Archive | International

07 février 2026 ~ 0 Commentaire

Minnéapolis (SWP)

 FckICE
 
Comment les manifestations au Minnesota peuvent-elles l’emporter ? 
.
Quels sont les points communs entre l’ICE de Trump et d’autres milices fascistes ? Comment les manifestations américaines peuvent-elles vaincre le régime de Trump ?
.
Les villes jumelles de Minneapolis et Saint Paul, au Minnesota, subissent des violences comparables à celles qui ont frappé de nombreuses villes italiennes entre 1920 et 1922, perpétrées par des escadrons fascistes. Bien sûr, il existe des différences.
.
L’offensive italienne a permis aux fascistes de Benito Mussolini de prendre le contrôle du gouvernement national en 1922. Aux États-Unis aujourd’hui, l’extrême droite est déjà au pouvoir. Son aile fasciste – dont le principal dirigeant est probablement Stephen Miller, chef de cabinet adjoint de Donald Trump – orchestre l’offensive contre Minneapolis et d’autres villes contrôlées par les démocrates.
.
L’ancien dirigeant communiste Angelo Tasca écrit dans son excellent ouvrage « La Montée du fascisme italien » : « Tout mouvement fasciste possède une organisation armée, sans laquelle il est impuissant.» Dans le cas italien, cette organisation était assurée par les squadristi. Il s’agissait de groupes paramilitaires recrutés en grande partie parmi de jeunes anciens soldats, habitués à la violence et marqués par leur expérience de la Première Guerre mondiale.
.
Les squadristi de Trump proviennent d’une section de l’appareil d’État : le Service de l’immigration et des douanes (ICE) et la police des frontières. L’ICE a connu une expansion considérable au cours de l’année écoulée, passant de 10 000 à 22 000 agents, et ses effectifs vont encore augmenter. Quelque 3 000 agents de l’ICE ont été déployés dans les villes jumelles de Minneapolis et Saint Paul.
.
« On a obtenu ce qu’on voulait, non ? Ça ne sert à rien de manifester », déclare un leader des Proud Boys, l’un des groupes d’extrême droite qui ont pris d’assaut le Capitole à Washington le 6 janvier 2021. Un manifestant de Minneapolis a confié au magazine The Atlantic : « On a vite compris que l’ICE, c’est les Proud Boys, les Boogaloo Boys. Ils leur ont donné des uniformes et les laissent faire n’importe quoi. »
.
Contrairement aux fascistes italiens, qui ciblaient les dirigeants et les institutions de la classe ouvrière organisée, l’ICE opère au niveau de la rue, déferlant sur les quartiers à la recherche de « migrants illégaux ». Mais leurs tactiques ont provoqué une immense vague de résistance. Dans les villes jumelles de Minneapolis et Saint Paul, des associations locales se sont mobilisées pour défendre leurs voisins contre les raids de l’ICE.
.
Ces organisations ont émergé sous l’ère des gouverneurs d’extrême droite anti-syndicaux du Minnesota et se sont développées après la mort de George Floyd, tué par la police à Minneapolis en mai 2020. Leurs réseaux se sont étendus, mobilisant un nombre croissant de militants – qui se font appeler les « commuters » – dans les rues.
.
Les meurtres de Renee Good et d’Alex Pretti ont déclenché une mobilisation encore plus importante. Selon le magazine Labour Notes, « près d’un quart des Minnesotiens ont déclaré avoir participé à ce que les organisateurs ont appelé une journée sans travail, sans courses, sans école » le 23 janvier. Une action similaire, le 30 janvier, a eu un écho dans tous les États-Unis. Trump a fait quelques gestes d’apaisement, promettant de « désamorcer un peu les tensions » et rappelant Greg Bovino, le commandant brutal de l’ICE.
.
Mais sur le terrain, peu de choses semblent avoir changé. Il faudra une action de masse à l’échelle nationale pour stopper l’ICE. Cette milice quasi-fasciste est bien trop peu nombreuse pour dominer une population de 342 millions d’habitants. Trump ne peut pas être certain que les généraux du Pentagone seraient prêts à déployer leurs troupes dans les rues du pays.
.
Jusqu’à présent, les dirigeants syndicaux ont généralement refusé d’appeler à la grève. Les blocages observés sont dus à des arrêts de travail volontaires ou à la fermeture d’entreprises locales sous la pression de la population. Mais une organisation collective sur les lieux de travail sera indispensable pour qu’une grève générale nationale, telle que la réclame la population, puisse avoir lieu.
.
Se pose ensuite la question du leadership.
.
Le magazine The Atlantic s’enthousiasme : « Il s’agit d’un mouvement sans leader – à l’instar des Printemps arabes – qui a émergé de manière spontanée et hyperlocale.» Mais c’est aussi une lutte politique contre le gouvernement fédéral. En Égypte, après le soulèvement de 2011, les Frères musulmans, néolibéraux et socialement conservateurs, ont accédé à la présidence avant d’être renversés par un coup d’État militaire.
.
Aux États-Unis, le risque est désormais que les Démocrates profitent du vide laissé par les manifestations pour tenter de renverser la situation après leur défaite électorale de 2024. Leurs figures de proue, comme le chef de la minorité sénatoriale Chuck Schumer et le gouverneur du Minnesota Tim Walz, négocient déjà avec Trump pour modérer, mais probablement pas mettre fin, à l’offensive de l’ICE. Pour l’emporter, la résistance doit s’étendre, mobiliser pleinement la force collective des travailleurs et faire émerger ses propres leaders.
.
Tuesday 03 February 2026
.

Lire la suite

06 février 2026 ~ 0 Commentaire

Chine (NPA)

Tiananmen Square What Really Happened

Purges en Chine

Xi Jinping achève la destruction de la Commission militaire centrale du Parti communiste chinois (PCC).

La destitution du général Zhang Youxia a été officiellement annoncée le 24 janvier dernier. Un pas de plus dans les purges qui se sont succédé au sein de l’état-­major de l’armée chinoise. Zhang était pourtant considéré comme « intouchable », vu sa proximité supposée avec Xi Jinping — quant à la Commission militaire centrale (CMC), elle est maintenant une coque creuse, ayant perdu cinq de ses sept membres.

Xi continue à faire le vide autour de lui, à l’encontre de toute forme de collégialité. Le seul membre restant de la CMC, que Xi Jinping préside, est Zhang Shengming, c’est-à-dire le secrétaire de la Commission d’inspection disciplinaire de l’armée et le secrétaire adjoint de la Commission centrale d’inspection disciplinaire du parti, chargé de la mise en œuvre des basses œuvres.

Une preuve de force ou de faiblesse ?

Zhang Youxia était le plus haut responsable militaire en activité. Xi Jinping et lui sont réputés avoir été longtemps très proches, en tant que « princes rouges de deuxième génération », terme désignant les descendantEs des dirigeantEs du PCC de l’époque révolutionnaire.

Leur lignée familiale diffère néanmoins. Le père de Xi fut un haut dignitaire de la République populaire avant d’être purgé par Mao Zedong en 1962, puis réhabilité par Deng Xiaoping. Une lignée civile, donc, pour un homme d’appareil.

En revanche, Zhang Zhongxun, le père de Zhang Youxia, était l’un des généraux de l’Armée populaire au temps de la révolution. Une ascendance prestigieuse, s’il en fut, et c’est peut-être le problème, alors que l’état-­major ­militaire a été saigné par des purges successives et que Xi impose sa direction unique (et à vie) dans le parti et le ­gouvernement (qu’il marginalise).

Les pékinologues se demandent si ces purges sont une preuve de force ou de faiblesse de Xi. Pourquoi pas les deux : il a le pouvoir de les mener, mais pas de stabiliser sa mainmise ou de calmer sa paranoïa. Son ambition se heurte à une réalité : la Chine est bien trop immense (1,4 milliard d’habitantEs), le parti bien trop vaste (plus de cent millions de membres déclaréEs) et l’armée bien trop étrangère à son propre milieu social (plus de deux millions de soldats en activité) pour imposer au pays la dictature d’un homme unique, en lieu et place de la dictature d’un parti unique.

Des signes d’une crise de régime

Les signes d’une crise de régime sont nombreux. La « génération Z » chinoise refuse d’obéir à ses injonctions (travailler sans relâche, procréer sans tarder…). Des luttes sociales reprennent vigueur. Les parents ne croient plus que leurs enfants vivront mieux qu’eux. Le sentiment d’insécurité sociale grandit dans un pays où la santé et la vieillesse coûtent cher…

Grande puissance capitaliste, la Chine est à la fois très particulière, du fait de son histoire ancienne comme récente, et très « normale ». Confrontée à des crises de surproduction en cascade, elle dépend de ses marchés extérieurs. Elle engrange actuellement d’importantes avancées diplomatiques grâce aux coups de boutoir infligés par Washington à l’Alliance atlantique, dont témoignent les visites de dirigeantEs françaisEs, allemandEs, britanniqueEs…

L’invasion de Taïwan les remettrait en cause. De plus, elle ne serait pas une entreprise facile. La chaîne de commandement de l’armée est désorganisée. Elle est rongée par la corruption et n’a aucune expérience militaire significative. Elle n’est probablement pas à l’ordre du jour (avec des personnalités comme Trump et Xi, le « probablement » reste de rigueur).

Pierre Rousset  (05/02/2026)

https://lanticapitaliste.org/

Lire la suite

05 février 2026 ~ 0 Commentaire

Chine / Etats-Unis (CADTM)

chine micro

Rivalité asymétrique dans une perspective historique et internationaliste

Cyn Huang : Veux-tu exposer les termes du conflit entre la Chine et les États-Unis ? D’où vient-il ?

Éric Toussaint : Il s’agit aujourd’hui d’un conflit entre deux superpuissances. En revanche, je ne dirais pas qu’il s’agit de deux impérialismes de même nature. La Chine est un impérialisme émergent, tandis que les États-Unis constituent un impérialisme ancien, consolidé, en déclin relatif et extrêmement agressif.

Pour comprendre l’évolution des relations entre la Chine et les États-Unis, il est indispensable de les replacer dans un cadre historique. Après la révolution chinoise de 1949, les États-Unis ont soutenu le régime nationaliste de Tchang Kaï-chek, replié à Taïwan, et ont refusé de reconnaître la République populaire de Chine dirigée par Mao Tsé Toung , alors engagée dans une transition vers le socialisme.

Les relations étaient très conflictuelles notamment pendant la guerre de Corée. À plusieurs moments, notamment au début des années 1960, la Chine a soutenu des luttes armées dans différents pays considérés comme stratégiques par les États-Unis. Pékin est venu en aide au Vietnam du Nord présidé par Hồ Chí Minh et au Front National de Libération du Sud-Vietnam (FNLS).

Confrontés à l’impasse de la guerre du Vietnam, les États-Unis ont alors opéré un tournant stratégique et se sont rapprochés de la Chine. Ce rapprochement a été symbolisé par la rencontre historique entre Richard Nixon et Mao Tsé Toung au début des années 1970, illustrée par la célèbre photographie de leur poignée de main datant de 1972. Préalablement à cette rencontre, les États-Unis avaient reconnu les autorités de Pékin comme le gouvernement légitime de la Chine. Par la suite, ils ont retiré leur reconnaissance diplomatique à Taïwan et ont accepté le principe selon lequel Taïwan faisait partie du territoire chinois.

Ce changement a eu des conséquences concrètes. Jusqu’en 1971, la Chine était représentée au Conseil de sécurité des Nations unies par Taïwan.

À partir de l’accord sino-américain, c’est la République populaire de Chine qui a occupé le siège chinois au Conseil de sécurité de l’ONU. Quelques années plus tard, plus exactement en 1980, la Chine de Pékin a remplacé Taiwan au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale.

