Archive | Luttes écolos en Bretagne

23 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

nitrates (le télégramme)

saumon

Nitrates. Eau et Rivières contre toute augmentation des épandages

L’association Eau et Rivières s’élève contre un possible assouplissement des règles d’épandage, sur quatre bassins-versants toujours concernés par un taux élevé de nitrates.

Il y a quelques jours, le commissaire européen à l’environnement s’est dit ouvert à une discus-sion sur les plafonds de fertilisation des cultures. Le 11 septembre, une délégation de la Cham-bre d’agriculture des Côtes-d’Armor, accompagnée du député européen Alain Cadec, a rencontré le commissaire européen à l’environnement, Karmenu Vella, afin d’évoquer avec lui la possibilité de lever les mesures de plafonnement de fertilisation des cultures, auxquelles 450 agriculteurs sont soumis depuis 2007.

Ces exploitants exercent sur quatre bassins-versants, l’Ic (22), le Bizien (22), l’Horn (29) et les Échelles (35), où les taux de nitrates restent supérieurs aux normes autorisées, en dépit d’une amélioration sensible ces dernières années. Un accord de principe a été acté afin que la Commission européenne et les autorités françaises se penchent sur le cas de ces quatre bassins-versants.

Une telle perspective est rejetée par l’association Eau et Rivières de Bretagne, qui fait part de son désaccord, dans un communiqué.

« Depuis 2007, en raison du dépassement des normes sanitaires de nitrates, il reste quatre bassins-versants de Bretagne qui font l’objet d’une réglementation limitant les épandages azotés d’engrais et de lisier sur les sols. Trois de ces rivières (Ic, Horn, Bizien) se déversent dans des baies ou des estuaires encore couvertes d’algues vertes.

Les contribuables payent depuis des années les plans de lutte successifs, ainsi que les frais de ramassage et de traitement de ces marées vertes. Les habitants et l’économie touristique en supportent les nuisances ».

« Irresponsable d’assouplir la réglementation »
« Sur l’Ic et le Bizien, les deux captages publics destinés à l’alimentation en eau potable des populations ont été fermés, et de coûteux travaux d’interconnexion ont dû être engagés et payés par les contribuables. Situation identique de fermeture sur l’Horn, qui a conduit le syndicat intercommunal à créer un nouveau captage sur la rivière de Morlaix !

Au moment du changement climatique qui rend plus indispensable que jamais la mobilisation de toutes les ressources locales en eau, ces abandons de captages constituent une véritable gabegie. Dans ce contexte, où il est indispensable de réduire les algues vertes et de pouvoir le plus rapidement possible remettre en service les captages abandonnés, il serait irresponsable d’assouplir la réglementation sur les épandages agricoles.

Au contraire même, Eau et Rivières de Bretagne demande comme l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne, plus de réglementation sur les bassins-versants Algues Vertes pour limiter les fuites de nitrate ». Eau et Rivières a adressé un courrier en ce sens au commissaire européen à l’environnement. Et de s’étonner que le commissaire, « qui devrait défendre le bien commun, se fasse le relais de revendications corporatistes contraires à l’intérêt général ».

21 septembre 2018

https://www.letelegramme.fr/

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23 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

traon bihan (fr3)

Ferme de Traon Bihan à Brest : un épilogue au goût amer

Un couple d’agriculteurs, à Brest, se bat depuis des mois pour tenter de sauver une partie des terres de leur ferme biologique, menacée par le projet de construction d’un éco-quartier. Un accord vient d’être trouvé avec la ville, mais qui ne les satisfait pas réellement.

Valérie Lazénnec et Philippe Nicol, qui se battaient depuis des mois, vont devoir se séparer d’une partie de leurs terres, 15 hectares sur les 65 qu’ils exploitent en agriculture biologique. Ces parcelles serviront à la création d’un éco-quartier et d’une extension d’une zone artisa-nale. En compensation, la ville leur propose 7 hectares, mais non convertis au bio. C’est l’objet de l’accord, signé jeudi dernier. Un accord qui laisse sceptique le couple d’exploitants et les riverains qui les soutiennent.

Des questions sur la politique foncière et les modes d’habitat en ville

Le collectif interroge en effet la politique urbaine de la ville et souhaiterait lancer un débat sur les modes d’habitat. Les élus rappellent de leur côté, les efforts faits en matière de renou-vellement urbain et expliquent qu’il leur faut répondre à la demande.

Un bail rural proposé au couple d’exploitants

Un bail rural sera proposé aux exploitants, un cadre sécurisant d’après la ville. Le couple, qui n’est en effet pas propriétaire des terres, exploitées pourtant par leur famille depuis cinq générations, espère que la pérennité de leur ferme ne sera pas remise en question.

Krystell Veillard 22/09/2018

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

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21 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

herbicide (apb)

glyph 2glyphi

Utilisation intensive du glyphosate en Bretagne

L’organisation interprofessionnelle des apiculteurs estime à 16 900 le nombre de ruches mortes cet hiver en région Bretagne. Sur 59 000 au total !

Beaucoup se demandent pourquoi les apiculteurs bretons sont plus atteints par la mortalité des abeilles que dans le reste de la France ? La réponse ne demande pas beaucoup de recherches.

On utilise beaucoup de glyphosate en Bretagne, autant que dans les vignobles du Bordelais.

Les Côtes d’Armor et surtout le Finistère font partie des 10 départements français qui consom-ment le plus de glyphosate. La Loire-Atlantique n’est pas en reste avec son important vignoble. Le glyphosate est un herbicide inventé par un chimiste suisse en 1950 et fabriqué par la firme américaine Monsanto. Monsanto fabriquait déjà l’agent orange , aussi un défoliant, utilisé pen-dant la guerre du Vietnam et qui a affecté les populations civiles et leurs descendances de terribles mal-formations. Toutefois le glyphosate s’est avéré une molécule miracle. Il a contribué largement à l’augmentation de la productivité et à la réduction des coûts, ainsi que de la pénibilité du travail en agriculture.

Pourquoi les abeilles disparaissent en Bretagne ?

Tout simplement parce que, d’une part la Bretagne est une terre d’agriculture, et que d’autre part, l’herbe y pousse plus vite et plus drue qu’ailleurs. Même les Chinois avaient remarqué que chez nous l’herbe pousse toute l’année et ne jaunit pas. Les vaches y produisent beau-coup de lait. Les éleveurs sont contents, mais les céréaliers ou les producteurs de légumes et de légumineuses beaucoup moins.

Pour contrôler l’herbe, les agriculteurs, non-bio, aspergent leurs champs de glyphosate quelques temps avant les semailles.

Les feuilles des végétaux que l’on veut faire disparaitre absorbent le défoliant et meurent. C’est un peu le retour aux brulis d’autrefois mais sans le feu. On cultive dorénavant sur des brulis chimiques. Même les plantations de sapins de Noel sont aspergées entre les rangs régulière-ment pour éliminer l’herbe et les broussailles. Certains vergers ne sont pas épargnés. Deux tiers des agriculteurs utilisent du glyphosate selon la FDSEA du Finistère.

Le glyphosate, et aussi les pesticides neurotoxiques, seraient responsables de la mort de milliers de ruches. Le processus n’est pas encore clairement établi, il peut être lié à la dispa-rition au printemps des plantes dont se nourrissent les abeilles et/ou à une intoxication lors du butinage. Le fait que l’on retrouve du glyphosate dans le miel est toutefois la preuve que les abeilles en consomment.

