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29 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Soudan: vers la révolution? (JC)

Soudan: vers la révolution? (JC) dans International sudan

Depuis lundi dernier, 23 septembre, la contestation de la hausse des prix de l’essence et du gaz s’est transformée en contestation du régime:

les manifestations associent la dénonciation de la hausse des prix et celle de la chute du régime d’Omar al Bashir, une dictature militaire
islamiste. Les manifestants  crient le plus souvent:  « Le peuple veut la chute du régime », slogan emblématique du « printemps arabe ».  La
contestation partie semble-t-il des étudiants à Khartoum ( 7 millions d’habitants) et Ondurman s’étend peu à peu au reste du pays.  Les
affrontements avec les forces de l’ordre auraient déjà fait 50 morts, beaucoup plus selon certains témoins.

Des stations services, commissariats, bâtiments gouvernementaux, sièges du parti au pouvoir (NCP) ont été dévastés ou brûlés. Le pouvoir a fait fermer plusieurs journaux et télés y compris certains qui passent pour être pro-gouvernementaux. Il pratique des coupures d’internet. Aujourd’hui samedi 28/09, alors que les journalistes ont appelé à une grève générale de leur profession, une nouvelle manifestation pacifique a commencé exigeant la chute du régime. Les blogs égyptiens tentent de faire passer l’information (l’Egypte et le Soudan ont formé pendant longtemps un seul pays). Jacques Castaing

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26 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Une rébellion mondiale, mais toujours en manque de projet

Une rébellion mondiale, mais toujours en manque de projet dans Altermondialisme jacquerie

l faut écouter ce que nos ennemis disent de nous – de nos mouvements et de nos luttes. L’hebdomadaire britannique The Economist, qui se veut à la fois un porte-parole et un think-tank au service du capital globalisé, vient de se pencher sur ce qu’il considère comme une nouvelle vague de radicalisation de portée historique.

Son édition du 29 juin 2013 la compare à trois grands mouvements du passé : les révolutions de 1848, Mai 68, les révoltes de 1989 à l’Est de l’Europe ; tout en signalant une différence notable – le fait que le mouvement actuel ne soit pas circonscrit à certaines régions du monde mais ait d’emblée un caractère planétaire.

Un rapport de son Intelligence Unit (unité de recherche), diffusé en juillet à ses abonnés, s’efforce d’analyser cette situation plus en profon- deur. Mettant en évidence une « méfiance généralisée » à l’égard des pouvoirs en place, il identifie trois types différents de mouvements : ceux dont le ressort est d’abord démocratique – comme dans le monde arabe et en ex-URSS –, les « nouveaux mouvements sociaux » du type de celui des Indignés ou de Occupy, et les mobilisations plus « traditionnelles » qui prédominent en Europe de l’ouest (de la Grèce à la France) et en Amérique latine.

Dans le même temps, il met en évidence leur racine commune : « la toile de fond de la récente vague de protestations est la crise de 2008-2009 et ses conséquences ». Et précise : «  Des révolutions arabes aux mouvements Occupy, il y a eu ces deux dernières années une forte augmentation des protestations populaires. La récession économique, la faim, la pauvreté, la répression politique et la corruption ont toutes concouru à nourrir la contestation sociale. Bien sûr, ces sources universelles du mécontentement humain seront toujours de puissants leviers de changement politique.

Mais il semble aussi que l’on observe une nouvelle tendance à travers l’émergence de mouvements de contestation diffus et dont les axes sont moins clairs. Ceux-ci s’organisent souvent de façon lâche, mobilisent rapidement à travers les réseaux sociaux et, ce qui est le plus important, manquent d’un programme ou d’objectifs cohérents. Plutôt que de s’engager dans le débat politique sur les alternatives au statu quo, ces mouvements de contestation d’un type nouveau semblent surtout exprimer une désillusion envers les élites politiques et du monde des affaires. »

Des « rebelles sans cause » ? En même temps qu’il alerte son public, The Economist Intelligence Unit entreprend de le rassurer. Si le mécontentement et l’instabilité sont généralisés, les mobilisations en cours pâtissent en effet du manque criant de projet alternatif. C’est « le paradoxe d’une contestation sans politique », où «  la plupart des nouveaux mouvements évitent délibérément l’idéologie (…) peuvent être capables d’identifier ce qu’ils rejettent, mais pas d’articuler clairement ce qu’ils veulent ».

Or, « des mouvements de contestation qui ne définissent et ne clarifient pas leurs objectifs, en ne construisant pas des organisations afin de lutter pour eux, ne peuvent que tourner court. Plus encore, en désavouant la politique, ils permettent aux pouvoirs en place de se réorganiser en préservant le vieux système politique. »

On aurait donc affaire à « des rebelles sans cause » – c’est le titre du rapport –, une contradiction dont la situation égyptienne offrirait aujourd’hui la plus haute expression. Dans ces conditions, « il y aura probablement d’autres troubles dans les semaines et mois à venir, et d’autres gouvernements risqueront de tomber, mais dans la plupart des cas les protestataires de la nouvelle époque ne représentent pas une menace sérieuse pour le statu quo. »

Avec ses mots, ses déterminations et ses préconçus, cette étude met le doigt sur le grand problème auquel nous sommes confrontés. Les luttes ne manquent pas et, face à une crise du capitalisme sans perspective de solution, elles ne sont pas prêtes de s’arrêter. Tôt ou tard, elles viendront embraser aussi les vieux pays développés d’Europe. Mais plus de vingt ans après la chute du stalinisme, les travailleurs manquent toujours d’un horizon politique et social alternatif. Il est significatif que The Economist écarte de ses comparaisons historiques la vague révolutionnaire déclenchée par Octobre 1917.

Il est bien sûr impossible de savoir quand et comment cette crise de la perspective socialiste pourra commencer à se résoudre. En tout cas, on a une nouvelle fois confirmation que les plus grands mouvements de lutte, par eux-mêmes, n’apportent pas de solution. Ils sont à la base de tout et il est vital d’y participer pleinement, mais en y défendant de façon systématique l’objectif d’une autre société et les moyens d’y parvenir. Pour doter la rébellion de la « cause » qui lui fait encore défaut…

Par Jean-Philippe Divès Mercredi 25 septembre 2013 Publié dans : Revue L’Anticapitaliste n°46 (septembre 2013)

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26 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Japon, les luttes après le tsunami et la nouvelle génération militante (Inprecor)

Japon, les luttes après le tsunami et la nouvelle génération militante (Inprecor) dans Ecologie & climat 2405267-fukushima-six-mois-apres-la-catastrophe-les-habitants-se-revoltent

Une tragédie qui aurait pu être évitée

« C’est un crime et les membres du gouvernement qui ont pris cette décision devraient être emprisonnés. » C’est ainsi que l’agriculteur Ito Noboyoshi a résumé la situation, parlant au journaliste David McNeill, un an après la catastrophe. Il vit dans le petit village d’Iitate, à quelque 40 km de la centrale de Fukushima. Les 14 et 15 mars 2011, l’irradiation y a provoqué de très graves dégâts. « Il a plu pendant les nuits et la pluie a fait descendre le rayonnement sur nous », racontait Ito à McNeill. « Le gouvernement a retardé la publication des données qui indiquaient le cheminement des rayonnements, dont la connaissance auraient permis de sauver beaucoup de gens qui ont subi cette forte exposition. Des centaines de familles avaient été évacués dans les zones les plus irradiées, sans le savoir. » (4) De telles histoires abondent.

Après avoir passé des mois à prétendre que rien n’aurait pu être fait pour protéger sa centrale des effets du séisme, en octobre 2012 Tepco a été forcé d’admettre que sa direction savait qu’il était nécessaire de réaliser des travaux pour améliorer la sécurité, mais avait omis d’agir. La raison ? Les administrateurs de la compagnie craignaient que la reconnaissance des problèmes de sécurité provoque des poursuites judiciaires. Ne voulant pas inquiéter la population dans les zones où ses centrales sont situées, en révélant les infractions à la sécurité, la compagnie a choisi d’étouffer ses données. Selon les propres termes de Tepco : « Si la compagnie mettait en application un plan pour faire face à un grave accident, notre inquiétude était de susciter l’anxiété dans tout le pays et dans les communautés proches des centrales nucléaires, ce qui donnerait de l’élan au mouvement antinucléaire. » (5)

Des années durant, les enquêtes des journalistes et des militants avaient mis en garde en ce qui concerne les problèmes de sécurité des centrales nucléaires, mais les grands médias ont fait le choix de ne pas les rendre publics et de s’aligner sur la position du gouvernement et de la compagnie. Le chercheur Onda Katsunobu a publié en 2007 un livre intitulé Tepco’s Dark Empire (le sombre empire de Tepco), énumérant les failles de sécurité, les dissimulations et les actes de corruption de la compagnie. Durant quatre ans, cette enquête a été ignorée.

Bien avant le séisme, il y avait beaucoup d’autres indices des dangers que l’industrie nucléaire faisait courir à la population en cas de tremblement de terre. En 1996, le livre de Fujita Yuuko, Silent Killer (le tueur silencieux), présentait les énormes dangers pour la santé auxquels Tepco exposait ses salariés, en racontant la vie de Shimahashi Noboyuki, mort de leucémie à 29 ans en raison de l’exposition aux radiations durant son travail (6). Les patrons, qui affirment maintenant qu’ils ne pouvaient pas savoir ce qui pouvait arriver, mentent et ils le savent. Ce qui aujourd’hui est nouveau, c’est que la population le sait également.

La privatisation des profits et la socialisation des pertes par le capitalisme est confirmée au Japon de manière cruelle. Plus d’une centaine de milliers de personnes privées de logement, de nombreux salariés de Tepco exposés à des maladies potentiellement mortelles, les radiations ruinant le gagne-pain de milliers de petits paysans et tous les moyens de la vie déracinés et détruits — tout ça parce que la compagnie d’électricité privilégie ses propres intérêts à court terme contre la sécurité de la population.

A chaque nouvelle révélation sur l’incompétence et l’insouciance de Tepco, le mécontentement populaire a augmenté. Signe d’inquiétude du gouvernement japonais devant cette monté de sentiments critiques, le Parlement a ordonné pour la première fois de son histoire la réalisation d’un rapport indépendant. La commission mise en place dans ce but n’était nullement composé de radicaux et n’était pas non plus la représentation du mécontentement populaire croissant. Elle était constituée de personnalités établies, des scientifiques et des fonctionnaires afin que la classe dirigeante puisse espérer que l’affaire était « dans les mains sûres de ses pairs ». Ses conclusions, publiées en juillet 2012, sont accablantes.

La déclaration de son président, Kiyoshi Kurokawa, indique à quel point le monde officiel a été discrédité : « Le séisme et le tsunami du 11 mars 2011 étaient des catastrophes naturelles dont la magnitude a choqué le monde entier. Bien que déclenché par ces événements, l’accident survenu à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi ne peut être considéré comme un désastre naturel. C’est une catastrophe provoquée par des humains — qui aurait pu être évitée et aurait dû être prévue et empêchée. Et ses effets pouvaient être atténués par une réponse humaine plus efficace (…). Notre rapport énumère une multitude d’erreurs et de négligences volontaires qui ont fait que la centrale de Fukushima n’était pas préparée aux événements du 11 mars. Il examine également les sérieuses lacunes dans la manière dont Tepco, les autorités de surveillance et le gouvernement ont réagi à l’accident. » (7) Le rapport poursuit en tentant de dissoudre ces « négligences volontaires » dans la « culture japonaise » en général, mais les faits parlent d’eux-mêmes : la culture d’entreprise, l’atmosphère d’étouffement créé par la soumission et l’intimidation au sein des grandes entreprises, sont loin d’être une spécificité japonaise.

Négligence corporatiste et solidarité de la classe ouvrière Au cours des jours et des semaines qui ont suivi le séisme, la survie était à l’ordre du jour. C’est au sein des réseaux formés dans ce processus que les premières étapes du mouvement de protestation ont vu le jour. Tepco pour sa part a ajouté l’insulte à l’injure : « À partir du 12 septembre — soit six mois après la fusion de son réacteur — l’entreprise a commencé à envoyer, essentiellement par la poste, un formulaire de 58 pages pour les demandes de compensation, exigeant des reçus (originaux, non des copies) pour les frais de transport et d’autres dépenses effectuées lors de l’évacuation, les relevés bancaires et fiscaux attestant le niveau des revenus avant la catastrophe et les certificats prouvant la détérioration de la santé depuis l’évacuation. Un mois plus tard Tepco n’avait reçu que 7.600 formulaires remplis — soit environ 10 % — car ils ont été considérés comme impossibles à remplir et surtout parce que la plupart des documents requis avaient été détruits par le séisme et le tsunami. » (8) Comme le militant Sakoto Kishimoto l’a dit, « Fukushima est aujourd’hui une communauté totalement disloquée et ni le gouvernement ni Tepco ne veulent en payer la note. Ils ont abandonné les gens de Fukushima à leur sort » (9).

La réponse de la population ordinaire japonaise contraste avec cette insulte. Les syndicats et les goupes communautaires ont pris en charge la tâche d’organiser les abris et les soins lorsqu’il est devenu évident que le gouvernement n’était pas en mesure ou ne voulait pas le faire. La reconstruction prendra plusieurs années et certaines zones resteront inhabitables pour toujours, pourtant la plupart des hébergements gouvernementaux temporaires exigent que les familles les quittent au plus tard au bout de deux ans. D’autres hébergements temporaires sont dépourvues des services de base, tels l’eau ou le gaz.

Les petits syndicats radicaux, en particulier ceux qui organisent les jeunes travailleurs précaires, prennent en charge l’aide pour leurs membres et les communautés ouvrières évacuées, et organisent en même temps la critique politique de la logique dominante de la reconstruction. Iwahashi Makoto, militant du syndicat indépendant Posse, a expliqué cette stratégie lors d’une réunion syndicale tenue à Séoul l’an dernier : « La position officielle dans ce domaine c’est la “reconstruction créative”, un mot de code pour la reconstruction néolibérale et le remodelage des villes au profit du capital. Le gouvernement a imposé la dérégulation pour encourager la concurrence mondiale entre les multinationales, établissant des “zones de reconstruction” avec des avantages fiscaux et une totale déréglementation des capitaux privés dans les ports et les terres agricoles dévastés. En même temps le gouvernement n’a rien fait pour garantir le niveau de vie des gens ordinaires. Certains ont été privés de sécurité sociale et les familles ont vu leurs allocations supprimées une fois qu’elles ont été considérées comme “indépendantes” car placées dans les hébergements temporaires.

« Face à cette situation, nous pensons qu’il est important que les militants aident à la reconstruction de Sendai. Il y a des gens qui ont été abandonnés et n’ont pratiquement pas reçu d’aides de l’État. En aidant ces personnes, nous espérons que la question de la pauvreté au Japon serra perçue comme un problème général et non un incident dû au seul tremblement de terre. Car le séisme a mis en évidence les problèmes sociaux profonds, tels que les insuffisances de la sécurité sociale et du droit au logement. Les problèmes des zones sinistrées mettent en lumière les problèmes sociaux au Japon. Notre objectif premier c’est que la question de la pauvreté soit considérée comme un problème social. » (10)

L’argument d’Iwahashi selon lequel « les problèmes des zones sinistrés mettent en lumière les problèmes sociaux au Japon » est important : après deux décennies de déclin du niveau de vie, de montée du chômage et d’incertitude économique, la classe ouvrière japonaise subit cette crise de manière encore plus aiguë (11).

Les ouvriers de la construction sont confrontés à ces problèmes au plus haut point. L’industrie du bâtiment est parvenue à étouffer le syndicalisme, elle est dominée par le crime organisé, par des employeurs imposant la précarité impitoyable, et par l’atomisation des ouvriers. Tepco exploite cette situation. En juin 2011, le blog de Posse rapportait : « Le travail le plus dangereux de nettoyage après la catastrophe de Fukushima Daiichi a été réservé aux travailleurs journaliers. Ces derniers sont exposés à des très hauts niveaux de radiation en transportant l’eau des réservoirs etc. Souvent ils ne savent même pas dans quoi ils s’embarquent, car la boite d’intérim “Situation Vacant” ment effrontément sur le travail à réaliser tout en leur faisant miroiter l’espoir d’un engagement à durée indéterminée alors qu’il s’agit de contrats courts ou d’emplois occasionnels. Cela révèle les problèmes de pauvreté et les inégalités de la société. » (12) Dougal McNeil

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26 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

USA, les républicains prêts à tout pour couler la réforme de la santé d’Obama (CI)

USA, les républicains prêts à tout pour couler la réforme de la santé d'Obama (CI) dans International l-americain_a_passeport_francais

Si le Congrès ne vote pas le budget d’ici le 30 septembre, des centaines de milliers de fonctionnaires pourraient être renvoyés chez eux. A l’origine de ce blocage : la tentative désespérée de certains républicains d’empêcher la réforme de la santé.
Pour comprendre la crise qui se déroule à Washington, oublions un peu le cinéma et considérons la situation dans son ensemble: les républicains menacent de paralyser le gouvernement fédéral [le 1er octobre, des administrations fédérales pourraient cesser de fonctionner], et peut-être même de refuser de laisser le Trésor payer ses créditeurs [le Congrès doit relever le plafond de la dette d'ici la mi-octobre], pour tenter désespérément d’empêcher des millions d’Américains d’obtenir une assurance-santé. [La Chambre des représentants, à majorité républicaine, refuse de financer la loi sur la santé ; le Sénat, à majorité démocrate, ne veut pas d'un budget sans financement pour cette réforme.]
Eh oui. C’est bien là l’enjeu de tous ces hurlements. Comme disait ma grand-mère, on ne sait pas s’il faut en rire ou en pleurer. Le Parti républicain a fait de son mieux pour faire de l’Obamacare un épouvantail. Il tente de convaincre les gens que ce monstre viendra la nuit pour enlever les enfants. En fait, et je sais que cela va en choquer certains, l’Obamacare n’est pas une créature mythique. C’est une loi qui intègre des idées à l’origine républicaines et permettra aux 30 millions de personnes qui ne disposent pas d’une couverture santé d’en obtenir une. La loi en question [promulguée en mars 2010] s’appelle officiellement « loi sur la protection des patients et les soins abordables ». Les républicains donnaient au terme Obamacare une connotation moqueuse, ce qui est peut-être la raison pour laquelle le président Obama s’est mis à l’employer avec fierté.

Les républicains ont perdu l’esprit C’est en effet une réforme dont le pays peut-être fier : 48 millions de personnes n’avaient pas d’assurance-santé en 2012, selon le Bureau du recensement, soit environ 15 % de la population. D’autres pays industrialisés fournissent une couverture santé universelle – et se demandent si c’est ce que nous voulons dire quand nous parlons de l’exception américaine. Vingt-cinq pour cent des personnes appartenant à des ménages au revenu annuel inférieur à 25 000 dollars ne sont pas assurées, contre 8 % de celles appartenant à des ménages au revenu annuel supérieur à 75 000 dollars.

Ainsi, les travailleurs pauvres ne méritent pas que leurs maladies chroniques soient traitées – pour les punir de ne pas gagner assez d’argent ? Tandis que d’autres pays riches fournissent une couverture santé vraiment universelle par un système d’assurance dont les modalités varient, Obama a préféré s’inspirer d’un programme mis en place dans un Etat par le gouverneur républicain qui allait devenir son adversaire à la présidentielle de 2012 [la loi n'inclut pas de régime public universel]. Oui, avant l’Obamacare, il y a eu le Romneycare, une solution qui s’appuie sur le secteur privé et la libre concurrence, conçue pour être en accord avec les principes les plus sacrés du Parti républicain. Mais entre le moment où Mitt Romney était gouverneur du Massachusetts et celui où il s’est présenté à l’élection présidentielle, le Parti républicain a perdu le cap ou peut-être la tête

Le parti ne manifeste aucun intérêt véritable à trouver un moyen compatible avec ses principes pour donner accès aux soins médicaux aux personnes non assurées. Il préfère poursuivre deux objectifs coûte que coûte : s’opposer à Obama quoi qu’il fasse et faire passer l’Obamacare pour un échec auprès de la population. Pour la droite radicale, rendre les soins médicaux accessibles au plus grand nombre par le réseau existant d’assureurs, pour la plupart des sociétés à but lucratif, est un pas de géant vers le socialisme athée. Ces extrémistes détiennent un pouvoir disproportionné au sein du parti – suffisamment pour que les républicains sains d’esprit craignent, à juste titre, que montrer autre chose qu’une résistance massive à Obama leur vale de perdre des primaires [pour l'élection des représentants] et n’abrège leur carrière.

Peur que ça marche Certaines dispositions de l’Obamacare sont déjà en vigueur et semblent produire les effets prévus. Par exemple, les jeunes adultes ont désormais le droit d’être couverts par la police d’assurance de leurs parents jusqu’à l’âge de 26 ans. En 2009, 29,8 % des 19-25 ans n’étaient pas assurés. Ils étaient 27,2 % dans ce cas en 2012, une baisse modeste mais significative. Les dispositions essentielles de la réforme vont entrer en vigueur – l’obligation individuelle de s’assurer [sous peine d'amende], les marchés aux assurances [chaque Etat devra mettre en place un marché régulé], la garantie de couverture pour les personnes atteintes de maladies préexistantes [les assureurs devront accorder le même niveau de protection aux clients similaires]. Les républicains hurlent que l’Obamacare va droit à l’échec, mais ce qu’ils craignent en fait c’est que la réforme marche.

D’où leur désespoir. Les républicains ont peur que l’Obamacare ne tourne pas au cauchemar administratif, que les Américains y prennent goût. Ils ont peur que l’Obamacare puisse ralentir l’augmentation des coûts des soins médicaux et la ramener à un niveau plus gérable. Certains signes montrent d’ailleurs que c’est ce qui est en train de se produire : le coût des soins médicaux augmente certes toujours beaucoup plus vite que l’inflation mais au rythme le plus faible depuis des décennies. Pour garder les primes sous contrôle, il faudra convaincre beaucoup de jeunes en bonne santé de souscrire une assurance – et ainsi subventionner de fait ceux qui sont plus vieux et plus malades. C’est pourquoi une organisation appelée Generation Opportunity, financée par les ultraconservateurs frères Koch, projette de faire le tour des universités avec des annonces répugnantes dans lesquelles un Oncle Sam malsain fait subir un examen gynécologique à une jeune femme. Message du Parti républicain : quoi que vous fassiez, ne souscrivez pas d’assurance-santé. Prenez garde, vous pourriez vous en trouver bien.

The Washington Post  Eugene Robinson 25 Septembre 2013

http://www.courrierinternational.com/article/2013/09/25/les-republicains-prets-a-tout-pour-couler-la-reforme-de-la-sante-d-obama?page=all

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23 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Bangladesh : émeutes des ouvriers du textile (Jdd)

Bangladesh : émeutes des ouvriers du textile (Jdd) dans International bengla

Des dizaines de milliers d’ouvriers du textile au Bangladesh ont bloqué des rues, mis le feu à des usines et se sont heurtés à la police lundi, exigeant un salaire mensuel minimum équivalent à 100 dollars.

Jusqu’à 200.000 ouvriers ont manifesté lundi pour le troisième jour consécutif, selon Abdul Baten, chef de la police du district de Gazipur, près de la capitale Dacca, où plusieurs centaines d’usines textiles sont implantées. Quelque 300 usines ont été fermées pour prévenir toute attaque d’usines de la part de manifestants, a précisé son adjoint, Mustafizur Rahman.

« La situation est très volatile. La police a tiré des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes pour disperser les ouvriers incontrôlables », a-t-il ajouté, précisant que plusieurs dizaines d’ouvriers et quelques policiers avaient été blessés. Les manifestations contre les faibles salaires et les mauvaises conditions de travail ont secoué le secteur de l’habillement du Bangladesh depuis l’effondrement en avril du Rana Plaza, qui a tué plus de 1.100 personnes. Dans le faubourg de Savar, où l’immeuble s’est effondré, des ouvriers en colère ont mis le feu à au moins deux usines, a déclaré Reaz-Bin-Mahmood, vice-president de l’association des fabricants et exportateurs de vêtements du Bangladesh.

Le Bangladesh est le deuxième exportateur de vêtements au monde, fournissant notamment des grands noms tels que l’américain Walmart, le français Carrefour ou encore le suédois H&M. Pilier de l’économie, le secteur avec ses 4.500 usines représente 80% des exportations annuelles s’élevant à 27 milliards de dollars.   23/09/2013 – 09:27

http://www.lejdd.fr/International/Depeches/Bangladesh-emeutes-des-ouvriers-du-textile-630440

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18 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Brest, 5 Caméras Brisées le 3 octobre (Afps)

Brest, 5 Caméras Brisées le 3 octobre (Afps) dans Anticolonialisme 5-cameras1

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12 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Île Maurice : manifestation d’ouvriers bangladais (LO)

Île Maurice : manifestation d'ouvriers bangladais (LO) dans International bengla

Au tout début du mois de septembre, quatre cents ouvriers venant du Bangladesh et travaillant pour l’entreprise textile mauricienne Real Garments se sont mis en grève après que leur salaire d’août a été divisé par deux. De 250 euros par mois, il était passé à 125 euros.

Ces ouvriers, quand ils travaillent dans leur pays, ne touchent qu’un salaire mensuel de 30 euros. Voilà pourquoi ils acceptent de s’expatrier à des milliers de kilomètres, à Maurice, où ils espèrent multiplier leurs gains par sept ou huit, mais en enchaînant des semaines de 55 heures et en subissant des conditions de vie et de travail épuisantes, voire humiliantes. Leurs déplorables conditions de logement en dortoirs étaient également une des raisons de la grève.

Ce trafic de main-d’oeuvre est organisé au profit des capitalistes de la zone franche par le gouvernement mauricien lui-même, en accord avec les gouvernements des pays d’où sont issus les travailleurs : Bangladesh, mais aussi Madagascar et Chine. Avec les salaires pratiqués, les capitalistes du textile mauricien tels que Real Garments ou Ciel sont ultra-gagnants, tout comme les sociétés d’habillement occidentales pour lesquelles ils travaillent.

Alors que, mardi 3 septembre, ils s’étaient rassemblés devant le siège de l’entreprise, les travailleurs bangladais ont subi les violences de la police antiémeutes. Le ministre du Travail, prenant fait et cause pour les patrons de Real Garments, a accusé les ouvriers grévistes de « prendre le pays en otage et de menacer la paix industrielle du pays », ajoutant que « si d’ici ce soir, ils ne reprennent pas le travail, leur contrat sera résilié. Et je ferai résilier leur permis de travail avec effet immédiat », ce qui amènerait leur expulsion du pays. La menace ayant été mise à exécution, 92 d’entre eux ont été expulsés le mercredi 4 septembre, dont les leaders du mouvement.

Plusieurs dirigeants de l’opposition politique et des syndicats se sont élevés contre le traitement inhumain réservé aux ouvriers bangladais et ont demandé que les salaires retrouvent leur niveau antérieur. Ils ont également dénoncé les expulsions. Faizal Ally Beegun, un syndicaliste militant en faveur des travailleurs étrangers, a déclaré qu’il s’agit là d’une « déportation pure et simple » de ces Bangladais. « Je suis ici, a-t-il poursuivi, pour dénoncer les injustices. Il est inconcevable que des étrangers, venus gagner leur vie à Maurice, soient forcés de prendre l’avion en catastrophe, avec leurs vêtements empilés dans des draps comme de vulgaires criminels. »

Si le droit au travail dépend du bon vouloir des patrons et de leurs soutiens gouvernementaux, l’exploitation, elle, ne connaît pas de frontières. Émile GRONDIN

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2354&id=41

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09 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Lutte dans les fast-foods aux USA

Lutte dans les fast-foods aux USA dans International feature_570

Le 29 août dernier, des milliers de travailleurs des fast-foods ont arrêté le travail dans 58 villes américaines.

Un millier de restaurants ont été touchés. Quelques piquets de grève se sont transformés en occupations temporaires, et plusieurs restaurants ont dû fermer. Dans ceux qui n’avaient pas fermé, les managers ont du se débrouiller pour combler les vides. Les salariés ont manifesté dans plusieurs villes.

À Memphis, dans le Tennessee, une travailleuse de McDonald’s a résumé les objectifs du mouvement : « ça fait près d’un an que je travaille ici. 7, 25 $, ça ne permet pas de vivre ». 7, 25 $ (5, 7 €), c’est le salaire minimum fédéral, inchangé depuis 2009… Les luttes dans les fast-foods ont démarré depuis plusieurs mois mais une telle extension géographique simultanée est quelque chose de nouveau. Ainsi en mai-juin dernier, elles n’avaient touché que 8 villes. Le 29 août représente donc un pas en avant. Au début, les dirigeants syndicaux ont fait profil bas mais ces dernières semaines, devant l’écho national du mouvement, leur attitude a changé.
La structure de l’activité rend plus difficile le mouvement. Ainsi, McDonald’s explique ne pas être concerné car la majorité de ses restaurants sont des franchisés (qui lui payent des redevances)… mais, dans les 20 % de restaurants gérés directement par la société, les conditions ne sont guère meilleures. Le discours patronal assure aussi qu’il s’agit de boulots d’appoint occupés par des jeunes, mais c’est de moins en moins vrai.
Les grévistes réclament d’abord un salaire horaire de 15 $. Des revendications portent aussi sur le droit syndical et les conditions de travail. En mars 2013, Obama avait proposé de porter progressivement le salaire minimum fédéral à 9 $ (6, 9 €). Mais cela suppose le vote d’une loi, ce qui est très hypothétique. C’est donc sur leur organisation et leur détermination que les salariés doivent compter pour gagner.

Dimanche 8 septembre 2013Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste – 207 (05/09/2013)

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09 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

« J’ai mis en joue un enfant de 8 ans » (Le Mouv)

Plu­sieurs dizaines de femmes soldats israé­liennes brisent la loi du silence. Elles racontent leur service mili­taire dans les Ter­ri­toires occupés. Inti­mi­da­tions, humi­lia­tions à l’encontre de la popu­lation pales­ti­nienne… Témoi­gnages d’un quo­tidien qui vire parfois à l’absurde.

C’est un geste rare. En Israël, cri­tiquer l’action de Tsahal revient à trahir son pays. Adi et Gil en ont payé le prix, accusées de men­songe et d’anti-patrotisme. Ces deux jeunes femmes d’une tren­taine d’années ont choisi de témoigner publi­quement par le biais de l’association Breaking the Silence. Comme toutes les jeunes israé­liennes, elles ont servi pendant deux ans au sein Tsahal (trois ans de service mili­taire pour les hommes.)

Les anciennes sol­dates évoquent les longues heures de garde dans les Ter­ri­toires occupés. Intifada ou pas, il faut bien tromper l’ennui. Alors on joue avec des pétards. Des gros pétards. « Un jour, on était en patrouille près du mur de sépa­ration près d’un village pales­tinien. On s’ennuyait à mourir, vraiment. Et d’un coup mon com­mandant nous dit : « allez, on a qu’à lancer des gre­nades assour­dis­santes ! » Pour cela, le com­mandant a appelé la base et il a menti et il a dit que des enfants pales­ti­niens nous lan­çaient des pierres et qu’on devait répliquer. Donc on a pris des grandes assour­dis­santes et on les a jetés sur les Pales­ti­niens de l’autre côté du mur. »

A l’époque, Adi avait 19 ans. Elle raconte aussi comment elle a mis en joue un enfant de 8 ans qui refusait de faire reculer son âne et sa cariole, sim­plement sous le coup de l’agacement. Des épisodes qui laissent à ceux qui temoignent un sen­timent de honte et de culpabilité. Au delà de la catharsis, les ex-​​militaires s’interrogent sur le bien fondé de l’action israé­lienne en Cis­jor­danie : entre maintien de l’ordre et vio­lence gra­tuite, où se situe la fron­tière ? L’occupant est-​​il for­cément un oppresseur ? Un cas de conscience résumé par Gil, qui a fait son service mili­taire à Hébron : « Pour la société, il n’y pas d’occupation, les soldats sont juste là pour main­tenir la sécurité. Mais vous êtes sûrs que c’est pour main­tenir la sécurité ? la sécurité de qui ? ». Emilie Baujard, Le Mouv​.fr, lundi 9 septembre 2013

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Pendant ce temps, à Vera Cruz http://www.lemouv.fr/player/reecouter?play=93634

détail « J’ai mis en joue un enfant de 8 ans »  Cliquez ci-​​dessus pour écouter le Reportage d’Émilie Baujard, cor­res­pon­dante du Mouv’ à Ramallah en Cisjordanie. http://www.france-palestine.org/J-ai-mis-en-joue-un-enfant-de-8

 

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09 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

La Syrie, terre de mission des conspirationnistes (L’E)

La Syrie, terre de mission des conspirationnistes (L'E) dans International asma-et-bachar-el-assad-4

Au moment où la communauté internationale se déchire sur une éventuelle intervention en Syrie, une partie de l’opinion publique se laisse bercer par la complotite très active des « Bacharophiles ». Pourquoi un tel succès? Eléments d’analyse. Les partisans de Bachar el-Assad voient dans la crise syrienne une machination contre un régime « laïc » et « défenseur des minorités », sans le moindre égard pour les 110 000 morts et les 6 millions de déplacés causés par le régime syrien.

Alors que plusieurs pays dont la France s’interrogent sur l’opportunité d’une action militaire en Syrie après l’attaque chimique qui a fait plus d’un millier de morts le 21 aout, une partie de l’opinion publique est sensible aux sirènes complotistes qui soutiennent plus ou moins objec- tivement le régime de Bachar el-Assad. Ils voient dans la crise syrienne une machination contre un régime « laïc » et « défenseur des minorités », sans le moindre égard pour les 110.000 morts et les 6 millions de déplacés causés par la réponse apportée par le régime syrien à ce qui n’était au départ qu’une demande de réformes.

De l’extrême droite à la gauche de la gauche Cette vision trouve un écho assez « naturel » au sein de l’extrême droite, mais également chez certaines personnalités et organisations qui se réclament de la gauche. « On observe pantois la gauche laïcarde faire des mamours à la droite identitaire et s’émouvoir soudainement du ‘sort des Chrétiens’, s’emporte l’historienne Marie Peltier, tandis que l’on découvre cette même droite subitement férue de laïcité et pourfendeuse de la volonté hégémonique occidentale dont elle a pourtant été l’un des plus fidèles apôtres ». Ces anti-impérialistes, relève Marie Peltier, ne se sont guère manifestés depuis les deux ans que dure la répression orchestrée par ce régime.

Comme il en a l’habitude après chaque massacre, le régime syrien a nié, le 21 août, l’usage d’armes chimiques: « Les infor- mations sur l’utilisation d’armes chimiques dans la Ghouta sont totalement fausses », a réagi l’agence de presse officielle Sana, avant, alors que l’indignation montait, d’accuser les insurgés d’être les responsables de cette attaque. Une lecture des faits aussitôt relayée par une multitude de sites complotistes pro-Assad aux noms évocateurs de cequelesmediasnenousdisentpas, Investig’action ou francaisdefrance. Ils s’empressent de préciser que la Russie a fourni aux Nations Unies des « images satellites, irréfutables, des 2 missiles chargés de produits chimiques qui se sont abattus sur Al Ghouta faisant des centaines de morts, dont la plupart des enfants », précisant que ceux-ci « ont été lancés depuis la région de Douma en Syrie, sous contrôle des rebelles! »

Depuis le début du soulèvement des Syriens contre quarante années de règne des Assad père et fils en mars 2011, Damas a trouvé, dans les pays occidentaux, une multitude de relais veillant à diffuser sa vision de la crise. Aux premières loges, des activistes d’extrême droite ou proches de l’extrême droite comme Frédéric Chatillon. Cette mouvance compte plusieurs figures issues de la gauche de la gauche se proclamant « anti-impérialiste », comme Thierry Meyssan, célèbre pour avoir imputé à une conspiration ourdie par la CIA les attentats du 11 septembre 2001, et fondateur du Réseau Voltaire, aujourd’hui installé à Damas. Mais aussi Alain Soral, qui dirige le site Égalité et Réconciliation, Louis Denghien, fondateur du site Infosyrie (Lire l’enquête de L’Express sur la « légion française d’Assad »), le journaliste Michel Collon, fondateur du site Investig’action, ou l’écrivain Jean Bricmont.

Le rôle démultiplicateur d’Internet L’obsession du complot à l’oeuvre à propos de la Syrie s’est largement développée grâce à Internet. Dans une « époque saturée par l’information, ceux qui tendent vers le conspirationnisme se piquent de pratiquer un hypercriticisme, qui n’est en fait qu’une fainéantise intellectuelle, explique Stéphane François, chercheur spécialisé dans les sous-cultures de la droite radicale. Les publications à connotation paranoïaque/conspirationniste étaient jusqu’à présent confidentielles, très peu lues. Internet, en dématérialisant les supports, a permis une diffusion accrue de ces thèses, au travers notamment de la démultiplication de ces sites ».

Relativiser les exactions du régime Les conspirationnistes, s’ils sont très actifs sur internet, sont certes assez peu nombreux, mais leur activisme est parvenu, bien au delà de leur cercle à instiller le doute sur la réalité des événements en cours en Syrie. Aussi voit-on, notamment sur les réseaux sociaux, nombre d’internautes et de d’activistes remettre en question la réalité des exactions du régime Assad, ou les rela- tiviser en mettant en balance l’incroyable répression menée par Damas, avec les dérapages, condamnables bien sûr mais d’une ampleur infiniment inférieure, d’une partie des rebelles syriens et des djihadistes qui ont profité du chaos pour avancer leurs pions. Et cette prose sert de justification à de nombreux acteurs politiques en France pour justifier leur rejet de toute idée d’intervention, du Front national au Front de gauche. Pour les « tenants de l’interprétation policière de l’histoire », peste l’éditeur franco-syrien Farouk Mardam-Bey, « les manifestations populaires à travers le pays, les dizaines de milliers de morts et de blessés, les centaines de milliers de réfugiés, les arrestations massives, les tortures, les viols, les pillages, les bombardements des villes et des villages à l’artillerie lourde et à l’aviation de combat ne sont qu’une illusion d’optique, des images fabriquées dans les officines de la CIA et les studios d’al-Jazeera. »

Le passif des pays occidentaux Comme souvent dans la complosphère, l’argumentaire sur lequel s’appuient ceux qui nient ou minimisent les crimes du régime Assad n’est pas dénué de fondement. Les réfractaires à toute intervention en Syrie ont beau jeu de rappeler les menson- ges américains sur les armes de destruction massives qui ont servi de justification à l’intervention en Irak en 2003. Et « comment accorder crédit aux invocations vertueuses des Etats-Unis, dont le Plan Condor a soutenu les tortionnaires d’Amérique latine avant de livrer à Saddam Hussein le gaz destiné à leur ennemi iranien? », fait valoir François Burgat, chercheur à l’Institut de Recherches et d’Etudes sur le Monde Arabe et Musulman. Il est difficile, complète-t-il, de donner crédit au soutien à la démocratie de « ces Européens qui boycottent les urnes arabes chaque fois que les vainqueurs ne leur plaisent pas. »

« Au coeur de tous les malentendus que manifeste la lamentable « complotite » qui paralyse aujourd’hui la solidarité internationale à l’égard de l’opposition syrienne, il y a le fait que des diplomaties occidentales au lourd passé de cynisme impérialiste ont compris, après le désaveu des révoltes tunisienne et égyptienne, les limites tactiques du soutien aveugle qu’elles apportaient à des régimes autoritaires déchus. Et qu’elles ont décidé de « changer », au moins partiellement, leur fusil d’épaule », ajoute encore le chercheur.

Un culturalisme frisant parfois le racisme Derrière la vision tronquée de ceux qui doutent de la véracité des massacres commis par le régime, transpire aussi un « culturalisme qui assigne aux autres peuples, consciemment ou inconsciemment, une culture à jamais différente de la nôtre, et qui leur colle à la peau comme une seconde nature, dénonce Farouk Mardam-Bey. S’il est en France tout à fait naturel, quand on est de gauche, de défendre les acquis sociaux et les libertés individuelles et collectives, il est en revanche impensable, inouï, aberrant, contre nature, selon cette même gauche, de vouloir en Syrie vivre libres et égaux. »

Une partie de la gauche latino-américaine, et notamment la communauté d’origine levantine dans ce continent soutient elle aussi de façon inconditionnelle le régime. Janaina Herrera, ancienne diplomate et consultante relève elle aussi « l’absence d’interrogations sur les causes du soulèvement syrien ». « Tout se passe comme si la souveraineté du peuple syrien, si souvent invoquée contre les ingérences extérieures, était dépourvue de tout volet interne. Le grand absent de ces débats est in fine le peuple syrien lui-même ». Pire, pour ces culturalistes, « les Arabes semblent être un peuple qui favorise la violence comme moyen de résoudre les conflits, s’abreuve au puits de l’extrémisme, dont la capacité à rejeter le fardeau du despotisme oriental et l’aptitude à la démocratie est toujours mise en doute. Vue sous cet angle, la violence qui accompagne la révolution n’est pas exceptionnelle et n’appelle donc pas une action urgente », avance le politologue libanais Ziad Majed.

La défense des minorités contre la majorité sunnite La justification que représente, selon la complosphère pro-Assad la « défense des minorités » par un régime qui les a plus souvent manipulées que véritablement défendues a un aspect paradoxal. Ainsi, ceux qui s’indignent des menaces qui pèsent sur les Chrétiens ou les Alaouites, ne s’embarrassent guère de justifier l’oppression de la majorité sunnite (70% de la popu- lation): « Ils préfèrent la tyrannie exercée sur la majorité afin de préserver la minorité », constate Ziad Majed.  La hantise de l’islam est égale- ment présente chez nombre de détracteurs de l’opposition syrienne qui réunit laïcards de gauche et de droite. Pour une partie de l’opinion et notamment au sein de la gauche arabe, par ailleurs, il est difficile d’accepter le cours des événements depuis le début des printemps arabes alors que les forces islamistes ont distancé les « modernistes » à chaque fois qu’ils ont pu voter librement, observe François Burgat. D’où « la tentation de l’alliance avec ces militaires qui disent vouloir ‘sauver la révolution’, comme en Egypte.

L’obsession du « grand jeu » international Les complotistes ne voient dans la crise syrienne qu’un champ de bataille pour les puissances mondiales et régionales. Les doutes légitimes sur les intentions des parrains de l’opposition que sont les monarchies du Golfe, bien peu démo- crates à domicile, servent aussi de prétexte pour délégitimer le combat des opposants syriens. Ceux qui voient dans la crise en cours une cabale américano-israélo-saoudo-qatarie, « sont obsédés par la lecture géostratégique des événements, au point d’en oublier le sort de millions d’individus, de leurs droits et de leurs dignité », regrette Ziad Majed. Ces conspirationnistes « ne s’intéressent qu’aux frontières, aux ressources et aux intérêts des acteurs externes de la crise », oubliant au passage que  » l’essence même des relations internationales est basée sur la quête des intérêts propres des protagonistes -Iran, Russie et Chine compris », ajoute-t-il.

Ceux qui apportent leur soutien au régime baasiste au nom de la cause palestinienne, oublient que les Assad ont plus fait peser leur bellicisme sur les Libanais les Syriens et les Palestiniens eux-mêmes, que sur « l’ennemi sioniste ». D’ailleurs, « l’Etat hébreu s’accommode fort bien des discours sur la ‘résistance’ baasiste, qui n’a jamais été suivie d’effets par le passé », relève Ignace Leverrier, auteur du blog « Un oeil sur la Syrie ». Bien qu’inquiets de la déstabilisation de la Syrie, les Israéliens préfèrent, jusqu’à aujourd’hui, « le diable qu’ils connaissent », selon l’expression employée par un responsable des services secrets israéliens.

En dernier ressort, il faut souligner ce paradoxe: le soutien occidental aux rebelles syriens, décrié par les conspirationnistes « est d’autant plus absurde qu’ils n’en n’ont, pour l’heure, pas vu grand chose, contrairement à l’effort russe, iranien ou libanais, efficacement concentré sur le maintien de l’écrasante supériorité militaire du régime, déplore François Burgat. « Jalonné d’une longue série d’atermoie-ments, faite de promesses incertaines soumises à des exigences irréalistes (Etes-vous tous vraiment laïques?) il est demeuré jusqu’à ce jour plus proche du baiser de la mort que de la main salvatrice. » Par , publié le 06/09/2013 à 10:47

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-orient/la-syrie-terre-de-mission-des-conspirationnistes_1279058.html

Commentaire: Cet article de l’Express n’est pas du NPA. Il offre un éclairage sur la curieuse union rouge-bruns pour Assad que nous partageons.

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