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08 avril 2020 ~ 0 Commentaire

cuba (npa)

cuba

Levée de l’embargo contre Cuba 

Il ne s’agit pas de ici faire l’éloge du régime cubain qui, au fil du temps, s’est bien éloigné des espoirs suscités par la chute du dictateur Batista et l’entrée triomphale des guérilleros à La Havane en janvier 1959. Mais, force est de constater que de plus en plus de pays, face à la pandémie du coronavirus, demandent à bénéficier de l’assistance des médecins cubainEs.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il y a sur l’île 82 médecins pour 10 000 habitantEs, contre 32 en France et 26 aux États-Unis… Cuba a, au fil des années, pour suppléer à des services de santé défaillants ou lutter contre des épidémies, envoyé 25 000 médecins en Amérique latine (les médecins cubains ont dû quitter la Bolivie et le Brésil sur pression des nouveaux régimes réactionnaires), mais aussi en Afrique, au Pakistan ou à Haïti.

Face au Covid-19, Cuba a déjà dépêché en Italie une équipe de 52 médecins et infirmierEs. Aux Antilles et en Guyane « françaises », les médecins cubains sont réclamés par les autorités locales.

Le « socialisme » de Cuba n’est pas le nôtre, d’autant qu’il est, de plus en plus, pénétré par les mécanismes de marché, les inégalités, tandis que sévit la répression des dissidentEs politiques. Il y a certes une « diplomatie médicale » cubaine et les médecins sont une source de devises pour le régime.

Mais, même déformée et pervertie, Cuba montre la supériorité d’une économie planifiée sur l’anarchie du marché capitaliste. Et qu’on ne vienne pas dire que c’est parce que Cuba est une « dictature » : il y a des dizaines de pays dictatoriaux à travers le monde où les populations ne peuvent satisfaire leurs besoins élémentaires tandis que leurs dirigeants vont se faire soigner à l’étranger (à titre d’illustration, le général major Abdelhamid Ghriss, secrétaire général du ministère de la Défense nationale algérien, vient de se faire opérer en Suisse).

Alors, oui, il faut lever de toute urgence tout embargo contre Cuba comme le réclament divers organismes internationaux et, chez nous, en finir avec la dictature du marché sur la santé !

Mercredi 8 avril 2020 Henri Wilno

https://npa2009.org/

Lire aussi:

Cuba (Combat Ouvrier)

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08 avril 2020 ~ 0 Commentaire

pollution (el diario )

air

Coronavirus: la pollution de l’air est liée à des taux de mortalité beaucoup plus élevés
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Pour les patients atteints de coronavirus, la pollution augmente le risque de problèmes respiratoires qui peuvent devenir mortels, selon une étude de l’Université de HarvardLa pollution augmente de 20% le risque d’accident vasculaire cérébral, selon une étude.Selon une analyse scientifique de l’Université Harvard, il existe une relation entre la pollution atmosphérique et des taux de mortalité significativement plus élevés pour les personnes infec-tées par Covid-19..

Développé aux États-Unis, le travail montre comment une augmentation même infime des niveaux de particules polluantes dans les années précédant la pandémie peut être associée à 15% supplémentaires du taux de mortalité. À titre d’exemple, ils expliquent que si l’air de Manhattan avait été un peu plus pur ces derniers temps, des centaines de vies auraient pu être sauvées.Compte tenu des grandes différences de niveaux de pollution entre les pays, l’étude suggère que les personnes vivant dans des zones polluées par l’air sont beaucoup plus susceptibles de mourir des coronavirus que les personnes vivant dans des zones plus propres.

Selon les scientifiques, le risque accru pour les personnes vivant dans des zones contaminées d’acquérir le syndrome de détresse respiratoire aiguë, extrêmement mortelle et l’une des causes de décès associées à Covid-19, en plus d’autres problèmes respiratoires et cardiaques, était déjà connu.

Un autre rapport réalisé par des scientifiques italiens indique que les taux de mortalité élevés dans le nord du pays sont corrélés à des niveaux plus élevés de pollution atmosphérique. Les scientifiques espèrent que leurs résultats seront utilisés pour garantir que les zones à forte pollution atmosphérique prennent des précautions supplémentaires pour endiguer le virus et déployer des ressources supplémentaires pour faire face à l’épidémie.

Alors que la pollution de l’air est déjà au minimum grâce à des fermetures généralisées, les scientifiques soulignent que garantir un air plus pur à l’avenir contribuera à réduire les décès dus à Covid-19.

Développée par des chercheurs de l’école de santé publique TH Chan de l’Université de Harvard, l’étude a examiné les niveaux de pollution atmosphérique et le nombre de décès dans 3 000 comtés (98% de la population) jusqu’au 4 avril et dans 3 000 comtés américains.

« Nous avons constaté qu’avec une augmentation de seulement 1 μg / m3 de PM2,5 [particules], il y avait une augmentation de 15% du taux de mortalité Covid-19″, a conclu l’équipe.Une légère augmentation de l’exposition à la pollution par les particules sur une période de 15 à 20 ans était connue pour augmenter le risque de décès pour une raison quelconque. Selon de nouvelles recherches, dans les décès de Covid-19, le risque est multiplié par 20. »Les résultats sont statistiquement significatifs et robustes », ont-ils déclaré. L’étude a pris en compte de nombreux autres facteurs, notamment les niveaux de pauvreté, le tabagisme, l’obésité, le nombre de tests Covid-19 et les lits d’hôpitaux disponibles. Il a également été mesuré quittant la ville de New York, où il y a eu de nombreux cas de Covid-19, et des comtés avec moins de 10 infections confirmées, hors de l’analyse. »Des travaux antérieurs ont montré que l’exposition à la pollution atmosphérique avait considérablement augmenté le risque de décès par le coronavirus Sars lors de l’épidémie de 2003″, a déclaré Rachel Nethery, membre de l’équipe de scientifiques de Harvard. « Nous pensons donc que nos résultats sont désormais conformes à ces résultats. »

Selon son coéquipier Xiao Wu, « Ces informations peuvent nous aider à nous préparer en demandant aux populations fortement exposées à la pollution atmosphérique de prendre des précautions supplémentaires et d’allouer plus de ressources pour réduire le risque de développements négatifs de Covid-19″

 » Que nous attendions un vaccin ou un traitement, Covid-19 fera probablement partie de notre vie pendant un certain temps; compte tenu de cela, nous devrions envisager des mesures supplémentaires pour nous protéger de l’exposition à la contamination et réduire le nombre de décès dus au Covid. -19 « .Les auteurs soulignent que l’Environmental Protection Agency des États-Unis a suspendu l’application des lois environnementales (le 26 mars) et demandent que les réglementations sur la pollution atmosphérique continuent d’être appliquées. Ne pas le faire, ont-ils dit, pourrait augmenter le nombre de décès dus à Covid-19. L’étude est sur le point d’être publiée dans une grande revue médicale.
Selon le professeur Jonathan Griggs de l’Université Queen Mary de Londres, l’étude est plausible et méthodologiquement solide mais présente certaines limites. Par exemple, ne pas mesurer des facteurs importants tels que le tabagisme au niveau individuel. « Il est clair que nous avons besoin d’urgence de plus d’études, car la pollution particulaire générée localement retrou-vera ses niveaux dès que les restrictions de mouvement seront assouplies », a-t-il déclaré.
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Après l’Italie et l’Espagne, les États-Unis sont le pays où le nombre de décès par coronavirus est le plus élevé. L’autre étude, centrée sur l’Italie, a été publiée par la revue Environmental Pollution et arrivait à la conclusion suivante: « Le niveau élevé de contamination dans le nord de l’Italie doit être considéré comme un cofacteur supplémentaire dans le taux de mortalité élevé enregistré dans la région » .Le nord de l’Italie, note l’étude, est parmi les zones les plus polluées d’Europe et jusqu’au 21 mars, le taux de mortalité dans les régions du nord de la Lombardie et de l’Émilie-Romagne était d’environ 12%, soit plus du double du 4, 5% enregistrés dans le reste de l’Italie.
« Il est bien connu que la contamination endommage la première ligne de défense des voies respiratoires supérieures, de sorte qu’un sujet vivant dans une zone à fort taux de contamination sera plus susceptible de développer des maladies respiratoires chroniques et sera plus encore vulnérable à tout agent infectieux « , dit-il.
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À la mi-mars, des scientifiques médicaux ont averti que l’exposition à la pollution atmosphérique pourrait aggraver Covid-19. Les premières recherches ont suggéré que l’affaiblissement des poumons chez les fumeurs et les ex-fumeurs les rendait plus sensibles au virus.Alors que les mesures de confinement ont considérablement réduit la pollution de l’air, une analyse mondiale complète publiée en 2019 a montré que l’exposition à l’air pollué pendant de longues périodes pouvait endommager tous les organes et pratiquement toutes les cellules du corps.Traduit par Francisco de Zárate  /Damian Carrington

04/08/2020
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Commentaire:
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En Bretagne, la pollution aux particules seraient dues aux épandages agricoles… mais chut!

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06 avril 2020 ~ 0 Commentaire

cuba (combat-ouvrier npa )

cuba
L’aide des médecins cubains

Dans le contexte de crise sanitaire mondiale due à la pandémie de Covid-19, plusieurs centai-nes de médecins et infirmiers cubains ont été envoyés dans les pays les plus sévèrement touchés dont l’Italie. Certains de ces soignants ont combattu l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’ouest en 2014.

Depuis la fin du 19ème siècle, l’île était colonisée par les États-Unis. De grosses firmes sucriè-res américaines y avaient installé leurs usines. Mais en janvier 1959, de jeunes guérilleros, Fidel Castro et Che Guevara en tête, rejoints par des paysans opprimés et la population, ont pris le pouvoir contre la dictature de Batista, pantin des États-Unis, puis contre les firmes américaines.

Malgré le blocus imposé à l’île par les dirigeants américains depuis 1962, l’État cubain a tenu tête notamment grâce à l’aide de l’ex-URSS (Union des républiques socialistes soviétiques), ensuite grâce à d’immenses sacrifices imposés à sa population. Le régime castriste a remporté des succès incontestables : l’analphabétisme n’est plus qu’un lointain souvenir grâce à l’éduca-tion gratuite. La comparaison est accablante avec la plupart des autres pays latino-américains.

Quant au système de santé de Cuba, il est comparable non à ceux des autres pays sous-développés, mais à ceux des pays industriels. On y trouve partout cliniques, hôpitaux, médecins et l’accès à la santé est gratuit.

Selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé), il faut un minimum de 2,5 médecins pour 1 000 habitants pour assurer un service sanitaire correct. À Cuba, il y a 8,2 médecins pour 1 000 habitants. En France, il y en a 3,2 pour 1 000 habitants. Les États-Unis n’en enregistrent que 2,6. Il y a quelques années, en dépit de sa situation économique difficile, Cuba a engagé sa médecine dans l’aide humanitaire aux pays pauvres avec l’OMS. Plus de 50 000 soignants cubains travaillent dans plus d’une quarantaine de pays.

La révolution cubaine fut une révolution démocratique bourgeoise, populaire et non une révolution socialiste comme on l’entend souvent dire. Mais les choix politiques des dirigeants anti-impérialistes cubains dans le domaine sanitaire font leurs preuves.

Les grandes révolutions politiques et sociales ont toujours été porteuses de progrès. Et même si dans la plupart des secteurs Cuba demeure un pays sous-développé et pauvre, sans la révolu-tion, la médecine cubaine n’existerait pas. Le comble serait qu’aujourd’hui les États-Unis, le geôlier de Cuba, l’appellent à la rescousse contre le Covid-19.

Médecins cubains en Caraïbe

En Guadeloupe et en Martinique, pour faire venir des médecins cubains, des voisins, il faut présenter des textes de loi au gouvernement, à 7 000 km de la Caraïbe, pour tenter de le convaincre.

Pourtant la situation exige du renfort de ces soignants expérimentés et sérieux qui de surcroit se déplacent avec du matériel. À l’époque de la guerre froide, les Cubains, médecins ou pas étaient carrément indésirables. Car le gouvernement faisait croire qu’ils venaient fomenter des guérillas pour le compte de l’URSS ! Pour aller à Cuba en provenance de Guadeloupe ou de Martinique il fallait passer par Prague ou Moscou.

Aujourd’hui l’ennemi n’est plus l’URSS et ses satellites. Ils n’existent plus en tant que tels. C’est le Covid-19.

Contre le coronavirus, sont arrivés 130 médecins au Venezuela qui a déjà plus de 20 000 soignants cubains, 5 à La Grenade, 50 médecins et 90 infirmières spécialisées à la Jamaïque où ils sont déjà 434.

Le 21 mars 113 soignants arrivent à Sainte-Lucie. La République dominicaine, le Honduras, le Guatemala, le Nicaragua, Haïti et Belize ont également fait appel à Cuba. D’autres îles, pour des raisons idéologiques ou sous la pression de Trump qui profite de la situation, ne semblent pas concernées.

La Dominique reçoit l’aide de la Chine qui a fourni du matériel sanitaire à ses hôpitaux. L’ironie de la situation est le rappel du Brésil de ces soignants cubains pour le coronavirus 2020 par le président Bolsonaro qui les accusait d’être des « cellules de guérilla » !

Mais personne n’a remplacé les 8 000 médecins chassés en 2018. Les Cubains appelés les médecins « aux pieds nus » n’hésitent pas à aller dans les quartiers pauvres où d’autres soignants ne mettent pas les pieds.

Cette action est unique au monde aujourd’hui. D’autres pays, riches, ont coutume d’envoyer l’armée… Ce sont quand même ces révolutions, mêmes bourgeoises, comme en Chine (1) du reste, qui ont fait avancer ces pays et qui restent un puissant facteur de progrès

Cuba : quelques chiffres

Depuis 1963, commençant avec l’Algérie tout juste indépendante, Cuba a envoyé plus de 400 000 professionnels de santé dans 164 pays. Cuba a envoyé ses médecins pour aider des pays en sous-développement en Afrique, en Amérique du Sud et jusqu’au Pakistan.

Ils sont intervenus lors d’épidémies (sida, Ebola, choléra) ou de catastrophes naturelles. Fin 2019, ils étaient 29 071 médecins et infirmières dans 63 pays, dont 27 pays pauvres où le programme est gratuit, financé par Cuba. Suite aux pressions de Trump et avec l’apparition de gouvernements d’extrême-droite en Amérique du Sud, 8 000 médecins cubains ont dû quitter le Brésil fin 2018 et 1 000 autres le Salvador, l’Équateur et la Bolivie en novembre 2019.

3Combat Ouvrier c’est « Lutte Ouvrière » aux Antilles

http://www.combat-ouvrier.net/

Lire aussi:

 

Levée de l’embargo contre Cuba !

Il ne s’agit pas de ici faire l’éloge du régime cubain qui, au fil du temps, s’est bien éloigné des espoirs suscités par la chute du dictateur Batista et l’entrée triomphale des guérilleros à La Havane en janvier 1959. Mais, force est de constater que de plus en plus de pays, face à la pandémie du coronavirus, demandent à bénéficier de l’assistance des médecins cubainEs.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il y a sur l’île 82 médecins pour 10 000 habitantEs, contre 32 en France et 26 aux États-Unis… Cuba a, au fil des années, pour suppléer à des services de santé défaillants ou lutter contre des épidémies, envoyé 25 000 médecins en Amérique latine (les médecins cubains ont dû quitter la Bolivie et le Brésil sur pression des nouveaux régimes réactionnaires), mais aussi en Afrique, au Pakistan ou à Haïti.

Face au Covid-19, Cuba a déjà dépêché en Italie une équipe de 52 médecins et infirmierEs. Aux Antilles et en Guyane « françaises », les médecins cubains sont réclamés par les autorités locales.

Le « socialisme » de Cuba n’est pas le nôtre, d’autant qu’il est, de plus en plus, pénétré par les mécanismes de marché, les inégalités, tandis que sévit la répression des dissidentEs politiques. Il y a certes une « diplomatie médicale » cubaine et les médecins sont une source de devises pour le régime.

Mais, même déformée et pervertie, Cuba montre la supériorité d’une économie planifiée sur l’anarchie du marché capitaliste. Et qu’on ne vienne pas dire que c’est parce que Cuba est une  « dictature » : il y a des dizaines de pays dictatoriaux à travers le monde où les populations ne peuvent satisfaire leurs besoins élémentaires tandis que leurs dirigeants vont se faire soigner à l’étranger (à titre d’illustration, le général major Abdelhamid Ghriss, secrétaire général du ministère de la Défense nationale algérien, vient de se faire opérer en Suisse).

Alors, oui, il faut lever de toute urgence tout embargo contre Cuba comme le réclament divers organismes internationaux et, chez nous, en finir avec la dictature du marché sur la santé !

Henri Wilno Mercredi 8 avril 2020

https://npa2009.org/

Dans la lutte contre le coronavirus, Cuba s’impose comme un allié de choix (Slate)

Cuba envoie des médecins au secours de 38 pays… et c’est insupportable pour Trump ! (L’Humanité)

Commentaires:

Quitte à déranger ce concert de louanges! Le blocus américain de Cuba est si dur depuis la fin de l’Urss que le pouvoir en route (difficile) vers le capitalisme cherche des revenus, et les médecins en sont un! Il faut le savoir tout en luttant contre la politique américaine.

Selon José Luis Rodriguez Garcia, ancien ministre de l’économie, ce service permet à Cuba de percevoir plus de 11 milliards de dollars en moyenne par an entre 2011 et 2015. Le régime cubain facture cette activité dans 35 des 62 pays bénéficiaires. Il s’agit de la première source de ressources de l’île loin devant le revenu du tourisme qui a rapporté 2,8 milliards de dollars en 2016. Les autorités cubaines reçoivent directement les salaires des personnels envoyés à l’étranger. Elles prélèvent alors entre 75 à 89 % du montant de ce salaire.

(1) Cuba est différent de la Chine, comme du Venezuela. C’est un pays en transition vers le socialisme, mais bloqué par la bureaucratie « éclairée » qui s’est accaparé l’état et aussi par le blocus américain. Pour la Chine, nous pensons que ce fut une révolution « socialiste » mais déformée dès le début. Nos camarades trotskistes y furent massacrés, comme au Vietnam. Mais cela n’empêchait pas le soutien à ces pays. Depuis Chine et Vietnam sont devenu des pays capitalistes dictatoriaux. Cuba lui est « à part ».

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06 avril 2020 ~ 0 Commentaire

virus (arte)

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5 documentaires qui avaient mis en garde

Et qui ont du succès actuellement

Nous avons été prévenus. Si un expert en santé publique voulait savoir , il pourrait le faire, il y avait une longue liste de documentaires qui avertissaient qu’il y a une forte probabilité de souffrir d’une pandémie comme celle qui a finalement émergé.

« La question n’est pas de savoir s’il y en aura une,  la question c’est quand », affirme-t-on avec force dans bon nombre de ces docus. Cinq programmes qui avaient déjà mis en garde contre le risque de virus dans une société aussi mondialisée que la nôtre.

Au cours des dernières semaines, rechercher des «documentaires pandémiques» sur Google est difficile, le réseau est complètement saturé d’informations sur la série documentaire Pandemic, une production Netflix qui est arrivée en janvier dernier comme une prophétie flagrante de ce qui allait arriver.

Nous avons creusé sur Internet pour sauver d’autres documentaires similaires qui ont déjà mis en garde contre le danger imminent pour la santé publique.

Le 5 mars, le documentaire « Le retour de la peste noire »  a été diffusé dans « La 2″ (chaîne espagnole), qui aborde les conséquences de cette épidémie survenue en 1349, un événement tragique qui pourrait se répéter comme les experts consultés insistaient.

Ce n’est pas la peste noire qui inquiète le monde aujourd’hui, mais il existe de nombreux virus et bactéries qui attendent leur chance lorsque les circonstances se présenteront. En plus de Pandemic, nous avons trouvé quatre autres documentaires qui ont déjà mis en garde contre ces défis qui ne sont pas vus mais qui sont là.

stop virus

Pandémie (2020)

Pandémie: comment prévenir l’épidémie. C’est le titre complet de la série documentaire dont tout le monde parle. Netflix l’a publié en janvier dernier, coïncidant avec l’expansion du coronavirus au-delà des frontières de la Chine, et depuis lors, il est devenu prémonitoire puisqu’il qui nous avertit (peut-être trop tard) de ce qui allait arriver. Tout au long de six chapitres, cette série documentaire plonge dans le monde des virus avec l’aide de ceux qui les connaissent le mieux: des chercheurs, des médecins et des agents de santé qui ont dû faire face à certaines des épidémies qui mettent le monde contemporain sous tension. .

