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12 juin 2018 ~ 0 Commentaire

transphobie (cnrs)

transphobie

Comment lutter contre la transphobie à l’école?

L’expérience transidentitaire, le sentiment de ne pas être du genre assigné à la naissance, peut apparaître à tous les âges, même à l’école. Le monde scolaire n’est pas encore prêt. C’est ce que nous explique le sociologue Arnaud Alessandrin, qui livre les premiers résultats d’une étude en cours sur la santé des mineurs LGBTI scolarisés.

Isolement, craintes ressenties au moment d’accéder aux espaces genrés dans l’enceinte de l’école (toilettes, vestiaires), absentéisme…

Les conséquences de la transphobie à l’école sont nombreuses et marquent profondément la vie des individus concernés. Bien que nous ayons spontanément tendance à associer les transidentités à l’âge adulte, les enquêtes étrangères comme celles d’Annie Pullen Sansfaçon 1 ont su mettre en avant l’existence et les spécificités des enfants « gender variants » ou « gender creativ », c’est-à-dire qui s’éloignent légèrement ou bien complètement, durablement ou bien momentanément, des normes de genre en vigueur. L’expérience transidentitaire, le sentiment de ne pas être du genre assigné à la naissance, peut donc apparaître à tous les âges2.

Depuis 2014, ces questions sont progressivement abordées en France.

Les témoignages, notamment sur Internet, se font de plus en plus nombreux. Toutefois, même si l’on compte quelques travaux associatifs, la recherche sur l’expérience des mineurs trans ou gender variant reste peu développée en France et se concentre surtout autour d’enquêtes et de recueil de données qualitatives3. Il faut attendre 2017, lorsqu’une équipe de recherche4 – à laquelle je participe – s’est penchée plus spécifiquement sur la santé scolaire des personnes LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuel.le.s, trans et intersexes), pour voir se dessiner des tendan-ces statistiques sur la question des mineurs trans.

Le collège, particulièrement anxiogène

Les chiffres de cette enquête sont sans appel. Sur 1 059 répondant.e.s au total, nous avons pu créer une strate de 217 jeunes personnes trans scolarisé.e.s. Ces résultats laissent premiè- rement apparaître des éléments relatifs à la solitude de ces jeunes : si  seulement» 46 % des gays et des lesbiennes rapportent ne pas être parvenu.e.s à parler de leur homosexualité durant leur scolarité, ce pourcentage monte à 76 % pour les jeunes s’étant autodéfinis comme trans ou non binaires.

Deuxièmement, les témoignages des jeunes donnent à voir un haut niveau d’appréhension face à l’école (qu’il s’agisse des pairs ou de l’institution) 

L’expérience scolaire est perçue comme « mauvaise » ou « très mauvaise » pour 72 % des jeunes trans. Et si l’on considère aussi les jeunes intersexes, cette mauvaise expérience sco- laire est présente chez 78 % d’entre eux. Enfin, le collège est pointé comme la temporalité la plus anxiogène pour ces jeunes. Le verbatim de l’enquête permet de distinguer différents fac- teurs explicatifs.

L’importance que revêtent les catégories genrées entre pairs au collège

Les transformations corporelles qui imposent des modifications physiques non désirées (règles, poils, mue…), une absence relative de « mots pour se dire » (ce qui semble moins vrai à la fin du collège et au lycée grâce l’accès à l’Internet et aux associations) ainsi qu’une non-prise en compte, ou une mauvaise prise en charge, des problématiques de ces élèves par l’institution. Notons pour finir le rôle non négligeable des programmes scolaires qui, en abor- dant les questions trans et intersexes, véhiculent aussi les représentations pathologisantes et prioritairement médicales de ces identités.

Accompagner et sensibiliser

Si la France est très en retard en ce domaine, d’autres pays comme le Canada proposent des guides et des solutions pratiques pour accueillir et accompagner les demandes de ces jeunes, sans les nier ni les psychiatriser5. Faciliter le changement de prénom sur les dossiers adminis-tratifs, accompagner les demandes médicales sans psychiatriser d’emblée les parcours, former les encadrant.e.s et sensibiliser les autres élèves : autant de petites mesures qui augmentent grandement la participation scolaire des jeunes trans.

Si ces bonnes pratiques sont en direction des établissements, d’autres institutions peuvent être interpellées.

La famille tout d’abord, qui joue un rôle prépondérant dans le bien-être des enfants trans. C’est ce que note par exemple Diane Ehrensaft dans une typologie6 qui différencie des famil- les qu’elle nomme « transphobic », « transformers » ou « transporting ». Dans le premier cas, la chercheuse souligne des figures familiales qui rejettent violemment l’idée d’une transition et d’une non-conformité de genre d’un.e enfant. Le second cas de figure regroupe des familles ou des membres « aidants » qui accompagnent pleinement la transformation de l’enfant. Le troisième groupe développe des stratégies de bricolage entre « aide » et « déni », notamment en déplaçant les prises de décision et les accompagnements à des aidants extérieurs.

Une autre thérapeutique, dite « acceptante »7, suggère que les identités de genre trans ne sont pas des pathologies (dans le cas des enfants comme dans celui des adultes, d’ailleurs).

Dans cette perspective, des propositions de suivis hormonaux sont notamment conseillées et de nettes améliorations sur le plan du bien-être psychologique ou de la participation scolaire se font alors sentir. C’est pourquoi il convient de convoquer pareillement les institutions de santé qui, aujourd’hui en France, sont encore très réticentes à accompagner les mineurs vers la prise de bloquants hormonaux afin de ne pas les confronter aux effets secondaires de la sexuation et de les protéger des discriminations.

Cette opposition des mondes scolaires et médicaux à une meilleure prise en compte des demandes transidentitaires montre à nouveau les difficultés qu’il y a à dessaisir la question trans des cadres de la maladie mentale.

07.06.2018 Arnaud Alessandrin
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Les points de vue, les opinions et les analyses publiés dans cette rubrique n’engagent que leur auteur. Ils ne sauraient constituer une quelconque position du CNRS.

transph

À lire : Sociologie des transidentités, Arnaud Alessandrin, Le Cavalier bleu, mars 2018, 144 p., 20 € « La transphobie en France : insuffisance du droit et expériences de discrimination », A. Alessandrin, Cahiers du Genre, 2016 , vol. 60 (1): 193-212.

Lire aussi:

Combien y a-t-il de sexes ?

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11 juin 2018 ~ 0 Commentaire

rennes lgbti (ifa )

lgbt

Mardi 12 juin 18h30 La militance LGBT aux Etats-Unis 

Conférence

La reconnaissance politique des revendications homosexuelles s’est traduite par une profes-sionnalisation du mouvement et non par une mobilisation plus forte de la base. L’institution-nalisation de la militance LGBT a donc coïncidé avec la disparition de la revendication sexuelle. Guillaume Marche démontre que la place plus ou moins importante de la sexualité dans les objectifs et les formes d’action joue un rôle déterminant dans l’implication des acteurs sociaux.

Guillaume Marche est Professeur de Civilisation américaine à l’Université Paris-Est  Créteil. Il est l’auteur de La militance LGBT aux États-Unis. Sexualité et subjectivité.

https://ifa-rennes.org/

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29 mai 2018 ~ 0 Commentaire

mélenchon en russie (essf)

urss

Militants de gauche, syndicalistes, partisans des droits humains et de la solidarité internationale, nous ne sommes naturellement pas représentés par E. Macron. Quelques semaines avant son voyage en Russie, J.L. Mélenchon s’est lui aussi rendu en Russie, avec par contre quelques prétentions à représenter, sinon « la gauche », du moins « le peuple », voire même « l’unité populaire ». Dans ce texte nous abordons les graves problèmes politiques posés par ce voyage et ce qu’il révèle en creux : l’urgence d’un véritable internationalisme.

Les vrais opposants de Poutine

La visite de J.L. Mélenchon en Russie n’a pas comporté de réception officielle par les dirigeants de l’État mais elle faisait suite à la réélection de Vladimir Poutine aux élections présidentielles du 18 mars dernier. Rappelons que dans ces « élections » sur mesure, toute candidature réellement oppositionnelle avait été écartée, en particulier celle du libéral « anti-corruption » Alexeï Navalny.

Seule la candidature de Ksenia Sobtchak, fille de l’oligarque qui fut le mentor de V. Poutine, passait pour franchement « oppositionnelle » ; elle avait surtout pour particularité d’être la première candidature féminine à ce poste et a officiellement obtenu 1,6% des suffrages exprimés. Pendant la campagne électorale, c’est-à-dire la campagne d’État pour Poutine, une « affaire » a été lancée par le FSB et médiatisée, celle du « Réseau » ou « communauté terroriste » censé avoir été défait dans la ville de Penza. Il s’agit d’un groupe de jeunes se définissant politiquement comme «antifas» (antifascistes), ce qui en Russie signifie combattant à la fois l’extrême-droite et la soi-disant gauche nationaliste à symboles staliniens et fascistes souvent mêlés.

Ils s’appellent Dmitry Pchelintsev, Andrey Chernov, Vasiliy Kuksov, Arman Sagynbaev, Ilya Shaburskiy, Viktor Filinkov, Yuliy Bolarchinov, Igor Shishkin, Egor Zorin. Ils ont moins de 25 ans et ont été torturés longuement, de façon à inventer un complot contre la sûreté de l’État, qui serait d’inspiration anarchiste.

Le complot est fictif, la question politique est réelle : des milliers de jeunes en Russie ne peuvent que détester l’État, qui, dans l’histoire, sous forme tsariste, «soviétique» et maintenant poutinienne, a toujours représenté répression et forfaiture. Ce qu’ils disent et ressentent rejoint le sentiment de millions qui n’ont pas voté aux présidentielles. Dans la tradition de l’Okhrana et du KGB, le pouvoir invente des complots de peur d’avoir affaire un jour non à un complot, mais à une protestation démocratique massive pour la liberté.

Électrodes, coups, suspension, gaz dans la bouche, menaces de « destruction de ton rectum » en prison, ces récits attestés et sordides ont aussi pour signification la propagation, dans les structures policières, de méthodes qui existaient déjà, mais plus localisées : dans certains camps pour droits communs, certaines casernes, et, massivement, dans la satrapie concédée à l’islamisto-poutinien collabo, et âme damnée de V. Poutine, Kadyrov, en Tchétchénie, connu pour la chasse aux homosexuels. On ne peut pas ne pas évoquer ici l’encadrement de l’armée décomposée de Bachar el Assad en Syrie par l’armée russe, la Syrie où la torture et le viol sont au fondement de la domination de l’État. L’emploi significatif de ces méthodes contre un groupe de jeunes en fait inoffensifs, dans une ville provinciale russe, est un développement qui, avant même le scrutin présidentiel, marque le franchissement d’un seuil. Elle produit aussi de fortes protestations et mobilisations démocratiques et juridiques en Russie.

Ces méthodes ont aussi marqué les suites de l’annexion de la Crimée, en 2014. C’est alors qu’étaient kidnappés vers la Russie le célèbre réalisateur de cinéma Oleg Sentsov et le militant anarchiste populaire dans la région, Alexandre Koltchenko, pour un complot nationaliste ukrainien fabriqué de toutes pièces. Le premier a été condamné à 20 ans de camp à régime sévère, le second à 10 ans. 64 arrestations arbitraires connues d’ukrainiens, dont près de 50 Tatars de Crimée, ont eu lieu depuis. Oleg Sentsov, depuis le 14 mai 2018, a engagé une grève de la faim. Un autre prisonnier politique ukrainien, Volodomyr Baloukh, est en grève de la faim depuis le 19 mars déjà. Tous deux sont en danger de mort, Sentsov, malade, est en colonie à régime sévère sur le cercle polaire.

La revendication lancée par Sentsov est : libération des 64 prisonniers politiques ukrainiens  détenus en Russie.

