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24 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Le journal anglais “the independent” décide de boycotter les livres sexistes (les inrocks)

marre du rose

Le journal britannique “The Independent” a décidé de ne plus traiter dans ses colonnes des livres présentant un marketing genré.

La mesure, très forte, démontre s’il en était besoin que la question des stéréotypes véhiculés par les livres pour enfants déborde largement le cadre de l’Hexagone. Dans une tribune mise en ligne le 16 mars, Katy Guest, la chef de la rubrique livres de The Independent on Sunday, l’édition dominicale du journal britannique The Independent, explique que sa rédaction ne parlera désormais plus des livres dont le marketing est genré, autrement dit des livres sexistes :

“Ce journal et ce site ne parleront plus des livres qui sont explicitement destinés aux filles ou aux garçons. La section livre de The Independent fera de même. (…) Tout livre pour filles au sujet de princesses ennuyeuses qui atterrira sur mon bureau ira directement à la poubelle à côté de tout Super grand livre de petit morveux destiné aux garçons. Si vous êtes un éditeur qui pense que votre livre s’adresse à tous les enfants, nous serons très heureux de vous rencontrer. Le prochain Harry Potter ou Katniss Everdeen [héroïne de Hunger Games - ndlr] ne sortira pas avec une couverture rose. Nous vous remercions donc de ne pas nous envoyer ce genre de livres.”

Stop aux couvertures roses  Le boycott est né en réaction à une interview donnée par Michael O’Mara, PDG des éditions Buster Books, à The Independent. Il y expliquait refuser d’adhérer à la campagne Let Books Be Books qui incitait les éditeurs à mettre un terme au marketing genré : “C’est avéré qu’un grand pourcentage de gens achètent pour leurs enfants en fonction de leur sexe. Nous savons que quand ils achètent sur Amazon, ils tapent souvent “livres pour garçons” et “livres pour filles”. Tous les garçons n’aiment pas une même chose et toutes les filles n’aiment pas une même autre chose mais le fait est que beaucoup de garçons aiment les mêmes choses et beaucoup de filles pareil“.

Ses propos ont fait bondir Katy Guest (à juste titre) :N’a-t-il jamais entendu parler du best-seller de Suzanne Collins, Hunger Games, qui a pour personnage principal une femme, a une couverture dépourvu de rose et est autant aimé par les garçons que par les filles ? Pour ceux qui ne le sauraient pas, l’héroïne, Katniss Everdeen, est plutôt habile avec un arc et une flèche et ne passe pas beaucoup de temps à se préoccuper de son apparence”. Pour elle, en développant des produits genrés, les éditeurs et les entreprises de jouets pour enfants ne cherchent qu’à “pousser les parents à acheter deux fois plus“.

Elle rappelle aussi : “Il y a aussi ceux qui soutiennent que les enfants sont dirigés vers un chemin masculin ou un chemin féminin dès leur conception, et qu’aucune quantité de lecture ne pourra rien y changer. En fait, il n’y a aucune preuve que les garçons et les filles sont nés avec différents intérêts et plein de preuves qu’ils acquièrent leurs goûts en sociabilisant.”

Et de prendre pour exemple le roman Mathilda de Roal Dalh, “désormais publié avec une couverture rose“. “Un libraire a rapporté avoir vu une mère arracher un exemplaire de ce roman des mains de son garçon en lui disant ‘ça c’est pour les filles’ comme elle le reposait sur l’étagère”.  Katy Guest raconte également que la publication de livres marketés pour les garçons et de livres marketés pour les filles pousse certains éditeurs à exiger des auteurs des livres véritablement écrits en fonction du sexe auxquels ils se destinent. “En cataloguant les enfants, nous les laissons tomber. Les livres, plus que toute autre chose, devraient être destinés à tout enfant qu’ils intéresseraient”. 

De la censure ? La décision de Katy Guest n’a pas fait l’unanimité. Dans un article publié deux jours plus tard, la rédactrice répond aux critiques reçues. Elle se défend de faire dans la censure en rappelant que son métier de critique consiste justement à choisir de quels livres parler ou non. “J’ai déjà expliqué pourquoi je ne peux recommander un livre qui exclut la moitié des lecteurs dès le départ, et consacrer une critique à un livre juste pour expliquer en quoi il est mauvais me semble contre-productif. Vous ne préfériez pas savoir quels livres valent le coup ?” interroge-t-elle.

Concernant la fameuse “couverture rose” à laquelle elle s’en prend dans sa première tribune, la journaliste précise qu’elle ne mettra pas de côté tout livre comportant du rose ni tout ouvrage dont le titre serait composé du mot “princesse”. “Cependant, tout éditeur publiant un livre de cuisine rose avec des photos de filles sur la couverture, et un livre bleue sur le football avec des garçons sur la couverture, envoie inévitablement un message. Pas vraiment ‘explicite’, mais assez tout de même”. Et si les médias français suivaient l’exemple ? 20/03/2014 | 16h25

http://www.lesinrocks.com/2014/03/20/actualite/le-journal-anglais-independent-boycotte-les-livres-sexistes-11489847/

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19 mars 2014 ~ 0 Commentaire

« Pressions insensées » et « folles rumeurs » (politis)

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L’académie de Créteil annule un spectacle pour enfants .Les enfants de Bonneuil-sur-Marne ne verront pas Oh Boy !, spectacle acclamé depuis cinq ans, car son personnage principal est homosexuel.

Les réacs de la Journée de retrait des écoles (JRE) n’ont même plus besoin de froncer les sourcils pour faire monter la pression sur l’Éducation nationale. L’emballement du début d’année sur la prétendue « théorie du genre » à l’école provoque aujourd’hui une vague de censures par anticipation.

C’est une pièce pour enfants, primée d’un Molière « jeune public » en 2010, qui a fait début mars les frais de leurs campagnes, comme le rapporte ce jeudi L’Express. Le spectacle Oh Boy !, adapté d’un roman distingué par une montagne de prix littéraires, tourne depuis 2009 et remplit les salles. 600 représentations et 100 000 spectateurs sans la moindre polémique. Seul sur scène, Barthélémy parle de relations fraternelles, de suicide, de maladie, de secrets. Le sujet interdit affleure à de rares instants, sans que le texte ne s’y attarde : le jeune homme de 26 ans est homosexuel.

Craignant les pressions homophobes, c’est l’inspection académique du Val-de-Marne qui est intervenue pour annuler les représentations prévues les 3 et 4 mars pour 554 élèves de CM1/CM2 de Bonneuil-sur-Marne. Après l’inquiétude qu’auraient exprimée plusieurs enseignants – et dans un contexte virant à l’hystérie —, elle souhaitait se réserver le temps d’un travail péda- gogique pour préparer les esprits et informer les parents « de façon à ce qu’ils n’aient pas le sentiment d’être trompés ». Pour le metteur en scène, cette déprogrammation est consternante. « C’est un texte sensible et poétique qui ne parle même pas d’homosexualité, s’attriste Olivier Letellier. D’ailleurs, il ne pose aucun problème aux enfants. Ce sont les adultes que cela dérange. »

« Pressions insensées »… par anticipation L’inspection académique du Val-de-Marne ne souhaite pas s’expliquer sur cette affaire et renvoie vers le rectorat, qui ne donne pas suite à nos questions. « Il ne peut s’agir en aucune façon d’une annulation, assurait en revanche la directrice de l’académie de Créteil, Élisabeth Laporte, dans un courrier envoyé au syndicat Sud éducation. J’ai effectivement souhaité que ce spectacle soit reporté (…) pour le déconnecter du mouvement actuel de la [Journée de retrait des écoles]. (…) Pour autant, il n’est pas question de céder à des pressions insensées ».

À ce jour, les trois représentations scolaires n’ont pas été reprogrammées. Seule une représentation tous publics a été programmée par la mairie de Bonneuil, vendredi 2 mai. Dans cette affaire, qui a mis plusieurs jours à remonter aux oreilles de la section locale de Sud éducation, il n’y a aucune trace d’une quelconque pression des parents de la « Journée de retrait des écoles ». Les deux journées d’absentéisme ont d’ailleurs été très diversement observées dans les écoles du dépar- tement. « C’est un mouvement très hétérogène. Quelques écoles ont été touchées, mais dans la majorité des écoles, le mouvement a été faible voire très faible. Toujours est-il que c’est la première fois qu’on est confronté à de telles inquiétudes », raconte Philippe Barre, responsable de Sud éducation 94, joint vendredi par téléphone. Le 16 janvier, deux représentations de Oh Boy ! avaient déjà été annulées dans la commune de Saint-Maur-des-Fossés, en raison, officiellement, d’une trop faible affluence. Un motif qu’Olivier Letellier jugeait déjà « très étrange ».

La princesse qui « n’entre pas dans le contenu pédagogique » Le Val-de-Marne vient de connaître un précédent à cet inquiétant épisode. Le 5 mars, 50 enfants d’un centre de loisirs du Perreux devaient se rendre à une représentation du spectacle La princesse qui n’aimait pas les princes, campant une princesse qui repousse un par un les princes charmants avant de tomber amoureuse d’une fée. Un atelier de sensibilisation était prévu à l’issue du spectacle. « La personne en charge du projet avait tout prévu, mais au dernier moment le devis a été retoqué en raison de la thématique de notre spectacle », raconte Amandine Trizac-Lejemble, de la compagnie La Môme perchée.

Le maire UMP du Perreux, Gilles Carrez, est opposé au mariage pour tous. Son directeur général des services réfute toute intervention de nature politique : « C’est principalement une question d’agenda. Nous n’avions rien commandé, donc nous n’avons rien annulé », nous indique Éric Chevrier. « Certaines thématiques n’entrent pas dans notre contenu pédagogique », lâchait toutefois Philippe Butet, responsable des services scolaires, interrogé le 1er mars par le Parisien. Pour la compagnie de La Môme perchée, les raisons de l’annulation ne font aucun doute (lire son communiqué).

Le tableau de chasse des héritiers de la Manif pour tous est déjà bien rempli. Après s’en être pris au programme pédagogique de lutte contre les stéréotypes sexués « ABDC de l’édu- cation », expérimenté depuis janvier dans 600 classes, ils ont attaqué les conférences sur l’égalité filles-garçon, le film Tomboy ou encore le livre Tous à poil ! par l’intermédiaire de Jean-François Copé.  À Tours début février, le principal d’un collège a « reporté » la sortie d’un groupe d’élèves à la représentation de Quand même !, un spectacle sur le sexisme et la condition féminine, pour « rassurer les familles ». C’est l’affiche du spectacle, une adaptation de l’Origine du monde, de Gustave Courbet, qui a effrayé le principal « dans le climat de folles rumeurs concernant l’école ».

«  Il n’était pas question que des projets menés dans mon établissement puissent être récupérés », indiquait Laurent Thieux au Monde, le 15 février. Là encore, pas une plainte des réseaux puritains. C’est « seul » que le responsable a pris cette décision, craignant par dessus tout d’être éclaboussé par une « folle rumeur ».

http://www.politis.fr/Pressions-insensees-et-folles,26142.html

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16 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Daniel bensaïd et le 22 mars (jcr)

Daniel bensaïd et le 22 mars (jcr) dans Histoire mai68+cropped-mai68-etudiants-ouvriers

Retour sur la radicalisation de 1968

JCR-Red  : On compare les mouvements actuels à Mai 68. Peux-tu approfondir cette comparaison ?

Daniel Bensaïd : Il existe évidemment de fortes ressemblances et similitudes. Une mobilisation massive de la jeunesse, plus qu’en Mai 68 d’ailleurs, avec un dynamisme, une inventivité, un humour même qui existaient déjà à l’époque. La volonté de contrôler les objectifs du mouvement, la démocratie sont des soucis très présents, là encore plus qu’en 1968. Cela étant, il y a aussi une différence de contexte.

Mai 68, c’est l’aboutissement de 25 ans de croissance économique, de conquêtes de droits sociaux, de réformes politiques notamment universitaires, mais sur fond de plein-emploi.

Le mouvement de 68 est la jonction de deux dynamiques : contestation culturelle et justice sociale. Mais ces deux logiques ont été séparées à la fin des années soixante-dix. On différencie désormais réformes sociales (droit du travail, protection sociale, etc.) et « sociétales » (questions de « mœurs », droits des femmes, des homosexuel(le)s…). Les mouvements actuels apparaîssent donc après 20 ans de reculs, de défaites accumulés, de libéralisme, de destruction méthodique du code du travail, de la protection sociale, de multiplication des contrats précaires, sans garanties, dont le CNE et le CPE.

Nous avons donc à faire à une situation nouvelle dont les racines sociales sont directement liées avec le monde salarié. Il n’y a pas un soutien extérieur d’un secteur à l’autre, mais bien une cause commune dans un contexte où il est difficile de gagner. Si nous gagnons aujourd’hui, ce sera un premier coup d’arrêt et cela ouvrira la possibilité d’une crise politique contre le gouvernement.

JCR-Red  : Qu’était exactement le mouvement du 22 mars auquel tu as participé et qui est le début de Mai 68 ?

D.B. : Ce mouvement est né d’une accumulation d’expériences tout au long de l’année 1967-1968 : grève étudiante en 1967, lutte pour la mixité des dortoirs, mobilisations sur le campus de Nanterre, fort soutien aux grèves ouvrières dans les usines nouvelles en province, guerre du Vietnam, fort esprit anticolonialiste dans l’après-guerre d’Algérie, solidarité avec les luttes anti-bureaucratiques notamment en Pologne…

Le mouvement du 22 mars est un peu la synthèse de toutes ces petites expériences militantes, lors de l’arrestation d’un étudiant de Nanterre dans une manif contre la guerre du Vietnam. Il ne s’agissait pas d’un mouvement corporatiste étudiant, mais d’un mouvement social et politique. Cette expérience fut brève, car quelques semaines plus tard commençait Mai 68.

JCR-Red  : Le mouvement étudiant posait la question du monde du travail. Mais comment la jonction avec les travailleurs s’est-elle faite ?

D.B. : La jonction a été beaucoup plus difficile qu’aujourd’hui. Nous avions une vision très héroïque, lyrique du monde ouvrier. Nous étions entrés en politique derrière les images de 1936, de la Résistance, etc. Nous étions aussi conscients du fait qu’un mouvement étudiant ne ferait que peu de chose sans liens avec les ouvriers.

Quand la Sorbonne a fermé, le 3 mai, il y avait des discussions sur le fait de continuer ou non la grève, notamment à cause des examens qui approchaient. Mais lorsque la grève a éclaté au chantier naval de Nantes, nous sommes partis en cortège de la Sorbonne vers l’usine Renault de Boulogne-Billancourt. C’était l’emblème du monde ouvrier, avec 30 000 travailleurs. Mais nous n’avons pas été accueillis à bras ouverts. La CGT veillait à éviter les contacts directs entre ouvriers et étudiants. La méfiance était entretenue par les directions syndicales. La jonction n’a pu se faire que petit à petit.

JCR-Red  : On parle beaucoup de l’esprit de 68, qui aurait libéré les mœurs. Pour toi, quelles sont les conquêtes de Mai 68 ?

D.B. : Les conquêtes à proprement parler sont très modestes par rapport à la force du mouvement. La grève de 1936 a permis d’obtenir les congés payés, à la Libération est née la Sécurité sociale. La grève de 1968 s’est conclue par un relèvement des salaires et plus de garanties pour les délégués syndicaux (reconnaissance, sécurité). Cela n’est pas négligeable, mais c’est en deçà de ce qu’on pouvait attendre.

Fin mai, la question du pouvoir se posait. Mais le Parti socialiste et le PCF freinaient. Lorsque Séguy (secrétaire général de la CGT à l’époque, NDLR) a exposé les résultats des négociations, elles ont été rejetées par les ouvriers, mais le compromis a fini par être accepté. On met alors sur le compte de Mai 68 beaucoup de réformes « sociétales », comme les acquis du mouvement féministe. En fait, ce sont plutôt des conséquences de l’onde de choc de 1968. La série de modernisations a quelque chose à voir, mais elle a aussi existé dans d’autres pays européens. Mai 68 n’a été qu’un accélérateur.

JCR-Red  : On parle de ta génération comme de celle qui a été la plus militante. Aujourd’hui, on constate l’essor d’une nouvelle génération militante. Sont-elles comparables ?

D.B. : Il y a une illusion rétrospective à propos de notre génération qui aurait été très politisée. Il s’agissait d’une minorité active. L’UEC (Union des étudiants communistes, NDLR) n’a jamais dépassé les 3 000 adhérents. Lorsque les barricades se sont formées à la Sorbonne, il y avait  8 000 à 10 000 personnes au maximum.

La comparaison avec la génération actuelle est difficile. À chaque mouvement de jeunesse, on croit qu’une nouvelle génération politique naît. Le mouvement actuel part d’un sujet précis mais avec une critique plus globale, antilibérale, issue de l’altermondialisme. Il faut ajouter un état de guerre permanent depuis le 11-Septembre.

L’une des différences se pose sur la question du rapport à la violence. Celle-ci n’était pas problématique en 1968. On avait alors l’image de Che Guevara, des guérillas, des luttes de l’Algérie ou du Vietnam, d’une violence directement libératrice. Il n’y a pas de réponse doctrinaire à cette question. Mais nous sommes dans un monde de plus en plus violent. On ne peut pas avoir de discussion sur la violence en soi, sans la mettre en relation avec un objectif précis, dans un contexte précis. Mais le risque de voir émerger une violence autodestructrice dans le mouvement fait que le débat mérite d’être posé.

JCR-Red, 29 mars 2006, propos recueillis par J.B., Nanterre.

http://danielbensaid.org/Retour-sur-la-radicalisation-de-1968

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16 mars 2014 ~ 0 Commentaire

22 mars 1968 (rouge)

22 mars

Prélude du mouvement étudiant de Mai 

Le 22 mars 1968, 150 étudiants occupent, jusque tard dans la nuit, le bâtiment administratif de Nanterre. Le Mouvement du 22 Mars est né.

Pour faire face à l’augmentation des effectifs étudiants – qui passent de 215 000 en 1960-1961 à 500 000 en mai 1968, soit une croissance annuelle de 40 000 étudiants –, la cons- truction d’annexes des facultés parisiennes est décidée. Afin de désengorger la Sorbonne, Nanterre est choisie, l’armée ayant cédé 35 hectares de terrain à l’Éducation nationale, à côté du bidonville. En 1964, les premiers bâtiments sont ouverts aux étudiants. Ils sont 1 200 en septembre, 2000 en fin d’année universitaire. À la rentrée 1967-1968, on compte 10 000 étudiants.

Cette faculté est représentative des contradictions des universités : problèmes matériels – locaux trop exigus pour des étudiants plus nombreux –, déséquilibres sociaux – le nombre d’enfants d’ouvriers à l’université, bien qu’augmentant, reste faible (10 %) –, inquiétude sur l’avenir – on commence à reparler du chômage, et notamment du chômage des jeunes. La réforme Fouchet, du nom du ministre qui l’élabore et qui passe de l’Éducation à l’Intérieur, devant entrer en vigueur à la rentrée 1968, le désordre et l’incertitude règnent quant à la transition entre ancien et nouveau système (problème des « équivalences »). Et l’on sait qu’au Conseil des ministres, avec l’appui du général-président De Gaulle, la sélection à l’entrée des universités est mise à l’ordre du jour.

Ce terreau fertile nourrit une remontée générale des luttes étudiantes, tranchant avec une certaine apathie. Le 6 novembre 1967, jour de la « rentrée solennelle » de l’université à la Sorbonne, un imposant défilé étudiant s’organise boulevard Saint-Michel et s’affronte – déjà – aux policiers. À Caen, en janvier 1968, de nombreux étudiants participent avec les ouvriers – notamment les jeunes – de la Saviem aux manifestations et aux affrontements avec les CRS et les gardes mobiles.

Si l’Union nationale des étudiants de France (Unef) conserve un rôle fédérateur, elle est considérablement affaiblie : réunissant un étudiant sur deux au plus fort de la guerre d’Algérie, elle n’en rassemble plus, au mieux, qu’un sur dix en cette année 1968. Elle n’est plus le porte-parole officiel unique du monde étudiant, depuis que le gouvernement a favorisé, à sa droite, la scission de la Fédération nationale des étudiants de France (Fnef), en 1961, et qu’elle est elle-même divisée, voire parfois paralysée en interne. Les groupes politiques, qu’ils soient issus de la crise de l’Union des étudiants communistes (UEC) – Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR, ancêtre de la LCR), Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes (UJCML, maoïste) – ou non – Étudiants socialistes unifiés (ESU), libertaires, Fédération des étudiants révolutionnaires (FER) – se développent, et ils attirent autant, sinon plus, que le syndicat étudiant, même si leurs militants en sont membres.

Occupations Néanmoins, Nanterre offre des spécificités qui préfigurent un autre visage du mou- vement étudiant. Véritable ghetto, coincé entre bidonville, terrain vague, chantiers et ligne de chemin de fer, la faculté n’est pas (comme à la Sorbonne ou au Panthéon) dans la ville. Ni cafés, ni cinémas aux alentours. Les seuls lieux de sociabilité, de regroupement, de résistance (voire de survie) sont la cafétéria et le local de l’Unef. Alors qu’ailleurs, l’Unef est en crise, à Nanterre, il y a 600 adhérents sur 2 000 étudiants en 1965, 1 200 adhérents à la rentrée 1966… mais plus que 600 sur 10 000 en 1968.

Nanterre est une fac jeune… Jeunes enseignants, assistants, exclus (comme les étudiants) des assemblées de faculté où ne siègent que les professeurs et les mandarins… Militants éloignés des débats parisiens, ils tissent – malgré les désaccords et les concurrences – les mailles d’un véritable « esprit nanterrois ». Au printemps 1968, environ 250 à 300 militants actifs – membres ou non de l’Unef ou des groupes politiques – se retrouvent dans les actions.

Si l’UEC, Voix ouvrière (VO, ancêtre de Lutte ouvrière), les ESU, le Parti communiste marxiste-léniniste de France (PCMLF, maoïste) et les « pro-situs » (du courant dit « situationniste ») comptent chacun quelques militants, l’UJCML, le Comité de liaison des étudiants révolutionnaires (Cler, trotskyste, courant Lambert), la JCR, qui « tient » la présidence de l’Association générale des étudiants de Nanterre-Unef (Agen-Unef) et l’Association des résidents de la cité universitaire de Nanterre (Arcun), et les libertaires de la Liaison des étudiants anarchistes (LEA) peuvent respec- tivement compter sur 30 à 40 personnes.

JCR et étudiants anarchistes se trouvent engagés, ensemble, dans l’inédit Mouvement du 22 Mars. Nanterre est également une faculté sans doute plus populaire, bien que située dans l’Ouest parisien. La cité universitaire, au cœur du campus, compte 1 500 locataires, étudiants provinciaux, étrangers, plus pauvres, boursiers souvent, qui ne peuvent se loger à Paris. L’Arcun a 800 adhérents.

C’est là qu’en mars 1967, et de nouveau en février 1968, des mouvements vont bien au-delà de la dimension strictement matérielle, puisque les règlements intérieurs – qui interdisent que les garçons se rendent dans les bâtiments des filles – sont contestés : ce seront des occupations des bâtiments des étudiantes. La sexualité : voilà un thème que les militants n’abordaient pas, ou alors uniquement en privé, contrairement aux nouvelles générations.

De la fac à la rue En novembre 1967, contre le plan Fouchet et, plus concrètement, pour des équivalences entre l’ancienne et la nouvelle licence, contre la réduction du nombre de travaux pratiques, pour la représentation étudiante au sein des assemblées de faculté, une semaine de grève extrêmement massive – 20 % d’étudiants en cours et une assemblée générale de 2 500 personnes – apparaît comme le prélude à des formes d’organisation et de démocratie directe tranchant avec les pratiques antérieures traditionnelles (les étudiants font grève, le syndicat décide). Ainsi, sont élus des délégués d’amphis, de travaux dirigés et le comité de grève rassemble pour moitié des syndiqués, pour moitié des non-syndiqués.

Xavier Langlade, militant JCR de Nanterre, est arrêté après une action du Comité Viêtnam national (CVN) contre une agence American Express place de l’Opéra. L’occupation du 22 mars fait suite à la protestation contre cette arrestation. L’administration répond par la fermeture de la faculté, ce qui n’empêche pas la tenue d’une « journée pelouses », le 29 mars, avec des « com- missions » qui se tiennent à l’extérieur des bâtiments. À la réouverture de la faculté, la tenue d’une grande assemblée générale prouve que les militants ne sont pas une « minorité » isolée. À Toulouse – dont l’étudiant nanterrois Daniel Bensaïd est originaire –, s’est créé le Mouvement du 25 avril et, à la Sorbonne, le Mouvement d’action universitaire, structures hybrides, à l’image du 22 Mars.

Les vacances de Pâques ne calment pas « l’agitation », ce qui provoque de nouveau la fermeture de Nanterre, fin avril, et le meeting de protestation du 3 mai 1968 à la Sorbonne, investie par les CRS qui y arrêtent les étudiants présents. Ce qui amène la riposte dans la rue… Mais, là, nous entrons dans le joli mois de mai.

Notes:

• À lire : Jean-Philippe Legois, « Les années 1968, du passé faisons table rase ? », in Legois, Morder, Monchablon (coord), Cent ans de mouvements étudiants, Syllepse, 2007, 29 euros). À consulter : www.germe.info. MORDER Robi

* Paru dans Rouge n° 2244 du 20/03/2008. (par Robi MORDER)

http://orta.dynalias.org/archivesrouge/article-rouge?id=7725

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09 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Contre la fac mc donald!

Une fac Mac Donald ici à Brest? Pour manger de la merde avec  des boulots de merde?

Cà peut pas arriver!

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08 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Loi sur les stages: la précarité et la galère, ce n’est pas fini!

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Le gouvernement avait annoncé sa volonté de faire avancer le cadre légal des stages afin de changer la précarité grandissante que connaissent les jeunes. On est bien loin du compte !

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Aujourd’hui les stages sont une vraie arme pour le patronat afin de précariser les jeunes et les salariéEs, une main-d’œuvre à très bas coût corvéable à merci. En effet, la gratification, car on ne parle pas de salaire, est de 436 euros par mois, c’est-à-dire moins que le RSA, et les stagiaires, dépendant de la validation de ce stage, sont donc obligés de faire toutes sortes de tâches que personne ne ferait autrement.

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La situation était encore plus dramatique avec les stagiaires employés par Areva pour s’occuper des moteurs de réacteurs nucléaires pendant 2 à 6 mois, heureusement pas assez longtemps pour contracter des maladies liées à la radioactivité. La Société générale emploie 20 % de stagiaires… Autant de jeunes qu’elle n’a presque pas besoin de payer car un stage de moins de deux mois n’est pas rémunéré.

Avancée pour les jeunes ou cadeaux aux entreprises ? La nouvelle loi adoptée lundi 24 février apporte des avancés : interdiction d’effectuer des tâches dangereuses, accès aux tickets restaurant, aux remboursements des transports, rémunérations dès le premier mois de stage si celui-ci dure plus de deux mois…

Mais elle ne touche pas au cœur du problème ! Les stagiaires sont utilisés par les grandes entreprises car ils sont payés une misère et la pression qu’ils subissent pour valider leur formation permet qu’ils acceptent des tâches qui ne sont pas les leurs. Ni augmentation de la gratification au Smic, ni cadre contraignant pour les entreprises sur le lien entre formation et stage… De plus, la nouvelle loi s’accompagne d’une exonération d’impôts pour les gratifications ! Et une partie des stages qui se font dans le public sont menacés par les politiques d’austérité.

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Ainsi, un mouvement d’ampleur a eu lieu chez les étudiants en travail social qui ne pouvaient pas trouver de stage. Cynique, le gouvernement avait supprimé l’obligation de gratifier les stages et annoncé une enveloppe de 5,3 millions d’euros… alors qu’il en faudrait 70 millions.

Aujourd’hui une bataille s’ouvre aussi dans les Instituts de formation aux soins infirmiers (IFSI) : les étudiantEs s’y battent pour accéder aux stages dans le privé qu’on leur refuse, faute d’exonération, et pour une meilleure rémunération : elle est aujourd’hui de 66 centimes par heure !

JBP Hebdo L’Anticapitaliste – 232 (06/03/2014)

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27 février 2014 ~ 0 Commentaire

Black bloc: ne pas tout mélanger (al)

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La presse a écrit tout et n’importe quoi à ce sujet, aussi faut-il donner quelques points de repère.

En premier lieu, le black bloc n’est pas un courant politique : c’est un mode d’action. Si beaucoup des gens qui s’y retrouvent se revendiquent de l’anarchisme, on y trouve aussi des léninistes de diverses obédiences, ou tout simplement des gens qui veulent en découdre avec la police, sans projet social plus précis. Le black bloc est avant tout né d’une pratique, celle de la mouvance squatter et autonome allemande des années 1980.

Le concept de départ est simple: pour mener au mieux les combats de rue contre l’extrême droite ou la police, il faut former un bloc (solidarité) où chacun est habillé en noir et masqué (anonymat). Comme souvent, la pratique a précédé la théorie, et n’a rencontré qu’a posteriori une philosophie produite parallèlement, comme notamment la fameuse (et fumeuse) Zone autonome temporaire d’Hakim Bey, publié aux États-Unis en 1991. Certains ont également vu dans le black bloc une tactique révolutionnaire, réactivant la vieille conception émeutière de la révolution (l’enchaînement émeute-insurrection-révolution).

Une conception émeutière de la révolution

En réalité, cette violence a-t-elle une valeur révolutionnaire ? En soi, non. Elle est un épiphénomène. Elle peut accompagner, mais nullement se substituer à l’affrontement central avec le capitalisme qui, lui, se joue dans la sphère économique : grèves, occupations, séquestrations de PDG, etc. La seule chose capable de paralyser l’État et le capitalisme, c’est un mouvement de grève générale avec occupation et réquisition des moyens de production. C’est la conception « grève-généraliste » de la révolution à laquelle adhère par exemple Alternative libertaire et que, jusqu’à présent, aucune conception nouvelle n’a supplanté.

La diversité des tactiques

Dès lors que l’on a conscience de cela, on peut ramener la violence de rue lors des contre-sommets à sa juste valeur : symbolique et spectaculaire. De fait, les médias parlent plus volontiers des actions radicales que d’une manifestation pacifique de 30.000 personnes. Et rien que pour cela, elles se justifient. L’enjeu crucial, pour ne pas que ces actions radicales tournent au spectacle rituel, est qu’elles ne soient pas politiquement déconnectées de la manifestation de masse.

L’État cherche à opposer les « bons » et les « mauvais » manifestants. Des deux côtés, certains tombent dans le panneau. Il faut au contraire maintenir la solidarité entre l’action radicale et la protestation de masse pacifique. Il doit y avoir de la place pour tout le monde. Mais il faut que les « pacifiques » restent solidaires des « radicaux » face à la répression et vice-versa.

C’est jouable, à condition de respecter quelques principes de base et, en premier lieu, celui de la « diversité des tactiques », qui s’est imposé notamment après le contre-sommet de la ZLÉA à Québec et à Prague en 2001. Que les personnes prêtes à en découdre se regroupent pour passer à l’action à un endroit différent de la manifestation pacifique. De cette façon, les « pacifiques » ne se sentent pas pris en otage par les « radicaux » et sont plus solidaires.

Évidemment, il peut toujours arriver que certains se planquent cagoulés dans les cortèges pacifiques pour canarder la police. C’est soit de la maladresse, soit de l’instrumentalisation cynique, soit une provocation policière. À Strasbourg en l’occurrence, l’importance du bouclage policier interdisait toute diversité et c’est l’ensemble de la manifestation, black bloc et « pacifiques » qui se sont retrouvés coincés dans une souricière où ils ont dû subir l’assaut des forces de répression.

26 février 2014 Des camarades d’AL (Montpellier, Alsace, Paris, Bordeaux, Rouen, Orléans, Reims) présent-e-s à Strasbourg

Comme une impression de déjà-vu… Comme à Gênes en 2001, le black bloc a fait le buzz médiatique du contre-sommet de l’Otan à Strasbourg. Après la manifestation du 22 février à Notre-Dame-des-Landes, le black bloc a provoqué un nouveau buzz médiatique. Nous republions ici un article paru sur la question après le contre-sommet de l’Otan, à Strasbourg, en 2009. Loin du tintamarre politicien, apprécions à sa juste mesure l’impact et les limites de ce mode d’action, et rappelons quelques principes de base de la solidarité face à la répression.

http://alternativelibertaire.org/?Black-Bloc-Ne-pas-tout-melanger

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27 février 2014 ~ 0 Commentaire

Stages en entreprise: une loi à minima (lo)

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Une nouvelle loi sur les stages en entreprise vient d’être votée.

Ces stages, qui sont souvent obligatoires pour valider les études, concernent beaucoup de lycéens et d’étudiants. Mais, devant la difficulté de trouver un premier emploi, bien des jeunes travailleurs effectuent aussi de tels stages pour afficher une expérience dans leur CV.

Le patronat profite abondamment de cette main-d’œuvre quasi gratuite.

Le nombre de stages est passé de 600 000 en 2006 à un million et demi l’an dernier. Les entreprises tournent donc avec des stagiaires, bien souvent sans même respecter les lois déjà en vigueur, la nouvelle loi étant la cinquième en huit ans.

Officiellement, un étudiant en stage ne doit pas remplacer un salarié absent ou licen- cié, ni exécuter une tâche régulière correspondant à un poste de travail permanent, ni occuper un emploi saisonnier ou faire face à un accroissement temporaire d’activité. Quand un stage arrive à son terme, une entreprise n’a pas le droit de reprendre immédiatement un stagiaire sur le même poste. Mais dans la réalité bien des patrons s’affranchissent de ces contraintes légales.

La nouvelle loi stipule que le temps de présence des stagiaires ne pourra plus être su- périeur à celui des salariés de l’entreprise et qu’ils ne pourront plus se voir confier des tâches dangereuses. Ce qui en dit long sur les conditions de travail réelles des stagiaires.

Dorénavant, les stagiaires auront droit aux tickets-restaurant et à une prise en charge partielle de leurs frais de transport. Ce qui n’est pas du luxe, vu que la gratification, c’est-à-dire la rémunération minimale, n’est que de 436 euros par mois : encore moins que le RSA. Mais cette gratification n’est obligatoire que si le stage dure plus de deux mois, la nouveauté étant que les patrons devront la verser dès la première journée de stage, alors qu’auparavant rien ne les obligeait à verser quelque chose les deux premiers mois.

Les pouvoirs publics ne donnent pas le bon exemple. Depuis un an déjà, les étudiants tra- vailleurs sociaux qui effectuent des stages de plus de deux mois auraient dû bénéficier de la gra- tification, à partir de la rentrée 2013. Or, comme les moyens financiers des collectivités locales et des établissements médico-sociaux qui les accueillent sont limités, cette mesure a été repoussée à la rentrée 2014.

Les stagiaires font partie du monde du travail. Ils devraient avoir les mêmes droits que tous les autres travailleurs. Lucien DÉTROIT

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2378&id=13

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26 février 2014 ~ 0 Commentaire

Frustrée, la jeunesse française rêve d’en découdre (le monde)

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L’autoportrait est sombre.

Amenés à définir leur génération, ce sont les mots « sacrifiée » ou « perdue » qui leur viennent le plus souvent à l’esprit.

La vie en noir

A l’automne 2013, les jeunes de 18 à 34 ans étaient conviés par France Télévisions à répondre à un long questionnaire en ligne sur eux-mêmes et leur génération. 210 000 se sont pris au jeu de cette opération « Génération quoi ? ». Leurs 21 millions de réponses fournissent un matériau de recherche exceptionnel pour les deux sociologues de la jeunesse Cécile Van de Velde et Camille Peugny, maîtres de conférences respectivement à l’EHESS et à l’université Paris-VIII, qui ont contribué à concevoir le questionnaire. Ils en tirent aujourd’hui pour Le Monde les principaux enseignements, en se focalisant sur la tranche d’âge des 18-25 ans, centrale pour l’analyse.

Interrogés sur leur devenir personnel, les jeunes répondants sont près des deux tiers à se déclarer plutôt ou très optimistes. En revanche, le regard qu’ils portent sur le destin de leur génération est extrêmement sombre. Vingt ans n’est pas le plus bel âge de la vie, pensent-ils majoritairement (à 51 %). Les mots-clés librement choisis pour définir leur génération sont édifiants : « sacrifiée », « perdue ». Et encore (après « Y », « Internet », « connectée »), « désabusée », « désenchantée », « galère »… « Autant ‘‘sacrifiée” est un terme qui a pu être induit par le discours des médias, analysent Cécile Van de Velde et Camille Peugny, autant ‘‘perdue” semble un choix spontané. » Donc révélateur.

Seuls 25 % des 18-25 ans ont la conviction que leur vie sera meilleure que celle de leurs parents. Ils sont 45 % à imaginer qu’elle sera pire, 29 % qu’elle sera semblable. Près d’un tiers (33 %) sont persuadés qu’ils ne connaîtront jamais autre chose que la crise. Quant à la vie de leurs propres enfants, 43 % pensent qu’elle sera encore pire que la leur. A toutes ces questions, les jeunes femmes répondent de façon encore plus pessimiste que leurs congénères masculins. « Ces pourcentages sont très élevés, sachant que les jeunes sont, dans la plupart des enquêtes, plus optimistes que leurs aînés. Ils le sont d’ailleurs dans cette enquête concernant leur avenir personnel, remarque M. Peugny. Ce qui apparaît ici, c’est le poids du discours de crise dans lequel nous baignons désormais, et le sentiment d’être pris dans une spirale du déclassement. »

Deux pondérations à apporter, selon lui, néanmoins. Les participants peuvent avoir été tentés de « surjouer un discours noir et cynique, ce qui est une manière de conjurer le sort ». Surtout, cette génération est fortement clivée en fonction des parcours et des statuts, précaires ou non. Ce n’est pas une mais des jeunesses qui se dessinent. En passant des étudiants ou salariés en CDI aux chômeurs-intérimaires-inactifs, le pessimisme gagne 20 points. L’expérience du chômage affecte fortement la projection dans l’avenir.

Un besoin de reconnaissance

« Les 18-25 ans qui ont participé font voler en éclats le mythe d’une société méritocratique » : voilà le second enseignement majeur de l’enquête, à entendre les deux sociologues. Près des trois quarts (70 %) d’entre eux ont le sentiment que la société française ne leur donne pas les moyens de montrer ce dont ils sont capables. « C’est massif, et en forte progression. En 2006, ils étaient 53 % dans ce cas. »

Les jeunes se montrent très sévères sur le fonctionnement du système éducatif à la française. Récompense-t-il le mérite ? Non, à 61 %. Donne-t-il sa chance à tous ? Non, à 61 %. Logiquement, plus le statut du jeune est précaire, plus son opinion est négative. Des réponses lourdes de rancoeurs dans une société « où formation initiale et diplôme exercent une si forte emprise sur les parcours de vie ». D’autant que dans la sphère professionnelle non plus, les jeunes n’ont pas l’impression que leurs mérites et efforts soient récompensés. 60 % des répondants ne se croient pas payés, par exemple, à la hauteur de leurs qualifications.

Dans cette enquête transparaît donc, selon Cécile Van de Velde, « une génération consciente, lucide, désillusionnée, selon laquelle les instruments de mobilité sociale ne fonctionnent pas ». « Les jeunes se sentent abandonnés par la société. Ils ne sont pas aux commandes de leur vie, ils subissent. Sont frustrés de ne pas pouvoir faire leurs preuves, montrer qui ils sont. » Pour réussir dans la vie, la moitié des répondants pense donc ne pouvoir compter que sur soi-même. « Les jeunes sont individualistes, libéraux, par dépit plus que par essence. » Puisque très majoritairement (77 %), ils estiment également que dans la vie, on ne peut pas s’en sortir sans solidarité.

0La valeur travail

Les jeunes valorisent d’autant plus le travail qu’il leur échappe, un quart d’entre eux connaissant le chômage. Seule une toute petite frange le rejette, envisageant de vivoter en marge du système. 81 % des répondants disent que le travail est important dans leur vie. Et pas seulement pour gagner de l’argent. La moitié déclare que travailler sert avant tout à s’épanouir. « Qu’ils soient soucieux de l’équilibre vie privée-vie professionnelle ne veut pas dire que la valeur travail se perd », commente Camille Peugny, pour qui rien n’est plus faux que les clichés sur une « génération feignasse » : « Impossible de faire une conférence sur les jeunes sans qu’un manager assure qu’à peine arrivés en entreprise, les jeunes ne s’intéressent qu’à leurs RTT. Platon déjà évoquait la décadence de la jeunesse, c’est un discours vieux comme le monde, lié au cycle de l’âge, à la difficulté à concevoir le changement apporté par les jeunes. »

A la question « Actuellement, es-tu épanoui dans ton travail ? », 62 % des 18-25 ans ont acquiescé. Mais la statistique chute à 43 % pour les intérimaires… L’enquête Génération quoi ? fournit le plus grand échantillon d’intérimaires jamais réuni (8 000 répondants dans cette situation), et leur « souffrance » saute aux yeux des sociologues. « Il faut sortir du discours sur l’intérim choisi. Ces jeunes veulent travailler davantage, ils ont le sentiment insupportable que leur destin est aux mains des autres, que leur sort dépend d’un coup de téléphone, ce qui interdit toute projection dans l’avenir. »

La tentation du départ

« T’installer à l’étranger, ça te tente ? » Evidemment oui, cela tente les trois quarts des participants à l’enquête. Inhérente à la jeunesse, cette envie d’aller voir ailleurs est plus que jamais valorisée dans la société. Mais 24 % des jeunes se sont reconnus dans une expression volontairement rageuse, hargneuse, qui leur était suggérée : « Dès que je peux, je me barre. » « Une réponse aux portes fermées pour tous les jeunes dans l’impasse, chômeurs, petits contrats, stagiaires… », à en croire les sociologues. (…)

La faute aux baby-boomers

Autre ambivalence, chez les jeunes cette fois : ils ne sont pas en conflit avec la génération parentale parce que les relations sont souples, les solidarités fortes. Mais cela ne les empêche pas d’en vouloir à leurs aînés de ne pas leur faire de place dans la société. Pour un jeune sur deux, les générations précédentes sont responsables de leurs difficultés. « C’est assez nouveau en France, et l’on peut penser que cela monte, surtout chez les étudiants, observe Cécile Van de Velde. Le problème d’équité entre générations se conscientise, sans doute du fait de la politique d’austérité, de la réforme des retraites et des débats sur le poids de la dette. Les jeunes pensent qu’ils font les frais de tout cela. » Mais sur une même génération, leur regard est double. Les mêmes qui disent « Marre des baby-boomers, on paye pour leur retraite, nous on n’en aura pas » ne veulent surtout pas que la retraite de leurs parents soit amputée – c’est particulièrement frappant chez les jeunes filles. « Ce qui explique en partie pourquoi le mouvement des Indignés a si peu pris en France… »

La politique, ils n’y croient plus

Vis-à-vis d’elle, la défiance est énorme. Près de la moitié (46 %) des répondants n’ont pas du tout confiance dans les femmes et hommes politiques. Certes, ils sont encore plus nombreux à se méfier des institutions religieuses (60 %) Et presque aussi sceptiques à l’égard des médias (40 % de non-confiance) que des politiques.

Mais pour la moitié des 18-25 ans, c’est tout vu, les politiques sont « tous corrompus ». Ces derniers ont bien encore du pouvoir (64 % des réponses), mais l’utilisent mal, puisqu’ils laissent la finance diriger le monde (90 %). La charge est violente, aux yeux des deux sociologues : « Les jeunes expriment une demande d’Etat, en souhaitant par exemple que leur période de formation soit financée. Ils pensent que les politiques, s’ils en avaient le courage, pourraient avoir une influence sur leur vie. Mais qu’ils ont laissé la finance prendre le pouvoir. Il y a du mépris dans ce regard des jeunes. Ils n’y croient plus. »

Chez eux, jeunes diplômés en tête, le sentiment que droite et gauche se valent semble encore plus fort que dans l’ensemble de la population. « Ils font l’expérience de la désillusion politique. C’est la première fois qu’ils vivent la gauche au pouvoir. Et ils ont le sentiment que rien ne change pour eux. » Voilà qui poussera massivement à l’abstention, anticipent les chercheurs. « Ce sont des gens informés, qui ne se fichent pas de la politique, qui ont des habitudes participatives liées à l’usage des réseaux sociaux. Mais l’offre politique ne répond pas à leurs attentes. La démocratie ne s’adresse pas à eux. Ils n’iront pas voter mais ce sera une abstention politique, réfléchie, presque militante. »

S’ils critiquent au plus haut point la politique traditionnelle, les 18-25 ans s’engagent plus volontiers dans un militantisme de terrain : manifestations, associations, solidarités locales… Leur altruisme semble plus marqué que celui du reste de la population. 80 %, par exemple, seraient favorables à un service civique obligatoire. Autre valeur classique de la jeunesse, la tolérance demeure forte (70 % estiment que l’immigration est une source d’enrichissement culturel) mais semble s’éroder. « A l’image de ce qui se passe dans l’ensemble de la société, une grosse minorité campe sur des positions autoritaires et xénophobes. Une véritable bombe à retardement, craint Mme Van de Velde. Ce sont les jeunes invisibles, dans des vies d’impasse, perdants de la mondialisation. Beaucoup de ruraux et de périurbains, en difficulté, déclassés. Ils sont souvent tentés par le Front national. » Un tiers des répondants envisagent que des emplois puissent être réservés aux Français.

Un vent de révolte

Une Cocotte-Minute qui n’aurait pas de soupape. Telle est l’inquiétante image choisie par les deux sociologues pour décrire le « fort potentiel de révolte » perçu au travers de cette vaste enquête. « C’est une génération qui veut entrer de plain-pied dans une société vieillissante. Elle enrage de piétiner à son seuil. Elle ne veut rien renverser, elle n’est pas en conflit de valeurs, mais elle trouve toutes les portes fermées, et elle envoie un avertissement. »

Besoin d’expression étouffé. Frustrations de ne pas avoir de place, de n’obtenir aucune reconnaissance sociale, de ne pouvoir devenir des citoyens à part entière, dotés d’un travail et d’un logement. Trajectoires déviées parce que l’emploi trouvé ne correspond pas aux études. Craintes pour l’avenir. Défiance vis-à-vis du politique… « Ce sentiment d’être privés de l’essentiel constitue un terreau fertile à la contestation. »

Jamais la jeunesse, en France, n’a été aussi éduquée. Lorsqu’ils sont chômeurs, stagiaires, coincés dans l’intérim, ces enfants de la démocratisation scolaire et de la mondialisation culturelle, extrêmement informés, vivent comme une indignité de devoir se contenter de survivre alors que leurs études ont fait naître de forts espoirs. D’où cette frustration existentielle et cette capacité à développer un discours de plus en plus critique sur l’épreuve sociale qu’ils traversent. « Un ‘‘nous » pourrait se former, croient les sociologues, si les diplômés étaient rejoints par les jeunes en désespérance sociale. »

A la question « Est-ce que tu participerais à un mouvement de révolte type Mai 68 demain ou dans les prochains mois ? », ils sont 61 % à dire oui. Tous quasiment égaux dans la colère, femmes et hommes tirés d’affaire et jeunes en galère… 66 % des intérimaires. 63 % des chômeurs. 60 % des étudiants. Et même 54 % des employés en CDI !

« Les jeunes ne sont pas dans la résignation. Il y a une énergie latente, comme en 1968 », perçoit Cécile Van de Velde. En temps de crise, explique-t-elle, on peut adopter une stratégie d’adaptation au système (loyalty), de départ (exit), ou de révolte (voice). « ‘‘Loyalty » pourrait bien se transformer en ‘‘voice » si rien ne bouge… Il suffit d’une étincelle… » Et d’une figure cible. La chance des politiques jusqu’à présent ? Qu’il soit plus malaisé de se rebeller contre un ennemi lointain et abstrait – la finance, la mondialisation, l’Europe – que contre la génération de ses parents, comme en 1968.

LE MONDE | 25.02.2014 à 12h56 • Mis à jour le 25.02.2014 à 13h28 | Par Pascale Krémer

http://www.lemonde.fr/emploi/article/2014/02/25/frustree-la-jeunesse-francaise-reve-d-en-decoudre_4372879_1698637.html

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19 février 2014 ~ 0 Commentaire

Il faut croire que les patrons ont la santé fragile (regards)

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Sophie Binet (CGT)

Alors que l’Assemblée examine aujourd’hui des mesures visant à mieux encadrer les stages en entreprise, le président du Medef s’est plaint de projets de loi « stressants » pour les patrons. Ce qui n’émeut pas particulièrement Sophie Binet, membre du Bureau confédéral de la CGT.

 Pierre Gattaz a demandé mardi un « moratoire » sur les lois qui mettent « du stress sur le dos des patrons ». Il a en particulier cité le projet de réforme du statut des stagiaires, qui est débattu à l’assemblée mercredi…

Sophie Binet. Il faut croire que les patrons ont la santé fragile. Car il n’y a vraiment pas de quoi les stresser dans la proposition de loi du gouvernement. Le projet va certes dans le bon sens : il interdit les stages de plus de six mois, il oblige les établissements délivrant les conventions de stage à dis- penser un nombre d’heures d’enseignement minimum afin de lutter contre les conventions de complaisance, et surtout il fixe un plafond de stagiaires par entreprises, qui devrait tourner autour de 10%. C’est un bon début, mais c’est loin d’être suffisant. On estime qu’au minimum 100.000 emplois sont remplacés par des stages…

Quelles sont les principales propositions de la CGT ?

Pour éviter le travail dissimulé et renforcer les droits des stagiaires, on a d’abord besoin de garanties sur le contenu pédagogique du stage. Ensuite, il faut donner plus de droits aux stagiaires, notamment sur le temps de travail, qui devrait être limité à 35 heures, contre 48 comme c’est le cas actuellement dans la proposition de loi. Sachant que 70% des stages aujourd’hui ne sont pas indemnisés du tout, surtout dans le secteur public de la santé et du social, nous proposons également que tous les stagiaires soient payés au minimum la moitié du smic, y compris pour les stages courts, qu’ils bénéficient de la prise en charge de la moitié des frais de transport et des tickets restaurant. Certains parlementaires socialistes, verts et communistes ont d’ailleurs repris nos propositions, qu’ils ont déposées sous forme d’amendement.

Le patron du Medef a aussi déclaré avoir « très, très peur » de l’impact d’autres projets de loi pour les entreprises. On ne peut pourtant pas dire que ces dernières soient maltraitées par le gouvernement…

En effet, et il n’y a pas que les 20 milliards d’euros d’allègements fiscaux du CICE ou les 30 milliards du Pacte de responsabilité (ce n’est pas encore clair de quelle manière les deux vont s’agencer). Les entreprises bénéficient au total de 200 milliards d’euros d’exonérations et de cadeaux fiscaux. Ceci inclut par exemple le Crédit impôt recherche de 6 milliards d’euros par an, qui représente un quart du budget annuel de l’enseignement supérieur et de la recherche, et qui n’a pourtant pas conduit à une augmentation de la part de la R&D dans le PIB, comme le pointe un rapport de la Cour des comptes. Quant au CICE, censé rendre les entreprises exportatrices françaises plus compétitives, il n’est même pas ciblé sur les secteurs qui exportent, puisque seulement 20% vont à l’industrie, le reste allant à des secteurs comme la restauration ou la grande distribution qui n’ont pas de problème de concurrence internationale. De plus, ce dispositif ne profite finalement qu’aux grands groupes, qui n’hésitent pas à exiger de leurs sous-traitants qu’ils baissent leurs prix à hauteur de ce qu’ils ont économisé grâce au CICE…

L’efficacité de cette politique de l’offre ne semble donc pas évidente en termes d’embauches… D’ailleurs Pierre Gattaz se garde bien de s’engager en cette matière, souhaitant que le « l’observatoire des contreparties » soit renommé « comité de suivi ».

La création d’emplois dépend du carnet de commandes, pas du coût du travail. Même Jean-François Roubaud, le patron de la CGPME, l’a reconnu le mois dernier. On peut baisser les cotisations et les impôts tant que l’on veut, les entreprises n’embaucheront et n’investiront pas si la demande n’est pas là. L’engagement du Medef de créer un million d’emplois en cinq ans s’il obtient 100 milliards de baisse de charges n’a donc aucun sens. Cela fait trente ans que l’on mène ces politiques de baisse de coût du travail, on sait maintenant qu’elles sont inefficaces. La CGT exige une évaluation des 200 milliards d’aide dont bénéficient les entreprises chaque année, et propose de les conditionner à leur politique d’emploi, d’investissements, de salaire et de lutte contre la précarité. Plus largement, pour sortir de la crise, il faut adopter, comme commencent à le faire nos pourtant très libéraux voisins, une politique de la demande. Si l’Allemagne, la Grande Bretagne, les Etats-Unis et même la Chine augmentent les salaires, ce n’est pas par charité, c’est parce que c’est le meilleur moyen de relancer l’économie par la demande intérieure ! Entretien, par Laura Raim| 19 février 2014

http://www.regards.fr/web/sophie-binet-cgt-il-faut-croire,7489

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