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10 novembre 2019 ~ 0 Commentaire

chili, liban, irak (a manca ci)

protester

CHILI, LIBAN, IRAK 

LES RAISONS DE LA COLÈRE ET PREMIERS ENSEIGNEMENTS

Trois pays, trois sociétés, trois histoires différentes et cependant de fortes similitudes. Un fil invisible et pourtant très présent relie ces pays et ces peuples : c’est la colère. Cette colère plonge ses racines dans un contexte social marqué par de profondes inégalités et une corruption endémique. Face à ces contestations, deux des gouvernements concernés, ceux d’Irak et du Chili optent pour la manière forte en faisant tirer sur les foules et en procédant à des milliers d’arrestations.

Au Liban, ce sont les milices du Hezbollah (liées au gouvernement théocratique iranien) qui se livrent aux basses besognes en tentant d’intimider la contestation par leur propagande et au besoin par les menaces et autres agressions physiques. Et c’est ainsi que la droite au pouvoir au Chili, les marionnettes de l’impérialisme US (et de l’Iran? Blog) en Irak et le Hezbollah au Liban se font les gardiens du capitalisme et des classes sociales qui en tirent un maximum de profits.

Les réseaux sociaux, catalyseurs de la lutte

Mais à y regarder de plus près, tous ces mouvements de contestation ont également une caractéristique commune. Ils ne sont pas déclenchés et organisés par des organisations syndi-cales ou des partis politiques représentants des classes laborieuses. En leur lieu et place, ce sont les réseaux sociaux qui font office de catalyseurs, sans qu’une direction guide ou incarne encore pour l’heure ces mouvements de colère.

Ce phénomène déjà constaté en France avec l’irruption des Gilets Jaunes, inquiète et rassure tout à la fois les gouvernants et leurs appareils d’Etat.

Il inquiète car ce qu’on appelle communément les corps intermédiaires sont soit inexistants, soit éradiqués, ignorés et marginalisés par les pouvoirs en place – quand ils ne sont pas décrédibili-sés aux yeux des classes populaires par leur absence de volonté en termes de contestation réelle, de l’ordre néo-libéral. Les Etats concernés et leurs gouvernements sont cependant rela-tivement rassurés par l’absence de forces organisées susceptibles de leur contester le pouvoir.

Un impératif pour les classes populaires : se doter de ses propres outils politiques

L’histoire de la lutte des classes est têtue. Si les classes sociales dominées ne se dotent pas de leurs propres outils politiques, et si plus encore et au-delà, elles ne s’engagent pas sur le chemin d’un renversement radical des rapports de force, alors peuvent-elles soit subir de sanglantes défaites, soit arracher quelques progrès sociaux, lesquels seront immanquablement remis en cause dans le temps.

Les centaines de milliers de jeunes femmes et hommes qui se sont engagées dans ces combats vont sans nul doute, et quelques soient les issues dans les pays respectifs, tirer des enseigne-ments et se forger une plus grande conscience politique. Encore plus bien entendu, s’ils arra-chent aux pouvoirs en place des avancées significatives, peuvent-ils prendre la mesure de la force et de la portée de leurs actions, et donc de prendre confiance en leurs propres potentialités.

Pas de mécanique révolutionnaire immanquable

Pour autant, la lutte de classes ne débouche pas mécaniquement sur des crises révolution-naires. Il faut que les expériences des luttes soient accumulées et que l’ennemi soit clairement identifié, lui et son idéologie qui, sans se dire en tant que telle, obscurcit bien des esprits.
Cette condition n’est pas la moindre au cœur des enjeux. C’est là que l’internationalisme prend toute sa place.

Travailler à une contestation intercontinentale

Il ne faut pas s’y tromper : il est plus que vital que s’amorce une contestation intercontinentale face à la globalisation capitaliste, afin d’éviter les isolements et leurs inévitables conséquences.
C’est l’autre condition nécessaire à la maturation des mouvements.

Le problème est de taille car au cœur des sociétés, là où le mouvement ouvrier fut puissant, ne subsistent que des pans épars d’organisations révolutionnaires. Ce sont pour l’heure encore des mouvements fascisants et/ou populistes qui engrangent toute une partie de la colère des classes laborieuses.

L’affaiblissement des potentialités sous les coups des fascismes et des fondamentalismes

Le racisme et la xénophobie divisent le monde du travail et en affaiblissent considérablement les potentialités. Les nationalismes chauvins reprennent de la vigueur. Et les instruments d’informa-tions sont quasiment tous aux mains de propriétaires privés ou corsetés par les appareils d’Etat.
De plus, des fondamentalistes religieux de toutes obédiences, se présentent comme autant de recours, ce qui n’est que pure tromperie, tant ils sont assujettis au « modèle de l’économie de marché ».

Sans une claire vision de ces maux, nous qui ne vivons pas sous des dictatures ni dans les affres de conflits armés – et qui tendons à des changements réels, nous toutes et tous, pouvons nous condamner à l’impuissance ou à des échecs cuisants. La construction tenace et patiente d’une force politique réunissant les premiers éléments conscients des enjeux ne relève donc pas d’une lubie mais d’une impérieuse nécessité.

L’obstacle du crypto stalinisme et de la social-démocratie

Encore faut-il que les leçons de l’histoire de la lutte des classes soient globalement tirées.
Ne nous cachons pas le fait que quelques avatars barrent encore ce chemin. Ils se nomment social-démocratie et crypto stalinisme, deux tendances mortifères qui ont conduit les masses là où elles en sont ; quasi totalement désarmées face au néo libéralisme.

Sûrement est-il tout autant nécessaire que les chapelles en « iste » qui végètent à la gauche de la gauche, se départissent de leur sectarisme et de leur immaturité politique. Il ne s’agit pas de castrer ni de censurer les débats, mais de ne pas camper sur des postures irresponsables en confondant des fantasmes de sectes avec les nécessités de la lutte des classes.

Notre mouvement n’est pas à l’abri de ces tentations. En regardant par-dessus nos épaules, ayons la capacité et l’humilité de constater que d’autres, bien plus mal lotis, s’engagent dans des luttes et ce partout dans le monde.

L’internationalisme a aussi cette fonction.

A Manca  2 novembre 2019 

https://www.a-manca.net/

Commentaire:

Sauf erreur le « crypto-stalinisme » est aussi nommé « campisme »: la division du monde en deux camps et nous devrions en choisir un, contre les USA. Ce sont généralement des régimes autoritaires, bureaucratiques ou liés à l’ex-URSS.

Lire aussi:

Les Irakiens de nouveau dans la rue malgré la répression (CI)

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30 octobre 2019 ~ 0 Commentaire

gael quirante (sud ptt 92)

gael

18 DÉC : POUR LA RELAXE DE GAËL

Double procès en correctionnelle :
Le 18 décembre, prenons au sérieux l’ampleur de l’attaque
Mobilisation Générale pour la relaxe de Gaël Quirante !

Gaël ne passe pas une mais deux fois en correctionnelle le 18 décembre prochain. Il est accusé par des cadres de La Poste de « vol avec violence » et « violence ».

Cela fait partie des dizaines de plaintes déposées par la direction de La Poste pendant le conflit des postiers et postières des hauts-de-seine. Cette grève qui a duré près de 15 mois avait fini par gagner et surtout s’était conclue par les révélations d’Envoyé Spécial sur la politique de La Poste faite de cadences industrielles, de vol de temps de travail et de suicides.

La Poste tente, par le biais de ses cadres de reprendre sur le terrain judiciaire ce qu’elle a perdu sur le terrain de la grève. Nous devons l’en empêcher.

Pour cela elle bénéficie de la bienveillance et de l’aide de l’Etat qui instruit vite les plaintes de la direction qui ne s’appuient que sur leurs dires. Deux poids et deux mesures, car dans le même temps, l’Etat classe sans suite des dépôts de plaintes des grévistes sur des actes de violences avérés (filmés) de la part de cadres de l’entreprise ou de la Police.

Nous ne pouvons laisser passer cela. Gaël risque 5 ans de prison et 75 000 euros d’amendes dans chacun de ses procès. Le double procès double donc les risques.

C’est bien évidemment une figure de la lutte contre la politique anti-sociale de La Poste qui est visée. Un militant ouvrier qui sait articuler dans un langage populaire une politique lutte de classes. Mais au-delà, un militant qui fait partie d’une équipe qui a su non seulement faire face à la répression, mais également se renforcer en répondant à chaque coup porté à la hauteur de l’attaque.

Une équipe militante lutte de classes qui s’adresse à tous les fronts de luttes depuis des années maintenant. Réussissant à construire des ponts entre différents secteurs, syndicats et fronts de luttes.

Nous avons déjà toutes et tous largement soutenu Gaël face à la répression. Mais il faut bien comprendre que l’acharnement qui vise Gaël a franchi une étape : criminaliser par la prison l’action militante dans l’entreprise et suite à une grève. Avec le risque ajouté d’années de mise à l’épreuve.

En somme : une épée de Damoclès qui le mettrait à la merci d’une dénonciation calomnieuse du moindre policier dans n’importe quelle manifestation. L’enjeu est donc très élevé, notre mobilisation doit être à la hauteur.

Réservons toutes et tous la date, organisons des transports collectivement pour être présentes et présent à Nanterre Préfecture le 18 décembre à 8h (des hébergements seront disponibles).

Un comité de soutien va voir le jour prochainement. N’hésitez pas à nous contacter  pour vous aider à organiser des transports collectifs ou vous informer de ceux qui se mettent en place près de chez vous.

N’hésitez pas à envoyer un mail à SUD-POSTE-92@wanadoo.fr  si vous voulez de l’aide pour organiser des transports collectifs ou vous informer de ceux qui se mettent en place près de chez vous.

Le lien de l’émission  https://www.francetvinfo.fr/

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27 octobre 2019 ~ 0 Commentaire

asmat brest (france 3)

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Brest : les assistantes maternelles contre l’article 49 du projet de loi de financement de la sécurité sociale

Les assistantes maternelles manifestent ce 26 octobre à Brest. Elles pointent du doigt l’application de l’article 49 dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale. Ce dernier prévoit notamment leur inscription obligatoire sur un site internet.

Les assistantes maternelles manifestent ce samedi 26 octobre dès 10 h 30 place de Strasbourg vers la place de la Liberté à Brest. Les ASMAT se mobilisent en effet contre l’application de l’article 49, prévu dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale. Cet article vise, selon le gouvernement, à favoriser la visibilité des modes de garde aux parents.

Pour Anne Créach du Collectif des Assistants Maternels en Colère du Finistère, certains aspects de l’article pose question notamment l’obligation de s’inscrire sur le site internet mon-enfant.fr.

« On devra donner nos coordonnées et nos disponibilités régulièrement. Si on ne le fait pas, on nous menace de nous retirer notre agrément. Pour nous c’est un vrai problème de ne plus avoir d’anonymat. Tout sera accessible sur un site, un listing national. N’importe qui pourra l’utiliser. »

Anne Créach ajoute « cela pose des soucis pour certaines femmes comme des femmes de militaires qui doivent garder une certaine confidentialité par rapport au métier de leur conjoint. » Elle s’interroge « quel est le rôle de la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) là-dedans, de diffuser des informations sans notre accord ? »

Les assistantes maternelles craignent également « du flicage » car les relais des assistants maternels devront contrôler les informations données sur le site.

« On va nous imposer un remplissage, sans prendre en compte nos contraintes » indique Anne Créach. Alors que jusqu’ici le fonctionnement des assistantes maternelles relevait d’un choix entre elles et les parents, là « dès qu’on aura une disponibilité, on nous enverra quelqu’un. Nous n’aurons plus le choix. » 

Les assistantes maternelles s’étaient déjà mobilisées en février dernier, contre le projet de réforme de l’assurance-chômage.

E.C 26/10/2019

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

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27 octobre 2019 ~ 0 Commentaire

insurrections (france info)

chili

Liban, Chili, Hong Kong, Soudan…

Pourquoi le monde est-il en train de se soulever 

Franceinfo : Peut-on dire qu’il existe un « climat insurrectionnel » dans le monde en ce moment ?

Mathilde Larrère : Il y a des explosions insurrectionnelles dans différents points du monde et cette simultanéité crée un climat insurrectionnel. D’autant plus que chaque insurrection fait référence aux autres et que dans chacune, les contestataires cultivent les similitudes et les symboles communs.

Par exemple, lorsqu’on regarde les graffitis sur les murs, on voit clairement que les révoltes font référence les unes aux autres. J’ai vu une photo d’un graffiti à Malmö, en Suède – qui n’est pourtant pas un lieu de contestation – faire référence en caractères latins et arabes à ce qu’il se passe au Chili, au Liban, en Irak ou à Hong Kong.

On est dans ce qu’on appelle la « citation révolutionnaire », qui est du registre de la solidarité internationale, où on fait référence aux autres pays en lutte. Apprendre à Beyrouth que le peuple se soulève au Chili, puis au Chili qu’il se lève en Equateur rend aussi la contestation légitime. Et on se dit qu’elle est possible puisque d’autres le font.

Chaque nouvelle insurrection suscite des marques de solidarité avec les autres insurrections.Mathilde Larrère

Autre similitude : quand on regarde les images de ces révoltes, les insurgés portent les mêmes vêtements et masques pour se protéger des forces de l’ordre et de la reconnaissance faciale, ils lancent des objets, il y a souvent du feu… Si on ne connaît pas bien chaque révolte, si l’image est peu identifiable, on peut avoir du mal à faire la différence, d’autant plus que les médias choisissent le même type de photos « iconiques » pour symboliser les révoltes.

A propos des symboles communs, des masques du Joker ont été repérés dans plusieurs manifestations. 

Ce n’est pas étonnant. Ce personnage est associé à la révolte, tout comme le masque de Guy Fawkes. Et puisque ces révoltes sont portées par la classe populaire et moyenne, les mani-festants vont utiliser les codes de la culture qui est la leur : la culture populaire, avec des personnages qui sont connus du continent sud-américain au Moyen-Orient.

On a moins affaire à des mouvements organisés de façon classique comme le mouvement ouvrier par exemple, donc les symboles traditionnels de la révolution – comme le poing, le drapeau rouge, la faucille et le marteau, ou le drapeau noir dans une culture politique plus anarchiste – sont moins mobilisés.

Les images circulent sur les réseaux sociaux, on voit un symbole qui marche à un endroit et on le reprend par mimétisme. Il est ensuite relayé dans les médias et se retrouve à plusieurs endroits du globe. Par ailleurs, internet accélère aussi la diffusion de ces symboles. Il existe un « internationalisme du numérique ».

Cette accumulation de soulèvements simultanés est-elle inédite ?

Non, ce n’est pas inédit qu’il y ait des mouvements d’embrasement dans plusieurs espaces, c’est même très classique. Sauf que cette fois, ils se produisent dans un temps très ramassé, notamment grâce aux réseaux sociaux.

De 1770 à 1790 par exemple, on a eu la révolution américaine, la révolution batave [ Hollande / Pays-Bas], la révolution en Irlande, la révolte haïtienne dans les Caraïbes… A partir de 1810, les colonies d’Amérique latine conquièrent leur indépendance en l’espace d’une quinzaine d’années.

Et puis autour des années 1820 et 1848, on a une série de révolutions dans l’Europe méridiona-le, au Portugal, en Espagne, à Naples… Toutes visent à renverser des monarques autocrates pour les remplacer par des monarchies constitutionnelles. La Grèce entre en insurrection pour arracher son indépendance à l’Empire ottoman en 1821, il y a la révolution de juillet 1830 en France contre la monarchie… En 1848, le Printemps des peuples est un soulèvement quasi généralisé en Europe.

En 1917, la révolution d’Octobre aboutit à la création de l’Internationale communiste, qui doit propager la révolution dans les autres pays. Quand l’Allemagne ou la Hongrie tentent leur révolution en 1918-1919, elles font référence aux bolcheviques…

Sans oublier 1968, qui est un mouvement mondial : les révoltes explosent au Japon, au Mexique et sur tout le continent européen. En 1989, les pays du bloc soviétique d’Europe de l’Est  s’effon-drent, à l’instar de la Tchécoslovaquie pendant la « révolution de Velours ». En 2011, c’est au tour de la Tunisie, de l’Egypte et de la Libye de connaître leur Printemps arabe.

Comment expliquer le basculement vers l’insurrection ?

Il ne faut pas s’arrêter au détail du déclenchement ou de l’étincelle. A première vue, les raisons de la colère dans certains pays peuvent paraître dérisoires, mais il faut voir cela comme la goutte d’eau qui fait déborder le vase. L’historien britannique Edward P. Thompson a étudié cette étincelle et l’a expliquée avec son concept d’ »économie morale de la foule »

La population est prête à accepter un certain nombre de sacrifices, financiers, économiques, sociaux… Mais arrive un moment où le sacrifice supplémentaire est perçu comme inacceptable, illégitime et injuste. C’est à ce moment que se fait la rupture et la bascule.

On refuse ce nouveau sacrifice, mais aussi tout ce qui a été accepté jusqu’ici : les politiques néolibérales et leurs effets austéritaires, les écarts de fortune qui se creusent. La goutte d’eau de trop provoque le rejet du vase entier.

Il semble que l’un des points communs de ces mouvements soit la dénoncia-tion des inégalités économiques…

Certains économistes ont montré que les politiques d’austérité choisies par certains Etats après la crise financière de 2007 pèsent encore très lourdement sur les classes populaires et les classes moyennes.

Les ultrariches ne cessent de s’enrichir depuis une décennie tandis que beaucoup d’autres connaissent des processus de paupérisation. Et quand l’élite de la classe moyenne s’allie aux classes populaires, on assiste à des situations explosives. Quand il n’y a que les classes populaires, c’est plus facile à modérer, mais là, il y a une alliance. On l’a vu chez les « gilets jaunes », où la dimension inter-classiste a été démontrée par des études.

Ces mouvements pointent-ils une crise de la démocratie et de la représentation ?

Il y a une véritable demande de démocratie dans ces révoltes. On assiste, à Hong Kong, en France ou encore au Liban, à l’expression de la souveraineté populaire, qui est à la base de la démocratie. Les contestataires usent de moyens d’action qui ne sont pour l’instant pas considé-rés comme démocratiques, puisqu’ils utilisent la violence, mais le fond de leurs demandes est profondément démocratique : ils veulent mettre fin aux politiques qu’on leur impose.

Ils rejettent le fait d’être gouvernés toujours par les mêmes familles ou par des personnes issues des mêmes classes sociales, que ce soit les mêmes qui monopolisent le pouvoir.

A Santiago (Chili), j’ai vu un graffiti qui faisait le rapprochement entre le président Sebastian Piñera et Augusto Pinochet [dictateur entre 1973 et 1990]. Ces insurrections montrent que la démocratie n’est pas à l’abri de la révolution. Elles questionnent la nature même de la démocratie et de son application.

La violence a-t-elle augmenté au cours de l’histoire ?

En France, on n’est pas au niveau de la violence politique du 19è siècle, encore heureux ! Les révolutions du 19è siècle que j’étudie laissent sur le pavé des centaines de morts et se concluent par des jugements massifs qui débouchent sur un grand nombre de peines de mort et de déportations. Le niveau de répression au 19è siècle est évidemment bien supérieur.

Mais cela dépend des pays et des régimes. En ce moment, au Chili ou en Irak, on tire aussi à balles réelles. L’escalade de la violence dans plusieurs endroits s’explique aussi par la répres-sion des forces de l’ordre. C’est leur violence qui explique le passage à l’acte. Les deux sont liés.

Le désordre est toujours co-construit, il y a une répression d’un côté, et en réponse, des actes émeutiers de l’autre.

Quant aux tactiques de la guérilla urbaine, elles circulent depuis toujours. Aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux, on dispose en plus des photos de ces techniques. A Hong Kong, on a repris la tactique « Be Water », qui consiste à être insaisissable pour les forces de l’ordre. C’est une tacti-que assez classique du bloc [les black blocs] depuis les grands sommets internationaux et altermondialistes. Elle est juste appliquée à des masses plus importantes à Hong Kong.

Les femmes sont-elles plus présentes dans ces mouvements ?

De fait, on représente davantage les femmes. Non pas forcément qu’elles soient plus présentes ; les femmes ont été présentes dans toutes les luttes. Mais elles étaient moins représentées parce qu’elles combattaient moins les armes à la main. Elles étaient à l’arrière, pour recharger les fusils, soigner les blessés, ravitailler les barricades… Mais ce qu’on représente en priorité, ce sont les combattants.

A chaque révolution, on tend à invisibiliser le rôle et la présence des femmes. On les a davanta-ge vues au sein des  »gilets jaunes » parce qu’on est sans doute plus sensibles qu’avant à leur présence et parce qu’elles ont aussi plus été en première ligne que dans les mouvements précé-dents, où elles étaient là, mais en retrait. Et il y a aussi eu des manifestations de femmes « gilets jaunes ».

Même si toutes ces révoltes n’aboutissent pas à une victoire des contestatai-res, que changent-elles dans l’histoire ?

Si, après une révolte, on peut avoir des vagues contre-révolutionnaires, il n’y a plus de retour en arrière. On peut avoir cette impression, mais quand on regarde la décennie qui suit, il y a quand même des évolutions. Après les révoltes de 1848 en Europe, le système féodal et le servage ont définitivement été abandonnés. Il y a des points de non-retour. L’histoire montre qu’après-coup, des compromis et des améliorations ont lieu. Je suis optimiste.

Notre monde est-il en ébullition ? Depuis plusieurs mois, de nombreux conflits sociaux traversent les continents, du Hirak en Algérie à la fronde à Hong Kong en passant par les « gilets jaunes » en France. La planète connaît des révoltes populaires dont les points communs sont la dénoncia-tion des inégalités, la demande de démocratie et le rejet des élites.L’étincelle qui déclenche la colère peut sembler dérisoire, comme la hausse du prix des tickets de métro au Chili ou la taxe sur les appels via des messageries comme WhatsApp au Liban, mais elle est révélatrice d’un malaise plus profond. Pour comprendre ces soulèvements au regard de l’histoire, franceinfo a interrogé Mathilde Larrère, maîtresse de conférences à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée, spécialiste des mouvements révolutionnaires au 19è siècle. Elle est l’autrice dIl était une fois les révolutions (Editions du Détour). Une flambée d’insurrections embrase la planète depuis plusieurs mois. Le moteur commun de ces soulève-ments est la dénonciation des inégalités économiques et sociales ainsi que la perte de contrôle démocratique. Entretien avec Mathilde Larrère, historienne des révolutions.

Elise Lambert 27/10/2019

https://www.francetvinfo.fr/

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26 octobre 2019 ~ 0 Commentaire

irak (le-monde le-huff’ ci)

irak

En Irak, manifestations pour « la chute du régime » après une nuit de feu et de sang

Le Parlement, qui devait se réunir samedi pour discuter des revendications des protestataires, a de nouveau annulé sa séance faute de quorum.

Les forces de sécurité irakiennes tentaient, samedi 26 octobre, de venir à bout de nouvelles manifestations, à Bagdad et ailleurs en Irak, qui réclament « la chute du régime » après une nuit de violences meurtrières.Depuis le 1er octobre, environ deux cents personnes sont mortes dans la contestation – inédite parce que spontanée –, interrompue pendant dix-huit jours, le temps du plus important pèlerinage chiite avant de reprendre jeudi.Près du quart des personnes tuées, 42, l’ont été vendredi, quand les violences ont pris un tour nouveau avec l’incendie dans le sud du pays de dizaines de sièges de partis, de bureaux de députés et surtout des QG des factions armées du puissant Hachd Al-Chaabi, coalition de paramilitaires dominée par les milices chiites pro-Iran et alliée du gouvernement irakien.De telles violences n’ont pas eu lieu à Bagdad. Les manifestants sur la place Tahrir, proche de la « zone verte » où siègent le Parlement et l’ambassade des Etats-Unis, assurent que leur mobilisation contre le pouvoir est pacifique.Samedi, après avoir replié les couvertures sous lesquelles ils ont dormi sur place, ils ont de nouveau défilé sous les grenades lacrymogènes et assourdissantes des forces de sécurité.

Système à bout de souffle

Les protestataires rejettent en bloc les mesures sociales annoncées. Ils veulent, disent-ils, une nouvelle Constitution et une classe politique entièrement renouvelée, alors que l’Irak est classé douzième pays le plus corrompu au monde.

Le premier ministre, Adel Abdel Mahdi, a plaidé pour réformer le système d’attribution des postes de fonctionnaires et abaisser l’âge des candidats aux élections, dans un pays où 60 % de la population à moins de 25 ans.

Pour les manifestants, les gouvernements successifs depuis la chute du dictateur Saddam Hussein en 2003 ont amené le système à bout de souffle alors qu’en seize ans, la corruption a officiellement coûté 410 milliards d’euros à l’Etat, soit deux fois le PIB de l’Irak, deuxième producteur de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).

Le Parlement, qui devait se réunir samedi pour discuter des revendications des manifestants, a de nouveau annulé sa séance faute de quorum.

Dans plusieurs villes du Sud sous couvre-feu depuis vendredi, des appels à manifester ont été lancés pour la fin d’après-midi, après les enterrements des victimes des violences de la nuit.

https://www.lemonde.fr/

Lire aussi

Iraq clashes: at least 15 die as counter-terror police quell protests (The Guardian)

Au moins 15 autres manifestants iraquiens ont été tués samedi dans des affrontements avec les forces de sécurité, alors que des milliers de personnes ont participé à des manifestations anti-gouvernementales nationales. Le premier ministre, Adil Abdul-Mahdi, a ordonné aux membres du service de lutte contre le terrorisme de l’élite du pays (CTS) dans les rues de Bagdad et dans la ville sud de Nassiriya. On leur a dit d’ »utiliser toutes les mesures nécessaires » pour mettre fin aux manifestations, les sources de sécurité selon Reuters.

Plus de 60 morts en 48 heures en Irak dans les manifestations contre le gouvernement

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26 octobre 2019 ~ 0 Commentaire

flambée (courrier inter)

revolution

Une flambée de manifestations dans le monde depuis début octobre

Du Chili au Liban, en passant par la Guinée…, les mouvements de contestation se sont multipliés ces dernières semaines autour du monde. Tour d’horizon des principaux soulèvements populaires :

CHILI

Quand ? Depuis le 18 octobre.

Quel élement déclencheur ? La hausse des tickets de métro à Santiago.

Où en est-on ? Malgré la suspension de la hausse suivie de mesures sociales proposées par le président conservateur Sebastian Piñera, la contestation face aux conditions socio-économiques et aux inégalités s’est amplifiée et étendue à d’autres régions. Une grève générale a commencé le 23 octobre.

Quel bilan humain ? 18 morts.

LIBAN

Quand ? Depuis le 17 octobre.

Quel élément déclencheur ? Une nouvelle taxe sur les appels passés via la messagerie WhatsApp.

Où en est-on ? Le gouvernement de Saad Hariri a rapidement annulé la mesure et annoncé des réformes économiques d’urgence. Mais le mouvement de contestation, réclamant le départ de l’ensemble de la classe politique, continue de grandir du nord au sud du pays, provoquant sa quasi-paralysie.

Quel bilan humain ? Manifestations pacifiques, émaillées de quelques heurts.

GUINEE

Quand ? Depuis le 7 octobre.

Quel élément déclencheur ? Le projet prêté au président sortant Alpha Condé, 81 ans, de briguer sa propre succession en 2020 et de changer à cette fin la Constitution.

Où en est-on ? Les manifestations rassemblant des milliers de Guinéens se succèdent à l’appel du Front National pour la défense de la constitution (FNDC), coalition de partis d’opposition, de syndicats et de membres de la société civile.

Quel bilan humain ? Une dizaine de morts.

EQUATEUR

Quand ? 1-13 octobre.

Quel élément déclencheur ? La hausse du prix des carburants.

Où en est-on ? Après 12 jours de manifestations, un accord a été conclu entre le mouvement indigène, fer de lance de la contestation, et le président Lenin Moreno, qui a retiré le décret controversé.

Quel bilan humain ? Huit morts et 1.340 blessés.

IRAK

Quand ? Depuis le 1er octobre.

Quel élément déclencheur ? Appels spontanés sur les réseaux sociaux pour réclamer du travail et des services publics fonctionnels.

Où en est-on ? Après une semaine de contestation violemment réprimée, le gouvernement a annoncé des mesures sociales, mais aucune réforme en profondeur. La rue veut, elle, une nouvelle Constitution et un renouvellement total de la classe politique. Vendredi, la contestation a repris, avec une nouvelle flambée de violences, attisée par le leader chiite Moqtada Sadr.

Quel bilan humain ? Plus de 150 morts la première semaine. Plus de 40 morts pour la seule journée de vendredi.

D’autres mouvements, entamés plus tôt dans l’année se poursuivent :

A Hong-Kong, un mouvement de contestation est né le 9 juin, enclenché par un projet de loi autorisant les extraditions vers la Chine continentale.

Les manifestations et actions quasi-quotidiennes, rassemblant jusqu’à deux millions de personnes dans ce territoire de 7,3 millions d’habitants, ont plongé l’ex-colonie britannique dans sa pire crise politique depuis la rétrocession en 1997. Le projet a été suspendu début septembre mais les revendications se sont élargies à la dénonciation du recul des libertés et des ingéren-ces grandissantes de Pékin dans les affaires de sa région semi-autonome. Initialement pacifi-ques, les manifestations ont dégénéré en violents heurts entre militants et forces de l’ordre. De nombreux militants pro-démocratie ont été attaqués par des partisans du pouvoir de Pékin.

En Algérie, la décision du président Abdelaziz Bouteflika de briguer un 5e mandat a provoqué une vague de manifestations pacifiques le 22 février. M. Bouteflika a démissionné début avril, mais les manifestations ont continué, réclamant le départ de l’ensemble de l’appareil politique. Le « Hirak » (mouvement) rejette la tenue d’une élection présidentielle, annoncée le 12 décembre par le pouvoir intérimaire, n’y voyant qu’un moyen pour le « système » de se maintenir au pouvoir.

26.10.2019

https://www.courrierinternational.com/

Lire aussi:

Le vent du monde

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02 août 2019 ~ 0 Commentaire

deliveroo (le monde)

bici

« C’est un ras-le-bol généralisé » 

Des livreurs Deliveroo réfléchissent à une grève nationale

Le site a baissé les tarifs des courses courtes et augmenté ceux des courses longues, ce qui « entraîne de fait une baisse de rémunération de 30 à 50 % pour les livreurs », selon un des collectifs qui appellent à la mobilisation.

Les livreurs de Deliveroo sont en colère et le Collectif des livreurs autonomes de Paris (CLAP 75) appelle à un rassemblement place de la République samedi 3 août à Paris pour décider d’une grève nationale, « probablement la semaine prochaine ».

A Nice, Toulouse, Tours, Besançon, des mouvements ponctuels de grève et de blocage de restaurants ont déjà eu lieu cette semaine pour protester contre la décision de la plate-forme britannique de baisser les tarifs des courses les plus courtes et d’augmenter celui des courses longues, délaissées par les livreurs car peu rentables.

« C’est un ras-le-bol généralisé », explique Jean-Daniel Zamor, président du CLAP 75. « Deliveroo a supprimé le tarif minimum, fixé à 4,70 euros à Paris (variable selon les villes), et on tourne avec des courses à moins de 3 euros ». La nouvelle grille, selon lui, veut « obliger les livreurs à prendre les courses longues » et entraîne de fait une baisse de rémunération de 30 à 50 % pour les livreurs. Jusqu’à présent, Deliveroo offrait de meilleures conditions à ses livreurs que les autres plates-formes, et cette décision revient à « s’aligner sur Uber Eats », déplore-t-il.

« 100 % des livreurs consultés d’accord pour la grève »

Selon la plate-forme, la nouvelle grille offre au contraire « une meilleure tarification, plus juste » et « plus de 54 % des commandes sont payées davantage ». Mais si les livreurs sont payés plus « pour les courses de distances intermédiaire et longue », ils le sont moins « pour certaines commandes les plus courtes », a reconnu un porte-parole auprès de l’Agence France-Presse.

Le collectif a commencé à consulter les livreurs sur les réseaux sociaux et assure avoir « 100 % des livreurs consultés d’accord pour la grève ». Ils réclament un retour au tarif minimum anté-rieur et l’ouverture de discussions sur plusieurs sujets cruciaux pour les livreurs, comme la composition de l’algorithme qui attribue les courses et une régulation du nombre de livreurs inscrits. Les plates-formes « jouent des sureffectifs » pour maintenir des tarifs au plus bas, estime M. Zamor.

Avec 10 000 restaurants partenaires dans 200 villes, le marché français est le deuxième pour Deliveroo, après le marché britannique, d’où l’entreprise est issue. Le développement à grande vitesse du secteur de la livraison de repas s’accompagne de nombreuses critiques sur la précarité des emplois et les conditions de travail des livreurs.

https://www.lemonde.fr/

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02 août 2019 ~ 0 Commentaire

emma (ballast)

emma

Comment en vient-on un jour à parler politique en dessin ?

Emma: À la base, je suis ingénieure en informatique. Je n’ai jamais été très politisée ; c’est récent. J’ai grandi avec des parents profs, un peu « gauche molle », puis j’ai évolué dans un milieu plutôt de droite durant mes études.

J’ai d’ailleurs eu quelques difficultés avant de prendre cette direction : ma formation initiale de BTS informatique n’était pas censée déboucher sur des études d’ingénieure. Lorsque j’ai obtenu mon diplôme, j’avais vraiment l’impression d’avoir mérité ma place, de m’être construite toute seule. J’en étais assez fière. J’avais bien intégré le discours selon lequel « Quand on veut on peut », celui qui dit que si les gens sont en difficulté, c’est qu’ils n’ont pas assez travaillé…

Lorsque j’ai pris des responsabilités professionnelles, dans un environnement très toxique, je me suis retrouvée en difficulté malgré tous les efforts que je fournissais : je faisais des horaires de malade, je me donnais tout le mal du monde et m’organisais avec mon fils sur les bras. Malgré tout ça, je ne m’en sortais pas. Comme j’étais toujours convaincue que « Quand on veut, on peut », je me disais que je n’avais pas fait assez d’efforts, que je n’étais pas capable.

Je m’en voulais. C’est à cette époque que j’ai rencontré des ami·e·s politisé·e·s qui m’ont aidée à analyser la situation et à réaliser que si je rencontrais autant de difficultés, c’est d’abord parce que j’étais une femme. J’ai alors commencé à beaucoup lire sur le féminisme, surtout sur Internet, et, peu à peu, j’ai saisi que j’avais eu des bâtons dans les roues… mais aussi des privilèges ! Et que d’autres personnes avaient encore plus de difficultés que moi à s’en sortir. Je suis blanche, hétérosexuelle, fille de profs : j’ai galéré à l’école mais j’avais aussi un bagage culturel qui me permettait de gravir des échelons, qui passait bien auprès des enseignants, lesquels avaient sur moi un a priori positif.

Début 2016, au moment du projet de la loi Travail, j’ai commencé à faire des petits dessins sur Valls. On m’a suggéré de créer une page publique ; au début, on était 10 dessus !

Avez-vous été ou êtes-vous proche de certaines organisations politiques ?

Je me sens proche du NPA, comme pas mal de mes ami·e·s, parce que je suis d’extrême gauche et révolutionnaire. C’est l’organisation à laquelle je participe le plus. J’ai essayé de rejoindre des collectifs mais, malheureusement, des rapports de pouvoir s’y exercent — y compris dans des collectifs non-mixtes.

Ces expériences m’ont beaucoup aidée à avoir davantage confiance en moi, à prendre la parole, mais j’y ai quand même rencontré des personnes qui ont intégré les codes masculins de notre société, qui cherchent à s’imposer en parlant plus fort. Je n’arrive pas du tout à m’adapter dans ces circonstances.

Parmi les collectifs féministes, j’ai milité à « Stop harcèlement de rue », mais il faut passer beau-coup de temps à essayer de faire entendre sa voix et ce n’est pas adapté à tous les caractères. Ils font des trucs géniaux, ils ont beaucoup fait avancer les choses et j’y ai rencontré des person-nes formidables, mais j’avais le sentiment de ne pas avoir mon utilité car j’étais trop effacée. Je préfère bosser seule de mon côté pour le collectif, plutôt que de bosser collectivement pour finalement me mettre en retrait…

Votre travail porte à la fois sur les luttes sociales, comme celle des cheminots et les questions féministes.  Les différents publics qui vous lisent parviennent-ils à suivre cette oscillation ?

Cette alternance est tout à fait volontaire. J’essaie de faire converger les luttes. Mais ce n’est pas seulement fait « exprès » : tous les sujets m’intéressent. Je parle à des publics différents et ne fais pas un format adapté pour chacun. Le public féministe est composé de femmes, à 90 %, mais aussi de quelques hommes qui viennent en support pour parler aux autres hommes — ce que je trouve génial. Sur les sujets qui parlent de luttes sociales, il y a en revanche beaucoup d’hommes et très peu de femmes.

On pourrait rapprocher votre production du dessin de presse, pourtant majori-tairement axé sur la caricature et l’humour. Quel regard portez-vous sur cet espace d’expression ?

Il y a beaucoup à dire. Déjà, c’est un monde qui a été possédé par les hommes blancs, depuis toujours, et ça se ressent énormément dans les orientations qui sont prises. Même dans les supports de gauche, ça n’est jamais antiraciste ni féministe. Il y a donc une place à prendre pour nous, pour redresser la barre. Je réfléchis de plus en plus aux moyens d’avoir un pouvoir d’action plus fort sur ces questions.

Comment appréhendez-vous la multiplication et la rapidité des réactions, liées à la vitesse de propagation de l’information sur les réseaux sociaux ?
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Je le vis plus ou moins bien. En un sens, j’apprécie. C’est valorisant de poster quelque chose et d’avoir des réactions immédiatement, davantage que de préparer un livre pendant un an et de n’avoir le résultat que bien plus tard. J’aime ce contact avec les gens et c’est ce que je voulais : pouvoir échanger autour d’un support. Ça change tout. Par contre, dans les retours que j’ai, il y a différents types de réactions. Il y a des insultes, certes, mais ça ne m’affecte pas.  Mais ce qui me fatigue le plus, c’est le nombre d’hommes qui viennent m’apprendre comment militer, qui m’écrivent des pavés immenses.
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Généralement, quand j’ouvre un mail et que je vois qu’il y a plus de 50 lignes, je me dis que ça va être un mec-cis-hétéro-machin qui vient m’expliquer comment faire mon travail alors qu’il n’est pas militant, bien sûr. Mais il croit qu’il a les 10 bonnes façons de mieux faire, ou qu’il peut changer ma façon de faire.
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Des changements qui incluent évidemment de brosser dans le sens du poil, d’arrêter de « dire du mal des hommes », d’arrêter bien entendu l’écriture inclusive… Et puis d’être « plus objective » ! Il faudrait que je présente le point de vue des cheminots mais aussi le point de vue du gouvernement… Certaines semaines, je n’en peux plus.

Vous évoquiez lors d’un entretien le fait que les conseils prodigués à propos de la charge mentale s’adressent uniquement aux femmes et sont relayées par des médias qui ciblent un lectorat féminin…

Je ne pense pas que j’arriverai jamais à m’adresser aux hommes sur les questions féministes. Ça viendra de nous. Quand les femmes décideront que c’est fini, ce sera fini. Ma cible, ce sont les femmes. Quand certains hommes disent que mon travail les touche, je suis contente mais ça n’est pas mon objectif premier. Certaines féministes me disent que sans les hommes, on ne pourra pas y arriver. On est mal barrées dans ce cas !

Sur le congé paternité, par exemple, chaque fois que j’ai assisté à des réunions, il n’y avait que des femmes. Tant qu’on est dans une société de concurrence, de loi du plus fort, de survie, les hommes conserveront leurs privilèges car ça leur permet de mieux y vivre.

Je ne vois pas quel homme aujourd’hui se dirait qu’il préfère rester à la maison s’occuper des enfants, prendre un congé parental et avoir une retraite de merde. Qui a envie d’avoir le statut des femmes aujourd’hui ? Personne. Nous, on est dedans et on essaie d’en sortir.

Je ne dis pas non plus qu’il faut accéder au statut des hommes, ni prendre leur position actuelle comme référence. Les valeurs des femmes sont importantes — je ne dis pas ça dans une perspective essentialiste. Je parle des valeurs qu’on nous a transmises petites : l’attention portée aux autres, le soin, l’empathie.

Lorsque les femmes s’organiseront, elles feront péter le patriarcat en même temps que le capitalisme. Car cette société ne nous permet pas de vivre convenablement avec ces valeurs ; elle nous rend vulnérables, pauvres, exposées aux violences. Il faut bien sûr qu’on accepte de se mettre plus souvent en colère, de s’affirmer, mais je ne crois pas qu’on doive essayer de se rapprocher du rôle qu’ont les hommes aujourd’hui. (Extraits, voir lien)

https://www.revue-ballast.fr/

 

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31 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

gâchis (anti-k)

 techno

“En France, le gâchis d’électricité est vraiment effrayant”

À la “fuite en avant technologique”, l’ingénieur et essayiste Philippe Bihouix oppose la “sobriété intelligente”.

Vous critiquez sévèrement la notion d’économie circulaire, qui fait actuellement l’objet d’un projet de loi. Pourquoi ?

Ce que je reproche à cette notion, c’est de nous faire croire, comme avec le concept de “développement durable”, que nous allons pouvoir maintenir notre niveau de confort matériel en baissant le prélèvement des ressources non renouvelables, notamment les métaux. En réalité, cette économie circulaire est très difficile à atteindre.

Par exemple, on ne fait pas d’économie circulaire avec des produits non récupérables comme la lessive, la peinture ou les engrais. Certains produits étant très mélangés (alliages ou produits électroniques contenant parfois plusieurs dizaines de métaux différents), on ne peut pas les recycler correctement : les ressources sont perdues ou, si elles sont recyclées, elles ne sont pas réutilisées pour leurs fonctionnalités d’origine.

Surtout, plus on fait du “high tech” [technologies de pointe, ndlr], plus on fabrique des matériaux composites et des nanomatériaux, plus on perd en capacité à recycler correctement. Actuellement, moins de 1 % des métaux emblématiques des hautes technologies (lithium, tantale, germanium, gallium, terres rares…) est recyclé.

En quoi une société “low tech” serait-elle meilleure qu’une société “high tech” du point de vue de l’utilisation des ressources naturelles ?

Aujourd’hui, on nous promet, avec l’innovation technologique, de résoudre tous les problèmes que nous avons générés. On commence même à évoquer une économie réparatrice dans laquelle, par exemple, la géo-ingénierie pourrait atténuer le changement climatique.

Face à la fuite en avant technologique, l’idée n’est pas de revenir à la traction animale ou à l’âge de la bougie, mais de regarder à quels endroits nous avons vraiment besoin de technologies complexes et à quels endroits nous pourrions nous en passer. La concentration humaine dans les villes fait que nous avons besoin des hautes technologies et des technologies numériques pour des services comme l’eau, l’assainissement ou l’énergie.

Une société low tech n’est donc pas une société qui aurait débranché l’intégralité des ordina-teurs et des smartphones. C’est plutôt une société qui cherche à économiser les ressources. Je vois au moins trois manières d’y parvenir.

D’abord, en entrant dans une logique de sobriété intelligente 

Il faut tailler dans le gras, au bon endroit, là où ça nous fait le moins mal. Exemple : en attendant de passer au vélo (terriblement plus efficace d’un point de vue énergétique), on pourrait construi-re des voitures beaucoup plus légères, moins puissantes, donc moins consommatrices de ressources et d’énergie et moins émettrices de CO2.

Dans le bâtiment, on pourrait intensifier les usages : le week-end, le soir ou pendant les vacances scolaires, pourquoi ne pas accueillir dans nos écoles des associations, des clubs, des concerts ? (Cela poserait des tas de problèmes: l’accord des profs, le rangement et la désinfection des locaux pour les enfants dès le lendemain matin blog)

Ensuite, il y a l’éco-conception qui permet de rendre les objets réparables, réutilisables, modu-laires, plus faciles à démanteler en fin de vie. Enfin, il y a l’arbitrage entre le travail humain et celui de la machine. À chaque fois qu’on remplace un guichetier ou un métier d’accueil par une borne électronique, on remplace du travail humain par de la consommation de ressources (métaux rares et énergie).

Entrer dans la société low tech, c’est mener une démarche de sobriété intelligente, de conception optimisée et d’usage raisonnable et raisonné des technologies et des machines, pour remplacer le travail humain uniquement là où il est le plus pénible ou là où c’est le plus utile.

Dans le domaine des énergies, n’est-il pas illusoire de vouloir passer d’une gestion centralisée (grands barrages, parcs éoliens ou photovoltaïques industriels…) à de petites unités de production à l’échelle d’une famille ou d’un village ?

Dans “l’Âge des low tech”, je recommande en effet d’aller vers un certain nombre d’énergies plus douces : micro-hydraulique, “éoliennes de village”, solaire thermique… Pour autant, je ne pense pas du tout qu’il faille débrancher les grands barrages sous prétexte qu’ils sont plus complexes et plus centralisés.

Dans les smart cities et les smart grids [villes et réseaux intelligents, ndlr] qu’on nous promet pour demain, il y a des effets pervers : à chaque fois qu’on améliore l’efficacité, la demande augmente mécaniquement. On a l’impression de régler les problèmes, mais en réalité on en génère d’autres.

Maintenant, comment fournir les kilowattheures dont chacun a besoin pour vivre une vie de qualité ? Personnellement, j’estime qu’avant de se lancer, par exemple, dans de grands programmes éoliens offshore (Problème des poissons qui vivent dessous blog) , il faut d’abord et avant tout réfléchir à la question de la sobriété.

Aujourd’hui, la consommation électrique en France augmente plus rapidement que la population. Comment est-ce possible alors que nous sommes censés devenir de plus en plus efficaces ? Et bien, parce qu’on crée de nouveaux usages, parce que des data centers [centres de données, ndlr] ouvrent à Gravelines ou à Aubervilliers. Il y a un gâchis phénoménal d’électricité dans le chauffage, l’éclairage, la production industrielle de plastique, de verre, d’aluminium… qu’on va ensuite incinérer ou balancer dans des décharges quelques semaines plus tard. Ce gâchis est vraiment effrayant !

Avec les basses technologies, ne risque-t-on pas de mettre fin en France à l’égalité d’accès à l’énergie garantie par la péréquation tarifaire ?

Je suis tout à fait favorable aux tarifs harmonisés. Simplement, l’évolution tarifaire de cette dernière décennie va à l’encontre de l’usage intelligent et de la sobriété. Aujourd’hui, plus je consomme de kilowattheures, moins mon kilowattheure me revient cher. Je suis farouchement opposé à cela : ce n’est pas normal de payer son kilowattheure au même prix quand on grelotte chez soi et quand on vit dans 300 mètres carrés avec les fenêtres ouvertes. Il faudrait rendre progressifs les tarifs d’accès et d’usage de l’électricité.

Je suis donc pour la péréquation tarifaire, mais en introduisant aussi une forte incitation à la sobriété, en baissant le prix de l’abonnement et en faisant payer chaque kilowattheure de plus en plus cher, selon la quantité consommée.

Ensuite, est-ce que des unités plus décentralisées conduiraient forcément à des politiques tarifaires et commerciales hétérogènes ? Pas forcément ! Concernant le modèle français, je ne suis pas persuadé que l’ouverture à la concurrence ait été un bon calcul. Je préfèrerais qu’EDF soit le fer de lance d’une réelle transition énergétique.

Enfin, que nous ayons des systèmes techniques installés plus proches, plus décentralisés, plus intelligents, plus bigarrés, avec plus d’aides sur le photovoltaïque ou le solaire thermique local, pourquoi pas.

Mais avant de construire des centrales photovoltaïques en plein champ, il faut tenir compte du problème de l’artificialisation des sols : un département français disparaît tous les sept ans sous le béton, les parkings, les ronds-points, les lotissements… À cette vitesse-là, en six siècles, on aura artificialisé la totalité du territoire français.

L’auteur de “l’Âge des low tech” propose des pistes pour tourner la page du gaspillage énergétique. Au passage, il égratigne le concept d’économie circulaire et défend la péréquation tarifaire.Philippe Bihouix défend les “low tech”, c’est-à-dire les techniques simples, accessibles et facilement réparables, faisant appel à des moyens courants et localement disponibles. Philippe Bihouix est ingénieur centralien et essayiste. Après avoir été consultant dans différents secteurs industriels (énergie, chimie, bâtiment, télécommunications, aéronautique…), il travaille actuellement dans le fret ferroviaire.

Samy Archimède 18 juillet 2019

https://journal.ccas.fr/

Pour aller plus loin

“Le bonheur était pour demain. Les rêveries d’un ingénieur solitaire”, de Philippe Bihouix, Seuil, 2019

“L’Âge des low tech. Vers une civilisation technologiquement soutenable”, de Philippe Bihouix, Seuil, 2014

Commentaire:

Le CCAS c’est le comité d’entreprise d’EDF. Donc pas touche au nucléaire qui nous fournit des millions de tonnes de déchets non recyclables! Et le gâchis est en partie dû à l’équipement généralisé des logements en tout-électrique, donc nucléaire « bon marché ».

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30 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

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