trop compliqué à gérer ».

La coopérative maîtrise donc une grande partie des tenants de la filière agricole, de la vente des productions à la négociation des prix, en passant par le conseil et la vente de produits phytosanitaires. Le constat d’agriculteurs enfermés dans ce modèle est flagrant : la dimension de sous-traitance des coopératives leur confère une place difficile à questionner. Rares sont les professionnels à ne pas être affiliés à l’une d’entre elles. « En travaillant avec D’aucy, on s’occupe juste des traitements, indique Bertrand Chevalier. C’est eux qui viennent récolter la production et on leur paye la prestation. »

La structure s’avère également nécessaire pour la transformation et la commercialisation des produits, souligne Benoît Tréhin : « Je travaille avec la coopérative Terrena parce qu’ils ont des abattoirs. Le jour où le marché ralentit, un agriculteur non affilié à celle-ci ne sera pas prioritaire pour l’abattage. Le but, c’est quand même de gagner sa croûte. »

Un rôle indispensable auquel s’ajoute un fort ancrage territorial : dans le centre-Morbihan, les exploitations s’agrègent autour des usines de transformation et de production gérées par D’aucy. « C’est plus facile de faire du haricot dans cette zone car la coopérative ne fera pas 100 kilomètres pour récupérer sa production », souligne Erwan. Un moyen de réduire les dépenses liées au transport et de concentrer agriculteurs et coopérative au sein d’un territoire restreint, dans un système focalisé sur la rationalisation des coûts.Tout laisse à penser que les agriculteurs n’ont pas les moyens de sortir du système des coopératives. Les raisons sont multiples et beaucoup d’agriculteurs défendent une vision pragmatique, à l’instar de Bertrand Chevalier : « De toute façon, dans le coin, en légumes, il n’y a que D’aucy et Triskalia. Avec la fusion, il n’y aura plus qu’une option. »

4 juillet 2019 Par Aurélien Defer, Maud Gautier, Annabelle Georges, Dorian Girard, Sarah Hadrane, Antoine Irrien, Briac Julliand, Hugo Pigeon et Nicolas Pineau (IUT De Lannion)

https://www.mediapart.fr/

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06 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

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Pénurie d’eau

Une quarantaine de départements concernés par des restrictions

Les préfectures de plusieurs départements ont dû prendre des mesures de restrictions d’eau. Pour treize d’entre eux, le niveau « crise » a été atteint.

C’est un effet collatéral de la canicule de fin juin et du retour de la chaleur en cette fin de semaine : les réserves d’eau baissent. A tel point que les préfectures de 38 départements ont pris des mesures de restrictions, selon le site ministériel Propluvia.

Samedi à 10 heures, 13 départements avaient même atteint le niveau « crise », le plus haut seuil d’alerte existant. Il s’agit de la Loire-Atlantique, la Vendée, les Deux-Sèvres, la Vienne, l’Indre, le Loir-et-Cher, le Loiret, l’Allier, le Puy-de-Dôme, le Lot, le Tarn, le Tarn-et-Garonne et le Gers.

Il existe trois niveaux de restriction : l’alerte de niveau 1, l’alerte renforcée et enfin le niveau crise qui interdit les prélèvements non prioritaires y compris à des fins agricoles. La chasse au gibier d’eau et oiseaux de passage est également interdite dans les marais breton et poitevin.

Pas assez de précipitations en Vendée

La Vendée reste le département le plus touché avec une grande partie de son territoire concerné. « Ces derniers jours, le département a fait face à de très fortes chaleurs et aucune précipitation significative n’a été constatée », souligne la préfecture dans un communiqué, en invitant chaque utilisateur d’eau à « agir afin de maîtriser sa consommation ».

Le préfet de Loire-Atlantique a également annoncé des restrictions vendredi soir avec notamment des interdictions de « remplissage et mise à niveau des plans d’eau et des piscines, nettoyage des véhicules, des bâtiments, des terrasses et des voiries, alimentation des fontaines et douches de plage » sur une partie du département.

Le préfet de l’Isère a pour sa part placé une nappe d’eau, celle des Quatre Vallées Bas Dauphiné, en alerte sécheresse, et une autre, la nappe de l’Est Lyonnais, en alerte renforcée.

Un risque de sécheresse en Bourgogne ou dans le Sud de l’Alsace

Selon le Bureau de recherches géologiques et minières, de nombreuses nappes phréatiques en France affichent des niveaux « peu satisfaisants » et « inférieurs » à ceux de l’an dernier. Au 1er juin, 59% des nappes se situaient à un niveau « modérément bas à bas ».

Cet été prévu plus chaud que la normale, l’établissement public s’attend à des problèmes dans certaines régions (Sud de l’Alsace, Bourgogne, amont du Rhône) où les niveaux d’aquifères sont proches des minima enregistrés pour un mois de mai.

6 juillet 2019 Gaël Vaillant

https://www.lejdd.fr/

jdd

Lire aussi:

Faut-il s’inquiéter d’une pénurie d’eau en France? (JDD)

«Les canicules ne sont plus des phénomènes naturels» (Reporterre)

Commentaire:

Et l’industrie agro-alimentaire qui transforme le maïs et autres plantes, en « bio » carburant (agro-carburant) pour notre essence « bio » ? Ces capitalistes vont accepter des restrictions? (Et les riches vider leurs piscines?)

 

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05 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

apartheid climatique (npa)

 clim

Apartheid climatique

Gérard Delteil, que les lecteurs de l’Anticapitaliste connaissent bien, décrit un Paris de l’avenir dans un livre publié en 1990, Balles de charité. Ce Paris connait un véritable apartheid social et climatique et est divisé en zones entre lesquelles la circulation est limitée et contrôlée.

L’apartheid climatique, c’est précisément la perspective que dénonce Philip Alston, rapporteur spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté et les droits humains, qui a déclaré que les effets du réchauffement climatique risquent de porter atteinte non seulement aux droits fondamentaux à la vie, à l’eau, à l’alimentation et au logement de centaines de millions de personnes, mais aussi à la démocratie.

Son rapport conclut : « Les droits de l’homme pourraient ne pas survivre aux bouleversements à venir. »

Le rapport déclare que la crise climatique frappera le plus brutalement celles et ceux qui vivent dans la pauvreté, beaucoup d’entre elles et eux perdant l’accès à une nourriture et à de l’eau adéquates.

« Nous risquons un scénario « d’apartheid climatique » où les riches paient pour échapper à la surchauffe, à la faim et aux conflits alors que le reste du monde est abandonné à ses souffrances ».

Et d’illustrer son propos : « Lorsque l’ouragan Sandy a fait des ravages à New York en 2012, privant les New-Yorkais vulnérables et à faible revenu d’électricité et de soins de santé, le siège de Goldman Sachs a été protégé par des dizaines de milliers de ses propres sacs de sable et l’électricité produite par son générateur. »

La société décrite par Delteil se profile…

Une preuve de plus que lutte contre le changement climatique et anticapitalisme sont inextricablement liés, quoi qu’en pensent un certain nombre de politiciens qui font de l’écologie un fonds de commerce électoral.

HW Vendredi 5 juillet 2019

https://npa2009.org/

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