La dessication

Le glyphosate est utilisé comme herbicide, mais il est aussi utilisé depuis peu comme agent de dessiccation. Il s’agit de dessécher les récoltes pour récolter une ou deux semaines plus tôt et éliminer des plantes invasives comme les chardons ! Pratiqué aussi dans certains pays si l’été a été pourri. Cette pratique inventée en Écosse est autorisée en France et presque partout en Europe et en Amérique du Nord. A noter que la Coordination Rurale a demandé l’interdiction de la dessiccation (1).

Dangerosité

Le glyphosate est aussi utilisé sur les bas-côtés des routes et pour désherber les voies ferrées. Il passe aussi dans les cours d’eau, mais plus grave une partie se retrouve dans notre alimentation. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) via son agence du CIRC, a établi que le glyphosate était «probablement» cancérogène. Le mot «probablement» venant de l’OMS doit être lu comme «très probablement». En mars 2017, l’État de Californie a reconnu que le glyphosate était cancérogène. Le label «cancérogène» doit être écrit en grosses lettres sur les boîtes mais cette pratique n’est pas suivie par les vendeurs et des procès sont en cours.

On retrouve des traces de glyphosate dans les céréales, oui les céréales du petit déjeuner que l’on donne aux enfants y compris le Muesli et les corn flakes; dans les légumineuses (lentilles, haricots secs, pois chiches) , les pâtes, et tous les produits contenant de la farine de blé, y compris le blé complet et jusqu’à votre croissant du dimanche matin.

Le Kouign Amann en contient probablement. Les doses restent faibles : de 40 µg/kg pour une céréale du petit déjeuner à 2100 µg par kg dans certains paquets de lentilles importés. Ce sont les céréales et les légumineuses, comme les lentilles venant du Canada, provenant de pré-récoltes après dessiccation, qui contiennent le plus de glyphosate.

Il devient impératif de ne manger que des lentilles bio !

Les bières faites avec de l’orge et du houblon venant de pré-récoltes contiennent aussi du glyphosate. Heureusement, les agriculteurs bretons utilisent la dessiccation naturelle pour le maïs, attendant fin octobre pour les récoltes !

En France, les herbicides contenant du Glyphosate, comme le Roundup seront interdits dans les jardins au premier janvier 2019.

Des recherches faites à Caen par Gilles-Eric Séralini et Nora Benachoux ont montré que la dangerosité du Roundup venait de la combinaison du glyphosate avec d’autres produits chimiques, soi-disant neutres, mais devenant toxiques dans les mélanges qui composent le roundup. Même si ces études ont été remises en cause, beaucoup pensent que le principe de précaution doit s’appliquer.

Le drame c’est que la dangerosité du produit n’est pas clairement indiquée sur les bouteilles. D’autant plus que beaucoup ne lisent même pas les conseils d’utilisation. Des femmes enceintes ont naïvement utilisé ce produit sans s’imaginer qu’il pouvait avoir des conséquen-ces néfastes sur le foetus.

La politique

«Stop glyphosate», une pétition de type ICE (initiative citoyenne européenne) pour interdire le glyphosate, lancée par des ONG environnementales, a atteint plus d’1,3 million de signatures en Europe et est donc passée. En octobre 2017, le Parlement européen a voté en faveur de la disparition du glyphosate d’ici à 2022 Le 13 décembre 2017, la commission européenne à donc autorisé le glyphosate pour encore 5 ans ignorant royalement l’initiative citoyenne et provoquant un recours en annulation de cette réautorisation auprès de la Cour de justice de l’Union européenne.

Le 28 mai 2018, l’Assemblée Nationale a voté sur l’interdiction du Glyphosate en France avec 491 absents, 63 contres et 20 pour. Le 1O août 2018, Monsanto a été condamné par la justice californienne à verser 289 millions de dollars à Dewayne Johnson, un jardinier ayant utilisé pendant des années le glyphosate. Le plaignant est en phase terminale d’un cancer du système lymphatique. Monsanto-Bayer a fait appel. On en est là. La lutte est entre les puissants syndicats agricoles, soutenus par le lobby de Montsanto, et la grande majorité des Européens qui veulent en finir avec ce poison.

Y’a-t’il des alternatives au Glyphosate ?

Oui il y en a. Le breton Jacques Le Verger, qui a fondé Osmobio, dans les Côtes-d’Armor, travaille depuis 2008 à la conception d’un désherbant naturel biodégradable à base de produits végétaux. L’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) a testé son produit et a conclu qu’il serait totalement inoffensif pour l’homme et l’environnement.

Une autre solution est le paillage avec des films de matériaux biodégradables comme du jute mais c’est bien trop cher pour le moment. Des chercheurs travaillent sur des films naturels bon marchés (le plastique n’est vraiment pas recommandé). Si les semences pouvaient y être inté-grées et si le matériau pouvait aussi fertiliser le sol, il suffirait, pour l’agriculteur, de dérouler mécaniquement d’immenses rouleaux, faisant d’une pierre «trois coups», empêchant l’herbe de pousser, ensemençant, et fertilisant le sol.

Le problème est que le glyphosate est très bon marché et très efficace.

Pour les agriculteurs, dont beaucoup travaillent déjà à perte, un surcoût leur serait fatal si le glyphosate n’est pas interdit dans toute l’Europe. C ‘est dans ce sens qu’il faut comprendre les positions de Macron et des députés LRM (On peut diverger de LRM? Note du blog). D’ailleurs le commissaire européen français a voté pour l’interdiction. La solution se trouvera à Bruxelles, pas à Paris. Une fois interdit, les impor-tations de légumineuses ou de céréales venant de pays où le glyphosate et la dessiccation ne sont pas interdits, devront aussi être interdites.

21/09/18 19/09/2018  Philippe Argouarch

https://abp.bzh/

Notes:

(1) ABP a contacté Thierry Merret, le président de la FDSEA du Finistère, pour qu’il nous donne la position de la FDSEA sur le glyphosate mais nous n’avons pas eu de réponse.

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21 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

changement climatique (slate)

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Quel poids pèsent vraiment les gestes individuels dans le changement climatique?

Les 150.000 personnes qui ont défilé à la Marche pour le climat auront beau changer de comportement, sans relai politique, cela n’aura pas d’impact.

Deux jours avant la Marche pour le climat du 8 septembre sortait Ça commence par moi (Seuil), premier livre de Julien Vidal, qui retrace un an d’efforts personnels pour limiter son impact sur la planète. L’auteur y relate le défi qu’il s’est lancé en septembre 2016: adopter chaque jour pendant un an une habitude écoresponsable (adhérer à un supermarché coopératif, éteindre ses multiprises, préparer les plats qu’on mange au bureau…) et la partager sur son blog.

Dans ces pages, on trouve du bon sens, pas mal d’astuces, et l’assurance qu’il existe de nombreu-ses façons d’agir contre le dérèglement climatique. Mais le titre de son ouvrage ravive aussi un clivage vieux comme les mouvements sociaux: la transition écologique doit-elle passer par une évolution des comportements individuels ou par une remise en cause du système?

Voilà une idée assez répandue:

La transition écologique devrait passer par des changements individuels, c’est le «sois le changement que tu veux voir en ce monde» qu’on attribue à Gandhi. C’est ce que pense par exemple Tristan Lecomte, fondateur de PUR Projet, une entreprise qui «accompagne les entre-prises» comme Nespresso ou Chanel «dans l’intégration de la problématique du climat au cœur de leur chaîne de valeurs». En 2010, l’entrepreneur écrivait: «Une critique vindicative n’est que l’expression de ses propres contradictions, de ses peurs et de son sentiment d’impuissance. Le monde n’est injuste que parce que nous sommes tous, individuellement et collectivement, injustes. On s’offusque de la pauvreté, qui n’est pourtant que l’évidente expression de notre égoïsme à tous».

