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26 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

vendredi 27 décembre: rassemblement de soutien aux cheminots sud-coréens (sud rail 75)

Striking rail worker Seoul Station

Depuis le 9 décembre, les cheminots sud-coréens sont en grève contre la privatisation des chemins de fer à l’appel de leur syndicat de travailleurs du rail, KRWU, membre de KCTU.

Ils subissent une répression féroce : 6000 d’entre eux sont suspendus et menacés d’un conseil de discipline prélude à révocation, 28 font l’objet d’un mandat d’amené et doivent se cacher. Les forces de répressions, avec plus de 4000 policiers ont pris d’assaut le bâtiment de la confédération coréenne le 22 décembre, faisant 120 arrestations.

Le gouvernement et l’entreprise n’ont fait aucune proposition ni pris aucun engagement, ni répondu aux revendications des grévistes. SUD-Rail et l’Union syndicale Solidaires appellent à un rassemblement de soutien à la lutte exemplaire des cheminots coréens.

Ambassade de Corée, 125 bld de Grenelle Paris 7ème, métro L. 13 Varenne, vendredi 27 décembre, 17h30.

Pour que le droit de grève n’appartienne qu’aux travailleurs et à leurs syndicats !

Non à la répression patronale : réintégration sans conditions des cheminots suspendus !

Non aux violences policières policières et gouvernementales !

http://www.sudposte75.fr/

Corée du sud : deuxième semaine d’une grève historique contre la privatisation du rail malgré une répression brutale
mardi 24 décembre 2013 – 15h48

Vérité en-deça du 38 ème parallèle, erreur au-delà ? Prompte à railler l’énigmatique régime nord-coréen, la presse occidentale n’a pas le même étalon pour juger de l’inquiétante dérive autoritaire de son pendant sud-coréen.

La Corée du sud est un pays formidable à entendre nos commentateurs.

On a parfois du mal à imaginer qu’on parle du pays qui menace actuellement le syndicat des enseignants d’interdiction, un pays où la « police secrète » décide du sort d’une élection et lance une chasse aux sorcières pour éliminer le principal parti de gauche. On nous vante même le « modèle sud-coréen » : ici un exemple de co-gestion harmonieuse travail-capital, là un exemple d’éducation orientée vers le résultat, ou encore là-bas une industrie compétitive tournée vers l’innovation.

On ferme les yeux sur l’endoctrinement de la population dans un nationalisme belliqueux, la destruction de la solidarité par la quête de la compétition et du travail jusqu’à épuisement.

Cachez cette omniprésence des chaebol (installés par les colonisateurs Japonais sur le modèle des zaibatsu, base économique du régime fasciste nippon), monopoles qui contrôlent tout le pays (les logements, les écoles) et ont dans leurs mains le personnel politique du pays.

On ne veut pas voir non plus les grèves historiques menées par la classe ouvrière sud-coréenne. Dans la lignée des grèves étudiantes des années 1980 contre la dictature, de celles ouvrières des années 1990 contre l’ultra-libéralisme.

En ce mois de décembre, plus de 6 500 cheminots, membre du combatif syndicat KRWU, se sont mis en grève pour lutter contre un plan de privatisation rampante du rail sud-coréen. Ils sont aujourd’hui à leur deuxième semaine de mobilisation.

Selon le syndicat, le projet de « Korail » (SNCF coréenne) d’ouvrir les trains inter-cités à l’investissement étranger est le cheval de Troie de la privatisation du secteur, qui s’accompagnerait de hausses des tarifs et de licenciements massifs.

« Dialogue social », « miracle de la co-gestion » ? On ne connaît pas en Corée. La grève a été déclarée illégale, des centaines de jaunes embauchés pour briser la grève et faire fonctionner le réseau … bien que le KRWU ait accepté de laisser un « service minimum » !

« Korail » ne recule pas devant les pires méthodes. Elle a dénoncé 200 syndicalistes aux forces de l’ordre, tout en n’engageant des mesures disciplinaires internes : elle a déjà lancé la procédure de révocation de 6 000 de ses cheminots !

La répression continue et ce 22 décembre, le siège du syndicat KRWU a été pris d’assaut par 600 membres des forces anti-émeutes armées et cuirassées.

Face à cette tentative de casse brutale de la grève, le moral des grévistes n’est pas entamé.

Les travailleurs du rail overground – les conducteurs, aiguilleurs, contrôleurs – ont reçu le soutien des travailleurs underground – ouvriers de maintenance, équipement – qui ont déposé leurs outils le 18 décembre dernier, amplifiant la paralysie du réseau.

De son côté, la centrale syndicale KCTU – connue pour ses positions de classe contrairement à la centrale FKTU proche du pouvoir – a qualifié ces actes de « déclaration de guerre » contre le travail et appelé à une grève générale le 28 décembre.

L’issue de cette lutte de classes risque d’être terrible, le pouvoir ne reculera devant rien pour mater cette révolte. On ne peut qu’exprimer notre entière solidarité avec les travailleurs sud-coréens et dénoncer le silence honteux de nos médias envers ce qui constitue une violation des droits de l’Homme les plus élémentaires !

http://solidarite-internationale-pc…

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23 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

le cadtm dénonce l’action de la banque mondiale aux philippines (essf)

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Et appelle à une suspension immédiate du remboursement de la dette du pays

Le 8 novembre 2013, le typhon Haiyan, dénommé Yolanda aux Philippines, a dévasté une partie du pays en emportant tout sur son passage. C’est le typhon le plus violent jamais enregistré sur terre mais aussi la catastrophe naturelle la plus meurtrière de l’histoire récente des Philippines. Les morts officiellement recensés approchent les 10.000 dans un pays déjà soumis à une pauvreté généralisée. Les conséquences matérielles témoignent aussi d’une violence rare : 70 à 80% des constructions et des structures situées sur sa trajectoire ont été détruites.

Face à cette situation intenable, la Banque Mondiale vient d’accorder un prêt de 480 millions de dollars qui vient s’ajouter au prêt d’urgence de 500 millions de dollars annoncé au lendemain de la tragédie dans le but de donner un “appui immédiat à la population pour la reconstruction des infrastructures locales ou de subsistance”.

Il est inacceptable que cette « aide » prenne la forme de prêts. Ces prêts de la Banque mondiale vont encore alourdir la dette des Philippines qui consacrent déjà 8 milliards de dollars par an au remboursement des intérêts, ce qui équivaut à 20% de revenus annuels de l’État. Depuis le typhon Haiyan, 900 million de dollars ont déjà été payés sur le dos des Philippins. C’est plus du double de l’ « aide » accordée par les pays riche pour la reconstruction !

Le CADTM exige la suspension immédiate de la dette philippines avec gel des intérêts pour donner la priorité aux besoins de la population. Pendant la durée de ce moratoire, il est nécessaire de réaliser un audit de cette dette pour enquêter sur les origines de l’endettement et les impacts des prêts sur la population. Cet audit permettra ainsi d’identifier et d’annuler la partie odieuse de la dette philippine comme celle contractée sous la dictature de Marcos.

Le CADTM rejoint l’appel lancé par Jubilee Debt Campaign, Freedom from debt Coalition, Jubilee South, Jubilee USA et Christian Aid [1] pour l’annulation de la dette odieuse contractée sous le régime du dictateur Ferdinand Marcos (1965-1986) qui a gouverné le pays par la violence et la corruption et est accusé d’avoir détourné des milliards de dollars du Trésor philippin.

L’annulation de ces dettes permettra de libérer des ressources vitales pour la reconstruction du pays et pour prendre des mesures contre les effets du changement climatique. Rappelons que le pays doit faire face à une moyenne de 20 typhons par an.

Le CADTM soutient les mouvements et les organisations citoyennes philippines qui s’opposent aux prêts des institutions internationales et qui œuvrent à la reconstruction du pays [2].

CADTM International 22 décembre 2013

Notes

[1] Sur ESSF (article 30680), Philippines after Haiyan/Yolanda : Life before debt et :
http://jubileedebt.org.uk/actions/p…

[2] Le CADTM International soutient la la campagne de solidarité initiée par Mi-HANDs. Pls d’infos sur cette campagne ici : http://cadtm.org/Les-Philippines-un… et http://www.europe-solidaire.org/spi…

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18 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

que va faire la france en centrafrique? (essf)

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Le 8 décembre, moins d’un an après l’opération Serval au Mali, voici l’opération Sangaris, menée par l’armée française, à nouveau sous la houlette d’un gouvernement « socialiste ». Bien entendu, il s’agirait encore une fois, pour la République des droits de l’homme, de sauver des milliers de vies humaines contre un risque d’emballement génocidaire. Mais en réalité, l’objectif de l’ancienne puissance coloniale est moins reluisant.

C’est au Sommet franco-africain de l’Elysée, le 6 décembre, placé sous le signe de la paix et de la sécurité, que François Hollande annonce cette opération « désintéressée » pour venir en aide à « un peuple qui souffre et nous appelle ». Ce sommet, destiné à la promotion des intérêts français en Afrique, notamment face à la concurrence internationale, a réuni 26 chefs d’Etat africains. Le jour précédent, le Conseil de sécurité adoptait la résolution 2127, autorisant l’intervention de la MISCA (une force africaine de 3600 hommes), mais aussi de 1600 parachutistes et membres des forces spéciales françaises, pour « rétablir la sécurité » en République centrafricaine (RCA).

Lourd héritage colonial

La République centrafricaine est peuplée de 5 millions d’habitant.e.s sur 623 000 km2, dont plus de 70% vivent de l’agriculture de subsistance. L’ancienne colonie de l’Oubangui-Chari est l’un des quatre territoires de l’Afrique équatoriale française, devenu indépendant en 1960, dans un cadre néo-colonial. En 1966, Bokassa s’empare du pouvoir par un coup d’Etat, et le nouveau potentat, qui deviendra empereur dix ans plus tard avec la bénédiction de l’Elysée, permet à la France de garder la haute main sur le pays. Depuis lors, tous les chefs d’Etat de RCA sont arrivés au pouvoir par un putsch, agréé par l’ancienne métropole.

Pendant la guerre froide, la RCA est érigée en bastion de la présence française en Afrique, en particulier face à l’intervention libyenne au Tchad, durant les années 80. Elle perd cependant cet intérêt au tournant des années 90, suscitant une réduction importante du dispositif militaire français.

Bois précieux et diamants

La RCA exporte surtout des bois tropicaux et des diamants. L’exploitation de près de 4 millions d’hectares de forêts, aux frontières du Congo et du Cameroun, est aux mains de compagnies privées étrangères, dont les françaises Bolloré et Thanry, qui s’acquittent de redevances, mais ont peu de considération pour la préservation des ressources naturelles dont dépendent les populations. Compte tenu des coûts de transport, seuls les bois nobles sont coupés, provoquant pourtant des dégâts collatéraux importants.

L’extraction d’un diamant de haute qualité repose sur les épaules de près de 100 000 petits prospecteurs, qui vendent le carat au tiers de sa valeur à des « collecteurs ». Ils ne bénéficient pourtant que d’une fraction de ce prix pour assurer la survie de leur famille (10% de la population du pays en vit partiellement), compte tenu des ponctions opérées par un Etat prédateur et ses agents (licences d’exploitation et corruption de la police des mines), par les « collecteurs » urbains et le racket des groupes armés. Pour couronner le tout, ces pierres sont écoulées sur le marché mondial par quelques exportateurs autorisés, dont le suisse Adamas, basé à Zoug.

L’épouvantail chinois Dans la seconde moitié des années 2000, François Bozizé, qui préside le pays depuis 2003 au profit de son clan familial, développe ses liens avec la Chine, qui lui accorde des crédits : le 10 septembre 2009, il est même reçu par Hu Jintao à Pékin, à qui il cède le site d’explo- ration pétrolier de Boromata. Les exportations de la RCA vers l’Empire du milieu s’envolent (12% en 2008, 14% en 2009, 19% en 2010… 28% en 2012) ; de même, des partenariats se développent dans les domaines de l’énergie (hydraulique et solaire), de la construction et des communications, sans parler du militaire (40 officiers centre-africains formés chaque année en Chine). Même les USA s’en inquiètent…

Par ailleurs l’exploitation des gisements d’uranium de Bakouma (S-E), découverts en 1960 (production potentielle de 2000 à 3000 t. par an), a été constamment repoussée avant d’être mise en stand by par Areva, en octobre 2011, en raison semble-t-il de la baisse des cours. Le géant français avait forcé la main du gouvernement de RCA pour en obtenir le monopole, si bien que sa non exploitation fait lors l’objet d’un contentieux. Bangui songeait-elle à en céder les droits à d’autres ?

Vers l’intervention française

C’est dans ce contexte qu’éclate la guerre civile en RCA, en décembre 2012, entre le gouvernement de Bozizé, lâché par une partie de ses partisans, et la Seleka (« coalition » en langue sango), réunissant cinq mouvements rebelles, dirigée par Michel Djotodia, un leader musulman qui s’empare de la capitale en mars 2013. Entre-temps, le Tchad et l’Afrique du Sud, cette dernière sans doute en contrepartie d’avantages miniers, ont apporté une aide comptée au régime de Bozizé, tandis que Paris et Washington refusaient de le soutenir, escomptant le pourrissement de la situation pour jouer leur carte ultérieurement.

Après la victoire de la Selaka, les groupes armés rebelles n’acceptent pas tous de rentrer dans le rang en se soumettant à l’autorité de Djotodia. Les dissidents s’engagent alors dans des exactions envers les populations civiles, auxquelles les anciens partisans de Bozizé répondent aussi par la violence. Il n’en faut pas plus pour agiter le spectre de massacres interconfessionnels, puisque les premiers sont musulmans et les seconds chrétiens, justifiant l’intervention de la France. Comme le note un chroniqueur du Guardian, François Hollande a développé « une nouvelle formule » pour intervenir dans ses anciennes colonies « avec doigté ». Mais quels peut être le but de cet activisme françafricain, si ce n’est le sauvetage de cette zone d’influence, fût-elle réduite ?

Jean Batou 17 décembre 2013

* Article écrit pour « solidaritéS (n° 240) (Suisse). Un article plus développé suivra.

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article30634

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16 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

afrique du Sud: pas d’arc-en-ciel à marikana (jdd)

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Nelson Mandela a été enterré dimanche dans son village natal de Qunu. Bien loin des mines de platine de Marikana, où l’an dernier la police avait tué 34 ouvriers noirs sur des terres confisquées aux Blancs.

Une ville du Far West, voilà ce que pourrait être Marikana. Avec une ligne de chemin de fer qui la traverse, le train qui siffle à chaque passage, des boutiques de vente d’alcool en pagaille en guise de saloons, et des Pakistanais, Nigérians et autres étrangers qui tiennent les commerces non plus de quincaillerie générale mais d’écrans plats ou de tablettes tactiles. Et d’énormes 4 x 4 ou pick-up à la place des chariots tirés par des chevaux. Marikana fut, il y a longtemps, une terre de fermes agricoles. Puis elle est devenue une ville minière.

Un eldorado pour certains, une ville de malheur pour d’autres.

Marikana est entrée dans l’Histoire l’année dernière, lorsque la police sud-africaine a tiré et tué 34 mineurs, lors d’une grève sauvage. Rappelant ainsi aux gens du pays le terrible massacre de ­Sharpeville de 1960. À 112 km au nord-ouest de Johannesburg, les mines de Marikana arrivent au troisième rang mondial de la production de platine. Le secteur minier représentait 38% des exportations du pays en 2012. Mais Marikana et d’autres mines moins connues ont fragilisé le secteur. Désormais, les investisseurs étrangers, rendus frileux par ces poussées de violence très médiatisées, préfèrent aller investir dans des pays où l’exploitation du sous-sol n’entraîne aucun mouvement social. La richesse aurait dû frapper aux portes de la ville. En réalité, Marikana est devenue l’envers de la carte postale, l’envers du décor économique rêvé par le « père de la nation arc-en-ciel », Nelson Mandela.

Les Blancs frappés au portefeuille

Et pour une fois, Blancs et Noirs sont quasi à égalité. À Marikana, près de la moitié de la population noire est au chômage, les mineurs employés localement venant du Mozambique, du Lesotho ou d’autres régions du pays. Les Blancs ont été frappés là où ça fait mal, au portefeuille.

On a pris leurs terres. Alors, il s’est passé quelque chose de très curieux à Marikana, où la mort de Nelson Mandela ne fait pas lever un cil. Malgré une méfiance ancestrale, des Blancs et des Noirs ont tenté de s’unir, face aux géants tentaculaires que sont les mines et le gouvernement.

Prenez Nina Barnar et Alet Swanpoel, toutes deux la quarantaine bien passée. La première est née à Marikana, la deuxième s’y est installée il y a des années. Ce sont deux Sud- Africaines blanches typiques, émaillant leurs discours de réflexions qui datent encore de l’apartheid. Mais la guerre qui les oppose aux mines a fait trembler leurs convictions, bousculer leurs habitudes comportementales. Désormais, elles franchissent cette barrière invisible et visible de la race. Elles parlent, pactisent même avec les Noirs pour les soutenir dans leur combat. « Vous m’imaginez, moi? » dit Nina, la coupe de cheveux impeccable, la peau laiteuse d’une femme qui se protège constamment du soleil meurtrier de la région. « Il y a un mois, j’ai défilé auprès d’eux afin de protester contre la mine. » On le sent bien, elle-même n’en revient pas.

Parce qu’un matin de 2008, le destin de cette femme aux rondeurs toutes maternelles s’est fracassé sur l’autel du capitalisme. Propriétaire d’un terrain de 8 ha qui regorge de platine, elle est désormais persona non grata, chez elle. « Je ne suis même plus autorisée à pénétrer les lieux. Je dois demander une autorisation au gardien! » Des barbelés clôturent sa propriété et la barrière a même été enlevée, et remplacée par d’autres barbelés sur lesquels on a posé une pancarte : « Mine Property ». « Au début de l’année 2013, le gouvernement a changé la loi et décrété que les terres regorgeant de minéraux appartenaient au gouvernement. » Nina contemple cette étendue désormais hors d’atteinte et soupire : « C’était de la bonne terre, on pouvait y faire pousser beaucoup de choses, il y a le soleil et suffisamment de pluie mais maintenant, quel désastre! »

La drogue a envahi la ville

Marikana aurait dû représenter le rêve de cette nouvelle Afrique du Sud. Des créations d’emplois, de l’argent qui entre dans les caisses du gouvernement, mais l’affaire a tourné au fiasco. Les « étrangers » ont fait exploser cette bourgade rurale en petite ville où le taux de criminalité affole les compteurs. On dit que la drogue a envahi la ville dont le marché serait tenu par les Pakistanais et les Nigérians. Les Blancs et les Noirs se barricadent chez eux. Marikana découvre la misère et la violence urbaine avec stupeur.

Au pied de la mine de platine, voici le bidonville de Madiclowe. Un ensemble de shacks, des cabanons, qui appartient au groupe Lonmin. Madiclowe, devait être temporaire, de solides maisons devaient suivre. C’était il y a plusieurs années. Il n’y a toujours pas d’électricité, les murs et les toits de tôle s’envolent au premier gros coup de vent, les points d’eau sont à l’extérieur des shacks, et les propriétaires des mines ont bitumé partout, rendant toute plantation impossible. Des Somaliens tiennent le magasin d’alimentation. Ce qui augmente le mécontentement local.

Le combat d’Alet contre les mines l’a un peu aidée. Comparée à la population locale noire, elle fut une femme riche. Elle et son mari possédaient un magasin et des terres. Et puis en 2010, les patrons des mines lui ont pris ses terres. Depuis, elle vit à la sortie de Marikana, dans une sorte de campement à la Robinson Crusoé. Ce qui lui fait dire, non sans humour : « Je suis la seule squatteuse blanche de la région. » Résultat, un bric-à-brac d’objets récupérés, pour une vie de sauvageonne pas prévue du tout dans le destin de cette Afrikaner, endurcie par la vie et les coups du sort. Nina, c’est un peu le pot de terre contre le pot de fer. Elle se présente comme une militante écolo, une whistle-blower (« lanceur d’alerte ») qui passe son temps à récolter des tas de données prouvant que les mines sont dans l’illégalité permanente.

Elle a monté Marikana Ekeforum, une association pour mener la vie dure aux dirigeants des mines de Lonmin, Tharisa et Aquarius. « Les mines ont offert de l’espoir aux gens, dit-elle. Ils y ont cru, mais la population noire locale n’est pas employée. Et nous les Blancs, on nous prend nos terres avec la complicité du gouvernement. » Alors pour espérer gagner, elle a compris qu’il fallait unir les forces. Elle avait organisé un meeting mais la mort de ­Nelson ­Mandela a chamboulé tous ses plans. Pas grave pour cette acharnée qui a repoussé la réunion à la semaine prochaine. Avec ses nouveaux compagnons de lutte. « Ici, les gens sont au bord du précipice. Une autre révolution est en marche. » samedi 14 décembre 2013

Karen Lajon, envoyée spéciale à Marikana (Afrique du Sud) – Le Journal du Dimanche

http://www.lejdd.fr/International/Afrique/Afrique-du-Sud-pas-d-arc-en-ciel-a-Marikana-643869

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16 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

stompie moeketsi (wikipedia)

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James Seipei (1974-1989) , également connu sous le nom de Stompie Moeketsi , était un adolescent militant du Congrès national africain (ANC ) en Afrique du Sud . Lui et trois autres garçons ont été enlevés le 29 Décembre 1988 par des membres des gardes du corps de Winnie Mandela , connu sous le nom du Mandela  football club . Moeketsi a été assassiné le 1er Janvier 1989, le seul des garçons à être tué.

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Militantisme  Moeketsi rejoint le soulèvement de la rue contre l’apartheid dans les années 1980 à dix ans , et prit bientôt un rôle de premier plan . Il est devenu le plus jeune prisonnier politique du pays où il a passé son 12e anniversaire en prison sans procès . À l’âge de 13 ans, il a été expulsé de l’école.

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Assassiné Moeketsi , avec Kenny Kgase , Pelo Mekgwe et Thabiso Mono , ont été enlevés le 29 Décembre 1988 dans le presbytère méthodiste d’Orlando , à Soweto. Moeketsi a été accusé d’être un informateur de la police et tué à l’âge de 14 ans. Son corps a été retrouvé dans un terrain vague près de la maison de Winnie Mandela , le 6 Janvier 1989, et récupéré par la police. Sa gorge avait été coupée . Jerry Richardson , l’un des gardes du corps de Winnie Mandela , a été reconnu coupable de l’avoir  assassiné. Il a affirmé que c’est elle qui lui avait ordonné, avec les autres, d’enlever les quatre  de Soweto,  dont Moeketsi était le plus jeune . Les quatre ont été roués de coups.

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Participation de Winnie Mandela En 1991, Winnie Mandela a été reconnue coupable d’enlè- vement et de complicité de voies de fait,  mais de six ans de prison, sa peine a été réduite à une amende et une peine avec sursis de deux ans en appel. Cet incident est devenu une cause célèbre pour le gouvernement de l’apartheid et les opposants de l’ANC, et le statut d’icône de Winnie Mandela a pris un coup sévère .

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Comparaissant devant la Commission vérité et réconciliation en 1997 , elle a dit des allégationsselon lesquelles elle a été impliquée dans au moins 18 violations des droits de l’homme, dont huit meurtres étaient «ridicules» et affirmé que son principal accusateur , son ancien camarade Katiza Cebekhulu , était un ancien « malade mental » et les allégations portées contre elle étaient des « hallucinations » . La Commission a constaté que l’enlèvement a été effectué sur l’instruction de Winnie Mandela , et qu’elle avait  » initié et participé à des agressions « . Toutefois , en ce qui concerne l’ assassinat, la Commission n’a constaté de la part de Madame Mandela que des «négligences».

http://en.wikipedia.org/wiki/Stompie_Moeketsi

Commentaire: Il manque la description de l’action de ce jeune garçon…

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16 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

afrique du sud: steve biko, l’autre mandela (lm)

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 Il avait été, selon Nelson Mandela, le « premier clou dans le cercueil de l’apartheid ».
Steve Biko, mort en martyr le 12 septembre 1977 entre les mains de la police du régime raciste de Pretoria, repose dans le petit cimetière de sa ville natale, King William’s Town, dans la province du Cap-Oriental. Le souvenir de l’homme, mort en 1977 en prison, que tous jugent exceptionnel, est encore vif en Afrique du Sud.

Il a fallu vingt ans pour qu’à l’anniversaire de sa mort, où plus de 20 000 personnes s’étaient réunies, soit érigé un mur autour du cimetière pour empêcher les vaches du coin de venir brouter l’herbe sur les tombes. L’idée avait été lancée d’ériger aussi un mausolée. La famille s’y était refusée, considérant que Steve Biko n’aimerait pas qu’on l’extirpe du groupe des camarades enterrés comme lui dans leur modeste carré de terre.

Stephen Bantu Biko, dit Steve Biko, immense personnalité, beau gosse aux idées fulgu- rantes, est l’autre grande icône des années de lutte de l’Afrique du Sud (un pays qui n’en manque pas). Comme il se doit, il est mort pur, et il est mort trop tôt. Sur sa pierre tombale, donc, modeste parmi les modestes dans ce « jardin du souvenir » inauguré par Mandela, en 1997, figurent un poing levé et ces mots : « One Azania, one nation » (Azania, terme de l’Antiquité pour désigner une partie de l’Afrique, est utilisé comme synonyme d’Afrique du Sud dans les mouvements inspirés par le Black Consciousness).

« UN HOMME SENSIBLE AUX ARTS, À L’ÉDUCATION, AU DÉVELOPPEMENT »

Les idées de Steve Biko n’ont jamais cessé de circuler en Afrique du Sud, désormais relayées par une fondation qui œuvre dans de multiples secteurs, allant de l’appui à la lecture dans le township à l’organisation de dialogues entre groupes, couleurs, religions ou toutes autres entités à travers le monde, mais aussi en menant une réflexion approfondie sur des questions liées au destin des Africains à travers la planète.

Un bâtiment tout neuf a été érigé pour abriter ces activités, à quelques centaines de mètres à peine de sa maison, où trône encore le joli bureau avec son sous-main en cuir, où Steve Biko a travaillé à certains de ses écrits. A King William’s Town, au premier étage de la fondation qui porte son nom, des visiteurs parcourent un musée qui retrace la vie du martyr, pendant que des ado- lescents du coin répètent en xhosa un spectacle sur le mariage et ses déboires. Ses cliniques existent et fonctionnent encore, comme sa crèche.

« On pense à son combat politique, mais c’était aussi un homme qui s’intéressait à la fois aux arts, à l’éducation, au développement économique », rappelle Obenewa Amponsah, de la fondation.

Steve Biko est né – le 18 décembre 1946 – et a vécu une partie de sa vie à Ginsberg, le township de King William’s Town, qui doit son nom au patron de la fabrique de bougies installée ici au début du XXe siècle. M. Ginsberg n’aimait pas que ses employés s’en aillent trop loin quand ils n’étaient pas à l’usine. Il avait obtenu que la municipalité fasse construire les premières bicoques de ce quartier devenu, au fil des ans, un foyer de contestation.

C’est dans une de ces maisonnettes que Steve Biko a grandi, après avoir perdu son père préma-turément, aux côtés de sa mère, prénommée Alice, qui travaillait comme cuisinière à l’hôpital voisin, élevant ses enfants la tête haute malgré l’adversité. Une modestie qui jamais n’a fléchi, encore un exemple de ces héros anonymes produits par l’Afrique du Sud, ce pays impossible où l’horrible et le sublime se mélangent sans prévenir.

Critique des progressistes blancs adeptes de la protestation prudente plus que de la contestation à risque, qui auraient laissé survivre l’apartheid si on leur avait confié les clefs de la lutte, Steve Biko va à la fois forger une pensée, s’investir dans sa communauté et inspirer une grande partie de la jeunesse noire du pays.

SAUVAGEMENT BATTU, VISAGE DÉJÀ MÉCONNAISSABLE

L’insurrection de Soweto, en 1976, alors que le mouvement anti-apartheid semblait marquer le pas, est à la base un mouvement de jeunes lycéens dressés contre l’éducation au rabais en afrikaans, mais aussi fortement influencés par les idées du Black Consciousness. Dans la foulée, les townships s’enflamment et l’ANC (Congrès national africain) reprend le contrôle du mouvement. Dix-neuf organisations sont interdites (en plus de celles qui l’étaient déjà, comme l’ANC), et Steve Biko est assigné à résidence à Ginsberg.

Le 18 août 1977, il est arrêté à un barrage près de King William’s Town, alors qu’il circule dans un véhicule. L’assignation à résidence inclut l’interdiction de se trouver dans une pièce avec plus d’une personne à la fois, et plus encore de voyager à travers le pays. Steve Biko est transféré à Port Elizabeth. Il va y subir toute la violence des forces de sécurité.

Peut-être les services de renseignement ont-ils été informés de la préparation d’un voyage secret qu’il doit entreprendre (avec atterrissage clandestin d’avion) au Botswana voisin pour y rencontrer le chef de l’ANC en exil, Oliver Tambo, et étudier les possibilités de collaboration entre les organisations.

Quoi qu’il en soit, après avoir été sauvagement battu, le visage déjà méconnaissable, Steve Biko est jeté, nu, sans doute inconscient, à l’arrière d’une Land Rover et transporté à 1 200 km de là, à Pretoria, dans une autre prison abjecte, où sa mort est annoncée le 12 septembre.

La photo que Donald Woods, rédacteur en chef du journal local, The Daily Dispatch, prend de sa dépouille à la morgue, et publie en première page avec cette légende : « Nous saluons un héros de la nation », fera le tour du monde. Donald Woods sera obligé de fuir l’Afrique du Sud. Et Steve Biko devient l’une des grandes figures du mouvement anti-apartheid.

Et si Steve Biko était vivant, l’Afrique du Sud serait-elle différente ? « Si Steve Biko était encore en vie, il serait mort », répond Samdille Ziralala, qui fait visiter sa petite maison de Ginsberg. Le paradoxe, comme souvent en Afrique du Sud, n’est qu’apparent. « Vu ce qu’est devenu l’ANC, que nous, nous appelons “la mafia”, avec son enrichissement et sa corruption, et sachant que Steve Biko ne serait pas resté silencieux face à cela, on l’aurait fait disparaître. »

Jean-Philippe Rémy (King William’s Town, Cap-Oriental, envoyé spécial )

LE MONDE | 13.12.2013 à 14h15 • Mis à jour le 13.12.2013 à 19h22

Christy Moore en l’honneur de Steve Biko:

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15 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

Le président sud-africain perd le soutien de ses électeurs (of)

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Les révélations sur l’usage de fonds publics pour rénover sa résidence privée portent atteinte à son image.

 Le président sud-africain Jacob Zuma a perdu le soutien de ses électeurs après les révélations sur l’usage de fonds publics pour rénover sa résidence privée, selon un sondage publié dimanche alors que le pays enterre son illustre prédécesseur Nelson Mandela. 51% des électeurs du Congrès national africain (ANC), le parti de Mandela et de Zuma, estiment que le chef de l’Etat devrait démissionner en raison de ce scandale, selon ce sondage Ipsos. Un tiers se dit moins prêt à voter pour l’ANC à cause de cela et 42% des sondés estiment que le président a abusé des fonds publics.

Enquête menée auprès de 1000 électeurs de l’ANC Plus de 200 millions de rands (14,5 millions d’euros) ont été dépensés par le ministère des Travaux publics, officiellement pour amé- liorer la sécurité de la propriété familiale de M. Zuma à Nkandla, dans la province du KwaZulu- Natal (est). L’enquête d’opinion, qui avait été commandée auparavant, a été menée après la mort, le 5 décembre, du premier président noir du pays, Nelson Mandela, auprès de 1.000 électeurs de l’ANC.

Alors que le défunt jouit d’un prestige inégalé en Afrique du Sud et dans le monde, ses successeurs ont eu du mal à soutenir la comparaison.

Plusieurs fois mis en cause Jacob Zuma, au pouvoir depuis 2009, a de son côté été mis en cause dans plusieurs affaires de corruption. Il avait d’ailleurs été élu juste après un non-lieu pour une question de forme dans une enquête pour détournement de fonds lors d’un énorme contrat d’armement. L’impopularité croissante du chef de l’Etat s’était exprimée mardi lors d’un hommage international à Nelson Mandela à Soweto, où la foule l’avait hué.

Malgré ce mécontentement, l’ANC reste le grand favori du scrutin de l’an prochain, en raison de son rôle dans le démantèlement du régime raciste d’apartheid dont le mouvement était le principal adversaire. Afrique du Sud – 09h36

http://www.ouest-france.fr/sondage-le-president-sud-africain-perd-le-soutien-de-ses-electeurs-1792268

Commentaire: La mort de Mandela aura mis en lumière les inégalités dans ce pays et activé la chute des corrompus …

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14 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

Sommet franco-africain: continuité à tous les étages

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« Présider la République, c’est ne pas inviter de dictateurs en grand appareil à Paris ».

Telles sont les fortes paroles prononcées par le candidat Hollande au Bourget le 22 janvier 2012. Lauréat du Grand prix de l’entubage, il a invité les 6 et 7 décembre, à Paris précisément, une qua- rantaine de chefs d’État africains à participer à un sommet intitulé « Paix et Sécurité en Afrique »…

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Parmi eux se trouvaient Idriss Déby qui, arrivé au pouvoir au Tchad il y a 23 ans, y règne par la terreur et aurait depuis longtemps dû céder la place sans le soutien constant de l’armée française (face, notamment, aux rébellions qui, en 2005-2006, manquent de peu de le chasser). Étaient aussi là le Congolais Denis Sassou Nguessou, figure emblématique de la corruption à grande échelle des dirigeants africains, en place de 1979 à 1992 et, à l’issue d’une guerre civile, à nouveau sans interruption depuis 1997…

Sans oublier Faure Gnassingbé et Ali Bongo, à qui un coup d’État dans le cas du président togolais et la fraude électorale pour l’actuel président gabonais, ont permis de succéder à leurs pères qui avaient régné respectivement 40 et 42 ans. Et enfin Blaise Compaoré, solidement installé depuis le meurtre de son compagnon Thomas Sankara, il y a 26 ans.

Une indécence qui atteint les sommets ! On pourrait sans peine allonger la liste. L’important est que, en les recevant sur le perron de l’Élysée, François Hollande ne se contente pas de se déjuger une fois de plus. Il témoigne avec éclat de la continuité de la Françafrique sur ses trois piliers : politique (soutien sans faille aux dictateurs amis), économique (prédation organisée des ressources de l’Afrique) et militaire (avec l’éternelle justification coloniale des bonnes causes que l’on prétend défendre).

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De tout cela, un tribunal citoyen a largement rendu compte, le 4 décembre avec l’audition de nombreux témoins. Une belle manifestation a été organisée le lendemain à l’initiative de l’association Survie. De nombreuses organisations africaines et françaises, dont le NPA, y ont appelé.

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Car le seul infléchissement perceptible depuis quelques années, c’est la pose de la feuille de vigne que représente la caution recherchée et obtenue sans peine des Nations unies et de l’Union européenne. Il est clair que, en Afrique comme ailleurs, le changement, ce n’est pas maintenant pour celui qui a conclu son allocution d’ouverture en déclarant : « Aujourd’hui, c’est Nelson Mandela qui préside les travaux de ce sommet »… atteignant ainsi un sommet d’impudence ! Jeudi 12 décembre 2013

Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste – 221 (12/12/2013)

François Brun

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14 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

Cuba: il est encore possible d’éviter le capitalisme (avanti.be)

cuba

Le communiste et ex-diplomate cubain Pedro Campos a raison quand il dit que le sens profond de la politique économico-sociale cubaine actuelle s’exprime dans le projet de Code du Travail, présenté par la direction de la Centrale Ouvrière comme une imposition, sans discussion préalable avec la base, et dont le contenu augmente le pouvoir des patrons, des gérants et des administrateurs et annule toute possibilité de contrôle ouvrier sur leurs décisions.

Comme on s’en souviendra, c’est également la direction de cette centrale syndicale – qui est une courroie de transmission du gouvernement vers les salariés – qui, au lieu de défendre les travailleurs, leur a communiqué la décision des autorités de licencier 2 millions d’entre eux.

A Cuba, comme au Vietnam, la constitution rapide d’une classe capitaliste nationale associée au capital étranger se combine à un contrôle bureaucratique de l’économie et de toute la vie nationale par un parti unique ultra-centralisé et dirigé d’en haut, ainsi qu’avec le libre dévelop-pement de l’action du marché capitaliste. Tout cela reçoit le qualificatif immérité de « socialisme », alors que ce système mène à une aggravation rapide des différences sociales et à l’exclusion de toute intervention démocratique et protagoniste des travailleurs (les sujets supposés d’un changement socialiste réel).

Cela démoralise et dépolitise de vastes couches de la population, surtout urbaines, de la jeunesse et des salariés qui peuvent constater les inégalités croissantes, la brutale contradiction entre les déclarations et les actions des dirigeants « socialistes » et l’augmentation de la corruption.

Ceux qui, durant plus d’un demi-siècle, ont consacré leurs efforts et leur vie au service de la défense et du développement de Cuba et de la construction du socialisme et d’une plus grande égalité sociale se sentent aujourd’hui frustrés. Par contre, ceux qui ont grandi et mûri pendant ces presque trente dernières années de profonde crise économique, mais aussi de crise de l’idéologie officielle, et qui ont dû « se débrouiller » individuellement en dépit de tout et de tous, ne croient en rien, ni en personne. Le gouvernement « gouverne » ainsi sur un vide terrible et son unique carte est la force profondément enracinée du sentiment national des Cubains qui fait que l’immense majorité d’entre eux refusent de voir leur pays redevenir une colonie des Etats-Unis.

Le blocus étatsunien est criminel : il viole la légalité internationale et provoque de très graves difficultés pour Cuba. Mais la responsabilité de la crise économique, politique et morale actuelle retombe principalement sur le paternalisme et le bureaucratisme du Parti-Etat, dans son éducation stalinienne, antidémocratique et dans le volontarisme et le « velléitarisme » de la direction du processus révolutionnaire, coupables de tant d’erreurs et de gaspillages.

Les travailleurs ont été et sont toujours traités comme des mineurs d’âge par les « éclairés », qui les excluent des processus de prise de décision sur leur propre vie et sur l’avenir du pays. C’est cela qu’il faut changer si on veut que Cuba sorte de sa crise. Non pas par la voie russe, chinoise ou vietnamienne, mais bien par la voie d’une démocratie radicale audacieuse, s’appuyant sur l’intervention massive des travailleurs de toutes conditions et qui, par leur exemple, seront capables de ressusciter le soutien politique qu’a connu la Révolution cubaine au début des années 1960 dans toute l’Amérique latine.

Il ne reste pas beaucoup de temps pour ce changement car le mécontentement social se généralise, comme le reflète, entre autres symptômes, le succès de Léonardo Padura, dont l’auda- cieux et excellent roman « L’Homme qui aimait les chiens » a ouvert la voie à son nouveau livre, « Hérétiques ». Un ouvrage profondément sceptique et critique qui, en gardant toutes les distances, le place dans le rôle d’un nouveau Beaumarchais, autrement dit d’un intellectuel intégré dans un régime mais qui s’en fait le critique populaire en dénonçant ses insuffisances et ses faussetés qui risquent probablement de provoquer sa chute.

Il existe actuellement une intense discussion dans les secteurs très minoritaires mais courageux et révolutionnaires qui, comme Pedro Campos, continuent d’être socialistes et veulent stopper la marche en avant vers la transformation des apparatchiks en néocapitalistes, comme cela est arrivé en Russie, ou vers la naissance d’une classe de millionnaires capitalistes « communistes  » et membres du parti, comme en Chine. Ils mettent en avant la nécessité impérieuse d’étudier sérieusement l’histoire du stalinisme à Cuba, depuis la participation des communistes au gou- vernement de Batista (le dictateur renversé par la révolution de 1959, NdT), jusqu’à ses positions face au mouvement dirigé par Fidel Castro peu avant la révolution et leur agissement au cours des premières années du régime révolutionnaire.

Ils posent également la nécessité de faire un bilan des relations entre la Révolution cubaine d’une part et l’Union Soviétique et les partis communistes du monde entier d’autre part. En effet, ce n’est qu’après l’explosion du navire « Le Coubre » dans le port de La Havane et le débarquement de mercenaires dans la Baie des Cochons en 1961 que le gouvernement révolutionnaire fut poussé par les attaques des Etats-Unis à conclure une alliance avec l’Union Soviétique. Cette dernière l’avait d’ailleurs reconnu très tardivement puisque, jusqu’alors, c’était un gouvernement nationaliste anti-impérialiste non aligné sur Moscou, et encore moins socialiste.

L’option pragmatique prise à partir de 1961 d’appliquer la fausse théorie selon laquelle « l’ennemi de mon ennemi est mon ami » et de rétribuer l’achat de sucre et les fournitures d’armes par l’URSS en se déclarant « marxiste-léniniste », autrement dit en adoptant les positions de l’URSS, n’était pas la seule voie possible et le peuple cubain n’a pas été consulté sur ce point. Il a été placé devant le fait accompli par Fidel Castro quand ce dernier a soudainement déclaré à la radio que Cuba était « socialiste », sans définir de quel socialisme il s’agissait pour l’île. Aucune des politiques ultérieures n’étaient elles non plus les seules options possibles, parce qu’il n’existe jamais une option unique et parce qu’à Cuba, les révolutionnaires anti-impérialistes au pouvoir n’ont jamais recourus à l’intervention démocratique pleine et entière des travailleurs.

Or, c’est cette intervention démocratique sur les décisions politiques, sur base de toute l’information nécessaire, qui constitue la base même de la construction du socialisme. C’est donc bien cela qu’il faut changer aujourd’hui avant qu’il ne soit trop tard. Guillermo Almeyra 14 décembre 2013

Source :
http://www.jornada.unam.mx/archivo_opinion/autor/front/13/38586
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera

Sur Cuba lire aussi

• Dossier : Cuba à la croisée des chemins (I)

• Dossier : Cuba à la croisée des chemins (II)

• Entretien avec Leonardo Padura, auteur de « L’Homme qui aimait les chiens ».

• Cuba : 54 ans de Révolution

http://www.avanti4.be/actualite/article/il-est-encore-possible-d-eviter-le-capitalisme

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12 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

A Fukushima, le gouvernement veut renvoyer les réfugiés dans les zones contaminées (bastamag)

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Ils sont plus de 160 000 à avoir fui les territoires irradiés par la catastrophe de Fukushima.

Et ne disposent d’aucune aide financière pour recommencer leur vie ailleurs. Pour le gouvernement japonais, la priorité est au retour dans les zones contaminées. Gratuité des logements publics vacants, suivi sanitaire et allocation mensuelle réservés aux résidents, mesures de décontamination des sols… Tout est mis en œuvre pour générer un élan au retour. Sur place, des citoyens, chercheurs et juristes se mobilisent pour la reconnaissance légale du « droit au refuge » : le droit à vivre ailleurs, dans un environnement non contaminé.

C’est une promesse scandée par le gouvernement japonais depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima. Les 160 000 personnes évacuées de leurs maisons irradiées pourront, un jour, revenir chez elles. Mi-novembre, un rapport [1] rendu public est allé à l’encontre de la doctrine officielle. Les auteurs, des membres du Parti libéral-démocrate – qui détient la majorité absolue à la Chambre des représentants – exhortent le gouvernement à abandonner cette promesse de retour et à soutenir financièrement les déplacés pour qu’ils puissent vivre ailleurs. Mais pour le moment, aucune mesure concrète n’a été adoptée dans ce sens. En mai 2013, les autorités japonaises ont même décidé de rouvrir les zones interdites en relevant la norme de radioprotection de la préfecture de Fukushima de 1 à 20 millisieverts/an (mSv/ an) (lire notre article). Un taux équivalent au seuil maximal d’irradiation en France pour les travailleurs du nucléaire…

« Le gouvernement continue à inciter les populations à revenir vivre dans les zones contaminées, parfois à 10 km de la centrale, confirme Cécile Asanuma-Brice, chercheuse à la Maison franco-japonaise de Tokyo, institut de recherche sur le Japon contemporain [2]. Dans des villes comme celles de Tomioka, plus rien ne fonctionne, il n’y a plus d’économie locale, qui pourrait avoir envie de vivre là ? » Cette sociologue urbaine, qui vit au Japon depuis 12 ans, ne s’est jamais posée la question du nucléaire, jusqu’au 11 mars 2011. Alors que le tsunami contraint des dizaines de milliers d’habitants à migrer, elle se penche sur les politiques de relogement.

(…)
Bombe à retardement

Pour le moment, le gouvernement nippon espère convaincre les résidents de retourner dans les zones dont le niveau de contamination est inférieur à 20 mSv/an, en conservant un objectif à long terme de 1 mSv/an. Le Premier ministre japonais Shinzo Abe envisage toujours de redémarrer en 2014 les 50 réacteurs nucléaires de l’Archipel. Il peut compter pour cela sur la France. Le 17 avril dernier, un convoi de Mox (assemblage d’uranium appauvri et de plutonium), affrété par l’entreprise française Areva, est parti de Cherbourg vers le Japon (lire notre enquête sur les enjeux commerciaux et industriels de cette livraison).

Sur l’île, une bombe à retardement continue de reposer à 30 mètres du sol. Depuis le 18 novembre 2013, la compagnie japonaise Tepco, exploitant de la centrale de Fukushima, a commencé le retrait des 1 533 barres de combustible nucléaire entreposées dans la piscine du réacteur 4. Une opération extrêmement dangereuse : la quantité de césium 137 présente dans la piscine serait « équivalente à au moins 5 000 fois celle dégagée par le bombardement atomique d’Hiroshima », selon un expert nucléaire de l’université de Kyoto [3]. Selon Tepco, ce gigantesque chantier devrait se terminer d’ici fin 2014. « Il n’y a malheureusement pas « d’après » Fukushima aujourd’hui, car cela n’est absolument pas fini, résume Cécile Asanuma-Brice. Pour reprendre les termes du penseur allemand Günther Anders, on pourrait plutôt dire que « Fukushima, c’est déjà demain » ».

12 décembre 2013 Sophie Chapelle En entier: http://www.bastamag.net/A-Fukushima-le-gouvernement-veut

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