Où?: Netflix.

stop virus

Épidémies: la menace invisible

L’épidémie de pneumonie liée au coronavirus remet à l’ordre du jour la question des épidémies et du risque qu’elles représentent au niveau planétaire. Une enquête rigoureuse de 2014 pour nous rappeler les enjeux de cette menace invisible.

En soixante ans, plus de trois cent cinquante nouvelles maladies infectieuses sont apparues : SRAS, H1N1, H5N1, Ebola… Une émergence de virus qui semble s’accélérer. Unanimes, les experts s’interrogent : quand une nouvelle épidémie mondiale va-t-elle frapper ? Peste, grippe espagnole, variole, sida… : l’histoire est traversée d’épisodes infectieux qui ont décimé des populations. Mais où en est la recherche aujourd’hui ? Sommes-nous mieux préparés ? Le film part sur les traces de trois virus particulièrement menaçants : le H7N9 de la grippe en Asie, le MERS-CoV, cousin du SRAS, actif au Moyen-Orient, et le virus Ebola, qui suscite les pires terreurs en Afrique de l’Ouest.

Animaux porteurs

De la cellule de crise de l’Organisation mondiale de la santé en Suisse, chargée de lancer les alertes, jusqu’aux confins de la forêt du Gabon sur les traces d’Ebola, l’enquête nous mène aux quatre coins du monde. Grâce au travail de terrain de scientifiques qui risquent leur vie, nous savons désormais que les animaux sauvages sont des réservoirs potentiels de virus dangereux pour l’homme. Ainsi, la fièvre Ebola a été transmise par les chauves-souris frugivores, et la grippe asiatique H5N1 portée par des oiseaux migrateurs. Face à la menace, le monde scientifique se mobilise.

« Nous sommes entourés de milliers de microbes différents et nous n’en connaissons qu’une très petite partie. Une question importante est de comprendre comment un virus animal est transmis à un humain. Ce sont des prédateurs invisibles. Ils sont rares, mais lorsqu’ils agissent, ils sont dévastateurs. » C’est ainsi que commence Epidemics: The Invisible Threat, un documentaire de la chaîne de télévision française Arte qui est sorti quelques mois après que trois virus ont capté l’attention de la planète: Ebola, une nouvelle souche de grippe aviaire, et une variété de coronavirus. Comment les virus surviennent-ils? Comment les combattez-vous? Pour répondre à ces questions et à d’autres, Arte s’est tourné vers l’un des plus grands spécialistes du monde, Luis Enjuanes, médecin de l’Université autonome de Madrid.

Où?: Arte

stop virus

La prochaine pandémie

Une série documentaire Netflix qui aborde différents sujets, a consacré l’un de ses reportages à « The Next Pandemic ». En seulement 20 minutes, ce petit document enregistré en 2019 devient encore plus inquiétant que Pandemic. Plusieurs experts, dont le fondateur de Microsoft, Bill Gates, exposent leurs versions du moment et de la façon dont la prochaine épidémie mondiale pourrait émerger, devenant ainsi une mention implicite du coronavirus.

Où?: Netflix.

stop virus

Le retour des épidémies

TVE 2 a diffusé en 2013 un chapitre du programme Réseaux dédié exclusivement aux épidémies. Parce que, bien que les antibiotiques et l’hygiène aient permis au cours du siècle dernier de surmonter un grand nombre de microbes nuisibles à l’espèce humaine, les maladies infectieuses se propagent désormais plus facilement entre les continents et de nouveaux virus apparaissent constamment, posant des défis majeurs à professionnels de la santé publique. Dans ce documentaire sur les réseaux, Eduardo Punset avait pour invité l’épidémiologiste Ned Hayes, avec qui il a échangé des idées concernant les caractéristiques des épidémies qui menacent notre espèce et ce qui est réellement fait pour prévenir et prévenir la contagion.

Où?: RTVE 

stop virus

Sentinelles de la grippe
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En 2010, le programme TVE DocumentosTV a préparé un rapport sur la grippe A, la première pandémie du 21e siècle qui, il y a seulement un an, avait alarmé les gouvernements du monde entier. Le programme Sentinelles contre la grippe a rappelé comment la propagation du virus avait été contenue et a évoqué la possibilité que ce ne soit pas le dernier choc auquel les États devaient faire face. « Le fait que cette vague soit passée ne signifie pas que nous devons baisser la garde », a averti l’un des experts interrogé par Televisión Española.
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04.05.2020 Gabriel Arias Romero

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https://vertele.eldiario.es/

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05 avril 2020 ~ 0 Commentaire

prévisible (courrier inter)

branle

Dennis Carroll, biologiste : “L’épidémie actuelle était prévisible”

Notre démographie galopante, nos incursions dans des écosystèmes jusque-là préservés et nos habitudes de consommation composent un cocktail parfait pour l’apparition de zoonoses et l’émergence de nouvelles pandémies, alerte ce chercheur en biologie médicale dans un entretien accordé à Nautilus.

Dennis Carroll ne veut pas avoir l’air trop brutal quand il dit que l’épidémie de coronavirus était prévisible. Au contraire, il comprend parfaitement qu’on puisse avoir peur de la maladie. Tout autour du monde, il a vu des gens atteints de tels virus. Carroll a surtout l’air de savoir de quoi il parle.

Depuis plusieurs décennies, il met en garde contre la menace des zoonoses, la transmission d’agents pathogènes des animaux à l’homme. Les scientifiques sont convaincus que l’épidémie actuelle, apparue à Wuhan, en Chine, venait d’un virus propre aux chauves-souris.

En 2009, après plusieurs années à étudier les maladies infectieuses aux Centers for Disease Control and Prevention (CDC), ainsi qu’à l’Agence des États-Unis pour le développement international (Usaid), Carroll a mis sur pied un programme Usaid nommé “Predict”, qui menait un travail novateur sur les virus présents chez les animaux du monde entier et qui pourraient un jour nous contaminer.

“Dennis est un visionnaire, assure Christine K. Johnson, épidémiologiste au One Health Institute (université de Californie à Davis), où elle est professeure à l’école de médecine vétérinaire. Il a hérité d’une démarche fondée sur la réaction aux maladies infectieuses, et il en a pris le contre-pied. Il a dit : ‘Nous allons anticiper pour aider les différents pays à se préparer à l’émergence des maladies infectieuses’”.

Johnson, qui a été chercheuse au sein de Predict pendant dix ans, affirme que Carroll a fait œuvre de pionnier en ne se contentant plus d’examiner seulement le bétail. “Dennis a compris que les nouvelles maladies infectieuses, un peu partout dans le monde, venaient principalement des espèces sauvages, et qu’il fallait donc investir dans la recherche sur ces espèces.”

Pendant dix ans, Predict a bénéficié d’un financement fédéral annuel variant entre 15 et 20  millions de dollars. En 2019, son enveloppe a été supprimée. Carroll a quitté l’Usaid et lancé un nouveau programme, le Global Virome Project, afin, dit-il, d’“exploiter les découvertes et l’expérience de Predict”.

Lors de cet entretien, Carroll, qui parle de sa propre expérience, répond parfois avec causticité, qu’il parle de la biologie des virus ou du manque de réactivité de la Maison-Blanche à l’épidémie. Je commence par lui demander quelles sont les origines de ce fléau.

Comment l’actuel coronavirus est-il passé d’une chauve-souris à l’homme ?

Nous ne savons pas précisément, mais le virus était sans doute présent dans un animal sur un marché, où il y a eu des contacts répétés. Il est possible aussi que des gens aient directement manipulé l’animal. Il peut également y avoir eu un hôte intermédiaire [les soupçons se portent sur le pangolin]. En 2002, lors de l’épidémie de Sras en Chine, la source de l’infection ne nous est pas apparue comme étant l’exposition directe à des chauves-souris. Il y avait un hôte intermédiaire, la civette.

En 2018, vous et vos collaborateurs écriviez dans Science : “Notre capacité à contenir l’apparition des maladies est compromise par notre mauvaise compréhension de la diversité et de l’écologie des menaces virales.” Que devons-nous faire pour comprendre la diversité et l’écologie de ces menaces virales ?

La première chose à comprendre, c’est que les menaces auxquelles nous allons être confrontés à l’avenir, quelles qu’elles soient, existent déjà : elles circulent parmi les animaux sauvages. On pourrait comparer cela à une matière noire virale. Une importante population de virus circule, et nous n’en découvrons l’existence que lorsque la transmission franchit la barrière des espèces et que certaines personnes tombent malades.

Y a-t-il un risque particulièrement élevé de transmission de la chauve-souris à l’homme ?

Absolument. Nous avons pu identifier les chauves-souris comme réservoirs du coronavirus, et nous avons répertorié certaines populations spécifiques de chauves-souris comme étant des réservoirs du virus Ebola.

Nous voudrions maintenant comprendre comment chacune de ces espèces de chauves-souris agit au sein de son écosystème. Ont-elles certains comportements et pratiques qui les maintien-nent soit éloignées, soit en contact avec les populations humaines ? La population de chauves-souris au sein de laquelle nous avons isolé le virus Ebola en Afrique de l’Ouest était une espèce qui a elle aussi tendance à se percher dans les habitations, ce qui accroît les possibilités de transmission à l’homme.

Y a-t-il eu des perturbations de leur environnement qui auraient obligé les chauves-souris à se rapprocher de nous ?

Nous sommes à 100 % à l’origine de ces perturbations. Nous avons pénétré encore plus avant dans des écosystèmes que nous n’occupions pas auparavant.

Avez-vous un exemple parlant de telles invasions ?

En Afrique, on constate de nombreuses incursions qui sont motivées par les forages pétroliers ou l’extraction minière, dans des zones qui n’abritaient autrefois que de faibles populations humaines. Le problème n’est pas tant lié à l’arrivée de travailleurs et à l’implantation de chantiers dans ces zones qu’à la construction des routes, qui permettent des mouvements de population encore plus importants. Les routes rendent possible également les déplacements d’animaux [...]

Kevin Berger 05/04/2020
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05 avril 2020 ~ 0 Commentaire

masques (france-info fr3)

riche

La France a sacrifié sa principale usine de masques

Basée en Bretagne

Alors que la France manque cruellement de masques face à l’épidémie de coronavirus, une entreprise française, installée en Bretagne, qui pouvait en fabriquer jusqu’à 200 millions par an, a fermé en 2018 après avoir été rachetée par un groupe américain. Qui est responsable de ce fiasco ? La cellule investigation de Radio France a enquêté.

« Pour eux, on est un peu comme des pions sur un jeu de Monopoly. » Antoine* est un « ancien » de l’usine de Plaintel, dans les Côtes-d’Armor. Depuis les années 90, il a vu passer plusieurs repre-neurs de l’usine bretonne spécialisée dans la fabrication des masques respiratoires, notamment les fameux masques FFP2 indispensables au personnel médical.

Il a connu le boom de l’entreprise au moment de la grippe H1N1, en 2009, lorsque l’usine fonctionnait « 24 heures sur 24, 7 jours sur 7″ avec « huit machines, dont cinq supplémentaires », raconte-t-il. Une capacité de production multipliée par cinq et 300 employés pour fabriquer des masques pour la France entière.

En pleine pandémie de coronavirus, et alors que la France manque actuellement cruellement de masques pour protéger les personnels soignants notamment mais aussi tous ceux qui conti-nuent de travailler au contact du public, cette entreprise française, installée en Bretagne et qui pouvait en fabriquer jusqu’à 200 millions par an, a fermé en 2018 après avoir été rachetée par un groupe américain.

« En 2005, j’avais signé un protocole d’accord avec le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, explique Roland Fangeat, ancien président de la division respiratoire du groupe Bacou-Dalloz, président de l’usine de Plaintel à l’époque. Nous nous engagions à garantir une production d’au moins 180 millions de masques par an. Le groupe a investi plus de près de neuf millions d’euros sur le site de Plaintel pour financer notamment une extension. Nous avions une capacité de production de 220 millions de masques par an, quatre millions par semaine, en cas de crise. »

L’État s’engage, avant de se retirer

Dans ce protocole d’accord, dont la cellule investigation de Radio France révèle l’existence, « l’État s’engage à commander à l’entreprise » plusieurs millions de masques chaque année. « L’État assurera le renouvellement de son stock arrivé à péremption », prévoit l’article 11 de cet accord. Une ligne de conduite alors suivie par l’État, malgré certains retards dans les comman-des, comme le montre ce courrier du 14 juin 2006 de Dominique de Villepin : « Je tiens à vous assurer que l’État continuera à respecter ses engagements, en termes de quantité comme de calendrier », écrit le Premier ministre de Jacques Chirac.

De janvier 2009 à septembre 2010, nous avons livré 160 millions de masques FFP2 à l’État. Et puis il y a eu un désengagement de l’État. La chute des commandes a été catastrophique pour l’usine de Plaintel. Roland Fangeat, ancien président de l’usine de Plaintelà franceinfo. En 2010, le géant américain Honeywell rachète le groupe Sperian (le nouveau nom de Bacou-Dalloz) alors propriétaire de l’usine de Plaintel qui compte encore 140 salariés.

Licenciements, délocalisation et fermeture

« Lorsque les Américains arrivent à Plaintel, ils nous expliquent qu’Honeywell est une chance pour nous et que nous allons ‘intégrer’ un groupe mondial avec des ‘valeurs’ et une force de frappe commerciale importante », témoigne Damien*, ancien employé de l’usine de Plaintel. Pourtant, dès 2011, le groupe annonce 43 suppressions d’emplois. Les plans de licenciement s’enchainent, le chômage partiel devient la règle. A l’été 2018, les 38 derniers salariés de l’entreprise sont finalement licenciés pour des motifs « économiques ».

La production de masques est délocalisée sur un site déjà existant (créé dans les années 90) à Nabeul, en Tunisie. En septembre 2018, l’usine de Plaintel ferme ses portes. Un mois plus tard, les chaînes de production sont détruites.

Alexandre*, lui aussi un ancien salarié, se souvient : « Lorsque je suis sorti pour ma pause-déjeuner, j’ai vu un semi-remorque embarquer un morceau de nos lignes de production qui mesuraient entre 50 et 60 mètres de long. Tout est parti chez le ferrailleur pour être détruit. J’étais vraiment choqué. J’avais l’impression de voir un corbillard chercher le corps d’un mort. C’est un peu à l’image de ce qui nous est arrivé au sein de l’entreprise. »

Dès qu’Honeywell a repris l’usine, nous étions comme des cancéreux en soins palliatifs. On savait qu’on allait mourir, mais on ne savait pas quand ça se produirait.Alexandre, ex salarié de l’usine de Plaintel à franceinfo. Lors de sa fermeture, l’entreprise ne produisait plus que huit millions de masques par an.

Le silence de l’État

À l’été 2018, les élus du personnel, à la demande des salariés, tentent d’interpeller par mail le président de la République. Ils expliquent au chef de l’État que l’usine de Plaintel est « une entreprise d’utilité publique » dont l’actionnaire américain a tout fait pour la rendre « largement déficitaire » tout en « absorbant massivement les deniers publics ».

« Nous sollicitons votre aide pour intercéder en notre faveur auprès des dirigeants du groupe » concernant « des indemnités de licenciement dont le niveau se situe très largement au deçà de ce qui se pratique habituellement chez Honeywell, en Europe de l’Ouest », peut-on encore lire dans ce courrier adressé à l’Élysée.

Le 24 juillet 2018, le chef de cabinet de l’Élysée lui répond qu’il prend « bonne note » de ce courrier qu’il transmet au ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire. Le 7 août 2018, le chef de cabinet de Bruno Le Maire répond à son tour que « le ministre a pris bonne note des éléments (…) communiqués et a demandé à la délégation interministérielle aux restructurations d’entreprise et à la direction générale des entreprises de faire le point sur ce dossier.

Vous serez directement informé de la suite qui pourra lui être réservé », explique le ministère de l’Économie. « Je n’ai eu aucune nouvelle… », témoigne auprès de la cellule investigation de Radio France l’un des salariés à l’origine de l’envoi de ce courrier.

Contactée, la présidence de la République ne fait aucun commentaire. « C’est le temps de l’unité, pas de la polémique », souffle un proche de l’Élysée. Du côté du ministère de l’Économie, on assure « ne pas avoir eu les moyens d’empêcher une fermeture d’usine dans un secteur qui n’était pas alors considéré comme stratégique ».

Cette entreprise avait beaucoup de difficultés, elle avait perdu beaucoup de commandes. Ses effectifs ne permettaient pas à l’outil industriel de bien fonctionner.Un conseiller au ministère de l’Economie à franceinfo

« Ce n’est pas l’entreprise qui est en cause mais plutôt l’État qui a arrêté de stocker des masques, ajoute ce conseiller de Bruno Le Maire. Sans commande du ministère de la Santé entre 2010 et 2017, le site a été utilisé très en dessous de sa capacité. Si Honeywell avait eu une commande régulière de masques pour le compte de l’État, l’usine n’aurait pas fermé. »

« Ce message des salariés n’était pas une interpellation du chef de l’État demandant à conserver le site, souligne encore Bercy. Il s’agissait essentiellement d’une demande portant sur le niveau des indemnités de départ. Nous avons donc transmis à la Direccte [direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi] en lien avec le ministère du Travail. »

« À l’époque, la fermeture de l’usine a été considérée comme un non-évènement, s’indigne Serge Le Quéau, militant au syndicat Solidaires des Côtes-d’Armor. Jamais la question de l’utilité sociale de cette production de masques n’a été abordée. » 

C’est la logique du marché qui a prévalu. Fabriquer des masques à un moindre coût en Chine ou en Tunisie paraissait sensé pour nos responsables politiques et économiques. On voit bien aujourd’hui que c’est totalement absurde !Serge Le Quéau, du syndicat Solidaires à franceinfo

« Personne n’a rien fait lorsque notre usine a fermé, témoigne encore Coralie*, l’une des 38 personnes licenciées. C’est révoltant. On a eu l’impression qu’on nous laissait tomber. Quand je vois ce qui se passe en ce moment avec l’épidémie de coronavirus, je me dis que je devrais être en train de fabriquer des masques… « 

De l’artisanat à la mondialisation

« C’est une belle histoire industrielle qui se termine par un beau gâchis », commente, un brin désabusé, l’ancien maire de Plaintel, Joseph Le Vée. Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut remonter à 1964, lorsque le Français Louis Giffard reprend l’activité de fabrication de chapeaux pour dames de son père.

Le secteur est alors en déclin. Un an plus tard, Louis Giffard se lance donc dans la production de masques anti-poussières. En 1971, il crée une société anonyme à Saint-Brieuc (baptisée FILGIF puis GIFFARD) et tente de s’inspirer de ce qui se passe aux États-Unis avec la société 3M qui écrase le marché. Dans les années 80, Louis Giffard quitte ses locaux à Saint-Brieuc pour s’installer à Plaintel.

« C’est l’époque où on commence à s’occuper plus sérieusement de la santé des salariés, explique l’ancien directeur général du site de Plaintel, Jean-Jacques Fuan. Il y a un essor important de ce qu’on a appelé les EPI, les équipements de protection individuelle. Mais la manière de produire des masques de Louis Giffard est assez artisanale.

Elle entraîne jusqu’à 30 % de rebut. » Après la mort de Louis Giffard, l’entreprise est vendue au groupe suédois Bilsom, en 1986. Elle est rachetée par le groupe français Dalloz en 1993 qui devient le groupe Bacou-Dalloz en 2001 (rebaptisé Sperian en 2003).

La production s’automatise et les normes se développent. « Nous vendions des masques dans le monde entier, se souvient Jean-Jacques Fuan, en Allemagne, en Angleterre, en Suède, à Taïwan, au Japon, en Amérique du Sud, aux États-Unis…

Lorsque je suis devenu directeur industriel du groupe en 2003, j’ai été chargé d’harmoniser les pratiques des 48 sites de production en Europe et en Afrique. Mon rôle a consisté à rationaliser les fabrications du groupe pour faire des économies d’échelle. » Jean-Jacques Fuan quitte le groupe Sperian, alors propriétaire de l’usine de Plaintel, en 2006.

Mais en Bretagne, on ne ressent pas encore l’effet des réductions des coûts. « Pour moi, ces années correspondent à une modernisation de l’entreprise, se souvient Alexandre*. C’est en 2010 avec Honeywell que tout bascule. »

Un licenciement économique « infondé »

La fermeture de l’usine de Plaintel était-elle vraiment inéluctable ? Les éléments recueillis par la cellule investigation de Radio France permettent d’établir que la reprise de l’usine bretonne par Honeywell en 2010 s’apparente plutôt à une opération financière sans réelle volonté de développer l’outil de production.

C’est ce que montre notamment un rapport d’audit financier confidentiel réalisé en 2018, peu avant la fermeture de l’entreprise bretonne. Selon les conclusions ce document, jamais révélé, jusqu’ici « le motif économique du plan de licenciement collectif est infondé »« La fermeture du site apparaît relever de motifs financiers et stratégiques bien plus qu’économiques parce que le résultat net est construit artificiellement », analyse le document.

Dire que le site de HSP (Honeywell Safety Products) Armor devrait fermer pour cause écono-mique est techniquement infondé… à moins de considérer que fournir un dividende par action et une valorisation boursière 2017 record (et supérieur à la moyenne des 500 entreprises cotées les plus représentatives du marché boursier américain) est un motif économique. Ce qui est plus que discutable. Extrait d’un rapport d’audit financier réalisé en 2018

« Il est évident que la fermeture du site de Plaintel ne permettra pas d’augmenter le dividende par action de 9 % comme annoncé par le nouveau CEO (Chief Executive Officer) du groupe, mais cela participe bien à la stratégie économique et financière globale du groupe », poursuit le texte.

Ce rapport d’audit note également « un changement de stratégie qui marginalise les masques au sein d’Honeywell Safety Products », la division de l’entreprise dont dépend l’usine de Plaintel. Honeywell « souhaite désormais se concentrer sur des activités davantage rentables, où il est leader et en avance dans la course technologique face à ses concurrents, explique le document. La priorité est de pousser l’offre sur les solutions connectées, à forte profitabilité. La priorité de la direction est de rationaliser la gamme et de se concentrer sur les marchés en forte croissance que sont l’Inde et la Chine. »

« Le groupe Honeywell n’a finalement jamais investi dans le site de Plaintel, constate encore le rapport d’audit. Les seuls investissements significatifs ont concerné un bâtiment de près de 20 000 m² largement sur-dimensionné. Les investissements en machines et outils de production ont été plus que limités depuis la reprise du site de Plaintel par Honeywell. (…)

La conséquence directe est que l’usine fonctionne depuis lors avec un outil vieillissant et aujourd’hui loin des performances des machines plus modernes. L’investissement incorporel (brevets notamment) a été inexistant et les dépenses de R & D [recherche et développement] n’ont pas concerné de réelles innovations mais presque exclusivement des homologations. Elles ont été largement financées par le Crédit impôt recherche.

Ces éléments viennent étayer le fait que le site de Plaintel n’a jamais été une entité stratégique pour le groupe, insiste le rapport, mais bien un complément non core [non essentiel] de sa gamme d’EPI [équipement de protection individuelle] et une source potentielle de revenus élevés en cas de pandémie.

Cela correspond tout à fait à la stratégie du groupe. Il n’investit que dans des marchés à forte croissance et à forte profitabilité puis accompagne ses activités matures sans investir jusqu’à arrêt ou cession de l’activité (..) Le marché du masque jetable reste en croissance et reste rentable à condition d’investir régulièrement dans ses outils de production et ses produits », ajoute le rapport d’audit.   

Honeywell Safety Products n’a investi, ni dans de nouveaux produits, ni dans de nouvelles capacités de production, ni même dans le simple renouvellement de l’outil productif. Le choix est fait de délocaliser la production vers un pays à faibles coûts de production, le site de Nabeul, en Tunisie.Extrait d’un rapport d’audit financier réalisé en 2018

Ce désinvestissement du groupe Honeywell est confirmé par les témoignages d’anciens salariés que nous avons recueillis. « Il y avait une stratégie claire de fermeture de l’entreprise, assure Damien*. Pour un groupe américain comme Honeywell, l’investissement doit forcément être remboursé par les bénéfices en six mois, c’est impossible !

Les investissements étaient donc interdits. Si on voulait lancer des nouveaux produits, c’était à nous de nous débrouiller, il n’y avait pas de crédit pour la recherche-développement. À l’époque de l’ancien propriétaire, le groupe Sperian, un nouveau masque sortait tous les quatre ans, j’en ai vu défiler trois. Avec Honeywell, aucun nouveau masque n’a été développé sur le site de Plaintel en huit ans. En fait, on cherche à faire mourir l’entreprise. »

« La période précédente a correspondu à une modernisation de l’entreprise, confirme Coralie*. Beaucoup d’innovations, la création d’un laboratoire et le renforcement du service recherche-développement. »

Avec Honeywell, notre travail a perdu tout son sens. Le groupe était obsédé par la fourniture d’indicateurs chiffrés. Nous étions constamment sous pression.Coralie, ex employée de l’usine de Paintelà franceinfo

« Nous avons découvert le système Honeywell, témoigne Antoine*. Ils appellent ça le ‘Honeywell operating system’, ce qui correspond en fait au lean management, c’est-à-dire : l’usine maigre. Le but est de supprimer tous les gaspillages à travers une multitude de procédures souvent ubuesques.

Réfléchir, c’était déjà commencer à désobéir. Il fallait appliquer les standards… même complètement idiots. Il y avait un système baptisé ’5 S’ qui établissait toute une série de règles pour un rangement poussé à l’extrême : chaque poubelle, téléphone ou même revue devait avoir une place bien déterminée. C’était du grand n’importe quoi. Honeywell appliquait également la technique du gemba, un mot japonais qui veut dire ‘sur le terrain’. Le but était de faire venir les managers en force au sein de l’usine, ce qui stressait énormément les salariés. »

« Honeywell surveillait constamment les stocks de matières premières, ajoute Damien*. Il ne fallait pas dépasser un certain niveau pour ne pas perdre de l’argent… parce qu’un stock, c’est de l’argent immobilisé. Et donc ce stock baissait régulièrement. Sauf que lorsqu’il fallait fournir des quantités importantes pour répondre à la demande d’un client, nous n’avions plus la capacité de le faire.

Le client devait attendre trois mois. Du coup, il allait voir ailleurs. C’était un cercle vicieux : faute de commandes notre production baissait, donc notre stock diminuait… ce qui faisait à nouveau diminuer la production. »

Pourtant, nous avions potentiellement une forte capacité de production pour le secteur hospita-lier. Nous avons pressé la direction du siège français d’envoyer des commerciaux auprès du monde médical pour nous ramener un chiffre d’affaires. Mais on nous a répondu que ce n’était pas possible, que notre cible était l’industrie… pas le secteur hospitalier. Antoine, un ancien employé de l’usine de Paintelà franceinfo

Une stratégie parfaitement assumée par le groupe américain. Ainsi, les catalogues de la firme américaine ne contiennent pas la gamme de masques Easyfit qui correspond aux masques utilisés en cas de pandémie. C’est ce qu’on constate dans le catalogue 2014-2015 ou 2016-2017 du groupe.

« Le fait qu’Honeywell n’essayait pas de vendre la totalité des produits que l’usine de Plaintel était en capacité de produire montre bien que le groupe voulait fermer le site, c’est tout, ajoute Antoine*. D’ailleurs, ils encourageaient les salariés à partir. Dès que l’effectif est descendu sous la barre des 50 personnes, ils ont lancé le go pour la fermeture. »

Contactée, la direction de la communication d’Honeywell explique que « le site n’a pas reçu de commandes suffisantes lui permettant de retrouver sa rentabilité et a accumulé des pertes financières importantes« . Elle ajoute que « la société n’a pas pu identifier d’acheteurs externes potentiels pour le site de Plaintel, et après un examen minutieux approfondi, il a été déterminé qu’il n’y avait pas d’autre option viable que de fermer nos installations« .

Des choix financiers contestables

Pourtant, les conclusions du rapport d’audit confidentiel de 2018 que la cellule investigation de Radio France a pu consulter montrent que le site de Plaintel était tout à fait être rentable. « L’activité d’Honewell de masques respiratoires jetables en Europe, dont celle de HSP (Honeywell Safety Products) Armor, est une activité rentable », peut-on lire dans ce document.

« Les comptes sociaux de HSP Armor n’en témoignent que partiellement dans la mesure où :

- Une partie (non négligeable) de la marge est captée par HSP Europe, l’entité de commercialisation du groupe pour ces produits.

- Les frais généraux intègrent des coûts de management, de services centraux, de top management, de commercialisation et de reporting bien supérieurs à ce que peut supporter une entité de moins de 5 millions de chiffre d’affaires et de moins de 50 personnes. »

Autrement dit : ce sont les choix financiers opérés par le groupe qui placent l’usine de Plaintel sous tension. Malgré cela, l’usine continue d’être profitable à Honeywell, constate encore le rapport d’audit. La « rentabilité économique [de l’usine] est avérée, peut-on lire dans le document, mais trop faible pour les standards du groupe » Honeywell.

« Une mort programmée »

« Ce qu’il faut bien comprendre c’est que l’usine de Plaintel n’avait pas accès directement au marché, explique Antoine*. Elle avait un unique client… c’était le groupe Honeywell. C’était lui qui fixait le prix d’achat des masques, donc si on ne rapportait pas assez d’argent, c’était de leur fait. Nous étions une goutte d’eau dans leur chiffre d’affaire. »

« Le groupe a construit une rentabilité très faible du site de Plaintel, estime l’avocat Laurent Beziz, qui défend plusieurs salariés licenciés. Le groupe fixait les prix très faibles auxquels étaient vendus les articles [c’est ce qu’on appelle les prix de cession ou prix de transfert] tout en effectuant des refacturations importantes de frais. Résultat : la rentabilité était forcément insuffisante. Tout ça était planifié, il s’agit d’une construction économique. La mort de l’usine de Plaintel était programmée. »

Ce point est également confirmé par l’audit réalisé en 2018 au sein de l’entreprise. « Avec une construction différente du compte de résultat, et notamment des prix de transfert, l’activité de HSPA aurait pu être bien plus profitable et dégager des résultats significatifs », conclut le rapport d’audit.

« Il y a eu un abus de l’employeur dans l’exercice de son droit de cesser son activité », estime encore l’avocat Laurent Beziz. C’est la raison pour laquelle plusieurs salariés contestent leur licenciement devant le tribunal administratif et le conseil de prud’hommes. Parmi eux se trouvent cinq salariés « protégés » (délégués du personnel et représentants syndicaux) dont le licenciement a été refusé par l’inspection du travail.

Quand le ministère du Travail déjuge l’inspection du Travail

Dans une lettre datée du 22 janvier 2019 que la cellule investigation a pu consulter, l’inspecteur du travail de Saint-Brieuc estime que « le motif économique invoqué à l’appui de la demande de licenciement n’est pas avéré » estimant que « la seule volonté de majorer le profit de l’entreprise n’entre pas dans la définition des difficultés économiques. »

Le 17 juillet 2019, la direction générale du travail désavoue l’inspection du travail, validant ainsi le licenciement économique de cinq salariés protégés de Plaintel. « Si une partie des moyens de production ont été déménagés en Tunisie afin d’être réutilisés par une autre entité du groupe, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une entité juridique distincte de l’entreprise HSAP (Honeywell Safety Products Armor), estime la direction générale du Travail.

De fait, la cause économique invoquée par l’employeur, à savoir la cessation totale et définitive de l’entreprise, doit s’apprécier au niveau de l’entreprise. Il est constant que la cessation totale et définitive de l’entreprise constitue une cause économique autonome sans qu’il n’appartienne à l’autorité administrative d’examiner la réalité d’éventuelles difficultés économiques rencontrées par l’entreprise en amont de la décision de cesser son activité. »

Autrement dit : l’État n’a pas à interférer dans la décision, souveraine, d’Honeywell. « Nous contestons l’analyse du ministère du Travail, commente l’avocat des salariés, Me Beziz, il s’agit bien d’une délocalisation. » Contacté, le ministère du Travail n’a pas souhaité réagir. Quant à l’avocat d’Honeywell, Philippe Gautier, il n’a pas donné suite à notre demande d’entretien.

Faire revivre l’usine de Plaintel ?

« Avec cette crise du coronavirus, les vieux logiciels de compréhension doivent être modifiés, estime Serge le Quéau du syndicat Solidaires des Côtes-d’Armor. Il faut que l’État et surtout les citoyens et les salariés se réapproprient collectivement certains moyens de production essentiels à l’intérêt de la nation. » Avec d’autres, comme l’ancien directeur général du site de Plaintel, Jean-Jacques Fuan, Serge Le Quéau plaide pour une reprise de l’activité de l’usine à travers une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC).

L’idée avait été portée en 2001 par l’ancien secrétaire d’État à l’Économie sociale et solidaire du gouvernement Jospin, Guy Hascoët. Ce dernier est désormais en contact direct avec la présidence de la région Bretagne. « Ça va être la guerre sur les tarmacs d’aéroport autour des masques, estime Guy Hascoët.

Alors que nous avons besoin de 40 millions de masques par semaine et que nous ne sommes même pas à dix en production hexagonale, il faut pousser le plus vite possible toutes les capaci-tés pour se prémunir des épisodes à venir.

Dans une situation d’extrême urgence, la Société coopérative d’intérêt collectif est le seul méca-nisme qui permet à tous les Bretons de prendre des parts sociales au capital de l’usine devenant ‘leur’ projet tout en échappant à la loi de la concurrence du marché. Si on a la possibilité de faire sortir un million de masques par jour d’ici six mois, il ne faut pas se poser de question. Cette compétition mondiale va être cruelle. »

Il n’y a plus ni l’outil, ni le bâtiment, ni les machines. Donc ça ne va pas repartir d’un coup de baguette magique. Joseph Le Vée, ancien maire de Plaintel à franceinfo. Le site de l’usine de masques de Plaintel a été réoccupé par l’entreprise Bio Armor, « spécialisée dans les produits naturels pour la nutrition, l’hygiène et l’environnement de l’élevage ».

« Il y a des friches industrielles et des locaux disponibles dans la région pour relancer l’activité de l’usine, estime de son côté Serge Le Quéau. Les machines ont été détruites mais elles ont été fabriquées par une entreprise bretonne. Si de l’argent se débloque, on peut les reconstruire. Beaucoup d’anciens de Plaintel n’ont pas retrouvé de travail. Le savoir-faire est toujours là. »

Après la crise, il faudra mettre au grand jour l’histoire de cette société et pointer les manques et les très mauvais choix qui ont été faits mais aussi désigner les responsables.Joël Labbé, sénateur écologiste du Morbihanà franceinfo

Ces derniers jours, le groupe américain Honeywell a annoncé qu’il ouvrait une usine à Rhodes Island pour faire face à la demande de masques aux États-Unis. « Une information assez dérangeante« , commente l’ancien président de Plaintel, Roland Fangeat.

*Les prénoms ont été modifiés

Benoît Collombat  04/04/2020

https://www.francetvinfo.fr/

Lire aussi:

Plaintel: l’usine de fabrication de masques pourrait-elle un jour rouvrir ?

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04 avril 2020 ~ 0 Commentaire

dossier palestine (pùblico afps à-l’e)

  map pal
Le virus à Gaza et en Cisjordanie
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D’une part, le ministère israélien de la Santé tarde à publier un guide en arabe, deuxième langue du pays et de 17% des médecins et personnels de santé, pour les informer de la pandémie.
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Le ministère de la Défense annonce lui le blocus total de Cisjordanie et de la bande de Gaza, annulant 107 000 permis de travail pour les Palestiniens et ferme le poste frontière de Shuafat à Jérusalem-Est, privant 80 000 Palestiniens israéliens des services de santé.
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L’instance d’opérations conjointe mise en place entre l’Autorité palestinienne (AP) et l’armée israélienne pour coordonner la lutte contre le virus ne résout pas les problèmes des Palestiniens, qui ont environ 60 respirateurs et seulement 200 kits de test pour une population de deux millions d’habitants.Israël, en tant que force occupante, doit garantir la sécurité et le bien-être des Palestiniens, mais n’a pas levé le siège dévastateur de Gaza et empêche ses habitants de consulter un médecin en dehors de la bande de Gaza.
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Après avoir détecté une soixantaine de cas d’infection et l’augmentation du nombre de colons qui se sont révélés positifs dans les territoires occupés, l’Autorité Palestinienne a imposé un confinement à la population, sauf pour sortir acheter de la nourriture et des médicaments. Il ne lui sera pas facile de l’obtenir des milliers de journaliers palestiniens dont la seule source de revenu est le travail qu’ils font.À Gaza, l’un des territoires les plus densément peuplés du monde, où 1 800 000 personnes sont enfermées sur 365 kilomètres carrés et subissent un blocus économique brutal de la part d’Israël depuis 13 ans, l’agent pathogène risque de faire des ravages.
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Le chômage et l’extrême pauvreté peuvent provoquer des révoltes, qui pourraient devenir une nouvelle Intifada au cas où certains prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes venaient à perdre la vie à cause de l’épidémie…
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Le Comité International de la Croix-Rouge a demandé à Tel-Aviv de réduire le nombre de ces prisonniers qui ont menacé de faire la grève de la faim, après avoir vu suspendre les visites de leurs avocats et qui ne voient venir aucun moyen pour se protéger. À Gaza, le système de santé s’est effondré en raison du blocus et des bombardements continus. Les 2 900 lits d’hôpitaux des établissements délabrés ne résoudront pas la tragédie à venir.
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afps
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AFPS: France Plastine Solidarité
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Chères amies, l’épidémie fait des dizaines de cas en Cisjordanie, une douzaine à Gaza où on redoute qu’elle ne se répande vite. A cause du blocus israélien et des nombreuses attaques militaires contre Gaza les infrastructures médicales sont déficientes et dans l’impossibilité de faire face à une épidémie de cet ordre. Pas ou très peu de matériel et médicaments, une soixantaine de lits de réanimation pour 2 millions d’habitants, impossibilité de faire les gestes de distanciation/protection…. Pendant ce temps, les exactions israéliennes se poursuivent: bombardements de Gaza, raids militaires  dans les villes et villages de Cisjordanie, arrestations, attaques des colons. Dans les prisons, 5 000 Palestinien-ne-s entassés ne sont pas libérés  malgré des demandes répétées, au moins les enfants.
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L’AFPS, comme d’autres associations, se propose d’envoyer de l’argent à nos partenaires sur place, des ONG médicales avec qui nous travaillons depuis longtemps:
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03 avril 2020 ~ 0 Commentaire

usa (pùblico)

trump
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Le Pentagone avait mis en garde il y a deux ans déjà contre une pénurie de matériel médical et de médicaments face à une pandémie
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Bien que Trump ait déclaré il y a deux semaines que la pandémie de Covid-19 était « impré-visible », un rapport du Pentagone, révélé par « The Nation », avait déjà averti en janvier 2017 que « la menace la plus probable et la plus importante était une nouvelle maladie respiratoire. « Le 20 janvier, un homme de 35 ans est devenu le premier coronavirus positif aux États-Unis. Dix jours plus tard, l’OMS a déclaré une urgence internationale de santé publique.
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Le 11 février, l’OMS a baptisé la nouvelle maladie sous le nom de covid-19, qui, le 29 de ce mois, a causé le premier décès dans le pays d’Amérique du Nord.Malgré cela, le 6 mars, un mois et demi après cette première contagion, le président Donald Trump a déclaré sans honte que c’était « un problème imprévu » qui « venait de nulle part » et huit jours plus tard, lorsque Il avait déjà déclaré une urgence nationale, il a de nouveau affirmé que « c’est quelque chose à quoi personne ne s’attendait ».
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Il s’avère qu’un rapport du Pentagone de janvier 2017 a déjà averti que « la menace la plus probable et la plus importante est une nouvelle maladie respiratoire ».Le document, publié hier par le médias progressiste The Nation, a également averti que, dans ce scénario, tous les pays industrialisés, y compris les États-Unis, manqueraient de respirateurs, de médicaments, de lits d’hôpital, d’équipements de protection et de masques pour faire face à une éventuelle pandémie.
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Bien que lorsque le rapport du Pentagone aborde la « menace la plus probable », il mentionne « en particulier un nouveau type de grippe [le virus de la grippe]« , le document de 103 pages fait plusieurs mentions explicites du coronavirus.Le rapport du Pentagone est intitulé USNORTHCOM Branch Plan 3560: Response to Pandemic Flu and Infectious Diseases. Autrement dit, il s’agit d’un plan qui met à jour un précédent  rapport du ministère de la Défense face à une pandémie de grippe.
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A ce moment le Pentagone note que ce nouveau plan « intègre les données  sur plusieurs épidémies récentes, y compris le coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient en 2012″. »La reconnaissance, l’identification et la caractérisation initiales d’un pathogène émergent ou réémergeant peuvent prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois », ajoute le texte, décrivant la situation actuelle, « pendant laquelle des mouvements régionaux et mondiaux d’individus infectés se produiront », ce qui facilitera la propagation de la maladie.
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« Le rapport du Pentagone assure que « l’atténuation de la morbidité et de la mortalité définira comment un pays sortira de la pandémie », et c’est à ce moment où il lance son alerte: « Même les pays les plus industrialisés n’auront pas assez de lits d’hôpitaux, d’équipements médicaux spécialisés comme les ventilateurs et de médicaments facilement disponibles pour traiter adéquatement leurs populations pendant les phases les plus graves de la pandémie. « Dans une interview à The Nation, le chef entre 2014 et 2017 de la division des maladies infectieuses et de leurs contre-mesures de la Defense Intelligence Agency, Denis Kaufman, souligne que les services de renseignement américains « ont mis en garde contre la menace des virus de grippe hautement pathogène depuis au moins deux décennies [et] sur les coronavirus pendant au moins cinq ans. « 
Trump a dissout une équipe médicale en Chine
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L’agence Reuters a révélé fin mars qu’en juillet de l’année dernière, quelques mois avant le début de l’épidémie de Covid-19 à Wuhan, en Chine, l’administration Trump, lors de sa énième action de démantèlement d’institutions publiques, avait éliminé l’infrastructure constituée d’experts américains intégrés dans les établissements de santé chinois pour détecter les flambées de maladies dans ce pays dès leur apparition.Ce sont les experts de l’American Center for Disease Control and Prevention, qui avaient été intégrés à l’Agence chinoise de contrôle des maladies, une initiative lancée par la précédente administration de Barack Obama.
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Peut-être est-ce pour couvrir cela que Donald Trump a critiqué à plusieurs reprises la Chine pour avoir censuré des informations sur l’épidémie, informations que les États-Unis auraient pu avoir de première main.Les réglementations élaborées par Obamacare pour étendre la couverture sanitaire et les développements institutionnels dans le domaine médical menés pendant les deux mandats de Barack Obama ont été les deux des principaux axes des attaques constantes de Trump lors de son premier mandat. de la Maison Blanche.
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« C’est un mensonge que personne n’aurait pu prévoir »
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Le directeur du groupe de recherche en santé de l’ONG Public Citizen, Michael Carome, assure au public que «l’un des plus grands mensonges de Donald Trump au cours des dernières semai-nes est, comme il l’a assuré, que personne n’aurait pu prévoir que cela se produirait … Pendant de nombreuses années, avant l’élection de Trump à la présidence, le gouvernement fédéral a établi des plans pour une éventuelle pandémie causée par un virus comme ce nouveau coronavirus.
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« «J’ai moi-même travaillé en tant que médecin au sein du Corps du Service de santé publique [un service national] et j’ai participé à des exercices de formation préparatoires à ce type de pandémie», explique Carome. »Le rapport du Pentagone révélé par The Nation n’est qu’un échantillon de plus des mensonges de Trump et l’insouciance de son administration dans la préparation du pays à cette pandémie. En raison de ses échecs, des dizaines de milliers d’Américains vont mourir « .
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« L’histoire montrera que Trump a été responsable de l’un des échecs de santé publique les plus catastrophiques de l’histoire de ce pays. S’il avait écouté les avertissements des services de renseignement et des experts en santé publique il y a des mois au sujet de la grave menace que suppose l’épidémie de coronavirus en Chine, l’explosion actuelle des cas de coronavirus aurait pu être évitée « .
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« Au lieu de minimiser les risques et d’offrir des fausses garanties dès le départ », « Trump aurait dû ordonner le déploiement rapide d’un programme de test complet à l’échelle nationale en combinaison avec une stratégie de confinement en étroite coordination avec les agences, les services de santé publique étatiques et locaux à travers le pays. « 
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Washington 03/04/2020 Manuel Ruiz Rico
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Commentaire:
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The Nation The Nation est un hebdomadaire américain de gauche, fondé en 1865, au départ pour combattre l’esclavage.
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02 avril 2020 ~ 0 Commentaire

pandémies 3 (contretemps)

stop virus

Pour une lecture anticapitaliste des pandémies

Affirmer que le Covid-19 est une pandémie capitaliste pourrait paraître absurde.

Après tout, les virus sont des corps naturels qui existent indépendamment de toutes structures sociales et qui ont d’ailleurs frappé l’humanité bien avant que celle-ci ne soit dominée par les systèmes capitalistes.

Des épidémies de « peste » frappant la Grèce antique à la Peste Noire touchant les sociétés précapitalistes eurasiatiques, les preuves ne manquent pas : le capitalisme n’a pas inventé les pandémies.

Prétendre qu’il pourrait être responsable du covid-19 semble donc soit insensé soit « complotiste » (pour reprendre l’adjectif utilisé généralement pour disqualifier toute pensée critique qui cherche à remonter la chaîne des responsabilités sociales d’un phénomène).

Soit, et il faut l’admettre d’entrée, le SARS-CoV-2 (nom du virus qui transmet la maladie covid-19) existe indépendamment des structures capitalistes. Dès lors, l’anticapitalisme n’aurait plus qu’à se concentrer sur la gestion capitaliste de la pandémie et n’aurait rien à dire sur l’apparition de l’épidémie en elle-même, réduite à un strict phénomène « naturel ».

Pourtant, les faits sont là et ils sont troublants : nous assistons, depuis quelques années, à une multiplication des maladies infectieuses. Et parmi celles-ci, les maladies liées à un coronavirus ont connu une actualité particulièrement mouvementée.

Du SRAS (Syndrome Respiratoire aigu sévère) qui a frappé la Chine en 2002-2003 au MERS-CoV (coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient) qui a frappé la péninsule Arabique en 2012 en passant donc par l’actuel SARS-CoV-2, les virus de la famille des coronavirus semblent être, avec les différentes pandémies grippales, un des grands dangers sanitaires du 21è siècle.

Comment l’expliquer ? Pourquoi le capitalisme, qui fait des crises sanitaires un phénomène strictement extérieur à lui-même, peut-il être tenu pour responsable de cette inflation pandémi-que ? C’est à ces questions que nous tenterons de répondre pour contourner le piège de la « naturalisation » excessive du phénomène pandémique et pour faire apparaître, encore une fois, le capitalisme pour ce qu’il est : une organisation sociale mortifère.

La double étrangeté ou l’innocence proclamée du capitalisme  

Soit une chauve-souris porteuse d’un virus quelconque parcourant, de nuit, une jungle qu’on devine en voie accélérée de déforestation. Elle saisit, dans sa bouche, une baie pour s’alimenter mais, face à la progression rapide des engins, s’envole pour se réfugier dans un bâtiment d’élevage.

Elle laisse tomber l’aliment jalousement conservé sur le sol de cette bâtisse, un porc en profite et l’avale. À son tour contaminé, il est tué puis mangé dans un restaurant de Macao. On devine alors que le virus a opéré ce qu’on appelle un « saut d’espèce », passant, par l’intermédiaire du porc, de la chauve-souris à l’homme. Commence alors une pandémie mondiale particulièrement virulente. Cette scène, fictive, est la séquence finale du film Contagion (sorti en 2011), revenant pour finir sur les origines de la maladie dont il a auparavant raconté la diffusion.

Si la scène de ce film nous semble familière, c’est qu’elle fait directement écho à la situation actuelle. Remplacez le porc par le pangolin et le restaurant de Macao par le marché de Wuhan et vous avez l’hypothèse la plus vraisemblable du circuit de transmission du Covid-19 – de la chauve-souris vers l’homme.

Si Steven Soderbergh, le réalisateur de Contagion, a imaginé cette scène dès 2011, ce n’est nullement parce qu’il est un visionnaire. Il restitue, en réalité, un schéma virologique déjà connu à l’époque.

En 2003, l’épidémie de SRAS avait une généalogie relativement similaire : la chauve-souris, encore elle, aurait transmis ce coronavirus en passant, cette fois, par la civette. Plus récemment encore, l’épidémie liée au virus Ébola (qui aura fait, entre 2013 et 2016, plus de 11 000 morts avec un taux de mortalité compris entre 57 et 59% des malades) viendrait elle aussi de chauve-souris originaires d’Afrique centrales ayant transmis le virus à l’homme soit directement soit en passant par des singes [1].

Le récit de ces maladies zoonotiques (c’est-à-dire circulant, au cours d’un processus appelé la « zoonose », des animaux vers les humains) mobilise donc une liste impressionnante d’animaux qu’on aurait spontanément envie de qualifier de « sauvages ».

La chauve-souris, le pangolin, le singe ou encore la civette nous plongent instantanément dans un paysage qui nous est peu familier et que l’on se représente instinctivement comme étant celui d’une forêt vierge lointaine restée imperméable aux activités humaines [2]. On imagine alors volontiers les virus inconnus qui pourraient, en toute quiétude, s’y propager. Et même lorsque des humains s’y aventurent, tout nous semble, encore une fois, étrange : quelles sont donc ces sociétés où l’on se nourrit de pangolin ?

Se construit alors une double et radicale étrangeté. Étrangeté biologique, d’abord : pensées comme catastrophes naturelles, ces pandémies auraient pour origine une nature sauvage incontrôlable dont les sentences, voire les vengeances, laisseraient les sociétés humaines impuissantes, condamnées au fatalisme.

Étrangeté culturelle ensuite : ces épidémies apparaîtraient dans des cultures « exotiques », voire « arriérées » qui, en échappant à la rationalité occidentale capitaliste, produiraient des modes de vie (alimentaires notamment) qui favoriseraient les zoonoses. Se construit donc une double opposition (monde sauvage contre espace maîtrisé et traditions arriérées contre rationalité occidentale) à travers laquelle les capitalistes décrètent leur propre innocence : ces pandémies sont un fléau inéluctable et parfaitement étranger à nos modes de production.

Cette mise à distance du virus vis-à-vis du mode de production capitaliste peut aussi s’opérer à travers une rhétorique raciste permettant de souligner, encore une fois, le caractère « étranger » de l’épidémie.

Ainsi de Donald Trump parlant du SARS-CoV-2 comme d’un « virus chinois » ou des nombreu-ses agressions dont ont été victimes les populations chinoises en Europe (et notamment en France) au début de l’épidémie. Se construit alors une équivalence entre les animaux jugés « responsables » de l’épidémie et ceux qui les mangent – tous deux pouvant être qualifiés de « sauvages » [3].

Évidemment, la première réponse possible à cette rhétorique est d’affirmer que « les virus n’ont pas de passeport » (ce qui, ici, n’est pas tant un principe politique qu’une vérité épidémiologi-que). Elle permet de déjouer les discours xénophobes affirmant qu’une fermeture des frontières aurait pu constituer une politique efficace contre la pandémie. Cependant, cette réponse, si elle est indispensable, est insuffisante.

Pour déjouer le piège de l’attribution d’une nationalité à un virus, le plus efficace reste encore de s’intéresser aux causes de sa production. C’est ici qu’apparaît le plus clairement l’absurdité du caractère national de tel ou tel virus puisque celle-ci est incontestablement liée aux dynamiques du capitalisme mondial.

Paul Sebillotte 2 avril 2020

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02 avril 2020 ~ 0 Commentaire

pandemies 4 (contretemps)

foret

« Les grandes fermes produisent les grandes grippes» : l’exemple d’Ebola

Pour mieux comprendre le lien qui peut exister entre l’activité virologique et les processus d’accumulation de capitaux à l’échelle mondiale, éloignons-nous quelques instants du Covid-19 pour nous intéresser à une autre épidémie que nous avons déjà rapidement évoquée, celle liée au virus Ebola (virus qui provoque chez les êtres humains des fièvres très importantes et souvent mortelles).

La transmission de ce virus vers l’homme est ancienne mais fut surtout mise sur le devant de la scène médiatique au moment de l’épidémie de 2013-2015 qui frappa principalement les pays d’Afrique de l’Ouest.

L’origine de cette épidémie, son « point zéro » supposé, nous plonge dans un paysage a priori tout aussi étrange que celui évoqué plus haut. Nous sommes en pleine Guinée Forestière, au sud de la Guinée, dans une forêt dense de presque 50 000 km2 (soit environ deux fois la Bretagne).

Pourtant, très vite, l’impression d’avoir à faire à un espace naturel vierge de toute activité humaine s’estompe : nous sommes ici dans un haut lieu de spéculation pour les capitaux mondiaux.

C’est que la Guinée, comme de nombreux pays du continent africain, est un pays doté de richesses naturelles abondantes attirant les grandes firmes internationales. On y trouve d’impor-tants gisements d’or, de diamant et, surtout, un tiers des réserves mondiales connues de bauxite.

La Guinée est ainsi devenue, en 2017, le troisième exportateur mondial de cette matière première qui sert principalement à fabriquer l’aluminium [5]. De quoi aiguiser l’appétit des capitalistes : ainsi, « Alliance minière Responsable », financée notamment par  Anne Lauvergeon et Xavier Niel (et conseillée par Arnaud Montebourg), a récemment acquis une mine de Bauxite dans le pays [6].

L’agro-business n’est pas en reste : le Sud de la Guinée n’a plus grand-chose de « forestier » et a vu se multiplier les plantations de cacao, d’hévéas et, surtout, d’huile de palme. Là encore, cette dynamique est directement liée à l’afflux de capitaux occidentaux qui s’accaparent les terres pour y importer les méthodes intensives de l’agriculture capitaliste.

Ainsi, la société Farm Land of Guinea Limited, basée au Nevada, a pu acquérir, dès 2011, plus de 100 000 hectares de terres guinéennes [7]. Le paysage « exotique » et « sauvage » d’une forêt vierge n’existe donc pas : contempler la « Guinée forestière », c’est en réalité observer un paysage capitaliste qui nous est déjà beaucoup plus familier – celui travaillé par les capitaux de l’agro-business.

Cette transformation du paysage constitue une dynamique classique du capitalisme qui cherche en permanence, comme l’a montré le géographe marxiste David Harvey, « à créer un paysage géographique afin de faciliter ses activités en un temps donné, seulement pour le détruire et construire un paysage totalement différent en un temps ultérieur » [8].

Cette prédation capitaliste a des conséquences environnementales désastreuses : alors que la Guinée comptait 14 millions d’hectares de forêt dans les années 1960, elle n’en compte plus aujourd’hui que 700 000  [9].

Cette déforestation massive se heurte à l’indifférence des capitalistes qui ne voient dans les ressources naturelles inexploitées qu’une possibilité supplémentaire d’accumuler des capitaux : ainsi, l’ONU peut-elle affirmer, en se basant sur une étude de la Banque Mondiale, que les espaces de savane d’Afrique de l’Ouest ont le potentiel « pour transformer plusieurs pays africains en protagonistes mondiaux en matière de production de matières premières agricoles premières ».

Quant aux risques environnementaux, l’agence internationale les balaie d’un revers de la main par une phrase dont on admirera l’absurdité : « L’utilisation des terres de la savane guinéenne pour l’agriculture entraînera inévitablement des coûts pour l’environnement, mais cette agriculture peut elle-même être bénéfique pour l’environnement »[10]. Cette phrase pourrait résumer à elle-seule l’inconsistance criminelle du supposé « capitalisme vert ».

Criminelle car les épidémiologistes sont unanimes : il existe un lien direct entre ces déforestations et la production des épidémies – et ce à plusieurs niveaux. La destruction des forêts est d’abord la destruction de l’habitat naturel de plusieurs espèces animales, à commencer par les chauves-souris (porteuses du virus Ebola).

Cette modification de leur environnement implique une modification de leur comportement. Ainsi, en Guinée Forestière, les biologistes ont pu observer un déplacement des chauves-souris des forêts de plus en plus réduites vers les plantations de palmiers à huile qui, elles, sont de plus en plus nombreuses du fait de l’essor considérable de ce marché [11].

Ces plantations, dont l’installation est directement liée à l’afflux de capitaux venus principalement du monde occidental, sont donc devenues les lieux privilégiés de production des virus parce qu’elles ont facilité les « sauts d’espèce » en rapprochant considérablement les espèces animales pathogènes des regroupements urbains [12].

Cependant, le lien entre déforestation et pandémie ne s’arrête pas là. Celle-ci est également accusée par de nombreux épidémiologistes d’accentuer la virulence des virus en circulation[13]. Ce point est important.

Le lien entre intensification de la circulation des capitaux dans l’espace guinéen ces 20 dernières années et l’épidémie Ébola pourrait être balayé d’un revers de la main en arguant du fait que ce virus est bien plus ancien : le premier cas de fièvre Ébola détecté remonte à 1976. À ce sujet, deux remarques rapides.

D’abord, le biologiste Rob Wallace note que « chaque épidémie d’Ébola semble être liée à des changements d’utilisation des terres dus au capital ». Ainsi, la première épidémie de 1976 a eu pour point zéro une ville soudanaise (appartenant aujourd’hui au Soudan du Sud), Nzara.

Or, cela correspond au moment où se développait l’industrie du coton soudanaise, entraînant une déforestation importante de la forêt tropicale. Nzara était le lieu d’implantation d’une usine de filage de coton financée par le Royaume-Uni. Même en remontant dans le temps, le lien entre exploitation capitaliste et production du virus ne semble pas s’estomper.

Cependant, le principal problème est ailleurs. Si Ebola est ancien, il n’avait jamais produit un risque pandémique aussi important qu’en 2013-2015. C’est que, de manière générale, le virus est très virulent : le taux de létalité est, en moyenne de 40% (en 1976, le virus a touché 318 personnes et en a tué 280).

Cette virulence est un frein à sa circulation : en tuant très rapidement son hôte, le virus a moins de possibilité de circuler (l’hôte mourant avant d’avoir pu contaminer d’autres personnes). Cependant, la logique spatiale du capital produit des environnements favorisant la multiplication des vecteurs de transmission, favorisant par là aussi le risque pandémique lié à des virus extrêmement virulents.

C’est que la concentration de capitaux étrangers évoquée plus haut a eu pour conséquence une concentration urbaine très importante : la ville de Guéckédou, proche du point zéro guinéen de l’épidémie de 2013-2015, est ainsi passée, entre 1983 et 2012, de 2 800 à presque 350 000 habitants.

L’explication de ce phénomène ne se résume pas aux créations d’emplois qui ont suivi l’ouver-ture de plantations et/ou de mines. Elle doit aussi être rapportée au processus d’ « accumulation primitive » tel que théorisé par Marx dans Le Capital [14]: on a assisté à une marchandisation et à une privatisation de la terre qui a provoqué l’expulsion de communautés paysannes qui furent donc forcées de rejoindre les périphéries des villes [15].

Alors que les analyses sur le virus alimentent parfois une rhétorique malthusienne sur la surpo-pulation, ce qui semble ici être le problème n’est pas tant la croissance démographique en elle-même que des dynamiques de concentration urbaine liées aux afflux de capitaux étrangers. La dynamique est particulièrement vicieuse : l’étalement urbain aggrave la déforestation et multiplie donc les risques de zoonoses alors que le virus, une fois le « saut d’espèce » effectué, bénéficie de vecteurs de transmission bien plus nombreux.

Ainsi, lors de l’épidémie de 2013-2015, le nombre de cas a littéralement explosé : au moins 28 000 cas pour plus de 11 000 décès. Pour résumer, le capital favorise la production des virus en exploitant les ressources naturelles dans une recherche de profit qui met à mal les équilibres géo-écologiques des territoires et accélère, en plus, la diffusion des pandémies en favorisant les concentrations urbaines qui sont le double produit de l’exploitation économique et des expropriations.

C’est ce double rôle du capital dans l’épidémie Ébola qui a permis au biologiste Rob Wallace d’accoler à un corps microbiologique un qualificatif tiré de l’économie politique : l’épidémie Ébola, affirme-t-il, est une épidémie « néo-libérale » [16].

Ce qualificatif est aussi une autre manière de dire que les virus n’ont pas de passeport. Et s’ils n’en ont pas, ce n’est pas seulement parce que leur circulation implique un franchissement des frontières nationales, c’est aussi et peut-être surtout parce que la logique qui préside à leur production ou, tout du moins, à l’accélération de leur production, renvoie à la dimension mondia-le des circuits capitalistes et à ceux qui ont financé (et profité de) la déforestation. D’où l’affirma-tion a priori contre intuitive, de Rob Wallace : « des endroits tels que New-York, Londres et Hong-Kong, sources clés des capitaux, [doivent être] considérés comme nos principaux foyers de maladie ».

 Le COVID-19 n’est pas un « virus chinois »

Si nous avons fait ce long détour par le virus Ebola, c’est qu’il est plus ancien et donc mieux documenté que le SARS-CoV-2 et la maladie qui lui est liée (Covid-19). Cependant, à regrouper les quelques informations qui ont été publiées sur la production de cette pandémie, la même logique s’observe et permet même d’apporter quelques éléments nouveaux quant à la manière dont la sphère économique interagit avec la sphère biologique.

Ce lien indéniable entre mode de production capitaliste et émergence d’une maladie zoonotique permet de mettre à distance les explications culturalistes (pour ne pas dire racistes) pointant du doigt le mode de vie chinois ou les analyses mystiques voyant dans le Covid-19 une « vengeance de la Terre » [17].

Paul Sebillotte 2 avril 2020

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