Archive | Luttes écolos en Bretagne

05 avril 2020 ~ 0 Commentaire

pollution (fr3)

eaux et rivieres

Bretagne: la pollution des rivières continue de plus belle

Depuis le 17 mars, ni pêcheurs, ni promeneurs au bord de l’eau, personne ne veille plus sur les rivières, pas même les riverains cantonnés chez eux. Pourtant les rivières fournissent 80% de l’eau potable bretonne et abritent une part extrêmement importante de la biodiversité.

Le confinement a débuté juste après l’ouverture de la truite. Au moins pouvait-on penser que goujons et truitelles profiteraient de l’aubaine pour croitre et se multiplier en toute tranquillité. Que nenni ! Car ce n’est pas du pêcheur que la truite a le plus à craindre : c’est du pollueur.
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Pêcheurs confinés, rivières en danger
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Contrairement aux oiseaux qui retrouvent une certaine tranquillité dans l’espace naturel, et à une grande partie de la faune qui sort du bois pour s’enhardir dans les champs, sur les routes et même dans les lotissements, les poissons eux, ont plus à perdre qu’à gagner de ce confinement général. Il suffit d’un humain irrespectueux des règles environnementales pour tuer les poissons sur plusieurs kilomètres de rivière.La tension monte un peu entre la Fédération de pêche d’Ille-et-Vilaine et les services de l’État en charge de la surveillance des cours d’eau. Depuis le début du confinement plus personne n’est au bord des rivières pour dissuader certains pollueurs.
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Ni les pêcheurs qui ne manquent pas de signaler les pollutions, ni la police de l’environnement, l’Office français de la biodiversité (OFB) dont les effectifs déjà minces, sont priorisés sur d’autres fronts, selon Jérémy Grandière, le président de la Fédération des pêcheurs d’Ille-et-Vilaine. Et il le déplore :

Certains profitent de la situation pour se débarrasser de matières polluantes qui les encombrent. Dans le monde agricole certains exploitants ne respectent pas les règles de distance des cours d’eau ou déversent du lisier à forte dose pour gagner du temps.

Et d’ajouter : « Quand il n’y a plus de pêcheurs au bord de l’eau, ça n’a pas du tout un impact positif. Les pêcheurs sont les sentinelles des rivières. Ce sont eux, avec les promeneurs, les kayakistes et les riverains, qui sont les meilleurs garants du respect des cours d’eau, de la faune et de la flore aquatique ».

Épandages de lisier à outrance

Le confinement contre le Covid-19 a entraîné une absence totale de surveillance. En cette période de printemps, les agriculteurs fertilisent leurs prairies ou la terre qu’ils préparent en vue de semer certaines cultures gourmandes en engrais. Les prairies servent de zones d’épandage aux éleveurs de cochons ou de bovins. Ils se débarrassent ainsi des purins et lisiers qui sont des engrais naturels pour les prairies ou les cultures, à condition de respecter certaines règles.

Les bonnes pratiques d’épandage du lisier

Un exercice qui n’est pas toujours facile : il faut épandre la bonne dose au bon endroit et au bon moment. Certaines techniques d’enfouissement évitent aussi la pollution de l’air. Normalement les agriculteurs doivent épandre le lisier en respectant des distances réglementaires par rapport aux fossés, ruisseaux et rivières, de 35 mètres. Cette distance est réduite à 10 mètres si l’agriculteur  préserve une zone d’herbage permanente dans cette bande qui fait tampon contre les pollutions accidentelles.

Ensuite il faut réunir plusieurs conditions. Ne pas épandre plus de liquide que la surface agricole est capable d’en absorber. Respecter les conditions météorologiques : une terre trop détrempée avant l’épandage ou la pluie qui tombe trop rapidement après l’opération, entraîne le lisier vers la rivière.

Dans ce cas c’est la mort des poissons soit parce que le produit ou sa concentration empoisonne directement la faune piscicole, soit parce qu’il asphyxie la rivière en la privant de son oxygène. Tous les produits biologiques issus du vivant, se dégradent dans l’eau en absorbant l’oxygène.

À Romagné, c’est un affluent du Couesnon, le ruisseau du Thouru, qui a été pollué de cette façon. Un crève-coeur pour les pêcheurs. C’était une réserve de reproduction de truites naturelles. Cinq générations de truites et truitelles sont ainsi mortes. Plusieurs années de travail de la Fédération de pêche réduites à néant; et il faudra autant de temps pour reconstituer cette réserve de biodiversité dont les poissons ne sont que la partie visible.

Recrudescences d’infractions

Ces derniers jours, d’autres cas de pollutions agricoles ont eu lieu sur les communes d’Iffendic et de Bazouge-du-Désert. Mais il n’y a malheureusement  pas que les épandages de lisiers pour polluer l’eau.

Ainsi, du coté de Vitré, la Fédération de pêche a aussi porté plainte pour une forte pollution aux hydrocarbures en provenance d’une entreprise de BTP. Une enquête est en cours. Un déver-sement toxique de plusieurs centaines de litres dans le réseau des eaux pluviales qui rejoint la Vilaine. Faut-il rappeler qu’en Bretagne 80% de l’eau que nous buvons provient des rivières?

Marc-André Mouchère 05/04/2020

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

Commentaire:

Le message de Macron, c’est: « Polluez, je vous couvre ».

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01 avril 2020 ~ 0 Commentaire

alimentation (nueva tribuna)

