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05 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Espagnols Rouges (Côté Brest)

Des réfugiés espagnols sur le quai de la gare de Brest en 1937.
Des réfugiés sur le quai de la gare de Brest en 1937. ©Archives de Brest.

Histoire à Brest : Républicains espagnols, les douleurs de l’exil

Un ouvrage historique évoquant le travail forcé des Républicains espagnols exilés à Brest pendant la Seconde Guerre mondiale permet de retracer le parcours de certains.

Le 12 avril 2024, la présentation d’un opus sur les Républicains espagnols exilés a permis de retracer le parcours de quatre d’entre eux, passés à Brest.

Le 12 avril était une date symbolique puisque ce fut ce jour-là, en 1931, qu’eurent lieu en Espagne les élections qui entraînèrent l’avènement du régime républicain mis à bas huit ans après par le coup d’État de Franco.

Les Républicains espagnols exilés n’ont pas tous été envoyés à Brest et ceux qui y sont passés ne sont pas tous restés, mais ils furent un certain nombre à y faire souche, rendant leur parcours accessible grâce à leur descendance.

Des victimes indésirables

Lucas Allende Santa Cruz connut les camps du Sud de la France avant d’être livré aux Allemands qui l’envoyèrent à Brest, où il travailla pour la NSKK qui s’occupait du transport de troupes, de matériel et de munitions pour l’armée du Reich. Il s’évada et entra dans la Résistance mais son groupe fut dénoncé.

Déporté à Dachau, il ne put sortir après la Libération, aucun pays ne voulant accueillir les Espagnols « rouges » ! Il fallut les efforts d’Edmond Michelet pour que ces déportés mal-aimés, dont Lucas, puissent revenir en France.

Un ouvrage historique

L’association MERE 29 œuvre pour faire vivre la mémoire des Républicains espagnols exilés en Finistère : elle collabore étroitement avec les chercheurs de l’UBO, ce qui a donné lieu, à ce jour, à trois colloques  à Brest.

Le dernier en date a débouché sur une publication  disponible en librairie depuis le 11 avril, un numéro double de la revue du Cermi (Centre d’études et de recherches sur les migrations ibériques) intitulé « Le travail forcé des Républicains espagnols pendant la Seconde Guerre mondiale » et réunissant des textes dus, pour une bonne part,  à des auteurs brestois.

Dirigé par Iván López Cabello et Geneviève Dreyfus- Armand, l’ouvrage traite des trois aspects du sujet.  En effet, ce travail forcé ne s’est pas limité aux travaux que l’armée allemande a imposés aux Espagnols livrés par la France de Vichy : avant la débâcle de 1940, la 3e République, déjà, a envoyé travailler ces exilés, dont un grand nombre sur la ligne Maginot, ce qui leur a valu d’être les premiers déportés du territoire français.

D’autre part, tous les Républicains n’ont pas quitté l’Espagne après leur défaite et la dictature franquiste n’a pas manqué de les réduire en esclavage. C’est donc ce sujet triplement douloureux qui est traité par le biais d’articles historiques et de témoignages.

Un camp au bois de Keroual !

Eduardo Caro Bermudo se rebella contre les autorités françaises du camp où il avait été interné, ce qui lui valut d’être envoyé au camp disciplinaire de Collioure. Il travailla dans une usine d’avions où il dut détruire ce qu’il avait construit quand les Allemands envahirent le Sud de la France.

Il connut plusieurs lieux d’internement brestois, y compris le camp du bois de Keroual dont on ne sait rien. Il s’échappa plusieurs fois et, au cours d’une de ses évasions, il rencontra une Bretonne avec qui il allait avoir… quatorze enfants ! À suivre…

Benoît Quinquis

Source : conférence prononcée le 12 avril à la bibliothèque universitaire de lettres et sciences humaines de Brest.
Par Rédaction Côté Brest Publié le 5 Mai 24

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04 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Orléans (NPA)

reupub1erjuin

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04 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Ghassan Abu Sitta (NPA)

Crédit Photo Auteur Nouveau Parti anticapitaliste (NPA)

Ghassan Abu Sitta doit pouvoir venir en France !

Le docteur et chirurgien Ghassan Abu Sitta, internationalement reconnu, anglo-palestinien, vient d’être interdit d’entrer sur le territoire français, refoulé à l’aéroport Charles de Gaulle ce samedi 4 mai. Comble de l’ironie, il se rendait, avec d’autres humanitaires au Sénat à l’invitation à une conférence intitulée : « La France respecte-t-elle le droit international ? »

Il semble que cette décision d’interdire l’entrée sur le territoire du docteur Abu Sitta ait été prise en coordination avec l’Allemagne qui a prononcé une interdiction d’entrée à l’encontre du docteur sur l’ensemble du territoire européen. Rien n’obligeait la France à exécuter l’ordre allemand.

La France ne respecte ni le droit international, ni le droit français, ni même le Sénat. Quand il s’agit de la Palestine et des Palestinien·nes, seul compte le droit des plus forts.

Ghassan Abu Sitta est médecin et était en poste en octobre à l’hôpital Al Shifa à Gaza. Il a reçu et essayé de soigner les victimes de l’horreur, des frappes et des massacres perpétrés par Israël.

C’est en cette qualité de témoin qu’il était invité le mois dernier en Allemagne. Son entrée sur le territoire a été refusée alors qu’il devait parler à une conférence en solidarité avec la Palestine, le 12 avril 2024. Cette conférence n’a finalement pas pu se tenir, la police allemande coupant l’électricité et faisant évacuer les locaux avant la fin.

Récemment nommé recteur de l’université de Glasgow, Abu Sitta est devenu un des professionnels de santé les plus médiatisés et les plus respectés travaillant à Gaza, parlant aux médias à propos des difficultés subies par le peuple palestinien dans l’enclave, notamment en racontant l’amputation des enfants, les opérations sans anesthésie et les brûlures au phosphore.

Il s’agit d’une tentative inacceptable de censure, qui s’ajoutent à tous les actes d’intimidation et de répression en cours. Ghassan Abu Sitta doit pouvoir témoigner des horreurs des crimes israéliens.

Le NPA demande que Ghassan soit admis sur le sol français et puisse venir témoigner partout où il le souhaite.

4 mai 2024

https://npa-lanticapitaliste.org/

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03 mai 2024 ~ 0 Commentaire

étudiant(e)s

étudiant(e)s  dans Educ'action
  • Pourquoi les mobilisations étudiantes pour la Palestine font-elles si peur ?

Aux États-Unis et dans certains pays d’Europe, les manifestations de soutien au peuple palestinien dans les universités rencontrent une répression grandissante. Il est vrai que la force de mobilisation des étudiant·es a de quoi inquiéter… ou réjoui

« Enveloppé dans un keffieh, un garçon pose ses mains sur la rambarde de la fenêtre du premier étage du siège de Sciences Po, la prestigieuse université de l’élite parisienne. Il fait partie des nombreux étudiants qui occupent depuis jeudi soir l’établissement », raconte le journal italien Il Manifesto le 27 avril. Depuis, la mobilisation a fait tâche d’huile, comme à Sciences Po Bordeaux ou à l’école de journalisme ESJ de Lille.

Les démonstrations de solidarité dans les universités états-uniennes et européenne s’inscrivent dans un contexte tendu. Il Manifesto parle, dans un autre article, d’« une restriction inquiétante des espaces de discussion, dans les médias et dans les universités ».

« La démocratie s’apprend à l’école et à l’université »

Le périodique italien complète d’une longue liste de « pressions qui limitent de plus en plus la liberté académique » en Italie et cite les mots de la secrétaire générale de la Fédération nationale de la presse italienne, Alessandra Costante : « La démocratie s’apprend à l’école et à l’université. Ne pas laisser quelqu’un s’exprimer sur des positions différentes des siennes est une attitude fasciste. »

Aux États-Unis, la répression des mobilisations sur les campus fait la une des médias internationaux. Le site israélo-palestinien +972 s’intéresse au traitement des étudiant·es en lutte dans les universités américaines qui « ont suspendu des groupes d’étudiants, limité le discours académique et appelé la police contre des manifestants pacifiques sur les campus d’un bout à l’autre du pays ». Le média dresse la liste des universités mobilisées, de celle de Columbia (New-York), depuis le 17 avril, à Berkeley (San Francisco) en passant par Yale (New Heaven), sous le titre « Les manifestations sur les campus en faveur de Gaza grandissent, la répression aussi ».

Les interventions des forces de l’ordre ont marqué par leur violence. À Atlanta par exemple, les manifestants de l’Université Emory ont été violemment délogés seulement quelques heures après s’être installés. « La police a utilisé des gaz lacrymogènes et des pistolets paralysants pour disperser le campement, tout en plaquant les gens au sol, et elle est accusée d’avoir utilisé des balles en caoutchouc », rapporte le média états-unien Truthout en accompagnement d’une vidéo des affrontements.

Les mobilisations prennent dans les universités européennes

« Ni la répression policière, ni les centaines d’arrestations et de harcèlements de ces dernières semaines n’ont pu arrêter le mouvement. Au contraire, il grossit chaque jour comme une boule de neige, recueillant le soutien de professeurs, d’employés d’université, de dirigeants politiques et de personnalités du monde de la culture en solidarité avec le peuple palestinien », affirme le média espagnol El Salto. La répression n’a fait que renforcer la détermination des étudiant·es, appuie le journal en ligne : « La lutte du peuple palestinien est interconnectée avec le reste des luttes des peuples et groupes opprimés du monde. »

En Espagne, un premier campement d’étudiant·es en soutien à la Palestine s’est installé à l’Université de Valence le 29 avril. « Il est difficile de regarder ces événements sans se souvenir d’autres moments historiques marqués par le mouvement étudiant, comme Mai 68 ou les manifestations contre la guerre du Vietnam qui ont eu lieu dans les années 1960 et 1970 aux États-Unis », renchérit El Salto.

Les étudiant·es font peur, oui, mais pour les bonnes raisons : c’est leur capacité à se mobiliser, à incarner leurs luttes, à les prendre à cœur, c’est l’intensité de la jeunesse, qui inquiète ou impressionne. Certains discréditent les étudiant·es en pointant du doigt leur radicalité ou leur jeune âge.

On devrait plutôt admirer la capacité de mobilisation des universités, ces lieux de réflexion et de production du savoir critique, où l’on donne le temps à la pensée politique de se développer. La force des jeunes en leur sein n’est pas à sous-estimer. Mieux vaut s’en inspirer.

Emma Bougerol 3 mai 2024

Photo : Campement et manifestation pour Gaza et la Palestine à l’Université George Washington le 26 avril 2024/CC BY-NC 2.0 Deed teachingforchange via Flickr

https://basta.media/

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03 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Hydrogène (Reporterre)

Derrière l'euphorie pour l'hydrogène, la menace des énergies fossiles
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Derrière l’euphorie pour l’hydrogène, la menace des énergies fossiles

[Enquête 1/2] L’engouement mondial autour de l’hydrogène est dopé par le lobbying massif de l’industrie des énergies fossiles. Objectif : nous rendre encore plus dépendants d’elle.

Les promesses mirobolantes de l’hydrogène n’étaient-elles qu’une illusion, sur le point d’être dissipées ? Un vent d’inquiétude flottait ces derniers temps sur le secteur, perceptible jusque dans la communication de l’Hydrogen Council, un groupe de lobbying représentant des industriels majeurs du domaine. « L’industrie de l’hydrogène propre est confrontée à des vents contraires », qui ont entraîné un développement « plus lent que prévu », écrivait-il en décembre 2023.

Présenté comme l’un des piliers de la transition énergétique, ce gaz possède des vertus qui le rendent, de fait, indispensable. L’hydrogène « vert », c’est-à-dire produit par électrolyse de l’eau à partir d’énergies renouvelables, peut à la fois servir à stocker de l’énergie (un enjeu essentiel pour compenser l’intermittence de la production électrique des éoliennes et panneaux photovoltaïques), à fabriquer des carburants décarbonés et, surtout, à remplacer les énergies fossiles dans des secteurs industriels difficiles à décarboner autrement, comme la sidérurgie et de vastes pans de l’industrie chimique.

Ces derniers mois, pourtant, plusieurs analyses majeures se sont montrées assez pessimistes, voire carrément alarmistes quant à nos capacités à déployer l’hydrogène vert dans les temps impartis pour tenir nos objectifs climatiques.

C’est le cas d’un rapport publié en janvier par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) qui revoit à la baisse, de quelque 35 %, ses prévisions de croissance pour la production d’hydrogène vert d’ici 2028, par rapport à l’évaluation établie l’année précédente. Pire encore : seuls 45 gigawatts (GW) de capacités de production d’hydrogène vert additionnels devraient être construits entre 2023 et 2028, soit… 7 % des projets annoncés pour cette période, estime l’AIE.

Le constat est à peine moins sévère au niveau européen. L’étude « Sisyphe », publiée en mars par le CEA, qui s’appuie notamment sur le témoignage de soixante-dix industriels européens, estime que la demande en hydrogène vert en 2030 ne devrait pas dépasser les 2,5 millions de tonnes. Soit huit fois moins que l’objectif européen, officialisé dans le plan RepowerEU.

Une ambition démesurée ?

Une multitude de facteurs est invoquée de manière récurrente par les acteurs de l’hydrogène pour expliquer ces difficultés : les incertitudes sur le coût — et la compétitivité — de l’hydrogène bas carbone par rapport aux alternatives fossiles actuelles ; le cadre réglementaire international jugé trop instable ou trop contraignant ; l’absence d’équipements suffisants (électrolyseurs de grande puissance, gazoducs et ports pour transporter l’hydrogène, etc.) ou encore le contexte économique global, plombé par l’inflation et le coût du crédit, entre autres.

La douche froide actuelle est surtout à la mesure des gigantesques ambitions affichées ces dernières années. À l’échelle mondiale, l’AIE prévoit que la demande en hydrogène bas carbone atteigne à cette échéance près de 400 millions de tonnes (Mt) par an. D’autres analyses vont jusqu’à 600 Mt.

Des volumes titanesques à déployer quasiment à partir de rien : aujourd’hui, le monde consomme environ 95 Mt d’hydrogène par an, dont seulement 0,6 % est bas carbone, selon l’AIE. « Créer ex nihilo, un système de production et de distribution d’hydrogène bas carbone constitue l’un des plus grands défis de la stratégie énergétique française et européenne », soulignait en février dernier Thomas Veyrenc, directeur général économie, stratégie et finances chez Réseau de transport d’électricité (RTE), lors d’une audition au Sénat.

L’ambition de la France incarne cette démesure : un objectif de production de 600 000 tonnes d’hydrogène décarboné est attendu pour 2030, ce qui nécessite l’installation de 6,5 gigawatts (GW) d’électrolyseurs.

À titre de comparaison, en 2023, France Hydrogène recensait 0,03 GW installé dans le pays, avec une progression de 0,017 GW en un an. « On ne va pas se mentir [...] un certain nombre d’objectifs ne seront pas atteints dans les temps », concédait en janvier à La Tribune Philippe Boucly, président de France Hydrogène.

Une bulle gonflée par le lobby fossile

La vague d’euphorie et d’annonces tonitruantes sur l’hydrogène remonte environ à 2020, selon Ines Bouacida, chercheuse et spécialiste de la transition énergétique à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) : « Elle est la conjonction de trois facteurs. D’abord, les objectifs de neutralité carbone en 2050 ont poussé à s’intéresser à l’hydrogène pour des secteurs difficiles à décarboner et qui étaient jusque-là peu regardés. Ensuite, les plans de relance post-Covid ont fait affluer beaucoup d’argent frais qui a suscité certaines ambitions d’investissements. Et il y a, enfin, une course technologique, l’envie d’avancer vite pour devenir les leaders mondiaux sur les technologies hydrogène. »

Autant d’éléments ayant pu pousser à surestimer nos capacités réelles à produire de l’hydrogène vert. Mais un quatrième facteur, plus surprenant, a certainement joué un rôle dans cet engouement mondial : le lobbying massif de l’industrie des énergies fossiles.

L’ONG OpenSecrets, qui traque les financements et l’influence des lobbies dans la politique étasunienne, évaluait en décembre 2023 à plus de 41 millions de dollars (environ 38 millions d’euros) le lobbying réalisé à Washington par les compagnies fossiles faisant également la promotion de l’hydrogène, entre janvier et septembre 2023 seulement. Le nombre d’entreprises déclarant une activité de lobbying en faveur de l’hydrogène a explosé sous la présidence de Joe Biden : elles plafonnaient à moins de 25 jusqu’en 2020 avant de dépasser les 200 en 2023.

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© Stéphane Jungers / Reporterre

Le même type de lobbying opère au Royaume-Uni et dans l’Union européenne (UE). Le centre de recherche sur le lobbying européen Corporate Europe Observatory estimait, en octobre 2023, à plus de 75 millions d’euros l’argent engagé par des industriels déclarant faire la promotion de l’hydrogène, entre autres, auprès des institutions de l’UE. Soit près du double (43 millions d’euros) de ce qu’investit la « Big tech » en lobbying dans l’UE. Parmi les plus gros acteurs impliqués dans cette promotion de l’hydrogène, on retrouve une bonne part des majors de l’industrie fossile : Shell, ExxonMobil, TotalEnergies ou BP.

« Leur principal objectif est de maintenir l’Europe dans une dépendance aux énergies fossiles, pour que leur business model puisse continuer quelques décennies supplémentaires », dénonce Belén Balanya, chercheuse au Corporate Europe Observatory. La subtilité de cette stratégie supposée tient au lien persistant entre énergies fossiles et hydrogène bas carbone. À côté de l’hydrogène vert, il est en effet possible de produire de l’hydrogène dit « bleu » : celui-ci n’est pas produit à partir d’électricité, mais est issu de la transformation d’hydrocarbures. Ce procédé est néfaste pour le climat, mais l’hydrogène bleu contourne ce problème en capturant les émissions de carbone générées, via les techniques de capture et stockage du carbone (CSC).

L’hydrogène bleu, danger climatique

Ainsi, même si les objectifs chiffrés à long terme de la plupart des États parlent spécifiquement d’hydrogène vert, « ces objectifs irréalistes permettront aux compagnies pétrolières et gazières de faire revenir l’hydrogène d’origine fossile par la porte de derrière », alerte Bélen Balanya. De fait, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) estime, dans un rapport de 2022, que l’hydrogène vert ne pourra répondre qu’aux deux tiers de la demande mondiale en 2050, complété par 200 millions de tonnes annuelles d’hydrogène bleu. Un volume identique est envisagé par l’AIE et l’Hydrogen Council.

Officiellement, pourtant, l’hydrogène bleu est présenté par la Commission européenne comme une solution temporaire, le temps que les capacités de production d’hydrogène vert se déploient. Les industriels du gaz fossile, eux, ne comptent pas se contenter d’un rôle de « passerelle » vers l’hydrogène vert. Investissant conjointement dans l’hydrogène vert et bleu, Shell, par la voix de son vice-président, assurait par exemple en 2021 que l’hydrogène bleu n’aurait pas vocation à disparaître, quand bien même sa version verte deviendrait compétitive. Le 28 avril dernier, Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, en rajoutait une couche en assénant que l’objectif officiel de déploiement de l’hydrogène vert n’avait « aucun sens ».

« L’hydrogène bleu est loin d’être aussi neutre en carbone »

Cette perspective inquiète de nombreuses ONG, avant tout puisque l’hydrogène bleu est loin d’être aussi neutre en carbone qu’il le prétend. La principale technique de production d’hydrogène bleu passe par le vaporeformage du méthane : un processus qui transforme ce gaz en hydrogène tout en libérant du CO2. Une activité pouvant générer, en amont, des fuites de méthane (gaz quatre-vingts fois plus réchauffant que le CO2 sur vingt ans), et en aval des fuites de CO2, les techniques de capture et stockage étant rarement aussi efficaces que prévu.

Les études sur le sujet sont nombreuses et trop contradictoires pour aboutir à des données certaines, mais une part conséquente de ces travaux s’avère extrêmement inquiétante. Une des plus citées, publiée dans Energy Science & Engineering, conclut que les fuites de méthane rendent la production d’hydrogène bleu potentiellement plus néfaste pour le climat que la combustion directe de gaz naturel ou de charbon !

En France, un rapport de l’Ademe de mai 2022 expliquait que le bilan carbone de l’hydrogène bleu dépendait fortement de la technique employée ainsi que de l’origine du méthane qui sert à le produire : le gaz naturel liquéfié (GNL) importé des États-Unis et lié à la production de gaz de schiste très émetteur de gaz à effet de serre étant particulièrement nocif. L’hydrogène bleu actuellement sur le marché n’est pas bas carbone, conclut l’Ademe, mais pourrait le devenir si l’on suit les bonnes pratiques, ce qui n’est pas assuré en l’état.

Verrouiller notre dépendance aux fossiles

Au-delà de son bilan carbone, le développement de l’hydrogène bleu présente le risque pernicieux de nous maintenir dans une dépendance aux énergies fossiles en investissant dans leurs infrastructures, d’entretenir une « dépendance au sentier », alerte également Pierre Sacher, ingénieur de l’Ademe et auteur du rapport.

La crainte, régulièrement relayée par des ONG écolos, serait donc de tomber dans le « piège des lobbies » : faire miroiter de l’hydrogène vert, tout en se tenant prêt à vendre de l’hydrogène bleu, voire du gaz fossile, une fois levés le mirage et l’irréalisme des objectifs initiaux. C’est ce que dénonçait le 16 avril dernier Julian Popov, juste après avoir quitté ses fonctions de ministre de l’Environnement en Bulgarie. « Construire des gazoducs prêts pour l’hydrogène signifie construire des gazoducs qui ne seront pas utilisés pour autre chose que du gaz naturel », tançait-il alors, relayé par le média Contexte.

Les gouvernements risquent « d’aider et encourager les intérêts des énergies fossiles » et de « perpétuer le statu quo », s’inquiète également Julie McNamara, directrice adjointe climat et énergie de l’ONG Union of Concerned Scientists. Si nous établissons des règles trop généreuses avec l’hydrogène bleu, produit à partir de méthane, « cela peut signifier plus de consommation de gaz naturel pour plus longtemps », un contexte « extrêmement lucratif pour l’industrie fossile », souligne-t-elle.

Ces enjeux se cristallisent en ce moment autour de « l’acte délégué » que doit produire la Commission européenne, pour établir clairement les critères définissant l’hydrogène bas carbone en Europe. Plusieurs industriels de l’hydrogène vert et ONG environnementales européennes ont adressé une lettre ouverte à la Commission, le 2 avril, s’inquiétant des pressions mises par certains industriels pour définir une norme au plus vite et au rabais pour l’hydrogène bleu.

Le risque serait notamment celui d’une définition trop permissive avec les fuites de carbone. Les signataires veulent aussi la garantie que l’hydrogène bleu ne soit produit qu’à partir des capacités fossiles existantes, sans générer l’ouverture de nouveaux puits d’hydrocarbures.

« Dans le pire des scénarios, le système hydrogène pourrait être encore pire pour le climat que le système fossile qu’il doit remplacer », s’inquiète Ciel Jolley, de l’ONG étasunienne Environmental Defense Fund, cosignataire de la lettre. « Des règles permissives sur l’hydrogène bleu pourraient saper le travail sur l’hydrogène vert et retarder sa compétitivité de plusieurs années », alerte également Geert De Cock, de Transport & Environment, autre organisation signataire.

L’acte délégué doit être rendu par la Commission européenne d’ici le 31 décembre 2024. Qu’il soit réellement bas carbone ou non, l’hydrogène fait aussi office d’argument magique, invoqué par certaines industries pour perpétuer leur modèle de croissance et éviter de parler de sobriété, comme l’explique également Reporterre.

Lire aussi :

Avions et bateaux : comment l’hydrogène entretient le mythe de la croissance

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01 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Agent Orange

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30 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Frantz Fanon (L’Humanité)

Frantz Fanon (L'Humanité) dans Altermondialisme

Le psychiatre et militant et révolutionnaire Frantz Fanon (1925 – 1961). Photo © DR

Adam Shatz : « Frantz Fanon portait le projet d’un universalisme radical »

Le journaliste new-yorkais consacre au psychiatre, révolutionnaire martiniquais, héros de l’indépendance algérienne, une vibrante biographie, publiée en France à La Découverte. Une fresque qui embrasse, avec la vie d’un homme, tout un siècle de décolonisation et de bouleversements intellectuels et politiques.

Adam Shatz est le rédacteur en chef pour les États-Unis de la London Review of Books. Il collabore régulièrement à la New York Review of Books, au New Yorker et au New York Times Magazine. Il est aussi professeur invité au Bard College et à l’Université de New York. La biographie qu’il consacre à Frantz Fanon, « Une vie en révolutions » (La Découverte, 2024), se lit comme le roman d’une vie, d’un engagement, comme la traversée d’un siècle qui a vu se libérer, avec le soulèvement des peuples colonisés, la moitié de l’humanité.

*L’Humanité.* La biographie intellectuelle que vous consacrez à Fanon tient de la fresque, elle s’inscrit dans l’histoire longue des luttes dont la mémoire a forgé le révolutionnaire ; elle embrasse une vaste géographie transatlantique. Que disent de Fanon ces coordonnées spatiales et temporelles ?

*Adam Shatz.* J’y insiste sur l’aspect pluriel de son trajet. Le titre en anglais est The Rebel’s Clinic ; The Revolutionary Lives of Frantz Fanon et en français, Frantz Fanon, une vie en révolutions. Parce qu’il a pris part à de multiples révolutions, intellectuelles, politiques, philosophiques, telles que la négritude, l’existentialisme, la phénoménologie, l’anticolonialisme, la lutte pour l’indépendance de l’Algérie, le combat en Afrique.

Je voulais souligner cet aspect multiple de sa vie, de sa recherche de soi-même, son projet de s’ancrer dans des appartenances tout en s’engageant dans les révolutions des autres (1). Cette multiplicité revêt un aspect géographique, parce que Fanon était un nomade et sa pensée en porte la marque. J’y vois un contraste avec son mentor, Aimé Césaire, le poète martiniquais qui est devenu un homme d’État (2), et qui a présidé à la départementalisation de la Martinique.

L’histoire de Césaire est une histoire d’aller et de retour (3) : il vient en France pour poursuivre ses études, il fonde ce mouvement de la négritude avec Léopold Sédar Senghor et Léon Gontran Damas (4), et il écrit son fameux poème, Cahier d’un retour au pays natal, pendant un séjour en Croatie. Et puis il rentre. Et il ne quitte jamais la Martinique. C’est l’homme qui fait retour vers son propre pays, qui se dédie à l’avenir de son pays. Contrairement à Fanon, l’homme qui quitte son pays pour ne jamais revenir.

*Vous revenez longuement sur les rapports contradictoires de Fanon avec la négritude, sur sa lecture de la revue Tropiques, sur l’admiration qu’il vouait à Léon Gontran Damas. Comment ce mouvement a-t-il contribué à le forger intellectuellement, politiquement ?*

On a tendance à ne retenir de Fanon que sa critique de la négritude. Mais il devait beaucoup à ce mouvement et il est presque impossible de comprendre sa pensée sans comprendre la négritude, un mouvement qui l’a formé. On peut même dire que la négritude l’a sauvé.

C’est un mouvement qu’il découvre en France, au moment où il poursuit à Lyon des études de médecine – pendant la guerre, il avait fait le choix de rejoindre la France libre, or la revue Tropiques a été fondée à peu près au moment où il quittait le pays, il ne se trouvait pas en Martinique lorsque cette révolution intellectuelle a pris corps. Mais c’est dans les pages de Tropiques qu’il découvre les écrivains engagés dans ce mouvement : René Depestre (5), Jacques Roumain (6), René Ménil (7), et bien sûr Damas et Césaire.

Il est alors en France et c’est en France qu’il se rend compte qu’il est noir. Il a grandi à Fort-de-France, dans une famille de la petite bourgeoisie, élevé par des parents socialistes qui cultivaient une certaine révérence pour la République française, pour ses principes d’égalité, de liberté, de fraternité.« Je suis français » : voilà les premiers mots que Fanon a appris à écrire à l’école, où ses professeurs lui enseignaient que les Gaulois étaient ses ancêtres.

Il avait déjà rencontré des tirailleurs sénégalais (8), que son père avait invités un soir à dîner : ils avaient suscité en lui un sentiment de peur mêlée de fascination. Un jour, dans un train, en France – il ne situe pas exactement le lieu de cette scène – un petit garçon l’a regardé avec la même peur, la même fascination en s’exclamant : « Maman, un nègre ! » Cette réaction a provoqué en lui un choc. Jusque-là, il ne s’était jamais pensé comme Noir. Être ainsi regardé comme un objet l’a terrifié, paralysé.

*Il confie en racontant cette scène avoir senti son corps se « disloquer »…*

Exactement. Son corps est alors disloqué, fragmenté, il ne peut pas le recomposer. Dans « L’expérience vécue du Noir », le cinquième chapitre de Peau noire, masques blancs, ce familier de Merleau-Ponty décrit avec les termes de la phénoménologie cette expérience du corps, ce sentiment d’être étranger à soi. Et il se rend compte qu’il lui manque l’anonymat – l’anonymat du corps dont parle Merleau-Ponty – qui est le privilège des personnes non racisées.

C’est là qu’il commence à lire les poètes de la négritude. Il lit d’abord le Sénégalais Léopold Sédar Senghor : c’est de lui qu’il apprend qu’il a un passé, un passé noir glorieux, qu’il y aurait une essence noire éternelle, mystique. Fanon a même baigné un temps dans ce qu’il appellera, en moquerie, l’irrationalité, croyant jouir de pouvoirs poétiques uniques en raison de sa négritude. (…)

www.humanite.fr Par Rosa Moussaoui

 

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29 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Gaza (Reporterre)

À Gaza, des activistes dénoncent un crime d'écocide

Agriculture détruite en grande partie, pollution, déchets… À Gaza, des voix s’élèvent pour dénoncer un écocide et demander des poursuites pénales contre Israël.

Beyrouth (Liban), correspondance

À Gaza, des activistes dénoncent un crime d’écocide

Des champs retournés, des arbres déracinés, une terre contaminée au phosphore blanc : à Gaza, l’environnement est la victime silencieuse de la guerre.

À la place des vergers, des plages de sable et des champs de fraise, qui faisaient la fierté des Gazaouis, se dresse un paysage dystopique fait de bases militaires, de cratères et de ruines. « Nous vivons actuellement une catastrophe environnementale qui engendrera d’autres catastrophes à l’avenir », dit Samar Abou Saffia, activiste écologiste gazaouie.

Ses notes vocales, envoyées par WhatsApp à Reporterre, brossent un portrait sombre de la situation sur place. « Plus de 80 000 tonnes de bombes israéliennes n’ont épargné ni les champs, ni les oliviers, ni les citronniers. Ces destructions environnementales accompagnent les massacres et le génocide, dit celle qui vit maintenant sous une tente à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. Lorsque les chars d’assaut pénètrent sur nos terres, ils en détruisent également la fertilité. »

Après l’attaque du Hamas du 7 octobre dernier, l’offensive israélienne à Gaza entre dans son huitième mois, tuant plus de 34 000 Gazaouis et faisant 77 000 blessés. Alors que plus de la moitié de la population de Gaza est au bord de la famine, des voix s’élèvent pour critiquer la destruction de l’environnement et de la production alimentaire à Gaza.

Une guerre contre l’environnement

« L’environnement n’est pas juste un dommage collatéral, mais bien une cible de l’armée israélienne », affirme Lucia Rebolino, coautrice d’une étude de Forensic Architecture, un collectif qui travaille avec des données satellites en open source.

« Des bulldozers rasent des champs et vergers pour dégager une zone tampon de plus de 300 mètres de profondeur » le long de la frontière au nord entre Israël et la bande de Gaza, explique-t-elle à Reporterre. « L’armée y construit des digues, des monts en terre, afin de protéger ses tanks et de dégager la vue. »

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À gauche, les terres cultivées à Gaza en 2023 ; à droite, les zones ciblées par Israël au 19 février 2024. © Forensic Architecture

Les chiffres de son étude parlent d’eux-mêmes : sur les 170 km2 de terres agricoles que comptait Gaza avant la guerre — soit la moitié du territoire —, 40 % auraient été détruites. 2 000 sites agricoles, dont des fermes et des serres, ont été bombardés. Le nord de Gaza étant le plus touché, avec 90 % de ses serres disparues.

Une étude conjointe menée par l’Organisation des Nations unies (ONU), la Banque mondiale et l’Union européenne estime à plus de 1,5 milliard de dollars (environ 1,4 milliard d’euros) les dommages causés à l’agriculture, aux aires naturelles et aux infrastructures de traitement des déchets — sans même compter la restauration et la reconstruction de l’environnement.

« Guerre herbicide »

Ces destructions sont partie intégrante d’une stratégie israélienne affirmée depuis une dizaine d’années, explique Lucia Rebolino. Lors des guerres de 2014 et 2021, Israël avait également pris des installations agricoles pour cibles, mais à moindre échelle.

« Nous avons régulièrement observé des avions israéliens larguer des herbicides sur des zones agricoles frontalières au début et à la fin des saisons de récolte de 2014 à 2019, profitant de vents favorables pour toucher le maximum de surface », témoigne-t-elle. Forensic Architecture a publié plusieurs rapports sur cette « guerre des herbicides », qui aurait ainsi détruit les moyens de subsistance de nombreux agriculteurs.

Un autre exemple frappant, plus au sud, est la réserve naturelle de Wadi Gaza, rivière dont les berges ont été nettoyées à grands frais par des ONG internationales quelques mois avant la guerre. « C’était redevenu une région pleine de vie et d’agriculture, dotée de bonnes infrastructures, dit Samar Abou Saffia dans une note vocale. Maintenant, tout est détruit et il est interdit aux Palestiniens d’y entrer, c’est très dangereux. » La zone est traversée par une route militaire qui sépare Gaza en deux, un no man’s land de terre déblayé à coups de bulldozers et devenu un champ de bataille.

Pollution de l’eau, de l’air, des sols

Outre les objectifs militaires israéliens, la guerre génère une pollution importante. Les émissions de gaz à effet de serre générées au cours des deux premiers mois de la guerre à Gaza ont été plus importantes que l’empreinte carbone annuelle de plus de vingt des nations les plus vulnérables au climat dans le monde, selon une étude anglo-américaine. Elle équivaudrait ainsi à la combustion d’au moins 150 000 tonnes de charbon. De quoi enfoncer la région encore plus profondément dans la crise climatique.

L’ONU estime en outre que les bombardements ont créé 37 millions de tonnes de débris. « C’est plus que toute l’Ukraine en deux ans », souligne Wim Zwijnenburg, chercheur sur les effets des conflits sur l’environnement à PAX, une organisation néerlandaise. Or, les dangers sont multiples : contamination à l’amiante et aux métaux lourds, poussières et particules fines, déchets toxiques des hôpitaux et industries, les maladies propagées par les corps en décomposition… « Comment va-t-on disposer de tous ces débris, alors qu’il n’y a aucune infrastructure de tri des déchets encore debout ? »

Alors que la majeure partie des infrastructures publiques sont détruites, des décharges improvisées ont vu le jour un peu partout dans la bande de Gaza. « Grâce aux images satellites, on peut observer comment des milliers de polluants infiltrent les sols et les eaux souterraines, et même comment des fumées toxiques rendent l’air irrespirable », explique-t-il. En parallèle, plus de 130 000 m3 d’eaux usées seraient déversés chaque jour dans la mer Méditerranée, causant d’importants dégâts pour la faune et flore sous-marine, avertit l’ONU.

Accusations d’écocide

Des organisations accusent Israël de commettre un génocide doublé d’un écocide. « La destruction de la terre est une pratique génocidaire systématique au même titre que la destruction de la production alimentaire, des écoles, des hôpitaux », affirme ainsi Lucia Rebolino, de Forensic Architecture.

Pour Saeed Bagheri, conférencier en droit international humanitaire à l’université de Reading, en Angleterre, la réponse est moins tranchée. « Du point de vue juridique, l’écocide n’a pas de définition claire. La Convention de Genève et le Statut de Rome listent des crimes de guerre contre l’environnement et les civils, mais encore faut-il pouvoir remplir leurs critères », explique-t-il à Reporterre. La discussion entre juristes porte sur la notion de proportionnalité. « En vertu du droit international, même si l’on admet qu’Israël a le droit de se défendre en attaquant le Hamas, l’environnement naturel ne peut être pris pour cible, sauf nécessité militaire impérative ».

« Récupérer nos terres et rétablir nos sols, nos nappes phréatiques et notre mer »

C’est donc ainsi que l’armée israélienne tente de se justifier. « Le Hamas opère souvent à partir de vergers, de champs et de terres agricoles, explique ainsi un porte-parole, cité par le Guardian. L’armée ne porte pas intentionnellement atteinte aux terres agricoles et s’efforce d’éviter tout impact sur l’environnement en l’absence de nécessité opérationnelle. »

Mais, pour Saeed Bagheri, « le principe d’humanité prime sur tout le reste, c’est-à-dire l’obligation de ne pas causer de souffrances inhumaines et évitables » aux civils et à l’environnement. Et c’est là qu’Israël pourrait être poursuivi devant la Cour pénale internationale ou la Cour internationale de justice. « Dans tous les cas, il doit y avoir une enquête », affirme le juriste.

Signe de la gravité de la situation, l’ONU a ouvert une enquête sur la destruction de l’environnement. Ces démarches prendront du temps, et il faudra attendre la fin de la guerre pour en connaître les conclusions.

C’est aussi ce qu’attendent les Gazaouis, piégés dans une dystopie sanglante. « Je souhaite seulement que la guerre prenne fin pour que nous puissions récupérer nos terres et rétablir nos sols, nos nappes phréatiques et notre mer, qui ont été détruits par les Israéliens », soupire Samar Abou Saffia.

Philippe Pernot 29 avril 2024

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28 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Gilbert Achcar (Le Monde Diplo)

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Cette nouvelle guerre froide, pour ne pas la nommer

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27 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Arménie Israel ( A l’Encontre)

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Quand Netanyahou se souvient de l’«holocauste des Arméniens»

Le 9 mars, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a publié sur son compte de microblog le texte suivant, que l’on peut traduire ainsi: «Israël, qui adhère aux lois de la guerre, ne recevra pas de leçons de morale de la part d’Erdogan, qui soutient les meurtriers et les violeurs de l’organisation terroriste Hamas, nie l’holocauste arménien et massacre les Kurdes dans son propre pays.»

Le premier ministre israélien réagissait à un discours antérieur dans lequel le dirigeant turc l’avait comparé à Staline et à Hitler. Erdogan a accusé Netanyahou de commettre un génocide pur et simple contre la population palestinienne de Gaza.

La partie la plus curieuse du tweet de Netanyahou est sa référence à l’«Holocauste arménien». Le 12 janvier 2024, le ministre israélien des Affaires étrangères, Israel Katz, a publié un tweet similaire: «Le président de la Turquie @RTErdogan, originaire d’un pays dont le passé est marqué par le génocide arménien, se vante maintenant de cibler Israël avec des affirmations infondées. Nous nous souvenons des Arméniens, des Kurdes. Votre histoire parle d’elle-même…»

La chose curieuse est qu’Israël lui-même n’a pas reconnu le génocide arménien en tant que tel. L’establishment politique israélien a lutté pendant des décennies contre la reconnaissance du génocide arménien, pour deux raisons: pour préserver l’exceptionnalité de l’Holocauste des Juifs européens pendant la Seconde Guerre mondiale par l’Allemagne nazie, mais aussi en raison de l’alliance stratégique de longue date avec la Turquie.

L’historien Yair Auron, dans son livre The Banality of Denial, Israel and the Armenian Genocide (Routledge, 2003), comprend très bien le discours de cet officiel israélien lorsqu’il écrit: «Au fil des ans, j’ai été troublé par un sentiment de malaise oppressant et par la critique du comportement évasif, frôlant le déni, de divers gouvernements d’Israël à l’égard de la mémoire du génocide arménien.»

Israël n’est pas seulement un gouvernement négationniste en ce qui concerne le génocide des Arméniens. Il est également un participant actif dans les récentes guerres que l’Azerbaïdjan a lancées, avec l’aide de la Turquie, contre l’Arménie et les Arméniens du Haut-Karabakh.

Israël a activement armé l’Azerbaïdjan avec des armes de haute technologie, permettant à l’Azerbaïdjan en 2020 de percer les défenses du Haut-Karabakh. Juste avant la «solution finale» azerbaïdjanaise du Haut-Karabakh en septembre 2023, 92 vols cargo ont transporté des armes et des munitions des bases militaires israéliennes vers l’Azerbaïdjan.

En juillet 2023, deux mois avant l’assaut, Yoav Gallant, ministre israélien de la Défense, s’est rendu en Azerbaïdjan pour faire l’éloge de la collaboration militaire entre les deux pays.

Israël a non seulement participé à la négation du génocide arménien dans le passé, mais a également pris une part active au nettoyage ethnique des Arméniens du Haut-Karabakh.

La prise de bec entre Israël et la Turquie a lieu alors que l’armée israélienne est accusée d’avoir commis des crimes de guerre et des crimes génocidaires lors de sa guerre à Gaza. Israël, pays construit par les survivants de l’Holocauste, est aujourd’hui accusé par l’Afrique du Sud, devant la Cour internationale de justice des Nations unies, d’avoir commis un «génocide» à Gaza. Israël est accusé de ne pas respecter les «lois de la guerre», contrairement à ce que prétend Netanyahou.

Alors, que dit Netanyahou lorsqu’il se souvient de «l’holocauste arménien»?

Il y a deux façons de se souvenir des atrocités du passé: l’une consiste à empêcher que des crimes se produisent à l’avenir. Le slogan «Plus jamais ça» est un premier pas vers la construction d’un ordre civilisé après les crimes de guerre et les destructions massives.

Mais Netanyahou n’adhère pas à ce slogan. Il adhère à un autre slogan: «Plus jamais ça pour nous!». La mémoire des atrocités passées justifie tous les crimes que les dirigeants israéliens décident de commettre. On se souvient des crimes contre l’humanité et des génocides passés pour justifier les crimes futurs, et non pour les empêcher de se produire.

Lorsque Netanyahou parle à Erdogan, il parle de pouvoir à pouvoir. Il dit: n’intervenez pas dans mes massacres contre les Palestiniens, comme je n’interviens pas dans votre génocide arménien, vos massacres kurdes et votre aide au nettoyage ethnique des Arméniens du Karabakh!

Le 24 avril est commémoré le 109e anniversaire du génocide arménien. Quelles leçons avons-nous tirées du premier génocide des temps modernes?

(Article publié sur le site Agos le 18 avril 2024; traduction rédaction A l’Encontre)

Vicken Cheterian

https://alencontre.org/

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