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18 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

Pma: un pas de plus vers l’enterrement

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Ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti a annoncé début janvier que l’ouverture de la PMA (Procréation médicalement assistée) pour les lesbiennes ne figurera pas dans le projet de loi « famille ». Cela n’a rien de bien étonnant : le flou était entretenu depuis un moment sur les échéances…

Encore un recul du gouvernement ! Alors que Ayrault et Hollande insistaient pour attendre et suivre l’avis du CCNE (Comité consultatif national d’éthique) qui s’est auto-saisi sur la question, le gouvernement tient à finir la loi « famille » avant les municipales. La stratégie électoraliste est flagrante : le gouvernement temporise pour ne pas se mettre à dos les réactionnaires de tous horizons.

Une remise une cause du modèle hétéro-patriarcal Poser l’ouverture de la PMA à toutes les femmes comme un problème « éthique » a un sens idéologique. En effet, puisqu’elle est autorisée pour les couples hétérosexuels, il est clair que le fait que toutes les femmes (lesbiennes, céli- bataires…) puissent avoir des enfants sans homme mettrait fortement en cause le modèle hétéro-patriarcal. Il apparaît aussi que si les couples homosexuels sont tolérés, les homosexuelEs restent donc des citoyenEs de seconde classe. En effet, malgré la demande des associations LGBT (la loi concernant le mariage étant insuffisante), la ministre a refusé d’améliorer la situation des familles homosexuelles, montrant qu’elle est avant tout la ministre… des familles hétérosexuelles.

Reconstruire la mobilisation Le CCNE n’est pas connu pour ses positions progressistes, et s’il donnait un avis négatif, Hollande a de toute façon insisté pour le suivre, alors qu’il n’est pourtant que consultatif. Comme si cela ne suffisait pas, Hollande a promis aux représentants des institutions religieuses de les consulter concernant la PMA. Or ces dernières ont violemment fait preuve de leur conception patriarcale et homophobe de la famille. Le gouvernement montre ainsi son camp et va donc trahir sa promesse, comme il a déjà trahi sa promesse de faciliter le changement d’état civil des trans.

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Il est donc nécessaire de reconstruire une mobilisation pour imposer un véritable rapport de forces, déjà nécessaire pour gagner la loi sur le mariage pour touTEs. Le rassemblement appelé le lundi 6 janvier par différents collectifs et associations comme FièrEs, Oui oui oui, Gouine comme un camion et Barbi(e)turix est un début, il faut continuer ! Anastasia Tiarava et Manue Mallet

Hebdo L’Anticapitaliste – 225 (16/01/2014)

http://npa2009.org/content/pma-un-pas-de-plus-vers-l%E2%80%99enterrement

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17 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

Chercher à comprendre comment se manifeste et se reproduit ce système

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inégalitaire de normes de féminité et de masculinité

Docteur en psychologie sociale, Hugues Demoulin est conseiller d’orientation psychologue scolaire. Il publie prochainement un livre égalité mixité : état des lieux et pratiques en collège et lycée. Avec lui, nous revenons sur les enjeux de la question du genre, en particulier dans le domaine scolaire et éducatif. Il interviendra sur ce sujet dans le cadre de la fête du NPA de Louviers (27) samedi 18 janvier.

Le « genre » fait l’objet de nombreux débats, parfois très vifs. De quoi s’agit-il ?
Nous pouvons facilement constater que toute notre vie sociale est organisée autour de deux catégories, le féminin et le masculin, ce que l’on appelle le sexe. Avant même notre naissance, avec l’échographie, nous sommes identifiéEs comme fille ou garçon. Cette différenciation aura des conséquences pour toute notre vie : selon que l’on naît fille ou garçon, notre environnement se comportera différemment à notre égard. Nous n’apprendrons pas à nous tenir tout à fait de la même façon ou à prendre la parole en public. Il faudra nous conformer à ces normes sociales liées à notre sexe de naissance et faire attention à ne pas les transgresser : un garçon qui a envie de jouer à la poupée doit refréner son désir ; une fille ne doit pas rire trop fort.
Ces différences sont source de fortes inégalités et de discriminations. Les rôles sociaux traditionnellement masculins et féminins n’ont en effet pas la même valeur : bricoler est plus valorisant que faire la vaisselle, et les activités de soins aux autres sont moins reconnues que celles qui visent à fabriquer des objets.

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Contrairement aux discours caricaturaux que l’on peut entendre, le genre n’est pas une théorie qui chercherait à produire des êtres asexués. Étudier le genre, c’est chercher à comprendre comment se manifeste et se reproduit ce système inégalitaire de normes de féminité et de masculinité, qui nous enferme, homme autant que femme, dans des façons de penser stéréotypées et porteuses de préjugés.

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Le genre s’intéresse donc à tous les domaines de la vie et de la connaissance : la distinction biologique des humains en deux catégories de sexe est elle-même une construction sociale. Ce qui nous est présenté comme « naturel » ne l’est pas nécessairement. Le genre est un système qui justifie des inégalités et légitime des discriminations sexistes et homophobes.

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C’est sans doute pour cela que l’affirmation du « genre » comme clé de lecture sociale suscite tant de polémique : il met en lumière un ordre social qui se maintient parce qu’il est invisible. Il faut donc « défaire le genre » et déjouer ses modes d’emprise sur nos façons de sentir, de penser et d’agir.

Quel a été le point de départ de ton travail sur l’importance du genre à l’école ?
J’ai eu la chance de lire à vingt ans des ouvrages féministes, dont l’un d’entre eux portait le titre explicite : La petite différence et ses grandes conséquences (1). Il montrait comment les différences anatomiques et physiologiques, soit une petite partie de notre humanité, déterminent des destins sociaux bien différents. Par la suite, intervenant en entreprises, j’ai pu mesurer la constance de ces inégalités.

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À l’école, les différences entre filles et garçons sautent aux yeux, il suffit d’observer la composition des classes selon les filières. Mais ce qui m’a le plus interrogé, en tant que conseiller d’orientation psychologue, c’est à quel point ces différences sont considérées comme « naturelles », par les élèves, les familles et les collègues, quelle que soit leur fonction, et que l’on considère comme des « choix personnels » ce qui relève de puissants déterminismes sociaux.

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Laisser-faire, c’est participer à la reproduction des inégalités de genre entre filles et garçons. Mais c’est aussi laisser à eux-mêmes et à elles-mêmes les jeunes qui souhaiteraient faire des choix différents de leur destin social de fille ou de garçon. Le rôle du système scolaire est de permettre à chacun non seulement de bénéficier d’un égal accès à l’éducation, mais aussi de pouvoir concevoir des projets qui ne soient pas bridés ou moqués parce qu’ils sont atypiques. Cela concerne tous les domaines dans lesquels l’école a vocation à intervenir : apprentissage, culture, santé et sexualité, orientation, citoyenneté.

Comment l’école traite la question du genre ?

L’école française a décrété la mixité en 1975, mais elle ne l’a pas pensée, contrairement à d’autres pays. En France, on éduque filles et garçons ensemble, tout comme on éduque ensemble les élèves quelle que soit leur origine. C’est une grande vertu de notre système, mais cela soulève des questions complexes : comment traiter de façon égale tout en cherchant à corriger des inégalités sociales ?
Les dispositifs spécifiques de type « égalité des chances » sont sans doute utiles, mais ils ont une portée limitée.

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Plus pertinent est sans doute de développer les capacités des jeunes, en fonction de leur situation sociale, à identifier les déterminants de genre dans leur quotidien, pour s’affranchir des stéréotypes liés à leur sexe dans leurs projets ou dans les situations vécues. Pour la période 2013-2018, le gouvernement actuel a affirmé son engagement pour passer de l’égalité de droit à l’égalité réelle (éducation à la sexualité, sensibilisation aux stéréotypes de genre dès le plus jeune âge, etc.). Ce qui est important, c’est que la lutte contre les discriminations de genre soit légitime et fasse partie des missions fondamentales de l’éducation.

Il y a régulièrement des polémiques autour des initiatives visant à lutter contre les stéréotypes de genre. Peux-tu nous en parler ?

Tout ce qui touche à la répartition féminin/masculin est source de tensions. Dans la continuité de la « manif pour tous », il existe des comités « vigilance genre » qui contestent, parfois de façon violente, les actions de lutte contre les sexismes menées en classe ou dans la formation initiale des enseignantEs. Ainsi en 2010, la demande d’interdiction de projection dans les écoles du dessin animé le Baiser de lune, histoire d’amour entre deux poissons de même sexe. Et en 2011, la vive polémique qui a accompagné la publication des manuels de SVT en classe de première. Actuellement, c’est la projection du film Tomboy (2) dans le cadre d’un programme éducatif (l’histoire d’une fille de 10 ans qui se fait passer pour un garçon), qui est contestée.

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Ces manifestations posent la question légitime du rôle de l’école dans l’éducation. Mais aussi la question de la stratégie à adopter : si la prudence est forcément de mise, elle ne doit pas virer à la frilosité. Rappelons que le code de l’éducation précise : « le droit à l’éducation doit permettre à chacun et chacune de développer sa personnalité (…), de s’insérer dans la vie sociale et professionnelle et d’exercer sa citoyenneté » (art. L.111-1). La compréhension des mécanismes du genre contribue à ces finalités et justifie les actions entreprises en ce sens.

Propos recueillis par Sophie Ozanne Hebdo L’Anticapitaliste – 225 (16/01/2014)

1 – La petite différence et ses grandes conséquences, Alice Swarzer, édition Des femmes, 1977.
2 – Tomboy de Céline Sciamma, 2011, disponible en DVD.

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11 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

sida: act up-paris en danger de mort

sida: act up-paris en danger de mort dans LGBT HaringACTUP89

L’argent est une arme.

Cette année, Act Up Paris soufflera ses 25 bougies d’existence : ce souffle pourrait bien être son dernier. Oui, Act Up Paris risque la mort et a besoin de soutien financier. Les 9 salariéEs de la structure ont voté leur mise au chômage technique en janvier pour tenter de sauver financièrement l’association.

La situation d’Act Up Paris s’inscrit plus largement dans une crise générale du secteur associatif (voir à ce propos l’enquête publiée par Bastamag en novembre 2013 (1) , de la place qui y est attribuée à la lutte contre le sida (LCS) en particulier et du droit à l’accès à la santé pour touTEs. En effet, au-delà d’Act Up Paris, c’est l’ensemble des structures associatives LCS qui sont aujourd’hui touchées (sans parler de la précarisation toujours accrue des malades et du démantèlement du service public de santé) : même AIDES, plus grosse association LCS en France, a annoncé un plan social en décembre 2013 (65 suppressions de postes).

Pourquoi cette crise ? Plutôt que de réduire mécaniquement et de manière caricaturale (et trop visible) le volume des subventions, les pouvoirs publics les répartissent différemment et mettent en place des conditions d’attribution toujours plus élevées, imposant un fléchage sur des actions de « care » ou « bling-bling » dont les conséquences positives dans la réalité sont loin d’être prouvées mais qui permettent de faire des campagnes « bankable » en terme de communication.

Dans la même logique, les conventionnements pluri-annuels disparaissent au profit de dotations annuelles rendant impossible de construire des projets sur le moyen terme et mettant les asso- ciations dans la précarité permanente au niveau de leur comptabilité, à moins de fonctionner comme des prestataires de services ponctuels.

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Plus qu’une destruction frontale, c’est une fragilisation et un remodelage du secteur associatif LCS que le gouvernement met en place pour en faire un instrument au service de sa politique. Les conséquences de celle-ci sont graves pour les malades et les futurs malades (qui ne manqueront pas à l’appel si les choses continuent ainsi) et ne sont pas le fait ni du hasard ni de « la crise » (pour la guerre en Centrafrique, il n’y a plus de « crise » qui tienne, tout d’un coup, il y a de l’argent !) : c’est un choix politique.

Le sida, une maladie politique Transmissible, mortelle et incurable, le sida n’est pas une maladie comme les autres et c’est ce que porte Act Up depuis sa naissance. Estampillée « maladie des indésirables » ou « maladie honteuse », ne pas se donner les moyens de lutter contre la pandémie revient à en faire un mode de gestion de ces « indésirables » : pédés, toxicos, taulardEs, putes, transES, immigréEs, etc.

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Le racisme, le colonialisme, l’homophobie, le sexisme, la transphobie, la putophobie, le légalisme sont des causes directes du développement tant du stigmate que de la pandémie. Et la politique du gouvernement renforce, justifie et structure, plutôt qu’elle ne combat, ces phénomènes politiques.
C’est pour cela qu’en plus de revendiquer l’accès aux traitements pour touTEs et un service public de qualité, Act Up Paris s’est toujours mobilisée contre les politiques discriminatoires et pour l’égalité des droits. C’est pour cela qu’Act Up Paris est en danger. La guerre contre le sida doit continuer, Act Up doit vivre : soutenez-la ! Nour Schaabieh

1 – On y apprend qu’après les 11 000 suppressions de postes (entre 2010 et 2012), « compte tenu des 14 milliards d’économie annoncée par le gouvernement [en 2014], le monde associatif subira un plan social invisible de 30 000 à 40 000 emplois ». Sur 1,8 million d’emplois, 40 000 vont être supprimés. http ://www.bastamag.net/40-000-suppressions-d-emplois-en

Hebdo L’Anticapitaliste – 224 (09/01/2014)

http://npa2009.org/content/sida-act-paris-en-danger-de-mort

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31 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

l’occident vit une refondation, comme pendant la renaissance (jdd)

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Maurice Godelier: Ancien élève de Fernand Braudel et maître assistant de Claude Lévi-Strauss, Maurice Godelier a été titulaire de la chaire d’anthropologie au Collège de France, puis directeur scientifique au CNRS et du musée du Quai-Branly. Mariage pour tous, mères porteuses, clonage, économie mondiale, il estime que « l’Occident vit une refondation ». (…)

« Je suis convaincu que la famille n’est pas le fondement de la société. Pas seulement de notre société, mais de toutes les sociétés. »

Qu’avez-vous découvert? L’anthropologie est un travail sur soi, un travail de décentrement. Il faut se mettre à distance de ce que la culture et l’éducation vous ont appris. Ce sont les autres qui vous apprennent. Chez les Baruya, vous êtes comme un gamin. On ne sait pas où marcher dans les jardins, au milieu des plantes sacrées. Ils deviennent vos professeurs. Combien de fois ils m’ont dit : « Mais on t’a déjà expliqué ça il y a deux ans… » On découvre leur logique de pensée et d’action, leurs normes pour agir, quelles femmes ils peuvent épouser ou non. Comment les clans font les couples. Chez eux, ce n’est pas l’amour qui forme les ménages, mais cela fait aussi des pères qui s’occupent bien des enfants, et des mères très affectueuses!

La famille est-elle, comme on le croit souvent ici, le fondement des sociétés?
Je sais bien que je prends à contre-pied ce que pensent beaucoup de gens, mais je suis convaincu que la famille n’est pas le fondement de la société. Pas seulement de notre société, mais de toutes les sociétés. La tradition catholique aime imaginer le contraire. Déjà avant le monde chrétien, Aristote pensait que la famille engendrait le clan, et les clans la tribu. Puis les chrétiens ont mis l’accent sur la famille nucléaire, l’homme, la femme leurs enfants. Cela correspond à la période de la fin de la République romaine, quand la famille nucléaire était devenue le modèle dominant.

Et la famille du « mariage d’amour »? L’humanité n’a que rarement misé pour sa reproduction sur l’amour et sur la passion! On constate d’ailleurs aujourd’hui, dans nos sociétés individualistes où l’on met en avant des choix individuels, que l’amour s’épuise vite. En Île-de-France actuelle, 40% des unions disparaissaient au bout de sept ans. Dans la plupart des sociétés, l’amour n’est pas le principe des alliances. Ce sont au contraire des stratégies, des rapports d’intérêts qui gouvernent les alliances. Par contre, pour la première formation d’un individu, la famille, ce groupe d’adultes qui « élève » un enfant, joue un rôle fondamental.

Pour l’anthropologue, qu’est-ce que signifie « être élevé »? Il y a sept fonctions à la « paren- talité », qui sont universelles. Même si, selon les systèmes familiaux, différentes personnes les exercent. La première fonction est de concevoir et d’engendrer. Cela semble simple chez nous les Occidentaux, un homme et une femme couchent ensemble. Mais c’est déjà plus compliqué quand il y a des mères porteuses et qu’il faut deux femmes pour faire un enfant. Dans des sociétés patrilinéaires, comme en Nouvelle-Guinée, c’est le sperme de l’homme qui est considéré comme seul fabriquant l’enfant. Dans d’autres, matrilinéaires, c’est la femme, son sang menstruel, avec l’aide d’un esprit qui font l’enfant. Dans le premier cas, l’enfant appartient au clan du père, dans l’autre, au clan de la mère et de ses frères… Vous voyez le rôle des représentations, qui n’ont rien de scientifique, mais qui relèvent de logiques sociales et de pouvoir. Dans la plupart des sociétés, on ne pense pas qu’un rapport sexuel suffise pour faire un enfant. L’idée générale est qu’il faut être trois. Les Baruya pensent que c’est le soleil qui finit le fœtus dans le ventre des mères. Dans d’autres sociétés, ce sont les ancêtres qui jouent ce rôle. Chez les chrétiens aussi, il faut être trois! Car qu’est-ce qui introduit l’âme dans le fœtus ? Ce n’est pas le sperme de l’homme. Elle est introduite par Dieu. Dans le christianisme, malgré toutes nos connaissances en biologie moléculaire, il faut être trois pour faire un enfant. Pareil pour l’islam…

La deuxième fonction de la parentalité? Donner un nom. Dans toute société, un enfant qui n’a pas de nom n’existe pas. Dans les sociétés patrilinéaires, c’est un nom appartenant au clan du père. Chez les Baruya, un enfant, pendant sa première année, ne voit quasiment pas son père. S’il meurt cette année-là, il est enterré n’importe où. Puis, s’il survit à sa première année, le clan du père lui donne un nom et il entre dans le groupe. Sans nom, un enfant n’est pas complet. La troisième fonction consiste à « s’occuper de », c’est?à-dire nourrir, soigner et protéger. La quatrième fonction est celle de la « formation ». Chez nous, l’école ou le service militaire, quand il existait, ont pris cette place. Mais dans beaucoup de sociétés, des adultes devaient prendre en charge la formation des enfants pour en faire des guerriers, des chamans… La cinquième fonction, c’est, pour certains parents, d’exercer une forme d’autorité sur les enfants. Toutes les gammes d’autorité sont possibles. Il y a des sociétés extrêmement permissives où l’enfant est roi et on ne le réprime jamais, et d’autres très strictes où les enfants ne peuvent quasiment pas prendre la parole. La responsabilité va avec. Si votre enfant casse un carreau, c’est à votre charge. C’est pareil dans toutes les sociétés.

« Le modèle chrétien est un horizon de culture, mais il n’est déjà plus une norme sociale générale depuis la Révolution française. »

La septième et dernière fonction de la parentalité? Certains parents qui ont la charge des enfants ne peuvent pas avoir de rapports sexuels avec eux. Ce sont les deux tabous de l’inceste, le tabou homosexuel que l’on oublie toujours (un père et un fils, une mère et une fille) et le tabou hétérosexuel que tout le monde connaît. Ces tabous sont universels, même s’ils varient. Dans l’Antiquité, en Perse ou en Égypte, le mariage « idéal » était entre un frère et une sœur, à l’imitation des dieux. L’inceste détruit les rapports de solidarité et d’autorité au sein des familles ainsi que les rapports d’alliances entre les familles. Finalement, être « parent », c’est assumer ces sept fonctions. Selon les sociétés, ce ne sont pas les mêmes personnes qui s’en occupent. Cela dépend du système de parenté…

Combien existe-t-il de systèmes de parenté? En gros, actuellement sur terre, 10.000 groupes exercent une souveraineté sur un territoire, des personnes et des ressources. Cela fait 10.000 sociétés, même si certaines comptent 50 personnes en Amazonie et qu’il y a 1,3 milliard de Chinois. Ces 10.000 sociétés ont toutes un système de parenté qui leur est propre. Nous, nous sommes dans un système dit « indiffé­rencié ». On retrouve ce même système chez les Inuits ou en Indonésie. Il est apparu en Europe à la fin de la République romaine. Nous n’avons qu’un seul père et une seule mère. Ce système romain a été « encapsulé » par le christianisme. Plus tard, dans le christianisme, le mariage est devenu un sacrement. L’union d’un homme et d’une femme devant Dieu, avec interdiction du divorce, interdiction de relations sexuelles en dehors du mariage, interdiction de se masturber aussi, etc. L’Église a détruit la polygamie. Mais notre système n’est pas du tout majoritaire dans le monde! La Chine, l’Inde, et cela fait plus de deux milliards d’individus, fonctionnent autrement!

Ce modèle chrétien, on l’a vu en 2013 avec le mariage pour tous, est en train de craquer… Le modèle chrétien est un horizon de culture, mais il n’est déjà plus une norme sociale générale depuis la Révolution française. L’État a pris en main le mariage, et les enfants sont enregistrés à l’état civil. Le modèle chrétien craque depuis deux cents ans…

Comment le mariage pour tous vient-il bousculer cette histoire? Il y a dix ans, on m’avait posé la question du mariage homosexuel. J’avais répondu qu’il avait déjà existé dans de nombreuses sociétés des unions homosexuelles pour le plaisir, comme chez les Grecs anciens, mais pas pour fonder des familles instituées. J’étais influencé par la psychanalyse, qui disait qu’il faut impé- rativement un père et une mère pour fabriquer un enfant. Or, ce n’est pas si simple. De mes recherches, depuis, je conclus qu’il y a eu trois lignes de transformations de nos sociétés qui ont amené à la revendication du mariage pour tous.

Lesquelles? La première, c’est la valorisation de l’enfant, qui commence avec Rousseau. L’enfant est devenu une valeur nouvelle, quasi universelle. Regardez ce qui se passe avec Noël et l’achat massif de jouets pour la plupart inutiles… Cela a abouti à la Déclaration des droits de l’enfant, impulsée par l’Occident. Le pire crime aujourd’hui, c’est le viol et l’assassinat d’un enfant. La deuxième ligne d’évolution est scientifique, commencée dans les années 1930 aux États-Unis, où l’ordre des médecins a « dépathologisé » l’homosexualité. L’homosexualité n’est plus une « maladie » dont il faut guérir, ni, pour les psychologues, une « perversion ». Et puis la primatologie s’est intéressée ré- cemment à la sexualité de nos cousins primates, les bonobos et les chimpanzés. Il est désormais établi scientifiquement que ces primates sont bisexuels. Je pense que nous aussi, primates humains, nous sommes bisexuels par nature. Évidemment, la société a toujours privilégié l’hétérosexualité pour la reproduction, sans quoi l’espèce se serait éteinte depuis longtemps. Mais nous sommes tous bi, avec deux formes de sexualité, normales toutes les deux. Dans la vie des sociétés, l’une va être manifestement favorisée, et l’hétérosexualité restera toujours majoritaire. Enfin, troisième ligne d’évolution, la démocratie. Je pense qu’en démocratie, quand des minorités revendiquent des droits qui ne retirent rien aux majorités, elles finissent toujours par les obtenir. Pour toutes ces raisons, il est évident que des gens veuillent vivre une sexualité homosexuelle, autre mais normale, tout en assumant un désir d’enfant.

Le mariage pour tous est la grande révolution de 2013… Oui, il a heurté une partie de la population marquée par les valeurs chrétiennes. Mais ce conflit ne devrait pas durer, comme en Espagne catholique ou au Canada.

Faut-il légaliser les mères porteuses, selon vous? Absolument. Je suis pour encadrer politiquement et juridiquement cette pratique. Certains hommes acceptent déjà que le sperme d’un autre homme féconde leur compagne pour faire un enfant à trois. Les mères porteuses, dans certains États américains et au Canada, ne font pas cela pour faire trafic de leur utérus. En corollaire de la légalisation, je suis un partisan résolu de la transparence des origines! Que ce soit pour les mères porteuses ou pour les dons de sperme. Les enfants sont capables de comprendre. Si on ne leur dit rien, c’est toujours pire. À mon sens, les parents qui ont fait un enfant à trois, que ce soit les mères porteuses, avec le don de sperme, ou les couples homosexuels ou hétérosexuels qui adoptent, ont un devoir d’explication. Ensuite, si l’enfant veut savoir d’où il vient, il faut qu’il puisse raccorder l’histoire qu’on lui a racontée avec un être réel. La transparence des origines me paraît aller de soi.

Quelles limites voyez-vous? Je suis absolument contre le clonage reproductif. C’est un délire de recherche d’immortalité narcissique qu’il faut stopper. Il y a sûrement des laboratoires aujourd’hui qui y travaillent, et à terme un type riche qui voudra se cloner. Il faut interdire cela. On ne doit pas se reproduire tout seul. Que d’autres dépendent de vous ou que vous dépendiez d’eux, ceci est constitutif de notre humanité. On doit avoir ce principe, cette norme universelle. (…)

* Lévi-Strauss, Maurice Godelier, Seuil, 592 p., 26 euros.

Laurent Valdiguié – Le Journal du Dimanche dimanche 29 décembre 2013

http://www.lejdd.fr/Societe/Maurice-Godelier-L-Occident-vit-une-refondation-comme-pendant-la-Renaissance-646088

Lire aussi dans l’Humanité:

http://www.humanite.fr/546667

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24 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

après la projection de “tomboy”, des élèves m’ont dit: “l’homosexualité, c’est péché” (lm)

Inquisition

Projeter Tomboy dans un collège ayant une forte population immigrée, de confession musulmane ou chrétienne, c’est l’occasion rare d’aborder la question du genre et de l’homosexualité, tant ces sujets peuvent être tabous dans les familles, ou même entre amis.

Cette jeune enseignante d’un collège réputé difficile de l’Oise (60 % de réussite au brevet des collèges) préfère garder l’anonymat, mais elle tenait à témoigner sur la discussion qu’elle a eue avec sa classe de sixième, à l’issue de la projection du film de Céline Sciamma, au mois de novembre.  Pour mémoire, Tomboy, qui signifie « garçon manqué » en anglais, raconte l’histoire d’une petite fille de 10 ans qui se fait passer pour un garçon auprès de ses nouveaux voisins.

Une relation se noue avec une fillette du quartier. Les parents l’apprennent et l’ange blond aux cheveux courts finit par dévoiler son véritable prénom à sa jeune amoureuse : Laure, et non Mickaël. Ce film est actuellement dans la ligne de mire d’une frange de la droite ultraconservatrice qui demande dans une pétition l’interdiction de le projeter dans le cadre de l’école – depuis septembre 2012, Tomboy est intégré dans les programmes « Ecole et cinéma », et aussi « Collège au cinéma », deux dispositifs soutenus par le ministère de l’éducation nationale et par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).

« ON AURAIT DÛ ÊTRE PRÉVENUS »

Après la séance, l’enseignante du collège de l’Oise a découvert les réactions de ses élèves de sixième : « Certains m’ont dit : “L’homosexualité, c’est péché.” » D’autres ont réagi sur le thème « si j’aurais su j’aurais pas venu », en lui expliquant la chose suivante : « On n’aurait pas dû voir ce film. Ou alors on aurait dû être prévenus. Alors, on n’aurait pas assisté à la projection. » Enfin, un troisième groupe a balayé le sujet d’un revers de la main : « C’est dégueulasse, mais ils font ce qu’ils veulent. » Elle a pu, tout de même, échanger avec eux sur la construction du genre, sur les stéréotypes des jeux chez les enfants. Comment devient-on un homme, une femme ?, etc.

Une élève issue d’une famille ivoirienne, et chrétienne, est venue la voir à l’issue du cours. « Pendant le débat, elle avait trouvé dégoûtant le baiser entre les deux filles. A la fin, elle m’a quand même dit : “Je vais réfléchir à ce qui a été dit.” Comme si la question de l’homosexualité lui semblait dédiabolisée », raconte l’enseignante. Mais la mère de cette élève d’origine africaine n’a guère apprécié. La semaine suivante, elle est venue voir l’enseignante à la fin de journée de cours : « Elle était furieuse, estimait que le film avait vocation à légitimer l’homosexualité et à faire basculer sa fille vers le côté obscur. Elle demandait à voir le principal du collège, que j’ai aussitôt informé… Elle a aussi contacté d’autres parents. Mais je ne crois pas qu’elle ait donné suite. »

L’enseignante a profité de cette expérience pour distribuer à ses élèves la charte de la laïcité, en leur disant, en substance : la religion, c’est à la maison, et pas à l’école. « Grâce à ce débat sur Tomboy, dit-elle, j’ai ressenti que l’on peut encore sortir du processus de fanatisation. Le cinéma peut ouvrir les consciences, et l’école est là pour enlever les carcans moraux. »

Clarisse Fabre  Journaliste au Monde Mis à jour le 24.12.2013 à 11h07

http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/12/24/apres-la-projection-de-tomboy-des-eleves-m-ont-dit-l-homosexualite-c-est-peche_4339340_3246.html#xtor=AL-32280530

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24 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

le mathématicien britannique alan turing grâcié 60 ans après sa condamnation pour homosexualité (le huff’)

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Le mathématicien britannique Alan Turing, qui a joué un rôle décisif pour briser les codes nazis, s’est vu accorder la grâce royale mardi 24 décembre à titre posthume, plus de 60 ans après sa condamnation pour homosexualité.

Considéré comme « l’Einstein des mathématiques », ce pionnier de l’informatique est mort en 1954 à l’âge de 41 ans, empoisonné au cyanure, sans que la thèse généralement retenue du suicide n’ait jamais été formellement prouvée. Il avait été condamné deux ans plus tôt pour « outrage aux bonnes mœurs » et contraint à la castration chimique en raison de son homosexualité, illégale au Royaume-Uni jusqu’en 1967.

Le père de l’informatique moderne

Durant sa courte existence, Alan Turing sera parvenu à poser les fondations de l’informatique moderne et à définir les critères de l’intelligence artificielle encore en vigueur aujourd’hui: le fameux « test de Turing » qui se fonde sur la faculté d’une machine à tenir une conversation. Pour le grand public, son plus haut fait d’armes est d’avoir réussi à « casser » les codes de la machine Enigma utilisés par les sous-marins allemands croisant dans l’Atlantique Nord pendant la Seconde Guerre mondiale. Certains historiens estiment que ce coup de génie a précipité la chute d’Hitler, qui autrement aurait pu tenir un ou deux ans de plus.

Condamnation « injuste et discriminatoire » Alan Turing a été gracié mardi, 59 ans après sa mort, par la reine Elizabeth II sur proposition du ministre de la Justice Chris Grayling qui avait évoqué un « homme exceptionnel avec un esprit brillant ». « Son génie a été mis en oeuvre à Bletchley Park (principal site de décryptage britannique) pendant la Seconde Guerre mondiale où son apport a été décisif pour briser le code Enigma, contribuer à mettre fin à la guerre et sauver des milliers des vies », a commenté le ministre.

« Sa vie a plus tard été assombrie par sa condamnation pour homosexualité, con- damnation que nous considérerions aujourd’hui comme injuste et discriminatoire, et qui est désormais annulée », a-t-il ajouté. Les campagnes s’étaient intensifiées ces dernières années au Royaume-Uni pour réhabiliter Alan Turing, un excentrique timide qui portait un masque à gaz pour éviter le rhume des foins lorsqu’il faisait du vélo. En 2009, le Premier ministre de l’époque, Gordon Brown, lui avait présenté des excuses posthumes, reconnaissant qu’il avait été traité « horriblement ».

En 2012, l’année du centenaire de la naissance de Turing à Londres, onze scientifiques britanniques, dont Stephen Hawking, avaient demandé l’annulation de la condamnation de celui qu’ils qualifiaient de « mathématicien le plus brillant de l’époque moderne ».

Le HuffPost/AFP  |  Publication: 24/12/2013 08h26 CET  |  Mis à jour: 24/12/2013 08h26 CET

http://www.huffingtonpost.fr/2013/12/24/mathematicien-alan-turing-grace-royale-homosexualite_n_4496466.html?utm_hp_ref=france

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16 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

théorie du genre: judith butler répond à ses détracteurs (obs)

princess

Négation des sexes et des corps, arrière-pensée politique, obsession de la domination: la pionnière du « gender » revient sur les inquiétudes que son courant de pensée suscite en France.

Née en 1956, professeur à Berkeley, la philosophe Judith Butler a publié «Trouble dans le genre» en 1990. Paru en octobre, son dernier ouvrage traduit en français porte sur la question israélienne: «Vers la cohabitation. Judéité et critique du sionisme» (Fayard).

Le Nouvel Observateur En 1990, vous aviez publié «Trouble dans le genre», qui devait marquer l’irruption dans le débat intellectuel de la «théorie du genre». De quoi s’agit-il ?

Judith Butler Je tiens tout de suite à préciser que je n’ai pas inventé les «études de genre» (gender studies). La notion de «genre» est utilisée depuis les années 1960 aux Etats-Unis en sociologie et en anthropologie. En France, notamment sous l’influence de Lévi-Strauss, on a longtemps préféré parler de différences sexuelles. Dans les années 1980 et 1990, le croisement de la tradition anthropologique américaine et du structuralisme français a donné naissance à la théorie du genre.

Cette théorie est parfois reçue comme une façon de dire que les différences sexuelles n’existent pas…

On croit que la définition du sexe biologique est une évidence. En réalité, elle a toujours été l’objet de controverses entre scientifiques. On me demande souvent si j’admets l’existence du sexe biologique. Implicitement, on me dit: «Vraiment, il faudrait être fou pour dire que cela n’existe pas.» Et, c’est vrai, le sexe biologique existe. Il n’est ni une fiction, ni un mensonge, ni une illusion. Simplement, sa définition nécessite un langage et un cadre de pensée – autant de choses qui par principe peuvent être contestées et qui le sont. Nous n’avons jamais une relation simple, transparente, indéniable au sexe biologique. Nous devons passer par un cadre discursif, et c’est ce processus qui intéresse la théorie du genre.

Les genres, ce sont aussi des normes, que vous critiquez.

Les études de genre ne décrivent pas la réalité de ce que nous vivons, mais les normes hétéro-sexuelles qui pèsent sur nous. Nous les avons reçues par les médias, par les films ou par nos parents, nous les perpétuons à travers nos fantasmes et nos choix de vie. Elles nous disent ce qu’il faut faire pour être un homme ou une femme. Nous devons sans cesse négocier avec elles. Certains d’entre nous les adorent et les incarnent avec passion. D’autres les rejettent. Certains les détestent mais s’y conforment. D’autres jouent de l’ambivalence… Je m’intéresse à l’écart entre ces normes et les différentes façons d’y répondre.

Il n’y a donc pas de «nature masculine» ou de «nature féminine»? Jamais on ne peut dire «moi, en tant qu’homme» ou «moi, en tant que femme»?

Il se peut qu’existe une nature féminine, mais comment le savoir ? Et comment la définir? A l’instant même où nous commençons à en parler, nous nous devons d’argumenter, de défendre notre point de vue: le genre est toujours l’objet d’une discussion publique, ce n’est jamais une évidence donnée par la nature. Certes, je peux parler en tant que femme. Par exemple, je peux dire qu’en tant que femme je combats les discriminations qui pèsent sur les femmes. Une telle formulation a un effet politique incontestable. Mais décrit-elle ce que je suis? Suis-je tout entière contenue dans ce mot «femme»? Et est-ce que toutes les femmes sont représentées par ce terme lorsque je l’utilise pour moi?

Vos travaux s’inscrivent dans une tendance de la pensée américaine qui s’intéresse aux victimes de la domination: les femmes et les homosexuels pour les «gender studies», les minorités raciales pour les «postcolonial studies», les personnes vulnérables pour la «théorie du care». En face, il y a un adversaire commun: le «mâle blanc hétéro riche». Votre réflexion s’adresse-t-elle aussi à lui?

Comme tout le monde, le «mâle blanc hétéro riche» est l’objet de demandes variées auxquelles il doit se conformer. Vivre son hétérosexualité, sa «blanchitude», ses privilèges économiques, cela signifie se mouler dans les idéaux dominants, mais aussi refouler les autres aspects de sa personnalité: sa part homosexuelle, sa part féminine, sa part noire… Comme tout le monde, le mâle blanc hétéro négocie en permanence. Il peut prendre certains risques. Mais parfois, lorsqu’il se regarde dans le miroir, il voit… une femme ! Et tout ce à quoi il croyait tombe en morceaux !

La théorie du genre a-t-elle une visée politique ?

Je pense aux personnes dont le genre ou la sexualité a été rejetée et je voudrais aider à l’avènement d’un monde où elles puissent respirer plus facilement. Prenez le cas de la bisexualité: la notion d’orientation sexuelle rend très difficile d’aimer tantôt un homme, tantôt une femme – on vous dira qu’il faut choisir. Voyez encore la situation des «intersexes», les gens sexuellement ambigus ou indéterminés: certains demandent que leur ambiguïté soit acceptée comme telle et qu’ils n’aient pas à devenir homme ou femme. Comment faire pour les aider ? L’Allemagne vient de créer un troisième genre dans les catégories de l’administration. Voilà une façon de rendre le monde plus vivable pour tout le monde.

Peut-on se libérer du genre ? Certains plaident pour un monde où le sexe ne serait plus qu’une variable secondaire, comme la couleur des cheveux ou la taille…

Je n’ai jamais pensé qu’il fallait un monde sans genre, un monde post-genre, de même que je ne crois pas à un monde post-racial. En France, des élus de gauche ont demandé qu’on supprime le mot «race» de la Constitution. C’est absurde ! Cela revient à vouloir construire un monde sans histoire, sans formation culturelle, sans psyché… Nous ne pouvons pas faire comme si la colonisation n’avait pas eu lieu et comme s’il n’existait pas des représentations raciales. De même, à propos du genre, nous ne pouvons pas ignorer la sédimentation des normes sexuelles. Nous avons besoin de normes pour que le monde fonctionne, mais nous pouvons chercher des normes qui nous conviennent mieux.

Dans les pays occidentaux, la droite et même l’extrême droite utilisent le thème de l’homosexualité pour dénoncer l’islam et l’accuser d’homophobie. En 2010, lors de la Gay Pride de Berlin, vous aviez refusé un prix en dénonçant la dérive xénophobe du mouvement homosexuel. Cette inquiétude est-elle toujours d’actualité ?

Il existe une façon nationaliste, de droite, de défendre les homosexuels. Mais à l’opposé on trouve des gays et lesbiennes qui combattent à la fois l’homophobie et le nationalisme extrême. Porteurs d’un projet de justice social, ils ne se contentent pas de réclamer des droits seulement pour eux- mêmes, mais aussi pour les autres minorités et notamment pour les migrants.

Ce qui m’avait gênée à Berlin, c’est que le seul groupe dont les associations allemandes dénonçaient l’homophobie, c’était les immigrés musulmans. Comme s’il était facile d’être un adolescent gay dans le système éducatif allemand ! Comme si les Eglises avaient soutenu le combat des homosexuels ! Réduire l’homophobie en Europe à l’islamisme, cela permet de dire: nous, Européens, nous sommes civilisés, nous ne sommes pas homophobes comme les musulmans. C’est faire de l’islam un bouc émissaire. Or l’affaire est beaucoup plus complexe. Par exemple, quiconque a été au Caire ou à Ramallah sait qu’il existe là-bas des communautés gays très vivantes.

Vous avez critiqué les lois françaises interdisant le port du voile islamique à l’école et celui de la burqa. Pourtant, c’est un exemple manifeste de discrimination liée au genre…

Je ne comprends pas la fixation française sur ce sujet. Le voile peut certes être un signe de sou- mission, mais c’est aussi un signe d’appartenance à une famille, à une religion, à un pays d’origine, à une communauté. Contraindre une femme à ôter le voile, c’est l’obliger à se couper de ses attaches, à se déraciner. Certes, on peut juger que s’arracher à son milieu d’origine est une bonne chose, mais ce n’est pas à l’Etat d’en faire une norme obligatoire. Enlever le voile, pour une musulmane, ce doit être un choix, comme le mariage pour un couple gay: personne ne vous oblige à vous marier, mais on vous en donne la possibilité. C’est une norme, mais ce n’est pas obligatoire.

Publié le 15-12-2013 à 19h19 – Mis à jour à 19h30 Propos recueillis par Eric Aeschimann

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20131213.OBS9493/theorie-du-genre-judith-butler-repond-a-ses-detracteurs.html

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25 août 2013 ~ 0 Commentaire

Supposée reconnaissance d’un troisième sexe par l’État allemand : des risques à considérer (+ Rue 89)

Supposée reconnaissance d’un troisième sexe par l’État allemand : des risques à considérer (+ Rue 89) dans LGBT uno_nella_25-01-09

Ces derniers jours plusieurs journaux européens publient des articles titrés : Allemagne, premier pays européen à reconnaître un troisième genre.

L’Organisation Internationale Intersexe Francophonie joint sa voix à celles de l’OII-Allemagne et de l’OII-Europe et tient à apporter d’importantes précisions au sujet de ces articles mal documentés et pour le moins erronés !

Cette nouvelle loi allemande ne consiste en aucun cas en la création d’un troisième genre ni en une reconnaissance quelconque des droits humains des personnes intersexes au respect de leur intégrité physique ainsi que de leur auto-détermination.

Cette loi indique plutôt que les enfants considérés par les médecins comme non proprement « garçons » ou « filles » ne peuvent être classés comme tels dans le registre des naissances. Il ne s’agit donc pas d’une création d’un troisième genre au sein du statut civil, mais bien d’une pratique instaurant une mise « hors sexes » de certaines personnes, et ce d’après le seul jugement des médecins qui conservent leur autorité en matière d’assignation des sexes.

Malgré le fait que des enfants aient des corps différents dont les traits sexués sont distincts de quelconque problème de santé, le milieu médical impliqué dans leur prise en charge persiste à les décrire comme des maladies, des anomalies, des désordres ou des troubles. L’angle négatif sous lequel les médecins annoncent l’intersexualité des enfants à leur parents, l’autorité dont ils jouissent en matière de désignation du sain et du malsain, ainsi que la possibilité dont ils disposent toujours de les assigner par la chirurgie et l’hormonothérapie exercent déjà conjointement une vive pression sur les parents pour qu’ils acceptent le bris de l’intégrité physique de leur enfant.

Dans un contexte où les droits humains des personnes intersexes ne sont pas reconnus, semblable loi ne mène qu’à une mise hors-statut pour une période de temps indéfinie, ce qui a pour effet d’accentuer la pression à la normalisation des corps des enfants intersexes.

Cette mesure de non inscription du sexe à l’état civil existe déjà dans de nombreux pays, pour des périodes de temps définies. Pour la France, il s’agit d’une période de deux ans à l’issue de laquelle une détermination doit être effectuée. De fait, cette absence de statut sexuel de l’enfant n’a pas mené à un abandon ou un relâchement des pratiques mutilantes, mais bien à leur poursuite. Les médecins ont souvent mobilisé l’argument de l’impossibilité de l’acceptation sociale et du développement positif des enfants intersexes auprès des parents pour qu’ils acceptent leur normalisation non-consensuelle.

Cependant il existe des alternatives comme celle choisie par la Suisse qui a fait le choix de ne plus mutiler les enfants intersexués et de reconnaître leur auto-détermination. Il n’est possible de procéder aux opérations que si et quand l’enfant le demande, et ce lorsqu’il est en age de le formuler. En attendant, l’enfant est déclaré dans le sexe le plus probable à l’état civil et des mesures sont prises pour qu’il puisse changer de sexe administratif facilement s’il le demande.dimanche 25 août 2013 – 08h21

Communiqué de presse de l’organisation internationale des intersexes, branche francophonie

http://oiifrancophonie.org/231/comm… 20 août 2013

« Nous, les intersexes, voulons qu’on laisse nos corps tranquilles » (Rue 89)

Vincent Guillot est à l’origine du mouvement Intersexe en francophonie et porte-parole de l’Organisation internationale des intersexes (OII). Il nous a écrit à la suite de l’article « Allemagne : ni féminin, ni masculin, le troisième genre bientôt reconnu » afin de nous prévenir qu’une interprétation rapide nous avait laissé penser qu’il s’agissait d’une victoire alors que pour lui et une partie du mouvement Intersexe, cette nouvelle loi est au contraire une défaite. Nous l’avons réinterrogé pour faire le point sur les revendications de ces personnes qui ne revendiquent pas l’appartenance à un « troisième genre », mais simplement le respect de leur intersexuation.

Rue89 : Pourquoi la création d’une troisième case dans les registres d’état civil allemands n’est pas une bonne nouvelle selon vous pour la reconnaissance des intersexes ?

Vincent Guillot : Le mouvement Intersexe est divisé sur le sujet de la déclaration du sexe administratif mais très majoritairement pour garder le binarisme homme/femme et faire comme cela se passe en Suisse : le droit à l’autodétermination et l’arrêt des opérations non consenties. Là bas, on vous dit : « Vous avez un enfant différent et on va vous accompagner. » En Allemagne, les parents préféreront déclarer leur enfant comme homme ou femme plutôt que de le mettre dans une classe à part et faire de lui un « paria », pour reprendre les mots du juriste Jean Carbonnier. Il reste insupportable que votre enfant n’ait pas de sexe administratif, car on entre dans l’humanité par la déclaration à l’état civil qui passe par le sexe, donc cette nouvelle possibilité va pousser à accélérer l’opération. Une autre partie importante du texte qui modifie l’état civil allemand est que pour certaines catégories d’intersexes (l’hyperplasie congénitale des surrénales : ces personnes ne sont pas considérées comme des intersexes mais comme des « filles ratées »), on inscrit dans le droit les mutilations. Ce qui veut dire que les parents ne pourront pas s’opposer aux opérations, ou plus rarement, et que ceux qui ont été mutilés ne pourront plus attaquer leurs médecins.

Les médias mettent à tort les revendications des intersexes dans le même bain que celles des personnes transsexuelles ?

Oui, et les intersexes dans leur grande majorité ne sont pas des militants « queer ». Ils dissocient leurs revendications de celles des tenants des études de genre. Les « trans » sont en demande d’opération ou de changement de perception sociale de leur genre. Il peut arriver néanmoins que les Intersexes qui ont été transformés en filles ne se vivent pas comme des femmes, ou inversement. Nous, on veut juste qu’on laisse nos corps tranquilles : on ne touche à rien tant que la personne n’est pas en capacité de s’autodéterminer. Mais la plupart du temps, leur corps leur convient. L’intersexuation n’est ni une maladie, ni un handicap, c’est juste être différent. Bien le vivre est donc pour moi une force, pas une faiblesse.

En France, comment cela se passe-t-il pour les naissances d’enfants de sexe indéterminé ?

Il est déjà possible de ne pas déclarer de sexe administratif à la naissance. La circulaire du 28 octobre 2011 le précise dans son article 55 [PDF] : « Il peut être admis qu’aucune mention sur le sexe de l’enfant ne soit initialement portée sur l’extrait de naissance.  Mais la situation doit être résolue dans un délai d’un ou deux ans. Dans la réalité, les parents se font extorquer l’opération par les médecins, donc c’est une mutilation en dehors de tout cadre légal.

Comment est-il décidé de donner le sexe féminin ou masculin ?

Selon les situations, soit les médecins savent fabriquer un pénis qui saura pénétrer un vagin et uriner debout, et ils feront un garçon, soit ils ne savent pas et trouvent plus simple de couper et de fabriquer un vagin pour faire une fille. C’est cela qui décide de l’opération, pas les chro- mosomes. La plupart du temps, on fabrique des filles car c’est plus simple de couper un clitoris trop grand. Cela s’appelle une excision, pratiquée par des médecins pour des raisons sociales et non religieuses, et pas encadrée par la loi !

A-t-on des chiffres sur les personnes concernées et les opérations ?

Non, il n’y a pas de chiffres officiels, mais la spécialiste Claire Nihoul-Fékété, professeure émérite de chirurgie infantile, a parlé sur France Culture de 8 000 naissances par an et de 2 000 enfants opérés. Mais attention, chaque nourrisson sera opéré plusieurs fois. J’ai rencontré une personne opérée 100 fois et de nombreuses avec plusieurs dizaines d’opérations. Moi, j’ai eu de la chance, je n’ai été opéré « que » dix fois.

Vous pouvez raconter votre histoire personnelle ?

L’obstétricien a dit à ma mère : « C’est bizarre, mais on le déclare garçon et on verra quand il aura l’appendicite », car à l’époque l’imagerie médicale n’existait pas encore. Quand ils ont ouvert parce que j’avais l’appendicite, ils n’ont rien noté dans mon dossier médical. J’avais une partie d’utérus, un vagin, j’avais les deux, peut-être pas d’ovaires. Ils ont retiré tout ce qui était fille et ont construit une verge et ajouté de la testostérone pour me viriliser. J’ai passé l’enfance à l’hôpital sans rien savoir. Pour mes parents, j’étais un garçon qu’il fallait réparer. Puis je suis devenu père par insémination artificielle avec donneur anonyme. Comme n’importe quel couple stérile ! La parentalité intersexe n’est pas plus problématique que pour un couple infertile.

Vous dites qu’on peut vivre très bien en restant intersexe, comment le savoir ?

Comment le savoir ? En nous le demandant ! Nous rencontrons depuis plus de dix ans que l’OII existe des milliers d’Intersexes à travers le monde, et nous sommes frappés de la différence de vécu entre les personnes mutilées et les non mutilées. En France, on est tous mutilés, dans les pays pauvres non. En Afrique du Sud par exemple, les Noirs ne l’étaient pas et les Blancs sont mal dans leur peau et marginalisés. Les enfants non mutilés deviennent des adultes épanouis bien intégrés socialement alors que dans les pays où l’on mutile, c’est l’inverse. Nous sommes nombreux a avoir des séquelles opératoires à vie, comme des infections urinaires récurrentes, des douleurs, et nombreux sont ceux qui ont perdu toute possibilité d’éprouver du plaisir ou, pire encore, souffrent lors des rapports sexuels. Lorsque nous ne sommes pas mutilés, nous avons toutes nos capacités érogènes et donc une sexualité épanouie. Une grande partie des intersexes seraient fertiles si on ne les stérilisait pas dans la petite enfance. De plus, comme les autres couples infertiles, nous avons accès aux Cecos(Centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains). Sophie Caillat | Journaliste

http://www.rue89.com/rue69/2013/08/24/les-intersexes-voulons-quon-laisse-corps-tranquilles-245067

 

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20 août 2013 ~ 0 Commentaire

Vladimir, pas content!

Vladimir, pas content! dans LGBT bise-d

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15 août 2013 ~ 0 Commentaire

Russie, homosexualité, avortement, cléricalisme : la réaction à l’œuvre (LO)

Russie, homosexualité, avortement, cléricalisme : la réaction à l'œuvre (LO) dans International kiss

Après l’adoption fin juin par les députés russes, à l’initiative du président Poutine, d’une loi réprimant la prétendue « propagande de relations sexuelles non traditionnelles, entendre homosexuelles, à destination des mineurs », certains, en Europe de l’Ouest et en Amérique, ont évoqué la possibilité de protester en boycottant les prochains jeux Olympiques d’hiver à Sotchi, dans le sud de la Russie.

S’agissant de dirigeants occidentaux, leur position est d’autant plus hypocrite qu’ils ne trouvent rien à redire quand certains États amis jettent en prison les homosexuels, voire les condamnent à mort, telle l’Arabie saoudite, grande alliée des États-Unis au Moyen-Orient.

« Réactionnaires, bigots de tous les pays, unissez-vous » À cette occasion, on a aussi entendu d’autres voix étaler leurs préjugés réactionnaires. Ainsi, à la veille de la « Journée de la famille, de l’amour et de la fidélité », instaurée par l’État russe qui valorise désormais le mariage religieux, Béatrice Bourges, du Printemps français, une égérie des manifestations contre le mariage pour tous, a félicité « la Russie qui montre l’exemple » en interdisant la « propagande homosexuelle ». L’ancien colonel du KGB qui dirige la Russie a les soutiens qu’il mérite. En Russie, les rares manifestations défendant les droits des homosexuels ont été, comme d’habitude, sévèrement réprimées par la police et les supplétifs du régime, amicales parachutistes, milices d’extrême droite, le tout béni par l’Église orthodoxe.

Car là-bas, comme partout, les prêtres voudraient régenter les esprits et la vie privée de chacun. Depuis des années, en Russie, la hiérarchie orthodoxe s’efforce de restreindre toujours plus les droits des femmes, notamment en matière d’interruption de grossesse. Et le régime russe, qui ne peut pas plus se passer de sa police contre ceux qui le contestent dans la rue que d’une police cléricale des alcôves, donne toujours plus de gages à cette dernière. Ce n’est pas un hasard si, le jour même où la Douma, l’Assemblée nationale russe, votait cette loi homo- phobe voulue par l’Église et le Kremlin, elle créait un délit « d’offense à la religion ». En prévoyant des sanctions encore plus graves qu’en cas de « propagande homosexuelle », puisqu’en matière religieuse elles vont jusqu’à trois ans de prison et l’équivalent de 12 000 euros d’amende !

Tsarisme et stalinisme C’est en 1716, sous Pierre-le-Grand, le tsar qui prétendait moderniser la Russie à coups de knout, qu’on décréta la première loi frappant de châtiments corporels et d’exil les militaires soupçonnés d’homosexualité. Au siècle suivant, Nicolas 1er, appuyé par l’Église orthodoxe, aggrava ces sanctions et les étendit aux civils.

La révolution d’Octobre 1917, elle, légalisa l’avortement et dépénalisa l’homosexualité. L’État soviétique était un pionnier en ces domaines comme en bien d’autres. Mais le stalinisme fut la négation des avancées permises par le pouvoir bolchevique : en mars 1934, Staline décréta que les homosexuels étaient des criminels passibles de quatre à cinq ans de camp.

Cette législation répressive ne disparut qu’en 1993. Les enquêtes d’opinion d’alors indiquaient que la moitié au moins des sondés étaient favorables à des droits égaux, quelle que soit l’orientation sexuelle de chacun. Malgré le poids du passé tsariste, puis stalinien, la population était moins conservatrice que ses dirigeants. Mais après 2000, pour restaurer un État fort, Poutine s’appuya, comme Pierre 1er et Nicolas 1er avant lui, sur les préjugés les plus crasseux, chauvinisme, xénophobie, et les prêtres de l’ordre moral.

Aujourd’hui, le régime pèse d’autant plus en ce sens qu’en cherchant à imposer un conformisme obscurantiste, misogyne et homophobe, il espère gagner le soutien des secteurs les plus réactionnaires et arriérés de la société pour faire contrepoids à toute forme de contestation, alors que sa popularité s’effrite. Pierre LAFFITTE

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2350&id=28

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