malbouffe
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La fragilité du système alimentaire mondial à l’époque des coronavirus
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L’approvisionnement est-il garanti ?
Y a-t-il des risques dans la chaîne alimentaire?
Que se passerait-il si les pays commençaient à fermer les frontières, ou simplement à stocker la  la nourriture par peur de la pénurie?
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Depuis le début de cette crise des coronavirus, l’un des problèmes les plus importants qui inquiètent la population, outre l’impact de la maladie elle-même, est la sécurité de notre chaîne d’approvisionnement alimentaire.
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Peu de temps après l’état d’alerte, des files d’attente sont apparues dans les supermarchés, des pénuries sur les étagères, et cette angoisse, évidemment, s’est propagée comme une vague aux différents pays menacés par le virus.
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Rapidement, les gouvernements et les médias sont sortis pour nous transmettre un message univoque: les chaînes de supermarchés assurent l’arrivée de la nourriture. Ces chaînes de distribution, d’importation et d’exportation, l’agroalimentaire, les intermédiaires etc . qui étaient auparavant la cible des exigences apparaissent désormais essentiels, et d’une certaine manière il en est ainsi. Parce que nous n’avons pas d’autre choix, c’est le modèle dominant.
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Avec ce message, la population semble s’être calmée et nous sommes revenus à la normale. En quelques heures, on a effectivement transmis le message que l’approvisionnement est garanti . Mais en est-il ainsi? N’y a-t-il pas de risques dans la chaîne alimentaire? Que se passerait-il si les pays commençaient à fermer les frontières, ou simplement à stocker la nourriture par peur de la pénurie?
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.Plusieurs pays ont déjà commencé à accumuler des réserves alimentaires et des récoltes
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Selon Bloomberg, plusieurs pays ont déjà commencé à accumuler des réserves de nourriture et des récoltes, le Kazakhstan, l’un des plus grands producteurs de blé et a interdit les exporta-tions, le Vietnam a également suspendu temporairement l’exportation de riz.
Nous ne savons toujours pas si cette situation n’est que ponctuelle et marginale, ou va-t-elle devenir un mouvement qui brise la chaîne du commerce alimentaire mondial, et nous entrons comme en 2008 dans une crise alimentaire due à la hausse soudaine et dramatique des prix des denrées de base.
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La FAO elle-même vient d’avertir que la progression du coronavirus affecte l’offre et la demande de nourriture.Tant en raison de l’impact de la maladie, du manque de mobilité, de la limitation des transports ou du manque d’accès au crédit pour les producteurs,  des épisodes de manque de sécurité alimentaire sont possibles, notamment dans les pays les plus pauvres. 
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« Il est bon de savoir que notre alimentation dépendra des immigrés qu’on veut expulser »
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La réalité est que dans le cas espagnol et européen, nous avons une dépendance extraordinaire vis-à-vis des marchés étrangers et des importations alimentaires.
Pas seulement cela, notre nourriture est basée sur la main-d’œuvre immigrée, dans de nombreux cas précaire et qui avec la fermeture des frontières ne peut plus venir. Cela compromet la campagne de récolte des fruits, ce qui nous montre que la fragilité de notre système alimentaire est très élevée.
Près du quart de l’affiliation à la sécurité sociale du régime agraire spécial est de nationalité étrangère. Dans certaines régions, comme Huelva, Almería, Murcie ou Albacete, ce pourcentage monte à 40% et dans les zones de fruits et légumes , il dépend jusqu’à 90% des saisonniers.
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À tel point qu’en Allemagne, les alarmes ont déjà sonné qu’en raison de la fermeture des frontières, les récoltes des fraises et des asperges est déjà en danger.Maintenant, nous ne pouvons que rechercher des solutions urgentes telles que la régularisation des immigrants irréguliers très persécutés qui sont déjà là.
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Il est bon de savoir que notre alimentation dépendra des immigrants qui risquent être expulsés.Ce système est basé sur du pétrole bon marché, sur des aliments dits « kilométriques ». Pour se faire une idée, la distance moyenne parcourue par un aliment avant d’atteindre notre assiette est de 5 000 km.
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On peut croire que les aliments kilométriques sont les « desserts coloniaux », c’est-à-dire le café, le sucre, le cacao ou le thé, par exemple. En réalité, ces produits sont minoritaires dans les allées et venues de la nourriture espagnole ou européenne. Si nous continuons à agrandir le zoom, nous trouvons des aliments traditionnellement locaux mais nous savons qu’ils viennent de plus loin (pois chiches, lentilles, blé, oranges, pommes, raisins, melons, etc.)
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Au cours des 10 dernières années, l’importation des denrées alimentaires dans l’État espagnol a augmenté de 66%
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A Barcelone, par exemple, avec les kilomètres parcourus par 5 produits (pommes, raisins, riz, pommes de terre et crevettes), nous avons quasiment fait le tour de la terre (39 000 km), alors qu’en réalité tous ces produits peuvent être trouvés dans un rayon de moins de 100 km. Au cours des 10 dernières années, l’importation de denrées alimentaires dans l’État espagnol a augmenté de 66%.
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À partir des données, nous pouvons calculer, le jour de l’année où nous cessons d’avoir notre propre nourriture et commençons à consommer des aliments importés.Nous avons du blé jusqu’au 1er février, à partir de cette date, tout est importé, du maïs jusqu’au 22 juin, des lentilles jusqu’au 1er mars, des haricots verts le 27 février, du lait jusqu’au 20 août. Nos aliments de base dépendent des importations.
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Nous devons mettre le problème sur la table et débattre, s’il est vrai que ce système mondialisé actuel est vraiment si sûr, ou s’il y a une bonne partie du message qui repose sur un cadre idéologique néolibéral.
Nous savons que les systèmes alimentaires locaux, plus territorialisés et basés sur les marchés intérieurs, sont plus résilients et essentiels pour assurer la sécurité alimentaire de la population et lutter contre le changement climatique.
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Nous sommes liés à un modèle caractérisé par une maîtrise de la chaîne alimentaire par des oligopole, quelques multinationales de la grande distribution et de l’agro-industrie
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Aujourd’hui, nous n’avons pas de système basé sur la souveraineté alimentaire, nous sommes liés à un modèle de contrôle de la chaîne alimentaire par des oligopoles:  quelques multinationales de la grande distribution et de l’agro-industrie.
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Un modèle qui devient fragile dans les crises mondiales comme celle que nous vivons, mais qui est également irrationnel en termes de changement climatique, en termes de santé, en termes d’implication dans l’évolution du régime alimentaire et de l’augmentation des maladies. De plus il provoque l’exode et la crise du monde rural.Nous savons que ce modèle alimentaire dépend également des marchés financiers et en temps de crise, de volatilité, d’incertitude, ils sont la base pour gagner de l’argent avec la nourriture.
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Souvenons-nous qu’après la crise de spéculation alimentaire de 2008, les pays membres du G20 et l’UE n’ont pas réglementé ou limité ces marchés ou ces pratiques spéculatives sauvages. Et la situation est à nouveau dangereuse.Pour le moment, il est urgent que l’Union Européenne et les États du G20 s’accordent sur le contrôle, la réglementation et la transparence des marchés alimentaires internationaux et exigent que les banques évitent des mouvements spéculatifs qui vont sûrement se produire. Nous nous retrouverions plongés dans une crise alimentaire.Lorsque nous sortirons de cette crise, nous devront changer beaucoup de choses et deux d’entre elles: récupérer notre souveraineté alimentaire et  parier une fois pour toutes sur les systèmes alimentaires locaux.
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Javier Guzmán 30/03/20
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31 mars 2020 ~ 0 Commentaire

air (eau et rivières)

air

Pollution de l’air :

Encadrer les épandages pour limiter la propagation du coronavirus

Les concentrations en particules fines PM10 mesurées samedi 27 mars, sur le nord de la Bretagne dépassent le seuil d’Information-Recommandation, explique Air Breizh.

Les épandages agricoles sont en partie responsables de la mauvaise qualité de l’air actuellement. Cet épisode de pollution amplifie la détresse respiratoire des malades atteints du coronavirus. Nous demandons donc des mesures exceptionnelles de restriction d’épandage.

Alors que partout en France le niveau de pollution atmosphérique atteint des niveaux très bas, on constate qu’en Bretagne et sur la partie nord de la France, ces niveaux de pollution restent très élevés. Ce phénomène, constaté par Air Breizh, vient d’être mis en évidence par les scientifiques de Air santé climat, qui en attribuent la cause aux épandages agricoles qui, de mars à mai, sont grands pourvoyeurs de particules fines et responsables de pics de pollution.

En plus de fragiliser notre système immunitaire et de nous rendre plus sensibles aux infections notamment virales, la pollution de l’air amplifie la diffusion et la transmission des agents pathogènes tels que le coronavirus. Ces épisodes de pollution amplifient la détresse respiratoire des malades atteints du coronavirus et compliquent les soins qui leur sont apportés.

Nos préconisations pour la qualité de l’air

En avril dernier déjà, Eau et Rivières de Bretagne alertait sur le rôle de l’élevage dans la pollution de l’air.

En juin 2019, notre association organisait le colloque « Pollution de l’air à l’ammoniac issu des élevages agricoles, tous concernés » avec de nombreux acteurs de la qualité de l’air. Suite  à nos débats, la commission agriculture et eau de l’association a élaboré un plaidoyer dont voici les préconisations.

UNE MEILLEURE CONNAISSANCE DE LA QUALITÉ DE L’AIR :

  • Révision des modèles de surveillance de la qualité de l’air
  • Création de stations de mesures des concentrations réelles d’ammoniac de l’air
  • Développement des dispositifs d’alerte vers les agriculteurs en cas de pic de pollution

UN CHANGEMENT DES PRATIQUES AGRICOLES :

  • Réduction et meilleures techniques d’apport des produits organiques, réduction des engrais azotés et choix d’engrais moins émissifs, meilleure gestion des effluents au bâtiment et au stockage…
  • Interdiction des techniques d’épandages les plus émissives et des engrais les plus émissifs
  • Mesures de restriction de l’épandage lors des pics de pollution
  • Réduction obligatoire des émissions pour tous les élevages industriels les plus polluants
  • Aides accrues pour des pratiques moins émissives : systèmes herbagers, porcs sur paille, volailles en plein air…
  • Taxation des engrais azotés les plus polluants à base d’urée

UN CHANGEMENT DE MODÈLE AGRICOLE :

  • Une réduction des cheptels bretons et une meilleure répartition de l’élevage sur le territoire français
  • Une prochaine révision de la Politique Agricole Commune où les financements soient liés à des mesures obligatoires de réduction de la pollution de l’air
  • Une formation agricole initiale et continue à une transition agricole répondant à une feuille de route alimentaire, charpentée par un « plan protéines » visant la réduction de la production de protéines animale au bénéfice des protéines végétales, dont le bilan carbone et azote est nettement plus faible

Notre demande aujourd’hui

Aujourd’hui, vu la gravité de la situation sanitaire actuelle et en vertu du principe de précaution, nous nous mobilisons avec d’autres organisations associatives pour réclamer auprès des pouvoirs publics des mesures exceptionnelles de restriction de l’épandage.

Par ailleurs, les pesticides aggravent également la détresse respiratoire des malades. Nous demandons ainsi que les pulvérisations de pesticides de synthèse soient suspendues.

Retrouvez ici le communiqué signé par Eau et Rivières de Bretagne, le Collectif de soutien aux victimes de pesticides, Nous voulons des coquelicots et l’Arbre indispensable.

Retrouvez la brochure de 4 pages sur l’ammoniac issu des élevages agricoles, publiée par Eau & Rivières de Bretagne à l’issue du colloque de juin 2019

31 mars 2020

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29 mars 2020 ~ 0 Commentaire

écosystèmes (courrier-inter reporterre)

bio

La destruction des écosystèmes favorise l’émergence d’épidémies

Les scientifiques “chasseurs de virus” alertent depuis plus de dix ans sur l’apparition de nouvelles maladies liées à la déforestation. Paludisme, Ebola, Covid-19…. l’agression humaine aux écosystèmes finit par mettre en péril des vies humaines.

L’apparition de ces étonnants agents pathogènes nouveaux, comme le coronavirus responsable du Covid-19, n’est rien d’autre que le résultat de l’anéantissement des écosystèmes, dont souffrent en particulier les zones tropicales, où ils sont détruits pour faire place à des mono-cultures intensives industrielles. L’émergence de ces maladies découle aussi de la manipulation et du trafic de la faune et de la flore sylvestres, souvent menacées d’extinction.

Il y a une dizaine d’années déjà que les scientifiques étudient les liens entre l’explosion des maladies virales et la déforestation. Ce n’est pas quand un bulldozer écrase tout sur son passage sur une montagne grouillante de vie que le phénomène est visible : c’est quand apparaissent chez les individus des symptômes étranges et des maux jusque-là inconnus.

De nouveaux foyers d’épidémies

Le constat est établi dans de nombreux pays, de l’Asie du Sud-Est jusqu’à l’Amérique latine, avec des spécificités, des difficultés et des dynamiques propres à chacun. Cependant, il s’agit au fond partout de la même chose : d’une conception extractiviste du monde vivant, qui conduit l’humanité à mettre en péril sa propre existence. Et contre cela, aucune solution hydroalcoolique ne peut rien.

Carlos Zambrana-Torrelio est un chercheur bolivien et le vice-président d’EcoHealth Alliance, une organisation spécialisée dans l’étude des relations entre environnement et pathologies émergentes, dont le siège est à New York. Il sillonne les zones sensibles de la planète et travaille sur leurs relations entre elles, et avec leur écosystème.

Les zoonoses, ces maladies transmissibles de l’animal à l’homme, ont toujours existé partout dans le monde, sans toutefois prendre systématiquement une ampleur internationale – elles sont généralement contenues, ou ne trouvent pas les conditions nécessaires pour se propager.

Ainsi en juin dernier, un nouveau foyer épidémique a été identifié en Bolivie, causé par le virus Chapare [du nom d’une province de la région de Cochabamba, au cœur du pays].

L’amputation des forêts tropicales en cause

Ce dernier avait été identifié pour la première fois en 2003 dans la région de Cochabamba, une zone déboisée au profit de rizières où la récolte se fait, en règle générale, manuellement – les paysans qui en vivent habitent donc à proximité des plantations.

Or voilà que, seize ans plus tard, est arrivé dans des services d’urgence de la région de La Paz [à plus de 300 kilomètres] un homme présentant des symptômes que les médecins n’ont pas identifiés immédiatement. Nul ne sait comment le virus qu’il avait contracté a voyagé depuis les rizières tropicales jusqu’aux altitudes andines.

Carlos Zambrana-Torrelio travaille en Afrique, en particulier au Liberia et en Sierra Leone, où l’épidémie d’Ebola a surpris tout le monde par sa virulence.

Là-bas aussi, c’est la fragmentation de la forêt tropicale qui fut la première cause de la maladie : le déboisement a en effet poussé plusieurs espèces de chauves-souris à se rassembler, en groupes serrés, sur les rares arbres encore sur pied. Cette réunion d’espèces différentes, qui dans l’environnement habituel n’interagissent pas, a fait office de bouillon de culture [les chauves-souris sont soupçonnées d’être l’un des réservoirs du virus Ebola].

Carlos Zambrana-Torrelio insiste :

Tout commence par la déforestation. À Bornéo, la fragmentation du couvert forestier est en train de provoquer une recrudescence du paludisme. L’explication ? Dans des espaces ouverts, il y a de plus grands trous dans lesquels s’accumule l’eau où se reproduisent les moustiques. Ceux-ci vont transmettre le parasite [donnant la malaria] aux hommes qui, à proximité, exploitent les palmiers à huile.”

Si les maladies zoonotiques ne sont donc pas nouvelles, elles sont manifestement en augmen-tation. David Quammen en étudie les raisons dans son ouvrage Spillover : Animal Infections and the Next Human Pandemic [“Tache d’huile : les infections chez l’animal et la pandémie humaine à venir”, non traduit].

Le scénario de la vengeance

Une humanité innombrable, cohabitant avec des bétails extrêmement nombreux, ajoutée à la destruction des habitats naturels et à des écosystèmes bouleversés : selon lui, tous les ingré-dients sont réunis pour un scénario façon vengeance de dame Nature.

Dans un reportage de la National Public Radio, aux États-Unis, Quammen précise que nous, les êtres humains, sommes le point commun à toutes les zoonoses :

Nous avons tellement proliféré et nous perturbons tant la planète… Nous rasons les forêts tropicales. Nous dévorons la vie forestière. Quand on entre dans une forêt, il suffit de secouer un arbre pour que tombent les virus – au sens propre comme au sens figuré.”

Les écosystèmes sont des entrelacs complexes, dont nous comprenons partiellement les rela-tions évolutives grâce à de patientes observations scientifiques. Leur destruction au nom du progrès ou simplement de la cupidité a des côtés obscurs que nous finissons par subir dans notre chair.

Des virus en évolution

Quand, par exemple, Jair Bolsonaro s’enorgueillit de la souveraineté brésilienne sur les cendres de l’Amazonie, il n’y a plus qu’à attendre que la maladie s’abatte sur cette forêt transformée en zone d’agriculture et d’élevage. En témoigne une étude publiée en 2010 dans la revue scientifique Emerging Infectious Diseases : la destruction de 4 % de la forêt a entraîné une hausse de 50 % des cas de paludisme.