Voila les opposants en Russie : jeunesse combattant pour la liberté, antifas, anarchistes, ukrainiens et défenseurs de l’indépendance ukrainienne (comme il a existé en Grande-Bretagne des défenseurs de l’indépendance irlandaise, ou en France des défenseurs de l’indépendance algérienne), sans oublier la force importante des syndicats indépendants, à ne pas confondre avec les syndicats officiels qui s’intitulent « indépendants ».

J.L. Mélenchon et S. Oudaltsov

Revenons maintenant à J.L. Mélenchon. En compagnie de son spécialiste des « questions géopolitiques » et officier de réserve de l’armée française, Djorge Kuzmanovic, il dit s’être aussi rendu en Russie pour rencontrer « l’opposition ». Il a rencontré Serguéï Oudaltsov, dirigeant du « Front de Gauche » russe. Issu des courants « national-bolchevik », ce qu’il convient de traduire en français par « rouges-bruns », S. Oudaltsov a pris part aux manifestations de 2011 suivant la réélection de Poutine, aux côtés du libéral « anti-corruption » A. Navalny, et a été emprisonné. Pour les présidentielles de 2018 il a soutenu le candidat du KPRF, la principale organisation continuatrice de l’ancien PCUS et « opposition  » préférée de V. Poutine, qui lui a concédé cette fois-ci 11% des suffrages exprimés. Avec le KPRF, nous sommes dans un univers qui n’a rien à voir avec le mouvement ouvrier et donc rien à voir avec le quotidien de milliers de militants de culture communiste en France que les mots en commun ne doivent pas tromper. Rien de syndical, pas de grèves, pas de lutte contre les patrons et l’État, mais un réseau clientéliste, des potentats locaux, des liens policiers, des patrons de kolkhozes privatisés, la xénophobie, le machisme, l’antisémitisme, le racisme, l’homophobie.

Oudaltsov s’est réellement opposé à Poutine en 2011-2012, mais son évolution politique, en cohérence avec ses origines politiques, l’a conduit à soutenir vigoureusement sa politique étrangère en Ukraine et en Syrie. C’est là une pierre de touche. L’ »opposition » que veut Poutine et dont il a besoin dans certaines limites, est une « opposition » solidaire avec lui sur les intérêts fondamentaux de l’État, et particulièrement du cœur militaro-policier de l’État.

Alors, J.L. Mélenchon peut dire « Ils ne pourront pas dire que je suis pro-Poutine, je suis venu voir mon ami [qu’il n’avait en fait jamais vu] opposant au président russe. » Opposant de sa majesté, qui (tant mieux pour lui) peut s’exprimer pendant que les jeunes de Penza sont torturés, sur ces derniers, pas un mot. J.L. Mélenchon n’avait aucun intérêt politique à quémander une réception de Poutine, et réciproquement. Le pouvoir russe a le plus grand sens du protocole officieux. Il fait recevoir Marine Le Pen par le président de la Douma, il autorise J.L. Mélenchon (escorté de D. Kuzmanovic arborant une croix de Saint-George, vieille décoration tsariste bannie en 1917, rétablie en 1943 et symbolisant aujourd’hui l’occupation du Donbass) à défiler quelques centaines de mètres derrière lui-même (et derrière B. Netanyahou !) dans le cadre du « défilé patriotique ».

L’union sacrée, ou les quatre rendez-vous moscovites de J.L. Mélenchon

J.L. Mélenchon explique avoir fait plusieurs rencontres significatives lors de ce voyage. Comme on ne fera croire à personne que, même s’il fut convenu de ne pas faire de réception officielle, celui-ci n’a pas été coorganisé avec les « organes », elles donnent donc le contenu politique du séjour.

Premièrement, rencontre avec le « peuple russe ». Celle-ci a consisté dans la marche des Immortels, initiative venue d’en-bas mais dont l’État s’est rapidement emparé, en hommage aux morts de la guerre avec l’Allemagne hitlérienne. J.L. Mélenchon a déclaré que ce « patriotisme positif » pourrait inspirer des manifestations en France, ce qui fait penser à l’imposition de drapeaux tricolores aux manifestations «insoumises». (…)

Deuxièmement, ce fut la rencontre avec « l’opposition », c’est-à-dire avec S. Oudaltsov, dont nous avons déjà parlé.

Troisièmement, ce fut, juste après, une rencontre officielle avec une organisation politique française ayant une structure officielle parmi les Français de Moscou. France insoumise ? PCF ? Que nenni, il s’agit de LR, le parti de Laurent Wauquiez. Et il s’agit d’une section de LR très pro-Wauquiez, engagée dans une campagne anti-immigration combinée à une campagne « géopolitique » sur ce que l’on pourrait appeler, avec et sans ironie, la « ligne Kuzmanovic » : France éternelle, ayant une «politique arabe» non alignée sur Washington, puissante en Afrique, présente sur tous les océans. De même qu’Oudaltsov soutient la politique extérieure de Poutine, cette orientation «géopolitique» et diplomatique fournit la matière de l’union sacrée Mélenchon-LR … à Moscou.

Quatrièmement, la rencontre finale avec … le patronat, avec la Chambre de commerce franco-russe. C’est là que J.L. Mélenchon a délivré le discours final, résumé de l’orientation de son voyage : alliance franco-russe contre l’ « atlantisme », retour sur la non-vente des Mistral (négociée en 2008 par Sarkozy en contrepartie du soutien à l’occupation de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie puis annulée par Hollande en raison de la crise ukrainienne).

L’union sacrée avec LR et les patrons montre qu’il ne s’agit pas là d’une orientation «anti-impérialiste», mais du soutien à une ligne diplomatique que l’impérialisme français a toujours gardée comme option, qui passe un peu facilement pour «gaullienne» et qui est toujours en œuvre en Afrique sud-saharienne : celle de l’affirmation autonome de l’impérialisme français. (…)

Refonder l’internationalisme

Les adhérents de la France insoumise, nous les côtoyons tous les jours dans les luttes sociales et les manifestations. La plupart d’entre eux ne sont pas au courant et ne soutiennent pas, lorsqu’ils le sont, les faits exposés ici. Mais notre préoccupation n’est nullement l’édification de M.M. Mélenchon, Kuzmanovic et Kotarac. Notre préoccupation est la reconstitution, le plus rapidement possible, d’une représentation politique du monde du travail. Or, ceci est impossible sans une compréhension des réalités internationales. Plus : c’est impossible sans internationalisme réel.

Et l’internationalisme réel a aujourd’hui un ennemi mortel, le soi-disant « anti-impérialisme » campiste, responsable du plus grand déshonneur historique de la gauche : le refus de facto de toute mobilisation sérieuse en faveur du peuple syrien contre Bachar el Assad. Des questions similaires se posent avec les oppositionnels russes, avec l’Ukraine, ou encore avec le Venezuela. Comme si nous héritions du 20è siècle son partage du monde entre Staline et Washington, avec interdiction de défendre tout combat pour la liberté dans la zone de Staline, ceci ayant pris la forme du soi-disant « anti-impérialisme ». (…)

L’impérialisme russe est faible économiquement au niveau mondial, mais pas dans la région, et pour des raisons historiques qui tiennent principalement aux ravages causés partout par la peste stalinienne, il est fort politiquement et idéologiquement, et militairement. Son influence délétère est décelable sur tout le spectre politique contemporain. Il a besoin d’interventions militaires : ce furent la Tchétchénie, puis la Géorgie, puis l’Ukraine, et maintenant la Syrie où son intervention a une ampleur comparable à celle de l’impérialisme nord-américain en Irak en 2003, avec un recours aux bombardements des populations sans précédent depuis le Vietnam. Cette intervention, stratégiquement liée pour Poutine à la maîtrise de la Crimée et de la mer Noire, a été faite au compte de toutes les forces mondiales de conservation sociale, contre la révolution syrienne et les aspirations kurdes, et en même temps elle a conduit à accroître les rivalités entre impérialismes.

Aujourd’hui la « gauche » est aveugle. Quand Trump, Macron et May procèdent à des frappes réellement chirurgicales pour ne pas brusquer Poutine ni même Bachar tout en tentant de reprendre la main, elle s’imagine que « l’Occident bombarde la Syrie » depuis quelques semaines seulement. Quand Poutine bombarde massivement la Syrie, depuis des années, elle ne dit rien. La gauche « anti-impérialiste » et les « populistes » type Mélenchon sautent sur leurs chaises comme des cabris à propos des « sanctions » anti-russes, tout en se taisant sur les affrontements réels entre forces US et russes à Deir-es-Zor en Syrie (janvier 2018). Ignorance et hallucinations sévissent. Elles ont commencé avec l’Ukraine avec les fantasmes sur les « nazis ukrainiens » venant martyriser les « mineurs du Donbass », total délire étayé par un effroyable mixage de provocations, de crimes réels et de fakes, comme en Syrie.

Une rupture s’impose. On ne sortira pas de l’état de stupidité actuel sans coups de pieds. La tache internationaliste la plus urgente, c’est la solidarité avec les prisonniers politiques en Russie. (Résumé)

SOUTIEN À LA GRÈVE DE LA FAIM D’OLEG SENTSOV !

DÉFENSE DE LA JEUNESSE « ANAR » OU « ANTIFA » !

NI TRUMP, NI POUTINE (NI MACRON) : AUTO-ÉMANCIPATION

https://aplutsoc.wordpress.com/

http://www.europe-solidaire.org

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Koltchenko et Semstov agonisent en prison : liberté pour les antifascistes

 

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28 mai 2018 ~ 0 Commentaire

pantin! (révolution permanente)

macron couronne

Hé, c’est mon palais à moi!

Le roi veut pas: les jeunes de Pantin ne sont pas les bienvenus à l’Élysée

Alors que chaque année, les jeunes élus du conseil municipal de Pantin en Seine-Saint-Denis sont invités à visiter l’Élysée, cette année, le roi Macron a décidé qu’il ne l’accepterait plus pour ne pas gêner ses allées et venues dans son palais.

Avoir le droit de visiter le Palais de l’Élysée une après-midi : voilà la demande, rédigée à la main, des jeunes élus de Pantin, âgés de 9 à 11 ans. Réponse tranchante de la part de M. le Président : cela gênerait ses déplacements, lui qui a déjà un agenda très chargé. En effet, entre la répression de la ZAD, des lycées et des universités, la casse de la SNCF et l’asphyxie de tous les services publics, l’agenda du monarque est bien rempli !

De fait, les enfants sont de fait déçus puisqu’il s’agissait d’une pratique courante pour eux. Des enfants du quartier de Seine-Saint-Denis refusés à l’Élysée, tout un symbole de ce gouver- nement des riches. Pour le grand bourgeois qu’est Macron, ces enfants de quartiers popu- laires représentent manifestement un trop grand dérangement.

L’Élysée avait ainsi précisé au HuffPost : « Si du monde se balade, peu importe où, cela empêche le Président de la République et la Première dame de circuler librement dans le Palais ». Il ne faudrait pas surtout pas déranger son altesse dans son palais…

Iris Serant vendredi 25 mai

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28 mai 2018 ~ 0 Commentaire

kérity (eckmühl ciné)

keiiy

ker2

kérity (eckmühl ciné) dans LGBT

« Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu » En Guerre : la lutte des classes au cinéma

Stéphane Brizé revient avec un film social dans la continuité de ‘La loi du marché’, son précé-dent long métrage. ‘En guerre’ raconte la lutte des salariés de Perrin industrie, usine de sous-traitance dans l’automobile à Agen, pour sauver leurs emplois de la délocalisation. Une fiction qui sonne aussi vraie qu’un documentaire, tout en étant une fiction. Vincent Lindon y incarne un syndicaliste combattif qui va tout mettre en œuvre pour faire gagner cette grève qui n’est pas sans rappeler celle des Conti, des Goodyear ou des PSA Aulnay. 

« Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu ». C’est par cette citation de Brecht que Stéphane Brizé commence son film. Dès le départ, c’est la lutte qui est au centre de l’intrigue. Les salariés de l’entreprise Perrin, sous-traitant dans l’automobile à Agen, réclament des comptes à leur patron qui ferme l’usine, deux ans après l’accord de sauvegarde de l’emploi signé par les salariés. Alors qu’ils ont refusé toutes les primes et qu’ils ont consenti à travailler 40h payé 35h, la direction n’a pas tenu sa promesse. Un bras de fer s’engage.

Le film raconte les hauts et les bas de cette lutte de tous les instants des salariés pour garder leur emploi et échapper au chômage dans une région sinistrée. Grève, manifestations, occupation de l’usine, le mouvement qui regroupe tous les syndicats mais aussi les 1100 employés en lutte se durcit. Face à la sourde oreille de la direction et à l’ampleur des actions que les salariés de Perrin déploient, l’État intervient mais ne propose pas de réelles perspectives.

Les concertations et tables rondes s’enchaînent mais rien n’aboutit. Le directeur de Perrin France n’a comme perspectives à offrir que de conseiller aux salariés de déménager pour retrouver de l’emploi. L’occupation des locaux du Medef ne fait pas plus bouger les lignes. Les CRS expulsent manu militari les grévistes. C’est alors que le « tous ensemble » se divise. Entre ceux qui veulent continuer jusqu’au bout et ceux qui veulent lutter pour une indemnité conséquente, le débat fait rage dans le local syndical. L’ultime blocage de l’usine montre la détermination d’une partie des employés et encore une fois l’intervention des forces de répression.

Le film raconte la violence du capital mais aussi la force des solidarités entre travailleurs. Filmé caméra à l’épaule, le cinéaste nous immerge dans ce combat comme si nous y étions. Il reproduit aussi très bien la façon dont les médias présentent les luttes et prennent parti toujours pour les possédants, montrant les grévistes comme des énervés et les patrons comme des gens intègres, responsable et faisant leur maximum. L’apport de Xavier Mathier, crédité au générique, figure de la lutte des Conti, est indéniable pour transcrire l’authenticité des personnages comme des réactions médiatiques.

En guerre de Stéphane Brizé parle des travailleurs en lutte contre les intérêts des actionnaires toujours plus voraces ou, tout simplement, contre le capital. Il porte à l’écran tous les combats, des Conti aux Goodyear en passant par PSA Aulnay et Air France, qui ont vu les travailleurs mener le combat jusqu’au bout pour leur dignité.

Boris Lefebvre vendredi 1er juin

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ker3

https://tri-p.bzh/fr

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20 mai 2018 ~ 0 Commentaire

brest fiertés (fr3 + of + lt)

drapeau_gay_breton

À Brest avec la gay pride, on s’amuse en croisière

Ailleurs, c’est la marche des fiertés. À Brest, ce sera une croisière où l’on s’amuse follement, en clôture du festival « Fais pas genre ». Une gay pride version maritime qui ne passe pas inaperçue en rade de Brest.

La quatrième édition du festival « Fais pas genre » se termine, après quatre jours de confé-rences et débats autour de l’identité sexuelle et d’égalité homme/femme. Pour clôturer l’événement, c’est une croisière des fiertés qui a pavoisé dans la rade de Brest. Quinze équipages qui ne sont pas passés inaperçus. Et c’était l’effet recherché.

On n’a pas besoin de se cacher, on n’a pas besoin de mentir, on a le droit d’être nous-mêmes

« Sur l’eau, on est très visibles, et puis c’est l’âme de Brest » témoigne Birgit. « Je n’ai jamais vécu une pride comme ça » surenchérit Ricardo, « j’ai été à Mexico, j’ai été à Madrid, le scénario ici, c’est magnifique, avec une ambiance géniale« . Durant quatre jours, le festival « Fais pas genre » a permis la rencontre et les débats sur les questions d’identité sexuelle et d’égalité homme/ femme, dans une ambiance décontractée et festive, qui se poursuit ce samedi soir sur la terre ferme.

Stéphane Grammont 19/05/2018

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

Lire aussi:

La Croisière des fiertés sur une vague d’émotions en rade de Brest (Ouest France)

Brest. Une centaine de personnes à la gaypride maritime (Le Télégramme)

npa

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06 mai 2018 ~ 0 Commentaire

gay pride (côté brest)

pride

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30 avril 2018 ~ 0 Commentaire

lgbtiphobies (qdc)

lgbt

Lutter contre les LGBTIphobies en milieu scolaire, une nécessité !

17 mai, journée internationale contre les LGBTphobies Marches des fiertés en juin

Les LGBTIphobies sont bien présentes dans les établissements scolaires. Si les élèves en sont les premières victimes d’après les rapports annuels de SOS Homophobie, cette question concerne aussi les personnels : soit parce qu’ils et elles peuvent être les auteur-e-s de ces actes LGBTIphobes (dans 20 à 25 % des cas), soit parce qu’ils et elles en sont les victimes (dans 15 à 20% des cas).

SUD éducation est au côté des personnels LGBTI de l’Education Nationale, pour lutter contre toutes les formes de discrimination LGBTIphobe et hétérosexiste, et appelle à se mobiliser à l’occasion du 17 mai et des marches des fiertés, contre la haine, pour les droits LGBTI et l’épanouissement de tou-te-s.

La question de la visibilité

Deux lesbiennes sur trois et un gay sur 2 disent être « invisibles » au travail, selon des enquêtes de l’Autre cercle. L’invisibilité c’est le fait que toutes les personnes sont spontané- ment perçues comme hétérosexuelles. La question de dire ou non que l’on est LGBTI se pose en permanence. Même si la situation est connue, l’ambiance de travail et le degré d’accepta- tion peut changer avec l’arrivée d’un-e nouveau-elle collègue, supérieur-e hiérarchique… Le choix de cacher sa vie personnelle pour ne pas risquer des discriminations peut avoir pour conséquence d’être moins bien intégré dans l’établissement, d’être mis-e en retrait. L’invisibilité peut peser sur la sociabilité avec les collègues (la vie conjugale est souvent un sujet de conversation) et le cadre professionnel est souvent perçu comme anxiogène et peu sécurisant.

Les manifestations de LGBTIphobies directes

Elles peuvent prendre de multiples formes : moqueries et blagues déplacées, ostracisation, harcèlement, insultes, outing, emploi délibéré du prénom et du genre d’état civil assigné à la naissance pour les personnes trans ayant commencé leur transition sociale. Régulièrement la hiérarchie minimise les actes LGBTIphobes voire les couvre en n’entreprenant aucune démar- che à l’encontre de l’agresseur-e. Trop souvent collègues ne témoignent pas ou ne réagissent pas verbalement s’ils et elles sont témoins de LGBTIphobie.

Face aux LGBTIphobies, réagissons !

intervenir dans la conversation, reprendre les blagues déplacées : il est essentiel de ne pas laisser une ambiance sexiste/LGBTIphobe s’installer sur le lieu de travail. S’identifier comme allié-e ou personne concernée est une marque de soutien psychologique importante pour un-e collègue LGBTI victime de discrimination.
Prendre contact avec la section syndicale de votre établissement ou la permanence départementale.
Inscrire les faits au Registre Santé Sécurité au Travail : il a valeur juridique, l’employeur a obligation de répondre aux faits qui y sont consignés.
Rappeler le devoir de protection de la part du ministère à l’égard de ses salarié-e-s.
Rappeler la loi, qui sanctionne les actes de discriminations en raison de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre.

28 avril 2018

https://www.questionsdeclasses.org/

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20 avril 2018 ~ 0 Commentaire

magdalene indonésie (global voices)

Le magazine Magdalene offre une plateforme en ligne dédiée aux femmes et aux autres communautés marginalisées d’Indonésie

“Je suis Magdalene. Je représente une multitude de personnes.” Depuis 2013, Magdalene publie des articles qui s’adressent aux adolescentes et aux femmes, aux membres de la communauté lesbienne, gay, bisexuelle et transgenre (LGBT) et aux minorités religieuses d’Indonésie.

Ce magazine en ligne a été lancé pour offrir un espace dédié aux auteurs qui souhaitaient s’attaquer aux sujets tabous dans un pays où les radicaux islamistes poussent avec acharne- ment les autorités à  imposer leurs croyances religieuses à la société.

L’Indonésie est le plus grand pays majoritairement musulman au monde. Les principes fondamentaux qui régissent la nation incluent la promotion du pluralisme et de la modération, ainsi qu’un concept d’harmonie entre religions, connu sous le nom de Pancasila.

Magdalene est le fruit de notre vision d’une publication en ligne qui offre des perspectives nouvelles transcendant les limites classiques relatives au genre et à la culture. Nous faisons entendre les voix des féministes, des pluralistes et des progressistes ou tout simplement de ceux qui n’ont pas peur d’être différents, peu importe leurs genres, couleurs ou préférences sexuelles. Notre objectif est d’impliquer et pas de marginaliser.

Les fondatrices de Magdalene sont d’anciennes journalistes : Devi Asmarani, Hera Diani et Karima Anjani. Elles ont indiqué dans une récente interview que leur objectif de départ était de créer un magazine en ligne qui servirait de plateforme de lecture alternative pour les femmes. Asmarani explique plus en détails : Nous souhaitons aborder des questions importantes… des questions progressistes qui bénéficient d’une faible couverture médiatique grand public entre autres parce que les sujets sont tabous.

Cinq ans après sa création, Magdalene continue à publier des histoires dont on parle rarement dans les médias grands publics. Les sujets délicats abordés incluent les LGBT, le pluralisme, la violence sexuelle et le “body shaming” (harcèlement lié à l’apparence physique). Le magazine a acquis une équipe d’auteurs dévoués ainsi qu’une base de lectorat en constante augmentation qui soutient le manifeste du site internet.

Voici ci-dessous quelques commentaires élogieux de la part des lectrices de Magdalene :

L’un des journaux quotidiens en ligne que j’ai toujours lu, en tant que musulmane je trouve le contenu varié très inspirant.

Un article si important !  C’est bon de savoir que je ne suis pas seule dans cette situation. Je suis une féministe et j’ai du mal avec le concept de religion. “Nous remettons en question notre cercle social. Nous ne nous sentons pas à l’aise quant à la façon dont les membres de notre famille, nos proches et nos amis voient le monde.”

Dans une interview, l’auteure Hera Diani a mentionné que depuis peu 30 à 40 pour cent des lecteurs sont des hommes. Elle a ajouté que de nombreux hommes lisant Magdalene ont exprimé leur gratitude pour les articles instructifs publiés par le magazine. Les lecteurs de la communauté LGBT ont également commenté la façon dont les articles de Magdalene ont ouvert leurs esprits sur les comportements paternalistes, misogynes et hétéro-normatifs qui existent encore dans la communauté.

17 Avril 2018

https://fr.globalvoices.org/

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Le Doing Cafe à Séoul : lieu privilégié pour parler féminisme, un sujet toujours tabou en Corée du Sud (GV)

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18 avril 2018 ~ 0 Commentaire

mfpf (émancipation)

mlac

Le Planning Familial aujourd’hui

Dans ce dossier sur le Planning Familial, Émancipation a voulu recueillir la parole de Véronique Séhier, l’une des deux co-présidentes du Planning Familial, pour connaître les orientations et les problématiques actuelles du mouvement.

Émancipation : Le dernier congrès du MFPF s’est tenu à Grenoble en 2016 (congrès des 60 ans), peux-tu l’évoquer brièvement, et nous parler des orientations qui y ont été prises ?

Véronique Séhier : Nous avons réaffirmé notre positionnement sur deux points essentiels pour nous. D’abord réaffirmer que nous sommes un mouvement politique de transformation sociale, pour l’égalité des sexes et des sexualités, la liberté, le droit de choisir ; nous voulons déconstruire les rapports sociaux de genre, et lutter contre toutes les formes de discriminations et de violences liées au genre et à l’orientation sexuelle, en impliquant filles et garçons dès le plus jeune âge.

Nous avons également réaffirmé notre volonté d’agir pour défendre les droits des femmes migrantes, des personnes en situation de prostitution et des personnes en situation de handicap.

D’autre part, réaffirmer, à travers le slogan essentiel “mon corps m’appartient”, l’approche globale et l’approche par les droits que défend le Planning, dans le respect total des choix des personnes, notamment en matière d’avortement et de contraception. Il est nécessaire aussi de casser les tabous sur les contraceptions masculines, sur les contraceptions définitives… Rap- pelons que le dispositif Essure® est à ce jour supprimé du marché en France ; or c’est une méthode approuvée par de nombreuses femmes et avec moins d’effets secondaires que ce que la presse en a dit ; une récente étude dément un surcroît de complications médicales (allergies, dépression, maladies auto-immunes, etc.) liées à cette méthode. C’est en réalité une suppression pour raisons commerciales… Le Planning soutient que la meilleure contraception, c’est toujours celle que l’on choisit librement et en toute connaissance de cause ! Ce qui nécessite une véritable information, objective et sans jugement ni sanitaire, ni moral… Tout cela bien sûr en faisant vivre les valeurs de l’éducation populaire, une des clés du développement et de l’autonomie des personnes : faire“avec”, et non pas “à la place”.

É : Depuis 2016, le MFPF a une nouvelle organisation interne ; qu’elle est-elle et dans quel but a-t-elle été mise en place ?

V.S. : L’objectif est de construire un réseau fort et un mouvement plus inclusif, mieux adapté aux nouvelles formes d’engagement, et qui facilite un pilotage collectif. Le Planning est, depuis le dernier congrès, organisé en deux pôles. L’un travaille davantage sur la gouvernance et la vie associative, car il est très important de renforcer l’organisation en réseau (associations départementales, fédérations régionales et Confédération nationale), l’autre travaille sur les questions liées aux droits et aux sexualités. Le tout est complété par des chantiers auxquels peuvent davantage participer des membres du réseau. Le but est de renforcer la transversalité au sein du mouvement.

É : La fin de l’année 2017, a vu “les violences faites aux femmes” occuper la scène médiatique, pour le Planning c’est un axe d’intervention très important, peux-tu nous éclairer sur ses modalités d’actions vis à vis de la lutte contre ces violences ?

V.S. : Pour le Planning deux points sont essentiels. La prévention contre les violences sexistes, sexuelles, homophobes, lesbophobes, transphobes… passe prioritairement par une éducation à la sexualité dès le plus jeune âge pour construire une société égalitaire et sans violences. L’autre pilier est l’accompagnement des personnes victimes de violences avec les moyens mis pour cela : cela va du renforcement de la formation des professionnel.les (santé, police, gen- darmerie, services sociaux…) pour un réel accompagnement, à l’augmentation du nombre de places d’hébergement.

É: Le Planning est un mouvement féministe, les inégalités (au sens large) qui persistent en 2018 entre les femmes et les hommes ne peuvent le laisser indifférent ; que penser des mesures annoncées par le gouvernement en ce mois de mars pour les réduire ?

V.S. : Le Planning fait partie du Collectif “8 mars 15h40” pour défendre les droits des femmes et exiger des mesures contre les inégalités, contre les violences sexistes et sexuelles. Des mesures sont annoncées mais quels moyens seront mis pour les faire appliquer ? Il est nécessaire d’abord de se fixer des objectifs et de tout faire pour les atteindre, ce que nous avons constaté jusqu’à présent va rarement dans ce sens. Nous attendons une politique interministérielle ambitieuse en termes d’organisation, de financement et d’évaluation. Par ailleurs cette semaine, le gouvernement veut proposer de légiférer sur l’âge du consentement sexuel.

Il est dangereux à notre avis de fixer un seuil d’âge, et de stigmatiser la sexualité des jeunes, sans renforcer vraiment leur protection : toute personne victime de violences doit être proté- gée, à 14, 15, 16 ans ou plus.C’est pourquoi nous proposons d’inverser la charge de la preuve. Sous couvert de protection des jeunes, on va rendre plus difficile donc plus risquée leur vie sexuelle. Même si l’âge moyen du premier rapport chez les jeunes reste stable (autour de 17 ans), nous accueillons au Planning quelques très jeunes, moins de 15 ans, qui ont une vie sexuelle librement consentie et viennent par exemple chercher une contraception, comme la loi le leur permet. Le risque, c’est qu’ils ne viendront plus demander des contraceptifs ni de l’information !

Notre priorité ? C’est une éducation à la sexualité des jeunes pour travailler sur l’égalité, le consentement, et leur permettre de faire leur propre choix. Toute personne qui intervient en collège sur ce sujet sait bien que, pour ce qui est de la “la maturité”, la disparité est très grande. Un.e jeune de 14 ans 6 mois pourrait être considéré.e comme victime de viol, un.e autre de 15 ans 6 mois serait consentant.e..

É: Un projet du gouvernement concerne la future formation des médecins avec un “service sanitaire” obligatoire : les étudiant.es mèneraient des actions de prévention dans les collèges et lycées sur entre autres la santé sexuelle et affective. Qu’en pense le Planning, qui intervient là depuis longtemps ?

V.S. : En effet, dès la rentrée 2018, il a été annoncé que les étudiant.es en médecine effec- tueront un “service sanitaire” obligatoire pendant 60 demi-journées, qui vont comprendre formation, actions de prévention et restitution. Certain.es pourront donc intervenir devant des élèves sur les questions de sexualités.

Sur le principe l’intention est louable, à condition que les personnes soient volontaires, formées et accompagnées. Depuis plus de 20 ans, le Planning Familial – qui intervient milieu scolaire et hors scolaire – et l’Éducation nationale exigent une formation “éducation à la vie” de 160h et des stages pratiques pour garantir la qualité des interventions en éducation à la sexualité. Ces interventions sont des espaces de questionnement et d’échanges qui permettent aux jeunes de se construire par rapport à la dimension relationnelle de la sexualité, le rapport à l’autre, les questions d’égalité et de discrimination, les rôles sociaux, et qui leur permettent d’appréhender les risques et les prises de risque. Elles se font de préférence sur du temps long, en lien avec les acteurs de terrain et les lieux ressources. Nous avons des inquiétudes et serons donc très vigilant.es. Dans certaines associations départementales du Planning, des étudiant.es en médecine interviennent déjà, mais d’une manière volontaire ; de plus elles et ils sont formé.es et accompagné.es dans leurs interventions.

É : Depuis janvier 2017, le CCNE (comité consultatif national d’éthique) a mis en place les États généraux de la bioéthique ; quelle part le MFPF peut-il prendre à ces débats ? Sur la question de la PMA, y-a-t-il une position qui fait consensus au Planning ? Et sur la GPA ?

V.S. : Pour le Planning, l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, quelle que soit leur situation (célibataire, en couple hétéro, en couple lesbien) est une question d’égalité et de justice. Ce n’est pas une question d’éthique. Elle s’inscrit dans un continuum de droits sexuels fonda- mentaux, qui permet aux femmes de décider librement si, quand, comment et avec qui avoir un enfant. C’est pourquoi le Planning encourage vivement ses adhérent.es à contribuer aux échanges lors des différents débats proposés dans les régions.

En présentant l’accès à la PMA pour les couples lesbiens et les femmes célibataires « à débattre », alors que ce droit est déjà acquis pour les couples hétérosexuels, l’Etat perpétue une fois de plus le contrôle exercé sur le corps des femmes et singulièrement sur les femmes qui échappent à la norme hétérosexiste (les femmes lesbiennes et toutes celles qui décident d’avoir un enfant seules). De plus on redonne ainsi la parole aux mouvements anti-choix qui sont très mobilisés sur ce sujet.

En tant que mouvement féministe mais aussi en tant que mouvement d’éducation populaire, le Planning réclame l’ouverture de la PMA entièrement remboursée à toutes les femmes dans l’immédiat et réaffirme avec force qu’il luttera tant qu’il le faudra pour que chaque personne puisse disposer librement de son corps. C’est le slogan que nous avons porté ce 8 mars dernier.

Quant à la GPA, nous sommes en période de réflexionet de débat au sein du mouvement ; il y a dix ans le Planning s’était positionné contre la GPA. Mais lors du congrès il nous est apparu nécessaire de ré-ouvrir le débat. Déjà pour les enfants nés de GPA, nous avons soutenu la circulaire Taubira : ce n’est pas aux enfants de subir les conséquences de leur mode de naissance. Ce sujet est complexe et ne peut se trancher par un pour ou contre la GPA. Nous avons une approche pragmatique de ces situations

É: On sait que partout dans le monde, les femmes subissent de plein fouet toutes sortes de discriminations, d’inégalités, en ce qui concerne l’accès à l’éducation, à la santé, à la contraception. Peux-tu nous parler de la dimension internationale des actions du mouvement ?

V.S. : Le Planning est membre de l’IPPF (International Planned Parenthood Federation) depuis 1960, ONG international qui lutte pour les droits sexuels et reproductifs de toutes les person- nes et pour l’égalité entre les sexes et les sexualités. Notre rôle à l’international est double. Nous faisons à la fois du plaidoyer pour défendre ces droits ici et dans le monde, et intervenons sur des projets à l’international.

Nous intervenons à travers un programme “Santé sexuelle, droits et genre”, avec des associations d’autres pays : nous sommes intervenus par exemple à Madagascar, dans un programme qui visait à améliorer la santé des femmes et des enfants, avec d’autres ONG et associations internationales. Nous sommes aussi partenaires avec des associations du Cameroun, du Burkina Faso, et intervenons au Tchad dans le cadre d’actions de formation auprès d’acteurs de prévention et de soins… Le second volet est de promouvoir les droits des femmes et les droits sexuels dans la politique internationale de la France, et lors de conférences internationales.

J’ai justement participé à New York, au nom du Planning, la semaine dernière à la 62e CSW, commission sur le statut de la femme, à l’ONU, issue de la conférence de Pékin. La situation est actuellement difficile depuis que le gouvernement de Trump a interdit, à travers la “Global Gag rule”, ou règle du bâillon, le financement d’ONG internationales qui soutiennent l’avortement. Cela a conduit à la fermeture de services de santé sexuelle, qui permettaient notamment l’accès à la contraception dans des pays où l’avortement est interdit, d’où des conséquences dramatiques pour les femmes.

En réponse, des pays comme la Suède, le Danemark, la Belgique… se sont mobilisés finan- cièrement par la campagne “she decides” pour le soutien mondial à l’IVG. Pour la France, M. Schiappa à la CSW de l’ONU a annoncé un don de 10 millions d’euros supplémentaires du budget de l’État, un geste positif, mais timide.

Le droit à l’avortement est actuellement fortement menacé aux États-Unis ; dans plusieurs pays d’Amérique Latine, dont certains sont pourtant en avance sur le mariage des homosexuel.les, l’avortement est pénalisé et sous la puissante influence de l’Église Catholique, les législations répressives sont difficiles à faire progresser.

Fortes inquiétudes aussi plus près de nous en Europe, où les anti-avortement sont à l’œuvre en Pologne, en Hongrie, en Irlande, à Malte… La plus grave menace est aujourd’hui en Pologne : cette semaine, le Parlement polonais débat d’un nouveau projet de loi intitulé “Stop à l’avortement”. Ce nouveau projet veut, suite à une demande des évêques, interdire l’avortement en cas de malformation foetale, ce qui représente 96 % des motifs aujourd’hui, et alors qu’il est déjà d’accès très limité, et considère que la vie de “l’enfant à naître” prévaut sur le choix et la santé des femmes. Un espoir du côté de l’Irlande où un referendum aura lieu fin mai, pour proposer de supprimer l’article de la constitution interdisant l’avortement.

La France a une parole forte à porter en Europe sur l’avortement, les droits des LGBT et l’éducation à la sexualité mais le rapport de forces est compliqué. Nous sommes très inquiet.es au Planning mais nous restons très mobilisé.es ! On luttera tant qu’il le faudra ! Le Planning continuera à s’opposer à toute forme de régression qui entrave la liberté des personnes, et à exiger de véritables politiques éducatives, préalables à l’exercice d’une citoyenneté sexuelle.

Rosine Charlut Joëlle Lavoute

mardi 17 avril 2018

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