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04 décembre 2025 ~ 0 Commentaire

Enfants  (NPA)

3 petis peruvienss

« Accepter de perdre ses enfants » ?

Le 18 novembre, le chef d’état-major Fabien Mandon affirmait devant des milliers d’éluEs locaux que la France devait « accepter de perdre ses enfants ». Ce discours a précédé d’une semaine l’annonce par Emmanuel Macron du rétablissement d’un service militaire dès 2026 et de la transformation de la « journée Défense et citoyenneté » en « journée de mobilisation ».

Ces annonces s’inscrivent dans une offensive plus large, celle d’un pouvoir qui souhaite réaffirmer la position guerrière et impérialiste de la France en sacrifiant les services publics et la jeunesse sur l’autel de ses guerres.

Partout dans le monde, la jeunesse fait face à la guerre. En Ukraine, la Russie mène une agression de plus en plus violente, laissant les populations sous les bombardements. À Gaza et en Cisjordanie, le génocide et la colonisation continuent.

Les capitalistes cherchent à mettre au pas une jeunesse révoltée, en lui apprenant loyauté, discipline et soumission, tout en se basant sur le sexisme, le racisme, le validisme et les LGBTQI-phobies.

Le Service national universel et la Journée Défense et citoyenneté ne sont que des instruments au service de l’impérialisme et du capital afin de nous préparer à accepter les logiques de guerre, la politique de colonisation de la France et les nombreuses coupes budgétaires au profit de la défense. Ils reproduisent des logiques oppressives et conservatrices qui touchent particulièrement les jeunesses racisées et précarisées.

Le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche chute, avec des conséquences désastreuses pour les universités, pour leurs chercheurEs et pour les étudiantEs. Quant au budget réservé à la défense et aux armées, il explose dans la continuité des lois de programmation militaire, au détriment de nos conditions de vie. Dans la rue et sur nos campus, il faut (encore et toujours) rappeler que nos vies valent mieux que leurs profits !

Les Jeunesses anticapitalistes du NPA
Hebdo L’Anticapitaliste – 778 (04/12/2025)

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25 novembre 2025 ~ 0 Commentaire

Bac Pro (OF)

lycees

Le Bac pro géomètre topographe menacé de fermeture au lycée Dupuy-de-Lôme, à Brest

Ce lundi matin 24 novembre 2025, les syndicats, enseignants et parents d’élèves étaient réunis pour un débrayage au lycée professionnel Dupuy-de-Lôme, à Brest (Finistère), manifestant leur opposition à une décision du rectorat de Rennes et de la Région Bretagne de fermer le Bac pro technicien géomètre topographe à la rentrée 2026.

Les enseignants du lycée professionnel Dupuy-de-Lôme, à Brest, n’en reviennent toujours pas de cette décision unilatérale de fermeture du Bac pro technicien géomètre topographe, apprise officieusement il y a dix jours. Ce lundi 24 novembre 2025, tous les syndicats (SUD, CGT, FSU, SNETAA) se mobilisent pour faire entendre leurs arguments.

À l’origine de cette décision de fermeture, il y aurait des raisons démographiques, avec une baisse du nombre d’élèves. « Peut-être, mais pas dans cette filière-là, réfute Olivier Cuzon, enseignant. Les effectifs…

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24 novembre 2025 ~ 0 Commentaire

Edito (NPA)

bourge fille

Contre les vents mauvais : aller de l’avant

Les politiques réactionnaires et d’extrême droite semblent s’imposer sur tout le globe. Dans le même temps, les révoltes massives de la GenZ apportent un souffle nouveau et la confiance dans notre camp social pour reprendre la main.

Cela passe nécessairement par des mobilisations massives et déterminées pour en finir avec le capitalisme.

La marche du monde donne le sentiment de flotter au gré du vent.

Au États-Unis, Trump impose sa politique, appuyant un shutdown de plus de 40 jours, dont une des conséquence est de ne pas payer ni les fonctionnaires, ni, entre autres, les aides alimentaires (touchées par 1 étatsunien·ne sur 8) et clouant au sol près de 2 700 avions, par manque de contrôleurs aériens.

Ce n’est pas le seul enjeu sur la scène mondiale.

En Palestine, l’armée israélienne a violé 200 fois le cessez-le-feu du 10 octobre, tuant plus de 240 gazaoui·es. Le génocide continue, même si, pour l’instant, la guerre totale semble avoir pris une autre forme.

En Angleterre, plus de 100 000 personnes ont manifesté contre les migrants le 13 septembre. Aux Pays-Bas, l’extrême droite perd de peu les élections législatives, laissant le gouvernement à une coalition de centre gauche précaire.

Face à cette offensive réactionnaire, des mobilisations massives explosent au Maroc, à Madagascar ou au Népal contre le chômage, la corruption et pour la liberté d’expression. La France est traversée par les mêmes vents contradictoires et dont l’issue est incertaine.

Reprendre le gouvernail en main

Il est possible d’agir face à cette déferlante. La crise politique que nous traversons est la conséquence directe des crises économique, sociale et écologique mondiale, mais notre camp social a la possibilité de tout changer.

Hors des pays impérialistes occidentaux, la jeunesse de la GenZ se mobilise contre les politiques austéritaires et liberticides, alors qu’elle n’a jamais connu de victoire majeure.

Les mobilisations de septembre et début octobre en France ont montré que notre camp social est capable d’initiatives pour se défendre et affirmer son refus des politiques néolibérales. De notre côté, nous sommes partie prenante de ces initiatives et soutenons l’unité des organisations du mouvement social.

Dans ce cadre, nous appelons à une journée de manifestation unitaire le 29 novembre en solidarité contre le génocide en Palestine. Nous soutenons l’appel intersyndical à la grève du 2 décembre. Bref, nous reprenons la rue pour aller plus loin et faire vaciller le gouvernement et le patronat. Cela passera par des grèves massives inscrites dans la durée. C’est à cela que nous nous préparons dès maintenant, dans tous les cadres où nous intervenons.

Discuter, argumenter et agir

Le NPA seul n’a pas toutes les clés en main.

Nous avançons et discutons de nos propositions largement. Lors de notre 6e congrès, nous avons voté majoritairement des motions antispécistes. Nous ouvrons ce débat dans le dossier de ce numéro.

Nous restons résolument opposés à l’extrême droite, cet élément fait partie de tous nos combats, y compris dans celui de la cause animale. Nous ne nous contentons pas d’une opposition verbale, mais nous luttons pied à pied contre toutes leurs apparitions.

Le combat contre le fascisme est au cœur de notre politique et nous appelons à l’unité, dans la rue et dans les urnes, de l’ensemble des organisations de gauche pour lutter contre ce péril mortel.

Cependant, dans cette bataille, l’État n’est pas neutre. Comme le constate Michel Frost, rapporteur spécial de l’ONU sur les défenseurs de l’environnement, « la violence policière, c’est quelque chose qui est un peu unique en France [...] qui pose de vraies questions de contrôle par les hiérarchies du comportement des gendarmes et des autres membres des forces de l’ordre ».

C’est ainsi que nous œuvrons à la mise en branle de l’ensemble de notre camp social pour renverser la vapeur pour construire une société débarrassée de l’exploitation et des oppressions. Ce n’est pas une tâche simple, mais elle est indispensable à la réussite de nos combats.

https://lanticapitaliste.org/

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06 novembre 2025 ~ 0 Commentaire

Sainte-Soline (L’Huma, Libé, Basta)

fleurs

« T’en crèves deux-trois, ça calme les autres » : après les vidéos qui révèlent l’attitude des gendarmes à Sainte-Soline, le ministre de l’Intérieur minimise les violences

Libération et Mediapart ont eu accès à des dizaines d’heures d’images captées le 25 mars 2023 par les caméras-piétons que portaient les forces de gendarmerie, mobilisées en nombre (plus de 3 000), à Sainte-Soline lors de la mobilisation contre les mégabassines. Après leurs révélations, le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a demandé mercredi « au directeur général de la gendarmerie nationale d’ouvrir une enquête administrative » avant de minimiser les faits et de refuser de parler de violences policières ce jeudi matin sur France inter. Face à l’enquête toujours en cours de l’IGGN, les blessés réclament eux l’ouverture d’une information judiciaire.

« On baisse le cougar (canon lanceur de grenades, N.D.L.R.) les gars, on les nique là, allez. » « Y a un mec qui lui a mis une cartouche de LBD pleine tête, le mec il était sec, il l’a shooté pleine tête à dix mètres. » « Y a un enculé que j’ai à la tête mon gars. » « Je ne compte plus les mecs qu’on a éborgnés. » « T’en crèves deux-trois, ça calme les autres. » « J’espère que les enfants sont partis quand même (…). Bah c’est le jeu, fallait pas les emmener. » Autant de phrases sorties de la bouche de gendarmes extraites du florilège mis à jour par Libération et Mediapart qui ont révélé ces vidéos, mercredi 5 novembre.

Le quotidien et le site d’information ont eu accès à des dizaines d’heures d’images enregistrées par les caméras-piétons que portaient les forces de gendarmerie, mobilisées en nombre (plus de 3 000) autour de la réserve d’eau agricole contestée. En réaction à ces révélations, le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a demandé mercredi « au directeur général de la gendarmerie nationale d’ouvrir une enquête administrative », a fait savoir son entourage à l’Agence France-Presse (AFP).

