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17 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Bangladesh, après la catastrophe du 24 avril : un premier bilan de notre solidarité financière (Essf)

Bangladesh, après la catastrophe du 24 avril : un premier bilan de notre solidarité financière (Essf) dans International bangladesh1

Dix-sept jours après l’effondrement du Rena Plaza à Dacca, une survivante – la dernière – a été sortie des décombres.

Elle avait pu trouver de l’eau et des biscuits à portée de main, mais deux de ses collègues qui se trouvaient auprès d’elle sont mortes quelques jours avant que les secours ne les atteignent. Au 15 mai, l’armée avait cessé les recherches, considérant que la fouille des débris était achevée et annonçant le chiffre effarant de 1127 morts à la suite de la catastrophe du 24 avril. A ce décompte macabre, il faudra encore ajouter les blessés qui décéderont – plus d’un millier de blessé.e.s, souvent gravement touchés.

De nombreuses initiatives syndicales et politiques sont en cours pour mettre en cause les conditions de travail dans le secteur textile au Bangladesh et la responsabilité des firmes internationales du prêt-à-porter qui s’y fournissent. La solidarité financière est elle aussi indispensable. Les employeurs – responsables directs du désastre – ne proposent que des dédommagements ridicules au nom… de la défense de leur compétitivité industrielle. Les besoins sont pourtant immenses : soutien aux familles qui, en perdant leur fille ouvrière dans un atelier du Rena Plaza ont aussi perdu leur unique revenu régulier (fût-il désespérément faible) ; assistance aux blessé.e.s pour qu’ils reçoivent les soins nécessaires ; défense des droits des victimes face à un patronat criminel, dans un secteur où les syndicats sont interdits…

Dès les lendemains du drame, Europe solidaire sans frontières (ESSF) a soutenu une initiative de solidarité financière initiée par un mouvement paysan, membre de Via Campesina, avec lequel notre association collabore depuis plusieurs années : la Bangladesh Krishok Federation (BKF). En effet, bien des ouvrières et ouvriers victimes de l’effondrement du Rana Plaza sont d’origine rurale et leurs familles se trouvent toujours au village. L’aide multiforme – matérielle, financière, politique, légale – doit être assurée des campagnes aussi, en complément des actions engagées dans la zone industrielle de Savar ou à Dacca.

Grâce à votre solidarité, nous avons été à même d’envoyer 5.000 euros au Bangladesh.

Nous vous en remercions.

La campagne de solidarité financière se poursuit évidemment et nous espérons pouvoir envoyer prochainement une aide supplémentaire.

Pierre Rousset


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En France, ces dons donnent droit à des déductions d’impôt. Il nous faut votre adresse pour vous envoyer un reçu fiscal (en général indiquée sur les chèques).

Nous vous tiendrons régulièrement informés via notre site de la situation et de l’utilisation du fonds de solidarité.

ROUSSET Pierre 16 mai 2013

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16 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Mai 1968 et la guerre du Viêt-nam

Mai 1968 et la guerre du Viêt-nam  dans Histoire vietnam-fsi

Quand on considère le tableau qu’offre le Viêt-nam en 1998 (règne de la bureaucratie, corruption effrénée et culte du dollar) on a du mal à imaginer que 30 ans plus tôt, tous les regards de la jeune génération et des révolutionnaires étaient tournés vers ce petit pays qui menait une lutte exemplaire contre le colosse américain. Comment l’intrépidité, l’esprit d’initiative et les proclamations de foi socialistes qui caractérisaient les combattants viêtnamiens ont-ils pu aboutir à un aussi pitoyable résultat ?

Certes, le Viêt-nam a gagné la guerre et son combat, incroyablement difficile, a joué un rôle essentiel dans la floraison d’explosions contestataires qui se sont produites dans le monde à la fin des années 1960. Contrairement aux prévisions marxistes (même trotskistes), le capitalisme ne se porte pas trop mal dans les années d’après-guerre et grâce, en particulier, à la course aux armements provoquée par la guerre froide, il parvient à bouleverser la technologie, à augmenter la productivité du travail, à améliorer nettement le niveau de vie moyen dans les pays développés alors que le chômage demeure très limité. Cependant le système de formation des jeunes ne suit pas et les valeurs régnantes demeurent celles de la société bourgeoise d’avant-guerre. La jeunesse étudiante devient contestataire. En l’absence de grandes luttes de classe dans les pays impérialistes, ce sont les vagues de la révolution coloniale qui vont la stimuler, la convaincre que la pensée marxiste n’est pas à mettre au rebut et que l’URSS n’a plus grand chose à voir avec le socialisme.

Après la victoire de la révolution cubaine à leur porte, les USA mirent tout en oeuvre pour enrayer la contagion et endiguer la poussée révolutionnaire partout dans le monde et en particulier autour de la Chine. Il y eut toute une série de coups d’État, plus ou moins fomentés par la CIA, au cours des années soixante (Indonésie, Congo, Brésil, Saint-Domingue), et après la défaite de la France en Indochine, les Américains s’empressèrent de prendre sa place laissée vacante au Sud Viêt-nam et de financer (donc de contrôler) le régime de Ngo Dinh Diem. Par ses méthodes terroristes et dictatoriales celui-ci provoqua la levée d’une résistance populaire que les communistes locaux encadrèrent au moyen d’un Front de Libération Nationale (FLN) créé en 1960. Malgré les milliards de dollars US qui lui furent généreusement octroyés, Diem fut tellement impuissant et discrédité que ses protecteurs américains organisèrent son assassinat le 1 novembre 1963. Ses remplaçants ne furent pas plus heureux dans leur guerre contre le FLN, maintenant largement soutenu par le Nord. Devant le risque d’un effondrement complet de leur allié et de la prise de contrôle du Sud par les communistes, le président Jonhson décida d’intervenir militairement.

A la suite d’une provocation en mer (“l’incident” du golfe du Tonkin), en août 1964, la 7e flotte US se mit à canonner et à bombarder la côte nord-viêtnamienne puis des nuées de B-52 ( les plus gros bombardiers de l’époque) quittèrent leurs bases au Sud Viêt-nam pour pilonner le Nord en se rapprochant de plus en plus de Hanoi. En même temps des fantassins US débarquaient par dizaines de milliers dans le Sud. Ils devaient atteindre le chiffre d’un demi million. La guerre américaine fut véritablement criminelle et prouve encore une fois qu’on peut disposer d’un régime relativement démocratique sur le plan intérieur et se comporter de façon inhumaine et terroriste vis-à-vis de peuples considérés comme “inférieurs” : massacres, napalm, bombes à billes antipersonnel, défoliants, furent très largement utilisés cependant que la plupart des bâtiments du Nord étaient rasés (à l’exception de ceux de Hanoi). A l’opposé, la façon dont le peuple vietnamien, étroitement encadré par le PC (appelé PTV, parti des travailleurs du Viêt-nam), sut résister à l’escalade et finalement la rendre inopérante, donna un exemple inouï qui inspira non seulement d’autres mouvements de libération nationale mais également des secteurs de la jeunesse et du mouvement ouvrier dans les pays développés.

Ici je souhaite livrer quelques souvenirs personnels. En novembre 1966 se tint la première réunion du « Tribunal international contre les crimes de guerre commis au Viêt-nam », encore appelé Tribunal Russell, du nom du célèbre philosophe anglais qui accepta de le parrainer. Son but était « d’établir sans crainte de quiconque ni à la faveur de qui que ce soit toute la vérité sur cette guerre ». Vingt six témoins de différents pays furent envoyés au Viêt-nam. En tant que chirurgien, j’ai eu la possibilité de séjourner du 17 février au 23 mars 1967 dans le Nord Viêt-nam, puis, avec mon collègue médecin Marcel-Francis Kahn et le cinéaste Roger Pic, du 16 au 30 septembre 1967 dans les zones libérées du Sud, non loin de Tay Ninh. Comme j’étais encore membre du PCF (bien que déjà trotskiste….) et comme le PCF était jugé très sévèrement par les communistes vietnamiens à cause de sa mollesse pour appuyer leur combat (et de son soutien du bout des lèvres au tribunal Russell), les responsables vietnamiens me donnèrent une chance inespérée : me faire descendre jusqu’au 17e parallèle (la ligne de démarcation entre le Nord et le Sud). De cette équipée passionnante je retirais deux impressions prédominantes.

En premier lieu, la sauvagerie des bombardements US n’avait aucune limite. Après avoir quitté la capitale, j’ai dû constater que jusqu’au 17e parallèle, pas un bâtiment en dur n’avait été épargné par l’aviation américaine. Je devais enquêter notamment sur l’usage des bombes à billes et du napalm ainsi que sur les bombardements d’établissements hospitaliers. On m’a conduit dans tous les hôpitaux de province et dans plusieurs hôpitaux de district. Ils étaient tous marqués de larges croix-rouges et situés le plus souvent hors de la ville. Tous avaient été bombardés à plusieurs reprises, rasés et j’ai rapporté du carrelage de bloc opératoire recouvert de flaques de napalm. Il en allait de même des écoles et des habitations. Au Sud nous avons interrogé beaucoup de témoins qui nous ont détaillé les ratissages, bombardements, défoliations, opérés par les Américains et leurs protégés.

Mais en même temps nous avons été les témoins du formidable élan de la population pour résister et chasser l’envahisseur. J’ai pu observer admirativement comment la vie s’organisait sous terre dans les zones les plus bombardées du Nord : les écoliers étudiaient dans des tranchées, la tête recouverte d’un chapeau de paille tressée pour les protéger des billes, les hôpitaux décentralisés fonctionnaient en sous-sol et les salles d’opération souterraines étaient éclairées avec des phares de vélo, les magasins et les salles de réunion étaient creusés dans le sol. Nous circulions de nuit en command car et, de même que tous les camions empruntant la “piste Hô Chi Minh” pour rejoindre le Sud, nous ne disposions comme éclairage que d’une petite ampoule fixée sous le moteur. De chaque côté de la route des bâtons blancs étaient échelonnés tous les dix mètres, et la lampe permettait de constater que nous demeurions entre les bâtons, donc sur la route. Des équipes veillaient à ce que celle-ci demeure praticable. Une mobilisation populaire était indispensable pour aboutir à un tel résultat. D’autant qu’il fallait surveiller à intervalle régulier des lanternes, placées elles aussi le long de la route. Lorsque la feuille de bananier qui la recouvrait était remplacée par une feuille rouge, cela signifiait qu’il y avait un passage d’avions (non entendu avec le bruit du moteur de la voiture) et qu’il fallait s’arrêter et éteindre la petite ampoule sous le moteur. C’étaient souvent des jeunes filles des villages qui s’occupaient de ces lanternes. Dans tous les domaines l’ensemble de la population était ainsi mobilisée et, malgré leur écrasante supériorité technique, les Américains s’y cassèrent les dents.

Un journaliste du Monde qui avait d’abord été sur un porte-avions américain me dit un jour à l’époque : « Quand on m’a envoyé ensuite au Nord Viêt-nam, j’y suis allé avec l’idée qu’ils étaient foutus. Vous ne pouvez imaginer la débauche de moyens et d’appareils sophistiqués à la disposition de l’armée américaine. Mais après quelque temps de séjour ici, j’ai changé d’avis. C’est toute la population qui se bat, qui est encadrée et motivée. Contre cela, les Américains seront impuissants ». Le Mai 68 français a été provoqué par la guerre du Viêt-nam. Le 18 mars 1968, une centaine de militants avaient attaqué le siège parisien de l’American Express dans le quartier de l’Opéra (vitres brisées, drapeau américain brûlé). Les flics arrêtent Xavier Langlade, le responsable du service d’ordre de la JCR, qui est étudiant à la faculté de Nanterre. Des arrestations de lycéens ont lieu les jours suivants. Nanterre s’embrase et les étudiants exigent leur libération et occupent la Tour qui domine le campus. Les étudiants seront relâchés mais l’agitation ne cessera plus et de Nanterre gagnera le Quartier latin. Signalons qu’auparavant s’étaient déjà produites de nombreuses manifestations anti-guerre en Belgique, en Allemagne, au Japon et surtout aux USA où les pertes de l’armée américaine ne donnaient aucune envie de se battre aux futurs appelés. En France plusieurs mouvements animés par ce qu’on appelait alors les “groupuscules” développeront des actions parfois spectaculaires avec le slogan « FLN vaincra ! » qui contrastait avec le timide « Paix au Viêt-nam ! » du PCF, égaré dans les méandres de la coexistence pacifique. Les trotskistes participent activement au Comité Viêt-nam national (CVN), au mouvement du Milliard pour le Viêt-nam, à l’Association médicale franco-viêtnamienne, les maoïstes animent les Comités Viêt-nam de base (CVB), tous contribuent à faire prendre conscience que la lutte généralisée et organisée de tout un peuple peut faire reculer un adversaire cent fois mieux armé. En 1975, ce sera la prise de Saïgon par l’armée populaire puis la réunification du Viêt-nam. La suite devait se révéler nettement moins enthousiasmante.

Dans les années de lutte contre la guerre, le slogan scandé : « Hô, Hô, Hô Chi Minh ! Che, Che, Che Guevara ! » était repris au cours de toutes les manifestations, au grand dam des trotskistes vietnamiens qui étaient, certes, de tous les comités de lutte mais, sachant comment le PCV avait systématiquement exterminé les trotskistes en 1945, souhaitaient un soutien plus critique. Et, de fait, on dut constater qu’après avoir terminé victorieusement sa lutte exemplaire, le PCV se mit à très rapidement édifier une société en tous points comparable à celles de ses homologues du “socialisme réel”, avec son parti unique, ses bureaucrates à tous les niveaux, ses magasins et hôpitaux “spéciaux”, ses centaines de milliers de prisonniers politiques “à rééduquer”, sa police politique omniprésente. Le FLN et l’Alliance des forces démocratiques, qui avaient clamé pendant des années leur volonté d’ouverture à la “troisième force”, leur désir d’établir un régime démocratique multi-partis, se virent mis sur la touche cependant que pratiquement tous les postes clés étaient occupés par des “nordistes” ou des gens qui ne devaient leur pouvoir qu’à la confiance qu’ils inspiraient aux “décideurs” du Nord et non pas à la population locale.

La déception se traduisit par l’exode des “boat people” mais elle atteignit également nombre d’“amis du Viêt-nam” qui avaient nourri bien des illusions pendant la guerre. Pour saisir toute leur amertume il suffit de se reporter aux Mémoires de Laurent Schwartz (1) qui fut un des principaux animateurs du CVN, du Tribunal Russell et qui eut l’occasion en 1968 de rencontrer Hô Chi Minh, Pham Van Dong et de donner une conférence aux cadres syndicaux et politiques de Hanoi : « Les officiels vietnamiens savaient pertinemment que j’avais été trotskiste, ils passaient là-dessus ; moi je n’ignorais pas qu’ils étaient staliniens et ne me faisais guère d’illusions sur le régime politique qui prévaudrait après la guerre; j’espérais quand même mieux que ce qui s’est produit ».

Comment interpréter un tel fiasco ?

L’explication n’est pas simple et donna lieu, à l’époque, à d’ardentes controverses dans la IVe Internationale. La majorité considérait que le PCV était, certes, de formation stalinienne et nourrissait donc de vives tendances à la bureaucratisation mais elle demeurait résolument optimiste en raison du combat exemplaire qu’il dirigeait. Il s’agissait pour elle d’une direction révolutionnaire partiellement empirique, susceptible d’évoluer sous l’influence de la mobilisation d’une population politisée, comme en témoignait la large démocratie à la base en contradiction avec le centralisme vertical (2). A ce point de vue s’était opposée, pendant toute une période, une minorité (essentiellement aux USA) pour qui le PCV n’était qu’un parti nationaliste à base paysanne, doté d’un programme stalinien petit-bourgeois de révolution par étapes (d’abord la révolution bourgeoise…). Seule la poussée des masses l’aurait obligé à dépasser les bornes qu’il avait prévues. Le groupe trotskiste vietnamien en France voyait les choses encore différemment et, a posteriori, son point de vue s’est révélé le plus lucide. Certes, le PCV avait été formé dans le moule stalinien de la IIIe Internationale, comme son homologue chinois, mais comme ce dernier, il a toujours su manœuvrer pour défendre ses intérêts nationaux sans trop indisposer son tuteur. Il était erroné de le représenter comme un parti petit-bourgeois poussé à l’action par les masses révoltées. Cette poussée n’existait ni en 1941 quand quelques dizaines de militants pourchassés prirent la décision audacieuse de commencer la lutte armée et créèrent le Viêt-Minh, ni dans les années soixante quand le Nord était ravagé par les bombes et le Sud étranglé par l’armée US, les flics et les mercenaires du régime fantoche. Le PCV a su être cette direction combattante, liée aux masses, farouchement décidée à vaincre et à conserver le pouvoir. Mais pour réaliser quoi ? Comme l’ont fait remarquer les zapatistes du Chiapas, les dirigeants d’une lutte armée victorieuse ne sont pas les plus aptes à construire une société civile démocratique en temps de paix. D’autant que la gangrène stalinienne corrodait déjà le Nord Viêt-nam au plus fort de son combat exemplaire.

Comment décrire l’amertume de l’auteur de ces lignes quand il apprit en 1991, à la lecture du livre de Georges Boudarel (3) qu’en pleine escalade, en 1967, alors qu’il se trouvait au milieu de cette population héroïque, la direction du PCV jetait en prison, sans aucun procès, cent à deux cents vieux militants lors de “l’affaire Hoang Minh Chinh”, accusés de “révisionnisme antiparti” krouchtchevien. Chinh connut 16 ans d’internements divers sans aucune décision de justice et n’est toujours pas réhabilité. On apprenait récemment que le propre secrétaire de Hô Chi Minh (de 1945 à 1954) avait fait partie de la même fournée sans que le brave Oncle ne lève le petit doigt pour le sauver (4). On avait donc affaire à un parti ouvrier bureaucratisé, certes de formation stalinienne, mais différant du parti stalinien standard (comme le PCF) en ce sens qu’il plaçait ses intérêts propres avant ceux de l’URSS. Il sut diriger avec brio une guerre de libération nationale (comme son homologue soviétique pendant la deuxième guerre mondiale) mais se révéla incapable de sortir du moule stalino-maoïste pour construire une société nouvelle en temps de paix. Actuellement le Viêt-nam suit globalement l’évolution de la Chine et le culte du billet vert a remplacé celui de Staline mais le pouvoir politique est encore solidement entre les mains des cadres du PCV. Il est heureux qu’en mai 1968 même les plus pessimistes n’eussent imaginé une telle trajectoire…

Notes

1. Laurent Schwartz, Un mathématicien aux prises avec le siècle,

Ed. Odile Jacob, Paris 1997.

2. Pierre Rousset, Le parti communiste vietnamien, François Maspéro, Paris1973 (2e ed. Paris1975).

3. Georges Boudarel, Cent fleurs écloses dans la nuit du Viêt-nam (communisme et dissidence – 1954-1956), éd. Jacques Bertoin, Paris1991.

4. Chroniques vietnamiennes, édité par le Groupe trotskiste vietnamien, (membre de la LCR) – n° spécial – automne 1997.

Mercredi 15 mai 2013 Jean-Michel Krivine

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15 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Au Bangladesh, une ouvrière du textile meurt tous les deux jours (Bastamag)

Au Bangladesh, une ouvrière du textile meurt tous les deux jours (Bastamag) dans Crise 130123-BangladeshGarmentWorkersProtest-Xinhua-01crop

Plus de 1 700 morts en huit ans.

Tel est le lourd tribut payé par les ouvrières du textile au Bangladesh pour fournir à bas coûts des tee-shirts ou des chemises aux grandes marques occidentales. Avec un millier de morts, la catastrophe du Rana Plaza a enfin attiré l’attention de l’opinion. Et obligé les grandes enseignes à réagir en signant un accord qui devrait faire date. De leur côté, les grandes marques françaises, comme Carrefour, qui continuent de s’abriter derrière leurs codes de bonne conduite, peinent à s’engager véritablement. Des vêtements destinés à une marque du groupe Carrefour étaient bien fabriqués dans les ateliers du Rana Plaza, l’immeuble qui s’est effondré le 24 avril dernier au Bangladesh, ensevelissant 1 127 personnes, non loin de Dacca, la capitale du pays. « Après plus de trois semaines de recherches, nos équipes sur place ont confirmé le fait que les 3 000 ouvriers présents lors de la catastrophe travaillaient notamment pour Tex, la marque textile de Carrefour », précise Dorothée Kellou, de Peuples solidaires et du Collectif Éthique sur l’étiquette. Mais le géant français de la grande distribution nie avoir recours aux usines qu’hébergeait l’immeuble qui s’est écroulé. Se contentant d’un bref communiqué qui explique que la marque « n’avait pas de relations commerciales avec les fournisseurs du Rana Plaza ». Carrefour a cependant indiqué au dernier moment, dans la soirée du 14 mai, que le groupe rejoignait finalement les signataires de « l’accord de prévention des incendies et de sécurité des bâtiments au Bangladesh », que plusieurs poids lourds de l’habillement, tels Zara, H&M et C&A, ont signé le 13 mai.

En négociation depuis 2008, l’accord prévoit de renforcer le contrôle des sous-traitants au Bangladesh, auxquels les grandes marques européennes font allègrement appel. Inspections indépendantes des bâtiments, formation des travailleurs à leurs droits par les syndicats, publication des rapports d’enquêtes et des rénovations obligatoires des bâtiments… Cet accord va beaucoup plus loin qu’un simple audit. « Il est unique en ce qu’il est soutenu par l’ensemble des représentants des travailleurs du secteur au Bangladesh et internationalement », défendent Peuples Solidaires et le Collectif Éthique sur l’étiquette, relais en France de cette campagne internationale. C’est en Allemagne que se sont déroulées les dernières négociations entre les entreprises de prêt-à-porter et plusieurs organisations de défense des droits des travailleurs dans le monde. Parmi elles : l’IndustriALL Global Union, une fédération de 50 millions de travailleurs de 140 pays, mais aussi le Clean Clothes Campaign (représenté en France par le Collectif Éthique sur l’étiquette) ou encore Avaaz, une ONG internationale de cyber-militantisme.

Les marques françaises ne s’engagent pas

L’ampleur de la catastrophe du 24 avril, et les pressions de la société civile – un million de personnes ont signé la pétition demandant aux marques de signer cet accord – ont permis aux ONG et syndicats de faire céder les entreprises. « La décision des groupes PVH (qui possède les marques Calvin Klein et Tommy Hilfiger) et Tchibo, qui ont signé l’accord dès la fin 2012, a été essentielle dans cette avancée », souligne Peuples solidaires. Le sujet ne semble malheureusement pas prioritaire pour les marques françaises, alors que sur les étiquettes retrouvées dans les monceaux de béton du Rana Plaza, à côté des cadavres, figurent des noms tels que CamaÏeu, Auchan/In Extenso ou encore Tex, la marque textile de Carrefour. Seul le groupe Carrefour ayant finalement indiqué qu’il parapherait l’accord. Le leader français de la grande distribution s’est longtemps défilé, s’abritant derrière sa charte éthique et les audits dont elle est la seule à connaître le contenu. En 2005, Carrefour avait refusé de participer au fonds commun d’indemnisation des victimes d’un effondrement d’usine, qui avait fait 64 morts et 80 blessés au Bangladesh. Arguant qu’il avait mis des soutiens en place de son côté. Sans aucun contrôle des ONG locales. Idem en novembre 2012, lors de l’incendie de l’usine Tazreen. « Carrefour travaille bien avec le groupe Tuba qui possède l’usine Tazreen. Mais aucun de nos articles n’est confectionné dans cette usine », avait tenu à préciser le service de communication de l’entreprise après la publication d’un article de Basta !. Cette fois, la com’ est aux abonnés absents…

1 700 morts en huit ans

Tout le monde ne se défausse pas. Le britannique Primark a ainsi admis avoir des liens avec des intermédiaires qui possédaient des ateliers dans le Rana Plaza. L’entreprise a aussi promis d’indemniser les familles des victimes. La marque britannique Bon Marché, les espagnoles El Corte Ingles ou Mango et la nord-américaine Joe Fresh ont confirmé leurs relations avec les ateliers meurtriers. Sans se prononcer pour le moment sur d’éventuelles indemnisations. « Indemniser, c’est bien. Prévenir les catastrophes, c’est encore mieux », souligne Dorothée Kellou. C’est pourquoi l’accord signé ce 13 mai, « est un pas crucial vers la sécurisation des usines d’habillement au Bangladesh ». Il était grand temps que les choses avancent. Le Bangladesh est en effet souvent endeuillé à cause de l’industrie du textile. Le 8 mai dernier, alors même que le macabre décompte du Rana Plaza n’est pas clos, un incendie entraîne la mort de huit personnes dans un autre immeuble de Dacca, asphyxiées par la fumée toxique de vêtements en acrylique. Présenté comme « la pire catastrophe industrielle » du pays, l’accident – prévisible – du 24 avril est à inscrire sur une longue liste de drames. « Depuis 2005, plus de 1700 personnes sont mortes en fabriquant des vêtements au Bangladesh », rappelle Dorothée Kellou. Soit une tous les deux jours. Avec à chaque fois, dans les décombres, des étiquettes de marques occidentales, qui rechignent trop souvent à reconnaître leur part de responsabilité.

La main d’œuvre la moins chère du monde

La série noire commence en 2005, avec l’effondrement d’une usine qui tue 64 personnes, et en blesse 80 autres. Un an plus tard, une suite d’incendies tuent 85 personnes et en blessent 207 autres. En 2010, une trentaine de personnes meurent asphyxiées et brûlées dans deux graves incendies. En cause : des installations électriques défectueuses, des sorties de secours bloquées ou inaccessibles et l’absence d’alarmes incendie. Autre facteur d’accident : l’inadaptation des bâtiments dans lesquels sont installés les ateliers de confection. Le Rana Plaza comptait ainsi trois étages de plus que prévu. Les fondations n’étaient donc pas appropriées. L’édifice était de plus conçu pour héberger des bureaux et un centre commercial. Pas des milliers de machines à coudre alimentées par d’énormes, et très lourds, générateurs installés sur les toits. Deuxième exportateur mondial de produits textiles, juste derrière la Chine, le Bangladesh propose l’une des mains d’œuvre les moins chères du monde. 30 euros par mois contre 150 ou 200 en Chine. Une optimisation sociale alléchante pour les grandes marques, qui peuvent ainsi baisser leur prix sur le marché occidental, tout en empochant de substantiels bénéfices. Ceux de l’espagnol Mango sont passés de un à deux milliards d’euros entre 2004 et 2012. Carrefour a triplé son bénéfice net en 2012, pour atteindre 1,23 milliard d’euros. Et chez Primark, le groupe d’habillement le moins cher outre-Manche, les profits ont été multiplié par cinq en dix ans. Un grand merci aux ouvrières bangladaises… et aux autorités du pays. Car c’est dans les années 70 que le secteur du textile commence à s’implanter au Bangladesh. Avec la mise en place de zones franches, dans lesquelles les entreprises bénéficient de conditions fiscales très avantageuses. Le boom de l’habillement, dans les années 90, signe l’envolée de l’industrie locale, qui représente aujourd’hui 15% du PIB du pays, et 80% de ses exportations.

10 à 12 heures de travail par jour, sept jours sur sept

Une aubaine, pour ce tout petit pays, dont la densité de population est l’une des plus élevées de la planète, dépourvu de richesses naturelles, et avec une agriculture qui peine à nourrir ses habitants. 40% des ouvriers du pays travaillent aujourd’hui dans le secteur, soit près de trois millions de personnes, des femmes pour la plupart. Qui taillent, piquent, cousent et transportent les marchandises à longueur de journées. Officiellement 48 heures hebdomadaires, avec un jour de congé. Plus souvent 10 ou 12 heures par jour, et sept jours sur sept. Avec de nombreuses heures supplémentaires non payées et des obligations de verser des bakchichs aux superviseurs. « Le quotidien est vraiment très pénible, insiste Dorothée Kellou. Les gens sont payés moins que rien, ils sont debout toute la journée, et vont au travail la peur au ventre. » Aux incendies et risques d’effondrement, il faut ajouter, pour les femmes, des risques importants de violences sexuelles. L’autre visage de la mondialisation.n La situation est tellement épouvantable que plusieurs révoltes, souvent violentes, ont éclaté. Au printemps 2006, des dizaines de milliers d’ouvriers se mobilisent dans un très vaste mouvement de grève, qui touche la quasi-totalité des 4 000 usines. L’association des fabricants et des exportateurs de vêtements du Bangladesh (BGMEA) fait appel aux forces de police qui procèdent à une féroce répression. Trois ouvriers sont tués, des centaines d’autres sont blessés par balles, et emprisonnés. En 2010, une nouvelle vague de protestation agite le pays. Près de 1 000 personnes sont blessées parmi les travailleurs, suite à des actions policières. Une cinquantaines de personnes sont arrêtées. De nouvelles grèves et protestations viennent d’éclater.

50 marques seraient impliquées

Le respect de la liberté syndicale, inexistante au Bangladesh, fait partie des revendications des ONG et syndicats réunis au sein de la Clean Clothes Compaign. « Si les salariés avaient un droit de retrait, la catastrophe du Rana Plaza n’aurait sans doute pas eu lieu », remarquait Christophe Aguiton, membre du conseil scientifique d’Attac, dans l’émission C dans l’air, consacrée au drame bangladais. La veille du drame, des salariés ont signalé des fissures sur l’édifice. Mais on leur a intimé l’ordre de reprendre le travail. Les clients n’attendent pas. Qui sont ces clients ? « 50 marques seraient impliquées, répond Dorothée Kellou. Mais il est très difficile de savoir qui se fournissait dans ces usines. » Sur place, les associations locales procèdent à un travail de fourmis. Outre les étiquettes retrouvées dans les décombres, il y a les documents douaniers. Mais ils ne sont pas forcément à jour. Et il n’est pas évident de se les procurer. Quant aux grandes marques dont on sait qu’elles s’approvisionnent au Bangladesh, elles ne sont pas forcément coopératives… Gardant secrètes, par exemple, leurs listes de fournisseurs. « Cela nous trouble un peu de savoir que des étiquettes Tex (Carrefour, ndlr) aient pu être retrouvées sur place », confie Elin Wrzoncki, de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH). Car depuis 16 ans, la FIDH a mis en place un partenariat avec le leader de la grande distribution [1], Carrefour s’engageant à contrôler l’ensemble de sa chaîne de sous-traitance. Au Rana Plaza, cela ne semble pas être le cas. Or, « ce point fait partie des termes de notre partenariat avec Carrefour », poursuit Elin Wrzoncki . « S’il y a un contrôle des fournisseurs de rang 1, mais s’il n’y a pas de contrôles des autres rangs, c’est très ennuyeux. »

Responsables mais pas coupables

Qui est responsable du millier de morts piégés dans ces ateliers non conformes ? Et des centaines de blessés, dont certains vont rester handicapés à vie ? Sur place, une douzaine de personnes ont été arrêtées. Dont le propriétaire de l’immeuble et quatre propriétaires d’ateliers. Le niveau de corruption du pays est tel qu’il est fort possible que des fonctionnaires, voire des élus, soient impliqués dans le drame [2]. Seront-ils inquiétés ? Les suites de l’enquête le diront. Les Bangladais interpellés sont pour le moment les seules personnes à pouvoir faire l’objet de poursuites pénales, de la part des familles de victimes notamment. Quid des donneurs d’ordre ? Benetton, Carrefour et consorts ? « Ils ne pourront pas être poursuivis pénalement pour ce millier de morts, n’étant pas responsables des agissements de leurs filiales et sous-traitants », déplore Sophia Lakhdar, directrice de l’association Sherpa, qui défend les populations victimes de crimes économiques. De nombreuses associations et syndicats réclament la fin de cette irresponsabilité juridique des maisons mères, qui rime avec impunité. Quelques brèches ont été ouvertes. Notamment suite à la catastrophe de l’Erika, dont l’entreprise Total a été reconnue responsable. Mais les dommages, à savoir la pollution des eaux et de la côte, se situaient sur le territoire français. Comment faire quand les atteintes aux droits sociaux ou environnementaux se déroulent à l’autre bout du monde ?

Hypocrisie des grandes marques

L’association Sherpa espère que la plainte déposée en février dernier contre Samsung pour « pratique commerciale trompeuse » fera avancer la jurisprudence. Le géant coréen est accusé par plusieurs associations et syndicats de mentir à ses clients en invoquant des engagements éthiques à des fins purement marketing. Une pratique baptisée « fair washing », qui repose sur le système très contesté des audits sociaux. Des audits commandités par le donneur d’ordre lui-même, rarement réalisés par surprise dans les ateliers, quand ils ne sont pas à leur tour sous-traités. Leur contenu demeure, le plus souvent, confidentiel. Ni les travailleurs, ni l’administration, encore moins les syndicats n’ont accès à ces documents, qui permettent pourtant aux multinationales de communiquer sur leurs « performances » en terme de respect des droits sociaux et environnementaux. A l’image de Carrefour, qui se réfère régulièrement au « Global Social Compliance Programme » (Programme de conformité social), qui réunit les géants du secteur, d’Adidas à Wal-Mart, en passant par Auchan, Carrefour, Ikea ou Unilever, et censé identifier et standardiser les « meilleures pratiques ». De quoi ensuite inspirer de belles chartes éthiques et autres codes de bonne conduite, totalement déconnectés des réalités du terrain.

Le Rana Plaza avait été audité

Triste preuve du caractère dérisoire de ces audits : au Rana Plaza, deux usines avaient été auditées par la Business Social Compliance Initiative (BSCI), qui mène des audits sociaux pour le compte de plus de 1 000 entreprises. Les auditeurs s’étaient attardés sur les conditions de travail plus que sur la qualité du bâti. Interrogé par Basta !, l’espagnol Mango précise que même en cas d’audit, « il n’aurait pu détecter le caractère instable du Rana Plaza. Ne disposant pas des documents lui permettant de savoir que trois étages supplémentaires avaient été ajoutés ». De son côté, le britannique Primark, dont des étiquettes ont été retrouvées dans les décombres, était signataire de l’Ethical Trading Initiative, qui regroupe des entreprises, des syndicats et des associations. « Quand il y a un risque juridique, les acteurs changent plus facilement de comportement », estime Elin Wrzoncki. Selon elle, cela pourrait passer « par un renforcement du devoir de vigilance des multinationales sur les droits humains et l’environnement ». Pour le moment, ce devoir de vigilance n’est pas contraignant. Il a simplement été décrété par l’ONU. « On pourrait imaginer que les États membres transcrivent ces principes en obligations dans leur droit national », propose Sophia Lakhdar. Pour Elin Wrzoncki, les grandes marques doivent aussi s’unir pour faire pression sur le gouvernement bangladais. « Si elles ont les mêmes exigences, et qu’elles conditionnent leur installation dans le pays au respect des droits des travailleurs, il y a de grandes chances pour que les dirigeants les écoutent. » Au risque de réduire leur marge, alors qu’au cœur même de l’Union européenne, la « santé et sécurité au travail » est considérée comme « un fardeau » ? La tragédie du Rana Plaza servira-t-elle d’électrochoc ? Le gouvernement du Bangladesh a déposé un texte de loi qui autoriserait la création de syndicats au sein des ateliers de confection. Il a aussi annoncé la mise en place d’une commission qui prévoit d’augmenter le salaire minimum des ouvriers du textile. Les principaux concernés restent très mobilisés. Des centaines d’usines ont dû être fermées ce 14 mai, pour une durée indéterminée, en raison de « l’agitation de la main d’œuvre ». Bien décidée à ne plus mourir écrasée, brûlée vive ou asphyxiée pour les profits de grandes enseignes occidentales.

- Mise à jour : 15 mai, 9h39, suite à l’information que Carrefour allait probablement signer l’accord qui prévoit de renforcer le contrôle des sous-traitants au Bangladesh.

Notes

[1] Mis en place à partir de 1997, le partenariat Carrefour-FIDH permet à l’ONG de visiter les ateliers des fournisseurs de la marque partout dans le monde.

[2] Le Bengladesh est l’un des pays les plus corrompus du monde, classé parmi les très mauvais élèves par Transparency international, organisation non gouvernementale de lutte contre la corruption.

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15 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Conséquence de la guerre au Mali, Amnesty dénonce: Une nouvelle vague d’arrestations et de harcèlement de l’opposition du Tchad

Conséquence de la guerre au Mali, Amnesty dénonce: Une nouvelle vague d'arrestations et de harcèlement de l'opposition du Tchad dans International deby-napoleon-290x300

Amnesty International a écrit au président tchadien Idriss Deby Itno de l’arrestation de dizaines de militants.

Détentenir tous ceux qui parlent contre le gouvernement n’est pas la meilleure façon de prévenir les troubles politiques au Tchad. Les autorités doivent veiller que les détenus soient ou formellement inculpé ou libérés:  s’exprimer n’est pas puni dans le pays. Christian Mukosa,  Tchad chercheur à Amnesty International.
Des dizaines de parlementaires, de journalistes, officiers de l’armée et des civils ont été arrêtés depuis le début du mois par les autorités tchadiennes, doivent soit être inculpés de crimes ou  immédiatement libérés, a déclaré aujourd’hui Amnesty International. Depuis une tentative présumée de coup d’État le 1er mai au cours de laquelle huit personnes auraient été tuées dans des circonstances obscures, des militants et des journalistes ont été la cible d’une vague d’arrestations, de détentions, de harcèlement et d’intimidation à travers la capitale N’Djamena. La plupart des personnes arrêtées se sont vues  refuser des visites de membres de leurs familles, des avocats ou des médecins. Certaines sont soupçonnées d’être détenues au secret. « La vague croissante d’arrestations et de détentions à N’Djamena est extrêmement inquiétante, surtout étant donné que nous ne connaissons ni  l’identité et ni la localisation de toutes les personnes détenues», a déclaré Christian Mukosa, Tchad,  chercheur à Amnesty International.

le journaliste Eric Topona, Secrétaire général de l’Union des journalistes tchadiens ( UJT), a été arrêté le 6 mai, après être allé à la Cour de N’Djamena  en réponse à une citation à comparaître délivrée par un juge d’instruction. Il a été inculpé de «mise en danger l’ordre constitutionnel», arrêté et transféré au centre de détention Am Sinene dans la banlieue de la ville. Selon son avocat, Topona a été convoqué pour témoigner dans une affaire de diffamation contre l’auteur et militant Jean Laoukolé. Dans une autre affaire, le 7 mai,  Moussaye Avenir De La Tchiré, rédacteur en chef d’un journal  et trésorier de l’UJT a été arrêté par un groupe d’hommes en civil alors qu’il se trouvait dans sa voiture dans la banlieue Dembé de N’Djamena. Les hommes l’ont forcé à monter dans leur véhicule et conduit vers une destination inconnue. Il a été retrouvé le 8 mai dans un ancien camp militaire à N’Djamena appelé «Camp OCAM » dans la banlieue Moursal. Il n’a pas encore été inculpé.

En outre, le 7 mai, la police de la capitale sénégalaise a arrêté blogueur Makaila Nguebla, qui avait fui son pays,  il ya quelques années,  et vivait maintenant au Sénégal. Il a été arrêté quand il est allé à un poste de police à Dakar en réponse à une citation à comparaître dans un commissairiat. Il a été accusé par l’officier de police sénégalais qui l’interrogeait de communiquer par courriel avec des militants, dont Eric Topona,  et de « sensibilisation de la population contre le gouvernement tchadien en utilisant les médias sociaux». Le 1er mai, un certain nombre de membres de l’opposition du parlement ont également été arrêtés et certains de leurs domiciles ont été fouillés. Deux autres députés ont été arrêtés dans la soirée du 8 mai.

http://www.amnesty.org/en/news/new-wave-arrests-and-harassment-chad-s-opposition-2013-05-09

Lire aussi:

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article28657

Commentaire:  Ce qu’il y a de bien avec les médias et le journalistes, c’est qu’il sont si prévisibles! On peut être sûr d’avance qu’à Deby on n’ira pas chercher des histoires avec des « dissidents » ou des « bulletins de vote »! Il est « immunisé » par la social-françafrique!

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13 mai 2013 ~ 0 Commentaire

3e Université d’été (CADTM)

3e Université d’été (CADTM) dans A gauche du PS feedtheworld2

Comité contre la dette du tiers monde: bloquez vos agendas !

La 3e Université d’été du CADTM Europe se déroulera les 28, 29 & 30 juin à la Marlagne, près de Namur, en Belgique. Elle comprendra plus de 25 ateliers et plénières pour analyser les enjeux et discuter des actions à mener pour affronter le système dette au Nord comme au Sud de la planète : mouvements d’audit citoyen et d’opposition à l’austérité en Europe et ailleurs ; combats des femmes pour l’émancipation ; reconnaissance de la dette écologique ; retour sur les annulations de dette dans l’histoire de l’humanité ; outils pédagogiques…

Avec des conférenciers/cières d’Europe, d’Afrique et d’Amérique Latine.  Et en soirée, pour l’ambiance et la bonne humeur : concerts, spectacles et bar.

Une occasion unique de partager votre curiosité et vos expériences avec des centaines de personnes venues des quatre coins d’Europe et d’ailleurs.

CONTACT
CADTM, 345 avenue de l’Observatoire, 4000 Liège, Belgique, 0032 (0)4 226 62 85
Email : cecile@cadtm.org // Tel : 00 32 (0)484 99 53 81

Au plaisir de vous rencontrer à l’Université d’Été !
L’équipe du CADTM

POUR S’INSCRIRE (Clôture des inscriptions au 12 juin.)

http://cadtm.org/3e-Universite-d-ete-du-CADTM

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12 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Argentine : « Zanon est une tranchée dans et pour la lutte de classes »

Argentine : « Zanon est une tranchée dans et pour la lutte de classes » dans International godoy

Raúl Godoy est un des dirigeants de la lutte de Zanon, une usine de carrelage de plus de 400 travailleurs en Argentine, connue aussi comme Fasinpat, acronyme de « Fabrique sans patron ». Depuis 2001, à la suite de l’occupation et de la relance de la production, l’usine est sous gestion ouvrière. Raúl est également membre de la direction nationale du PTS (Parti des travailleurs socialistes) et actuellement député ouvrier au parlement provincial de Neuquén­ pour le FIT (Frente de Izquierda y de los Trabajadores).

Comment l’histoire de Zanon a-t-elle commencé ?
Notre première bataille a consisté à récupérer le syndicat qui était dirigé par des jaunes. Après avoir remporté les élections, il a fallu convaincre l’ensemble des camarades qu’on devait avoir un programme, un objectif. Désormais, tout devait être discuté en AG, et on défendrait non seulement les céramistes en CDI mais également les précaires, et les délégués seraient révocables. Le premier grand défi est venu avec le PSE de 2001. Les possibilités étaient d’accepter les indemnités de départ, ou alors de lutter pour le maintien de l’emploi. L’AG a fini par exiger l’ouverture des livres de comptes de l’entreprise pour démontrer que de l’argent, il y en avait. Une grève de 34 jours a été victorieuse. Les travailleurs se sont convaincus qu’ils étaient capables d’empêcher les licenciements et la fermeture annoncée.

Quelle est la particularité de Zanon ?
On a toujours refusé de devenir une SCOP renfermée sur elle-même. D’abord nous avons été à l’initiative d’un mouvement national des entreprises « récupérées », au sein duquel nous défendions la nationalisation sous contrôle ouvrier. Notre slogan était « Zanon appartient au peuple » pour souligner que l’usine n’était pas notre propriété, mais qu’on voulait la mettre au service de la population, notamment à travers la construction de logements publics.
Nous nous sommes liés aux mouvements de chômeurs qui nous ont défendus, notamment lors des tentatives d’expulsion. Lorsque la production a augmenté, c’est à eux qu’on a proposé les premiers emplois créés. On s’est aussi mis d’accord avec la communauté Mapuche pour l’extraction de l’argile, et avec la fac du coin qui a aidé à planifier la production. Nous avons impulsé la Coordination de l’Alto Valle, regroupant les secteurs en lutte de la région, puis un journal, Nuestra Lucha, avec des équipes syndicales combatives de tout le pays. Loin de vouloir « nous sauver tout seuls » ou construire un « îlot de socialisme », Zanon est une tranchée dans et pour la lutte de classes. Pendant très longtemps nous avons dû fonctionner en totale illégalité. Ça a été une grande discussion car on nous bourre le crâne pour qu’on accepte les lois des exploiteurs, pour qu’on ne remette pas en question la propriété privée… C’est par la discussion et dans la lutte que les copains ont compris que l’essentiel c’est le rapport de forces entre les classes. De ce point de vue, le rôle des militants révolutionnaires a été déterminant pour apporter un programme et une stratégie, sans lesquels Zanon n’aurait jamais été ce qu’elle est.

Comment envisages-tu ton séjour en Europe ?
Nous avons toujours défendu l’internationalisme ouvrier, et l’avons même inscrit dans les statuts du syndicat. Il nous a semblé que le moment actuel, avec la crise qui traverse l’Europe, était particulièrement propice pour des échanges avec des militantEs ouvrierEs. En Grèce, je vais rencontrer les travailleurEs de Vio.Me et en France, au moins ceux de PSA et de Goodyear. Cela me fait plaisir. Si notre lutte peut en inspirer d’autres, notre pari aura été réussi.

Rencontre avec Raúl Godoy

Jeudi 16 mai à 19h à la librairie Résistance,

4 villa Compoint, Paris 17e – Métro Guy Moquet ou Brochant

Propos recueillis par Daniela Cobet  Samedi 11 mai 2013Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 194 (08/05/13)

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12 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Syrie. Entretien avec un témoin des massacres de Banias (Al’e)

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Abu Mohammad: Ils ont laissé passer les gens normalement. On ne s’est tout d’abord pas imaginé ce qu’ils étaient en train de préparer. C’était mercredi 1er mai et les gens entraient et sortaient joyeusement du village. Il y avait des points de contrôle, mais ils n’arrêtaient personne, les gens allaient et venaient. C’est alors que, mercredi, ils ont coupé les routes et l’autoroute. Il n’y avait pas de pain. Les motos n’avaient pas l’autorisation d’entrer ou de sortir. Alors, les gens étaient effrayés; quelque chose était sur le point de se produire. Jeudi 2 mai, ils se sont tous dirigés en bas vers le pont, près du point de contrôle, afin de fuir. Il y avait environ 500 à 600 hommes et femmes. C’est alors que les soldats au point de contrôle les ont insultés et les ont fait s’allonger sur le sol. Un soldat a dit: «Espèce d’animaux, levez-vous et retournez vers vos maisons.» Il faisait nuit, c’était après le coucher du soleil.

Ils bombardaient cette fois Al-Bayda et Ras Elreefi.

C’est alors que les gens ont été saisis par la peur et ont tenté de s’enfuir vers le bas ou vers le haut. D’autres voulaient dormir sur place, à la belle étoile. Les gens, samedi 4 mai 2013, ont voulu partir, mais les soldats les en ont empêchés. Il y avait un couvre-feu; personne n’avait le droit de bouger. Les gens ne pouvaient même pas approcher le point de contrôle. Lorsque quelqu’un tenta de l’approcher, au moins 300 balles furent tirées dans le ciel. Les soldats ont repoussé les gens loin du point de contrôle afin de les empêcher de s’enfuir. Les gens sont alors restés dans leurs maisons. Entre 3 heures et 3 heures et demie, ils ont commencé à bombarder Banias, en particulier Ras-Elnabe’, en utilisant de l’artillerie et des mortiers. Les bombardements étaient effectués depuis Alqossor, ainsi que depuis le pont de Ooze et celui de Ras-Elnabe’, de même que depuis les points de contrôle. Les gens vivaient en paix auparavant, il n’y avait rien dans les villages et il n’y avait pas de rebelles armés.

Nous avons alors vu l’armée descendre depuis le pont de Ooze, s’approchant du village, soumis aux bombardements de l’artillerie. Les soldats ont atteint la première maison de la bourgade et ils ont alors contraint tous ses habitants à sortir, les ont plaqués face contre le mur avant des tous les abattre. Ils ont tué quatre ou cinq personnes qui habitaient dans la deuxième maison. C’est à ce moment que j’ai fait sortir ma famille, puis je suis retourné chercher tous les autres pour les emmener. Mais lorsque je suis revenu, j’ai dû me cacher dans une petite cave. J’étais coincé à l’intérieur, je dis donc que je ne suis pas meilleur que les autres. Ils ont emmené toute ma famille à l’extérieur, avec les autres familles. Ils les ont mis la face contre le mur. Il y avait 35 personnes qui faisaient partie de ma famille. Là, c’était seulement les membres de ma famille. Il y avait aussi d’autres familles. Ils les ont contraints de se mettre face contre le mur; et tout le monde l’a fait, y compris les enfants. Le plus jeune parmi eux avait 15 jours. Il y avait parmi eux huit enfants âgés de 15 jours  d’une année et demie, de deux ans et de trois ans. C’est alors que l’un des soldats a dit très clairement: «Tuez-les tous sans pitié, tuez-les tous sans pitié.» Je me trouvais à ce moment dans le sous-sol et j’ai tout entendu.

Des gens disent aussi que les tueurs parlaient avec un accent qui n’était pas syrien. D’après ce que vous avez vu, l’avez-vous remarqué?

Oui, oui, ma chère sœur, il y avait des paroles que je n’arrivais pas à comprendre. Je suis un Syrien de Banias, de Ras-Elnabe’. Il y avait des choses que je ne pouvais pas comprendre. Certains d’entre eux portaient des habits de la marine, d’autres des vêtements civils et des souliers blancs. Ils étaient environ 150. Ils ont ensuite tué les enfants. Ils les ont empilés les uns sur les autres. L’un d’entre eux à dit: regarde, celui-ci est encore vivant; ils lui ont tiré une balle dans la tête. Ils les ont pris les uns après les autres et ils les ont abattus. Si vous avez vu les photos, vous avez vu qu’il y avait deux enfants dont ils ont, après les avoir tués, brûlé les mains et les jambes. Il y avait la famille Rajab dont 16 d’entre eux ont été tués. Il y avait aussi la famille de Sabag, la famille de Al-Aleene, la famille de Turuk, la famille de Dahbaj, la famille de Jalul. De la famille de Jalul, ils ont tué Abu-Alabed, ses deux fils, ses six filles, ses parents et ses deux frères. Le père d’Abu-Alabed était handicapé, il ne pouvait pas bouger, il utilisait une chaise roulante. Il y avait aussi la famille de Lahoof et de Qasem.

Vous mentionnez les familles tuées. Combien de temps la tuerie a-t-elle duré?

Ils sont entrés à 3 heures 30 et ils ont commencé à bombarder. Ils tiraient environ 20 à 30 obus par minute. Les maisons étaient détruites et ils sont alors entrés dans les maisons pour tuer tous ceux qui étaient vivants. Je ne vous parle que d’une seule rue. Si vous comptez les autres rues, le nombre de morts dépasse les 1500. Il y en a plus de 1000 seulement à Ras-Elnabe’. Ils ont pris un camion (un camion congélateur) et ils ont commencé à jeter les corps dedans. Ils ont pris plus de 200 martyrs, plus de 200 martyrs.

Combien d’heures êtes-vous resté dans le sous-sol?

J’y suis resté une heure et demie et je retenais ma respiration parce qu’ils étaient très proches et que je ne pouvais ni bouger ni sortir. Ils sont restés une heure et demie devant la maison de ma famille. Après qu’ils les ont mis face contre mur et qu’ils les ont tous tués, ils se sont dirigés vers d’autres maisons pour continuer la tuerie. Ils ont fait une descente dans une autre famille, puis une autre puis encore une autre. Je me suis dit à ce moment qu’il n’y avait plus personne dehors. Lorsque je suis sorti, j’ai vu une petite fille bougeant de tous les côtés et levant les mains. On lui a tiré deux fois dans les mains. Lorsque je l’ai vue, j’ai été saisi de vertiges et j’ai perdu conscience. Un voisin est venu lorsqu’il m’a vu dans cet état, il m’a fait reprendre mes esprits et nous avons emmené la petite fille. Il y avait aussi un homme de sa famille qui était toujours en vie. Cet homme m’a dit que lorsqu’elle a commencé à lever sa tête, il lui a dit: «Dors, dors sinon ils vont revenir et ils vont nous tuer.» Il a laissé la fille se rendormir. Lorsqu’ils nous ont vus approcher, ils se sont sentis en sécurité et nous les avons portés et nous les avons emmenés. Je vous raconte ce que j’ai vu de mes propres yeux. Je suis retourné voir ce qui s’est passé dans le quartier, mais je n’ai trouvé personne d’autre. Plus de 1000 sont morts dans cette zone.

Ils s’en fichent donc des enfants, des femmes et des vieillards?

Un enfant de 15 jours a été tué.

Des gens affirment que des armes blanches ont été utilisées, avez-vous remarqué des personnes tuées à l’arme blanche?

Certaines personnes ont été tuées à l’arme blanche et au couteau, d’autres ont eu leurs têtes fracassées à coups de pierres jusqu’à ce qu’elles explosent. Ils n’ont pas épargné les enfants ou les vieillards. Les tueurs appartiennent à plus d’une confession. Il y a des Alaouites et des chiites d’Iran. Il y avait des accents que je n’avais jamais entendus. Je suis un Arabe et un Syrien. Je n’ai jamais entendu de tels accents. Il y a aussi la famille de Dandesh, ils ont tous été brûlés dans leurs maisons. Trois maisons proches les unes des autres. Ils les ont tous brûlés dans leurs maisons.

* Ce texte est la traduction – éditée par A l’Encontre – d’un entretien avec Abu Mohammad, témoin oculaire qui a survécu au massacre de Banias et qui a raconté ce qui précède sur la chaîne télévisée Al-Arabiyah.

http://alencontre.org/moyenorient/syrie/syrie-entretien-avec-un-temoin-des-massacres-de-banias.html

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12 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Le « choc des ressources » : au cap d’un nouvel ordre mondial (Essf)

Le « choc des ressources » : au cap d’un nouvel ordre mondial (Essf) dans Ecologie & climat

Dans un article paru dans la revue électronique «  TomDispatch.org  » le 21 avril, Michael Klare, professeur au Hampshire College, voit dans la raréfaction des ressources vitales pour l’être humain, couplée au changement climatique en cours, les prémices de conflits sociaux et militaires au niveau mondial. Nous présentons ici un résumé du tableau fort inquiétant qu’il nous livre.

Deux scénarios cauchemardesques – une pénurie mondiale de ressources vitales pour l’homme et un changement climatique d’une extrême profondeur – convergent actuellement pour donner lieu, dans les décennies à venir, à des troubles sociaux, des révoltes et des conflits majeurs. S’il est encore difficile de prévoir à quoi ressemblera exactement ce tsunami de désastres, les expert·e·s parlent d’ores et déjà de guerres de l’eau, d’émeutes alimentaires mondiales, de migrations massives de réfugié·e·s climatiques (accompagnées de réactions violentes contre ces mi­grant·e·s), de la chute de l’ordre social voir de l’effon-drement des Etats. Si les pays du Sud semblent être sur la ligne de front, toutes les régions de la planète finiront par être affectées par de telles catastrophes.

Pénurie de ressources, ressources de guerres

Le seul épuisement – et non pas la disparition totale – des matières premières énergétiques (pétrole, gaz, etc.), de l’eau, de la terre, de la nourriture et des minerais de base (uranium, cuivre, cobalt, métaux rares. etc.) suffit au développement de troubles sociaux, de frictions géopolitiques et de guerres. Le pétrole et l’eau, ressources les plus emblématiques, montrent déjà les limites de leur disponibilité en regard de la demande actuelle ou à venir. Or, la per- ception du manque imminent provoque des sentiments d’anxiété, d’inimitié, d’hostilité et par suite, d’agressivité. Ce schéma comportemental est bien connu tant il a eu cours dans l’histoire de l’humanité. Les civilisations anciennes on vu de nombreuses guerres exploser en raison du manque de ressources généré par l’accroissement démographique, le faible niveau des récoltes ou des disettes persistantes. Plus récemment, on peut citer l’invasion de la Mandchourie par le Japon en 1931 ou l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie en 1939. Aujourd’hui, plusieurs conflits sont déjà le résultat d’une raréfaction de ressources vitales, telle la guerre du Darfour qui a fait 300 000 morts et plus de 2 millions de déplacés depuis 2003.

Les conséquences guerrières liées à une probable pénurie de pétrole trouvent une illustration pleine et entière dans la politique extérieure américaine depuis la formulation de la doctrine Carter en 1980.

Le président américain annonçait alors que tout mouvement visant à empêcher l’importation de pétrole en provenance des pays du Golfe serait considéré comme une menace contre les «  intérêts vitaux  » des Etats-Unis. En 1990, ce principe était à nouveau invoqué par le président George H. Bush pour justifier une intervention dans la Première Guerre du Golfe et il fut, en partie, repris par son fils pour envahir l’Irak en 2003. Aujourd’hui, ce principe est à la base des plans américains visant à user de la force s’il le faut pour empêcher le gouvernement iranien de fermer le détroit d’Ormuz, canal stratégique qui connecte le Golfe persique à l’océan Indien et où transite près de 35 % du commerce maritime mondial de pétrole. En d’autres points du globe, les tensions grimpent  : entre la Chine et ses voisins du Sud-est asiatique pour les réserves de pétroles et de gaz, entre la Chine et le Japon concernant les réserves sous-marines ou encore entre la Grande-Bretagne et l’Argentine pour le pétrole des îles Malouines.

Avec le changement climatique, tout devient plus terrifiant encore

Lorsque l’on pense au changement climatique, on pense généralement, en premier lieu, aux menaces pour l’environnement. Pourtant, un nombre croissant d’expert·e·s souligne que les effets les plus puissants du changement climatique se manifesteront directement sur les hommes au travers, notamment, de la destruction de l’habitat dont nous dépendons pour nous nourrir, pour produire, bref, tout simplement pour vivre. Les scientifiques connaissent désormais, avec une fiabilité que l’on peu qualifier de raisonnable, les effets du changement climatique  : l’augmentation du niveau des eaux qui entraine la destruction de nombreuses zones côtières, de grandes villes, d’infrastructures essentielles (routes, chemins de fer, ports, aéroports, pipelines, raffineries, etc.) et des terres agricoles ? ; la diminution des pluies et de la prolongation des disettes qui transforme les terres cultivables en nuages de poussière et qui ne peuvent que provoquer l’émigration de millions de ré­fugié·e·s climatiques ? ; enfin, les tempêtes sévères et les vagues de chaleur qui détruisent les récoltes, provoquent des incendies de forêt et des inondations.

Compte tenu des ces changements, des explosions sociales brutales risquent de se multiplier dans le futur. Une question se pose alors  : «  serions-nous à l’orée d’un nouvel ordre mondial dominé par la lutte pour l’accès aux ressources disponibles  ?  » Le directeur du Service national de renseignements étasunien, James R. Clapper, va dans ce sens lorsqu’il considère la «  compétition pour les ressources naturelles et leur rareté relative  » comme une menace pour la sécurité nationale au même titre que le terrorisme global, la guerre cybernétique et la prolifération nucléaire. Cette déclaration d’un haut représentant de la première puissance militaire mondiale laisse présager ce «  choc des ressources  » que dessine un nouvel ordre mondial.

KLARE Michael T. 2 mai 2013 Résumé et adaptation  : Isabelle Luca

* Paru en Suisse dans « solidaritéS » n° 227 (02/05/2013). http://www.solidarites.ch/journal/

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article28637

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11 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Blasphème et blasphème (Le Jour d’Algérie)

Blasphème et blasphème (Le Jour d'Algérie) dans International 330492-120922-pakistan-protests

A Dacca, au Bangladesh, 200 000 personnes sont sorties manifester le dimanche 5 mai, dans un immense brouhaha, paralysant une bonne partie de la ville. Quelques jours auparavant, le 24 avril, il y avait eu l’effondrement d’un immeuble abritant des ateliers textiles qui a fait un millier de morts parmi les ouvriers, pour un premier bilan. Nous aurions pu conclure, sans hésiter, que les deux événements sont liés et que la manifestation a été naturellement produite par une vague de colère, contre les criminelles conditions de travail infligées aux travailleurs. Très violente, elle a fait au moins 37 morts, un poste de police, des véhicules et des magasins ont été incendiés.

Cela peut paraître surréaliste, mais son moteur n’avait rien à voir avec le sort des victimes du mépris patronal, qui sont royalement ignorées, contre toute attente. La foule a envahi la rue, à l’appel du Allama Shah Ahmad Shahi, pour réclamer notamment une nouvelle loi sur le blasphème, pour que «les athées soient pendus» et pour la fin de la mixité entre hommes et femmes. Des préoccupations, à tous points de vue, bien plus importantes pour Hefazat-e-Islam, l’organisation concernée. Les patrons Bengalais peuvent être tranquilles et leurs clients occidentaux de même.

Les affaires peuvent continuer à l’abri du bruit religieux qui couvre les râles des enfants soumis à une exploitation inhumaine, au milieu des produits toxiques interdits par la réglementation internationale, durant plus de 14 heures par jour, pour quelques dollars par mois, sans jours de congé, sans sécurité sociale et sans même un simple contrat de travail.

Ce blasphème à l’encontre de l’humanité, contre la vie et contre la dignité, n’est pas à l’ordre du jour des fatwas et ne le sa probablement jamais. Allama Shah Ahmad Shahi et Hefazat-e-Islam ne pouvaient pas ne pas mesurer l’ampleur de la tragédie qui a frappé leurs concitoyens. Mais, ils n’ont de toute évidence pas été sensibles à l’ambiance macabre et à l’émotion qui a envahi la ville. Sinon, avec leur capacité de mobilisation, ils auraient pu lourdement peser en faveur d’une remise en cause de l’esclavage institutionnalisé, du moins introduire, dans leur plate-forme de revendications, un point qui concernerait la barbarie qui règne sur le marché du travail.

Alors nous en venons à renforcer notre compréhension de l’apparent paradoxe qui fait que les pays de l’OTAN préfèrent des gouvernements islamistes pour les «indigènes» quand, dans le même temps, ils développent l’islamophobie chez eux.

Youssef al-Qardaoui, le muphti de l’alliance atlantique, n’est décidément pas une exception isolée. Il n’est que la tête de proue d’une entreprise, qui provoque des questionnements chez certains «démocrates», du fait de l’incompatibilité, communément admise, entre le discours de Washington et de ses satellites et les alliances avec la Confrérie des Frères musulmans et le Wahhabisme. Tout est cohérent, pour qui sait voir. Le Hamas palestinien s’engage contre la Syrie aux côtés de l’OTAN, par Qatar, où son chef jouit d’un exil doré, et Al Saoud interposés, au nom de ce «printemps» dont rêve désormais tout Frère en mal de pouvoir. A l’instar de notre MSP * national qui s’est découvert une vocation d’opposant.

Source : Le Jour d’Algérie du 10-11 mai 2012 Par Nazim Rochd

* MSP (Mouvement de la société pour la paix), parti politique islamiste algérien se revendiquant des Frères musulmans et prônant un « islam modéré ». (Note LCR-Web)

http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php?view=article&id=2874:blaspheme-et-blaspheme&option=com_content&Itemid=53

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11 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Le mouvement démocratique et la gauche anticapitaliste en Russie (Essf)

Le mouvement démocratique et la gauche anticapitaliste en Russie (Essf) dans International putin

Le 7 mai dernier, solidaritéS et le Parti socialiste genevois avaient invité Aleksander Lekhtman, membre du Mouvement socialiste russe (MSR), à présenter la situation politique et sociale de son pays, où la gauche fait face à une campagne de répression sans précédent, dans le sillage de la grande manifestation démocratique anti-Poutine du 6 mai 2012. Nous en avons profité pour l’interviewer.

Jean Batou – En quoi consiste la répression actuelle envers la gauche russe ? Est-elle de nature à entraver le mouvement contre le régime de plus en plus autoritaire de Poutine ? Aleksander Lekhtman – Après la grande manifestation de l’opposition du 6 mai 2012, les autorités ont arrêté le leader du Front de gauche,  Sergueï Oudaltsov, mais ils ne se sont pas contentés de cela : ils s’en sont pris aussi à des militant-e-s de base, dont une trentaine font actuellement l’objet de graves inculpations. Cette offensive vise à affaiblir la gauche et à intimider ses membres, parce qu’ils jouent un rôle important dans la bataille démocratique en cours et peuvent faciliter sa jonction avec le mécontentement social croissant. Il faut dire que le mouvement démocratique a accusé le coup au cours de l’automne 2012. Pourtant, à l’approche du 6 mai 2013, date choisie pour une nouvelle démonstration de force à Moscou, il a redressé la tête, et nous avons été 25 000 à 30 000 à occuper la rue ce jour-là. Il est difficile de prévoir comment les choses vont tourner dans les mois à venir, mais il est essentiel de développer une large solidarité internationale avec les accusé-e-s des « Procès de Moscou » en préparation, qui ont été interpellés après le 6 mars 2012 pour « atteintes massives à l’ordre public ».

Peux-tu en dire plus sur les origines du mouvement démocratique qui conteste le régime autoritaire de Poutine ? Quels liens entretient-il avec le mouvement social ?

Ce mouvement démocratique est né de la convergence de protestations locales, de nature sociale (sur des objectifs précis) et politique (contre la corruption). Celles-ci ont alimenté une mobilisation d’ensemble, au niveau de la Fédération, à laquelle divers acteurs régionaux ont pris part à titre individuel. Il faut noter cependant que ce mouvement démocratique, compte tenu de son orientation politique majoritaire, libérale et nationaliste, a jusqu’ici bloqué la prise en compte de revendications sociales, par exemple en défense des services publics, suscitant une certaine méfiance des milieux populaires. La gauche doit donc tenir compte de cette contradiction en participant sans conditions aux mobilisations politiques démocratiques, tout en s’efforçant de consolider le mouvement social en leur sein. Dans cette perspective, nous œuvrons à renforcer, parfois même à mettre sur pied, des organisations syndicales dans l’industrie, mais aussi dans les services, notamment dans l’enseignement, la santé, les universités, etc.

Comment est organisée l’opposition démocratique ? Peux-tu présenter ses principales composantes ? Quel rôle joue la gauche en son sein ?

Depuis la fin de l’année 2011, les luttes démocratiques étaient portées par un ensemble de forces rassemblées spontanément, sans structure formelle. C’est dans de telles conditions que la première grande manifestation du 6 mai 2012, contre l’inauguration du nouveau mandat de Vladimir Poutine, a été organisée. Par la suite, en octobre-novembre 2012, l’idée s’est concrétisée de constituer une direction élue du mouvement d’opposition. Ce sont ainsi près de 100 000 personnes qui ont participé, dans les grandes villes, à l’élection d’un Conseil de coordination de l’opposition russe, composé de 60 personnes. Parmi elles, la fraction majoritaire est celle des nationalistes libéraux d’Alexeï Navalny. De son côté, la gauche compte 5 à 10 représentant-e-s, selon les critères utilisés. Depuis sa mise en place, ce Conseil n’a pas bien fonctionné, probablement en raison de sa profonde hétérogénéité politique. Ainsi, l’appel à la manifestation du 6 mai 2013 a été porté de façon très hésitante et désordonnée, que ce soit pour le choix de la date (un lundi, jour de travail) ou pour la préparation concrète de la mobilisation. En même temps, les foyers de protestation sociale se sont multipliés, de janvier à avril, mais nous ne savions pas s’ils trouveraient à s’exprimer dans la mobilisation démocratique du 6 mai dernier à Moscou. Le succès de cette manifestation semble indiquer que cette convergence à tout de même été possible.

Peux-tu présenter les principales organisations de la gauche russe et indiquer leurs priorités ?

J’appartiens au Mouvement socialiste russe (MSR), qui s’est formé au début de l’année 2011, à partir de différents courants et militant-e-s d’origine majoritairement trotskyste, issus notamment de la section de la Quatrième Internationale (Vperiod) et d’un groupe issu du Comité pour une internationale ouvrière. Son activité vise prioritairement le développement d’une gauche sociale, notamment dans le monde syndical. Nous sommes en lien avec le Front de gauche, qui regroupe différents courants de la gauche radicale, rassemblés d’abord autour des Forums sociaux, mais aussi autour d’une organisation qui se nomme l’Avant-garde de la jeunesse rouge et se revendique du marxisme-léninisme. La gauche russe compte une troisième composante d’obédience anarchiste, dont l’un des animateurs, Alexeï Gaskarov, vient d’être arrêté. Elle a joué un rôle significatif dans l’animation des luttes environnementales et antifascistes – le pouvoir russe ayant développé des liens forts avec l’extrême droite nationaliste depuis les années 90. Ce sont ces organisations qui subissent aujourd’hui la plus forte répression, dans la foulée de la manifestation du 6 mai 2012 à Moscou.

Interview réalisé par Jean Batou. La version finale n’a pas pu être relue par Aleksander Lekhtman.

LEKHTMAN Aleksander 7 avril 2013 * Cette interview va paraître en Suisse dans solidaritéS.

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