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15 février 2014 ~ 0 Commentaire

Genre: pourquoi les antis ont perdu (regards)

fille avion

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Au-delà du retrait de la loi sur la famille, les démonstrations de force réactionnaires auront en définitive fait avancer la cause du genre de manière inespérée.

En mettant à nu ce qu’elles défendent. Évidemment, de l’extrême agitation autour des questions du genre, ces deniers mois, on est spontanément incité à tirer une interprétation pessimiste. Résurgence de franges réactionnaires qui, pour être hétéroclites, ne se sont pas moins alliées pour occuper l’espace public, agitation de fantasmes, de rumeurs et de mensonges malsains, expressions sexistes et homophobes décomplexées…

Jusqu’à la lâche reculade du gouvernement sur un terrain – celui des réformes « sociétales » – qui était le dernier où il exprimait une vision de gauche, tout incite plutôt à la désespérance devant le tableau d’une société française rétrograde, pour ne pas dire imbécile. Pourtant, à moins de mener une vaste enquête en profondeur (et pas une batterie de sondages d’opinion), il est impossible de déterminer aujourd’hui à quelles évolutions ces épisodes auront contribué.

Défendre des stéréotypes

Il reste cependant des motifs de se réjouir de certains effets, inespérés, de cette tourmente, en ce qu’elle a mis à nu ceux qui l’ont déclenchée en même temps que ce qu’ils défendaient. « Pourquoi est-ce qu’ils veulent interdire aux filles de jouer aux voitures ou aux garçons de faire de la danse ? », résumait à sa façon un peu perplexe, la semaine dernière, un enfant sur France Info. Car c’est ce à quoi se sont eux-mêmes acculés les pourfendeurs de la supposée « théorie du genre » : à la défense de stéréotypes.

Une des affiches produites pour la manifestation du 2 février le dit en toutes lettres et l’illustre au premier degré : sous le slogan « Pas touche à mes stéréotypes de genre », les silhouettes d’un petit garçon (en habit de chevalier) et d’une petite fille (en costume de fée- princesse). Comment mieux signifier que le genre est un déguisement ? Ce n’est plus un prétendu état de nature qui est mis en scène ici, mais bien une construction culturelle, un arbitraire social revendiqué qui n’appartient plus qu’au groupe qui en fait son étendard, une représentation aussi mince que des symboles simplistes découpés dans du papier de couleur. Et une traduction des peurs infantiles que le moindre bouleversement dans ces symboles et l’ordre archaïque qu’ils représentent suscite au sein de ces ghettos socioculturels.

Un effet de dévoilement

Un rêve de sociologue s’accomplit au travers de cet aveu, plus efficace dans la déconstruction que tout ce que l’analyse peut révéler sans réussir à le transmettre. Là, ce sont les manifestants qui se chargent du processus de dévoilement. Le fait que leurs manipulations et leurs travestissements de la réalité aient été assez largement exposés a par ailleurs contribué à un discrédit lui-même favorable aux interrogations critiques sur ce qui était en jeu. L’étape suivante, c’est la « découverte » de la fabrication des inégalités à partir d’une différence faussement naturelle, des conséquences de l’assignation précoce des rôles, de tout ce qui se niche dans ce qui semble banal – et inoffensif – de prime abord.

La théorie du genre n’existe pas, le genre, si. Et il s’étudie, sans grande difficulté d’ailleurs tant les mécanismes en semblent grossiers dès lors qu’on leur prête attention. Alors la différence entre le sexe biologique et le genre socialement construit apparaît et, au travers des polémiques, elle est certainement apparue à un nombre bien plus considérable de personnes que lorsqu’elle était cantonnée aux militants et aux chercheurs des études de genre. Bien sûr, de l’eau coulera sous les ponts avant que le sens commun ne se départisse de ces impensés culturels en les « découvrant », mais au moins voit-on que les conditions d’une prise de conscience existent. Or, la prise de conscience est émancipatrice, elle est aussi un préalable à la lutte contre les dominations et les aliénations qu’elle révèle.

Des valeurs qui ne vont plus de soi

Ce qui transparaît aussi, c’est en définitive la volonté, en refusant de s’attaquer à ce qui les fonde, de ne pas lutter contre les inégalités et le sexisme. À cet égard, les contradictions de l’UMP, qui sou- haitait en 2011 « Introduire dès la maternelle des séances consacrées à la mixité et au respect hommes-femmes » et sensibiliser les enfants aux questions de genre dès la maternelle, sont écla- tantes [1]. D’un côté, il s’agit de se conformer à des aspirations sociales majoritaires, de l’autre de satisfaire la pulsion rétrograde d’un cœur d’électorat dont on a constaté le regain de visibilité et d’influence. La haine de 68 et de son libertarisme, si assidument cultivée par Nicolas Sarkozy, reste un fond de commerce rentable à droite. Est-il durable pour autant, tant cette « réaction » évoque les ultimes convulsions d’une pensée à l’agonie ?

Grâce à la Manif pour tous, au Printemps français et à ceux qui s’arc-boutent sur des valeurs ultraconservatrices dont ils constatent avec terreur qu’elles ne vont plus de soi, demain les cata- logues de jouets et tout ce qui met en scène, quotidiennement, des représentations sexistes, seront peut-être regardés d’un œil plus critique par un nombre croissant de personnes. Le retrait de la loi sur la famille apparaît alors comme une défaite mineure en regard de cette victoire-là. Par Jérôme Latta| 14 février 2014

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11 février 2014 ~ 0 Commentaire

Sexe et genre, de quoi parle-t-on ? (essf)

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Sciences sociales? Au bûcher!

Pourquoi une campagne dénonçant une supposée « théorie du genre » s’est-elle développée via sms et Internet à l’instigation de réseaux liés pour les uns à des groupes d’extrême-droite, pour les autres à des courants religieux, chrétiens ou musulmans ?

Quels sont les enjeux de la différenciation entre sexe et genre ?

L’expression polémique « théorie du genre » n’a jamais été utilisée par les sociologues ou les chercheures d’autres disciplines pour la bonne et simple raison qu’il n’existe pas une telle théorie unifiée. Le genre est d’abord une catégorie ou un concept qui permet de penser la mise en forme sociale d’un donné naturel, le sexe biologique. C’est aussi un champ d’études, l’ensemble des études portant sur les rapports entre les hommes et les femmes, qui a été caricaturé par ceux qui ont lancé les rumeurs récentes et qui œuvrent à la disqualification de telles recherches.

Ce n’est ni une doctrine ni une idéologie, c’est un champ de travail qui interroge les représentations sociales liées aux différences de sexe. Cette campagne de dénonciation s’en prend avant tout à l’égalité, plus particulièrement à l’égalité entre hommes et femmes, mais aussi aux droits des minorités sexuelles [1]. L’objectif de ses promoteurs est de délégitimer des connaissances scientifiques, notamment celles produites par les sciences sociales, voire de remettre en cause les finalités de l’école, lieu par excellence, dans l’idéal, où les enseignants promeuvent l’égalité et le respect mutuel, où les enfants apprennent à respecter les différences (culturelle, sexuelle, religieuse) et à réfléchir sur les stéréotypes associés aux sexes biologiques.

L’expression polémique a été forgée par le Vatican il y a 10 ans et elle est relayée par les évêchés de France et de Navarre. Le cardinal Ratzinger, le futur pape Benoît XVI, alors à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi [2], a adressé en août 2004 une Lettre aux 4000 évêques de la planète dans laquelle il critique vivement les approches distinguant sexe et genre [3].

Son épître s’attaque plus particulièrement aux féministes ayant « des visées égalitaires » à qui elle reproche « l’occultation de la différence ou de la dualité des sexes ». « Une telle anthro- pologie qui entend favoriser des visées égalitaires pour la femme en la libérant de tout déter- minisme biologique, a inspiré en réalité des idéologies qui promeuvent la mise en cause de la famille, de sa nature bi-parentale, c’est-à-dire composée d’un père et d’une mère, ainsi que la mise sur le même plan de l’homosexualité et de l’hétérosexualité, soit un modèle nouveau de sexualité polymorphe » [4], écrit notamment le cardinal Ratzinger dans son message.

Plus largement, ce sont toutes les formes d’émancipation, individuelle et collective, en premier lieu celle des femmes, qui sont attaquées par cette campagne rétrograde. Au regard de la loi, en France comme dans nombre d’autres pays, les femmes sont à présent censées être les égales des hommes ce qui était loin d’être le cas pendant très longtemps. Le droit de vote n’a été obtenu qu’en 1944 [en Suisse, en 1971], quelques décennies après les campagnes menées par les féministes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle alors qualifiées de « suffragettes ».

Au cours des années 1970-1976 la seconde vague du mouvement des femmes a rendu possibles des avancées quant au droit des femmes à disposer de leur propre corps : elle a notamment permis de rendre effectif le droit à la contraception voté en France en 1967 et d’arracher la dépé- nalisation de l’interruption volontaire de grossesse votée une première fois en 1975, sous conditions et à titre provisoire pour cinq ans, définitivement fin 1979. Mais des remises en cause sont toujours à craindre, y contribuent notamment le harcèlement permanent mis en œuvre par les anti-IVG en France comme partout dans le monde ou les attaques contre le droit à l’avortement qui ont abouti à des reculs importants dans plusieurs pays, y compris récemment en Espagne.

Le mouvement des femmes a de même contribué à la modification des régimes matrimoniaux et parentaux. La scolarisation massive des filles, le développement de l’activité professionnelle des femmes et la maîtrise de la fécondité ont participé structurellement à la transformation des rapports entre les femmes et les hommes au cours des dernières décennies. Cependant, des inégalités persistent dans de très nombreux domaines, dans la sphère privée comme dans l’espace public ou l’activité professionnelle [5].

Parallèlement à ces avancées, les chercheuses féministes ont contribué au développement des connaissances critiques portant sur les rapports entre les femmes et les hommes. Il faut insister sur la diversité, la richesse, mais aussi certaines limites des analyses produites dans les sciences sociales.

Pour l’essentiel c’est le mouvement des femmes des années 1969/1976 qui a été à l’origine de ces recherches. Bien sûr des réflexions et analyses plus anciennes ont aussi alimenté cette pensée critique féministe, par exemple le livre de Simone de Beauvoir Le deuxième sexe paru au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ou celui, plus ancien encore, de Friedrich Engels [6] qui avait montré que l’asservissement des femmes n’est pas une donnée « naturelle », mais bien le produit de rapports historiques et sociaux. Le corpus des catégories de pensée qui s’est constitué au cours des années 1970-1990 est très riche.

Dans une première phase furent dégagés, entre autres, les concepts de patriarcat, de mode de production domestique et de division sexuelle du travail, sans compter ceux de sexe social, sexage, classe de sexe. Par la suite, les concepts de genre et de rapports sociaux de sexe ont marqué le paysage. Mais cette sociologie critique n’a pas bénéficié des feux médiatiques en comparaison avec le féminisme essentialiste qui avait largement été relayé dans la presse magazine et encensé par le Vatican. La diversité des catégories tient au caractère multidimensionnel de l’oppression qui renvoie à la fois à l’exploitation, à la domination, à la discrimination et à la stigmatisation des femmes. Les chercheuses féministes sont parties de l’idée que les hommes et les femmes sont des catégories qui procèdent d’une mise en forme sociale d’un donné naturel, ce qui explique largement les variations rencontrées dans le temps et dans l’espace.

Les travaux antérieurs privilégiaient des approches en termes de « condition féminine », expression renvoyant à un état prédéterminé, ou de « rôles de sexe » attendus ou prescrits, notamment en ce qui concerne les « rôles conjugaux » [7]. La sociologie de la famille était fortement imprégnée de conceptions normatives : la famille nucléaire standard reposait sur la complémentarité d’un rôle instrumental dévolu en son sein à l’homme et d’un rôle expressif revenant à la femme. Le premier était censé assurer le lien avec la société globale et à pourvoir par son activité professionnelle à l’entretien des membres de la famille. La seconde était chargée d’assurer par son travail domestique et sa présence permanente le fonctionnement quotidien de la famille et la socialisation des enfants. Les a priori naturalistes sur lesquels repose cette vision seront identifiés de même que les rapports de pouvoir qui sous-tendent cette soi-disant « complémentarité des rôles ».

En France, le concept de rapports sociaux de sexe a été élaboré en connexion forte avec celui de division sexuelle du travail. Celle-ci renvoie d’abord au constat de l’assignation des hommes et des femmes à des tâches différentes, tant dans la sphère professionnelle que dans la sphère domestique. Le concept de rapports sociaux de sexe vise à articuler rapports de sexe et rapports de classe et à souligner la dimension antagonique des rapports entre la classe des hommes et celle des femmes, sans oublier la centralité du travail. Celui-ci est le levier de la domination qui s’exerce sur elles dans le cadre des rapports sociaux de sexe, mais aussi, et en même temps, celui de leur émancipation [8].

Quand le terme genre [gender] a fait son apparition en 1972 dans le contexte féministe anglo-saxon il renvoie d’abord au sexe social par opposition au sexe biologique, mais très vite le genre est pensé comme un système puis comme un rapport social. C’est pourquoi il doit toujours être au singulier. Au pluriel le concept est vidé de sa dimension critique et fonctionne simplement comme un vague synonyme pseudo-savant de sexe.

C’est surtout dans le sens de rapport de pouvoir ou de rapport social que le concept de genre s’est imposé dans les sciences sociales. La polysémie du concept explique à la fois son succès et ses limites. Par exemple dans certains usages, quand la dimension relationnelle est oubliée, voire niée, le genre en arrive à gommer la dimension inégalitaire et conflictuelle des rapports entre les hommes et les femmes.

Et quand l’approche genrée est menée sans prendre en compte les autres rapports sociaux, notamment les classes sociales d’appartenance des hommes et des femmes, cette approche peut contribuer à l’occultation des classes. L’oubli ou le recouvrement des classes peuvent ainsi succéder à la dénégation antérieure des sexes sociaux.

Le genre est donc d’abord un concept qui repose sur tout un corpus de recherches et c’est aussi un champ d’études, les études de genre, à l’intérieur duquel cohabitent des approches et des positions très diverses qui visent à penser l’oppression des femmes et à proposer des moyens d’y mettre un terme. C’est précisément cela qui inquiète tant ceux qui ont lancé cette campagne de dénonciation et de désinformation. Roland Pfefferkorn 11 février 2014

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31055

 

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09 février 2014 ~ 0 Commentaire

Il, elle, hen (arte)

La pédagogie neutre selon la Suède

Une immersion auprès des enfants et des éducateurs d’une école maternelle de Stockholm qui applique une pédagogie singulière destinée à neutraliser les stéréotypes de genre.

Le sexe social en questions sur ARTE Future
Justus a 5 ans, il aime se déguiser en robe pour jouer avec sa sœur. Lou a 2 ans, et il a deux mamans. Ils sont élèves dans les les écoles maternelles Nicolaigården et Egalia, à Stockholm, dirigées par Lotta Rajalin. Des écoles pionnières de la pédagogie neutre, depuis que le gouvernement suédois a de- mandé en 1998 de promouvoir l’égalité des sexes dès la petite enfance. Pour la première fois, Lotta Rajalin a accepté de nous ouvrir les portes de ces écoles qui suscitent tant de polémiques et de fantasmes.
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Pendant une année scolaire, les réalisateurs ont pu filmer des éducateurs, des enfants, des parents, tels qu’ils vivent au quotidien cette expérience pédagogique et humaine unique. De la première réunion où Lotta accueille les nouveaux parents aux scènes de la vie scolaire, les réa- lisateurs montrent le travail des pédagogues, qui s’attachent à combattre les stéréotypes de genre. Ils évitent de prononcer les mots  » garçon  » et  » fille  » et utilisent, en plus de  » il  » et  » elle « , un troisième pronom personnel neutre :  » Hen « .
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Ils mettent à disposition de tous les enfants des jupes de danse, leur proposent toutes les couleurs, tous les jouets, tous les vêtements, sans distinction de sexe.Ce documentaire montre comment parents et éducateurs doivent faire avec les préjugés et les traditions. Il souligne aussi les charges parfois virulentes, comme cette émission de télévision australienne qui ironise sur ces écoles suédoises ou, pire, ces multiples lettres de menaces qui traitent les éducateurs de « féministes talibans ». Il donne enfin la parole aux principaux concernés, les enfants : Justus a 5 ans et quand il sera grand, il veut être pompier.
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http://www.arte.tv/guide/fr/048395-000/il-elle-hen 

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07 février 2014 ~ 0 Commentaire

Les français pour la pma mais contre la gpa (s&a)

pma

Près de 60 % de Français sont opposés à l’autorisation de la gestation pour autrui, tandis que 57% sont favorables à la procréation médicale assistée.

Ce sont les résultats d’un sondage réalisé par l’institut Harris Interactive pour LCP-Assemblée nationale, sur un échantillon de 1213 personnes âgées de 18 ans et plus.

59 % contre la GPA, 57 % pour la PMA

Parmi les personnes interrogées, 30% sont « tout à fait opposées » à la gestation pour autrui (GPA) et 29% « plutôt opposées », alors que 13% sont « tout à fait favorables » et 26% « plutôt favorables ». Elles sont 23% « tout à fait favorables » et 34% « plutôt favorables » à l’autorisation de la procréation médicalement assistée (PMA). Cette dernière est déjà autorisée pour les couples hétérosexuels pour des raisons médicales.

LOI FAMILLE. En revanche, les Français sont partagés quant à la loi famille. 55% considèrent comme une « bonne chose » que le gouvernement ait renoncé à présenter cette loi qui ne prévoyait ni l’autorisation de la GPA en France ni l’élargissement de la PMA aux couples de lesbiennes. Pour 41%, ce report est une « mauvaise chose ». La création du statut du beau-parent pour les familles recom- posées est vue d’un bon oeil par 72% de personnes (44% plutôt favorables et 28% tout à fait favorables). Par Sciences et Avenir avec AFP Publié le 05-02-2014 à 12h26

http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20140205.OBS5067/les-francais-pour-la-pma-mais-contre-la-gpa.html

Commentaire: connaissant ces sondages, le recul de Hollande, n’en est que plus scandaleux!

 

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07 février 2014 ~ 0 Commentaire

Homos, ces héros (ci)

suis-je-homophobe-parce-que-je-dis-non-au-mariage-pour-tous

Au Brésil, la plus regardée des telenovelas relate désormais chaque soir les amours d’un couple d’homosexuels. Le signe que quelque chose est bel et bien en train d’évoluer dans le plus grand pays d’Amérique latine. (…)
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Amor à vida [L’amour de la vie], diffusé sur Rede Globo, se distingue avec ce premier couple homosexuel vedette d’une telenovela, sur la tranche horaire la plus prisée du genre. Selon la chaîne, des téléspectateurs vont jusqu’à appeler le standard pour dire leur soutien au couple – et la plupart chantent les louanges de Mateus Solano. L’acteur de 32 ans a rendu les téléspectateurs accros à son personnage de mauvais garçon qui, dans la dernière ligne droite, s’est repenti de ses péchés de façon plutôt convaincante. “Félix est un personnage négatif qui a conquis le spectateur parce qu’il est drôle, émotif, impulsif, plein de contradictions. Bref, parce qu’il nous ressemble”, estime le scénariste Walcyr Carrasco. Pour Maria Immacolata Lopes, coordinatrice du Centre d’études sur la telenovela à l’université de São Paulo (USP), “la réussite de la série doit énormément à la performance de Mateus Solano”.

D’autres facteurs viennent expliquer le succès de ce couple gay, en particulier l’évolution de la société brésilienne, où la majorité hétérosexuelle est désormais plus sensible aux thématiques LGBT. Il fut un temps où le rejet du public était tel que les intrigues impliquant des couples de personnes du même sexe étaient réécrites. L’exemple le plus marquant reste celui de la série Torre de Babel, diffusée sur Globo en 1998 [“Tour de Babel”, diffusé sur Teva en 1999], où deux personnages féminins ont été tués par les scénaristes parce que leur relation amoureuse n’était pas du goût des spectateurs.

Il ne s’agit pas de dire que cette liaison de fiction entre Niko et Félix influence l’évolution des mentalités, ni que les préjugés ont disparu. Mais d’une certaine façon les personnages sont, devant les millions de foyers qui suivent tous les jours la série, les porte-parole d’un sujet qui pour beaucoup reste encore tabou. Fait intéressant, dans le cas d’Amor à vida, l’histoire d’amour entre les deux hommes semble avoir d’abord été une demande du public. Carrasco n’avait pas l’intention au départ de faire de Niko et Félix un couple. “Je suis un auteur très versatile, c’est pour cela que ce couple existe aujourd’hui”, s’amuse-t-il. Le scénariste constate cependant que les mentalités brésiliennes changent bel et bien. “Les couples de même sexe sortent des marges de la société pour entrer dans la normalité.”

Voir deux homosexuels former le couple vedette d’une telenovela, sur une chaîne qui, face à l’impératif d’audience, penche toujours du côté le plus conservateur, voilà qui montre effectivement que les temps ont changé. Le sujet est d’ailleurs à l’ordre du jour politique du Brésil. Le débat sur les droits des homosexuels a franchi une étape en 2011 avec la reconnaissance du mariage gay par le Tribunal fédéral suprême, à l’unanimité. L’année dernière, le Conseil national de justice (CNJ) a stipulé que les agents de l’état civil ne pourraient plus refuser d’enregistrer l’union de deux personnes du même sexe. (…)

Pour mieux cerner la question, il reste important de distinguer sphère publique et sphère privée, nuance le psychologue Paulo Tessarioli, spécialisé dans la sexologie : “L’homosexualité est plus naturellement acceptée à la télévision que dans l’entourage social. Individuellement, le spectateur accepte de voir un couple homosexuel, il peut même l’apprécier sincèrement. En revanche, rencontrer ce même couple dans la rue, dans l’espace public, cela continue à faire peur, car collectivement les préjugés restent prégnants.” Selon le Grupo Gay da Bahia, une organisation qui recense les agressions contre les homosexuels et les transsexuels, 306 homosexuels ont été assassinés en 2013 dans le pays. Et les plaintes pour agression homophobe sont en légère augmentation. (…)

Au-delà de la seule survie du couple, s’acheminerait-on vers la grande scène du baiser entre hommes, l’un des plus grands tabous télévisuels qui soit ? Un petit baiser qui pourrait constituer une apothéose pour ce couple qu’apprécie tant le public. Mais, si l’on en croit Mauro Mendonça Filho, le réalisateur d’Amor à vida, là n’est pas la question : “Je crois que nous avons déjà abattu d’autres barrières dans cette série. Pour être honnête, je trouve même cette question dépassée.”

Pourtant, en ajournant sans cesse ce baiser homosexuel, la télévision fait la preuve de son retard, estime Carlos Magno Fonseca, le président de l’Association brésilienne des lesbiennes, gays, bisexuels, travestis et transsexuels (ABGLT) : “Il serait encore plus important de mettre en scène un couple gay qui adopte un enfant [comme cela est possible depuis 2010], car on entrerait sur le terrain des droits civiques.” Irineu Ramos Ribeiro, auteur du livre A TV no Armário, A Identidade Gay nos Programas e Telejornais Brasileiros [La télé dans le placard : l’identité gay dans les émissions et journaux télévisés brésiliens, inédit en français], juge peu probable que Félix et Niko aillent plus loin : “Un baiser dérangerait les spectateurs et ça, la chaîne ne le veut précisément pas.”

Le réalisateur Mauro Mendonça Filho attribue le succès du couple de sa série au “talent extraordinaire” de Mateus Solano [qui joue Félix]. Carlos Magno Fonseca, président d’ABGLT, trouve lui aussi son interprétation convaincante. “Le personnage a ce que nous appelons la ‘pinta’ [belle allure] et il utilise le langage gay, mais sans être aussi caricatural que dans d’autres séries.”  (…)

Camila Brandalise et Michel Alecrim
Publié le 10 janvier 2014 dans Istoé (extraits) São Paulo

En savoir plus:

succès
Chaque soir à 21 h 15, 8 millions de foyers brésiliens regardent Amor à Vida diffusé depuis le 20 mai 2013. Au Brésil, l’importance de la telenovela de 21 heures est telle, en termes d’audience, que les matchs de foot attendent la fin pour commencer. Ce créneau rassemble la plus grosse audience de la journée sur Rede Globo, le plus puissant réseau de télévision du pays – et deuxième réseau privé du monde derrière l’américain ABC. (…)

Istoé  Camila Brandalise 30 janvier 2014

http://www.courrierinternational.com/article/2014/01/30/homos-ces-heros

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18 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

Pma: un pas de plus vers l’enterrement

lgbt

Ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti a annoncé début janvier que l’ouverture de la PMA (Procréation médicalement assistée) pour les lesbiennes ne figurera pas dans le projet de loi « famille ». Cela n’a rien de bien étonnant : le flou était entretenu depuis un moment sur les échéances…

Encore un recul du gouvernement ! Alors que Ayrault et Hollande insistaient pour attendre et suivre l’avis du CCNE (Comité consultatif national d’éthique) qui s’est auto-saisi sur la question, le gouvernement tient à finir la loi « famille » avant les municipales. La stratégie électoraliste est flagrante : le gouvernement temporise pour ne pas se mettre à dos les réactionnaires de tous horizons.

Une remise une cause du modèle hétéro-patriarcal Poser l’ouverture de la PMA à toutes les femmes comme un problème « éthique » a un sens idéologique. En effet, puisqu’elle est autorisée pour les couples hétérosexuels, il est clair que le fait que toutes les femmes (lesbiennes, céli- bataires…) puissent avoir des enfants sans homme mettrait fortement en cause le modèle hétéro-patriarcal. Il apparaît aussi que si les couples homosexuels sont tolérés, les homosexuelEs restent donc des citoyenEs de seconde classe. En effet, malgré la demande des associations LGBT (la loi concernant le mariage étant insuffisante), la ministre a refusé d’améliorer la situation des familles homosexuelles, montrant qu’elle est avant tout la ministre… des familles hétérosexuelles.

Reconstruire la mobilisation Le CCNE n’est pas connu pour ses positions progressistes, et s’il donnait un avis négatif, Hollande a de toute façon insisté pour le suivre, alors qu’il n’est pourtant que consultatif. Comme si cela ne suffisait pas, Hollande a promis aux représentants des institutions religieuses de les consulter concernant la PMA. Or ces dernières ont violemment fait preuve de leur conception patriarcale et homophobe de la famille. Le gouvernement montre ainsi son camp et va donc trahir sa promesse, comme il a déjà trahi sa promesse de faciliter le changement d’état civil des trans.

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Il est donc nécessaire de reconstruire une mobilisation pour imposer un véritable rapport de forces, déjà nécessaire pour gagner la loi sur le mariage pour touTEs. Le rassemblement appelé le lundi 6 janvier par différents collectifs et associations comme FièrEs, Oui oui oui, Gouine comme un camion et Barbi(e)turix est un début, il faut continuer ! Anastasia Tiarava et Manue Mallet

Hebdo L’Anticapitaliste – 225 (16/01/2014)

http://npa2009.org/content/pma-un-pas-de-plus-vers-l%E2%80%99enterrement

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17 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

Chercher à comprendre comment se manifeste et se reproduit ce système

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inégalitaire de normes de féminité et de masculinité

Docteur en psychologie sociale, Hugues Demoulin est conseiller d’orientation psychologue scolaire. Il publie prochainement un livre égalité mixité : état des lieux et pratiques en collège et lycée. Avec lui, nous revenons sur les enjeux de la question du genre, en particulier dans le domaine scolaire et éducatif. Il interviendra sur ce sujet dans le cadre de la fête du NPA de Louviers (27) samedi 18 janvier.

Le « genre » fait l’objet de nombreux débats, parfois très vifs. De quoi s’agit-il ?
Nous pouvons facilement constater que toute notre vie sociale est organisée autour de deux catégories, le féminin et le masculin, ce que l’on appelle le sexe. Avant même notre naissance, avec l’échographie, nous sommes identifiéEs comme fille ou garçon. Cette différenciation aura des conséquences pour toute notre vie : selon que l’on naît fille ou garçon, notre environnement se comportera différemment à notre égard. Nous n’apprendrons pas à nous tenir tout à fait de la même façon ou à prendre la parole en public. Il faudra nous conformer à ces normes sociales liées à notre sexe de naissance et faire attention à ne pas les transgresser : un garçon qui a envie de jouer à la poupée doit refréner son désir ; une fille ne doit pas rire trop fort.
Ces différences sont source de fortes inégalités et de discriminations. Les rôles sociaux traditionnellement masculins et féminins n’ont en effet pas la même valeur : bricoler est plus valorisant que faire la vaisselle, et les activités de soins aux autres sont moins reconnues que celles qui visent à fabriquer des objets.

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Contrairement aux discours caricaturaux que l’on peut entendre, le genre n’est pas une théorie qui chercherait à produire des êtres asexués. Étudier le genre, c’est chercher à comprendre comment se manifeste et se reproduit ce système inégalitaire de normes de féminité et de masculinité, qui nous enferme, homme autant que femme, dans des façons de penser stéréotypées et porteuses de préjugés.

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Le genre s’intéresse donc à tous les domaines de la vie et de la connaissance : la distinction biologique des humains en deux catégories de sexe est elle-même une construction sociale. Ce qui nous est présenté comme « naturel » ne l’est pas nécessairement. Le genre est un système qui justifie des inégalités et légitime des discriminations sexistes et homophobes.

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C’est sans doute pour cela que l’affirmation du « genre » comme clé de lecture sociale suscite tant de polémique : il met en lumière un ordre social qui se maintient parce qu’il est invisible. Il faut donc « défaire le genre » et déjouer ses modes d’emprise sur nos façons de sentir, de penser et d’agir.

Quel a été le point de départ de ton travail sur l’importance du genre à l’école ?
J’ai eu la chance de lire à vingt ans des ouvrages féministes, dont l’un d’entre eux portait le titre explicite : La petite différence et ses grandes conséquences (1). Il montrait comment les différences anatomiques et physiologiques, soit une petite partie de notre humanité, déterminent des destins sociaux bien différents. Par la suite, intervenant en entreprises, j’ai pu mesurer la constance de ces inégalités.

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À l’école, les différences entre filles et garçons sautent aux yeux, il suffit d’observer la composition des classes selon les filières. Mais ce qui m’a le plus interrogé, en tant que conseiller d’orientation psychologue, c’est à quel point ces différences sont considérées comme « naturelles », par les élèves, les familles et les collègues, quelle que soit leur fonction, et que l’on considère comme des « choix personnels » ce qui relève de puissants déterminismes sociaux.

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Laisser-faire, c’est participer à la reproduction des inégalités de genre entre filles et garçons. Mais c’est aussi laisser à eux-mêmes et à elles-mêmes les jeunes qui souhaiteraient faire des choix différents de leur destin social de fille ou de garçon. Le rôle du système scolaire est de permettre à chacun non seulement de bénéficier d’un égal accès à l’éducation, mais aussi de pouvoir concevoir des projets qui ne soient pas bridés ou moqués parce qu’ils sont atypiques. Cela concerne tous les domaines dans lesquels l’école a vocation à intervenir : apprentissage, culture, santé et sexualité, orientation, citoyenneté.

Comment l’école traite la question du genre ?

L’école française a décrété la mixité en 1975, mais elle ne l’a pas pensée, contrairement à d’autres pays. En France, on éduque filles et garçons ensemble, tout comme on éduque ensemble les élèves quelle que soit leur origine. C’est une grande vertu de notre système, mais cela soulève des questions complexes : comment traiter de façon égale tout en cherchant à corriger des inégalités sociales ?
Les dispositifs spécifiques de type « égalité des chances » sont sans doute utiles, mais ils ont une portée limitée.

*

Plus pertinent est sans doute de développer les capacités des jeunes, en fonction de leur situation sociale, à identifier les déterminants de genre dans leur quotidien, pour s’affranchir des stéréotypes liés à leur sexe dans leurs projets ou dans les situations vécues. Pour la période 2013-2018, le gouvernement actuel a affirmé son engagement pour passer de l’égalité de droit à l’égalité réelle (éducation à la sexualité, sensibilisation aux stéréotypes de genre dès le plus jeune âge, etc.). Ce qui est important, c’est que la lutte contre les discriminations de genre soit légitime et fasse partie des missions fondamentales de l’éducation.

Il y a régulièrement des polémiques autour des initiatives visant à lutter contre les stéréotypes de genre. Peux-tu nous en parler ?

Tout ce qui touche à la répartition féminin/masculin est source de tensions. Dans la continuité de la « manif pour tous », il existe des comités « vigilance genre » qui contestent, parfois de façon violente, les actions de lutte contre les sexismes menées en classe ou dans la formation initiale des enseignantEs. Ainsi en 2010, la demande d’interdiction de projection dans les écoles du dessin animé le Baiser de lune, histoire d’amour entre deux poissons de même sexe. Et en 2011, la vive polémique qui a accompagné la publication des manuels de SVT en classe de première. Actuellement, c’est la projection du film Tomboy (2) dans le cadre d’un programme éducatif (l’histoire d’une fille de 10 ans qui se fait passer pour un garçon), qui est contestée.

*
Ces manifestations posent la question légitime du rôle de l’école dans l’éducation. Mais aussi la question de la stratégie à adopter : si la prudence est forcément de mise, elle ne doit pas virer à la frilosité. Rappelons que le code de l’éducation précise : « le droit à l’éducation doit permettre à chacun et chacune de développer sa personnalité (…), de s’insérer dans la vie sociale et professionnelle et d’exercer sa citoyenneté » (art. L.111-1). La compréhension des mécanismes du genre contribue à ces finalités et justifie les actions entreprises en ce sens.

Propos recueillis par Sophie Ozanne Hebdo L’Anticapitaliste – 225 (16/01/2014)

1 – La petite différence et ses grandes conséquences, Alice Swarzer, édition Des femmes, 1977.
2 – Tomboy de Céline Sciamma, 2011, disponible en DVD.

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11 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

sida: act up-paris en danger de mort

sida: act up-paris en danger de mort dans LGBT HaringACTUP89

L’argent est une arme.

Cette année, Act Up Paris soufflera ses 25 bougies d’existence : ce souffle pourrait bien être son dernier. Oui, Act Up Paris risque la mort et a besoin de soutien financier. Les 9 salariéEs de la structure ont voté leur mise au chômage technique en janvier pour tenter de sauver financièrement l’association.

La situation d’Act Up Paris s’inscrit plus largement dans une crise générale du secteur associatif (voir à ce propos l’enquête publiée par Bastamag en novembre 2013 (1) , de la place qui y est attribuée à la lutte contre le sida (LCS) en particulier et du droit à l’accès à la santé pour touTEs. En effet, au-delà d’Act Up Paris, c’est l’ensemble des structures associatives LCS qui sont aujourd’hui touchées (sans parler de la précarisation toujours accrue des malades et du démantèlement du service public de santé) : même AIDES, plus grosse association LCS en France, a annoncé un plan social en décembre 2013 (65 suppressions de postes).

Pourquoi cette crise ? Plutôt que de réduire mécaniquement et de manière caricaturale (et trop visible) le volume des subventions, les pouvoirs publics les répartissent différemment et mettent en place des conditions d’attribution toujours plus élevées, imposant un fléchage sur des actions de « care » ou « bling-bling » dont les conséquences positives dans la réalité sont loin d’être prouvées mais qui permettent de faire des campagnes « bankable » en terme de communication.

Dans la même logique, les conventionnements pluri-annuels disparaissent au profit de dotations annuelles rendant impossible de construire des projets sur le moyen terme et mettant les asso- ciations dans la précarité permanente au niveau de leur comptabilité, à moins de fonctionner comme des prestataires de services ponctuels.

*
Plus qu’une destruction frontale, c’est une fragilisation et un remodelage du secteur associatif LCS que le gouvernement met en place pour en faire un instrument au service de sa politique. Les conséquences de celle-ci sont graves pour les malades et les futurs malades (qui ne manqueront pas à l’appel si les choses continuent ainsi) et ne sont pas le fait ni du hasard ni de « la crise » (pour la guerre en Centrafrique, il n’y a plus de « crise » qui tienne, tout d’un coup, il y a de l’argent !) : c’est un choix politique.

Le sida, une maladie politique Transmissible, mortelle et incurable, le sida n’est pas une maladie comme les autres et c’est ce que porte Act Up depuis sa naissance. Estampillée « maladie des indésirables » ou « maladie honteuse », ne pas se donner les moyens de lutter contre la pandémie revient à en faire un mode de gestion de ces « indésirables » : pédés, toxicos, taulardEs, putes, transES, immigréEs, etc.

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Le racisme, le colonialisme, l’homophobie, le sexisme, la transphobie, la putophobie, le légalisme sont des causes directes du développement tant du stigmate que de la pandémie. Et la politique du gouvernement renforce, justifie et structure, plutôt qu’elle ne combat, ces phénomènes politiques.
C’est pour cela qu’en plus de revendiquer l’accès aux traitements pour touTEs et un service public de qualité, Act Up Paris s’est toujours mobilisée contre les politiques discriminatoires et pour l’égalité des droits. C’est pour cela qu’Act Up Paris est en danger. La guerre contre le sida doit continuer, Act Up doit vivre : soutenez-la ! Nour Schaabieh

1 – On y apprend qu’après les 11 000 suppressions de postes (entre 2010 et 2012), « compte tenu des 14 milliards d’économie annoncée par le gouvernement [en 2014], le monde associatif subira un plan social invisible de 30 000 à 40 000 emplois ». Sur 1,8 million d’emplois, 40 000 vont être supprimés. http ://www.bastamag.net/40-000-suppressions-d-emplois-en

Hebdo L’Anticapitaliste – 224 (09/01/2014)

http://npa2009.org/content/sida-act-paris-en-danger-de-mort

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31 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

l’occident vit une refondation, comme pendant la renaissance (jdd)

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Maurice Godelier: Ancien élève de Fernand Braudel et maître assistant de Claude Lévi-Strauss, Maurice Godelier a été titulaire de la chaire d’anthropologie au Collège de France, puis directeur scientifique au CNRS et du musée du Quai-Branly. Mariage pour tous, mères porteuses, clonage, économie mondiale, il estime que « l’Occident vit une refondation ». (…)

« Je suis convaincu que la famille n’est pas le fondement de la société. Pas seulement de notre société, mais de toutes les sociétés. »

Qu’avez-vous découvert? L’anthropologie est un travail sur soi, un travail de décentrement. Il faut se mettre à distance de ce que la culture et l’éducation vous ont appris. Ce sont les autres qui vous apprennent. Chez les Baruya, vous êtes comme un gamin. On ne sait pas où marcher dans les jardins, au milieu des plantes sacrées. Ils deviennent vos professeurs. Combien de fois ils m’ont dit : « Mais on t’a déjà expliqué ça il y a deux ans… » On découvre leur logique de pensée et d’action, leurs normes pour agir, quelles femmes ils peuvent épouser ou non. Comment les clans font les couples. Chez eux, ce n’est pas l’amour qui forme les ménages, mais cela fait aussi des pères qui s’occupent bien des enfants, et des mères très affectueuses!

La famille est-elle, comme on le croit souvent ici, le fondement des sociétés?
Je sais bien que je prends à contre-pied ce que pensent beaucoup de gens, mais je suis convaincu que la famille n’est pas le fondement de la société. Pas seulement de notre société, mais de toutes les sociétés. La tradition catholique aime imaginer le contraire. Déjà avant le monde chrétien, Aristote pensait que la famille engendrait le clan, et les clans la tribu. Puis les chrétiens ont mis l’accent sur la famille nucléaire, l’homme, la femme leurs enfants. Cela correspond à la période de la fin de la République romaine, quand la famille nucléaire était devenue le modèle dominant.

Et la famille du « mariage d’amour »? L’humanité n’a que rarement misé pour sa reproduction sur l’amour et sur la passion! On constate d’ailleurs aujourd’hui, dans nos sociétés individualistes où l’on met en avant des choix individuels, que l’amour s’épuise vite. En Île-de-France actuelle, 40% des unions disparaissaient au bout de sept ans. Dans la plupart des sociétés, l’amour n’est pas le principe des alliances. Ce sont au contraire des stratégies, des rapports d’intérêts qui gouvernent les alliances. Par contre, pour la première formation d’un individu, la famille, ce groupe d’adultes qui « élève » un enfant, joue un rôle fondamental.

Pour l’anthropologue, qu’est-ce que signifie « être élevé »? Il y a sept fonctions à la « paren- talité », qui sont universelles. Même si, selon les systèmes familiaux, différentes personnes les exercent. La première fonction est de concevoir et d’engendrer. Cela semble simple chez nous les Occidentaux, un homme et une femme couchent ensemble. Mais c’est déjà plus compliqué quand il y a des mères porteuses et qu’il faut deux femmes pour faire un enfant. Dans des sociétés patrilinéaires, comme en Nouvelle-Guinée, c’est le sperme de l’homme qui est considéré comme seul fabriquant l’enfant. Dans d’autres, matrilinéaires, c’est la femme, son sang menstruel, avec l’aide d’un esprit qui font l’enfant. Dans le premier cas, l’enfant appartient au clan du père, dans l’autre, au clan de la mère et de ses frères… Vous voyez le rôle des représentations, qui n’ont rien de scientifique, mais qui relèvent de logiques sociales et de pouvoir. Dans la plupart des sociétés, on ne pense pas qu’un rapport sexuel suffise pour faire un enfant. L’idée générale est qu’il faut être trois. Les Baruya pensent que c’est le soleil qui finit le fœtus dans le ventre des mères. Dans d’autres sociétés, ce sont les ancêtres qui jouent ce rôle. Chez les chrétiens aussi, il faut être trois! Car qu’est-ce qui introduit l’âme dans le fœtus ? Ce n’est pas le sperme de l’homme. Elle est introduite par Dieu. Dans le christianisme, malgré toutes nos connaissances en biologie moléculaire, il faut être trois pour faire un enfant. Pareil pour l’islam…

La deuxième fonction de la parentalité? Donner un nom. Dans toute société, un enfant qui n’a pas de nom n’existe pas. Dans les sociétés patrilinéaires, c’est un nom appartenant au clan du père. Chez les Baruya, un enfant, pendant sa première année, ne voit quasiment pas son père. S’il meurt cette année-là, il est enterré n’importe où. Puis, s’il survit à sa première année, le clan du père lui donne un nom et il entre dans le groupe. Sans nom, un enfant n’est pas complet. La troisième fonction consiste à « s’occuper de », c’est?à-dire nourrir, soigner et protéger. La quatrième fonction est celle de la « formation ». Chez nous, l’école ou le service militaire, quand il existait, ont pris cette place. Mais dans beaucoup de sociétés, des adultes devaient prendre en charge la formation des enfants pour en faire des guerriers, des chamans… La cinquième fonction, c’est, pour certains parents, d’exercer une forme d’autorité sur les enfants. Toutes les gammes d’autorité sont possibles. Il y a des sociétés extrêmement permissives où l’enfant est roi et on ne le réprime jamais, et d’autres très strictes où les enfants ne peuvent quasiment pas prendre la parole. La responsabilité va avec. Si votre enfant casse un carreau, c’est à votre charge. C’est pareil dans toutes les sociétés.

« Le modèle chrétien est un horizon de culture, mais il n’est déjà plus une norme sociale générale depuis la Révolution française. »

La septième et dernière fonction de la parentalité? Certains parents qui ont la charge des enfants ne peuvent pas avoir de rapports sexuels avec eux. Ce sont les deux tabous de l’inceste, le tabou homosexuel que l’on oublie toujours (un père et un fils, une mère et une fille) et le tabou hétérosexuel que tout le monde connaît. Ces tabous sont universels, même s’ils varient. Dans l’Antiquité, en Perse ou en Égypte, le mariage « idéal » était entre un frère et une sœur, à l’imitation des dieux. L’inceste détruit les rapports de solidarité et d’autorité au sein des familles ainsi que les rapports d’alliances entre les familles. Finalement, être « parent », c’est assumer ces sept fonctions. Selon les sociétés, ce ne sont pas les mêmes personnes qui s’en occupent. Cela dépend du système de parenté…

Combien existe-t-il de systèmes de parenté? En gros, actuellement sur terre, 10.000 groupes exercent une souveraineté sur un territoire, des personnes et des ressources. Cela fait 10.000 sociétés, même si certaines comptent 50 personnes en Amazonie et qu’il y a 1,3 milliard de Chinois. Ces 10.000 sociétés ont toutes un système de parenté qui leur est propre. Nous, nous sommes dans un système dit « indiffé­rencié ». On retrouve ce même système chez les Inuits ou en Indonésie. Il est apparu en Europe à la fin de la République romaine. Nous n’avons qu’un seul père et une seule mère. Ce système romain a été « encapsulé » par le christianisme. Plus tard, dans le christianisme, le mariage est devenu un sacrement. L’union d’un homme et d’une femme devant Dieu, avec interdiction du divorce, interdiction de relations sexuelles en dehors du mariage, interdiction de se masturber aussi, etc. L’Église a détruit la polygamie. Mais notre système n’est pas du tout majoritaire dans le monde! La Chine, l’Inde, et cela fait plus de deux milliards d’individus, fonctionnent autrement!

Ce modèle chrétien, on l’a vu en 2013 avec le mariage pour tous, est en train de craquer… Le modèle chrétien est un horizon de culture, mais il n’est déjà plus une norme sociale générale depuis la Révolution française. L’État a pris en main le mariage, et les enfants sont enregistrés à l’état civil. Le modèle chrétien craque depuis deux cents ans…

Comment le mariage pour tous vient-il bousculer cette histoire? Il y a dix ans, on m’avait posé la question du mariage homosexuel. J’avais répondu qu’il avait déjà existé dans de nombreuses sociétés des unions homosexuelles pour le plaisir, comme chez les Grecs anciens, mais pas pour fonder des familles instituées. J’étais influencé par la psychanalyse, qui disait qu’il faut impé- rativement un père et une mère pour fabriquer un enfant. Or, ce n’est pas si simple. De mes recherches, depuis, je conclus qu’il y a eu trois lignes de transformations de nos sociétés qui ont amené à la revendication du mariage pour tous.

Lesquelles? La première, c’est la valorisation de l’enfant, qui commence avec Rousseau. L’enfant est devenu une valeur nouvelle, quasi universelle. Regardez ce qui se passe avec Noël et l’achat massif de jouets pour la plupart inutiles… Cela a abouti à la Déclaration des droits de l’enfant, impulsée par l’Occident. Le pire crime aujourd’hui, c’est le viol et l’assassinat d’un enfant. La deuxième ligne d’évolution est scientifique, commencée dans les années 1930 aux États-Unis, où l’ordre des médecins a « dépathologisé » l’homosexualité. L’homosexualité n’est plus une « maladie » dont il faut guérir, ni, pour les psychologues, une « perversion ». Et puis la primatologie s’est intéressée ré- cemment à la sexualité de nos cousins primates, les bonobos et les chimpanzés. Il est désormais établi scientifiquement que ces primates sont bisexuels. Je pense que nous aussi, primates humains, nous sommes bisexuels par nature. Évidemment, la société a toujours privilégié l’hétérosexualité pour la reproduction, sans quoi l’espèce se serait éteinte depuis longtemps. Mais nous sommes tous bi, avec deux formes de sexualité, normales toutes les deux. Dans la vie des sociétés, l’une va être manifestement favorisée, et l’hétérosexualité restera toujours majoritaire. Enfin, troisième ligne d’évolution, la démocratie. Je pense qu’en démocratie, quand des minorités revendiquent des droits qui ne retirent rien aux majorités, elles finissent toujours par les obtenir. Pour toutes ces raisons, il est évident que des gens veuillent vivre une sexualité homosexuelle, autre mais normale, tout en assumant un désir d’enfant.

Le mariage pour tous est la grande révolution de 2013… Oui, il a heurté une partie de la population marquée par les valeurs chrétiennes. Mais ce conflit ne devrait pas durer, comme en Espagne catholique ou au Canada.

Faut-il légaliser les mères porteuses, selon vous? Absolument. Je suis pour encadrer politiquement et juridiquement cette pratique. Certains hommes acceptent déjà que le sperme d’un autre homme féconde leur compagne pour faire un enfant à trois. Les mères porteuses, dans certains États américains et au Canada, ne font pas cela pour faire trafic de leur utérus. En corollaire de la légalisation, je suis un partisan résolu de la transparence des origines! Que ce soit pour les mères porteuses ou pour les dons de sperme. Les enfants sont capables de comprendre. Si on ne leur dit rien, c’est toujours pire. À mon sens, les parents qui ont fait un enfant à trois, que ce soit les mères porteuses, avec le don de sperme, ou les couples homosexuels ou hétérosexuels qui adoptent, ont un devoir d’explication. Ensuite, si l’enfant veut savoir d’où il vient, il faut qu’il puisse raccorder l’histoire qu’on lui a racontée avec un être réel. La transparence des origines me paraît aller de soi.

Quelles limites voyez-vous? Je suis absolument contre le clonage reproductif. C’est un délire de recherche d’immortalité narcissique qu’il faut stopper. Il y a sûrement des laboratoires aujourd’hui qui y travaillent, et à terme un type riche qui voudra se cloner. Il faut interdire cela. On ne doit pas se reproduire tout seul. Que d’autres dépendent de vous ou que vous dépendiez d’eux, ceci est constitutif de notre humanité. On doit avoir ce principe, cette norme universelle. (…)

* Lévi-Strauss, Maurice Godelier, Seuil, 592 p., 26 euros.

Laurent Valdiguié – Le Journal du Dimanche dimanche 29 décembre 2013

http://www.lejdd.fr/Societe/Maurice-Godelier-L-Occident-vit-une-refondation-comme-pendant-la-Renaissance-646088

Lire aussi dans l’Humanité:

http://www.humanite.fr/546667

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24 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

après la projection de “tomboy”, des élèves m’ont dit: “l’homosexualité, c’est péché” (lm)

Inquisition

Projeter Tomboy dans un collège ayant une forte population immigrée, de confession musulmane ou chrétienne, c’est l’occasion rare d’aborder la question du genre et de l’homosexualité, tant ces sujets peuvent être tabous dans les familles, ou même entre amis.

Cette jeune enseignante d’un collège réputé difficile de l’Oise (60 % de réussite au brevet des collèges) préfère garder l’anonymat, mais elle tenait à témoigner sur la discussion qu’elle a eue avec sa classe de sixième, à l’issue de la projection du film de Céline Sciamma, au mois de novembre.  Pour mémoire, Tomboy, qui signifie « garçon manqué » en anglais, raconte l’histoire d’une petite fille de 10 ans qui se fait passer pour un garçon auprès de ses nouveaux voisins.

Une relation se noue avec une fillette du quartier. Les parents l’apprennent et l’ange blond aux cheveux courts finit par dévoiler son véritable prénom à sa jeune amoureuse : Laure, et non Mickaël. Ce film est actuellement dans la ligne de mire d’une frange de la droite ultraconservatrice qui demande dans une pétition l’interdiction de le projeter dans le cadre de l’école – depuis septembre 2012, Tomboy est intégré dans les programmes « Ecole et cinéma », et aussi « Collège au cinéma », deux dispositifs soutenus par le ministère de l’éducation nationale et par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).

« ON AURAIT DÛ ÊTRE PRÉVENUS »

Après la séance, l’enseignante du collège de l’Oise a découvert les réactions de ses élèves de sixième : « Certains m’ont dit : “L’homosexualité, c’est péché.” » D’autres ont réagi sur le thème « si j’aurais su j’aurais pas venu », en lui expliquant la chose suivante : « On n’aurait pas dû voir ce film. Ou alors on aurait dû être prévenus. Alors, on n’aurait pas assisté à la projection. » Enfin, un troisième groupe a balayé le sujet d’un revers de la main : « C’est dégueulasse, mais ils font ce qu’ils veulent. » Elle a pu, tout de même, échanger avec eux sur la construction du genre, sur les stéréotypes des jeux chez les enfants. Comment devient-on un homme, une femme ?, etc.

Une élève issue d’une famille ivoirienne, et chrétienne, est venue la voir à l’issue du cours. « Pendant le débat, elle avait trouvé dégoûtant le baiser entre les deux filles. A la fin, elle m’a quand même dit : “Je vais réfléchir à ce qui a été dit.” Comme si la question de l’homosexualité lui semblait dédiabolisée », raconte l’enseignante. Mais la mère de cette élève d’origine africaine n’a guère apprécié. La semaine suivante, elle est venue voir l’enseignante à la fin de journée de cours : « Elle était furieuse, estimait que le film avait vocation à légitimer l’homosexualité et à faire basculer sa fille vers le côté obscur. Elle demandait à voir le principal du collège, que j’ai aussitôt informé… Elle a aussi contacté d’autres parents. Mais je ne crois pas qu’elle ait donné suite. »

L’enseignante a profité de cette expérience pour distribuer à ses élèves la charte de la laïcité, en leur disant, en substance : la religion, c’est à la maison, et pas à l’école. « Grâce à ce débat sur Tomboy, dit-elle, j’ai ressenti que l’on peut encore sortir du processus de fanatisation. Le cinéma peut ouvrir les consciences, et l’école est là pour enlever les carcans moraux. »

Clarisse Fabre  Journaliste au Monde Mis à jour le 24.12.2013 à 11h07

http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/12/24/apres-la-projection-de-tomboy-des-eleves-m-ont-dit-l-homosexualite-c-est-peche_4339340_3246.html#xtor=AL-32280530

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