Les espèces sauvages ne sont pas malades des virus dont elles sont porteuses, car elles ont évolué avec eux pendant des milliers d’années. “Tout animal peut être porteur d’une cinquan-taine de virus différents. Ça fait partie de la dynamique du système. S’il n’y avait pas d’êtres humains, il n’y aurait pas de transmission”, affirme Carlos Zambrana-Torrelio.

Fidel Baschetto, vétérinaire et professeur à l’université de Córdoba, en Argentine, renchérit : “Les virus qui sont nouveaux pour nous ne le sont pas pour la nature. Il s’agit donc de déterminer si on parle d’une maladie émergente, ou d’une maladie émergente pour l’homme.

De nombreux virus ont coévolué avec certaines espèces et ces dernières ne souffrent pas de la maladie. L’agent pathogène sait que quand il pénètre dans un nouvel organisme, il ne doit pas le rendre malade ou du moins il ne doit pas le faire succomber.

Car la mort de l’hôte – celui que nous appelons patient – entraîne aussi la mort de l’agent patho-gène. Aucun micro-organisme n’a pour objectif la mort de son hôte. Mais avant que ce micro-organisme n’évolue, ce qui peut prendre des milliers d’années, la cohabitation produit la maladie”, ajoute le scientifique argentin.

La désastreuse mutilation de la nature par l’homme

Il ne faut pas en vouloir aux chauves-souris, moustiques, souris ou pangolins. Non, le problème vient de ce que nous faisons à leurs écosystèmes, il est lié au fait que nous les regroupons et les manipulons dans des milieux artificiels. Telle est la véritable recette du coronavirus, qui sera probablement à l’origine d’une récession mondiale. Autrement dit, mutiler les écosystèmes coûte très cher.

La transmission à l’humain du coronavirus s’est produite sur un marché à Wuhan, une ville chinoise, où sont vendues des espèces sauvages braconnées. Le commerce illégal de ces animaux emprunte les mêmes routes que le trafic de drogues et d’armes, et il pèse des milliards de dollars.

Les consommateurs de cette viande vivaient autrefois dans les campagnes et ont migré en ville : aujourd’hui, au lieu de chasser, ils se fournissent sur les marchés pour tenter de retrouver le goût de leur enfance.

Protégeons les écosystèmes : il y va de notre survie

Dans le cas du Sras (syndrome respiratoire aigu sévère), qui a aussi franchi la barrière des espèces dans l’un de ces marchés de produits frais, les excréments des chauves-souris ont notamment permis au virus de faire son chemin au point de devenir une épidémie, qui a touché 8 000 personnes en 2003.

Ne croyons pas que ce type de phénomène n’a lieu qu’en Chine, où le gouvernement a interdit la vente de ces produits, déplaçant probablement leur commercialisation vers le marché  clandestin.

En Argentine, “nombreux sont ceux qui consomment des espèces sauvages (poissons, amphi-biens, reptiles, oiseaux et mammifères) sans savoir si cette habitude risque d’entraîner la trans-mission de parasites ou d’autres maladies, les conditions d’hygiène dans la consommation d’espèces sauvages restant très aléatoires”, affirme Claudio Bertonatti, conseiller scientifique de la Fondation Félix de Azara. De nouveaux foyers d’infection peuvent donc aussi apparaître de cette façon.

La protection des écosystèmes ne relève pas seulement du prêchi-prêcha écologique, elle concerne notre survie. Si la Terre est malade, alors nous le sommes aussi.

“Nous devons arrêter de penser que nous, les êtres humains, sommes un élément indépendant du système, résume Carlos Zambrana-Torrelio. Car nous en déduisons, à tort, que nous pouvons transformer, détruire et modifier l’environnement à notre convenance. Tout changement que nous imposons à la planète aura une répercussion sur notre santé.” Nous sommes tous dans le même bateau. Notre destinée est commune, avec ou sans masque.

Marina Aizen  28/03/2020
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23 mars 2020 ~ 0 Commentaire

journée de l’eau (rfi)

haddock eau

Journée mondiale de l’eau:

«Ce qui inquiète, c’est l’eau nécessaire à la production agricole

RFI : Comment le changement climatique affecte-t-il l’eau ?

Isabelle La Jeunesse : En fait, le changement climatique, c’est une accélération du cycle de l’eau. Plus il fait chaud, plus il y a d’évaporation et plus il y a de l’eau qui transite dans l’atmos-phère. En théorie, il pleut donc plus à l’échelle de la planète. Mais cela de façon plus irrégulière, car le réchauffement induit une augmentation de la variabilité climatique. Or, cette variabilité fait que l’on peut moins prévoir les quantités d’eau de pluie qui représentent le renouvellement de la ressource en eau.

Les conséquences peuvent prendre différentes formes suivant les régions. La saisonnalité va être bouleversée, avec une plus grande variabilité des précipitations. On assiste aussi à une recrudescence des événements climatiques extrêmes (sécheresses, inondations, vagues de chaleur). Enfin, dans les zones côtières, nous avons un phénomène d’élévation du niveau de la mer.

Quelles régions vont être les plus touchées ?

Globalement, ce sera compliqué pour toutes les régions côtières en raison donc du risque d’élévation du niveau des mers. Les régions qui se réchauffent le plus, les régions polaires, sont aussi en première ligne. Leur cycle va être très rapidement bouleversé avec un impact très important : les permafrosts fondent, la végétation change, certains glaciers disparaissent, tandis qu’on assiste à une dilatation des masses océaniques.

Il y a ensuite ce que l’on appelle des « hotspots » climatiques [régions qui concentrent les effets du changement climatique, NDLR]. Comme le bassin méditerranéen où l’on assiste à la fois à une forte augmentation des températures et une baisse importante des précipitations. Et l’Euro-pe est en train de se « méditerranéiser », c’est-à-dire que le climat méditerranéen remonte avec sa variabilité, ses événements extrêmes, ses périodes sèches un peu plus grandes.

Les zones tropicales vont, elles, se réchauffer plus lentement. Mais ce n’est pas pour ça que les conséquences seront moins violentes pour les populations. Car ce sont aussi les pays les moins développés et les plus vulnérables dans leur capacité à répondre aux conséquences du changement climatique*.

Si l’on prend l’exemple de la zone du delta du Bangladesh, la pression démographique et le niveau de développement du pays sont tels, que des événements climatiques comme des inondations ont forcément des conséquences plus graves que chez nous.

Quelles conséquences cela a-t-il sur les populations ? Peut-on imaginer des migrations liées à la problématique de l’eau, par exemple ?

L’eau est importante, parce que c’est une ressource pour des usages humains (boire, se laver, cultiver) mais sa variabilité en tant que ressource dépend du territoire, des usages et de la capacité d’adaptation qu’on va avoir.

Pour l’instant, les migrations sont plutôt politiques, mais l’on sait qu’il faut s’attendre à des migrations climatiques. Le problème n’est pas tant l’eau potable qui pourrait manquer. Ce qui inquiète, c’est l’eau nécessaire à la production agricole.

Comment va-t-on produire toute la nourriture dont on a besoin dans ces conditions ? D’autant que ce sont les zones où il y a déjà le moins de ressources qui se développent le plus en termes de population (pourtour méditerranéen, Afrique et une partie de l’Asie).

Peut-on agir sur ce phénomène ?

Le levier principal, c’est réfléchir à ce qu’on produit et à la façon dont on produit : on sait que l’élevage et la production de viande consomment beaucoup d’eau par exemple. Au-delà bien sûr, l’urgence c’est de limiter le réchauffement pour tenter d’en atténuer les effets sur l’eau, et d’être économe sur la ressource.

Indirectement, le changement climatique peut-il avoir des répercussions sur la qualité de l’eau ?

L’élévation de la mer entraîne, par exemple, la salinisation des nappes côtières – irréversible – et des terres. Au-delà d’un gramme par litre, l’eau n’est plus potable et il ne faut plus irriguer, parce que cela rend les sols infertiles au bout d’un moment.

Le changement climatique peut aussi avoir des répercussions sur le cycle anthropique de l’eau [la circulation de l’eau résultant de l’intervention humaine, NDLR] et ainsi affecter la qualité de l’eau potable. Les stations d’épuration sont souvent en zones inondables, par exemple.

En cas d’inondation, les déchets risquent de se déverser dans l’eau. C’est réversible, mais cela peut aussi contaminer les sources d’eau potable. Dans certains pays, on sait que les grandes inondations sont synonymes de retour du choléra.

Par ailleurs, moins il y a d’eau dans une rivière, moins les potentiels polluants sont dilués et plus facilement les seuils de toxicité sont dépassés. Enfin, on sait que certains virus ou bactéries se réveillent passée une certaine température…

Multiplication des inondations et des sécheresses, élévation du niveau de la mer, manque d’eau chronique… À l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, RFI revient sur les graves consé-quences du changement climatique sur l’or bleu. Isabelle La Jeunesse, maître de conférences en géographie à l’Université de Tours et chercheuse au CNRS-Citeres (réseau MIDI), coauteure des livres Facing Hydrometeorological Extreme Events : A Governance Issue (« Faire face aux événements hydrométéorologiques extrêmes : un problème de gouvernance ») et Changement climatique et le cycle de l’eau (2016), explique la diversité des impacts du réchauffement climatique sur cette précieuse ressource.

*Le GIEC définit la vulnérabilité comme « le degré par lequel un système risque d’être affecté négativement par les effets du changement climatique sans pouvoir y faire face ».

22/03/2020 Aurore Lartigue

http://www.rfi.fr/

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19 mars 2020 ~ 0 Commentaire

pandémie (pùblico)

 pueblos en lucha

La destruction des écosystèmes, premier pas vers les pandémies

« L’un des messages les plus importants de cette crise, c’est que la biodiversité nous protège

Les premières réactions à une pandémie comme le coronavirus c’est de tenter de trouver des coupables. Le pangolin ou la chauve-souris pourraient être à l’origine de la propagation du virus. Cependant, les experts soulignent aux humains que, par la déforestation, l’exploitation forestière et le commerce des animaux exotiques, ils sont exposés à ces maladies.

Certains, par racisme, pointent du doigt le «foutu virus chinois». D’autres mettent leur doigt sur le pangolin, tout en cherchant dans les réseaux une image qui leur donne au moins l’occasion de savoir à quoi ressemble cet animal exotique.

Il y a aussi ceux qui croient que cette crise répond à des intérêts cachés, une étude récente nie que le COVID-19 pourrait être né dans un laboratoire.

Au-delà des conjectures, cette pandémie mondiale met sur la table les preuves de l’apparition soudaine de virus inconnus dans nos sociétés.

L’être humain et ses actions sur l’environnement favorise l’entrée de ces types d’organismes, cachés dans la nature. « Nous simplifions les écosystèmes, réduisons le nombre d’espèces et perdons la biodiversité. Cela signifie que les espèces intermédiaires qui agissent comme une barrière disparaissent, favorisant que nous soyons en contact avec des espèces avec lesquelles nous n’avons jamais eu de contact et nous sommes donc plus exposés » selon Fernando Valladares, docteur en sciences biologiques et chercheur au Centre Supérieur de Recherche Scientifique (CSIC).

La réduction de la planète à une marchandise est, sans aucun doute, un facteur déterminant à prendre en compte pour comprendre la raison pour laquelle ces types de maladies – certaines plus virulentes que d’autres – se propagent dans le monde avec périodicité.

« Il existe un lien scientifiquement prouvé entre la destruction des milieux naturels et l’apparition de nouvelles maladies », explique Juantxo López de Uralde, écologiste, président de la Commission de transition écologique du Congrès.

« Avec la destruction des forêts tropicales pour, par exemple, les plantations de monocultures, les espèces disparaissent et d’autres cherchent refuge dans des zones plus proches de l’être humain, qui interagissent avec l’animal par le commerce d’espèces, ou le mangent directement, et finit par l’attraper « , résume l’expert.

Le problème de la suppression des forêts pour se remplir les poches dépasse la morale écologique et ouvre la porte à des risques accrus de propagation de maladies.

Comme l’expliqué cette semaine à la BBC Peter Daszak, écologiste et chercheur clé dans la découverte des chauves-souris comme source du SRAS, on estime que dans les régions les plus reculées de la planète, il y a environ 1,7 millions de virus non encore découverts, ce qui montre dans quelle mesure l’exploitation des espaces naturels au gré de l’économie – que ce soit la déforestation ou le trafic d’espèces exotiques – peut augmenter les risques d’une pandémie comme l’actuelle.

« L’un des messages les plus importants de cette crise est que la biodiversité nous protège. C’est quelque chose qui doit être clair. Nous dépensons énormément d’argent pour un échec, le succès n’est pas surmonter la pandémie, mais qu’elle ne se produise pas.

Il est nécessaire de récupérer les écosystèmes et de les garder intacts « , prévient Valladares, qui met l’accent sur la valeur de la nature en tant que « barrière » à ce type de phénomène.

Dans le cas du coronavirus, les principales thèses parlent de la chauve-souris comme l’un des animaux qui auraient pu propager le virus. Ce qui n’est pas clair, c’est comment, s’il y a des animaux intermédiaires – le pangolin pourrait entrer en jeu ici – ont-ils pu propager le virus.

Dans tous les cas, les similitudes avec la propagation d’autres pandémies telles que le Sras ou Ebola sont évidentes: les êtres humains qui entrent en contact avec des animaux avec lesquels ils n’avaient pas de relations dans le passé.

Selon un récent rapport du Fonds mondial pour la nature (WWF), cette irruption de l’être humain dans la nature se transforme en un « boomerang » qui se retourne contre la santé mondiale.

Ainsi, l’expansion du COVI-19 est due, selon les premières publications, à un processus de zoonose qui, loin d’avoir son origine sur les marchés des espèces exotiques, débute par des activités de déforestation et de construction d’infrastructures dans les territoires forestiers. C’est la première étape pour que les animaux pratiquement inconnus se rapprochent des humains.

« Le succès ne consiste pas à vaincre la pandémie, mais à ce qu’elle ne se produise pas et pour cela, il est nécessaire de récupérer les écosystèmes et de les garder intacts »

Les chauves-souris étaient à l’origine du SRAS, le singe pourrait être le patient zéro du VIH, les poulets, à leur tour, propagent la grippe aviaire, et maintenant le pangolin et la chauve-souris sont identifiés comme des transmetteurs possibles du COVID-19.

« Nous avons tendance à rechercher des responsables et nous avons toujours recours à l’animal, alors que le véritable coupable est l’être humain, qui a directement ou indirectement retiré l’espèce de son écosystème », soutient López de Uralde.

« Jusqu’à présent, nous avons conservé les écosystèmes par pure éthique, sans savoir que ces écosystèmes nous protègent », ajoute Valladares, soulignant que cette crise peut servir à comprendre la valeur de protection de la nature.

Ainsi, l’expert souligne que la « victoire » sur le coronavirus passe par la « complexification » des écosystèmes et pour cela, explique-t-il, il faut « changer les structures sociales et économiques » qui favorisent la simplification de la nature. « C’est le seul moyen de garantir qu’un autre virus inconnu n’atteigne pas les villes ».

MADRID 18/03/2020 ALEJANDRO TENA

https://www.publico.es/

Note:

Zoonose

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18 mars 2020 ~ 0 Commentaire

harrisbourg (écologistas)

 futur nukl

L’accident de Three Mile Island (Harrisburg  28 mars 1979)

L’unité 2 de la centrale nucléaire de Three Mile Island, près de Harrisburg, a subi l’accident le plus grave de l’histoire nucléaire des États-Unis le 28 mars 1979.

L’unité 2 de la centrale nucléaire de Three Mile Island, située à 16 kilomètres de la ville de Harrisburg, en Pennsylvanie, qui comptait environ 70 000 habitants, a subi un grave accident le 28 mars 1979. Une petite fuite dans le Le générateur de vapeur a déclenché l’accident le plus grave de l’histoire nucléaire des États-Unis et cela a été un véritable frein à l’énergie nucléaire, car le nombre de centrales projetées a considérablement diminué.

Le 28 mars 1979, le générateur de vapeur de l’unité 2 de Three Mile Island, à 16 kilomètres de la ville de Harrisburg, en Pennsylvanie, a subi une fuite, connue sous le nom de LOCA (perte d’accès au liquide de refroidissement) dans l’argot nucléaire. Cela interrompt le refroidissement du noyau et permet à sa température d’augmenter de façon incontrôlable.

Les exploitants de l’usine ne pouvaient savoir que le cœur était en fusion dix heures plus tard, car la fuite de réfrigérant n’était pas perçue par eux en raison d’un défaut dans un indicateur d’un panneau de commande de l’usine.

En raison de la température élevée atteinte par le réacteur, l’eau s’est dissociée en oxygène et en hydrogène et une grosse bulle d’hydrogène s’est formée, avec une grande quantité de tritium radioactif, qui menaçait de provoquer une explosion qui aurait jeté des tonnes de matières radioactives dans l’environnement.

Pour éviter cette explosion, il a été décidé de libérer une quantité indéterminée de gaz radioactif, ce qui a affecté la population des villes environnantes. La fusion du noyau n’a pas pu être évitée et il a fallu jeter de l’eau et du sable à l’intérieur pour maîtriser l’accident. Le combustible usé et le cœur fondu ont été retirés onze ans plus tard.

Les inspecteurs de la Nuclear Regulatory Commission (NRC) ont gardé l’accident secret pendant deux jours, a reconnu l’un des opérateurs à une dizaine de membres du Congrès qui ont visité la centrale.

Les conséquences de l’accident sur la santé de la population sont sujettes à controverse, car il est très difficile d’évaluer les doses radioactives auxquelles les personnes concernées ont été exposées. Officiellement, 10 millions de Curies se sont échappés, mais selon un rapport indépendant, la fuite était dix fois plus importante.

Les actions d’urgence qui ont été mises en place étaient clairement insuffisantes et consistaient à évacuer les femmes enceintes et les enfants dans un rayon de 8 miles de l’usine, deux jours après l’accident.

Des augmentations des malformations congénitales, des cancers et des maladies psycholo-giques dues au stress subi par la population ont été détectées. Selon le rapport susmentionné , les cas de cancer du poumon sont quatre à six fois plus fréquents dans les zones qui ont reçu des doses plus élevées que dans celles autour de la centrale à cause du vent. En outre, selon ledit rapport, il y a de deux à dix fois plus de cas de leucémie chez les adultes dans les zones exposées au vent.

L’industrie nucléaire a annoncé, comme elle le fait après chaque accident, qu’elle apprendra des erreurs et les corrigera pour rendre les centrales plus sûres. Mais le lobby pronucléaire n’a pas appris l’essentiel: que la sécurité absolue n’existe pas et que des événements, aussi improbables soient-ils, finissent par se produire.

De plus, il existe des alternatives plus propres et plus sûres. La question qui doit être posée non seulement par l’industrie nucléaire, mais par l’ensemble de la société est: si nous pouvons nous passer de l’énergie nucléaire, pourquoi continuer à maintenir cet immense danger? Pourquoi continuer à générer des déchets radioactifs dangereux pour des centaines de milliers d’années?

L’accident de Harrisburg a marqué le début du déclin de l’énergie nucléaire dans le monde. D’une part, cet accident a démontré que les centrales nucléaires n’étaient pas sûres, ce qui a accru l’opposition avec la convocation le 3 juin 1979 une Journée internationale contre l’énergie nucléaire.

En revanche, les coûts des mesures de sécurité prises après l’accident ont considérablement augmenté les frais des centrales, ce qui les rend moins compétitives par rapport aux autres sources d’énergie.

https://www.ecologistasenaccion.org/

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Curies

Becquerels

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18 mars 2020 ~ 0 Commentaire

covid-19 (à l’encontre)

Da_Vinci_cochon_humour

COVID-19 et biodiversité.

Alors que la biodiversité s’éteint progressivement, les maladies infectieuses et parasitaires continuent d’augmenter

Les maladies infectieuses sont-elles véritablement en augmentation dans le monde?

Serge Morand. Absolument, on observe une croissance constante du nombre d’épidémies de maladies infectieuses depuis les années 1920. Après la Seconde Guerre mondiale, tout un ensemble de virus, de bactéries et de parasites ont émergé, notamment le typhus et les rickettsioses – ces maladies infectieuses transmises à l’homme par des arthropodes (poux, tiques, puces). Plus récemment, on s’est mis à détecter de plus en plus de nouveaux pathogènes issus de la faune sauvage.

Comment expliquer ce phénomène?

Serge Morand. Mon hypothèse de travail consiste à dire que la multiplication des épidémies est due à la modification des contacts entre la faune sauvage et l’humain. À cause de l’intensifica-tion de la production animale, et donc de l’augmentation du nombre d’animaux d’élevage ainsi que de la superficie des terres agricoles pour les nourrir, la faune sauvage voit son territoire se réduire.

Contrainte de se déplacer, elle côtoie davantage les animaux domestiques. Or cette proximité entre animaux domestiques et faune sauvage est une condition d’émergence des maladies infectieuses. Un microbe ou une bactérie peut vivre sur un hôte pendant des millénaires sans lui poser problème et, en changeant d’hôte, devenir pathogène.

Prenons l’exemple du virus Nipah, apparu en Malaisie au début des années 1990. À partir d’élevages de cochons, celui-ci s’est répandu jusqu’aux abattoirs de Singapour. L’origine du virus était une chauve-souris.

Or à cette époque, sur Bornéo et Sumatra, les forêts – territoire des chauves-souris – étaient en train d’être converties en cultures de palmiers à huile. Les chauves-souris ont trouvé refuge dans des fermes semi-industrielles et se sont installées dans les arbres fruitiers sous lesquels les cochons étaient parqués. En déféquant sur les cochons, elles ont transmis l’agent à cet élevage. C’est là qu’est née l’épidémie.

La transmission du coronavirus repose-t-elle sur le même mécanisme?

Serge Morand. Oui, le premier coronavirus, qui a émergé autour de 2002, provenait aussi d’une chauve-souris. Le virus n’a pas contaminé directement l’humain, il est passé par des civettes. Ces petits mammifères continuent d’ailleurs d’être vendus sur le marché asiatique pour être mangés.

Mais ce qui m’inquiète encore plus, c’est la demande croissante en Indonésie, au Vietnam et maintenant en Thaïlande pour le «café civette». On donne à manger aux civettes des cerises de café – d’ailleurs néfastes pour leur estomac – et on récupère les graines de café dans leurs fèces, avant de les traiter par torréfaction.

Ce café, très demandé, se vend relativement cher sur le marché. Ces civettes, élevées dans des fermes se souciant peu des normes sanitaires, côtoient d’autres animaux domestiques ou sauvages. Nous sommes donc en train de créer de nouvelles conditions écologiques improbables et propices aux épidémies.

Que sait-on de cette nouvelle version du coronavirus, le COVID-19?

Serge Morand. On est face à un nouveau coronavirus très proche de celui qui fut responsable du SRAS en 2003. On est quasiment sûr qu’il provient lui aussi d’une chauve-souris. Mes collègues chinois sont persuadés que la transmission à l’homme a également eu lieu à travers un intermédiaire.

Ils ont d’abord parlé d’un pangolin, mais il semblerait que ce soit autre chose. Depuis le début de la crise, les Chinois ont testé un très grand nombre d’animaux sauvages – chauves-souris, civettes, pangolins, chiens, rongeurs – sans avoir rien trouvé.

On ne sait donc rien, pour le moment, de la manière dont s’est faite la transmission. Il faut savoir que, de manière générale, les risques d’infection sont très faibles. Pour que la transmission se fasse, il faut donc que les contacts soient bien réels et constants, comme pour le virus Nipah en Malaisie.

Le marché de Wuhan pourrait être le lieu où le virus s’est transmis de l’animal à l’homme – peut-être un vendeur, mais il peut tout aussi bien avoir été apporté sur le marché par un fermier porteur du virus. Ce sera difficile à savoir, le marché ayant été nettoyé.

Ces épidémies sont transmises de l’animal à l’homme. Pourquoi défendez-vous l’idée que la biodiversité nous protège des maladies infectieuses?

Serge Morand. Cette idée est effectivement contre-intuitive, puisque la plupart des points d’émergence de maladies infectieuses et parasitaires humaines se situent sous les tropiques, là où la biodiversité est la plus importante.

Parce qu’il y a un lien avéré entre le nombre d’oiseaux et de mammifères dans un pays et le nombre de maladies infectieuses et parasitaires qui y sont identifiées, on pourrait penser que, pour lutter contre les épidémies, la diversité biologique n’est pas un atout.

Pourtant, alors que la biodiversité s’éteint progressivement, les maladies infectieuses et parasitaires continuent d’augmenter. On a découvert qu’en réalité, le nombre d’épidémies de zoonoses (maladies liées à l’animal) est totalement corrélé au nombre d’animaux en voie de disparition dans un pays.

Le problème n’est donc pas la biodiversité, mais bien le fait de la perturber. Reprenons le cas du virus Nipah: la cause n’était pas la chauve-souris, mais la destruction de son habitat. Et si l’on va plus loin, la destruction des forêts elle-même est la conséquence de la forte demande en huile de palme et en cochon du marché chinois. La responsable de tout cela est donc la globalisation des échanges.

La démondialisation serait donc la solution pour lutter contre ces épidémies?

Serge Morand. C’est la seule, à mes yeux! Quand on observe les courbes des maladies infectieuses chez l’homme et chez l’animal – en constante augmentation depuis soixante ans –, on voit qu’elles se mettent à baisser chaque fois qu’une crise économique éclate.

Si l’on veut éviter ces épidémies, il faut déglobaliser. Le problème de la plupart des maladies infectieuses, c’est la dispersion. Il faut donc mettre fin à ces échanges et réhabiliter l’économie circulaire.

En favorisant de nouveau l’agriculture locale, en relocalisant nos industries dans un bien meilleur milieu social et sanitaire, en arrêtant le transport de marchandises, on y gagnera non seulement au niveau sanitaire, mais aussi d’un point de vue économique et de bien-être.

Que pensez-vous de la manière dont la crise a été gérée jusqu’à présent?

Serge Morand. Chaque fois qu’une crise sanitaire éclate, on répond malheureusement par la biosécurité: on «bunkérise» les élevages et on fabrique des animaux génétiquement identiques – ce qui représente la meilleure usine à fabriquer des agents pathogènes. On ne remet jamais en question ce qui constitue la cause première de ces crises: l’élevage intensif.

Après le virus Nipah, Singapour a décidé de contrôler les élevages en louant des îles indoné-siennes. Elles sont désormais entièrement dédiées à l’élevage industriel, plus personne n’y habite. C’est comme ça que l’on prépare les crises de demain.

On constate les mêmes travers dans le milieu de la recherche. Sur le sujet des épidémies, on est très peu à s’intéresser à l’environnement. Les chercheurs préfèrent répertorier et caracté-riser les agents en pensant qu’ils pourront prédire les prochaines épidémies et empêcher ainsi leur progression. Or c’est impossible car les mécanismes évoluent sans arrêt.

Êtes-vous inquiet pour l’avenir?

Serge Morand. Pour ce qui est du COVID-19, il ne se propage pas si facilement, n’est pas trop virulent – et il est surtout dangereux pour les personnes âgées et les plus fragiles. Si les mesures préconisées, notamment celles de distance sociale, sont bien comprises et suivies, on parviendra à contrôler ce virus.

Le risque, si le contrôle est trop lent par rapport à l’épidémie, est que le virus devienne endémi-que chez l’homme, d’où l’importance de développer un vaccin. Cela ne devrait pas être trop compliqué si le virus responsable du COVID-19 se comporte comme les autres coronavirus qui infectent les animaux d’élevage.

On peut en effet contrôler ces derniers à l’aide de vaccins efficaces. On n’a cependant pas d’expérience avec les SARS-CoV [l’agent infectieux à l’origine de l’épidémie de SRAS est le SARS-CoV, celui à l’origine du COVID-19 le SARS-CoV-2], car le virus du SRAS avait disparu à la suite d’un contrôle efficace qui a limité son expansion.

Mais, était-ce seulement de la chance? Cette nouvelle crise sanitaire est une alerte majeure qu’il faudra analyser quand l’urgence sera passée. Nous devons éviter une autre prochaine «peste». Contrairement aux collapsologues, je pense que l’on est capable de réagir à la condition d’agir sur les causes de l’émergence de maladies infectieuses et de leurs disséminations globales.

(Entretien publié dans l’hebdomadaire «Le 1» numéro 288)

18  mars 2020 Entretien avec Serge Morand conduit par Manon Paulic

 Serge Morand est Directeur de Recherche au CNRS

https://alencontre.org/

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17 mars 2020 ~ 0 Commentaire

gav (bastamag attac)

sciences

Des scientifiques en garde à vue pour avoir dénoncé l’inaction climatique

A la veille du premier tour des municipales, trois scientifiques ont été placés en garde à vue après avoir participé à une action où ils alertaient sur le manque de mesures face au changement climatique.

Trois scientifiques et neuf militants ont passé près de 24 heures en garde à vue entre le 13 et le 14 mars.

A la veille du premier tour des municipales, une action « démasquons Macron » visant à dresser le vrai bilan écologique et social du gouvernement s’est déroulée à proximité de l’Élysée, avec les portraits présidentiels réquisitionnés dans les mairies.

Parmi les gardés à vue figuraient l’épidémiologiste Kévin Jean, aux côtés du sociologue Milan Bouchet-Valat et de l’astrophysicien Jérôme Guilet. Tous les trois ont pris la parole en tant que co-initiateurs de l’appel des 1000 scientifiques enjoignant à la désobéissance civile « pour exiger des actes de la part de nos dirigeants politiques » face à la crise écologique.

Le 12 mars, Emmanuel Macron avait affirmé sa confiance dans les scientifiques et réclamait à la nation entière d’en faire autant, concernant les mesures prises face au coronavirus.

« J’ai notamment insisté sur la façon dont les mesures annoncées la veille étaient justifiées par des éléments scientifiques, souligne Kévin Jean, également président de l’association Sciences citoyennes.

En matière de climat et d’effondrement de la biodiversité, cela fait des années que les alertes existent. La situation actuelle montre que le gouvernement est capable de prendre des mesures inédites pour une crise visible et immédiate, et rien pour le climat dont les impacts sont moins visibles maintenant mais terrifiants à terme. »

« Les masques contre le coronavirus ne seront pas nos baillons »

C’est après avoir reçu des portraits réquisitionnés de Macron, que ces trois chercheurs ont été interpellés par les forces de l’ordre et emmenés au commissariat. La porte-parole d’Attac France, Aurélie Trouvé, qui participait à l’action, a également été placée en garde à vue dans un autre commissariat. Elle relate ses conditions indécentes de détention.

« Les conditions de la garde à vue restent très dégradantes mais contrairement à Aurélie Trouvé, on a plutôt été bien traités », observe Kévin Jean. « On a également eu l’impression un peu dérangeante d’avoir reçu un traitement de faveur par rapport à toutes les personnes qu’on y a côtoyées. »

« Étant donné que nos dossiers ont été classés sans suite, qu’ils n’avaient rien à nous reprocher, ces gardes à vue apparaissent comme autant de procédures de dissuasion », poursuit-il.

Une forme d’intimidation progressivement écartée lorsqu’il a découvert l’importance de la solidarité et de la mobilisation à la sortie du commissariat. « Les masques contre le coronavirus ne seront pas nos baillons » prévient l’association Sciences citoyennes. A l’aune des mesures de confinement, l’un des enjeux va être le renouvellement des modes d’actions pour les semaines à venir.

Sophie Chapelle 17 mars 2020

https://www.bastamag.net/

Lire aussi:

Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac, raconte sa garde à vue : « Ils veulent nous décourager » (Attac)

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17 mars 2020 ~ 0 Commentaire

arbres (jdd)

arbres

Planter des arbres n’est pas une si bonne idée que ça

De nombreux candidats aux élections municipales promettent de planter des bois urbains astuce. Pour eux, le coup de pelle est un argument de campagne. Mais ce n’est pas toujours une bonne idée

En temps de campagne électorale, l’arbre est devenu un véritable objet politique

En temps de campagne électorale, l’arbre est devenu un véritable objet politique. « Depuis trois mois, les entreprises de reforestation ou de plantation ont été noyées sous les demandes de maires ou de candidats », confirme Hervé Le Bouler, ingénieur et responsable du réseau forêt à France nature environnement (FNE).

Au-delà du champ politique, le coup de pelle est aussi un argument commercial. Engie promet ainsi de faire pousser cinq arbres pour chaque souscripteur d’un « contrat vert » ; Eurostar met une graine en terre quand un train rallie Paris à Londres ; Air France propose à ses passagers de « réduire leur empreinte carbone » en finançant des programmes de reforestation. Chez Total, c’est carrément une « business unit » dotée de 90 millions d’euros par an qui doit voir le jour cette année pour investir dans des projets verts.

Un « droit à polluer » pour certaines entreprises

À l’ère de la lutte contre le changement climatique, l’arbre est le vecteur idéal, avec son statut de deuxième puits de carbone sur Terre (derrière les océans) ; la capa­cité d’absorption annuelle des forêts françaises est ainsi estimée à 70 millions de tonnes.

De là à penser qu’il est la solution, il n’y a qu’un pas qu’ont franchi cet été deux chercheurs de l’École polytechnique fédérale de Zurich (Suisse) dans une étude publiée dans la revue Science. S’appuyant sur l’analyse de 80 000 images satellite, ils estiment que la planète peut encore héberger 1 200 milliards d’arbres, soit 900 millions d’hectares de forêts. Or, selon les deux scientifiques, cette surface permettrait d’absorber les deux tiers des 300 gigatonnes de carbone émises dans l’atmosphère depuis la révolution industrielle.

Un chiffre largement exagéré selon une autre étude menée par 46 scientifiques. « Il y a un vrai problème à faire croire qu’il existerait une solution naturelle à l’émission des énergies fossiles, met en garde Jonathan Guyot, président de All4trees, une association qui soutient des initiatives de reforestation.

D’autant que beaucoup d’entreprises utilisent ce type de projets pour masquer leurs activités ultra-polluantes. » Du greenwashing, en somme. « C’est tout le problème de la compensation carbone, poursuit le spécialiste. À l’origine, il s’agissait de mesurer ses émissions, de les réduire puis de compenser celles qui sont incompressibles. Aujourd’hui, c’est juste compenser. »

Ce « droit à polluer » n’est pas la seule limite à la tendance « tout arbre ». Entre la plantation et le moment où troncs et feuilles seront capables d’absorber du carbone, il faut compter des dizaines d’années.

« La compensation n’a de sens que si nous avons du temps devant nous », résume Hervé Le Bouler de la ­fédération FNE.

Or, les scientifiques du Giec ont été très clairs : il faut agir dès à présent pour limiter le réchauf-fement climatique. « Les plantations d’aujourd’hui fonctionneront comme des puits de carbone en 2070, explique l’ingénieur. Ce sera trop tard. La vraie compensation aurait été de dire : en 1990, je plante un arbre ; et en 2020, je peux me permettre de rejeter du CO2. »

Périphérique et repas scolaires

Et la forêt de problèmes grandit à mesure que les projets naissent aux quatre coins du monde. « Sur le marché de la compensation, le coût du carbone est tellement faible, aux alentours de 3 euros la tonne, que ça ne permet pas de financer des projets forêt de qualité », juge Jonathan Guyot. Dans ce contexte, planter des arbres au mauvais endroit peut détruire certains écosys-tèmes, augmenter l’intensité des feux et, à l’inverse, exacerber le réchauffement climatique en rejetant du carbone.

D’autres programmes se font sans concertation avec les populations locales, au détriment des cultures vivrières et parfois même avec accaparement de terres. Enfin, se pose la question de la durabilité de telles plantations. En Turquie, cinq mois après le coup de com du président Erdogan, les 11 millions d’arbres, des sapins en majorité, ont été décimés par la sécheresse.

Ce n’est pas en plantant des arbres dans Paris qu’on captera les émissions des véhicules sur le périphérique

Dans les villes, si l’intérêt des arbres réside ailleurs – créer des îlots de fraîcheur et faire baisser les températures en temps de ­canicule – l’argument du captage de CO2 est aussi avancé. À Toulouse, la candidate de la gauche Nadia ­Pellefigue a ainsi annoncé un « bouclier végétal » permettant de réduire de 50% les émissions de CO2 dans la métropole d’ici à 2030.

« Malheureusement, ce n’est pas aussi simple, tempère Hervé Le Bouler. Le carbone que vous rejetez aujourd’hui va être, dans les trente jours, dilué sur toute la planète. Ce n’est pas en plantant des arbres dans Paris qu’on captera les émissions des véhicules sur le périphérique. »

Il faut tout mener de front, ne pas renoncer à planter des arbres

Associations et spécialistes de souligner que dans la lutte contre le changement climatique, ­l’impact des villes serait bien plus fort si elles supprimaient, par exemple, les produits issus de la ­déforestation en Asie et en ­Amérique du Sud (soja et huile de palme) des repas scolaires.

Car quand il s’agit de sauver la planète, la lutte contre la destruction de la forêt, ­responsable de 12 à 20% des émissions de gaz à effet de serre, est une priorité. « Il faut tout mener de front, ne pas renoncer à planter des arbres, estime Hervé Le Bouler. Planter un arbre, c’est toujours bien car ça crée un lien infaillible entre celui qui met la graine et la nature. » (Résumé voir lien)

16 mars 2020 Marianne Enault

https://www.lejdd.fr/

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