Archive | International

20 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

carlos (à-l’encontre rp odm)

carlos ghosn

Carlos Ghosn:

La chute du patron qui vivait dans l’impunité… sociale

Les temps changent… Le PDG de l’alliance Renault-Nissan (Mitsubishi et Avtocaz) a été arrêté hier au Japon, sur la base de soupçons de fraude fiscale et d’abus de biens sociaux au titre de ses fonctions chez le constructeur nippon. Une déchéance brutale pour cette star mondiale du CAC 40 et de l’automobile.

L’homme qui valait 13 millions d’euros a finalement chuté.

Super-PDG cumulant les casquettes à la tête de Renault, Nissan, Mitsubishi et Avtovaz, survo-lant les fuseaux horaires, de l’Hexagone jusqu’au pays du Soleil-Levant (avec son avion privé), Carlos Ghosn a été arrêté hier au Japon sur la base de soupçons de fraude fiscale et d’abus de biens sociaux au titre de son mandat de président du conseil d’administration chez Nissan.

D’après le quotidien nippon The Asahi Shimbun, le magnat de l’automobile est accusé d’avoir sous-déclaré des éléments de son salaire à hauteur de 5 milliards de yens, soit près de 38,78 millions d’euros. Un autre dirigeant du groupe, Greg Kelly, est également mis en cause pour complicité dans cette affaire.

Ce serait une enquête interne menée par Nissan sur la base d’accusations formulées par un lanceur d’alerte qui aurait mis au jour des pratiques de malversation, a fait savoir le construc-teur automobile dans un communiqué.

Nissan affirme que, «pendant de nombreuses années», Carlos Ghosn et Greg Kelly ont déclaré au fisc japonais des montants de rémunération inférieurs au revenu réel du premier. «De nombreux actes irréguliers ont été découverts, comme l’utilisation des biens de la société à des fins personnelles», explique en outre le groupe japonais, dont l’actuel PDG, Hiroto Saikawa a proposé la démission de Carlos Ghosn.

Une déchéance aussi brutale que spectaculaire pour celui qui a joui du statut de sauveur de la marque nippone depuis la prise de contrôle de Nissan par Renault, en 1999, alors que cette première périclitait, lestée de 17 milliards d’euros de dettes. Ironiquement, c’est donc à Nissan que Carlos Ghosn doit sa chute. Une nouvelle preuve que, dans le monde du business, la reconnaissance n’est jamais éternelle.

Après avoir redressé l’entreprise au forceps en faisant le ménage dans les fournisseurs, mais aussi en fermant les usines les moins productives pour surcharger les autres, Carlos Ghosn, alors directeur général de Nissan, avait acquis une réputation de «cost killer» [le «tueur de coûts», autrement dit des salaires, avec accentuation de l’intensité du travail, un temps de travail fragmenté, une précarisation, la sous-traitance, délocalisation, etc.]

Des méthodes radicales qui l’avaient propulsé comme directeur général de Renault en 2005, pour reprendre le flambeau de Louis Schweitzer. Depuis, le PDG a décliné sa méthode Nissan de compression des coûts et des délais de production des véhicules chez Renault, quitte à faire plonger la qualité des véhicules. Et au prix d’une facture sociale pour le moins salée.

Un bilan humain dramatique avec des suicides dans les usines

La CGT Renault déplorait déjà plus de 23 500 suppressions d’emplois dans le groupe en 2015, faisant le bilan de dix ans de gestion Ghosn. «Intensification du travail, explosion des collectifs de travail, individualisation, mises en concurrence, turnover permanent, mise en incertitude économique…

Les dirigeants ont édifié un système managérial dramatique sur le plan humain et contre-productif sur le plan économique au long cours. Le bilan humain est dramatique, avec des suicides dans les usines (filiales comprises) et au technocentre, mais aussi l’explosion des maladies professionnelles», dénonçait en outre le syndicat. Gel des salaires, mutualisations et augmentation de la productivité sont alors les maîtres mots des deux accords de compétitivité que la direction de Renault met en place en 2013 et 2017.

Hier, dans un communiqué, la CGT rappelle en outre que la production de véhicules en France a chuté de 53 % du volume total de Renault dans le monde en 2004 à 17 % en 2017. Artisan et homme fort de l’alliance Renault-Nissan, un attelage capitalistique original avec prises de participations croisées entre les deux groupes, le grand patron a souvent été accusé de privi-légier le développement de la marque nippone au détriment de celle au losange (Renault).

Celui-ci plaidait notamment depuis des années pour une fusion capitalistique entre les deux groupes, quitte à faire perdre à Renault, et à l’Etat français actionnaire au sein de ce dernier, sa prééminence dans l’alliance. Le constructeur hexagonal détient en effet 43,4 % de Nissan, quand la marque japonaise ne détient que 15 % de Renault, la privant ainsi de droit de vote dans le groupe au losange.

Franco-libano-brésilien polyglotte, ce grand patron de choc, surnommé Seven-Eleven («sept-onze» en français) en raison de ses amplitudes horaires de travail, avait acquis au fil des années une stature de dirigeant en apparence intouchable.

Figurant systématiquement dans le haut du classement des dirigeants les mieux payés de France, Carlos Ghosn engrangeait chaque année sans embarras des salaires mirobolants, quitte à passer outre l’avis de ses propres actionnaires. Au premier rang desquels l’Etat, qui détient encore 15,01 % du constructeur.

En 2016, le conseil d’administration (CA) de la marque au losange a ainsi maintenu la rémunération de 7,2 millions d’euros versée à Carlos Ghosn, malgré son rejet par l’assemblée générale des actionnaires à 54,12 %, dont les représentants de l’Etat faisaient partie. Un événement inédit dans le monde feutré du CAC 40, peu propice à être choqué par le niveau de rémunération des PDG.

«Pour un grand patron comme Carlos Ghosn, il y a une forme d’impunité qui se construit à travers (la) sociabilité (des plus riches), dans les mêmes quartiers. Ils veulent aussi rester entre eux aux conseils d’administration?», analyse Monique Pinçon-Charlot. Et la sociologue de préciser que «chez Renault, les syndicalistes représentants les ouvriers au CA n’ont pas le droit de siéger dans le comité de rémunération, ce qui garantit des milliers d’euros de rémunération au PDG».

(Article publié le 20 novembre 2018 dans L’Humanité)

Alencontre 20  novembre  2018  Loan Nguyen

http://alencontre.org/

Lire aussi:

Le mikado fiscal s’est effondré (The Guardian)

Patron voyou: le PDG de Renault-Nissan arrêté au Japon pour fraude fiscale (RP)

L’affaire Ghosn. Débat: trois premières leçons (A l’Encontre.ch)

Abus au sommet Carlos Ghosn, l’arbre qui cache la forêt des dérives patronales (ODM)

Lire la suite

19 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

toile d’araignée (attac brest)

bank

Comment, sur les ruines de son empire colonial, la Grande-Bretagne a bâti des entités offshore où dort la moitié de la richesse mondiale.

Une vertigineuse enquête réalisée par le Britannique Michael Oswald et ­coproduite par John Christensen.

C’est l’histoire d’une métamorphose. Celle d’une puissance coloniale en déclin, l’Angleterre, devenue en quelques ­décennies un empire financier tentaculaire. Trois chiffres attestent à eux seuls l’énormité de « ce second empire » évoqué dans le titre du film. « Aujourd’hui, 25 % des opérations de la ­finance internationale sont menés sur un territoire britannique.

Environ la moitié des juridictions offshore arbore le pavillon britannique, et près de la moitié de la richesse mondiale serait à l’abri dans des paradis fiscaux britanniques. » Vertigineux, mais bien réel si l’on en croit la passionnante enquête réalisée par le Britannique Michael Oswald, ­coproduite par John Christensen, économiste et cofondateur, il y a quinze ans, de Tax Justice Network (TJN), une ONG devenue la bête noire de tous les paradis fiscaux.

Une analyse implacable

Point de départ du documentaire, l’effondrement de l’empire britannique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Au-delà de la perte des territoires qui accèdent à leur indépen-dance, ce sont les intérêts économiques de l’Angleterre qui sont menacés. La City qui contrôle déjà les flux financiers de l’empire n’a d’autre choix que de s’adapter ou d’être ravalée à une place de marché de second rang.

Elle va y parvenir au-delà de tout entendement en créant dans ces anciennes colonies ou dans les confettis de son ex-empire (Jersey, les îles Caïmans…), des structures financières d’une opacité presque totale (les fameux « trust »), qui vont lui permettre de capter une part significative des flux financiers mondiaux et, notamment, ceux qui cherchent à s’affranchir de toute imposition ou à se dissimuler pour des raisons inavouables.

Tourné avec un budget de 4 000 livres (4 550 euros), le film est aussi pauvre en archives que riche en images illustratives. Une faiblesse qui n’enlève rien à sa force tant la démonstration est étayée et convaincante. Et si le titre, volontiers provocateur, le tire vers la théorie du complot, la solide analyse technique du monde de la ­finance offshore est implacable.

Elle ­repose sur les connaissances très pointues des experts de Tax Justice Network, mais éga-lement sur d’autres intervenants comme Eva Joly, vice-présidente de la commission d’enquête sur l’évasion fiscale du Parlement européen.

https://www.telerama.fr/

attac

Ciné/débat

« La toile d’araignée : le Second Empire britannique »

Dans le cadre de la semaine du film britannique, cette soirée mettra en lumière le fonction-nement des paradis fiscaux et la métamorphose de l’empire britannique en puissance finan-cière mondiale. Le débat sera animé par John Christensen, coproducteur et co-fondateur de Tax Justice Network.

mercredi 28 novembre 2018 20h00

cinéma Les Studios rue Jean-Jaurès 29200 Brest Tarif : 5 €

 

Lire la suite

16 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

usa (npa)

DSA

Élections aux États-Unis 

Radicalisation trumpiste contre poussée à gauche

Ni « raz-de-marée » démocrate, comme le pronostiquaient les sondages, ni « grande victoire » pour Trump, comme l’a tweeté le président des États-Unis au soir du 6 novembre, les récentes élections de mi-mandat aux États-Unis témoignent d’une polarisation de plus en plus forte dans la société étatsunienne : fixation et radicalisation de la base de Trump ; poussée à gauche (contenue) dans le Parti Démocrate.

Les élections de mi-mandat sont toujours un test pour le président des États-Unis, avec le renouvellement de l’intégralité du Sénat et d’un tiers de la Chambre des représentants. Et si Donald Trump peut se satisfaire de la consolidation de sa majorité au Sénat, le basculement côté démocrate de la Chambre est évidemment une défaite personnelle du président.

Trump limite les dégâts

À l’heure où ces lignes sont écrites, l’ensemble des résultats des élections du 6 novembre ne sont pas connus, avec entre autres un recompte des voix en Floride et diverses contestations suite à des irrégularités aux quatre coins du pays. Mais on peut déjà affirmer que, si Trump ne peut nullement se prétendre « vainqueur » des élections, sa campagne tout en brutalité, notamment contre les migrantEs, a mobilisé et radicalisé son électorat.

L’Amérique rurale et blanche a voté massivement, comme en 2016, pour Trump, confortée par sa rhétorique ultra-nationaliste, son discours sur la croissance et l’emploi et, pour une partie d’entre eux, sa politique fiscale.

En revanche, son électorat s’effrite dans les centres urbains et les périphéries (banlieues « middle class »), certainEs électeurEs républicains peu convaincus par Trump ayant préféré se tourner vers des « Démocrates modérés » (en d’autres termes des centristes libéraux).

Il convient de noter que Trump a bénéficié, indirectement, des pratiques de charcutage électo-ral à grande échelle dans les États dominés par les Républicains. Comme le rappelait la journaliste Laura Raim dans une interview à Regards au lendemain des élections, « il y a eu une politique massive de ce que l’on appelle “la suppression d’électeurs” […] pour évincer les jeunes, les pauvres, les noirs et les latinos des urnes. »

Polarisation inédite

Les Démocrates, qui n’ont pas réussi à reprendre le Sénat même s’ils ont obtenu, nationa-lement, environ 8 millions de voix de plus que les Républicains, ne peuvent guère se targuer d’avoir triomphé de Trump, même si leur prise de contrôle de la Chambre des représentants peut mettre en difficulté ce dernier, notamment en raison des diverses enquêtes ouvertes depuis son élection.

Mais l’appareil du Parti Démocrate ne sort pas grandi de cette élection, dont les résultats témoignent d’une poussée à gauche qui pourrait s’avérer, à terme, incompatible avec les orientations du second parti de la bourgeoisie étatsunienne.

Les élections très médiatisées d’Alexandria Ocasio-Cortez et de Rashida Tlaib, membres des Democratic Socialists of America (DSA), témoignent ainsi d’une contestation de l’orientation de la direction démocrate, qui a tout fait, pendant les primaires, pour empêcher les courants et les personnalités de gauche de s’imposer.

Au-delà de ces deux cas, les élections et/ou les excellents scores de candidatEs issus de groupes sociaux qui se sont fortement mobilisés contre Trump (femmes, latin@s, noirEs, musulmanEs…), est la condensation, sur le champ politique, des mouvements de masse qui ont eu lieu ces dernières années.

Ainsi, et ce sans avoir aucune illusion sur le Parti Démocrate et sur les institutions étatsu-niennes, force est de constater qu’une polarisation inédite s’est exprimée lors des élections : un encouragement pour les anticapitalistes et les mouvements sociaux aux États-Unis.

Même si la route est encore longue pour imposer une réelle alternative, sociale et politique, au système bipartisan, qui ne pourra se construire qu’en s’appuyant sur les mobilisations et en toute indépendance du Parti Démocrate.

C.B.  Mercredi 14 novembre 2018

https://npa2009.org/

Lire aussi:

Alexandria Ocasio-Cortez : du dégagisme à l’américaine (Regards)

« Une émulation intellectuelle que l’on n’avait pas vue, dans la gauche aux États-Unis, depuis le milieu des années 1960 » (NPA)

USA Le nouveau mouvement pour le socialisme, DSA et les révolutionnaires (RP)

Un renouveau socialiste aux États-Unis ? (NPA)

Etats-Unis. Réflexion sur les élections de mi-mandat (A l’Encontre)

Lire la suite

12 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

ghost hunting (studios brest)

Le réalisateur palestinien Raed Andoni a organisé un casting de comédiens et de professionnels du bâtiment.

Tous, comme lui, sont passés par La Moskobiya, le principal centre d’interrogatoire israélien. Ensemble, ils reconstituent ce lieu de détention dans lequel les anciens prisonniers vont (re)jouer les interrogatoires et la séquestration. Cette entreprise de re-enactment va conduire les uns et les autres à jouer tantôt les bourreaux, tantôt les victimes dans une démarche cathartique à la fois troublante et émouvante.

AfficheGH

Dans le cadre du Festival des solidarités, le vendredi 23 novembre à 20 h au cinéma Les Studios : projection du film Ghost hunting (la chasse aux fantômes), de Raed Antoni, suivie d’un débat.

Au fur et à mesure que les parois des cellules s’élèvent et que la reconstitution s’élabore, les langues se délient et les émotions se relâchent.

Lire la suite

11 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

socialistes usa (regards)

DSA-and-Karl-Marx1

Etats-Unis : les socialistes sortent renforcés des midterms

Si l’appareil démocrate s’accroche à une ligne centriste vouée à perdre face à Trump, l’aile gauche du Parti s’est montrée capable de renforcer le mouvement amorcé il y a deux ans par Bernie Sanders.

C’est la bonne nouvelle des élections américaines.

Les socialistes poursuivent avec succès la consolidation d’une force politique radicale, amor-cée il y a deux ans par la campagne de Bernie Sanders aux primaires démocrates. Les candi-dats appuyés par les Democratic Socialists of America (DSA), l’organisation socialiste qui est passée de 5 000 à 50 000 adhérents en deux ans, ont raflé des sièges aussi bien au niveau national que local.

Jeune star de cette gauche décomplexée, Alexandria Ocasio-Cortez, 29 ans, a remporté le siège de l’Etat de New-York à la Chambre des représentants (avec 78%!). L’ancienne serveuse d’origine portoricaine siégera aux côtés de l’avocate musulmane américano-palestinienne Rachida Tlaib, qui a remporté le siège de l’Etat du Michigan.

La progression la plus importante s’observe dans les Chambres de représentants des Etats, où le nombre d’élus estampillés DSA est passé de 4 à 11, parmi lesquelles la jeune Julia Salazar, élue au Sénat de l’Etat de New-York.

À l’échelle locale, les candidats DSA ont également remporté une trentaine de victoires. Il est donc possible pour un petit groupe de militants engagés de gagner, même sans le soutien financier des Super PAC et des milliardaires.

Grâce au système des initiatives populaires, qui permet, au-delà d’un certain nombre de signatures recueillies, d’obtenir l’organisation d’un référendum, ces élections ont également consacré la victoire de certaines mesures de gauche, parfois même dans des districts Répu-blicains.

En Floride par exemple, où Andrew Gillum, le maire noir de Tallahassee appuyé par Bernie Sanders a raté d’un poil le poste de gouverneur face au républicain Ron DeSantis, 64% des électeurs ont voté pour accorder de nouveau le droit de vote à tout citoyen ayant été condam-né pour « felony », des crimes qui incluent la conduite malgré un retrait de permis et ayant purgé sa peine.

Une petite révolution qui devrait permettre à 1,5 million d’électeurs de participer aux élections présidentielles de 2020 et peut être de faire basculer la Floride dans le camp démocrate. Trois Etats rouges (républicains)  l’Idaho, le Nebraska et le Utah, ont étendu le programme de sécu-rité sociale Medicaid, tandis que le Missouri et le l’Arkansas ont augmenté leur salaire mini-mum. Le Michigan, l’Utah, le Missouri et le Colorado ont quant à eux voté pour des lois contre le gerrymandering, le charcutage électoral que pratique le parti Républicain afin de dominer les assemblées même lorsqu’il est minoritaire en nombre de voix.

Arrêter les compromis avec les Républicains

Et maintenant ? Les difficultés ne font que commencer pour l’aile gauche du Parti. Les derniers mois de campagne l’ont amplement illustré : les Démocrates sont prêts à tout pour l’écraser. Les millions de dollars qu’ils ont levés, avec l’aide de Républicains, pour faire gagner leur candidate centriste contre la socialiste Jovanka Beckles dans un district californien en dit long sur l’obstination de l’appareil du Parti à s’accrocher à l’agenda néolibéral de leurs grands donateurs.

La manière dont Nancy Pelosi, la cheffe de file des démocrates à la Chambre des repré-sentants, s’est empressée d’assurer que le Congrès fonctionnerait comme un « marché des idées bipartisan » et travaillerait à « des solutions qui nous rassemblent », laisse peu d’espoir quant à la vigueur de la « résistance » qu’elle entend mener.

Plutôt que de profiter de leur nouvelle majorité dans la Chambre pour tenter de contrecarrer les projets de Donald Trump et proposer des lois sur l’extension de l’assurance-maladie, la rénovation des infrastructures, le contrôle des armes à feu, la protection de l’environnement et l’annulation des baisses d’impôts pour les grandes fortunes, il est à prévoir que les Démo-crates continuent, comme ils le font depuis plus de trente ans, à se féliciter de maîtriser l’art du compromis avec les Républicains.

S’il ne sera pas aisé pour la poignée de socialistes élus de contrer cette stratégie suicidaire, ils ont d’ores et déjà réussi à tirer le centre de gravité de la discussion politique vers la gauche, et de reposer les termes du débat, ce qui est au moins aussi important que d’empêcher les Répu-blicains de constituer des majorités. Comme le rappelle la journaliste Meagan Day dans Jacobin :

« Les élections représentent une opportunité unique de parler aux gens à une grande échelle des principes et valeurs qui devraient structurer une société. Les candidats ont l’occasion de dire ce qu’ils veulent à des milliers et parfois des millions de personnes. »

De ce point de vue, les socialistes n’ont pas failli à leur devoir 

Sans craindre de paraître utopistes, irréalistes ou extrémistes, ils ont clairement dénoncé les inégalités et se sont prononcés pour une sécurité sociale universelle, des universités publiques gratuites, un salaire minimum horaire de 15 dollars, la réforme du système judiciaire et carcéral et l’abolition de l’agence fédérale de contrôle aux frontières.

Résultat, certains démocrates « modérés » se sont sentis obligés d’intégrer des mesures sociales dans leurs promesses de campagne.

Selon le syndicat d’infirmiers National Nurses United, dans 52% des courses du Congrès, les candidats démocrates ont soutenu le principe de Medicare pour tous ou d’une Sécurité sociale unique pour tous, alors qu’il y a encore deux ans Hillary Clinton affirmait qu’un tel système était impensable.

Si Sanders a finalement perdu la primaire, ses idées ont fait leur chemin 

Le soutien populaire pour la Sécurité sociale est passé de 21% en 2014 à 70% cette année et le soutien pour l’université publique gratuite atteint 60%. Dans ces conditions, même les candi-datures malheureuses d’une Stacey Abrams au poste de gouverneur en Géorgie, de Beto O’Rourke face à Ted Cruz au Texas ou encore de Andrew Gillum en Floride ont joué leur rôle pour renforcer une alternative radicale capable de battre Trump en 2020.

Laura Raim 10 novembre 2018

http://www.regards.fr/

Commentaire:

« Socialist » chez les anglo-saxons signifie « gauchiste ou communiste », socialiste se dit « labour ».

Nos camarades anticapitalistes américains ont deux types de réactions face à la croissance des « socialistes »:

Les uns y adhèrent (avec double appartenance) comme « Solidarity » ou « Socialist Alernative » ou collaborent comme ISO (International Socialist Organisation)

D’autre refusent ce « Podemos USA » comme « Socialist Action » ou  les camarades de « Lutte Ouvrière » et se présentent en « solo ». La raison est d’un côté « Pourquoi se priver d’expliquer nos idées à des millions de gens de gauche »? De l’autre: « Ce que vous appelez « gauche » ne sont que des petits bourgeois volatiles, nous nous adressons directement à la classe ouvrière sur ses lieux de travail.

LIRE AUSSI:

Alexandria Ocasio-Cortez : du dégagisme à l’américaine (Regards)

« Une émulation intellectuelle que l’on n’avait pas vue, dans la gauche aux États-Unis, depuis le milieu des années 1960 » (NPA)

USA Le nouveau mouvement pour le socialisme, DSA et les révolutionnaires (RP)

Un renouveau socialiste aux États-Unis ? (NPA)

Etats-Unis. Réflexion sur les élections de mi-mandat (A l’Encontre)

Lire la suite

11 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

armistice dossier (internationalism npa)

 tardi

11 novembre 1918: « Jamais plus de guerre »?

Un armistice pour sauver le capitalisme et préparer de nouvelles guerres

1. L’armistice : une pause pour préparer de nouvelles guerres

En novembre 1918, l’Europe était plongée dans un énorme chaos et des millions de personnes avaient été chassées de leurs maisons et de leurs régions et étaient à la recherche d’un endroit où poursuivre et reconstruire leur vie. Ainsi, un million de Belges s’étaient réfugiés en Hollande, et plus de 100.000 devaient toujours rentrer après l’armistice ; 300.000 réfugiés belges résidaient en France et devaient rentrer en 1918.

De plus, il y avait les centaines de milliers de militaires blessés, mutilés, invalides qui parcou-raient les régions d’Europe à la recherche de leur ville ou village. A cause du chaos de la guerre mondiale, des migrations massives qui l’accompagnaient et de l’épuisement des popu-lations, la grippe espagnole a pu faire de terribles ravages et causer en fin de compte plus de morts que la guerre mondiale elle-même.

Les idéologues bourgeois s’accordent sur le fait que les conditions, imposées par les alliés à l’Allemagne par le Traité de Versailles, ont posé les germes d’une nouvelle guerre vingt ans plus tard.

Le « traité de paix » a suscité le développement de sentiments de vengeance et de rétorsion qui se sont répandus dans de larges couches de la population allemande dans le courant des années 1920. Le commentaire du quotidien du SDAP (social-démocrate) en Hollande en 1919 en donne un avant-goût : « Cette paix pour tous est vue comme une amère désillusion, une déception ressentie comme une catastrophe. (…) Le traité de paix fixe le statut d’une Europe en décadence, de son recul à un niveau inférieur de civilisation. Le plus grand peuple du conti-nent est enchaîné et condamné aux travaux forcés (…) à l’humiliation et à l’amertume. La ran-cœur ici, la suffisance, la soif de puissance, la témérité là-bas, sont les nouveaux « traits de civilisation » générés par le traité de paix » (Het Volk, 21.06.1919).

Les bourgeoisies de divers pays étaient pleinement conscientes que cette paix était condam-née à l’échec. Il n’y avait pas seulement la politique envers l’Allemagne qui exacerbait les ran-cœurs, mais aussi, « la création de nouveaux états comme la Pologne, l’Autriche, la Hongrie et la Yougoslavie a mené à des conflits incessants à propos des nouvelles frontières de ces pays. Cela concernait en particulier la Hongrie qui perdait les deux tiers des territoires qu’elle occu-pait avant la guerre, (…). Bref, la paix était un échec » (Jay Winter, interview dans Le Monde, 12.11.2014).

L’armistice du 11 novembre 1918 était au fond une paix qui mettait fin à toute forme de paix !

La première guerre mondiale marquait l’entrée du capitalisme en décadence et la période qui s’ouvre alors menait à un état quasi permanent de guerre. Quelques exemples des deux décennies suivantes le démontrent.

Après la fin de la première guerre mondiale, la Grèce se voit attribuée une zone d’occupation en Turquie. Pendant l’été de 1920, les Grecs veulent étendre leur zone d’occupation. Ils se heurtent alors à une résistance exacerbée des Turcs. Ceci est le début de la guerre gréco-turque qui a duré jusqu’en 1922. Cette guerre a mené à des atrocités des deux côtés, comme par exemple le massacre de dizaines de milliers de Grecs et d’Arméniens par les Turcs.

En 1920, les tribus du Riff au Nord du Maroc s’unissent et déclenchent une guerre contre la domination espagnole. Lors de l’été de 1921, environ 19.000 soldats espagnols périssent. Cette guerre contre l’Espagne, plus tard épaulée par la France, durera jusqu’en 1926. Les Espagnols et les Français utiliseront pendant cette guerre des gaz asphyxiants, causant des milliers de morts.

En 1929, les Chinois occupent le chemin de fer de Mandchourie. Cela a mené à un conflit ouvert avec l’Union Soviétique. Lorsque les troupes soviétiques franchissent la frontière chinoise le 15 novembre, cela débouche sur des combats féroces, causant du côté chinois plus de 2.000 morts et 10.000 blessés.

L’incident de Mandchourie en 1931, un attentat à la bombe visant une voie ferrée, est exploité par le Japon pour déclencher la guerre et occuper la province chinoise. En 1937, la guerre est étendue par l’attaque de tout le sub-continent chinois, dont la plus grande partie est aussi occupée par le Japon. Pendant cette guerre, des centaines de milliers de Chinois seront tués, pour l’essentiel des civils et les troupes japonaises se rendront coupables de nombreux massacres.

Le 3 octobre 1935, l’Italie déclenche une guerre contre l’Ethiopie. Après 7 mois d’intenses com-bats, elle réussit à conquérir le pays. Dans leurs attaques contre la population civile, les Ita-liens ont utilisé à grande échelle le gaz moutarde. En plus des 25.000 militaires tués dans les combats, le conflit a coûté la vie à 250.000 civils.

En 1936, un certain nombre de généraux commencent une guerre contre la république espa-gnole, avec le soutien de l’Italie, l’Allemagne et le Portugal. De son côté, la république est soutenue par l’Union soviétique et le Mexique. Cette guerre, qui durera trois ans et qui se terminera par la victoire des généraux, se solde au total par plus d‘un demi-million de morts.

Le 12 mars 1938, les Allemands rentrent en Autriche et le 15 mars 1939, ils occupent la Tché-quie, tandis que des troupes hongroises occupent la Slovaquie. Ces conquêtes militaires constituaient les premières actions guerrières qui déboucheront sur l’éclatement de la seconde guerre mondiale.

L’armistice du 11 novembre 1918 n’a donc nullement ouvert une période de paix mais a conduit à une succession ininterrompue de conflits qui ont finalement débouché sur la seconde guerre mondiale.

2. L’armistice : une attaque contre la révolution prolétarienne en réaction à la guerre

L’armistice a permis à la bourgeoisie de déclarer la guerre au prolétariat:

(a) En divisant les ouvriers entre ceux des pays “vainqueurs” et ceux des pays “vaincus” et

(b) En retournant les armes contre la révolution.

En Russie, la contre-révolution s’était développée avec force. En Allemagne aussi, la bour-geoisie était prête à déclencher sa terreur contre-révolutionnaire. Nourrie d’une haine farouche contre la classe ouvrière, elle se préparait à écraser par la force et à exterminer les foyers de la révolution communiste.

Tardi-Vernet-copie

a) Diviser la classe ouvrière

La bourgeoisie était consciente du danger : « Toute l’Europe est pétrie de l’esprit de la révolu-tion. Il n’y a pas seulement un sentiment profond de mécontentement, mais également de colè-re et de révolte parmi les travailleurs (…). L’ensemble de l’ordre existant, aussi bien dans ses aspects politiques, sociaux et économiques est remis en question par les masses populaires d’un bout de l’Europe à l’autre » (Lloyd George, premier ministre britannique dans un mémo-randum secret adressé au premier ministre français Georges Clemenceau, mars 1919).

De par la signature de l’armistice, la classe ouvrière en Europe était divisée en deux parties 

D’un côté les ouvriers qui se trouvaient dans le camp des états-nations vaincus et de l’autre côté ceux qui vivaient dans les états capitalistes vainqueurs et qui étaient submergés par une vague de national-chauvinisme (surtout en France, en Grande-Bretagne, en Belgique et aux USA). De cette manière, la bourgeoisie réussit à limiter les mouvements révolutionnaires au premier groupe d’états (plus l’Italie).

La situation particulière qui a surgi à Bruxelles quelques jours avant le 11 novembre illustre parfaitement les conséquences de cette division. Les soldats allemands qui y étaient casernés, renforcés par des détachements de marins de la Kriegsmarine provenant d’Ostende, se révol-tent et élisent un conseil révolutionnaire de soldats. Ils manifestent dans les rues de Bruxelles avec des drapeaux allemands, belges et rouges et appellent à la solidarité des travailleurs belges et de leurs organisations.

Face à quelques fraternisations avec des membres des Jeunes Gardes Socialistes, les organi-sations syndicales ont rapidement appelé à ne pas bouger et, sous l’influence de la propagan-de chauvine, les ouvriers bruxellois ne se mobilisent pas mais attendent passivement l’entrée triomphale de l’armée belge victorieuse dans Bruxelles quelques jours plus tard.

b) Diriger les armes contre la révolution

« Les différentes bourgeoisies nationales avaient d’abord essayé de s’arracher mutuellement des territoires sur les champs de bataille de la guerre impérialiste au prix de 20 millions de morts et d’un nombre incalculable de blessés. Mais, confrontées à une classe ouvrière qui lutte sur son terrain de classe, elles sont d’emblée disposées à resserrer les rangs. Une fois de plus, ceci confirme que la classe dominante, de nature divisée, peut s’unir dans une situation révolutionnaire pour affronter la classe ouvrière ».

Lorsque les soviets prirent le pouvoir en octobre 1917, la réaction des forces impérialistes ne s’est pas fait attendre. Une bourgeoisie, unie sur le plan international, a affronté la jeune répu-blique soviétique avec des armées provenant de 21 pays. L’attaque contre-révolutionnaire a commencé en 1917 et a duré jusqu’en 1922.

Les « armées blanches » ont déclenché une terrible guerre civile. Les armées des états capita-listes d’Europe, des USA et du Japon ont causé par leurs attaques contre la classe ouvrière en Russie un nombre incalculable de victimes. Parmi les victimes de la guerre civile, il y avait envi-ron un million de soldats de l’armée rouge et plusieurs millions de personnes sont par ailleurs décédées à cause de conséquences indirectes de la guerre, comme la famine ou les épidé-mies. Le nombre de décès causés par la terreur des armées blanches se situe entre 300.000 et 1 million de personnes.

Le déclenchement de la révolution en Europe centrale: l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie, etc.  a nécessité de ne pas désarmer complètement l’armée allemande. « On partait de l’idée que l’armée allemande devait être suffisamment forte pour maintenir l’ordre intérieur et pour empê-cher une éventuelle prise du pouvoir par les Bolcheviks » (Lloyd George at War, George H. Cassar). C’est ainsi qu’on permit à l’état-major allemand, qui en demandait 30.000, de garder 5.000 mitrailleuses.

En Allemagne également, l’insurrection éclata à la fin de 1918.

Le 10 novembre 1918, le général Groener, le successeur de Ludendorf à la tête du quartier général de l’armée allemande, propose par téléphone un pacte au chef du gouvernement, le social-démocrate Friedrich Ebert. Le général propose une collaboration loyale pour mettre fin aussi vite que possible au « bolchevisme » et pour assurer une restauration « de la loi et de l’ordre ». « C’était un pacte contre la révolution.

« Ebert accepta ma proposition d’alliance », écrit Groener. « A partir de ce moment, nous discutions chaque soir au moyen d’une connexion secrète entre la chancellerie et l’état-major les indispensables mesures à prendre. L’alliance a bien fonctionné » » (Sebastian Haffner, La révolution trahie).

À cause de l’influence de la révolution, la bourgeoisie ne pouvait plus se fier à de larges parties de l’armée de terre et de la marine.

Dans la perspective de la guerre de classes, le social-démocrate Gustav Noske, qui avait rejoint en décembre 1918 le gouvernement de Ebert, avait reçu la mission de constituer des Corps-francs. Ceux-ci regroupaient des soldats de métiers fidèles, conservateurs et ultranatio-nalistes, qui voulaient défendre leur patrie contre le bolchevisme et qui se retrouvaient de par la fin de la guerre en marge de la société.

Ainsi, l’État allemand pouvait à nouveau disposer en janvier 1919 d’unités militaires loyales de quelques centaines de milliers de soldats, parmi lesquelles 38 Corps-francs. Dans la lutte contre la révolution, Le SPD n’a pas hésité à utiliser sans la moindre pudeur ces forces armées les plus réactionnaires. En affirmant que « quelqu’un doit être le chien sanglant » et en dénon-çant les ouvriers et soldats révoltés comme « les hyènes de la révolution », Noske envoie les corps-francs contre les ouvriers : la guerre contre la classe ouvrière allemande avait commencé.

À partir de la mi-janvier, débute l’attaque militaire contre les insurgés et les organisations révolu-tionnaires (partis, groupe, la presse, etc.). Des quartiers ouvriers entiers des grandes villes étaient attaqués les uns après les autres et partout étaient perpétrés de terribles massacres.

La guerre contre la classe ouvrière n’était pas seulement menée en Allemagne mais aussi dans d’autres pays. Un de ces pays était la Hongrie, où la révolte ouvrière avait aussi mené au pouvoir une direction révolutionnaire. La révolte y fut également écrasée dans le sang après quelques mois au moyen d’une invasion militaire des forces capitalistes.

Le 1er août 1919, la Roumanie envahit la Hongrie et renversa le gouvernement révolution-naire, ce qui mit fin à l’expérience communiste. Soutenue par la France, l’Angleterre et l’armée blanche, les troupes roumaines entrent le 1er août dans Budapest et installent un gouverne-ment syndical qui liquide les conseils ouvriers. Lorsque les syndicats ont terminé leur basse besogne, ils transmettent le pouvoir à l’Amiral Horty (plus tard un collaborateur des nazis) qui met en place un régime de terreur contre les travailleurs (8.000 exécutions, 100.000 déportations).

François Kupka

3. La paix n’existe pas au sein du capitalisme

Le capitalisme, c’est la violence, et la paix au sein du capitalisme est une illusion complète. L’histoire du 20e siècle démontre qu’un « armistice » est seulement conclu pour commencer une nouvelle guerre. Tandis que les armes ne se sont jamais tues entre la première et la deuxième guerre mondiale, cette tendance à la guerre permanente est devenue encore plus évidente après la seconde guerre mondiale.

Ainsi la période de « guerre froide » n’était pas, contrairement à ce qui est souvent suggéré, une période de « simple » paix armée, mais bien de dizaines de confrontations: Corée, Vietnam, Moyen Orient… sur l’ensemble de la planète avec des millions de victimes.

Un vœux pieu de paix n’empêche pas la guerre, même s’il est soutenu par des manifestations massives. Ainsi, le 25 juillet 1914, le SPD appela à une manifestation de masse contre la guerre. L’appel fut massivement suivi : les 29 et 30 juillet, 750.000 personnes participent aux protestations dans toute l’Allemagne. Cela n’a pas amené la bourgeoisie à arrêter sa course vers la guerre. Bien au contraire, ce même SPD social-démocrate décida quelques jours plus tard de trahir les masses ouvrières et de soutenir la bourgeoisie dans sa ferveur guerrière.

Une manifestation de masse peut être un moment dans la résistance contre la guerre mais elle doit alors avoir lieu, dans le cadre d’une révolte ouvrière généralisée, dans une dynamique d’attaque contre l’Etat bourgeois, comme cela a eu lieu en 1917 en Russie. Et même en Alle-magne en 1918, la révolte visait seulement en première instance la fin de la guerre. Et la guerre fut effectivement arrêtée parce qu’il existait une menace réelle que les travailleurs pren-nent le pouvoir. De fait, seuls un renversement révolutionnaire et la prise du pouvoir par la classe révolutionnaire peuvent mettre fin à toute forme de guerre.

« Ou bien le gouvernement bourgeois fait la paix, comme il a fait la guerre, et alors l’impéria-lisme continuera, comme après chaque guerre, à dominer et la guerre sera suivie d’un nouvel réarmement, de nouvelles guerres, de destruction, de réaction et de barbarie. Ou bien, vous devez réunir vos forces pour une insurrection révolutionnaire, vous battre pour acquérir le pouvoir politique qui vous permettra d’imposer la paix, à l’intérieur du pays comme autre part » (Rosa Luxemburg, Spartakus, avril 1917).

Intro: Le 11 novembre 2018, cela fait exactement cent ans que la Grande Guerre s’est arrêtée. Les médias y consacrent une large attention. Faut-il effectivement saluer l’armistice du 11 novembre 1918 ? Avait-il pour but de déposer définitivement les armes et de bannir à jamais tout acte de guerre dans le futur ? Eliminait-il les causes réelles qui avaient mené à l’éclate-ment de la première guerre mondiale ? A-t-il effectivement ouvert pour les Etats européens une période de « jamais plus de guerre » ?

Dennis  10 novembre, 2018

http://fr.internationalism.org/

militarisme1

Lire aussi:

100 ans après la fin de la Première Guerre mondiale (NPA)

Le 11 Novembre 1918, l’armistice était signé à Retondes, mettant officiellement un terme à la Première Guerre mondiale.

100 ans plus tard, les commémorations vont bon train, avec notamment un Emmanuel Macron qui se met en scène au cours d’une « itinérance mémorielle », et la perspective d’un grand raout le 11 Novembre. Nous avons décidé, pour notre part, de revenir sur la fin de la Première Guerre mondiale en insistant sur certains aspects de cette grande boucherie capitaliste qui ne seront probablement pas mis en avant dans les commémorations officielles.

Les femmes dans et après la Première Guerre mondiale

 dans Anticolonialisme

Il est généralement admis que la « grande guerre » permit à l’émancipation des femmes de faire un grand pas en avant notamment au travers de l’accès aux emplois occupés majoritairement par les hommes avant guerre.

tardi drapeau

Lire aussi:

L’Orient dans la guerre 1914-1918 (Orient 21)

La commémoration, opium du peuple (Révolution Permanente)

Le 11 novembre n’est pas notre armistice ! (Révolution Permanente)

Pétain, collabo et bourreau de 1917 : « un grand soldat » selon Macron (Révolution Permanente)

Commémorations du 11 novembre : l’impuissance de Macron et son multilatéralisme (RP)

Lire la suite

11 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

macron (survie l’humanité)

yemen

Sponsoriser la guerre, soutenir la dictature

« Et en même temps » célébrer la paix!

Lorsqu’Emmanuel Macron affirmait, il y a un an lors de son déplacement à Ouagadougou, qu’« il n’y [avait] plus de politique africaine de la France », sans doute fallait-il comprendre que les critères de respect des droits humains et de démocratie n’avaient désormais pas plus d’importance en Afrique qu’ailleurs :

il ne serait finalement même plus question de faire semblant.

Mais c’est oublier que le soutien de la France à des régimes criminels en Afrique comporte des modalités pratiques qui contredisent dans les faits de telles déclarations, et qui concourent à la guerre et la terreur que prétendent occulter les célébrations du premier « Forum de Paris sur la paix » organisé à l’occasion du centenaire de l’armistice de 1918.

Le ton avait été donné fin octobre 2017

Lors de la réception à l’Elysée de son homologue le général Al Sissi, alors que des ONG dénonçaient « la pire crise des droits humains depuis des décennies en Egypte », dans une période où la France a renforcé ses liens avec l’Egypte, notamment par l’explosion des contrats d’armements. Le président français avait alors utilisé un argument en miroir qu’il affectionne : « De la même façon que je n’accepte qu’aucun autre dirigeant me donne des leçons sur la manière de gouverner mon pays, je n’en donne pas aux autres ».

Emmanuel Macron entendait ainsi éluder une question centrale pour notre diplomatie :

Avec quels types de régimes entendons-nous construire, entretenir ou renforcer des alliances ? Si la France a toujours activement coopéré avec des dictatures, il subsistait un principe au nom duquel l’opinion publique française pouvait prendre à parti ses dirigeants : cela n’était pas acceptable, ceci devait être dénoncé et combattu.

Désormais, la communication d’Emmanuel Macron tente ouvertement d’enterrer ce principe 

Un général ou un émir signe des contrats d’armements mirobolants, et il serait qualifié de posture « moralisatrice »  de rappeler que la main qu’il tend au locataire de l’Elysée est pleine de sang ; qu’un vieux dictateur africain s’affiche comme un « partenaire dans la lutte contre le terrorisme » et il deviendrait « néocolonial » d’appeler la France à cesser de le soutenir.

C’est un des paradoxes de la Macronie 

Un jeune Président de la République qui veut faire passer de vieilles pratiques antidémocra-tiques pour une diplomatie moderne et débarrassée de toutes considérations morales ou éthi-ques, mais qui convoque ces dernières lorsqu’il s’agit de faire taire la critique, comme l’embas-tillement et la torture étouffent les aspirations démocratiques dans ces pays alliés.

Pendant ce temps, les ventes d’armes et la coopération policière et militaire se perpétuent

Symboles d’une France dont le président dit d’un côté ne pas vouloir donner de leçons, tout en donnant d’un autre côté des gages d’un soutien très concret.

L’Elysée sponsorise la guerre, soutient la dictature

La veille pratique des sommets France-Afrique a ainsi disparu avec Emmanuel Macron, qui renouvelle cependant la façon de rassembler des chefs d’Etats françafricains en mal de légitimité, en les conviant à un grand sommet parisien par an. L’année dernière sur le climat, cette année sur « la paix », à l’occasion du centenaire de la fin d’une Grande guerre dans laquelle notre Troisième République précipita entre autres des milliers d’hommes recrutés de force dans son empire colonial.

Voilà l’événement pour lequel des chefs d’Etats et de gouvernements comptant parmi les pires criminels actuels sont invités à parader autour d’Emmanuel Macron du 11 au 13 novembre 

L’Elysée sponsorise la guerre, soutient la dictature, « et en même temps » veut célébrer la paix. Ainsi, le désastre humanitaire au Yémen, au vu et au su de la planète entière, ne suffit pas à suspendre nos vente d’armes à l’Arabie Saoudite, invitée à ce Forum sur la Paix.

Mais on devrait aussi retrouver autour du président les traditionnels alliés françafricains : ceux qui ont déjà pu être reçus dès juin ou juillet 2017, comme l’Ivoirien Alassane Ouattara ou le Tchadien Idriss Déby, ou ceux qui attendent depuis les derniers sommets internationaux de pouvoir poser en compagnie de l’actuel président français, comme le Togolais Faure Gnassingbé, le Congolais Sassou Nguesso, le Djiboutien Omar Guelleh, mais pas le Gabonais Ali Bongo, qu’un état de santé critique empêche, ironie de l’histoire, de venir consolider son image auprès du monarque républicain français.

Quant au vieux Paul Biya, fraîchement réinvesti pour 7 années supplémentaires du pouvoir de gouverner un pays désormais en guerre, il se pressera une fois de plus au côté de son homo-logue français, qui n’avait pas 5 ans lorsqu’il prit le pouvoir au Cameroun avec l’aide de Paris en 1982.

Au sein de chacun des appareils répressifs de ces dirigeants illégitimes, qui emprisonnent voire torturent impunément, la France délègue des coopérants militaires et policiers : loin de « donner des leçons », de faire la « morale », ils sont alors en première ligne pour savoir ce qu’il s’y passe, et leur maintien sur place témoigne d’un soutien discret, mais durable, des locataires successifs de l’Elysée.

En s’apprêtant à commémorer le centenaire d’une armistice qui servit de terreau à la montée du totalitarisme en Europe, le président français utilise comme ses prédécesseurs des despo-tes alliés pour renforcer la position et l’influence de la France : la paix n’est qu’un prétexte, au service une fois de plus d’une politique internationale cynique.

L’Humanité, 9 novembre 2018

Pauline Tétillon, co-présidente de l’association Survie.

https://www.anti-k.org/

Lire la suite

10 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

impérialisme (alternative libertaire)

anti-imper

Trump, Poutine, Macron…

Contre tous les impérialismes

Même si d’autres puissances montent, les États-Unis restent, de loin, le seul impérialisme d’envergure planétaire. Il faut dénoncer ses agissements criminels… sans taire ceux de ses concurrents. L’impérialisme, c’est la combinaison de plusieurs dominations : militaire, donc diplomatique ; économique, donc culturelle.

Autrefois, cette domination s’est traduite par la colonisation.

Aujourd’hui, elle permet aux États les plus forts d’imposer aux autres des traités de commerce inéquitables, l’exploitation de leurs ressources (minières, pétrolières, forestières…) à prix cassés, ou bien encore des traités d’alliance légalisant l’ingérence du pays dominant.

Ainsi, dans de nombreux pays du monde, lorsque les peuples se révoltent, en plus d’affronter leur État et leurs capitalistes, ils doivent compter avec l’immixtion d’une ou plusieurs puissances impérialistes cherchant à tirer profit des événements.

Hégémonie des États-Unis

Malgré la montée en puissance chinoise et russe, la supériorité militaire des États-Unis reste écrasante. En 2017, selon l’institut suédois SIPRI, ils réalisaient à eux seuls un tiers des dépenses militaires mondiales, davantage que le cumul des sept autres pays les plus dépensiers (Chine, Arabie saoudite, Russie, Inde, France, Royaume-Uni, Japon).

L’armée US est constamment déployée de par le monde, avec environ 800 bases et points d’appui à l’étranger.

Cette superpuissance permet aux États-Unis d’essayer d’imposer leur volonté par la force chaque fois qu’ils le jugent utile. En vingt ans, ils ont ainsi mené la guerre en Afghanistan (depuis 2001), l’occupation de l’Irak (2003-2011), des bombardements en Libye (2011), une intervention en Syrie (depuis 2014), auxquels il faut ajouter, depuis 2004, des milliers de frappes de drones meurtrières au Pakistan, en Somalie et au Yémen.

Concurrence d’autres puissances

Loin derrière, il existe des impé­rialismes secondaires et concurrents des États-Unis. Certains, comme la France et le Royaume-Uni, sont ses alliés ; d’autres, comme la Russie et la Chine, sont ses rivaux.

Cela ne signifie pas qu’ils sont plus vertueux.

Eux aussi instrumentalisent des pays plus faibles. L’armée française intervient ainsi réguliè-rement en Afrique, « invitée » par des régimes croulants pour faire le gendarme et protéger, au passage, les intérêts du capitalisme français. La Chine, de plus en en plus influente en Afrique, veut sécuriser ses voies commerciales et ses intérêts, et développe actuellement son armée pour lui conférer, comme les autres, une capacité d’intervention extérieure.

De son côté, la Russie, après avoir mené une guerre coloniale atroce en Tchétchénie (1994- 2004), a écrasé la Géorgie (2008), occupe une partie de l’Ukraine (depuis 2014) et a été « invitée » à sauver du naufrage le régime criminel de Bachar el Assad en Syrie (depuis 2015). Et chacun: Moscou, Washington, Paris, Londres, Pékin, se rend complice du colonialisme israélien.

Les révolutionnaires aux côtés des peuples

Entre ces impérialistes, en concurrence pour le contrôle des ressources planétaires, la course aux armements bat actuellement son plein. Les peuples du monde n’ont rien à gagner dans cette compétition morbide, qui ne relève pas que du spectacle. Elle est porteuse d’un risque permanent de dérapage guerrier, et il faut la dénoncer sans faiblir.

Dans les pays colonisés, dominés, notre solidarité va aux forces politiques qui se battent une émancipation à la fois nationale et sociale

  • Contre leur État, leur dictateur, leur colonisateur ;
  • Malgré les impérialistes qui veulent soit les écraser, soit les manipuler.

Avec les indépendantistes d’Algérie hier, de Kanaky aujourd’hui ; avec les guérillas antifas-cistes sud-américaines dans les années 1970 ; avec les syndicalistes persécuté.es dans les pays de l’Est dans les années 1980 ; avec la gauche palestinienne et la gauche kurde aujourd’hui au Moyen-Orient.

10 novembre 2018

http://alternativelibertaire.org/

Lire aussi :

« Face à la concurrence, où en est l’impérialisme américain ? » (Alternative Libertaire)

 

Lire la suite

09 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

femmes azéries (global voices)

yes-can-do-

En Géorgie, trois femmes de la minorité qui brisent les barrières

Une actrice de théâtre, une journaliste et une femme politique

Dans tout le Caucase, la croyance est répandue que la communauté dans laquelle on est né détermine qui on est et ce qu’on devient. Pourtant, trois femmes de la minorité azerbaïdjanaise en Géorgie ont trouvé des moyens de défier ces barrières et de se forger leur identité par l’indépendance professionnelle.

Aïda Tagiyeva, 29 ans, actrice

Née à Tbilissi, l’actrice Aïda Tagiyeva, 29 ans, se prépare pour une répétition au Théâtre dramatique national azerbaïdjanais de Tbilissi. Tagiyeva est diplômée de journalisme, mais le théâtre est sa vraie passion. Aïda Tagiyeva est l’une des seulement trois actrices de la troupe de onze personnes constituant le Théâtre dramatique national azerbaïdjanais Heydar Aliyev. Dans la communauté azerbaïdjanaise de Géorgie, dit-elle, il y a des gens qui pensent qu’elle n’y est pas à sa place en tant que femme.

“La société n’accepte pas normalement une femme actrice qui se produit dans les théâtres,” dit-elle à propos de ces traditionalistes. “Ils nous accusent d’immoralité à cause de notre travail.” La jeune femme dit qu’elle savoure l’opportunité que le métier d’acteur lui donne d’interpréter des rôles variés.

Avec cette mentalité à l’esprit, la troupe auto-censure certaines de ses représentations en excluant souvent les scènes d’amour. Née à Tbilissi, Tagiyeva, qui joue avec le Théâtre dramatique national azerbaïdjanais depuis ses seize ans, déplore “l’absence de culture théâtrale” chez ces Géorgiens azerbaïdjanais qui adhèrent aux normes patriarcales et conservatrices.

“Les gens n’aiment pas les pièces qui vont les faire réfléchir et les éclairer. C’est vraiment difficile de forcer une société qui n’apprécie pas la lecture à aimer le théâtre.” Tagiyeva dans une scène de “Sous Terre”, un drame psychologique dans lequel elle est Aïcha, une mère qui affronte le fossé générationnel. Bien que n’étant pas mère elle-même, Tagiyeva dit sentir profondément le rôle car les conflits entre générations sont communs dans les familles d’ethnie azerbaïdjanaises en Géorgie.

La présence aux représentations théâtrale est clairsemée, d’après Tagiyeva — entre cinq et quarante personnes. Le délabrement de son bâtiment oblige la troupe à se produire dans d’autres théâtres de Tbilissi et à fabriquer elle-même ses costumes pour faire des économies.

Le théâtre n’est toutefois pas la seule scène pour Tagiyeva. Avec des amis, cette diplômée de journalisme de télévision a co-fondé en 2015 un site web, Rennesans.ge, pour couvrir la politique et les questions sociales en Géorgie.

Tagiyeva pose sur la plus petite des deux scènes du théâtre azerbaïdjanais. La plupart des acteurs en Géorgie peinent à joindre les deux bouts. Les acteurs du théâtre azerbaïdjanais gagnent, en moyenne, 250 à 300 laris (90 à 107 euros) par mois, dit Tagiyeva, mais cette somme doit couvrir tous leurs frais, y compris les déplacements.

“Ce site web a donné une voix à la société dans laquelle nous vivons. Nous voulions d’une manière ou d’une autre changer cette société”, dit-elle. Mais un retour de bâton d’un dessin publié par le site et montrant des jeunes avec des livres sortant d’une mosquée encagée a conduit à sa fermeture au bout d’un an seulement. Menacée par des “musulmans radicaux”, Tagiyeva dit s’être tournée vers la police. Elle a mis une fin précoce au projet mais affirme que le dessin n’était pas la raison.

Des affiches de spectacles passés du Théâtre dramatique national azerbaïdjanais sont punaisées dans le foyer du théâtre, situé au centre de Tbilissi. La troupe est motivée par la pure passion : les acteurs connaissent un dur labeur, de faibles revenus et la suspicion de ceux qui n’apprécient pas les arts du spectacle.

Elle ne compte nullement renoncer au théâtre. Actrice, c’est son identité. Bien que les salaires soient bas (en moyenne entre 250 et 300 laris, soit 90 à 107 euros par mois), les membres de la troupe mettent leur cœur dans leurs spectacles, dit-elle. “Dans notre théâtre, personne ne travaille pour l’argent. Le théâtre est notre amour. C’est dur, mais nous devons travailler pour changer notre société.”

Kamilla Mammadova, 33 ans, journaliste

Kamilla Mammadova, 33 ans, chez elle à Marneuli, une petite ville dans le sud de la Géorgie. Ce que beaucoup aimeraient faire, Kamilla Mammadova l’a réalisé : elle a fait d’un loisir, écouter la radio, une carrière dans sa ville natale. Mais, comme fondatrice de Radio Marneuli, la seule radio communautaire à Marneuli, une petite ville de la Géorgie du Sud à prédominance ethnique azerbaïdjanaise, elle doit affirmer chaque jour son droit à pareille carrière.

Mammadova avec son chien Khanna, qu’elle appelle son enfant. Célibataire et doublement diplômée, à 33 ans elle contraste fortement avec les attentes de femmes plus conservatrices du même âge à Marneuli. Sa radio, créée en 2006 dans le cadre d’un projet de la BBC, couvre l’actualité et les questions locales en géorgien et en azerbaïdjanais. Elle insiste sur son indé-pendance éditoriale de toute influence politique, et ne se gêne pas pour critiquer le pouvoir. Une politique de micro ouvert permet à tout un chacun de venir à l’antenne pour parler de ses griefs.

La radio est la passion de Mammadova. Elle passe presque toute sa journée au travail et écoute la radio chaque soir avant de se coucher. “C’était mon loisir préféré. C’est devenu un métier.” “Il y a beaucoup de problèmes dans notre région. Il fallait porter ces problèmes à l’attention du public.” Mais pour certains à Marneuli, c’est source d’ennuis.

Mammadova avec une des journalistes de Radio Marneuli. Avant de recevoir sa licence FM en 2016, Radio Marneuli dépendait principalement de son site web pour sortir son contenu. Ils ont aussi distribué des cassettes audio et diffusé des émissions dans les parcs de Marneuli. Les personnes plus traditionalistes pensent que les femmes non mariées — en particulier celles considérées comme ayant dépassé l’âge normal du mariage — doivent rester discrètes en public et ne pas défier les autorités. Certains lui ont demandé de respecter ces coutumes, dit Mammadova.

“Ils m’appellent lesbienne, immorale”, décrit Mammadova. “En usant de ces calomnies, ils essaient de m’empêcher de donner des informations exactes. Mais cela n’arrivera pas. Je suis un être humain, et comme journaliste, je continuerai à transmettre la vérité.” A côté du travail, la famille fait partie des raisons pour lesquelles Mammadova n’a jamais pensé quitter Marneuli, dit-elle.

Mammadova, qui détient un double diplôme en journalisme et en droit, décrit son objectif comme consistant à encourager les Azerbaïdjanais d’origine à parler le géorgien et à se servir de leur connaissance des affaires courantes pour tenir les autorités responsables devant les électeurs. Mais Mammadova dit que son engagement à l’indépendance éditoriale entre souvent en conflit avec les autorités locales ainsi qu’avec les habitants qui évitent de défier le pouvoir. Mais pour ce faire il a fallu lutter. Radio Marneuli n’a reçu sa licence FM qu’en 2016.

La Commission nationale géorgienne des communications a attribué le retard à des motifs techniques. Mammadova soutient que ce sont l’indépendance éditoriale de la station et les émissions en azerbaïdjanais qui ont rendu les fonctionnaires circonspects. Elle pense qu’ils le sont peut-être encore, mais son intention est de persévérer :  “[Nous] sommes libres et nous apportons la vérité aux gens.”

Samira Ismayilova, 27, femme politique

Ismayilova partage son temps entre le siège de l’UNM et son bureau dans la ville de Bolnisi. Première femme d’ethnie azerbaïdjanaise en Géorgie à présider une section de district d’un grand parti politique, Samira Ismayilova a l’habitude de sortir du lot. Mais dans les collectivités rurales de son district natal de Bolnisi, cela peut devenir un handicap.

Ismayilova, qui est membre du Mouvement national uni, dans l’opposition, affirme que les menaces et la diffamation sur sa vie privée ont compliqué sa campagne de 2016 pour la députation. Cela a fait partie d’une tentative plus large de “barrer la route aux femmes politi-ques” et “de l’intimider pour l’écarter de la campagne”, croit-elle savoir. Une attitude qui peut être commune en Géorgie dans “les régions où vivent les minorités ethniques”, affirme-t-elle.  “[Une] Azerbaïdjanaise active en politique dans notre région, c’est du jamais-vu.” Ismayilova veut changer cela.

Native de la région géorgienne de Bolnisi, Ismayilova, 27 ans, a commencé à faire de la politique quand elle était étudiante à l’université, et a été élue en 2016 au conseil municipal de la ville de Bolnisi. Née à Darbazi, un village de la minorité azerbaïdjanaise, à Bolnisi, Ismayilova, qui a étudié en partie à l’étranger, a commencé à s’engager en politique quand elle étudiait à l’Université technique géorgienne de Tbilissi. Après un stage au parlement, elle a commencé à travailler comme conseillère sur les minorités ethniques au ministère de l’Éducation, et, plus tard, auprès de l’ancien président Mikheil Saakashvili

Sa prochaine étape a été de devenir elle-même une femme politique. “En tant que citoyenne et que mère, je veux voir une Géorgie plus développée”, dit-elle. Elle n’a pas réussi à se faire élire au parlement en 2016, mais elle siège présentement au conseil municipal de Bolnisi, chef-lieu du district de même nom. Vue ici au siège de l’UNM, elle est la première femme de la mino-rité azerbaïdjanaise en Géorgie à présider une section de district d’un grand parti politique géorgien.

Elle décrit son travail comme consistant à se rendre dans les villages de la minorité azerbaï-djanaise et à écouter les doléances des habitants sur les infrastructures, le chômage et l’ensei-gnement. Elle essaie de prévenir les mariages précoces et d’encourager les femmes d’ethnie azerbaïdjanaise à prendre la parole et à militer elles-mêmes pour le changement. Sans être certaine du succès de son action, Ismayilova regarde vers l’avenir. “Je crois que je peux changer beaucoup de choses en utilisant mon pouvoir de femme politique.”

“Quand j’étais dans la campagne électorale de 2016, j’ai affronté beaucoup de choses. J’ai rencontré . . . des menaces, des menaces contre des personnes de ma famille et d’autres pressions. Les gens discutaient de ma vie privée. Ils essaient de trouver de quoi me salir.”

L’article est une version d’un article de partenariat de Chai-Khana.org, un partenaire de Global Voices. Texte de Nurana Mammad. Toutes les photos sont de Elene Shengelia et Ian McNaught Davis. 
.
Nurana Mammad  (traduction: Suzanne Lehn) 8 Novembre 2018
.
.
azerbaidhan-azeri
.
Commentaire: Les « azéri(e)s » , habitants de l’Azerbaïdjan (pays musulman turcophone) qui est ennemi de l’Arménie (chrétienne amie de Poutine) mais on les trouve aussi en Géorgie et en Iran.

Lire la suite

09 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

revers (courrier international)

keystone

Un revers pour Trump

La justice américaine suspend l’oléoduc Keystone XL

Un juge fédéral du Montana a suspendu jeudi la construction de l’oléoduc géant Keystone XL, un sérieux revers pour Donald Trump qui avait relancé ce projet très décrié dès sa prise de fonctions malgré les risques qu’il fait peser sur l’environnement et les cultures autochtones. Cette décision intervient deux jours après des élections de mi-mandat mitigées pour le parti présidentiel.

Long de 1.900 km, cet oléoduc, déjà partiellement en service, est censé relier les champs pétrolifères de la province canadienne d’Alberta à l’Etat américain du Nebraska, pour aboutir aux raffineries du golfe du Mexique. Il est fermement combattu par les communautés autochto-nes des territoires qu’il traverse, inquiètes des dégâts environnementaux qu’il pourrait causer.

C’est d’ailleurs en se basant sur une analyse du département d’État américain, qui ne jugeait pas le projet « d’intérêt national pour les États-Unis » au regard des risques afférents, que Barack Obama avait décidé de bloquer la construction de Keystone XL en 2015. Selon le juge Brian Morris, l’administration Trump a délibérément fait fi de cette analyse au moment d’auto-riser la relance du projet d’oléoduc en mars 2017, peu de temps après son arrivée au pouvoir.

« Une agence ne peut pas détourner les yeux d’observations factuelles faites par le passé parce qu’elles ne vont pas dans le sens souhaité », a ainsi écrit le juge fédéral. « Pour justifier son revirement, le département d’État a tout bonnement balayé d’un revers de la main des données factuelles liées au changement climatique », a-t-il poursuivi.

M. Morris a enfin accusé le département d’État de ne pas avoir suffisamment pris en compte des éléments tels que la baisse des prix du pétrole, le risque de fuite ou les gaz à effets de serre émis dans le cadre du projet. En novembre 2017, 5.000 barils de pétrole s’étaient déversés dans les plaines du Dakota du Sud, aux Etats-Unis, suite à une fuite sur l’oléoduc Keystone, une des branches de Keystone XL.

La suspension décrétée par le juge fédéral est toutefois temporaire et impose au gouverne-ment américain d’examiner plus en profondeur les implications du projet sur le climat, la faune et les cultures autochtones.

Mais elle s’apparente à une victoire majeure pour les défenseurs de l’environnement et les communautés amérindiennes

Et à un revers de taille pour le président américain, qui avait autorisé dès mars 2017 la construction du pipeline reliant le Canada au Texas, concrétisant ainsi une promesse phare de campagne.

  »Renoncer à cette chimère »

Donald Trump avait justifié le contournement du blocage décrété par son prédécesseur au nom de la lutte contre le réchauffement climatique par la volonté de créer des emplois et de favoriser le développement des infrastructures. Mais les défenseurs de l’environnement et des populations amérindiennes avaient décidé en mars de poursuivre TransCanada, la société exploitant le projet, ainsi que le département d’État pour obtenir sa suspension.

« La décision rendue aujourd’hui montre clairement, et de manière irréfutable, qu’il est temps pour TransCanada de renoncer à cette chimère », a réagi jeudi Sierra Club, qui fait partie des plaignants. « L’administration Trump a essayé d’imposer ce projet d’oléoduc polluant à la popu-lation américaine, mais elle ne peut ignorer les menaces qu’il fait peser sur notre eau potable, notre climat et nos communautés », a ajouté Sierra Club.

Keystone XL, qui doit s’étirer sur 1.900 km dont 1.450 en territoire américain, est destiné à être connecté au réseau existant d’oléoducs aux États-Unis. Le projet chiffré à 8 milliards de dollars (7 mds EUR) date de 2008 et devrait permettre d’acheminer quotidiennement 830.000 barils de pétrole à travers l’Alberta, le Montana, le Dakota du Sud, le Nebraska et enfin l’Oklahoma et le Texas.

Washington (AFP) 09.11.2018

https://www.courrierinternational.com/

Lire aussi:

Les problèmes XXL de l’oléoduc Keystone XL (France 24)

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin