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04 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

brésil (à l’encontre)

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Guilhermo Boulos

Brésil. La crise du PT et la reconfiguration de la gauche

Le dimanche 29 novembre, s’est déroulé le deuxième tour des élections municipales au Brésil. Bien que les résultats locaux ne puissent pas nécessairement être extrapolés, il s’agissait d’une élection ayant une saveur nationale, qui dessine déjà certains contours de l’élection présiden-tielle de 2022. Bien qu’en termes globaux la gauche perde du terrain face au centre-droit traditionnel, il y a quelques développements intéressants au sein de l’éventail progressiste.

Numériquement, le Parti des travailleurs (PT) ne se remet pas des élections municipales de 2016, le grand moment d’antipétisme qui a signifié une forte défaite nationale pour le parti fondé en 1980, sous l’influence des luttes ouvrières de l’ABC de São Paulo [la région industrielle].

En 2016, le PT comptait 257 mairies, il n’en compte plus que 183. Ses maires gouverneront des municipalités ne totalisant plus que 2,6% des Brésiliens.

Pour la première fois depuis la période de 1985 [fin de la dictature], le PT ne gouverne aucune capitale.

En outre, le PT a été défié par une gauche nouvelle, plus juvénile et moins bureaucratisée qui a été capable d’établir une communication plus directe, naturelle et efficace avec la population.

Dans le même temps, de nouveaux leaders de gauche émergent sur la scène nationale qui ne sont pas des «pétistes». C’est le cas de Manuela D’Avila du Parti communiste du Brésil (PCdoB) qui a atteint le deuxième tour à Porto Alegre. Malgré sa défaite [face à Sebastião Melo du MDB], elle a obtenu 45,37% des voix, en ayant l’appui des diverses formations de la gauche.

Sans aucun doute, la principale star de ces élections est Guilherme Boulos du Parti du socialisme et de la liberté (PSOL), une formation fondée en 2004, suite à des ruptures avec le PT.

Ces dernières années, le PSOL a gagné en visibilité. [Guilherme Boulos s’est affirmé comme animateur du Mouvement des travailleurs sans toit – MTST– présent depuis la fin des années 1990].

Le candidat du PSOL a réalisé une performance emblématique lors de ce second tour à São Paulo, en affrontant la puissante machine traditionnelle de droite de São Paulo, le Parti brésilien de la social-démocratie (PSDB).

Bien qu’il ait perdu au deuxième tour, Boulos a obtenu 40,62% des voix [soit 2’168’109 suffrages]. Cela fait de lui un point de référence national pour la gauche.

Pour la première fois depuis des années, la principale figure du leadership progressiste n’appartient pas au camp du PT. Sa campagne a suscité des émotions et a mobilisé massivement.

Elle a provoqué un enthousiasme que l’on n’avait plus vu depuis longtemps dans la gauche brésilienne. Guilherme Boulos a reçu le soutien massif de jeunes qui ne se voient pas représentés par un «pétisme» dont la direction s’éloigne d’une base qui, elle, réclame à grands cris une refonte.

Comme illustration de ce manque de syntonie avec une base populaire, on peut citer le candidat du PT, Jilmar Tatto, à la mairie de São Paulo. Il représente cette bureaucratie du parti [il a cumu-lé depuis fort longtemps de nombreuses responsabilités dans l’exécutif de São Paulo, dans l’appareil du PT et comme élu fédéral] qui ne suscite aucun emballement parmi la base populai-re. Il n’a obtenu que 8,6% des voix, le pire résultat du PT dans la plus grande circonscription électorale du Brésil.

Toutefois, au sein du PT, certains changements semblent se dessiner. Il en va ainsi avec Marília Arraes, candidate à la mairie de Recife, dans le nord-est du Brésil, qui se distingue d’une direction du PT qui n’enchante plus.

Elle symbolise précisément le militantisme de renouveau du PT, qui communique avec les jeunes et s’intéresse à des orientations contemporaines (comme le féminisme, la lutte et la défense du camp LGBTQI et l’écologie).

Marília Arraes, 36 ans, a perdu contre son cousin João Campos du PSB (Parti socialiste brésilien) qui a obtenu 56,27% des voix. Les deux descendent du fondateur de la dynastie du Nord-Est, Miguel Arraes.

Marília Arraes a obtenu 43,73% des voix, un résultat fort remarquable. Marília Arraes n’a pas été le choix de la bureaucratie pétiste, mais de la base militante du parti. Jeune femme combative et forte, elle a réussi à s’imposer dans l’appareil du parti au Pernambuco. La candidate du Nord-Est a mené une campagne similaire à celle de Boulos, avec un langage plus naturel, plus jeune et une esthétique plus moderne.

Parallèlement au phénomène Arraes, il en existe un autre qui symbolise également cette volonté de renouveau du PT: celui des «candidatures collectives». Il y en a plus de 26 dans tout le pays, principalement composées de femmes noires et de jeunes de la périphérie, qui n’ont pas leur place dans les structures plus pyramidales du PT.

Outre cette nouvelle configuration électorale, il y a eu d’autres nouveautés comme le cas du mouvement «Representa», un courant de jeunes de l’intérieur de São Paulo qui a présenté et appuyé 138 jeunes candidats pétistes (sans l’appui de la bureaucratie du parti) dans tout le pays. Sur ces 138 candidats, 25 ont gagné. Le plus important a été donc le processus de remise en question de la direction du PT.

Il est possible d’affirmer que le pétisme a perdu sa position hégémonique dans le champ de la gauche et du progressisme. Ce champ est aujourd’hui plus hétérogène que par le passé. Le Parti socialiste brésilien (PSB) et le Parti travailliste démocratique (PDT) sont les meilleurs opposants.

Le PSB garde 252 villes [-151] et le PDT  314 [-17]. En termes de capitales, le PDT a remporté Aracajú [Sergipe] et Fortaleza [Ceará] et le PSB Maceió [Alagoas] et Recife [Pernambouc]. Dans le Nord-Est, la carte politique est donc reconfigurée et le «pétisme» perd de sa force face à ces deux forces.

Une figure se dégonfle, c’est le gouverneur du Maranhão, Flávio Dino du PCdoB. Il est également positionné comme une figure importante pour la constitution des alliances en vue des présidentielles de 2022. Le candidat soutenu par Flávio Dino a perdu la bataille électorale à São Luis (capitale du Maranhão). En outre, la base de Dino s’est divisée. Une bonne partie a soutenu le candidat de l’opposition qui a finalement gagné, Eduardo Braide de Podemos [jusqu’en 2016 il portait le nom de Partido Trabalhista Nacional-PTN].

La campagne de Guilherme Boulos à São Paulo a réussi à consolider un front de gauche assez large et symbolique en faveur de sa candidature, un front qui a réuni le PT, le PSOL, le PCdoB, le PSB, le PDT.

La candidature de Manuela D’Avila (PCB) à Porto Alegre a également reçu un soutien important de la gauche; au même titre que le vainqueur de la course à la mairie de Belém (Parà), Edmilson Rodrigues du PSOL.

