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19 juin 2019 ~ 0 Commentaire

coquillages (cnrs)

coquilles

Coquillages, les sentinelles des océans

La quête d’indices sur le réchauffement climatique conduit les chercheurs jusqu’aux eaux froides du Groenland. Pollution, température de l’eau, concentration en oxygène… Coquilles Saint-Jacques et autres bivalves constituent de précieuses archives sur l’environnement et le climat. Des chercheurs bretons, à l’origine de cette découverte, parcourent les mers pour les étudier. À partir du 22 juin, rendez-vous à Brest pour découvrir leurs travaux aux pôles présentés lors de l’exposition Arctic Blues.

Brest, à la pointe ouest de la Bretagne. Tout commence dans le Finistère.

Depuis ce bout du monde avancé dans l’océan Atlantique, les chercheurs du Laboratoire international associé Benthic Biodiversity Ecology, Sciences and Technologies (LIA BeBest)1 partent régulièrement explorer les mers du globe, de l’île ­d’Ouessant au Maroc, de la Nouvelle-Calédonie à ­l’Antarctique en passant par la Mauritanie. Leur quête est surprenante : ils sont à la recherche de mollusques bivalves de la famille des pectinidés. Notamment, les célèbres coquilles Saint-Jacques (Pecten maximus) et leurs cousins, les pétoncles.

Non par gourmandise, mais par soif de connaissances. Car depuis plus de vingt ans, ils ont découvert et démontré qu’il était possible d’utiliser ces animaux comme des archives environne-mentales. Température et salinité de l’eau, concentrations en oxygène ou en contaminants, état du phytoplancton dans leur environnement naturel…

« Leur squelette externe, c’est-à-dire leur coquille, enregistre toutes sortes d’informations écolo-giques très utiles à la compréhension des éco­systèmes côtiers », explique Laurent Chauvaud, directeur de recherche au Laboratoire des sciences de l’environnement marin2 et coordinateur de BeBest qui est issu de ce Laboratoire. À la clé, des quantités de données très utiles pour reconstituer les climats du passé, suivre le réchauffement actuel mais aussi les épisodes de pollution. Avec un sens du détail inédit : aujourd’hui, les bivalves nous renseignent sur l’environnement marin avec plus de précision temporelle que les cernes annuels de croissance d’un arbre sur terre, ou que les strates d’une carotte de glace pour les pôles !

Chaque jour, par exemple, Pecten maximus enregistre la température de l’eau de mer, à 0,5 °C près, à l’instar d’un thermomètre médical. Mieux encore : les chercheurs, dont le jeune docteur Pierre Poitevin de l’Université de Bretagne occidentale, ont réussi à faire parler le pétoncle géant de l’archipel Saint-Pierre-et-Miquelon, dans l’Atlantique. L’analyse de sa coquille livre des informations détaillées et précises, au quart d’heure près, sur son environnement !

Pour en arriver là, Laurent Chauvaud et son équipe ont appris année après année à décoder les informations archivées par les coquillages. Ils ont observé et mesuré les distances entre les microstries présentes à la surface des coquilles. Et sous la loupe binoculaire, ils ont enchaîné les découvertes : chaque distance séparant ces micro­stries est le résultat de la croissance journalière de la coquille observée et la diminution de ces distances est liée aux facteurs d’altération de cette croissance. Par exemple, un refroidissement de l’eau de mer.

Eau mitigée et nourriture équilibrée

La mise en évidence de cet impact de la température de l’eau remonte à l’an 2000, lors d’une plongée à Bergen, en Norvège. Plus pauvre en nitrates et autres sels nutritifs que les baies bretonnes, ce littoral nordique leur a permis d’établir une corrélation entre les ralentissements de croissance et les jours précis d’upwelling (­remontées brutales d’eau froide), le temps d’une journée d’été, sous l’effet de forts vents de nord-est, ­parallèles à la côte3.

« Les coquilles norvégiennes présentaient, ces jours-là, des accidents de croissance, se souvient le chercheur. Comme tétanisées par l’eau froide, elles n’avaient grandi que de l’équivalent d’une strie d’hiver en plein mois de juillet ! » Une nouvelle approche était née : l’étude des stries des Saint-Jacques.

Nos Champollion des océans ont découvert un autre facteur jouant sur la distance entre les stries : une dégradation brutale de la nourriture des mollusques. En effet, quand survient une efflorescence (un bloom) d’algues toxiques ou, comme souvent en Bretagne, un excès de phytoplancton (dû aux nitrates des effluents agricoles), pourtant le plat préféré des Saint-Jacques, leur coquille croît moins vite, voire plus du tout.

Étude de la composition chimique

Ce sont les travaux du biogéochimiste et écologue Julien Thébault, en Nouvelle-Calédonie, qui ont permis cette avancée. Sur place, les chercheurs voulaient savoir si l’exploitation de la réserve de nickel avait contaminé l’un des plus beaux lagons du monde, abritant 25 espèces de pectinidés.

Rapidement, les chercheurs prennent conscience des précieuses archives qui leur tendent les bras. Car ces coquillages sont présents, à foison, du Maroc à la Norvège, jusqu’à 500 mètres de profondeur, et depuis 25 millions ­d’années ! De quoi les aider dans leurs « enquêtes » sur le réchauffement climatique ou l’histoire des éco­systèmes de la planète.

L’indic qui venait du froid

Mais les précieuses informations que fournit la coquille Saint-Jacques ne suffisent plus à satis-faire l’appétit de connaissances des chercheurs du LIA BeBest. En cause ? Sa courte durée de vie : de quatre à cinq ans.

À la recherche d’archives contenant des périodes de temps longues, qui permettront de statuer sur l’impact de changements globaux, comme l’actuel réchauffement climatique, les scientifiques convoitent des bivalves longévives : la Laternula d’Antarctique, quadragénaire ; l’amande de mer Glycimeris glycimeris de la rade de Brest, dont la durée de vie est comprise entre 70 et 80 ans ; la mye Mya truncata de l’Arctique, l’Astarte ou le pitot Cyrtodaria siliqua, de fringants cente-naires ; et, surtout, la palourde noire de Saint-Pierre-et-Miquelon, Arctica islandica : 500 ans de durée de vie !

« Arctica islandica est un véritable parchemin !, s’enthousiasme Laurent Chauvaud. Depuis plusieurs siècles, cet animal endogé (qui vit dans le sédiment, NDLR), filtreur et immobile, enregistre, dans le carbonate de calcium de sa coquille, et au rythme d’une strie annuelle, des informations qui vont permettre de décrire l’environnement des eaux de la façade ouest de l’Atlantique nord. »

Révélateurs de pollution

Si les mollusques recèlent de précieuses données climatiques, ils peuvent aussi être diserts sur les pollutions qui touchent leur environnement. C’est d’ailleurs le point de départ des travaux de nos scientifiques.

Au début des années 1980, confrontés à la raréfaction des populations de Saint-Jacques, les pêcheurs de la rade de Brest alertent les enseignants-chercheurs de ­l’Université de Bretagne occidentale et les chercheurs du Centre national d’exploitation des océans (Cnexo, futur Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer, ou Ifremer), afin de comprendre pourquoi cette espèce a disparu d’un écosystème pourtant si ­favorable à l’origine. Les chercheurs identifient les causes : rejets en excès de nitrates et efflorescences d’algues toxiques.

Depuis ces premiers pas, les cas d’étude se sont multipliés, souvent à la demande des professionnels et des élus locaux. Les scientifiques ont par exemple étudié les coquillages de Belle-Île-en-Mer, dans le Morbihan, ayant vécu au début du XXIe siècle, pour en apprendre davantage sur la pollution sous-marine consécutive au naufrage du pétrolier Erika, en décembre 1999.

Pour Laurent Chauvaud, cela ne fait aucun doute : mollusques et coquilles constituent un trésor scientifique dont il faut prendre soin. En témoigne la « pectothèque » comme l’appelle le chercheur, bien à l’abri dans les caves de l’Université. « Trente années de coquilles ­Saint-Jacques y sont aujourd’hui archivées. Autant d’indicateurs fiables, et ­journaliers, de leur croissance, de la ­température de l’eau, de la variation du phytoplancton ! » Leur archivage pourrait aussi ouvrir de nouvelles voies.

À la croisée des regards

Mais pour Laurent Chauvaud, le travail du scientifique ne doit pas s’arrêter là. Sa mission est bien sûr de transmettre mais aussi d’alerter les citoyens des changements et des risques en cours. Le déclic se fait durant une plongée polaire où il est saisi d’effroi. « L’effroi devant la certitude de la catastrophe », précise-t-il. Comment, pour un scientifique qui n’en a pas l’habitude, trouver les mots, dépasser son inconfort émotionnel, raconter sa stupeur devant l’énormité d’un changement climatique ?

 À Brest, à partir de juin, une exposition permettra au grand public de découvrir ces recherches grâce aux images, aux installations et aux créations sonores de ces artistes. Et de changer notre regard sur ces précieux témoins qui peuplent les littoraux et les fonds marins du monde entier. ♦

Arctic Blues : les pôles s’exposent à Brest

À partir du 22 juin, les Ateliers des Capucins à Brest accueillent l’exposition Arctic Blues, construite autour des missions aux pôles de l’équipe du LIA BeBest. Ce projet est réalisé en collaboration avec La Carène, scène des musiques actuelles de Brest. Le CNRS, aux côtés des Ateliers des Capucins, de Brest Métropole et d’autres institutions, est partenaire de cet événe-ment, dont le commissariat est assuré par Emmanuelle Hascoët. L’exposition Arctic Blues s’inscrit dans un ensemble de manifestations organisées cet été dans les espaces culturels brestois et rassemblées par la métropole sous le label : Bleu comme Brest. Une odyssée entre science et culture. (Résumé voir lien)

14.06.2019 Gaël Hautemulle

https://lejournal.cnrs.fr/

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18 juin 2019 ~ 0 Commentaire

carrie lam (le-monde le-figaro)

 dragons-08

Hongkong-débat. «Xi Jinping affaibli par la crise à Hongkong»

Avec de tels amis, le président chinois, Xi Jinping, n’a plus besoin d’ennemis. En pleine guerre froide technologique et commerciale avec Washington, Pékin vient de se tirer une balle dans le pied de la façon la plus inattendue qui soit.

Pour avoir voulu faire adopter en urgence un projet de loi sur l’extradition, notamment vers la Chine continentale, puis pour y avoir renoncé sous la pression populaire, Carrie Lam, chef de l’exécutif de Hongkong, vient de perdre sur toute la ligne et, par ricochet, d’affaiblir son mentor, Xi Jinping.

Pire, dans cette région administrative spéciale rétrocédée par le Royaume-Uni à la Chine le 1er juillet 1997, elle a provoqué, dimanche 16 juin, la plus grande manifestation jamais organisée contre Pékin sur ce territoire. Deux millions de personnes, sur 7,4 millions d’habitants.

Grâce à Carrie Lam, que le gouvernement chinois a affirmé, lundi, soutenir « fermement », Hongkong vient spectaculairement de rappeler au monde entier qu’une grande partie des habitants de cette ville prospère, qui continue de jouir de libertés impensables dans le reste de la Chine, n’entendent nullement se faire absorber par le régime communiste. Un revers de taille pour le président chinois.

Celui-ci veut en effet faire de l’intégration de cette ville un modèle qu’il entend reproduire – voire imposer – à Taïwan. Le 2 janvier, dans un discours au ton martial prononcé au Palais du peuple, à Pékin, Xi Jinping a déclaré que cette île de 23 millions d’habitants, indépendante de facto mais que Pékin considère toujours comme une province chinoise, devait à son tour être régie par la formule « un pays, deux systèmes » en vigueur à Hongkong.

Premier revers

Dimanche, les Hongkongais ont signifié qu’à leurs yeux Pékin ne tenait pas ses engagements. En 1997, la Chine avait accepté que Hongkong devienne une démocratie pleine et entière. Une vingtaine d’années plus tard, les Hongkongais s’aperçoivent qu’au contraire la Chine communis-te veut les absorber, sans même attendre 2047, fin de son engagement à respecter la célèbre formule.

Hongkong devait être un modèle pour les Taïwanais : elle devient un repoussoir.

Tous les sondages montrent que la présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, chef de file du Parti indépendantiste, profite indirectement de la crise de Hongkong. A sept mois de la prochaine élection présidentielle, cette femme, bête noire de Pékin, ne pouvait rêver meilleur argument électoral.

Qui plus est, cette nouvelle révolte des Hongkongais survient alors que Pékin s’apprête à célébrer en grande pompe les 70 ans de l’arrivée des communistes au pouvoir, le 1er octobre 1949. Elle montre qu’il existe en Chine même des millions de personnes pour qui la « nouvelle ère » promise par Xi Jinping est un leurre.

Ce revers sur le front intérieur est le premier subi par M. Xi depuis son arrivée au pouvoir, à la fin de 2012.

A dix jours du sommet du G20 à Osaka (Japon), il met le dirigeant chinois en difficulté face au président américain, Donald Trump. Dimanche, le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, s’est fait un plaisir d’annoncer sur Fox News que le locataire de la Maison Blanche, « farouche défenseur des droits humains », évoquerait Hongkong au sommet.

Plus grave : des élus démocrates et républicains américains avaient annoncé, vendredi, que si la région administrative spéciale qu’est Hongkong cessait d’être gouvernée par l’Etat de droit, Washington pourrait remettre en cause les accords économiques qui lient les Etats-Unis à cette île et dont Pékin bénéficie indirectement. Bref, M. Trump dispose désormais d’une carte supplémentaire dans son jeu.

Le pire pour Xi Jinping est peut-être que Pékin n’est pas pour grand-chose dans le fiasco de Carrie Lam. Ces derniers jours, la chef de l’exécutif hongkongais a pris sur elle la responsabilité de présenter aux députés ce texte facilitant les extraditions, répondant ainsi à une demande de la communauté internationale.

Jusqu’ici, la plupart des organismes internationaux, comme la Banque mondiale ou le Forum économique mondial, classaient cette place financière parmi les bons élèves en matière de gouvernance. A leurs yeux, celle-ci n’avait qu’un point faible : son absence d’accords d’extra-dition avec le reste du monde, qui l’empêchait de participer pleinement à la lutte contre le crime organisé et le blanchiment d’argent.

Impasse

C’est pour remédier à cette lacune que l’administration de Hongkong aurait commencé à travailler sur un nouveau dispositif législatif. Mais en mars, un Taïwanais, désormais à Hongkong, reconnaît avoir commis un meurtre dans son île. Or, en l’absence d’accord, impossible de l’extrader. Carrie Lam a alors décidé de faire adopter en urgence un texte qui concerne les crimes économiques mais également toute une batterie d’autres crimes.

La défiance envers Pékin est telle à Hongkong – surtout depuis que la police chinoise enlève, à l’étranger et à Hongkong, des opposants au régime – que, très vite, les juristes puis les citoyens se sont méfiés de ce texte, rédigé en catimini, qui incluait la Chine continentale et listait plus d’une quarantaine de motifs d’extradition. Au départ, Pékin, dit-on, n’aurait pas attaché plus d’importance que cela à ce projet, même si le pouvoir voyait d’un bon œil ce dispositif qui lui permettait de rapatrier les auteurs de sorties illégales de capitaux.

Aujourd’hui, la Chine est dans une impasse. Soit elle accède à la demande des Hongkongais, reconnaissant la victoire de la mobilisation, et provoque la chute de Carrie Lam, ce qui serait une première. Soit celle-ci garde son poste et les pro-Pékin risquent de perdre les prochaines élections. Dans tous les cas, Xi Jinping a perdu une manche. Même si nul n’imagine que les Hongkongais ont gagné définitivement la partie.

(Publié par Le Monde, le 17 juin 2019, à 10h32)

Alencontre 17 juin  2019 Fredéric Lemaître

Le militant Joshua Wong libéré de prison s’est de suite adressé à la foule demandant que le mouvement mette en échec Carrie Lam

http://alencontre.org/

Lire aussi:

Hongkong-débat. «Carrie Lam l’ambitieuse: sa descente aux enfers» (Le Figaro)

Perdre son autonomie ? A Hongkong, derrière les manifestations, les signes d’une crise existentielle (ESSF)

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15 juin 2019 ~ 0 Commentaire

manif soudan (brest)

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13 juin 2019 ~ 0 Commentaire

contre g7 (attac)

attac

Contre-G7, pour un autre monde

Du 19 au 26 août à Hendaye, mobilisons-nous et organisons-nous face au grand incendie du capitalisme!

Du 24 au 26 août, 7 des chefs des États parmi les plus riches de la planète se retrouvent à Biarritz sous la présidence de la France. De plus en plus autoritaires et bellicistes, ces 7 grands pyromanes se rencontrent pour perpétuer un système au service des plus riches et des multinationales. Il est temps de stopper ces incendiaires de la planète. Face à leurs faux discours, il est nécessaire de nous mobiliser au Pays Basque pour nous y opposer par nos idées, nos alternatives et nos luttes et imposer l’urgence écologique et sociale.

  • Du 19 au 24 août, village des alternatives (Urrugne, Hendaye, Irun) ;
  • Les 21,22 et 23 août, contre-sommet du G7
  • Samedi 24 août manifestation à Irun-Hendaye
  • Dimanche 25 août à midi : constitution d’une zone arc-en ciel par des rassemblements pacifiques dans 7 places du Pays basque pour la liberté de manifester.

Durant le contre-sommet des conférences, débats, constructions de résistances se dérouleront à l’initiative de nombreux mouvements, associations, syndicats (etc) du Pays Basque et d’ailleurs. Ce sera un point de convergence important des combats qui ont marqué l’année et de construction de nos futures mobilisations. Les débats seront structurés autour de 7 espaces représentant 7 brasiers du capitalisme :

  • Pour un autre monde, sortons du capitalisme et de la dictature des multinationales
  • Contre la destruction de notre planète, protégeons la terre, défendons le vivant
  • Pour un monde radicalement féministe, à bas le patriarcat
  • Respectons la diversité et la liberté des peuples, pour un monde décolonial et sans discriminations
  • Pour une démocratie sociale et les mêmes droits pour toutes et tous, à bas l’autoritarisme
  • Pour un monde juste et basé sur la solidarité entre les peuples, à bas les guerres et l’impérialisme
  • Personne n’est illégal sur cette planète, abolition des frontières pour les êtres humains

Ce contre-sommet sera l’occasion de partager des solutions concrètes pour une politique mondiale qui lutte efficacement contre les inégalités, la pauvreté, et les désastres écologiques et climatiques. Rejoignez la plateforme Alternatives G7 pour envisager ensemble un monde social et juste, respectueux des différences et de l’environnement.

mercredi 12 juin 2019

Pour participer à la mobilisation avec Attac: mobilisationg7@attac.org.

https://alternativesg7.org

https://france.attac.org/

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11 juin 2019 ~ 0 Commentaire

débarquement 1 (internationalisme)

enfantsoldat02

Les communistes ne célèbrent pas le débarquement de juin 1944

Comme ils pourraient le faire pour la Commune de Paris de 1871 ou la Révolution d’octobre 1917.

Cependant, il leur appartient, à l’occasion de cet anniversaire et des cérémonies qui l’ont entouré, de rappeler ce que fut vraiment cet événement, ce que fut sa signification afin d’opposer à la marée des mensonges bourgeois une petite digue au service de la petite minorité qui, aujourd’hui, peut les entendre.

La plus grande opération militaire de l’histoire

Jamais avant le 6 juin 1944, l’espèce humaine, dont l’histoire est pourtant riche en guerres, n’avait réalisé une opération militaire de l’envergure du débarquement Allié en Normandie. Ce sont 6 939 bâtiments qui, dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, ont traversé la Manche dont 1 213 navires de guerre, 4 126 bâtiments de débarquement, 736 bâtiments de servitude et 864 navires marchands.

Au-dessus de cette armada, 11 590 appareils zèbrent le ciel : 5 050 chasseurs, 5 110  bombardiers, 2 310 avions de transport, 2 600 planeurs et 700 avions de reconnaissance. Sur le plan des effectifs, ce sont 132 715 hommes qui sont débarqués le “Jour J”, ainsi que 15 000  américains et 7 000 britanniques qui ont été parachutés la veille derrière les lignes adverses par 2 395 avions.

Malgré leur énormité, ces chiffres sont encore loin de représenter toute l’ampleur de l’opération militaire. Avant même le débarquement, des dragueurs de mines avaient tracé cinq immenses chenaux permettant le passage de l’armada alliée. Le débarquement lui-même ne vise qu’à établir une tête de pont permettant de débarquer des troupes et des moyens matériels en quantité bien plus considérable.

C’est ainsi que, en moins d’un mois, ce sont un million et demi de soldats Alliés qui sont débarqués avec tout leur équipement, notamment des dizaines de milliers de véhicules blindés (le tank Sherman à lui seul a été construit à 150 000 exemplaires).

Pour ce faire, des moyens matériels et humains ahurissants sont mobilisés. Pour que les navires puissent décharger leur cargaison ou leurs passagers, il faut aux Alliés un port en eau profonde tel que Cherbourg ou Le Havre. Mais comme ces villes ne sont pas prises d’emblée, ils créent de toutes pièces au large de deux petites localités, Arromanches et Saint-Laurent, deux ports artificiels en acheminant d’Angleterre des centaines de caissons flottants en béton qui ensuite ont été immergés pour servir de digues et de quais (opération “Mulberry”).

Pendant quelques semaines, Arromanches est devenue le plus grand port du monde avant que le relais ne soit passé à Cherbourg qui est pris par les Alliés un mois après le débarquement et dont le trafic s’élève alors au double de celui du port de New York en 1939.

Enfin, dès le 12 août, les Alliés peuvent commencer à utiliser PLUTO (Pipe Line Under The Ocean), un pipeline sous-marin assurant l’approvisionnement en carburant depuis l’île de Wight jusqu’à Cherbourg. Ces moyens matériels et humains démesurés sont en soi un véritable symbole de qu’est devenu le système capitaliste, un système qui engloutit en vue de la destruction des quantités ahurissantes de moyens technologiques et de travail humain.

Mais au-delà de son côté démesuré, il faut rappeler que l’opération “Neptune” (nom de code désignant le débarquement en Normandie), préparait un des plus grands carnages de l’histoire (l’opération “Overlord”, l’ensemble des plans militaires en Europe occidentale à la mi-1944).

Le long des côtes de la Normandie on peut voir ces immenses alignements de croix blanches témoins du terrible tribut payé par toute une génération de jeunes américains, anglais, canadiens, allemands, etc. dont certains avaient à peine 16 ans.

Ces cimetières militaires ne comptabilisent pas les civils, femmes, enfants, vieillards, qui ont été tués lors des affrontements et dont le nombre, dans certains cas, est presque aussi élevé que celui des soldats tombés dans les combats. La bataille de Normandie, pendant laquelle les troupes allemandes ont tenté d’empêcher les troupes Alliées de prendre pied puis de progresser en France se solde par des centaines de milliers de morts au total. (Extrait)

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10 juin 2019 ~ 0 Commentaire

alabama (ouest france)

abort

L’éducation sexuelle rendue inexistante par la religion

En Alabama, il suffit de lever les yeux pour voir une église. Bientôt, les classes des écoles publiques pourraient arborer des crucifix et l’avortement être considéré comme un meurtre. C’est là qu’a grandi Margaux Hartline, à qui on a appris qu’il fallait rester vierge jusqu’au mariage. Mais tout ne s’est pas passé comme prévu : elle est désormais une militante homosexuelle défendant le droit à l’avortement.

« Je ne devrais pas avoir à suivre les règles d’un système de croyances auquel je n’appartiens pas », explique Margaux Hartline, 25 ans, militante homosexuelle défendant le droit à l’avortement, en référence à l’influence de la religion sur bien des aspects de la société.

L’État américain le plus religieux

En mai, l’Alabama a adopté une loi interdisant l’avortement, même en cas de viol ou d’inceste, et l’assimilant à un homicide. Elle sera effective en novembre si elle n’est pas bloquée par la justice d’ici là.

Cet État du sud des États-Unis est aussi le plus religieux. Il est situé dans la « ceinture de la Bible », qui comprend un gros quart sud-est du pays. 82 % de ses 4,8 millions d’habitants disent croire en Dieu « avec une certitude absolue », selon une étude du Pew Research Center en 2016.

« Une question tellement intrusive »

Dans le lycée public où Margaux Hartline a étudié, il existait un programme recrutant les étudiantes des classes supérieures pour apprendre aux plus jeunes « les merveilles de l’abstinence » sexuelle. Au préalable, les professeurs devaient interroger les plus âgées pour s’assurer qu’elles étaient vierges. « C’était une question tellement intrusive », se remémore la jeune femme.

Selon Amanda Reyes, porte-parole de l’ONG Yellowhammer Fund, qui finance les avortements de femmes ayant de faibles revenus, il est enseigné dans les lycées d’Alabama que le sexe est « quelque chose qui ne peut arriver que dans le contexte d’un mariage hétérosexuel ». Est-il question des méthodes contraceptives comme l’usage du préservatif ? « Oh non », répond-elle en s’esclaffant. « Mon Dieu, non ! ».

Promotion de l’abstinence

Les deux militantes accusent les autorités de l’Alabama de négliger les femmes. Non seulement à cause du manque de services de santé, mais plus encore parce que l’abstinence est le seul moyen de contraception enseigné à l’école.

L’État n’exige pas que l’éducation sexuelle soit abordée en classe. Mais si c’est le cas, les ensei-gnants doivent suivre les « instructions » du Code de l’Alabama de 1975. Celles-ci promeuvent « l’abstinence, en particulier comme unique manière sûre d’empêcher la diffusion de maladies sexuellement transmissibles et les grossesses non désirées », explique Michael Sibley, porte-parole du département de l’Éducation de l’Alabama.

Selon elle, il s’agit d’un « minimum obligatoire » et les écoles peuvent enseigner d’autres méthodes contraceptives si les autorités locales dont elles dépendent les y autorisent. Ce qui, selon Margaux Hartline et Amanda Reyes, est peu fréquent.

L’homosexualité ? « Une infraction pénale »

Le texte demande également aux professeurs d’enseigner que l’homosexualité est une « infraction pénale ». Un projet de loi qui n’a pas pu être voté lors de la dernière session législative proposait de supprimer ce paragraphe.

L’ONU considère l’éducation sexuelle et l’égalité des genres comme des droits humains. Mais pour les conservateurs religieux, une éducation sexuelle poussée serait en contradiction avec les valeurs que les adolescents apprennent chez eux.

Enseignement de la Bible

Les autorités ont également approuvé une loi permettant d’enseigner la Bible et l’histoire religieuse dans les écoles publiques, ainsi que d’exposer une iconographie religieuse dans les salles de classe. Le texte précise que les professeurs ne doivent pas promouvoir ou se montrer « hostile » à l’égard d’une religion.

La mesure attend le feu vert du gouverneur, Kay Ivey, qui a déjà signé la loi anti-avortement en mettant en avant des arguments religieux. « De nombreux États introduisent l’étude de la Bible », avait tweeté Donald Trump en janvier, après que quelques États aient adopté des lois similaires. « Génial ! », s’était-il réjoui.

L’Église et l’État « de plus en plus proches »

Mais qu’advient-il de la séparation de l’Église et de l’État ? « Les deux sont de plus en plus proches », dit Andre Ryland, responsable de la branche locale de l’American Humanist Association, qui lutte pour que les législations n’intègrent pas de croyances religieuses.

« Il y a des groupes religieux qui essaient d’introduire plus de religion dans le système public américain », assure-t-il, ajoutant que les Églises protestantes évangéliques sont les plus en pointe dans ce combat.

10 juin 2019

 https://www.letelegramme.fr/

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10 juin 2019 ~ 0 Commentaire

crise bolivarienne (la brèche numérique)

venezula

Crise bolivarienne et dérives autoritaires

Au Venezuela, les déclarations guerrières et impérialistes de l’administration Trump n’ont fait que jeter de l‘huile sur le feu.

Alors que la crise économique s’approfondissait, depuis 2014, les secteurs « durs » de l’opposition, avec le soutien ouvert de la CIA ont déclenché une vague de violence destinée à renverser Maduro, avec à la tête de ces guarimbas (barricades et barrages) des dirigeants « durs » comme Leopoldo López ou Antonio Ledezma.

Une stratégie de la « Salida » (la sortie) et du coup de force ayant abouti à la mort de 43 personnes et plus de 800 blessés, et qui vient à nouveau rappeler la responsabilité de cette droite radicale vénézuélienne dans la tentative de coup d’État de 2002.

Une violence de rue qui a repris de plus belle en 2017 et alimenté un durcissement du pouvoir en place, de manifestations en contre-manifestations, de répression d’État en actions de groupes de choc d’extrême droite, de parades armées de divers « collectifs » motorisés chavistes en appels à l’intervention militaire immédiate des États-Unis par différents acteurs de choix de la droite mondiale ou Yankee (notamment autour du « groupe de Lima »).

Le dernier épisode en date de la crise est, en janvier 2019, l’auto-proclamation comme « Président légitime », puis les appels au coup d’État de Juan Guaidó, jeune dirigeant néolibéral du parti Volonté populaire, président de l’Assemblée nationale, activement soutenu par Trump, les pays latino-américains du Groupe de Lima et plusieurs diplomaties européennes.

Les sanctions économiques et le blocus décidés par Washington depuis 2017 enfoncent un peu plus le pays vers l’effondrement, l’asphyxie et la destruction de ses services publics : comme le soulignaient dans une étude récente deux économistes états-uniens, Mark Weisbrot et Jeffrey Sachs, cet embargo affecte surtout les conditions de vie déjà très difficiles des Vénézuéliens ordinaires :

«  les sanctions américaines sont délibérément conçues pour détruire l’économie du Venezuela », causant par là même des milliers de morts dans le système de santé du pays par manque de médicaments et de nourriture [21]. Soulignons, d’autre part, que ce sont désormais plus de trois millions de personnes qui ont fui le pays, dont plus de 800 000 vers la Colombie voisine, un exil avant tout économique où l’on trouve avant tout des Vénézuéliens issus des classes pauvres et moyennes.

La situation critique vénézuélienne combine des tentatives permanentes de déstabilisations impériales, une opposition qui s’est montrée incapable de comprendre l’émergence plébéienne du chavisme avec une fuite en avant autoritaire du gouvernement et une gestion bureaucratico-militaire calamiteuse.

Les problèmes de corruption, le bonapartisme et l’absence de diversification productive dans un contexte de décomposition économique presque totale, au moment où la pénurie de masse, l’inflation à quatre chiffres et la crise du système de santé explosent, font que les avancées sociales de l’ère Chávez sont désormais un souvenir lointain.

Depuis 2015, les trois quarts de la population vivent dans la pauvreté.

« On constate que la politique économique bolivarienne n’a rien à voir avec un changement révolutionnaire anticapitaliste, ni avec une métamorphose des relations sociales de production […]. Même si le gouvernement bolivarien a augmenté les dépenses sociales, a nationalisé des entreprises, a développé des politiques de transfert direct aux plus pauvres et a subsidié des services publics, l’orientation principale de sa politique économique n’a été rien de plus que la poursuite de l’appropriation parasitaire de la rente pétrolière » [22].

Le processus qui incarnait l’espoir du « Socialisme du 21è siècle » aux yeux de millions de latino-américain ou, du moins, la dignité de la souveraineté populaire face aux ingérences répétées de l’Oncle Sam est un échec. Et cette débâcle constitue effectivement un revers majeur pour les gauches et toute perspective post-néolibérale [23].

Comme le souligne le sociologue critique Edgardo Lander, sans nier l’ampleur de l’agression impérialiste, mettre sous le tapis la tendance régressive accélérée du chavisme et la décom-position du processus est le plus court chemin à un renoncement délibéré à toute pensée critique et émancipatrice en Amérique latine.

Surtout dans un moment où l’Assemblée constituante est utilisée comme un avatar de l’exécutif, destiné à neutraliser l’Assemblée nationale et toute dissidence populaire. Ce alors que, depuis février 2016, le président Maduro gouverne grâce à un État d’exception autoritaire, en violant expressément les conditions fixées dans la Constitution de 1999 [24].

La fin de cycle ou le reflux n’a pourtant pas toujours pris la tournure aussi radicale ou définitive que celles vécues au Brésil ou au Venezuela. Dans plusieurs pays, on assiste plutôt à une résilience progressiste, voire à une stabilisation social-libérale « modérée » comme en Uruguay.

Dans toute la région, à l’image de ce qui se passe au plan mondial, l’État autoritaire se renforce, et même se normalise et se constitutionnalise. Par ailleurs, il est évident que le retour des droites confirme le maintien de la grande influence politique de celles-ci : au-delà de la « parenthèse » progressiste, elles conservent une grande influence politico-médiatique et même, dans plusieurs pays, le pouvoir d’occuper la rue par des manifestations de masse, au nom de la lutte contre la corruption.

Cette reconquête est aussi celles des Églises conservatrices, évangélistes notamment, désormais capables de conquérir des gouvernements locaux ou de faire ou défaire des gouvernements nationaux, dont Bolsonaro est le cas extrême. Ces mouvements religieux deviennent même dans plusieurs territoires les seules et uniques « organisations de masses » insérées dans la société civile, et leurs courants les plus réactionnaires sont des adversaires acharnés de toute visée émancipatrice à moyen ou long terme [27].

Le « tournant à droite » est aussi celui du retour d’un néolibéralisme « de combat », décomplexé, mais aussi de son visage répressif : l’assassinat, en mars 2018, de la militante brésilienne afro-lesbo-féministe Marielle Franco a symbolisé cette violence qui frappe des milliers de militant.e.s.

Ceci alors que des pays comme le Mexique et la Colombie s’enfoncent toujours plus dans la barbarie et comptent tous les ans des milliers de morts parmi les leaders sociaux, syndicalistes ou les habitant.e.s des quartiers populaires.

La récente élection du candidat de centre-gauche Manuel Lopez Obrador au Mexique, à contre-courant de l’inflexion qui a lieu en Amérique du Sud, n’a pour l’instant pas freiné cette tendance.

Et si les annonces d’une « grande transformation » démocratique et sociale a pu soulever l’enthousiasme, les ambiguïtés de son programme pourront, semble-t-il, difficilement répondre à l’ensemble des défis qui affectent ce grand pays voisin des États-Unis. C’est en tout cas l’opinion du mouvement zapatiste et d’une partie de la gauche radicale mexicaine.

lundi 10 juin 2019 GAUDICHAUD Franck

https://www.preavis.org/breche-numerique/

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10 juin 2019 ~ 0 Commentaire

chine (solidaires essf)

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La Chine concentre le quart des salarié·es du monde.

Cette revue fait suite à une délégation à Hong Kong, en novembre 2017, de l’Union syndicale Solidaires et de la centrale syndicale et populaire brésilienne CSP-Conlutas.

Elle s’appuie sur les propos recueillis à Hong Kong, en les croisant avec des documents publics émanant de nos interlocuteurs/trices et/ou de chercheurEs ayant leur confiance.Alors que le droit de grève n’y est pas explicitement reconnu, et malgré la répression qui frappe les grévistes, le pays connaît d’innombrables mouvements sociaux.

Bien qu’il n’existe pas d’organisation syndicale indépendante du patronat et du pouvoir, la Chine connaît de nombreuses grèves. La seule organisation autorisée à parler au nom des salarié·es est la centrale officielle et aucune autre n’est autorisée.

Les tentatives de former des syndicats indépendants sont nombreuses et ont souvent mené à l’emprisonnement nombre de leurs initiateur·trices. À propos de cette agitation sociale permanente, le Financial Times a même évoqué l’émergence d’un nouveau mouvement des travailleur·euses.

C’est à ce vaste sujet qu’est consacré cet ouvrage.

Avec l’appui de repères factuels, d’une chronologie, et d’un état de la situation économique du pays, le lecteur·trice pourra y découvrir la réalité sociale du plus grand atelier du monde. La question du mouvement syndical est également abordée.

Après avoir traité la réalité de la centrale syndicale unique, l’ouvrage s’attache à décrire le rôle des associations de défense des droits des salarié·es et leurs tentatives de construction d’un syndicalisme indépendant. Enfin, il aborde les questions de la mise en place d’une législation sociale, des droits et des libertés publiques, ainsi que les questions de la défense de l’environnement.

D’autres aspects sont simplement évoqués car ils ne pouvaient faire l’objet d’études détaillés dans le présent ouvrage : la politique intérieure et internationale de l’État chinois, la question paysanne, la place des femmes, le monde étudiant, les ethnies minoritaires et les questions religieuses.

https://www.syllepse.net/

http://www.europe-solidaire.org/

Lire aussi:

Dossier Hong Kong

Le week-end noir de Pékin Tiananmen, les 4 et 5 juin 1989

Hongkong. Pékin veut asphyxier l’édition indépendante (Essf)

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09 juin 2019 ~ 0 Commentaire

québec (gauche socialiste)

quebec

STRATEGIE REVOLUTIONNAIRE DANS L’ETAT CANADIEN

Là ou la décentralisation relative de l’Etat canadien et la fragmentation régionale de son économie a créé une situation potentiellement explosive, potentiellement dangereuse pour l’impérialisme canadien, c’est au Québec. Dans ce cas-ci, la fragmentation économique et régionale de l’Etat canadien ainsi que l’existence d’un appareil d’Etat provincial se sont conjuguées avec la question nationale pour déterminer un type d’insertion très spécifique du Québec dans la Confédération canadienne.

L’appareil d’Etat québécois est un phénomène contradictoire. D’une part, il est partie intégrante de l’appareil d’Etat canadien, au même titre que les autres appareils d’Etat provinciaux. En ce sens, il est le relai de la domination impérialiste canadienne sur le Québec. D’autre part, précisé-ment à cause des pouvoirs qui lui ont été concédés par la bourgeoisie canadienne, précisément parce que c’est le seul corps gouvernemental au sein de l’Etat canadien qui peut être « contrôlé » par la nation québécoise, il est perçu par les masses québécoise comme une institution nationale.

L’Etat provincial est donc à la fois un relai de la politique impérialiste et un canal d’expression des aspirations nationales des masses québécoises. C’est ce qui détermine la forme de ces aspirations nationales comme nationalistes québécoises plutôt que nationalistes canadiennes françaises et qui définit ces aspirations par rapport au territoire du Québec. C’est là le fondement du caractère indépendantiste que tend à prend la volonté d’autodétermination.

A un autre niveau, chaque pas dans la construction de l’Etat canadien a été précédé par l’annexion et la conquête des territoire des habitants déjà établis sur différents portions de ce qui constitue actuellement son territoire. La conquête et l’oppression des divers peuples étaient la précondition politique à la fondation d’un Etat bourgeois unifié au Canada. La poursuite et le maintien de cette oppression demeure une nécessité absolue à la survie de cet Etat. Malgré la brutalité du processus, le capitalisme canadien n’a réalisé ni l’assimilation de ces peuples, ni le peuplement d’une partie des terres qu’il a annexées. C’est le cas pour les Acadiens, les nations amérindiennes, les Inuits et les Québécois-e-s.

Les limitations de cette conquête sont les plus visibles au Québec où les effets de la Conquête furent de stimuler et d’accélérer le développement d’une nation distincte qui possède non seule-ment un territoire et une langue distinctes, mais aussi une une structure sociale et économique qui lui est particulière.

La nation québécoise constitue la plus importante des nations opprimées dans l’Etat canadien. Cette oppression nationale s’articule d’abord aux niveaux politique et culturel. Le Québec n’a jamais décidé librement de son entrée dans la confédération canadienne. La constitution actuelle ne reconnait pas le droit du Québec à l’auto-détermination ni même son existence comme nation distincte. Au niveau linguistique et culturel, les Québécois-e-s sont victimes de discrimination. L’anglais reste au Québec même la langue de la promotion sociale. Les velléités de défendre les lois linguistiques, l’adoption de la loi 101, a fait l’objet d’attaques constantes pas les tribunaux fédéraux.

La bourgeoisie canadienne a composé encore moins avec les autres minorités nationales. Elles s’est contentée de les parquer, de nier tous leurs droits et de viser à leur assimilation. Mainte-nues sous un règne colonial, les nations amérindiennes et Inuit vivent dans des conditions de misère : les conditions de logement et de santé sont déplorables.

Non seulement on nie leur droit à l’autodétermination mais les administrations tant fédérale que provinciales ont toujours cherché à obtenir l’extinction de leurs droits territoriaux. La volonté de la bourgeoisie impérialiste de se réserver le contrôle absolu des ressources énergétiques et minières du grand nord canadien exerce une pression sur les gouvernement canadien et provinciaux pour qu’ils refusent de reconnaître les droits nationaux des autochtones.

La classe ouvrière québécoise et la question nationale.

La classe ouvrière québécoise a des origines complètement différentes de la classe ouvrière canadienne anglaise. Tandis que cette dernière est le produit d’une immigration relativement récente venant de la Grande-Bretagne et de l’Europe, la classe ouvrière québécoise se constitue par la prolétarisation d’une paysannerie catholique devenue conservatrice après la défaite de 1837.

C’est également à cette époque que le clergé catholique devait finalement prendre le dessus. Ce procesus de prolétarisation devait prendre son envol à la fin du 19è siècle. Les caractéristiques propres de ce prolétariat national découlent de ses origines, de la forme du développement du capitalisme (marquée par le renforcement de la domination impérialiste) et par l’existence d’une main-d’oeuvre nationale séparée (étant donné à la fois les facteurs linguistiques et économi-ques).

Les grosses concentrations ouvrières se retrouvent dans l’aluminium, les pâtes et papier, les équipements électriques, les textiles, les mines et la construction. Cependant comparativement aux classes ouvrières des pays capitalistes avancés, ces concentrations restes limitées. La majorité de la classe ouvrière est dispersé dans plusieurs milliers de petites et moyennes entreprises.

Le prolétariat recouvre également les travailleuses et les travailleurs du secteur public qui comptent près de 435 000 personnes. Il ne faut pas oublier les travailleuses et les travailleurs des services privés : restauration, communication, transports, finance, services… dont le personnel d’exécution doit être considérée comme faisant partie de la classe ouvrière. Il faut aussi ajouter les chômeuses, chomeurs et assisté-e-s sociales et sociaux qui comptent près de 1 million de personnes. Socialement très diversifiée, l’unité de la classe ouvrière québécoise est actuellement l’unité dans la soumission aux forces nationalistes populistes sur le plan politique. Sur le plan syndical, la division règne.

L’oppression nationale du Québec ne se réduit pas à une addition de manifestations spécifiques de l’oppression dans le domaine économique, social, linguistique et culturel. Elle se manifeste d’abord par le fait que le Québec est emprisonné dans un carcan qui l’empêche de choisir libre-ment son destin et qui l’empêche de contrer les différentes facette de l’oppression nationale. Des couches importantes des masses québécoises ont pris conscience de cette réalité et ne cher-chent plus une solution dans le sens de la récupération de pouvoirs pour le gouvernement du Québec, mais par la volonté de rupture avec l’Etat fédéral. C’est pourquoi, on peut dire que l’oppression nationale déterminent chez les larges masses un mode de radicalisation nationaliste et populiste.

Mais la forme que prend la politisation de la classe ouvrière n’est pas d’abord déterminée par l’oppression nationale. La forme que prend le nationalisme populiste est d’abord déterminée par la structuration du champ politique. Un vague instinct anti-impérialiste toujours présent dans la nation dominée se trouve accentué par l’ensemble des facteurs qui donnent lieu à la montée des luttes ouvrières.

C’est là la base de l’utilisation du discours nationaliste par les forces bourgeoises et petites bourgeoises visant à développer leur hégémonie sur la classe ouvrière et les couches populaires au Québec. Ce discours tire sa force de conviction parce qu’il propose une solution « québécoise » à l’oppression nationale et aux revendications des masses.

Le poids de l’idéologie nationale et populiste, conséquente de l’oppression nationale a constitué un obstacle décisif au développement de l’autonomie de la classe ouvrière au Québec. Histori-quement, la fraction social-démocrate du mouvement syndicale, à cause de son incompréhen-sion de la question syndicale n’a jamais pu lancer avec un succès un parti ouvrier réformiste.

D’autre part, pour le prolétariat et les masses populaires au Québec, l’indépendantisme contem-porain a constitué l’enveloppe de leur indignation sociale, de leur refus de la situation qui lui était fait. La montée de l’indépendantisme dans la classe ouvrière a été l’expression de la radicalisa-tion sociale profonde produite par les effets de la domination impérialiste.

Le sens et la nécessité de la lutte pour l’indépendance du Québec

La lutte des classes au Québec et le rôle particulier que joue la question nationale dans l’Etat canadien font de l’indépendance un des éléments clés pour la destruction de l’Etat impérialiste canadien et pour commencer à jeter les bases du socialisme à l’échelle de tout le territoire de cet Etat.

Le Québec est un maillon faible de l’impérialisme canadien. Economiquement, l’impérialisme canadien a besoin de conserver le Québec comme une liaison territoriale avec les provinces maritimes et son débouché sur l’Atlantique de même que sur la voie maritime du St-Laurent.

Le Québec représente presque 30% du marché intérieur canadien. Il constitue un des principaux centre d’extraction des richesses naturelles pour l’économie canadienne. La création d’un Etat indépendant créerait des contradictions économiques considérables pour l’impérialisme cana-dien. Politiquement en affaiblissant l’Etat canadien central, l’indépendance du Québec exacer-berait la fragmentation économique et régionale du pays.

L’Etat canadien tel qu’historiquement constitué serait atteint au coeur même de ses fondements. Socialement, l’affaiblissement économique et politique de la bourgeoisie canadienne créerait des conditions plus favorables à la lutte des classes au Canada même. Un des principaux ciments à la collaboration de classe au Canada-anglais, le mythe de l’ »unité nationale », le front interclassiste pour la subjugation nationale du Québec serait détruit.

Dans une société où toute la vie politique a été dominée depuis des siècles par la question nationale, il est inévitable que la classe ouvrière atteindra son indépendance de classe autour de l’axe de sa propre solution prolétarienne à la question nationale. La mobilisation révolutionnaire de la classe ouvrière québécoise suppose nécessairement sa mobilisation sur un axe de libéra-tion nationale, car l’oppression nationale et la lutte contre elle sont des réalités qui se posent nécessairement à la classe ouvrière québécoise et qu’on ne peut pas mettre de côté en attendant le renversement de l’Etat canadien dans son son ensemble.

La perpective indépendantiste constitue pour les masses québécoises la concrétisation la plus claire de la rupture avec la confédération impérialiste ; elle dresse directement la classe ouvrière directement contre les intérêts de la bourgeoisie canadienne et contre l’instrument central de sa domination politique sur le Québec et les classes ouvrières des deux nations, l’Etat fédéral.

L’indépendantisme remet en question la survie même de la structure étatique canadienne telle qu’on la connait. Plus immédiatement, un mouvement indépendantiste prolétarien de masse détruirait le mythe de l’unité nationale canadienne, révèlerait le caractère de « prison des peuples » de la confédération canadienne et exacerberaient l’ensemble des contradictions qui traversent déjà la structure étatique de l’Etat impérialiste canadien.

Lutte pour l’indépendance de classe passe par le fait que la classe ouvrière arrache la direction du mouvement national au forces bourgeoises et petites bourgeoises. En effet, la bourgeoisie québécoise est incapable de mener la lutte indépendantiste qui impliquerait une rupture frontale avec l’impérialisme canadien. L’histoire du PQ dans la dernière décennie est la démonstration de cette thèse.

Seule la classe ouvrière peut mener cette lutte jusqu’au bout. La reprise de la lutte pour l’indépendance par le mouvement ouvrier et les masses populaires permettrait d’arracher les masses à l’influence des forces nationalistes bourgeoises et petites-bourgeoises qui se cantonnent dans l’autonomisme. (Extraits)

G.S.1989

dimanche 8 septembre 2002 Gauche socialiste

https://www.lagauche.ca/

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09 juin 2019 ~ 0 Commentaire

olivier besancenot (la brèche numérique)

Quand je pense à « République », j’ai aussitôt son histoire cachée et sa face ténébreuse qui me viennent à l’esprit : la domination de classe, le colonialisme, les guerres et les massacres perpétrés en son nom. Mais je n’en fais pas une théorie car je sais que je suis le premier à me revendiquer de mots également dénaturés, à commencer par le communisme…

Simplement, les invocations républicaines ne me font pas frémir. Je n’ai pas d’affects pour elles. Et je vois ce qu’elles comportent bien souvent, y compris à gauche : elles ramènent inlassable-ment à la question nationale et son « récit ». Voyez Jean-Luc Mélenchon. Se convertir au « récit national » est un piège intellectuel, une imposture périlleuse. Combien d’épisodes, tragiques ou héroïques, du mouvement ouvrier témoignent du fait que l’écriture de ce récit sort de la plume des vainqueurs de l’Histoire ?

Et quid d’un contre-récit, d’une histoire populaire d’un pays ?

Ce serait celle des vaincus — qui n’ont pas dit leur dernier mot. D’emblée, il n’est plus question du récit de la Nation, où l’opprimé finit par croire que ses défaites deviennent des victoires ! Il s’agirait du récit de ceux qui se sont battus et donnent envie de le faire à nouveau, de la Commune de Paris à Mai 68, en passant par 1936, la résistance au nazisme, puis les porteurs de valises pour l’indépendance de l’Algérie. Ce n’est pas le récit des Versaillais, du patronat de 1936 qui disait : « Mieux vaut Hitler que le Front populaire », ni celui de Pétain ou de l’OAS. Ce n’est pas la même histoire.

Daniel Bensaïd rejetait la République, mais pas la République sociale.

Et on en parlait souvent ! Il aimait déterrer les travaux de Marx, et la République du travail en faisait partie. Je n’ai donc vraiment rien contre ceux qui veulent investir cette notion d’un sens autre et d’une portée originelle. Par exemple, dans un registre différent, je pense que Frédéric Lordon s’essaie à ça aussi. Je suis donc très gourmand du type d’échanges que ça peut susciter. Avec des entrées en matière qui ne sont pas les mêmes, nous pouvons avoir de grandes convergences de vue et de pratiques.

Mais aussi des divergences : j’ai lu Imperium et c’est vrai que je ne le suis pas sur l’État ou la Nation, même lorsqu’il nous renvoie avec brio à certains angles morts de notre pensée politique. Il y a tellement d’autres termes et d’autres notions subversives qui sont en friche et qu’il faudrait revisiter : « démocratie », « émancipation », « égalité »…

Le commandant Marcos préférait se présenter comme un « rebelle social » plutôt que comme un révolutionnaire, car il ne voulait pas de l’État…

Une génération anticapitaliste entière a voulu prendre ses distances avec le pouvoir. Une façon de se prémunir du mal légué par les expériences « socialistes » du 20è siècle. Mais, dans la pratique, les zapatistes eux-mêmes ont créé une forme de pouvoir. Ils ne s’en cachent pas. Et ils savent que l’autarcie n’est ni possible, ni souhaitable. Il faut composer avec le monde qui nous entoure. On ne peut pas vivre en vase clos.

À l’échelle de l’humanité qui vit sur le globe, tu ne peux pas tout régler localement. Il y a des régions plus ou moins bien loties, qui ont plus ou moins de richesses naturelles : si, au nom de la démocratie, tu décrètes qu’il ne faut décider que localement, ça revient à admettre que ceux qui vivent dans les régions naturellement riches vivront mieux que les autres. Comment coor-donner, fédérer, mettre en commun ? Il existe des questions sans réponses. La société pour laquelle je me bats ne rime pas avec la fin de la politique. Au contraire.

Elle n’est pas la simple « administration des choses ». Il y aura des discordes dans cette société, des choix à opérer, ne serait-ce que sur la transition énergétique, par exemple. Comment concilier le mandat impératif, issu de la délibération majoritaire, et l’expression des minorités en désaccord ? J’y réfléchis beaucoup.

Vous assumez très souvent de n’avoir pas réponse à tout, de ne pas être en mesure de fournir un système « clés en main ». Cette humilité est-elle le plus souvent perçue comme une saine franchise ou de l’amateurisme ?

Les deux. On peut nous remercier d’assumer notre part légitime de doute et nous reprocher le fait de ne pas avoir un projet suffisamment carré à proposer. « Dites-nous comment ça va fonctionner demain ! » J’aime bien retourner la question. Lundi dernier, lors d’une réunion à Poitiers, on m’a demandé ce que j’avais à « offrir »… J’ai répondu : « Pas grand-chose ou alors on a tous à s’offrir mutuellement. » Il faut évoluer dans cet entre-deux. Je ne vois pas d’autre espace possible : ceux qui arrivent avec des solutions toutes faites ne peuvent plus nous convaincre. Peut-être que lors des radicalisations politiques éphémères, tu peux cultiver l’idée que ton courant a raison sur tout, auprès des jeunes notamment — mais cela ne dure qu’un temps…

On entend sans cesse : « Pourquoi Besancenot, Bové, Arthaud, Mélenchon, Autain et Laurent ne prennent-ils pas un café ensemble pour proposer une piste unitaire ? »…

… Le café, pas de souci. Mais un accord par le haut, c’est mort. Ça ne pourra arriver que par le bas. S’asseoir autour d’une table, on l’a fait, on le fait et on le fera ; mais rien ne sortira durable-ment de cette manière. Nos divergences politiques ne pourront être surmontées qu’à chaud. Pour les sublimer, il faudra une force contraignante : la pression du bas, de la force militante politique, syndicale et associative, qui, lassée de se sentir orpheline d’un outil qui la représente, aura décidé de se lancer à l’assaut de la politique. On sera plus nombreux autour de la table ; il faudra plus de cafés, c’est tout… (rires)

Vous dites souvent que la présidentielle vous place face à une contradiction. Pourquoi ne pas rejoindre les positions d’un Alain Badiou, qui la boycotte complètement ? Pourquoi consentir, in fine, à ce cadre ?

À cause de notre ambition majoritaire. Les élections présidentielles sont une contradiction, oui, mais on doit composer avec les échéances telles qu’elles existent en temps et en heure. En l’absence d’une grande irruption sociale qui conduit des millions de personnes à se politiser, c’est l’un des rares moments où une multitude de gens peuvent chercher à penser par eux-mêmes.

C’est l’un des rares moments, aussi, où des courants minoritaires ont l’occasion de prendre la mesure de la perception populaire quant à leurs propositions. Si tu prétends que ton projet de société est calibré pour la majorité, refuser le retour du réel est une curieuse conception des choses…

Le retour du type accoudé au bar, de l’employé de bureau, de l’ouvrier d’atelier, du radié des listes de Pôle emploi, de l’artisan, du commerçant, tu ne l’as pas de la même manière le reste du temps. Et c’est un retour important, quand tu aspires à l’émancipation collective. Mais, évidem-ment, que ce n’est pas notre terrain de prédilection. Nous nous présentons à une fonction que nous proposons d’abolir. C’est un peu étrange…

Vous avez écrit que le trotskysme n’était pas, à vos yeux, une mémoire religieuse mais « fonctionnelle » : c’est-à-dire ?

Certains ont dit, lorsque j’ai expliqué que je ne me définissais pas particulièrement comme « trotskyste », que je faisais de la comm’. La bonne blague ! Je viens d’une organisation trotskyste, la Ligue communiste révolutionaire ; c’est mon histoire et mon patrimoine, je l’assume. J’en garde beaucoup de choses, dont mon attache viscérale à la lutte contre la bureaucratie et pour l’internationalisme.

Mais je me définis avant tout comme « militant révolutionnaire ». Car je crois, encore une fois, qu’aucun corpus défini (libertaire, guévariste, trotskyste…) ne peut prétendre avoir eu raison à lui seul contre tous les autres. Ceux qui croient cela peuvent vivre ainsi pour plusieurs siècles… Sauf qu’on n’a pas des siècles devant nous et que j’ai envie que le changement de société arrive avant, et pour de bon : ce n’est pas pour m’occuper l’esprit que je milite. Par ailleurs, une piqûre d’internationalisme ne ferait de mal à personne à gauche — même dans la gauche radicale. Une bonne dose, même. L’internationalisme n’est jamais spontané et nous assistons à une grande régression.

L’idée qu’il faudrait dire et penser l’internationalisme comme un « inter-nationalisme », c’est-à-dire coopération des nations entre elles et non dépassement de celles-ci, s’implante de plus en plus dans nos espaces. N’auriez-vous rien compris à ce concept ?

J’ai bien compris le sens du trait d’union, justement ! (rires) Je veux bien qu’on discute de tout, mais partons alors sur un pied d’égalité : si les internationalistes doivent faire le ménage dans leurs idées, les inter-nationalistes aussi. Qui pourrait oublier comment fut rapide le chemin qui a mené le mouvement ouvrier de l’internationalisme à l’inter-nationalisme, pour finir, en bout de course, au nationalisme tout court ?

Si on se souvient ne serait-ce que de l’épisode de la Première Guerre mondiale, durant lequel toute la social-démocratie, le mouvement syndical, la CGT, et même des libertaires comme Kropotkine, ont basculé en un éclair dans le camp de l’Union sacrée au nom de l’in-ter-na-tio-na-lisme, on se dit que mieux vaut bien réfléchir avant de s’obstiner à vouloir charcuter de jolis mots…

Je ne fais pas de fixette, sincèrement, mais je pressens un grand danger. Il y a quelque temps seulement, dans nos discussions avec la direction du Parti de Gauche sur le thème des frontières, du souverainisme et de la Nation, les camarades nous expliquaient que tout ceci se bornait aux questions économiques et à un protectionnisme bénéfique aux travailleurs, un protectionnisme qui, articulé à toutes les classes ouvrières du monde, allait tirer tout le monde vers le haut.

Malgré leurs promesses, nous en arrivons désormais aux bafouillages sur les questions migra-toires, sur les travailleurs détachés (avec ou sans guillemets) et sur la liberté d’installation… Je préfère assumer qu’il existe encore, en France, des internationalistes décomplexés. À moins de raisonner en termes d’impasse, c’est-à-dire de conclure que le Capital a gagné la bataille des frontières. De lui laisser ce monopole. De lui laisser le monde.

Il est faux de croire qu’on peut échapper au règne du Capital en revenant à la frontière. On doit tout se dire et je serais vraiment friand d’une vraie table ronde sur le sujet. Sans noms d’oiseaux. Je vois bien, depuis quelque temps, les tacles et les allusions à notre endroit… Arrêtons les allusions et débattons clairement des choses. (Extrait)

Cyrille Choupas pour Ballast dimanche 9 juin 2019
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https://www.preavis.org/

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