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07 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

obono (npa)

black spiderman

Solidarité antiraciste et antisexiste avec Danièle Obono !

Depuis plusieurs jours, c’est à un véritable déferlement de haine raciste et sexiste que l’on assiste sur les réseaux sociaux, ciblant la députée de La France Insoumise Danièle Obono.

Cette dernière a eu l’outrecuidance de faire remarquer, lors de la nomination de Jean Castex au poste de Premier ministre, qu’une fois de plus le choix s’était porté sur « un homme blanc de droite bien techno et gros cumulard ».

Une vérité factuelle qui n’a pas plu à l’extrême droite et à la droite extrême, qui se déchaînent depuis en traitant Danièle Obono de « raciste » au motif qu’elle aurait critiqué le nouveau Premier ministre en raison de la couleur de sa peau.

On croit rêver, ou plutôt cauchemarder, lorsque ce sont des spécialistes bien connus du racisme et de l’islamophobie qui se parent de vertus antiracistes, a fortiori lorsqu’ils s’en prennent spécifiquement à une députée noire, alors qu’elle est loin d’être la seule à avoir fait remarquer que le « nouveau monde » ressemblait décidément beaucoup à l’ancien, avec des représentants d’une homogénéité toujours aussi forte et ressemblant bien peu à la société dans ses diversités.

Mais bien évidemment, ceux qui s’insurgent que l’on fasse remarquer que Jean Castex est, entre autres, un « homme blanc », préfèrent s’en prendre à une femme noire, à grands renforts de propos racistes et sexistes, ainsi que de menaces que nous nous épargnerons de reproduire ici…

Les mêmes ont été beaucoup moins bavards lorsque l’ « humoriste » Gérald Dahan s’est fendu de deux tweets authentiquement racistes, affirmant notamment que Sibeth N’Diaye « aurait été contactée par la Compagnie Créole » (sic) après sa sortie du gouvernement et diffusant une photo de la nouvelle ministre Elisabeth Moreno, noire elle aussi, suggérant qu’il s’agissait de Sibeth N’Diaye avec une nouvelle coiffure (car chacun sait que touTEs les noirEs se ressemblent).

Notre solidarité antiraciste et antisexiste vis-à-vis de Danièle Obono est totale, face au déferlement de haine auquel elle est confrontée, venu d’un camp réactionnaire de toute évidence de plus en plus crispé et brutal à l’heure où une vague internationale de mobilisations antiracistes, portée par les premierEs concernéEs, ébranle les fondations d’un système de domination et de hiérarchisation raciales qui n’a que trop duré.

Soutien à toi Danièle !

Mardi 7 juillet 2020 Julien Salingue

https://npa2009.org/

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24 juin 2020 ~ 0 Commentaire

tunisie (france 24)

Tunisie: troisième jour de manifestation à Tataouine pour réclamer la libération d’un militant

Des centaines de Tunisiens ont manifesté, mardi 23 juin, à Tataouine dans le sud du pays, pour appeler à la libération d’une figure du mouvement de contestation qui réclame les milliers d’emplois promis par le gouvernement en 2017.

Pour le troisième jour consécutif, des centaines de Tunisiens se sont rassemblés, mardi 23 juin, à Tataouine pour manifester en faveur de la libération de Tarek Haddad, une figure du mouvement de contestation qui réclame des emplois promis par le gouvernement dans cette région marginalisée du sud du pays.

Massés dans le calme devant le tribunal de la ville où la police était déployée en nombre, ils ont exigé la libération du militant arrêté samedi.

Selon son avocat, Abdelaziz Ayeb, Tarek Haddad est poursuivi pour « outrage à un fonctionnaire public », « participation à un attroupement de nature à troubler la paix publique », « outrage via les réseaux sociaux », et « entrave à la circulation de la route par la force ».

Il doit comparaître le 2 juillet, a déclaré à l’AFP Me Ayeb, qui a déposé une demande de libération.

Les deux jours précédents, les forces de l’ordre ont tiré des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants qui leur jetaient pierres. L’armée a été déployée depuis lundi pour protéger certains bâtiments de la ville située à 500 kilomètres au sud de Tunis.

« Tataouine, ne baisse pas les bras »

Le président tunisien Kaïs Saïed avait reçu en janvier des militants de Tataouine, où le taux de chômage atteint 30 %, le double de la moyenne nationale. Mardi il a estimé que « l’approche sécuritaire n’est pas une solution. Cela peut déclencher d’autres manifestations et points chauds ».

Le président a été pris à partie à Paris, où il est en visite, par des partisans des protestataires tunisiens, scandant « Tataouine, ne baisse pas les bras ». Il leur a proposé de recevoir des représentants des manifestants au palais présidentiel à son retour, selon un témoin.

Les promesses faites par le gouvernement en 2017, après des semaines de blocage d’un site pétrolier voisin, portaient sur des embauches dans des sociétés d’entretien des jardins et espa-ces verts. Ce type de sociétés publiques a servi à embaucher des chômeurs dans plusieurs régions marginalisées mais riches en matières premières. Néanmoins, à Tataouine les embauches ont été en deçà des promesses.

« Il n’y a pas de jardin à Tataouine », a souligné Kaïs Saïed dans son interview à France 24, appelant les chômeurs à  »présenter des projets de développement » à l’État. Un conseil ministériel spécial est prévu vendredi sur la situation à Tataouine, selon le gouvernement.

24/06/2020

https://www.france24.com/fr/

Lire aussi:

Tunisie : nouveaux heurts à Tataouine où les manifestants réclament des emplois (F24)

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18 juin 2020 ~ 0 Commentaire

comité adama (slate)

antiff 35

Le comité Adama bouscule l’antiracisme français

Le collectif rassemble large et fait oublier les associations qui menaient jusqu’alors le combat.

Plus de 20.000 personnes ont manifesté le 2 juin devant le tribunal de grande instance de Paris, et la foule était presque aussi nombreuse le 13 juin sur la place de la République. Le comité « La vérité pour Adama » a réussi à mobiliser la jeunesse parisienne et banlieusarde, quatre ans après la mort d’Adama Traoré, devenu symbole des violences policières.

«Cette foule immense était très jeune et notons-le bien plus racisée que les rendez-vous militants qu’organise en général la gauche», constatent les deux députées Clémentine Autain et Elsa Faucillon dans une tribune publiée dans le magazine Regards.

Face à ces mobilisations, le rassemblement en hommage à Georges Floyd organisé par SOS Racisme place de la République le 9 juin faisait pâle figure. Son président Dominique Sopo se justifie: «C’était un mardi, et il y a beaucoup plus de forces médiatiques du côté du comité Adama.»

Toujours est-il que les mouvements antiracistes que l’on connaissait jusqu’ici (SOS Racisme, la Licra, la Ligue des droits de l’homme et le MRAP) semblent marquer le pas dans les cercles militants.

«Le comité se réclame du Mouvement de l’immigration et les banlieues, de la marche de 1983. S0S Racisme ne s’est jamais vraiment attaqué au racisme structurel. À la base, c’est une grosse récupération politique du PS, avec un slogan paternaliste. Nous ne sommes pas une espère rare à sauver!», avance Youcef Brakni, membre du comité Adama, en faisant référence au slogan «Touche pas à mon pote».

Trente-cinq ans après sa création, SOS Racisme suscite l’indifférence au sein du comité: «On s’en moque», lâche le militant. «Il y a manifestement une volonté d’évitement», concède Dominique Sopo. Le 13 juin, ce dernier a même préféré ne pas se rendre au rassemblent du collectif: «Il y a une forme d’hostilité qui se manifeste et je n’ai pas envie d’être personnellement un élément de tension», a-t-il expliqué.

Stigmates de la marche de 1983

Depuis la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983, les associations antiracistes ont laissé un mauvais souvenir chez certain·es militant·es des quartiers populaires.

Pour Samir Hadj Belgacem, maître de conférences en sociologie à l’université Jean-Monnet de Saint-Étienne, l’histoire se répète aujourd’hui: «À plus de trente ans d’intervalle, SOS Racisme organise une marche sans consulter le comité Adama, ni se positionner dans une logique d’alliance, mais plutôt de concurrence.»

À sa création en 1985 par les socialistes Julien Dray et Harlem Désir, SOS Racisme est accusée d’invisibiliser les participant·es à la marche et de transformer une revendication politique en une posture morale.

«Depuis l’émergence de SOS Racisme, les primo-concernés ne se sentent pas du tout représentés. Les premiers militants, qui vivaient le racisme au quotidien, se sont sentis complètement floués, ils ont eu l’impression de se faire voler leur combat», souligne Rachida Brahim, chercheuse associée au Laboratoire méditerranéen de sociologie.

Jusqu’aux années 2000, l’association combat le racisme à travers son opposition au Front National. Mais les temps ont changé. De nos jours, «Marine Le Pen aussi bien que des associations dites de gauche n’hésitent pas à instrumentaliser les concepts d’universalisme républicain et de laïcité», juge le militant Youcef Brakni.

Le mouvement antiraciste s’est pour sa part divisé sur les questions d’identité. Comme le 6 novembre 2004, lorsque SOS Racisme et la Licra ont refusé de participer à une manifestation contre le racisme organisée par le MRAP et la Ligue des droits de l’homme (LDH). En cause, la présence de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), considérée comme fondamentaliste, peu claire quant à l’égalité homme-femme et trop indulgente vis-à-vis de l’antisémitisme.

L’exposition «Exhibit B», créée par l’artiste sud-africain blanc Brett Bailey en 2014, en est un autre symbole. Alors qu’un collectif d’artistes en réclamait l’interdiction, des associations antiracistes lui ont publiquement apporté leur soutien. Dominique Sopo a personnellement écarté l’idée d’une censure dans une tribune publiée sur le Huffington Post.

En 2015, le sociologue Éric Fassin a évoqué cette fracture dans l’antiracisme lors d’un colloque organisé par la LDH: «Je m’inquiétais d’une fracture raciale entre les antiracistes classiques (plutôt blancs) et les nouveaux antiracistes (plutôt racisés), avec des accusations de racisme “en miroir”.»

Convergence des luttes

Face à ces guerres intestines, les militant·es des quartiers populaires, dont le comité Adama, parviennent à rassembler, mobiliser, développer leur réseau, leurs alliances: «Les marcheurs de 1983 étaient plus naïfs, ils y croyaient. Ceux d’aujourd’hui connaissent cette histoire. Ils ont grandi et disposent de relais dans les médias. Ils savent à quoi s’attendre», indique le sociologue Samir Hadj Belgacem.

Pour Youcef Brakni, c’est la présence sur le terrain qui paie: «On se rend régulièrement dans les quartiers, au pied des bâtiments, pour discuter avec les jeunes. On a un discours clair, sans concession. Les gens reconnaissent la sincérité, les mouvements incarnés.»

«Si le comité Adama rencontre un écho, c’est parce que ses actions sont en prise avec le terrain, au plus près de l’expérience de beaucoup de gens dans les quartiers populaires, confirme Éric Fassin. C’est une différence avec certaines formes d’antiracisme traditionnel, davantage tournées vers les cercles du pouvoir.»

En témoigne le refus du comité Adama de rencontrer la ministre de la Justice Nicole Belloubet: «La famille d’Adama Traoré rappelle qu’elle attend des avancées judiciaires, et non des invitations à la discussion qui n’auraient aucune finalité procédurale», précisait son communiqué.

Au-delà de l’incarnation, le comité Adama récolte les fruits de ses alliances, notamment avec les «gilets jaunes». Samedi 13 juin, plusieurs militantes féministes et afroféministes comme Aïssa Maïga, Rokhaya Diallo ou Adèle Haenel étaient aussi présentes. On a même vu des drapeaux du Parti communiste et du mouvement écologiste radical Extinction Rebellion.

Selon Éric Fassin, «quelque chose s’est cristallisé au moment où l’on a pris conscience que les violences policières sortaient des banlieues pour frapper des militants écologistes, des syndica-listes, des étudiants, des “gilets jaunes”. J’appelle ça la “convergence des coups”: c’est une expérience partagée de la violence policière».

La gauche à tâtons

Les mouvements de gauche peinent encore à aborder ces mouvements. Ces dernières années, plusieurs élu·es, à l’image des députés La France Insoumise Éric Coquerel et Clémentine Autain ou de la sénatrice verte Esther Benbassa, ont soutenu le collectif et participé aux manifestations.

Le 13 juin, Jean-Luc Mélenchon, député et président du groupe LFI à l’Assemblée nationale, était également présent, marquant une nouvelle étape. Le Parti socialiste, lui, a refusé de soutenir la marche, relève Médiapart, symbolisant la fracture au sujet de la question antiraciste. «Il faut que les organisations politiques se remettent en question, et la gauche au-delà de SOS Racisme. C’est une erreur stratégique pour la gauche d’ignorer ce mouvement», réagit Samir Hadj Belgacem.

«Les partis de gauche ne peuvent pas se permettre de passer à côté, acquiesce Éric Fassin. Rester en dehors du mouvement, c’est risquer de se griller durablement vis-à-vis de la jeunesse et des quartiers populaires. Quand on est de gauche, on doit porter un regard a priori bienveillant sur un mouvement issu des quartiers populaires qui réclame la justice et l’égalité: quoi de plus universaliste?»

Au lendemain du rassemblement, Emmanuel Macron a dénoncé le combat antiraciste «lorsqu’il se transforme en communautarisme, en réécriture haineuse ou fausse du passé». La président a aussi réaffirmé son soutien aux forces de l’ordre, malgré la mobilisation massive de la veille: «Ils méritent le soutien de la puissance publique et la reconnaissance de la Nation.»

Confrontées à cette fin de non-recevoir, les associations antiracistes pourraient être tentées de se remettre en cause. De son côté, le comité Adama ne reviendra pas sur ses revendications.

Louis Chahuneau 18 juin 2020

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18 juin 2020 ~ 0 Commentaire

almamy kanouté (politis)

almamy

Almamy Kanouté :

« Emmanuel Macron a méprisé une partie de la population »

Membre du Comité Adama, Amalmy Kanouté revient sur les récentes manifestations contre les violences policières et le racisme. Manifestation interdite par la préfecture de police de Paris le 13 juin, surdité et mutisme d’Emmanuel Macron, colère des policiers… Depuis le 2 juin, le Comité Adama a provoqué une lame de fond contre les violences policières et le racisme. Quatre questions à l’un de ses membres, Amalmy Kanouté.

Quelle leçon tirer après la mobilisation du 13 juin ?

Amalmy Kanouté : Qu’il est temps de désobéir. L’interdiction de manifester arrêtée par le préfet de police de Paris est un appel à défier les règles, légitimement. Mais si nous n’avons pas pu défiler, nous ne gardons que du positif. La jeunesse présente lors des mobilisations du 2 juin au tribunal de grande instance de Paris et partout en France, nous l’avons retrouvée aussi le 13 juin. Le Comité Adama représente la société civile et ouvre un front face au système. Nous proposons une alternative, un nouveau format, face à des responsables qui incarnent l’irresponsabilité absolue.

Lors de son allocution du 14 juin, Emmanuel Macron a mis en garde contre un antiracisme dévoyé par le « communautarisme » et la récupération de ce combat par des « séparatistes ». Qu’en pensez-vous ?

Il dissocie l’antisémitisme du racisme, voilà un séparatisme. Il voulait le pointer du doigt, mais par ces mots, il en a fait une démonstration. Pour le reste, nous ne nous attendions pas à grand-chose. Il a tenté de noyer le poisson avec sa critique du communautarisme. Mais à regarder les manifestants de ce week-end, leur diversité fait un pied de nez à ces accusations.

Emmanuel Macron ne semble pas avoir pris acte de la colère exprimée le 2 et le 13 juin. Comment l’interprétez-vous ?

Malgré le succès de la mobilisation, le gouvernement ne veut pas assumer notre légitimité et notre capacité à mobiliser autant de monde, autant que les syndicats ou les partis politiques. C’est bien dommage pour un président arrivé avec l’idée d’amener un nouveau souffle. Il n’admet pas l’existence de nouvelles paroles et conserve les vieilles recettes. Les gens ne sont pas dupes.

Quand une organisation n’a pas de lien direct avec les institutions ou n’est pas contenue par celles-ci, alors elle devient dangereuse pour le pouvoir. Il n’a pas prêté l’oreille au mouvement contre les violences policières et le racisme. S’il préfère entendre les revendications des fonctionnaires de police, alors nous pouvons remettre en question sa capacité à représenter tous les Français. Dimanche soir, il a méprisé une partie de la population.

Après son discours, des policiers ont manifesté au Trocadéro à Paris – comme dans de nombreuses autres villes ces derniers jours. De quel œil voyez-vous ces mobilisations ?

J’ai trouvé ça ridicule. Lundi matin sur France Inter, Sibeth Ndiaye a laissé entendre que le Comité Adama serait « manipulé » et « récupéré ». Nous pouvons avoir la même lecture de la mobilisation des syndicats policiers.

Ils manipulent et récupèrent les forces de l’ordre. Ces organisations font de la politique et mettent la pression sur le gouvernement, malgré le peu de personnes présentes à leurs rassemblements. Nous le répétons : s’il existe de bons policiers, alors jetez vos menottes, déposez vos armes, rejoignez-nous.

Romain Haillard 17 juin 2020

https://www.politis.fr/

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16 juin 2020 ~ 0 Commentaire

trans (pùblico)

transph

Le débat sur les droits des transgenres divise le mouvement féministe

Des personnalités et des spécialistes du monde de la politique, de la pensée, de la littérature ou du militantisme féministe et des LGTBI sont les protagonistes d’une amère controverse qui a pour toile de fond la simple définition de ce qu’est « être une femme ».

Un récent tweet de l’ONU Femmes (retiré par la suite) parlait de « personnes en période de menstruation » pour faire référence à la nécessité de mettre fin aux stigmates et aux tabous concernant la règle a provoqué une réaction de colère des féministes dans différentes parties du monde, qui accusent l’institution d’effacer les femmes et d’avoir cédé aux préceptes de la théorie queer.

Peu après, J.K. Rowling, auteur de la saga Harry Potter, a publié une série de messages sur les réseaux sociaux et un manifeste dénonçant que « si le concept de sexe n’est pas réel, la réalité vécue par les femmes du monde entier est effacée.

Ses arguments ont été réfutés dans les réseaux eux-mêmes et dans des articles l’accusant d’être une féministe radicale transphobe (TERF). Jusqu’à sept des protagonistes de ses films ont exprimé leur rejet des paroles de l’auteur. L’acteur Daniel Radcliffe, qui joue le personnage populaire de Rowling au cinéma, a écrit que « les femmes transgenres sont des femmes ». Toute déclaration contraire efface leur identité et leur dignité ».

Le débat est également intense en Espagne. Mercredi dernier, un document interne du PSOE a commencé à circuler à travers les réseaux sociaux et les groupes Whatssap qui s’opposent à l’inclusion de « l’autodétermination sexuelle » dans les lois, déclarant que « si le sexe est nié, l’inégalité qui est mesurée et construite sur la base de ce fait biologique est niée ».

Dans une interview accordée à Cuarto Poder, Victoria Rosell, juge et aujourd’hui déléguée du gouvernement contre la violence sexiste, a déclaré que « l’inclusion des femmes et des enfants transsexuels n’efface pas les femmes ni ne les brouille » et que certains messages émis par certaines féministes sont proches des postulats défendus par des organisations d’extrême droite comme Hazte Oír.

Ce sont des mots grossiers de part et d’autre qu’une grande partie du public ne comprend pas, non seulement en raison de la prolifération des acronymes (TERF, CIS, etc.), mais aussi en raison de la profondeur et de l’importance de ce débat en termes sociaux, culturels, juridiques et de droits de l’homme.

Au cœur du débat se trouve la question de savoir si les personnes transsexuelles doivent ou non subir une forme quelconque de traitement hormonal ou chirurgical pour être officiellement considérées comme des femmes, ou s’il leur suffit d’exprimer qu’elles « se sentent comme une femme ». Cela s’appliquerait également aux personnes nées avec le sexe biologique d’une femme mais qui se sentent comme un homme.

Pourquoi un débat qui semblait clos depuis que le PSOE a présenté en 2007 une loi selon laquelle une personne transgenre n’a pas besoin de subir d’intervention chirurgicale pour régulariser son identité en fonction du sexe auquel elle s’identifie, suscite-t-il autant de controverses ?

Pour commencer, parce qu’il n’a jamais été dépassé par les lois. La législation exige que pour effectuer le changement d’enregistrement, la personne doit avoir été diagnostiquée comme ayant une dysphorie de genre par un psychiatre et avoir reçu un traitement hormonal pendant deux ans afin d’adapter ses caractéristiques physiques à celles du sexe ressenti.

Cela va à l’encontre des demandes de la communauté trans, mais aussi de celles d’organisa-tions telles que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et Amnesty International : qu’il soit mis fin à la médicalisation et à la protection de ce groupe. Tout comme l’homosexualité n’était plus considérée comme une « maladie mentale » par l’OMS il y a seulement 30 ans.

Un secteur du féminisme a toujours été préoccupé par la pleine égalité des personnes nées du sexe masculin biologique mais qui se sentent femmes, avec les femmes nées du sexe masculin biologique. Pourquoi ? De peur que cela ne brouille le concept même de ce que c’est que d’être une femme et que cela n’ait des conséquences importantes lors de l’adoption et de la mise en œuvre de lois et de politiques visant à lutter contre l’inégalité entre les sexes.

Cette crainte est clairement reflétée dans le document distribué par certains affiliés du PSOE : « S’il suffit qu’un homme exprime à un moment donné qu’il se sent femme, sans autre considé-ration : comment cela affecte-t-il la collecte de statistiques fondamentales pour connaître les problèmes (inégalité du travail et des salaires, féminisation de la pauvreté, violence masculine, etc. Comment cela affecte-t-il la loi sur la violence de genre ? Un homme agresseur pourrait-il indiquer qu’il se sent femme et donc ne pas pouvoir être jugé pour ce crime ?

Le débat est également ancré dans deux concepts qui, pour le féminisme radical (appelé ainsi parce qu’il va à la racine du problème), ont toujours été essentiels et différenciés, et qui sont aujourd’hui remis en question : le sexe et le genre.

Si le sexe est une condition biologique (être né avec des organes génitaux féminins ou masculins), le genre, tel que compris et diffusé par les féministes radicales au milieu des années 70, est une construction sociale qui attribue à chaque sexe un rôle, des stéréotypes qui ont servi de base à l’oppression historique des femmes. C’est pourquoi les féministes radicales se déclarent abolitionnistes des genres.

Les défenseurs des droits des transgenres, en revanche, ne comprennent pas l’identité de genre comme une oppression, mais comme la définition de leur propre être : cette identité de genre est le sexe ressenti, celui qui définit qui vous êtes, indépendamment du sexe biologique avec lequel vous êtes né.

Pourquoi maintenant ?

Le débat sur l’identité de genre n’est pas nouveau pour le féminisme, mais il s’est particuliè-rement aigri ces derniers mois en raison de l’approbation ou de la proposition de plusieurs lois dans différents pays qui ouvrent la porte à l’autodétermination de genre (c’est-à-dire qu’il n’est pas nécessaire que la volonté de la personne soit reconnue par son sens du genre).

En Espagne, plusieurs propositions et projets de loi qui sont tombés sous la précédente législa-ture et qui doivent maintenant être traités prévoient dans leurs articles cette autodétermination des sexes. Ce sont des lois qui sont sous l’aile du ministère de l’égalité, dirigé par Podemos. Un parti qui a une conception différente de celle du PSOE et un large secteur de féminisme radical autour, précisément, de l’identité de genre.

Des lois telles que la loi sur l’égalité des LGTBI et la loi dite « Trans » en sont deux exemples clairs. Mais il y en a aussi d’autres, comme la loi sur la liberté sexuelle, qui a été approuvée par le Conseil des ministres le 8 mars et qui a été paralysée par la pandémie de covid-19. Une règle qui, entre autres, devrait servir à mettre en œuvre la réforme tant attendue du code pénal dans le domaine des infractions sexuelles.

C’est précisément dans le feu de l’élaboration de cette dernière norme qu’a été créé un groupe de féministes radicales qui, sous le nom d’Alliance contre l’effacement des femmes (ACBM), a présenté il y a quelques jours une série d’allégations au projet de loi organique de garantie intégrale de la liberté sexuelle.

Parmi elles, elles avertissent que la proposition omet les femmes prostituées, ignore la lutte contre la pornographie et « favorise dans la législation la confusion intentionnelle entre le sexe et le genre ».

Selon l’alliance, cette confusion est déterminée par l’inclusion dans ses articles d’une « fiction juridique » telle que les termes « identité de genre » et « expression de genre » qui demandent à être retirés du texte parce qu’ils « sapent la protection active des femmes ».

Parmi les allégations, ils affirment que le texte issu du Conseil des ministres est contraire à la loi contre la violence sexiste et à la loi sur l’égalité. Pour cette alliance, la loi est un « pas en arrière » et se rapproche de « postulats similaires à ceux de l’extrême droite, lorsqu’ils nient cette forme de violence subie par les femmes parce qu’elles sont femmes ».

Pour sa part, Toño Abad, activiste LGTBI et directeur de l’Observatoire LGTB de Valence, a averti dans un fil de discussion sur Twitter que « quelqu’un devrait clarifier si, lorsque nous traitons une femme trans qui est victime de son partenaire masculin, elle a le droit d’être considérée comme une victime de violence de genre ; ou lorsqu’un réseau d’exploitation sexuelle des femmes est démantelé, les femmes trans ont le droit aux ressources de secours disponibles ».

Abbad souligne qu’il faut expliquer que ces femmes « sont aussi victimes du patriarcat le plus brutal, du machisme » et qu’ »il ne suffit pas de les nier et de dire qu’elles mettent en danger leur propre existence ».

Le débat est devenu compliqué. La simple mention par certaines féministes de la nécessité de protéger les droits acquis par les femmes ou les doutes sur le fait que les droits de la population trans pourraient rendre invisibles des années de lutte des femmes, aboutissent à la disqualifi-cation systématique de ces féministes sous le sigle « TERF » ou en les appelant directement « travestis ». TERF est un acronyme qui fait référence à Trans-Exclusionary Radical Feminist et est à l’ordre du jour sur les réseaux sociaux comme une insulte qui empêche tout débat possible.