Ainsi, l’augmentation d’un million du nombre de pauvres en France en dix ans, par exemple, n’est pas le résultat de décisions politiques, mais d’un égoïsme également partagé entre tous et toutes – par les 21% de Français et Françaises ayant «du mal à se procurer une alimenta-tion saine pour assurer trois repas par jour», comme par les 580.000 millionnaires de l’Hexagone (un chiffre qui a augmenté de près de 47% entre 2007 et 2016).

Responsabilisation n’est pas culpabilisation

La culpabilisation de l’individu est une technique éculée dans de nombreux domaines, comme le montre «Cash Investigation» dans son reportage sur le plastique ou le magazine Frustration dans un article consacré au développement personnel. Quel que soit le secteur, la finalité est la même: faire reposer le poids de décisions politiques, collectives, systémiques, sur les épaules d’individus généralement incapables de peser sur ces décisions.

Plus récemment, Jacques Attali a réactualisé cette grille de lecture, dans la foulée de la Marche pour le climat du 8 septembre. «Combien de ces manifestants sont-ils végétariens? ? Combien trient leurs déchets? Combien vérifient qu’ils ne consomment aucun objet ou service dont la production est gaspilleuse d’énergie?» a-t-il écrit dans un tweet accompagné d’un lien vers un post Instagram de GoodPlanet, la fondation de Yann Arthus-Bertrand financée entre autres par la BNP Paribas, le groupe Suez, Bouygues ou Coca-Cola. Bref, les entreprises et les politiques n’ont aucune responsabilité, mais vous êtes priés d’éteindre la lumière en sortant.

En entendant «Ça commence par moi», on se dit qu’on a affaire à un disciple d’Attali, persuadé qu’on se doit d’être irréprochable avant de pouvoir formuler la moindre critique. «Ce n’est pas du tout ce que je dis, on est bien d’accord, clarifie d’entrée Julien Vidal. Malheureusement, le discours libéral s’est approprié les concepts de l’action individuelle et les a dévoyés, pour la limiter à une action individualiste. Et monsieur Attali est exactement dans cette culpabilisation individuelle, selon laquelle il faut être parfait pour agir. Mais c’est absolument faux.»

Et sur la culpabilisation aussi, il y aurait confusion. «On confond culpabilisation et responsabilisation, c’est dommage, déplore-t-il. C’est pas parce qu’on dit “regardez, voilà les conséquences de vos actes” qu’on culpabilise les gens. On leur dit juste “voyez la réalité en face et regardez: nos actions ont tel impact, positif ou négatif”.»

La culpabilisation de l’individu s’accompagne d’une dépolitisation du sujet, estime le chercheur Jean-Baptiste Comby. Quand on parle de dérèglement climatique, «l’accent est mis sur les conséquences de l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, beaucoup moins sur ses causes», explique-t-il à L’Obs. Les médias «attribue[nt] la responsabilité du dérègle-ment aux “activités humaines”, comme si toutes les activités polluaient de façon équivalente, poursuit-il. [On] évacue la question de savoir quelles décisions politiques et mécanismes économiques sont à l’origine d’activités polluantes».

L’individuel mène au collectif

On pourrait reprocher à Ça commence par moi de participer à cette dépolitisation, que Jean-Baptiste Comby définit comme le fait de «passer sous silence les causes collectives et structu-relles de la pollution: l’aménagement des villes et des transports, l’organisation du travail, le fonctionnement de l’agriculture, le commerce international, l’extension infinie du marché». Certes, le livre de Julien Vidal évoque peu le rôle des structures et se concentre sur des initiatives personnelles ou collectives à petite échelle. Mais c’est normal: il n’est ni chercheur ni militant.

Et son inventaire de «petits pas» est bien plus politique qu’il n’y paraît, notamment parce que collectif et individuel y sont à tout moment imbriqués. «L’individuel va souvent dans le sens du collectif, assure-t-il. Participer à un café de rue avec le Secours Catholique, au budget partici-patif de Paris, aux actions de nettoyage dans un quartier, aller dans un supermarché coopé-ratif, ce sont des actions collectives.» Derrière la démarche individuelle donc, l’évidence du collectif qui permet de tisser un réseau, d’élargir son champ de compétences, «d’expérimenter ce que pourrait être le monde de demain» comme le dit Maxime Combes, de l’association Attac.

Le collectif, c’est le choix qu’a fait Maxime Lelong, organisateur de la Marche pour le climat: «Ça fait des années qu’on est dans une culpabilisation de l’individu alors qu’on est tous cons-cients que les dix tonnes de plastique produites chaque seconde, c’est pas nous qui les fabri-quons! Hulot était “garant” de la transition écologique en France et il a fait un aveu d’impuis-sance en démissionnant. Pour moi, cette marche, c’était le seul moyen de faire prendre cons-cience à notre gouvernement que c’était inadmissible qu’un ministre fasse un tel aveu… Il fallait exercer notre souveraineté pour faire entendre au gouvernement qu’il faut que la protection de l’environnement soit au centre de toutes les mesures politiques». Mais si la mobilisation a suscité de l’enthousiasme, elle n’a pas fait vaciller le système.

Pas d’impact sans relai politique

Au fil de ses 304 pages, Julien Vidal invite chacun à «faire sa part», comme Pierre Rabhi, l’essayiste de plus en plus dézingué par les médias est cité à plusieurs reprises dans l’ouvrage. Mais chez Rabhi, la question du rapport de force est évacuée, inexistante. À tel point que Mediapart s’interroge: «Est-il un extraordinaire diffuseur de radicalité décroissante ou un personnage démonétisé qui ne sert qu’à rassurer le système, en jugeant que la transformation de soi pourrait suffire à résoudre les crises écologiques?».

Rabhi comme Attali pensent le dérèglement climatique comme un phénomène «hors-sol», qui ne serait pas le résultat de processus politiques longs et complexes. «En alimentant l’idée qu’il existe des solutions locales à l’effondrement de l’écosystème et que la crise écologique peut se résoudre par l’ingéniosité humaine et la bonne volonté personnelle, [Rabhi] efface l’importance des mécanismes de domination: de classe, de race, de genre», poursuit Mediapart. Une faiblesse dans laquelle ne tombe pas l’auteur de Ça commence par moi: «Les plus précaires sont ceux qui polluent le moins. On les accable avec l’huile de palme ou le tri des déchets, mais comparé à un SUV ou à un vol transatlantique, c’est un impact qui n’a rien à voir. C’est un peu comme quand on parle de fraude fiscale et qu’on nous répond “mais regardez la fraude sociale”» alors qu’elles sont sans commune mesure.

L’erreur de Julien Vidal, c’est sans doute de ne pas avoir saisi qu’il avait dépassé ses modèles. Alors que Rabhi s’inscrit dans un retrait de la société à travers des structures dont il est pres-que toujours à l’origine, Julien Vidal reste au cœur de cette société (il est salarié à Paris quand il se lance dans ce projet) et s’investit dans les projets des autres.

Ceci dit, d’un point vu mathématique, sa démarche se vérifie-t-elle?

Pas sûr. «Même si 10% de la population se mettent à faire tout ce qu’il y a dans ce livre, est-ce que ça va vraiment changer les choses? s’interroge Maxime Lelong. Certaines mesures doivent être prises au niveau étatique ou européen.» Si tous et toutes les Françaises adoptaient un mode de vie comparable à celui de Ça commence par moi, cela représenterait une économie annuelle de 583 millions de tonnes d’équivalent CO2, soit une baisse de 80% de nos émis-sions. C’est énorme, et en même temps, ce n’est pas grand-chose par rapport aux six milliards de tonnes d’équivalent CO2 émises par le groupe Total.

