Le forum fondateur du Sovintern — « Pour le socialisme au 21e siècle » — s’est tenu à Moscou du 25 au 29 avril 2026, sous l’égide du parti russe Spravedlivaya Rossiya (SR — La Russie Juste), une formation d’opposition contrôlée, construite par le Kremlin. Michael Baker, écrivant dans l’hebdomadaire de l’Alliance for Workers’ Liberty (G-B), décortique la politique campiste de l’événement : six déclarations offrant un anti-impérialisme de façade pour couvrir le soutien aux objectifs de guerre de la Russie, à la théocratie iranienne, à l’État nord-coréen et au gouvernement Maduro. Il dresse le bilan des participants — George Galloway du Workers Party of Britain (Parti ouvrier de Grande-Bretagne), la scission du CPUSA animée par Jackson Hinkle et Haz al-Din, ainsi que les interventions vidéo d’Evo Morales et de Fernando Lugo. [AN]
Sovintern est l’initiative du parti Spravedlivaya Rossiya (SR — La Russie Juste), l’un des plus grands partis de Russie et, selon sa propre description, « socialiste ». En l’espèce, « socialiste » désigne une alliance de différentes variantes du conservatisme : le parti est né en 2006 de la fusion des nationalistes conservateurs Rodina (« Patrie »), du populiste de droite « Parti des retraités » et du « Parti russe de la vie », qui se définissait comme « national-de gauche ».
SR a été fondé presque explicitement comme une « opposition contrôlée », sous la houlette du tacticien du Kremlin Vladislav Surkov. Il dispose de 28 sièges à la Douma d’État (sur 450), où il se contente d’approuver toute politique décidée par le parti de Poutine, Russie unie. En 2021, estimant manifestement que le rapport de forces n’était pas suffisamment nationaliste, SR a fusionné avec le parti du romancier et démagogue d’extrême droite Zakhar Prilepin, qui en est devenu vice-président. [2]
Compte tenu de la situation politique en Russie aujourd’hui, il n’est guère surprenant que la fondation d’une nouvelle « internationale socialiste » n’ait que peu à voir avec le socialisme ou l’internationalisme. Le congrès a été salué par un message vidéo de Poutine en personne, qui s’est dit pleinement favorable à l’initiative.
Le forum a traité de quatre thèmes : les « partisans numériques » et la communication politique à l’ère du numérique ; la plateforme Sovintern, intitulée « socialisme, réseaux sociaux, IA » ; « le conflit dans le Donbas comme foyer de l’attention mondiale » ; et « la situation pendant la Troisième Guerre mondiale et le renforcement du front anti-impérialiste et antifasciste ». Un mélange hétéroclite de stratégie technocratique sur les réseaux sociaux et de campisme revanchard, le tout accompagné d’une déférence verbale envers la lutte contre le grand mal qu’est l’OTAN.
L’« anti-impérialisme » dont sont capables les forces réunies dans cette salle serait en réalité un exercice de soutien à plusieurs projets impérialistes. Dans ce cadre, la Russie envahissant son ancienne colonie constitue une victoire « anti-impérialiste ». Il n’y a rien d’« antifasciste » à soutenir un État qui a permis au groupe Wagner de recruter des soldats directement dans ses prisons. [3] En réalité, cet événement tout entier revient à habiller d’oripeaux « de gauche » les éléments de langage du nationalisme russe ordinaire.
Les six déclarations
Le forum a publié six déclarations (sovintern.org/en/forum) : contre la guerre en Iran, avec un soutien explicite au gouvernement iranien actuel ; contre le blocus de Cuba, avec un soutien explicite au gouvernement cubain actuel ; une déclaration de soutien explicite au gouvernement nord-coréen ; une déclaration appelant à des « réparations » pour l’Afrique au titre du colonialisme, qui semble en pratique exprimer un soutien à divers gouvernements nationalistes africains et au concept de « multipolarité » ; une déclaration appelant à la « dénazification et à la démilitarisation » de l’Ukraine — c’est-à-dire à une victoire militaire totale de la Russie — présentée comme un traitement des « causes profondes » du conflit ; et une déclaration réclamant la libération de Nicolás Maduro et de son épouse. [4]
Tout cela renvoie à un modèle que le gouvernement russe a déployé à de nombreuses reprises : la « multipolarité » et les « fronts anti-impérialistes » sont les noms donnés à une alliance géopolitique qui se définit par son opposition aux États-Unis, au détriment de tout idéal ou de toute action politique positive, et qui se traduit en pratique par un soutien politique à des régimes tels que la théocratie iranienne, responsable ces dernières années du meurtre de dizaines de milliers d’opposants politiques.
Le contenu de la conférence était prévisible d’avance. Les questions intéressantes sont les suivantes : qui était présent, et pourquoi cela a-t-il été autorisé ?
Les participants
La liste des personnalités comprend de nombreux représentants d’organisations néo-stalinistes et nationalistes, notamment des Balkans, d’Afrique et d’Amérique latine. Mais des interventions vidéo ont été assurées par de bien plus grands noms : Evo Morales, ancien président de Bolivie, et Fernando Lugo, ancien président du Paraguay, au premier chef. [5]
Étaient également présents la direction de l’American Communist Party (Parti communiste américain), [6] la scission ultra-connectée et dangereusement droitière du CPUSA animée par Jackson Hinkle et Haz al-Din, et nul autre que George Galloway, dirigeant du soi-disant Workers Party of Britain (Parti ouvrier de Grande-Bretagne). [7]
En dehors d’une présence en ligne sans impact réel sur le monde concret, l’ACP n’est pas une force existante, et à moins de connaître une croissance considérable ou de commencer à exercer une réelle influence dans le mouvement ouvrier américain, il ne mérite pas qu’on s’y attarde. Galloway est une autre affaire. Son organisation dispose d’une présence réelle, et son passé politique dans le mouvement socialiste britannique lui confère une crédibilité totalement imméritée, dont il se sert pour développer son parti — notamment en remportant cinq nouveaux sièges de conseiller municipal aux élections locales de mai 2026, portant le total du parti à huit élus.
Pourquoi le Kremlin veut cela
Il n’est pas nouveau que Galloway soit une piètre excuse de socialiste, ni qu’il soit explicitement pro-russe dans ses positions internationales. Pendant des années, il a été une figure incontournable de la chaîne d’État Russia Today. Mais il existe un risque que certains, voyant sa participation à une conférence qui se dit socialiste, lui accordent le bénéfice du doute. Ils auraient tort.
Le Sovintern, à l’instar de SR lui-même, n’est pas le fait d’un mouvement de partis de gauche prenant l’initiative. Poutine contrôle si étroitement son « opposition » qu’il prend la parole lors de leurs événements. Pourquoi donc autoriser ce forum ?
La première raison est d’ordre médiatique : Poutine aurait bien besoin d’une bonne image internationale en ce moment. La guerre en Ukraine a fait de lui l’ennemi public numéro un, et toute tentative de rassembler des forces internationales, aussi insignifiantes soient-elles dans leur pays d’origine, est une tentative de démontrer une popularité.
La seconde raison est domestique et tient à l’équilibre des forces au sein de l’opposition russe. Une motivation évidente pour SR de fonder le Sovintern est de se placer au même niveau que le Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF — Kommunisticheskaya partiya Rossiyskoy Federatsii), le deuxième parti du pays et challenger un temps redouté de Poutine à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Bien que le KPRF n’ait été que docile, et que les élections dans la Russie d’aujourd’hui soient jouées d’avance, Poutine est heureux de laisser SR pomper une partie du crédit et de la popularité du KPRF, laissant les deux partis dans une position sensiblement plus faible que Russie unie. [8]
En résumé : une conférence bidon, menée comme un exercice d’agitation nationaliste et de soutien à l’impérialisme russe, ainsi qu’à plusieurs autres démagogues nationalistes. Deux questions demeurent sans réponse : pourquoi diable le prétendu socialiste Galloway aurait-il participé à ce cirque, et pourquoi un socialiste britannique sain d’esprit voterait-il pour son parti s’il l’a fait ?
En 2019, le Portugal était un pays à part dans l’ordre international, au moins dans un domaine. Au terme de quatre années de gouvernement minoritaire du Parti socialiste – qui avait écarté la droite du pouvoir grâce à une coalition parlementaire avec le Bloc de gauche et le Parti communiste, –, l’extrême droite restait marginale dans la politique portugaise, il y avait peu de signaux indiquant que l’«exception portugaise» allait prendre fin.
Au cours des deux premières décennies du siècle, le paysage parlementaire portugais a fait preuve d’une stabilité remarquable. Le Parti socialiste et le Parti social-démocrate (membre du Parti populaire européen-PPE) se sont succédé au gouvernement en tant que parti le plus largement voté.
