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15 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

fukushima (ouest france)

ffukushima

Économie de la mer. Où ira l’eau contaminée de Fukushima ?

L’exploitant de la centrale nucléaire japonaise pourrait rejeter 900 000 m3 d’eau radioactive dans l’océan Pacifique.

La société Tokyo Electric Power (Tepco), propriétaire de la centrale nucléaire de Fukushima au Japon, a reconnu publiquement, hier, que l’eau stockée sur le site contenait toujours certains éléments radioactifs. Ce qu’elle niait jusque-là.

À moins de deux ans des JO de Tokyo, cette nouvelle embarrasse le ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie chargé de se débarrasser de cette eau qui s’accumule depuis l’arrêt de la centrale après le tremblement de terre et le tsunami de 2011 : près de 900 000 m3, soit 500 piscines olympiques.

Opposition des pêcheurs

Selon l’exploitant, 84 % de ces volumes auraient une concentration en éléments radioactifs supérieure aux seuils limites et, pour 65 000 m3, la radioactivité dépasserait 100 fois les niveaux définis comme tolérables par l’État japonais.

« Nous allons filtrer une fois de plus l’eau des réservoirs, afin de ramener sous les seuils limites les éléments en question, avant de la déverser dans l’océan, si une décision est prise dans ce sens », a déclaré le porte-parole de Tepco. Une solution à laquelle s’opposent les pêcheurs et les habitants du littoral, qui craignent que cela ne dissuade les consommateurs d’acheter des produits de leur région.

L’eau s’accumule notamment parce que Tepco a besoin d’en injecter dans les trois réacteurs de la centrale pour conserver le combustible d’uranium fondu à une température qui ne pose pas de danger. De plus, des nappes souterraines provenant des collines voisines pénètrent dans le sous-sol du réacteur où elles se mêlent à des débris hautement radioactifs.

12/10/2018

https://www.ouest-france.fr/

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15 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

yémen (global voices)

yemen

Au Yémen, la guerre, le changement climatique et la mauvaise gestion, tous responsables de la crise de l’eau

Le Yémen, pays où se déroule l’une des pires crises humanitaires dans le monde, fait face à une importante pénurie d’eau : d’après l’UNICEF, 16 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable dans le pays.

“Qu’est ce qui est pire que d’être privé du plus basique des droits de l’homme, l’eau ?” se demande Shoushou, une jeune activiste de la capitale Sanaa, lors d’un entretien avec Global Voices. Sanaa fait partie des dix villes les plus pauvres en eau du monde et elle court le risque de voir cette ressource se tarir d’ici quelques années. Un Yéménite utilise 95% d’eau en moins qu’un Américain moyen.

Trois années de guerre ont incontestablement affecté les sources d’eau, les réservoirs et les conduites ayant été régulièrement visés. En février 2016, des avions saoudiens auraient bom-bardé et détruit un bassin qui approvisionnait 30.000 Yéménites en eau potable. C’était peu après le bombardement d’une importante usine de désalinisation dans la ville de Mocha, un raid apparemment mené lui aussi par la coalition sous commandement saoudien.

Néanmoins, une mauvaise gestion explique également la détérioration de la situation.

Forer pour atteindre des nappes phréatiques limitées est depuis longtemps la norme pour le gouvernement yéménite et il est assez improbable de voir les autorités mettre en place des stratégies plus responsables alors que la guerre fait rage. “Je tiens le gouvernement respon-sable de ne pas avoir géré et supervisé la crise de l’eau. Personne ne se préoccupe du peuple,” déclare Shoushou à Global Voices.

Alors que les nappes phréatiques se sont considérablement appauvries, le climat au Yémen semble être de plus en plus aride. En 2009, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimen-tation et l’agriculture prévoyait que le Yémen pourrait devenir le premier pays au monde à épuiser l’intégralité de ses ressources en eaux souterraines. L’eau est déjà très chère dans le pays, où les citoyens ordinaires dédient plus de 30 % de leurs revenus à l’approvisionnement en eau de leurs maisons. C’est le taux le plus élevé du monde.

Alors que la crise s’intensifie, les combattants utilisent l’eau comme une arme.

Qu’elles soient houthistes ou soutenues par l’Arabie Saoudite, les forces en présence ont à de nombreuses reprises bloqué des livraisons d’aide humanitaire constituées d’eau et de nourri-ture, ne laissant d’autres choix aux Yéménites que de stocker autant d’eau que possible, la plupart du temps dans des conditions insalubres.

Au Yémen, se procurer de l’eau est également un défi. Lorsque les sources sont situées loin des villes ou villages, la responsabilité d’aller chercher de l’eau tend à peser sur les femmes et les filles. Le long trajet les rend vulnérables au harcèlement sexuel, elles risquent de se noyer dans les réservoirs à ciel ouvert ou de faire des fausses-couches à cause du poids des bidons qu’elles doivent porter. Les jeunes filles qui ne sont pas capables de porter de lourdes charges doivent souvent faire plusieurs voyages. Cette mission peut prendre toute une journée, les empêchant ainsi d’aller à l’école.

Épidémies de choléra

Le stockage inapproprié de l’eau a causé une épidémie de choléra au Yémen, la plus vaste et la plus rapide jamais répertoriée. Plus de 1,1 million de cas suspects ont été répertoriés depuis avril 2017, et 2.300 décès liés à cette maladie. Un Yéménite sur 62 est touché par le choléra, dont une grande partie des enfants de moins de sept ans. Les hôpitaux déclarent recevoir chaque jour entre 60 et 70 cas suspects.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) met en garde contre une possible troisième vague de choléra après deux importantes flambées ces dernières années. Heureusement, traiter le choléra est relativement facile, une combinaison d’antibiotiques et de liquides intraveineux étant généralement suffisante pour remédier aux cas les plus graves. Le traitement doit cependant débuter rapidement après l’apparition des symptômes, car sinon l’infection peut être fatale.

Le manque d’accès aux soins pose un problème pour les traitements : en 2017, quasiment 17 millions d’habitants n’avaient pas accès aux services de santé de base et seulement 45% des établissements de santé du pays sont actuellement opérationnels. Malgré les efforts de programmes internationaux pour les droits de l’homme, tels que l’UNICEF ou l’OMS, cette pénurie laisse de nombreux Yéménites sans traitements. Les bombardements aériens d’août 2018 n’ont pas seulement tué une douzaine de personnes, ils ont également endommagé l’hôpital Al Thawra à Al-Hodeïda.

En moyenne 50.000 consultations sont réalisées chaque mois à l’hôpital Al-Thawra, qui est également un centre majeur de traitement du choléra. Après l’attaque, les cas de choléra à Al-Hodeïda ont augmenté de près d’un tiers.

Projet communautaire

Le projet #سقيا_1000‬⁩ vise à fournir de l’eau gratuitement à ceux qui en ont besoin. Lancé en novembre 2017, le projet a pour objectif de remplir 1.000 réservoirs d’eau dans la capitale Sanaa et ses environs. Il a atteint son but en février 2018 : le programme bénéficie aujourd’hui à 6.194 familles, soit 39.789 personnes.

Les activistes installent également de nouvelles cuves et procèdent périodiquement au nettoyage et à la maintenance des réservoirs nouveaux et existants. Jusqu’ici, ils ont mis en place 14 nouvelles cuves, en ont rempli 74 et ont aidé à en entretenir 21 existantes. L’ensem-ble du projet est basé sur des dons de personnes au Yémen ou de l’étranger. C’est leur unique source de financement.

Omar Mohamad, un militant yéménite impliqué dans le projet, a ainsi expliqué à Global Voices : Le projet a débuté sur les réseaux sociaux. Nous avons reçu le soutien de personnes au Yémen et à l’étranger. Ce soutien a été la raison principale de notre réussite. Nous n’avons reçu aucune aide d’aucun parti politique.

Grâce à Dieu, nous avons atteint notre objectif en février 2018. Après cela, le mouvement s’est transformé en un projet qui s’assure régulièrement que les réservoirs sont remplis. Durant la première partie de l’année, la mission s’est déroulée parfaitement et comme prévu. Cependant, depuis peu il y a un manque de soutien et la pénurie s’intensifie de jour en jour. Nous recherchons par conséquent des ressources alternatives auprès de commerçants ou de donateurs pour soutenir ce projet.

Nous présentons nos condoléances au peuple du Yémen à la suite de l’attaque de l’hôpital Al-Thawra à Al-Hodeïda. Selon les premières estimations, 14 personnes seraient mortes et 30 autres blessées (ces chiffres devraient augmenter à mesure que la situation évolue).

Romy Haber Traduit par Yann Leymarie   9 Octobre 2018

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15 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

aide afrique (alternative libertaire)

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L’aide publique au développement… des intérêts français

L’aide publique au développement (APD) est en général présentée comme un instrument politique nécessairement généreux et utile

Nombre d’ONG militent pour une augmentation de celle-ci. Or, loin d’être un « moindre mal », l’APD est un rouage essentiel de la politique (néo)coloniale, et donc une partie du problème. Passons rapidement sur le coté fourre-tout de ce que l’État comptabilise en APD pour atteindre 8,6 milliards d’euros en 2016:

Des annulations et rééchelonnements de dettes pour les rendre « soutenables », parfois liés à des mécanismes de ré-endettement ; l’assistance technique dont les impressionnants salaires des coopérant.es, les frais d’écolage c’est-à-dire liés aux études en France d’étudiants origi-naires de pays en développement, les frais liés aux réfugiés, mais aussi le financement d’éta-blissements scolaires français à l’étranger, de la recherche française sur le développement…

Au-delà des chiffres, les effets de l’aide sur le terrain peuvent se révéler néfastes aux pays « bénéficiaires ».

Dans le domaine économique, les finalités de l’APD sont plus souvent d’ouvrir les économies locales aux marchés internationaux que de développer leurs capacités à répondre aux besoins des populations.

Sans compter les effets culturels et sociaux pervers de l’APD désormais largement documen-tés : alimentation de la corruption, orientation du développement selon les normes et les critè-res des donateurs, focalisation des administrations et de la société civile sur les financements extérieurs, encadrement des populations par une armée d’experts internationaux, et au final, création et entretien d’effets de dépendance.

Malgré l’implication d’acteurs convaincus du bien fondé de leur action sur le terrain, cette politique, régulièrement l’objet de réformes techniques mais sans remise en cause de ses fondements, apparaît donc inefficace voire contre-productive vis-à-vis de ses objectifs officiels de lutte contre la pauvreté. D’autant que face aux nuisances et pillage des ressources dont souffrent les pays dits « en développement », l’APD ne représente qu’une goutte d’eau.

La bienveillance de l’aide au développement montre des limites.

De plus, l’APD se révèle également être un des outils de la captation des ressources de l’Afrique au profit de nos entreprises : « rechercher [...] les moyens de conjuguer le soutien à des projets de développement et la création d’un écosystème favorable aux intérêts français » écrivait le ministère des Affaires étrangères en 2014… L’APD est également un levier favori-sant le rayonnement de la France à travers le monde par la promotion de sa langue et de sa culture.

En février 2014, Pascal Canfin (alors ministre de la Coopération) avait déclaré devant l’Assemblée nationale que « l’objectif de l’aide, c’est de permettre aux pays bénéficiaires de pouvoir un jour s’en passer », plagiant le Burkinabè Thomas Sankara qui, lui, avait joint les actes à la parole. Mais la France est­-elle capable de s’en passer ?

Pauline Tetillon (association Survie) et Noël Surgé (AL Carcassonne) 11 octobre 2018

http://alternativelibertaire.org/

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10 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

mamm douar (via campesina)

mamm

Ne touchez pas à Mère Nature!

110 organisations et mouvements civils demandent l’arrêt immédiat de la géo-ingénierie climatique.

Dans un Manifeste ayant reçu un grand appui et qui a été diffusé aujourd’hui, 23 organisations internationales, 6 récipiendaires du prix Nobel alternatif et 87 organisations nationales prove-nant de 5 continents ont appelé à un arrêt des tests et à la prise en compte des effets politi-ques de la géo-ingénierie climatique. Parmi les signataires figurent notamment des mouve-ments issus des peuples autochtones, des agriculteurs ainsi que des réseaux se consacrant à la justice climatique et à la protection de l’environnement.

Le Manifeste a été diffusé en même temps que la rencontre du Groupe d’experts inter-gouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en Corée du Sud, laquelle visait à débattre du nouveau rapport portant sur la manière de limiter le réchauffement climatique à 1.5 degrés Celsius.

Plusieurs prédisent que le rapport va promouvoir l’usage controversé et non-éprouvé de techniques de géo-ingénierie climatique.

La géo-ingénierie climatique fait référence à une série de solutions techniques et théoriques s’appliquant à grande échelle et visant à réduire les changements climatiques, ce qui pourrait avoir des effets dévastateurs sur l’environnement, les écosystèmes et les communautés du monde entier.

Les défenseurs de ces pratiques affirment que la géo-ingénierie atténuerait les symptômes du changement climatique en abaissant les températures de la Terre soit en bloquant une partie des rayons du soleil ou en réfléchissant la lumière du soleil dans l’espace, ou encore en capturant le dioxyde de carbone dans l’atmosphère pour le stocker indéfiniment sous terre ou dans les océans.

Le concept est largement promu par un petit groupe de gouvernements, de corporations et de scientifiques parmi les pays les plus puissants et les plus polluants. Lesquels ont mené la recherche dans le domaine de la géo-ingénierie ainsi que le lobbying afin de faire de la géo-ingénierie la réponse politique au changement climatique, menant plus récemment à des expériences à ciel ouvert pour tester ces technologies.

Les signataires du manifeste contestent les bénéfices proclamés issus de la géo-ingénierie et souhaitent mettre en évidence le grand risque posé par ces technologies, dont le fait que leur déploiement pourrait empirer les impacts des changements climatiques. (Résumé)

5 octobre 2018

https://viacampesina.org/

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10 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

ujfp (mee)

affiche.petit

En France, l’Union juive française pour la paix fait entendre une autre parole juive

Depuis 1994, l’UJFP construit sa voie sur la question de l’antiracisme politique et la dépossession des Palestiniens.

Des causes à contre-courant des positions officielles françaises, et surtout du discours du CRIF, réputé proche d’Israël. Paris, 12e arrondissement, librairie La Brèche. Entre les rayonna-ges où s’amoncèlent les livres sur la révolution russe de 1917 et la Commune de Paris de 1870, Gramsci côtoie Michel Foucault, lequel voisine avec Derrida. La seconde édition du livre collectif de l’Union juive française pour la paix (UJFP), Une Parole juive contre le racisme, trône sans trancher avec tous ces ouvrages pointus de philosophie politique.

« Le racisme, est-ce une simple affaire d’individus, voire de groupes ? N’est-ce pas plutôt un outil utilisé par le pouvoir pour dominer ? » Extrait d’Une Parole juive contre le racisme

La seconde édition de ce livre tient tout autant du manifeste sur l’antiracisme politique que du manuel didactique à l’intention du personnel éducatif et des jeunes Français, public à qui il est d’abord destiné.

Dans cet essai, l’UJFP ne dissocie pas la question palestinienne de la problématique du racisme en France. Elle parvient même à les articuler dans une réflexion qui interroge autant la diplomatie de la France que sa politique vis-à-vis de ses minorités, quelles qu’elles soient.

« Porter une parole juive dont nous ressentions être privés »

L’UJFP est une association qui s’est donnée pour ligne, comme il est rappelé dès l’introduction du livre, de « soutenir les droits de tous les êtres vivant en Israël et dans les territoires occupés palestiniens, voulant porter une parole juive dont nous ressentions être privés par la prétention des dirigeants d’Israël de parler au nom des juifs du monde entier ».

Dès l’introduction, le livre précise : c’est « la montée du racisme » qui a conduit l’UJFP à « défendre en même temps ces mêmes droits humains ici et maintenant en France ». Et si, selon l’association, « l’antisémitisme n’a pas disparu », « nous devons aussi constater que les principales victimes du racisme ne sont plus les juifs […] quand l’islamophobie se déchaîne, quand la négrophobie est quotidienne […] ».

L’ouvrage le revendique ainsi clairement : « la lutte contre le racisme est indivisible ».

« L’UJFP se bat contre le racisme et non pas contre le racisme et l’antisémitisme », explique le coordinateur du livre, Dominique Natanson. « Cette dissociation suppose qu’il y aurait, à cause de la Shoah, un racisme suprême, l’antisémitisme. Nous refusons ainsi ce distinguo […]. »

« […] les principales victimes du racisme ne sont plus les juifs […] quand l’islamophobie se déchaîne, quand la négrophobie est quotidienne […] ». Extrait d’Une Parole juive contre le racisme

Une Parole juive contre le racisme aborde de front les questions qui font depuis quelques années vaciller, voire trembler, la France sur son socle républicain du « vivre-ensemble ». « Le racisme, est-ce une simple affaire d’individus, voire de groupes ? N’est-ce pas plutôt un outil utilisé par le pouvoir pour dominer ? », interrogent les auteurs.

Pour l’UJFP, la lutte contre le racisme n’est pas une simple affaire morale, réduite à la peur, l’ignorance ou la bêtise de chacun, mais une véritable problématique politique. Cette démarche suppose de montrer et dénoncer les mécanismes de pouvoir qui jouent de ce racisme. Voire le favorisent. Et dans les cas extrêmes, en tirent leur propre légitimation.

Antisémitisme ou antisionisme ?

Autre point sur lequel s’engage fermement l’UJFP, la distinction entre antisémitisme et antisio-nisme. « Fondamentalement, l’antisionisme, c’est l’idée que le sionisme a créé une société raciste et discriminatoire. Et qu’une paix fondée sur l’égalité des droits est antinomique avec l’existence d’États basés sur l’origine ethnique ou la religion », rappelle Une Parole juive contre le racisme.

« […] dans les quartiers populaires et au-delà, se développe un anti-israélis-me, c’est-à-dire un rejet profond de la politique coloniale et discriminatoire envers le peuple palestinien menée par l’État d’Israël », précise le livre.

« Parfois, cette opposition [à Israël] s’exprime comme une opposition aux juifs, tant Israël se prétend l’État des juifs du monde entier, que les représentants les plus médiatiques de la ‘’communauté’’ juive soutiennent cet État dans toutes ses actions y compris criminelles, et que les dirigeants de notre propre pays s’opposent à toute sanction contre cet État » Extrait d’Une Parole juive contre le racisme

« Il est vrai que parfois, cette opposition s’exprime comme une opposition aux juifs, tant Israël se prétend l’État des juifs du monde entier, que les représentants les plus médiatiques de la ‘’communauté’’ juive soutiennent cet État dans toutes ses actions y compris criminelles, et que les dirigeants de notre propre pays s’opposent à toute sanction contre cet État, pratiquant un ‘’deux poids, deux mesures’’ ».

Pour Dominique Natanson, « si les préjugés antisémites existent dans la société française, ils sont en très forte régression. Les sondages montrent que les juifs, parmi tous les racisés, sont la catégorie la moins rejetée. […] Toute cette théorie de ‘’nouvel antisémitisme’’ est basée sur la défense d’Israël, car elle suppose que toute critique d’Israël est antisémite. Pourtant, un sondage récent a montré que la catégorie politique la moins touchée par l’antisémitisme est celle qui est la plus critique envers la politique d’Israël ».

Pour celui qui fut aussi le co-président de l’UJFP, cette idée que la critique de l’État d’Israël serait par nature antisioniste puis, par glissement, antisémite, trouverait ses racines dans l’impérialisme occidental : « J’ai longtemps pensé qu’il y avait une culpabilité occidentale qui expliquerait le soutien occidental à Israël. Je pense désormais que ce soutien tient à des ques-tions impérialistes. Israël est faible et chaque fois qu’il s’est fait taper sur les doigts par ses protecteurs occidentaux, il a obtempéré.

« Les Israéliens ont peur de ne plus avoir peur. […] La peur est un ciment pour ce pays, sinon il imploserait » Dominique Natanson, ex co-président de l’UJFP

« En outre, les Israéliens ont peur de ne plus avoir peur. Ils voient même de l’antisémitisme dans des manifestations pacifiques, comme récemment à Gaza. La peur est un ciment pour ce pays, sinon il imploserait. »

Le mot « apartheid » est aussi utilisé dans Une Parole juive contre le racisme pour qualifier le sort fait aux Palestiniens. « Des faits en Palestine rappellent ce crime, estime Dominique Natan-son. La ségrégation spatiale, la création de zones qui pourrait s’apparenter à des bantoustans. Si on rapporte les financements publics aux habitants, les Arabes israéliens reçoivent 4 % alors qu’ils sont 20 % de la population.

« La ségrégation est diffuse. Par exemple, les Arabes de citoyenneté israélienne sont dispen-sés du service militaire. Or, pour certains emplois, accès à des bourses universitaires, il y a obligation de l’avoir effectué. »

Qui a peur de l’Union juive française pour la paix ?

Les positions de l’UJFP tranchent ainsi nettement avec celles du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), l’autre voix juive, jugée en France « représentative ». Mais l’est-elle vraiment ? « Beaucoup [de juifs français] pensent que la voie de Netanyahou est une erreur mais n’osent pas en parler publiquement. Pourtant, aux États-Unis, les digues sont rompues et certains juifs américains sont très critiques de la politique israélienne »

Dominique Natanson relève que « peut-être un quart des juifs se reconnaissent dans les positions du CRIF ; mais même là, cela est difficile à dire car les statistiques ethniques sont interdites en France ».

Une vraie évolution idéologique et dans le soutien à Israël s’est observée chez les juifs de France, note-t-il.

« Longtemps, ils ont été plutôt de gauche, très antiracistes. Après 1967, il y eut comme un engouement autour de la défense d’Israël chez les juifs de France. On a aussi observé une droitisation du CRIF, qui est passé de Théo Klein à une proximité avec les idées d’extrême droite. Lors de la manifestation pour la mémoire de Mireille Knoll, ceux qui ont protégé Marine Le Pen portaient un écusson de la police des frontières israéliennes. »

Le militant observe par ailleurs comme une « impasse » dans laquelle se trouveraient ses concitoyens de confession juive : « Ils sont sensibles à la distorsion de leurs valeurs par rapport à ce qui se passe en Israël. Beaucoup pensent que la voie de Netanyahou est une erreur mais n’osent pas en parler publiquement. Pourtant, aux États-Unis, les digues sont rompues et certains juifs américains sont très critiques de la politique israélienne. »

Du fait de ses positions, l’UJFP crispe. Dès la première édition d’Une Parole juive contre le racisme, le CRIF envoie une lettre à Manuel Valls, alors Premier ministre, pour se plaindre des subventions publiques qu’il a reçues, précise Dominique Natanson. L’UJFP obtient toutefois une nouvelle subvention du CGET (Commissariat général à l’égalité des territoires) pour publier la seconde édition et réaliser des clips de sensibilisation sur le racisme à destination du jeune public.

Cependant, raconte Dominique Natanson, « le CGET a été furieux en raison de la notion de racisme d’État qui est abordée dans le livre. Il a demandé à ce que soit retiré son logo des clips et a demandé le remboursement de la subvention […] ». Une décision contestée par l’UJFP devant le tribunal administratif. D’autres pressions auraient eu lieu, notamment, « des coups de fils pour dissuader un lycée de recevoir l’UJFP pour une intervention sur le livre ».

L’antiracisme politique, la convergence des causes

Patrick Silberstein, éditeur du livre au sein de la maison d’édition Syllepse, défend la démarche de l’UJFP. Une démarche nécessaire, selon lui, pour « reconstruire la lutte antiraciste ». « Le racisme inter-racisé est aussi le résultat du racisme d’État. À nous de construire notre propre mécanisme pour ne pas reproduire ce mécanisme institutionnel, car le racisme est d’abord une affaire de domination »

« Cette reconstruction n’est possible que si les racisés s’emparent de cette question et s’auto-organisent, explique-t-il. On a appris de la question noire aux États-Unis qu’il fallait passer par une phase de séparation : hommes noirs ensemble, femmes noires ensemble… car chacun porte des problématiques singulières. Chaque groupe doit s’organiser en autonomie puis, de cette organisation, doit naître un mouvement unitaire », estime-t-il.

Un mouvement unitaire ? C’est aussi ce qu’appelle de ses vœux Omar Slaouti, militant antiraciste.

Pour lui, la lutte antiraciste est désormais la question politique centrale. « Même quand on parle de Parcours Sup, par exemple, on en revient au voile de Maryam Pougetoux, laquelle a été renvoyée à son voile. Il y a une crispation identitaire qui se traduit par des lois. Les gouver-nements sociaux-libéraux ont fait le choix de cette crispation identitaire pour mieux évacuer la question sociale. »

Pour Omar Slaouti, cette lutte transversale concerne tout le monde : « […] il faut élargir à d’autres questions : les services publics, les conditions de travail. Un même individu peut subir un ensemble d’exploitations. Mais l’exploitation subie par tous peut être vécue autrement tout en bas de l’échelle si on est racisé. […] Il n’y a pas de césure entre la lutte raciale et la lutte sociale ».

Même analyse pour Saimir Mile de La Voix des Rroms, pour qui « il faut séparer les luttes pour mieux les réunir ». Des travaux de réflexion sont ainsi menés entre l’UJFP, le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), la Voix des Rroms et d’autres associations sur la rénovation de la lutte politique contre le racisme.

Pour Saimir Mile, il s’agit aussi de poser la question du racisme inter-racisés. Négrophobie chez les Arabes, romophobie chez les Arabes et les noirs… et les Roms qui disent « avoir peur des noirs et des terroristes ». Selon lui, « le racisme inter-racisé est aussi le résultat du racisme d’État. À nous de construire notre propre mécanisme pour ne pas reproduire ce mécanisme institutionnel, car le racisme est d’abord une affaire de domination ».

Ces militants rejettent aussi le « racisme mélioratif », à l’instar du philosémitisme, « une forme de mise en avant, mise à l’écart, instrumentalisation pour dire que les juifs sont les vrais répu-blicains, contrairement à d’autres », explique Dominique Natanson. Selon lui, cela est aussi dangereux qu’« assimiler tous les juifs à l’État d’Israël, on crée ainsi de l’antisémitisme. Le rôle de l’UJFP est important pour montrer que cela est faux. »

« Le problème, relève toutefois Omar Slaouti, c’est qu’on n’entend pas suffisamment cette autre voix juive dans les médias. »

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08 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

francophonie (cadtm peuple-breton)

afrique
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L’œuvre négative du néocolonialisme français et Européen en Afrique. La francophonie

La diffusion de la langue française en Afrique est partie intégrante du projet colonial.

Elle fait partie intégrante de l’ « œuvre civilisatrice » que prétendait apporter le colonialisme. La civilisation est, en effet, entendue dans le projet colonial, comme l’extraction de l’homme afri-cain de ses cultures « barbares » pour le faire entrer dans l’histoire et dans la civilisation par l’assimilation. Les indépendances africaines de la décennie 60 voient ainsi arriver au pouvoir des « élites » francophones dans des pays où les cultures et langues maternelles ont été asphyxiées quand elles n’ont pas été réduites à du folklore. Ce qui s’appelle déjà dès l’ère coloniale « francophonie » s’impose rapidement comme politique publique de maintien de la dépendance des élites et d’aliénation des masses populaires africaines.(…)

Langue française et colonisation

(…) Loin d’être isolée, l’idée d’une langue française civilisatrice préside à la création de « l’Alliance française » (dont le titre intégral est : Association nationale pour la propagation de la langue française dans les colonies et à l’étranger) en juillet 1883. La diversité politique des fondateurs de cette institution souligne le consensus colonial quasi-total de l’époque: le général Faidher-be, le cardinal de Lavigerie, Ferdinand de Lesseps, Paul Bert, Louis Pasteur, Ernest Renan, etc. Les objectifs sont, en effet, sans ambiguïtés et sont résumés comme suit deux ans après la création de l’institution coloniale : « Par l’école, vulgariser l’usage du français dans nos colo-nies et nos protectorats ; par l’école, soutenir le prestige de la France dans les contrées barbares [sic] où il domine depuis longtemps, particulièrement dans les pays musulmans du Levant ; etc [3]. »

La troisième république laïque n’hésite pas à s’appuyer sur l’Église pour diffuser cette langue française que l’on considère nécessaire à la « conquête des esprits » devant parachever la conquête militaire. « Les missionnaires doivent être des agents de l’influence française par la diffusion de la langue. […] L’objectif fixé aux écoles confessionnelles est précis et limité : [faire des élèves] des auxiliaires de la colonisation [4] » résume le prêtre et historien Joseph Roger Benoist. Le chercheur en sciences sociales Raberh Achi évoque même une « exception coloniale à la laïcité ».

Il n’y a donc aucun projet de scolarisation généralisée des colonisés mais volonté de créer une « élite » francisée au service de la colonisation.

« Les autorités françaises utilisaient ces élites comme instruments de leur domination sur les masses indigènes. Elles espéraient également qu’elles guideraient par leur exemple l’évolution de leur société dans la voie de l’association, du rapprochement, voire de la « fusion des races  [5] » analyse l’historien Guy Pervillé. Faisant le bilan de l’œuvre civilisatrice française dans les colonies en 1943, l’historien et directeur de l’école coloniale en Afrique Occidentale Française de 1926 à 1943, Georges Hardy insiste sur la fonction politique de cette élite indigène.

L’auteur développe dans ses thèses l’idée d’une limitation de l’accès à l’enseignement à une infime élite. Une ouverture plus large aurait des effets dangereux pour le système colonial.

Un grand soin est apporté à la production de cette élite conçue comme chainon entre le colonisateur et le colonisé. On se préoccupe par exemple de leur mariage avec la création d’écoles féminines visant à produire les épouses de ces « évolués » : « C’est un malaise de constater le nombre croissant de jeunes hommes instruits et le petit nombre de femmes éduquées que nous plaçons à côté d’eux […].

Qui épouseront-ils tous ces médecins, ces comptables, ces employés de postes et quantité d’hommes évolués que nous créons à jets continus suivant les besoins de la colonie [8]. » Il s’agit bien de produire un groupe social spécifique culturellement et socialement attaché à la culture et à la langue du colonisateur.

L’enseignement offert à cette élite évoluée est articulé à un processus d’alié-nation qu’un livre consacré à « l’aliénation colonialiste » en Algérie décrit comme suit en 1961 :

« Convaincre les indigènes de leur infériorité, à tous égards par rapport aux français est selon lui (Cavaignac) le devoir fondamental des dirigeants de l’entreprise en Algérie ». Complexe qu’on s’est efforcé de créer surtout chez ceux qui ont eu le privilège des bancs de l’école. En effet, chez ces derniers les enseignants et la propagande officielle ont contribué à faire exister, valoriser, admirer en exclusivité comme étant le bien et le beau absolus, le patrimoine de la France : sa culture, son histoire, ses héros, ses poètes, ses savants, ses coutumes, sa mode vestimentaire, etc., en bref la civilisation française. Par là même, tout a concouru à nier l’exis-tence d’autres valeurs, à refuser toute qualité à ce qui n’est pas français ou au moins occidental et en premier lieu donc, à tout ce qui est algérien [10].

La confrontation avec l’injustice coloniale conduira une partie non négligeable de cette élite au combat pour l’indépendance.

Cependant les socialisations scolaires et les habitus continuent de les rattacher à l’ancienne puissance coloniale : habitudes de vie, modes de consommation, contenus des enseigne-ments, réseaux d’amis, souvenirs de voyages et/ou d’études en France, capital de lectures et donc système de références, etc. Le dispositif institutionnel de la francophonie s’appuie sur cette dépendance culturelle pour la faire perdurer et la renforcer au-delà les indépendances.

La toile d’araignée francophone

Si Onésime Reclus est présenté par le discours officiel de la francophonie comme le père fondateur du concept, l’événement fondateur pour la « mythistoire francophone [11] » est la publication en 1962 du numéro de la revue Esprit intitulé « Le français, langue vivante ». Si le numéro de la revue Esprit est réellement une défense de la francophonie à laquelle participent des chefs d’État de l’ancien empire colonial, il n’est pas contrairement à l’affirmation officielle « l’acte de naissance ».

Deux ans plus tôt le gouvernement français prenait l’initiative de créer la « Conférence des Ministres de l’Éducation des pays africains et malgache d’expression française » (Confemen) qui est de ce fait la première institution intergouvernementale francophone postcoloniale. Cette institution qui regroupe à sa naissance 15 États (c’est-à-dire la plupart des pays de l’ancien empire colonial africain français et la France) se réunit tous les deux ans pour « pour tracer les orientations en matière d’éducation et de formation au service du développement [13] ».

Le choix de l’éducation nationale comme premier terrain de la francophonie n’est, bien entendu, pas anodin.

La colonisation et sa scolarisation sélective ont suscité une soif et une attente de scolarité qu’aucun État nouvellement indépendant ne peut ignorer. La légitimité politique passe, entre autre, au moment des indépendances, par une démocratisation de l’enseignement. De fait tous les États nouvellement indépendant d’Afrique, quel que soit leur orientation politique mettront en place une telle orientation qui en quelques années donneront des résultats laissant loin derrière toute « l’œuvre scolaire » coloniale.

Dans ce contexte l’enjeu devient dès lors le contenu et la langue de cette scolarisation.

En témoigne la passe d’arme lors de l’inauguration de l’Université de Dakar le 9 décembre 1959 entre le recteur français Lucien Paye et le président de l’Union générale des Étudiants d’Afrique occidentale (UGEAO) Daouda Sow. Le premier déclare : « Est-il plus noble program-me que celui auquel le Conseil de l’université, lors de sa récente séance, apportait une adhésion unanime : « Être une université française au service de l’Afrique ? »

Le second lui rétorque : « L’Université de Dakar se doit de porter, selon nous, un cachet typiquement africain. On y doit sentir battre le cœur de l’Afrique d’hier et de demain. Vous comprenez alors que notre souhait demeure de voir cette université devenir un foyer de chercheurs à vocation africaine, mais au service de l’Universel et de la vérité [14]. »

L’auteur à qui nous empruntons ces citations, l’historien ivoirien Chikouna Cissé, analyse comme suit la stratégie française de ces premiers pas de la francophonie postcoloniale :

Confrontée à l’exaltation de la ferveur panafricaniste, la France choisit de resserrer les liens avec ses anciennes colonies, au début des années 1960, à des fins de contrôle politique. Ce bornage du pré-carré trouva son expression tangible dans la multitude de rencontres des ministres de l’Éducation d’expression française où l’on pouvait noter souvent, une surrepré-sentation française. Dix-huit conférences, selon le décompte de l’historien Laurent Manière, réunirent Français et Africains entre 1960 et 1969, dans le cadre de la signature et de l’application d’accords de coopération signés [15].

Cette première institution francophone inscrite dans les accords de coopération (dont nous avons soulignés la dimension néocoloniale dans une livraison antérieure [16]), sera suivie de nombreuses autres. L’ensemble des champs éducatif, sportif, médiatique et culturel sont désormais couvert par le réseau institutionnel francophone. Outre leurs propres réseaux, ces institutions peuvent s’appuyer sur le plus que centenaire réseau des « Alliances Françaises » qui regroupe 835 agences en 2018 dont 115 en Afrique couvrant 35 pays.

Pour couronner l’ensemble du dispositif des « Sommets des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage », plus connus sous le nom « Sommet de la Franco-phonie » se réunissent à partir de 1986 tous les deux ans.  Le dernier sommet de 2016 a ainsi vu la participation de 54 États membres, 4 membres associés et 26 observateurs (dont 31 pays africains).

Les mécanismes de la dépendance

La question et le problème que pose la Francophonie n’est, bien entendu pas réductible à la question de l’usage du français. L’approche essentialiste de la langue n’aide en rien à comprendre l’enjeu posé par la francophonie néocoloniale.

Comme le souligne Kateb Yacine, la langue de l’ancien colonisateur, peut s’appréhender comme un « butin de guerre » pouvant être mis au service de l’émancipation. Après tout de nombreux leaders des indépendances ont subvertit les enseignements appris à l’école colo-niale française pour les mettre au service de la libération de leurs pays. Il ne s’agit donc pas de rejeter une langue en soi mais d’interroger les mécanismes d’un dispositif institutionnel politique et ses conséquences sur les États africains.

Le refus de l’essentialisme en matière de langue ne doit cependant pas nous amener à faire l’erreur exactement inverse c’est-à-dire ne considérer celle-ci que comme un instrument de communication neutre rendant toutes les langues interchangeables sans conséquences.

La langue est un système […] par le biais duquel les membres d’une communauté se repré-sentent la réalité (physique, psychologique, sociale, conceptuelle, virtuelle, etc.), communi-quent entre eux et s’identifient culturellement [18] » explique le chercheur canadien en sciences de l’éducation Pierre Legendre.

« Il est clair que la langue est nécessaire à la constitution d’une identité collective, qu’elle garantit la cohésion sociale d’une communauté, qu’elle en constitue d’autant plus le ciment qu’elle s’affiche [19] » complète le linguiste français Patrick Charaudeau. On ne change pas de langue comme de lunettes. Celle-ci apporte au sujet une dimension culturelle et identitaire, une vision du monde résultat d’une expérience historique collective. Elle inscrit le sujet dans une filiation et une histoire.

Bien entendu la langue est une réalité vivante mutant avec l’expérience collective du groupe qui la parle.

L’utilisation d’une même langue ne signifie donc pas en soi une similitude des identités. Qu’un sénégalais ou un québécois parlent le français ne signifient donc pas qu’ils ont la même iden-tité. Cependant la présence d’une situation et de rapports de domination ouvre un processus d’aliénation qui à son tour alimente et renforce la domination. C’est pourquoi le choix de la langue nationale n’est jamais une question secondaire et c’est aussi la raison d’une telle insistance à promouvoir la francophonie de la part de l’ancienne puissance coloniale.

Sur le plan de chaque nation la question linguistique s’articule à la question des classes sociales du fait d’une maîtrise inégale de la langue officielle selon l’appartenance sociale.

Le romancier kenyan N’Gugi wa Thiong’o explique comme suit sa décision de ne plus écrire en anglais pour écrire désormais en Kikuyu et en kiswahili : « Coupée du peuple [la littérature des premières décennies des indépendances], prisonnière des barrières linguistiques héritées du colonialisme, la nouvelle littérature échouait à rassembler au-delà d’une frange d’étudiants, de professeurs et de fonctionnaires en tous genres [20]. ».

Autrement dit l’inégalité de maîtrise de la langue nationale contribue au renforcement des pouvoirs néocoloniaux. « Préconiser la francophonie dans le cadre d’un enseignement de classe destiné à for­mer une élite de technocrates, c’est vouloir tout simplement perpétuer le système de relais de domination entre l’ancienne métropole et les peuples exploités [21] » résume Hassan Benaddi un des animateurs de la revue progressiste marocaine Souffles. Pour prévenir les critiques il précise : « clamons-le encore nous sommes contre la Francophonie et seuls les messieurs Jourdain du néo-colonialisme oseront désormais nous traiter de francophobes [22]. »

La figure de Senghor illustre pleinement la dimension aliénante de la franco-phonie dominante c’est-à-dire celle qui fonctionne réellement et concrètement.

Celui qui est présenté avec le tunisien Habib Bourguiba comme un des « fondateurs » de la francophonie) défend la thèse d’une symbiose harmonieuse entre le français (langue officielle) et les six langues nationales (le wolof, le serere, le diola, le peul, le manding, le soninke). Pourtant plus de cinquante ans après l’indépendance le français reste la langue de l’élite, de ses institutions et du pouvoir, alors que les langues nationales sont la langue des masses et de la rue.

Un de ses arguments est le nombre important de langues africaines empêchant d’en choisir une (c’est-à-dire rendant nécessaire de choisir le français comme langue commune).

Cet argument ne tient pas pour le Sénégal. D’une part comme l’a démontré Cheikh Anta Diop, les différentes langues du Sénégal sont apparentées entre elles [25]. D’autre part toutes les minorités sont très majoritairement bilingues et parlent la langue majoritaire le Wolof. « Environ 80 % de la population le pratique sur toute l’étendue du territoire [26] » rappellent le linguiste sénégalais Jean Léopold Diouf et la linguiste française Marina Yaguello. La situation est sensiblement la même dans de nombreux pays africains.

En outre le choix du français reproduit la balkanisation issue des anciennes puissances coloniales.

Ainsi la Gambie « anglophone » et le Sénégal « francophone » ont le Wolof comme langue commune. Alors qu’existent de nombreuses langues transnationales de communication, chacun des États continue d’utiliser comme langue officielle celle de son ancien colonisateur.

C’est le cas du Haoussa qui est utilisé au Nigéria, au Niger et au Tchad ; du Soninké parlé au Sénégal, au Mali et en Mauritanie ; du peul que l’on trouve au Mali, en Mauritanie, au Sénégal, en Guinée, au Burkina Faso, au Niger et au Nigéria ; etc.

Ces différentes langues parlées par les paysans et les ouvriers constituent des ponts entre les États africains pouvant servir de base à un développement économique autocentré correspon-dant aux besoins de ces peuples. C’est ce que souligne Cheikh Anta Diop dans son combat pour l’adoption de langues officielles africaines. Dès 1954 il soulignait qu’ « on ne saurait insister suffisamment sur le fait que l’impérialisme culturel est la vis de sécurité de l’impérialis-me économique ; détruire les bases du premier c’est donc contribuer à la suppression du second [27] ».

La francophonie ne se limite pas à sa seule dimension linguistique

Même les scénarios des films d’Hollywood sont des armes. Il suffit d’écouter les applaudisse-ments des spectateurs africains quand les héros hollywoodiens massacrent les Indiens ou les Asiatiques pour se rendre compte de la puissance d’un tel moyen. En effet, dans les continents en voie de développement où l’héritage colonialiste a laissé une grande majorité d’illettrés même le plus petit enfant est atteint par le message contenu dans les histoires de sang et de violence venues de Californie. Et avec le meurtre et le Far West arrive un barrage incessant de propagande anti-socialiste, dans lequel le syndicaliste, le révolutionnaire ou l’homme à la peau sombre joue généralement le rôle du traitre, alors que le policier, le détective, l’agent fédéral – en un mot l’espion type CIA – est toujours un héros [28]

Ingérences et résistances

Le lien entre francophonie et intérêts économiques est parfois publiquement assumé comme en témoigne la déclaration du ministre français des affaires étrangères, Yvon Bourges, à l’assemblée nationale française le 23 octobre 1967 :

Et naturellement le premier objectif de mon département est de favoriser la pénétration de la langue et de la culture françaises dans les pays d’Afrique et de Madagascar… ; le second objectif que nous nous proposons est d’ordre économique : le maintien et le développement des intérêts commerciaux et industriels français constituent également une préoccupation constante du Secrétariat d’Etat aux Affaires Etrangères en charge de la coopération. Je le dis sans aucune honte. Cela n’a d’ailleurs rien d’illégitime ni de sordide. La coopération n’est pas une entreprise intéressée au sens égoïste du terme, mais il ne peut s’agir ni de gaspillage ni de prodigalité … [30]

La parole se fera plus prudente ultérieurement mais l’articulation entre francophonie et défenses des intérêts économiques français reste une constante jusqu’à aujourd’hui.

L’évolution des thèmes des sommets de la francophonie en témoigne. Ainsi en est-il du quinziè-me sommet de Dakar en 2014 dont l’objectif était d’adopter une « stratégie économique pour la Francophonie ». Ceux qui pensent encore que la Francophonie institutionnelle est une affaire de « langue en partage » sont ou naïfs ou malhonnêtes face à la simple idée d’une stratégie économique commune possible en maintenant le franc CFA, les accords de partenariat économique (APE), la dette et ses plans d’ajustement structurel, les multiples interventions militaires, etc.

L’annulation de la dette publique de 7 pays africains par le Canada lors du sommet du Québec en 1987 puis l’annulation partielle de la dette publique par la France lors du sommet de Dakar en 1989 pèsent peu face à l’immensité de la dette privée et aux pressions des « amis franco-phones » pour qu’elle soit remboursée au prix de Plans d’ajustement structurel qui empêchent toute possibilité de développement.

Si la Francophonie connaît un élargissement notable des pays membres en s’élargissant désormais à des pays de l’Est de l’Europe, elle est en revanche de plus en plus critiquée et remise en cause en Afrique. En témoigne les multiples écrits visant à démontrer qu’elle n’est pas de nature néocolonialiste.

L’argument de l’élargissement extra-africain souligne justement que la francophonie est devenue un des outils dans la concurrence mondiale entre les USA, l’Union européenne et le Canada qui n’a cessé de s’exacerber depuis le début de la mondialisation. Celui de l’origine de ses fondateurs rappelle simplement le mode d’accès à l’indépendance ayant pour cœur la préparation d’une transition entre le colonialisme et le néocolonialisme. Les trois chefs d’État africains généralement cités (Senghor, Bourguiba et Diori) ont été dans cette période de transition de « bons élèves ».

Les voix africaines remettant en cause la francophonie institutionnelle ne cessent en revanche de se multiplier.

« Si le français, en Afrique de l’Ouest, à mesure que les colons justifiaient leur « mission » civilisatrice, a longtemps valu comme langue du progrès, il constitue aujourd’hui, pour certains, de par son ambiguïté, un symbole d’assujettissement qui, du point de vue local, serait à l’origine de la négation, voire de la destruction des cultures africaines. […] il est alors possible d’entendre à Bamako : « À bas la francophonie ! » dans un meeting associatif [33] » remar-que la sociolinguiste Cécile Canut.

A l’occasion du quarantième anniversaire de la franco-phonie en 2010, le quotidien Burkinabais « Le pays-Ouagadougou » va dans le même sens en soulignant :

En francophonie, on note un réel déséquilibre entre pays du Nord et du Sud, les seconds étant étroitement dépendants des premiers qui assurent pour la plupart le financement du dévelop-pement. Ce déséquilibre s’est accentué au fil du temps du fait du poids de la France en rapport avec les visées géostratégiques de l’Élysée. Le rayonnement culturel étant sous-jacent à l’influ-ence économique, la France qui n’a plus ses colonies, sent qu’elle perd de son lustre d’antan. La francophonie devient alors le cadre idéal pour restaurer cette influence. On le sent lors des grandes messes rituelles. Paris dissimule à peine qu’elle se trouve au centre des prises de décisions [34].

Plus grave encore pour la stratégie néocoloniale, on assiste à un mouvement populaire de réaffirmation de soi et de réinvestissement des langues locales. Ainsi au Sénégal présenté par l’histoire officielle francophone comme le berceau de la francophonie, « le français recule au profit du wolof. Un phénomène de fond qui n’est pas sans conséquence sur la vie quotidien-ne [35] » souligne un article au titre significatif (« Le Sénégal est-il encore un pays francopho-ne ? ») de Slate Afrique de 2016. Une émission de TV 5 Monde titre dans le même sens en février 2018 : « Le Sénégal perd son français au profit du wolof. »

Ces réactions populaires convergent avec des prises de position politique à l’exemple de l’appel à un « contre-sommet anti-francophone » en 2014 à l’occasion du sommet de la francophonie 

« Les parties signataires de la présente plateforme considèrent que les Sommets dits franco-phones ne sont qu’un mauvais cirque destiné, principalement à couvrir et cautionner les abus de puissance multiformes du néocolonialisme français en Afrique, aujourd’hui placé sous la tutelle des Usa depuis sa réintégration dans le commandement de l’Otan ; et accessoirement à entretenir la corruption, la concussion et des trafics « françafricains » en tous genres [36]. » L’évènement a été évalué comme suffisamment important pour susciter une interdiction des manifestations publiques par le gouverneur de Dakar pendant la durée du sommet francophone pour des raisons de « sécurité ».

Ces militants qui s’opposent à la francophonie institutionnelle restent encore largement mino-ritaire. Leur simple existence est un signe du développement des consciences au regard de la période précédente. Le jeune âge de ces militants souligne l’émergence d’une nouvelle géné-ration militante porteuse d’avenir pour les peuples africains. (Résumé, pour l’intégrale, voir lien)

8 octobre Saïd Bouamama

http://www.cadtm.org/

Lire aussi:

Macron : « la francophonie est une famille aux dimensions planétaires » (Le Peuple Breton)

Ne pas confondre:

Onésime Reclus (Wikipédia)

Élisée Reclus (Wikipédia)

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07 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

brésil (révolution-permanente cetri psol)

boulos

Nos camarades brésiliens du « PSOL » présentent Boulos et Sonia

Dans la dernière ligne droite, six points pour comprendre les élections de demain au Brésil.

Voici 6 points pour comprendre les élections brésiliennes, marquées par une polarisation importante.

1) Quand le vote aura t-il lieu ?

Dimanche 7 octobre, à partir de 13 heures, les bureaux de vote vont ouvrir leurs portes et les brésiliens pourront s’y rendre jusqu’à 22 heures. Il faut tenir compte que le pays a 3 fuseaux horaires différents, les derniers bureaux à fermer seront donc ceux de l’Amazonie (à minuit heure française).

2) Qu’est-ce qui est voté ?

Toute l’attention est centrée sur l’élection présidentielle, polarisée entre l’extrême droite représentée par Jair Bolsonaro et le candidat du PT Fernando Haddad, annoncés par les sondages comme favoris pour le second tour.

Les autres élections restent quant à elles dans l’obscurité, il s’agit pourtant de postes clés.

Il y aura au total 27 213 candidatures, dont 13 qui vont se disputer la présidence de la républi-que, 202 pour un poste de gouverneur dans un des 27 états, et 358 postulent pour le Sénat. La justice nationale en a interdit 1 888, parmi lesquelles la candidature de l’ex-président Lula.

Au Sénat vont se renouveler deux sièges par état, pour un total de 54 postes vacants.

Le Sénat brésilien compte 81 sénateurs, 3 dans chaque état, élus pour des mandats de 8 ans. Ainsi ne se renouvelle que les deux tiers de la chambre. La chambre des députés nationale quant à elle renouvellera l’intégralité de ses 513 places, disputées par 8 595 candidats. En ce qui concerne les députés régionaux des 26 assemblées législatives, ce seront au total 17 950 qui seront en compétition pour 1 035 sièges.

3) Qui va voter ?

142,8 millions de brésiliens résidant dans les 27 états, ainsi que ceux vivant à l’extérieur, sont autorisés à participer aux élections. Le vote au Brésil est obligatoire pour les personnes entre 18 et 70 ans qui savent lire et écrire, et optionnel pour les analphabètes. Cependant, une récente décision tout à fait arbitraire du Tribunal Electoral, confirmée par le Tribunal Suprême, interdit à 3,4 millions de participer aux élections.

Le choix du Tribunal touche surtout des personnes habitant dans le Nord et Nord-est du pays (54% des interdictions de vote), où le PT de Lula a un importante soutient. Ainsi, 2,4% des potentiels votants ne pourront pas se rendre aux urnes, parmi lesquels 1,5 millions vivant dans les états du Nord-est.

4) Combien de voix un candidat doit-il avoir pour être élu président ?

Pour les postes de président et de gouverneur, les candidats ont besoin de 50% + 1 des voies pour être élu au premier tour. Si aucun candidat à la présidence n’atteint ce pourcentage, les deux candidats en tête s’affrontent au cours d’un second tour, qui se tiendrait le 26 octobre.

5) De quel pays héritera le prochain président ?

Avec un PIB stagnant, l’économie brésilienne a accumulé deux trimestres négatifs consécutifs, et les prévisions du marché laissent à penser que cette année l’économie ne se développera que de 0,30%.

L’inflation reste quant à elle en hausse, atteignant 6,5% ces 12 derniers mois, alors que le plafond fixé par le gouvernement Temer était de 4,5%. Le real (monnaie brésilienne) s’est déprécié ces trois dernières années, passant de 1,55 unités par dollar en 2011 à 2,45. Il s’agit de son niveau le plus bas depuis 2008.

La plupart des candidats à la présidentielle ont axé leurs promesses sur la création de millions d’emplois afin d’en finir avec l’actuel taux de chômage très élevé (12,1%). Ils se rejoignent également tous sur le fait que le Brésil a un problème fiscal, et sur la nécessité d’une réduction des dépenses publiques.

Les comptes publics brésiliens ont dernièrement accumulé un déficit nominal – incluant le payement des intérêts de la dette – d’environ 503 milliards de reals (soit environ 123 200 millions de dollars), ce qui représente 7,45% du PIB.

6) Que prédisent les sondages ?

En ce qui concerne les élections présidentielles, les derniers sondages publiés continuent de montrer à l’extrême droite Jair Bolsonaro du PSL comme favorit au premier tour, avec environ 32% des intentions de vote, tandis que Fernando Haddad, le candidat Parti des Travailleurs soutenu par Lula reste à la deuxième place avec 21% d’électeurs potentiels.

Dans un scénario possible de second tour entre ces deux candidats, les estimations oscillent entre une égalité à 42%, et un léger avantage de 43% pour Haddad, avec Bolsonaro à 41%. Cela correspond à la marge d’erreur de 2% prévue par Ibope dans cette enquête, qui a été réalisée auprès de 3 010 électeurs.

samedi 6 octobre

http://www.revolutionpermanente.fr

Lire aussi:

Le rapport du Giec n’est pas la seule mauvaise nouvelle pour le climat, une victoire de Bolsonaro le serait aussi (Le Huffington Post)

Parti Socialisme et Liberté (Wikipedia)

Le PSOL de Marielle, histoire d’un parti de gauche (Tlaxcala)

«Minimiser le conflit entre classes dépolitise la société» (A l’Encontre)

Autopsie d’une débâcle démocratique (Cetri)

Brésil : forte et inquiétante progression de l’extrême droite (NPA)

Présidentielles au Brésil. Le MRT appelle au vote critique pour le PSOL (RP)

bresil psol

Nos camarades brésiliens candidats à la députation ont obtenu:

Guilherme Boulos / PSOL (Parti Socialisme et Liberté) 0.6%

Le PSOL aurait 11 députés (plus 5)  et  617,115 voix

São Paulo,  Sâmia Bomfim, Douglas Belchior, réélus: Luiza Erundina et  Ivan Valente 

Rio de Janeiro, Marcelo Freixo,  Talíria Petrone, réélus Glauber Braga et Jean Wyllys.

Pará, Edmilson Braga réelue

Deputés fédéraux: Áurea Carolina, Belo Horizonte et Fernanda Melchionna, Porto Alegre.

Vera Lúcia PSTU / (Parti Socialiste des Travailleurs) 0.05%

Le PSOL, principal parti de la gauche socialiste, a obtenu un faible score à la présidentielle (un peu plus de 0,5 % des voix), mais de meilleurs résultats pour l’élection des députés. Avec environ 2,7 % des suffrages pour l’élection des députés fédéraux, le seuil électoral a été franchi (1,5 % des suffrages pour la Chambre des députés, dont au moins 1 % dans 9 États), et le nombre d’éluEs a doublé (de 5 à 10). Pour le second tour, le PSOL construira les mobilisations et le vote « Pas lui ! » pour vaincre Bolsonaro, en appelant donc à voter pour Fernando Haddad.

À São Paulo, João Machado

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05 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

syndicalistes iran (the conversation)

amnesty-international

Des syndicalistes iraniens soutenus par Amnesty

Ce sont les grèves qui auront raison de l’Iran, pas les sanctions internationales

Les grèves internes dans tout le pays pourraient nuire à l’économie au moins autant que les sanctions annoncées.

Les sanctions sont de retour en Iran, affectant l’économie et faisant dégringoler le rial, désor-mais au plus bas. Et ce, en dépit des mesures européennes annoncées pour contourner la volonté de Washington. Les Iraniens en subissent le contrecoup, et plus particulièrement ceux aux revenus les plus faibles.

Or, les sanctions ne font qu’aggraver un phénomène déjà bien installé dans le pays : la dégradation des conditions de travail et de l’économie nationale.

Cela fait maintenant plusieurs mois que les Iraniens descendent dans la rue. Entre mai et juin, puis de nouveau en juillet, les chauffeurs de camion se sont mis en grève, bloquant les accès aux routes principales. En cause, des salaires trop bas et un manque de sécurité au travail. Salaires impayés, assurances inexistantes ont été également au cœur des sit-ins et des grèves de l’usine sucrière Haft Tapeh, qui n’ont cessé depuis janvier jusqu’à cet été.

Quant à l’usine Iran’s Heavy Equipment Production Company (HEPCO), 900 ouvriers ont organisé une action collective pour défendre leurs conditions de travail et dénoncent des licenciements abusifs.

Il ne s’agit pas que de politique

À chaque crise iranienne, les médias, en particulier occidentaux, tendent à percevoir les manifestations de mécontentement à travers le seul prisme politique ; comme des signaux annonçant un changement de régime. Pourtant, une analyse des slogans et manifestes des grévistes révèlent avant tout une angoisse économique et des demandes sociales précises.

Ainsi les ouvriers exigent que certaines usines reviennent dans le giron de l’État, que le droit du travail et syndical soit appliqué et la fin des contrats précaires. Cette fracture sociale fragilise aujourd’hui le gouvernement du président Hassan Rouhani. Mais ne pas comprendre les causes profondes de ces grèves et manifestations peut conduire à une mauvaise interprétation de la politique intérieure iranienne.

Les racines complexes de la crise iranienne

La plupart des articles et rapports sur les dernières émeutes survenues en Iran entre décembre 2017 et janvier 2018, ont ainsi eu beaucoup de mal à analyser correctement les racines complexes de la crise iranienne. Les demandes des travailleurs ont en effet un lien ancien et profond avec l’histoire post-révolutionnaire de la République islamique ainsi qu’avec le développement de son discours politique.

Ce dernier a bien évolué depuis la Révolution de 1979 et les transformations de la société. Auparavant focalisé sur la classe salariale et les masses opprimées (mostazafin), il s’est désormais porté sur les classes moyennes. En effet, les émeutes ouvrières sont anciennes en Iran. La révolution de 1979 qui paralysa l’appareil d’état et la monarchie ne se serait pas faite sans l’appui des classes ouvrières.

Une fois installée, la République islamique a survécu à de nombreux mouvements et mobilisa-tions, notamment entre 1991 et 1995, de Téhéran à Shiraz en passant par Tabriz, Mashad ou Qazvin. Les citadins pauvres, les squatteurs, les travailleurs les plus marginalisés étaient au cœur des manifestations. Les grèves contre l’inflation et la précarisation du travail n’ont fait que s’amplifier, comme en témoignent les 2000 mobilisations comptabilisés juste au premier semestre 1991. La voix des classes défavorisées a de nouveau trouvé écho dans la rue.

Le revers du culte de l’entreprenariat

Plus récemment, les citoyens ont manifesté leur frustration générale contre des conditions de vie qui empirent, au sein d’un système de production et de politiques néo-libérales remontant aux années 90. C’est en effet le président Hashemi Rafsanjani qui avait mis en place les processus de libéralisation économique du pays durant l’ère dite de « reconstruction » après la guerre Iran-Iraq (1980-1988).

À partir de cette époque, le mythe de l’entrepreneur et le culte du succès se sont profondé-ment enracinés e Iran. Dans ce nouveau paysage économique, le secteur privé et les agences d’intérim ont fleuri, tandis que de nombreuses réformes ont affaibli le pouvoir politique des travailleurs, également réprimés par l’État.

En 2005 et en 2006, les autorités ont puni les chauffeurs de bus qui réclamaient de meilleurs salaires et des conditions de travail plus sécurisantes. En juin 2009, la réélection présidentielle du conservateur Mahmoud Ahmadinejad avait déclenché une nouvelle vague de manifesta-tions. Mais, alors que les jeunes militants demandaient une grève générale, le soutien des travailleurs leur a fait défaut.

Le Mouvement vert, comme il s’est alors appelé, s’est ainsi focalisé sur les libertés individuelles et politiques. Depuis, d’autres formes de contestations, plus petites ont émergé entre 2011 et 2016 ont rassemblé les instituteurs, les conducteurs, les infirmières. Aujourd’hui, les classes ouvrières prennent de nouveau la rue, non seulement contre les inégalités mais aussi contre les divisions sociales engendrées par la culture de l’entreprenariat développée au sein des classes moyennes ces dernières années.

Les nouvelles sanctions contre l’Iran ne feront qu’amplifier ce phénomène. Ce qui ne signifie pas changement politique radical, difficile sans le soutien des classes les plus précaires.

4 octobre 2018 Stella Morgana

https://theconversation.com/

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04 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

alger (lutte ouvrière médiapart 4è internationale)

De Gaulle

Septembre 1958

Du coup d’État d’Alger à la 5è République

Il y a 60 ans, le 28 septembre 1958, le référendum sur le projet de Constitution de la République proposé par le général de Gaulle était adopté à plus de 79 % des voix au cours d’un référendum basé sur le chantage « De Gaulle ou le chaos ». C’était la fin du régime politique de la 4è République, née en 1947 du tripartisme, c’est-à-dire de la coalition gouver-nementale du PCF, de la SFIO et du MRP, et la naissance d’un régime qui est toujours en place 60 ans après, sous Macron.

Depuis sa démission de la présidence du gouvernement en janvier 1946, de Gaulle s’était volontairement écarté de la vie politique. La guerre d’Algérie, débutée le 1er novembre 1954, l’impuissance de la 4è République à y faire face et l’importante instabilité ministérielle conduisi-rent le régime à une crise grave. De Gaulle sut la mettre à profit.

Dans la foulée de l’émeute d’Alger

Le 13 mai 1958 à Alger, une manifestation contre le FLN (Front de Libération Nationale) dégénéra en émeute sous l’influence de groupes d’extrême droite et de militaires. Les émeu-tiers envahirent le siège du Gouvernement général et proclamèrent la naissance d’un Comité de Salut Public. Le général Massu en prit officiellement la tête.

Les putschistes d’Alger exi-geaient de Paris la création d’un gouvernement de salut public, « seul capable de conserver l’Algérie partie intégrante de la métropole », en menaçant d’un débarquement de parachutistes sur la capitale. C’était l’opération dite Résurrection.

À Paris, le gouvernement démissionna, de Gaulle saisit l’occasion de se proposer pour gouverner.

Le 28 mai à Paris, une manifestation des partis de gauche dénonçait le risque d’une dérive vers un pouvoir personnel. Mais le 1er juin, le président de la République René Coty nommait de Gaulle président du Conseil des ministres, à la satisfaction des généraux d’Alger qui recon-nurent immédiatement son autorité. Le lendemain, l’Assemblée lui votait les pleins pouvoirs pour une durée de six mois. Il était également chargé de rédiger une nouvelle Constitution. La 5è République naissait ainsi du coup d’État.

Pour l’élection de l’Assemblée nationale, de Gaulle abandonna la proportionnelle pratiquée par la 4è République. Il trancha en faveur du scrutin majoritaire uninominal à deux tours, pour favo-riser la constitution de majorités nettes et stables. Le nouveau découpage des circonscriptions électorales visa non seulement à favoriser la droite vis-à-vis de la gauche, mais aussi et sur-tout à amoindrir la représentation parlementaire du Parti Communiste en défavorisant systématiquement les régions ouvrières.

Un pouvoir moins dépendant du Parlement

De Gaulle appliquait ainsi des projets qui étaient les siens depuis longtemps, consistant à doter le pays d’un gouvernement soustrait le plus possible aux fluctuations de l’opinion. Il mettait fin à une situation où la bourgeoisie française était limitée par des institutions datant de l’union sa-crée de 1945, où la majorité du corps électoral votait à gauche et où la représentation parle-mentaire du PCF était de cent cinquante députés environ, systématiquement maintenus dans l’opposition dans le contexte de la guerre froide.

Aux élections de la première Assemblée nationale de la 5è République, en novembre 1958, le parti socialiste SFIO maintint, en voix, ses positions par rapport aux élections de 1956 mais, du fait de la nouvelle loi électorale, il perdit plus de la moitié de ses sièges, passant de 94 députés à 41. Quant au Parti Communiste, il recueillait 19 % des voix, contre presque 26 % en 1956, mais surtout passait de 150 élus… à 10. C’était le but recherché.

À cela s’ajoutait une série de réformes institutionnelles rendant le pouvoir exécutif très largement indépendant du Parlement, donc des élus du suffrage universel.

Le Parlement devenait une simple chambre d’enregistrement des décisions gouvernementales. Même dans le domaine restreint qui reste aux députés, le gouvernement peut empêcher le vote d’une mesure qui lui déplaît par la procédure dite du vote bloqué. Il peut aussi la suppri-mer après coup, en utilisant ce qu’on appelle la procédure de la seconde délibération.

Le Parlement ne devait désormais se réunir que six mois par an, au lieu d’au moins huit mois par an sous la 4è République. Sous la 5è République, les députés ne pourraient plus inter-peller le gouvernement ou proposer un ordre du jour, mais seulement lui poser des questions à jour fixe. Si une motion de censure était déposée, ce n’était plus au gouvernement de trouver une majorité, mais à l’opposition de le faire en se mettant d’accord sur le texte.

Des pouvoirs spéciaux donnés au président

La nouvelle Constitution dota le président de la République d’un rôle et de pouvoirs nouveaux. Il disposerait de pouvoirs spéciaux pour le règlement du problème algérien, nommerait le Pre-mier ministre, bénéficierait d’un droit de dissolution et, pour une durée de six mois à compter du vote, du droit de prendre par ordonnance toutes dispositions « jugées nécessaires au redressement de la nation ».

Suite au référendum de 1962, le président allait être élu au suffrage universel.

Cette réforme augmenta considérablement les pouvoirs du président, au détriment du Parle-ment et des partis, en particulier des partis de gauche, dénoncés par de Gaulle comme fau-teurs de trouble.

Avec la 5è République, ce n’est donc plus le Parlement, c’est ouvertement l’exécutif et donc ses chefs, le président et son Premier ministre, qui concentrent l’essentiel du pouvoir. Leurs politiques et leurs décisions sont préparées dans le but de prendre le plus vite possible les décisions voulues par la bourgeoisie ou nécessaires à ses affaires, et de passer outre aux objections qui pourraient venir du Parlement.

Au moment de son arrivée au pouvoir, l’usage que de Gaulle comptait faire de ses prérogatives restait volontairement flou, ambigu, en particulier en ce qui concernait sa future politique algé-rienne. En réalité, il s’apprêtait sans le dire à faire accepter à l’armée, à l’extrême droite et à l’ensemble de l’appareil d’État une politique de décolonisation dont ceux-ci ne voulaient pas entendre parler. Dans un premier temps, il lui suffit de déclarer à la foule d’Alger du haut d’un balcon « Je vous ai compris », en se gardant bien de préciser ce qu’il avait compris.

Les véritables intentions de De Gaulle apparurent ensuite assez rapidement.

Il se servit de son pouvoir pour mettre fin à la guerre d’Algérie, une guerre que la bourgeoisie française n’avait plus aucune chance de gagner et qui était devenue un boulet qu’elle n’avait plus les moyens de traîner. Finalement, l’Algérie devint indépendante en 1962, malgré les oppositions de l’extrême droite et d’une partie de l’armée. En prime, de Gaulle laissa à la bour-geoisie française un régime dont elle n’eut qu’à se louer : celui d’une 5è République conçue pour lui garantir une stabilité politique indifférente aux émotions populaires, et propice aux bonnes affaires.

Jean-Jacques LAMY 3 Octobre 2018
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Commentaire:
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Pour les trotskistes, la prise de pouvoir par De Gaulle visait à instaurer un nouveau régime, sanctionnant les évolutions économiques en cours depuis la libération: la concentration des grosses entreprises modernes et la disparition des couches intermédiaires.
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Ce rééquilibrage impliquait la fin du petit commerce de détail, de la petite bourgeoisie de province: commerçants, artisans et petits cultivateurs « dépassés » par le « progrès ». Le Pen est né de la soi disant défense « corporatiste » de ces artisans condamnés.Or leur seule manière de s’en sortir c’est comme alliés du prolétariat, s’ils se montre fort. Ces couches verront leurs partis affaiblis: Indépendants et paysans, Démocrates Chrétiens, Radicaux-Socialistes, au profit de celui du parti gaulliste du président. La guerre et les complots fournirent l’occasion d’agir aux réseaux d’un de Gaulle sur la réserve, attendant son heure.
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Deuxième aspect: l’autonomisation de la haute administration (des cabinets, des énarques, des conseillers du président) au dépends du parlement réduit à n’être que des « godillots ». On constate aujourd’hui la présence d’un complexe « militaro-industriel » occulte favorisant à tout prix le nucléaire, qui date de cette époque.
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Troisième aspect: la gauche: voir ci-dessus l’article de Pierre Frank
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02 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

pologne (courrier le-soleil sud-ouest)

nique

Pologne. Un pays à 90 % catholique ? Un mythe

Les dernières estimations concernant le nombre de croyants et de pratiquants sont sans appel 

De moins en moins de Polonais vont à la messe et un nombre grandissant d’entre eux se déclarent sans religion. Selon une étude récente de l’Institut des statistiques de l’Eglise catholi-que, depuis dix ans la communauté catholique en Pologne a perdu environ 2 millions de fidèles, informe le quotidien Gazeta Wyborcza.

“L’étude effectuée en 2014 auprès de 10 000 paroisses consistait à compter les dominicantes et communicantes, c’est-à-dire des fidèles présents à la messe de dimanche et qui commu-nient. Ils étaient respectivement 39,1 % et 16,3 % de la population polonaise”, explique le  journal.

“La Pologne reste toutefois le pays où le taux de catholiques, ou de ceux qui se déclarent comme tels, reste le plus élevé au monde, soit 92,2 %”, précise le site d’information Natemat.pl, en citant le Pew Research Center (Washington). Et selon le dernier recensement national, ils seraient 97 % à déclarer leur appartenance à la communauté catholique.

Cependant, des déclarations sont une chose et la réalité en est une autre, selon l’éditorialiste Michal Wilgocki de Gazeta Wyborcza.

“Dans toute discussion sur la Pologne, on évoque inévitablement le chiffre de plus de 90 % pour dire que des catholiques dominent en Pologne, explique Wilgocki. En fait, si on regarde les chiffres de plus près, les 16 % de Polonais qui pratiquent et qui suivent les règles de la religion constituent à peine 4 millions de personnes [sur 38 millions d’habitants], ce qui est très loin des prétendus 90 %.

S’ils votaient tous pour des candidats catholiques, avec comme aux dernières européennes une participation très basse d’environ de 7 millions d’électeurs, ils auraient dû obtenir une majorité de 60 %. Assez pour durcir encore plus la législation sur l’IVG, introduire la flagellation pour l’offense religieuse et introniser Jésus roi de Pologne. Alors qu’attendent-ils ?” s’interroge Wilgocki.

18/07/2014

https://www.courrierinternational.com/

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