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28 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Jeunes (Yonne L’Autre )

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Jeunesse présumée délinquante : les contre-vérités d’Attal et de Bardella

La jeunesse serait plus violente qu’avant et la délinquance des mineurs augmenterait. Autant de contre-vérités assénées par Bardella (RN) comme par Attal (Renaissance) qui font craindre un avenir de coercition pour la jeunesse du pays.

Le premier ministre Gabriel Attal utilisait déjà des mots extrêmement durs à l’encontre de la jeunesse, qu’il accusait, il y a deux mois, d’être à l’origine d’un « déchaînement de violence » et face à laquelle il fallait « contre-attaquer ».

Autrement dit acter une « sanction immédiate », détricoter l’excuse de minorité (un enfant ou un adolescent n’est pas jugé de la même manière qu’un adulte), envisager une mesure de composition pénale (sans juge donc) pour les mineurs dès 13 ans, penser la comparution immédiate pour les jeunes à partir de 16 ans, créer des mesures d’intérêt éducatif (l’équivalent de travaux d’intérêt général, mais pour des mineurs) [1], envoyer certains « pour 15 jours » dans des foyers de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ).

Une logorrhée qui fleure bon la fameuse autorité, mantra de la majorité actuelle, que ce soit pour l’école ou pour la jeunesse présumée délinquante. Ce discours faisait suite à une semaine particulièrement difficile de rixes entre adolescents, et dans lequel Gabriel Attal faisait tout reposer sur les épaules d’une jeunesse soi-disant de plus en plus violente, faisant fi au passage de réalités sociales complexes, des chiffres de ses propres ministères, des retours des professionnels de la justice, ainsi que de la recherche universitaire.

« Cette habitude qui consiste à prendre des faits divers dramatiques pour en faire des phénomènes de société date de l’époque de Nicolas Sarkozy, explique Christian Mouhanna, sociologue et chercheur au CNRS, spécialiste de la justice pénale. Or là on est carrément sur de la fake news car on relève plutôt une baisse des jeunes mis en cause par la police ou poursuivis par les instances judiciaires. Gabriel Attal n’a même pas regardé le site du ministère de la Justice ou de l’Intérieur ! »

La délinquance des mineurs en baisse

Un constat également fait par le Syndicat de la magistrature, qui dénonce une consultation de façade et s’est fendu d’un courrier explicatif et détaillé à la suite des mesures énumérées par le Premier ministre. Les magistrats y rappellent effectivement que la délinquance des mineurs est en baisse depuis une dizaine d’années, mais que les différentes réformes du code de la justice pénale des mineurs (CJPM) a en revanche conduit à une augmentation significative du nombre de mineurs envoyés en prison (+19 % entre les 1er janvier 2023 et 2024, soit 732 mineurs placés en détention), résultat d’une justice punitive plutôt qu’éducative.

« La délinquance augmente, dit-il, mais c’est faux ! il y a les chiffres du ministère de la Justice qui nous disent qu’il y a -20 % de mineurs impliqués entre 2019 et 2022 », détaille Kim Reuflet, présidente du Syndicat de la magistrature.

En 2019, 218 100 mineurs avaient été mis en cause dans des affaires de délinquance, 168 900 en 2022, soit moins de 3 % de la population âgée de 10 à 17 ans. Les vols et recels simples ou aggravés sont les deux catégories de contentieux les plus fréquentes chez les personnes mineures. Viennent ensuite les coups et violences volontaires puis les dégradations.

« Les mesures du gouvernement visent à montrer un visage de fermeté, mais l’objectif ne semble en aucun cas être la lutte contre la délinquance et la récidive, car si on s’intéresse aux pratiques judiciaires, on sait que tout ce qui est proposé par Gabriel Attal ne marche pas. Une justice plus rapide n’est en rien plus efficace. Ce qu’on sait en revanche c’est que la comparution immédiate amène à la prison. Ces annonces se fondent donc sur des contre-vérités ! », poursuit Kim Reuflet.

Illustration de l’inanité de cette pente uniquement répressive, le taux de re-condamnation dans les cinq ans qui suivent une sortie de détention est encore plus importante pour les jeunes que pour les adultes : de l’ordre de 70 % selon une ancienne étude de 2012. À nature, type d’infraction et peine prononcée donnés, les jeunes délinquants récidivent davantage et plus vite que les condamnés plus âgés. Qu’importe que cette politique qui ne se donne plus les moyens de mesures éducatives, d’insertion et d’alternatives à la détention soit un cuisant échec, RN et macronistes poursuivent la fuite en avant.

Pour ce qui est de l’excuse de minorité, il est déjà légalement possible de l’écarter pour les 16-18 ans en fonction du profil de l’adolescent, rappelle la juriste, qui ajoute que les magistrats ne réclament aucune de ces mesures. Quant à la composition pénale sans juge, si elle existe déjà pour les majeurs, elle semble compliquée à mettre en œuvre pour les mineurs par son principe même de faire disparaître le juge (la peine est prononcée par un procureur).

« Cela pourrait poser un problème constitutionnel car la Convention Internationale des Droits de l’Enfant prévoit des acteurs spécialisés pour rendre la justice à l’encontre des mineurs », explique la magistrate.

Justice laxiste ?

Dans ce fatras de propositions contre-productives, la question de la délinquance des mineurs est par ailleurs complètement décorrélée des enjeux environnementaux et sociétaux. Il n’y est pas question de prévention, ni de mesures éducatives, ni de réinsertion, ni de moyens supplémentaires pour les juges des enfants, la pédopsychiatrie, le travail social ou le milieu scolaire, ni d’aides éducatives.

Or, comme le rappelle Mathieu Moreau, membre du bureau du SNPES-PJJ-FSU, syndicat majoritaire de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), « un jeune qui commet une infraction est le signal que quelque chose ne va pas. Il n’y a pas d’un côté des jeunes fragiles et de l’autre des délinquants fauteurs de troubles, non, il n’y a qu’une seule jeunesse en difficulté. C’est la manière d’exprimer cette difficulté qui diffère ».

L’état catastrophique de la protection de l’enfance en France accentue cette tendance à poser une réponse pénale rapide, faute de suivis solides établis en amont. Le syndicaliste rappelle lui aussi qu’il n’y a rien, à ce jour, qui démontre une explosion de la délinquance. Au contraire. « On essaye de nous faire croire que la justice des mineurs est laxiste, alors qu’au niveau de la PJJ nous on voit bien qu’il y a un durcissement de la réponse pénale. On est très loin d’une justice des enfants émancipatrice ! »

Dans ce contexte répressif qui envoie de plus en plus de mineurs derrière les barreaux, que penser alors des propositions du président du Rassemblement national, Jordan Bardella, qui souhaite mettre fin à l’atténuation de la responsabilité pénale des mineurs (communément appelée « excuse de minorité »), abaisser la majorité pénale à 16 ans et supprimer les allocations familiales des parents de mineurs délinquants ?

« Il y a dans cette vision autoritaire et sécuritaire une forme de continuum avec les mesures proposées par Gabriel Attal, constate Kim Reuflet. Mais il n’y a quand même pas d’amalgame possible tant les questions de justice et de sécurité sont les matrices du RN… en pire. » Si la magistrate s’inquiétait déjà d’une atteinte conséquente aux fondements de la justice pénale des mineurs, la possible arrivée au pouvoir du parti d’extrême droite lui fait craindre qu’un certain nombre de mesures « ne soient encore durcies ».

Une jeunesse plus violente qu’avant ?

D’autant que si l’actuel gouvernement ciblait déjà une certaine jeunesse, celle des quartiers populaires, il est évident que le discours (et peut-être les actes) du RN accentueront cette tendance à l’individualisation, en déroulant ad nauseam les poncifs d’une jeunesse plus violente qu’avant. Un discours erroné vieux comme le monde qui semble pourtant fonctionner auprès d’un électorat conservateur, ce qu’Emmanuel Macron a très bien compris, « lui qui a donné, sous l’influence de Gérald Darmanin, un tournant de plus en plus sécuritaire à son deuxième mandat », analyse Christian Mouhanna.

Et pour cause, ces dernières années, le gouvernement a élargi l’arsenal législatif, donnant la possibilité à l’extrême droite de – peut-être – s’en servir à sa guise. « Le RN pourrait mettre de l’huile sur le feu, notamment dans la police. Que va t-il alors advenir du « jeune », a fortiori du jeune racisé de quartier populaire ? », s’inquiète le sociologue, au vu de ce qu’il nomme un discours « néo-colonial, déjà en vogue à l’époque de Manuel Valls ». Car la jeunesse délinquante n’est, aux yeux de ces politiques, pas n’importe quelle jeunesse.

D’après le sociologue Ugo Palheta, maitre de conférence à l’université de Lille et spécialiste des extrêmes droites, la catégorie des « jeunes » a été largement déterminée par les révoltes successives des quartiers populaires – lesdits jeunes sont, implicitement, ceux qui posent problème. « Ce discours public sur la jeunesse est saturé de stéréotypes racistes depuis les années 80. Il est clair que cela pèse sur les cerveaux aujourd’hui. »

Lorsqu’il s’adresse à la jeunesse non délinquante et hors mesures répressives, le parti d’extrême droite n’en cible qu’une seule, celle qui vote en partie pour lui, à savoir la jeunesse rurale ou semi-rurale, principalement blanche. « Cette dernière est une zone de force pour le RN, même si son discours très libéral en matière économique s’adresse aussi à cette jeunesse, sur le mode « il faut travailler dur ». C’est un discours anti-assistanat, qui dresse, sans réellement le dire, une opposition binaire entre la jeunesse post-coloniale des quartiers et la jeunesse des campagnes. C’est une forme d’urbaphobie. »

Alors que les politiques sécuritaires ont prouvé leur inefficacité depuis le début des années 2000, il est à parier que la jeunesse des quartiers populaires sera très probablement la plus violemment réprimée simplement parce qu’elle est cette jeunesse racisée.

Pour Mathieu Moreau, du SNPES-PJJ-FSU, la question de la constitutionnalité de l’excuse de minorité soulevée par Gabriel Attal, a en soi déjà ouvert grand les portes de « la négation de l’enfant ». « Nier la problématique spécifique de l’enfance et de l’adolescence va à l’encontre de toutes les sciences de l’éducation. Si la digue de la constitution tombe, je ne donne pas cher de la PJJ. » « On est dans une forme de criminalisation de la jeunesse, conclut Christian Mouhanna. Bientôt le fait même d’être jeune va être criminalisé. »

Elsa Gambin 27 juin 2024

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19 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Inde (Basta)

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Inde : la plus grande élection jamais tenue sera-t-elle vraiment démocratique

Les élections générales indiennes sont prévues du 19 avril au 1er juin. Près d’un milliard de personnes sont appelées aux urnes. Mais le pouvoir de Modi resserre l’étau autour de l’opposition, tandis que les médias indépendants s’organisent.

C’est la plus grande élection jamais organisée. Près de 970 millions d’électeurs et d’électrices sont appelés aux urnes en Inde à partir d’aujourd’hui, pour un scrutin qui s’étalera sur plus d’un mois, jusqu’au 1er juin ! « 2024 sera une année décisive pour la démocratie, et les élections générales indiennes en seront le plus grand test », écrit le média indien The Quint, en introduction de sa couverture du scrutin.

Ces élections désigneront les 543 membres de la chambre basse du Parlement, le Lok Sabha. Les résultats devraient être connus le 4 juin. « L’Alliance démocratique nationale (NDA), dirigée par le Bharatiya Janata Party (BJP) du Premier ministre Narendra Modi, s’est fixé pour objectif d’obtenir plus de 400 sièges et plus de 50 % des suffrages exprimés », écrit Crikey. Le média australien relaie la parole d’experts qui estiment, inquiets, que « ce qui a été un fier bilan de sept décennies d’élections libres et équitables est peut-être en train de s’achever ».

Un leader de l’opposition arrêté quelques semaines avant le vote

« Le Bharatiya Janata Party du Premier ministre indien Narendra Modi, bras électoral d’un mouvement nationaliste hindou, représente la force d’extrême droite la plus importante et la mieux organisée de la planète », écrit Jacobin. Le BJP dirigé par Modi est au pouvoir depuis 2014. Dans les colonnes du magazine états-unien, l’ancien professeur de relations internationales à l’Université de Delhi, Achin Vanaik, retrace le parcours de l’actuel Premier ministre, qui s’est formé à la politique dans un mouvement de jeunesse aux relents néo-fascistes : « Narendra Modi a commencé à fréquenter le RSS — ou ce que l’on appelle l’Organisation nationale des volontaires — dès son plus jeune âge. Il a été endoctriné par leur idéologie. »

Cette organisation a largement influencé tant l’actuel Premier ministre que son parti. Ils sont intrinsèquement liés. « La vision du BJP et de son organisation cadre, le Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), organisation paramilitaire bénévole nationaliste hindoue, est celle d’une voie militariste et nucléaire menant à la grandeur de l’Inde. Il s’agit également d’une vision dans laquelle les musulmans n’ont pas d’histoire et n’ont donc pas le droit d’appartenir au présent », explique Jacobin. À titre d’exemple, le 11 mars 2024, le pouvoir a promulgué une loi limitant l’accès à la citoyenneté aux musulmans qui souhaitent vivre dans le pays, entérinant dans la loi les discriminations déjà pratiquées contre cette partie de la population (nous en parlions dans l’édition de « Chez les indés international » du 23 mars).

Face à Modi, une coalition d’opposition s’est formée. Appelée « INDIA », elle rassemble 26 partis, dont le parti du Congrès, le parti historique de centre-gauche. Quelques semaines avant les élections, mi-mars, l’un des responsables de la coalition a été arrêté à l’initiative d’une « puissante agence d’enquête contrôlée par le pouvoir ». The Guardian consacre un portrait à cet homme, Arvind Kejriwal, fondateur du parti de gauche Aam Aadmi, « l’un des leaders de l’opposition les plus reconnus du pays » qui a passé sa carrière « à combattre la corruption ordinaire ».

Son arrestation, justement, est basée sur des accusations de corruption. « Kejriwal a qualifié cette affaire de conspiration politique visant à écraser son parti et à ternir ses chances lors des élections indiennes qui débuteront le mois prochain, souligne le média britannique dans un article du 28 mars. Le gouvernement Modi nie toute intention politique. »

De petits médias luttent contre la désinformation

Narendra Modi resserre aussi l’étau autour de la liberté d’expression, tout en manipulant les canaux d’information à son avantage. Une enquête conjointe du Washington Post et d’Amnesty International en décembre 2023 a montré « que des journalistes indiens étaient ciblés par le logiciel espion de piratage Pegasus », selon le Réseau international des journalistes (IJNet) en février 2024.

Dans un pays qui compte plus de 21 000 journaux différents et près de 400 chaînes de télévision, « les histoires les plus intéressantes récemment ont été publiées par de petites rédactions de médias en ligne », écrit le Global Investigative Journalism Network (GIJN). « Les grands médias subissent une pression gouvernementale énorme, car le gouvernement indien est l’un de leurs plus gros annonceurs », explique Kunal Majumder, le représentant indien du Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

Ainsi, de petits médias indépendants The Quint s’attellent à vérifier les informations partagées dans le cadre de la campagne, où circulent nombre de vidéos et d’images manipulées. Un rôle d’autant plus important que la menace d’ingérence étrangère via les réseaux sociaux plane sur les élections — nous en parlons dans la rubrique « numérique » de cette newsletter.

En Inde, un « réseau fantôme de pages pro-BJP » a dépensé plus de 200 000 euros depuis novembre dernier pour colporter « des informations erronées sur les manifestations des agriculteurs, des propos haineux à l’encontre des musulmans et des publicités trompeuses ciblant les dirigeants de l’opposition », écrivait Boom, un média en ligne de fact-checking, le 7 mars 2024. Leur travail est essentiel, selon Adrija Bose, rédactrice en chef à Boom, dont le GIJN rapporte les propos : « Pour la première fois, les élections se déroulent pratiquement sur les plateformes de médias sociaux. »

S’unir pour dénoncer un système de dons anonymes aux politiques

Pour contrer les discours de haine, la désinformation et autres menaces, certains médias indépendants ont décidé d’unir leur force. Trois d’entre eux, Newslaundry, The News Minute, et Scroll, se sont rassemblés autour d’un projet commun : le « Project Electoral Bond », du nom d’un mécanisme de financement des partis politiques mis en place par Modi en 2017. Ce mécanisme de financement permettait aux organisations et aux individus de faire des dons illimités et anonymes.

« Le parti connaît le nom du donateur. Mais il n’est pas tenu de le divulguer à qui que ce soit, même à l’autorité de régulation des élections », expliquait Reuters, lorsque la Cour suprême indienne a révoqué en février ce système, dont le principal bénéficiaire était le BJP. Les médias du « Project Electoral Bond » s’associent pour examiner les données de financement des années précédentes, chose qu’ils n’auraient probablement pas pu faire seuls.

Un groupe de journalistes indépendants, The Reporters’ collective, s’est aussi penché sur ces dons mirobolants, révélant par exemple comment plusieurs grandes entreprises en difficulté financière ont pourtant donné de grosses sommes à des politiciens. Plus de 60 % de cet argent était dirigé vers le BJP. Dès 2017, « la Commission électorale et la Banque de réserve de l’Inde […] craignaient que ce dispositif permette à des sociétés-écrans et à d’autres personnes d’acheminer de l’argent non comptabilisé et non taxé en provenance d’Inde et de l’étranger vers des partis politiques », rappelle le collectif.

Encore une fois, ces élections à fort enjeu démocratique montrent combien des médias indépendants, exigeants et engagés sont essentiels lorsque l’ombre de l’autoritarisme plane. Dans un pays aussi grand que l’Inde, et alors que près d’un milliard de personnes seront appelées aux urnes durant 44 jours, s’unir est plus que jamais essentiel pour les petits médias indépendants. Pour pouvoir examiner de grandes quantités de données, pour démasquer les mensonges en ligne, en bref, pour avoir un impact. Et même si Modi est pressenti pour briguer un troisième mandat à la tête du pays, ces médias continueront ensemble de demander des comptes au pouvoir.

Emma Bougerol 19 avril 2024

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17 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Maison d’Arrêt (Le Tél)

Les professionnels de santé dénoncent les conditions de prise en charge des patients au sein de la maison d'arrêt de Brest.
Les professionnels de santé dénoncent les conditions de prise en charge des patients au sein de la maison d’arrêt de Brest. ©Julien Saliou

Prison de Brest : « la qualité des soins se dégrade, les bagarres se multiplient »

La surpopulation carcérale à la maison d’arrêt de Brest a des conséquences sur le travail des professionnels de santé. Ils dénoncent la dégradation des soins. Les professionnels de santé de l’unité sanitaire de la prison de Brest étaient en grève en fin de matinée.

Le personnel soignant de l’unité sanitaire de la maison d’arrêt de Brest était en grève ce mercredi 17 avril 2024. Un rassemblement était organisé devant la prison de 11 h à 13 h.

Les professionnels dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail en raison notamment de la surpopulation carcérale.

470 détenus pour 256 places

Ce mercredi matin, il y avait 470 détenus pour 256 places, d’après une soignante rencontrée sur place. « Et ils étaient 486 la semaine dernière. »

Une femme, membre de l’unité sanitaire (comprenant des médecins généralistes, psychiatres, addictologues ou encore des dentistes), nous expose la situation à laquelle elle est confrontée :

En ce moment, la prison est comme une cocotte-minute. Je constate une dégradation de la santé mentale de plusieurs détenus. Au sein du centre médico-psychologique, nous avons jusqu’à un mois d’attente en ce moment. Les arrivées étant nombreuses, il faut parfois attendre jusqu’à quinze jours pour voir les nouveaux détenus, alors qu’en principe il faudrait les rencontrer dans les 24 heures.

Une professionnelle de santé

Elle regrette de devoir donner des soins de moins bonne qualité. « Pour les traitements de substitution aux drogues, nous devons voir 50 détenus en une heure. Or, ce moment est censé être un peu privilégié entre le détenu et le soignant, pour discuter de ce qui ne va pas. »

« Les bagarres se multiplient »

La conséquence, selon les professionnels de santé, des tensions qui génèrent par exemple des bagarres dans la prison, « il y en a une par jour en ce moment ».

Des tensions que ressentent forcément les surveillants. Pour l’un d’eux, présent ce matin par solidarité avec ses collègues, « beaucoup de détenus souffrent de problèmes psychiatriques. Tout le monde ne peut pas être vu à l’instant T, les agressions se multiplient. »

Et par ricochet, la charge de travail du personnel ne fait qu’augmenter. Il réclame des conditions de travail plus sereines et dignes.

« Même pour le travail de réinsertion, rien n’avance. Certains sortent de la maison d’arrêt avec des prescriptions de médicaments qu’ils ne peuvent même pas aller chercher car nous n’avons pas eu le temps de faire les démarches pour leur procurer une carte vitale. »

Julien Saliou  17 Avr 2024

https://actu.fr/bretagne/

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Maison d’Arrêt

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16 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Marche

marche

RACISMES EN FRANCE : NOS ENFANTS EN DANGER !

En mémoire de toutes les jeunes victimes de crimes policiers, judiciaires et carcéraux.

Alors que le 3 décembre 2023, nous fêtions les 40 ans de la Marche pour l’Egalité et contre le racisme…

– Le 13 mars 2024 à Aubervilliers Wanys et Ibrahim ont été volontairement percutés par la police après un prétendu refus d’obtempérer. Wanys est mort quelques heures après, il n’avait que 18 ans et Ibrahim est dans un état grave.

– Les 9 et 10 décembre 2023, à Chelles, deux adolescents de quartiers, Théodor et Justin, trouvaient la mort pour refus d’obtempérer,

– Le 30 Novembre 2023, Mustapha, mineur isolé marocain, s’est suicidé par pendaison à la maison d’arrêt de Villepinte,

– Le 14 novembre 2023 à Nice, des enfants de 8 ans étaient accusés par la Mairie et le rectorat de prier pendant la récréation alors qu’ils jouaient aux fantômes,

– Le 18 octobre 2023, au Canet-en-Roussillon, un enfant de 10 ans était convoqué par la gendarmerie pour « apologie du terrorisme »,

– Depuis le 7 octobre 2023, des collégiens sont réprimés pour leur soutien à la population de Gaza, bombardée,

– Le 27 juin 2023, à Nanterre, Nahel, 17 ans, était tué à bout portant par un policier,

– Le 6 décembre 2018, 151 lycéens étaient interpellés, humiliés et agenouillés pendant plusieurs heures sous les ordres de la police alors qu’ils soutenaient les Gilets Jaunes et manifestaient contre la réforme du lycée,

– Depuis trop longtemps, des lycéennes sont stigmatisées et harcelées parce que « Musulmanes d’apparences »

– Depuis quelques années et de plus en plus intensément, des lycéens sont embrigadés dans une logique de guerre via le Service National Universel (SNU)

– En France et dans les départements d’Outre-mer, des lois sont votées criminalisant les enfants migrants et réfugiés, rejetant le principe révolutionnaire et républicain du «droit du sol»

En France, nous habitants des quartiers, Musulmans, Afro-descendants mais pas que, sommes en danger. Depuis trop longtemps, la violence de l’Etat s’abat sur nous de manière arbitraire, injuste, mais, bien plus inquiétant, cible les plus innocents d’entre nous : NOS ENFANTS. Nos enfants ne sont plus considérés comme des enfants. Ils sont privés de leur enfance. Ils sont suspects dès 10 ans, dès 8 ans, dès 6 ans d’être violents et fanatiques, assimilés à des barbares, voire à des terroristes en puissance à l’instar des enfants de Gaza, maltraités, emprisonnés, tués par milliers.

Le monde des adultes ne voit alors plus de problème à ce que des enfants se fassent arrêter à l’aube par des gendarmes. C’est ainsi qu’on a justifié la mort de Nahel, qui comme tous les adolescents, peut faire des bêtises.

Nous, familles, personnel enseignant, travailleurs sociaux, éducateurs, militants de terrain, hommes et femmes politiques sommes terrifiés de la violence qui s’abat sur nos petits en toute bonne conscience et en l’absence d’indignation. Le monde observe la dégringolade du « pays des droits de l’homme »  avec stupéfaction. Ce pays que nous chérissons, la France, et que nous voulons laisser à nos enfants, nous trahit et trahit son passé.

Que sont devenues les voix de la conscience universelle ? Où sont les Abbé Pierre, les Sartre, les Stéphane Hessel ? Où sont les Rosa Parks, les Angela Davis, Frantz Fanon, les Mandela de France ?

D’un côté, on nous reproche de ne pas savoir élever nos enfants et de les livrer à la délinquance et en même temps on prive toutes les institutions sociales et éducatives de leurs moyens, comme on nous empêche de transmettre à nos enfants nos valeurs et notre histoire comme si elles étaient contraires au vivre-ensemble alors qu’en réalité ce que nous voulons transmettre c’est de l’amour et de la générosité.

Ce cri d’alarme ne doit pas se heurter à un mur de silence. Il doit être entendu à travers tout le pays et même au-delà. Il en va de l’avenir de nos enfants, de leur santé physique et psychique comme il en va de la santé morale de notre pays.

Nous en appelons à toutes celles et ceux, mères, pères, familles, associations, syndicats, organisations politiques pour qui il est indigne et intolérable de s’en prendre à des gamins de signer cet appel et de rejoindre notre MARCHE CONTRE LE RACISME, l’ISLAMOPHOBIE ET POUR LA PROTECTION DES ENFANTS le 21 avril 2024, date anniversaire de la mort d’Amine Bentounsi, notre frère, notre fils et enfant du pays.

Nous donnons RDV à PARIS, le 21 avril 2024 à 14h pour une grande marche de Barbès à République, où aura lieu un concert géant pour pleurer nos morts et fêter l’espoir.

A l’appel de Yessa Belkhodja, du collectif de défense des jeunes du Mantois et d’Amal Bentounsi, du collectif Urgence Notre Police Assassine, lu le 17 décembre 2023, lors de la marche en soutien à la lutte du peuple palestinien dans le cortège d’Urgence Palestine.

Avec le soutien de Michel Zecler.

https://lanticapitaliste.org

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26 mars 2024 ~ 0 Commentaire

2 milliards (reorterre)

Plus de 2 milliards de personnes n'ont pas accès à l'eau potable
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Plus de 2 milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau potable

Un constat alarmant sur le partage de la ressource en or bleu. L’Unesco estime que 2,2 milliards de personnes n’ont pas accès à une eau potable sûre, selon son rapport annuel publié vendredi 22 mars, à l’occasion de la journée mondiale de l’eau.

Les premières victimes du manque d’eau dans le monde sont les femmes et les filles, selon l’Unesco. Ce sont elles qui, en zones pauvres et rurales, sont chargées de la collecte de l’eau, facteur d’abandon scolaire accentuant leur vulnérabilité. Dans son rapport, l’organisation indique qu’une meilleure coopération internationale en matière d’accès à l’eau douce jouerait un rôle non négligeable dans l’amélioration de leur quotidien.

Les inégalités risquent de s’accroître encore

L’agence onusienne le reconnaît  : «  L’objectif de garantir l’accès à l’eau potable à tous d’ici à 2030 est loin d’être atteint. Il est même à craindre que les inégalités continuent de s’accroître dans ce domaine.  »

Par ailleurs, « les inégalités dans la répartition des ressources en eau, dans l’accès aux services d’approvisionnement et d’assainissement » sont sources de tensions, qui peuvent elles-mêmes « exacerber l’insécurité hydrique », alerte le rapport. Les auteurs considèrent ainsi que les stratégies de partage des ressources en eau sont bien souvent négligées par les États. Sur les 153 pays partageant des cours d’eau, lacs ou eaux souterraines, « seuls 31 ont conclu des accords de coopération pour au moins 90 % de la superficie de leurs bassins transfrontaliers », souligne le rapport.

25 mars 2024

https://reporterre.net/

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18 mars 2024 ~ 0 Commentaire

jeunes majeurs (basta)

jeunes majeurs (basta) dans Altermondialisme
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Une éducatrice et une jeune adulte à Toulouse
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Un dispositif de la protection de l’enfance menacé de coupes budgétaires

Salué pour sa politique en matière de protection de l’enfance, le département de Loire-Atlantique avait décidé d’accompagner les jeunes les plus fragiles jusqu’à leurs 25 ans. Il vient de rétropédaler, provoquant la colère du secteur social.

Plus de 300 000 mineurs sont suivis par la protection de l’enfance. Que se passe-t-il une fois leur majorité atteinte ? Un contrat jeune majeur (CJM) leur permet de continuer à bénéficier, de 18 à 21 ans, d’un accompagnement vers l’autonomie, grâce à un suivi éducatif et psychologique, mais aussi avec des aides financières pour suivre des études, passer le permis de conduire ou accéder à un logement par exemple.

Ce dispositif, géré par les départements, tente d’éviter ce qu’on nomme les « sorties sèches », à savoir un ou une·e mineur·e qui aurait été suivi·e par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) jusqu’à sa majorité et qui, dès ses 18 ans, se retrouverait seul·e, sans aucune aide, ressources matérielles ou soutien humain.

Les jeunes issus de la protection de l’enfance se retrouvent le plus souvent démunis, ne bénéficiant ni de soutien familial ni de réseau amical ou professionnel. Un CJM permet alors une poursuite d’études ou de formation, et de pouvoir s’appuyer, dans cette quête d’autonomie, sur un ou une travailleuse sociale. Environ 20 000 jeunes adultes en bénéficient.

Suppression d’un budget d’un million pour les plus démunis

Le département de Loire-Atlantique, souvent précurseur dans le domaine de la protection de l’enfance, avait décidé d’aller au-delà, en instaurant en 2020 une disposition extra-légale permettant un contrat jeune majeur après 21 ans, et jusqu’à 25 ans si nécessaire. Un choix politique de la collectivité (à majorité socialiste et écologiste à l’époque) alors applaudi par les acteurs et actrices du travail social.

Mais voilà qu’un courrier du Département reçu début février par les directeurs et directrices de structures de la protection de l’enfance annonce, sans plus de discussion, la fin de ce contrat jeune majeur pour les 21-25 ans. Une mauvaise nouvelle qui surprend le secteur social local. « Le CJM 21-25 ans concerne en moyenne une trentaine de jeunes par an, pour un budget d’environ un million d’euros, s’étonne Marie, éducatrice à l’ASE et syndiquée à la CGT. Ce n’est pas grand-chose ! On parle bien des plus fragiles, qui ont besoin d’un tel accompagnement, ou de jeunes sans moyens qui font des études longues, ce qui va remettre en cause le libre choix de leurs études. C’est injuste ! »

La nouvelle a sonné Jade, 20 ans. La jeune femme a signé un CJM il y a deux ans, alors qu’elle avait un grave problème de santé qui nécessitait de nombreux soins. « Ce CJM c’était une question de survie pour moi. Sinon je me serais fait bouffer par la rue. Grâce à cela, j’ai de quoi me loger, me nourrir, mais aussi un peu pour l’hygiène et les loisirs. » Dans sa situation, la jeune femme comptait sur la continuité de cette aide après ses 21 ans.

Las, elle sait que début novembre, lorsqu’elle fêtera son 21e anniversaire, elle devra compter uniquement sur son compagnon. « Qu’arrivera-t-il si demain on se sépare ? Le Département dit vouloir prioriser les quelque 300 placements de mineur·es non exécutés [les enfants et adolescents qui font l’objet d’une mesure de protection qui n’a pas encore été mise en œuvre faute de moyens, ndlr], j’entends ça, mais un million pour les jeunes majeurs, ça représente 0,5 % du budget, ce n’est rien du tout ! »

L’accompagnement humain est primordial

Léa, ancienne enfant placée devenue éducatrice spécialisée, s’inquiète pour les nouvelles générations. « Aujourd’hui, je ne peux pas offrir la qualité d’accompagnement que moi-même j’ai reçue. Pourquoi faire disparaître ce budget-là ? Et pourquoi conditionner un CJM uniquement aux revenus alors que l’accompagnement humain est primordial ? »
Un avis partagé par Jade, pour qui le soutien émotionnel et la présence des travailleuses sociales a été une véritable béquille. « Il n’y a pas que la question financière. C’était un soulagement pour moi de savoir qu’il y avait des personnes pour me rattraper si ça n’allait pas. Je savais que j’avais toujours cette option. De savoir que celle-ci n’existe plus est très compliqué moralement. »

Du côté des institutions, la pilule aussi a du mal à passer. Se concentrer sur les mineurs pour les délaisser ensuite une fois majeurs semble incohérent aux yeux des professionnel·les. D’autant qu’un CJM peut ne durer que quelques mois, le temps de stabiliser une situation. « Les jeunes concernés au-delà de 21 ans sont les plus vulnérables, avance Nathalie Thimothée, directrice adjointe du pôle hébergement de l’association Tréméac, qui gère un centre éducatif. Si on arrête la prise en charge, c’est pour les mettre à la rue, il n’y a pas de solution pour eux ! On va les précariser encore plus. Il faut nous faire confiance sur l’évaluation de ces jeunes. On fait très peu de demandes, et elles sont justifiées. L’aspect financier ne peut pas l’emporter sur l’humain ! »

Les directions d’établissements et les travailleuses sociales de Loire-Atlantique ont tiqué sur une autre partie du courrier du Département qui mentionne, pour le CJM 18-21 ans, que « les jeunes bénéficiant de ressources propres au moins égales à 850 euros mensuels […] doivent être orientés vers le droit commun ». Ces jeunes devront donc quitter les dispositifs de protection de l’enfance, quand bien même leur contrat serait renouvelable jusqu’à 21 ans. « C’est incompréhensible, poursuit Nathalie Thimothée. Ces jeunes commencent à peine à s’en sortir, à trouver un peu de stabilité, et il faudrait stopper l’accompagnement ? »

À 18 ans, Jordy est en CDI et vient tout juste de signer un contrat jeune majeur de quatre mois renouvelables. Il a notamment besoin d’aide pour sa recherche d’appartement, car vivre chez ses parents est inenvisageable. « Savoir que c’est avec mon éducateur que je vais faire cette démarche est rassurant. Je vais avoir besoin de lui pour tout comprendre aux papiers administratifs en lien avec un logement. Ça me paraît plus simple de faire ça avec lui, car il me connaît et connaît bien ma situation. » Sans ce CJM, demain, ces jeunes déjà malmenés dans leur enfance se verront à nouveau renvoyés d’une association à une autre, d’une assistante sociale à une autre, pour apprendre toutes les démarches de la vie quotidienne, sans le soutien d’un·e professionnel·le fixe et de confiance.

Le département dit entendre les inquiétudes des jeunes et des professionnel·les, et assure renforcer son attention sur les 18-21 ans en créant une nouvelle équipe de travailleurs et travailleuses sociales dédiées à l’accompagnement. « Il s’agira pour cette équipe de travailler en amont, de faire levier en débloquant des situations, comme trouver un logement en échangeant avec les bailleurs sociaux par exemple », indique Claire Tramier (divers-gauche), vice-présidente Familles et protection de l’enfance au Département, qui affirme « vouloir rester très attentive aux jeunes après 21 ans ».

Comme si chaque jeune devait quitter ses parents dès 19 ans

Face à cette douche froide est née une inédite Coalition de l’enfance en danger, composée de plusieurs dizaines d’associations locales, de la Ligue des droits de l’homme et de Repairs ! (un réseau d’entraide entre jeunes), appelant le département à revenir sur sa décision hâtive, synonyme pour eux d’une « injonction à l’autonomie précoce ». La Coalition rappelle qu’un jeune français quitte en moyenne le domicile familial à 24 ans, alors que « les enfants en danger devenus adultes sont contraints de quitter les services de la protection de l’enfance en moyenne à 19 ans ». Un paradoxe difficilement acceptable quand on sait les parcours fragmentés de ces jeunes, empreints de ruptures, et alors qu’ils sont pour la plupart dépourvus de liens sociaux et familiaux.

Ces coupes budgétaires seraient notamment liées à la longue crise immobilière qui secoue les collectivités – un quart du budget départemental est lié aux droits de mutation à titre onéreux, versés lors de transactions immobilières. Les professionnel·les estiment qu’il faut, dans ce cas, amputer des budgets qui ne touchent pas directement les personnes.

Le 22 février dernier, à l’appel de la Coalition, des directeurs et directrices d’établissements, des formateurs et formatrices, des travailleuses sociales, des jeunes majeur·es issu·es de l’Aide sociale à l’enfance et de l’association Repairs ! 44 se sont réuni·es devant les grilles de l’hôtel du département de Loire-Atlantique. Une convergence rarissime dans le domaine du travail social, que les fréquentes averses n’ont pas freinée. En témoigne une chorale déterminée, qui a chanté à plusieurs reprises sous les fenêtres des élus sa propre version d’« Être né quelque part », de Maxime Le Forestier : « Ne faites pas d’économies sur l’avenir des enfants qui risquent d’être à la rue […]. Ils ont déjà vécu un passé traumatisant ».

Le budget prévisionnel 2024 de la protection de l’enfance, voté le jour de ce rassemblement, sera finalement le même, voire en légère augmentation, avec 238 millions d’euros, mais toujours sans le contrat jeune majeur amélioré, jusqu’à 25 ans. Alors pourquoi ce revirement d’un département qui se sait scruté dans ce domaine ? « Aujourd’hui, la moyenne de sortie des CJM est à 19,5 ans, explique Claire Tramier. Nous souhaitons mieux accompagner avant 21 ans, et mieux préparer aussi vers les acteurs du droit commun. Mais notre but est toujours le même : aucune sortie sèche de la protection de l’enfance. »

Pour Jean-Luc Boero, de la Ligue des droits de l’homme, il s’agit de « fausses économies. Le Département, qui se dit solidaire, montre ici toute son ambivalence ». « On demande aux gamins de la protection de l’enfance d’avoir plus de ressources que ceux de familles « ordinaires », c’est une aberration ! » résume Marie, l’éducatrice de l’ASE. Fort de ce collectif naissant, la Coalition pour l’enfance en danger entend ne pas relâcher la pression d’ici fin mars, date où le département devra décider de la répartition du budget.

Elsa Gambin 18 mars 2024

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04 mars 2024 ~ 0 Commentaire

malbouffe (reporterre)

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« 90 % des goûters d’enfants sont de la malbouffe ultra-transformée »

Une récente étude démontre un lien entre les aliments ultra-transformés et un risque plus élevé, entre autres, de maladies cardiaques et de cancers. Le Dr Anthony Fardet appelle les pouvoirs publics à s’emparer de ce fléau.

Près de 10 millions d’individus suivis. Jamais une étude si vaste n’avait été menée sur le sujet. Le 28 février, dans le British Medical Journal, quinze chercheurs ont démontré le lien entre les aliments ultra-transformés et trente-deux effets nocifs sur la santé. Notamment, un risque plus élevé de maladies cardiaques, de cancers, de diabète de type 2, d’anxiété, de troubles mentaux, voire de décès prématurés.

Face à ce fléau grandissant, le Dr Anthony Fardet, chercheur en alimentation préventive et durable à l’Inrae [1] de Clermont-Ferrand et auteur de Bien manger est si simple — Pourquoi tout compliquer ? (éd. Thierry Souccar, 2021), appelle les pouvoirs publics à s’en emparer sans tarder.

Reporterre — Paquets de céréales, barres protéinées, boissons gazeuses, plats préparés… Tous ces produits ont un point commun : ce sont des aliments ultratransformés. Qu’est-ce qui, dans leur fabrication, se révèle dangereux pour notre santé ?

Anthony Fardet — Tous ont été artificialisés par l’ajout d’au moins un des quatre marqueurs d’ultra-transformation. À savoir : des arômes ; des additifs cosmétiques, comme les colorants ou les modificateurs de goût ; des techniques industrielles de transformation, comme le soufflage ou la cuisson-extrusion ; et enfin des lipides, des glucides, des protéines ou des fibres ultra-transformés, par exemple des isolats de gluten.

