Archive | Justice & libertés

16 février 2020 ~ 0 Commentaire

le mexique nous tue (pùblico)

 .
Le Mexique nous tue, disent les femmes révoltées contre l’Etat et la presse
.
Après un autre meurtre traité comme un spectacle par la presse mexicaine le jour de la Saint-Valentin, la manifestation s’en est pris à la résidence officielle du président et le siège des journaux.Les mots « État féminicide » ont été écrits à l’encre rouge sang sur les portes du palais présidentiel du Mexique le jour de la Saint-Valentin par les manifestantes.
.
La plupart étaient des femmes, vêtues de noir et sont sorties dans la rue pour exprimer leur fureur face au meurtre d’Ingrid Escamilla, une femme de 25 ans, et pour la publication de photos explicites de son corps mutilé dans les journaux mexicains.
.
Après avoir repeint le palais présidentiel, les femmes – selon Reuters – sont allées à la salle de rédaction du journal La Prensa pour protester contre la publication d’images du cadavre de la femme assassinée. Ils ont brûlé des voitures et brisé les vitrines du journal et ont fait face à la police qui les a empêchés d’entrer dans les locaux.
.
Avec le slogan « plus un meurtre », et brandissant des pancartes disant « nous exigeons un journalisme responsable », ou  » Nous sommes toutes Ingrid », ou « le sexisme tue », les manifestantes ont demandé justice.
.
En moyenne, dix femmes sont tuées chaque jour au Mexique. L’année dernière, il y a eu un nouveau record d’homicides dans le pays, selon les données officielles.
.
L’Entité pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, également connue sous le nom d’ONU Femmes, a condamné le meurtre d’Ingrid Escamilla sur Twitter. «Nous exigeons des actions exhaustives pour éliminer la violence contre les femmes et les filles. Nous exigeons un accès complet à la justice et la non-victimisation. Ingrid n’est pas un cas isolé ».
.
Lilia Florencio Guerrero, dont la fille a été violemment assassinée en 2017, a appelé le président Andres Manuel Lopez Obrador, qui se trouvait à l’intérieur du palais lorsque les manifestations ont eu lieu, à faire davantage pour arrêter la violence. «Ce n’est pas seulement Ingrid. Il y a des milliers de fémicides », a-t-il déclaré. « Cela nous remplit de colère. »
.
De nombreuses manifestantes ont peint des slogans sur les murs du bâtiment, y compris « ils nous tuent », et ont utilisé des bombes de peinture inflammables, qui crachent des flammes vives.
.
L’une d’elles a utilisé une peinture en aérosol pour peindre le mot « INGRID », en grosses lettres roses sur la porte du palais présidentiel. Beaucoup ont noté que le meurtre d’Escamilla n’était que le dernier d’une vague de morts brutales de femmes.
.
À l’intérieur du palais, où Lopez Obrador vit avec sa famille, le président a tenté de donner des assurances aux militantes lors de la conférence de presse de samedi matin qu’il n’oublierait pas son message. «Je n’enterre pas ma tête dans le sable. Le gouvernement que je représente garantira toujours la sécurité des femmes », a-t-il dit, sans donner de détails sur les nouveaux plans pour assurer cette sécurité.
.
Le journal La Prensa, qui a publié en première page l’image du corps mutilé d’Ingrid Escamilla – et a motivé l’accusation de «complicité de la presse» – a défendu ses articles de rapports de crimes et d’homicides, affirmant que ce sont des thèmes que les gouvernements préfèrent. garder étouffés. Dans un communiqué également publié en première page samedi, le comité de rédaction a toutefois indiqué qu’il était ouvert à des discussions sur les moyens d’ajuster ses normes au-delà des exigences légales.
.
Vendredi, un autre journal, a rempli presque toute sa première page avec l’image du cadavre d’Ingrid, avec le titre: « La faute de Cupidon ». Cette couverture a suscité la fureur non seulement pour l’affichage du corps, mais aussi pour le ton ludique utilisé pour décrire un crime de violence domestique.
.
Josue Gonzalez et Daina Beth Solomon (Reuters) 15 février 2020
.
.

Lire la suite

14 février 2020 ~ 0 Commentaire

mahmoud abbas (pùblico ujfp)

 palestine climat
.
Mahmoud Abbas n’admet toujours pas que les règles ont changé
.
Rejeté par les pays arabes et l’Europe, le leader palestinien s’accroche à son siège tout en obéissant toujours aux règles imposées par Israël. Pendant 15 ans de mandat, il a vu la vie des Palestiniens s’aggraver quotidiennement jusqu’à atteindre une situation irréversible.
.
Le président Mahmoud Abbas persiste à ignorer que les règles du jeu ont changé et qu’il n’obtiendra jamais un accord équitable de la part des Israéliens.
.
Et malgré cette évidence, il continue de conserver une position qui, dans la pratique, l’oblige à collaborer étroitement à l’occupation quotidienne, comme il l’a toujours fait au cours des trois dernières décennies, sans obtenir en retour autre chose qu’une situation qui empire tous les jours.
.
L’élément le plus clair de leur collaboration est la soi-disant «coordination de sécurité», un mécanisme qui, dans la pratique, sert à Israël et à Abbas à réprimer toute dissidence et pas seulement la résistance violente contre l’occupation militaire. Abbas a menacé à plusieurs reprises de mettre fin à ce mécanisme pervers, mais il ne l’a jamais fait, principalement parce que son élimination mettrait fin à sa carrière politique.
.
Lors de la session que le Conseil de sécurité a tenue mardi, Abbas a déclaré que l’objectif de « l’accord du siècle » imposé par le président Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu est « de mettre fin à la question palestinienne ».
.
On ne peut le dire plus clairement. Pendant de nombreuses années, il n’y a rien eu de nouveau, mais chaque jour qui passe c’est plus évident: les règles ont changé et les Palestiniens sont tous seuls et sans le moindre soutien de leurs alliés historiques, Arabes et Européens inclus.
.
Les Américains et les Israéliens étaient satisfaits de l’absence de résultats au Conseil de sécurité, après que les Palestiniens se soient rendus compte qu’ils n’avaient pas assez de soutien pour approuver leur résolution condamnant «l’accord du siècle». Cela validait le faux statu quo qui permet à Israël de poursuivre l’expansion de ses colonies à volonté. Au Conseil de sécurité, les règles ont également changé.
.
Au même moment trois Israéliens ont crevé les roues de plus de 200 véhicules palestiniens et ont écrit des graffitis contre des non-Juifs, des actions que Netanyahou a condamnées modé-rément, répétant que les auteurs seront arrêtés et jugés, ce qui n’arrive jamais.
.
Le journal Makor Rishon a qualifié le discours d’Abbas de « larmoyant »  et a déclaré que l’accord du siècle « offre une opportunité réaliste aux Palestiniens ». Cyniquement, le journal des colons a ajouté que « l’accord est un pas vers la création d’un État palestinien avec Jérusalem par capitale », citant le gendre de Trump, Jared Kushner.
.
Pour sa part, l’ambassadeur d’Israël auprès de l’ONU, Danny Danon, a été plus catégorique et sarcastique: « Il n’y aura pas de progrès dans le processus de paix tant qu’Abou Mazen (Abbas) restera au pouvoir, car c’est un leader qui choisit l’incitation et la la glorification du terrorisme, il ne pourra jamais être un partenaire pour la paix, la paix est au cœur du peuple juif et Israël remercie Trump pour son engagement en faveur de la paix ».
.
L’ONU a publié mercredi la liste de 112 entreprises, pour la plupart israéliennes, qui opèrent illégalement dans les territoires palestiniens, mais cela étape n’aura pas de conséquences importantes pour l’occupation. En Israël, l’ONU a été accusée pour cela « d’antisémitisme », comme c’est la coutume dans ces cas, sans même parler de l’occupation brutale et de la dépossession permanente auxquelles l’État juif soumet les Palestiniens.
.
En contrepoint, le même mercredi, une chaîne israélienne a révélé que le président de la Dubai Diamond Exchange, Ahmed bin Sulayem, se rendrait en Israël pour participer à la Semaine internationale du diamant de Tel Aviv. C’est un autre signe de la normalisation croissante entre Israël et les Émirats arabes unis. Plusieurs ministres israéliens se sont rendus dans ce pays ces derniers mois.
.
« Ils ne sont pas très bien informés de ce qui se passe sur le terrain »
.
Dans une autre touche de cynisme, la presse hébraïque a déclaré que les membres du Conseil de sécurité « ne sont pas très bien informés de ce qui se passe sur le terrain », ignorant l’occupation brutale et le vol continu de terres palestiniennes, ainsi que les conditions difficiles d’apartheid qui condamnent les Palestiniens à vivre dans de petits ghettos entourés de fanatiques, avec des règles du jeu imposées par Israël.
.
Un Abbas désespéré a demandé une réunion du Quartet  (États-Unis d’Amérique,  Russie, de l’Union européenne et des Nations unies) pour examiner la situation, mais le Quatuor, comme l’Union européenne, a abandonné les Palestiniens il y a longtemps.
.
L’Europe autiste d’aujourd’hui ne veut rien savoir de ce problème qui déstabilise le Moyen-Orient depuis des décennies et a des conséquences désastreuses au-delà de la région. Abbas ne veut pas non plus savoir que les règles ont changé depuis longtemps et il ne peut simplement rien, ou, comme le disent les Palestiniens, il est devenu un contributeur nécessaire à l’occupation.
.
Abbas a dénoncé que l’accord du siècle créera « un fromage suisse » dans les territoires occupés, mais tous ces trous noirs où vivent les Palestiniens n’ont pas été décidés par l’accord du siècle.
.
Le fromage a commencé à se former après la guerre de 1967, il y a de nombreuses années, et Israël réduisait la taille des trous sans qu’Abbas ne fasse quoi que ce soit pour l’empêcher.
.
Il est maintenant trop tard pour pleurer devant le Conseil de sécurité, mais il n’est pas trop tard pour que le président palestinien de 84 ans assume les conséquences et se retire de la politique.
.
JÉRUSALEM 13/02/2020 EUGENIO GARCÍA GASCÓN
.
.
Lire aussi:
.

Lire la suite

13 février 2020 ~ 0 Commentaire

al mounadil-a

al-mounadil-ah-696x392

Maroc. Journal Al Mounadil-a.

Campagne d¹abonnements.

Dans le contexte de répression et de restrictions aux libertés publiques au Maroc, l’édition en papier du journal AL MOUNADIL-A est menacée de suspension et l’accès à son site internet de blocage dans le pays.
.
Le directeur d’AL MOUNADIL-A a comparu deux fois devant le tribunal pour non-conformité aux dispositions du code de la presse et de l’édition qui conditionne le droit d’exercer l’activité du journalisme par la détention d’une carte de presse.
.
Or, pour obtenir celle-ci, il faut passer par une procédure bureaucratique qui inclut plusieurs institutions d’État et s’inscrire au régime de sécurité sociale qui exige des déclarations de salaires. Ce qui demande des ressources financières dont ne dispose pas un journal qui dépend seulement de ses ventes et des efforts de ses militant-e-s.
.
La procédure de conformité au code de la presse est déjà entamée par AL MOUNADIL-A. Elle nécessite des moyens financiers pour aboutir. Le journal lance une campagne pour élargir les abonnements.

Abonnement annuel : 6 numéros. Les anciens (75 numéros) sont disponibles
Version papier 100 dirhams 20 euros
Version PDF 50 dirhams 10 euros
Tous frais d’envoi compris.
Compte bancaire n° 101 010 21211 1481358 000 7 67

.
SWIFT :  BCPOMAMC
BANQUE POPULAIRE DU CENTRE SUD, Agence LES AMICALES. AGADIR MAROC
Titulaire du compte : MONAPRESS GSM du Directeur : +212 641 498 060

.

https://www.almounadila.info/

Lire la suite

09 février 2020 ~ 0 Commentaire

coronavirus (amnesty essf)

chine micro

La mort du médecin lanceur d’alerte met en lumière les défaillances en matière de droits humains de la gestion de l’épidémie du coronavirus

En réaction à la mort de Li Wenliang, le médecin chinois qui avait été réprimandé par la police de Wuhan pour avoir tenté de diffuser les premières mises en garde sur le nouveau corona-virus et a ensuite été diagnostiqué comme étant lui-même contaminé par le virus, Nicholas Bequelin, directeur régional à Amnesty International, a déclaré :

« Le cas de Li Wenliang rappelle tristement que la préoccupation des autorités chinoises, à savoir maintenir la «  stabilité  », les amènent à supprimer des informations vitales sur des questions d’intérêt public.

« La Chine doit tirer les leçons du cas de Li Wenliang et adopter une démarche respectueuse des droits afin de combattre l’épidémie. Nul ne devrait être harcelé ni sanctionné pour avoir dénoncé des enjeux de santé publique, uniquement parce que cela risque de mettre le gouvernement dans l’embarras. »

Complément d’information

Li Wenliang a contracté le nouveau coronavirus alors qu’il travaillait à l’hôpital central de Wuhan. Fin décembre 2019, il avait adressé un avertissement à ses collègues médecins au sujet de patients présentant des symptômes similaires à l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), qui avait débuté dans le sud de la Chine en 2002.

Il a immédiatement été réduit au silence et sanctionné par les autorités locales pour « propagation de rumeurs ».

Il a depuis été confirmé que le virus a tué plus de 600 personnes et contaminé plus de 30 000 personnes en Chine continentale ; les chiffres réels pourraient être bien plus élevés.

Pour en savoir plus sur le lien entre le coronavirus et les droits humains, veuillez consulter le document suivant : Coronavirus : sept incidences sur les droits humains.

7 février 2020

https://www.amnesty.org/

Lire aussi:

Coronavirus : sept incidences sur les droits humains

Crise du coronavirus: débordé après le décès du docteur Li Wenliang, lanceur d’alerte de Wuhan, le pouvoir tente de répondre

Lire la suite

07 février 2020 ~ 0 Commentaire

zéro (résistance critique)

blanquer

Le « 0 »orwellien. Entre cynisme et simulacre

  • Jamais la menace de la note (« 0 » aux épreuves dites « E3C » du baccalauréat) n’aura mieux signifié la dimension policière d’une évaluation.
  • La note comme amende, sanction. La note comme embrigadement. Qui s’intéresse encore aux contenus ? Au sens des formations intellectuelles ? A ce que devient un examen national quand les sujets sont parfois connus à l’avance ?
  • La mise en concurrence des disciplines, le clientélisme pour remplir les classes de certaines « spécialités » finiront d’achever le peu qu’il restait d’égalité et de justice. Le système (scolaire est un attribut désuet)  et ses algorithmes opaques décideront désor-mais  de l’avenir des lycéens en fonction de leur lycée d’origine, de leur origine tout court.
  • La peur du « 0 » c’est l’équivalent de l’amende de 135 euros pour manifestation non déclarée, un pouvoir de dissuasion purement formel, indifférent à toutes interrogations sur la légitimité, un pouvoir qui échappe d’ailleurs aux professeurs qui seront absents des commissions d’harmonisation.
  • Une machine autistique à produire du classement, de l’évaluation afin de confirmer et de survalider un ordre social d’airain dissimulé derrière des algorithmes. Le pouvoir de classe, d’autant plus cynique qu’il fait de la vacuité son carburant, ne croit plus à ces diplômes nationaux ringards, à ces idéaux d’égalité et de justice sociale.
  • Il ne jure que par des dispositifs de contrôle qui ne peuvent (ils sont construits pour cela) que le confirmer. Le contrôle continu a pour seul horizon l’auto-validation continue. Il s’agit d’entériner certainement pas de former, mieux de transformer. Pouvoir tautologique qui nasse le social en lui faisant miroiter une bonne note qui, in fine, ne servira à rien. Le tri se joue sur une toute autre scène.
  • Alors que faire ? Ce que nous observons relève bien du pourrissement, d’une décomposition terminale, fascinante à de nombreux égards. Fascinant en effet d’observer la panique d’un ministère qui veut de la note pour ne pas perdre la face.
  • Fascinant d’observer la docilité avec laquelle nous intériorisons le simulacre. Épreuves passées dans des conditions délirantes, fuites de sujets, impréparation, tricheries, malversations, peu importe. Ce qui compte désormais, c’est la pérennité du simulacre dans une pure forme policière. C’est donc cette forme que nous devons interroger, comprendre. Si le baccalauréat ne sert à rien, si tout est joué sur une autre scène, pourquoi une telle démesure de moyens, un tel rapport de forces ? Qu’est-ce qui est en train de se jouer exactement ?
  • Évidemment, tout cela n’a rien à voir avec le baccalauréat que les précédents ministères ont réduit à néant, le dispositif de sélection parcours sup venant définitivement anéantir la valeur de ce diplôme.
  • Non, il s’agit d’autre chose. Une crainte hante tous les systèmes de contrôle : la dérision. La hantise d’un pouvoir qui carbure au vide ? Ne plus être pris au sérieux. Vous ne pouvez pas nous mettre « 0 » car cela ferait chuter des statistiques qui n’ont pour seule fonction que de masquer formellement les inégalités réelles.
  • Mettre « 0 » à qui d’ailleurs ? Aux élèves les plus défavorisés du système, les plus indoci-les, ceux qui savent pertinemment que cette note ne changera rien à leur affaire ? Entéri-ner publiquement  le cynisme ou montrer toujours publiquement l’étendue du simulacre ? C’est ici que nous touchons le point de réversion du pouvoir par la pure forme. Il faut mettre « 0 » (pouvoir du simulacre) mais le « 0 » est impossible à mettre (simulacre du pouvoir).
  • Celui qui gouverne par la vacuité périra par la vacuité. C’est ainsi qu’il faut comprendre la nécessité du rapport de force et du déploiement policier : les E3C c’est sérieux, la preuve, nous envoyons la police.
  • Quand le sérieux ne peut plus se prévaloir de la réalité (réalité d’un diplôme équitable, réalité d’une formation, réalité d’une valeur), il doit s’équiper de tous les attributs de l’ordre policier.
  • Non pas cela a une valeur donc il y a la police mais il y a la police donc cela a une valeur. C’est justement ici que nous quittons les exigences d’un régime démocratique (la démocratie doit être défendue car elle promeut la justice comme réalité) pour épouser les traits des régimes liberticides en carton pâte, les autocraties de pacotille qui sont incapables d’instituer des valeurs autrement que par la force de leur police.
  • 7 février 2020

http://www.critiquedelacritique.fr/

Lire la suite

05 février 2020 ~ 0 Commentaire

palestine (amp)

affiche_je_rusalem_modifie_e1-33df3

Criminalisation de la résistance palestinienne

Les nouvelles conditions de l’Union Européenne pour l’aide à la Palestine

L’UE a récemment notifié au Réseau des ONG palestinienne (PNGO) les nouvelles conditions pour son aide, à savoir que les organisations de la société civile palestinienne sont tenues de ne pas traiter avec des personnes ou des groupes désignés comme « terroristes » par l’UE.(…)

Qu’est-ce qui a conduit à ce changement ?

Il faut situer ce changement dans le contexte de la colonisation par Israël qui se poursuit et de la capacité de son entreprise coloniale à inventer de nouveaux mécanismes de contrôle. La dernière initiative de l’UE résulte des pressions constantes d’Israël sur l’UE afin qu’elle s’abstienne de financer de nombreuses organisations palestiniennes, spécialement celles qui s’emploient à dévoiler et à relater les pratiques coloniales d’Israël, ses violations des droits humains, et ses crimes.

Israël, en fait, a adopté un large éventail de mesures agressives pour restreindre l’espace de la société civile dans les Territoires palestiniens occupés, notamment avec des détentions et arrestations arbitraires de militants de la société civile.

Avec des justifications « sécuritaires » pour faire obstacle au travail des organisations locales, avec des campagnes de diffamation pour délégitimer le travail de ces organisations, et des pressions sur les organisations et donateurs internationaux pour qu’ils réduisent les fonds pour les ONG palestiniennes.

Ceci est particulièrement évident s’agissant des organisations juridiques qui se servent du droit international pour dénoncer les violations des droits de l’homme, comme Al-Haq et Addameer, et des organisations de développement qui mettent en œuvre des projets en Zone C pour soutenir la ténacité des communautés locales qui souffrent du fait des soldats et des colons israéliens.

Le Centre de recherche et de développement, a vu son directeur, Ubai Aboudi, récemment arrêté par Israël et maintenu, sans inculpation, en détention administrative.

Certaines organisations israéliennes influentes de droite, comme l’ONG Monitor, s’en prennent aux organisations palestiniennes à but non lucratif et à leurs partenaires internationaux avec de fausses allégations de « terrorisme » et d’ « antisémitisme » par exemple.

Elles bénéficient du soutien du gouvernement israélien et fait pression contre le financement, même des courants les plus modérés au sein de la société civile palestinienne.

Le problème, c’est que la définition de l’UE du « terrorisme » fait écho à la perspective israélienne et sert donc largement ses intérêts pour étouffer les voix critiques palestiniennes.

En outre, si l’initiative de l’UE reflète une nouvelle victoire de la propagande israélienne, elle représente aussi un échec de plus pour l’Autorité palestinienne dans sa série interminable de défaites.

Pendant des années, l’AP a exclu la résistance et étouffé différentes formes de la lutte populai-re tout en prétendant, dans le même temps, faire sienne la « lutte diplomatique » afin de faire pression sur Israël pour qu’il respecte la droit international.

Mais nous avons assisté à un nombre honteux de défaites qui se sont répétées et à une réticence à poursuivre une politique et une diplomatie efficaces. Ainsi, il ne fait aucun doute que le changement politique de l’UE intensifiant ses contraintes sur les financements de la société civile palestinienne est en partie le résultat de la politique insensée de l’AP.

Comment la politique de l’UE affectera-t-elle les Palestiniens et la société civile palestinienne ?

L’initiative de l’UE intervient à un moment très difficile pour les Palestiniens : Israël se prépare à annexer d’autres parties de la Zone C et la vallée du Jourdain. Les Palestiniens sont affaiblis, morcelés et divisés ; l’AP est devenue, de facto, un garant de la sécurité israélienne ; et la cause palestinienne, ces dernières années, est marginalisée.

Les restrictions de l’UE viennent s’ajouter à ces facteurs en criminalisant de nombreuses organisations palestiniennes qui entreprennent des formes modérées de résistance par le biais du droit international et du plaidoyer, et en soutenant la survie des communautés.

Ces restrictions ne feront donc pas que contribuer à une marginalisation amplifiée de la cause palestinienne, elles faciliteront également l’institutionnalisation de l’expansion coloniale israélienne parce que de nombreuses organisations ne seront pas en mesure de poursuivre leurs opérations de surveillance et de dénonciation des crimes israéliens si elles n’arrivent pas à trouver des alternatives aux fonds de l’UE.

Plus précisément, si la liste des cibles de l’UE inclut de nombreux mouvements de la résistance palestinienne, diverses personnes et familles seront,-elles aussi, touchées par le changement politique.

Par exemple, les personnes qui ont été arrêtées dans le passé, notamment celles qui sont retenues en détention administrative, détention dénoncée au niveau international, et qui sont  engagées dans un militantisme de la société civile, ces personnes peuvent être classifiées comme « terroristes » et par conséquent, disqualifiées pour recevoir des fonds.

Les organisations et groupes qui soutiennent le mouvement BDS et ses activités sont généralement considérés comme une menace pour les intérêts israéliens, et les campagnes qui visent à délégitimer leur militantisme vont probablement se multiplier.

Il est important de noter la contradiction entre la rhétorique de l’UE et sa politique. Par exemple, l’UE prétend qu’elle ne reconnaîtra pas l’annexion, par Israël, de la Zone C ou de la vallée du Jourdain, mais en réduisant son aide, elle entrave le travail des ONG palestiniennes qui aident les communautés qui risquent d’être dépossédées par les Israéliens dans ces zones. Au fond, l’UE va se rendre complice du processus de dépossession, même si elle prétend ne pas reconnaître une possible annexion.

Quel est l’état de la société civile palestinienne à ce moment crucial ? 

Des militants et des universitaires ont averti à plusieurs reprises que les ONG palestiniennes étaient toujours dépendantes de l’aide conditionnelle occidentale pour financer les organisations et les projets locaux.

La prépondérance de ces ONG a créé une société stagnante, elle a dépolitisé ses constituants sociaux, produit une nouvelle élite détachée, et gaspillé des millions en projets qui n’avaient aucun sens.

Il en résulte que la société civile palestinienne est beaucoup plus fragmentée qu’il y a dix ans, où les organisations actives en Cisjordanie avaient des priorités et des agendas différents de leurs homologues de la bande de Gaza. Ainsi, alors que la société civile devrait être une arène de résistance et de mobilisation contre la fragmentation, elle est devenue un élément de la fragmentation.

Que faut-il faire pour renforcer la société civile palestinienne et contrer la fragmentation ?

Les restrictions de l’UE pourraient être préjudiciables à de nombreuses organisations locales, mais il faut le voir comme une occasion de développer collectivement des stratégies au-delà de l’aide officielle conventionnelle occidentale et de ses contraintes. (Résumé)

Tariq Dana est maître assistant au Centre d’études sur les conflits et l’humanitaire de Doha. Il a été le directeur du Centre d’études du développement à l’Université de Birzeit (2015-2017). Il a obtenu un doctorat à l’Ecole Sant’Anna d’études avancées, en Italie.

Tariq Dana Al Shabaka 2 février 2020

https://agencemediapalestine.fr

Lire aussi:

Les ONG palestiniennes entre résistance et collaboration. Entretien avec Julien Salingue

Un extrait de « La Palestine des ONG », de Julien Salingue

 

Lire la suite

03 février 2020 ~ 0 Commentaire

démocratie (politis)

droit_de_l_homme-3b64c

Démocratie de faible intensité

Face à toutes les contestations, le verdict de la présidentielle de 2017 est de peu de poids. Le problème, il est vrai, dépasse Emmanuel Macron. C’est celui de la 5è République. Le suffrage universel ne peut pas être une arnaque suivie d’une sorte de bras d’honneur

De temps en temps, l’homme perd ses nerfs. Le voilà l’autre jour qui s’empourpre devant des journalistes du Figaro et de Radio J, exhortant ceux qui dénoncent la violence du pouvoir à « essayer la dictature ».

Avec qui croise-t-il le fer ? Personne. Mélenchon a dénoncé un «comportement monarchique». Ségolène Royal a parlé de « dérive autoritaire ». Et Olivier Besancenot lui a conseillé, très ironiquement, de « tester la démocratie ».

Voilà tout. On a connu polémique plus sévère. Quant à la violence du pouvoir, elle est peu contestable. Physique d’abord, comme en témoignent les nombreuses victimes de la répression.

Sociale et politique ensuite, en raison d’un acharnement à imposer, envers et contre tous, une réforme jugée confuse et injuste. Mais s’il faut absolument concéder à Emmanuel Macron que la France, même sous son ministère, n’est pas une dictature, on le fera bien volontiers.

Prétendre le contraire serait d’ailleurs insulter les peuples qui paient de leur sang le prix de la liberté. En Syrie et en Égypte, par exemple. Mais le débat existe néanmoins. Non entre dictature et démocratie, mais à l’intérieur de ce dernier concept aux multiples acceptions.

Le politologue canadien Francis Dupuis-Déri a recensé chez Tocqueville, auteur de référence de la bourgeoisie libérale, pas moins de onze définitions différentes de la démocratie (1).

De la plus exigeante à la plus négligente. Il y a donc de quoi faire. Emmanuel Macron, lui, est visiblement un smicard de la démocratie. Il en a une conception minimaliste. Du haut de son élection, dont il s’est empressé d’oublier les circonstances très particulières, il nargue aujourd’hui une opinion au bord de la crise de nerfs.

La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye

Croyant voler au secours de son président, c’est son métier, s’indigne pour sa part que l’on puisse accréditer l’idée «qu’il y aurait un régime qui imposerait sa loi au reste de la population».

Elle devrait garder son indignation pour un meilleur usage. Car, si l’on veut bien supprimer le mot « régime », un peu roublard, pour le remplacer par « gouvernement », c’est exactement ce qui se produit.

La réforme des retraites essuie revers sur revers. Un mur de critiques et d’oppositions se dresse devant l’exécutif. Les sondages témoignent de la constante hostilité d’une majorité de Françaises et de Français.

Voilà même que Laurent Berger vacille, traçant de nouvelles « lignes rouges » à mesure que son soutien au gouvernement devient intenable. Quant à la fameuse « étude d’impact », qui devait apporter la lumière, elle sème surtout le doute.

Enfin, comme un coup de grâce, le Conseil d’État a rendu le 24 janvier un avis on ne peut plus sévère. La plus haute juridiction de la République dit ne pas pouvoir assurer « la sécurité juridique du projet », faute d’avoir eu le temps de l’examiner.

« Le temps », c’est désormais le maître mot de la bataille politique qui s’engage.

Il est l’allié naturel de la démocratie. Il n’est visiblement pas l’ami du gouvernement. Plus c’est confus, et plus celui-ci se montre empressé. Il accorde généreusement quatre jours aux députés pour examiner un texte qui vient tout juste de leur être communiqué.

Cela, alors que l’on découvre, presque fortuitement, de nouvelles contre-vérités. Ainsi, la part des retraites dans le PIB devait être constante. L’étude d’impact révèle qu’il n’en sera rien.

La majoration des pensions à chaque naissance devait être favorable aux femmes, elle risque le plus souvent de profiter aux hommes.

Et l’ombre du patronat continue de planer sur le scandale de la pénibilité. Cette pénibilité, refusée aux métiers les plus rudes, et insidieusement remplacée par l’invalidité, une fois le mal constaté.

Quant à l’âge pivot, comme l’horizon, il recule à mesure que l’on avance. On devine aussi que la « règle d’or budgétaire » va sérieusement fragiliser les promesses d’augmentations faites aux enseignants. Et tout à l’avenant…

Pas étonnant dès lors que la précipitation du gouvernement renforce le soupçon. Quelles vérités sont encore sous le boisseau ?

Le débat sur la démocratie existe donc bel et bien.

Cette démocratie qui, telle que nous l’entendons, ne peut s’accommoder de la dissimulation. Face à toutes ces contestations, le verdict de la présidentielle de 2017 est de peu de poids.

Le problème, il est vrai, dépasse Emmanuel Macron. C’est celui de la Ve République. Le suffrage universel ne peut pas être une arnaque suivie d’une sorte de bras d’honneur. C’est bien pourquoi, le moment venu, un projet d’une telle ampleur devait faire l’objet d’une vaste campagne d’information et d’une consultation spécifique.

Il est encore temps ! Sinon, c’est la ruse qui l’aura emporté. Et Macron, qui n’est évidemment pas un dictateur, aura affaibli une démocratie à laquelle il ne garantit pas le plus bel avenir.

Notre président est un démocrate dans le genre de Tocqueville, qui disait avoir un goût prononcé pour « les institutions démocratiques », tout en avouant être « aristocratique par instinct ». Avant d’ajouter crûment : « Je méprise et crains la foule. » Toute ressemblance…

(1) Démocratie, histoire politique d’un mot (éditions Lux, 2019).

Denis Sieffert 1er février

https://www.politis.fr

Commentaire:

Ce que nous appelons « démocratie » est en réalité un déguisement de la dictature d’une classe minoritaire, la bourgeoisie. Cela faisait sourire. Et puis il y a le rapport d’Oxfam. Comment expliquer sinon, comment se fait la répartition des richesses au profit d’une minorité de plus ne plus riche et l’apparition de pauvres de plus en plus pauvres? Et ce système peut rendre la planète inhabitable.

 

Lire la suite

31 janvier 2020 ~ 0 Commentaire

artiste (npa)

art

Séparer l’homme de l’œuvre ?

L’actualité a été marquée par la « prise de conscience » timide, hypocrite tout autant que tardive, du soutien dont le pédocriminel Matzneff a bénéficié tout au long des années 1980 dans le petit cercle de l’intelligentsia littéraire parisienne mais également dans les médias. La séquence hallucinante de l’émission « Apostrophes » en est l’illustration la plus frappante, avec un Bernard Pivot hilare et fasciné par son invité.

Ce mea culpa médiatique ne vient pas de nulle part. Il est la conséquence directe des luttes féministes de ces dernières années à une échelle internationale : la vague #Metoo depuis 2017 et « Ni una menos » dès 2015, sur les violences sexuelles et les féminicides.

Écouter la parole des victimes 

La première de ces conséquences aura été la libération de la parole des victimes, mais également l’écoute dont elles ont commencé à faire l’objet. De ce point de vue, l’interview d’Adèle Haenel sur Mediapart a été un moment fondateur.

Il y aura un « avant », mais surtout un « après » ses révélations concernant les attouchements et le harcèlement dont elle avait fait l’objet par Christophe Ruggia alors qu’elle n’était qu’une jeune fille. D’autant plus que son témoignage a été publié en même temps qu’une nouvelle accusation de viol contre Polanski par Valentine Monnier, alors âgée de 18 ans.

Une période pleine de contradictions qui a vu émerger un formidable soutien autour d’Adèle Haenel d’un côté… et ressurgir de l’autre un méprisable soutien à Polanski d’une large partie de la profession (parfois la même), qui s’est empressée de se draper dans l’argument récurent du « Il faut séparer l’homme de l’œuvre », toujours utilisé dans une grande confusion générale.

« On est puni par là ou on a péché »

C’est vrai qu’il y a une de continuité, et même une détermination toute française, dans l’impunité avec laquelle Polanski a pu financer, réaliser, diffuser son dernier film, J’accuse. Il aura même eu l’impudeur de se comparer à Dreyfus dans son dossier de presse…

Dans un entretien surréaliste, le réalisateur fini par avouer qu’il est « familier avec un grand nombre de rouages de l’appareil de persécution montré dans le film » et qui ont nourri son inspiration. Ironie de l’histoire : c’est cette provocation de trop qui a déclenché chez Valentine Monnier, l’une de ses nombreuses victimes, le besoin de parler, des dizaines d’années après.

Le cas Matzneff semble un peu plus gênant pour ses soutiens, d’une part parce que tout le monde semble aujourd’hui reconnaître ses écrits pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire fort médio-cres, et surtout centrés exclusivement sur la description de ses abus sexuels sur mineurEs.

D’autre part parce que celui-ci revendique ses crimes publiquement au nom du désir, de l’amour, de la liberté morale et de la supposée « beauté ». Le point positif est cependant que cette affaire ressorte aujourd’hui grâce à la publication de l’ouvrage de l’une de ses victimes, Vanessa Springora, sobrement intitulé le Consentement.

Mais Polanski, lui, offre bien plus de résistance, y compris d’une large partie de la « gauche » artistique et intellectuelle. D’abord, c’est un bon réalisateur. Mais surtout, il témoigne du carac-tère massif et systémique de l’oppression des femmes et des violences sexuelles dans le cinéma. Il fait écho à Weinstein, Allen, Besson, mais aussi Ruggia, Bertolluci, Brisseau, et tant d’autres…

L’art est un marché comme les autres

Il est faux de poser ce débat en termes uniquement artistiques. Le cinéma et l’art sont non seulement une industrie, mais également un marché et une source de profits, très rentable. Une approche matérialiste de la création pose la question des conditions de création des œuvres et de leur diffusion.

La première est bien entendu l’argent nécessaire au financement et à la production. La suivante est le bénéfice financier qu’il peut rapporter, mais aussi la gloire et la valorisation personnelle. En l’occurrence, ne pas soutenir Polanski, c’est prendre le risque de se mettre à dos un des cinéastes les plus influents et « reconnus » de la profession et ses amiEs.

L’une des dimensions importantes autour de Polanski, ou d’autres agresseurs ayant un grand talent artistique, est la question du financement et des fonds publics dont ils bénéficient.  J’accuse est ainsi un « film France Inter », qui soutient « fermement, fortement et absolument ce film ». Parce qu’« il y a l’homme et il y a le film, et la rédaction de France Inter fait son boulot par rapport aux accusations qui sont portées contre l’homme ». Dont acte.

Séparer le viol du violeur ?

De la même manière que le viol a tout à voir avec le pouvoir et la domination, son traitement médiatique également. A. Haenel le formule ainsi : « Il était nécessaire que je sois plus connue que mon agresseur ». C’est effectivement la différence principale avec la quasi-totalité des cas de violences sexuelles sorties puis largement silenciées dans le milieu du cinéma. Une réalité qui nous rappelle l’importance de croire et de soutenir les victimes.

Le statut de l’actrice, dans le cas d’A. Haenel, et celui du réalisateur accusé, a pesé dans la solidarisation spontanée d’une large partie du milieu du cinéma. Pourtant l’actrice n’a pas porté plainte. Elle était jeune, du même âge que les victimes de Polanski.

Probablement même que certains auraient pu dire « qu’elle faisait plus que son âge »… bref tous les ingrédients d’une narration permettant de justifier qu’elle l’avait probablement cherché. Et pourtant. Christophe Ruggia n’a pas été invité au 20h des chaînes de télé, et il fait l’objet aujourd’hui d’une procédure de radiation de la société des réalisateurs de films.

L’art est-il sexiste ? 

Le monde du cinéma et plus largement de la création n’échappe évidemment pas au sexisme et aux violences sexuelles. Plus encore, il l’institutionnalise autour de la relation hiérarchique et de pouvoir du rapport réalisateur/actrice et par extension la relation peintre/modèle-muse. Et cela autour de deux mécanismes : d’une part, le mythe autour de la « fascination », du désir et de « l’amour de la femme », qui relève presque de la mystique de la création ; d’autre part, la dimension intrinsèquement « anormale » ou « transgressive » de l’art et de l’artiste. Ces deux mythes participent d’une culture du viol très forte.

Peut-on et doit-on séparer l’homme de son œuvre ? 

En réalité, cette injonction n’a pas vraiment de sens. Personne ne le fait et personne ne le souhaite. Ce qui définit une œuvre aujourd’hui c’est sa signature, son auteur. C’est même ce qui fait sa valeur (quand on achète un Picasso, c’est pour son auteur). C’est d’ailleurs ce que font aujourd’hui les différents défenseurs de Polanski : promouvoir un film, le financer et le diffuser parce que c’est Polanski. Toute l’histoire de l’art est l’histoire de la compréhension des créations artistiques ou artisanales dans un contexte, une histoire et une société données.

Alors séparer l’homme de l’artiste ? 

Cela n’a pas plus de sens. Les critiques et les historiens des arts ne le font d’ailleurs pas. Ils relient évidemment l’histoire personnelle de Polanski à son film le Pianiste. Un pianiste juif virtuose subit la déportation et échappe de peu au génocide grâce à son art. Le plus étonnant est plutôt que personne ne se soit risqué à analyser ses personnages féminins à l’aune de ses multiples agressions sexuelles et du profil de ses victimes mineures.

La confusion est même plutôt de leur côté. Ce sont eux qui utilisent leur statut d’artiste pour se faire acquitter sans procès, pour rencontrer des jeunes femmes, pour appuyer leur emprise sur elles. Les gens confondent les deux pour excuser l’homme derrière leurs artistes et leurs œuvres chéries. Mais cette séparation ne marche que dans un sens. Il est d’ailleurs frappant de voir qu’il est beaucoup plus simple de séparer l’homme, que la femme, de l’artiste. Une femme artiste est, elle, toujours ramenée à sa personne, en terme personnel et politique.

Faut-il tout interdire ? 

Il ne faut pas confondre la censure avec l’expression d’un avis critique et politique par le public. La censure est imposée par le détenteur d’un pouvoir (souvent étatique ou religieux) qui permet la production et la diffusion d’une œuvre au public. Elle n’a rien à voir avec l’organi-sation d’un boycott par le public ou des protestations organisées au cours d’une projection de l’œuvre.

Parler de censure dans le cas d’artistes subventionnés, invités dans l’ensemble des médias est particulièrement indécent. Le boycott est provoqué par l’absence de parole donnée aux victi-mes et aux premières concernées. Reconnaitre et dénoncer le caractère raciste, sexiste, antisémite d’un artiste et cette dimension dans son œuvre n’est pas une atteinte à la liberté d’expression.

Mais alors on ne pourra plus jamais rien apprécier en art ? 

Nous avons pour beaucoup un rapport quasi sacré et amoureux à l’art et à ses créateurs. Cela en dit long également sur la figure construite autour du « génie créateur » et de ses œuvres. De ce point de vue, oui, il va falloir regarder les choses en face. Il faudra revoir une large partie de l’histoire de la création artistique sous le prisme des oppressions qui la traversent. C’est l’exigence d’une approche matérialiste. La compréhension et la représentation de la société et spécifiquement des femmes sont des questions politiques.

Mais il faut aussi déconstruire l’idée selon laquelle il n’y a qu’une façon de créer ou d’être un artiste. La culture et les arts dominants invisibilisent d’autres formes de créations. C’est particulièrement vrai pour les femmes dans l’histoire du cinéma. Leur rôle y est restreint à celui d’objet de désir et d’art. Ces hommes sont grands aussi parce qu’ils ont écrasé des femmes sur leur chemin. Croire et défendre Polanski c’est aussi dire à toutes les femmes que la carrière de ces hommes est plus importante que la leur, que leur intégrité physique, psychologique, émotionnelle, bref leur vie est moins importante.

Mais on étudie bien Céline !

La référence à l’œuvre Voyage au bout de la nuit de Céline s’impose dans ces débats comme l’exemple par excellence du « Il faut séparer l’homme de l’œuvre ». C’est toute la malhonnêteté brillante de l’argument.

Céline est, certes, enseigné à l’école, mais également le contexte qui entoure son œuvre, l’antisémitisme de son auteur, la différence à établir entre ses pamphlets racistes, etc. Ce n’est pas l’auteur qui est loué, c’est l’œuvre qui est étudiée, et appréciée. Malgré lui.

Donc il faut comprendre, interpréter et continuer à créer. Mais la création n’est pas au-dessus de la société et n’est pas exempte des oppressions qui la traversent. Est-ce qu’on ne peut plus voir un film de Polanski ? Si, bien sûr.

Est-ce qu’on peut encore l’apprécier ? Probablement. Il nous faut envisager la complexité d’une œuvre et les contradictions de son autrice ou de son auteur. Mais surtout, qu’on ne puisse plus jamais utiliser ses films pour justifier que son talent passe avant la vie de toutes ces femmes. Et qu’au lieu de vouloir faire semblant de séparer l’homme de l’œuvre ou de l’artiste, on commence à le tenir responsable de ses actes et de ses œuvres.

Manon Boltansky Vendredi 31 janvier 2020

https://npa2009.org/

Lire la suite

25 janvier 2020 ~ 0 Commentaire

cfdt (le canard rp)

canard

Source: Le Canard Enchaîné Mercredi 22 Janvier

« Même si Berger ne veut pas, la base est là », un cortège de militants CFDT (Révolution Permanente)

Lire la suite

24 janvier 2020 ~ 0 Commentaire

repùblica! (pùblico)

 reyes

Qu’est-ce que tu demandes aux rois (père Noël)? Qu’ils abdiquent!

50 députés et sénateurs boycottent le roi

Aucun des parlementaires de l’ERC, JxCat, Bildu, CUP et BNG n’assistera à l’ouverture solennelle des tribunaux qui se tiendra au Congrès le 3 février. Un total de 49 représentants qui ne participeront pas à l’événement avec Felipe 6, le plus grand nombre dans l’histoire récente.

Le roi Felipe 6 ne prononcera pas son discours d’ouverture de la législature devant tous les représentants du Parlement. Au moins 49 députés et sénateurs ne participeront pas à la soi-disant ouverture solennelle des Cortes qui se tiendra le 3 février à la chambre basse.

Les députés de l’ERC (13), JxCat (8), Bildu (5), CUP (2) et BNG (1) ne participeront pas à l’événement, comme l’ont confirmé ces formations. Pas plus que les 15 sénateurs ERC, Bildu et JxCat au sénat.

Des partis tels que l’ERC ou Bildu ont déjà boycotté l’ouverture de la législature à une occasion, mais cette année, nous devons ajouter l’absence de forces qui avaient assisté  d’autres années (comme JxCat), ainsi que de nouvelles formations au Congrès (CUP) et d’autres qui n’avaient pas obtenu de représentation ces dernières années (BNG).

Les partis catalans sont en conflit avec Felipe 6 depuis le discours qu’il a prononcé le 3 octobre 2017 dans lequel il a dénoncé la consultation 1-O (vote interdit blog). À cette époque, le monarque a accusé les formations indépendantistes de violer systématiquement les normes légalement et légitimement approuvées, démontrant une déloyauté inadmissible envers le pouvoir d’État. Avec leur comportement irresponsable, elles peuvent mettre en danger la stabilité économique de la Catalogne et de tous Espagne « , avait-il dit.

Au discours du roi, la réplique des souverainistes a été de noter l’absence de référence aux violences policières du 1er octobre et aux blessés, et ils l’ont accusé de s’identifier à la politique de Mariano Rajoy (PP néo franquiste blog), alors président du gouvernement.

De plus, en janvier 2016, Felipe 6 a refusé de recevoir la présidente du Parlement de l’époque, Carmen Forcadell. La députée catalane avait l’intention de se rendre au palais de La Zarzuela pour informer le monarque que Carles Puigdemont avait été investi en tant que président de la Generalitat, une procédure que tous les présidents des parlements régionaux appliquent, après avoir célébré leurs investitures respectives.

La Casa Real a demandé à Forcadell de faire la communication par écrit et finalement la présidente du Parlement n’a pas été reçue par le roi. Dans la décision des cinq formations qui n’assisteront pas à l’ouverture solennelle des Cortes pèse également leur défense du républicanisme et leur rejet de la monarchie, mais la relation avec Felipe 6 est plus tendue en raison du conflit en Catalogne.

Lors du cycle de consultations que le monarque a convoquées en décembre pour l’investiture de Pedro Sánchez,, ERC, Bildu, la CUP et le BNG ont refusé d’assister, JxCat oui.

Lors de l’acte, la président du Congrès, Meritxell Batet, et le monarque prononcent un discours dans la chambre du Congrès devant les députés et les sénateurs. Après la session, le roi préside un défilé militaire, accompagné des présidents du Congrès et du Sénat et des membres du gouvernement.

Dans son discours de 2016, Felipe 6 a fait appel à la «loi» pour résoudre les «problèmes de vivre ensemble» dans l’État, en référence claire à la Catalogne. A cette époque, ni la consultation 1-O ni l’application de l’article 155 en Catalogne ou le processus du processus n’avaient eu lieu. Les membres de Unidos Podemos et du PNV assistent à l’événement, mais n’ont généralement pas applaudi l’intervention du monarque.

Le groupe de Pablo Iglesias a porté des oeillets rouges dans l’hémicycle en hommage aux personnes qui ont combattu contre le régime de Franco, et l’ancien député Diego Cañamero portait un T-shirt avec le message affirmant « Je n’ai élu aucun roi ».

madrid 23/01/2020 alexis romero

https://www.publico.es/

Commentaire:

ERC: Parti républicain catalan, « social-démocrate »

JxCat: Parti catalan souverainiste « de droite » de Puigdemont

Bildu: Coalition basque, emmenée par les ex de Batasuna (Sortu)

CUP: Indépendantistes catalans anti-capitalistes

BNG: Nationalistes galiciens modérés, comme l’UDB ici.

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin