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15 août 2018 ~ 0 Commentaire

russie retraites (ktr)

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Le 2 septembre, manifestation de masse contre le relèvement de l’âge de la retraite!

Contrairement à l’opinion de 90% des citoyens de Russie, la Douma d’Etat (parlement) a adopté le 19 Juillet en première lecture, un projet de loi pour relever l’âge de la retraite de 8 ans pour les femmes (63 ans) et de 5 ans pour les hommes (65 ans).

Nous avons déjà récolté 2,5 millions de signatures contre l’augmentation de l’âge de la retraite qui ont été envoyées à la Douma par la Confédération du travail de Russie. Des centaines de milliers de citoyens ont déjà manifesté dans les rues des villes russes. Mais seules des manifestations massives dans la capitale peuvent arrêter la réforme honteuse et injuste.

Dans cette situation, le quartier général de Moscou de la campagne « Le Peuple contre le relèvement de l’âge de la retraite » a décidé de tenir le 2 Septembre un rassemblement de masse dans la capitale pour exiger d’arrêter l’adoption du projet de loi scélérat. L’itinéraire exact et l’heure seront connus après la demande aux autorités. Mais il est nécessaire de préparer l’action aujourd’hui. Nous avons besoin d’agitation et de mobilisation.

Impliquez-vous dans notre travail!

Les objectifs immédiats de la campagne:

1. Développer le réseau de coordination de la campagne de protestation dans chaque district de Moscou.
2. Informez rapidement les Moscovites de l’heure exacte et du parcours du cortège
3. Attirer des dizaines de milliers d’habitants de la capitale en septembre.

Source

Lire aussi:

Russie : l’impopulaire réforme des retraites passe en première lecture (Capital)

En Russie, une réforme des retraites fait chuter la popularité de Vladimir Poutine (le Monde)

En Russie, le rejet de la réforme des retraites finit par mobiliser (La Croix)

soc russes

Facebook de nos camarades russes

Commentaire: L’espérance de vie est de 66 ans pour les hommes et 70 pour les femmes!

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14 août 2018 ~ 0 Commentaire

oleg sentsov (courrier international)

sentsov-kolchenko

La mauvaise pente russe

“Je ne suis pas un serf”, expliquait en 2015 Oleg Sentsov aux juges du tribunal militaire russe qui l’interrogeaient au cours de la parodie de procès qui l’a condamné à vingt ans en prison.

À 42 ans, le cinéaste ukrainien, accusé de “complot terroriste”, est, après trois mois de grève de la faim, entre la vie et la mort. Dix ans après la disparition d’Alexandre Soljenitsyne, son combat, il réclame la libération de 70 prisonniers politiques ukrainiens, l’inscrit dans la longue liste des artistes et écrivains dissidents, héros solitaires des libertés perdues. Car la Russie de Vladimir Poutine est sur “la mauvaise pente”, reconnaissait récemment le journaliste Alexandre Podrabinek au micro de la chaîne suisse RTS.

Cet ancien dissident sait de quoi il parle 

Il fut condamné à la fin des années 1970 à l’exil en Sibérie, puis à la détention dans une colo-nie de rééducation par le travail. Certes, le goulag russe a officiellement fermé ses portes au milieu des années 1980. Mais la férocité du système carcéral, le déni des droits humains et l’autoritarisme du pouvoir de Vladimir Poutine en disent long sur l’érosion des libertés et l’état de peur qui règne en Russie.

La chancelière Angela Merkel, le président Emmanuel Macron, des artistes et intellectuels du monde ont beau réclamer depuis plusieurs semaines la libération d’Oleg Sentsov, le maître du Kremlin s’est jusqu’à présent montré inflexible.

Aujourd’hui ou demain, il sera trop tard.

Comme il fut trop tard pour Anatoli Martchenko, qui a obtenu il y a trente ans le premier prix Sakharov pour la liberté de l’esprit. Une reconnaissance à titre posthume : deux ans plus tôt, cet écrivain dissident russe s’était éteint dans la prison de Tchistopol à l’âge de 48 ans après une grève de la faim de trois mois. Il réclamait la libération de tous les prisonniers d’opinion soviétiques. “Il n’a jamais hissé le drapeau blanc de la reddition”, avait dit de lui sa femme, Larissa Bogoraz. On peut en dire autant d’Oleg Sentsov.

Eric Chol  14/08/2018
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13 août 2018 ~ 0 Commentaire

immigration (regards)

gauche

Sur l’immigration, la gauche n’a plus les mots

Luttant mollement contre la désignation des migrants comme boucs émis-saires et la définition de l’immigration comme « problème », les partis de gauche semblent avoir renoncé à imposer un autre discours sur la question.

Lors de la manifestation du 21 février 2018, la première unitaire depuis 2015 sur le sujet, seuls les associations et collectifs appelaient à se rassembler pour dénoncer le projet de loi « Asile et immigration ». Parmi les participants, plusieurs centaines de personnes, avocats, agents de l’État du secteur de l’asile et associations d’aide aux migrants. Quelques élus, élus locaux ou députés communistes et insoumis, y ont participé mais leur présence est restée marginale. Parce que dans les faits, à part sur quelques plateaux de télés et de radios pour dénoncer mécaniquement « la politique du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb », il n’y a pas grand monde pour promouvoir une politique d’accueil ambitieuse et volontariste.

La bataille culturelle abandonnée

Aujourd’hui, c’est la France insoumise qui donne le la, à gauche. Et lorsqu’on observe les grandes campagnes nationales retenues par ses militants pour l’année 2018, aucune parmi les trois choisies ne concerne les droits des étrangers.

Et pourtant, alors que la « crise migratoire » s’intensifie en Europe et que l’année 2018, notam-ment par l’agenda politique engagé par Emmanuel Macron et cette loi « Asile et immigration » va sans doute marquer un tournant sans précédent de la politique d’accueil en France, une mobi-lisation politique, intellectuelle, syndicale, de l’ensemble de la gauche aurait été nécessaire.

Comme si la gauche avait abandonné la bataille culturelle.

La bataille des idées. Celle des convictions. De la pédagogie, à travers de larges campagnes. Ne serait-ce que pour contrer à l’échelle nationale le discours ambiant qui, de l’actuelle majori-té en passant par la droite de Laurent Wauquiez et l’extrême droite de Marine Le Pen, ne cesse de répandre des préjugés les plus nauséabonds. Ainsi, comme le relevait Héloïse Mary, présidente du BAAM (Bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants) dans La Midinale du 21 février dernier : « La gauche a perdu une grande partie de son influence sur les ques-tions migratoires par peur du Front national et de sa faiblesse idéologique […]. Elle est prise au piège de l’opinion publique. »

L’opinion publique. Sans doute a-t-elle été un élément déterminant dans l’évolution de la réflexion, à gauche.

À commencer par celle de Jean-Luc Mélenchon, dont le discours a évolué au cours de ces quelques dernières années. Ou plutôt depuis la campagne électorale de 2012. Lors de son discours très remarqué à Marseille, devant près de 100 000 personnes sur la plage du Prado, le héros de la gauche avait alors tenu un discours qui faisait honneur à la tradition humaniste, celles des droits et de l’accueil, en France. Ainsi avait-on vanté son « ode à la Méditerranée et au métissage»: «Marseille est la plus française des villes de notre République. Ici, il y a 2 600 ans, une femme a fait le choix de prendre pour époux l’immigré qui descendait d’un bateau, c’était un Grec et de ce couple est née Marseille […]. Les peuples du Maghreb sont nos frères et nos sœurs. Il n’y a pas d’avenir pour la France sans les Arabes et les Berbères du Magh-reb.» Or, quelques jours après avoir tenu ce discours, les sondages pointaient un recul net de deux à trois points du candidat de feu le Front de gauche.

Rien ne dit que la coïncidence du discours et de l’évolution sondagière recelait un lien de cause à effet.

Mais c’est ainsi qu’elle a été, bien imprudemment, interprétée. Et si, depuis, le quatrième hom-me de la présidentielle de 2018 n’a pas véritablement changé de discours sur le fond, les propositions politiques sont sensiblement les mêmes entre la présidentielle de 2012 et celle de 2018, sur la forme, la démonstration qu’en fait désormais Jean-Luc Mélenchon, a largement évolué. En 2012, alors que dans le programme du Front de gauche « l’immigration n’est pas un problème », il convient aujourd’hui, selon celui de L’Avenir en commun, de « lutter contre les causes des migrations ».

Changement de discours

Une évolution sémantique qui n’est pas insignifiante, si l’on en croit l’historien Benoît Bréville qui, dans un article de 2017 paru dans Le Monde diplomatique, relevait cet embarras de la gauche sur l’immigration :

« Lors de la précédente élection présidentielle, sans aller jusqu’à défendre explicitement la liberté d’installation, Mélenchon s’était présenté avec une liste de mesures d’ouverture : rétablissement de la carte unique de dix ans, abrogation de toutes les lois votées par la droite depuis 2002, régularisation des sans-papiers, fermeture des centres de rétention, décrimina-lisation du séjour irrégulier […]. En 2017, la ligne a changé. Il ne prône plus l’accueil des étrangers. » Benoît Bréville relève alors plusieurs des propos tenus par le candidat de la France insoumise au cours de la dernière campagne. « Émigrer est toujours une souffrance pour celui qui part, explique le 59e point de sa nouvelle plate-forme. […] La première tâche est de permettre à chacun de vivre chez soi. » Et l’historien de conclure :

« Ce changement de pied a divisé le camp progressiste, dont une frange dé-fend l’ouverture des frontières, à laquelle M. Mélenchon s’oppose désormais.

Figure du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), M. Olivier Besancenot dénonce cette « partie de la gauche radicale [qui] aime se conforter dans les idées du souverainisme, de la frontière, de la nation », tandis que M. Julien Bayou, porte-parole d’Europe Écologie-Les Verts, qui [a soute-nu] le candidat socialiste Benoît Hamon, accuse le candidat de La France insoumise de « faire la course à l’échalote avec le Front national ». »

Le discours du parti communiste français a lui aussi connu bien des évolutions par le passé.

Il s’était déjà montré fort peu enthousiaste sur l’accueil des étrangers. Et c’est peu dire. En 1981, Georges Marchais, secrétaire général du PCF, lançait : « Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. Il est inadmissible de laisser entrer de nouveaux travailleurs immigrés en France alors que notre pays compte près de deux millions de chômeurs, français et immi-grés. » L’extrême droite de l’époque n’avait pas fait la percée qu’elle connaît dans les années 1980, mais la tonalité générale du propos était dès lors si dangereuse qu’elle fut fort heureu-sement abandonnée par la suite.

Près de trente ans plus tard, le discours du PCF a retrouvé des airs plus solidaires, assez proches de la position du NPA.

Pierre Laurent, à la suite de sa visite du centre d’accueil d’urgence de La Chapelle à Paris, déclarait ainsi dans L’Humanité du 23 janvier : « Quand les migrants s’installent, ils deviennent des travailleurs et producteurs de richesses. Ce ne sont pas les migrants qui s’accaparent les richesses, mais les prédateurs de la finance, ceux des paradis fiscaux ou des multinationales, dont les profits explosent. Les mêmes profiteurs du système organisent le dumping social. C’est à cela qu’il faut mettre un terme pour permettre à tous, Français et migrants, un accès aux droits sociaux et à une vie digne. » Mais si le propos apparaît généreux, il n’en reste pas moins consensuel à gauche et peu contraignant. Loin par exemple des revendications d’un NPA qui propose à la fois de régulariser tous les sans-papiers, le droit de vote des immigrés à toutes les élections et l’application du droit du sol intégral pour la citoyenneté.

Repenser la politique migratoire

Ainsi, du PCF à la France insoumise, en passant par les écologistes et même le dernier né Génération.s de Benoît Hamon, il est difficile d’y voir clair. Les bons sentiments empreints d’em-pathie sont, individuellement, souvent de sortie, mais l’on peine à trouver dans les discours et programmes de gauche ceux qui s’engagent, sans détour par la situation des pays de ceux qui les fuient, à tout mettre en œuvre, en urgence, pour accueillir les réfugiés et migrants qui se retrouvent sur notre territoire aujourd’hui, tout en anticipant les besoins de demain en matière d’accueil et d’intégration.

Par son absence de clarté et de projet alternatif sans doute,

un véritable discours de gauche peine donc à s’imposer dans l’espace public. Parce que la gauche a cessé de mener campagne sur le terrain des idées. Pourquoi le Parti socialiste, alors qu’il s’y était engagé dans la campagne de François Hollande en 2012, n’a-t-il pas mené une grande campagne de fond, partout en France, pour (r)éveiller les consciences sur le droit de vote des étrangers ? Pourquoi aujourd’hui, personne à gauche ne prend-il à bras-le-corps ce qui ressemble fort à un impératif moral, dans le débat public, sur l’accueil des personnes étran-gères qu’elle soit ou non en situation régulière sur notre territoire ?

Comment pourrait-on honnêtement justifier que la France et l’Europe n’en ont pas les moyens ?

Enfin, pourquoi le discours d’une grande partie de la gauche a-t-il glissé au point de reprendre, parfois, les termes de la droite et de l’extrême droite : l’immigration comme problème ? Procé-der ainsi revient à démobiliser la gauche, à l’engluer dans le piège de la droitisation, voire de l’extrême droitisation du débat public. Sans doute n’a-t-on pas toujours pris la mesure, à gauche, que c’est par la défense d’un accueil digne des réfugiés, qu’ils soient climatiques, économiques ou fuyant les conflits, que le combat contre l’extrême droite sera le plus efficace.

Pas en flirtant avec ses solutions.

Expériences à l’appui dans plusieurs centaines de territoires en France, toute la gauche pourrait trouver les mots pour le dire. Dire que l’immigration est une chance. Dans bien des domaines. Y compris, osons-le, économique.

À hésiter sur le sens de ce combat, la gauche se perd, court à la faillite et peut aller jusqu’au déshonneur. Mais il n’est jamais trop tard. Le dossier de ce numéro de Regards se veut une pierre à l’édifice de reconstruction d’une pensée de la politique migratoire et du sort fait à ces quelques milliers de réfugiés qui meurent de faim et de froid dans nos villes.

D’abord en rétablissant quelques vérités, sur cette « crise » qui n’en est pas une, mais aussi sur la base d’un parti pris Ll’immigration comme une chance. Parce qu’en matière d’accueil des réfugiés, assumons-le : nous le pouvons, nous le devons, nous le ferons, parce que c’est inéluctable et que c’est une chance, oui.

Pierre Jacquemain  13 août 2018

http://www.regards.fr/

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13 août 2018 ~ 0 Commentaire

palestine (ujfp)

strike palestine

Soutien à l’appel pour une grève nationale des Palestiniens dans le monde entier

La Loi sur l’État-nation que le parlement israélien vient de voter marque un tournant qualitatif en affirmant que l’État d’Israël est l’État des seuls Juifs.

Non seulement cela contredit la Déclaration d’Indépendance qui était jusqu’à maintenant la constitution de facto de l’État d’Israël et les engagements pris par les fondateurs de l’État auprès des Nations unies afin d’y être accepté comme État membre, mais cela transforme officiellement, constitutionnellement, 20 % de ses citoyens en citoyens de seconde zone.

Le fait même que Netanyahou et la Knesset ont mis le concept de “Nation” au cœur de ce tournant constitutionnel met les Palestiniens devant une nouvelle responsabilité, où qu’ils se trouvent.

Comme le dit le député Jamal Zahalka : au concept de nation juive, les Palestiniens doivent réagir en tant que nation palestinienne, pas simplement en tant que citoyens de l’État d’Israël qui sont agressés.

Le défi aujourd’hui est une réponse de la nation palestinienne, où que soient les Palestiniens, parce que la nation palestinienne est une fois de plus dépossédée de sa terre par une simple déclaration du parlement juif.

C’est l’ensemble de la nation palestinienne qui a été agressée et provoquée, de Nazareth à Gaza, de Hébron à Beyrouth, de Jaffa à Detroit, musulmans, chrétiens, Druzes, Arméniens, Caucasiens.

Chaque Palestinien.ne est concerné.e par la loi sur la Nation, où qu’il/elle vive, quelle que soit sa communauté.

Le député Zahalka appelle à une grève générale coordonnée de la nation palestinienne dans le monde entier, ce qui doit être la réponse palestinienne à la fausse revendication par la Knesset que cette terre est la patrie des Juifs et seulement eux.

Il est temps d’unir toutes les énergies de la nation palestinienne pour transformer cet appel en une action puissante,

Les amis de la nation palestinienne dans le monde entier, y compris dans la société israélienne, doivent exprimer leur solidarité inconditionnelle avec cet appel et cette action.

lundi 13 août 2018 Michel Warschawski

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13 août 2018 ~ 0 Commentaire

campisme (essf)

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De Jeannne d’Arc à Poutine!

Le « campisme » : une vision binaire et idéologique des questions internationales

A l’époque de la guerre froide, nombre de mouvements de gauche, et pas seulement les partis communistes orthodoxes, professaient la défense abso-lue du « camp socialiste », nouvelle forme supposée « internationaliste » du right or wrong my country [1].

Un nouveau « campisme » consiste à soutenir certains mouvements ou certaines politiques d’Etats considérés comme « anti-impérialistes » au nom de leur résistance supposée à l’impé-rialisme hégémonique états-unien et occidental, ce dernier étant accusé d’être à l’origine de toute contestation populaire qui s’opposerait à ces Etats ou mouvements… Un « campisme » sans camp et sans alternative anti-impérialiste réelle …, consistant à soutenir certains Etats, certains régimes au nom de présupposés géopolitico-idéologiques.

Le « campisme » d’aujourd’hui est partagé par de nombreux mouvements de gauche dans le monde arabe et les Amériques et aussi en Europe. Mais on a commencé à parler de campisme il y a cinquante ans….

Un discours « campiste » en aout 1968

Le 23 aout 1968, « année du Guérilléro héroïque », Fidel Castro prononce un de ces (longs) discours dont il a le secret ; à propos des événements de Tchécoslovaquie » [2]. Quelques jours plus tôt, dans la nuit du 20 au 21 aout les troupes de l’Union soviétique et de quatre de ses alliés du pacte de Varsovie, sont entrées sur le territoire tchécoslovaque pour fournir l’aide au Parti communiste et au peuple tchécoslovaque par l’emploi de forces militaires [3]. Le dit Parti communiste tchécoslovaque, a réuni dans les heures qui ont suivi, son 14e congrès, clandestinement et sous protection ouvrière, et a dénoncé cette intervention tandis que le peuple conspuait les envahisseurs. Il s’agissait bien sûr pour la direction soviétique de mettre fin au « Printemps de Prague ».

Que dit donc Fidel, quelques jours après ces événements ?

Il reconnait qu’il y avait en Tchécoslovaquie un bon courant qui proposait des méthodes correc-tes face aux « méthodes incorrectes de gouvernement, à la politique bureaucratique, au divor-ce d’avec les masses » et autres erreurs de l’ancienne direction du Parti communiste tchéco-slovaque, (dont l’un des péchés notait-il, était d’avoir vendu aux cubains au prix fort des armes « qui appartenaient aux troupes hitlériennes qui occupaient la Tchécoslovaquie » et que Cuba continuait de payer). Et puis il y avait un mauvais faisant la danse du ventre devant la société de consommation, prônant la matérialisation vulgaire de la conscience des hommes, et mar-chant inexorablement vers l’impérialisme. Et dans ces conditions, il était juste que les troupes du pacte de Varsovie interviennent pour éviter l’affaiblissement du camp socialiste.

 Le « camp du socialisme »

Revenons un peu en arrière. Après la révolution de 1917 et l’échec des révolutions euro-péennes (1917-1923), l’URSS s’est trouvée isolée. Mais dès le 5e congrès de l’Internationale communiste ( internationale), en 1924, la direction soviétique contrôle l’ensemble des partis communistes. Ceux-ci seront astreint de suivre inconditionnellement les fluctuations de la politi-que stalinienne, sectarisme des années 28-35, front populaire et alliances antifascistes des années 35-39, pacte germano-soviétique de 1939-41, résistance et nouvelles alliances antifas-cistes des années 1941-47, guerre froide ensuite… et ce toujours au nom de la priorité absolue de la défense de l’URSS, Patrie du Socialisme.

Après la mise en place des démocraties populaires contrôlées par les communistes dans les pays libérés (et conquis) par l’Armée rouge en Europe centrale et en Mongolie, mais aussi par les luttes autonomes des communistes en Yougoslavie, en Albanie et surtout en Chine, ainsi qu’au Viêt-Nam et en Corée, le « camp socialiste » est beaucoup plus large que la seule URSS.

A partir de 1947, c’est l’affrontement bloc contre bloc, du « monde libre » dirigé par les Etats Unis et du « camp socialiste » dirigé par l’Union soviétique. La guerre frontale est évitée (la guerre reste froide, sauf en Corée et en Indochine) mais cette tension Est-Ouest est censée polariser tous les conflits locaux, sur la planète, luttes sociales massives ou luttes de libération nationale (et ses guerres « chaudes »).

Les anti-impérialismes et le camp socialiste

Dans ce contexte le « mouvement des non-alignés » initié par Nehru, Nasser, Tito, Soekarno… est à la fois une demande de respect mutuel et d’égalité entre les nations, de lutte contre l’impérialisme et le colonialisme (tension Nord-Sud). Il est aussi celui de la défense de la paix mondiale rejetant l’engrenage de l’affrontement des blocs. Nombre d’ Etats nouvellement indé-pendants vont rejoindre ce Mouvement des non-alignés, mais avec des positions variables et diverses concernant la «lutte anti-impérialiste» ou l’alliance avec le fameux «camp socialiste».

Toutefois l’anti-impérialisme rapprochait les Suds en dépit de leur diversité tandis qu’en Hongrie ou en Pologne, en Yougoslavie ou en Tchécoslovaquie, ce sont les tanks soviétiques et non pas l’OTAN et les Etats-Unis (comme à Cuba ou au Chili) qui étaient directement menaçants [4].

La révolution cubaine, qui s’est développée en dehors du giron de Moscou, propose après 1959-62 une relecture de l’anti-impérialisme esquissé lors du congrès des peuples d’Orient à Bakou en 1920 qui envisageait la révolution mondiale comme la combinaison de la « révolution coloniale » des peuples colonisés et dominés (le djihad contre l’impérialisme disait alors Zino-viev) et la révolution prolétarienne des pays industrialisés. Une version radicale qui a cherché à s’incarner dans la Tricontinentale, et dont se réclament nombre de nouveaux mouvements révolutionnaires qui se développaient un peu partout dans les années 1960-70 en dehors du mouvement communiste, en Amérique latine, en Afrique, dans le Monde arabe, et dans les pays occidentaux. 

Crise et chute du « camp »

La direction soviétique face à la violente critique « gauchiste » chinoise (publique à partir du début des années 1960-62), puis à l’émergence de ces nouveaux mouvements plus ou moins « incontrôlés » va réaffirmer l’existence de son camp , proclamé celui du socialisme réellement existant. Après le rapprochement sino-américain (Nixon est en Chine en 1972), les Chinois ne sont plus traités « d’aventuristes gauchistes », mais de « traitres au camp socialiste ».

En réalité ce « camp » supposé des pays à direction communiste et de leurs alliées supposés socialistes du Sud est en crise dès la fin des années 60.

La période 1973-1979 est un tournant. A l’Est, la stagnation économique et culturelle se déve-loppe, au Sud, dans les pays « progressistes » arabes ou africains se développent des pouvoirs kleptocratiques et dictatoriaux. Une fois écrasés les mouvements d’Amérique latine (plan Condor) et digéré la défaite au Vietnam, les Etats Unis se remettent en mouvement,

En 1979 et 1980 plusieurs évènements considérables affectent l’équilibre du système de de la guerre froide.

Le conflit Est-Ouest était devenu mélange de coexistence pacifique au Nord (accord d’Helsinki de 1975) et de concurrence au Sud. Plusieurs évènements ont rompu cet équilibre. La révolu-tion islamique en Iran (chute du Chah en janvier 1979), suivi de l’agression contre celle-ci par l’Irak de Saddam Hussein (septembre 1980) : un Iran « doublement non-aligné » (ni Washing-ton, ni Moscou) est attaqué par un Irak « doublement aligné » [5].

En décembre 1979 l’Armée rouge envahi l’Afghanistan (c’est en partie aussi une conséquence de la révolution iranienne). Au même moment la « double décision » de l’OTAN de déployer en Europe des missiles Pershing et de croisière contre les SS20 soviétiques pointés sur l’Europe ouvre la crise des euromissiles. Entretemps les soviétiques ont perdu (ou vont perdre) les uns après les autres leurs alliés du Sud, à commencer par l’Egypte (alliance prenant forme en 1955-56 rompue progressivement à partir de 1972-74).

La « stagnation » économique, la poursuite d’une course aux armements ruineuse, l’implication des soviétiques dans une expédition militaire massive d’occupation et de contre-guérilla en Afghanistan, donc au Sud, vont considérablement peser, économiquement mais aussi politi-quement sur l’URSS et ses alliés jusqu’à l’effondrement de 1989-92, et la disparition du «camp»  dont ne se réclame plus que… Cuba.

Un Empire cohérent ?

Le « camp », socialiste ou supposé tel, a disparu, pas le « campisme ». Après la fin de l’Union soviétique, il y a eu un « moment américain » [6]. Leader incontesté du camp occidental, seule hyperpuissance militaire, les Etats Unis semblaient maitre du monde, du nouvel « empire glo-bal » et du capitalisme sur toute la planète. Une hégémonie impériale, avec tentative de mise en place d’un « système caractérisé par l’extrême centralisation du pouvoir dans toutes ses dimensions, locales et internationales, économiques, politiques et militaires, sociales et cultu-relles », pour reprendre la description de Samir Amin [7]. Et qui pourrait justifier a contrario le soutien aux mouvements et aux Etats, qui quelque soient leurs idéologies, ou leurs politiques internes et externes, contestent cette hégémonie.

Ce « moment » n’a duré que le temps de deux guerres dans la région du Golfe arabo-persique (1990-2003).

Les américains et leurs alliés occidentaux et arabes (dont la Syrie de Hafez El Assad) sont intervenus après l’invasion du Koweït par Saddam Hussein en 1990, pour montrer qu’ils étaient non seulement les maitres économiques, mais aussi gendarmes militaires du « nouvel ordre mondial » prôné par George Bush Senior. Puis après les attentats djihadistes de 2001 aux Etats Unis et sous la présidence de Bush-junior, l’OTAN est intervenue en 2001 en Afgha-nistan, et une coalition sous-direction américaine a envahi l’Irak en 2003.

Ces expéditions « impériales » vont globalement échouer, marquant les limites de l’hégémonie américaine.

L’emprise du néolibéralisme capitalise sur le monde ne s’est pas traduite sur le terrain par un empire américain cohérent. Pourtant, le nouveau « campisme » va considérer que les améri-cains, et secondairement leurs alliés sont les deus ex machina du monde, initiateurs des con-flits, et que toute puissance ou mouvement qui s’opposerait à eux (ou serait supposé le faire) est à soutenir.

Un camp fantôme

On va observer l’existence de ce nouveau « campisme » face au développement des guerres yougoslaves. L’éclatement de la Fédération socialiste yougoslave à des causes historiques et économiques diverses. Notons, en ce qui concerne ces dernières, que la Yougoslavie était largement intégrée en cette fin de 20è siècle au système économique dominant, ce qui n’a pas été sans effets sur la crise sociale qui a frappé le pays pendant les années 1980 (crise de la dette notamment) [8].

Mais les guerres yougoslaves n’ont pas été déclenchées par un complot américain.

C’est pourtant ce que vont expliquer certains intellectuels de gauche occidentaux, en contra-diction totale avec les faits, relayant le discours du pouvoir serbe [9], cautionnant les crimes contre l’humanité perpétrés par celui-ci (même s’il n’était pas le seul à en commettre), l’insti-tuant, au mépris de la réalité, en défenseur de « l’autogestion et du socialisme ». L’ anti-impérialiste des « irréductibles », un nouveau campisme pour défendre un camp fantôme [10].

Car de « camp », il n’y a point.

Sont considéré comme « anti-impérialiste », en fonction de leur opposition supposée à l’impé-rialisme américain (sinon occidental) : la république islamique d’Iran (en confrontation avec l’alliance américano-saoudo-israélienne, mais par ailleurs favorable au capitalisme néolibéral), et les partis islamistes chiites au Liban ou en Irak, la République populaire de Chine, « stalino-thatchérienne » dont les économies sont placées en bon du trésor américain, voire l’Inde national-hindouiste de Modi, certains régimes, ex-progressistes latino-américains devenus, ou tendant à devenir, des pouvoirs kleptocratiques maffieux ; dont bien sur le Nicaraguayen libéral-conservateur de Daniell Ortega et Rosario Murillo mais aussi le Venezuela de Maduro, ou qui n’ont jamais été progressistes, ou plus depuis longtemps, africains comme le Zimbabwe de Mugabe ou arabes comme la Syrie du clan Assad-Makhlouf, la Biélorussie de Loukachenko et bien sûr et avant tout la Russie de Poutine…

A l’axe du mal repris par Bush-junior [11], faut-il opposer celui du bien comme l’a fait Hugo Chavez ?

Quand le leader vénézuélien s’est rendu en visite en 2007-2008 à Moscou, Minsk, Téhéran, au Viêt-Nam et au Bénin c’est d’abord, dit-il lui-même, pour contribuer briser un isolement diploma-tique et économique que cherchait à lui imposer Washington. Mais dans le choix des capitales visitées on entend la nostalgie de ce camp socialiste d’antan. Les affrontements et tensions inter-impérialistes d’aujourd’hui, ne sont pas la guerre froide des blocs antagoniques d’hier, même si certains s’interrogent sur cette « nouvelle guerre froide », Mais pour beaucoup de « campistes » on va remplacer toute compréhension du réel par la mythologie de l’affrontement du camp du Bien et du camp du Mal [12]. Si les Etats-Unis sont le mal, les ennemis des Etats-Unis sont le bien… 

Le campisme contre l’internationalisme

Pour une bonne partie de la vieille gauche arabe, latino-américaine ou italienne, les soulève-ments populaires contre Ben Ali en Tunisie, Moubarak en Egypte, les Khalifa à Bahreïn étaient légitimes, celui, pourtant en tout point semblable des syriens contre Assad ne l’étaient pas du fait de la qualité supposé anti-impérialiste du régime de Bachar (celui qui paradait au côté de Sarkozy le 14 juillet 2008).

Ainsi par exemple, pour Jean Luc Mélenchon, en Syrie, le régime des al-Assad (pourtant plusieurs fois alliés des Etats Unis) est le bien, ou le moindre mal, ses adversaires sont forcément le mal, ou le moindre bien. Les islamistes sunnites syriens sont le mal, quand bien même seraient ils combattus par les djihadistes et le régime (un temps de facto alliés), mais les islamistes chiites sont le bien.

Les bombardements de la coalition américaine (sur les villes tenues par les djihadistes) font beaucoup de victimes civiles, ceux des russes (sur les villes tenues par l’opposition), on ne sait pas (il les compare aux bombarde-ments alliés sur la France lors de la seconde guerre mondiale) [13], quant aux barils d’explo-sifs, ou aux armes chimiques de Bachar…mieux vaut ne pas en parler [14]. Logiquement les bombardements systématiques des hôpitaux par les forces saoudo-émiraties au Yémen sont condamnables, ceux, identiques, des bacharistes en Syrie sont oubliables.

Une sorte de retour de la polarisation du temps de la guerre froide, comme explication de tous les conflits du monde.

S’il y a des « camps », serait-ce celui de Fox News (la chaine d’info d’extrême droite nationa-liste américaine) contre celui de Russia Today (la chaine d’information d’extrême droite natio-naliste russe) ?

Dans ce jeu symbolique, la Russie occupe une place particulière

Réduite à être une puissance secondaire par la chute de l’URSS, elle cherche à s’imposer, au moins régionalement dans sa périphérie et au Proche Orient grâce à ses capacités militaires et propagandistes. Et de ce fait à « tenir son rang ». L’Occident, et en particuliers les Etats Unis, utilise la menace russe réelle, potentielle ou supposée, pour justifier la relance de la course aux armements (et la vente de matériel militaire américain aux européens), et développer une rhétorique de « guerre froide », reprise également de leur côté par les russes [15], ce qui ne signifie cependant pas un retour à un affrontement bloc à bloc comme lors de la vraie guerre froide [16].

Le campisme d’aujourd’hui est une vision binaire et idéologique

Ce n’est que le négatif de la rhétorique occidentale qui « oppose le camp du Bien (les États-Unis, les démocraties occidentales et leurs alliés du moment) et le camp du Mal ». Tous les autres auxquels il faudrait apporter les bienfaits du capitalisme néolibéral- capitalisme dont ces « autres » sont pourtant aussi partie prenante au sein du système monde. Une attitude qui n’est pas seulement le fait de certaines gauches campistes du Nord ou du Sud mais aussi de courants importants des droites nationalistes, européennes notamment, de Marine Le Pen à Matteo Salvini, de Victor Orban à Thierry Mariani. D’ailleurs une certaine rhétorique nationa-iste et identitaire est partagée par les uns et les autres…

La vision campiste est le contraire de l’internationalisme, le contraire de la solidarité avec des luttes des peuples, la réalité d’un aveuglement.

Contribution présentée lors de la séance de clôture du cycle Mai 68 vu des Suds, le 14 avril 2018 au CICP.

Bernard Dreano Samedi 14 Avril 2018

http://www.europe-solidaire.org/

bolivar

Carte du Parisien: les pays bolivariens et leurs amis. L’internationalisme a bien changé depuis « Che » Guevara!

Lire aussi:

Un appel (2013) : Altermondialistes, soutenons la lutte du peuple syrien (ESSF)

Le billet de Regards.fr : « Syrie : pourquoi Jean-Luc Mélenchon se trompe » (Médiapart)

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12 août 2018 ~ 0 Commentaire

monsanto 4 (fr3 + huff + of + rp)

Les réactions bretonnes à la condamnation de Monsanto aux États-Unis

Décision historique : le géant de l’agrochimie Monsanto est condamné à payer 289 millions de dollars de dommages à un jardinier américain atteint d’un cancer.

Selon les jurés, le Round Up a considérablement contribué à la maladie du plaignant. Les associations environnementales saluent la décision.

La décision d’un jury populaire américain est historique

La condamnation aux États-Unis du géant de l’agrochimie Monsanto à payer 289 millions de dollars de dommages à un jardinier américain atteint d’un cancer incurable. Les jurés ont estimé que l’utilisation de l’herbicide Round Up avait considérablement contribué à la maladie du plaignant, âgé de 46 ans. Une décision saluée par les associations environnementales bretonnes et les victimes de ces produits.

De nombreux agriculteurs concernés

Christian Jouault, est à la retraite aujourd’hui, pas très loin de Rennes. Il a passé toute sa vie dans les champs et avec ses animaux. Cet éleveur laitier et sa femme ont terminé leur carrière dans l‘agriculture bio, mais pendant plus de 20 ans ils ont manipulé de très nombreux pestici-des sans protection. C’est à ces produits que Christian attribue le décès de son épouse, morte d’un lymphome mais aussi le cancer de la prostate, que les médecins lui ont diagnostiqué il y a 4 ans. La décision du tribunal californien est une avancée pour l’agriculteur breton, même si cela reste insuffisant. « Ça veut dire qu’on va dans le bon sens, estime t-il, tôt ou tard ce sont des produits, qui seront interdits, mais ça n’est pas tout, ça continue d’être épandu et il y a encore des gens qui vont souffrir de l’utilisation de ces produits. »

« Un signal très fort envoyé aux politiques »

Pour Henri Busnel, du Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest, qui voit chaque mois la liste de victimes des pesticides s’allonger, la condamnation de Monsanto est une bonne nouvelle. Il attend désormais que les politiques agissent. « On espère que ça va donner un signal très fort aux politiques, qui continuent de faire comme si les choses pouvaient attendre encore 2 ans, 3 ans… Bien-sûr, c’est moins que ce que l’Europe voudrait accorder comme délai, mais c’est énorme pour les personnes, qui sont gravement malades ». Côté juridique, les avocats de victimes de produits phytosanitaires estiment que la décision du tribunal américain ouvre des perspectives intéressantes pour les professionnels intoxiqués.

Après les collectivités locales, les particuliers auront l’interdiction d’utiliser du glyphosate à partir de janvier 2019. Les professionnels eux peuvent continuer jusqu’en 2021.

Maylen Villaverde Thierry Bréhier Krystell Veillard  11/08/2018

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

Lire aussi:

Le glyphosate, une substance sur le banc des accusés à travers le monde (Le Huff’)

Procès Monsanto. « Beaucoup d’espoir » pour les victimes, selon l’agriculteur Paul François (Ouest France)

 Condamnation de Monsanto. « Il faut sortir des pesticides », réclame la Confédération paysanne (OF)

Monsanto, nom controversé et multinationale florissante (OF)

Monsanto mis à mal, un premier procès contre le round-up gagné aux États-Unis (RP)

 

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12 août 2018 ~ 0 Commentaire

cancer (pùblico.es)

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Le blocus israélien interdit les traitements contre le cancer dans un hôpital de Gaza

Un nouvelle conséquence du blocus de Gaza par Israël

Un hôpital de la bande de Gaza a dû annuler le traitement des patients cancéreux en raison du manque de médicaments. L’hôpital Rantisi de la bande de Gaza, a été contraint de suspendre les traitements du cancer en raison du manque de médicaments pour chimiothérapie, conséquence directe du blocus par Israël, selon le ministère de la Santé de l’enclave.

« La mise en œuvre de la chimiothérapie pour les patients atteints de cancer à l’hôpital spécialisé de Rantisi sera suspendue dimanche matin », a indiqué un communiqué ministériel. La note assure qu’ils ont épuisé les réserves de médicaments pour chimiothérapie ainsi que du « Nubogen », utilisé pour augmenter l’immunité des patients.

Le ministère palestinien prévient que la vie de centaines de personnes atteintes de cancer est en danger. Le système de santé publique de Gaza, territoire palestinien isolé par onze années de blocus israélien, aggravé par le peu de passages vers l’Egypte ces dernières années, souffre d’une limitation des approvisionnements et donc de médicaments.

Il dépend également du ministère de la Santé de l’Autorité nationale palestinienne (ANP) de Cisjordanie, qui paye une partie du budget. Pour sa part, la Coordination santé du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a récemment déclaré que le nombre élevé de victimes des manifestations depuis Mars (17 000, plus de la moitié par balles), augmente encore les besoins.

08/12/2018

https://www.publico.es/

Lire aussi:

“Collective punishment” of Gaza cancer patients denounced by human rightsorganisations (MAP)

Gaza. Les craintes d’une nouvelle guerre réveillent d’anciens traumatismes (Al’Encontre.ch)

Gaza. «Nous avons peur, mais nous n’avons pas peur en même temps», dit un Gazaoui (Al’Encontre.ch)

‘L’art est une forme de résistance’ : Des frappes aériennes israéliennes détruisent le centre culturel de Gaza (AMP)

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11 août 2018 ~ 0 Commentaire

monsanto 3 (ouest france)

pesticides

Condamnation de Monsanto. « Il faut sortir des pesticides », réclame la Confédération paysanne

La lourde condamnation du géant agrochimique américain Monsanto, vendredi aux États-Unis, pour ne pas avoir informé de la dangerosité du Roundup est « la preuve qu’il faut sortir des pesticides », a estimé samedi le porte-parole de la Confédération paysanne Laurent Pinatel.

« Ce jugement, c’est une nouvelle fois la preuve que les pesticides sont dangereux pour la santé, des utilisateurs en premier lieu et donc des paysans et des paysannes, et puis par ricochet aussi de ceux qui consomment les produits », a indiqué M. Pinatel.

Un jury d’un tribunal de San Francisco a condamné Monsanto à payer près de 290 millions de dollars de dommages à Dewayne Johnson. Ce jardinier américain de 46 ans estimait que les produits de Monsanto, et notamment le Roundup qu’il avait vaporisé pendant des années, avaient entraîné son cancer et que la multinationale avait sciemment caché leur dangerosité.

« Sortir de cette dépendance »

« Il faut absolument se donner les moyens de sortir des pesticides, de cette dépendance », a jugé Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. Ceci nécessite selon le porte parole du troisième syndicat agricole français « des moyens techniques avec la recherche et puis des moyens économiques aussi, car les pesticides, c’est un outil de compétitivité dans la guerre économique ». « J’ai déchaumé chez moi cette semaine, je n’ai fait qu’un hectare et j’ai mis une journée », a-t-il témoigné. « Si j’avais passé un coup de Roundup, j’en aurais eu pour une heure ! »

Appel à la mise en place de politiques publiques

« Il y a cette promesse d’Emmanuel Macron de sortir du glyphosate », l’herbicide commercialisé entre autres sous le nom Roundup, a rappelé le responsable syndical. «Mais, de façon globale» , il appelle le gouvernement à « (accompagner) par des politiques publiques le passage d’une agriculture aujourd’hui avec béquille chimique vers une agriculture […] où on arrête d’utiliser des produits qui sont en train de tuer les paysans et les paysannes ».

Le groupe pharmaceutique et chimique Bayer, propriétaire de Monsanto depuis peu, a estimé samedi que le glyphosate était « sûr et non cancérogène ». Le gouvernement a promis en mai que le glyphosate, classé « cancérigène probable » depuis 2015 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), serait interdit « dans ses principaux usages » d’ici 2021, et « pour tous les usages » d’ici cinq ans.

11/08/2018

https://www.ouest-france.fr/

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Monsanto 1

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11 août 2018 ~ 0 Commentaire

monsanto 2 (ouest france + rp)

pesticiides

Procès Monsanto. « Beaucoup d’espoir » pour les victimes, selon l’agriculteur Paul François

Après la condamnation de Monsanto aux États-Unis, l’agriculteur français Paul François, lui-même en procès contre le géant de l’agrochimie, estime que cela va donner « beaucoup d’espoir » pour les victimes. L’agriculteur Paul François, figure en France du combat contre Monsanto, a ressenti « beaucoup de joie » pour tous ceux qui se battent à travers le monde après la condamnation aux États-Unis du géant agrochimique.

« J’ai pensé à eux en me disant que cette décision allait les aider et leur donner beaucoup d’espoir », déclare samedi à l’AFP le président de l’association Phyto-victimes et auteur du livre « Un paysan contre Monsanto ».

« Le délibéré est fort »

Un tribunal de San Francisco a condamné Monsanto à payer près de 290 millions de dollars de dommages pour ne pas avoir informé de la dangerosité de son herbicide Roundup à l’origine du cancer de Dewayne Johnson, un jardinier américain. En apprenant cette décision, le céréa-lier, lui-même en procès contre Monsanto, explique avoir pensé aux victimes des épandages de glyphosate en Argentine « souvent désespérées » « qui n’ont que leur courage pour se battre », aux Burkinabés « avec moins que rien » ou encore à « tous les agriculteurs qui ont développé les mêmes pathologies que ce jardinier américain ».

« La décision américaine ne pourra pas faire jurisprudence en France mais les avocats pourront s’en servir dans leur argumentation », car « la décision américaine est argumentée », explique l’agriculteur. Même si « cette condamnation n’est pas définitive », « le délibéré est fort et stipule que Monsato a manqué à son devoir de bienveillance vis-à-vis de ses clients, à son devoir d’information sur les risques », ajoute-t-il.

Son dossier toujours en cours

Paul François, agriculteur charentais, avait lui été intoxiqué en avril 2004 après avoir inhalé des vapeurs de Lasso, un herbicide de Monsanto qu’il utilisait dans sa culture du maïs. Après des années de procédure, Monsanto a été reconnu responsable de l’intoxication de cet agri-culteur devant la cour d’appel de Lyon en septembre 2015 mais cette décision a ensuite été annulée à l’été 2017 par la Cour de cassation. Son dossier sera à nouveau débattu le 6 février 2019.

« Je pense que cette décision va donner un argument de poids à Nicolas Hulot pour dire à ces collègues européens qu’il est urgent de mettre en place un calendrier de sortie du glyphosate en Europe », ajoute Paul François qui attend « que les gouvernements prennent leur responsabilité ».

11/08/2018

https://www.ouest-france.fr/

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Monsanto 1

Monsanto 3

Procès Monsanto. Son propriétaire Bayer continue à défendre le glyphosate (OF)

David contre Goliath Monsanto mis à mal, un premier procès contre le round-up gagné aux États-Unis (Révolution Permanente)

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11 août 2018 ~ 0 Commentaire

la clim’ (le monde diplo)

clim!

Histoire d’une passion américaine, l’air conditionné à l’assaut de la planète

Qui n’a jamais rêvé, quand la chaleur devient étouffante, de brancher le climatiseur pour profiter d’une brise de fraîcheur ?

Alimentée par les canicules à répétition, cette tentation n’a rien d’anodin : l’air conditionné change les modes de vie des pays où il s’implante.

La ville de Hamilton, au Canada, n’est guère connue pour la douceur de son climat : chaque année, les températures y sont négatives pendant cent vingt-neuf jours, et elles ne dépassent 30 °C que pendant dix-huit jours. Dans cette localité de 500 000 âmes, 82 % des foyers dispo-sent pourtant de la climatisation, une technologie que le conseil municipal envisage de fournir gratuitement aux résidents pauvres souffrant de problèmes de santé. Hamilton inaugurerait ainsi un dispositif inventé aux États-Unis, où des aides publiques existent déjà pour les ména-ges peinant à s’équiper (1).

Subventionner l’air conditionné ?

La mesure est moins absurde qu’il n’y paraît. Chaque été, du Nevada à la Floride, nombre d’États connaissent une atmosphère irrespirable, avec des températures qui excèdent les 40° en journée et redescendent à peine la nuit. Y vivre sans climatiseur, c’est suffoquer en perma-nence et s’exposer à divers maux : hypertension, insuffisance pulmonaire, troubles du sommeil, maux de tête… Dans le sud du pays, 97 % des foyers sont donc climatisés. Certains États, comme l’Arizona, obligent même les propriétaires à fournir à leurs locataires un système de climatisation en état de marche, au même titre que l’électricité ou l’eau courante.

Mais le goût américain pour la fraîcheur artificielle ne se limite pas à ces zones arides ou subtropicales.

Il touche l’ensemble du pays, y compris le Vermont et le Montana, où les chutes de neige sont plus fréquentes que les canicules. L’air conditionné est présent partout, dans les maisons, les voitures, les restaurants, les magasins, les administrations, les transports, les stades, les ascenseurs, les écoles, les salles de sport, les églises, assurant une température constante, quels que soient la saison ou le coin du pays, à un peu plus de 20 °C. Même les militaires qui partent combattre en Afghanistan installent l’air conditionné sous leurs tentes. « La personne qui travaille dans un bureau climatisé aura vite tendance à considérer comme insupportable une maison qui en est dépourvue », observe le journaliste David Owen (2).

Or cette dépendance a un coût écologique considérable, à la fois en termes d’émissions de gaz à effet de serre, du fait des fluides réfrigérants utilisés par les climatiseurs, et en termes de consommation énergétique.

L’air conditionné représente chaque année 6 % de l’électricité produite aux États-Unis

Bien souvent grâce au charbon, et 20 % de la facture résidentielle. Il y a encore deux ans, le pays consommait autant d’électricité pour refroidir ses bâtiments que l’Afrique pour l’ensemble de ses usages. À cela il faut ajouter l’énergie nécessaire pour faire fonctionner les climatiseurs des voitures, soit 26 à 38 milliards de litres de pétrole par an (3).

En juillet 1960, tandis que cette technologie s’installait à peine dans les foyers américains, un journaliste du Saturday Evening Post s’émerveillait devant la « révolution de la climatisation ». Or, plutôt que d’une révolution, il s’agissait d’une conquête lente, progressive, méthodique. Une conquête qui, entamée au début du 20è siècle, gagne aujourd’hui le monde (lire « Du ski par 40 °C »), et qui a remodelé le pays, sa géographie, son urbanisme, ses loisirs, ses modes de consommation, de sociabilité, et même ses pratiques sexuelles : avant la climatisation, la chaleur de l’été était souvent jugée trop intense pour s’adonner au sport en chambre ; on constatait une forte baisse du nombre de naissances neuf mois plus tard, en avril et en mai. Avec la température intérieure contrôlée, les variations saisonnières de la natalité ont disparu (4).

Quand il fit son apparition, au début du 20è siècle, l’air conditionné ne visait pas le confort des humains, mais la préservation des marchandises.

Contrariée de ne pas pouvoir imprimer et stocker son papier en raison des fortes chaleurs, une imprimerie new-yorkaise commande à l’ingénieur Willis Carrier un appareil capable de contrôler l’humidité et la température ambiantes. La machine, qui fait passer de l’air par des tubes conte-nant un frigorigène, est prête en 1902. Elle rencontre un succès immédiat. Textile, tabac, pâtes alimentaires, chewing-gums, farine, chocolat : en moins de dix ans, toutes les industries dont la production souffre des fluctuations thermiques se convertissent à la climatisation.

Des ours polaires devant les cinémas

Conséquence heureuse, les ouvriers apprécient cet air frais. « La production est maintenue à son maximum et les travailleurs, au lieu d’être difficiles à trouver, cherchent à être embauchés dans une usine équipée par la société Carrier », vante, en 1921, une publicité de l’entreprise, qui vient de délocaliser une partie de ses activités au Mexique. Huit ans plus tard, une autre réclame précise : dans les usines climatisées, « l’air plus sain et agréable a attiré les travail-leurs les plus désirables et quasi éliminé les conflits sociaux »  (5). Mais le confort des salariés intéresse moins que leur rendement. En période de canicule, constatent les contremaîtres, les ouvriers perdent en productivité, les cadences ralentissent, l’absentéisme augmente ; il faut parfois octroyer des pauses supplémentaires, commencer l’activité plus tôt ou même interrompre la production.

Or l’heure est au taylorisme et à la rationalisation.

Les employeurs se mettent à mesurer la température susceptible d’assurer la meilleure effica-cité. Le gouvernement fédéral effectue lui aussi des tests et établit que ses dactylographes perdent 24 % de productivité quand on les prive de climatisation en été (6). « Pourquoi les meilleures inventions et les progrès scientifiques et industriels viennent-ils des zones tempé-rées ? », interroge une publicité de Carrier montrant un personnage à la peau tannée, affalé sur le sol, le visage couvert d’un sombrero. « Parce que, pendant des siècles, la chaleur tropi-cale a dépouillé les hommes de leur énergie et de leurs ambitions. Il n’y avait pas d’air conditionné. Donc ils faisaient des siestes. » Le titre précise : « Température 102 °F [39 °C], production 0 » (7). Ainsi la climatisation séduit-elle un nombre toujours croissant de bureaux, d’usines, d’administrations.

Mais, si l’air conditionné a d’abord été associé au travail, il évoque également le loisir, le plaisir, le divertissement, à travers les cinémas. À la fin du 19è siècle, ceux-ci attiraient le public surtout en hiver : personne ne voulant s’entasser dans un lieu clos par un soleil de plomb, les salles étaient désertées, sinon fermées, aux beaux jours. Pour y remédier, la chaîne Balaban & Katz décide, à partir de 1917, de refroidir ses établissements de Chicago. Devant le succès de l’opération, le coût de l’installation peut être rentabilisé en un été, la concurrence lui emboîte le pas, et, dès 1936, les trois quarts des 256 cinémas de la ville sont climatisés.

Le mouvement gagne les autres métropoles américaines.

« Il fait froid à l’intérieur », « Toujours à 20 °C » : à New York, Houston ou Los Angeles, des panneaux représentant des ours polaires, des cubes de glace ou des flocons de neige ornent désormais les entrées des cinémas. L’été n’est plus une saison morte, ce qui rend possible la stratégie de la « superproduction estivale ».

Après les cinémas, la climatisation conquiert les trains, les restaurants, les magasins ou encore les hôtels, selon un schéma à peu près identique.

« Elle s’installe d’abord dans les établissements des grandes chaînes, puis s’étend aux établis-sements des chaînes locales, avant de toucher les magasins indépendants et enfin d’atteindre les petits commerces de quartier », relate un professionnel du secteur en 1937  (8). Il est très difficile de résister à un concurrent climatisé. Friands de modernité et ravis d’échapper momen-tanément à l’été, les clients délaissent les magasins surchauffés.

De plus, on prête à la climatisation des vertus sanitaires.

L’air conditionné serait pur et sain, comme le répètent les publicités et les pouvoirs publics. Dans les trains, il ferait disparaître la fumée des cigarettes « comme par magie ». Il serait également bénéfique aux femmes enceintes ; c’est en tout cas ce qu’assure le commissaire à la santé de Chicago, qui conseille aux futures mères de se rendre dans les cinémas Balaban & Katz durant l’été 1921. Elles y trouveront, affirme-t-il, un air « plus pur qu’à Pike Peak », dans les montagnes du Colorado.

Forte de cette réputation, la climatisation pénètre dans les foyers américains après la seconde guerre mondiale.

Durant l’entre-deux-guerres, plusieurs entreprises s’étaient lancées sur le marché du climati-seur individuel, mais leurs tentatives s’étaient soldées par des échecs. Trop bruyants, trop volumineux et surtout trop chers, leurs appareils n’avaient pu séduire qu’une poignée de nantis. Puis, en 1951, Carrier commercialise le climatiseur de fenêtre, facile à installer, pour un coût modique. La ruée commence : dès 1960, 12 % des foyers sont climatisés ; vingt ans plus tard, ils sont 55 % ; puis 82 % en 2005 et presque 90 % aujourd’hui. D’abord apanage de la bourgeoisie, puis étendard des classes moyennes, la climatisation est présente aujourd’hui chez presque tout le monde.

Qui irait cuire à Las Vegas ?

En se diffusant dans l’ensemble des régions et des classes sociales, l’air conditionné a créé sa propre nécessité. Le sud des États-Unis a longtemps été moins urbanisé que le Nord. Au début du 20è siècle, sa population se met à diminuer : il perd dix millions d’habitants entre 1910 et  1950, essentiellement des Noirs qui fuient les lois raciales et la pénurie d’emplois créée par la mécanisation de l’agriculture, et qui cherchent du travail dans le Midwest.

À partir des années 1960, tandis que la ségrégation est officiellement abolie, la situation s’inverse.

Autrefois irrespirable, le Sud jouit d’une attractivité nouvelle auprès des habitants et des entre-prises : on peut y profiter du soleil sans pâtir de ses inconvénients, mais aussi d’un environne-ment débarrassé des syndicats. Entre 1950 et 2000, la part des États de la Sun Belt dans la population américaine passe de 28 % à 40 %. « Sans la climatisation, il serait inconcevable que la Floride compte aujourd’hui 18,5 millions d’habitants (9)  », observe l’historien Gary Mormino. Le parc d’attractions Walt Disney à Orlando ressemblerait à un four, et aucun joueur n’irait cuire dans les casinos de Las Vegas, au milieu des étendues désertiques du Nevada.

Perdu dans les broussailles de l’Arizona, Phoenix abritait 50 000 habitants en 1930.

Il en rassemble aujourd’hui 1,5 million, et ses banlieues gagnent chaque jour du terrain. Le béton et l’asphalte qui tapissent la ville absorbent la chaleur en journée puis la relâchent au coucher du soleil, empêchant la chute nocturne des températures. Le thermomètre y dépasse les 43 °C environ trente jours par an (contre sept dans les années 1950) ; au mois de juin   2017, il a flirté avec les 50 °C pendant trois jours consécutifs. Du matin au soir, des centaines de milliers de climatiseurs vrombissent et rejettent de la chaleur dans l’atmosphère, ce qui fait grimper la température d’environ 2 °C et justifie de monter encore le niveau de la climatisation  (10).

Il n’est évidemment pas inimaginable d’habiter dans le sud des États-Unis sans air conditionné.

Il y a encore un siècle, personne ne se posait la question. Mais la vie était alors organisée selon le climat. Les magasins fermaient aux heures les plus chaudes, les enfants étaient dispensés d’école quand l’air devenait irrespirable, et l’on faisait volontiers la sieste après le déjeuner. L’architecture et l’orientation des maisons étaient elles aussi adaptées à la chaleur : portes et fenêtres vastes pour faire circuler l’air, plafonds hauts, murs fins entre les pièces, corniches larges pour protéger des rayons du soleil, planchers surélevés par rapport au sol, porches ombragés. Et, si cela ne suffisait pas, on branchait son ventilateur de plafond, une invention dix à vingt fois moins énergivore qu’un climatiseur de chambre ; on mettait ses pieds dans une bassine d’eau froide ou un linge mouillé autour de son cou.

Indispensable au fonctionnement d’Internet

Les habitations apparues dans la Sun Belt à partir des années 1960 ressemblent à celles de la Pennsylvanie ou de l’Indiana : des pavillons préfabriqués aux fenêtres étroites, posés sur le sol ; des immeubles modernes conçus avec un système de climatisation central ; des gratte-ciel dont les fenêtres ne peuvent même pas s’ouvrir.

Comme les terrains étaient peu chers, les villes se sont étalées à perte de vue, rendant la voiture encore plus indispensable que dans le Nord. Selon l’historien Raymond Arseneault, la climatisation a ainsi accéléré « l’américanisation du Sud », l’effacement des différences régio-nales, l’homogénéisation des États-Unis (11).

En Louisiane ou en Alabama, les écoles, les magasins et les bureaux ouvrent désormais sans discontinuer 

Les porches où l’on profitait de l’ombre en discutant avec ses voisins n’existent plus. À New York, en été, personne n’achète plus de glaçons à des marchands de rue ni n’installe son matelas sur le balcon ou le palier de l’escalier extérieur. Désormais, du nord au sud, tout le monde profite de son environnement climatisé.

Les Américains s’attendent à trouver la climatisation partout et en tout temps. Une nuit où la température n’excède pas 8 °C, un habitant de Seattle n’hésitera pas à vous expliquer com-ment brancher l’air conditionné, tandis qu’en Alaska près du quart des hôtels proposent ce confort. La tolérance du pays à la chaleur a fini par s’éroder au point que les Américains affectionnent désormais des températures intérieures jugées trop froides par la plupart des touristes étrangers.

Comme du temps où la climatisation ne se trouvait que dans les hôtels de luxe ou les voitures de première classe dans les trains, le froid reste en outre associé à une forme de raffinement, de distinction. En 2005, d’après le supplément « Mode et style » du New York Times (26 juin 2005), les magasins d’habillement new-yorkais affichaient une température d’autant plus basse qu’ils montaient en gamme : l’enseigne à bas prix Old Navy proposait un environnement à 26,8 °C, soit 4 °C de plus que le cossu Macy’s, et presque 7 °C de plus que la boutique de luxe Bergdorf Goodman.

L’avancée de la climatisation a pourtant été semée d’embûches.

Dès l’origine, des clients ont envoyé des lettres courroucées pour se plaindre du froid excessif dans les magasins et les cinémas. Dans le sud du pays, des habitants ont boudé cette techno-logie qu’ils considéraient comme une importation venue du Nord, où les gens n’étaient pas assez résistants pour supporter la chaleur. Le président Franklin D. Roosevelt lui-même détes-tait cette machine installée par son prédécesseur : « Il a une forte aversion pour l’air condition-né et n’hésite jamais à le refuser. Les critiques véhémentes qu’il formule régulièrement à la presse font à l’installation une très mauvaise publicité », constatait l’état-major de Carrier en 1931(12).

De nombreux intellectuels se sont joints aux réfractaires, depuis l’écrivain Henry Miller, qui y voyait un symbole du divorce entre l’Américain et la nature (Le Cauchemar climatisé, 1945), jusqu’à l’historien Lewis Mumford, qui critiquait la volonté de l’humanité d’exercer un contrôle absolu sur son environnement (The Pentagon of Power, 1970).

Aujourd’hui encore, des militants écologistes dénoncent les dégâts environnementaux de la climatisation.

Des scientifiques la montrent du doigt pour expliquer l’augmentation de l’obésité. Ils arguent que l’on a tendance à manger plus quand il fait frais, que l’on reste davantage enfermé à mener des activités sédentaires, et que le corps n’a plus besoin de dépenser des calories pour se réchauffer ou se refroidir. Des féministes blâment un usage sexiste des climatiseurs, systé-matiquement réglés dans les bureaux sur une température qui convient aux hommes en panta-lon, cravate et chemise mais qui frigorifie les femmes en robe et sandales (13). Chaque été, les réseaux sociaux débordent ainsi de messages de femmes et parfois d’hommes, qui se plaignent de devoir emporter un pull, une couverture ou un manteau pour affronter le froid.

Ces résistances n’ont cependant jamais entamé la progression d’une technologie promue par les pouvoirs publics, lesquels octroient à partir des années 1960 des prêts avantageux aux ménages qui s’en équipent, par les sociétés de crédit qui proposent des taux plus élevés pour les achats de biens dépourvus d’air conditionné, par les promoteurs immobiliers dont les plans de logements l’intègrent automatiquement ou encore par les géants de l’énergie, comme General Electric, ravis de cette nouvelle demande.

La climatisation n’a d’ailleurs pas causé que des désagréments.

Outre le confort qu’elle procure, elle a contribué à assainir le sud des États-Unis, jadis terre de prolifération pour des maladies tropicales comme le paludisme (en faisant reculer l’exposition humaine aux moustiques) ou la fièvre jaune, et à faire diminuer la mortalité estivale. Entre 1979 et 1992, à une époque où les pauvres n’en bénéficiaient pas encore, les canicules ont fait plus de cinq mille morts, auxquels il faut ajouter les victimes de la vague de chaleur de 1995, qui tua plus de cinq cents personnes rien qu’à Chicago (14). Désormais, les canicules ne sont plus forcément synonymes d’hécatombes. Indispensable dans les hôpitaux et les blocs opératoires, l’air conditionné est en outre nécessaire à la fabrication des médicaments, qui exigent une température contrôlée. Il refroidit enfin les centres de données nécessaires au fonctionnement d’Internet.

Personne n’envisage donc de restreindre l’usage de la climatisation aux États-Unis.

En 2008, l’Organisation des Nations unies a tenté de montrer l’exemple en augmentant la température de son siège new-yorkais de 3 °C. Mais cette initiative n’a guère essaimé. Tout juste quelques villes ont-elles adopté de timides mesures pour endiguer certains excès. En 2015, New York a ainsi interdit aux magasins de laisser leurs portes ouvertes tout en faisant tourner leur climatiseur, une vieille technique visant à attirer les passants par une brise de fraîcheur.

En 2011, un pays s’était retrouvé à la diète forcée

Après l’accident de Fukushima, les Japonais avaient dû réduire de façon drastique leur consommation d’électricité, et donc de climatisation. Un professeur de l’université Waseda, à Tokyo, avait alors mesuré une diminution de la productivité des employés de burea, une perte équivalant à trente minutes de travail par jour (15). Voilà qui n’incitera sans doute pas les employeurs américains à suivre l’exemple des Nations unies.

Benoît Bréville   2017

https://www.monde-diplomatique.fr/

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