Les aliments ultratransformés, bien souvent, demandent moins de mastication et réduisent donc la satiété, puis l’acte alimentaire. Le consommateur mange alors en excès, notamment du sel, du sucre et du gras ajoutés.

Sans parler des xénobiotiques ingérés, c’est-à-dire des composés étrangers au corps humain que nos organismes ne rencontraient jamais auparavant. Ce peut être des résidus de pesticides, des additifs de synthèse, voire, d’après l’hypothèse d’autres chercheurs, des résidus migrant des emballages plastiques.

Ils contiennent des xénobiotiques, c’est-à-dire des composés étrangers au corps humain que nos organismes ne rencontraient jamais auparavant. CC0/ Pxhere

Et puis, autre point central, une grande majorité de ces aliments contiennent moins de composés protecteurs, tels que les minéraux, les fibres, les vitamines, et les oligoéléments.

En revanche, on ne peut pas blâmer un composé en particulier : des milliers et des milliers de combinaisons existent entre tous les marqueurs d’ultra-transformation. Pour protéger notre santé, il faut réduire la proportion de l’ensemble de ces aliments dans nos régimes, et non se contenter de cibler isolément tel ou tel produit. C’est vraiment la proportion d’aliments ultratransformés dans le régime qui compte.

D’après l’étude, au Royaume-Uni et aux États-Unis, plus de la moitié des produits consommés sont des aliments ultratransformés. Ce chiffre grimpe jusqu’à 80 % pour les jeunes et les personnes les plus démunies. Pourquoi eux ?

Il y a, chez les jeunes, davantage d’ignorance sur ces questions. Le manque d’éducation nutritionnelle est flagrant. D’autant qu’en face, les géants de l’agro-industrie exercent un marketing très élaboré, visant à présenter ces produits comme bons pour la santé. Et je ne parle pas seulement de la malbouffe, mais aussi des aliments véganes, végétariens, allégés, enrichis, sans gluten ou bio.

Parmi les aliments ultratransformés, il y a certes la malbouffe, mais aussi certains aliments véganes, végétariens, sans gluten ou bio. CC0/ Open food facts

Par ailleurs, l’ultratransformé est souvent synonyme de calories et de bon marché. Or, quand on n’a pas beaucoup d’argent, la première préoccupation est de se remplir le ventre sans dépenser trop d’argent. Les ménages les plus modestes s’orientent donc vers ces aliments, comme un grand nombre d’étudiants en voie de paupérisation.

Si la nocivité de ces aliments est prouvée, pourquoi continuer à en produire ?

Les ultratransformés sont ultrarentables. Tout d’abord, parce que les marqueurs d’ultra-transformation coûtent peu d’argent. Mais ce n’est pas tout ! En exacerbant les goûts, les textures et les couleurs, les industriels signent une triple rentabilité.

Premièrement, en poussant le consommateur à en manger plus que de raison. Qui n’a jamais terminé un paquet de chips industrielles, avec plaisir, mais sans avoir réellement faim ? Deuxièmement, en poussant le consommateur à en racheter une seconde fois. Double rentabilité. Et enfin troisièmement, en ciblant les enfants dès leur plus jeune âge, on s’assure une clientèle à vie. Triple rentabilité.

Il y a quelques années, l’industrie du tabac incitait les jeunes à fumer tôt. Une fois ceux-là addicts, cela pouvait en faire des clients à vie.

La logique est la même ici : je travaille en ce moment sur les goûters des petits, et plus de 90 % d’entre eux sont composés de malbouffe ultra-transformée. Le mieux pour leur santé serait une poignée de noix ou d’amandes. Mais comment voulez-vous rivaliser avec des Kinder Pingui ?

Plusieurs universitaires brésiliens ont d’ailleurs appelé les Nations unies et les États membres à élaborer et mettre en œuvre une convention-cadre sur ces aliments, analogue à celle sur le tabac. Les politiques ont-ils un rôle à jouer dans cette bataille ?

Bien sûr. Il faut agir à deux niveaux. Déjà, du côté des scientifiques, en sensibilisant la population. Via les médias, en écrivant des livres, des articles de vulgarisation, en menant des conférences et en allant dans les écoles.

L’éducation alimentaire est la voie royale à long terme. En luttant contre l’ignorance, les consommateurs deviendront les véritables acteurs de leur alimentation et pourront faire des choix avisés.

« J’ai défendu l’idée d’une taxe sur l’ultratransformation. Plus le nombre de marqueurs est élevé, plus la taxe grimpe »

Seulement, le tabac l’a démontré, prévenir des risques de cancer ne fonctionne pas toujours. Il faut taper dans le porte-monnaie, faire grimper le prix du paquet à 15 euros. Sur ce point, les politiques doivent agir.

Il y a quelque temps, j’ai défendu l’idée d’une taxe sur l’ultra-transformation. Plus le nombre de marqueurs est élevé, plus la taxe grimpe. Il est urgent que les gouvernants se saisissent du dossier : l’enjeu est crucial non seulement pour la santé humaine, mais aussi pour la santé de notre planète, pour le bien-être animal, les inégalités socio-économiques, etc. Et ça passera par rendre les ultra-transformés plus chers que les vrais aliments.

Avez-vous des conseils pour mieux identifier ces aliments sur les étals des supermarchés ?

L’objectif est de repérer les marqueurs d’ultra-transformation. Il existe deux repères simples : premièrement, au-delà de cinq ingrédients sur la liste, il y a 8 chances sur 10 que l’aliment soit ultra-transformé.

Deuxièmement, si vous voyez des noms que vous n’utilisez pas en cuisine… alors, méfiez-vous ! Autrement dit, choisissez les listes d’ingrédients les plus courtes possibles et avec des noms connus.

Par ailleurs, les emballages très colorés, les portions individualisées et les promotions (car produire ces aliments coûte si peu cher qu’ils peuvent se le permettre) sont autant de signaux d’alerte. Les mentions promettant un produit « allégé » ou « enrichi » doivent aussi vous mettre la puce à l’oreille. Là encore, il s’agit presque à coup sûr d’aliments ultra-transformés.

Emmanuel Clévenot 4 mars 2024

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25 février 2024 ~ 0 Commentaire

agriculture (reporterre)

Toujours plus industrielle, l'agriculture française s'enferme dans l'impasse
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Toujours plus industrielle, l’agriculture française s’enferme dans l’impasse

Où va l’agriculture française ? Alors que le gouvernement multiplie les reculs écologiques, les partisans d’une agriculture paysanne respectueuse du vivant s’inquiètent.

Samedi 24 février, Emmanuel Macron ouvre le Salon de l’agriculture et la visite promet d’être tumultueuse, trois semaines après une mobilisation historique des agriculteurs, et alors que certains tracteurs sont toujours de sortie. L’Élysée a bien tenté de s’en sortir avec sa méthode habituelle : il participera samedi à un « grand débat » lors du Salon, réunissant tous les représentants du monde agricole, de la grande distribution, des écologistes, etc. La proposition a tourné au pataquès quand la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et les Jeunes agriculteurs ont cru que le collectif Les Soulèvements de la Terre était invité. Prenant cela comme un affront, ils ont refusé de participer. Le débat a été annulé au dernier moment vendredi soir.

Hausse du coût du carburant ou des engrais, revenus en berne, sécheresse et autres catastrophes climatiques en série, concurrence de produits étrangers de moindre qualité, retards dans le paiement des aides européennes de la Politique agricole commune (PAC), toujours plus d’administratif à remplir et de normes à respecter… Les raisons de la colère sont nombreuses, parfois anciennes.

La marmite a débordé. Rien de très surprenant, tant l’agriculture française semble aujourd’hui à un point de bascule, un moment clé. Elle doit trouver comment faire face au choc climatique, qui est déjà là. Par ailleurs, l’association Terre de liens a calculé que d’ici 2030 — dans seulement six ans — un quart des agriculteurs devrait partir à la retraite, libérant ainsi 6 millions d’hectares de terres agricoles, soit 23 % des surfaces cultivées en France.

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© Clarisse Albertini / Reporterre

Vers quelle agriculture iront ces terres ? À l’agrandissement, comme plus de la moitié des terres agricoles qui changent de main aujourd’hui ? La tendance est la même depuis des dizaines d’années : le nombre de fermes s’effondre — les trois quarts ont disparu en cinquante ans —, alors que leur surface moyenne s’agrandit.

« Il y a un risque d’aller vers un modèle agricole de plus en plus industrialisé, piloté par des agri-managers, estime Coline Sovran, autrice du rapport de Terre de liens. Une autre bascule, vers une agriculture humaine, avec une approche sensible de son territoire, de la biodiversité, des sols, est possible. »

Des réponses loin de la réalité

Pour l’instant, ce n’est pas le choix que semble avoir fait le gouvernement dans sa réponse à la crise agricole. Il a mis en suspens le plan de réduction des pesticides Écophyto, maintenu la niche fiscale du gazole non routier (carburant des tracteurs), débloqué des aides d’urgence, annoncé de multiples « simplifications » de normes environnementales, allégé la réglementation sur les haies alors que « 23 500 km de linéaire disparaissent chaque année » selon France Nature Environnement, autorisé la suppression des jachères qui ont un intérêt pour la biodiversité…

Certaines mesures sont déjà entrées en vigueur. D’autres devront attendre encore quelques mois, notamment celles concernant le revenu agricole, cœur du problème. La loi Égalim, qui est censée rééquilibrer les négociations entre agriculteurs, agroalimentaire et supermarchés va connaître sa quatrième version en six ans.

Le 21 février, Gabriel Attal vantait la réponse du gouvernement à la crise sous les dorures de Matignon. Ses services diffusaient un tableau permettant de suivre l’avancement de chacune des soixante-deux mesures promises. Paradoxalement, le document a l’allure d’un formulaire administratif interminable à l’image de ceux que les agriculteurs dénoncent.

« Il n’y a aucune remise en cause de la trajectoire tendancielle, et elle n’est pas rose »

« Les réponses du gouvernement ne correspondent pas au cœur des revendications des agriculteurs, qui portent sur le revenu et les problèmes climatiques — sécheresse, inondations, estime Clotilde Bato, coprésidente du collectif d’organisations paysannes et écologiques Nourrir. Ce n’est pas en favorisant l’agrandissement des élevages industriels, les mégabassines et les pesticides que l’on répondra aux crises qui vont se multiplier. Nous sommes inquiets de cette vision court-termiste. »

« Il y a comme un grand retour au productivisme des années 70 », observe aussi Christian Couturier, directeur de l’association Solagro. Comme le montre le graphique de Reporterre, les élevages ne cessent de se concentrer, les tracteurs sont de plus en plus puissants pour permettre d’exploiter de plus grandes surfaces avec un minimum d’agriculteurs, les surfaces irriguées (pour augmenter les rendements notamment) croissent, l’endettement des agriculteurs aussi.

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© Clarisse Albertini / Reporterre

« Il n’y a aucune remise en cause de la trajectoire tendancielle, et elle n’est pas rose, poursuit l’ingénieur. On continue à perdre des actifs agricoles, des terres agricoles, du potentiel productif. Les nappes d’eau sont contaminées par les pesticides. C’est alarmant et hors de contrôle. » Il cite une étude de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). « Elle a évalué les coûts cachés du système alimentaire français à 163 milliards d’euros par an, et encore elle n’inclut pas les pesticides. C’est sous-évalué et cela représente déjà 10 % du PIB, souligne Christian Couturier. Aucune des mesures adoptées par le gouvernement n’est à la hauteur des enjeux, ou contribuera à freiner cela. Au contraire. »

Même les scientifiques protestent. Réagissant à la mise en pause du plan Écophyto, 140 d’entre eux estimaient dans une tribune publiée dans La Croix que cela était « un déni de décennies d’activités de recherche scientifique », montrant qu’il faut « diminuer rapidement et fortement la dépendance de notre agriculture aux pesticides de synthèse ». Le comité scientifique du plan Écophyto a aussi contesté le choix du gouvernement de changer d’indicateur pour mesurer la baisse des pesticides.

« Le gouvernement minore le besoin de transformation profonde de l’agriculture »

Face au désastre de la course productiviste, une autre voie s’est construite. Le bio, en particulier, a affiché pendant des années une croissance à deux chiffres, la France devenant même l’an dernier le pays européen avec le plus de surfaces en bio (10,7 % de la surface agricole française). De quoi refléter « avant tout les efforts des agriculteurs, dans un contexte qui n’est pas favorable depuis longtemps », souligne Véronique Lucas.

Las, les alternatives sont désormais en berne. Le bio subit de plein fouet une crise de la demande depuis près de deux ans. « Un tunnel dont on ne voit pas le bout », reconnaît Philippe Camburet, président de la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab). Le syndicat a calculé que face à cette crise, seules 10 % des fermes bio ont pu être aidées en 2023. Gabriel Attal a depuis annoncé 50 millions de plus. Soit seulement 833 euros par ferme bio, déplore la Fnab, qui estime que les besoins sont cinq fois supérieurs.

Ces dernières années, le gouvernement a aussi diminué les aides aux associations qui promeuvent une agriculture paysanne. Il a augmenté les financements de la FNSEA au détriment des autres syndicats que sont la Confédération paysanne et la Coordination rurale. Il a choisi, dans la distribution des aides de la PAC, de faire le minimum pour l’agroécologie. Il soutient la déréglementation des nouveaux OGM.

Comme un retour de bâton contre l’agriculture paysanne et écologique qui avait le vent en poupe, que Philippe Camburet fait notamment remonter à la guerre en Ukraine. « Il y a eu comme une psychose, la crainte de manquer, dit-il. Cela a autorisé tout un tas de reculs écologiques. » « Pendant longtemps, l’action publique n’était pas à la hauteur des enjeux écologiques, mais faisait des petits pas, observe Véronique Lucas. Désormais, il n’y en a même plus, le gouvernement actuel minore le besoin de transformation profonde de l’agriculture. »

Pourtant, la relève agricole est là et aspire à une agriculture paysanne et respectueuse du vivant. Les chiffres sont formels : plus de 21 000 personnes chaque année se présentent aux chambres d’agriculture avec un projet d’installation. Parmi ces candidats, une bonne partie souhaite le faire en bio. Nous n’avons pas trouvé de chiffre national, mais en Bretagne, ils sont 31 % à vouloir se lancer en bio. En Pays-de-la-Loire, 41 %.

« Ces personnes sont motivées pour nourrir la population, mais aussi pour s’installer sur des modèles qui respectent les ressources naturelles », se félicite Clotilde Bato. Mais un tiers d’entre eux n’arrivent pas à s’installer, déplore le collectif Nourrir. Pour les y aider, cela tombe bien, le gouvernement finalise un projet de loi d’orientation agricole avec un volet sur l’installation. « C’est une occasion unique d’agir », encourage la coprésidente de Nourrir.

Une autre solution bien connue serait de revoir la distribution des aides de la PAC. Il est possible de les orienter vers un soutien à une agriculture plus écologique. Le gouvernement a une fenêtre de tir l’an prochain : il devra faire un bilan de la répartition actuelle des subventions. « Il n’est pas logique de subventionner des fermes qui produisent pour l’export », proteste Philippe Camburet.

Autant de mesures à prendre avant qu’il ne soit trop tard. Le gouvernement n’échappera pas aux problèmes écologiques, estime Véronique Lucas. Par exemple, « sur les pesticides, il y a tellement de résidus dans l’eau que beaucoup d’élus locaux sont dans des situations impossibles. La région rennaise a frôlé la rupture d’approvisionnement en eau potable en 2022. Cette situation va revenir, et le gouvernement ne pourra pas traiter Rennes comme il a traité Mayotte ». Pour le président, « c’est le moment d’être courageux », encourage Clotilde Bato.

 Marie Astier   24 février 2024

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20 février 2024 ~ 0 Commentaire

jeunes ruraux (the conversation)

jeunes

Une pauvreté invisible des jeunes en milieu rural ?

Si l’on pense pauvreté, une réalité urbaine vient à l’esprit. La grande ville, la banlieue, le péri-urbain. Seule exception dans cet imaginaire de pauvreté de béton : les agriculteurs. Leur mobilisation contre leur précarité grandissante est actuellement très médiatisée. Lorsqu’ils ne sont pas sur le devant de la scène, ils restent observés avec intérêt par les chercheurs et les pouvoirs publics. Trois raisons à cela : ils sont particulièrement subventionnés, le maintien de leur profession joue un rôle déterminant pour les espaces ruraux et les enjeux de « souveraineté alimentaire » cristallisent l’attention.

Mais en dehors de ce corps de métier, la pauvreté des espaces ruraux à très faible densité de population est comme invisible. Les questions de précarité et d’exclusion sociale sont très peu médiatisées lorsque l’on parle de tous les autres habitants des campagnes.

Depuis une vingtaine d’années, la pauvreté monétaire sur le territoire national s’accentue (elle se définit par un revenu inférieur à 60 % du revenu médian. En 2023, ce seuil est fixé à un revenu disponible de 1 102 euros par mois pour une personne seule et de 2 314 euros pour un couple avec enfants). Alors qu’en 2004, 12,6 % de Français vivaient sous le seuil de pauvreté, en 2024, ils sont 14,5 %. La pauvreté monétaire est plus importante dans les grands centres-villes, c’est vrai.

Mais ensuite, c’est dans les communes rurales dites « isolées et hors de l’influence des villes » qu’elle est la plus forte. Celles-ci accueillent environ 5 % de la population métropolitaine. Que sait-on de cette pauvreté rurale ? Qu’en est-il notamment chez les jeunes ?

Que sait-on de la pauvreté des jeunes ruraux ?

Tout d’abord, pourquoi s’intéresser particulièrement aux jeunes ? Il y a environ 9 millions de personnes en situation de pauvreté en France. Les jeunes de moins de 30 ans représentent à eux seuls la moitié de cet échantillon. Ils sont deux fois plus susceptibles de se retrouver dans une situation de pauvreté que ne le sont les personnes de plus de 65 ans. Cela s’explique à la fois par un phénomène de reproduction sociale (qui exacerbe les inégalités au fil des générations) et par une redistribution des richesses et des places en défaveur des jeunes générations. La jeunesse est particulièrement hétérogène, mais elle fait face dans son ensemble à un contexte de marée montante de la précarité. Cependant, les choses ne sont pas les mêmes que l’on soit un jeune vivant en ville ou à la campagne.

Lorsqu’on s’intéresse aux chiffres, la pauvreté en milieu rural semble moins importante qu’en ville. Les ménages ruraux représentent un tiers de la population, mais un quart des ménages pauvres. Cela pourrait laisser penser que les espaces ruraux sont des espaces de « résistance » à la pauvreté, notamment chez les jeunes.

Ces chiffres sont trompeurs : ils dissimulent d’autres phénomènes. Le taux de pauvreté des urbains est supérieur à celui des ruraux, mais lorsque l’on s’intéresse aux actifs de moins de 30 ans, la pauvreté est très similaire. Les retraités, eux, sont même plus touchés par la pauvreté dans les campagnes que dans les villes. La sociologue Agnès Roche dénonce dans son ouvrage Des vies de pauvres les écrans de fumée qu’imposent les catégories administratives et notamment le découpage géographique de l’Insee qui homogénéise les différents espaces ruraux (périurbain, rural « profond », etc.) en un ensemble parfois incohérent. Difficile alors d’étudier les phénomènes de pauvreté dans un flou territorial.

Ainsi, là où les travaux statistiques tutoient parfois leurs limites, les enquêtes qualitatives réalisées auprès des jeunes ruraux permettent de mieux comprendre ces phénomènes. Elles se révèlent particulièrement éclairantes sur les questions de non-recours aux aides sociales et mettent à jour une pauvreté invisibilisée et stigmatisée dans les campagnes.

Un non-recours aux aides plus important

On observe un écart assez important en fonction des territoires lorsque l’on étudie les jeunes à l’aune des aides qu’ils reçoivent. Dans le modèle français, une grande partie de la solidarité qui permet aux jeunes d’accéder à l’indépendance repose sur l’aide parentale. Ce système « familialiste » crée une reproduction des inégalités importante puisqu’il fait reposer l’avenir socioprofessionnel des jeunes sur les ressources de leurs parents, ressources inégales entre les familles et souvent en défaveur des territoires ruraux. Pour autant, si la solidarité familiale est acceptée, les aides sociales sont en France particulièrement stigmatisées. Elles sont associées à l’hédonisme, à la fainéantise, à l’inaction, en bref, à l’imaginaire de l’assistanat.

Chez les jeunes ruraux, on observe un phénomène de rejet plus prononcé des aides sociales que chez les urbains. Le fait de vivre en milieu rural diminue d’ailleurs la probabilité de connaître de manière précise le RSA de 11,2 points. Une opposition assez flagrante entre deux domaines symboliques se dessine dans le discours des jeunes avec lesquels nous nous sommes entretenus : d’une part, la figure du travailleur pauvre, et de l’autre, celle de l’assisté. Dans cette manière très manichéenne de percevoir son rapport à ces revenus, on tente de se placer du côté de ceux qui maîtrisent leurs expériences de vie par le travail. Être ou devenir « un assisté » devient une crainte telle qu’elle détourne souvent les jeunes d’aides auxquelles ils peuvent pourtant prétendre.

Plus que craindre pour l’image que l’on se fait de soi, c’est surtout le risque de stigmatisation que l’on craint. Être perçu comme un « assisté », c’est être localement « mal vu » et donc souffrir d’une mauvaise réputation. Dans des espaces où les réputations se font et se défont rapidement, le fait d’être perçu comme « vivant aux crochets » des aides peut notamment limiter l’employabilité des jeunes. Ce non-recours aggrave la précarité des jeunes dans les campagnes. Il participe à une pauvreté plus silencieuse.

Les jeunes femmes plus durement touchées

Les jeunes ruraux sont plus souvent en situation d’emploi que les urbains mais ils sont également sujets à des phénomènes d’exploitation dans le travail de manière récurrente. Travailler sans contrat, être sous-payé, voire pas rémunéré du tout, est fréquent dans les parcours de vie de jeunes ruraux, en particulier chez les plus précaires. Parallèlement, les jeunes qui ne sont ni en emploi, étude ou stage (NEET) sont particulièrement nombreux dans les espaces ruraux. Ils représentent un quart des 18-24 ans, contre un cinquième en ville.

Les écarts entre hommes et femmes sont bien plus importants dans les campagnes. Si les territoires ruraux sont hétérogènes, on peut trouver chez les 15-24 ans, 32 % des femmes sont en activité contre 47 % des hommes. En ville, c’est 33 % des femmes de 15-24 ans et 40 % des hommes. Le chômage féminin peut être jusqu’à deux fois supérieur à celui des hommes dans certaines zones rurales.

Les inégalités territoriales, des politiques inadaptées et le manque d’intérêt jouent le jeu d’une pauvreté invisible et parfois trop silencieuse des jeunes en milieu rural. Leurs aspirations et leurs besoins semblent rarement pris en considération. Les politiques publiques à destination des jeunes sont urbanocentrées, et lorsque l’on s’intéresse aux habitants des territoires ruraux, il s’agit plus de « bricolage » administratif que de grands plans d’action adaptés et construits. On omet souvent la très grande hétérogénéité de ces espaces, et donc, de leurs besoins.

Si la pauvreté semble numériquement plus faible dans les campagnes, elle cache d’autres phénomènes : « […] de stigmatisation, d’assignation territoriale et enferme dans une pauvreté silencieuse » comme le souligne Amélie Appéré De Sousa, qui a collaboré avec l’Observatoire Régional de Santé Bourgogne. Il est nécessaire de ne plus penser les espaces ruraux comme en périphérie ou à la marge des réalités contemporaines. Ces espaces représentent plus des deux tiers du territoire français.

19 février 2024  Clément Reversé Sociologie de la jeunesse, sociologie des espaces ruraux, Université de Bordeaux

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13 février 2024 ~ 0 Commentaire

marre (sud education)

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