À l’horizon 2022, il semble évident que chaque parti progressiste aura son propre candidat. Cependant, avec la montée de la droite traditionnelle, ils seront peut-être contraints d’engager le dialogue.

La droite classique connue sous le nom de centrão s’est développée et le Parti démocrate [le DEM dispose de 464 maires, une augmentation de 198] se profile comme l’un des grands facteurs d’alliance pour les prochaines élections présidentielles. (Résumé voir lien)

(Article publié sur le site de Nueva Sociedad; traduction rédaction A l’Encontre)

Esther Solano Gallego est professeure à l’Université fédérale de São Paulo.

3 décembre 2020 Alencontre
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Note:
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PDT et PSB sont des partis « socialistes » alliés de PT de Lula et de Dilma Youssef. Le PC do B est aussi un allié.
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Lire aussi:

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03 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

présidentielle (la-dépêche lo)

jl m

Présidentielle 2022 : Jean-Luc Mélenchon veut rétablir le service militaire

Le leader de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, qui a annoncé vouloir être candidat à l’élection présidentielle 2022 le 8 novembre dernier, s’est exprimé dans une interview sur de grands sujets régaliens, parmi lesquels le service militaire. Fidèle à sa ligne de conduite « historique », il s’est dit favorable à son retour.

Jean-Luc Mélenchon ne dévie pas de sa trajectoire.

Le leader de La France Insoumise s’est prononcé dans une interview publiée par nos confrères de L’Opinion ce lundi 30 novembre, en faveur d’un retour du service militaire obligatoire. En 1997, celui qui était alors encore membre du Parti Socialiste avait déjà fait part de son opposition face à la décision de Jacques Chirac de supprimer ce service militaire. Plus de 20 ans après, le candidat annoncé à la présidentielle 2022 maintient sa ligne de conduite, même s’il se dit incertain que « tous les Insoumis soient d’accord ».

« La défense populaire passive et armée reste une nécessité à mes yeux », a expliqué le leader de LFI pour justifier sa position, ajoutant que face au risque de dérèglement climatique, « d’autres menaces et dangers » pèsent aujourd’hui sur le pays.

Prenant exemple sur les récents événements dans la vallée de la Roya, totalement coupée du monde suite aux importantes inondations, Jean-Luc Mélenchon estime qu’il y aurait « besoin d’un effort collectif » de la nation dans l’hypothèse d’une succession de catastrophes comme celle-là. « Donc on sera obligé de demander la contribution des jeunes Français », prédit-il enfin.

Jean-Luc Mélenchon confère d’autres vertus au retour du service militaire. avançant que les conscrits pourraient par exemple effectuer des missions au sein de la police.

Dans une France de plus en plus divisée sur la place occupée par les forces de l’ordre, le candidat de gauche l’assure : une telle mesure « changerait le regard de la population sur sa police et changerait les pratiques internes de celle-ci ».

Pour l’ancien soutien de Laurent Fabius,  »le racisme et la violence » pourraient en sortir affaiblis. « Quand les enfants du peuple sont quelque part tout change », a-t-il conclu sur le sujet.

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03 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

australie (the guardian)

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Les taux d’emprisonnement, de suicide et d’automutilation des autochtones ont augmenté

Les jeunes indigènes sont toujours emprisonnés à un taux 22 fois supérieur à celui des non indigènes, selon le rapport « Surmonter le désavantage indigène ».

Les taux d’emprisonnement, de suicide et d’automutilation des indigènes ont augmenté au cours des quatre dernières années, et le nombre d’enfants autochtones pris en charge hors du foyer a triplé, selon le rapport quadriennal de la Commission sur la productivité intitulé « Surmonter le désavantage indigène » (OID).

Mais la commission a également constaté une amélioration dans les domaines du développe-ment de la petite enfance, de la participation économique et de certains aspects de la santé et de l’éducation.

La commission a déclaré que là où les résultats ne se sont pas améliorés, ils doivent être compris comme des obstacles structurels et systémiques qui vont à l’encontre du bien-être des Aborigènes et des insulaires du détroit de Torres.

« Les résultats moins bons ne sont pas dus au fait que les gens soient aborigènes ou insulaires du détroit de Torres, mais peuvent être attribués aux défis personnels supplémentaires et aux obstacles structurels auxquels sont confrontés de nombreux aborigènes et insulaires », a déclaré le président de la Commission, Michael Brennan.

« Il est essentiel de supprimer ces obstacles structurels si l’on veut améliorer le bien-être des Aborigènes », a déclaré M. Brennan.

La connexion à la culture est un élément clé de l’identité et de la force de nombreux Aborigènes et insulaires, selon le rapport de l’OID, et constitue « une base sur laquelle le bien-être peut continuer à être construit ».

Le rapport est publié tous les quatre ans par la Commission de la productivité et constitue l’analyse la plus complète des données sur le bien-être des Aborigènes et des insulaires.

Les taux d’enfants aborigènes et insulaires du détroit de Torres placés en dehors de leur foyer ont presque triplé au cours des 15 dernières années, a-t-il déclaré.

Il est inquiétant de constater que les efforts du système de protection de l’enfance en matière de prévention des éloignements et d’intervention précoce ne fonctionnent manifestement pas pour les enfants aborigènes et insulaires et leurs familles.

« Des facteurs structurels tels que le manque de compétences culturelles et les difficultés des familles à obtenir le soutien dont elles ont besoin pour s’orienter dans le système de protection de l’enfance signifient que les enfants aborigènes et insulaires peuvent être plus vulnérables à l’entrée dans le système de protection de l’enfance, indépendamment de la prévalence sous-jacente des abus et des négligences », indique le rapport.

Le taux de détention des jeunes a diminué, mais les jeunes aborigènes et insulaires sont toujours emprisonnés à un taux 22 fois supérieur à celui des jeunes non indigènes. Le  rapport indique que le relèvement de l’âge de la responsabilité pénale de 10 à 14 ans réduirait de 15 % le taux d’enfants aborigènes ou insulaires du détroit de Torres dans le système de justice pour mineurs.

Le taux d’emprisonnement des adultes a augmenté de 72 % entre 2000 et 2019, selon le rapport.

« La participation des Aborigènes et des insulaires du détroit de Torres aux décisions relatives à la conception et à la mise en œuvre des politiques, des programmes et des services est importante pour susciter de réels changements sur le terrain », a déclaré le commissaire Romlie Mokak.

Une meilleure connaissance de l’histoire commune de l’Australie pourrait favoriser la compréhension des effets que la colonisation et les politiques gouvernementales ont eu, et continuent d’avoir, sur les Aborigènes et les insulaires du détroit de Torres, et changer les valeurs et les croyances de la communauté qui conduisent au racisme, a déclaré Mme Mokak.

La déclaration du cœur d’Uluru a proposé la création d’une commission Makarrata pour superviser la vérité sur l’histoire commune de l’Australie, selon le rapport.

Lorena Allam Wed 2 Dec 2020

https://www.theguardian.com/

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03 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

lithium (arte)

Portugal : Lithium, un enjeu européen ARTE

On l’appelle « l’or blanc », le lithium est un métal de plus en plus utilisé, de plus en plus convoité. L’Europe importe 86% de sa consommation (de Chine, du Chili, d’Australie) alors que ses sous-sols en contiennent.
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La demande et les besoins explosent. 
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Selon la Commission européenne, l’Europe aura besoin de 18 fois plus de lithium d’ici à 2030, et presque 60 fois plus en 2050. Pour quel usage ? Essentiellement les batteries des voitures électriques et les batteries de stockage d’énergie. Pour Thierry Breton, le commissaire européen en charge notamment de la politique industrielle, « l’Europe se met en position pour être quasiment autosuffisante en lithium pour nos batteries en 2025. »
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C’est au Portugal que se trouveraient les plus importants gisements de lithium en Europe. Plusieurs entreprises ont prospecté et comptent bien exploiter les sous-sols de différentes zones du nord du pays.
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Mais les premières étapes de ce processus ont rencontré l’opposition des populations locales. Selon le maire de l’une des communes concernées, « la plus grande valeur que nous ayons aujourd’hui n’est pas le lithium, mais la biodiversité. »
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La région de Montalegre et Boticas est classée « patrimoine agricole mondial » par la FAO.  Le débat est complexe : pour devenir plus verte, l’Europe doit-elle exploiter ses ressources, en creusant une partie de son sous-sol ?
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•16 nov. 2020
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03 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

trump (essf)

fired trump

T’es viré!

Déclaration (Etats-Unis) : La défaite de Trump brise l’élan de la droite autoritaire internationalement

• Les élections américaines ont sonné la défaite pour le projet de Trump. Biden a obtenu 80 millions de voix et 306 électeurs au collège électoral, soit une avance de plus de 70 en opposition à Trump. Malgré les difficultés imposées par la pandémie, ces élections enregistrent la plus forte participation depuis 1908. Cette large marge a rendu très difficile pour Trump de continuer à contester le résultat et a ouvert la voie à l’accession de Biden. Nous nous félicitons de la défaite de Trump, qui représente un affaiblissement des forces les plus réactionnaires et autoritaires de la planète.

• Pendant trois semaines, Trump a continué à ne pas reconnaître la défaite et à porter de fausses accusations de fraude. Mais en l’absence de tout plan et de toute organisation, c’était une bataille perdue d’avance pour renverser la procédure électorale. Il a perdu tout soutien, même au sein du parti républicain, et a été forcé d’accepter à demi-mots la victoire de Biden. Cependant, les théories conspirationnistes et la mise en cause dela procédure électorale qu’il continue à répandre ont un grand écho parmi ses électeurs, et contribueront certainement à dégrader davantage la démocratie déjà faible des États-Unis.

• Cela s’inscrit dans une tendance plus large qui voient des idéologies autoritaires, antiscien-tifiques et conspirationnistes se répandre rapidement dans de nombreux pays. Ces idées qui reflètent le désespoir de la situation et la méfiance à l’égard des institutions établies, sont animées et manipulées par les forces de l’extrême droite. En l’absence de mobilisations de masse et de victoires menées par des forces progressistes, ce type d’idées pourrait continuer à se répandre. Il nous appartient de tenter d’isoler ces courants, de les combattre et de les dénoncer par tous les moyens, car ils ouvrent la voie à l’autoritarisme le plus extrême.

• Dans ce contexte, la défaite de Trump est sans aucun doute une bouffée d’air frais, un événement qui brise l’élan de l’autoritarisme qui se répand dans le monde entier en Pologne, en Hongrie, en Turquie, en Inde, aux Philippines et au Brésil, vers l’élimination des plus puissants de ces nouveaux dirigeants autoritaires.

• La nouvelle administration Biden représente le business as usual de la démocratie américaine, où le gouvernement, qu’il soit républicain ou démocrate, sert les intérêts des grandes entreprises et de l’impérialisme américain.

Les premières nominations de son gouvernement montrent qu’il n’a pas l’intention de changer de cap, et qu’il continuera à isoler et à prendre ses distances avec les éléments de gauche émergents au sein du parti démocrate.

En même temps, les luttes sociales aux États-Unis se poursuivent : les infirmières, les ensei-gnants et des travailleurs essentiels des transports, de la distribution alimentaire et d’autres secteurs mènent des grèves, des manifestations et des actions pour protéger leur santé pendant la pandémie qui se propage maintenant de manière incontrôlée dans tout le pays.

Les Noirs et les Latinos, presque toujours soutenus désormais par des Blancs et des Asiatiques, continuent de protester contre la violence policière raciste que subissent toujours leurs communautés. Les énormes manifestations antiracistes ont impliqué environ vingt millions de personnes et ont fortement touché l’opinion publique, tout en suscitant un mouvement international.

• Dans d’autres parties du globe, les mouvements sociaux de masse et certaines victoires nous donnent également des raisons d’espérer que, malgré les revers et la répression, des mouvements populaires défensifs et revendicatifs continueront à voir le jour. Nous avons vu la victoire du MAS en Bolivie, qui a réussi à renverser un coup d’État soutenu par les États-Unis grâce à un soutien et une mobilisation populaires massifs.

Au Chili, le mouvement populaire a réussi à renverser la Constitution de Pinochet, ouvrant ainsi la voie à des changements plus profonds dans la société grâce à la mobilisation de masse. En Pologne, un mouvement de masse sans précédent mené par les femmes remet en question l’hégémonie réactionnaire du pays.

Au Brésil, la gauche a réussi une percée historique lors des élections municipales. En Thaïlande, au Bélarus et à Hong Kong, nous assistons à des mobilisations de masse, qui montrent que la population est prête à s’organiser et à lutter pour un avenir meilleur, malgré les difficultés, les obstacles et la répression de l’État.

• Malgré tout cela, la situation générale reste très difficile pour les classes populaires et les luttes d’émancipation. La deuxième vague de la pandémie frappe durement dans le monde entier, augmentant le nombre de décès et de personnes nécessitant des soins intensifs.

Les mesures imposées pour tenter d’arrêter la propagation du virus sont d’autant moins acceptées par les populations qu’elles sont considérées comme la conséquence de la mauvaise gestion des gouvernements qui n’ont rien fait pour étendre et renforcer les services de santé publique lors de la première vague de la pandémie.

• Le confinement total ou partiel a également des effets profonds sur l’économie, les pires projections devenant les scénarios les plus probables. Le coût de cette crise va être payé par les classes populaires avec une aggravation de leurs conditions sociales et économiques. Comme nous l’avons déjà dénoncé, les plus touchés seront celles et ceux qui sont déjà victimes de l’injustice sociale et économique, à savoir les communautés noires et ethniques, les migrants, les femmes et les LGBT.

• En outre, les gouvernements utilisent les mesures de confinement et les couvre-feux pour limiter et restreindre les libertés démocratiques, ce qui rend l’organisation et la mobilisation plus difficiles.

Néanmoins, même là où il n’y a pas de mouvements de masse comme au Chili ou en Thaïlande, il y a des luttes localisées sur les lieux de travail, dans les quartiers et les communautés qui montrent également le rejet de ces politiques de confinement répressives, ces poliques qui tentent de compenser les échecs des gouvernements à planifier la deuxième vague prévue et prévisible et favorisent de plus en plus clairement les grandes entreprises, même si certains secteurs (notamment l’hôtellerie et les voyages touristiques de masse) ont été sacrifiés dans une certaine mesure.

Là où les dépenses publiques ont été stimulées, c’est par une explosion de la dette publique qui aggrave le problème actuel et qui, en fin de compte, fait supporter tous les coûts à la classe ouvrière.

• Les féministes ont continué à s’organiser, en particulier, mais pas seulement, sur la question des violences faites aux femmes. L’augmentation de la violence domestique pendant les périodes d’enfermement a été évidente et a poussé certains gouvernements à mettre en place des programmes permettant aux femmes de dénoncer les incidents et de quitter un foyer partagé avec un partenaire violent. Ces mesures, comme les autres mesures de lutte contre la pandémie, sont insuffisantes et trop éphémères.

• L’un des secteurs qui concentre les contradictions est celui de l’éducation :il y a d’abord les risques de contamination en rassemblant différentes générations dans des conditions où les mesures de distance et de barrière physiques sont difficiles à mettre en œuvre. C’est aussi le droit pour les jeunes à une éducation décente alors que l’enseignement en ligne est une réponse insuffisante puisque les dispositifs, un accès internet fiable, des conditions de travail appropriées ne peuvent être garantis.

Et le droit pour les enseignants de travailler dans des conditions sûres et en leur fournissant les ressources techniques adéquates pour l’enseignement en ligne. Les gouvernements se servent de l’inquiétude populaire concernant le droit à l’éducation et l’avenir des jeunes pour maintenir les établissements d’enseignement ouverts malgré le danger réel que cela peut représenter dans la propagation du Covid-19.

• Le mouvement contre le changement climatique a continué à s’organiser, en utilisant des réunions virtuelles. Très vivant dans sa radicalité et sa diversité, il est bien placé pour demander des comptes à M. Biden quant à sa promesse que les États-Unis rejoindront la COP sous sa présidence. La lutte pour la justice climatique, pour la fin des émissions de carbone et pour une transformation profonde de notre système énergétique et de production, doit revenir au premier plan pour gagner une véritable alternative au système capitaliste et extractiviste.

• La question de la démocratie est placée au premier plan dans de nombreuses luttes actuelles, qui réclament le droit de décider, contre la montée de l’autoritarisme et contre la déconnexion des classes politiques et néolibérales de la souffrance des classes populaires. Nous travaillons à développer ces luttes en poussant à l’auto-organisation et à l’autodétermination.

• Nous soutenons et luttons avec enthousiasme pour la victoire des luttes et des mouvements, qu’ils soient locaux ou à un niveau plus large, et nous cherchons constamment à montrer leur convergence objective.

Nous dénonçons l’échec de tous les gouvernements capitalistes à répondre de manière adéquate à la pandémie, leur recours croissant aux théories complotistes, à l’idéologie réactionnaire et à l’autoritarisme.

Il est donc urgent de lutter pour des mesures structurelles anticapitalistes (expropriation des banques, big pharma, énergie…) et pour une taxation exceptionnelle des riches et des grandes entreprises : pour une alternative globale basée sur la justice sociale, économique, de genre et écologique.

Le Bureau exécutif de la IVe Internationale

mardi 1 décembre 2020

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01 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

le pen 2 (socialist worker)

fachos milice

L’ère de Marine Le Pen

La France est entrée dans le 21è siècle comme la septième économie mondiale.

Toutefois, comme en Grande-Bretagne et dans d’autres grandes puissances européennes, certaines régions souffrent de désindustrialisation et de pauvreté extrême . Il s’agit, par exemple, de pans entiers du nord de la France et des banlieues entourant les grandes villes, où vivent les plus pauvres de la société française, dont beaucoup d’origine immigrée.

Ces communautés sont confrontées à l’isolement économique et à de mauvaises conditions de logement, ainsi qu’au racisme d’État et au harcèlement policier. L’absence de moyens contre ces inégalités a entraîné un déclin du vote des partis traditionnels, ce qui a permis au FN de devenir le troisième parti le plus important.

L’élection de Marine Le Pen à la tête du parti en 2011 a marqué à la fois une rupture avec l’héritage politique de son père mais aussi une continuité avec les idées de l’ancien FN. Elle a remporté un premier siège de conseillère régionale dans le Nord-Pas de Calais en 1988. En 2017, elle a été élue à l’Assemblée nationale dans la région du Pas de Calais, une ancienne zone minière qui a souffert de la désindustrialisation et du chômage, un bastion de gauche.

Son père a facilité son ascension grâce à la direction du parti, la nommant vice-présidente du FN en 2003, alors qu’elle avait été 34e aux élections du parti. Elle a remporté le poste de leader contre Bruno Gollnisch, représentant de longue date de la vieille garde du parti, en obtenant 67,65 % des voix.

Elle a fait l’éloge de son père dans son discours d’arrivée, citant sa « fermeté, son âme noble, sa persévérance, la vision et la bravoure ». Son père qui a financé sa campagne présidentielle de 2017 avec un prêt de 6 millions d’euros, même après qu’elle l’ait expulsé du parti.

Marine Le Pen a une grande visibilité médiatique et est souvent traitée comme une célébrité de la télévision.

Elle a intitulé son programme présidentiel 2012 : « Mon projet, pour la France et pour le peuple français ». Pour la campagne présidentielle de 2017, elle a simplement utilisé son prénom sur la publicité et a changé l’emblème du parti , une flamme tricolore (à l’origine inspirée du parti fasciste italien, Movimento Sociale Italiano MSI, pour une rose.

Après avoir atteint le second tour contre le candidat du centre de gravité Emmanuel Macron, elle a annoncé, deux semaines avant le vote final, qu’elle se retirait de la présidence du FN, en disant « Ce soir, je ne suis plus la présidente du Front national. Je suis la candidate à la présidence française ». L’élection de 2017 lui a permis de remporter plus de 10,6 millions de voix.

Marine Le Pen s’est engagée depuis longtemps dans la stratégie de dédiabolisation et son leadership représente une nouvelle phase, plus profonde, dans ce processus. Sa « Génération Le Pen » s’articule autour de ses jeunes membres qui souhaitent moderniser le parti.

Dans le cadre de cette stratégie, elle a tenté de prendre ses distances avec les membres du parti qui expriment des opinions plus extrêmes et qui participent à des actes de violence dans la rue. Comme le dit Wallerand de Saint-Just, le trésorier du parti : « Toute phrase maladroite ou malheureuse peut nous tuer. Et Marine Le Pen n’en est que trop consciente ».

Elle a également été l’instigatrice de changements dans les alliances internationales du parti, en retirant le parti d’un groupement européen avec d’autres partis fascistes. Elle n’appelle plus à une sortie de l’UE, s’engageant plutôt à la changer de l’intérieur. Elle considère la Russie comme un allié, affirmant qu’elle partage ses « valeurs sociales ». Elle a proposé « un axe nationaliste Washington-Paris-Moscou » avec Donald Trump et Vladimir Poutine.

Mais elle aussi a également dû maintenir un équilibre délicat. Elle veut conserver la base que le parti a construite au cours des décennies, tout en gagnant de nouveaux partisans. Lorsqu’elle s’exprime, elle continue à donner des signaux au hardcore du RN.

Racisme et Marine Le Pen

Les récents attentats terroristes ont permis une escalade toujours plus importante du racisme à l’encontre des musulmans. Marine Le Pen a cherché à en tirer parti, en présentant les musulmans de France comme des personnes qui alimentent le terrorisme et en affirmant que la France multiculturelle était devenue « une université pour les djihadistes ».

les auteurs des attentats terroristes : « Ces monstres sont aussi les enfants de la diversité ». L’islamophobie est si profondément ancrée au sein de la classe dirigeante française, et dans toute la société française, qu’elle fausse les politiques et les pratiques des partis et des mouvements de tout l’éventail politique.

La représentation de l’islam comme une religion arriérée, intrinsèquement oppressive pour les femmes et un défi à la laïcité, est devenue une vision de bon sens. En prétendant défendre les valeurs républicaines de laïcité lorsqu’elle attaque l’Islam, Marine Le Pen gagne à la fois la légitimité de son islamophobie et positionne le FN comme un défenseur de la République française, plutôt qu’un défi contre-révolutionnaire à celle-ci.

L’absence d’une opposition soutenue à l’islamophobie lui a permis de gagner en légitimité, même parmi certaines féministes et sections de la gauche. .

Marine Le Pen n’a pas inventé le récit raciste contre les musulmans, qui fait passer le sexisme de la société pour un produit de l’Islam, de l’immigration et du multiculturalisme. Cependant, en tant que femme dirigeante politique, elle a réussi à armer cette racialisation du sexisme, en affirmant que la société multiculturelle et l’immigration « font reculer les femmes de plusieurs siècles ».

Antisémitisme

L’antisémitisme fait toujours partie intégrante de la vision du monde de Marine Le Pen. Sa défense de la laïcité a pour effet de cibler implicitement les juifs pratiquants. Lorsqu’elle dénonce la fourniture de viande halal dans les écoles, elle inclut également la nourriture casher. Pourtant, elle déclare avoir rompu avec l’antisémitisme auquel le parti a adhéré dans le passé. Son ancien partenaire, Louis Aliot, élu maire de Perpignan (RN) en 2020, affirme :

C’est l’antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous. C’est la seule chose… Dès que vous brisez cet étau idéologique, vous libérez le reste. C’est tout ce qu’il y a. Marine Le Pen est d’accord avec cela. Elle n’a pas compris pourquoi et comment son père et les autres n’ont pas vu qu’il y avait une erreur sur le parti.

Elle a expulsé son père du FN en août 2015 pour ses commentaires répétés qui nient l’Holocauste, bien qu’elle lui ait trouvé des excuses jusqu’en 2014, en disant « Je suis convaincue que le sens attribué à ses paroles provient d’une interprétation malveillante ».

Elle refuse cependant de condamner le gouvernement de Vichy ou les collaborateurs nazis français. Elle a déclaré que la France n’était pas responsable de la déportation notoire, en 1942, de 13 000 hommes, femmes et enfants juifs du Vélodrome d’Hiver de Paris vers les camps de la mort nazis, malgré l’implication de la police française.

La prétendue défense du peuple juif est également utilisée pour légitimer les attaques contre les musulmans, qui sont supposés être antisémites. Elle a déclaré que la communauté juive « n’a rien à craindre du FN » et a affirmé qu’elle « devrait pouvoir se tourner vers nous pour obtenir un soutien » parce qu’elle a « été de plus en plus victime d’attaques de la part de radicaux islamiques ».

La théorie du « grand remplacement

Marine Le Pen a déclaré qu’elle ne souscrivait pas à la théorie du « grand remplacement », popularisée par Renaud Camus et privilégiée par l’extrême droite au niveau international. Cette théorie prétend que les populations occidentales blanches seront « remplacées » par les migrants entrants et leur progéniture.

Pourtant, les propos de Marine Le Pen sur l’immigration, par exemple lorsqu’elle parle de « submersion migratoire », découlent directement de ce point de vue. Cette position se reflète également dans son soutien à la « préférence nationale », selon laquelle les allocations familiales ne devraient être versées qu’aux familles « ayant au moins un parent français ».

Marine Le Pen utilise constamment le glissement vers la droite des politiques générales sur ces questions pour pousser l’idéologie et les politiques encore plus loin vers la droite. Lors de l’élection présidentielle de 2017, elle a fait naître des préjugés anti-immigrants en utilisant un langage similaire à celui de son père : « Il suffit de regarder les intrus du monde entier venir s’installer chez nous… Ils veulent transformer la France en un squat géant ».

Qui soutient Marine Le Pen ?

Le nombre de membres du FN a considérablement augmenté sous Marine Le Pen.

Le racisme a été la principale motivation des électeurs du FN et du RN. Les électeurs de Jean-Marie Le Pen étaient constamment plus « intolérants » que les autres électeurs sur des questions telles que l’immigration et la peine de mort. « Les recherches sur les candidats aux élections du FN révèlent que peu de choses ont changé aux niveaux local et régional, indépendamment de la volonté des dirigeants d’être respectables.

Une étude a révélé que « lors des élections départementales de 2015, 104 candidats du FN ont  été poursuivis pour des commentaires ouvertement racistes, homophobes et antisémites ». Dans un sondage auprès des partisans du FN, la moitié des personnes interrogées ont déclaré que l’expression « sale Arabe » n’était « pas condamnable ». L’expression « sale juif » ne l’était pas non plus pour 36 % d’entre eux.

Des études suggèrent que la base électorale du FN a été principalement constituée par les commerçants et les petits propriétaires agricoles ainsi que par des propriétaires de petites entreprises et des travailleurs indépendants. La base sociale de soutien du FN, ses racines historiques et sa vision idéologique du monde montrent que le FN de Jean-Marie Le Pen était au cœur un parti fasciste, mais qu’il a réussi à attirer le soutien de courants d’extrême droite plus larges.

Sous la direction de Marine Le Pen, le parti a maintenu et développé son soutien traditionnel. Par exemple, elle a obtenu le soutien de 51 % de la gendarmerie – la police militarisée de la France – lors de l’élection présidentielle de 2017.

Elle dirige un parti qui conserve son noyau de cadres fascistes, bien qu’affaibli, mais elle a également gagné des électeurs et des membres au RN sur la base qu’il n’est plus identifié avec le fascisme et la négation de l’Holocauste.

Cela a permis au parti de s’implanter dans des domaines qui n’étaient pas auparavant associés à l’extrême droite. Par exemple, des études montrent qu’il y a eu une augmentation du soutien au RN parmi les électeurs âgés de 18 à 24 ans.

Il est également prouvé que l’écart historique entre les sexes parmi les électeurs du parti a été presque entièrement comblé. Une étude a montré que l’écart entre les sexes est passé d’une différence de sept points entre les femmes et les hommes lors des élections présidentielles de 1988 et 1995 à un seul point en 2012.

Dans les années 1980, seulement 20 % des membres du parti étaient des femmes ; en 2012, les femmes représentaient 45 %. Marine Le Pen a été la première dirigeante d’un parti d’extrême droite à élargir son attrait auprès des femmes en mettant en avant le genre dans sa campagne.

Elle se présente comme une mère célibataire qui travaille, étrangère dans un monde dominé par les hommes. Cependant, les apparences peuvent être trompeuses : la direction du parti reste extrêmement dominée par les hommes. Après le congrès de 2018 du parti, elle était la seule femme au sein de l’exécutif du parti, et seuls 12 des 43 membres du bureau national étaient des femmes.

Un certain nombre de commentateurs en ont conclu que le FN a gagné des sièges dans les anciennes zones industrielles du nord, ce qui lui permet d’attirer le soutien de la classe ouvrière. Nous devons faire attention à ne pas exagérer cette évolution.

L’effondrement des industries lourdes et l’affaiblissement des syndicats et des organisations socialistes au cours des 40 dernières années ont entraîné la dislocation de nombreuses personnes de ces communautés et liens avec leurs origines de classe.

Des décennies de chômage élevé et de privations ont laissé beaucoup de personnes en marge de l’économie, et un nombre encore plus important d’entre elles sont devenues des travailleurs indépendants. Le FN peut gagner des voix parmi la petite bourgoisie et le lumpenprolétariat dans ces régions. Pourtant, malgré tous les discours sur la représentation des « Français oubliés », une étude de cas sur la base de vote du FN réalisée par l’universitaire française Christèle Marchand-Lagier montre qu’elle n’a pas changé de manière significative :

Les catégories les plus ouvertes au vote du FN restent les plus socialement stabilisées, pour la plupart des salariés, et pas nécessairement les plus précaires financièrement. Contrairement au discours diffusé par les dirigeants du FN, ce parti n’est pas le parti des marginaux, des classes populaires ou des groupes vivant dans la précarité. Ces groupes s’abstiennent dans une bien plus large mesure que de voter FN.

Le processus de modernisation des FN a également conduit à l’expulsion ou à la marginalisation des combattants de rue et des néonazis ouverts. Un processus similaire s’est déroulé au sein du Parti national britannique et des démocrates suédois mal nommés, et il se déroule actuellement au Jobbik en Hongrie.

Marine Le Pen a été heureuse d’utiliser les éléments violents du parti comme fantassins pour ses campagnes, mais elle s’en est consciemment distancée lorsqu’ils sont devenus un handicap électoral. Par exemple, au cours de sa première année à la tête du parti, elle a annoncé que les skinheads n’étaient pas les bienvenus lors de la marche du 1er mai.

Des groupes plus ouvertement fascistes sont toujours liés au FN. Par exemple, l’organisation skinhead Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires a assuré la sécurité des événements du FN.

Elle s’inscrit dans la stratégie électorale qui domine le parti depuis les années 1980. Elle a maintenant travaillé plus longtemps dans un milieu politique électoraliste qu’au sein d’une organisation qui se considérait comme contestant ouvertement le système.

La principale ligne de faille dans le RN se situe aujourd’hui entre ceux qui soutiennent la campagne électorale de Marine Le Pen et une partie du parti qui soutient toujours la stratégie adoptée par Jean-Marie Le Pen. Un exemple très visible est celui de Marion Maréchal, nièce de Marine Le Pen et rivale potentiel-le qui a évoqué un possible retour à l’activité politique.

Maréchal veut que le parti se batte sur un programme idéologique plus dur et est mécontente de toute concession sur le rôle traditionnel des femmes dans la famille, l’avortement et les droits des LGBT+, par exemple.

Il existe des divisions et des tensions autour de nombreuses questions dans un parti de masse de longue date comme le RN. Ses dizaines de milliers de membres ont des priorités politiques et une histoire différentes au sein de l’extrême droite. Il peut s’agir de questions moins centrales mais néanmoins controversées, comme le changement de position du parti sur l’UE et sa position sur l’intervention de l’État pour sauver des emplois.

Marine Le Pen espère contenir ces tensions à l’approche du grand test de la prochaine élection présidentielle. Il lui sera plus facile de maintenir sa domination si elle remporte des succès électoraux. C’est sous-estime à la fois l’héritage du passé du parti. En outre, d’autres forces politiques pourraient se faire remarquer au sein du parti en cas de graves défaites électorales. Il serait insensé de supposer que, dans une crise politique ou économique profonde, il est hors de question de se tourner vers la construction d’un mouvement de rue.

Conclusion

Marine Le Pen vise résolument l’élection présidentielle de 2022. La popularité du président Macron a fortement chuté depuis le début de sa présidence ; les taux d’approbation sont passés de 60 % à 38 % à la fin du mois de juillet 2020.

Le projet néolibéral de Macron visant à résoudre les problèmes du capitalisme français a fait face à des vagues successives de résistance. Le mouvement des Gilets Jaunes (Gilets jaunes) s’est d’abord développé en opposition aux taxes sur les carburants, mais il s’est ensuite attaqué à des questions plus larges concernant les politiques de Macron et les inégalités dans la société française (Le RN a tenté d’influencer les groupes locaux des Gilets Jaunes avec un succès limité).

Le projet de Macron d’attaquer les droits à pension de millions de travailleurs a provoqué des actions de masse des travailleurs à partir de décembre 2019 à un niveau jamais vu depuis des décennies. Le blocage de Covid-19 a bloqué les luttes mais la gestion de la pandémie par Macron ne fait qu’ajouter à ses problèmes, et maintenant une nouvelle crise économique se profile à l’horizon.

Marine Le Pen espère que les difficultés de Macron et l’échec de son projet politique donneront une ouverture au RN, mais elle se heurte à une contradiction en essayant d’exploiter l’opposition à Marcon. Les luttes ouvrières, les Gilets Jaunes et, plus récemment, le mouvement Black Lives Matter, qui a amené de nouvelles forces dans les rues pour contester le racisme dans la société française, la menacent également. Ces mouvements ouvrent de nouvelles possibilités pour construire une organisation de front unique à large assise* qui pourrait la  défier.

Le Covid-19 pose également des problèmes à Marine Le Pen. Sa première réaction a été de soutenir les actions de Macron, ce qui a entraîné une chute des sondages, elle s’est donc tournée vers la critique.

Elle a racialisé la crise sanitaire, blâmant l’immigration pour la propagation du virus et plaidant pour la fermeture des frontières, tout en montrant son soutien aux théories de conspiration populaires au sein de sa base. Un sondage a montré que 40 % des membres de RN pensaient que le Covid-19 était « conçu intentionnellement dans un laboratoire ». Elle a publié un livre au cours de l’été 2020 condamnant la gestion de la crise par le gouvernement, intitulé « Le livre noir du coronavirus » : Du Fiasco à l’abîme.

Les dernières élections locales et régionales ne se sont pas bien déroulées pour le RN. Bien que la victoire de l’ancien allié de Le Pen, Louis Aliot, au siège de maire de la ville de Perpignan, ait fait la une des journaux, sa campagne a pris ses distances avec le parti et son chef.

Ailleurs, le vote pour le RN a été en baisse. Les problèmes du parti sont aggravés par ses énormes dettes, qui ont conduit à un prêt controversé d’une banque russe, et par des enquêtes de longue date sur des allégations de fraude et de mauvaise utilisation des fonds européens, qui ont conduit le parti à perdre des subventions publiques.

Ces revers ont conduit certains à conclure que le RN a atteint la limite de son succès. De telles déclarations ont été faites chaque fois que la chance du parti a fondu. Néanmoins, les sondages placent toujours Marine Le Pen en deuxième position lors de l’élection présidentielle, et affirmer que le RN est fini est à la fois prématuré et dangereux.

L’histoire a montré que les crises peuvent propulser les organisations fascistes en avant lorsque les gens sont désillusionnés par les options politiques dominantes et cherchent des alternatives.

Tous les ingrédients des multiples crises politiques et économiques existent en France. Le RN a le potentiel pour tirer profit de cette situation. Une victoire de Marine Le Pen renforcerait la confiance de l’extrême droite et des fascistes dans le monde entier, tout comme une défaite constituerait un revers important. L’enjeu est de taille.

6 octobre 2020 Judith Orr

http://isj.org.uk

Note:

Une organisation de front unique à large assise* fait réference aux campagnes « monstrueuses »  que savent construire les camarades anglais: telle la « Poll Tax » et celles contre les guerres impérialistes. 

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01 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

bhopal (ecologistas france-inter)

bhopal
 Bhopal, la tragédie sans fin

Dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, en Inde, la ville de Bhopal à 600 km au sud de Delhi découvre avec horreur le revers du miracle industriel. Un nuage toxique s’empare des rues de la capitale de l’État du Madhya-Pradesh et fait des milliers de morts. Son origine ? L’usine de pesticides Union Carbide.

Cette usine ouverte a été ouverte quatorze ans plus tôt grâce à un partenariat avec les Etats-Unis. Dans ses locaux, des ouvriers indiens y fabriquaient de l’isocyanate de méthyle ou MIC. Une solution chimique qui se transforme en gaz mortel si elle chauffe.

De la dynamite liquide. Cette nuit de décembre 1984, 25 000 personnes perdent la vie dans des conditions atroces, victimes de l’un des plus graves accidents industriels de tous les temps.

Depuis, les damnés de Bhopal continuer de revendiquer leurs droits et de lutter contre l’entreprise américaine qui nie toutes responsabilité. C’est David contre le géant chimique Goliath.

Trente-six ans après la catastrophe, l’eau des nappes phréatiques d’une partie de la ville est toujours contaminée, les enfants jouent dans des déchets toxiques et les nouveaux nés présentent de graves anomalies de santé.

Un récit documentaire de Constance Vilanova

mardi 1 décembre 2020

https://www.franceinter.fr/

bhopal-foto-Raghu-Rai-300x309

Accident de Bhopal (1984)

Cette célèbre et terrible photo a été prise par le photographe Raghu Rai le matin du 3 décembre 1984, après la nuit d’horreur à Bhopal.

Le 3 décembre 1984, la plus effroyable catastrophe industrielle de l’histoire s’est produite : en raison de l’absence de mesures de sécurité à l’usine chimique d’Union Carbide à Bhopal, en Inde, près d’un demi-million de personnes ont été exposées au gaz terriblement toxique qu’est l’isocyanate de méthyle.

Le gouvernement a estimé le nombre de décès à 5 295, le nombre de personnes handicapées de façon permanente à 4 902 et le nombre de personnes gravement blessées à 42. Les personnes concernées affirment que ce chiffre est de 22 917 décès, 508 432 cas d’invalidité permanente et 33 781 cas de blessures graves.

En 1969, Union Carbide a commencé à déverser des déchets chimiques, qui se sont répandus dans le sous-sol, contaminant les puits et les aquifères. En 1989, cinq ans après la catastrophe, la multinationale nord-américaine a réalisé une étude sur les niveaux de toxicité du sol et le résultat a été terrifiant, alors ils l’ont caché et il n’a jamais été révélé.

Union Carbide et le gouvernement indien, qui a pris en charge la représentation des victimes, ont conclu un accord extrajudiciaire en 1989 pour lequel la société a payé 470 millions de dollars. Quatre-vingt-treize pour cent des 500 000 personnes qui ont reçu une indemnisation ont reçu 327 euros.

Le 7 juin 1999, le tribunal indien chargé de juger ce désastre a condamné huit dirigeants d’Union Carbide à deux ans de prison et à payer 8 900 euros, se moquant ainsi de la tragédie causée par la gigantesque fuite de gaz mortel.

De 1999 à 2013, de nombreuses études indépendantes ont été réalisées sur les eaux contami-nées et les données étaient extrêmement graves : le mercure a dépassé les limites de sécurité jusqu’à 6 millions de fois ; le trichloréthylène, un composé qui affecte le développement des fœtus, plus de 50 fois ; la présence d’isocyanate de méthyle dans le lait maternel des femmes…

En novembre 2014, le gouvernement indien a annoncé une révision de l’indemnisation des personnes touchées et un recomptage des victimes. Les autorités indiennes demandent 1,2 milliard de dollars supplémentaires à Dow Chemical, qui possède actuellement Union Carbide, tandis que les victimes réclament 8,1 milliards de dollars.

En ce triste anniversaire, Ecologistas en Acción est solidaire du peuple de Bhopalí et soutient la demande de responsabilité civile et pénale de l’entreprise chimique américaine Dow Chemical.

3 décembre

https://www.ecologistasenaccion.org/

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29 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

violences (swp)

police

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Des centaines de milliers de personnes descendent dans la rue contre la loi sur la sécurité en France

Samedi, plus de 300 000 personnes ont manifesté à travers la France contre la loi sur la sécurité proposée par le gouvernement.  Selon certaines estimations, il s’agirait d’un demi-million de personnes.

Cette participation massive a eu lieu malgré les restrictions du coronavirus. Les manifestants ont défilé dans les rues de Paris, Marseille, Pau, Rennes, Bordeaux, Lyon, Lille, Nantes, Strasbourg et des dizaines d’autres villes.

Le parti socialiste révolutionnaire NPA a déclaré qu’il s’agissait d’un « réveil massif après des mois d’enfermement politique ». « Il y avait beaucoup de jeunes dans les manifestations – des lycéen-n-es, des étudiants universitaires, des jeunes des quartiers populaires ».

« Ils sont en révolte contre les violences policières, le racisme et plus généralement contre la situation que nous vivons actuellement ».

La police a attaqué la marche de Paris avec des gaz lacrymogènes et des matraques. En réponse, les manifestants se sont défendus contre les flics et ont mis le feu à un bureau de la Banque de France et à un showroom de voitures de luxe BMW.

La loi de sécurité globale du gouvernement veut créer une nouvelle infraction pénale pour la publication d’images de policiers « dans le but de porter atteinte à leur intégrité physique ou psychologique », y compris des images de policiers agissant violemment contre des manifestants tels que les Gilets Jaunes et les manifestants antiracistes.

Les contrevenants seraient passibles d’une peine maximale d’un an de prison et d’une amende de 40 000 livres sterling.

Les policiers seraient également libres d’utiliser des drones équipés d’une technologie de reconnaissance faciale pour surveiller les marches de protestation.

Et les journalistes sont soumis à de sévères restrictions.

En même temps, dans un projet de loi distinct sur l’éducation, le gouvernement veut criminaliser les manifestations universitaires, en particulier les blocages et les occupations. Les contrevenants risquent trois ans de prison.

Des manifestations contre les nouvelles lois ont eu lieu samedi dernier. Mais elles étaient beaucoup plus importantes cette semaine en raison de deux exemples horribles de la violence policière que l’État veut précisément dissimuler.

Une vidéo, maintenant visionnée plus de 20 millions de fois sur le web, montre la police agressant violemment un producteur de musique noire.

Michel Zecler s’est rendu à son studio d’enregistrement à Paris samedi soir dernier. Il ne porterait pas de masque, comme l’exigent les lois sur la pandémie.

Sous ce prétexte, la police est entrée dans le bâtiment sans prévenir et l’a attaqué pendant 20 minutes. « La violence continue, c’est insupportable, c’est scandaleux », a déclaré Edouard, militant antiraciste, à Socialist Worker.

La police a donné des coups de pied à Michel à plusieurs reprises, l’a frappé à coups de poing une vingtaine de fois et à coups de matraque une quinzaine de fois, principalement au visage et au crâne.

« Je me suis dit, si je tombe par terre, je ne vais pas me relever », a déclaré Michel sur le site médiatique Loopsider.

Insultes

Michel a dit que les flics ont utilisé des insultes brutalement racistes contre lui.

Les coups n’ont cessé que lorsque d’autres personnes sont intervenues. La police est partie, a brisé une fenêtre et a jeté une bombe lacrymogène dans la pièce.

Cette violence ignoble est survenue quelques jours après l’attaque policière contre un camp de réfugiés sur la place de la République à Paris. La police anti-émeute a battu les réfugiés qui s’étaient réfugiés dans des tentes de fortune et les a poursuivis dans les rues en lançant des gaz lacrymogènes.

Les manifestations mettent maintenant en évidence de nombreux autres exemples de racisme policier.

Il y a six semaines, Olivio Gomes, un homme noir, a été tué par la police dans la banlieue de Paris. Edilson, de la campagne pour la justice d’Olivio, a déclaré lors de la manifestation parisienne : « Le cas de Michel Zecler n’est pas un cas isolé.

« Nous venons de la banlieue, et c’est ce que nous avons vécu depuis que nous sommes petits. Ce qui m’a le plus choqué dans la vidéo de Michel, c’est qu’il y avait des dizaines de policiers qui le regardaient se faire battre sans rien dire. Cela signifie qu’ils sont tous les mêmes ».

Le gouvernement du président Emmanuel Macron a été obligé de dénoncer la violence vue dans les vidéos. Mais tout le monde sait que les ministres vont soutenir la police.

Ces deux dernières années, le gouvernement a utilisé les flics pour réprimer les manifestations antiracistes et ouvrières des Gilets jaunes.

Mais maintenant, Macron fait face à un grand mouvement qui demande: « Qui les flics protègent ils? ».

Charlie Kimber dimanche 29 novembre

https://socialistworker.co.uk/

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29 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

séville 2021 (ecologistas)

Contre la guerre électronique

Contre le salon de l’armement qui aura lieu dans la ville de Séville entre 25-27 mai 2021.

https://www.ecologistasenaccion.org/

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29 novembre 2020 ~ 1 Commentaire

violences (courrier inter)

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Violences policières en France : la presse étrangère sous le choc

La diffusion de l’agression de Michel Zecler par quatre policiers français par le média français Loopsider, le 26 novembre, pourrait-elle conduire à une profonde crise politique en France ? C’est ce que pensent plusieurs médias étrangers. À Bruxelles, Le Soir évoque même “une affaire George Floyd à la française”. Le quotidien belge explique qu’il ne s’agit pas d’un incident isolé :

En maintenant à son poste le très controversé préfet de police de Paris, Didier Lallement, Gérald Darmanin laisse entendre que les faits n’ont été commis à ses yeux que par des brebis galeuses qui ne mettent pas à mal l’institution policière […] Ce sont pourtant des dysfonctionnements structurels qui sont en cause. Déjà lors de la crise des gilets jaunes, à l’hiver 2018-2019, la police avait été critiquée pour sa doctrine du maintien de l’ordre et pour de violents dérapages dans les manifestations.”

À Barcelone, la Vanguardia rappelle que “le passage à tabac d’un homme noir met le gouverne-ment français dans une position difficile”.

Le Premier ministre Jean Castex a d’abord voulu nommer une commission chapeautée par le président de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) pour réécrire l’article 24 du projet de loi “sécurité globale” (adopté le 20 novembre par l’Assemblée nationale), qui interdit de filmer la police.

Face à la colère des parlementaires de son propre camp, Jean Castex a dû abandonner cette idée. De nouvelles manifestations sont prévues en France ce samedi 28 novembre contre la loi “sécurité globale” et surtout contre l’article 24.

Pour la Vanguardia, cette crise pourrait coûter cher au président français :

Les tensions internes au sein de La république en marche (LREM) ne sont pas un problème mineur. La majorité présidentielle a subi des dizaines de défections ces dernières années de la part de députés déçus de la politique menée.

 

C’est une hypothèque avant la réélection de Macron au printemps 2022. Le président peut obtenir un second mandat, mais peut-être de manière beaucoup plus serrée qu’en 2017, ce qui réduirait son autorité politique.”

À Lausanne, Le Temps ne dit pas autre chose. Pour le quotidien suisse “le chef de l’État pourrait perdre son électorat le plus modéré, inquiet d’une dérive autoritaire”. À Francfort, c’est aussi l’échéance de la présidentielle de 2022 qui inquiète. Le FrankfurterRundschau estime d’ailleurs que les violences policières et les réactions des autorités entraînent “un débat houleux sur l’état de la démocratie” et qu’“Emmanuel Macron gouverne la France de façon plus autoritaire que Donald Trump les Etats-Unis”.

Quelles que soient les conséquences électorales de cette crise, l’émotion est vive partout dans le monde, où les images du passage à tabac de Michel Zecler sont devenues virales. À Londres, le Guardian souligne que “les personnalités françaises, les stars du sport et les politiques se sont tous exprimés pour condamner cette agression” et cite les tweets des footballeurs Antoine Griezmann et Kylian Mbappé.

28/11/2020

https://www.courrierinternational.com/

Commentaire:

A part un ou 2 députés, la REM veut surtout conserver le texte!  C’est une crise de droite!

 

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