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17 août 2013 ~ 0 Commentaire

Que se passe-t-il en Égypte ?

Que se passe-t-il en Égypte ? dans Antimilitarisme egypte-la-colere-des-chretiens-coptes_article_landscape_pm_v8

Le pouvoir a dispersé le mercredi 14 août par la force et avec une violence extrême les deux places au Caire que les Frères Musulmans occupaient depuis plus de six semaines.

Il y aurait eu, à l’heure où nous écrivons, 638 morts et 4 000 blessés selon le ministère de la santé ( beaucoup plus selon les Frères Musul-mans). La majorité des victimes sont des pro-Morsi, sur ces deux places mais aussi dans de nombreuses villes d’Égypte où les manifestations des Frères Musulmans et de leurs alliés islamistes dénonçant le pouvoir ont été brutalement réprimées par les forces de police.

En riposte, les Frères Musulmans ont attaqué plusieurs commissariats et sièges de gouvernorats, des sièges de parti laïcs, mais aussi et surtout brûlé ou saccagé de nombreuses églises et bâtiments chrétiens coptes (70 selon les autorités coptes dont écoles et orphelinats semble-t-il) comme des voitures, maisons, magasins appartenant à ces derniers. Parmi les victimes, il y aurait donc aussi une cinquantaine de policiers, un certain nombre de coptes et quelques journalistes. Par ailleurs, contre les violences des Frères Musulmans à l’encontre des chrétiens et souvent aussi de certains résidents de quartiers, des contre manifestations de résidents ont eu lieu dans différentes villes notamment à Suez où les mouvements de jeunesse de la ville ont prononcé un couvre feu spécial pour les Frères Musulmans, pendant qu’ils s’en prenaient également aux biens de ces derniers, voitures ou magasins.

Au prétexte du chaos, le pouvoir a décrété le couvre feu et l’état d’urgence pour un mois au Caire et dans 11 gouvernorats sur 18, nommant à la tête de chacun de ces gouvernorats un général à la retraite pour la durée de l’état d’urgence en même temps qu’il assurait de sa volonté de la poursuite du processus électoral qu’il garantit pour 2014.

Le vice président El Baradei du FSN a démissionné pour protester contre la brutalité du pouvoir. Le parti salafiste Al Nour, le Mouvement du 6 avril ( démocrates révolutionnaires) et les Socialistes Révolutionnaires (trotskystes) ainsi que le responsable de Al Azhar (autorité religieuse musulmane) ont dénoncé les violences du gouvernement en place, alors que la grande majorité des partis ( opposition libérale, démocrates, nassériens, gauche…) soutenaient les mesures d’évacuation des places prises par le gouvernement avec, parfois, seulement quelques bémols sur la méthode.

Aujourd’hui, vendredi 16 août, les Frères Musulmans appellent à de nouvelles manifestations pour dénoncer le régime et ses violences, en défiant le couvre feu ( 19 h) dont la répression pourrait être tout aussi sanglante, sinon plus.

Pour essayer de comprendre ce qui s’est passé et tenter de se faire une idée de où cela peut aller, retournons un peu en arrière.

De juin 2012 à juin 2013 : montée du mouvement social et discrédit croissant des Frères Musulmans Une tentative de coup d’état militaire fin juin 2012 échoue devant une menace de soulèvement populaire. Son but était de mettre fin à l’agitation incessante qui traverse le pays depuis janvier 2011, manifestations, grèves, occupations, sit-in, blocages de routes, voies ferrées et bâtiments officiels, affrontements de rue violents, etc… avec dans bien des cas, une exigence de dégager tous les « petits Moubarak » à tous les niveaux de l’État ou de l’économie.

En juillet 2012, les Frères Musulmans accèdent au pouvoir avec Morsi comme président à l’occasion des élections prési- dentielles. Mais dans ces élections, au premier tour, les suffrages en faveur des Frères Musulmans se sont littéralement effondrés. Ce sont les candidats révolutionnaires qui obtiennent la majorité des voix, en particulier le candidat socialiste nassérien. Mais, divisés, ils n’accèdent pas au pouvoir. Au second tour, avec une abstention importante pendant que d’autres appellent au boycott, Morsi est élu, mais par défaut. Les électeurs n’ont pas voté pour lui mais contre le candidat de l’armée (qui était au pouvoir depuis février 2011). L’armée, éternelle rivale des Frères Musulmans (mais aussi sa complice contre le peuple) accepte à son corps défendant, le nouveau pouvoir. Les sommets de l’armée jouent le jeu et participent à leur gouvernement avec deux ministres, pendant que les Frères Musulmans multiplient les gestes en faveur de l’armée et de ses avantages. L’armée voit dans les Frères Musulmans, avec leurs deux millions de membres, leurs organisations de charité multiples et leur contrôle d’un grand nombre de mosquées, la seule force sociale et idéologique capable de s’opposer à la révolution montante.

Il faut dire que la situation économique, ne s’améliore pas, au contraire. Morsi au gouvernement mène ouvertement une politique pro-capitaliste et anti-ouvrière. Son gouvernement doit alors faire face à une montée jamais vue des grèves et des mécontentements en tous genres. Il manie la répression, avec l’aide de l’armée et la police, tout aussi violemment que le gouvernement précédent du CSFA (armée).

Du coup, en un an de pouvoir, les Frères Musulmans ont perdu tout crédit. En décembre 2012, contre le mouvement populaire que rien n’arrête, Morsi tente un coup de force en s’attribuant tous les pouvoirs. Un soulèvement populaire quasi insurrectionnel tente de le faire tomber. Morsi n’est sauvé que par le soutien de l’opposition du FSN qui accepte de jouer le jeu d’un pseudo-référendum sur l’islamisation des institutions pour détourner le fleuve de la rue et l’entraîner vers des querelles religieuses. Morsi gagne le référendum à la faveur de tricheries considérables et dans le cadre d’une abstention massive où, de fait, tous les partis institutionnels d’Égypte sont mis en minorité par le peuple.

A partir de là, les émeutes et soulèvements vont devenir incessants. De très nombreux sièges du Parti de la Justice et de la Liberté  (parti des Frères Musulmans) sont incendiés ou saccagés, tout spécialement par les milieux les plus populaires. En février et mars 2013, un soulèvement des villes du canal de Suez, en particulier Port Saïd, met à mal l’autorité du gouvernement. Morsi décrète le couvre feu mais personne n’obéit. Port Saïd est quasi aux mains des insurgés. On voit apparaitre des embyons d’auto-organisation. Une partie de la police fait grève, refusant de soutenir le pouvoir de Morsi complètement discrédité. L’armée prend ses distances avec Morsi et tente de se refaire une virginité politique en apparaissant au dessus des factions. On revoit des petites manifestations de pro-Moubarak.

En mars, avril et mai 2013, la contestation repart sur un terrain économique. Elle atteint des taux records mondiaux de grèves et de protestations populaires. Les revendications sont économiques : salaires, emploi, eau, électricité, gasoil… Mais en même temps, dans bien des cas, elles ont aussi un caractère politique. Les grévistes exigent que leurs dirigeants, des services comme des entreprises, soient « dégagés ». Bref, que la révolution de 2011 qui avait chassé Moubarak soit complétée par une révolution qui chasse tous les oppresseurs, des chefs d’entreprise aux chefs de services hospitaliers en passant par tous ceux qui ont des postes et des responsabilités à tous les niveaux. Dans ce cadre de mécontentements grandissants, une campagne politique de signatures proclamant l’illégitimité de Morsi, baptisée Tamarod  (Rébellion) est lancée par de jeunes militants proches de l’opposition institutionnelle du FSN. Cette campagne demande des élections présidentielles anticipées.

Du 30 juin au 3 juillet 2013 : vers une deuxième révolution, sociale celle-là Dans le contexte de grèves et d’agitation considérables, elle a un succès hors du commun. Tout le monde s’en empare, des comités Tamarod naissent partout, bien souvent dans les usines, et débor- dent les initiateurs comme les objectifs initiaux. La pétition obtient 20 millions de signatures (alors que Morsi a été élu par 13 milions de voix, dont beaucoup par défaut). Pour beaucoup, l’illégitimité de Morsi signifie qu’il doit partir tout de suite. Une manifestation de remise des signatures est prévue le 30 juin.

On ne sait pas exactement combien de personnes sont venues ce jour-là. Les estimations les plus basses sont de 14 millions de manifestants, les plus hautes de 30 millions. La participation populaire est énorme. Les grévistes de mars, avril et mai sont là. Mais les dirigeants de Tamarod ont exigé qu’aucune banderole d’organisation, de parti, de syndicat et d’entreprise n’apparaisse. Seuls les drapeaux égyptiens et les pancartes individuelles sont autorisées. Le caractère ouvrier des manifestations ne se voit donc pas ; le caractère « national » si. Un seul mot d’ordre « Morsi dégage ». La manifestation dure alors 4 jours sans faiblir. Le peuple tout entier est dans la rue. Y compris beaucoup de nouveaux qui n’avaient participé à rien jusqu’à présent. C’est une fête gigantesque. L’armée craint alors non seulement que le peuple fasse chuter Morsi, mais qu’à cette occasion, une fois ce résultat obtenu, les manifestations continuent et que cette fois-ci, la foule des revendications de mars, avril et mai, économiques et politiques, ne soient portées au devant du mouvement. A partir de là, la propriété et l’État pourraient être directement menacés. L’armée en premier, puisqu’elle est propriétaire de 20 à 40% de l’économie.

Le risque est d’autant plus réel que des rumeurs d’appel à une grève générale par les syndicats se précisent. C’est le spectre du scénario de janvier 20011 qui ressurgit, mais cette fois, la deuxième révolution sera sociale. Appelée à intervenir par un certain nombre de partis d’opposition qui s’inquiètent de la tournure des événements, notamment les socialistes nassériens, l’armée, par la voix du général Sissi, ex-ministre de la défense de Morsi – pose alors le 1er juillet un ultimatum de 48 H à Morsi : il s’en va, organise des élections, ou alors c’est l’armée qui le dégage. C’est la joie chez les manifestants. L’obstacle de l’armée semble levé. Les gens poussent un « ouf » de soulagement. Il n’y aura pas de bain de sang.

Cependant, la majeure partie des manifestants continue à occuper la rue, n’ayant qu’une confiance limitée dans l’armée et préférant faire le boulot eux-mêmes. D’autant plus que les Frères Musulmans n’abandonnent pas. Leurs militants agressent violemment les manifestants faisant de nombreux blessés et quelques morts, sans que l’armée ou la police n’intervienne pour protéger les manifestants. On voit apparaître alors un certain nombre de comités de quartiers d’auto-défense dans différentes villes pour se protéger des violences des Frères Musulmans.

Par contre la majorité des partis et syndicats d’opposition, soulagée par l’intervention de l’armée, se précipite sur sa proposition et s’engouffre derrière elle. Les dirigeants de Tamarod, eux, sont divisés. Ils hésitent un instant. Certains appellent les manifestants à dégager eux-mêmes Morsi, à ne pas attendre que l’armée le fasse, à créer leurs propres comités et à aller le chercher dans son palais. Mais la majorité de la direction de Tamarod finit par se rallier à l’armée et ne propose plus aux manifestants que d’attendre que celle-ci fasse elle-même le boulot. Les directions syndicales font de même et annulent leur mot d’ordre de grève générale.

Toute l’opposition organisée, à l’exception des Socialistes Révolutionnaires, est derrière l’armée.A partir de ce moment, on voit surgir un peu partout, et de plus en plus, des slogans en faveur de l’armée, des portraits de Sissi fournis par l’armée mais portés par l’opposition, par des anciens du PND ( parti de Moubarak) qui profitent de l’occasion et du caractère « national » des manifestations, pour tenter de se glisser dans la foule, et, enfin, par des primo-manifestants qui n’avaient pas eu encore à subir la répression policière ou militaire. Il a été souvent dit à ce moment que les égyptiens étaient versatiles, qu’ils se mettaient à adorer l’armée qu’ils combattaient quelques mois plus tôt. Non, les égyptiens ne sont pas des imbéciles. Ce sont tous les partis d’opposition, y compris la direction de Tamarod, qui ont porté cette politique de soutien à l’armée, entraînant seulement alors avec eux la partie de la population la moins consciente. Les égyptiens ne sont pas tant derrière l’armée qu’on les a montré.

Bonapartisme et logique de la situation après le 3 juillet 2013 L’armée arrête Morsi le 3 juillet puis un certain nombre de dirigeants des Frères Musulmans. L’armée a volé les fruits de la révolution, mais c’est l’explosion de joie chez les manifestants et la fête permanente dans la rue pendant plusieurs jours pour des millions d’égyptiens. Le but affiché est atteint : Morsi est tombé. L’armée nomme ensuite un gouver- nement où figurent les anciens de l’opposition libérale (comme El Baradei) et nassérienne, notamment le ministre du travail ( ancien dirigeant du syndicat oppositionnel né de la révolution de janvier 2011) avec le soutien de l’ancienne opposition démocrate, Tamarod et bien d’autres. Les Frères Musulmans sont confrontés à une situation catastrophique pour eux. Cela faisait 70 ans qu’ils travaillaient à arriver au pouvoir. Et là, en seulement un an tout s’effondre.

Comment échapper au désastre ? Ils profitent alors du fait que ce n’est pas une révolution populaire jusqu’au bout qui les a chassé du pouvoir mais un coup d’État de l’armée, pour se réclamer de la légitimité démocratique. Morsi a été élu, crient-ils partout. Oubliée la tentative de coup d’État de Morsi en décembre, oubliées les tricheries éhontées lors des scrutins, la participation très faible, oubliée la répression extrêmement violente des grèves et manifestations, les multiples atteintes aux libertés démocratiques, les restrictions aux droits des journalistes, de la justice… Oubliée surtout la pétition de 20 millions de signatures, les 14 à 30 millions d’égyptiens qui ont crié dans la rue pendant plusieurs jours, dans une démocratie directe infiniment plus représentative, qu’ils ne voulaient plus d’eux. Non, ils seraient la vraie démocratie : en tous cas celle que veulent les occidentaux.

Craignant de tout perdre, leur appareil ne s’effondre pas. Il s’accroche. D’autant plus qu’ils obtiennent le soutien entier ou partiel de quasiment tous les pays occidentaux. Ils ne cherchent pas à s’adresser au peuple égyptien qui vient de montre qu’il ne voulait plus d’eux, mais à leurs propres militants et sympathisants, pour ne pas les perdre. Ils les enferment alors, et s’enferment avec eux, dans une bulle. D’une part, ils les abreuvent d’informations fantaisistes, aidés par la presse occidentale, en leur faisant croire qu’ils sont des millions mais surtout que l’islam est menacé par l’armée, les mécréants et les chrétiens. D’autre part, ils multiplient les occupations de places et les manifestations agressives contre le pouvoir… et les chrétiens. Dans ce combat pour la survie, repliés sur eux, il est probable qu’au sein des Frères Musul- mans, le pouvoir soit passé aux plus intégristes. D’autant plus que l’armée essaie de les faire éclater en jouant sur leurs divisions internes. La violence de leur comportement est en effet dépassée par celle de l’armée qui n’hésite pas, à plusieurs reprises, à faire tirer dans le tas, à tuer.

L’agressivité et la violence des Frères Musulmans ne gêne pas l’armée. Au contraire, ça l’arrange et doublement. D’une part, ça permet de faire que les Frères les plus modérés s’éloignent de leur propre direction, ainsi on a vu apparaître des scissions, des « Frères contre la violence ». D’autre part et surtout, cette guerre religieuse contre les chrétiens, contres les citadins riverains de leurs manifestations, lui permet de se hisser au dessus des partis comme un Bonaparte. Plus c’est le chaos, plus l’armée et à la police peuvent gagner une légitimité comme garantes de l’ordre, de la stabilité et de la paix civile. Enfin l’armée tente ainsi de détourner la colère sociale sur des objectifs religieux. Ainsi, les deux adversaires/complices, armée et Frères Musulmans, ont besoin de la violence de l’autre pour assurer leur pouvoir, interne pour les uns ou externe pour les autres.

La spirale est lancée. C’ est pourquoi lorsque des Frères Musulmans agressent des chrétiens ou simplement des résidents, l’armée laisse faire. Il y aurait un danger pour elle, à ce que les résidents ou riverains des manifestations ( qui parfois se transforment en attaque d’églises, saccages de magasins anti-morsi, voitures avec auto-collants anti-Morsi…) et occupations de place par les islamistes ( des espèces de camps retranchés avec check point, fouille au faciès, tabassage éventuel pour les riverains) ne s’organisent eux-même pour se protéger, ce qu’ils font assez souvent. Cependant, les occupations de rues par les Frères Musulmans ne sont pas assez nombreuses pour qu’il y ait ce risque. Au contraire même, l’hostilité populaire à l’égard de la politique économique de Morsi qui s’est fait entendre en mars, avril, mai et juin et qui l’a fait tomber, s’est déplacée contre l’ensemble des Frères Musulmans au fur et à mesure que ceux-ci, depuis le 30 juin et ensuite, ont multiplié les violences à l’égard des anti Morsi, des chrétiens ou des résidents riverains de leurs occupations et manifestations. C’est ce qui a permis à l’armée d’intervenir pour dégager les places ces jours-ci et faire un bain de sang tout en décrétant l’état d’urgence. Elle savait qu’elle ne trouverait pas d’opposition dans la population, qui dans son ensemble, s’est dit que les Frères Musulmans l’avaient bien cherché.

On voit évidemment où l’armée voudrait aller et où la politique des Frères Musulmans les portent : une situation à l’algé- rienne, comme en 1991, où l’armée justifiait sa dictature par la nécessité de combattre le terrorisme islamiste et où les islamistes tenteraient de récupérer la colère sociale exprimé dans les émeutes populaires par leur radicalisme pour ensuite l’embrigader derrière eux. Est-ce pour autant que ce discrédit croissant des Frères, l’acceptation de leur massacre par le peuple, signifie que la population soutient l’armée et rentre dans l’engrenage dans lequel l’armée et les Frères Musulmans tentent de l’entraîner ?

Pourquoi la révolution n’a pas dit son dernier mot Si le danger est réel, si le mécanisme de l’engrenage est clair, il est loin d’être enclenché au niveau des classes populaires. Car pour qu’il puisse s’engager, il faudrait que le peuple ait renoncé à tout espoir révolutionnaire, il faudraitt qu’il ait abandonné son combat pour ses propres revendications. Et qu’alors, en désespoir de cause, il s’engage derrière l’un ou l’autre des deux protagonistes institutionnels.

Pour cela, il faudrait qu’il ait été écrasé, comme l’avait été le soulèvement du peuple algérien. Or il ne l’a pas été. Il a été trompé, baladé, on lui a volé sa révolution, mais il n’a pas pas été écrasé. Et sa situation économique est catastrophique. Même trompé, désabusé, il n’a pas d’autre choix que de lutter pour sa survie. Il a faim. Et la faim n’attend pas. Il faudrait que le peuple égyptien ait été écrasé pour qu’il ne continue pas ce combat.

Mardi 13 août, pour la première fois avec ce gouvernement où figure donc l’ancien dirigeant du principal syndicat oppositionnel, la police a réprimé une grosse grève dans une aciérie à Suez. C’est ça le vrai but de l’armée et du pouvoir ; c’est ça le but de leur état d’urgence, de leurs attaques contre les Frères Musulmans. Ils limitent les libertés pour viser les grèves, s’attaquer à la révolution elle-même. Mais si le pouvoir a réprimé une grève, c’est que malgré l’appel du ministre du travail à suspendre les grèves et à se retrousser les manches pour sauver l’économie égyptienne, malgré le soutien de l’opposition politique et syndicale à l’armée, malgré le conflit sanglant entre l’armée et les Frères destiné à détourner l’attention, il y a des grèves, pour des revendicatiosn économiques, et toujours pour dégager les petits Moubarak. Et semble-t-il – car il est difficile d’avoir des informations à ce sujet – pas qu’un peu. Des journaux ont même parlé d’une nouvelle vague de grève vers la fin juillet, très loin des conflits religieux dans lesquels on essaie de les entraîner.

Ainsi l’indifférence du peuple égyptien à l’égard du sort des Frères Musulmans est le signe que ses préoccupations sont ailleurs plus qu’il ne soutient l’armée. Des banderoles de manifestants le disaient à Sissi : tu nous a débarrassé de Morsi, c’est bien, mais maintenant on attend que tu fasses quelque chose pour nous. Et c’est urgent. Le peuple pour, le moment, très loin des manœuvres des uns et des autres, très loin de ce que peuvent raconter les journaux et les télés, est dans ses problèmes de survie quotidienne, toujours dans la logique de la révolution pour « le pain, la justice sociale et la liberté » et regarde le combat armée/Frères plus en spectateur que partie prenante. Or si le peuple n’abandonne pas son indépendance, ne marche pas dans l’engrenage du combat religieux, pendant que ses deux ennemis se tapent dessus, cela ne fait que les affaiblir mutuellement. Il est donc bien possible que lors de la prochaine vague de grèves, on voit surgir en plus grand nombre des organes d’auto-organisation.

C’est d’ailleurs peut-être par crainte de ces grèves que l’armée a précipité sa décision de dégager les places occupées par les frères Musulmans. En effet, les deux années passées, vers le 15 septembre, au moment de la rentrée scolaire, se sont déclenchées de grosses vagues de grèves initiées par les enseignants, suivis par les médecins de services publics, qui ont été, à chaque fois, proche d’enclencher une grève générale. On ne voit pas pourquoi ce serait différent cette année. La différence, c’est que cette année, le caractère national des grèves d’enseignants et médecins, pourrait bien donner l’expression unificatrice politique que la multitude des grèves et protestations de mars à mai, cherchait et avait cru trouver dans l’initiative de Tamarod.

Le pouvoir (comme les Frères Musulmans) le sait. Il a jusqu’à la rentrée pour tenter d’entraîner le peuple dans l’engrenage de sa guerre. Après – mais cela peut arriver avant, car le peuple égyptien nous a surpris plus d’une fois – l’armée et les Frères Musulmans (réconciliés ?) pourraient ne plus guère avoir les moyens d’arrêter le fleuve révolutionnaire. On peut donc s’attendre d’ici là à une aggravation des violences entre l’armée et les Frères… mais aussi bien d’autres surprises.

La révolution continue.

16 août 2013 par Jacques Chastaing  Source : http://npa2009.org/node/38494

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15 août 2013 ~ 0 Commentaire

Russie, homosexualité, avortement, cléricalisme : la réaction à l’œuvre (LO)

Russie, homosexualité, avortement, cléricalisme : la réaction à l'œuvre (LO) dans International kiss

Après l’adoption fin juin par les députés russes, à l’initiative du président Poutine, d’une loi réprimant la prétendue « propagande de relations sexuelles non traditionnelles, entendre homosexuelles, à destination des mineurs », certains, en Europe de l’Ouest et en Amérique, ont évoqué la possibilité de protester en boycottant les prochains jeux Olympiques d’hiver à Sotchi, dans le sud de la Russie.

S’agissant de dirigeants occidentaux, leur position est d’autant plus hypocrite qu’ils ne trouvent rien à redire quand certains États amis jettent en prison les homosexuels, voire les condamnent à mort, telle l’Arabie saoudite, grande alliée des États-Unis au Moyen-Orient.

« Réactionnaires, bigots de tous les pays, unissez-vous » À cette occasion, on a aussi entendu d’autres voix étaler leurs préjugés réactionnaires. Ainsi, à la veille de la « Journée de la famille, de l’amour et de la fidélité », instaurée par l’État russe qui valorise désormais le mariage religieux, Béatrice Bourges, du Printemps français, une égérie des manifestations contre le mariage pour tous, a félicité « la Russie qui montre l’exemple » en interdisant la « propagande homosexuelle ». L’ancien colonel du KGB qui dirige la Russie a les soutiens qu’il mérite. En Russie, les rares manifestations défendant les droits des homosexuels ont été, comme d’habitude, sévèrement réprimées par la police et les supplétifs du régime, amicales parachutistes, milices d’extrême droite, le tout béni par l’Église orthodoxe.

Car là-bas, comme partout, les prêtres voudraient régenter les esprits et la vie privée de chacun. Depuis des années, en Russie, la hiérarchie orthodoxe s’efforce de restreindre toujours plus les droits des femmes, notamment en matière d’interruption de grossesse. Et le régime russe, qui ne peut pas plus se passer de sa police contre ceux qui le contestent dans la rue que d’une police cléricale des alcôves, donne toujours plus de gages à cette dernière. Ce n’est pas un hasard si, le jour même où la Douma, l’Assemblée nationale russe, votait cette loi homo- phobe voulue par l’Église et le Kremlin, elle créait un délit « d’offense à la religion ». En prévoyant des sanctions encore plus graves qu’en cas de « propagande homosexuelle », puisqu’en matière religieuse elles vont jusqu’à trois ans de prison et l’équivalent de 12 000 euros d’amende !

Tsarisme et stalinisme C’est en 1716, sous Pierre-le-Grand, le tsar qui prétendait moderniser la Russie à coups de knout, qu’on décréta la première loi frappant de châtiments corporels et d’exil les militaires soupçonnés d’homosexualité. Au siècle suivant, Nicolas 1er, appuyé par l’Église orthodoxe, aggrava ces sanctions et les étendit aux civils.

La révolution d’Octobre 1917, elle, légalisa l’avortement et dépénalisa l’homosexualité. L’État soviétique était un pionnier en ces domaines comme en bien d’autres. Mais le stalinisme fut la négation des avancées permises par le pouvoir bolchevique : en mars 1934, Staline décréta que les homosexuels étaient des criminels passibles de quatre à cinq ans de camp.

Cette législation répressive ne disparut qu’en 1993. Les enquêtes d’opinion d’alors indiquaient que la moitié au moins des sondés étaient favorables à des droits égaux, quelle que soit l’orientation sexuelle de chacun. Malgré le poids du passé tsariste, puis stalinien, la population était moins conservatrice que ses dirigeants. Mais après 2000, pour restaurer un État fort, Poutine s’appuya, comme Pierre 1er et Nicolas 1er avant lui, sur les préjugés les plus crasseux, chauvinisme, xénophobie, et les prêtres de l’ordre moral.

Aujourd’hui, le régime pèse d’autant plus en ce sens qu’en cherchant à imposer un conformisme obscurantiste, misogyne et homophobe, il espère gagner le soutien des secteurs les plus réactionnaires et arriérés de la société pour faire contrepoids à toute forme de contestation, alors que sa popularité s’effrite. Pierre LAFFITTE

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2350&id=28

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15 août 2013 ~ 0 Commentaire

Ce qui devait arriver, arriva…

Ce qui devait arriver, arriva... dans Antimilitarisme gigipic Camarade égyptien

Le pouvoir vient de disperser par la force et une violence extrême les places que les Frères Musulmans occupaient depuis plus d’un mois.

Il y aurait à cette heure, d’après le ministère de la santé, 149 morts ( les Frères Musulmans disent 2 000). Le pouvoir décrète le couvre feu et l’état d’urgence pour un mois. Le vice-président El Baradei du FSN démissionne pour protester contre les violences.  Dans le même temps de très nombreuses églises et locaux de chrétiens ont été brûlés ou saccagés par les Frères Musulmans et autres islamistes dispersés et chassés des places qu’ils occupaient.
Hier l’armée était intervenue violemment pour briser la grève des ouvriers  de l’acier de Suez faisant de nombreux blessés et procédant à des arrestations. C’est évidemment le but: à travers la répression contre les Frères Musulmans, qui eux tentent de détourner la colère contre les chrétiens et sèment la confusion, l’armée tente de s’attaquer à la révolution.

Elle décrétant l’Etat d’urgence et le couvre feu, elle justifie par avance l’interdiction de toute grève, de toute manifestation et donc l’imposition de sa dictature. Elle utilise le FSN, les libéraux, les nassériens, les démocrates et les syndicats (au gouvernement ou qui la soutiennent) pour essayer de faire passer son attaque.
Ce n’est pas la première fois que l’armée impose l’état d’urgence, le couvre feu et tente un coup de force. Et jusqu’à présent , le peuple égyptien a toujours déjoué ses manœuvres. Il en sera de même cette fois-ci, soyons en sûrs.
Jacques Castaing  Egypte, 14.08.2013, 20 H:

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15 août 2013 ~ 0 Commentaire

A bas le régime militaire! A Bas Al-Sissi, le chef de la contre-révolution!

A bas le régime militaire! A Bas Al-Sissi, le chef de la contre-révolution! dans International rev-socialism

Déclaration des socialistes révolutionnaires égyptiens sur les massacres du Caire

La dissolution sanglante du sit-in à Al-Nahda Square et Raba’a al-Adawiyya n’est rien qu’un massacre préparé à l’avance. Il vise à liquider les Frères musulmans. Mais, il est aussi le cadre d’un plan visant à liquider la révolution égyptienne et restaurer l’état militaro-policier du régime de Moubarak.

Les socialistes révolutionnaires n’ont pas défendu un seul jour le régime de Mohamed Morsi et des Frères musulmans. Nous avons toujours été dans les rangs de l’opposition à ce criminel, son régime a échoué et a trahi les objectifs de la révolution égyptienne. Il a même protégé les piliers du régime de Moubarak et de son appareil de sécurité, les forces armées et les hommes d’affaires corrompus. Nous avons fortement participé à la vague révolutionnaire du 30 Juin. Nous n’avons pas soutenu un seul jour le sit-in des Frères et leurs tentatives de retour de  Morsi au pouvoir.

Mais nous devons mettre les événements d’aujourd’hui dans leur contexte, qui est l’utilisation de l’armée pour démolir des grèves ouvrières. Nous voyons également la nomination de nouveaux gouverneurs provinciaux, en grande partie issus des rangs des vestiges de l’ancien régime, de la police et des généraux de l’armée. Puis il y a la politique du gouvernement du général Abdel Fatah Al-Sissi. Il a adopté une feuille de route clairement hostile aux objectifs et aux exigences de la révolution égyptienne, qui sont la liberté, la dignité et la justice sociale.

C’est dans ce contexte que le massacre brutal de l’armée et de  la police a été commis. Il s’agit d’une répétition générale sanglante de la liqui- dation de la révolution égyptienne. Il vise à briser la volonté révolutionnaire de tous les Egyptiens qui revendiquent leurs droits,  les travailleurs, pauvres, jeunes ou révolutionnaire, en créant un état de terreur.

La réaction des Frères musulmans et des salafistes d’attaquer les chrétiens et leurs églises, est un crime sectaire qui ne sert que les forces de la contre-révolution. La sale tentative de créer une guerre civile, dont les chrétiens égyptiens seraient les  victimes, venant des Frères musulmans ,  Moubarak et Al-Sisi en sont complices, qui n’ont jamais, une seule journée, défendu les coptes et leurs églises.

Nous dénonçons fermement  les massacres d’Al-Sisi et  sa sale tentative de renverser le cours de la Révolution égyptienne. Le massacre d’aujourd’hui est la première étape d’une contre-révolution. Nous sommes avec la même fermeté contre toutes les agressions envers les chrétiens d’Égypte et contre la campagne sectaire qui ne sert que les intérêts d’Al-Sissi et de son projet sanglant.

Beaucoup de ceux qui se décrivent comme  « libéraux » et « de gauche »  ont trahi la révolution égyptienne, leurs leaders ont pris part au gouvernement de Al-Sissi. Ils ont vendu le sang des martyrs afin de blanchir l’armée et la contre-révolution. Ces gens ont du sang sur les mains.

Nous, socialistes révolutionnaires, ne dévierons jamais de la voie de la révolution égyptienne. Nous ne ferons jamais de compromis sur les droits des martyrs : ceux qui sont tombés face à Moubarak, ceux qui sont tombés face au Conseil militaire, ceux qui sont tombés face au régime de Morsi, et ceux à qui revient désormais d’affronter Al-Sissi et ses chiens.

A bas le régime militaire!
Pas le retour de l’ancien régime!
Non au retour des frères!
Tout le pouvoir et la richesse à la population!

Les socialistes révolutionnaires 14 Août 2013

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13 août 2013 ~ 0 Commentaire

Négociations (Afps Cornouaille)

Négociations (Afps Cornouaille)  dans Anticolonialisme

Communiqué

Le Groupe du Pays de Cor­nouaille de l’Association France-​​Palestine Soli­darité tient à faire connaître son indi­gnation devant les annonces, les 8 et 11 août, par le Premier ministre israélien, de la construction au total de 2000 loge­ments pour les colons israé­liens.

Alors que des négo­cia­tions de paix israélo-​​palestiniennes doivent reprendre pro­chai­nement sous l’égide des USA, le gou­ver­nement israélien continue impu­nément à déve­lopper à Jérusalem-​​Est et en Cis­jor­danie des colonies illé­gales au regard du droit international.

Cela ne peut que confirmer les récents propos d’un avocat israélien, co-​​fondateur de l’association paci­fiste israé­lienne Yesh Din ( « Il y a une loi »), affirmant que “le pro­cessus de paix est devenu un ennemi majeur des droits de l’homme”. Cela donne également raison à celles des orga­ni­sa­tions de l’OLP qui refusent la reprise du pro­cessus de paix dans de telles condi­tions par le Pré­sident de l’Autorité Palestinienne.

Le groupe de l’AFPS estime que des négo­cia­tions de paix ne peuvent se dérouler que dans le cadre de l’ONU, dans le respect du droit inter­na­tional, et donc après l’arrêt complet par Israël du pro­cessus de colo­ni­sation, qui est en train de rendre impos­sible la création d’un État pales­tinien viable dans les fron­tières de 1967. Il demande au gou­ver­nement français d’agir dans ce sens.

Pour le groupe de l’AFPS,  Yves Jardin AFPS Pays de Cornouaille, mardi 13 août 2013

http://www.france-palestine.org/Negociations-communique

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12 août 2013 ~ 0 Commentaire

Birmanie, les rockeurs punks s’élèvent contre la violence des moines (LP-Ca)

Kyaw Kyaw, chanteur du groupe Rebel Riot.... (Photo: AP)

Les rockeurs punks sont habitués à attirer l’attention, mais cette fois cela n’est pas dû uniquement à leurs cheveux roses, leurs vestes de cuir ou leurs tatouages de crânes:

ces jeunes rebelles n’hésitent pas à dénoncer les moines bouddhistes qui incitent à la violence contre les musulmans, alors que le reste de la société birmane garde le silence. «S’ils étaient de vrais moines, je ne dirais rien, mais ce n’est pas le cas», a dit Kyaw Kyaw, le chanteur du groupe Rebel Riot, pendant que son batteur reprenait le rythme d’une nouvelle chanson qui dénonce l’hypocrisie religieuse et un mouvement antimusulman baptisé 969.

«Ce sont des nationalistes, des fascites. Personne ne veut l’entendre, mais c’est vrai», a-t-il ajouté. Les moines radicaux se trou- vent au premier rang d’une campagne sanglante lancée contre les musulmans, et rares sont ceux qui acceptent de les dénoncer au sein de cette société de 60 millions d’habitants principalement bouddhistes. Pour plusieurs, le bouddhisme est une composante fondamentale de leur iden- tité birmane et les moines, les membres les plus vénérables de la société, sont au dessus de tout reproche. D’autres refusent tout simple- ment de se rendre à l’évidence ou croient ceux qui racontent que les «étrangers» musulmans représentent une menace à leur culture et à leurs tra- ditions. Ce silence est aussi dangereux que les foules qui détruisent des mosquées ou qui applaudissent pendant que les musulmans sont pour- chassés et battus à mort, a dit Michael Salberg, le directeur des affaires internationales pour la Ligue antidéfamation, un organisme américain.

«Ce ne sont pas les auteurs de ces crimes qui posent problème, a-t-il affirmé, en évoquant les conditions qui ont mené à l’Holocauste en Allemagne ou au génocide rwandais. Ce sont les témoins qui ne font rien.»

Après un demi-siècle de règne militaire impitoyable, un gouvernement quasi-civil arrivé au pouvoir il y a deux ans a mis en place de vastes réformes, libérant la dissidente Aung San Suu Kyi de son assignation à domicile, relâchant les restrictions contre les rassemblements paci- fiques, libéralisant les médias et abolissant la censure.

Ces mêmes libertés ont permis à des moines comme Wirathu, un orateur charismatique partisan de 969, de se faire enten- dre. Il récolte de plus en plus d’adeptes alors qu’il traverse le pays pour appeler à un boycott des commerces musulmans, pour demander une interdiction des mariages entre musulmans et bouddhistes et pour prévenir que les musulmans pourraient bientôt représenter la majorité en Birmanie – même s’ils ne forment actuellement que 4 pour cent de la population. «Tout ce que je peux dire, c’est que les gens devraient étudier les enseignements du Bouddha et se demander, est-ce que c’est ce qu’il voulait dire?», a lancé Ye Ngew Soe, le chanteur de 27 ans de No U Turn, le groupe de punk rock le plus populaire du pays.

Il a écrit la chanson Human Wars quand la violence dont faisaient l’objet les musulmans rohingya dans l’État de Rakhine a commencé à se propager ailleurs au pays. «Quand je visite des régions urbaines, j’entends parler de 969, de haine contre les musulmans, de violence. Ça ne devrait pas se passer comme ça», a-t-il dit.

Rares sont ceux qui osent dénoncer la situation. Le président Thein Sein a interdit la distribution au pays d’une copie du magazine Time qui présentait Wirathu comme «le visage de la terreur bouddhiste». Il a ensuite émis un communiqué dans lequel il déclare son appui à 969 et affirme considérer le moine extrémiste comme «un fils du seigneur Bouddha». Pour sa part, l’opposante Aung San Suu Kyi se fait dis- crète à l’approche des élections de 2015, par crainte qu’elle ne soit punie lors du scrutin si elle est perçue comme étant antibouddhiste.

Il ne reste donc que les rockeurs punks, qui sont familiers avec l’isolement et la persécution. Sous le régime militaire, ils ne pouvaient que chanter en privé ou loin des regards. Pendant que les menaces d’arrestation ou d’incarcération en réduisaient plus d’un au silence, ils dénonçaient les exactions de l’armée et demandaient pourquoi des hommes d’affaires bien branchés s’enrichissaient pendant que tous les autres souffraient. Ils ont aujourd’hui un nouveau champ de bataille, celui de la persécution religieuse. Kyaw Kyaw, de Rebel Riot, se plait à dire que s’il ne peut pas changer le monde, ou la Birmanie, ou même Rangoon, il peut au moins avoir une influence sur ceux autour de lui. «Ils peuvent nous arrêter, on s’en fout, a dit le jeune homme de 26 ans, le fils d’un policier. Ou nous pouvons être attaqués par certains groupes. On s’en fout, nous sommes prêts à affronter cette mentalité. Mais nous voulons dire ce que nous pensons.»

Robin McDowell Associated Press Rangoon, Myanmar

http://www.lapresse.ca/arts/musique/201308/05/01-4677160-les-rockeurs-punks-selevent-contre-la-violence-des-moines.php

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11 août 2013 ~ 0 Commentaire

Chine, l’état du mouvement syndical et des luttes ouvrières (1)

Chine, l’état du mouvement syndical et des luttes ouvrières (1) dans International

Membres du comité de rédaction du site China Labour Net, Au Loong-Yu et Bai Ruixue sont engagés de longue date dans la solidarité avec les luttes ouvrières en Chine continentale comme à Hongkong.

Membre fondateur du Globalization Monitor, Au Loong-Yu a aussi été l’un des porte-parole de l’Alliance du peuple lors des manifestations contre la réunion du Fonds monétaire international dans l’ancienne colonie britannique, en 2006.

La firme taïwanaise Foxconn emploie 1, 5 million de salariés en Chine continentale, produisant des composants élec- troniques pour des marques comme Apple. Elle a annoncé qu’elle autoriserait l’élection de représentants syndicaux en juillet 2013. Pensez-vous que la démocratisation des sections syndicales d’entreprise est possible dans le contexte d’un Etat policier ?

Selon des médias occidentaux, il s’agirait de la première tentative de syndicalisation à Foxconn. Cela n’est pas exact. En 2007, la Fédération des syndicats de Chine (connue sous son sigle anglais d’ACFTU) avait publiquement annoncé qu’elle avait constitué une section syndicale d’entreprise dans une usine de Foxconn où une lutte s’était récemment produite. Le quotidien Southern Metropolitan Daily a interviewé des travailleurs de cette entreprise. Ils lui ont dit ne pas savoir ce qu’était un syndicat, ou qu’ils ne prendraient contact avec la section syndicale qu’en dernier ressort. Donc, au moins à Shenzhen, il y a déjà un syndicat à Foxconn, mais personne ne sait s’il a fait quoi que ce soit pour les ouvrières et les ouvriers.

Deux travailleurs de Foxconn Zhengzhou se sont suicidés en se jetant dans le vide voici moins de quinze jours, après que la direction a imposé sans préavis le « mode silencieux » à ses salariés. Les employés se sont plaints qu’il leur était interdit de parler au travail, soit plus de 10 heures par jour. Cela en a conduit plus d’un au désespoir. Foxconn est connu pour imposer à sa main-d’œuvre une discipline militaire. Dans la seule année 2010, quatorze travailleurs se sont donné la mort. On se demande ce que la Fédération des syndicats a jamais fait pour empêcher Foxconn de traiter ses salariés comme des esclaves. Si une section syndicale d’entreprise avait une effectivité, comment la direction pourrait-elle leur imposer le « mode silencieux » sans même les consulter ?

Pas de syndicats libres sans liberté politique Nous ne partageons pas l’idée selon laquelle une démocratisation générale des syndicats dans l’entreprise est possible en l’absence de libertés civiles dans le pays. L’expérience de la réélection de la section syndicale de Honda Foshan le montre. Les travailleurs de Honda Foshan ont mené une lutte héroïque et victorieuse en 2010, obligeant la direction et la section locale de la Fédération des syndicats non seulement à consentir une augmentation de salaire, mais aussi à assurer une réélection syndicale dans l’usine. En 2012, une ONG a enquêté sur cette réélection. Malgré la rhétorique des dirigeants du Parti communiste et de l’ACFTU, dans le Guangdong, sur le respect du droit des travailleurs à une élection démocratique, il s’avère qu’il ne s’agissait que d’une élection partielle, une partie seulement de la direction syndicale y étant soumise. Le précédent président, contre lequel les grévistes étaient très remontés, a gardé son siège.

Une élection complète a finalement eu lieu en 2011, sous l’auspice du syndicat local. Cependant, en accord avec les procédures établies par l’ACFTU, la direction sortante a monopolisé le processus de nomination des candidatures à la nouvelle direction. Ainsi, les em- ployés de niveau « encadrement », directorial, ont été autorisés à se présenter comme candidats devant le congrès syndical. De plus, ils ont bénéficié d’un ratio délégués/membres bien plus favorable que les travailleurs du rang.

En conséquence, des membres de l’encadrement ont été élus à la direction du syndicat, alors que les militants qui avaient mené la lutte de 2010 se voyaient éjectés. Les élections dans les secteurs et les comités à la base se sont produites après la reconstitution complète de la direction syndicale centrale de l’usine. Cette procédure a été délibérément organisée pour être très compliquée, très lente, de façon à pouvoir être plus aisément manipulée d’en haut. Et puis, récemment, le 18 mars dernier, les travailleurs d’Honda Foshan sont à nouveau entrés en grève, n’étant pas satisfaits du programme d’ajustement salarial proposé par la direction et le syndicat de l’entreprise. A leurs yeux, ce programme n’était à l’avantage que des niveaux les plus élevés du salariat et il désavantageait les salariés du bas de l’échelle. A la suite de la grève, des hausses de salaire plus élevées ont été offertes aux deux échelons les plus bas.

Les syndicats officiels contestés Cette grève semble bien indiquer que la capacité du syndicat de défendre les intérêts des travailleurs n’est pas très significative. Elle montre le peu de communication entre la section syndicale et les travailleurs du rang, le fait que ces derniers ont dû une nouvelle fois la contourner et engager eux-mêmes une grève pour défendre leurs droits. A la vérité, les ouvriers expliquaient que la position du syndicat était la même que celle de la direction de l’entreprise. Deux semaines plus tard, c’était au tour de travailleurs d’une autre boite, l’usine électronique Ohms à Shenzhen, de demander que son poste soit retiré au président élu du syndicat, Zhao Shaobo. Zhao avait été élu à ce poste l’an dernier à la suite d’une grève exigeant précisément que les travailleurs aient le droit de pouvoir élire leurs propres représentants. Cependant, certains salariés accusent maintenant Zhao et le syndicat de n’avoir pas protégé leurs intérêts, notamment en ce qui concerne la défense du contrat de travail de 22 employés qu’Ohms a décidé de ne pas reconduire au début de cette année. Selon les tra- vailleurs, Zhao a même essayé de les convaincre d’accepter les propositions de la direction de l’entreprise. « Nous ne voulons pas que le président de notre syndicat penche du côté de la direction. Nous voulons élire quelqu’un qui parle pour nous », a dit l’un des ouvriers.

Qu’en est-il des syndicats dans le secteur public ? Il y a beaucoup moins d’informations concernant les syndicats dans les entreprises d’Etat, les SOE ou State Owned Enterprises, « entreprises possédées par l’Etat ». Les médias de masse couvrent plus volontiers les grèves et les réélections syndicales dans le secteur privé, et plus spécialement encore dans les entreprises étrangères, car ils peuvent toujours pointer du doigt les investisseurs étrangers en les accusant de ne pas respecter les lois. Quand la même chose se passe dans le secteur public, étatique, des représentants officiels de l’Etat sont nécessairement et directement impliqués. Du coup, le risque est grand que la presse soit censurée, à moins que les protestations ne deviennent plus larges et ne durent plus longtemps.

De façon générale, dans le secteur privé, la règle est probablement que les syndicats soient réduits à des coquilles vides sous le contrôle des employeurs, le parti-Etat ayant peu d’espace pour intervenir. En revanche, dans le secteur étatique, et même si les entreprises d’Etat ont aujourd’hui une direction plus indépendante que par le passé, l’héritage du rôle du parti et de son intervention sur les lieux de tra- vail n’a pas totalement cédé la place au pouvoir de la direction de l’usine. Bien entendu, les rapports de forces peuvent varier considérable- ment d’une région à l’autre ou suivant les industries. Cela implique probablement que dans le secteur étatique, si les travailleurs veulent un syndicat contrôlé sur leur lieu de travail par les salariés du rang, ils risquent de devoir s’affronter non seulement à la direction de l’entreprise, mais aussi à l’appareil d’un parti hostile et présent au sein même de l’usine.

Un autre fait montre que les syndicats officiels en font bien peu pour protéger les travailleurs de ce secteur. Selon le code du travail, les entreprises d’Etat ne peuvent faire appel à de la main-d’œuvre intérimaire que pour compléter la main d’œuvre régulière, et ce, uniquement dans le cas où cette dernière ne peut pas remplir telle ou telle tâche spécifique. Pourtant, aujourd’hui, elles y recourent massi- vement et l’ACFTU n’a pas rejeté cette pratique devenue courante.

En un mot, rien ne porte à croire que la Fédération des syndicats de Chine va cesser d’agir comme un instrument du parti au pouvoir et de son orientation capitaliste. Même si, à l’occasion, l’ACFTU faisait quelque chose d’utile aux travailleurs, ce ne serait qu’un agenda secondaire. En 2010, sous la pression du lobby patronal de la province de Guangdong et des investisseurs de Hongkong, une clause qui aurait pu conduire à l’élection de représentants des travailleurs pour des « consultations collectives » a été retirée du projet de « règlements sur la gestion démocratique des entreprises » de cette province. La clause originelle n’avait pourtant rien de révolutionnaire,  l’ACFTU aurait contrôlé la nomination des candidats et le mot « négociation » n’apparaissait pas, étant considéré trop « antagonique » ; néanmoins, les révi- sions successives ont vidé la version finale de ce projet de loi de tout sens pour les travailleurs.

Huang Qiaoyan, un professeur de droit à l’université Sun Yat-Sen du Guangzhou, a décrit en ces termes la version révisée de 2011 : elle « reflète le souhait des personnes qui ont rédigé le projet de continuer à contrôler, via les divers niveaux du syndicat, la revendication croissante des travailleurs pour des consultations collectives sur les salaires. Elles ne veulent pas voir une situation où se développeraient des actions spontanées des travailleurs et où les syndicats ne pourraient pas intervenir, qu’ils ne pourraient pas organiser et contrôler. »

Malgré tout cela, le mouvement ouvrier international tend à travailler toujours plus étroitement avec la Fédération des syndicats de Chine, renforçant ainsi sa légitimité. Une crédibilité qui a été une nouvelle fois accordée à l’ACFTU en juin 2011, quand elle a été élue à l’organe dirigeant de l’Organisation internationale du Travail (OIT) par le groupe « salariés ». Vendredi 9 août 2013

Publié dans : Revue Tout est à nous ! 45 (juillet 2013)

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11 août 2013 ~ 0 Commentaire

Chine, l’état du mouvement syndical et des luttes ouvrières (2)

Chine, l’état du mouvement syndical et des luttes ouvrières (2) dans International af18c608-6c35-11df-8a3e-4878cbeca058

Comment évaluez-vous le niveau actuel de mobilisation ouvrière en Chine ?

Pendant plus de dix ans, les luttes ouvrières en Chine sont pour l’essentiel restées économiques. Les résistances aux privatisations dans le secteur d’Etat auraient potentiellement pu ouvrir la voie à des luttes plus politiques, mais cela ne s’est pas concrétisé du fait des rapports de forces : d’un côté, les travailleurs de ce secteur étaient démoralisés et avaient subi des défaites, de l’autre ils auraient dû faire face à une répression sévère.

Une nouvelle génération sans le poids des défaites Néanmoins, les luttes économiques dans les deux secteurs (étatique et privé) peuvent conduire à des changements positifs, même si limités. C’est doublement important. Du fait des gains immédiats obtenus par des victoires, comme l’arrêt de privatisations, l’obtention de meilleures conditions de travail ou la réduction des atteintes à l’environnement. Du fait aussi,  ce qui est encore plus important, que de telles victoires peuvent inspirer d’autres actions à l’avenir ; qu’elles peuvent contribuer à renforcer leur potentiel de succès, comme on l’a vu avec la lutte des travailleurs de l’acier de Tonghua et de l’automobile chez Honda. La forme prise par ces résistances reflète aussi le caractère de plus en plus hardi de la présente génération. A cet égard, et bien qu’encore à une petite échelle, la tentative des travailleurs de Pepsi de coordonner leurs actions via Internet dans plusieurs provinces mérite particulièrement d’être relevée. Dans le passé, une telle coordination avait certes pu être envisagée, mais la peur des conséquences aurait eu un effet dissuasif.

Le fait que les jeunes travailleurs de Honda ont déclaré qu’ils agissaient dans l’intérêt de la classe ouvrière chinoise tout entière montre qu’il y a des signes indiquant que cette nouvelle génération, libérée de la terrible défaite de 1989, a la capacité potentielle de regarder au-delà des enjeux immédiats et de s’identifier à des préoccupations plus vastes que celles limitées à leur propre entreprise. Notons aussi que la répression est aujourd’hui moins effective que les années passées. Non seulement parce que les manifestants deviennent plus har- dis, mais aussi et au-delà, parce que c’est le début d’un changement plus fondamental des perceptions tant du côté du peuple que de la classe dominante. La peur recule, alors que la bureaucratie sent que sa légitimité s’érode graduellement. Après plus de vingt ans de privatisations par et pour la bureaucratie dominante, cette dernière s’est tellement enrichie que la colère s’accumule non seulement chez les travailleurs, mais aussi dans la bourgeoisie privée et les classes moyennes supérieures.

Les « netizens » (citoyens du Net) jouent ici un grand rôle. Depuis des années, ils réclament la publication des chiffres des dépenses des sangong xiaofei, ce qui veut littéralement dire les dépenses des représentants du gouvernement durant leurs voyages à l’étranger, telles qu’achats de voitures, réceptions officielles et banquets. Quand le montant en a finalement été publié, les netizens l’ont jugé déraison- nablement élevé et ont dénoncé le fait qu’il augmentait perpétuellement, le chiffre officiel était de 10 milliards de yuans (soit 1, 63 milliard de dollars) l’an dernier. Les netizens ont alors exigé la publication des montants correspondant aux différents ministères, ce que le gouvernement s’est récemment résigné à faire. Ils ont aussi recouru à des moteurs de recherche pour enquêter sur des hauts fonctionnaires corrompus et ont rendu publiques leurs découvertes.

Ce mode de militantisme a un impact qui va au-delà des réseaux branchés sur Internet. Il influence la perception de plus en plus négative que la population a du parti dirigeant. En conséquence, même s’il est difficile pour les luttes économiques du salariat d’acquérir une dimension politique vu le caractère répressif du régime, la décadence continuelle de ce dernier érode sa légitimité. A moyen terme, cela peut politiser la société, que ce soit à l’occasion d’un grand scandale, d’une lutte de fractions au sein du parti dirigeant, de l’apparition d’une crise économique ou d’une combinaison de tels facteurs.

Est-ce que l’accroissement continu du salaire minimum, l’expansion des logements publics, etc., auxquels on a assisté ces dernières années, indiquent que le parti-Etat possède à la fois la volonté politique et les moyens institutionnels de mettre en œuvre sa politique d’amélioration de la vie du peuple ?

Cette dernière décennie, le salaire minimum s’est effectivement accru de façon continue, mais il faut aussi tenir compte de l’inflation crois- sante – le chiffre officiel est relativement bas, mais on ne peut pas s’y fier. Pour les salariés que nous avons interviewés, la vie reste difficile avec les loyers et le prix des aliments en hausse ; une hausse qui n’est jamais pleinement reflétée dans les statistiques officielles.

Un capitalisme bureaucratique prédateur Ces dernières années, le PCC a promu une réforme du droit du travail et, à s’en tenir aux ap- parences, a mis en place un Etat-providence. Cette question, cependant, doit être évaluée dans son contexte politique. La bureaucratie s’est transformée en une classe capitaliste bureaucratique. Elle a pu le faire avec aisance parce qu’elle se place au-dessus de toute loi, excepté son droit divin à la dictature d’un parti unique. En conséquence, son objectif est de devenir riche à travers sa tâche : l’administration de la société. C’est pourquoi un grand nombre de logements publics a été distribué non pas à des pauvres, mais à des fonctionnaires gouvernementaux et à leurs protégés. C’est aussi pourquoi, si la bureaucratie fait à l’occasion appliquer la loi qui donne droit au peuple à des bénéfices économiques, cela vient toujours après son objectif premier : piller le pays.

Et quand les gens se lèvent pour exiger leurs droits légitimes, le parti-Etat répond par la répression. Même quand elles peuvent paraître bonnes en elles-mêmes, tant que les réformes sociales et économiques continueront à être interprétées et mises en œuvre par les seuls dirigeants du parti, elles tourneront nécessairement, tôt au tard, au vinaigre. Ainsi, les bénéfices économiques ne sont pas seuls à être désespérément nécessités, il en va de même du pouvoir politique au peuple, mais il s’agit de quelque chose que le parti-Etat ne concèdera jamais s’il n’y a pas une très forte pression d’en bas.

N’oublions pas que le gouffre grandissant entre riches et pauvres, comme entre le parti et le peuple, est avant tout le résultat de l’existence de ce parti-Etat et de son capitalisme bureaucratique. En conséquence, l’Etat n’est pas la solution aux contradictions profondes de la Chine : il est plutôt un problème en lui-même,  sa corruption rampante s’impose de façon croissante comme un fardeau insupportable pour la société et provoquera un jour ou l’autre une implosion.

La presse a récemment affirmé que des entreprises chinoises et étrangères quittent la Chine en plus grand nombre pour le Bangladesh et le Vietnam, à cause d’un déficit de main-d’œuvre et de la montée des coûts salariaux. Qu’est-ce que cela va changer pour le pouvoir de négociation des travailleurs ?

Du fait de l’appréciation de la devise chinoise, du déficit de main-d’œuvre et de la hausse des salaires nominaux, le nombre de firmes quittant la Chine a été en augmentation depuis un certain temps déjà ; et cela devrait continuer dans les années à venir. En règle générale, cela devrait jouer en faveur des salariés, mais pour l’heure ce n’est pas aussi significatif que l’on pourrait le croire.

Dans un pays où prévaut la loi de la jungle, les capitalistes, avec l’aide du talon de fer de l’Etat, peuvent toujours trouver le moyen de contourner le déficit de main-d’œuvre et la hausse des coûts salariaux. Ils peuvent par exemple faire appel à des internes des écoles professionnelles, la plupart d’entre eux n’étant même pas adultes : leurs stages en entreprise sont arrangés par les institutions locales d’ensei-gnement public et par les municipalités des provinces ou villes exportatrices. Il y a bien d’autres exemples de collusion entre capitalistes et gouvernements locaux. C’est ainsi que Honda Foshan, comme bien d’autres entreprises, surmonte le déficit de main-d’œuvre.

Un autre moyen est de mettre des enfants au travail. Cette pratique s’était un peu réduite ces dernières années, mais nous suspectons qu’elle regagne le terrain perdu. Nous connaissons des cas à Chaozhou, dans la province de Guangdong, où à nouveau des entreprises de l’ha- billement recourent illégalement à une main-d’œuvre infantile à coût réduit.

Cependant, les bas salaires n’ont jamais été le seul avantage dont bénéficie la Chine. De fait, il y a dix ans, les salaires chinois n’é- taient pas les plus bas en Asie. Les travailleurs chinois sont très productifs par rapport à d’autres pays au niveau de développement écono- mique comparable. Cette main-d’œuvre est en effet très disciplinée et relativement éduquée, ce qui est le résultat combiné d’un Etat très ré- pressif, mais né d’une révolution. Cela continue à contribuer à faire de la Chine l’atelier du monde. Il y a encore d’autres facteurs à prendre en compte, mais nous ne pouvons pas les aborder ici. Ce qui importe, par rapport à la question posée, c’est que même si la période d’abon- dance de la main-d’œuvre est maintenant derrière nous, le statut de la Chine comme atelier du monde ne va pas pour autant disparaître rapidement. Vendredi 9 août 2013Publié dans : Revue Tout est à nous ! 45 (juillet 2013)

Par Au Loong-Yu et Bai Ruixue, Propos recueillis par Pierre Rousset

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10 août 2013 ~ 0 Commentaire

Ambassades fermées : la lutte contre le terrorisme a bon dos (CI)

Ambassades fermées : la lutte contre le terrorisme a bon dos (CI) dans International omar

La presse américaine ne cache pas son scepticisme concernant la fermeture, depuis le 4 août, de plusieurs représentations diplomatiques américaines au Moyen-Orient et en Afrique en raison de menaces d’attentats d’Al-Qaida.
La « concomitance » entre la divulgation des menaces et la récente controverse autour de la National Security Agency (NSA, l’Agence nationale de la sécurité), est soulignée par le Christian Science Monitor.  Selon ce quotidien, « si ces informations n’arrivent pas à point nommé pour détourner l’attention des déboires que connaît la NSA, après les révélations de Edward Snowden, elles offrent toutefois une opportunité pour mettre en avant les mérites de ses pratiques ». Le quotidien est sceptique et avance qu’il serait possible que le réseau d’Al-Qaida soit en train de tester les capacités de réactions des Etats-Unis en permettant intentionnellement l’interception de ces messages. « La réalité ne correspond peut-être pas à ce qui est affiché ».

Le Washington Post pour sa part, adopte un ton critique : « si les menaces d’Al-Qaida, un mouvement de plus en plus décentralisé, provoquent la fermeture pour une semaine de dix-neuf ambassades, consulats et autres postes diplomatiques, Washington a alors une dé- cennie de politique de lutte contre le terrorisme erronée ». Le chroniqueur du Post, Eugene Robinson, poursuit : « Basée au départ en Afgha- nistan, l’organisation d’Oussam Ben Laden a été décimée. Et on entend régulièrement des nouvelles annonçant la mort de membres de cette organisation à partir de tir de drones. Il y a donc une contradiction entre ces succès et le besoin de fermer tant de missions américaines pour se protéger d’une attaque ».

En réalité, « la politique américaine a favorisé le développement d’Al-Qaida dans d’autres pays ». Et c’est dans un « Yémen livré à l’anarchie qu’une branche a pu se construire, celle-là même qui est à l’origine de l’alerte de ses derniers jours », précise le quotidien avant d’ajouter : il y a d’ailleurs des branches d’Al-Qaida qui sont actives en Libye, où le consulat américain à Bengahzi a été attaqué en septembre 2012, d’autres qui se sont emparées du nord du Mali avant d’en être chassées par l’intervention militaire de la France en janvier 2013. Il y a également des membres d’Al-Qaida qui se battent contre le régime de Bachar El-Assad en Syrie, en proie à une guerre civile.

« La fermeture des représentations diplomatiques américaines n’a pas manqué de susciter la jubilation des djihadistes et de leurs sympa- thisants », relève de son côté le New York Times qui rapporte des échanges caustiques sur un forum djihadiste en ligne se moquant de la mobilisation et des mesures de sécurités prises par les Américains et de leur coût faramineux. « Les djihadistes ne sont d’ailleurs pas les seuls à percevoir cette alerte contre le terrorisme d’un œil moqueur », poursuit le Times. « Les ambassades fermées sont d’ores et déjà tellement fortifiées et lourdement surveillées pour prévenir toutes attaques que de nombreux diplomates se plaignent de ces conditions qui compliquent de plus en plus leur travail ».

http://www.courrierinternational.com/article/2013/08/09/ambassades-fermees-la-lutte-contre-le-terrorisme-a-bon-dos

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10 août 2013 ~ 0 Commentaire

Une action concertée transnationale « plantations Bolloré »(Ael)

Une action concertée transnationale « plantations Bolloré »(Ael) dans Altermondialisme cocaplma

 Les riverains ne lâchent rien !

Mercredi 5 juin, jour de l’Assemblée générale des actionnaires du groupe Bolloré, les riverains des plantations (de palmiers à huile et/ou d’hévéas) contrôlées par celui-ci dans trois pays en Afrique ont organisé des actions simultanées de blocage et de perturbation des palmeraies. Si la manifestation a été annulée en Sierra Leone pour raison de sécurité, plusieurs centaines de villageois libériens ont occupé la plantation SRC pendant que des paysans et chefs traditionnels camerounais se rassemblaient devant le siège de la Socapalm à Douala.

Une manifestation de riverains a été bloquée par les forces de l’ordre en Côte d’Ivoire alors qu’ils marchaient vers l’usine centrale. Pour se hisser à l’échelle de la multinationale, ces riverains ont décidé de coordonner leurs luttes pour réaliser cette action concertée transnationale.

Les revendications sont similaires du Cameroun au Sierra Leone. La première : protection de l’espace vital de 250 ha de terres cultivables autour des villages riverains pour les paysans locaux. Les surfaces plantées des sociétés africaines de la Socfin sont en effet passées de 87 303 à 99 683 ha en deux ans. La seconde : compenser cette privation de terres par des services sociaux conformément aux conventions et baux concédés par les États africains. L’interdiction d’accès des riverains aux centres de santé de la Socapalm au Cameroun avait, par exemple, été un motif de soulèvements réguliers.

Une délégation de ressortissants résidant en France des pays concernés (munie de banderoles, tracts et outils agricoles) est venue « accueillir » les actionnaires au siège du groupe avec le ReACT (Réseau d’action concertée transnationale) et l’Afaspa* (Association française d’amitié et de solidarité avec les peuples d’Afrique). Opération de charme et de communication de Bolloré en réponse : « monsieur Vincent » a dû sortir de l’assemblée des actionnaires pour « recevoir » les revendications. Manifestations en Afrique contre Bolloré: « Cette première action internationale n’est que le début. Nous sommes déterminés à faire respecter nos droits et M. Bolloré devra finir par l’entendre », a affirmé, depuis le Cameroun, Emmanuel Elong, porte-parole du Synaparcam, le Syndicat des paysans riverains de la Socapalm. « M. Bolloré nous a reçus. Nous lui avons relayé la revendication commune de l’organisation dans les plus brefs délais d’une négociation transnationale avec des représentants des riverains de tous les pays concernés », a expliqué d’une voix la délégation parisienne intervenue devant le siège de Bolloré lors de l’AG des actionnaires.

En fait, après coup, Bolloré nargue la puissante mobilisation coordonnée contre son groupe dans les quatre pays con- cernés et à Puteaux en refusant la négociation transnationale qui lui est proposée. Le groupe cherche visiblement à diviser l’action concertée transnationale en programmant des rencontres séparées, en septembre prochain, avec les représentants des collectifs de riverains pour débiter ses promesses de « plan d’action » pour les différents pays.

À cela une seule réponse efficace pour les riverains : exigence maintenue d’une négociation transnationale et renforcement de la force de frappe… Les organisations de riverains au Cameroun et en Côte d’Ivoire montrent la voie en structurant leur alliance pour pouvoir prendre des décisions plus efficacement (calendrier d’actions, revendications, etc.). Les riverains ne lâchent rien ! À suivre de très près…

9 août 2013 par Pierre Sidy

[*] afaspa@wanadoo.fr / www.afaspa.com

Source http://www.afriquesenlutte.org/notr…

Lire aussi: http://pcfbalaruc.over-blog.com/page-1368278.html

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