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08 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Loi sur les stages: la précarité et la galère, ce n’est pas fini!

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Le gouvernement avait annoncé sa volonté de faire avancer le cadre légal des stages afin de changer la précarité grandissante que connaissent les jeunes. On est bien loin du compte !

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Aujourd’hui les stages sont une vraie arme pour le patronat afin de précariser les jeunes et les salariéEs, une main-d’œuvre à très bas coût corvéable à merci. En effet, la gratification, car on ne parle pas de salaire, est de 436 euros par mois, c’est-à-dire moins que le RSA, et les stagiaires, dépendant de la validation de ce stage, sont donc obligés de faire toutes sortes de tâches que personne ne ferait autrement.

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La situation était encore plus dramatique avec les stagiaires employés par Areva pour s’occuper des moteurs de réacteurs nucléaires pendant 2 à 6 mois, heureusement pas assez longtemps pour contracter des maladies liées à la radioactivité. La Société générale emploie 20 % de stagiaires… Autant de jeunes qu’elle n’a presque pas besoin de payer car un stage de moins de deux mois n’est pas rémunéré.

Avancée pour les jeunes ou cadeaux aux entreprises ? La nouvelle loi adoptée lundi 24 février apporte des avancés : interdiction d’effectuer des tâches dangereuses, accès aux tickets restaurant, aux remboursements des transports, rémunérations dès le premier mois de stage si celui-ci dure plus de deux mois…

Mais elle ne touche pas au cœur du problème ! Les stagiaires sont utilisés par les grandes entreprises car ils sont payés une misère et la pression qu’ils subissent pour valider leur formation permet qu’ils acceptent des tâches qui ne sont pas les leurs. Ni augmentation de la gratification au Smic, ni cadre contraignant pour les entreprises sur le lien entre formation et stage… De plus, la nouvelle loi s’accompagne d’une exonération d’impôts pour les gratifications ! Et une partie des stages qui se font dans le public sont menacés par les politiques d’austérité.

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Ainsi, un mouvement d’ampleur a eu lieu chez les étudiants en travail social qui ne pouvaient pas trouver de stage. Cynique, le gouvernement avait supprimé l’obligation de gratifier les stages et annoncé une enveloppe de 5,3 millions d’euros… alors qu’il en faudrait 70 millions.

Aujourd’hui une bataille s’ouvre aussi dans les Instituts de formation aux soins infirmiers (IFSI) : les étudiantEs s’y battent pour accéder aux stages dans le privé qu’on leur refuse, faute d’exonération, et pour une meilleure rémunération : elle est aujourd’hui de 66 centimes par heure !

JBP Hebdo L’Anticapitaliste – 232 (06/03/2014)

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27 février 2014 ~ 0 Commentaire

Black bloc: ne pas tout mélanger (al)

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La presse a écrit tout et n’importe quoi à ce sujet, aussi faut-il donner quelques points de repère.

En premier lieu, le black bloc n’est pas un courant politique : c’est un mode d’action. Si beaucoup des gens qui s’y retrouvent se revendiquent de l’anarchisme, on y trouve aussi des léninistes de diverses obédiences, ou tout simplement des gens qui veulent en découdre avec la police, sans projet social plus précis. Le black bloc est avant tout né d’une pratique, celle de la mouvance squatter et autonome allemande des années 1980.

Le concept de départ est simple: pour mener au mieux les combats de rue contre l’extrême droite ou la police, il faut former un bloc (solidarité) où chacun est habillé en noir et masqué (anonymat). Comme souvent, la pratique a précédé la théorie, et n’a rencontré qu’a posteriori une philosophie produite parallèlement, comme notamment la fameuse (et fumeuse) Zone autonome temporaire d’Hakim Bey, publié aux États-Unis en 1991. Certains ont également vu dans le black bloc une tactique révolutionnaire, réactivant la vieille conception émeutière de la révolution (l’enchaînement émeute-insurrection-révolution).

Une conception émeutière de la révolution

En réalité, cette violence a-t-elle une valeur révolutionnaire ? En soi, non. Elle est un épiphénomène. Elle peut accompagner, mais nullement se substituer à l’affrontement central avec le capitalisme qui, lui, se joue dans la sphère économique : grèves, occupations, séquestrations de PDG, etc. La seule chose capable de paralyser l’État et le capitalisme, c’est un mouvement de grève générale avec occupation et réquisition des moyens de production. C’est la conception « grève-généraliste » de la révolution à laquelle adhère par exemple Alternative libertaire et que, jusqu’à présent, aucune conception nouvelle n’a supplanté.

La diversité des tactiques

Dès lors que l’on a conscience de cela, on peut ramener la violence de rue lors des contre-sommets à sa juste valeur : symbolique et spectaculaire. De fait, les médias parlent plus volontiers des actions radicales que d’une manifestation pacifique de 30.000 personnes. Et rien que pour cela, elles se justifient. L’enjeu crucial, pour ne pas que ces actions radicales tournent au spectacle rituel, est qu’elles ne soient pas politiquement déconnectées de la manifestation de masse.

L’État cherche à opposer les « bons » et les « mauvais » manifestants. Des deux côtés, certains tombent dans le panneau. Il faut au contraire maintenir la solidarité entre l’action radicale et la protestation de masse pacifique. Il doit y avoir de la place pour tout le monde. Mais il faut que les « pacifiques » restent solidaires des « radicaux » face à la répression et vice-versa.

C’est jouable, à condition de respecter quelques principes de base et, en premier lieu, celui de la « diversité des tactiques », qui s’est imposé notamment après le contre-sommet de la ZLÉA à Québec et à Prague en 2001. Que les personnes prêtes à en découdre se regroupent pour passer à l’action à un endroit différent de la manifestation pacifique. De cette façon, les « pacifiques » ne se sentent pas pris en otage par les « radicaux » et sont plus solidaires.

Évidemment, il peut toujours arriver que certains se planquent cagoulés dans les cortèges pacifiques pour canarder la police. C’est soit de la maladresse, soit de l’instrumentalisation cynique, soit une provocation policière. À Strasbourg en l’occurrence, l’importance du bouclage policier interdisait toute diversité et c’est l’ensemble de la manifestation, black bloc et « pacifiques » qui se sont retrouvés coincés dans une souricière où ils ont dû subir l’assaut des forces de répression.

26 février 2014 Des camarades d’AL (Montpellier, Alsace, Paris, Bordeaux, Rouen, Orléans, Reims) présent-e-s à Strasbourg

Comme une impression de déjà-vu… Comme à Gênes en 2001, le black bloc a fait le buzz médiatique du contre-sommet de l’Otan à Strasbourg. Après la manifestation du 22 février à Notre-Dame-des-Landes, le black bloc a provoqué un nouveau buzz médiatique. Nous republions ici un article paru sur la question après le contre-sommet de l’Otan, à Strasbourg, en 2009. Loin du tintamarre politicien, apprécions à sa juste mesure l’impact et les limites de ce mode d’action, et rappelons quelques principes de base de la solidarité face à la répression.

http://alternativelibertaire.org/?Black-Bloc-Ne-pas-tout-melanger

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27 février 2014 ~ 0 Commentaire

Stages en entreprise: une loi à minima (lo)

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Une nouvelle loi sur les stages en entreprise vient d’être votée.

Ces stages, qui sont souvent obligatoires pour valider les études, concernent beaucoup de lycéens et d’étudiants. Mais, devant la difficulté de trouver un premier emploi, bien des jeunes travailleurs effectuent aussi de tels stages pour afficher une expérience dans leur CV.

Le patronat profite abondamment de cette main-d’œuvre quasi gratuite.

Le nombre de stages est passé de 600 000 en 2006 à un million et demi l’an dernier. Les entreprises tournent donc avec des stagiaires, bien souvent sans même respecter les lois déjà en vigueur, la nouvelle loi étant la cinquième en huit ans.

Officiellement, un étudiant en stage ne doit pas remplacer un salarié absent ou licen- cié, ni exécuter une tâche régulière correspondant à un poste de travail permanent, ni occuper un emploi saisonnier ou faire face à un accroissement temporaire d’activité. Quand un stage arrive à son terme, une entreprise n’a pas le droit de reprendre immédiatement un stagiaire sur le même poste. Mais dans la réalité bien des patrons s’affranchissent de ces contraintes légales.

La nouvelle loi stipule que le temps de présence des stagiaires ne pourra plus être su- périeur à celui des salariés de l’entreprise et qu’ils ne pourront plus se voir confier des tâches dangereuses. Ce qui en dit long sur les conditions de travail réelles des stagiaires.

Dorénavant, les stagiaires auront droit aux tickets-restaurant et à une prise en charge partielle de leurs frais de transport. Ce qui n’est pas du luxe, vu que la gratification, c’est-à-dire la rémunération minimale, n’est que de 436 euros par mois : encore moins que le RSA. Mais cette gratification n’est obligatoire que si le stage dure plus de deux mois, la nouveauté étant que les patrons devront la verser dès la première journée de stage, alors qu’auparavant rien ne les obligeait à verser quelque chose les deux premiers mois.

Les pouvoirs publics ne donnent pas le bon exemple. Depuis un an déjà, les étudiants tra- vailleurs sociaux qui effectuent des stages de plus de deux mois auraient dû bénéficier de la gra- tification, à partir de la rentrée 2013. Or, comme les moyens financiers des collectivités locales et des établissements médico-sociaux qui les accueillent sont limités, cette mesure a été repoussée à la rentrée 2014.

Les stagiaires font partie du monde du travail. Ils devraient avoir les mêmes droits que tous les autres travailleurs. Lucien DÉTROIT

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2378&id=13

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26 février 2014 ~ 0 Commentaire

Frustrée, la jeunesse française rêve d’en découdre (le monde)

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L’autoportrait est sombre.

Amenés à définir leur génération, ce sont les mots « sacrifiée » ou « perdue » qui leur viennent le plus souvent à l’esprit.

La vie en noir

A l’automne 2013, les jeunes de 18 à 34 ans étaient conviés par France Télévisions à répondre à un long questionnaire en ligne sur eux-mêmes et leur génération. 210 000 se sont pris au jeu de cette opération « Génération quoi ? ». Leurs 21 millions de réponses fournissent un matériau de recherche exceptionnel pour les deux sociologues de la jeunesse Cécile Van de Velde et Camille Peugny, maîtres de conférences respectivement à l’EHESS et à l’université Paris-VIII, qui ont contribué à concevoir le questionnaire. Ils en tirent aujourd’hui pour Le Monde les principaux enseignements, en se focalisant sur la tranche d’âge des 18-25 ans, centrale pour l’analyse.

Interrogés sur leur devenir personnel, les jeunes répondants sont près des deux tiers à se déclarer plutôt ou très optimistes. En revanche, le regard qu’ils portent sur le destin de leur génération est extrêmement sombre. Vingt ans n’est pas le plus bel âge de la vie, pensent-ils majoritairement (à 51 %). Les mots-clés librement choisis pour définir leur génération sont édifiants : « sacrifiée », « perdue ». Et encore (après « Y », « Internet », « connectée »), « désabusée », « désenchantée », « galère »… « Autant ‘‘sacrifiée” est un terme qui a pu être induit par le discours des médias, analysent Cécile Van de Velde et Camille Peugny, autant ‘‘perdue” semble un choix spontané. » Donc révélateur.

Seuls 25 % des 18-25 ans ont la conviction que leur vie sera meilleure que celle de leurs parents. Ils sont 45 % à imaginer qu’elle sera pire, 29 % qu’elle sera semblable. Près d’un tiers (33 %) sont persuadés qu’ils ne connaîtront jamais autre chose que la crise. Quant à la vie de leurs propres enfants, 43 % pensent qu’elle sera encore pire que la leur. A toutes ces questions, les jeunes femmes répondent de façon encore plus pessimiste que leurs congénères masculins. « Ces pourcentages sont très élevés, sachant que les jeunes sont, dans la plupart des enquêtes, plus optimistes que leurs aînés. Ils le sont d’ailleurs dans cette enquête concernant leur avenir personnel, remarque M. Peugny. Ce qui apparaît ici, c’est le poids du discours de crise dans lequel nous baignons désormais, et le sentiment d’être pris dans une spirale du déclassement. »

Deux pondérations à apporter, selon lui, néanmoins. Les participants peuvent avoir été tentés de « surjouer un discours noir et cynique, ce qui est une manière de conjurer le sort ». Surtout, cette génération est fortement clivée en fonction des parcours et des statuts, précaires ou non. Ce n’est pas une mais des jeunesses qui se dessinent. En passant des étudiants ou salariés en CDI aux chômeurs-intérimaires-inactifs, le pessimisme gagne 20 points. L’expérience du chômage affecte fortement la projection dans l’avenir.

Un besoin de reconnaissance

« Les 18-25 ans qui ont participé font voler en éclats le mythe d’une société méritocratique » : voilà le second enseignement majeur de l’enquête, à entendre les deux sociologues. Près des trois quarts (70 %) d’entre eux ont le sentiment que la société française ne leur donne pas les moyens de montrer ce dont ils sont capables. « C’est massif, et en forte progression. En 2006, ils étaient 53 % dans ce cas. »

Les jeunes se montrent très sévères sur le fonctionnement du système éducatif à la française. Récompense-t-il le mérite ? Non, à 61 %. Donne-t-il sa chance à tous ? Non, à 61 %. Logiquement, plus le statut du jeune est précaire, plus son opinion est négative. Des réponses lourdes de rancoeurs dans une société « où formation initiale et diplôme exercent une si forte emprise sur les parcours de vie ». D’autant que dans la sphère professionnelle non plus, les jeunes n’ont pas l’impression que leurs mérites et efforts soient récompensés. 60 % des répondants ne se croient pas payés, par exemple, à la hauteur de leurs qualifications.

Dans cette enquête transparaît donc, selon Cécile Van de Velde, « une génération consciente, lucide, désillusionnée, selon laquelle les instruments de mobilité sociale ne fonctionnent pas ». « Les jeunes se sentent abandonnés par la société. Ils ne sont pas aux commandes de leur vie, ils subissent. Sont frustrés de ne pas pouvoir faire leurs preuves, montrer qui ils sont. » Pour réussir dans la vie, la moitié des répondants pense donc ne pouvoir compter que sur soi-même. « Les jeunes sont individualistes, libéraux, par dépit plus que par essence. » Puisque très majoritairement (77 %), ils estiment également que dans la vie, on ne peut pas s’en sortir sans solidarité.

0La valeur travail

Les jeunes valorisent d’autant plus le travail qu’il leur échappe, un quart d’entre eux connaissant le chômage. Seule une toute petite frange le rejette, envisageant de vivoter en marge du système. 81 % des répondants disent que le travail est important dans leur vie. Et pas seulement pour gagner de l’argent. La moitié déclare que travailler sert avant tout à s’épanouir. « Qu’ils soient soucieux de l’équilibre vie privée-vie professionnelle ne veut pas dire que la valeur travail se perd », commente Camille Peugny, pour qui rien n’est plus faux que les clichés sur une « génération feignasse » : « Impossible de faire une conférence sur les jeunes sans qu’un manager assure qu’à peine arrivés en entreprise, les jeunes ne s’intéressent qu’à leurs RTT. Platon déjà évoquait la décadence de la jeunesse, c’est un discours vieux comme le monde, lié au cycle de l’âge, à la difficulté à concevoir le changement apporté par les jeunes. »

A la question « Actuellement, es-tu épanoui dans ton travail ? », 62 % des 18-25 ans ont acquiescé. Mais la statistique chute à 43 % pour les intérimaires… L’enquête Génération quoi ? fournit le plus grand échantillon d’intérimaires jamais réuni (8 000 répondants dans cette situation), et leur « souffrance » saute aux yeux des sociologues. « Il faut sortir du discours sur l’intérim choisi. Ces jeunes veulent travailler davantage, ils ont le sentiment insupportable que leur destin est aux mains des autres, que leur sort dépend d’un coup de téléphone, ce qui interdit toute projection dans l’avenir. »

La tentation du départ

« T’installer à l’étranger, ça te tente ? » Evidemment oui, cela tente les trois quarts des participants à l’enquête. Inhérente à la jeunesse, cette envie d’aller voir ailleurs est plus que jamais valorisée dans la société. Mais 24 % des jeunes se sont reconnus dans une expression volontairement rageuse, hargneuse, qui leur était suggérée : « Dès que je peux, je me barre. » « Une réponse aux portes fermées pour tous les jeunes dans l’impasse, chômeurs, petits contrats, stagiaires… », à en croire les sociologues. (…)

La faute aux baby-boomers

Autre ambivalence, chez les jeunes cette fois : ils ne sont pas en conflit avec la génération parentale parce que les relations sont souples, les solidarités fortes. Mais cela ne les empêche pas d’en vouloir à leurs aînés de ne pas leur faire de place dans la société. Pour un jeune sur deux, les générations précédentes sont responsables de leurs difficultés. « C’est assez nouveau en France, et l’on peut penser que cela monte, surtout chez les étudiants, observe Cécile Van de Velde. Le problème d’équité entre générations se conscientise, sans doute du fait de la politique d’austérité, de la réforme des retraites et des débats sur le poids de la dette. Les jeunes pensent qu’ils font les frais de tout cela. » Mais sur une même génération, leur regard est double. Les mêmes qui disent « Marre des baby-boomers, on paye pour leur retraite, nous on n’en aura pas » ne veulent surtout pas que la retraite de leurs parents soit amputée – c’est particulièrement frappant chez les jeunes filles. « Ce qui explique en partie pourquoi le mouvement des Indignés a si peu pris en France… »

La politique, ils n’y croient plus

Vis-à-vis d’elle, la défiance est énorme. Près de la moitié (46 %) des répondants n’ont pas du tout confiance dans les femmes et hommes politiques. Certes, ils sont encore plus nombreux à se méfier des institutions religieuses (60 %) Et presque aussi sceptiques à l’égard des médias (40 % de non-confiance) que des politiques.

Mais pour la moitié des 18-25 ans, c’est tout vu, les politiques sont « tous corrompus ». Ces derniers ont bien encore du pouvoir (64 % des réponses), mais l’utilisent mal, puisqu’ils laissent la finance diriger le monde (90 %). La charge est violente, aux yeux des deux sociologues : « Les jeunes expriment une demande d’Etat, en souhaitant par exemple que leur période de formation soit financée. Ils pensent que les politiques, s’ils en avaient le courage, pourraient avoir une influence sur leur vie. Mais qu’ils ont laissé la finance prendre le pouvoir. Il y a du mépris dans ce regard des jeunes. Ils n’y croient plus. »

Chez eux, jeunes diplômés en tête, le sentiment que droite et gauche se valent semble encore plus fort que dans l’ensemble de la population. « Ils font l’expérience de la désillusion politique. C’est la première fois qu’ils vivent la gauche au pouvoir. Et ils ont le sentiment que rien ne change pour eux. » Voilà qui poussera massivement à l’abstention, anticipent les chercheurs. « Ce sont des gens informés, qui ne se fichent pas de la politique, qui ont des habitudes participatives liées à l’usage des réseaux sociaux. Mais l’offre politique ne répond pas à leurs attentes. La démocratie ne s’adresse pas à eux. Ils n’iront pas voter mais ce sera une abstention politique, réfléchie, presque militante. »

S’ils critiquent au plus haut point la politique traditionnelle, les 18-25 ans s’engagent plus volontiers dans un militantisme de terrain : manifestations, associations, solidarités locales… Leur altruisme semble plus marqué que celui du reste de la population. 80 %, par exemple, seraient favorables à un service civique obligatoire. Autre valeur classique de la jeunesse, la tolérance demeure forte (70 % estiment que l’immigration est une source d’enrichissement culturel) mais semble s’éroder. « A l’image de ce qui se passe dans l’ensemble de la société, une grosse minorité campe sur des positions autoritaires et xénophobes. Une véritable bombe à retardement, craint Mme Van de Velde. Ce sont les jeunes invisibles, dans des vies d’impasse, perdants de la mondialisation. Beaucoup de ruraux et de périurbains, en difficulté, déclassés. Ils sont souvent tentés par le Front national. » Un tiers des répondants envisagent que des emplois puissent être réservés aux Français.

Un vent de révolte

Une Cocotte-Minute qui n’aurait pas de soupape. Telle est l’inquiétante image choisie par les deux sociologues pour décrire le « fort potentiel de révolte » perçu au travers de cette vaste enquête. « C’est une génération qui veut entrer de plain-pied dans une société vieillissante. Elle enrage de piétiner à son seuil. Elle ne veut rien renverser, elle n’est pas en conflit de valeurs, mais elle trouve toutes les portes fermées, et elle envoie un avertissement. »

Besoin d’expression étouffé. Frustrations de ne pas avoir de place, de n’obtenir aucune reconnaissance sociale, de ne pouvoir devenir des citoyens à part entière, dotés d’un travail et d’un logement. Trajectoires déviées parce que l’emploi trouvé ne correspond pas aux études. Craintes pour l’avenir. Défiance vis-à-vis du politique… « Ce sentiment d’être privés de l’essentiel constitue un terreau fertile à la contestation. »

Jamais la jeunesse, en France, n’a été aussi éduquée. Lorsqu’ils sont chômeurs, stagiaires, coincés dans l’intérim, ces enfants de la démocratisation scolaire et de la mondialisation culturelle, extrêmement informés, vivent comme une indignité de devoir se contenter de survivre alors que leurs études ont fait naître de forts espoirs. D’où cette frustration existentielle et cette capacité à développer un discours de plus en plus critique sur l’épreuve sociale qu’ils traversent. « Un ‘‘nous » pourrait se former, croient les sociologues, si les diplômés étaient rejoints par les jeunes en désespérance sociale. »

A la question « Est-ce que tu participerais à un mouvement de révolte type Mai 68 demain ou dans les prochains mois ? », ils sont 61 % à dire oui. Tous quasiment égaux dans la colère, femmes et hommes tirés d’affaire et jeunes en galère… 66 % des intérimaires. 63 % des chômeurs. 60 % des étudiants. Et même 54 % des employés en CDI !

« Les jeunes ne sont pas dans la résignation. Il y a une énergie latente, comme en 1968 », perçoit Cécile Van de Velde. En temps de crise, explique-t-elle, on peut adopter une stratégie d’adaptation au système (loyalty), de départ (exit), ou de révolte (voice). « ‘‘Loyalty » pourrait bien se transformer en ‘‘voice » si rien ne bouge… Il suffit d’une étincelle… » Et d’une figure cible. La chance des politiques jusqu’à présent ? Qu’il soit plus malaisé de se rebeller contre un ennemi lointain et abstrait – la finance, la mondialisation, l’Europe – que contre la génération de ses parents, comme en 1968.

LE MONDE | 25.02.2014 à 12h56 • Mis à jour le 25.02.2014 à 13h28 | Par Pascale Krémer

http://www.lemonde.fr/emploi/article/2014/02/25/frustree-la-jeunesse-francaise-reve-d-en-decoudre_4372879_1698637.html

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19 février 2014 ~ 0 Commentaire

Il faut croire que les patrons ont la santé fragile (regards)

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Sophie Binet (CGT)

Alors que l’Assemblée examine aujourd’hui des mesures visant à mieux encadrer les stages en entreprise, le président du Medef s’est plaint de projets de loi « stressants » pour les patrons. Ce qui n’émeut pas particulièrement Sophie Binet, membre du Bureau confédéral de la CGT.

 Pierre Gattaz a demandé mardi un « moratoire » sur les lois qui mettent « du stress sur le dos des patrons ». Il a en particulier cité le projet de réforme du statut des stagiaires, qui est débattu à l’assemblée mercredi…

Sophie Binet. Il faut croire que les patrons ont la santé fragile. Car il n’y a vraiment pas de quoi les stresser dans la proposition de loi du gouvernement. Le projet va certes dans le bon sens : il interdit les stages de plus de six mois, il oblige les établissements délivrant les conventions de stage à dis- penser un nombre d’heures d’enseignement minimum afin de lutter contre les conventions de complaisance, et surtout il fixe un plafond de stagiaires par entreprises, qui devrait tourner autour de 10%. C’est un bon début, mais c’est loin d’être suffisant. On estime qu’au minimum 100.000 emplois sont remplacés par des stages…

Quelles sont les principales propositions de la CGT ?

Pour éviter le travail dissimulé et renforcer les droits des stagiaires, on a d’abord besoin de garanties sur le contenu pédagogique du stage. Ensuite, il faut donner plus de droits aux stagiaires, notamment sur le temps de travail, qui devrait être limité à 35 heures, contre 48 comme c’est le cas actuellement dans la proposition de loi. Sachant que 70% des stages aujourd’hui ne sont pas indemnisés du tout, surtout dans le secteur public de la santé et du social, nous proposons également que tous les stagiaires soient payés au minimum la moitié du smic, y compris pour les stages courts, qu’ils bénéficient de la prise en charge de la moitié des frais de transport et des tickets restaurant. Certains parlementaires socialistes, verts et communistes ont d’ailleurs repris nos propositions, qu’ils ont déposées sous forme d’amendement.

Le patron du Medef a aussi déclaré avoir « très, très peur » de l’impact d’autres projets de loi pour les entreprises. On ne peut pourtant pas dire que ces dernières soient maltraitées par le gouvernement…

En effet, et il n’y a pas que les 20 milliards d’euros d’allègements fiscaux du CICE ou les 30 milliards du Pacte de responsabilité (ce n’est pas encore clair de quelle manière les deux vont s’agencer). Les entreprises bénéficient au total de 200 milliards d’euros d’exonérations et de cadeaux fiscaux. Ceci inclut par exemple le Crédit impôt recherche de 6 milliards d’euros par an, qui représente un quart du budget annuel de l’enseignement supérieur et de la recherche, et qui n’a pourtant pas conduit à une augmentation de la part de la R&D dans le PIB, comme le pointe un rapport de la Cour des comptes. Quant au CICE, censé rendre les entreprises exportatrices françaises plus compétitives, il n’est même pas ciblé sur les secteurs qui exportent, puisque seulement 20% vont à l’industrie, le reste allant à des secteurs comme la restauration ou la grande distribution qui n’ont pas de problème de concurrence internationale. De plus, ce dispositif ne profite finalement qu’aux grands groupes, qui n’hésitent pas à exiger de leurs sous-traitants qu’ils baissent leurs prix à hauteur de ce qu’ils ont économisé grâce au CICE…

L’efficacité de cette politique de l’offre ne semble donc pas évidente en termes d’embauches… D’ailleurs Pierre Gattaz se garde bien de s’engager en cette matière, souhaitant que le « l’observatoire des contreparties » soit renommé « comité de suivi ».

La création d’emplois dépend du carnet de commandes, pas du coût du travail. Même Jean-François Roubaud, le patron de la CGPME, l’a reconnu le mois dernier. On peut baisser les cotisations et les impôts tant que l’on veut, les entreprises n’embaucheront et n’investiront pas si la demande n’est pas là. L’engagement du Medef de créer un million d’emplois en cinq ans s’il obtient 100 milliards de baisse de charges n’a donc aucun sens. Cela fait trente ans que l’on mène ces politiques de baisse de coût du travail, on sait maintenant qu’elles sont inefficaces. La CGT exige une évaluation des 200 milliards d’aide dont bénéficient les entreprises chaque année, et propose de les conditionner à leur politique d’emploi, d’investissements, de salaire et de lutte contre la précarité. Plus largement, pour sortir de la crise, il faut adopter, comme commencent à le faire nos pourtant très libéraux voisins, une politique de la demande. Si l’Allemagne, la Grande Bretagne, les Etats-Unis et même la Chine augmentent les salaires, ce n’est pas par charité, c’est parce que c’est le meilleur moyen de relancer l’économie par la demande intérieure ! Entretien, par Laura Raim| 19 février 2014

http://www.regards.fr/web/sophie-binet-cgt-il-faut-croire,7489

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11 février 2014 ~ 0 Commentaire

La Ministre veut faire enseigner l’entreprenariat dès la maternelle (ufal)

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Je pense que si on veut avoir davantage d’étudiants [qui lancent des entreprises, ndlr], si on veut avoir une vraie équipe France, c’est la culture qu’il faut changer et il faut commencer très tôt, il faut même commencer dès l’école maternelle. Mais comme je suis responsable de l’enseignement supérieur et de la recherche, je commence à la recherche ! Geneviève Fioraso

Il n’est sans doute pas inutile de rappeler à notre ministre que même à son niveau, c’est-à-dire celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, l’article L141-6 du Code de l’éducation, qui dit que « Le service public de l’enseignement supérieur est laïque et indépendant de toute emprise poli- tique, économique, religieuse ou idéologique ; il tend à l’objectivité du savoir ; il respecte la diver- sité des opinions. Il doit garantir à l’enseignement et à la recherche leurs possibilités de libre développement scientifique, créateur et critique », le monde l’entreprise n’a pas à s’immiscer de la sorte ! C’est l’occasion pour l’UFAL de rappeler son attachement à la laïcité scolaire qui permet cette séparation entre l’école publique et à la société civile. Sans cette séparation, aucune instruction n’est possible. mardi 11 février 2014 – 11h42

http://www.ufal.info/ecole/ecole-br…

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08 février 2014 ~ 0 Commentaire

Cannabis, l’autre débat interdit (les inrocks)

Cannabis, l’autre débat interdit (les inrocks) dans Jeunes weed

Les écolos dénoncent le retard français sur le cannabis.

Leur proposition : autoriser son usage contrôlé pour sortir de l’impasse idéologique de la politique en matière de drogue. Etat des lieux avec la sociologue Anne Coppel.

L’heure n’est pas aux débats de société. Le gouvernement a cédé aux mouvements ultra conservateurs : PMA trappée et examen de la loi famille déplacée à 2015. D’autres débats de société flottent dans les limbes de l’idéologie réactionnaire. Le groupe EELV du sénat, sous la houlette de la sénatrice Esther Benbassa, le rappelle en présentant ce 6 février une proposition de loi “visant à autoriser l’usage contrôlé du cannabis”. “La France est en retard sur ces questions. Il y a deux millions de fumeurs de cannabis en France. Il faut dépénaliser le cannabis et encadrer son usage : créer une filière comme le tabac, réguler la production, la distribution, la vente et améliorer la prévention des mineurs. Cela permettra de mener une véritable politique de santé publique, d’endiguer les filières et d’améliorer la paix sociale en banlieue”, estime Esther Benbassa. Reste qu’à la veille des municipales et dans un contexte pollué par les extrémistes, cette question n’a guère de chance d’être portée par le gouvernement. Etat des lieux avec la sociologue spécialiste Anne Coppel, auteur de Sortir de l’impasse. Expérimenter des alternatives à la prohibition (La Découverte, 2012).

Quel est le bilan de la lutte contre la drogue en France ?

Le bilan est très mauvais, dans la santé comme dans la sécurité. De 1994 à 2001, la France avait réussi à surmonter “la catastrophe sanitaire et sociale” (diagnostic du rapport Henrion sur les conséquences de l’épidémie d’héroïne des années 80) grâce à une politique de santé publique qui avait permis une baisse de 80% des overdoses, une baisse des contaminations du VIH et une amélioration de l’accès aux soins des usagers de drogues.
A partir de 2002, la réponse répressive contre l’usage du cannabis devient la priorité du gouvernement. Rien n’est fait dans la prévention ou le soin des autres drogues illicites ou licites (alcool, tabac). La santé publique se dégrade, ce dont témoigne la nouvelle hausse des overdoses. Alors qu’en 2007 le gouvernement déclare la tolérance-zéro pour usage de cannabis (avec peines-plancher), sa consommation repart à la hausse de 2007 à 2011 chez les plus jeunes.
La réponse policière – qui porte à 90% sur l’usage – a eu des effets encore plus contre- productifs en matière de sécurité. Le trafic de rue a progressé dans certains quartiers comme la Courneuve que Sarkozy avait voulu nettoyer au Kärcher en 2005 et qui en 2011 fait la une pour un règlement de compte mortel. Depuis, des règlements de compte font régulièrement la une des medias. Sur la lutte contre « la » drogue, les positions de Valls sont les mêmes.

Les lois répressives sont-elles vraiment appliquées ? Peut-on se retrouver en prison pour usage de cannabis ?

Oui, contrairement à ce qu’on dit, les magistrats appliquent la législation en vigueur. Mais il s’est révélé rapidement impossible de mettre en prison pour un an tous les usagers interpellés. Des peines alternatives ont donc été prévues, et ces peines sont appliquées. La détention de drogue, assimilée au trafic, est passible de 10 ans de prison quelles que soient les quantités et les drogues. Là aussi, l’application systématique s’est révélée rapidement impossible : avec 140 000 usagers interpellés (en 2012), il faudrait doubler voire tripler le nombre de places de prison, et pour des peines longues puisque la plupart d’entre eux détiennent du produit. Quatre millions de consommateurs échappent à toute sanction, ce qui donne l’illusion que la législation n’est pas appliquée. Mais le dispositif répressif sélectionne sa clientèle. En 2011, nous avons retrouvé près de 8 000 usagers de cannabis en prison, dont 3 000 pour “usage simple”, c’est-à-dire sans détention, et 5000 pour détention. Il s’agit donc d’une petite minorité. On peut penser qu’il s’agit de personnes “bien connues des services de police”, sans doute soupçonnées de trafic. Ils sont néanmoins en prison pour usage, sans doute à quelque 90% de cannabis.

Pourquoi est-il difficile d’aborder cette question avec pragmatisme ?

Les Français ont bien du mal avec le pragmatisme. Pas seulement pour les drogues. La gauche est paralysée par l’accusation de “laxisme”, bien injuste, puisque sa politique n’est pas différente. Il y a un tabou français, un débat très politicien. En Allemagne, les länder ont adopté différentes mesures de tolérance de la détention (jusqu’à 30 grammes à Berlin, par exemple) sans grand débat public. La question du cannabis est particulièrement idéologique, elle renvoie aux relations entre jeunes et adultes, ainsi qu’aux relations aux “jeunes des cités”, des noirs et des arabes essentiellement.
Les campagnes sur la dangerosité du cannabis de ces dix dernières années ont été particulièrement dramatisantes : le cannabis rend dépendant, fou, il tue… Il y a bien des effets néfastes de l’abus de cannabis ou de sa consommation trop précoce, mais sans commune mesure avec l’alcool ou le tabac – un tabou plus meurtrier encore ! Le cannabis n’est pas un problème de santé publique, c’est un problème de politique politicienne – qui sert, comme aux Etats-Unis, à mobiliser la peur et le conservatisme.

Dans l’argumentaire d’EELV, on ne retrouve plus rien des arguments libertaires pro drogues douces des Verts. Ses arguments gravitent aujourd’hui autour des questions de santé publique et de la lutte contre les trafics. Une manière de ramener le débat sur une ligne pragmatique?

La ligne pragmatique est liée à un tournant international. En 2011, la commission mondiale sur la politique des drogues stipule qu’il n’y aura pas de changement de politique des drogues sur la revendication du droit de se droguer – même si les violations graves des Droits de l’homme sont un argument de poids contre le régime prohibitionniste. Pour ou contre la prohibition, les positions de principe sont irréconciliables. Il est possible par contre de s’entendre sur la base de faits pour orienter la politique actuelle vers amélioration de la santé publique comme de la sécurité.

Faut-il légaliser le cannabis pour lutter contre le trafic ? Que préconisez-vous ?

Lutter contre les conséquences du trafic, la violence et la corruption, le développement d’organisations criminelles, est un argument majeur pour changer de politique des drogues. Cela dit, il ne faut pas se faire d’illusion : les organisations criminelles n’ont jamais été aussi puissantes et leur développement n’est pas seulement lié à la prohibition des drogues – même si c’est environ la moitié de leur revenu. En la matière, il ne faut pas espérer “éradiquer le trafic”, mais limiter le pouvoir, les ressources et les nuisances de ces organisations criminelles internationales. Au-delà de la politique des drogues, il faut aussi une politique d’insertion des jeunes des cités.
Il n’y a pas de solution-miracle, mais un ensemble d’expérimentations à développer. Je ne crois pas que le gouvernement actuel va légaliser le cannabis, et je crois qu’il faut impérativement sortir de l’alternative “la légalisation ou rien”. Sinon, le débat continuera d’occuper l’espace publique un jour, deux jours, voire une semaine, puis le sujet sera mis de côté, sans que rien ne change.

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22 janvier 2014 ~ 0 Commentaire

Le mans, les étudiants futurs enseignants toujours en grève à l’Espé (lml)

manifestation

Depuis la rentrée, les Instituts de formation des maîtres (IUFM) ont été remplacés par des Écoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espé).

« Très insatisfaits de la nouvelle formation » et regrettant qu’on ne leur « apprenne pas à apprendre », les étudiants de l’école mancelle, « futurs enseignants » se sont mis en grève lundi matin et ont instauré un blocage filtrant du bâtiment. À quelques semaines du concours, les étudiants sont partagés entre « inquiétude et colère. Il faut que les étudiants cessent d’être les oubliés dans la construction des Espé ». Sans remettre en cause « la qualité » de leurs formateurs, les étudiants pointent « un manque de moyens et de mauvaises conditions d’apprentissage de par la réforme Peillon des IUFM ».

« Il y a un ras-le-bol général et il faut qu’il y ait une prise de conscience », s’insurge un jeune étudiant. « Il y a des moments où on décroche parce que ce n’est pas tenable. On ne nous prépare pas à un concours et encore moins à enseigner. »

Un mouvement que soutiennent les enseignants de l’Espé qui tiennent à faire savoir qu’ils « comprennent et soutiennent ce mouvement. La place du concours (en fin de première année) et la nature des épreuves de ce concours, à la fois académiques et préprofessionnelles, demandent une préparation très lourde en un temps trop court qui empêche d’approfondir les contenus et la pratique. » Les formateurs expliquent en effet que « les étudiants n’ont, vu la lourdeur de cette première année, aucun stage en responsabilité. Ils devront pourtant prendre la classe – seuls et à mi-temps – dès le début de la seconde année, s’ils sont reçus au concours ».

Le mouvement se poursuit ce mardi au Mans et les étudiants espèrent être rejoints par d’autres Espé françaises.  A savoir que l’Espé Nantes est un établissement académique, disposant d’une antenne dans les cinq départements de Pays de la Loire.

Mathilde BELAUD mardi 21 janvier 2014

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12 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

Une jeunesse stigmatisée (2)

prison-mineurs-delinquants

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De tout temps et dans de nombreuses sociétés, les jeunes générations ont été tenues pour partie responsables de désordres civils insupportables. Au début du XIXe siècle, les classes laborieuses ont été désignées comme dangereuses et pénalisées en conséquence. Les enfants voleurs ou vagabonds ont été relégués dans les bagnes.

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En France, l’ordonnance de 1945 a innové en introduisant l’idée que la sanction doit être l’exception en matière de réponse pénale et qu’il faut mettre en place des institutions spécialisées pour les mineurs.

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Et au tournant des années 60-70, l’esprit de l’ordonnance de 1945 paraît s’imposer. Après 1968, la droite va mettre cette question au centre, avec loi anti-casseurs du gouvernement Chaban-Delmas en 1970, puis, après une campagne électorale en 1974 où la question de la sécurité devient pour la première fois un thème de campagne, Alain Peyrefitte fait voter en 1980 la loi sécurité et liberté.

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En 1981, la gauche abrogera la loi anti-casseurs et en 83 une partie seulement de la loi Peyrefitte, conservant en particulier la disposition inique de la comparution immédiate.

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La question de l’insécurité ne va plus quitter le devant de la scène. En lien avec le processus de relégation des quartiers les plus pauvres et le chômage, les jeunes de ces quartiers vont petit à petit servir de boucs émissaires.

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En 1999, c’est dorénavant la gauche qui décide d’inscrire les orientations de la Protection judiciaire de la jeunesse dans le cadre d’un conseil de sécurité intérieure jusque-là réservé au terrorisme. Sous l’impulsion de Chevènement, ministre de l’Intérieur, l’heure est au « traitement de toutes les incivilités » et à la « tolérance zéro » pour les mineurs.

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Le mouvement sécuritaire va s’accélérer avec en 2002 l’élection de Chirac et Sarkozy au ministère de l’Intérieur. La loi dite Perben I va considérablement accentuer le mouvement d’aggravation de la pénalisation des mineurs auteurs, en favorisant la banalisation de l’enfermement et de l’incarcération. Dorénavant, le souci de protection est posé comme antinomique avec la prise en compte des victimes ou avec la cohérence de la réponse judiciaire.

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La rapidité de traitement des procédures n’est plus une réaction « normale » face à la « lenteur de la justice » mais un choix justifié par l’efficacité attendue de l’action pénale vis-à-vis des adolescents. Le travail éducatif dans la durée est posé comme contradictoire avec les exigences de l’ordre public.

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L’heure est au retour des pères fouettards et à la réhabilitation de la valeur de la sanction visible, voire spectaculaire. Les éducateurs PJJ font un retour en quartier mineur, les établissements pénitentiaires pour mineurs et les centres éducatifs fermés (CEF) sont créés. Si depuis la fin des années 90, une partie de la jeunesse originaire des quartiers défavorisés et ghettoïsés est régulièrement désignée comme responsable de l’insécurité, les textes sécuritaires vont exploser à partir de 2002.

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Depuis la défaite électorale de Sarkozy en 2012, le seul texte sur les mineurs, dont l’abrogation a été annoncée dans le cadre du projet de réforme pénale, est celui sur les peines plancher. Cependant, le débat parlementaire aura lieu après les élections municipales et, dans la logique imposée par Valls cet été, rien ne garantit que cette suppression ira à son terme. Concernant la suppression des dispositifs sécuritaires hérités du sarkozisme dans l’ordonnance de 1945 (dont la suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs), ils sont renvoyés à plus tard.

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Nous pouvons craindre qu’ils soient considérés comme inopportuns politiquement. Les annonces de campagne de François Hollande sur le doublement des CEF étaient clairement explicites sur le refus de rupture avec le gouvernement précédent. La ministre de la Justice, qui n’avait pas une approche aussi timorée, a été contrainte d’accepter dix CEF publics supplémentaires alors qu’elle évoquait à l’été 2012 l’arrêt des ouvertures.

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Les jeunes auteurs d’actes de délinquance seraient, prétendument, de plus en plus nombreux et de plus en plus violents. Sarkozy et consorts ont été les plus zélés caricaturistes de la réalité. Cependant, les formules chocs employées à l’occasion de faits divers sont contestées par les études argumentées. Celles-ci mettent en évidence pour les mineurs une stabilité des actes criminels sur le long terme à un niveau très bas, et une augmentation des faits correctionnels comparables pour les mineurs et les majeurs.

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De surcroît, les statistiques sur la délinquance en général peuvent autant refléter l’augmentation réelle de celle-ci qu’être le produit de l’activité policière ou de la sévérité accrue des procureurs. En fait, la stigmatisation des jeunes auteurs de délits fait d’autant plus écho dans la population que celle-ci est confrontée à une situation de crise économique et sociale qui favorise l’explosion de la précarité.

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Face à l’incertitude du lendemain qui atteint un nombre de plus en plus grand de personnes, le sentiment d’insécurité est amplifié par des campagnes populistes qui visent à détourner l’attention des véritables responsables de l’insécurité. Les jeunes et les étrangers sont des sources inépuisables de ces campagnes réactionnaires.

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Michel Faujour, co-secrétaire national du SNPES-PJJ/FSU (syndicat des personnels de la Protection judiciaire de la jeunesse)

http://www.npa2009.org/node/39792

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11 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

CFA de Quimper, vingt jeunes contrôlés avec de la drogue (of)

legalize

Les policiers du commissariat de Quimper ont déployé les gros moyens, mardi matin, au centre de formation des apprentis du bâtiment de Quimper.

C’est la direction du centre qui a demandé l’intervention des forces de l’ordre. Sous le contrôle du parquet, 20 fonctionnaires de police, assistés d’un chien spécialisé dans la recherche de stupéfiants, ont fouillé toutes les salles de cours et ateliers de formation ainsi que les chambres de l’internat. Au cours des recherches, les policiers ont saisi de la résine de cannabis ainsi que de l’herbe. Une vingtaine de jeunes, majeurs comme mineurs, ont été identifiés et convoqués pour traitement des suites judiciaire. Ils seront poursuivis pour détention illégale de produits stupéfiants. Quimper – 08h52

http://www.ouest-france.fr/cfa-de-quimper-vingt-jeunes-controles-avec-de-la-drogue-1780522

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