Le tournant a lieu le 25 octobre 1971 :

l’Assemblée générale adopte la résolution 2758. Celle-ci reconnaît la République populaire de Chine (RPC) comme seul représentant légitime de la Chine à l’ONU. La RPC récupère alors le siège permanent au Conseil de sécurité, avec droit de veto. Le gouvernement de Taïwan est exclu de l’ONU.

En résumé : de 1945–1971, le siège chinois est occupé par la Chine nationaliste et anti-communiste. Depuis 1971, le siège est occupé par la Chine populaire (Pékin). Ce revirement historique est intervenu car Washington voulait isoler l’URSS et réduire l’appui de Pékin au Vietnam du Nord et au Front National de Libération du Sud-Vietnam (FNLS) qui luttaient contre l’occupation étasunienne du Vietnam du Sud et résistaient aux bombardements massifs du Vietnam du Nord. La rupture sino-soviétique avait ouvert une opportunité. En 1971, a lieu une mission secrète de Henry Kissinger à Pékin, suivie en 1972, d’une visite historique de Richard Nixon en Chine. En conséquence, en 1971, les États-Unis ont cessé de bloquer l’entrée de la RPC à l’ONU.

La Chine était membre fondateur du FMI en 1945, mais après la révolution chinoise de 1949 dirigée par le Parti Communiste avec à sa tête Mao Tsé Toung , c’est le gouvernement de Taïwan (République de Chine) qui occupait le siège de la Chine dans l’organisation. Suite au tournant pris par Washington dans les années 1970, le 17 avril 1980, le FMI a officiellement reconnu la RPC de Mao comme titulaire légale du siège de la Chine et depuis cette date, la RPC participe pleinement à l’institution, avec son propre quota et son directeur exécutif.

La Banque mondiale, dominée comme le FMI par les autorités de Washington, a décidé le 14 avril 1980 que la RPC remplaçait officiellement Taïwan en tant que représentant de la Chine dans toutes les branches du Groupe de la Banque mondiale (IBRD, IDA, IFC).

À cette époque, la Chine était encore un pays en transition vers le socialisme, fortement bureaucratisé et traversé par de profondes contradictions, notamment celles révélées par la Révolution culturelle initiée en 1966. À partir des années 1980, sous l’impulsion de Deng Xiaoping, des réformes ont été engagées qui ont progressivement conduit à la restauration du capitalisme en Chine.

 Cyn Huang : Le développement de l’économie politique chinoise et l’évolution de sa position dans le système mondial sont stupéfiants. Comme tu viens de le montrer, les États-Unis n’ont pas toujours considéré la Chine comme leur principal adversaire stratégique.

Éric Toussaint : À partir des années 2000, et de manière particulièrement marquée, la Chine est devenue une destination majeure des investissements étrangers, notamment américains. De grandes entreprises privées des États-Unis – comme Apple, Microsoft et bien d’autres – ont installé des usines dans des zones économiques spéciales sur le territoire chinois. Pendant des années, le gouvernement américain et les grandes multinationales ont considéré qu’ils tiraient un avantage considérable de cette relation : ils pouvaient exploiter une main-d’œuvre chinoise très faiblement rémunérée, devant travailler dans des conditions particulièrement dures, et en extraire une plus-value massive.

Si l’on utilise les catégories de Karl Marx, on peut parler d’un transfert de valeur à travers un commerce inégal : une part importante de la plus-value produite par les travailleurs chinois était captée par les capitalistes américains. Parallèlement, du fait de ses exportations massives, la Chine a accumulé d’énormes excédents commerciaux et donc d’importantes réserves de change en dollars. Celles-ci ont dépassé les 3 000 milliards de dollars (ce volume est proche du PIB de la France en 2025), dont plus de 1 300 milliards étaient investis en bons du Trésor américain en 2013. Autrement dit, la Chine réinvestissait une partie de ses excédents en prêtant de l’argent aux États-Unis. La Chine a par la suite réduit ses achats de bons du trésor, elle détiendrait de manière directe 700 milliards de dollars en 2025.

Durant toute la période qui va des années 1990 à 2014-2015, les États-Unis ont estimé qu’ils bénéficiaient largement de leur relation avec la Chine. Cependant, à partir de 2014, avec le lancement de la Belt and Road Initiative, la Chine ne s’est plus contentée d’exporter des marchandises. Elle a commencé à exporter massivement des capitaux à l’étranger, à prêter de l’argent à de nombreux pays et à investir dans des infrastructures, des entreprises et des ressources naturelles en Europe, en Amérique latine, en Afrique et même aux États-Unis.

À partir de ce moment-là, la Chine a atteint un niveau de puissance économique tel que les États-Unis – dès la fin du mandat d’Obama, et plus clairement encore à partir de 2016–2017 – ont commencé à considérer qu’ils ne tiraient plus autant d’avantages qu’auparavant de cette relation. Ils ont commencé à prendre des mesures protectionnistes et ont renforcé leur présence militaire autour de la Chine. Il faut bien parler ici d’un encerclement militaire : plus de 20 000 soldats américains sont stationnés en Corée du Sud, plus de 50 000 au Japon, environ 10 000 sur l’île de Guam, sans compter d’autres déploiements. Les États-Unis sont également alliés à Taïwan et lui fournissent des armes.

Du point de vue chinois, les États-Unis encerclent donc la Chine dans sa propre périphérie. Du point de vue américain, la Chine est devenue une puissance capitaliste concurrente, en pleine expansion, qui non seulement gagne des parts de marché, mais parvient aussi à consolider des positions durables sur plusieurs continents, y compris dans ce que Donald Trump appelle « l’hémisphère occidental », du Groenland et du Canada jusqu’au Sud de l’Argentine et du Chili.

La Chine contrôle par exemple le principal port maritime du Pérou et possède des entreprises d’extraction minière et pétrolière dans de nombreux pays. Les États-Unis ont alors considéré que la zone qu’ils dominaient historiquement commençait à être sérieusement menacée. Sous Trump, cette logique est assumée de manière brutale : les États-Unis affirment pouvoir agir librement dans leur hémisphère, agresser le Venezuela pour son pétrole et se l’approprier, kidnapper puis séquestrer à New York le président vénézuélien et son épouse, vouloir prendre le contrôle du Groenland, du Canada ou du canal de Panama, tout en exigeant que la Chine abandonne ses positions dans cette zone.

 Cyn Huang :  « Pourquoi Washington a fait de la Chine son adversaire stratégique central » ?

Le document de stratégie de sécurité nationale publié par l’administration Trump au début du mois de décembre est très clair : la Chine y est désignée comme l’adversaire stratégique principal des États-Unis. Washington cherche à réduire la présence chinoise dans l’hémisphère occidental et à renforcer l’encerclement militaire de la Chine dans la région indo-pacifique. Officiellement, les États-Unis reconnaissent eux-mêmes disposer de 375 000 soldats et personnels civils militaires dans cette région, de 66 bases militaires permanentes et de plus de 80 bases non permanentes. Il s’agit d’un dispositif militaire absolument colossal.

Face à cela, même si la Chine a jusqu’ici privilégié une stratégie d’expansion essentiellement économique et relativement pacifique, il est probable qu’au sein de sa direction politique, des courants gagnent en influence en affirmant la nécessité de se préparer à une confrontation directe avec les États-Unis, au nom de l’autodéfense. Nous nous rapprochons ainsi d’une situation extrêmement dangereuse.

Historiquement, la politique de Trump rappelle celle de la seconde moitié du XIXᵉ siècle et de la première moitié du XXᵉ siècle, lorsque les États-Unis intervenaient militairement de manière directe pour étendre leur espace de domination : guerre contre le Mexique en 1847 qui permet aux Etats-Unis de conquérir le Texas, le Nouveau-Mexique et la Californie ; ensuite en 1898, Washington entre en guerre contre l’empire colonial espagnol et prend le contrôle de Cuba, de Porto Rico et des Philippines ; ensuite, les Etats-Unis occupent Haïti à partir de 1915.

Après la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis ont poursuivi leur politique d’agression, on peut citer la guerre de Corée au début des années 1950 et la guerre du Vietnam des années 1960 à 1975, avec des déploiements massifs atteignant jusqu’à 500 000 soldats.

Nous assistons au 21e siècle, à un retour à des politiques impérialistes classiques, telles qu’analysées par Lénine, Trotski, Hilferding ou Rosa Luxemburg. Comme ces auteurs et autrice marxistes l’ont montré, ce type de confrontation entre puissances impérialistes conduit structurellement à la guerre. Après la Seconde Guerre mondiale, malgré des guerres extrêmement violentes comme celles de Corée ou du Vietnam, ces conflits bien qu’impliquant plusieurs pays n’ont pas pris un caractère mondial. Aujourd’hui, avec la logique impulsée par Trump, le risque d’un basculement vers une nouvelle guerre mondiale redevient une possibilité réelle.

Cyn Huang : Qu’est-ce qui donne à Trump l’impression que la Chine pourrait être « maîtrisée » ?

Une stratégie de Washington aux conséquences potentiellement catastrophiques

Éric Toussaint : Je pense que Donald Trump et son administration estiment pouvoir contenir l’expansion économique internationale de la Chine par la menace militaire. Il ne s’agit pas nécessairement de dire que Trump prépare directement une guerre contre la Chine. Son objectif semble plutôt être d’impressionner Pékin, en affirmant une supériorité militaire écrasante : l’idée est de faire comprendre à la Chine qu’en cas de conflit armé, elle n’aurait aucune chance face aux États-Unis, compte tenu de la présence militaire américaine massive autour de la Chine, dans l’Indo-Pacifique comme dans le reste du monde.

Les États-Unis partent donc du principe qu’ils peuvent intimider la direction chinoise et, par ce biais, limiter son expansion économique. Rien ne garantit toutefois que la Chine accepte de réduire ses objectifs stratégiques et économiques sous la pression. Au contraire, il est probable que Pékin ne souhaite pas une confrontation militaire directe, mais qu’il soit de plus en plus contraint d’y faire face à mesure que les États-Unis renforcent leurs menaces et leur posture militaire.

Dans ce contexte, le calcul de Trump apparaît comme extrêmement dangereux. Il fait peser un risque majeur non seulement sur les relations sino-américaines, mais aussi sur l’ensemble de l’humanité : sur les populations des États-Unis, de la Chine et, plus largement, sur celles du monde entier.

 Cyn Huang : Comment perçois-tu actuellement le rapport de forces entre la Chine et les Etats-Unis et quelle est la place de la Russie dans cette situation ?

La Russie, l’Europe et la stratégie globale d’isolement de la Chine

Éric Toussaint : Pour comprendre pleinement la situation internationale actuelle et la stratégie de Donald Trump, il est indispensable d’intégrer dans l’analyse la place de la Russie, ainsi que celle de l’Europe.

L’un des objectifs centraux de Trump est de séparer la Russie de la Chine. Au cours des quinze dernières années, un rapprochement significatif s’est opéré entre Vladimir Poutine et Xi Jinping. Ce rapprochement s’est notamment concrétisé par la création des BRICS, ainsi que par le renforcement des accords commerciaux, financiers et militaires entre les deux pays, en particulier après les sanctions imposées par les puissances occidentales à la Russie à la suite de l’annexion de la Crimée en 2014, puis renforcées après l’invasion de l’Ukraine en 2022.

Ces sanctions ont contribué à resserrer les liens entre la Russie et la Chine. Face à cette situation, Trump adopte une stratégie très claire : il propose implicitement un accord à Vladimir Poutine. Le message est le suivant : tu peux agir dans ton environnement régional – c’est-à-dire dans l’espace des anciennes républiques soviétiques devenues des États indépendants – de la même manière que moi j’agis dans l’hémisphère occidental. Autrement dit, Trump revendique pour lui-même le droit d’intervenir au Venezuela ou ailleurs en Amérique latine, et accorde à la Russie une forme de légitimité pour intervenir dans son propre voisinage.

Dans cette logique, Trump propose un « deal » à Poutine : je te laisse poursuivre tes objectifs dans ta région, y compris en Ukraine, et en échange tu prends tes distances avec la Chine. L’objectif stratégique des États-Unis est donc d’isoler la Chine en la séparant de la Russie, tout en accordant des garanties à la Russie pour ses propres ambitions impérialistes.

Il faut être clair : la Russie est aujourd’hui une puissance capitaliste impérialiste, extrêmement agressive, ce qu’elle a démontré à plusieurs reprises. On assisterait ainsi à un accord entre deux impérialismes – la Russie, impérialisme agressif mais de second rang, et les États-Unis, impérialisme dominant, hyper agressif – visant à affaiblir et isoler la Chine.

Rien ne garantit cependant que cette stratégie fonctionnera. L’attitude actuellement conciliante de Trump à l’égard de Poutine, illustrée par exemple par son invitation au « conseil mondial de la paix » qu’il a mis en scène lors de la réunion de Davos des 21 et 22 janvier, pourrait évoluer rapidement. Si Poutine refuse de prendre ses distances avec la Chine ou s’il n’accepte pas un accord avec Trump au détriment de l’Ukraine, un retournement brutal de la position américaine est tout à fait possible.

Ce qu’il faut retenir, c’est que la relation États-Unis–Chine ne peut être analysée indépendamment de la place de la Russie. L’impérialisme américain cherche aujourd’hui une forme d’entente avec le pouvoir russe afin de réduire l’espace économique, politique et stratégique occupé par la Chine.

4 février  Eric Toussaint , Cyn Huang

Interview d’Éric Toussaint par Cyn Huang, étudiant à Berkeley (Californie) et membre actif des Democratic Socialists of America (DSA) où il co-préside le courant Bread and Roses.

https://www.cadtm.org/

Lire la suite

05 février 2026 ~ 0 Commentaire

Minneapolis (Lutte Ouvrière)

trump

Vive la résistance et l’organisation de la population !

En envoyant sa police de l’immigration, la sinistre ICE, dans les villes dirigées par des Démocrates, Trump croyait pouvoir brutaliser et déporter les immigrés en toute impunité, et flatter sa base d’extrême droite. Il croyait pouvoir dresser les travailleurs les uns contre les autres et mettre tout le monde au pas. Cela ne se passe pas comme prévu, et c’est tant mieux !

Les bandes de nervis masqués et armés jusqu’aux dents ont semé la terreur, et ce n’est pas fini ! À Minneapolis, les 3 000 policiers de l’ICE ont envahi les rues et multiplié les arrestations violentes. Portes de maison défoncées en toute illégalité ; vitres de voiture brisées ; personnes jetées à terre et molestées, femmes enceintes et personnes handicapées incluses ; descente dans un lycée ; arrestation d’un enfant de cinq ans… Les cow-boys de l’ICE ont multiplié les exactions.

Ils ont tué à bout portant une mère de famille de 37 ans, Renee Good, et un infirmier du même âge, Alex Pretti, qui tentaient tous deux de s’interposer et de protéger les immigrés. Ils les ont assassinés pour briser toute volonté de résistance. Mais celle-ci est là, et bien là !

La résistance qui gêne Trump et ses brutes racistes ne provient pas de la justice ou des autorités démocrates. Elle ne vient pas non plus des entreprises qui n’ont pas de scrupules à se mettre à la disposition de l’ICE. Un des fleurons français des services informatiques, Capgemini, a ainsi signé un contrat de plusieurs millions via sa filiale américaine pour donner la localisation des immigrés aux gros bras de Trump !

La résistance vient de la population elle-même, des habitants, du voisinage, de femmes et d’hommes qui pourraient continuer leur vie en fermant les yeux, mais ne supportent pas tant d’inhumanité.

Pour discréditer Renee Good et Alex Pretti abattus par les policiers, Trump les désigne comme des « activistes et des professionnels de la rébellion » et même comme « de dangereux terroristes ». C’est grotesque et les images de ces meurtres filmés en direct le prouvent.

La réalité que le milliardaire de la Maison Blanche veut cacher, c’est que la solidarité, ça existe !

Le racisme, le mépris et l’individualisme crasse sont revendiqués en haut de la société et donnent le ton sur les plateaux télé. Mais, dans les quartiers populaires où les travailleurs vivent toutes origines mélangées, des liens de voisinage, d’amitié et de solidarité se tissent au jour le jour. Et ces liens-là sont plus forts que la propagande xénophobe.

Les manifestations contre l’ICE se multiplient aux États-Unis, et elles rassemblent de plus en plus de jeunes. Mais la mobilisation va au-delà du fait de manifester. Ce sont des voisins qui se serrent les coudes et qui se protègent mutuellement, quelles que soient leurs origines et leur situation, malgré la peur.

Au quotidien, les habitants font le guet, avertissent du passage de la police à coups de sifflet, s’interposent, filment les arrestations, manifestent devant les centres de rétention. Ils vont rassurer et réapprovisionner ceux qui se terrent de peur d’être arrêtés et déportés à des milliers de kilomètres de leur famille. Cela ne met pas un terme aux arrestations d’immigrés, mais cela rend les rafles massives bien plus difficiles.

Pour nous ici, c’est la démonstration de ce que peuvent faire des femmes et des hommes ordinaires à partir de leurs propres moyens. Oui, face à l’arbitraire de l’État, à l’autoritarisme grandissant et aux coups patronaux, bien des choses sont en notre pouvoir, à condition de ne pas rester isolés et de nous organiser !

Il y a dans la société bien plus de solidarité et de conscience que ce que l’on veut nous faire croire.

Aux États-Unis, mais ici aussi, de nombreux travailleurs ont compris que le racisme et les discours contre les étrangers et les musulmans n’ont qu’un but : diviser et affaiblir le monde du travail dans son ensemble. Les violences exercées contre les travailleurs immigrés servent à intimider tout le monde, à commencer par ceux qui auraient envie de revendiquer et protester contre toutes sortes d’injustices et contre l’exploitation.

C’est cette conscience d’être tous visés et de devoir réagir de façon unie qui peut nous protéger de l’évolution réactionnaire de la société. Car nous avons aussi ici, avec Retailleau, Le Pen et Bardella, nos propres petits Trump.

N’attendons rien de la justice ou des dirigeants politiques. Tout dépend de notre capacité d’agir.

Alors, partout dans le monde, mais aussi dans nos entreprises et nos quartiers populaires : vive la solidarité et le courage de ceux qui résistent à l’autoritarisme, au racisme, à l’exploitation !

Nathalie Arthaud 04/02/2026

Lire la suite

05 février 2026 ~ 0 Commentaire

Rassemblement (AFPS)

afps

Lire la suite

04 février 2026 ~ 0 Commentaire

Edito (NPA)

antik786-la_une

Manifestations nationales contre l’ICE et Trump

Les raids de l’ICE se poursuivent, des journalistes sont arrêtéEs et des registres électoraux saisis, alors que l’opinion publique se retourne contre Trump. Tout cela pourrait peser sur les élections de mi-mandat de novembre.

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté, dans des centaines de villes, contre les politiques d’immigration ce week-end après le meurtre de deux citoyenNEs américainEs par des agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). D’énormes manifestations ont eu lieu à Minneapolis et dans le froid glacial de New York. Des lycéenNEs et des étudiantEs ont organisé des grèves en Californie et en Floride.

Une répression choquante

Le pays a été choqué par l’arrestation sans précédent de deux journalistes : Don Lemon, anciennement de CNN, et Georgia Fort. À St. Paul, ville jumelle de Minneapolis, le 18 janvier, après avoir suivi des militantEs qui ont perturbé dans son église un pasteur qui est également agent de l’ICE, les deux journalistes ont été arrêtéEs, accuséEs d’avoir organisé la manifestation et d’avoir violé la liberté de culte. Sans surprise, compte tenu du racisme de Trump, les deux journalistes sont noirEs.

Dans un développement tout aussi surprenant, des agents du FBI ont fouillé un centre électoral du comté de Fulton, en Géorgie, à la recherche de bulletins de vote de l’élection de 2020. Le gouvernement prétend enquêter sur une fraude électorale, mais il s’agit clairement de recueillir des informations sur les électeurEs et d’intimider les votantEs. La procureure générale Pam Bondi a poursuivi le Minnesota et 23 autres États pour obtenir leurs registres électoraux, affirmant que le chaos à Minneapolis pourrait prendre fin si l’État remettait ces registres.

Un autre évènement a consterné le pays : l’arrestation à Minneapolis et le transfert vers le centre de détention de Dilly, au Texas, de Liam Ramos, âgé de cinq ans, que l’on voit dans des vidéos avec son sac à dos Spiderman et son bonnet à oreilles de lapin. Le DHS a affirmé que l’enfant avait été abandonné, alors qu’il vivait avec sa mère et son père, ce dernier ayant également été arrêté. Les détenuEs ont protesté dans la cour de la prison en criant « Laissez-nous sortir ». Des sympathisantEs venuEs manifester devant la prison ont été disperséEs à coups de gaz lacrymogène et de matraques. Un juge a ordonné la libération du garçon et de son père.

Le mouvement national contre l’ICE prend de l’ampleur

Le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, et le maire de Minneapolis, Jacob Frey, ont exigé que l’ICE mette fin à son « invasion ». Mais Trump et le « tsar des frontières », Tom Homan, ont refusé de retirer les 3 000 agents présentEs à Minneapolis. La ville a intenté un procès contre l’ICE pour obtenir une injonction, mais un juge fédéral a refusé.

Le pays a atteint un tournant. Les vidéos du meurtre, le 24 ­janvier, d’Alex Pretti, l’infirmier qui portait un pistolet pour lequel il avait un permis, ont clairement montré que l’ICE l’avait assassiné. Les démocrates, des républicainEs et les militantEs conservateurEs pour le droit au port d’armes ont critiqué Trump. Les sondages montrent que beaucoup d’AméricainEs, démocrates, républicainEs et indépendantEs, rejettent les attaques violentes de l’ICE contre les migrantEs et les citoyenNEs. Les sondages de janvier ont montré que plus de 60 % des électeurEs s’opposent aux tactiques de l’ICE.

Au Congrès, les démocrates font pression sur les républicains pour tenter de réduire le budget du département de la Sécurité intérieure. Les démocrates ont exigé que les agents d’immigration soient démasquéEs, que l’ICE mette fin à ses rafles aveugles dans les communautés, qu’elle obtienne des mandats d’arrêt judiciaires et qu’elle respecte des directives strictes en matière d’usage de la force. Cependant, il n’est pas certain que les démocrates puissent obtenir satisfaction.

Il existe désormais un mouvement national contre l’ICE, et il prend de l’ampleur. En novembre, Trump pourrait peut-être perdre le contrôle du Congrès.

Dan La Botz

https://lanticapitaliste.org/

Lire la suite

04 février 2026 ~ 0 Commentaire

Damas/Kurdes (Inprecor)

achcar

Gilbert Achcar

Sur le récent accord entre Damas et l’administration kurde

Comment devons-nous interpréter le récent accord entre le mouvement kurde de Syrie et le nouveau gouvernement syrien ? Marque-t-il la fin d’une décennie d’administration autonome kurde dans le nord-est de la Syrie ? Ou s’agit-il simplement d’un arrangement temporaire, destiné à rejoindre la longue liste d’accords au Moyen-Orient annoncés comme définitifs, pour finalement s’effondrer peu après ? Répondre à cette question nécessite une évaluation à la fois de la nature de l’accord lui-même et des circonstances qui y ont conduit.

Le premier point à constater est que l’accord annoncé vendredi dernier constitue un compromis dans lequel la balance penche en faveur du régime de Damas. C’est un compromis dans la mesure où il a été conclu entre deux parties dont aucune n’a perdu la capacité de continuer à se battre.

En effet, les Forces démocratiques syriennes (FDS), même après avoir été largement réduites à leur noyau majoritairement kurde, conservent encore une force militaire substantielle dans le rapport actuel des forces en Syrie. Elles comprennent des dizaines de milliers de combattants chevronnés – hommes et femmes – motivés par une cause nationale forgée à travers un siècle de partition et d’oppression. De plus, leur colonne vertébrale politique s’appuie sur un courant idéologique qui s’est adapté aux changements historiques, restant ainsi profondément enraciné.

En revanche, les forces du nouveau régime syrien ne sont pas beaucoup plus grandes que les forces kurdes et manquent de cohésion. Elles constituent un conglomérat hybride, composé de Hayat Tahrir al-Cham, d’autres groupes djihadistes (certains non syriens) et de forces directement loyales à Ankara – les unités de la soi-disant Armée Nationale Syrienne.

Cette configuration signifie que l’équilibre des forces en place permettrait au côté kurde de résister aux forces de Damas durant longtemps, à condition de bénéficier d’un soutien extérieur pour éviter l’isolement et l’encerclement.

Cependant, les deux acteurs capables d’apporter un tel soutien ont trahi le mouvement kurde syrien. Le premier, bien sûr, n’est autre que les États-Unis, qui, sous l’administration Trump actuelle, ont décidé de ne plus compter sur les FDS dans la lutte contre l’organisation de l’État islamique et de s’appuyer dorénavant sur la Turquie et le nouveau régime syrien parrainé par Ankara. Le second est le Gouvernement régional du Kurdistan dans le nord de l’Irak, dirigé par la famille Barzani, alliés proches d’Ankara (voir l’article de la semaine dernière, « Les Kurdes et le régime syrien », Al-Quds Al-Arabi, 27 janvier 2026).

Inversement, les forces du nouveau régime de Damas bénéficient d’un soutien turc indéfectible et illimité dans leur confrontation avec le mouvement kurde. Face à cette réalité, les FDS se retrouvent face à deux options amères : capituler ou mener une guerre pour préserver leur dignité – une guerre qui risque de devenir suicidaire, semblable à certaines épopées héroïques, mais finalement vaines, observées à travers l’histoire.

En conséquence, les FDS ont opté pour le compromis afin de gagner du temps, dans l’espoir d’un changement de circonstances, que ce soit au niveau régional – compte tenu de la grande volatilité de la région – ou au niveau international, compte tenu de l’imprévisibilité de Donald Trump, de sa susceptibilité à la pression de Netanyahu qui contrebalance l’influence d’Erdoğan, et de la possibilité donc que sa position puisse encore changer.

Pour sa part, le régime de Damas a également opté pour le compromis plutôt que de mener une guerre féroce dans le nord qui pourrait saper ses efforts pour consolider son contrôle du reste du territoire syrien, ou accroître sa dépendance envers Ankara, nuisant ainsi à son image et limitant ses ambitions.

Le compromis impliquait que Damas abandonne sa demande de dissolution immédiate de l’administration autonome kurde et de ses forces armées, et n’insiste plus pour déployer de grands contingents de forces du régime au cœur des zones contrôlées par les FDS. Au contraire, l’accord prévoit l’initiation de mesures limitées – dont l’interprétation peut encore être sujette à désaccord – vers l’intégration de ces zones dans le cadre militaire, administratif et juridique du nouvel État syrien.

Il ne fait donc guère de doute que le compromis actuel n’a pas résolu le conflit, mais l’a plutôt déplacé d’une phase militaire vers une phase politique. Cette nouvelle phase impliquera une lutte politique qui poursuivra la guerre par d’autres moyens, tout comme la guerre elle-même est une continuation de la politique par d’autres moyens, comme le dit une maxime bien connue.

La partie kurde cherchera à préserver l’autogouvernement de facto qu’elle exerce depuis une décennie, en accomplissement de son aspiration légitime à l’autodétermination, même si cette administration est formellement intégrée à l’État syrien. Pendant ce temps, Ankara fera pression de façon persistante et implacable sur Damas pour qu’il intensifie ses demandes de reddition totale des Kurdes et de soumission à un régime centralisé.

La question est donc de savoir si Washington peut freiner les deux camps – les Kurdes et les Turcs – afin de maintenir la situation dans les limites d’un compromis que chaque camp prétend publiquement accepter.

C’est un pari très incertain. Il est plus probable que la fragilité de l’accord de vendredi dernier devienne bientôt évidente, et que le langage – et peut-être même la pratique – de la guerre l’emportent à nouveau sur le langage du consensus, cet accord étant suivi par d’autres tout aussi temporaires, dans un schéma trop familier dans cette région du monde.

Traduit de ma chronique hebdomadaire dans le quotidien de langue arabe, Al-Quds al-Arabi, basé à Londres. Cet article est d’abord paru en ligne le 03 février. Vous pouvez librement le reproduire en indiquant la source avec le lien correspondant.

* Dernier ouvrage paru Gaza, génocide annoncé. Un tournant dans l’histoire mondiale (La Dispute, 2025).

https://inprecor.fr/

Gilbert Achcar est professeur d’études du développement et des relations internationales à la SOAS, Université de Londres. Il est l’auteur, entre autres, de : le Marxisme d’Ernest Mandel (dir.) (PUF, Actuel Marx, Paris 1999), l’Orient incandescent : le Moyen-Orient au miroir marxiste (éditions Page Deux, Lausanne 2003), le Choc des barbaries : terrorismes et désordre mondial (2002 ; 3e édition, Syllepse, Paris 2017), les Arabes et la Shoah. La guerre israélo-arabe des récits (Sindbad, Actes Sud, Arles 2009), Le peuple veut. Une exploration radicale du soulèvement arabe (Sinbad, Actes Sud, Arles 2013), Marxisme, orientalisme, cosmopolitisme (Sinbad, Actes Sud, Arles 2015), Symptômes morbides, la rechute du soulèvement arabe (Sinbad, Actes Sud, Arles 2017).

Lire la suite

03 février 2026 ~ 0 Commentaire

Gaza (Le Tél)

Cartooning Gaza Kap 26012024-m

Blocage de l’aide à Gaza

Deux Franco-Israéliennes visées par des mandats d’amener en France pour « complicité de génocide »

Selon l’AFP, deux militantes franco-israéliennes sont visées par un mandat d’amener de la justice française dans le cadre d’une enquête pour « complicité de génocide ».

Deux militantes franco-israéliennes sont visées par un mandat d’amener de la justice française dans le cadre d’une enquête pour « complicité de génocide », soupçonnées d’avoir participé à des actions de blocage de l’aide humanitaire à Gaza, a-t-on appris de source judiciaire.

C’est la première fois qu’une juridiction nationale se prononce sur des faits de complicité de génocide à travers le blocage de l’aide humanitaire
.

Délivrés en juillet 2025

Ces mandats d’amener ont été délivrés fin juillet 2025 contre l’avocate Nili Kupfer-Naouri de l’association Israël Is Forever et Rachel Touitou de l’organisation Tsav 9, dans le cadre d’une information judiciaire ouverte à Paris, a-t-on encore appris, confirmant une information du Monde.

02 février 2026

https://www.letelegramme.fr

Lire la suite

03 février 2026 ~ 0 Commentaire

Landerneau (OF)

BDS9-copie

Appel à la grève au lycée de l’Elorn

Soutien au professeur convoqué pour un drapeau palestinien

Les sections syndicales du lycée de l’Elorn, à Landerneau (Finistère) appellent à la mobilisation, lundi 9 février 2026, en soutien à un professeur convoqué par le Rectorat pour avoir affiché un drapeau palestinien sur son casier. Au lycée de l’Elorn, à Landerneau, les sections syndicales dénoncent une atteinte à la liberté d’expression, après la convocation d’un professeur par le Rectorat, pour avoir affiché un drapeau palestinien.

Au lycée de l’Élorn, à Landerneau (Finistère), plusieurs syndicats d’enseignants (FO, SNES, SUD Éducation 29) apportent leur soutien à un professeur convoqué par le rectorat le 9 février 2026. En cause : l’affichage d’un drapeau palestinien sur son casier en salle des professeurs et d’une brochure d’ONG sur la situation sanitaire à Gaza.

Rassemblement lundi 9 février

Les organisations syndicales dénoncent une atteinte à la liberté d’expression et au droit syndical, rappelant que la salle des professeurs est un espace réservé aux personnels. Elles jugent la convocation inacceptable et appellent à la mobilisation : Pour montrer leur solidarité, ils et elles appellent tous les personnels à se mettre en grève et à rejoindre les rassemblements qui seront organisés le lundi 9 février 2026.

Kloé Marin 02/02/2026 

https://www.ouest-france.fr/

Lire la suite

03 février 2026 ~ 0 Commentaire

Taylor Rehmet (Le Huff’)

taylor

Même ces électeurs du Texas infligent un revers historique à Donald Trump

Dans la circonscription de Fort Worth, fief républicain depuis toujours, c’est le démocrate Taylor Rehmet qui remporte le poste de sénateur. Et plutôt largement.

Un signal d’alerte de plus pour les républicains. Dans le très conservateur État du Texas, c’est bien un démocrate qui s’est imposé lors d’une élection partielle au Sénat, dans un district qui était resté jusque-là un bastion du parti de Donald Trump.

Comme le rapporte Associated Press ce dimanche 1er février, Taylor Rehmet s’est en plus de ça imposé avec une avance confortable de plus de 14 points face à Leigh Wambsganss, dans la circonscription de Fort Worth. Dans celle-ci, lors de l’élection présidentielle de 2024, Donald Trump l’avait pourtant emporté facilement avec près de 57 % des voix face à Kamala Harris.

Le siège de sénateur de cette circonscription n’avait pas été disputé en 2024, car il n’était pas à pourvoir à ce moment-là. Ce n’est qu’après la démission de Kelly Hancock en juin 2025, après une douzaine d’années d’occupation du poste, que Taylor Rehmet a finalement pu être élu en ce début de mois de février, dans un contexte largement défavorable aux républicains après les événements récents à Minneapolis.

« Cette victoire profite aux gens ordinaires, aux travailleurs », a publié sur X le démocrate, partageant une vidéo de célébration depuis son quartier général.

Une victoire à confirmer lors des midterms en novembre

Cet ancien membre de l’armée de l’air et machiniste de profession a axé son programme sur la réduction des coûts, le soutien à l’éducation publique et la protection de l’emploi. Durant sa campagne, il a notamment bénéficié du soutien du Comité national démocrate et de VoteVets, une association d’anciens combattants qui a annoncé avoir dépensé 500 000 dollars en publicités pour le faire élire.

Taylor Rehmet devra toutefois désormais l’emporter une nouvelle fois lors des midterms en novembre pour conserver son siège pour un mandat complet de quatre ans.

Côté républicain, la veille, Donald Trump avait exhorté sur ses réseaux sociaux les électeurs à se mobiliser pour soutenir Leigh Wambsganss, qu’il avait qualifiée « d’entrepreneuse à succès » et lui avait assuré son « soutien indéfectible ».

La victoire de Taylor Rehmet confirme la bonne forme des démocrates dans les urnes. Depuis l’an dernier, ils ont ainsi remporté plus de 20 sièges dans les assemblées législatives des États, lors d’élections partielles ou régulières. Récemment en décembre, ils avaient par exemple gagné un district de Géorgie que Donald Trump avait remporté avec une avance d’environ 12 points à la dernière présidentielle.

Vincent Gibert 01 02 2026

https://www.huffingtonpost.fr/

Note:

Il est aussi syndicaliste et président de son syndicat, avec un programme « social-démocrate ».

 

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin