Brésil, Marielle (OF)
Deux hommes politiques condamnés à 76 ans de prison
Pour avoir commandité le meurtre d’une militante LGBT
Militante de la cause noire et des droits LGBT + au Brésil, Marielle Franco, conseillère municipale de Rio de Janeiro (Pour le parti PSOL, ami du NPA Blog), a été tuée par balles en 2018. Deux hommes politiques ont été reconnus coupables ce mercredi 25 février d’avoir commandité son assassinat et ont été condamnés à 76 ans de prison.
La Cour suprême du Brésil a condamné mercredi deux hommes politiques à 76 ans de prison pour avoir commandité l’assassinat en 2018 de la conseillère municipale de Rio, Marielle Franco, défenseure de la cause noire et LGBT +, mettant en lumière les liens entre des responsables politiques et les milices de cette ville.
L’ex-député Chiquinho Brazao, 62 ans, et son frère Domingos, 60 ans, ancien élu de l’État de Rio de Janeiro, ont ordonné l’assassinat de Marielle Franco, 38 ans, en représailles à ses efforts pour contrer les milices de Rio qui contrôlent des zones entières de quartiers populaires de la ville, selon la cour suprême.
Un meurtre qui avait profondément choqué au Brésil et au-delà.
Elle était une icône de la cause noire et LGBT au Brésil. Le 14 mars 2018, Marielle Franco, conseillère municipale de Rio de Janeiro, âgée de 38 ans, avait été criblée de balles dans sa voiture en plein centre-ville, tuée sur le coup aux côtés de son chauffeur. Le tireur et son complice ont déjà été condamnés à de lourdes peines de prison en 2024 (78 et 59 ans de réclusion). Mais la justice cherchait depuis mardi (date de l’ouverture du procès), à déterminer si l’ancien député fédéral Chiquinho Brazao et son frère Domingos, ex-député régional de Rio, étaient les commanditaires de ce crime qui avait profondément choqué au Brésil et au-delà.
« Un risque pour les intérêts des frères Brazao »
Ce procès se déroule devant la plus haute instance judiciaire du Brésil en raison du statut de parlementaire de Chiquinho Brazao au moment où les poursuites ont été engagées. Selon l’accusation, Marielle Franco s’opposait, au sein du conseil municipal de Rio de Janeiro (6,5 millions d’habitants), à des propositions défendues par les deux frères facilitant l’accaparement de terres par des milices qui sèment la terreur à Rio.
Ces organisations ont été créées il y a une quarantaine d’années par d’anciens policiers et se présentaient initialement comme des groupes d’autodéfense contre le trafic de drogue. Mais elles sont rapidement devenues de redoutables gangs pratiquant l’extorsion et faisant main basse sur des terrains publics pour y construire illégalement des logements ou des bâtiments commerciaux, tout en bénéficiant du soutien de responsables politiques haut placés
« Marielle représentait un risque pour les intérêts des frères Brazao », a affirmé le vice-procureur Hindenburgo Chateaubriand lors du procès. Selon les juges de la Cour suprême, Marielle Franco a été assassinée pour « adresser un message » à la classe politique de Rio. Ils ont dénoncé le « racisme » et la « misogynie » des accusés.
Marielle Franco était « une femme pauvre, une femme noire qui a osé s’opposer aux intérêts de miliciens, d’hommes et de blancs », a estimé M. Moraes. Elle-même issue d’une favela, l’élue de gauche défendait ardemment les droits des habitants des quartiers pauvres, notamment les jeunes noirs, les femmes et les membres de la communauté LGBT +.
«Ce procès m’a fait énormément de mal spirituellement, énormément de mal psycho-logiquement », a déclaré pour sa part la magistrate Carmen Lucia, seule femme à la Cour suprême. « Combien de Marielle le Brésil permettra-t-il qu’on assassine ? », a-t-elle dit.
Confessions du tireur
Selon la Cour suprême, les frères Brazao « ne s’attendaient pas à une telle répercussion » après l’assassinat de l’élue. Ils ont été reconnus coupables de double homicide qualifié, d’appartenance à une organisation criminelle armée et de tentative d’homicide sur une assistante de Mme Franco qui a survécu à l’attaque.
En octobre 2024, un jury populaire avait condamné à 78 ans de prison Ronnie Lessa, qui a avoué avoir tué Marielle Franco en tirant depuis un véhicule conduit par son complice Elcio Queiroz. Ce dernier s’est, quant à lui, vu infliger 59 ans de réclusion. L’accusation reposait sur la collaboration nouée par le tireur avec la justice pour passer aux aveux. Ronnie Lessa avait déclaré être « devenu fou » devant la somme de plusieurs millions de dollars offerte pour commettre le crime.
Les frères Brazao ont toujours nié leur responsabilité, remettant en cause la validité la confession de M. Lessa, une « histoire bâtie de toutes pièces », a soutenu Me Marcio Palma, l’avocat de Domingos Brazao. La défense a clamé l’innocence des deux frères, tout en reconnaissant ouvertement les liens entre les autorités locales et le crime organisé.
« Que celui qui fait de la politique à Rio et n’a jamais demandé de voix aux trafiquants de drogue ou aux miliciens jette la première pierre », a déclaré Me Cleber Lopes, l’avocat de Chiquinho Brazao. Trois autres personnes ont également été condamnées pour leur implication.
L’ancien commissaire Rivaldo Barbosa a été condamné à 18 ans de prison pour avoir tenté de protéger les frères Brazao. L’ex-policier et membre de la milice, Ronald Paulo de Alves, a été condamné à 56 ans de prison pour avoir coordonné l’assassinat et communiqué la localisation de Mme Franco aux tueurs.
Un ancien conseiller de Domingos Brazo, Robson Calixto Fonseca, a écopé d’une peine de neuf ans pour avoir servi d’intermédiaire.
25/02/2026
Voir aussi:
Granville, un square en hommage à l’élue brésilienne Marielle Franco











