Pendant ce temps, la défense des droits des transsexuels se termine généralement par l’accusation de ceux qui les utilisent comme un cheval de Troie du féminisme et de vouloir imposer la théorie queer, qui remet en cause la construction du sexe comme système binaire homme-femme.

La confrontation a atteint un tel point que la Fondation Pedro Zerolo a dû publier un communiqué rappelant que ses objectifs fondateurs sont « la défense du féminisme et la lutte permanente pour la dignité et les droits des personnes LGBT, deux mouvements d’émancipation personnelle qui doivent continuer à travailler à l’unisson ».

La Fondation appelle au « respect et au dialogue sincère » face à « l’augmentation alarmante d’idées et de politiques qui cherchent à remettre en question des conquêtes fondamentales et élémentaires de la société espagnole, telles que la lutte contre la violence à caractère sexiste, les politiques d’égalité effective entre les femmes et les hommes, les politiques d’action positive, d’identité et d’autonomie de la volonté des personnes par rapport à leur propre autodétermination ».

Le communiqué souligne la nécessité de ne pas promouvoir « des confrontations superficielles et inutiles, car l’ennemi est dans ceux qui nient ou remettent en question les avancées et le cheminement commun pris pour la défense des droits et des libertés de toutes les femmes et des personnes LGBT+.

Un message qui reflète fidèlement l’esprit qui a caractérisé la trajectoire de la politicienne féministe et défenseuse des droits des LGTBI et qui contraste notamment avec le débat viscéral auquel nous assistons ces jours-ci.

madrid 16/06/2020 Marisa kohan

https://www.publico.es/

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15 juin 2020 ~ 0 Commentaire

mobilisation (courrier-inter fr24)

Mobilisation antiraciste : comment la mort de George Floyd a ouvert la voie

Depuis la mort de George Floyd à Minneapolis le 25 mai, des manifestations contre le racisme subi par les Noirs se sont multipliées aux États-Unis, puis en Europe et dans le reste du monde. Comment comprendre cet élan de mobilisation qui dépasse les frontières ? Décryptage en vidéo.

“Black Lives Matter” : depuis plusieurs semaines, ces trois mots sont clamés partout dans le monde, des États-Unis à la Nouvelle-Zélande, en passant par la France, le Royaume-Uni ou encore l’Indonésie.

L’élément déclencheur de cet élan de mobilisation contre les violences policières et le racisme subi par les Noirs, c’est la mort de George Floyd, Noir américain de 46 ans tué par un policier blanc le 25 mai à Minneapolis.

Dès le lendemain, cette ville du Minnesota s’embrase, bientôt suivie par des dizaines d’autres à travers le pays, à tel point que le président américain, Donald Trump, menace de déployer l’armée. En parallèle, des manifestations similaires sont organisées dans de nombreuses villes européennes et dans le reste du monde.

Pourquoi la mort de George Floyd aux États-Unis a-t-elle lancé un tel mouvement ? Comment la problématique du racisme subi par les Noirs se décline-t-elle dans les différents pays qui manifestent ? Que pourrait changer ce mouvement ?

Pour répondre à ces questions, nous avons contacté trois expertes des questions de la race et de l’ethnicité :

la Française Mame-Fatou Niang, maîtresse de conférences en études françaises à l’université Carnegie-Mellon de Pittsburgh et réalisatrice ;

et les Américaines Jean Beaman et Crystal Fleming. Jean Beaman enseigne la sociologie à l’université de Californie à Santa Barbara, et elle est l’autrice de Citizen Outsider, un ouvrage sur la condition des citoyens d’origine maghrébine en France.

Crystal Fleming est professeure en sociologie et études africaines à Stony Brooks (New York), et autrice de plusieurs ouvrages, notamment How to be less stupid about race (“Comment être moins stupide au sujet de la race”), paru en 2018, non traduit en français.

15/06/2020

https://www.courrierinternational.com/

Lire aussi:

États-Unis : quel avenir pour le mouvement Black Lives Matter ? (FR24)

Black Lives Matter : immense succès populaire (GA)

 

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13 juin 2020 ~ 0 Commentaire

13 juin quimper

Tihiene, 16 ans, manifeste contre les violences policières à Quimper (OF)

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11 juin 2020 ~ 0 Commentaire

quimper (npa)

kper

Ne nous laissons pas étouffer par le racisme et les violences policières, déconfinons nos colères !

Le monde s’émeut à juste titre de l’assassinat de Georges Floyd aux USA. Il est grand temps qu’en France les exactions de la police française cessent aussi.
En France, nous comptons aussi nos victimes de tels actes racistes : Malik Oussekine, Abdelhakim Ajimi, Mohamed Boukourou, Mamadou Marega, Adbelhak Gorodia, Wissam El Yamni, Amadou Koumé, Massar Diaw, Abdou, Adama Traoré…
La liste est beaucoup trop longue pour les nommer tous. Plus près de nous à Rennes, Babacar Gueye a été tué par la brigade anti- criminalité en 2015.

Grâce à la montée des mobilisations dans plusieurs villes dont Brest où plus de 3 000 personnes se sont rassemblées, la question du racisme et des violences policières a été posée dans le débat public à une échelle inédite en France.

La fébrilité du pouvoir est palpable, lui qui est si dépendant de ses bonnes relations avec les flics et leurs organisations, au point que Castaner a été contraint de faire des annonces (fin de l’utilisation de la clé d’étranglement, suspension des policiers coupables de racisme) et que Macron lui-même est intervenu auprès de la ministre de la Justice Nicole Belloubet pour qu’elle se penche au plus vite sur le cas d’Adama Traoré.

C’est sur cette base que le NPA Kemper appelle à rejoindre le rassemblement initié par la LDH
Samedi 13 Juin à 11H Place Saint Corentin

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11 juin 2020 ~ 0 Commentaire

jeunessse (le monde)

jeunes

Après le déconfinement, l’Elysée craint un vent de révolte

« Il ne faut pas perdre la jeunesse »

Pour Emmanuel Macron, le confinement a été pénalisant avant tout pour les jeunes et pourrait, si l’on n’y prend garde, déboucher sur un « conflit de générations ».

Jusqu’ici silencieux sur le mouvement de protestation contre les violences policières et le racisme, Emmanuel Macron devrait pour la première fois s’exprimer sur le sujet dimanche 14 juin, lors de son allocution depuis l’Elysée. L’occasion pour le chef de l’Etat d’apparaître en père de la nation, alors que les manifestations se multiplient et que certains craignent des débordements lors du rassemblement qui doit se tenir samedi 13 juin, à Paris, à l’appel de la famille d’Adama Traoré.

« Le président va montrer qu’il est le président de tous les Français, qu’il considère et protège tous les enfants de la République », estime un proche soutien.

Au sein de l’exécutif, on ne cache plus la crainte de voir se lever un vent de révolte au sein de la jeunesse. Si les Etats-Unis ne sont pas la France, l’affaire George Floyd sert de vecteur au mal-être de la partie la plus jeune de la population, estime-t-on à l’Elysée.

« On a fait vivre à la jeunesse quelque chose de terrible à travers le confinement : on a interrom-pu leurs études, ils ont des angoisses sur leurs examens, leurs diplômes et leur entrée dans l’emploi. Il est normal qu’ils trouvent dans la lutte contre le racisme un idéal, un universalisme », répète M. Macron à ses interlocuteurs.

La maxime du dentifrice

Pour le chef de l’Etat, le confinement a été pénalisant avant tout pour les jeunes, alors qu’il a d’abord été décidé pour protéger les plus âgés, davantage exposés au coronavirus. Un paradoxe qui, si l’on n’y prend garde, pourrait déboucher sur un « conflit de générations », craint Emmanuel Macron.

Le président partage les analyses de ceux qui estiment que la génération de Mai 68 est respon-sable d’un certain nombre de maux du pays mais aussi du monde, notamment en matière d’écologie.

« Il ne faut pas perdre la jeunesse », résume-t-on au sommet de l’Etat, où l’on répète à l’envi la maxime du dentifrice, qui veut qu’une fois les lycéens ou les étudiants sortis dans la rue, il est difficile de les faire rentrer chez eux.

Le risque est d’autant plus grand pour la République que la menace sécessionniste (islam) est réelle au sein du pays, affirme-t-on au sein de l’exécutif. Pour le chef de l’Etat, l’affaire George Floyd entre en résonance avec un passé colonial non encore digéré.

« La guerre d’Algérie reste un impensé », aime répéter le locataire de l’Elysée, qui a tenté à plusieurs reprises de faire évoluer les mentalités sur ce sujet depuis le début de son quinquen-nat mais dit se heurter à l’absence d’interlocuteurs. « Il y a tout un travail à faire avec les historiens, mais cela prend du temps », explique-t-on au cabinet présidentiel.

Françoise Fressoz et Cédric Pietralunga

https://www.lemonde.fr/

Lire aussi :

« Ça nous dépasse et c’est ce qu’on veut » : comment le comité Adama a réussi une mobilisation surprise contre les violences policières

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10 juin 2020 ~ 0 Commentaire

george floyd (jdd psl npa ng)

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Mort de George Floyd

Pourquoi le mouvement de contestation aux Etats-Unis est exceptionnel

Les manifestations contre le racisme et les violences policières qui ont lieu aux Etats-Unis depuis la mort de George Floyd sont singulières à plus d’un titre. Et les sondages montrent qu’une partie de la population a évolué sur ces questions.

Que restera-t-il des manifestations qui ont suivi la mort de George Floyd, tué par un policier blanc à Minneapolis le 25 mai? « Ce que nous voyons est à la fois familier dans l’histoire américaine et unique », analyse Greg Carr, directeur du département d’études afro-américaines à l’Université Howard de Washington, interrogé par Time.

Depuis deux semaines, les parallèles sont nombreux : comme lors du passage à tabac à Los Angeles de Rodney King en 1991, la mort de George Floyd a été filmée, lui donnant un retentissement majeur ; comme Nixon en campagne en 1968 après les émeutes post-assassinat de Martin Luther King, Donald Trump a choisi la réponse ferme : « La loi et l’ordre ». Mais 2020 est aussi unique.

Des manifestations massives, fréquentes, et diverses

Des milliers de manifestations ont déjà eu lieu aux Etats-Unis, et aucun des 50 Etats du pays n’a été oublié. Hors des grandes villes, elles ont aussi été organisées « dans des centaines de villes plus petites et moins connues qui n’ont pas été sous les feux des projecteurs lors des précéden-tes manifestations nationales », écrivent l’historienne des mobilisations Lara Putnam, de l’univer-sité de Pittsburgh, Erica Chenoweth, d’Harvard, et Jeremy Pressman, de l’université du Connecticut, dans un article publié par le Washington Post.

« Les Etats-Unis ont rarement des manifestations de cette ampleur, de cette intensité et de cette fréquence ; ils ont généralement de grandes manifestations ou des manifestations soutenues, mais pas les deux », poursuivent-ils.

Le sénateur républicain de Caroline du Sud, Tim Scott, estime aussi que la situation est « différente » en terme de diversité. « Les manifestants sont différents. Je regarde par ma fenêtre à Washington et je vois 10 manifestants. Sept d’entre eux sont blancs, et trois d’entre eux sont noirs », souligne-t-il à Politico. « La différence la plus frappante entre les années 1960 et aujourd’hui est peut-être qu’il y a beaucoup plus de diversité raciale dans les foules », abonde Thomas J. Sugrue, de l’Université de New York, dans Time.

Autre nouveauté : la contestation a essaimé dans le monde entier. Une semaine après la mort de George Floyd, plus de 20 000 personnes se sont rassemblées contre les violences policières à Paris, à l’appel de la famille d’Adama Traoré, mort en 2016 après son interpellation par des gendarmes. Dimanche, des manifestations ont eu lieu à Madrid, Rome, Bruxelles, Copenhague, Budapest, etc. Samedi, des manifestations se sont déroulées de l’Australie à la Tunisie en passant par la France et la Grande-Bretagne.

Des lignes sont en train de bouger

Un sondage YouGov publié fin mai, quelques jours seulement après la mort de George Floyd, indiquait que 70% des personnes interrogées avaient vu la vidéo de son interpellation. La diffusion massive de ces images a-t-elle influencé la population?

L’acte des policiers a rapidement été condamné un peu partout dans le pays par d’autres policiers ainsi que des élus, un changement notable par rapport à d’autres drames de ce type. « C’est très rare », notait Charlotte Recoquillon, chercheuse rattachée à l’Institut français de géopolitique, dans une interview au JDD fin mai.

Selon un sondage Monmouth University publié le 2 juin, une majorité d’Américains (57%) – une première -, et 49% des Blancs, estiment désormais que la police est plus susceptible de faire usage de la force contre des Afro-Américains. Après la mort en 2014 d’Eric Garner à New York, dans des conditions similaires, ces chiffres étaient bien moins élevés : seulement 33% d’Américains et 26% de Blancs.

« Cela représente un mouvement tectonique dans l’opinion publique », estime Politico. Le célèbre sondeur républicain Frank Luntz va encore plus loin : « En 35 ans de sondages, je n’ai jamais vu l’opinion changer aussi vite et aussi profondément. Nous sommes un pays différent aujourd’hui de ce qu’il était il y a 30 jours », a-t-il tweeté à la vue de ces chiffres.

Des pressions pour réformer la police

Selon un sondage pour USA Today, la perception de la police a aussi été influencée par la mort de George Floyd, notamment chez les Blancs. Ils n’étaient que 61% à en avoir une bonne opinion dans les jours suivant le drame de Minneapolis, contre 72% une semaine plus tôt. « A un moment où tant de choses dans la politique américaine semblent dans l’impasse, c’est le genre d’événement majeur qui peut remodeler la façon de penser des Américains », estime Robert Griffin, directeur de recherche du Democracy Fund Voter Study Group.

Fait assez rare aux Etats-Unis, les quatre policiers impliqués dans l’arrestation de George Floyd ont été inculpés : Derek Chauvin pour meurtre non prémédité, un chef passible de 40 années de réclusion, ses trois collègues pour complicité de meurtre.

Au cours des quinze dernières années, seuls 110 policiers ont en effet été inculpés pour homici-de après avoir abattu une personne dans l’exercice de leur fonction et uniquement cinq ont été condamnés pour meurtre, relève Philip Stinson, un ancien policier devenu professeur de droit, cité par l’AFP.

Une réflexion plus profonde sur la police américaine s’engage aux Etats-Unis. Des milliers de manifestants exigent des coupes dans les budgets des forces de l’ordre, des élus démocrate du Congrès veulent « obliger les policiers à rendre des comptes » et le conseil municipal de Minneapolis souhaite démanteler la police de la ville pour tout remettre à plat.

La singularité de la situation réside enfin dans le contexte. Les Etats-Unis sont plus ou moins confinés depuis deux mois et le Covid-19 y a tué plus que dans tout autre pays. L’épidémie a aussi mis fin à la lune de miel économique que vivait Donald Trump depuis son début de mandat et des millions de gens pointent au chômage.

Dans cinq mois, les Américains seront appelés aux urnes et la situation est plus politique que jamais : Joe Biden a fait le choix de l’empathie, Donald Trump celui de la fermeté. Avec un fait nouveau par rapport à 1968 (victoire du républicain Nixon) ou 1992 (victoire du démocrate Clinton) : la « géographie des protestations » a changé, écrivent Lara Putnam, Erica Chenoweth, et Jeremy Pressman.

Beaucoup d’Américains ont vraiment assisté aux manifestations, pas seulement à la télévision, comme par le passé. « C’est important, car plus une personne vit près d’une manifestation, plus elle est susceptible de changer son vote », estiment les trois spécialistes.

Thomas Liabot 9 juin 2020

https://www.lejdd.fr

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