Archive | Internet

29 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

séville 2021 (ecologistas)

Contre la guerre électronique

Contre le salon de l’armement qui aura lieu dans la ville de Séville entre 25-27 mai 2021.

https://www.ecologistasenaccion.org/

Lire la suite

28 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

olivier besancenot (npa)

Lire la suite

15 septembre 2020 ~ 0 Commentaire

5g (npa)

5g

Menaces sur les libertés, la santé et la planète avec la 5G

À l’initiative des collectifs Stop Linky 5G de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Saône-et-Loire, Gard et Montpellier, une Journée d’Action et d’Information contre la 5G se tiendra à Lyon le 19 septembre. Et contrairement à ce que raconte Macron, avec son arrogance habituelle, elle n’est pas organisée par des « Amish » nostalgiques des « lampes à huile ».

La 5G est la mise en place de nouvelles normes de fonctionnement des réseaux de télécommu-nication, l’utilisation de très hautes fréquences et l’installation d’une infrastructure matérielle lourde (satellites, antennes relais, réseaux de fibres optiques).

Centralisation des dispositifs de contrôle

Les débits seront 10 fois plus élevés que ceux de la 4G ; le délai de transit d’une donnée sera divisé par 10, avec un temps de réponse d’à peine une milliseconde, une réactivité cruciale pour l’industrie pour faire émerger des usages comme le transport autonome, ou l’utilisation militaire ; et surtout, la 5G, qui supporte un nombre très important de connexions, multipliera le nombre d’objets connectés simultanément au réseau, qualité indispensable au développement de l’Internet des objets. Mais la 5G permettra une centralisation poussée de tous les dispositifs de contrôle.

La 5G devrait concerner tous les aspects de notre vie personnelle et professionnelle, toutes les dimensions de l’activité industrielle, culturelle et sociale. Chez soi, les objets seront connectés, consultables et pilotables à distance ; à l’extérieur, à côté de l’automatisation des voitures ou des transports en commun, ce sont tous les moyens de surveillance qui seront boostés (vidéosurveillance, reconnaissance faciale…).

Aucun garde-fou conséquent

L’ARCEP (Autorité́ de régulation des communications électroniques et des postes) présente la 5G comme le moteur d’un changement industriel et commercial menant à une société « ultra connectée ».

Pour les capitalistes, elle constitue un enjeu majeur de développement, combinant recherche du profit par une multiplication des objets de consommation, contrôle centralisé des comportements individuels et surveillance permanente des populations.

Il n’est donc pas étonnant que les gouvernements soutiennent les lobbys industriels et finan-ciers, sans aucun garde-fou conséquent. En France, Macron, dans son jargon de start-uper le confirme : « La France doit devenir le leader dans les combats de demain : l’internet des objets, l’intelligence artificielle, la convergence entre le numérique et les cleantech et toutes les techno-logies du greentech, la convergence entre le numérique et le healthcare. »

Risques et menaces

Mais les risques sont immenses.

- Menaces sur nos libertés publiques : ces nouveaux dispositifs renforceront les capacités de télésurveillance individuelle et collective.

- Risques écologiques : l’augmentation du nombre d’utilisateurs et d’usages entraînera une hausse importante des consommations d’énergie ; les « data centers » vont voir multiplié par sept le volume des données qu’ils stockent. L’utilisation de métaux rares va exploser, aggravant les nuisances environnementales et sociales dans les régions où ils sont extraits.

- Risques sanitaires : comme le demande l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), il est nécessaire de mener des études scientifiques sur les champs électromagnétiques émis par la 5G dans la bande de fréquences 3-4GHz… Sinon, l’innocuité de cette technologie n’étant pas démontrée, c’est faire une expérience sur l’ensemble de la population… prise pour « cobaye » !

Parce que le monde que nous prépare la 5G n’est pas le monde que nous voulons, nous serons à Lyon le 19 septembre pour demander l’arrêt du déploiement de la 5G et des expérimentations réalisées par les opérateurs de téléphonie mobile à l’insu de la population ; pour exiger le respect et l’application des lois et conventions sur la protection de l’homme, de l’enfant, de l’environnement ; pour défendre la sobriété énergétique contre toutes les illusions de croissance verte et de développement durable basés sur le tout électrique, le tout numérique.

Le programme et les revendications sur le site : https://linky-non-merci.info/

Mardi 15 septembre 2020 Commission nationale écologie

Lire la suite

01 septembre 2020 ~ 0 Commentaire

fake (france 24)

Après les fake news, voici venu le temps des fake states !… Les « faux États » ou plus exactement les États qui se tirent des balles dans le pied en se dépouillant de leurs moyens d’action. Résultat : quand une crise survient comme celle qui vient de frapper le monde avec le Covid-19, ces États sont incapables de faire face à la situation sanitaire. Telle est la thèse défendue par notre invité, Frédéric Farah, dans son livre « Fake State, l’impuissance organisée de l’État en France » (Ed. H&O)

Lire la suite

01 septembre 2020 ~ 0 Commentaire

rentrée (courrier-inter psl)

ecole b

Embauches de profs, tests massifs, classe à la télé : comment l’Europe fait face au chaos de la rentrée

Un peu partout dans le monde, les élèves reprennent le chemin de l’école, début septembre. Pour la première fois depuis de longs mois, dans de nombreux cas. Alors que la pandémie se poursuit, comment les pouvoirs publics se préparent-ils ? Tour d’horizon.

Italie, embauches (de précaires) à gogo

Afin de garantir la distanciation physique des élèves, le gouvernement italien prévoit de réduire le nombre d’élèves par classe, et donc de multiplier ces dernières. Mais cette mesure crée un nouvel obstacle : il faut désormais un nombre d’enseignants suffisant. Pour répondre à cet impératif, l’exécutif a décidé d’embaucher massivement.

Courant août, la ministre de l’Éducation a ainsi annoncé la création de 84 000 postes de professeur, précise Il Sole-24 Ore. Or tous ces postes ne pourront probablement pas être attribués dès septembre, à l’heure de la rentrée. Voilà pourquoi, précise le quotidien écono-mique, “le gouvernement a mis sur la table 977 millions d’euros pour embaucher environ 50 000 salariés, comprenant des enseignants et du personnel technico-administratif, en contrat à durée déterminé”. Des “profs Covid” en quelque sorte, puisque ceux-ci pourront être licenciés en cas de nouveau confinement.

Espagne, la nostalgie d’Erasmus

Depuis la création, il y a plus de trente ans, du programme d’échange universitaire européen Erasmus, l’Espagne a toujours été la destination préférée des étudiants. La pandémie a provo-qué un choc moral et financier.

Notamment dans la région autonome de Madrid, qui, rappelle le quotidien El País, “recensait 44 371 étudiants étrangers [pour l’année 2019-2020] dans ses universités, soit 15 % du total des inscriptions”. Une bonne partie de ces inscriptions va inévitablement s’écrouler pour l’année 2020-2021.

Erasmus n’est pas seul en cause : beaucoup de Latino-Américains sont friands de masters espagnols. Or, outre-Atlantique, “les étrangers ne peuvent pas toujours sortir de leurs frontières”. Financièrement, le problème concerne moins les universités publiques que les privées – ou les écoles de commerce. Certaines ont d’ailleurs retardé leur rentrée, pour “permettre à tous de trouver un billet sur l’un des rares vols proposés et de finaliser les formalités d’obtention du visa étudiant.”

Suède

Dans des propos rapportés par le journal suédois Svenska Dagbladet, l’épidémiologiste Anders Tegnell, à l’origine de la stratégie suédoise contre le coronavirus, considère comme rares les cas de contamination entre enfants et adultes.

Depuis le début de la pandémie, la Suède n’a instauré que très peu de restrictions, et la crise sanitaire n’a pas bouleversé la vie scolaire. Pour cette rentrée 2020, qui a déjà eu lieu dans le pays, les autorités laissent néanmoins une certaine latitude aux directions des écoles, qui peuvent opter pour des cours en ligne ou changer les horaires pour que les écoliers ne soient pas contraints d’utiliser les transports en commun aux heures de pointe.

Royaume-Uni Le “moment Thatcher” de Johnson

Le Premier ministre britannique le martèle à l’envi depuis plusieurs semaines : la réouverture des écoles début septembre est un “devoir moral”, “une priorité absolue”.

Après six mois de cours à distance pour la majorité des élèves, Boris Johnson souhaite voir tout le monde de retour en classe le 7 septembre. Les raisons : éviter au maximum le décrochage scolaire, atténuer l’impact psychologique négatif sur les enfants et permettre aux parents de retourner travailler à plein temps.

Dans cette perspective, les autorités ont lancé #BackToSchoolSafely (“la rentrée en toute sécurité”) une campagne de publicité, afin de rassurer et de détailler les mesures mises en place. Mais pour certains, des doutes subsistent.

Le principal syndicat d’enseignants a publié une liste de 200 exigences avant de consentir à un retour au travail. D’après The Daily Telegraph, Boris Johnson pourrait connaître à l’occasion de la rentrée son “moment Thatcher”.

À la manière de la Dame de fer face aux organisations de mineurs, dans les années 1980, le Premier ministre va devoir se montrer “intraitable” vis-à-vis des professeurs, insiste le quotidien conservateur.

01/09/2020

https://www.courrierinternational.com/

Commentaire:

En Italie, les nouveaux profs seront en CDD.

Lire aussi:

Un enseignement sûr pour toutes et tous ? (PSL Belgique)

Lire la suite

01 septembre 2020 ~ 0 Commentaire

rentrée scolaire (basta rp)

ecole freynet

« On risque d’avoir un appauvrissement culturel de la population française »

Basta ! : De nombreux enseignants craignent que le gouvernement profite de la crise sanitaire pour accélérer l’enseignement à distance, qui a accentué les inégalités entre élèves. Partagez-vous leurs craintes ?

Stéphane Bonnéry [1] : La crise du covid-19 a été l’occasion d’accélérer des dynamiques qui étaient déjà à l’oeuvre au sein de l’éducation nationale, à commencer par le développement de l’enseignement à distance, brandi comme la solution pour assurer la « continuité pédagogique ».

Cette focalisation sur l’enseignement à distance, en dépit de son caractère inégalitaire, traduit la logique profonde qui est celle de Jean-Michel Blanquer, et de son courant politique, de promo-tion des EdTech [les technologie éducatives d’enseignement à distance, ndlr].

Au ministère, depuis son arrivée, il y a un bâtiment entier dédié à ces EdTech. Leur mission est de préparer l’éducation nationale française à aller au maximum vers le distanciel, avec une individualisation de l’enseignement, et une privatisation possible. Par ailleurs, un projet de loi a été déposé en ce sens. Donc, oui, je partage les craintes de ces enseignants.

Vous évoquez le caractère inégalitaire de l’enseignement distanciel assuré via les nouvelles technologies. Cette problématique, soulignée par de nombreux enseignants, ne semble pas beaucoup inquiéter leur ministre…

Il semble en effet n’en avoir que faire, et passe son temps à dire tout le bien qu’il pense de ces nouvelles technologies. La crise a montré que le modèle de famille présent dans la tête de nos gouvernants, et qui est diffusé dans la presse, est basé sur une famille où chaque enfant dispose d’une chambre individuelle, de son propre ordinateur, de parents disponibles pour accompagner les apprentissages et, surtout, du haut débit. Cela révèle un profond mépris de classe, et une totale ignorance de qui sont les élèves dans les écoles de notre pays.

Beaucoup d’enfants qui entrent en maternelle ne savent pas que, quand une maîtresse pose une question, elle sait déjà la réponse. Il y a peu de famille où l’on pose des questions rhétori-ques pour que l’enfant exerce son raisonnement.

Or, l’école est construite sur le modèle de cet enfant éduqué comme apprenant à la maison. Penser que la population française est, dans sa majorité, une grosse classe moyenne, c’est totalement illusoire.

54 % des élèves dont le parent est déclaré référent occupent un métier d’exécution : ils sont ouvrier.e, employé.e, ou chômeur n’ayant jamais travaillé. Ces parents n’ont pas pu suivre d’études longues. Cela signifie que si l’élève ne comprend pas en classe, il n’y a aucune raison de penser que sa famille va pouvoir l’aider à comprendre une fois à la maison. L’école doit se faire à l’école.

Ce qui risque d’arriver pourtant c’est justement que l’enseignement soit de plus en plus externalisé…

Effectivement. Ce que les gouvernants actuels aimeraient, c’est réduire le temps de scolarité pour que, en début d’après-midi, les enfants soient pris en charge par du personnel non enseignant : animateurs sportifs, salariés des collectivités, bénévoles d’associations. Un peu comme en Allemagne, que notre ministre cite sans cesse comme exemple.

Les sciences, les arts, le sport pourraient être concernés. On poursuivrait là une dynamique enclenchée avec la réforme Peillon des rythmes scolaires, qui a consisté à sortir de l’école certains enseignements. Ce transfert vers le local a abouti, on le sait, à de grandes inégalités selon les territoires.

On risque d’avoir un appauvrissement culturel de la population française alors qu’il faudrait plutôt aller vers un enrichissement, avec une grande diversité de domaines d’enseignement, indispensables pour vivre dans une société de plus en plus cultivée.

L’autre risque de l’externalisation, c’est la marchandisation. Certaines familles, qui auront les moyens, pourront payer des cours dans tel ou tel domaine à leurs enfants. À ce titre, la réforme du lycée est typique : les options non-standard ne sont pas proposées dans l’enseignement public, à chaque famille de payer le complément en ligne, ou en cours particuliers.

Certains enseignants sont inquiets de la qualité de ce qui sera transmis à l’école. Ils parlent d’enseignement au rabais. Pourquoi ?

Ce que souhaite notre ministre, c’est réduire l’école publique à l’acquisition de « compétences basiques », et laisser le soin aux familles, ou aux enseignants du secteur privé, de transmettre ce que l’on appelle les « compétences complexes ». Une compétence basique consiste, quand on lit un texte, à repérer les informations explicites. Par exemple, quel métier fait tel personna-ge ? Les compétences complexes font appel à une réflexion plus élaborée.

Seuls le quart des élèves, les plus favorisés, mobilisent en permanence ces compétences complexes. Un autre quart des élèves ne les mobilisent jamais.

Lire la suite

Les réformes en cours de l’Éducation nationale, la focalisation sur les « EdTech », les techno-logies éducatives, ajoutées à la mauvaise formation des enseignants et aux politiques d’austé-rité, risquent de considérablement dégrader l’école publique. Entretien avec Stéphane Bonnéry, professeur en sciences de l’éducation.

Propos recueillis par Nolwenn Weiler 1er septembre 2020

https://www.bastamag.net/

Lire aussi:

Rentrée Covid, rentrée explosive

Lire la suite

23 août 2020 ~ 0 Commentaire

budgets militaires (nature)

drones

Réorienter les budgets militaires pour lutter contre le changement climatique et les pandémies

Les gouvernements devraient cesser de dépenser des milliards de dollars en armes et protéger les citoyens contre les menaces réelles auxquelles ils sont confrontés.

Malgré les menaces que font peser sur l’existence humaine le changement climatique, la perte de biodiversité et une pandémie qui dévaste les économies et paralyse les sociétés, les pays continuent de dépenser sans compter en armes destructrices pour des guerres qu’ils ne mèneront jamais.

En tant qu’universitaire qui conseille les Nations unies sur le contrôle des armes et les utilisations militaires de l’intelligence artificielle (IA) et de la robotique, je soutiens depuis longtemps que les nations devraient donner la priorité à la « sécurité humaine pour le bien commun » plutôt qu’aux dépenses militaires.

Cela signifie qu’il faut veiller à ce que les gens puissent vivre pleinement leur potentiel, c’est-à-dire s’épanouir économiquement, s’émanciper politiquement, vivre dans un environnement sain et être libérés de la peur de la violence et des menaces mortelles pressantes telles que le changement climatique ou les pandémies.

De tels appels ne sont pas nouveaux. Les budgets de sécurité consacrés à la préparation aux pandémies ont été évoqués après l’apparition du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et du virus Zika, par exemple3. Aujourd’hui, l’ampleur même de la pandémie COVID-19 dans un contexte de violence croissante – qui ont été prévues depuis longtemps – rend l’action plus urgente.

L’ancien ordre mondial, dans lequel les gouvernements construisent des arsenaux pour protéger l’État, ne répond manifestement pas aux besoins de la population. Selon l’Indice mondial de la paix, les niveaux de paix ont chuté de 2,5 % depuis 2008.

L’indice mesure 23 indicateurs – dont les dépenses militaires et la facilité d’accès aux armes légères – dans 163 États et territoires indépendants, qu’il classe en fonction de leur niveau de paix. La baisse des niveaux de paix se produit malgré une augmentation des dépenses militaires à l’échelle mondiale, qui ont atteint un niveau record de 1,9 trillion de dollars US en 2019.

Les invasions transfrontalières et les guerres civiles sont en baisse, mais l’instabilité et les troubles politiques augmentent dans de nombreuses régions, notamment en Amérique du Nord et du Sud, en Afrique et en Asie.

Au cours de la dernière décennie, le nombre d’émeutes et de manifestations anti-gouvernemen-tales a plus que doublé à l’échelle mondiale. Plus de 96 pays du monde ont enregistré une manifestation violente en 2019, les citoyens protestant contre l’injustice raciale, la brutalité policière, la corruption et le déclin économique. Les armes ne s’attaquent pas aux causes profondes de l’instabilité : mauvaise gouvernance, manque de nourriture, peu d’emplois, mauvaise éducation et menaces pour la sécurité. La puissance de l’armée ne rend pas le monde plus pacifique.

Rétablir les objectifs de développement durable pour un monde pandémique

Des distractions coûteuses

Le commerce des armes est lucratif : les ventes des principales entreprises productrices d’armes dans le monde ont atteint 420 milliards de dollars en 20186 . Ces armes circulent depuis des décennies. Tout, des armes légères, des chars et des avions aux biens et services militaires, est vendu sur les marchés légaux et illégaux.

Elles finissent dans les rues et entre les mains d’organisations militantes comme Al-Qaida. Le résultat ? Quelque 464 000 personnes sont mortes en 2017 dans des homicides, et 89 000 personnes sont mortes dans des conflits armés dans le monde (2017 est la dernière année pour laquelle des données sont disponibles)7.

Ces dommages ont causé une perte de près de 11 % de l’activité économique mondiale en 2019, soit près de 2 000 dollars par personne, pour un total de 14 500 milliards de dollars. Cela inclut les pertes d’emplois et de produit intérieur brut (PIB), la baisse de productivité et toutes les dépenses liées à l’application de la loi, aux systèmes judiciaires et à l’incarcération, au terroris-me, aux homicides, aux autres crimes violents, aux dépenses de sécurité intérieure et à la crainte de l’insécurité dans l’ensemble de la société.

Là où il y a de l’insécurité, les économies ne peuvent pas prospérer. Les pays les moins avancés où le niveau de violence est élevé sont ceux qui souffrent le plus, comme le Salvador, la Somalie et le Yémen. Les pays en proie à des conflits armés, dont la Syrie, le Sud-Soudan et l’Afghanis-tan, ont perdu jusqu’à 60 % de leur PIB en 2019. En fin de compte, les dépenses militaires sont responsables de 40,5 % de l’impact économique de la violence. Pourtant, l’année dernière, 81 pays ont augmenté le pourcentage de leur PIB consacré aux budgets militaires.

Le monde ne peut tout simplement pas se permettre de telles pertes, d’autant plus que nous nous remettons d’une pandémie qui coûtera la vie à des millions de personnes et entraînera des souffrances indicibles pour des millions d’autres dans le monde.

En effet, le prix à payer pour assurer la sécurité humaine est inférieur à celui des armées : il faudrait 1 % du PIB mondial par an pour mettre en œuvre l’accord de Paris sur le climat de 2015 et 5 % du PIB mondial chaque année dans de nombreux secteurs pour appliquer les SDG d’ici 2030.

Le véritable ennemi est à venir. La fréquence des vagues de chaleur, des sécheresses, des incendies de forêt, des inondations et des ouragans a quadruplé au cours des quatre dernières décennies, et elle est en augmentation.

D’ici 2050, près de 100 millions de personnes pourraient être contraintes de migrer des zones côtières et d’autres endroits qui deviendront inhabitables en raison du changement climatique. En 2019, les incendies de la forêt amazonienne ont fait rage jusqu’au « point de non-retour » où l’ensemble de l’écosystème forestier pourrait s’effondrer. L’Amazonie est le plus grand réservoir de biodiversité sur Terre ; en termes économiques et sociaux, de la nourriture aux emplois, aux maisons et à la santé, sa perte a été évaluée à environ 3 600 milliards de dollars. La perte de biodiversité expose également les populations à de nouveaux virus.

Les grandes armées n’ont pas aidé les pays à combattre COVID-19 – c’est exactement le contraire. Les cinq pays disposant des budgets de défense les plus importants n’étaient pas préparés et ont été durement touchés. Les États-Unis, la Chine, l’Inde, la Russie et l’Arabie saoudite représentaient ensemble près des deux tiers (62 %) des dépenses militaires mondiales en 2019, et les taux d’infection des États-Unis, de l’Inde et de la Russie sont parmi les plus élevés à ce jour, les États-Unis étant en tête des deux listes.

Le militarisme menace la science et la sécurité

La stratégie de défense américaine est évidente dans la demande de 740,5 milliards de dollars (ou 3,4% du PIB) pour la sécurité nationale que le gouvernement a présentée dans sa proposi-tion de budget de février, pour l’année fiscale 2021. Ce montant comprend 28,9 milliards de dollars pour moderniser l’arsenal nucléaire, mais rien pour lutter contre le changement climatique ou les pandémies, alors même que le virus du SRAS-CoV-2 se répand.

À titre de comparaison, l’Arabie saoudite consacre 8 % de son PIB à la défense nationale, tandis que l’Allemagne et la Nouvelle-Zélande y consacrent environ 1 % de leur PIB. Ces deux derniers pays ont jusqu’à présent obtenu de bien meilleurs résultats face à la pandémie.

Certains pays, dont l’Islande et le Costa Rica, n’ont même pas d’armée. Cette année, le Costa Rica est devenu l’un des premiers pays à avoir arrêté puis inversé la déforestation, avec pour objectif de devenir neutre en carbone ; il est également l’un des premiers à avoir adopté une taxe sur le carbone tropical.

Des priorités inadaptées

Les futures priorités militaires sont encore plus éloignées de celles de la population. Alors que la planète se réchauffe, les États-Unis, la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni font partie des pays qui développent des armes à IA améliorée qui peuvent rechercher, suivre, cibler et éventuellement tuer sous le contrôle d’algorithmes des d’êtres humains.

Les États-Unis ont engagé 2 milliards de dollars en 2018 pour développer la prochaine vague de technologies d’IA d’ici 2023. En tant que membre du Groupe international sur la réglementation des armes autonomes depuis 2017, j’ai témoigné dans les discussions des Nations unies qui ont tiré la sonnette d’alarme sur ces questions.

La guerre cybernétique et spatiale sont d’autres domaines préoccupants. Le mois dernier encore, la Russie a testé une arme spatiale capable de détruire des satellites, selon des rapports des États-Unis et du Royaume-Uni.

De nombreux scientifiques s’opposent aux utilisations militaires de l’IA. En avril 2018, plus de 3 000 employés de Google ont écrit une lettre aux dirigeants de l’entreprise, déclarant qu’elle « ne devrait pas faire la guerre ». Ils se sont opposés au projet de Google avec le ministère américain de la défense, dont le nom de code est Maven, d’utiliser la reconnaissance faciale basée sur l’IA pour améliorer les opérations des drones armés, et ont demandé l’annulation du projet. Ils ont réussi. Fin mai 2018, Google s’est retiré du contrat.

Leur campagne a été soutenue par de nombreuses autres organisations, dont la Tech Workers Coalition, la Campaign to Stop Killer Robots et le Comité international pour le contrôle des armes robotisées (dont je suis vice-présidente) ; une lettre ouverte a recueilli plus de 1 000 signatures.

Toute une série de tactiques ont été utilisées pour protester contre les utilisations militaires de l’IA – notamment la sortie en 2017 d’un court métrage, Slaughterbots, réalisé par Stuart Russell, éminent spécialiste de l’IA et ingénieur informatique de l’université de Californie à Berkeley.

Cette dramatisation, qu’il a été lancée lors d’une réunion de l’ONU sur les armes robotisées, montre des mini-guerres de robots tueurs autonomes qui recherchent et tuent des groupes de jeunes ayant des opinions politiquement combatives. Je faisais partie du panel : l’impact était palpable. (Résumé voir lien)

20 August 2020 Denise Garcia

https://www.nature.com/

Voir aussi:

Le site Ban Lethal Autonomous Weapons

Qui diffuse cette vidéo et dans quel but ? Il faut suivre le lien indiqué pour aboutir sur le site Ban Lethal Autonomous Weapons (« bannir les armes meurtrières automatisées »). C’est une initiative de plusieurs associations aux buts très divers, mais qui se sont regroupées pour s’engager dans une campagne en faveur d’un moratoire sur les robots tueurs (« Campaign to Stop Killer Robots ») présentée à Genève le 17 novembre 2017 (voir ici). Même si elles s’accordent sur le fait qu’il n’existe à ce jour aucune définition universelle des « armes automatisées », leur but est de convaincre les nations à s’interdire d’utiliser des armes capables de choisir automatiquement leurs cibles dans le but de tuer.

Ce que présente la vidéo est-il d’ores et déjà possible ? Les briques de technologies existent toutes, le plus souvent dans des produits déjà commercialisés dans le grand public ! Les nano multirotors sont une réalité, tout comme les technologies de déplacement en extérieur et en intérieur. Les outils de reconnaissance des objets, notamment les formes et les visages, sont opérationnels. Des recherches sont menées par des universitaires pour parfaire la reconnaissance des visages, notamment lorsqu’ils sont dissimulés derrière des lunettes, une pilosité naturelle ou factice, des couvre-chefs (comme celles l’université de Cornwell en Grande-Bretagne, à lire ici).

Réseaux longue distance, IA et Big Data ?

Les outils de communication à longue distance sont également opérationnels pour le retour vidéo en temps réel. Les calculateurs à bord des multirotors sont, à l’instar des téléphones mobiles, devenus des monstres de calcul prêts, et les outils de communications data permettent de réaliser des calculs lourds sur des unités situées à distance.

La combinaison de l’intelligence artificielle capable de prendre des décisions de manière autono-me se mêle à la disponibilité de données en grand nombre du Big Data pour établir des sché-mas statistiques, le tout profitant aussi des bases de données d’informations personnelles qui comprennent désormais la géolocalisation. Le tout offre de quoi réaliser des algorithmes et les alimenter avec des données pour des scénarios proches de ceux évoqués dans la vidéo : attaques ciblées, vols en essaims.

Pourtant si tous les blocs de technologies existent déjà, ils sont encore trop peu évolués pour être miniaturisés et enfermés dans des appareils de si petite taille. Mais les progrès sont très rapides, on peut imaginer qu’un scénario proche de celui de la vidéo sera possible demain. Quand ? Demain, c’est-à-dire dans 6 mois, 1 an, 2 ans, 10 ans, ce n’est qu’une question de temps. Souvenez-vous, il y a 5 ans, il y avait la Ladybird de Walkera (voir ici). La technologie a bien progressé depuis, comme en témoigne le Spark de DJI. Les chercheurs ajoutent que le prix de ces armes pourrait baisser très rapidement pour être accessible à… trop de monde et en grande quantité, à la différence des armes lourdes conventionnelles, pour un résultat plus « efficace » ! Il y a fort à parier que les outils de détection et de neutralisation soient en retard d’une génération…

Si l’avenir nous menace avec de telles armes, le combat de Ban Lethal Autonomous Weapons semble légitime, à encourager, même s’il semble utopiste. L’institut Future of Life a publié une lettre ouverte le 28 juillet 2015 pour prévenir des dangers des armes automatisées. Elle a été signée par un nombre impressionnant de scientifiques (dont plus de 3500 spécialistes des technologies de robotique et d’intelligence artificielle) et de particuliers (voir la liste ici). Parmi eux, on note des influenceurs comme Stephen Hawkins, Elon Musk et Steve Wozniak – pour ne citer que les plus connus. Cette lettre ouverte est consultable en ligne (voir ici), avec la possibilité de la signer.

Stuart Russell, professeur en informatique à l’université de Berkeley

C’est celle qui est diffusée à la fin de la vidéo du site AutonomousWeapons.org. « Ce petit film est plus qu’une simple supputation, il montre les résultats de l’intégration et de la miniaturisation de technologies dont nous disposons déjà.

Je suis Stuart Russell, professeur en informatique à l’université de Berkeley. Je travaille dans l’intelligence artificielle depuis plus de 35 ans. Son potentiel bénéfique pour l’humanité est gigantesque, y compris pour la Défense. Permettre aux machines de choisir de tuer des humains sera dévastateur pour notre sécurité et notre liberté. Des milliers de collègues chercheurs s’accordent à penser que nous avons encore l’opportunité d’éviter un futur comme celui que vous venez de voir. Mais il sera bientôt trop tard pour réagir ».

Lire la suite

16 août 2020 ~ 0 Commentaire

avortement (pùblico)

ABORTO_cholacholais-e1506528033267-1030x687-1024x683

« Women on web », l’ONG dénonce sa censure en Espagne

Son site web a été bloqué par les principaux fournisseurs d’accès à Internet, en totalité et sans décision de justice, s’ajoutant à des pays comme le Brésil, l’Arabie Saoudite ou la Turquie qui avaient déjà censuré l’accès quelques mois auparavant.

L’organisation offre gratuitement des informations et de l’aide à toutes les femmes qui souhaitent interrompre volontairement leur grossesse.

La censure numérique continue de gagner du terrain en Espagne.

À cette occasion, c’est au tour de l’ONG Women on web, une organisation qui offre, gratuite-ment, des informations et de l’aide à toutes les femmes qui souhaitent interrompre volontaire-ment leur grossesse.

L’organisation, basée aux Pays-Bas, a signalé fin janvier les premiers problèmes d’accès à son site web après avoir été alertée par la communauté hacktiviste. Depuis lors, aucun utilisateur ne peut accéder au portail depuis l’Espagne, sauf s’il utilise un serveur intermédiaire (proxy) ou une voie alternative comme le navigateur Tor.

Le blocage du site web « Women on » est possible grâce à l’étroite collaboration entre le gouver-nement, les sociétés de télécommunications et les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) qui sont actuellement sous la protection du controversé décret-loi 14/2019 de l’administration des télé-communications. Une sorte de trinité numérique qui permet d’imposer des pratiques de fermeture aux citoyens sans ordonnance judiciaire.

Dans le cas de Women on Web, il s’agit d’une demande du ministère de la santé à la demande de l’Agence espagnole des médicaments et des produits de santé (AEMPS) qui a été recueillie et exécutée par les principaux fournisseurs de services Internet opérant dans l’État (Vodafone / Ono, Telefónica / Movistar, Euskaltel, Orange, Yoigo, MÁSMÓVIL et XFERA) dans le but de contrôler le flux d’informations sur l’avortement en Espagne.

Les mécanismes de la censure invisible

Les mécanismes de fermeture utilisés et la censure du site lui-même ont été condamnés par diverses organisations de défense des droits numériques, dont NetBlocks, Human Right Watch et l’Open Network Interference Observatory (OONI), qui a produit un rapport technique détaillé détaillant le processus de blocage utilisé par les fournisseurs d’accès et prouvant la censure du web.

Cette analyse montre avec certitude que le black-out numérique a été effectué par au moins quatre procédures communes en matière de censure des réseaux : la manipulation du DNS, le blocage HTTP, l’interception TLS et le redémarrage TCP.

Après inspection du certificat retourné par le site, l’Observatoire indique également qu’il existe des preuves solides que le logiciel de censure est fourni par les sociétés de solutions de sécurité Allot et Fortinet.

En plus des techniques vérifiées par l’OONI, un nouveau rapport du projet « Pas de censure » apporte la preuve que certains fournisseurs de services utilisent les techniques DPI (Deep Packet Inspection), l’une des technologies les plus invasives et les plus intrusives contre les informations personnelles des utilisateurs et qui va au-delà de la simple manipulation du DNS.

Ce type de technologie est souvent utilisé dans des pays tels que la Chine, la Turquie ou l’Inde, où les fermetures massives d’Internet sont courantes.

Pas de réponse à la censure

L’organisation néerlandaise a officiellement demandé le 8 juin dernier à l’Agence espagnole des médicaments et des produits de santé (AEMPS) et à tous les services Internet espagnols de lever le veto sur son site web. Aucune réponse n’ayant été reçue, Women on Web a déposé une plainte auprès du Conseil des droits de l’homme des Nations unies qui doit maintenant se prononcer sur cette question.

« Nous travaillons pour que les femmes puissent avoir accès à des services d’avortement sûrs afin de protéger leur vie et leur santé », explique l’organisation. « L’aide en ligne sur l’avortement peut fournir des informations, des conseils médicaux et un avortement sûr aux femmes vivant dans des pays où l’avortement n’est pas accessible. En bloquant le site web, l’Espagne rejoint des pays comme le Brésil, l’Arabie Saoudite et la Turquie qui ont également bloqué le site.

La censure du site web, qui s’est produite au plus fort de la pandémie, a empêché de nombreu-ses femmes en Espagne d’avoir accès à des informations sur les interruptions de grossesse et a causé, selon l’organisation, « de graves dommages, en particulier aux femmes en situation de plus grande vulnérabilité, comme celles qui souffrent de violence domestique ».

Qu’est-ce qu’un avortement médical ?

Un avortement médical est une interruption de grossesse à l’aide de deux médicaments. Ces médicaments, appelés Mifepriston et Misoprostol (nom générique du principe actif), provoquent l’expulsion spontanée de la grossesse de l’utérus. Le taux de réussite est de 98%. La mifépristone et le misoprostol figurent sur la liste des médicaments essentiels de l’Organisation Mondiale de la Santé.

madrid 16/08/2020 Patricia h. Montenegro

Lire la suite

19 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

palestiniennes (courrier international)

.
Websérie. “Palestiniennes”

Cet été, embarquez pour un road-trip d’Israël à la Cisjordanie en trois épisodes. La réalisatrice Mariette Auvray nous emmène à la rencontre de jeunes femmes palestiniennes qui racontent leur culture et leur identité. Activistes, féministes, entrepreneuses, artistes… Toutes illustrent à leur manière la scène underground palestinienne et réinventent la résistance culturelle et politique en 2020.

Dans ce premier épisode, Nadia et Yasmine, deux Palestiniennes de Nazareth, nous emmènent à Acre, ville mixte située sur la côte. Nous y rencontrons la rappeuse Safaa Hathot, qui dénonce dans ses morceaux les lois racistes du gouvernement israélien.

Ensuite, direction Haïfa pour faire la connaissance de la DJ Yasmine Eve, qui appartient à la minorité palestinienne vivant en Israël. Elle raconte les divisions qui la séparent des Palestiniens de Cisjordanie. Enfin, la troisième protagoniste de cet épisode, Ghadeer Dajani, est designer et crée des objets ironiques pour “mieux vivre” sous l’occupation. Elle nous montre la vieille ville de Jérusalem, dans laquelle certains quartiers arabes ont été détruits.

Rendez-vous le 24 juillet pour le prochain épisode, à retrouver ici.

Une websérie documentaire de Mariette Auvray, avec la participation du Centre national du cinéma et de l’image animée (Fonds nouveaux médias et CNC Talent) et le soutien de la région Bourgogne-Franche-Comté et du Fonds Roberto Cimetta, en partenariat avec Courrier international. Distribution : Beliane.

10/07/2020

Lire aussi:

Rencontre avec Mariette Auvray, réalisatrice de la websérie féministe “Palestiniennes”

 

Lire la suite

10 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

omerta (reporterre)

algues

Briser l’omerta : des journalistes bretons s’unissent face aux pressions de l’agro-industrie

En Bretagne, des journalistes se sont réunis en collectif contre la « loi du silence » imposée par l’agroalimentaire. Procès-bâillons, intimidations… Ils dénoncent l’omerta qui règne autour du secteur agroindustriel et la difficulté d’exercer leur métier.

Quinze journalistes viennent de créer le collectif Kelaouiñ — Kelaouiñ signifie « informer » en breton — qui lutte pour la liberté d’informer sur l’industrie agroalimentaire en Bretagne. Menaces, pressions, poursuites judiciaires, auto-censure… Ils dénoncent l’omerta qui règne autour du secteur agroindustriel et la difficulté d’exercer leur métier.

Dans les témoignages des journalistes, pas de pneus crevés. Mais des pressions souvent insidieuses, qu’ils ne veulent plus taire. « Un coup de fil de l’agroalimentaire à une rédaction, ça n’arrive jamais. C’est beaucoup plus pernicieux… » souligne Pierre-Yves Bulteau, journaliste et membre du collectif. Pour Hélène, pigiste dans la région, « ces pressions, sans être hyper spectaculaires, finissent par influencer le travail des journalistes ».

Elle a choisi de témoigner anonymement de ce qu’elle a vécu après la publication d’une enquête sur une pratique agricole controversée : « J’ai reçu un SMS d’une chambre d’agriculture me disant qu’elle voulait porter plainte. Puis un courriel d’un laboratoire de recherche public qui disait que j’avais écrit des fake news. Ils m’ont demandé d’écrire un correctif et m’ont signifié que si je refusais, ils entameraient des poursuites pour diffamation. »

Une réaction disproportionnée, estime-t-elle. « Quand quelqu’un n’est pas content d’un papier, on s’explique. Si nécessaire, il y a un droit de réponse. Mais une menace de procès, c’est assez violent. » Pour la journaliste pigiste, « la technique de dissuasion des procès-bâillons fonctionne très bien. C’est de l’intimidation. »

La journaliste Inès Léraud a également fait l’objet de menaces de poursuites à la suite de ses enquêtes bretonnes. Fin 2019, Christian Buson, président du GES — un bureau d’études environnementales mis en cause dans l’enquête que la journaliste a réalisé pour la Revue dessinée Algues vertes, l’histoire interdite (éditions La Revue dessinée — Delcourt, 2019) — lui a intenté un procès en diffamation.

L’ouvrage ne fait pourtant que citer ses propos lors d’une conférence filmée par France 3. En janvier 2020, Christian Buson a finalement renoncé à sa plainte quelques jours avant l’audience. Dans sa bande dessinée, Inès Léraud évoque aussi les menaces du chargé de communication de la préfecture des Côtes-d’Armor. Aujourd’hui, la journaliste explique à Reporterre :

« C’était fou qu’un représentant de l’État laisse aussi clairement entendre que le sujet était gênant et cherche à m’intimider, je n’avais jamais vu ça. »

« Si tu écris sur l’agroalimentaire, tu sais que tu seras relu très attentivement avant la publication par la direction »

À la suite d’une enquête parue dans le média Basta sur le groupe Chéritel, grossiste en fruits et légumes, pris en flagrant délit de « franciser » des tomates venues d’ailleurs, Inès Léraud a fait l’objet d’une poursuite pour diffamation.

Son procès aura lieu les 20 et 21 janvier prochain devant le tribunal de grande instance de Paris. « Le cas d’Inès Léraud n’est que la partie immergée de l’iceberg » souligne Erwan, membre du collectif et journaliste précaire qui a travaillé au journal Le Télégramme. Il préfère ne pas donner son vrai nom « de peur de ne plus retrouver de travail au sein des journaux locaux qui m’embauchent ». Pour lui, « la presse bretonne doit composer avec l’agroalimentaire tout comme les collectivités locales, le milieu associatif et chaque citoyen individuellement. On doit faire attention à ce qu’on dit par peur de subir des pressions… C’est systémique ».

Parfois, estime t-il, les pressions viennent de l’intérieur même des rédactions. « C’est un secret de polichinelle : si tu écris sur l’agroalimentaire, tu sais que tu seras relu très attentivement avant la publication par la direction. Dans l’article, si on donne la parole à des opposants, il faut abso-lument laisser de la place, voire plus de place, au syndicat FNSEA, la chambre d’agriculture ou les représentants de l’agro-industrie. À l’inverse, vous lirez rarement la parole des opposants dans un article qui parle d’un nouveau projet agroalimentaire », dénonce Erwan.

Pour exemple, il se souvient des journaux du Télégramme parus le 5 septembre 2018. « La veille, des pseudos manifestations de salariés avaient été organisées devant les sites de Triskalia à l’appel de la direction, pour dénoncer le « Triskalia bashing » dont la coopérative faisait l’objet d’après eux. »

Triskalia était notamment poursuivie pour l’intoxication de salariés ayant travaillé dans des entrepôts de pesticides. « Le lendemain de ces manifestations, toutes les antennes locales du Télégramme concernées avaient chacune écrit un compte-rendu avec le témoignage des dirigeants, et une pleine page dans toutes les éditions donnait aussi la parole à Triskalia » énumère Erwan. Pour lui, « ce jour-là, Le Télégramme a été le journal de Triskalia ».

Les pressions commencent parfois très tôt. C’est ce qu’ont constaté deux étudiantes en journalisme de l’IUT de Lannion, lors d’une immersion à l’hebdomadaire Le Poher, en Centre-Bretagne en 2017.

« Contrairement aux articles des autres étudiants, leur enquête sur l’ouverture d’une nouvelle usine de lait en poudre à Carhaix-Plouguer (29) n’a pas été publiée, raconte le journaliste Pierre-Yves Bulteau qui enseignait à l’IUT à l’époque.

L’enquête révélait, contrat à l’appui, que contrairement à la promesse d’emplois pérennes pour dix ans, les investisseurs chinois de Synutra se réservaient le droit de quitter Carhaix en fonction de la rentabilité financière du projet. » Ce qui a fini par arriver deux ans plus tard.

Mais au moment de l’inauguration, on préfère la version optimiste « de la bouffée économique » offerte à ce territoire régulièrement frappé par la crise du lait. « Un responsable éditorial a alors refusé la publication de l’enquête sous prétexte qu’elle manquait de contradictoire alors que les étudiantes avaient proposé à la direction de l’usine de s’exprimer, en vain. Il avait surtout anticipé que la sortie de l’enquête sur « son » territoire aurait pu fermer les sources aux journalistes du Poher. »

L’enquête a finalement été publiée sur la plateforme en ligne Alimentation générale. « Il n’y a pas eu de poursuites lors de sa publication. Ça montre bien que ce n’est pas le fond qui était en question mais bien le rapport aux sources, notamment institutionnelles. Pas évident quand on travaille sur un petit territoire où l’on rencontre ceux sur qui l’on écrit à la boulangerie », conclut Pierre-Yves Bulteau.

De telles histoires sont courantes en Bretagne, d’où la création du collectif Kelaouiñ : « On ne monte pas ce collectif pour se plaindre, prévient Pierre-Yves Bulteau. On en parle parce que ces pressions vont de pair avec le droit de savoir des citoyens sur ce qui se passe autour de chez eux. » (Extrait voir lien)

9 juillet 2020 / Klervi Le Cozic (Reporterre)

Lire aussi :

Algues vertes en Bretagne : 4 points pour comprendre le problème

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin