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23 juin 2018 ~ 0 Commentaire

cp (émancipation + cnt)

humour

Comment les dispositifs pédagogiques préconisés au CP vont dans le sens de la sélection et des économies de moyens

Le guide concernant l’enseignement du français et des maths au CP a été publié. Il s’adresse aux contremaîtres que sont les inspecteurs de l’ensei-gnement à tous les niveaux pour orienter et sanctionner le travail des enseignants.

Il n’a pas valeur de loi mais il compile des orientations dont recteurs et inspecteurs vont se saisir pour les transformer en injonctions, en tablant sur l’ignorance des concernés. Il nous semble donc utile de nous interroger et de voir au travers de quelles idées et de quels dispo-sitifs définis dans ce guide du CP, l’école voulue par ce gouvernement se met en place afin de mieux combattre l’opération de destruction de la Fonction publique et de notre statut par le gouvernement.

Pour en finir avec la plupart des services qu’offre la Fonction publique !

Pour le néolibéralisme que le gouvernement incarne, la Fonction publique doit être réduite à sa plus simple expression. Les services qu’elle rend n’ont d’intérêt que s’ils sont marchandisables. Pour notre gouvernement, la Fonction publique ne représente qu’un coût alors qu’elle a été conçue pour assurer une qualité minimale de vie de la naissance à la mort à toute la société du plus pauvre au plus riche. Malheureusement, dans une société qui se veut capitaliste néolibé-rale, elle n’a de sens que si elle s’intègre à la fabrique du profit pour les riches. Elle doit donc se transformer en entreprise pour faire du profit pour le secteur privé et quand ce n’est pas possible, coûter le moins cher possible à l’État. Le projet Action Publique 2022 (AP22) du gouvernement Macron prévoit donc de la réduire à l’os.

Comment et où économiser les postes au CP et faire passer la pilule !

C’est sans attendre que le ministre Blanquer a anticipé les économies salariales exigées. Il a voulu faire un gros buzz avec la création des CP et CE1 à 12 dans les REP+ et REP. Mais il faut se rappeler que cela ne concerne que 14 % des écoles françaises et que cela permet au ministre d’attaquer 100 % de l’école primaire en supprimant les postes PDMQDC (Plus De Maîtres Que De Classes) et les PARE (Projet d’Aide à la Réussite des Élèves) mais aussi et surtout, alors que ce n’était qu’anecdotique dans le primaire jusqu’à présent, en amorçant dans toutes les académies l’embauche contractuelle des PE à la place des fonctionnaires remplaçants le plus souvent.

Ainsi la précarité a pour vocation de devenir la norme dans le primaire comme dans tout le système avec des contrats qui peuvent être très courts basés sur des remplacements de plus en plus limités.

Dans le guide concernant le CP, on découvre une autre manière d’économiser. Ainsi p. 101, il est stipulé qu’en CP, “Toute une conception de l’enseignement est engagée dans la reformu-lation théorique et pratique de l’espace scolaire. Il s’agit, en effet, de réexaminer, à partir de l’agencement de la salle de classe, le modèle de l’enseignement frontal. Il convient plutôt de dessiner des espaces flexibles et modulaires, en adéquation notamment avec les évolutions des environnements numériques”. Puis plus loin, le ministre démontre, expérimentations scien-tifiques à l’appui, que l’informatique est le meilleur traitement pour la difficulté scolaire, depuis le simple retard jusqu’au handicap. Il s’agit ici ni plus ni moins d’enterrer l’“esprit RASED” d’une manière détournée et de lui substituer l’informatique. Autrement dit, le numérique à la place de l’humain.. pour faire des économies d’enseignants.

La science pour justifier les choix quels qu’ils soient même s’il y a contradiction !

L’Éducation nationale a eu recours à la science, il y a peu, pour instaurer les rythmes scolaires. Il s’agissait de respecter les rythmes chronobiologiques de l’enfant. On sait maintenant qu’il s’est agi d’un prétexte pour amorcer la territorialisation de l’Éducation nationale. Ainsi, depuis 2013, les Projets Éducatifs Territoriaux (PET) scellent ce partenariat devenu incontournable, Éducation nationale/communes ou communautés de communes, qui a pour but de dénationa-liser et d’avancer le plus loin possible vers l’autonomie des établissements/écoles au plan des programmes enseignés, comme au plan de l’embauche des personnels.

Dans le guide pour le CP, le gouvernement récidive quand il justifie l’utilisation de l’informatique par l’expérimentation scientifique des logiciels de remédiation.

Le ministre préconise donc (propose mais n’impose pas, un euphémisme de la part du gouver-nement) de changer d’échelle et de passer de l’expérimental au plan national. Ce que le guide ne dit pas, c’est que ce recours à l’informatique, pour différencier les apprentissages, contredit totalement ce que le ministre préconise concernant la maternelle. À savoir de privilégier l’hu-main et l’affectif dans l’apprentissage (cf les Assises de la maternelle). Il est clair que les élèves ne sont pas plus autonomes au CP qu’à la maternelle et d’autant moins quand ils sont en difficulté !

Qu’importe ! Il s’agit de supprimer des postes !

Ainsi, d’un côté, en maternelle, on met l’humain et l’affectif en avant pour confier des petits groupes aux ATSEM (Agent territoriaux spécialisé des écoles maternelles) à qui l’on donne des missions pédagogiques. Il s’agit ici de ne pas créer (supprimer ?) les postes de professeurs nécessaires dont certaines missions seront confiées aux ATSEM. Une affaire de coût. Une ATSEM coûte moins cher qu’un prof. Et d’un autre côté, au CP par contre, on oublie ce qui est si important en maternelle, pour placer les élèves devant les ordinateurs, les nouvelles machines à remédier, pour ne pas recréer les postes RASED disparus sous Sarkozy, et justifier les non redoublements car ils ont un coût (traqué par la cour des comptes).

Un fichage dès la maternelle ! Fin du droit à l’oubli de l’enfant et de l’élève !

C’est dès la maternelle (les notes parlent de “traces” p. 106) qu’un dossier informatisé sur l’enfant va se construire. Or les difficultés de l’élève doivent être détectées le plus tôt possible, nous dit le guide. Partant, toute offre d’évaluation prête à l’emploi, numérisée, devient allé-chante. Elle rassure d’autant plus quand elle offre diagnostics et remédiations, numérisés eux aussi, avec en prime l’option “facilité de transmission à l’administration”.

Le problème réside dans le fait que au travers de cette évaluation la difficulté d’apprentissage de l’élève (même passagère) est enregistrable dans son livret scolaire unique numérisé. Le danger est sérieux car certains logiciels (Timé2 p 116) vont jusqu’à “[…] établir un âge lexical et […] évaluer le retard ou l’avance d’un enfant par rapport à son âge chronologique” (sic). Et l’école devient actrice, d’un fichage généralisé de toute la population qui se met en place au plan national et dont le LSUN (Livret Scolaire Unique Numérique) est le premier maillon.

L’État cite très souvent le livret scolaire et oublie volontairement de dire qu’il est numérisé.

Car une fois numérisé, celui-ci n’est plus propriété de l’élève et de ses parents comme il l’était il y a peu. Il devient la propriété de l’État qui octroie ou non un droit d’accès numérique aux parents.  Et l’enfant perd un droit fondamental qui était une réalité jusqu’à il y a peu : le droit à l’oubli de toutes ses difficultés scolaires y compris comportementales. Le droit de commencer une vie adulte sans lien avec les difficultés de l’enfance.

Sans les aides adéquates, l’apprentissage de la lecture en un an ne sera pas !

Depuis quelques années l’apprentissage de la lecture s’étale sur les trois ans du cycle 2. Or le guide est ambigu concernant cette durée d’apprentissage. Elle est d’abord remise en cause au début du guide. Plusieurs chercheurs sont cités dont José Morais : “En fin de CP, l’élève doit être lecteur et scripteur autonome. C’est le premier niveau de la littératie”. Mais, plus loin, p. 119 on lit : “il faut évidemment proposer des aides avant que l’enfant soit en échec et, par conséquent, ne pas attendre l’entrée en CE2”.

Revirement, on en déduit donc que l’apprentissage de la lecture est plutôt envisagé sur 2 ans minimum et plus si difficultés. L’ambiguïté du guide s’explique par le fait que la durée d’appren-tissage ne peut être raccourcie que si l’enseignant accepte de travailler deux fois plus qu’il ne le fait actuellement, ou si les aides à la difficulté sont au rendez-vous. Or que ce soit redouble-ment ou maîtres spécialisés du RASED, ou encore psychologues ou médecins scolaires ou assistantes sociales, soit ils sont supprimés ou distillés par les inspecteurs (redoublement, RASED) soit leur nombre a diminué drastiquement.

Le guide privilégie l’informatique, même s’il n’exclut pas la méthode “papier-crayon” (sic) du maître spécialisé. Or l’informatique repose sur les seules épaules du maître en face d’élèves qui, en CP, sont encore loin d’être autonomes. Le maître multi-cartes MacGyver n’a pas encore été inventé. Il nous semble plus que certain que, sans les aides précitées, avec l’informatique pour seule aide, l’apprentissage de la lecture continuera de s’étaler sur plus d’une année.

À l’attaque du statut et de la liberté pédagogique s’ajoute un cadrage par l’évaluation !

L’administration s’organise pour la grande mise en application des mesures préconisées par toutes les lois Hollande et désormais Macron. Et le contrôle de l’enseignant se met en place sous forme d’accompagnement par l’inspecteur et son équipe qui se reconstitue sur ces nou-velles bases. Cette nouvelle forme d’inspection a pour but d’imposer l’application des mesures gouvernementales et de suivre leur application au plus près du terrain.

En ce qui concerne le cadrage de l’enseignant au plan pédagogique, quand le guide du CP, p. 48 stipule “[…] mettre en place des modalités d’apprentissage de la lecture et de l’écriture efficaces. C’est à une telle mobilisation que renvoie l’exigence du 100 % de réussite au CP, [...] L’étude suivie d’une leçon type permettra de le montrer”, il est bien question d’imposer des méthodes appelées “modalités d’apprentissage”. Un rythme d’apprentissage est préconisé. Le texte, page 25, parle de tempo optimal et donne des vitesses moyennes d’acquisition dans un temps donné (deux mois). Sont même détaillés les attendus par période et sont préconisées des évaluations le plus tôt possible.

En conséquence, les effets de tout cela sur la grande majorité des enseignants seront :

1) Une pression accrue au travers de l’exigence de résultats ;

2) Plus de missions donc de responsabilités, donc de travail dû à la remédiation en classe, et aux évaluations de celle-ci ;

3) Plus de bazar et de fatigue autant pour les élèves que pour l’enseignant car les élèves ne sont pas autonomes ni en CP, ni en CE1.

Le rôle des CP à 12, taire ce qui se passe dans 86% des écoles qui n’en ont pas !

Dans les 7 800 classes de CP dédoublées des REP+ et REP (14 % des écoles), suivre le tempo préconisé sera peut-être possible. Par contre les autres classes de CP à 24, dans la grande majorité (86 % des écoles), vont devoir faire avec des conditions de travail qui empi-rent, comme dans toutes les autres classes du CP au CM2 : les effectifs continuent d’augmen-ter ; les classes à double niveaux deviennent la norme ; les inclusions et le nombre de niveaux réels augmentent même dans les classes dites à simple niveau ; et les problématiques compor-tementales vont croissant compte tenu de la précarité économique qui s’étend en France d’une part, déstabilisant les familles, et de l’appauvrissement de l’aide institutionnelle d’autre part.

Tout est fait pour que les CP à 12 (où les difficultés seront minimisées) focalisent l’attention, pendant que les dizaines de milliers d’autres classes, à commencer par les CP et les CE1 à 24 minimum, vont devoir subir le traitement de choc, numérisé, des difficultés scolaires à l’abri des regards. Les médias feront l’impasse sur la galère du reste des enseignants de CP et donc aussi des autres classes.

Pour une école qui instruise ! Contre une école de la sélection au service de l’économie !

Le chômage n’est pas lié à l’éducation. C’est un problème de partage du temps de travail ! Les nouvelles orientations et missions qui s’accumulent vont dans le sens non pas d’un meilleur enseignement mais d’un tri accru pour les élèves, et de difficultés exponentielles pour les enseignants.

Or le capitalisme néolibéral, que Macron veut imposer dans toute la société, repose sur deux béquilles :

L’entreprise et la compétition. Inculquer l’esprit d’entreprise, c’est exiger d’un élève qu’il gère ses “compétences” lui-même. Or à sept ans l’enfant se construit et acquiert son autonomie petit à petit. Quant à l’esprit de compétition, l’école a pour mission de l’inculquer au travers du tri exacerbé le plus tôt possible. Et le manque de moyens de remédiation est délibéré dans la mesure où l’équité de traitement de tous les élèves est en voie de suppression avec la compétition généralisée.

Ce manque sert désormais au grand tri qui se met en place qui doit servir à orienter tous les élèves, le plus tôt possible dans la direction qu’ils ne choisiront plus librement mais vers laquelle l’État acceptera qu’ils se dirigent. Nous le voyons déjà au niveau des sélections qui se mettent en place au niveau du lycée et qui se poursuivent à l’université. Mais c’est dès l’école primaire que le gouvernement veut mettre en place cette sélection. Car il s’agit d’optimiser les coûts de l’éducation et de transformer celle-ci en fabrique d’employés en fonction de la demande économique. Et soyons sûrs que les gagnants seront les mêmes qu’aujourd’hui.

vendredi 22 juin 2018 Marie Contaux

http://www.emancipation.fr/

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Rythmes scolaires : nous devons être entendu•es (Anti-k)

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21 juin 2018 ~ 0 Commentaire

mercredi (révolution permanente)

Blanquer-dinosaure

Jean-Michel Blanquer et le plan mercredi : la semaine de 4 jours sur fond de réduction budgétaire

Le ministre de l’Education nationale a dévoilé son « plan mercredi » consistant à généraliser dès la rentrée 2018 la semaine à 4 jours du CP au CM2. Le mercredi serait consacré aux activités périscolaires dont il assure vouloir renforcer le contenu pédagogique. Derrière les belles paroles, c’est encore un coup de plomb dans l’aile donné à l’éducation publique et aux animateurs péri-scolaires dont il souhaite accroitre les charges.

4 jours ou 4 jours et demi : les changements permanents des gouvernements et le point de vue des pédagogues.

La réforme des rythmes scolaires mise en place sous le gouvernement Hollande avait instauré la réduction du temps scolaire hebdomadaire et instaurer une semaine de 4 jours avant de revenir dessus une fois la réforme passée. En juin 2017, le décret Blanquer sur les rythmes scolaires permettait aux communes qui le souhaitaient de revenir aux 4 jours par semaine.

Alors même que la plupart des experts et pédagogues juge la semaine d’école française trop courte, on doit s’interroger sur la finalité d’un détricotage si rapide.

Le « plan mercredi » n’est que la généralisation de ce retour à 4 jours par semaine. L’annonce du ministre vise à satisfaire les demandes des élus alors que la majorité des communes ont choisi le retour à 4 jours par semaine. Pour l’AMF (Association des maires de France), le retour à la semaine de quatre jours répond à une forte attente des élus, qui considèrent que la réfor-me de 2013 n’était pas adaptée aux petites communes au regard des difficultés d’organisation des activités péri-scolaires et qui notent, pour les trois quarts d’entre eux, l’économie financière dégagée grâce au retour à quatre jours. La semaine de quatre jours est souvent perçue comme plus adaptée aux classes maternelles, aux contraintes des transports scolaires et du milieu associatif, et plus en cohérence avec l’organisation des écoles privées.

Les études montrent que 4 jours ou 4 jours et demi ne changent rien sur les acquis des élèves. Les études scientifiques notamment celles de la chronobiologie (nouvelle science reconnue par l’académie des sciences, qui étudie l’existence des rythmes biologiques chez tout être vivant, et commence à faire connaître leur fonctionnement mais également les effets de leur dysfonctionnement) montre un effet négatif sur le temps de sommeil des élèves pour ce qui est des journées prolongées avec une semaine à 4 jours. Ainsi, d’après les pédagogues, la semaine de quatre jours et demi offre, outre un rythme plus favorable aux apprentissages, la possibilité aux enfants d’avoir un meilleur accès aux activités culturelles et sportives.

Derrière les annonces, la réalité d’une école à deux vitesses

La réforme des rythmes scolaires en 2013 mais aussi la réforme du collège en 2016 organisent le démantèlement du cadre national de l’éducation et les politiques éducatives sont de plus en plus ramenées à l’échelle locale. Dans le primaire, ce sont les instances locales qui organisent le temps péri-scolaire, ouvrant la porte à une aggravation des inégalités entre écoles et entre communes. Les activités péri-scolaires étant financées par les communes et sachant que les budgets alloués aux communes pour l’école varient entre 1 à 10, elles n’ont pas ou ne donne-ront pas toutes les mêmes moyens pour les mettre en place.

Les aides financières promises par le ministre pour financer les activités n’équilibreront pas le manque budgétaire existant entre les communes.

Ainsi, cette réforme ne peut qu’accroitre, alors même qu’elles étaient déjà colossales, les inégalités entre les écoliers des communes riches et pauvres. D’après les études PISA, parmi les pays membres de l’OCDE, la France est championne des inégalités à l’école. L’école française, à l’image de la société, est très profondément marquée par les inégalités.

Un enfant issu d’un milieu favorisé réussi mieux à l’école qu’un enfant issu d’un milieu défavorisé.

Les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, ont mis en œuvre une politique de détérioration des conditions de travail et d’études pour les élèves et les enseignants.  Le gouvernement Blanquer ne fait qu’amplifier l’école de l’inégalité du primaire à l’université. Son programme pour l’éducation est clair : plus de ségrégation, plus d’austérité et un renforcement de l’école à deux vitesses : celle des riches et celle des pauvres.

Elise Lecoq mercredi 20 juin

http://www.revolutionpermanente.fr/

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20 juin 2018 ~ 0 Commentaire

capitalisme (anti-k)

cap

«Le capitalisme expliqué à ma petite-fille»

3 questions à Jean Ziegler

Pourquoi, alors que vous critiquez le capitalisme, reconnaissez-vous son efficacité pour le développement économique ?

Il y a un paradoxe. Le mode de production capitaliste est certainement le mode de production le plus dynamique, le plus créatif, le plus inventif que l’humanité ait connu. Une formidable succession de révolutions – industrielles, scientifiques, technologiques –, notamment la toute dernière, celle de l’électronique, a potentialisé les forces productives de l’humanité d’une façon décisive.

Il n’y a plus, au début de notre troisième millénaire, de manque objectif sur la planète.

Mais en même temps, les extraordinaires richesses créées ont été monopolisées par une mince oligarchie. Exemple : les 500 plus puissantes sociétés transcontinentales privées ont contrôlé en 2017 52,8% du produit mondial brut, c’est-à-dire de toutes les richesses produites en une année sur la planète. Ces sociétés ont un pouvoir comme jamais un empereur, un roi ou un pape n’a bénéficié sur la Terre.

Elles échappent à tout contrôle étatique, parlementaire, syndical ou interétatique.

Elles fonctionnent selon un seul principe : la maximalisation du profit dans le temps le plus court possible et à n’importe quel prix humain. Les oligarchies du capital financier globalisé ont érigé un ordre cannibale du monde : toutes les 5 secondes, un enfant de moins de dix ans meurt de faim ou de ses suites immédiates. Alors que la FAO (Food and Agriculture Organiza-tion) nous indique que l’agriculture mondiale pourrait nourrir sans aucun problème 12 milliards d’êtres humains ! Nous sommes actuellement 7,3 milliards d’hommes sur la terre.

Il n’y a donc aucune fatalité ; un enfant qui meurt de faim est assassiné.

2 milliards d’êtres humains n’ont aucun accès régulier à une eau potable non nocive. Toutes les quatre minutes, une personne perd la vue par manque de vitamines A. Et les épidémies, depuis longtemps vaincues par la médecine, font annuellement des dizaines de millions de victimes dans les pays de l’hémisphère sud. La dictature des oligarchies du capital financier globalisé, quelles que soient les performances économiques actuelles créatrices de bien-être pour une minorité, détruit la planète et les hommes. Il faut la détruire avant qu’elle ne nous anéantisse.

Si, comme vous l’écrivez, le capitalisme doit être détruit à défaut de pouvoir être réformé, par quoi faut-il le remplacer ?

Il serait absurde de penser qu’on peut « réformer », « améliorer » ou « adoucir » le capitalis-me. On n’a pas pu, par le passé, « améliorer » l’esclavage, « réformer » le colonialisme ou « corriger » les défauts du système de discrimination entre les hommes et les femmes. Les révolutionnaires de 1789 ont détruit la féodalité, la monarchie absolue et le servage. Impossible d’« améliorer » la féodalité !

Chacun de nous porte en lui l’utopie d’un monde plus heureux, plus juste.

L’insurrection des consciences est proche. À quel moment et de quelle façon se produira-t-elle ? Personne ne le sait. L’incarnation est un grand mystère : comment, dans quelles circonstances historiques, une idée devient-elle force sociale ? Personne non plus ne connaît d’avance l’organisation, les institutions inédites et le nouveau contrat social qui naîtront des ruines de l’ordre capitaliste. « Caminante, no hay camino, el camino se hace al andar », écrit le poète Antonio Machado (Homme qui marche, il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant »). Le Nouveau Monde plus heureux, plus juste, relève de la liberté libérée dans l’homme, dans les hommes.

La « société civile planétaire », dans laquelle vous semblez placer vos espoirs, est-elle suffisante pour mettre fin au capitalisme ?

Che Guevara a dit : « Les murs les plus puissants tombent par leurs fissures ». Partout, dans les murs de l’oppression, les fissures se multiplient. Des mouvements sociaux – planétaires, ou plus réduits – luttent sur les fronts les plus divers contre l’ordre cannibale du monde.

Via Campesina, qui réunit  22 millions de petits paysans, de journaliers agricoles, du Honduras aux Philippines, mais aussi Greenpeace, ATTAC, Amnesty International, les mouvements contre la discrimination des femmes, les mouvements antinucléaires, etc. Des dizaines de millions d’hom- mes et de femmes sont désormais réveillés et se battent contre la tyrannie des oligarchies capitalistes, avec comme unique moteur la conscience de l’identité et la solidarité. Je suis l’autre, l’autre est moi. Emmanuel Kant a écrit : « L’inhumanité infligée à un autre détruit l’humanité en moi ».

Non, quoiqu’aient voulu nous faire croire les chantres du capitalisme néolibéral, la main invisible du marché n’est pas le sujet de l’Histoire. La nouvelle société civile planétaire, cette mystérieuse fraternité de la nuit, est le nouveau sujet de l’Histoire. Elle se renforce chaque jour. Elle est l’espérance des peuples.

Rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation (2000-2008), Jean Ziegler est actuellement vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Il répond à mes questions à l’occasion de la parution de son ouvrage : « Le capitalisme expliqué à ma petite-fille (en espérant qu’elle en verra la fin) », aux éditions du Seuil.

18 juin 2018 Pascal Boniface

https://www.anti-k.org/

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20 juin 2018 ~ 0 Commentaire

pétition (cimade)

Sans titre 1

Ce sont de jeunes enfants – parfois des nourrissons – ou des adolescents. Ils sont privés de liberté, surveillés par des policiers, enfermés derrière un grillage…

Dans des prisons qui ne disent pas leur nom : les centres de rétention administrative. Leur crime ? Avoir des parents étrangers dont les papiers ne sont pas à jour. En 2017, 305 enfants ont vécu cette injustice, soit 7,6 fois plus qu’en 2013 ! Et 4 285 mineurs ont subi le même sort à Mayotte, département français.

Avec La Cimade et ses partenaires Réseau Education sans frontières (RESF), Ligue des droits de l’Homme (LDH), Anafé, MRAP, Syndicat des avocats de France (SAF), France terre d’asile et ASSFAM, exigez la fin de l’enferment des mineurs dans des centres de rétention.

Signez notre pétition. Plus nous serons nombreux, plus nous aurons de poids pour pousser le président Emmanuel Macron à mettre un terme à cette pratique indigne dont aucun enfant ne peut sortir indemne

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15 juin 2018 ~ 0 Commentaire

police française (the guardian)

refug

La police française coupe la semelle des chaussures des enfants migrants, affirme Oxfam

L’ONG accuse les autorités de détenir des mineurs sans nourriture avant de les renvoyer illégalement en Italie. Les agents des frontières ont été accusés d’intimider des enfants dès l’âge de 12 ans.

La police des frontières française a été accusée de détenir des enfants de moins de 12 ans dans des cellules sans nourriture ni eau, de couper leurs semelles et de voler les cartes sim de leurs téléphones portables, avant de les renvoyer illégalement en Italie.

Un rapport publié vendredi par l’ONG Oxfam cite le cas d’une jeune fille érythréenne «très jeune», qui a été contrainte de retourner à Vintimille, ville frontière italienne, à pied, en portant son bébé de 40 jours . Les allégations proviennent de témoignages recueillis par des militants d’Oxfam et de ses organisations partenaires, deux mois après que la police française des frontières a été accusée de falsifier les dates de naissance des enfants migrants non accompagnés pour les renvoyer en Italie.

« Nous n’avons pas de preuve d’abus physique violent, mais beaucoup [d'enfants] ont raconté avoir été poussés, bousculés et s’être fait crier dessus dans une langue qu’ils ne comprennent pas », a déclaré Giulia Capitani, auteur du rapport, au Guardian. « Et par d’autres moyens la police des frontières les intimide – par exemple, en coupant les semelles de leurs chaussures, une façon de dire, ‘N’essayez pas de revenir’. » Daniela Zitarosa, de l’agence humanitaire italie- nne Intersos, a déclaré: «Les policiers leur crient dessus, se moquent d’eux et leur disent: «Vous ne traverserez jamais ici ».

« Certains enfants se font confisquer leur téléphone portable et retirer leur carte SIM. Ils perdent leurs données et leur répertoire. Ils ne peuvent même plus appeler leurs familles après.  » L’Ita- lie a accusé la France d’hypocrisie cette semaine pour ne pas avoir partagé le fardeau de la crise migratoire en cours. Le choc s’est développé lorsque le président français, Emmanuel Macron, a critiqué ce qu’il a appelé le «cynisme et l’irresponsabilité» de l’Italie en détournant un navire de sauvetage de migrants avec 629 personnes à son bord.

Matteo Salvini, le nouveau ministre italien de l’Intérieur, qui a empêché le navire de sauvetage Aquarius d’accoster en Sicile, a accusé la France de tourner le dos à 10.524 migrants à la frontière entre janvier et mai de cette année. Capitani a déclaré que des mineurs non accom-pagnés avaient été renvoyés en Italie par la police française, mais ce n’est qu’en mars qu’ils auraient commencé à falsifier les dates de naissance sur les documents de refus d’entrée – un mois après qu’un tribunal de Nice ait statué que des enfants ont été illégalement détenus et renvoyés  en Italie dans 20 cas.

En vertu du règlement de Dublin, les enfants migrants en France ne peuvent pas être renvoyés en Italie s’ils demandent l’asile.

La législation de l’UE stipule que les mineurs non accompagnés doivent être protégés et que ceux qui demandent l’asile dans un État membre ont le droit d’être transférés dans un autre où ils ont des membres de leur famille. Les ONG opérant à la frontière ont également visé l’Italie pour n’avoir pas mis en place des procédures adéquates de regroupement familial, laissant de nombreux enfants abandonnés et n’ayant d’autre choix que de tenter le voyage eux-mêmes. Selon le rapport d’Oxfam, le système bureaucratique de l’Italie laisse les migrants sous le radar dans des conditions dangereuses.

Capitani a déclaré que la police des frontières italienne avait récemment commencé à accom-pagner les mineurs rejetés par la France vers le pays voisin. La France a resserré les règles à sa frontière après que 84 personnes aient été tuées dans une attaque terroriste à Nice en juillet 2016. Vintimille est devenu un goulot d’étranglement pour les personnes qui tentent de passer de l’Italie à la France. Oxfam a indiqué qu’au moins 16 500 migrants, dont un quart d’enfants, ont traversé la ville au cours des neuf mois précédant le mois d’avril.

La plupart tentent de traverser la frontière en train (sur les voies? Note du blog) ou par un dangereux chemin de montagne connu sous le nom de «passage de la mort».

Les ONG estiment qu’au moins 12 personnes sont mortes l’année dernière alors qu’elles ten- taient de traverser la frontière en France, soit en empruntant la route de montagne, soit en étant heurtées par des véhicules le long d’une autoroute. Un Soudanais de 17 ans s’est noyé en juin 2017 alors qu’il essayait de récupérer une chaussure emportée par un fort courant dans la rivière Roia de Vintimille. Selon Oxfam, 17 337 enfants sont arrivés en Italie en 2017, dont 15 779 (91%) n’étaient pas accompagnés.
Les autorités françaises ont été contactées pour commentaires.

Angela Giuffrida à Rome Jeudi 14 juin 2018

https://www.theguardian.com/

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14 juin 2018 ~ 0 Commentaire

lycée arago (jdd)

le peril jeune

Lycéens placés en garde à vue : un collectif de parents va saisir le Défenseur des droits

Créé suite au placement en garde à vue de dizaines de jeunes après une tentative de blocage d’un lycée parisien pour protester contre Parcoursup, le comité Arago22Mai va saisir le Défenseur des droits et envisage de porter l’affaire en justice.

« Un choc véritable, inédit ». Ces mots, ce sont ceux choisis par Arié Halimi, avocat et membre du bureau de la Ligue des droits de l’Homme, pour qualifier les événements du 22 mai.

En marge de la manifestation des fonctionnaires, 102 personnes sont ce jour-là placées en garde à vue à Paris, dont quarante mineurs après avoir tenté de bloquer le lycée Arago, situé dans le 12e arrondissement, pour protester contre Parcoursup. Réunis mercredi au siège de la Ligue des droits de l’Homme, un collectif de parents d’élèves, baptisé Arago22mai, commence à s’organiser pour donner des suites judiciaires à l’affaire.

Le comité de parents envisage de porter plainte

Pour la plupart peu politisés avant ces événements, ils sont désormais engagés dans le but de sensibiliser sur les conditions de gardes à vue de leurs enfants. Ils dénoncent notamment le non-respect des droits des mineurs lors des arrestations. Leurs proches n’ayant été prévenus pour certains qu’après le délai légal. Ces parents d’élèves, épaulés par un collectif d’avocats et des structures associatives et syndicales, questionnent aussi la sévérité des sanctions appliquées.

Ils ont ainsi prévu de saisir le Défenseur des droits Jacques Toubon afin de faire la lumière sur les conditions de garde à vue. Une démarche aussi entreprise par un collectif d’avocats qui a déjà recueilli les témoignages de « 33 personnes interpellées dénonçant leurs conditions de détention », selon Raphaël Kempf, avocat au barreau de Paris.

Le collectif de parents envisage aussi de porter plainte pour « dénonciation calomnieuse » et « faux témoignages », « à l’issue des jugements à venir ». Ils font ici référence aux accusations de saccage de l’établissement durant la tentative de blocage. La direction du lycée Arago a en effet porté plainte pour vol et dégradation. Les parents d’élèves et les lycéens nient en bloc. Ils assurent que seuls des meubles ont été déplacés et que l’action était « pacifique ».

Des délits qui pénalisent l’intention plutôt que les conséquences

La mère d’une jeune fille mise en examen pour « intrusion scolaire » lit le communiqué du collectif de parents ; les mains tremblantes, elle dénonce avec vigueur le traitement infligé à sa fille et notamment une « disproportion dans les sanctions ». Un constat partagé par Laurence Blisson, secrétaire générale du Syndicat de la magistrature. Selon la magistrate, c’est tout un arsenal juridique qui a été mis en place sous Nicolas Sarkozy pour « criminaliser l’opposition publique ».

Le premier droit, lorsque l’Etat vous prive de liberté, c’est de savoir pourquoi. Et là, ça n’a pas été fait

Elle fait ici référence à « l’infraction d’intrusion dans un établissement scolaire dans le but de troubler la tranquillité » et la « participation à un attroupement en vue de la préparation de dégradations et de violences », punies d’un an d’emprisonnement. Des outils ayant pour but de « mettre en œuvre une intimidation face à un mouvement collectif ». Ici, c’est l’intention qui est visée et non pas les « conséquences ». Un tournant pénal qui alarme la syndicaliste.

Ces cas « inédits » par leur ampleur, représentent un « problème massif de violation des droits », pour l’avocat Raphaël Kempf. « Le premier droit, lorsque l’Etat vous prive de liberté, c’est de savoir pourquoi. Et là, ça n’a pas été fait. » La Ligue des droits de l’Homme a ainsi décidé de mettre en place une commission d’enquête pour faire la lumière sur les conditions de détention.

Ce mercredi matin, Jeanne et Léo sont au centre de la table et de l’attention, pour témoigner de leurs passages en garde à vue, le 22 mai. Ces deux lycéens dénoncent d’abord le « manque d’information » sur leurs droits. Interpellés puis placés dans un bus « de 20 heures à 1 heure du matin, sans eau et sans avoir le droit d’aller aux toilettes », ils ont ensuite été dispersés dans plusieurs commissariats parisiens et de proche banlieue.

« On demandait de l’eau, d’aller aux toilettes et à chaque fois c’était le même discours : ‘Mon collègue va s’occuper de ça’, mais rien », dénonce Léo, jeune homme châtain aux lunettes noires. Le lycéen a été placé dans une cellule collective avec 25 autres personnes. « La moitié de la pièce était inutilisable car recouverte d’urine » raconte-t-il.

Jeanne, cheveux mi-longs bruns, raconte ne pas avoir pu téléphoner à sa famille ou voir un médecin, malgré les lois en vigueur. Elle égrène, durant son intervention d’une dizaine de minutes, tous les actes illégaux auquel elle a été confrontée comme le fait d’avoir passé « plus de 20 heures au dépôt du tribunal, ce qui n’est pas légal pour une mineure ». « Ça fait beaucoup de trucs pas légaux d’ailleurs… », ironise-t-elle, provoquant le rire dans la salle Albert Dreyfus.

Une main tendue vers les victimes de violences policières en banlieue

Pendant que les deux lycéens racontent leurs conditions de détention, les yeux d’une mère membre du collectif s’embuent. Pour les parents, la période a été fatigante entre sollicitions médiatiques et mise en place de stratégies judiciaires. Ces familles, pour beaucoup des classes moyennes et scolarisant leurs enfants dans le centre-ville de Paris, n’ont pas vraiment d’expériences antérieures de la garde à vue ou du jargon judiciaire.

C’est dans un lycée du centre, c’est des gamins dont les parents sont professeurs, journalistes. Des gens qui ont des réseaux et qui peuvent plus facilement les mobiliser

Leur statut social privilégié est l’une des raisons pour lesquelles l’affaire a fait « du bruit », estime Mathilde Larrère, historienne et soutien des lycéens. « C’est dans un lycée du centre, c’est des gamins dont les parents sont professeurs, journalistes. Des gens qui ont des réseaux et qui peuvent plus facilement les mobiliser » analyse l’universitaire. Cette dernière a fait circuler une pétition autour d’elle pour mobiliser sur le sort des lycéens. Elle révèle avoir recueilli les signatures plus rapidement que d’habitude car « l’identification est plus forte ».

Dans les précédentes affaires de violences policières, comme celles concernant Adama Traoré ou Théo Luhaka, l’opinion publique ne s’était pas mobilisée « aussi rapidement », analyse-t-elle. Un regret pour les membres du collectif qui souhaitent constituer un « comité de vigilance et de dénonciations des violences policières et judiciaires observées et dénoncées depuis de nombreuses années par la jeunesse des quartiers populaires ».

Le 15 juin, à 12 heures, ils se réuniront devant le Tribunal de grande instance de Paris pour soutenir les personnes jugées dans le cadre des suites de l’affaire Arago. Plusieurs organisations de quartiers populaires auraient déjà annoncé leur présence.

13 juin 2018

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12 juin 2018 ~ 0 Commentaire

transphobie (cnrs)

transphobie

Comment lutter contre la transphobie à l’école?

L’expérience transidentitaire, le sentiment de ne pas être du genre assigné à la naissance, peut apparaître à tous les âges, même à l’école. Le monde scolaire n’est pas encore prêt. C’est ce que nous explique le sociologue Arnaud Alessandrin, qui livre les premiers résultats d’une étude en cours sur la santé des mineurs LGBTI scolarisés.

Isolement, craintes ressenties au moment d’accéder aux espaces genrés dans l’enceinte de l’école (toilettes, vestiaires), absentéisme…

Les conséquences de la transphobie à l’école sont nombreuses et marquent profondément la vie des individus concernés. Bien que nous ayons spontanément tendance à associer les transidentités à l’âge adulte, les enquêtes étrangères comme celles d’Annie Pullen Sansfaçon 1 ont su mettre en avant l’existence et les spécificités des enfants « gender variants » ou « gender creativ », c’est-à-dire qui s’éloignent légèrement ou bien complètement, durablement ou bien momentanément, des normes de genre en vigueur. L’expérience transidentitaire, le sentiment de ne pas être du genre assigné à la naissance, peut donc apparaître à tous les âges2.

Depuis 2014, ces questions sont progressivement abordées en France.

Les témoignages, notamment sur Internet, se font de plus en plus nombreux. Toutefois, même si l’on compte quelques travaux associatifs, la recherche sur l’expérience des mineurs trans ou gender variant reste peu développée en France et se concentre surtout autour d’enquêtes et de recueil de données qualitatives3. Il faut attendre 2017, lorsqu’une équipe de recherche4 – à laquelle je participe – s’est penchée plus spécifiquement sur la santé scolaire des personnes LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuel.le.s, trans et intersexes), pour voir se dessiner des tendan-ces statistiques sur la question des mineurs trans.

Le collège, particulièrement anxiogène

Les chiffres de cette enquête sont sans appel. Sur 1 059 répondant.e.s au total, nous avons pu créer une strate de 217 jeunes personnes trans scolarisé.e.s. Ces résultats laissent premiè- rement apparaître des éléments relatifs à la solitude de ces jeunes : si  seulement» 46 % des gays et des lesbiennes rapportent ne pas être parvenu.e.s à parler de leur homosexualité durant leur scolarité, ce pourcentage monte à 76 % pour les jeunes s’étant autodéfinis comme trans ou non binaires.

Deuxièmement, les témoignages des jeunes donnent à voir un haut niveau d’appréhension face à l’école (qu’il s’agisse des pairs ou de l’institution) 

L’expérience scolaire est perçue comme « mauvaise » ou « très mauvaise » pour 72 % des jeunes trans. Et si l’on considère aussi les jeunes intersexes, cette mauvaise expérience sco- laire est présente chez 78 % d’entre eux. Enfin, le collège est pointé comme la temporalité la plus anxiogène pour ces jeunes. Le verbatim de l’enquête permet de distinguer différents fac- teurs explicatifs.

L’importance que revêtent les catégories genrées entre pairs au collège

Les transformations corporelles qui imposent des modifications physiques non désirées (règles, poils, mue…), une absence relative de « mots pour se dire » (ce qui semble moins vrai à la fin du collège et au lycée grâce l’accès à l’Internet et aux associations) ainsi qu’une non-prise en compte, ou une mauvaise prise en charge, des problématiques de ces élèves par l’institution. Notons pour finir le rôle non négligeable des programmes scolaires qui, en abor- dant les questions trans et intersexes, véhiculent aussi les représentations pathologisantes et prioritairement médicales de ces identités.

Accompagner et sensibiliser

Si la France est très en retard en ce domaine, d’autres pays comme le Canada proposent des guides et des solutions pratiques pour accueillir et accompagner les demandes de ces jeunes, sans les nier ni les psychiatriser5. Faciliter le changement de prénom sur les dossiers adminis-tratifs, accompagner les demandes médicales sans psychiatriser d’emblée les parcours, former les encadrant.e.s et sensibiliser les autres élèves : autant de petites mesures qui augmentent grandement la participation scolaire des jeunes trans.

Si ces bonnes pratiques sont en direction des établissements, d’autres institutions peuvent être interpellées.

La famille tout d’abord, qui joue un rôle prépondérant dans le bien-être des enfants trans. C’est ce que note par exemple Diane Ehrensaft dans une typologie6 qui différencie des famil- les qu’elle nomme « transphobic », « transformers » ou « transporting ». Dans le premier cas, la chercheuse souligne des figures familiales qui rejettent violemment l’idée d’une transition et d’une non-conformité de genre d’un.e enfant. Le second cas de figure regroupe des familles ou des membres « aidants » qui accompagnent pleinement la transformation de l’enfant. Le troisième groupe développe des stratégies de bricolage entre « aide » et « déni », notamment en déplaçant les prises de décision et les accompagnements à des aidants extérieurs.

Une autre thérapeutique, dite « acceptante »7, suggère que les identités de genre trans ne sont pas des pathologies (dans le cas des enfants comme dans celui des adultes, d’ailleurs).

Dans cette perspective, des propositions de suivis hormonaux sont notamment conseillées et de nettes améliorations sur le plan du bien-être psychologique ou de la participation scolaire se font alors sentir. C’est pourquoi il convient de convoquer pareillement les institutions de santé qui, aujourd’hui en France, sont encore très réticentes à accompagner les mineurs vers la prise de bloquants hormonaux afin de ne pas les confronter aux effets secondaires de la sexuation et de les protéger des discriminations.

Cette opposition des mondes scolaires et médicaux à une meilleure prise en compte des demandes transidentitaires montre à nouveau les difficultés qu’il y a à dessaisir la question trans des cadres de la maladie mentale.

07.06.2018 Arnaud Alessandrin
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Les points de vue, les opinions et les analyses publiés dans cette rubrique n’engagent que leur auteur. Ils ne sauraient constituer une quelconque position du CNRS.

transph

À lire : Sociologie des transidentités, Arnaud Alessandrin, Le Cavalier bleu, mars 2018, 144 p., 20 € « La transphobie en France : insuffisance du droit et expériences de discrimination », A. Alessandrin, Cahiers du Genre, 2016 , vol. 60 (1): 193-212.

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09 juin 2018 ~ 0 Commentaire

portables (la rotative)

message

Interdiction des portables au collège : regard d’un assistant d’éducation

Quel regard portes-tu sur cette proposition de loi interdisant l’utilisation du téléphone portable dans les collèges ?

C’est une proposition de loi inutile, et c’est une proposition de loi qui, une fois de plus, ignore les réalités vécues sur le terrain. Inutile, puisque la loi prévoit déjà que l’utilisation d’un télé- phone mobile est interdite aux élèves « durant toute activité d’enseignement et dans les lieux prévus par le règlement intérieur ». Un collège peut donc déjà interdire toute utilisation des portables dans son enceinte : c’était le cas d’un des établissements où j’ai travaillé. En annon-çant cette mesure, tout en rouvrant le débat sur le port de l’uniforme, le gouvernement semble surtout vouloir flatter une frange conservatrice de l’électorat qui réclame toujours plus de discipline dans l’espace scolaire.

Ça signifie quoi, concrètement, interdire les téléphones portables dans les collèges ?

Ça veut dire que les assistants d’éducation, qui sont souvent en sous-effectif [1], passent une bonne partie de leur temps à traquer les collégien(ne)s qui en font usage. Car il ne faut pas se leurrer, les élèves ne les laissent pas éteints au fond de leurs sacs. Donc, au lieu de se consa-crer à d’autres besoins plus importants, il faut faire la chasse aux téléphones. « C’est idiot, et c’est chronophage ». C’est idiot, et c’est chronophage. Parce que chaque cas va donner lieu à une négociation : telle élève était au téléphone avec sa mère pour la prévenir qu’elle sortait plus tôt, tel autre annonçait qu’il faisait l’objet d’une punition, un autre enfin l’utilisait simplement pour écouter de la musique, etc. On n’est pas dans l’accompagnement éducatif des élèves, on est dans la traque et la punition. Punition qui sera souvent contestée par les parents qui ne peuvent plus joindre leur enfant…

Les auteurs de la proposition de loi invoquent différents problèmes pour justifier leur volonté d’interdiction : usages malveillants, cyber-harcèlement, problèmes de concentration en cours… Qu’en penses-tu ?

L’une des caractéristiques du cyber-harcèlement, c’est qu’il se poursuit une fois les élèves sortis de l’établissement. Les insultes et les menaces circulent sur les réseaux sociaux, et le harcèlement se poursuit en soirée, la nuit, s’étend parfois à plusieurs établissements de la ville… C’est un vrai sujet, mais l’interdiction du téléphone portable à l’intérieur des collèges n’y répond absolument pas. Quant aux prises de photos et de vidéos malveillantes, d’après mon expérience, les équipes éducatives sont généralement très vigilantes à ce sujet, font des rap-pels de la loi en vigueur aux élèves surpris en train de filmer des bagarres ou des moqueries… Et si l’objectif annoncé de protéger les élèves est louable, il faut quand même constater que les équipes éducatives sont très vite démunies face aux situations de harcèlement : on manque de moyens, de formations, de solutions adaptées pour protéger les élèves qui en sont victimes.

On a besoin de pognon pour l’éducation, pour financer des postes à la hauteur des besoins, pas de mesures comme celle-là, qui se limitent à de l’affichage. Je veux bien qu’on dise que « l’utilisation du téléphone portable par les élèves pendant les cours porte atteinte à leurs ca-pacités d’attention et de concentration », ou qu’on explique que «l’usage des portables dans l’enceinte des établissements scolaires peut soulever de réelles difficultés (…) pédagogiques»  [2], mais sur ces points il vaudrait mieux réduire le nombre d’élèves par classe, offrir un enca-drement adapté aux élèves qui ont de gros troubles de concentration, et assurer le remplace-ment des personnels absents.

Fabienne Colboc, députée d’Indre-et-Loire, a présenté un amendement qui prévoyait carrément « d’étendre l’interdiction de l’usage du téléphone portable à l’ensemble de la communauté éducative ». Ton avis ?

Ça ne leur suffit pas d’infantiliser les élèves, ils veulent aussi infantiliser les personnels de l’éducation. Mais je n’ai pas de leçon à recevoir de Madame Colboc sur l’utilisation que je peux faire de mon téléphone sur mon lieu de travail, en particulier lorsqu’elle invoque la nécessité de « renvoyer à nos jeunes une image d’exemplarité ». Quand elle recopie mot pour mot des amendements écrits par des lobbys de l’industrie des pesticides, est-ce qu’elle fait preuve d’exemplarité ? Encore une fois, ce texte témoigne de la méconnaissance des parlementaires sur ce qui se passe dans les établissements scolaires. Avec mes collègues, on a besoin de nos téléphones pour s’organiser, se coordonner, se prévenir en cas de retard ou d’absence, pour pallier au manque de postes téléphoniques et informatiques. Ils imaginent quoi pour remplacer ça ? Un réseau de talkie-walkies ?

Je veux bien qu’on ait un débat national sur les téléphones portables, en particulier les smartphones, qui traiterait de leur impact sur la santé et sur la concentration – puisque cela fait partie des arguments avancés dans le cadre de cette proposition de loi –, ou sur leurs condi-tions de production, qui sont notoirement dégueulasses. Mais dans ce cas, que les députés s’attaquent à Free, à Orange ou à Bouygues, qu’ils s’attaquent à Apple et à Samsung, pas aux collégiennes et aux personnels de l’éducation.

Le 7 juin, l’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi interdisant aux élèves l’utili-sation des téléphones portables dans les écoles et les collèges. Certains députés, parmi les- quels Fabienne Colboc, réclamaient même que l’usage des téléphones soit interdit aux person-nels. Entretien avec un assistant d’éducation d’un établissement de Tours.

 8 juin 2018

https://larotative.info/

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09 juin 2018 ~ 0 Commentaire

francette popineau (snuipp-fsu)

chut

Pré-recrutement des enseignants à bac + 3 : « Le salaire n’est pas extrêmement attrayant »

franceinfo : L’enseignement est-il un métier qui a besoin d’être revalorisé ?

Francette Popineau : Absolument, on a une crise du recrutement qui perdure pour ce métier, pour plusieurs raisons. Une des raisons principales, c’est quand même que le salaire n’est pas extrêmement attrayant et a une évolution assez faible donc il faut revoir cela. On est payé com- me les enseignants colombiens alors que le niveau de vie n’est pas tout à fait celui de la Colombie. Il faut aussi revoir la formation avec une meilleure qualité et puis, comme le ministre le dit lui-même, il faut envisager des pré-recrutements, c’est-à-dire fidéliser un certain nombre d’étudiants qui se dirigeraient vers les métiers de l’enseignement. Il faut aussi démocratiser ce métier, c’est-à-dire pour permettre à des étudiants qui ne sont pas issus des couches sociales favorisées de pouvoir accéder à ce métier.

Est-ce qu’on n’est pas en train de revenir à ce qui se faisait, il y a plus de 20 ans, dans les IUFM, les pré-recrutements des futurs enseignants ? Est-ce que ça fonctionnait bien à l’époque ?

Nous pensons en tout cas que ce qui va bien fonctionner, c’est qu’il ne faut pas déniveler le niveau de qualification des enseignants. Il faut dans ce pays, des enseignants hautement qualifiés, donc il faut exiger un Master. Ensuite, ce qu’il faut penser, c’est la formation : com-ment est-ce que nous la souhaitons ? Nous souhaitons 2 ans de formation, pleine et entière avec des stages d’observation, des stages de pratique accompagnés et nous souhaitons que la première année d’enseignement soit une année où on alterne la pratique et l’aspect théo-rique. Où on analyse sa pratique. Ça c’est ce qui se faisait un peu plus tôt côté école normale, nous on demande encore plus puisqu’on demande deux ans de formation.

De fait, en proposant cela, le gouvernement reconnaît implicitement que le métier d’enseignant n’attire plus, parce que les conditions de travail se sont dégradées au fil des années ?

Il reconnaît en tout cas effectivement qu’il y a une crise du recrutement et qu’il faut aider les étudiants à aller vers ce métier. Mais en effet, il ne peut pas travailler cette question sans travailler aussi sur les conditions d’exercice de ce métier. C’est certain et ce sont aussi des choses que nous portons sur les effectifs de classe, sur la présence d’enseignants spécialisés, sur la formation continue… Tout ça est à penser dans un même élan, mais il faut surtout faire en sorte que la formation initiale des enseignants soit de qualité. Ce qu’on craint, c’est que si on n’a plus de fonctionnaires stagiaires par exemple, on va se retrouver avec des étudiants boursiers. Mais comment vont-ils pouvoir continuer s’ils n’ont pas d’aide pour poursuivre leur formation ?

Francette Popineau, co-secrétaire générale et porte-parole du syndicat Snuipp-FSU s’est exprimée mercredi 6 juin 2018, sur franceinfo, sur le rapport de la Cour des comptes qui recommande de « pré-recruter » les enseignants à bac + 3. Après avoir relevé le niveau des concours de l’enseignement à bac + 5, il y a quelques années, le ministère de l’Éducation nationale songe désormais à recruter à partir d’un bac + 3, plus précisément à « pré-recruter ». L’idée fait son chemin, après la publication d’un rapport de la Cour des comptes allant dans ce sens. Si le métier d’enseignant n’attire plus beaucoup, c’est que « le salaire n’est pas extrêmement attrayant », a expliqué sur franceinfo Francette Popineau, co-secrétaire générale et porte-parole du syndicat Snuipp-FSU.

06/06/2018

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08 juin 2018 ~ 0 Commentaire

parcoursup (l’humanité)

ecole pole emploi

Pôle emploi fait ses vœux sur Parcoursup

Ils n’ont pas honte !. Une note d’information interne de Pôle Emploi prépare déjà les agents à un afflux d’étudiants écartés par le remplaçant d’APB.

Faire des études supérieures après le bac, voilà une perspective encore lointaine pour 200 000 lycéens inscrits sur Parcoursup, toujours sans solution.

Autant d’étudiants qui pourraient être contraints, si leur situation n’évoluait pas, de frapper à la porte de Pôle emploi, à la rentrée prochaine. La menace n’a pas échappé à plusieurs agences situées à Metz (Moselle), qui, la semaine dernière, ont prévenu leurs agents qu’une forte aug- mentation des inscriptions était à attendre, en septembre. « À chaque rentrée, nous avons une progression d’environ 20 % des inscriptions d’étudiants. Là, on nous a dit qu’il faut plutôt s’attendre à 40 % », a confié un agent au Républicain lorrain.

Jeudi, à Strasbourg, cet afflux exceptionnel d’inscrits a également été évoqué lors du comité d’établissement de Pôle emploi.

Mais la direction régionale n’a pas semblé s’émouvoir plus que cela. Si toutes les agences n’ont pas été alertées de la même façon, l’inquiétude grandit auprès des salariés, régulièrement menacés de suppressions de postes. Surtout, les syndicats s’inquiètent de la réalité brutale qui se cache derrière une telle anticipation : l’échec de Parcoursup et la mise sur le carreau de milliers d’étudiants. « On va demander des explications. Une telle anticipation n’est pas anodine », s’alarme un représentant syndical.

Inégalités entre établissements, entre filières, bug sur l’application…

Les critiques de la plateforme sont chaque jour plus nombreuses. Sur les réseaux sociaux, des syndicats comme l’Unef proposent d’aider les déçus de Parcoursup, qui ironisent sur leur inscription future à Pôle emploi. Le système remplaçant d’APB ne semble pas marcher pour tout le monde, et de nombreuses mobilisations lycéennes sont encore à prévoir. Une nouvelle occasion de refuser ce chemin tout tracé, de Parcoursup à Pôle emploi, de lycéen à chômeur.

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