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15 juin 2019 ~ 0 Commentaire

manif soudan (brest)

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13 juin 2019 ~ 0 Commentaire

contre g7 (attac)

attac

Contre-G7, pour un autre monde

Du 19 au 26 août à Hendaye, mobilisons-nous et organisons-nous face au grand incendie du capitalisme!

Du 24 au 26 août, 7 des chefs des États parmi les plus riches de la planète se retrouvent à Biarritz sous la présidence de la France. De plus en plus autoritaires et bellicistes, ces 7 grands pyromanes se rencontrent pour perpétuer un système au service des plus riches et des multinationales. Il est temps de stopper ces incendiaires de la planète. Face à leurs faux discours, il est nécessaire de nous mobiliser au Pays Basque pour nous y opposer par nos idées, nos alternatives et nos luttes et imposer l’urgence écologique et sociale.

  • Du 19 au 24 août, village des alternatives (Urrugne, Hendaye, Irun) ;
  • Les 21,22 et 23 août, contre-sommet du G7
  • Samedi 24 août manifestation à Irun-Hendaye
  • Dimanche 25 août à midi : constitution d’une zone arc-en ciel par des rassemblements pacifiques dans 7 places du Pays basque pour la liberté de manifester.

Durant le contre-sommet des conférences, débats, constructions de résistances se dérouleront à l’initiative de nombreux mouvements, associations, syndicats (etc) du Pays Basque et d’ailleurs. Ce sera un point de convergence important des combats qui ont marqué l’année et de construction de nos futures mobilisations. Les débats seront structurés autour de 7 espaces représentant 7 brasiers du capitalisme :

  • Pour un autre monde, sortons du capitalisme et de la dictature des multinationales
  • Contre la destruction de notre planète, protégeons la terre, défendons le vivant
  • Pour un monde radicalement féministe, à bas le patriarcat
  • Respectons la diversité et la liberté des peuples, pour un monde décolonial et sans discriminations
  • Pour une démocratie sociale et les mêmes droits pour toutes et tous, à bas l’autoritarisme
  • Pour un monde juste et basé sur la solidarité entre les peuples, à bas les guerres et l’impérialisme
  • Personne n’est illégal sur cette planète, abolition des frontières pour les êtres humains

Ce contre-sommet sera l’occasion de partager des solutions concrètes pour une politique mondiale qui lutte efficacement contre les inégalités, la pauvreté, et les désastres écologiques et climatiques. Rejoignez la plateforme Alternatives G7 pour envisager ensemble un monde social et juste, respectueux des différences et de l’environnement.

mercredi 12 juin 2019

Pour participer à la mobilisation avec Attac: mobilisationg7@attac.org.

https://alternativesg7.org

https://france.attac.org/

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10 juin 2019 ~ 0 Commentaire

alabama (ouest france)

abort

L’éducation sexuelle rendue inexistante par la religion

En Alabama, il suffit de lever les yeux pour voir une église. Bientôt, les classes des écoles publiques pourraient arborer des crucifix et l’avortement être considéré comme un meurtre. C’est là qu’a grandi Margaux Hartline, à qui on a appris qu’il fallait rester vierge jusqu’au mariage. Mais tout ne s’est pas passé comme prévu : elle est désormais une militante homosexuelle défendant le droit à l’avortement.

« Je ne devrais pas avoir à suivre les règles d’un système de croyances auquel je n’appartiens pas », explique Margaux Hartline, 25 ans, militante homosexuelle défendant le droit à l’avortement, en référence à l’influence de la religion sur bien des aspects de la société.

L’État américain le plus religieux

En mai, l’Alabama a adopté une loi interdisant l’avortement, même en cas de viol ou d’inceste, et l’assimilant à un homicide. Elle sera effective en novembre si elle n’est pas bloquée par la justice d’ici là.

Cet État du sud des États-Unis est aussi le plus religieux. Il est situé dans la « ceinture de la Bible », qui comprend un gros quart sud-est du pays. 82 % de ses 4,8 millions d’habitants disent croire en Dieu « avec une certitude absolue », selon une étude du Pew Research Center en 2016.

« Une question tellement intrusive »

Dans le lycée public où Margaux Hartline a étudié, il existait un programme recrutant les étudiantes des classes supérieures pour apprendre aux plus jeunes « les merveilles de l’abstinence » sexuelle. Au préalable, les professeurs devaient interroger les plus âgées pour s’assurer qu’elles étaient vierges. « C’était une question tellement intrusive », se remémore la jeune femme.

Selon Amanda Reyes, porte-parole de l’ONG Yellowhammer Fund, qui finance les avortements de femmes ayant de faibles revenus, il est enseigné dans les lycées d’Alabama que le sexe est « quelque chose qui ne peut arriver que dans le contexte d’un mariage hétérosexuel ». Est-il question des méthodes contraceptives comme l’usage du préservatif ? « Oh non », répond-elle en s’esclaffant. « Mon Dieu, non ! ».

Promotion de l’abstinence

Les deux militantes accusent les autorités de l’Alabama de négliger les femmes. Non seulement à cause du manque de services de santé, mais plus encore parce que l’abstinence est le seul moyen de contraception enseigné à l’école.

L’État n’exige pas que l’éducation sexuelle soit abordée en classe. Mais si c’est le cas, les ensei-gnants doivent suivre les « instructions » du Code de l’Alabama de 1975. Celles-ci promeuvent « l’abstinence, en particulier comme unique manière sûre d’empêcher la diffusion de maladies sexuellement transmissibles et les grossesses non désirées », explique Michael Sibley, porte-parole du département de l’Éducation de l’Alabama.

Selon elle, il s’agit d’un « minimum obligatoire » et les écoles peuvent enseigner d’autres méthodes contraceptives si les autorités locales dont elles dépendent les y autorisent. Ce qui, selon Margaux Hartline et Amanda Reyes, est peu fréquent.

L’homosexualité ? « Une infraction pénale »

Le texte demande également aux professeurs d’enseigner que l’homosexualité est une « infraction pénale ». Un projet de loi qui n’a pas pu être voté lors de la dernière session législative proposait de supprimer ce paragraphe.

L’ONU considère l’éducation sexuelle et l’égalité des genres comme des droits humains. Mais pour les conservateurs religieux, une éducation sexuelle poussée serait en contradiction avec les valeurs que les adolescents apprennent chez eux.

Enseignement de la Bible

Les autorités ont également approuvé une loi permettant d’enseigner la Bible et l’histoire religieuse dans les écoles publiques, ainsi que d’exposer une iconographie religieuse dans les salles de classe. Le texte précise que les professeurs ne doivent pas promouvoir ou se montrer « hostile » à l’égard d’une religion.

La mesure attend le feu vert du gouverneur, Kay Ivey, qui a déjà signé la loi anti-avortement en mettant en avant des arguments religieux. « De nombreux États introduisent l’étude de la Bible », avait tweeté Donald Trump en janvier, après que quelques États aient adopté des lois similaires. « Génial ! », s’était-il réjoui.

L’Église et l’État « de plus en plus proches »

Mais qu’advient-il de la séparation de l’Église et de l’État ? « Les deux sont de plus en plus proches », dit Andre Ryland, responsable de la branche locale de l’American Humanist Association, qui lutte pour que les législations n’intègrent pas de croyances religieuses.

« Il y a des groupes religieux qui essaient d’introduire plus de religion dans le système public américain », assure-t-il, ajoutant que les Églises protestantes évangéliques sont les plus en pointe dans ce combat.

10 juin 2019

 https://www.letelegramme.fr/

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03 juin 2019 ~ 0 Commentaire

tian’anmen (npa essf)

chine

Le massacre de Tian’anmen

Le 4 juin 1989, l’armée a brisé dans le sang le plus grand mouvement de contestation que la Chine ait connu après l’engagement des réformes post-maoïstes une décennie plus tôt.

L’écrasement des manifestations de la place Tian’anmen à Pékin, de même qu’en province, a porté un coup très dur aux résistances sociales et démocratiques – dégageant la voie à une véritable contre-révolution bourgeoise.

Ainsi, en 1992, l’homme fort du Parti communiste chinois (PCC), Deng Xiaoping a pu prononcer, à l’occasion d’un voyage dans le sud du pays, un discours devenu fameux où il traçait la « ligne de marche » d’une transition accélérée vers un nouveau capitalisme (sous couvert de « socialisme de marché aux caractéristiques chinoises »…).

En 1989, l’ampleur, la radicalité protestataire et l’importance politique des luttes symbolisées par l’occupation de la place Tian’anmen étaient évidentes – et la répression sanglante dont elles ont été victimes a provoqué une profonde onde de choc internationale.

En revanche, il n’en allait pas de même en ce qui concerne sa signification historique : la bureaucratie chinoise visait à donner naissance à une nouvelle bourgeoisie, un nouveau capitalisme, et cette mutation ne pouvait se faire que sous un régime autoritaire, car il impliquait une véritable explosion des inégalités sociales.

Or, le retour au pouvoir de Deng Xiaoping, une dizaine d’années auparavant, avait nourri bien des attentes démocratiques. Il avait en effet été lui-même l’un des principaux dirigeants du Parti communiste victimes du règne hyper-bureaucratique instauré après la Révolution culturelle de 1966-1969. Il avait annoncé la « modernisation » du pays et engagé des réformes souvent favorablement accueillies, en particulier dans la paysannerie et chez les intellectuels.

Une décennie de lutte démocratique

Cependant, si Deng Xiaoping promouvait « quatre modernisations » (agriculture, industrie, défense nationale, sciences et techniques), une « cinquième modernisation » manquait à l’appel : la démocratie ; y compris le droit de créer d’autres partis que le PCC.

C’est elle que réclamait déjà en 1978-79 le dissident Wei Jingsheng – un ancien garde rouge de la Révolution culturelle – dans un journal mural placardé sur le Mur de la Démocratie à Pékin. L’occupation de la place Tian’anmen de 1989 ne tombe donc pas du ciel, elle est préparée par une succession de luttes.

Après le premier Printemps de Pékin (1978-79), d’importants mouvements étudiants (et sociaux) ont lieu en 1983, 1985, 1986-87. Ils dénoncent en particulier l’insécurité qui règne sur les campus, le manque de débouchés et le favoritisme dont bénéficient des enfants de parents membres du Parti.

Des pétitions réclament la libération des prisonniers politiques. Outre les réformes politiques, ces mouvements réclament la liberté d’association (en particulier la création de syndicats étudiants indépendants) et la transparence – concernant tout particulièrement le niveau de vie des cadres et de leur famille.

Les années passant, Deng apparaît de moins en moins rénovateur, en particulier en matière d’ouverture politique. D’autres dirigeants du PC, jugés plus réformateurs, sont écartés du pouvoir. C’est le cas de Hu Yaobang en 1987, soupçonné d’avoir soutenu les revendications démocratiques des étudiants. Sa mort (naturelle), le 15 avril 1989, constitue le détonateur d’un immense mouvement de protestation.

Ce jour, puis les 16 et 17 juin des manifestations se déroulent place Tian’anmen. Le 18, quelques milliers d’étudiants y organisent un sit-in, devant le Grand Palais du Peuple (l’Assemblée nationale). L’occupation a bel et bien commencé et des affiches enflammées, critiquant Deng Xiaoping, sont placardées dans les campus. Le mouvement s’étend.

Il s’agit d’un mouvement socialement composite, comprenant étudiants, professeurs de l’enseignement supérieur, intellectuels et ouvriers – même si ce sont avant tout les étudiants qui donnent le ton de l’occupation de la place Tian’anmen où ils ont établi un Quartier général.

De la contestation du 15 avril au massacre du 4 juin

À la veille des funérailles officielles de Hu Yaobang, la nuit du 21 au 22 avril, quelque 100 000 étudiants envahissent la place Tian’anmen avant que son accès ne soit interdit par la police. Ils se rassemblent devant le monument aux héros du peuple et une délégation demande à assister aux obsèques. À Pékin, ces rassemblements sont pacifiques.

Le 22, des heurts violents se produisent en province à Xi’an et Changsha. La censure frappe à Shanghai où une publication voulait demander la réévaluation du limogeage de Hu. Le 26 avril, le Quotidien du Peuple dénonce les « troubles à l’ordre public » et toute nouvelle manifestation est interdite. Mais la censure n’est pas encore la règle, et de façon générale, les médias chinois peuvent parler des événements. Le pays est informé.

Le mouvement s’étend et se radicalise

Les étudiants mobilisés fondent leur propre association autonome. Une première grande manifestation a lieu à Pékin, évaluée à 50 000 personnes. En province, les ouvriers entrent en lutte, dénonçant eux aussi la corruption et le luxe dans lequel vivent les cadres du PCC, ainsi que l’inflation, le chômage.

Des manifestations ont lieu dans un nombre croissant de villes (plus de 400 ) comme Chongqing, Shanghai ou Urumqi (région autonome ouïghoure), la Mongolie Intérieure, Hongkong, Taïwan, dans la diaspora en Europe et aux États-Unis. À la suite des universités, le boycott des cours se propage dans les lycées. Des habitants et bon nombre d’étudiants de province « montent » à Pékin pour participer à l’occupation de la place Tian’anmen. On y chante parfois l’Internationale…

Les 12 et 13 mai, véritable tournant dans la lutte, des étudiants entament une grève de la faim illimitée qui finit pas entraîner plus de mille jeûneurs. Elle soulève beaucoup d’empathie popu-laire. À Pékin notamment, une bonne partie de la population affiche son soutien. Des cortèges viennent sur la place afficher leur solidarité : étudiants, ouvriers, cadres et même parfois des policiers.

Plusieurs centaines de milliers de personnes se retrouvent ainsi quotidiennement. De nombreuses organisations politiques et civiles expriment leur sympathie. La Croix-Rouge chinoise mobilise un important personnel pour apporter une assistance médicale aux grévistes de la faim. Des pourparlers sont engagés avec les autorités dont les médias rendent compte. Cependant, la confusion règne : le mouvement n’a ni direction centrale ni programme collectivement défini – l’indécision règne par ailleurs aux sommets du parti et de l’État.

Le climat politique apparaissait relativement ouvert en ce printemps 1989. Les manifestantEs savaient qu’ils pouvaient compter sur des soutiens au sein même de la direction du PCC, notamment de la part de Zhao Ziyang, alors secrétaire général du Parti communiste. C’est probablement l’un des facteurs qui ont permis à l’occupation de la place Tian’anmen de durer si longtemps : du 15 avril au 4 juin 1989 – et qui explique que des tentatives de négociations avec le pouvoir se soient menées à plusieurs reprises.

Le pouvoir réplique

Le 19 mai, Zhao Ziyang est venu place Tian’anmen s’adresser directement aux grévistes de la faim. Il les exhorte à recommencer à se nourrir et promet que le gouvernement négociera sérieusement sur les exigences du mouvement : « Je vous dirai cette seule chose. Si vous cessez la grève de la faim, le gouvernement n’en profitera pas pour mettre fin au dialogue, certainement pas ! »

Il semble prêt d’être entendu et l’opinion s’attend à une sortie par le haut de la crise. Mais Zhao est mis en minorité au sein de l’appareil. Deng Xiaoping bascule du côté des tenants d’une répression frontale, comme le Premier ministre Li Peng.

Le 20 mai, la loi martiale est instaurée. Neuf hauts gradés de l’armée s’y opposent. Rien n’y fait. Des hauts cadres du PC favorables au mouvement sont limogés et placés en résidence surveillée. C’est le cas de Zhao Ziyang qui y restera les 15 années suivantes : quand il meurt en 2005, il n’aura pas droit à des funérailles nationales.

Notons que les personnalités politiques dont le mouvement se réclamait (Hu Yaobang) ou recevait le soutien (Zhao Ziyang) étaient favorables aux réformes économiques. Ils s’étaient opposés durant les années 1980, de concert avec Deng Xiaoping, à d’autres dirigeants comme l’économiste Chen Yun qui réclamaient un arrêt de ces réformes. Ils étaient en fait très proches de Deng Xiaoping lui-même dont la position concernant la répression du mouvement semble avoir été longtemps hésitante.

Cependant, policiers et militaires stationnés à Pékin s’avèrent incapables de mettre fin à l’occupation de la place Tian’anmen, voire sympathisent avec les manifestants. On évoque des dissensions au sein de l’armée. Le pouvoir ordonne alors le transfert sur la capitale de troupes provinciales, soit quelque 200 000 soldats de 22 divisions provenant de 13 corps d’armée. Les Pékinois érigent des barricades aux carrefours, constituent des barrages routiers, brûlant des bus, jettent parfois des pierres aux soldats.

Une colonne de véhicules militaires est incendiée. Les soldats tirent à balles réelles, les chars font feu. Les combats se poursuivent dans les rues qui entourent la place, des officiers sont extraits des chars, puis battus, voire tués. Des conducteurs de rickshaw (tricycles) secourent les blessés.

Manifestations et répression continuent

Dans la nuit du 3 au 4 juin, un ultimatum est présenté aux manifestants de la place Tian’anmen (ils sont encore quelques milliers). Les dirigeants étudiants sont divisés sur la décision à prendre. Ils soumettent la question à un vote : quitter la place ou rester et en subir les conséquences. Ultimatum rejeté. L’attaque des forces armées est violente. Avant 6 heures du matin, la place est vidée. Il y aurait beaucoup de victimes aux alentours.

Après la vague de répression à Pékin, les manifestations se poursuivent dans une grande partie du pays pendant plusieurs jours, la population arborant le noir en signe de protestation. Le gouvernement reprend assez rapidement le contrôle et démet de leurs fonctions les fonctionnaires ayant favorisé ou toléré les manifestations. Il est difficile de savoir combien de personnes ont été tuées dans l’ensemble du pays, plusieurs milliers probablement.

Et ouvriers

Place Tian’anmen, les ouvriers se regroupent dans leur propre « carré ». Des cortèges de travailleurs des entreprises d’État viennent par camions entiers afficher leur soutien au mouvement, sans pour autant avancer leurs propres revendications. Néanmoins, une Association autonome des Travailleurs se manifeste, indépendante des syndicats officiels, rejointe dans le feu des événements par Han Dongfan qui animera plus tard le China Labour Bulletin.

La Fédération des syndicats chinois, bien que subordonnée au PCC, a elle-même été impactée par les événements. Elle est agitée de débats : faut-il entrer en grève ? La décision de le faire n’allait pas de soi non seulement pour les cadres syndicaux du rang, mais aussi pour les simples travailleurs.

Il y a beaucoup d’exemples de contacts établis entre étudiants et travailleurs, soit sur les lieux de mobilisations comme la place Tian’anmen, soit devant les entreprises. Ils ont cependant du mal à se stabiliser.

Avec le mauvais souvenir de la Révolution culturelle, les ouvriers hésitent à se laisser embar-quer dans une aventure. Quant aux étudiants, dans leur masse, ils vivaient pour l’essentiel une révolte spontanée, générationnelle, contre une culture dictatoriale et ses injustices. Au-delà de l’aspiration à se rebeller « tous ensemble », rares étaient celles et ceux qui se posaient dans une perspective stratégique la question des liens avec le monde du travail.

Le Mouvement du 4 Juin est intervenu dans un moment de grande confusion. La continuité d’une tradition politique radicale avait été brisée par l’hyperviolence dans laquelle a sombré la Révolution culturelle, puis par l’hyper-bureaucratisme du règne de la Bande des Quatre qui se réclamait de Mao.

La portée des luttes au sommet du pouvoir n’était pas évidente, et encore moins la direction dans laquelle les réformes de Deng Xiaoping allaient engager la Chine. Mais ce fut, sans aucun doute, un grand soulèvement émancipateur, ultimement défait. Les résistances sociales vont se poursuivre durant les années 1990, mais cette défaite n’en a pas moins pesé bien lourd. (Résumé)

Pierre Rousset Mercredi 4 juin 2014

https://npa2009.org/

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03 juin 2019 ~ 0 Commentaire

hébergement d’urgence (ldh)

refugies
Pour un retour à l’inconditionnalité de l’hébergement d’urgence
dans le Finistère
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Qu’est-ce que l’hébergement d’urgence ?
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L’hébergement d’urgence est un dispositif d’aide et d’accompagnement pouvant être délivré aux personnes sans abri et en difficulté sociale. Pour le solliciter, il faut faire le 115 qui est un numéro d’urgence comme l’est le 18 pour les pompiers, ou le 15 pour le Samu. Ce dispositif, ainsi prévu pour mettre à l’abri les personnes sans ressources lorsque cela est possible, est un dispositif de l’État mais dont l’organisation se fait à l’échelle du département.
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Sur le principe, la plateforme du 115 s’appuie alors généralement sur les disponibilités des CHRS ou des prises en charges hôtelières pour mettre à l’abri les personnes sans ressources. Malheureusement, il n’y a pas toujours assez de place pour toutes les personnes qui appellent le 115, et les « gestionnaires » de la plateforme ne parviennent pas à trouver une solution dans toutes les situations.
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Aujourd’hui nous ne sommes (même) pas là pour évoquer ou dénoncer le manque de place d’hébergement à l’échelle du territoire… Les structures autour de la table aujourd’hui veulent par contre dénoncer le fait que, depuis une date assez récente, dans le département, le 115 (ou plutôt le dispositif d’hébergement d’urgence), ne repose plus sur son principe fondamental qui est celui de l’inconditionnalité.
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Ça veut dire quoi l’inconditionnalité ?
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Ça veut dire que tout le monde peut appeler le 115. Ça veut dire que toute personne à la rue, sans ressource, en difficulté, peut solliciter l’aide à l’hébergement de ce dispositif. On peut (malheureusement) lui répondre qu’il n’y a plus de place, mais on ne peut pas lui répondre qu’elle n’y a pas droit !
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Or, aujourd’hui dans le Finistère, la DDCS (Direction Départementale de la Cohésion Sociale), sous les ordres du Préfet, donne comme consigne aux gestionnaires du 115 de ne pas traiter ou solutionner les appels provenant de personnes étrangères sans-papiers ou en cours de démarche pour obtenir une régularisation.
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Aujourd’hui, dans le Finistère, les salarié-e-s du 115 sont contraint-e-s de répondre aux étranger-e-s sans-papiers à la rue, et quelque-soit leur « détresse », qu’ils-elles ne peuvent pas avoir d’hébergement d’urgence. Ces salarié-e-s étaient d’ailleurs récemment en grève pour dénoncer ces consignes préfectorales.
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Pourtant, la loi sur le logement de 2014 et le Code de l’Action Sociale et des Famille prévoient que : « Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence […] » (art. 345.2.2). Cette loi est ainsi régulièrement bafouée par la préfecture du Finistère.
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Nous, associations et collectifs qui conseillons et accompagnons des femmes victimes de violences, des personnes sans-papiers, des jeunes majeur-e-s isolé-e-s, etc., dénonçons ces consignes territoriales, qui sont discriminatoires et donc racistes. La préfecture n’a pas à poser la condition de la régularité de séjour pour autoriser l’accès au dispositif d’hébergement d’urgen-ce ! Et nous exigeons alors que soit rétablit le principe de l’aide inconditionnelle à l’hébergement d’urgence pour toute personne qui en a besoin.
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Nous appelons à une conférence de presse devant la préfecture du Finistère à Quimper le mercredi 5 juin à 17h.
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Nous appelons à nous rassembler/manifester, à Brest et à Quimper le mercredi 12 juin à 18h30.
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Nous appelons toutes les structures et groupes, mobilisé-e-s sur cette question, à nous rejoindre.
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 Premiers signataires :

100 pour un toit Cornouaille, 100 pour un toit de Landerneau, 100 pour un toit de Quimperlé, 100 pour un toit Saint Pol, Abri côtier urgence femmes de Concarneau, Abri Côtier de Quimperlé, Accueil des réfugiés dans le Cap, ADJIM Accompagnement des jeunes isolés migrants, Cimade du Finistère, Collectif Adé-Brest, Collectif aidons les réfugiés Brest, Collectif citoyens solidaires de Cornouaille, Droit d’asile Quimper, Digemer, EELV Kemper Kerne, France Insoumise de Quimper, Fraternité Douarnenez, Fraternité Quimper, FSU 29, Ligue des droits de l’Homme du Finistère, Morlaix-libertés, Nouvelle Donne Finistère, NPA 29, Planning familial 29, Solidarité Côte des Légendes, le Temps partagé, Travesias, Zéro personne à la rue…

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rassembmelent

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02 juin 2019 ~ 0 Commentaire

marche climat australie (green left)

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02 juin 2019 ~ 0 Commentaire

bac snes (jdd)

ecole pole emploi

« Baccalauréat : pourquoi la grève est nécessaire »

« Le 17 juin, jour des premières épreuves du baccalauréat, philosophie pour les terminales, français pour les premières, le Snes-FSU, avec d’autres ­organisations syndicales, appelle les enseignants du second degré à faire grève.

Cette ­modalité d’action est ­exceptionnelle et se veut à la mesure de la gravité de la situation.

Fruit d’une consultation et de débats dans les établissements, cette décision arrive au terme d’un long processus qui a vu les lycéens se mobiliser, les personnels faire grève, manifester, souvent avec les parents d’élèves, se rassembler devant les établissements, écrire aux parlementaires contre la bien mal nommée loi « pour une école de la confiance », la réforme du lycée et du baccalauréat, et pour lever l’ambiguïté des promesses sur la rémunération des enseignants.

Peut-être trop polis et respectueux de leur hiérarchie pour être écoutés, toujours soucieux de leurs élèves, ils n’ont obtenu que mépris et fins de non-recevoir. De la confiance, maître mot de cette politique éducative, les enseignants n’en éprouvent plus, et depuis longtemps.

Les lignes de force du projet éducatif porté par Jean-Michel Blanquer sont l’autoritarisme et l’inégalité

Les lignes de force du projet éducatif porté par Jean-Michel Blanquer sont l’autoritarisme et l’inégalité : inégalité territoriale ­accrue par l’implantation des ­formations selon les lycées, inéga-lité ­sociale des dispositifs de sélection instaurés par ­Parcoursup, réduction des finalités de l’école à l’acquisition des savoirs fondamentaux pour les jeunes de ­catégories populaires, le tout mâtiné ­d’injonctions sur la pédagogie et d’insistance sur le devoir « d’exemplarité » des personnels de l’Éducation. Cela a le mérite de la cohérence.

Il s’agit de l’avant-dernier bac avant la réforme. La part réservée au contrôle continu précipitera sa transformation en ‘bac maison’. Tous ceux qui, hypocrites, condamnent l’action des enseignants en appelant à la sauvegarde du bac devraient y regarder à deux fois.

Les professeurs feront cette grève pour pouvoir continuer à exercer leur métier à l’abri des logiques ­managériales ­funestes

Le Snes-FSU a très vite mis en garde le ministre, fait des propositions sur les programmes, demandé un moratoire sur la réforme du lycée, avec comme seule réponse une communication méprisante et agressive.

Les chefs d’établissement eux-mêmes font, plus ou moins ouvertement, part de leurs inquié-tudes devant la complexité engendrée par la réforme du lycée : comment concevoir les emplois du temps des élèves et des professeurs?

Comment organiser des « partiels » qui, des semaines durant, nuiront à la continuité des apprentissages et déstructureront l’année de terminale dès le mois de mars? Les choix de structure de la classe de première sont faits. Tout le reste est encore en suspens et peut être infléchi : nombre de spécialités en terminale, organisation du bac, programmes…

La menace est grande.

Elle touche élèves et parents, livrés à eux-mêmes dans un système où survit le plus fort, mais aussi les professeurs, méprisés et réduits au rôle de simples exécutants. C’est donc contraints par le refus du ministre de tout dialogue que les professeurs se mettront en grève le 17 juin, non pour pénaliser leurs élèves, mais pour leur assurer la meilleure éducation possible, un diplôme national ne fermant pas les portes à certains du fait de leur ­origine sociale ou territoriale.

Ils feront cette grève pour pouvoir continuer à exercer leur métier à l’abri des logiques ­managériales ­funestes pour les équipes éducatives et pour ­travailler à partir de contenus ­réellement formateurs.

Si l’épreuve est perturbée, menant à son annulation et à la reconvocation des élèves, le ministre en portera l’entière responsabilité. »

1 juin 2019 Frédérique Rolet

Frédérique Rolet, secrétaire générale du SNES-FSU, premier syndicat du secondaire, défend dans le JDD son appel à faire grève le 17 juin, jour des premières épreuves du baccalauréat.

https://www.lejdd.fr/

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Comprendre les projets de Blanquer pour mieux les combattre (NPA)

Appel unitaire à la grève le 17 juin 2019

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02 juin 2019 ~ 0 Commentaire

17 juin (snes)

Intersyndicale 17 juin 2019

Appel unitaire à la grève le 17 juin 2019

Depuis plusieurs mois, les personnels de l’éducation se mobilisent dans de nombreux établissements et se sont rassemblés dans des actions nationales d’ampleur.

Que ce soit du côté des parents d’élèves ou des enseignants, l’inquiétude et la colère sont grandes devant les réformes du lycée et du baccalauréat, de la voie professionnelle, la loi dite de la « confiance » et l’ensemble des transformations du système éducatif imposées par le Ministre.

Devant le mal-être croissant des personnels, paupérisés et toujours en proie à l’austérité salariale, mis devant de graves difficultés professionnelles, le Ministre n’a jusque-là répondu que par le refus de toute discussion. Pire, des collègues faisant part de leurs critiques ont été victimes de rappels à l’ordre et de mesures d’intimidation ; les pressions et les méthodes de gestion autoritaires se développent.

À cela s’ajoute le contexte de suppressions de postes à un moment où les effectifs augmentent dans le second degré et les attaques contre le service public d’orientation.

Les inégalités d’implantation des enseignements de spécialité et des options de la réforme du lycée, les difficultés d’emploi du temps, tant pour les enseignants que pour les élèves, le rythme effréné des évaluations et un baccalauréat à valeur locale ; les familles de métiers et la promotion du tout apprentissage en voie professionnelle ; jusqu’aux incidents récents qui ont marqué Parcoursup ; les sureffectifs des classes et les suppressions de postes en collège : tout concourt à accroître les inégalités.

Devant la gravité de la situation, les organisations syndicales représentatives du public et du privé, de l’enseignement agricole et les Stylos rouges, après de nombreuses alertes au Ministre le Ministre, déposent un préavis de grève sur le mois de juin. Elles appellent tous les personnels à poursuivre les actions locales, à se réunir en assemblées générales pour organiser la grève le 17 juin, premier jour des épreuves du baccalauréat, et décider des suites, pour :

  • Une revalorisation des rémunérations ;
  • Le retrait des réformes des lycées et du baccalauréat ;
  • Le retrait des projets de loi « école de la confiance » et « Fonction publique ».

Si le Ministre persistait dans son refus d’ouverture de discussions rapides, il porterait la responsabilité d’une perturbation dans le déroulement des examens.
Les organisations se rencontreront de nouveau dès après le 17 juin.

vendredi 31 mai 2019

Communiqué de presse avec le soutien des organisations suivantes :

Soutien intersyndicale 17 juin 2019

https://www.snes.edu/

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Comprendre les projets de Blanquer pour mieux les combattre (NPA)

« Baccalauréat : pourquoi la grève est nécessaire Snes » (JDD)

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01 juin 2019 ~ 0 Commentaire

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Comprendre les projets de Blanquer pour mieux les combattre

Nous devons prendre au sérieux la déclaration de Jean-Michel Blanquer au Parisien (23 février 2019) : « Nous voulons redonner une cohérence globale [à l’éducation nationale]. C’est le sens de la transformation en cours et cela va générer tout un processus dans les trois ans à venir. » 

Si l’on s’attache d’abord à la méthode, on constate que Blanquer ne cherche pas à faire passer une grande loi d’orientation sur l’école. Au contraire, on assiste à un ensemble disparate de réformes avec de multiples sources (lois, décrets, arrêtés…) dont la multiplicité peut donner le tournis. Cette méthode rend difficile toute tentative de cerner la logique globale des mutations en cours dans l’éducation nationale.

Nous pouvons néanmoins dégager trois axes majeurs.

D’abord une modification en profondeur de l’École, pour la faire correspondre aux bouleverse-ments de l’organisation de la production et donc la ventilation des travailleurEs dans les diffé-rents secteurs économiques.

Entre 1960 et aujourd’hui, la proportion des ouvrierEs dans la population active est passée de 37% à 22%, les agriculteurs de 10% à 1%, tandis que la proportion de cadres (6% à 16%), de professions intermédiaires (14% à 26%) et d’employéEs (20% à 28%) explose. La doctrine Macron cherche à accélérer encore ces mouvements et à les transcrire dans la formation de la jeunesse en France.

Deuxième axe, une transformation en profondeur de l’idéologie française sur l’École comme « ascenseur social », c’est-à-dire une école ouverte à touTEs, où la « méritocratie » permettrait aux jeunes les plus doués d’arriver aux meilleurs postes.

Enfin, il s’agit de mettre en œuvre un plan social dans le secteur public, en particulier dans l’Éducation nationale.

Ces trois axes ont une relation interdépendante entre eux. Les réformes Blanquer en cours sont en grande partie dans la continuité des réformes de ses prédécesseurs, mais il souhaite franchir un saut qualitatif, dans un temps extrêmement réduit.

Rattraper le «retard» français

Contrairement à ce qu’affirme Macron, il est absurde de croire que la septième puissance économique mondiale peut devenir une « start-up nation », c’est-à-dire faire reposer l’ensemble de son économie sur des auto-entrepreneurs précaires (essentiellement dans le secteur du service)… et sur les ventes d’armes.

Il est cependant certain que, du point de vue néo-libéral, la France a un retard conséquent sur ses partenaires mondiaux concernant le travail. De multiples réformes sont en cours, tant sur le type de contrats (pour les rendre de plus en plus précaires) que sur le temps de travail et sur les retraites. Bien sûr, il ne s’agit pas simplement de « rattraper le retard », mais aussi de « dépas-ser » les autres puissances européennes. C’est pour cela que les réformes Blanquer vont plus loin que celles qui ont eu lieu en Italie (2015), dans l’État espagnol (2013) ou (il y a plus longtemps) en Allemagne ou au Royaume-Uni.

En 1996, le CNPF (ancêtre du Medef) annonçait que la répartition des contrats devait se décliner en un tiers d’emplois stables (type CDI) pour les travailleurEs pleinement qualifiés, un tiers de CDD précaires (pour les salariéEs spécialisés, en fonction de la demande du patronat) et un tiers de micro-entreprises ou entreprises individuelles (dans les services).  Il s’agit d’arriver à diminuer le coût (global) de la main-d’œuvre, en optimisant les coûts de formation.

Dans cette optique, il n’est pas surprenant que la loi « sur l’école de la confiance » loi Blanquer, votée par l’Assemblée nationale le 20 février 2019, prévoie la mise en place de trois types d’éco-les élémentaires distinctes. En plus des écoles habituelles, sont mises en place d’une part des écoles internationales, où l’entrée sera soumise à une sélection sur « les aptitudes à suivre les enseignements dans la langue étrangère » et d’autre part des écoles des savoirs fonda-mentaux où l’objectif est que chaque jeune sache « lire, écrire, compter, respecter autrui. »

Bien entendu, chaque type d’école n’a pas la même finalité. Les écoles internationales regrou-pent école, collège et lycée et visent au bac international ou européen. Tandis que les écoles des savoirs fondamentaux regroupent école et collège et n’ont pas d’objectif en termes de diplôme. Or, en France, la ségrégation sociale se combine avec une ségrégation spatiale, il suffira donc de vivre au mauvais endroit (par exemple, la Seine-Saint-Denis, le Mirail à Toulouse ou les quartiers Nord de Marseille) pour voir son avenir scolaire fortement assombri.

Une sélection dès 14 ans

Second étage de la fusée Blanquer : le lycée. Trois réformes sont en cours.

D’abord une réforme du lycée professionnel, ensuite une réforme du lycée général et techno-logique et enfin une réforme du baccalauréat. La réforme des lycées professionnels s’inscrit pleinement dans l’objectif de diminuer les coûts de formation (pour les entreprises et pour l’État).

Aujourd’hui, les formations professionnelles sont données en formation initiale (globalement en lycée professionnel) ou en alternance (généralement dans les centres de formation d’apprentis – CFA, sous la tutelle des chambres de commerce régionales). Un des objectifs de la réforme est d’avoir des « publics mixtes », des jeunes en formation initiale et des apprentis, dans les mêmes classes. Cela entraine une diminution « des coûts » (du nombre de professeurEs nécessaire).

Si l’apprentissage est un vieux cheval de bataille des gouvernements, on constate que depuis 20 ans, le nombre total d’apprentis augmente grâce aux formations en apprentissage après le bac1. L’apprentissage en CAP et bac pro permet de maintenir une main-d’œuvre à faible coût (essentiellement subventionnée par l’État).

Deuxième objectif de cette réforme du lycée pro : diminuer les temps d’enseignements.

Car la baisse du temps de formation théorique fait baisser mécaniquement la valeur du diplôme et donc le coût de la main-d’œuvre à l’embauche. Là encore, le ministre ne renonce pas à un fort niveau de qualification et spécialisation. Il cherche à ce que cela ne soit pas corrélé à des connaissances suffisantes pour défendre collectivement ou individuellement la valeur de la force de travail contre le patronat.

Les réformes du lycée et des baccalauréats généraux et technologiques s’inscrivent quant à eux dans une rupture assumée entre, d’une part, l’ensemble école-collège (les savoirs fondamen-taux) et, d’autre part, l’ensemble lycée-licence (bac-3 / bac+3). Si l’orientation-sélection s’effec-tue dès l’année de seconde, ce n’est pas pour laisser plus de liberté aux élèves comme l’affirme Blanquer. Mais exactement le contraire : il s’agit de créer un délit d’initié, où l’emploi potentiel de chaque jeune est déterminé par les options et spécialités qu’il ou elle aura choisies à 14 ans.

Le baccalauréat n’est plus qu’une étape vers le bac+3, et il est donc logique qu’il soit un bac local (quasiment toutes les épreuves sont choisies par les professeurEs de l’établissement et passées au cours des années de première et terminale), dont la valeur n’est déterminée que par le nom et la ville du lycée (c’est à ce titre le seul élément distinctif présent dans ParcourSup, en dehors des notes et commentaires des enseignants).

Cela ne fait que renforcer ce qui existait déjà : un bac passé à Henri 4 à Paris n’a pas la même valeur qu’un bac passé en Seine-Saint-Denis ou dans les quartiers Nord de Marseille. Blanquer rend cet état de fait légal, en ajoutant l’individualisation des parcours. Le diplôme n’aura donc plus aucune valeur collective.

La sélection individuelle à l’entrée du supérieur (que ParcourSup a mise en place) apparaît alors comme une nécessité structurelle : plus aucun élève ne suit exactement les mêmes études, comment savoir si un jeune pourra suivre une formation supérieure ? Au-delà des études, il est alors cohérent que l’employeur ait un droit de regard sur le contenu de la formation individua-lisée pour déterminer le salaire de l’employéE.

Enfin, dernier étage de la fusée, l’augmentation des frais d’inscription à l’université. Pour l’instant cette réforme ne touche « que » les jeunes non-français, mais il paraît évident que cela se géné-ralisera à touTEs les étudiantEs dans les années à venir. Et comme le montrent les études sociologiques 2, une hausse des frais d’inscription implique un endettement qui « contribue à enfermer de manière précoce les choix scolaires […] et renforce considérablement la relation de subordination vis-à-vis de l’employeur. » Aux États-Unis, où les frais de scolarité ont augmenté de 1 225 % entre 1978 et 2012, 40 millions de salariéEs continuent de rembourser leurs prêts étudiants, dont 34% ont plus de 40 ans et 17% plus de 50 ans…

L’école comme vecteur de la philosophie néo-libérale

Il est erroné de résumer les réformes Blanquer à une série de réformes structurelles. Comme le souligne Barbara Stiegler3, « le néolibéralisme est bien plus qu’une théorie économique, ce à quoi on le réduit trop souvent. C’est bien plutôt une théorie politique complète » à visée hégémo-nique. Cette dernière n’est possible qu’en changeant le contenu et les formes de l’éducation pour obtenir une adhésion globale, ou à défaut une soumission de l’ensemble des acteurEs.

L’objectif des réformes actuelles4 est de « porter chacun au plus haut de son talent et de son mérite. » Il ne s’agit pas que développer des filières élitistes tout en dénonçant les « territoires perdus de la République »5 où il serait impossible d’enseigner. Au contraire, il est indispensable que chaque jeune se retrouve à l’école, dans un parcours qui lui est spécifique. Les élèves « décrocheurEs » pourront s’engager dans un service national universel6, « sur la base du volontariat, entre 16 et 25 ans ».

Il faut donc que l’école repère le(s) talent(s) dès le plus jeune âge.

C’est pourquoi le ministre insiste sur l’importance des neurosciences (comme outils de détection) et met en place des classes à petits effectifs au plus jeune âge (pour faciliter la détection des talents).

Dans le même temps, le ministère cherche à imposer une méthode unique « pour enseigner la lecture et l’écriture au CP », sous forme d’un petit livre orange destiné à touTEs les profes-seurEs des écoles. Comme le fait remarquer Dominque Bucheton7, « devant [la] diversité des modes de penser, de parler, de ressentir de chacun, quel scientifique sérieux, quel pédagogue responsable oserait affirmer, comme notre ministre,  qu’il n’existe qu’une seule et unique méthode pour apprendre à lire à tous les enfants, de France et d’outre-mer ? »

On retrouve ce qui semble être un paradoxe de la pensée néo-libérale.

Dans le même temps une injonction à la liberté individuelle et un État très directif, qui empêche l’expression de cette liberté. Mais cette contradiction n’est qu’apparente. On retrouve ici le sens profond de « l’égalité des chances ».

Le ministère prétend donner à chaque jeune les moyens « [d’] entrer dans le jeu réglé de la compétition aussi bien armé que les autres. »8 Une fois les talents détectés, « le sujet est plus qualitatif que quantitatif. […]

Quand on est professeur en 6e le sujet n’est pas de savoir si on a 26 ou 27 élèves mais si les élèves vont savoir lire, écrire compter et respecter autrui. »9 Le tri est fait, chacunE se retrou-vera dans une École adaptée à son mérite. Ça ressemble au Meilleurs des mondes d’Aldous Huxley10 : « Le secret du bonheur et de la vertu, aimer ce qu’on est obligé de faire. Tel est le but de tout conditionnement : faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper. »

Samedi 1 juin 2019, Raphaël Greggan

https://npa2009.org/

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01 juin 2019 ~ 0 Commentaire

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Comprendre les projets de Blanquer pour mieux les combattre

L’école : tu l’aimes ou tu la quittes

Dans ce grand chantier, il est essentiel de faire taire toute forme de contestation. L’article 1 de la loi « pour une école de la confiance » insiste sur l’exemplarité des enseignantEs, en les empêchant de critiquer l’institution, notamment sur les réseaux sociaux.

Mais force est de constater que l’Éducation nationale n’a pas attendu le vote final de cette loi pour sanctionner à tour de bras. Les manifestations sont fortement réprimées, les cortèges syndicaux sont attaqués par les forces de l’ordre, comme le 1er mai à Paris. Chaque contes-tation (qu’elle soit individuelle ou collective, effective ou symbolique) est suivie de sanctions.

Une enseignante de Dijon a été convoquée devant l’inspection pour un billet de blog contre la réforme Blanquer, en décembre dernier. Des directeurEs d’écoles ont été déplacés « dans l’intérêt du service » (au Havre, à Lodève dans l’Hérault), de même avec des enseignantEs de collège (à Bobigny, à Sombernon, en Bourgogne).

Des enseignantEs de Nantes qui ont mis 20/20 sur des bulletins d’élève en seconde ont été rappelés à l’ordre par leur proviseur. Les professeurEs du lycée Lamour à Nîmes ont même été convoqués pour des visio-conférences avec l’inspection générale pour avoir refusé d’organiser un bac blanc… Ces pratiques autoritaires ne sont pas nouvelles, chaque gouvernement en a usé « pour l’exemple ». Mais, sous Macron, les exemples deviennent légion.

Le but du gouvernement n’est pas seulement de montrer à son électorat qu’il a de la poigne contre ces « fainéants  de fonctionnaires ». Il cherche à aller beaucoup plus loin, en cassant non seulement la contestation à la base, mais également toute forme de « dialogue social », c’est-à-dire d’espace de négociation entre l’administration et les fonctionnaires. C’est un des buts du programme du comité action publique 2022 (CAP 22) : faire en sorte qu’il soit presque impossible de contester les décisions prises par les supérieurs hiérarchiques.

Mais au-delà de la volonté de faire entrer les enseignantEs dans la « grande muette », ce sont touTEs les acteurEs de l’Éducation nationale qui sont dans le viseur. L’article 1 de la loi Blanquer précise que « ce lien [de confiance] implique également le respect des élèves et de leur famille à l’égard de l’institution scolaire et de l’ensemble de ses personnels. »

Le désossage du mammouth

Considérer qu’il y a trop d’enseignantEs en France est un marronnier de tous les ministres de l’éducation nationale. Déjà en 1997, Claude Allègre considérait qu’il fallait « dégraisser le mam-mouth ». Mais aujourd’hui, avec les multiples suppressions de postes depuis 22 ans, on est pleinement dans le désossage du mammouth. Cela s’inscrit dans la prescription de suppression de 120 000 fonctionnaires pendant le quinquennat de Macron, pour arriver à réduire d’autant les dépenses structurelles de l’État.

L’exécutif n’est pas à une contradiction près.

Selon les Échos, limiter à 24 élèves toutes les classes de grande section de maternelle, de CP et de CE1, impose la création de 10 000 postes d’enseignantEs. Et pourtant le nombre de postes aux concours de professeur des écoles a baissé de 1 055 places entre 2018 et 2019. Et Blanquer affirmait, le 27 avril sur France Info :

« Nous ne fermerons pas d’école primaire [… Mais] pour les classes, c’est forcément différent ». Les réformes entrainent sur une diminution des heures d’enseignements en lycée général, technologique et professionnel, et une augmentation du nombre d’élèves par classe.

Cela entraine mécaniquement une diminution du nombre d’enseignantEs nécessaire. Le regroupement des structures scolaires, en créant des directions partagées entre plusieurs établissements (à l’image des écoles des savoirs fondamentaux, chapeautées par un collège), permet de créer des effets de structures. « Vous avez 14 élèves par classe en moyenne en Lozère, parfois jusqu’à 27 élèves dans certains départements. Il faut être attentif à une équité territoriale » affirme Blanquer. Et cela se fera en augmentant la productivité des enseignantEs, c’est à dire en dégradant leurs conditions de travail.

Destruction du statut

Deuxième moteur de la réforme de la fonction publique : permettre la gestion locale des établis-sements. Non seulement une gestion des finances, à l’image des universités depuis 2007 (et la loi de responsabilité des universités), mais aussi la gestion des personnels.

En 2016, quinze universités étaient en situation financière très dégradée (difficultés financières avérées, risque d’insoutenabilité à court ou moyen terme), d’après la Cour des Comptes. Ce qui entraine des suppressions de postes d’enseignantEs et de chercheurEs. On comprend pourquoi le gouvernement s’entête à créer un statut de directeurE d’école et à permettre le recrutement des enseignantEs par le supérieur hiérarchique direct : il souhaite généraliser cette politique à tous les niveaux.

Cette politique de diminution des « coûts » va de pair avec la volonté d’augmenter la proportion de contractuelEs (qui représentent actuellement 17,3% des agentEs de la fonction publique d’État). Le rapport CAP 22 cherche à favoriser ce type de recrutement et à en finir avec l’emploi à vie des fonctionnaires. La loi Blanquer permet, dans son article 14, de recruter des étudiantEs (en formation pour devenir enseignants).

La gestion locale dans l’espace et dans le temps (recrutement, licenciement, annualisation du temps de travail) n’est possible qu’avec une modification en profondeur du statut de fonction-naire, ce qu’Hollande avait commencé avec la modernisation des parcours professionnels, des carrières et des rémunérations (PPCR) et une évaluation permanente de l’action publique. C’est un pivot des politiques du nouveau management public11.

Les évaluations ont lieu tout le temps et à tous les niveaux.

Blanquer en affirme l’importance en CP et en seconde pour que « chaque enseignant puisse adapter son enseignement aux élèves ». Mais derrière cette façade pédagogique (comme si les enseignantEs avaient besoin de cela pour être des pédagogues), il s’agit en réalité d’outils de contrôle physique et financier des établissements. Au Royaume-Uni, où les résultats des élèves ont une influence sur le budget donné par l’État à chaque école, près de 2 300 professeurEs ont encouragé, ou aidé, leurs élèves à tricher12 aux examens entre 2012 et 2016. Une réussite pédagogique !

Privatisation

Enfin, dernier moteur des réformes, la privatisation de l’École. Celle-ci touche essentiellement les secteurs de l’éducation faciles à externaliser et potentiellement rentables. Par exemple l’aide à domicile (aux devoirs), où l’entreprise  Acadomia dégageait déjà un million d’euros de béné-fices en 2014. ParcourSup et la disparition des conseillers d’orientation-psychologues (devenus psychologues de l’éducation nationale), ont ouvert un nouveau marché : celui de l’orientation scolaire. L’entreprise Futurness, par exemple, propose des stages d’orientation professionnelle de 250 euros à 450 euros pour les collégiens, lycéens et étudiants.

On pouvait s’y attendre, le gouvernement favorise les écoles privées.

La scolarisation obligatoire dès trois ans, présente dans la loi Blanquer, obligera les munici-palités à financer les entreprises de garderie. Et cela n’est pas étranger à la part belle faite par le ministre à la « pédagogie Montessori », dont Céline Alvarez était le fer de lance il y a quelques années.

Comme le remarque Claude Lelièvre13 : « Pourquoi prendre appui sur la mouvance ’’Montes-sori’’ (pour l’essentiel en établissements privés) plutôt que sur la mouvance ’’Freinet’’ (qui existe bel et bien au sein de l’Education nationale) ? » La réponse est dans la question : une école Montessori rapporte à son propriétaire 600 euros par mois et par élève, sans avoir à donner aucune garantie pédagogique. Dans ces 200 écoles « hors contrat » seules une quinzaine ont signé la charte Montessori internationale14 (qui n’est pas reconnue par l’État).

« Pour que rien ne change, il faut que tout change »

La dernière fois qu’un gouvernement s’est lancé dans un programme aussi rapide de mutation de l’Éducation nationale, c’était lors de « l’ouverture des vannes » des années 1960, où l’objectif de l’époque était d’avoir une main-d’œuvre massivement formée pour répondre aux évolutions industrielles des trente glorieuses.

Au contraire, on assiste aujourd’hui à une « fermeture des vannes », où l’avenir de chaque jeune est essentiellement déterminé par la classe sociale de ses parents. Blanquer est sans doute le premier ministre de l’Éducation nationale qui assume pleinement le retour à l’école de Jules Ferry, c’est à dire une école pour la bourgeoisie (rappelons que seuls 1,8% des garçons d’une classe d’âge avaient leur bac en 1900 et 0% des filles, qui n’avaient pas accès à ce diplôme).

L’objectif actuel est d’arriver à dégrader rapidement la valeur de la force de travail de l’ensemble des salariéEs en France, pour maintenir les taux de profits des grandes entreprises françaises.

Au travers de la question de l’école c’est le projet de société dont Macron est le nom qui transparait. Et c’est à ce titre qu’il faut le combattre, par la grève, non seulement face à chacune des attaques que nous subissons, mais aussi en avançant sur notre projet de société et d’école émancipatrice.

Raphaël Greggan Samedi 1 juin 2019

https://npa2009.org/

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