« Dans la majorité des cas », a défendu le locataire de la place Beauvau sur France inter ce jeudi 6 novembre, « l’action de la gendarmerie avait été menée face à des actions extrêmement violentes » et « la riposte avait été proportionnée ». « Il y a des actes révélés par ces vidéos qui ne le sont manifestement pas », a-t-il tout de même concédé promettant des sanctions tout en refusant de parler de violences policières. « Vous avez très bien que ce genre de faits, qui sont graves j’en conviens, permettent toujours à certains de critiquer d’une manière générale l’institution policière ou la gendarmerie », a même critiqué Laurent Nuñez alors qu’au delà de la nature choquante des propos révélés, l’accumulation des faits en démontre la dimension systémique.

Les blessés demandent l’ouverture d’une information judiciaire

Après des plaintes de manifestants dont 200 ont été blessés (40 gravement, deux restant un temps dans le coma), le parquet de Rennes avait ouvert une enquête, confiée à l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) et toujours en cours. Ni ce dernier ni la direction de la gendarmerie (DGGN) à Paris n’ont pour l’heure répondu aux sollicitations de l’AFP, alors que les vidéos démontrent notamment le recours à des pratiques rigoureusement interdites du fait de leur dangerosité. « Tendu, tendu, tendu », « vous balancez un tendu s’il le faut », y entend-on notamment à propos de jets de grenades.

Violences d’État : à Sainte-Soline, la fuite en avant

Selon Libération et Mediapart, le rapport de l’IGGN indique qu’« à la marge, certains gradés ont effectivement donné au cours de manœuvres des instructions pour effectuer des tirs communément appelés ”tendus”». Mais le média d’investigation assure avoir entendu la consigne dans neuf des 15 escadrons de gendarmerie mobile mobilisés ce jour-là. Sans compter la satisfaction des gendarmes dont témoignent les vidéos.

« Tiens, dans ta gueule, fils de pute », « ça leur fera la bite », « je m’attendais à ce que ça soit bien mais pas autant », « on n’a jamais autant tiré de notre life », « un vrai kiff », « je suis au Nirvana, là, on est sur l’Everest de la (gendarmerie) mobile »… peut-on relever entre autres saillies sur les enregistrements dont la DGGN a assuré aux deux médias qu’ils avaient « été mis à la disposition exclusive de la justice », sans plus de commentaires.

À Sainte-Soline : « 4 000 grenades, un tir toutes les deux secondes »

« Si ces images révélaient d’autres infractions pénales que celles dont il était saisi, la procédure prévoit que le service d’enquête en informe le parquet. Ce qui n’a pas été le cas », a de son côté indiqué le procureur de Rennes. Les blessés, eux, ont estimé dans un communiqué que « la manière dont a été conduite cette enquête laisse clairement apparaître l’intention de classer sans suite » la procédure.

« Mes clients réclament tous l’ouverture d’une information judiciaire. Pour qu’un juge d’instruction puisse compléter les investigations de l’IGGN qui sont très, très insuffisantes à ce stade », a ajouté auprès de l’AFP leur avocate, Me Chloé Chalot. Une enquête administrative de plus ne suffira pas. (…)

 6 novembre 2025  Julia Hamlaoui

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Violences des gendarmes à Sainte-Soline : après les révélations de «Libé», le ministre de l’Intérieur lance une enquête administrative

Après la publication par «Libération» et «Mediapart» des vidéos des caméras-piétons de gendarmes où on les entend encourager des «tirs tendus» de grenades vers les manifestants, Laurent Nuñez a annoncé l’ouverture d’une enquête administrative.

Quelques heures après la publication par Libération et Mediapart de séquences issues de caméras portés les gendarmes lors de la mobilisation contre le projet de mégabassine à Sainte-Soline, le 25 mars 2023, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé, via son cabinet, l’ouverture d’une enquête administrative. Aucune précision n’a été apportée pour l’heure, sur le cadre de cette procédure. Les images que nous publions dévoilent de multiples ordres illégaux de tirs tendus. La gendarmerie nationale, qui dispose de ces documents depuis les faits, n’avait pas pour l’heure estimé nécessaire d’ouvrir une procédure disciplinaire. Le cadre juridique permet pourtant à l’administration de consulter les images.

Dans la foulée de la manifestation, une enquête judiciaire avait été ouverte par le procureur de la République de Rennes pour violences aggravées et non assistance à personne en danger. Serge D., Mickaël B., Alix (1) et Olivier (1), grièvement blessés par des tirs des gendarmes, avaient déposé plainte. C’est dans le cadre de ces investigations que les vidéos des gendarmes ont été rassemblées.

«L’ordre donné par une institution»

Dans un communiqué, également publié ce mercredi 5 novembre, les quatre plaignants dénoncent «la manière dont a été conduite cette enquête» qui «laisse clairement apparaître l’intention de classer sans suite [les] plaintes». Ils demandent l’ouverture d’une instruction, c’est-à-dire la poursuite de l’enquête par un juge d’instruction, indépendant. «Loin d’être un événement ponctuel, le 25 mars 2023 à Sainte-Soline s’inscrit dans un processus visant depuis de nombreuses années à banaliser une répression toujours plus violente», estiment-ils.

«Nous avons aujourd’hui les preuves audio et vidéo de ce dont nous nous doutions : les actes qui ont causé tant de blessures et fait frôler la mort à nombre d’entre nous ne sont pas l’œuvre d’individus particulièrement violents, mais découlent de l’ordre donné par une institution», poursuivent les plaignants dans leur communiqué.

Un collectif plus large de 70 victimes, qui avait saisi le Défenseur des droits, dénonce la façon dont a été menée les investigations, confiée à l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) : «Cette enquête laisse de côté de nombreux éléments qui auraient nécessité davantage d’investigations.»

Une demande d’enquête parlementaire

«Les révélation de Mediapart et Libération sur les méthodes de la gendarmerie à Sainte-Soline permettent d’établir clairement que la violence, le risque assumé de mutiler et même de tuer, la jouissance devant les blessures infligées, étaient bel et bien du côté des forces de l’ordre», a pour sa part réagi, le mouvement les Soulèvements de la Terre, qui faisait partie des organisateurs de la manifestation interdite de mars 2023.

Les premières réactions politiques sont venues de La France insoumise. Dans la foulée de la publication, la députée Clémence Guetté a déposé une demande d’ouverture d’enquête parlementaire pour ne pas «laisser passer» les violences commises ce jour-là. «Tous les responsables devront s’expliquer», annonce la parlementaire de gauche. «Ces faits relatés par Libération et Mediapart sont d’une gravité inqualifiable», a pour sa part déclaré Marine Tondelier, à la tête du parti Les Ecologistes.

Ismaël Halissat  05/11/2025

https://www.liberation.fr/

Gendarmes violents à Sainte-Soline : « On est effarés par la jouissance qu’ils semblent ressentir »

Reporterre s’est entretenu avec Hélène, une des 73 membres d’un collectif de manifestants de Sainte-Soline ayant saisi la Défenseure des droits.

Les vidéos des caméras-piétons des gendarmes sur la manifestation de Sainte-Soline montrent une « violence extrême », dit Hélène, membre d’un collectif de manifestants. Ils « sentent qu’ils ne risquent pas grand-chose ».

Dans une enquête publiée le 5 novembre, Mediapart et Libération révèlent le contenu des enregistrements des caméras-piétons des gendarmes déployés pour réprimer la manifestation de Sainte-Soline, en mars 2023. L’opération avait fait 200 blessés (dont 40 graves) parmi les manifestants, présents pour dénoncer la construction d’une mégabassine dans les Deux-Sèvres.

Les dizaines d’heures d’images analysées par Mediapart et Libération montrent que les gendarmes ont multiplié les « tirs tendus » de grenades, une technique interdite car potentiellement létale. On y entend également les gendarmes traiter de « pue-la-pisse » les manifestants, qualifier de « vrai kiff » le fait d’en avoir éborgné, décrire cet affrontement sanglant comme un « Nirvana » « magnifique » et « attend[u] depuis dix ans »

Reporterre — Quelle est votre réaction aux vidéos révélées par « Libération » et « Mediapart » ?

Hélène — Nous avons été effarés par la violence extrême et décomplexée des gendarmes, et par la jouissance qu’ils semblent ressentir en en faisant usage. Les vidéos montrent qu’ils ont effectué des tirs tendus de grenades de manière systématique, à la demande de leur hiérarchie. Il ne s’agit pas du tout d’actes isolés, commis par erreur. Ces vidéos confirment ce que nous disons depuis le début : la violence était du côté de la gendarmerie.

Dans les vidéos, les gendarmes cachent parfois leurs caméras. On voit malgré tout qu’ils sont à peu près certains de ne pas être poursuivis. On en entend un faire de l’humour avec son supérieur au sujet des tirs illégaux qu’il vient d’effectuer, et qui ont touché quelqu’un en pleine tête. Il ironise sur le fait qu’il n’avait pas le choix, qu’il avait dû s’adapter au vent… Son superviseur lui répond qu’il pourra témoigner en sa faveur en riant.

« Résidus de capote », « pue-la-pisse », « illuminé » : on entend les gendarmes utiliser des termes extrêmement dégradants pour vous qualifier…

Sur le coup, nous avions déjà senti que nous n’étions plus considérés comme des êtres humains. L’entendre aussi crûment, c’est bouleversant, parce qu’on sait quelles ont été les conséquences de cette déshumanisation.

À un moment, l’un d’entre eux dit : « Faut qu’on les tue » ; un autre qu’il faut nous « massacrer ». Il y a un contraste immense entre la légèreté avec laquelle ces mots sont prononcés, et leurs effets dans le réel. Des manifestants ont failli être tués. La vie de beaucoup d’entre eux a été fracassée. Des chairs ont été arrachées, des projectiles retrouvés à l’intérieur de corps. Certains manifestants ont toujours des séquelles de cette journée, et en auront toute leur vie.

« L’un d’entre eux dit : “Faut qu’on les tue” »

Il y a aussi beaucoup d’insultes sexistes et homophobes : « fils de pute », « enculé »… La gendarmerie est une institution très masculine. Il faut s’interroger sur la manière dont elle peut produire ce genre de comportement, que ce soit par le recrutement ou la formation. On voit bien, dans les vidéos, que ces comportements sont tolérés, voire encouragés par la hiérarchie. Il n’est jamais dit, à aucun moment, que s’exprimer de cette façon pose problème.

Qu’est-ce que ces images disent de l’institution policière et de la manière dont elle perçoit les militants écologistes ?

Je crois que cela montre que les forces de l’ordre ne sont pas faites pour protéger la population, contrairement à l’idée que l’on peut en avoir. Elles sont faites pour protéger des intérêts, en l’occurrence privés, puisque la mégabassine n’était pas construite par l’État.

Les forces de l’ordre n’ont pas du tout agi dans l’intérêt général. Un tel mépris à l’égard d’une partie de la population pose également un problème démocratique. Ces vidéos donnent l’impression que nous n’existons pas, à leurs yeux, en tant que citoyens et citoyennes ; que notre parole n’a pas à être entendue, puisque nous serions des « fils de pute », des « chiens ». La contestation n’est pas tolérée. Nous sommes réduits à des ennemis, à des adversaires, qui doivent être punis suffisamment fort pour ne plus jamais avoir envie de revenir manifester.

Lire aussi : « Faut qu’on les tue » : les vidéos des gendarmes à Sainte-Soline révélées par Mediapart et Libération

La mobilisation de Sainte-Soline a été exceptionnelle en nombre de grenades lancées, mais il faut rappeler que la violence de la police n’est pas exceptionnelle. Dans les quartiers populaires, elle s’exerce depuis de nombreuses années. La plupart des personnes qui meurent de crimes policiers sont des personnes racisées.

Les militants écologistes sont-ils devenus une cible de choix pour les forces de l’État ?

Cette violence et ces insultes ne viennent pas de nulle part. Elles sont en lien avec un discours gouvernemental qui a infusé au sein des forces de l’ordre. [Le ministre de l’Intérieur de l’époque] Gérald Darmanin a construit une figure de l’écolo comme ennemi, en disant avant la manifestation qu’il fallait s’attendre à une très grande violence, que les personnes présentes voulaient tuer les gendarmes et les institutions… Après coup, il a qualifié les manifestants d’« écoterroristes ».

« Darmanin a construit une figure de l’écolo comme ennemi »

Globalement, les militants écologistes sont de plus en plus réprimés. Pas seulement par la police, mais aussi par la justice, avec des peines de prison prononcées pour de la désobéissance civile, ou pour des dégradations assez mineures. Le macronisme entraîne le pays dans une dérive antidémocratique. La contestation ne semble plus tolérée. Tout ce qui ne veut pas rentrer dans le rang est considéré illégitime et criminalisé.

Craignez-vous qu’une éventuelle arrivée de l’extrême droite au pouvoir, en 2027, libère d’autant plus la violence policière qui s’exprime de manière manifeste dans ces vidéos ?

On voit déjà, dans ces vidéos, que les gendarmes ont le sentiment de ne pas risquer grand-chose. Avec l’extrême droite au pouvoir, ils se sentiraient d’autant plus légitimes.

Que faudrait-il faire pour réformer la police, éviter que ce genre de situation se reproduise ?

Certaines armes devraient clairement être interdites, notamment les LBD [lanceurs de balles de défense], comme le recommande d’ailleurs la Défenseure des droits. Idem pour les grenades GM2L, qui blessent beaucoup trop gravement. Les grenades lacrymogènes, en tir tendu, peuvent également tuer. En France, la police est surarmée, ce qui n’est pas forcément le cas dans d’autres pays.

En ce qui concerne Sainte-Soline, et les mégabassines en général, le problème est aussi politique. Les choses auraient pu être faites autrement, sans passer par un dispositif de maintien de l’ordre extrêmement violent. Si on nous avait laissé accéder à la bassine, par exemple, il ne se serait pas passé grand-chose. Il ne pouvait pas y avoir de dégradation. Notre présence aurait été symbolique.

Il était également possible de faire un moratoire sur les mégabassines, ou simplement d’essayer de rétablir le dialogue plutôt que de passer en force, ce qui ne peut qu’engendrer de la violence.

Hortense Chauvin 6 novembre 2025

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04 novembre 2025 ~ 0 Commentaire

Privé (Streetpress)

nique

Casino utilise l’arrondi en caisse pour financer des écoles privées hors contrat proches de la droite conservatrice

Malgré les critiques, le groupe Casino a maintenu son partenariat d’arrondi en caisse pour financer Espérance banlieues. Un réseau d’écoles privées hors contrat pourtant accusé de d’humiliations et de violences.

C’est un geste du quotidien devenu banal : à chaque passage en caisse, un message s’affiche et propose d’arrondir la note au demi-euro supérieur pour soutenir différentes causes. Fin août et tout au long du mois de septembre, dans les magasins du groupe Casino comme Monoprix, Franprix et Naturalia, cette opération visait à lutter « contre le décrochage scolaire » au profit d’une association d’écoles privées hors contrat bien particulière, Espérance banlieues.

Fondé en 2012 par Éric Mestrallet, proche du catholique d’extrême droite vendéen Philippe de Villiers, le réseau Espérance banlieues se présente comme étant un « acteur complémentaire de l’Éducation nationale » œuvrant pour « l’équité scolaire et culturelle ». Derrière cette façade consensuelle se dissimule un projet éducatif plus idéologique faisant réagir certaines associations.

Sur Instagram, le collectif Le Mouvement dénonce le financement par Casino d’un « réseau accusé de racisme, d’humiliations et de violences contre des enfants ». Il appelle à « rompre immédiatement ce partenariat  » pour soutenir « des causes réellement inclusives ». Latifa Oulkhouir, directrice de la plateforme, qualifie ce soutien d’« incompréhensible » :

Arrondir en caisse, « pas un geste neutre »

Malgré les critiques, le groupe dirigé par le milliardaire Daniel Kretinsky — avec l’aide du Français, Marc Ladreit de Lacharrière, et du fonds d’investissement Attestor — n’a apporté aucune réponse publique et a laissé la campagne se poursuivre à son terme.

Casino se dit loin des « polémiques politiques »

Contacté par StreetPress, le groupe Casino ânonne son message déjà visible sur les lecteurs de carte bleue : il veut «  soutenir des initiatives concrètes contre le décrochage scolaire  ». Le réseau Espérance banlieues est d’ailleurs référencé depuis 2020 par « L’Arrondi », une solution de micro-dons en caisse développée par microDON, une filiale de La Banque Postale (1).

Lancé en 2009, ce dispositif permet aux enseignes de choisir librement les causes soutenues et la durée des collectes, l’intégralité des dons étant reversée aux associations sélectionnées. Dans ce cadre, Casino précise qu’Espérance banlieues bénéficie de l’opération « au même titre que d’autres associations œuvrant pour l’éducation et l’insertion ». La structure, qui compte aujourd’hui 17 écoles en France, affirme vouloir « sauver les quartiers » en combinant l’« éducation » et un « attachement à la culture française ».

Au téléphone, une communicante déroule ses éléments de langage : Casino ne souhaite « pas s’engager dans des polémiques politiques » et refuse « d’être instrumentalisé », malgré son choix. L’entreprise revendique une « stricte neutralité » et assure qu’une « vérification approfondie » est systématiquement menée dès qu’une controverse surgit. Selon Casino, ces « revues » n’ont à ce jour « pas conduit à remettre en cause l’éligibilité de l’association » lors de la campagne en septembre.

L’entreprise affirme que toutes les actions financées sont « suivies et encadrées de manière transparente ». Une transparence qui, en pratique, ne va pas jusqu’à informer les clients sur la nature exacte d’Espérance banlieues et sur les polémiques ou enquêtes judiciaires la concernant.

Écoles traditionalistes proches de la droite conservatrice

En 2022, le média OFF Investigation dénonce des établissements « qui rêvent de franciser les petits musulmans ». Ce réseau d’écoles privées hors contrat se présente comme une alternative au système scolaire public et revendique une éducation dite traditionaliste : uniformes, hymne national, montée du drapeau, classes limitées à 15 élèves et coût modeste pour les familles.

En 2023, quatre d’entre elles ont déposé plainte contre la direction pour « violences volontaires sur mineurs », « harcèlement moral » et « dénonciation calomnieuse », révèle Médiapart. Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Pontoise dans la foulée. Contacté, le parquet n’a pas répondu aux sollicitations de StreetPress, tout comme Espérances banlieues.

En 2025, StreetPress a rappelé que le réseau s’appuie sur un financement conséquent de mécènes privés comme Gérard Mulliez, Bouygues Telecom, Axa, Vinci, Fondation Bettencourt Schueller, tout en bénéficiant de fonds publics. Depuis 2017, la région Auvergne-Rhône-Alpes, présidée jusqu’en 2024 par Laurent Wauquiez, a versé au moins 870.000 euros à deux écoles locales frôlant l’illégalité des subventions accordées aux écoles privées hors contrat.

(1) Contacté, le dispositif n’a pas donné suite aux sollicitations de StreetPress.

Lou Brayet

https://www.streetpress.com/

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03 novembre 2025 ~ 0 Commentaire

Maroc (ESSF)

soudan

Le mouvement de la jeunesse marocaine n’est que la manifestation la plus récente de la crise régionale révélée par le « printemps arabe » de 2011

Toutes les quelques années des événements réaffirment la thèse selon laquelle ce qui a commencé en Tunisie le 17 décembre 2010 et a culminé l’année suivante dans une vague massive de soulèvements populaires qui s’est étendue à six pays de la région et a inclus diverses formes de mobilisation de masse dans d’autres pays – vague connue sous le nom de « printemps arabe » – n’était pas un événement isolé ou accidentel.

Au contraire, ce fut le début de ce que j’ai décrit comme un « processus révolutionnaire à long terme » (dans Le Peuple veut. Une exploration radicale du soulèvement arabe, 2013).

Ce diagnostic se fondait sur une analyse selon laquelle l’explosion sociopolitique dans l’espace arabophone était la manifestation d’une crise structurelle profondément enracinée. Cette crise a résulté du démantèlement des politiques économiques développementales et leur remplacement par des politiques néolibérales au cours du dernier quart du siècle dernier dans le contexte d’un système d’États régionaux qui étaient fondamentalement en contradiction avec les exigences de l’idéal du capitalisme de marché sur lequel se fonde le dogme néolibéral.

En conséquence, la région a souffert d’une croissance économique particulièrement faible par rapport à d’autres parties du Sud mondial, faiblesse marquée par un taux de chômage élevé, en particulier chez les jeunes. Les taux de chômage des jeunes ont, en effet, atteint dans la région des niveaux records, en particulier chez les diplômés universitaires. Ces réalités sociales ont alimenté les révoltes régionales, qui, bien que variées dans leurs causes politiques locales, partageaient un fondement socioéconomique commun. L’implication de cette analyse était claire : tant que la crise structurelle ne serait pas résolue, les troubles sociopolitiques se poursuivraient, et d’autres soulèvements et mouvements populaires s’ensuivraient inévitablement.

Effectivement, malgré la défaite de l’onde de choc révolutionnaire de 2011 – en raison de la répression menée par les monarchies du Golfe à Bahreïn, du coup d’État militaire en Égypte et de la descente de la Syrie, de la Libye et du Yémen dans la guerre civile – une deuxième vague de soulèvements commença le 19 décembre 2018 au Soudan, s’étendant à l’Algérie, à l’Irak et au Liban l’année suivante. Cette deuxième vague a finalement été étouffée par une combinaison de répression et de pandémie de COVID-19. Cependant, elle a persisté au Soudan même après le coup d’État militaire du 25 octobre 2021, jusqu’à ce que le pays sombre à son tour dans la guerre civile le 15 avril 2023, à la suite d’un conflit entre deux factions des forces armées.

Entre-temps, le système démocratique tunisien, dernier acquis des soulèvements de 2011, a été démantelé par un coup d’État mené par le président Kaïs Saïed, qui, avec le soutien des services de sécurité, a suspendu la constitution le 25 juillet 2021. Avec l’éclatement de la guerre entre les factions militaires au Soudan, ainsi que, six mois plus tard, la guerre sioniste génocidaire à Gaza qui a refroidi davantage les espoirs régionaux, il semblait que l’éruption sociale des soulèvements arabes s’était éteinte.

Cependant, de telles impressions ne sont pas fiables lorsqu’il s’agit d’évaluer l’état réel des tensions sociales dans une région. Pour cela, il faut s’appuyer sur des données sociales et économiques concrètes, notamment le chômage des jeunes, un indicateur clé. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ont toujours le taux de chômage des jeunes le plus élevé au monde, avec près d’un quart de la population jeune (âgée de 15 à 24 ans) sans emploi.

Le mouvement massif des jeunes qui a commencé au Maroc le 27 septembre, et qui n’est pas encore terminé malgré une pause récente, confirme que le volcan social régional reste actif. Compte tenu des chiffres alarmants du chômage dans le pays, il n’est pas surprenant que la jeunesse marocaine soit descendue dans la rue. Selon le Haut-Commissariat marocain au Plan, le taux de chômage des 15-24 ans (groupe auquel appartient la majorité de la génération Z) a atteint près de 36 % cette année, avec près de la moitié de cette tranche d’âge (47 %) au chômage dans les zones urbaines. Chez les 25-34 ans, le taux s’élève à 22 %, et à 27,5 % en milieu urbain. Ce sont des taux très élevés, qui se combinent avec le chômage des diplômés, affectant près de 20 % de tous les diplômés. En outre, près d’un cinquième des femmes actives sont au chômage. Ces chiffres expliquent en partie la forte participation des étudiantes et des jeunes femmes au mouvement GenZ au Maroc.

Cette nouvelle génération d’activistes inaugure également de nouvelles formes d’organisation, notamment grâce à l’évolution de la technologie des médias sociaux. Les jeunes éduqués, habiles à naviguer sur les plateformes numériques, sont devenus essentiels à ces mouvements. Alors que les deux premières vagues de soulèvements régionaux reposaient fortement sur Facebook, le mouvement GenZ marocain a adopté Discord, une plate-forme qui permet une prise de décision démocratique plus rapide et plus décentralisée.

Plus de 200 000 utilisateurs de Discord ont voté pour décider s’il fallait poursuivre les manifestations, ce qui reflète un niveau plus avancé d’organisation populaire, même par rapport aux « Comités de résistance » soudanais qui représentaient un pas en avant significatif dans l’auto-organisation démocratique du mouvement révolutionnaire de la jeunesse.

Cependant, ce qui manque à toutes ces expériences, c’est un mouvement politique radical, à l’échelle du pays, capable d’unir ses forces avec le mouvement démocratique de la jeunesse populaire pour offrir une alternative crédible au statu quo.

Ce mouvement devrait incarner les aspirations à la liberté, à la démocratie et à la justice sociale, et posséder la capacité politique de remplacer les régimes existants. Sans l’émergence d’une telle alternative, le succès de tout soulèvement futur dans la région restera incertain. Alors que le processus révolutionnaire régional est appelé à se poursuivre, l’absence d’une alternative viable pourrait conduire à de nouvelles impasses dangereuses – où les régimes existants s’accrochent au pouvoir par la force brute, tandis que d’autres s’effondrent dans le chaos de la guerre civile.

Traduit de ma chronique hebdomadaire dans le quotidien de langue arabe, Al-Quds al-Arabi, basé à Londres.

2 novembre 2025     Gilbert Achcar

https://www.afriquesenlutte.org/

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01 novembre 2025 ~ 0 Commentaire

Serbie (Inprecor)

 

Serbie (Inprecor) dans Europe

Serbie, la rue contre le régime : bilan d’un an de mobilisations

Depuis un an, la jeunesse serbe poursuit sa lutte pour une société démocratique face au régime autoritaire d’Aleksandar Vučić. De part et d’autre de la Serbie, des marches étudiantes parcourent le pays direction Novi Sad pour commémorer l’effondrement de la gare, responsable de la mort de 16 personnes le 1er novembre 2024. Cet événement tragique a servi de déclencheur à une contestation politique d’ampleur inédite.

Depuis un an, les étudiant·es serbes tiennent la rue. Ils ont réussi à organiser le plus grand mouvement de protestation depuis la chute de Slobodan Milošević en 2000. Ils accusent le régime autoritaire et corrompu d’Aleksandar Vučić d’être responsable du drame de Novi Sad. Depuis l’arrivée au pouvoir du Parti progressiste serbe (SNS) en 2012, le président concentre les pouvoirs, marginalise l’opposition et étouffe la presse indépendante.

À partir d’avril 2025, la mobilisation se tourne vers l’arène internationale. Une partie des étudiants se rend à Bruxelles et à Strasbourg pour alerter les institutions européennes sur les dérives autoritaires de leur gouvernement. En parallèle, le mouvement dénonce le rôle des médias publics, relais de la propagande d’État. Face aux silences européens et au mépris du pouvoir, le mouvement prend un virage stratégique : de civique, il devient politique.

En juin, la création du Front social marque un tournant1. Cette confédération de collectifs ouvriers et d’associations professionnelles réunit pour la première fois les cinq principaux syndicats de Serbie. Dans un pays où la politique reste axée sur les privatisations et le détricotage du droit du travail, cette alliance ouvre la voie à une possible recomposition du mouvement ouvrier.

Mais la réponse du régime est brutale. La répression s’intensifie, les forces de l’ordre utilisent des moyens illégaux tels que les canons à sons, et les affrontements se multiplient. La nuit du 13 octobre, plusieurs villes serbes deviennent le théâtre de violents heurts entre manifestants et partisans du SNS soutenus par la police et des milices paramilitaires2.

Cette escalade fragilise le gouvernement sur la scène internationale. Mercredi dernier, le Parlement européen a adopté une résolution condamnant la polarisation politique et la répression étatique en Serbie3. Le texte dénonce les menacescontre les médias, la propagande anti-UE et pro-russe, ainsi que la responsabilité politique du régime dansl’affaiblissement de la démocratie. Cependant, cette résolution reste non contraignante, soulignant la frilosité européenne face à un partenaire jugé « indispensable » pour la stabilité régionale.

Ni Bruxelles, ni Moscou : pour une internationale des Balkans

En offrant une relative sécurité politique aux frontières européennes et un accès privilégié aux marchés serbes, Vučić s’est assuré la complaisance de Bruxelles et de Paris. Lors de sa visite à Belgrade début octobre, Ursula von der Leyenex hortait le président à faire « des progrès en matière d’État de droit »4: une réaction bien faible face à un mouvement d’ampleur violemment réprimé. En misant sur la stabilocratie, l’Europe choisit la stabilité autoritaire plutôt que la démocratie5. Ce calcul alimente un statu quo géopolitique qui enracine l’autoritarisme et accroît l’instabilité régionale.

L’héritage de la Yougoslavie non alignée a laissé à Belgrade une tradition de « troisième voie ». Depuis son effondrement, cette position s’est muée en ambiguïté stratégique. Alors que la Serbie négocie son entrée dans l’UE, elle maintient des liens étroits avec la Chine et la Russie.

L’Union européenne exerce un impérialisme normatif et économique, imposant ses standards démocratiques et commerciaux tout en demeurant le principal investisseur du pays. Cette dépendance s’accompagne de pressions politiques, notamment sur la question des sanctions contre Moscou. La Russie, quant à elle, incarne un impérialisme symbolique et énergétique : Gazprom contrôle une large part du secteur, et le Kremlin soutient Belgrade sur le dossier du Kosovo.

Pour Vučić, jouer sur cette ambivalence entre Bruxelles et Moscou lui permet de renforcer sa légitimité interne et d’asseoir sa position sur la scène internationale. Pris entre deux blocs dont aucun n’offre d’issue émancipatrice, le peuple serbe voit sa souveraineté confisquée par un jeu de dépendances croisées.

La seule perspective progressiste réside désormais dans la construction d’un front social capable de rompre avec toutes les tutelles extérieures et de refonder une démocratie autonome.

C’est dans ce contexte, ou l’internationalisme retrouve toute son actualité, qu’en mai dernier une délégation franco-belge composée de militant.es du NPA-L’Anticapitaliste et de la Gauche anticapitaliste s’est rendu à Belgrade. Ils y sont retournés fin octobre à l’occasion de la commémoration de Novi Sad pour rencontrer syndicats, collectifs étudiants et militant.es. Un reportage approfondi de nos échanges et sur les perspectives d’organisation régionale est à paraître.

31 octobre 2025 par Gaëlle Guehennec

https://inprecor.fr/serbie

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27 octobre 2025 ~ 0 Commentaire

Police ( Streetpress)

macron flics

Depuis la mort de Zyed et Bouna, au moins 566 personnes sont décédées à la suite d’interventions des forces de l’ordre

Le combat judiciaire des familles a permis de révéler des violences policières

 Jérémie Rochas

Le 27 octobre 2005, Zyed Benna et Bouna Traoré ont perdu la vie suite à un contrôle de police à Clichy-sous-Bois. Vingt ans et 566 décès plus tard, le ministère de l’Intérieur refuse toujours de revoir sa copie.

Le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois (93), Zyed Benna, Bouna Traoré et Muhittin Altun rentrent chez eux après un match de football lorsqu’ils sont pris en chasse par une patrouille de la BAC. Les policiers sont à la recherche des auteurs d’un cambriolage qui leur a été signalé dans le quartier. Par peur du contrôle, les trois adolescents de 15 et 17 ans s’enfuient et se réfugient à l’intérieur d’un transformateur EDF. Aucun des quatorze agents lancés à leur poursuite ne prévient les secours. « S’ils entrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau », se contente d’annoncer sur la bande radio l’un des gradés de l’équipe. Touchés par un arc électrique, Zyed et Bouna meurent électrocutés. Muhittin en ressort grièvement blessé.

Dès le soir du drame, des révoltes éclatent dans plusieurs quartiers populaires de Clichy-sur-Seine et de Montfermeil (93) avant de s’étendre dans 274 communes de France. Le lendemain de la mort de Zyed et Bouna, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, exonère publiquement les agents impliqués et déclare que « la police ne les poursuivait pas physiquement ». Une version contredite par le récit de Muhittin Altun. En 2016, les deux policiers mis en examen pour « non-assistance à personnes en danger » seront définitivement relaxés. Zyed et Bouna restent des symboles.

Vingt ans après ce drame, la liste des personnes décédées à la suite d’une intervention des forces de l’ordre continue de s’allonger. À partir des données récoltées par le média Basta et nos recherches, StreetPress a comptabilisé depuis 2005 au moins 566 nouvelles victimes, et déjà 26 en 2025.

Un « permis de tuer ? »

Les images de la mort de Nahel, abattu à bout portant dans une voiture à Nanterre (92) le 27 juin 2023 d’un tir de policier, ont ravivé la colère des habitants des quartiers populaires face aux violences policières et aux discriminations racistes. Elle a aussi relancé le débat sur la loi du 28 février 2017 « relative à la sécurité publique » qui a élargi, sous certaines conditions, la possibilité aux policiers de faire feu notamment sur les conducteurs en fuite. Depuis son adoption, le nombre de personnes tuées par tir sur un véhicule a été multiplié par cinq selon un décompte en 2022 de plusieurs chercheurs publié dans la revue « Esprit », puis repris en 2023 par Le Monde. Le réseau Entraide Vérité et Justice et La France insoumise demandent son abrogation et dénoncent un « permis de tuer ».

Selon l’Inspection générale de la police nationale, en 2022, 13 personnes sont mortes par balles après un tir de policier suite à un refus d’obtempérer. C’est le cas de Rayana, 21 ans, tuée en juin 2022 par une balle reçue en pleine tête alors qu’elle se trouvait sur le siège passager du véhicule de Mohamed, le conducteur. Il avait refusé de se soumettre à un contrôle routier avant d’être lui aussi touché par balles au thorax et gravement blessé. En octobre 2024, il était condamné à six ans de prison pour « refus d’obtempérer aggravé et violences aggravées contre des policiers ». L’auteur des tirs a, quant à lui, bénéficié d’un non-lieu. Cette décision a eu l’effet d’une « gifle » pour les proches de Rayana qui ont estimé auprès du « Parisien » que le policier était « l’unique responsable de sa mort ».

Morts suspectes dans les commissariats

Depuis vingt ans, au moins 70 personnes sont décédées après leur interpellation dans le véhicule qui les emmenait au commissariat, en cellule ou à l’hôpital. Dans de nombreux cas, les premières investigations concluent à des morts étrangères à l’intervention des forces de l’ordre liées aux antécédents médicaux des personnes interpellées ou à leur consommation d’alcool et de stupéfiants. Le cas le plus médiatisé est celui d’Adama Traoré, retrouvé en arrêt respiratoire dans le commissariat de Beaumont-sur-Oise (95) après avoir subi un plaquage ventral pendant plusieurs minutes par des gendarmes. Malgré la reconnaissance par le ministère public du lien de causalité entre l’interpellation et la mort d’Adama Traoré, les gendarmes ont été définitivement relaxés en mai 2024.

Mais dans plusieurs affaires, le combat judiciaire des familles a permis de révéler des négligences ou des violences des policiers, d’abord dissimulées par les fonctionnaires. Ce fut le cas pour Mohamed Boukrourou déclaré mort « d’une crise cardiaque » dans un fourgon de police le 12 novembre 2009, après son interpellation dans une pharmacie à Valentigney (25), dans le Doubs. Après enquête, la famille découvrait que les agents l’avaient molesté et maîtrisé en se plaçant sur ses épaules, ses mollets et ses fesses après l’avoir attaché à une partie fixe à l’intérieur du véhicule. Les agents impliqués ont bénéficié d’un non-lieu en 2013.

La France a été condamnée pour traitements inhumains et dégradants. En 2018, la Cour européenne des droits de l’homme condamnait la France pour « négligence » après la mort d’Ali Ziri, âgé de 69 ans et victime d’un arrêt cardiaque au commissariat d’Argenteuil (95) en 2009. Il avait été laissé sans assistance durant plus d’une heure. Sur le trajet vers le commissariat, les agents l’avaient immobilisé avec la technique dite du pliage — les genoux et les cuisses compressés contre le thorax. Cette technique a depuis été interdite.

La souffrance psychique ignorée

En dix ans, StreetPress a recensé au moins 50 personnes en souffrance psychologique, armées ou non, tuées par les forces de l’ordre, dont 11 en 2024. Parmi eux, Kyllian Samathi, 30 ans, en grande fragilité psychologique, mort à la suite de son interpellation par 18 policiers dans une épicerie à Montfermeil (93) où il travaillait. Il aurait reçu douze coups de taser — soit quatre fois plus que les recommandations du fabricant Axom — avant de s’écrouler. En août, quatre policiers impliqués ont été mis en examen pour « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l’autorité publique ».

Dans plusieurs de ces affaires, le manque de formation des fonctionnaires autour des enjeux de santé mentale est pointé du doigt par la justice et les autorités indépendantes. Le 24 novembre 2023, l’État français a été condamné au civil pour « faute lourde » et à verser 138.000 euros aux proches de Liu Shaoyao, tué par balle à Paris le 26 mars 2017 par des agents de la BAC devant sa famille. La justice civile a considéré que les agents auraient dû avoir des armes non létales pour maîtriser le quinquagénaire en souffrance psychologique, « uniquement armé d’un couteau ».

En mai 2018, le Défenseur des droits rendait ses conclusions sur l’affaire Amadou Koumé, un père de 33 ans atteint de troubles psychiques, qui a succombé à une « asphyxie mécanique lente » après avoir subi deux clés d’étranglement et un maintien au sol lors de son arrestation à Paris en 2015. Sept ans après les faits, trois policiers ont été condamnés pour « homicide involontaire ». L’autorité administrative indépendante estimait l’usage de la force disproportionné et recommandait de « privilégier systématiquement le dialogue en présence d’une personne en état d’agitation » et de renforcer la formation des agents sur ce point. Mais le cursus consacré aux troubles mentaux a été réduit de moitié depuis 2018.

Contacté, le ministère de l’Intérieur n’a pas souhaité nous répondre.

https://www.streetpress.com/

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22 octobre 2025 ~ 0 Commentaire

GenZ (Maroc)

La GenZ du Maroc et le volcan régional

22 octobre 2025 par Gilbert Achcar

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Le mouvement de la jeunesse marocaine n’est que la manifestation la plus récente de la crise régionale révélée par le «printemps arabe» de 2011.

Toutes les quelques années des événements réaffirment la thèse selon laquelle ce qui a commencé en Tunisie le 17 décembre 2010 et a culminé l’année suivante dans une vague massive de soulèvements populaires qui s’est étendue à six pays de la région et a inclus diverses formes de mobilisation de masse dans d’autres pays – vague connue sous le nom de « printemps arabe » – n’était pas un événement isolé ou accidentel. Au contraire, ce fut le début de ce que j’ai décrit comme un « processus révolutionnaire à long terme » (dans Le Peuple veut. Une exploration radicale du soulèvement arabe, 2013).

Ce diagnostic se fondait sur une analyse selon laquelle l’explosion sociopolitique dans l’espace arabophone était la manifestation d’une crise structurelle profondément enracinée. Cette crise a résulté du démantèlement des politiques économiques développementales et leur remplacement par des politiques néolibérales au cours du dernier quart du siècle dernier dans le contexte d’un système d’États régionaux qui étaient fondamentalement en contradiction avec les exigences de l’idéal du capitalisme de marché sur lequel se fonde le dogme néolibéral.

En conséquence, la région a souffert d’une croissance économique particulièrement faible par rapport à d’autres parties du Sud mondial, faiblesse marquée par un taux de chômage élevé, en particulier chez les jeunes. Les taux de chômage des jeunes ont, en effet, atteint dans la région des niveaux records, en particulier chez les diplômés universitaires. Ces réalités sociales ont alimenté les révoltes régionales, qui, bien que variées dans leurs causes politiques locales, partageaient un fondement socioéconomique commun. L’implication de cette analyse était claire : tant que la crise structurelle ne serait pas résolue, les troubles sociopolitiques se poursuivraient, et d’autres soulèvements et mouvements populaires s’ensuivraient inévitablement.

Effectivement, malgré la défaite de l’onde de choc révolutionnaire de 2011 – en raison de la répression menée par les monarchies du Golfe à Bahreïn, du coup d’État militaire en Égypte et de la descente de la Syrie, de la Libye et du Yémen dans la guerre civile – une deuxième vague de soulèvements commença le 19 décembre 2018 au Soudan, s’étendant à l’Algérie, à l’Irak et au Liban l’année suivante. Cette deuxième vague a finalement été étouffée par une combinaison de répression et de pandémie de COVID-19. Cependant, elle a persisté au Soudan même après le coup d’État militaire du 25 octobre 2021, jusqu’à ce que le pays sombre à son tour dans la guerre civile le 15 avril 2023, à la suite d’un conflit entre deux factions des forces armées.

Entre-temps, le système démocratique tunisien, dernier acquis des soulèvements de 2011, a été démantelé par un coup d’État mené par le président Kaïs Saïed, qui, avec le soutien des services de sécurité, a suspendu la constitution le 25 juillet 2021. Avec l’éclatement de la guerre entre les factions militaires au Soudan, ainsi que, six mois plus tard, la guerre sioniste génocidaire à Gaza qui a refroidi davantage les espoirs régionaux, il semblait que l’éruption sociale des soulèvements arabes s’était éteinte.

Cependant, de telles impressions ne sont pas fiables lorsqu’il s’agit d’évaluer l’état réel des tensions sociales dans une région. Pour cela, il faut s’appuyer sur des données sociales et économiques concrètes, notamment le chômage des jeunes, un indicateur clé. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ont toujours le taux de chômage des jeunes le plus élevé au monde, avec près d’un quart de la population jeune (âgée de 15 à 24 ans) sans emploi.

Le mouvement massif des jeunes qui a commencé au Maroc le 27 septembre, et qui n’est pas encore terminé malgré une pause récente, confirme que le volcan social régional reste actif. Compte tenu des chiffres alarmants du chômage dans le pays, il n’est pas surprenant que la jeunesse marocaine soit descendue dans la rue. Selon le Haut-Commissariat marocain au Plan, le taux de chômage des 15-24 ans (groupe auquel appartient la majorité de la génération Z) a atteint près de 36 % cette année, avec près de la moitié de cette tranche d’âge (47 %) au chômage dans les zones urbaines. Chez les 25-34 ans, le taux s’élève à 22 %, et à 27,5 % en milieu urbain. Ce sont des taux très élevés, qui se combinent avec le chômage des diplômés, affectant près de 20 % de tous les diplômés. En outre, près d’un cinquième des femmes actives sont au chômage. Ces chiffres expliquent en partie la forte participation des étudiantes et des jeunes femmes au mouvement GenZ au Maroc.

Cette nouvelle génération d’activistes inaugure également de nouvelles formes d’organisation, notamment grâce à l’évolution de la technologie des médias sociaux. Les jeunes éduqués, habiles à naviguer sur les plateformes numériques, sont devenus essentiels à ces mouvements. Alors que les deux premières vagues de soulèvements régionaux reposaient fortement sur Facebook, le mouvement GenZ marocain a adopté Discord, une plate-forme qui permet une prise de décision démocratique plus rapide et plus décentralisée. Plus de 200 000 utilisateurs de Discord ont voté pour décider s’il fallait poursuivre les manifestations, ce qui reflète un niveau plus avancé d’organisation populaire, même par rapport aux « Comités de résistance » soudanais qui représentaient un pas en avant significatif dans l’auto-organisation démocratique du mouvement révolutionnaire de la jeunesse.

Cependant, ce qui manque à toutes ces expériences, c’est un mouvement politique radical, à l’échelle du pays, capable d’unir ses forces avec le mouvement démocratique de la jeunesse populaire pour offrir une alternative crédible au statu quo. Ce mouvement devrait incarner les aspirations à la liberté, à la démocratie et à la justice sociale, et posséder la capacité politique de remplacer les régimes existants. Sans l’émergence d’une telle alternative, le succès de tout soulèvement futur dans la région restera incertain. Alors que le processus révolutionnaire régional est appelé à se poursuivre, l’absence d’une alternative viable pourrait conduire à de nouvelles impasses dangereuses – où les régimes existants s’accrochent au pouvoir par la force brute, tandis que d’autres s’effondrent dans le chaos de la guerre civile.

Traduit de ma chronique hebdomadaire dans le quotidien de langue arabe, Al-Quds al-Arabi, basé à Londres. Cet article est d’abord paru en ligne le 21 octobre. Vous pouvez librement le reproduire en indiquant la source avec le lien correspondant.

https://inprecor.fr/

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10 octobre 2025 ~ 0 Commentaire

La génération Z 212 (Inprecor)

Manifestations de jeunes au Maroc : de l’espace numérique à la rue

La génération Z 212 (Inprecor) dans Altermondialisme

Le Maroc connaît actuellement – à l’automne 2025 – une vague de manifestations de jeunes et de masses populaires qui a remis sur le devant de la scène politique des questions fondamentales sur la justice sociale, les droits fondamentaux, la dégradation des services et la légitimité politique du régime.

Ce mouvement, baptisé « Génération Z 212 »* en référence à l’indicatif téléphonique international du Maroc, n’est pas né de rien. Il est le résultat d’une longue accumulation de marginalisation, de pauvreté, d’absence de services de base dans les domaines de la santé et de l’éducation, et de propagation du chômage et de la corruption. Le mouvement a éclaté spontanément après un incident tragique à l’hôpital Hassan II d’Agadir, où des femmes sont décédées pendant l’accouchement en raison d’un manque de soins. Cette étincelle s’est transformée en un soulèvement social qui s’est rapidement étendu à de grandes villes telles que Rabat, Casablanca, Fès, Marrakech, Taroudant, Salé et Oujda, et est rapidement devenu l’expression d’une crise globale vécue par toute une génération de jeunes Marocains, en particulier ceux issus des classes populaires.

Ce mouvement s’est distingué non seulement par son ampleur et sa propagation géographique, mais aussi par son recours à de nouveaux mécanismes d’organisation et de mobilisation issus de l’espace numérique et se répercutant sur le terrain. C’est là que se manifeste le lien entre l’expérience marocaine et le concept de « gauche et lutte numérique », où la dimension sociale concrète rencontre la dimension technologique et organisationnelle pour produire une nouvelle forme d’action politique. La force fondamentale de ce modèle est qu’il reprend le concept de politique des mains des anciennes élites et le rend à la rue et à la jeunesse. Il affirme sans cesse que la technologie n’est pas neutre, mais qu’elle est un outil de domination entre les mains du capitalisme et des régimes autoritaires, tout en pouvant se transformer en outil de libération si elle est utilisée de manière progressiste et organisée. Ce qui s’est passé au Maroc reflète cette possibilité : grâce à des moyens simples, les jeunes ont réussi à créer un espace numérique public alternatif et libre où ils peuvent exprimer leur rejet de la tyrannie, de la corruption, de l’injustice et de la marginalisation de leur vie quotidienne. Les courtes vidéos, les mèmes et les discussions numériques sont devenus de véritables outils de mobilisation politique, d’organisation et de sensibilisation critique du grand public, loin des médias officiels qui ont cherché à discréditer le mouvement et à le réduire à des actes de violence et de vandalisme.

L’organisation numérique en réseau des jeunes dépasse les mécanismes d’organisation traditionnels et crée un nouvel espace de lutte de gauche

Ce qui distingue ce mouvement, ce ne sont pas seulement ses revendications justes, axées sur l’amélioration de la santé et de l’éducation, la création d’emplois, la lutte contre la corruption et la justice sociale, mais surtout sa forme d’organisation électronique et numérique et ses outils qui incarnent fidèlement les idées de la gauche électronique**. Elle s’est en grande partie organisée en dehors des cadres traditionnels des partis et des syndicats, dont le lien avec les nouvelles générations s’est affaibli pour de nombreuses raisons et qui, aux yeux de nombreux jeunes, sont devenus des structures bureaucratiques rigides, incapables d’exprimer les préoccupations de la population. En revanche, l’espace numérique a ouvert de nouvelles perspectives pour une organisation totalement différente, fondée sur la flexibilité, la rapidité et l’ouverture. Des plateformes telles que TikTok, Instagram et Facebook sont devenues des outils de mobilisation et de rassemblement, tandis que les serveurs Discord se sont transformés en sortes de « centres populaires numériques » pour discuter, planifier et prendre des décisions de manière collective et horizontale.

Ce nouveau mode d’organisation marque un dépassement fondamental du concept de leadership individuel ou hiérarchique et centralisé. Il n’y a plus de leader ni de comités hiérarchiques qui contrôlent le cours des événements, mais des groupes horizontaux en réseau, chacun prenant ses décisions sur le terrain de manière indépendante dans le cadre d’objectifs généraux communs. Cette décentralisation n’était pas un signe de faiblesse, mais une source de force, car elle rendait difficile pour les autorités et les services de sécurité de pénétrer le mouvement ou de le cibler avec un seul leadership. Même avec la fermeture de comptes ou l’arrestation de militants et militantes, le mouvement a continué à se reproduire et à étendre son champ d’action. Cette capacité de survie et de renouvellement reflète l’esprit véritable de l’organisation et du mouvement électronique-numérique, où l’organisation n’est pas un appareil rigide, mais un réseau vivant capable de s’étendre et de se transformer en fonction des circonstances.

La structure en réseau a permis au mouvement de se propager rapidement et facilement sur une vaste zone géographique, des grandes villes aux régions périphériques, et lui a permis de contourner la répression sur le terrain et la censure numérique. Les autorités ont tenté à plusieurs reprises de fermer des comptes, de bloquer des contenus ou de cibler les coordinateurs, mais la nature décentralisée du mouvement a limité l’impact de ces tentatives. Dès qu’un compte est fermé, un nouveau compte apparaît, et dès qu’un lien organisationnel est rompu, des canaux alternatifs s’ouvrent. Cette dynamique place les autorités devant un véritable dilemme, car elles sont confrontées à un « processus d’organisation populaire » d’un genre nouveau, difficile à contrôler, et non à une organisation traditionnelle qui peut être démantelée en arrêtant ses dirigeants.

L’organisation numérique en réseau est une nouvelle forme de culture politique et d’organisation qui prévaut aujourd’hui chez les jeunes. Les discussions qui ont eu lieu sur les serveurs Discord ne se sont pas limitées à des slogans ou à des plans d’action sur le terrain, mais se sont transformées en un espace d’apprentissage mutuel, où les jeunes partagent leurs expériences, discutent de stratégies et tissent un langage commun pour la lutte. En ce sens, l’espace numérique a été un moyen de communication et s’est transformé en une « école collective de gauche à multiples tribunes » qui produit une nouvelle conscience politique dépassant la tutelle des partis traditionnels et le discours des élites cultivées. Ce à quoi nous assistons ici, c’est la naissance effective d’un nouvel espace de gauche, qui émerge de la base, d’initiatives autonomes, du travail collectif, et qui s’appuie sur la technologie comme outil de libération plutôt que comme outil de domination sous le contrôle des entreprises capitalistes numériques et des États autoritaires.

On peut dire que l’organisation numérique en réseau créée par les jeunes Marocains est l’expression pratique de l’affirmation de la gauche électronique selon laquelle l’espace numérique est aujourd’hui devenu un terrain important de lutte des classes. Tout comme les usines, les fermes et les bureaux sont le principal terrain d’affrontement entre le capital et le travail, Internet est aujourd’hui devenu la nouvelle usine complémentaire pour la production de la conscience et l’organisation de la résistance. La différence est que cette nouvelle usine n’est pas matérielle et confinée entre quatre murs, mais qu’il s’agit d’un espace ouvert et mobile, où les cercles de discussion s’élargissent et où les initiatives naissent très facilement. Il lui confère un caractère mondial et international, car il brise les frontières nationales et crée des possibilités de communication et de coordination entre des mouvements géographiquement éloignés mais similaires dans leur essence.

Si l’on compare le mouvement marocain à d’autres expériences dans la région, on constate qu’il a un caractère distinctif. En Tunisie, par exemple, les plateformes numériques ont été utilisées depuis 2011 pour la mobilisation, mais de manière préliminaire. Au Liban, en 2019, WhatsApp et Telegram sont devenus des outils essentiels pour l’organisation des manifestations. Au Maroc, en 2025, nous avons vu l’arrivée d’une génération entière qui ne connaît la politique que par le biais du numérique et considère l’espace numérique comme un prolongement naturel de sa vie. C’est ce qui fait du mouvement « Génération Z 212 » la première révolte presque entièrement numérique dans les pays du monde arabe. Et confirme que l’avenir de la lutte de gauche ne sera possible qu’en comprenant ces transformations et en les utilisant efficacement, en construisant des internationalismes de gauche numériques et des alternatives technologiques progressistes qui dépassent les frontières nationales et coordonnent et relient les expériences à travers le monde.

Les revendications exprimées reflètent l’essence même de la gauche vivante, fondée sur la justice sociale et les besoins des masses

Ce qui attire l’attention dans l’expérience des jeunes Marocains, c’est que les revendications qu’ils ont formulées dans la rue et dans l’espace numérique, malgré leur simplicité immédiate, ont un contenu profondément de gauche, même si la plupart d’entre eux n’appartiennent à aucune organisation politique. Ces jeunes ont compris, consciemment ou par intuition politique collective, que la force de tout mouvement libérateur réside dans la construction d’un terrain d’entente. Ils ne se sont pas préoccupés des débats et des conflits intellectuels et élitistes. Malgré l’importance de ces débats dans le développement intellectuel de la gauche, ils ont épuisé et dispersé les forces de la gauche pendant des décennies, entre écoles de pensée, idéologies rivales et détails théoriques. Ils ont dépassé cette fatigue intellectuelle et ont recentré leur attention sur ce qui importe réellement aux masses laborieuses, partant de la réalité sur le terrain pour aller vers les théories et non l’inverse. Ici, la gauche ne se mesure pas à ceux qui brandissent des slogans marxistes, écrivent sur le socialisme ou en répètent les politiques de manière purement théorique, mais à ceux qui contribuent de manière pratique et théorique, sur le terrain, à améliorer la vie des masses laborieuses, en matière de santé, d’éducation, de travail, de dignité, de droits, de justice, etc. etc., et qui influence le cours de leur lutte quotidienne, même si c’est à petits pas et de manière progressive.

Les revendications qu’ils ont formulées portent sur l’amélioration de l’enseignement public, la garantie d’une couverture médicale gratuite et efficace, la création d’emplois garantissant la dignité humaine, la lutte contre la corruption et la justice sociale dans la répartition des ressources. Ces revendications sont au cœur de la pensée de gauche vivante, car elles placent l’injustice, les conflits de classe et les besoins quotidiens des gens au centre et en font leur point de départ.

La répression, numérique et sur le terrain, révèle les mécanismes de contrôle modernes, mais renforce la conscience de la résistance numérique

Le mouvement de jeunesse au Maroc n’était pas seulement une vague de protestations pacifiques auxquelles on répondait par des discours politiques ou des promesses de réformes, mais il a été traité dès le début comme une menace existentielle pour le régime, ce qui s’est traduit par une répression brutale sur le terrain à l’encontre des jeunes. Les forces de sécurité ont utilisé des balles réelles dans certaines régions, en particulier à Lqliaa, près d’Agadir, où des martyrs sont tombés sous les balles de la gendarmerie, en plus des gaz lacrymogènes, des coups de matraque, des poursuites nocturnes et de l’arrestation de centaines de personnes, dont un pourcentage élevé de mineurs. Cette répression n’était pas une réaction incontrôlée, mais une politique mûrement réfléchie visant à intimider toute une génération et à briser sa volonté avant que sa conscience organisationnelle ne s’affirme. La répression sur le terrain s’est accompagnée d’une stratégie systématique visant à isoler les zones en ébullition, à travers des barrages de sécurité, l’encerclement des quartiers populaires et la coupure des routes pour empêcher les manifestants de se déplacer entre les villes. Les arrestations massives ont été utilisées comme un moyen de vider les rues. Mais surtout, les autorités se sont concentrées sur les jeunes et les mineurs, car ils constituaient l’épine dorsale du mouvement, ce qui révèle qu’elles ont pris conscience que le véritable danger venait de cette nouvelle génération qui n’a pas peur de descendre dans la rue et dispose d’outils numériques d’organisation difficiles à contenir.

Cette face brutale de la répression sur le terrain a coïncidé avec une face numérique plus douce. Les arrestations numériques et les assassinats numériques sont autant de mécanismes parallèles qui ont ciblé l’espace électronique du mouvement. Des comptes ont été supprimés, des contenus bloqués et l’accès aux discussions collectives restreint dans le but d’isoler la rue de l’espace numérique qui l’alimente. Nous avons ainsi vu comment le pouvoir a exercé une « double répression », dans la rue à coups de matraque et de balles, et sur le réseau à coups d’algorithmes et de blocage des plateformes.

Mais ce que le pouvoir n’avait pas prévu, c’est que cette répression, loin d’arrêter le mouvement, a renforcé la conscience de la résistance, qu’elle soit numérique ou sur le terrain. Dans la rue, les jeunes ont inventé de nouvelles formes de rassemblement, telles que les manifestations nocturnes mobiles, le recours à de petits groupes plutôt qu’à de grandes marches, et l’utilisation des quartiers comme espaces de protestation locale. Cette tactique a rendu difficile pour la police d’éliminer le mouvement d’un seul coup et a ouvert des possibilités d’organisation locale à la base. Dans l’espace numérique, la discussion s’est rapidement déplacée des comptes bloqués vers des comptes alternatifs et des plateformes plus sécurisées, avec la généralisation de l’utilisation des VPN et du cryptage.

La répression sur le terrain a révélé les limites du régime autoritaire, car il n’était plus confronté uniquement à une foule en colère, mais à une génération numérique capable de s’adapter. À chaque tentative de répression, les jeunes ont reproduit leur organisation de manière plus flexible et ont pris conscience que le conflit avec l’État n’était pas partiel mais global, touchant à la fois le corps dans la rue et la conscience sur le réseau. C’est là qu’apparaît l’essence de ce que la gauche électronique appelle la « lutte de classes numérique », où les outils de répression modernes côtoient les outils classiques.

Il est devenu évident que le contrôle de la rue ne peut être séparé du contrôle de l’espace numérique, et que lorsque l’État tire sur les corps, il bloque en même temps les comptes. Mais la résistance évolue également dans les deux sens : dans la rue, en élargissant les tactiques populaires sur le terrain, et sur le réseau, en inventant des outils de protection et d’organisation alternatifs. C’est cette interaction entre le terrain et le numérique qui ouvre une véritable perspective à la gauche électronique pour développer un projet international visant à libérer à la fois l’homme et la technologie. Cette capacité à dépasser la répression numérique reflète une prise de conscience politique croissante de la nécessité de contrôler les outils et de construire des outils technologiques progressistes de gauche alternatifs, plutôt que de les laisser entièrement entre les mains des entreprises capitalistes monopolistiques et des États autoritaires.

Transformer l’énergie spontanée des jeunes en un projet libérateur radical et organisé

Malgré la force de ce modèle, les défis restent importants. L’absence de coordination centrale peut devenir un point faible si une vision stratégique à long terme ne se cristallise pas. Plus important encore, les revendications partielles doivent être reliées à une perspective libératrice globale afin que le mouvement ne reste pas dans le cercle des réformes. C’est là qu’apparaît la nécessité d’une gauche organisée en tant que courant intellectuel et organisationnel, qui s’efforce de transformer l’énergie spontanée en un projet politique libérateur, en combinant la lutte numérique et la lutte sur le terrain, et en reliant les revendications immédiates à une vision socialiste radicale. Il s’appuie sur des bases communes ouvertes à tous et construit de larges alliances en faveur d’un changement radical.

Ce mouvement de jeunesse et populaire reflète clairement l’esprit d’une gauche ouverte qui refuse l’isolement au sein des élites intellectuelles et s’efforce d’ouvrir de multiples forums de discussion et d’action commune. Dans les espaces de discussion numériques, il n’y avait pas de gardien idéologique ni de structure hiérarchique excessive, mais des discussions libres, des voix multiples et la liberté d’exprimer ses idées. Cependant, ce qui s’est avéré durable et s’est traduit en action politique, ce sont les points qui touchent la vie des gens. C’est là que se concrétise le véritable sens de la démocratie participative, où l’organisation collective devient un outil pour unir les efforts autour de ce qui sert les masses, et non autour de ce qui satisfait les élites cultivées. Cette orientation offre à la gauche une occasion historique de se renouveler, à condition qu’elle renonce à sa tendance au monopole intellectuel et à la culture de la division qui l’a longtemps paralysée.

Les jeunes hommes et femmes ont envoyé un message clair : nous n’attendrons pas de solutions venues d’en haut, nous ne nous occuperons pas de querelles stériles, mais nous baserons notre action sur les questions qui concernent la vie quotidienne des gens. C’est cette conscience pratique et dialectique qui donne sa force au mouvement et lui permet de se développer et de s’étendre. Les travailleur·ses manuel·les et intellectuel·les ne se soucient guère de savoir si le texte de référence est Marx, Lénine, Trotski, Mao ou d’autres penseurs, malgré leur rôle et leur place historique importants dans la pensée humaine, mais plutôt de trouver un hôpital équipé, une école respectable, une opportunité d’emploi, l’égalité et la dignité dans sa vie quotidienne, loin de la corruption et de la tyrannie… etc. Ce sont là les points communs qui ont constitué le terrain d’entente et qui peuvent servir de base à la gauche pour construire un projet libérateur radical qui dépasse la situation actuelle et lui permette de retrouver son rôle d’instrument de changement vers la libération socialiste.

Du réseau à la rue… Les perspectives d’une gauche renouvelée

Il est important de souligner que la gauche électronique ne se présente pas comme une alternative aux forces historiques de gauche ou aux expériences organisationnelles qui ont accumulé d’énormes luttes dans tous les domaines au fil des décennies. Il s’agit plutôt d’une continuation, d’un développement et d’un complément de celles-ci, ajoutant une nouvelle dimension aux outils politiques, organisationnels et intellectuels utilisés par la gauche dans sa longue et complexe lutte contre le capitalisme et l’autoritarisme. Ce qui le distingue, c’est qu’il répond à une nouvelle réalité façonnée par la révolution numérique, où les outils de lutte se sont étendus à l’espace numérique, aux plateformes et aux réseaux qui contrôlent désormais la conscience collective et déterminent le cours des débats publics.

Il ne supprime donc pas le rôle des partis de gauche, des syndicats et des mouvements sociaux existants, mais les invite à se développer et à se renouveler, à intégrer la dimension numérique dans leurs stratégies organisationnelles et politiques, et à dépasser la rigidité bureaucratique et le cloisonnement idéologique. Le défi auquel sont confrontées les forces de gauche aujourd’hui n’est pas seulement de lutter contre le capitalisme traditionnel et les régimes autoritaires, mais aussi contre le capitalisme numérique qui a reproduit la domination de classe sous des formes plus subtiles et plus discrètes, à travers les données, les algorithmes et la surveillance numérique omniprésente.

Ce que les jeunes ont créé au Maroc représente un appel franc et urgent à toutes les forces de gauche. L’organisation politique n’est plus un choix unidirectionnel ; elle doit être multipartite, ouverte, flexible et transparente, tirant parti et utilisant intelligemment les outils de l’ère numérique. Cette vision complémentaire ne signifie pas l’abandon des structures classiques qui ont accumulé une histoire de lutte de classe, mais exige leur reconstruction de manière horizontale et flexible afin qu’elles soient plus proches des masses et capables de réagir rapidement, en particulier avec les nouvelles générations. L’expérience des jeunes Marocains en est un exemple vivant, avec la création d’organisations numériques en réseau efficaces, mais cela ne supprime pas le besoin urgent de cadres politiques, organisationnels et syndicaux capables de protéger ces énergies, de canaliser les protestations et de les transformer en acquis durables.

Cela nécessite une intégration dialectique entre l’ancien et le nouveau : entre la lutte sur le terrain et l’élan numérique, entre l’expérience historique de la gauche et l’audace et la flexibilité apportées par la génération numérique. Cette dialectique entre continuité et renouveau est ce qui pourrait aujourd’hui permettre au mouvement de gauche de renaître, tant au niveau local dans les pays du Sud qu’au niveau mondial en général. La gauche électronique est donc un appel à renouveler l’ensemble du projet de gauche, en développant et en modernisant ses outils organisationnels, politiques, intellectuels, numériques, techniques et autres, et en travaillant ensemble et en formant des alliances sur la base de points de convergence essentiels. Elle insiste également sur la nécessité de renforcer le rôle de leadership des jeunes au sein des organisations de gauche, afin de garantir le renouvellement intellectuel et organisationnel et d’ouvrir la voie à leur énergie créative et renouvelée pour qu’elle soit au cœur des décisions et de la lutte. Il s’agit également de renforcer le lien entre la gauche et la vie des masses laborieuses et des jeunes générations à l’ère de la domination capitaliste et de l’autoritarisme. L’avenir appartient à la gauche qui comprend que le champ de la lutte des classes s’étend aujourd’hui des profondeurs de la rue jusqu’aux confins de l’espace numérique. Le mouvement Génération Z 212 a prouvé que la relation entre les forces de gauche et les jeunes générations ne peut se développer et s’ancrer qu’en combinant la lutte sur le terrain avec les outils de l’organisation numérique et de nouvelles formes d’organisation et de discours politique. C’est une leçon qui s’adresse non seulement à nos chers camarades des forces de gauche et progressistes au Maroc, mais aussi à toute la gauche mondiale.

Toute notre solidarité va aux jeunes et aux masses laborieuses du Maroc, qui font face à la répression et à la marginalisation avec conscience et courage, et qui luttent pour une vie digne et une véritable justice sociale. Et toute notre solidarité va aux forces de gauche, progressistes, syndicales et de défense des droits humains au Maroc, qui se tiennent aux côtés des masses populaires et défendent leurs droits, la liberté d’organisation et d’expression, ainsi que les valeurs de justice et d’égalité.

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Notes :

* Génération Z : génération née entre le milieu des années 1990 et la deuxième décennie du XXIe siècle, qui a grandi dans un environnement numérique, utilise la technologie et les moyens de communication comme partie intégrante de sa vie quotidienne, et mélange le monde réel et le monde virtuel, ce qui la rend plus apte à se mobiliser et à s’organiser dans l’espace numérique.

** La gauche électronique est un courant de gauche moderne qui cherche à développer les outils, le discours et les mécanismes d’organisation de la gauche traditionnelle en utilisant la technologie numérique et l’espace virtuel pour l’organisation, le débat et la mobilisation. Il ne se présente pas comme un substitut aux forces historiques de gauche, mais comme un complément et un perfectionnement de celles-ci, et appelle à l’intégration des plateformes numériques et de la démocratie participative à la lutte sur le terrain afin de relier les questions théoriques aux besoins quotidiens des masses laborieuses.

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