Les 150.000 personnes qui ont défilé le 8 septembre auront beau changer de comportement, sans relai politique, cela n’aura pas d’impact. Mais le but des initiatives de Maxime Lelong et de Julien Vidal, ce n’est pas de tout changer, tout de suite, d’ailleurs, tous deux insistent sur le fait qu’ils ne sont pas militants. C’est de s’approprier une démarche et «d’essayer de faire pencher la balance du côté qui [les] intéresse».

Repolitiser la question

Alors évidemment, les gestes individuels –aussi nombreux soient-ils– ne renverseront pas la tendance. Pour autant, ils sont indispensables, comme l’explique Maxime Combes, dont l’association «cherche à dépasser l’opposition historique entre changement individuel et lutte collective». «Sur la crise climatique, nous considérons que les deux approches sont absolu-ment essentielles. Elles doivent se nourrir l’une, l’autre», affirme l’économiste d’Attac. Pour lui, les initiatives individuelles ou «collectives à petite échelle» sont un premier pas pour repolitiser la question du dérèglement climatique et ainsi instaurer un rapport de force.

C’est par ce type d’actions, souvent simples à mettre en place (comme le fait d’adhérer à une Amap ou d’opter pour un fournisseur d’énergie verte) que les citoyennes et citoyens vont être amenés à se saisir de problématiques plus complexes, comme les traités de libre-échange ou la fraude fiscale. En fin de compte, c’est une même ambition qui anime Julien Vidal et Maxime Lelong: celle de se saisir de l’enjeu le plus crucial de notre génération et, au passage, tenter de fournir aux autres le moyen de s’en emparer.

Maxime Brousse 20 septembre 2018

http://www.slate.fr/

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20 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

députés bretons (eaux et rivières)

deputes

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20 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

sabotage (euractiv)

monfilshigh

Le Medef européen prépare le sabotage des objectifs climatiques européens

La stratégie de communication de BusinessEurope est de « s’opposer » à toute hausse des ambitions climatiques de l’UE.

Mais  en affichant un soutien de façade, explique une note interne obtenue par Euractiv. Le patronat européen compte soutenir la lutte contre le réchauffement climatique… mais seulement en façade.

Dans une note interne datée du 13 septembre et obtenue par Euractiv, BusinessEurope, qui fédère les associations patronales de 34 pays européens, détaille une stratégie en deux temps face aux ambitions européennes dans la lutte contre le changement climatique.

Si BusinessEurope, compte réserver un accueil plutôt positif à la politique climatique europé-enne,  ce soutien sera uniquement valable « tant qu’on parle d’une déclaration politique sans implications » précises sur les engagements existants dans le cadre de l’accord de Paris pour le climat.

Le document doit être discuté lors d’une réunion le 19 septembre.

La stratégie de BusinesseEurope fait écho à l’annonce du commissaire européen à l’action climatique, Miguel Arias Cañete,  qui a récemment proposé de réhausser les objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. L’Espagnol estime que le niveau d’ambition prévu avait été dépassé « de facto » par un accord sur la part des renouvelables et l’efficacité énergétique conclu en juin.

32 % de renouvelables, un chiffre insuffisant

L’objectif de 32 % de renouvelables fixé la semaine dernière serait « bien en deçà » de ce qui est nécessaire pour respecter l’Accord de Paris sur le changement climatique. À l’heure actuel-le, l’UE prévoit de réduire ses émissions « d’au moins 40 % » par rapport au niveau de 1990 d’ici 2030. L’accord passé en juin ferait en réalité augmenter cet objectif de 5 %, selon le commissaire. Cette position est aussi celle de Jean-Claude Juncker, qui a déclaré lors de son discours sur l’état de l’union que la volonté du Parlement de hausser les objectifs était « scientifiquement exacte et politiquement nécessaire ».

Aux premières loges des pays réticents à ces changements, l’Allemagne, qui craint que cela n’entrave la compétitivité de son industrie, largement dépendante des exportations. En août, Angela Merkel s’est ainsi exprimée contre la révision des objectifs climatiques, estimant que « nous devrions commencer par nous en tenir aux objectifs que nous nous sommes déjà fixés ».

Merkel s’oppose à l’ambition climatique de l’UE

Angela Merkel s’est exprimée contre des objectifs climatiques plus ambitieux lors d’une émis-sion télévisée. Elle soutient néanmoins l’idée d’une transition vers des transports propres. Le mémo de BusinessEurope est dans la même veine. Il conseille de « s’opposer à une nouvelle hausse des ambitions en utilisant les arguments habituels » : l’Europe ne peut tout faire toute seule et devrait trouver un accord avec ses concurrents sur les marchés mondiaux avant de prendre de nouvelles décisions.

Le document propose de « minimiser le sujet » en arguant que la hausse des ambitions « n’est pas ce qui importe le plus » et que « l’essentiel est de persuader d’autres grandes économies de se mettre au même niveau que l’Europe ». Le lobby propose aussi de « mettre le processus en cause » en demandant davantage d’études coût-bénéfice et « plus de transparence sur les calculs ».

Tara Connolly, activiste chez Greenpeace, dénonce les « manœuvres politiques » de Busi-nessEurope, à un moment où les Européens « sont les témoins directs des effets du change-ment climatique » après un été marqué par des canicules et une sécheresse qui a obligé l’UE à débloquer des fonds pour aider les agriculteurs.

« La Commission européenne a la responsabilité d’avancer, d’ignorer les boniments, les men-songes et les tactiques de retardement des dinosaures que sont les corporations européen-nes. Il serait irresponsable de tomber dans le panneau des déclarations alarmistes et de ne pas prêter attention aux dangers économiques, sanitaires et environnementaux du changement climatique », estime-t-elle.

Ce n’est pas la première fois que Berlin entrave les ambitions climatiques européennes. En juin, son ministre de l’Énergie, Peter Altmaier, a rejeté les appels d’autres États membres d’élever la part des renouvelables à 33 ou 35 % d’ici 2030.

Frédéric Simon  19 septembre. 2018

https://www.euractiv.fr/

Berlin douche les espoirs de l’UE sur les renouvelables

Si les électeurs européens ne font plus confiance aux politiques, c’est notamment à cause d’ambitions « irréalisables » sur les renouvelables, estime le ministre allemand à l’Énergie, opposé à un objectif de 33 ou 35 % de renouvelables d’ici 2030.

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19 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

apiculteurs (fr3 + ouest france)

Aucun texte alternatif disponible.

Bretagne : les apiculteurs dépités par les aides accordées par l’Etat

Après l’hécatombe de leurs abeilles, les apiculteurs français avaient obtenu une aide exceptionnelle de l’Etat de trois millions d’euros.

Les Bretons viennent d’apprendre qu’ils ne toucheraient que 100 000 euros. Plus de 20 000 ruches ont été décimées en Bretagne cet hiver, soit un tiers de la totalité des abeil-les. Pour leur venir en aide et compenser les pertes, la Région Bretagne a débloqué un plan de soutien exceptionnel. Une somme qui devait compléter celle de l’État. Finalement, cette somme de l’Etat sera de 100 000 euros sur les 3 millions d’euros accordés, au total.

Compte tenu des dégâts dans l’Ouest, les apiculteurs bretons espéraient entre 300 000 euros et 400 000 euros. 
« On a répondu à beaucoup d’enquêtes prouvant ces mortalités et on est les plus mal servis, c’est incompréhensible« , s’indigne José Nadan, apiculteur au Faouët (Morbihan). Lui a perdu 300 ruches, soit 50 % de ses abeilles. Un préjudice estimé à 120 000 euros. François Le Dudal, apiculteur à Cohiniac (Côtes d’Armor) parle d’un montant d’aide « ridicule » : « 100 000 euros, c’est moins de 3,5% de la totalité de l’enveloppe de l’Etat, alors qu’on fait partie des apiculteurs les plus impactés (…) ça nous laisse sans voix« .

Une lettre ouverte aux parlementaires

Le syndicat des apiculteurs professionnels de Bretagne, a écrit aux députés et sénateurs de Bretagne. « C’est un réel mépris à notre égard, comme à l’égard de la Région qui a affiché dès le début sa volonté de sauver ses apiculteurs« , écrit le syndicat. Il tient l’État comme « premier responsable de cette catastrophe économique […] ça fait 20 ans que les apiculteurs se battent inlassablement pour obtenir l’interdiction des néonicotinoïdes, pourtant reconnues extrêmement toxiques, dès leur mise sur le marché« .

Une journée d’action à Carhaix

Le 30 septembre, les apiculteurs organisent une journée pour protester contre cette décision de l’État, à Carhaix. Une action qui se veut pacifique est festive.

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Sylvaine Salliou  18/09/2018
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apiculteurs
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18 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

diesel (europe1)

diselgate

Dieselgate : trois ans après, les voitures « sales » plus nombreuses dans l’UE

La France est, selon cette une étude de l’ONG bruxelloise Transport et Envi-ronnement, le pays le plus affecté par le problème, puisqu’il y circule quelque 8,7 millions de « diesel sales ». 

Quelque 43 millions de véhicules diesel « sales » continuent de circuler dans l’Union européen-ne, malgré l’engagement des constructeurs automobiles à réduire les émissions de gaz polluants des modèles récemment commercialisés, selon une étude de l’ONG bruxelloise Transport et Environnement (T&E) publiée mardi. L’étude compare ce chiffre avec les 29 millions de voitures et fourgonnettes « très polluantes » recensées sur les routes européennes il y a trois ans quand a éclaté le Dieselgate.

Quantité d’oxyde d’azote trois fois supérieure aux normes.

Elle dénonce le double discours des constructeurs et l’écart entre théorie et pratique à propos des moteurs diesel aux normes anti-pollution les plus récentes (Euro 5 et 6, correspondant à une commercialisation postérieure à 2009).  »Les voitures continuent d’être optimisées pour bien se comporter lors des tests (d’émissions polluantes) et émettent bien davantage lorsqu’elles sont entre les mains des clients », affirme T&E. Selon l’ONG, ces 43 millions de véhicules polluants émettent des oxydes d’azote (NOx) en quantité « au moins trois fois supérieure » à ce qu’autorisent les normes en vigueur dans l’Union européenne.

« Si l’Europe n’agit pas, ces voitures vont continuer de polluer l’air pendant des décennies, écourtant des vies », ajoute le rapport en anglais, qui propose de limiter la commercialisation et l’usage de tels véhicules. La France est, selon cette ONG, le pays le plus affecté par le problè-me, puisqu’il y circule quelque 8,7 millions de « diesel sales ». Viennent ensuite l’Allemagne (8,2 millions) puis le Royaume-Uni (7,3),l’Italie (5,3), l’Espagne (3,2) et la Belgique (environ 2 millions).

Trois ans après le dieselgate.

Le rapport est publié trois ans jour pour jour après la révélation par les autorités de régulation américaines, le 18 septembre 2015, de la fraude aux tests antipollution opérée par le construc-teur allemand Volkswagen. Quelques jours plus tard VW avait reconnu avoir équipé 11 millions de ses véhicules dans le monde d’un logiciel capable de tromper les contrôles sur les émis-sions de NOx. Son patron avait dû démissionner. Le scandale s’est ensuite étendu à d’autres constructeurs.

18 septembre 2018

http://www.europe1.fr/

Commentaire: D’une part il y a les maladies dues aux particules qui touchent les enfants et vieillards. De l’autre il y a des millions de gens qui ont été encouragés à passer au diesel et qui « n’ont rien fait de mal » à part obéir au gouvernement (et à l’industrie automobile)!

polluer

Émissions polluantes : l’UE ouvre une enquête pour entente entre BMW, Daimler et Volkswagen

« La Commission examine si BMW, Daimler et Volkswagen sont convenus de ne pas se livrer concurrence », a indiqué mardi un communiqué de l’exécutif européen. 

L’UE a ouvert mardi une enquête sur une entente entre constructeurs automobiles allemands pour ne pas se faire concurrence en matière de technologies de réduction d’émissions pollu-antes, trois ans après l’éclatement du scandale Dieselgate.

« La Commission examine si BMW, Daimler et Volkswagen sont convenus de ne pas se livrer concurrence en ce qui concerne le développement et le déploiement de systèmes importants permettant de réduire les émissions nocives des voitures particulières à moteur essence et diesel », selon un communiqué de l’exécutif européen.

Daimler aurait avoué en premier.

Cette enquête approfondie est lancée par la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager. Elle fait suite à des informations selon lesquelles BMW, Daimler, Volks-wagen (ainsi que Audi et Porsche, filiales de VW) auraient participé à des réunions où ont été évoqués le développement et le déploiement de technologies permettant de limiter les émis-sions nocives des gaz d’échappement des voitures. Selon la presse allemande, Daimler, fabri-cant des voitures Mercedes-Benz, aurait avoué en premier l’existence de cette vaste entente entre les constructeurs allemands afin de bénéficier de la clémence des autorités de la concurrence.

Les cartels lourdement sanctionnés par l’UE.

Les cartels sont interdits dans l’UE puisqu’ils nuisent à la concurrence et aux consommateurs. La Commission européenne peut infliger de lourdes amendes aux entreprises qui s’entendent entre elles, le record ayant été atteint le 19 juillet 2016. L’Union européenne avait alors infligé une amende de 2,93 milliards d’euros à quatre fabricants européens de camions, accusés de s’être entendus pendant quatorze ans sur les prix de vente de leurs poids lourds. Aucune disposition légale ne prévoit de date limite à une enquête pour cartel, a rappelé la Commission européenne. La durée de cette enquête dépend de divers éléments, dont la complexité de l’affaire, le degré de coopération des entreprises en cause avec la Commission et l’exercice des droits de défense.

18 septembre 2018

http://www.europe1.fr/

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17 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

écologie (rtl + npa)

ecolo

Les faux écolos vont continuer à faire leur cirque?

L’écologie fait un bond spectaculaire dans les priorités des Français

Selon une enquête Kantar Sofres-One Point pour RTL/Le Figaro/LCI, la protection de l’environnement fait un bond fulgurant dans les priorités des Français de 11 points, par rapport à janvier. Une conséquence de la démission de Nicolas Hulot ?

L’électrochoc voulu par Nicolas Hulot, lors de l’annonce de sa démission du gouvernement, a-t-il eu lieu ? Selon une enquête Kantar Sofres-One Point pour RTL/Le Figaro/LCI, les Français sont 29% à considérer la protection de l’environnement comme devant être une priorité de l’action d’Emmanuel Macron et du gouvernement en 2018. Un pourcentage significatif car cela représente 11 points supplémentaires par rapport au précédent sondage de janvier 2018.

Cette tendance se confirme concernant les réformes attendues par les Français.

76% des personnes interrogées estiment que prendre des mesures pour lutter contre le changement climatique doit être une priorité. Dans le détail, 41% estiment que la transition écologique doit être prioritaire dans l’action de l’exécutif ; 35% la jugent « importante » ; 13% trouvent que c’est « secondaire » et 5% « inutile ».

Selon Emmanuel Rivière, le directeur de Kantar Public France, ce bond spectaculaire, « c’est la conséquence incontestablement du départ de Nicolas Hulot. Nous voyions auparavant dans nos enquête, cette progression se faire. L’été que les Français ont traversé avec le sentiment de percevoir de manière tangible le dérèglement climatique ont fait système avec la démission de Nicolas Hulot ».

Une tendance durable ?

Cet intérêt des Français pour les questions environnementales va-t-il s’essouffler ? « Le départ de Nicolas Hulot a permis de mettre ce sujet à l’agenda. Mais les Français ne passeront pas à autre chose. Ce sujet peut nous accompagner jusqu’aux élections européennes », estime Emmanuel Rivière au micro de RTL.

En effet, depuis le départ de l’écologiste du ministère et la nomination de François de Rugy pour le remplacer, les Français ont multiplié les actions afin de faire basculer la politique en matière d’écologie. Le 8 septembre dernier, entre 18.500 et 50.000 personnes se sont rassemblées à Paris lors de la « marche pour le climat ».

L’Assemble rejette (encore) l’interdiction du glyphosate dans la loi

De leur côté, les députés ont, une nouvelle fois, refusé d’inscrire l’interdiction du glyphosate d’ici trois ans dans la loi Agriculture et Alimentation. En mai dernier, lors de la première lecture du texte, les députés, y compris dans la majorité, avaient déjà plaidé en vain pour sanctuariser dans la loi l’engagement présidentiel.

Les problématiques liées à l’écologie deviennent ainsi l’une des principales priorités des personnes sondées. À noter que la première préoccupation des Français reste le pouvoir d’achat (55%), qui arrive en tête devant la baisse du chômage (40%) et l’immigration (30%).

16/09/2018 Marie-Pierre Haddad

https://www.rtl.fr/

Commentaire: L’Ankou est une figure de la mythologie bretonne, serviteur de la mort, le bruit de sa charette annonçait qu’il venait chercher quelqu’un…

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17 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

nucléaire (npa)

an ankou a

Prolifération des déchets radioactifs, démantèlement des installations irradiées, grand marché des poubelles nucléaires…

Face à la folie du profit, quelles alternatives écosocialistes ?

L’industrie nucléaire a longtemps cherché à minimiser ou à nier la question du démantèlement des installations nucléaires.  Quand les centrales ont été construites, l’idée de les démonter un jour n’avait pas été anticipée par les ingénieurs d’EDF et du CEA. C’est en 2005, que la cour des comptes commence à s’intéresser à la question car elle craint que les provisions pour démantèlement soient insuffisantes, et il en va de la crédibilité de la politique énergétique de la France donc de l’industrie nucléaire.

La France, avec ses 146 sites nucléaires civils et militaires, et dont les 58 centrales nucléaires sont vieillissantes, est d’ores et déjà confrontée au problème.

A l’échelle mondiale, dans les 20 ans à venir, des dizaines de réacteurs, d’installations de recherches, d’usines de fabrication et de retraitement du combustible devront être démante-lées, en particulier aux USA et en Europe, ce qui représente un enjeu technique et économique très important pour les  entreprises françaises qui sont sur les rangs

Peut-on vraiment démanteler une centrale nucléaire ?L’anthropologue et philosophe Christine Bergé auteur du livre« Superphénix, déconstruction d’un mythe » a enquêté sur le chantier de déconstruction du surgénérateur Superphénix. Dans un interview à Basta en 2011, elle explique :

« La déconstruction même d’une centrale est un mythe.

On déconstruit mais on ne résout pas le problème de la radioactivité pour autant. Une centrale est en réalité une gigantesque poubelle dont on disperse les éléments. Du moindre gant en latex jusqu’à certains composants pouvant mesurer 15 mètres de long et qui ont baigné dans du sodium irradié. Tout cela ne peut pas être déconstruit. Les déchets de déconstruction sont enrobés et mis en terre ou envoyés dans des filières dédiées. Mais on ne fait qu’enrober.

Tout est archivé, sur ordinateur ou sur papier, mais lire toutes les archives est strictement impossible. Une partie de l’information se perd. Par exemple, nous n’avons pas pu retrouver la trace de tous les architectes de Superphénix ! Or, pour la déconstruction, revoir entièrement ce qui a été fait dans le passé est une obligation.  De plus, les centrales nucléaires ne sont pas conçues pour être déconstruites. Autrement dit, on déconstruit à partir de rien, on est obligé de tout inventer. »

Définition de l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs) :

« Le démantèlement est l’ensemble des opérations techniques qui visent, après arrêt définitif d’une installation nucléaire, à l’assainir en éliminant les substances radioactives et dangereu-ses résiduelles, ainsi que les structures ou les équipements les ayant contenues. Ces opéra-tions sont conduites en vue d’atteindre un état final préalablement défini, notamment en fonc-tion de l’usage futur : démontage des équipements, assainissement des locaux, assainisse-ment ou réhabilitation de sols, destruction éventuelle du génie civil, conditionnement, évacua-tion et élimination des déchets générés (radioactifs ou non). »

Quand les conditions d’assainissement sont remplies, le site est « déclassé », c’est à dire qu’il n’est plus sur la liste des installations classées et donc l’installation n’est plus soumise  aux contrôles réglementaires.

Deux stratégies sont envisageables pour le démantèlement des installations nucléaires, toujours d’après l’ANDRA :

« un démantèlement dès la mise en arrêt définitif de l’installation », avec l’argument avancé de ne pas faire porter le poids du démantèlement aux les générations futures, tant sur les plans techniques que financiers. Cette stratégie permet de bénéficier des connaissances et compé-tences des équipes présentes pendant le fonctionnement de l’installation, indispensables lors des premières opérations de démantèlement. Elle évite, par ailleurs, des dépenses importantes de surveillance, de maintien dans un état de sûreté satisfaisant. »

« un démantèlement différé, plusieurs décennies après l’arrêt de l’installation, justifié principa-lement par la décroissance radioactive des éléments à démanteler permettant des opérations de démantèlement moins complexes et optimisant l’exposition aux rayonnements ionisants des personnes réalisant les opérations. Elle permet d’étaler les dépenses dans la durée dans l’objectif d’une gestion financière raisonnée. » C’est le choix de la Grande-Bretagne. Il permet surtout d’attendre que l’on sache gérer les déchets.

Il existe une troisième option, présentée comme très particulière, c’est le démantèlement in situ dit « entombment » (en tombeau). Il s’agit de couler du béton sur l’ensemble du bâtiment. C’est une technique employée aux USA pour des installations militaires. L’IRSN exprime des inquiétu-des sur la sûreté à long terme, et sur le fait de créer de sites de stockages diffus. L’Agence Internationale à l’Énergie Atomique (AIEA) recommande le démantèlement immédiat et de nombreux pays affichent mettre en œuvre ce procédé.

En France :

Les choix ne sont pas débattus et les décisions prises dans l’opacité la plus totale. Au départ EDF voulait attendre 50 ans comme les études internationales l’avaient préconisé. Et écono-miquement, il vaut toujours mieux reporter les dépenses improductives à plus tard. Cette politique revenait à laisser les générations futures se débrouiller du problème et le financer.

Dans les années 2000, la question du renouvellement du parc nucléaire s’est posée. La majo-rité des réacteurs français ayant été construits dans les années 1980 pour une durée de 30 ans, et la construction d’un réacteur prenant une dizaine d’années, c’était le moment de mettre de nouveaux réacteurs en chantier.

C’est alors avant tout la question économique qui a poussé au changement de la politique de démantèlement. Autrement dit, avant de pouvoir construire de nouveaux réacteurs nucléaires, il faut démanteler les réacteurs arrêtés et trouver un moyen de traiter correctement les déchets pour faire accepter aux Français cette poursuite de la politique nucléaire.

Et comme les règles de sûreté et de sécurité sont de plus en plus contraignantes, le déman-tèlement des réacteurs et le traitement des déchets deviendront de plus en plus difficiles et donc de plus en plus coûteux au fur et à mesure que les règles se durciront. Il faut donc démanteler au plus vite avant que les coûts ne rendent l’énergie nucléaire beaucoup trop chère et économiquement injustifiable.

ANDRA : « La stratégie retenue en France est celle du démantèlement dans un délai aussi court que possible après l’arrêt définitif de l’installation, dans des conditions économiquement acceptables et dans le respect des principes de prévention des risques sanitaires liés à l’envi-ronnement et au travail. » On est dans le mythe du « retour sur herbe » d’une installation nucléaire le plus rapidement possible. Le démantèlement d’un site est soumis à une autori-sation de l’Autorité de Sureté Nucléaire (ASN) sous la forme d’un décret d’autorisation de démantèlement.

Les travaux comprennent plusieurs phases.

D’abord la phase de préparation :  refroidissement du combustible dans la piscine sur place, avant son transport au centre de retraitement de La Hague dans le Cotentin.   Puis le circuit primaire est vidangé et les équipements non radioactifs sont démontés: turbine, alternateur, pompes du circuit secondaire, etc…Puis laphase dite de déclassement, doit libérer le site pour une autre utilisation et le débarrasser le plus possible de sa radioactivité.

L’ASN a des recommandations vis à vis des exploitants mais elles restent soumises à inter-prétation : « les exploitants mettent en œuvre des pratiques d’assainissement et de déman-tèlement visant à atteindre un état final pour lequel la totalité des substances dangereuses et radioactives a été évacuée de l’exploitation. » « dans l’hypothèse où cette démarche poserait des difficultés de mise en œuvre, l’exploitant doit aller aussi loin que raisonnablement possible dans le processus…en justifiant pourquoi les opérations ne peuvent être davantage poussées …avec les meilleurs techniques possibles, dans des conditions économiquement acceptables. »

Les déchets produits sont de deux types : conventionnels ou radioactifs.  

Les premiers représentent 80% des déchets de démantèlement, notamment des gravas et métaux. En  France on considère que tout déchet en provenance du bâtiment réacteur est susceptible d’être radioactif, donc à traiter comme tel.  D’après l’ANDRA, actuellement une cinquantaine d’installations sont en cours de démantèlement ou seront démantelées à moyen terme : une dizaine de réacteurs nucléaires, une quarantaine d’installations du CEA, d’EDF et d’Orano.

L’ANDRA fait la promotion du démantèlement en citant des exemples : à Annecy, le CICN (ateliers de fabrication laboratoire) qui a été démantelé avec réindustrialisation (chaufferie biomasse) et Veuray-Voroize (usine de fabrication de combustible) loué à une société sofradir, (société française d’infra rouge). Autre exemple le CEA de Grenoble qui a assaini et démantelé depuis 2001 et les surfaces ont été réutilisées pour de la recherche et développement en micro-naoélectronique et en technologie pour la santé et les énergies renouvelables.

L’IRSN indique que le démantèlement de réacteurs dits de deuxième génération, réacteurs à eau sous pression, a lieu sans problème (en Allemagne) et devrait se réaliser en 20 ans. Tout apparaît facile dans les publications officielles du monde du nucléaire.

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En réalité tout n’est pas si simple

Dans le monde, sur 110 réacteurs arrêtés (300 d’ici 2030), seuls 6 ont été démantelés complètement (aux USA) En France, sur 146 installations nucléaires (127 INB et 19 INBS), seuls 9 réacteurs sont à l’arrêt définitif à Marcoule, Bugey, Chinon, St Laurent, Chooz A, Brennilis et Superphénix.

Le démantèlement des réacteurs de première génération, uranium graphite-gaz, pose problè-me : premier exemple, le démantèlement interminable de la centrale de Bennilis, 18 ans d’exploitation, 47 ans de démantèlement, qui devrait s’achever en 2032 et devrait coûter au final 482 millions d’euros, soit 20 fois le montant prévu au départ. Le problème est technique (à l’état liquide, le sodium explose au contact de l’eau et s’enflamme au contact de l’air). Idem pour Superphénix à Creys- Malville dans l’Isère, la fin du chantier est prévu pour 2038.

L’Espagne a opté pour ce démantèlement immédiat, mais se heurte au même problème pour son réacteur graphite-gaz de Vandellos. Ce qui fait que pour tous ces réacteurs de première génération, le démantèlement immédiat est un vaste mensonge et une opération de propagande.

Le coût

Le démantèlement des réacteurs de deuxième génération à eau pressurisé devrait poser moins de problème technique d’après EDF. Reste la question du coût. EDF a provisionné 36 milliards d’euros pour démanteler son parc, un montant vraisemblablement sous évalué : EDF prévoit 350 millions d’euros par tranche, là où les autres pays européens en prévoient entre 900 millions et 1,3 milliard par réacteur : EDF prévoit par exemple que subsistera un réacteur en activité à côté de celui à démanteler ce qui permettra de mutualiser certains coûts, EDF n’a pas pris en compte le coût social lié à la disparition d’un grand nombre d’emplois.

De plus il sera nécessaire d’adapter le démantèlement à l’histoire de chaque installation, en fonction de son histoire, des incidents qui s’y sont produits, on ne pourra pas « standardiser » le démantèlement. Et EDF ne provisionne pas le coût de la gestion des déchets.  En fait, comme EDF prolonge la vie des centrales jusqu’à 50 et même 60 ans, il espère ainsi prolonger le provisionnement des coûts.

Les travailleurs, la sous traitance

Le démantèlement des installations nucléaire est un travail très dur pour les travailleurs, qui cumule les risques de l’intervention en milieu contaminé et ceux de la démolition de bâtiments industriels. Il s’agit d’un travail pénible et dangereux réalisé en combinaison ventilée qui rend plus délicat le respect des règles de sécurité propres à la démolition et à ses risques spéci-fiques : chutes de hauteur, chutes de charges, présence d’amiante et de gravats, etc… Il s’agit pour beaucoup d’emplois non qualifiés de démolition, évacuation, nettoyage, manutention, dans un environnement radioactif.

Pour que l’électricité nucléaire reste compétitive, alors que le coût des énergies renouvelable diminue, EDF cherche à diminuer au maximum le coût du démantèlement et exploite des travailleurs précaires via la sous traitance.  Les entreprises sous traitantes qui se spécialisent dans cette activité font souvent partie de grands groupes qui travaillent dans les déchets. L’exploitant assure cependant la supervision du déclassement et reste responsable de son bon déroulement.

Il s’agit en outre, comme pour la maintenance, de faire supporter les doses par des travailleurs moins bien protégés, surveillés et informés que ceux de l’exploitant. Il y a aussi des risques importants pour l’environnement et les riverains : risques d’envol de poussières radioactives, de rejets de liquides radioactifs, de dissémination de radioactivité sous toutes ses formes. Par exemple, à la centrale de Brennilis, une opération de démantèlement a provoqué un incendie.

nukleyaire

Dans les autres pays

Dans la plupart des pays , il y a un seuil de radioactivité en-dessous duquel on considère que le déchet est conventionnel, c’est-à-dire traité comme n’importe quel déchet industriel et donc potentiellement recyclable. Il y a un enjeu très important sur la fixation de ce seuil. Or un très grand volume de déchets de démantèlement sont des gravats ou des métaux. Ces deux sortes de déchets sont recyclables. Les gravats peuvent être employés dans les soubassement de routes, de parking ou de bâtiments. Les métaux peuvent être refondus et réutilisés dans de nombreux produits de l’environnement quotidien.

Dans l’Est de l’Allemagne, la plus grosse centrale au monde, la centrale de Greifswald est en cours de déconstruction depuis 22 ans. Du plus petit boulon jusqu’aux monstrueuses cuves, tout est récuré pour être décontaminé et remis si possible sur le marché.  Des ouvriers en combinaison et masques, sur des échafaudages à roulette, doivent poncer et aspirer les poussières radioactives des murs, ou d’autres, bouclés dans des casemates, découpent des pièces au chalumeau, nettoient la radioactivité extérieure de pièces métalliques avec des jets surpuissants de poussières d’acier ou d’eau. D’autres nettoyeurs plongent les pièces dans des grands bains d’acide ou d’électrolyse avant de les rincer au karcher.

Le marché du démantèlement va croître

Les industriels de l’énergie (EDF, Orano, Engie) mais aussi ceux en quête de diversification, de l’environnement (Véolia, Suez, Seché), du bâtiment (Bouygues, vinci), des services industriels (Assystem, Onet) pourront tirer une source conséquente de revenus. EDF comme Orano pren-nent d’ores et déjà position sur ces marchés. En 2016, EDF a racheté à une société suédoise Studsvik ses activités de traitement des déchets nucléaires et a signé son 1er contrat avec la Sogin entreprise publique italienne chargée de la déconstruction des centrales nucléaires. Orano espère bien commercialiser le procédé de Cigeo, s’il voit le jour, et devenir une réfé-rence internationale en la matière.

C’est la raison pour laquelle les acteurs se regroupent sous forme de consortium pour remporter des contrats très profitables. En France, le marché du démantèlement nucléaire est  estimé à 35 milliards d’Euros et il  devrait s’accroître en raison des grosses opérations à venir.  Depuis quelques années, les autorités concernées tentent de mieux appréhender le coût du démantèlement de chaque installation. Le flou régnant autour des coûts a pour conséquence de faire grimper la facture de façon vertigineuse.

La seule chose certaine, c’est que s’ouvre un marché mondial juteux évalué à 220 milliards d’euros étalés sur plusieurs décennies. Pour résumer, après avoir produit des milliers de tonnes de déchets radioactifs ils s’apprêtent à nous vendre au prix fort un « nettoyage » bâclé et aléatoire.

 Et si on ne démantelait pas les installations nucléaires ?

Cette intervention pose la question du non démantèlement des centrales nucléaires. Elle a vocation à être critiquée sur chaque point et argument car nous ne prétendons malheureu-sement pas avoir trouvé le Graal qui nous assurerait une sortie du nucléaire sans déchet ni inconvénient. Par ailleurs, il est une condition sine qua nonà cette proposition : ne plus produire de nouveaux déchets. Un arrêt du nucléaire civil et militaire est un préalable.

Nous venons de faire le tour des solutions de démantèlement et de leurs inconvénients, ainsi que des intérêts financiers qui en découlent pour une industrie en pleine déconfiture. Nous avons vu, afin d’éviter tout débats et contestations, que l’industrie nucléaire n’hésite pas à transformer le vocabulaire : les expressions « pré verdoyant » ou « retrouver le gazon vert » parsèment les documents suisses, allemands ou français afin de remplacer le trop technique mot « démantèlement».

nukehugger

Mais pourquoi donc  et de façon aussi unanime, les industriels, scientifiques et politiques du nucléaire n’envisagent-ils que le démantèlement ?

Le fric bien sur pour les capitalistes, mais aussi l’oubli pour pouvoir le cas échéant remettre ça. Mais pourquoi les écologistes et de nombreux-ses antinucléaires semblent se résoudre aussi à cette solutions ? La faiblesse du mouvement antinucléaire dominé par une petite poignée de scientifiques et des associations comme le réseau, les uns comme les autres peu enclin à la critique anticapitaliste et ayant depuis longtemps abandonné l’aspect politique et sociétal des origines de la lutte contre le nucléaire. C’est ce que souligne très clairement la sociologue Sezin Topçu dans son livre « la France nucléaire. l’art de gouverner une technologie contestée »

Superficie des centrales

Une centrale nucléaire comme celle de Cruas en Ardèche occupe une superficie de 148 hectares. En France il y a 19 centrales, une bonne dizaine d’autres installations nucléaires civiles et autant de militaires soit une quarantaine de sites contaminés au total. Très grossiè-rement on peut dire que ces 40 installations représentent environ 6 000 hectares, soit 0,011 % du territoire national (France métropolitaine). En Suisse pays en plein débat sur le démantè-lement les 4 centrales (6 km²) représentent 0,014 % du territoire. Nos pays peuvent donc supporter le fait de perdre définitivement quelques km². On aimerait certes les voir reverdir, mais à condition de ne plus ouvrir de nouveaux sites pour mettre des milliers de tonnes de déchets ou de nouvelles centrales.

Comment ne pas démanteler ?

La première étape est de retirer les combustibles usés, de les entreposer à l’extérieur en piscine ou à sec (par exemple à la Hague en ce qui concerne la France). Ensuite, il est possi-ble de détruire les corps de bâtiments situés en dehors de la zone contaminée ou de les utiliser à des fins éducatives, de formation ou de musées de la « folie nucléaire ». Toutes les instal-lations contaminées restent en l’état et sont entretenues, contrôlées, protégées durant les centaines d’années, voire plus, qui sont nécessaires à la disparition de la radioactivité. Et ce, bien sûr, avec les mêmes critères que ceux qui prévalent actuellement aux centrales en fonctionnement. Il faudra donc des dizaines de salariés par site pour maintenir en état ces installations et assurer leur sécurité.

Pas des gardiens, mais des ingénieurs, des techniciens, des travailleurs qualifiés et formés, avec une garantie d’emploi assurant le passage de la mémoire des installations. D’aucuns diront qu’il s’agit d’argent perdu, de métiers qui ne produisent pas de richesse. Mais n’est-ce pas déjà ce que l’on fait ou envisage de faire sur les sites de déchets nucléaires ? Assurer la sécurité des populations n’est-il pas aussi valorisant que produire de l’énergie ?

Et ensuite ?

Le béton et le métal des cuves vont progressivement s’éroder. Sans doute au fil du temps mais pas plus que dans les sites d’entreposage des déchets envisagés actuellement. Et peut-être même moins si l’entretien est assuré quasi quotidiennement. En restant accessibles à tout moment ils rendront possible une intervention. Certaines centrales et installations nucléaires sont situées dans des zones inondables et/ou sismiques. Mais sans combustibles ces installations sont capables de supporter de tels risques. Elles pourront être renforcées si nécessaire.

De la nécessité de débattre

Ces arguments sont les plus souvent avancés pour le moment en défaveur de cette solution de non démantèlement, y compris dans les rangs des antinucléaires. A vous d’en ajouter car c’est ainsi que le débat doit s’engager sur des choix qui impacteront des générations et des générations. Ne pas démanteler signifie aussi ne pas transporter des milliers de tonnes de déchets et de gravats radioactifs, pas de robots grimpeurs raboteurs découpeurs, pas de mise en danger de centaines de salariés souvent externalisés et sous-payés, pas de déchets « perdus » dans les pays pauvres,  pas de millions de dollars ou d’euros évanouis dans des sociétés alléchées par des marchés en constante augmentation.

En réalité le seul vrai argument contre cette solution est que nous allons laisser aux généra-tions futures la preuve visuelle, tangible, de 70 ans de folie nucléaire. Et c’est bien pour cela que nos industriels scientifiques et politiques veulent raser, cacher, disperser les monstres qu’ils nous ont imposés. Et c’est pour cela que nous voulons que ces monstres restent visibles afin que les générations futures sachent jusqu’où peut aller la folie industrielle et marchande.

Mardi 11 septembre 2018

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