Quant au parti le plus à droite, le CDS-PP (démocrates-chrétiens), il a atteint des scores avoisinant les 10%, tandis que le Parti communiste et le Bloc de gauche ont recueilli, à eux deux, 20% des voix. Dans un pays profondément inégalitaire, déchiré par la crise financière et le plan d’austérité de la troïka (2011-2014) [1], la relance des revenus et le rebond économique, associés au fait que le Portugal compte alors un faible nombre d’immigré·e·s, carburant habituel de l’extrême droite, laissaient peu de marge à des changements fondamentaux dans le paysage politique. C’est dans ce contexte, lors des élections législatives d’octobre 2019, qu’André Ventura a été élu député unique sous la bannière de son parti nouvellement créé, CHEGA [«ça suffit!»].
Ventura s’est distingué en défendant la prison à perpétuité, la castration chimique pour les pédophiles, la réduction du nombre de députés, le renforcement des frontières et, bien sûr, l’attaque contre la communauté rom, qu’il a qualifiée de «dépendante des aides sociales». Quelques mois plus tard lors des législatives d’octobre 2019, 22’053 voix (2% de la circonscription électorale du district de Lisbonne) ont suffi pour qu’André Ventura soit élu premier et unique député du parti CHEGA, récemment légalisé, à l’Assemblée de la République.
Avec des scores électoraux encore très faibles dans les autres circonscriptions, la visibilité parlementaire de Ventura a été le moteur principal de la croissance d’un parti encore en formation. Selon le journaliste Miguel Carvalho[4], on peut identifier trois noyaux constitutifs de la direction initiale de CHEGA. En premier lieu, on trouve d’anciens militants et dirigeants de diverses constellations de la droite portugaise. En second lieu, on trouve un groupe de dirigeants évangéliques, avec une forte proportion de citoyens brésiliens, très actifs dans l’expansion territoriale du parti. Enfin, un ensemble hétérogène de dirigeants membres d’associations de parents, d’enseignants, d’infirmiers, de nombreux professionnels qui n’ont pas réussi à obtenir des postes dans la fonction publique, entre autres réalités de ce qu’on appelle le «bas clergé» de CHEGA.
Que défend CHEGA?
D’abord le parti, ensuite le programme. La base programmatique de CHEGA n’a jamais été la priorité de Ventura et de sa direction. Outre les mesures déjà énoncées, présentées dans le but de provoquer un choc et de se démarquer à droite des droites traditionnelles, CHEGA a soumis aux premières élections un programme profondément néolibéral, proposant la réduction des impôts, la diminution du «poids de l’État» dans l’économie et la privatisation des services publics, parmi d’autres mesures.
Cette dimension de son programme a connu un revirement rapide, André Ventura s’étant prononcé au Parlement contre la privatisation de la compagnie aérienne nationale (TAP), en faveur de l’augmentation des retraites et du soutien de l’État aux politiques en faveur de la natalité.
La «souplesse d’esprit» de Ventura est d’ailleurs l’une de ses caractéristiques. Dans sa thèse de doctorat, soutenue en 2013, Ventura critiquait le «populisme pénal», «l’expansion excessive des pouvoirs policiers» et la «stigmatisation des minorités», en contradiction flagrante avec ce qui allait devenir le discours public du député nouvellement élu de CHEGA.
Le parcours programmatique sinueux de CHEGA met toutefois en évidence certaines propositions récurrentes, qui le rapprochent de ses homologues européens d’extrême droite. On retrouve, dans son discours et ses propositions, une tendance antisystème permanente, élaborée à partir de l’idée de la lutte contre la corruption généralisée, ainsi que de la dénonciation d’une «démocratie viciée» par «les mêmes de toujours» qui gouvernent le Portugal depuis le 25 avril 1974.
À l’éloge des forces de sécurité, CHEGA ajoute une réponse répressive consistant en un alourdissement des peines pour les crimes graves, tout en exposant sans vergogne sa tsigano-phobie et son islamophobie[8]. En matière d’immigration, Ventura recourt à la formule des «bons immigrés», les Brésiliens, et des «mauvais immigrés», les citoyens originaires des pays de l’Indo-Asie. La lutte contre «l’idéologie du genre», quant à elle, a occupé une place centrale dans la campagne électorale de 2024, tandis que se multipliaient les références à la défense des droits des femmes, menacés, selon le parti, par l’augmentation du nombre d’immigrés, qui dégraderaient les services publics et aggraveraient l’insécurité.
Au sein de ce programme, tiré du manuel de l’extrême droite internationale, il existe des nuances nationales. Jusqu’à récemment, Ventura flirtait avec le passé colonial portugais, tout en refusant de s’associer à la nostalgie salazariste[9].Défendre les droits des anciens combattants de la guerre coloniale et des «rapatriés»[10] – tout en niant toute responsabilité de dédommagements du Portugal envers les pays colonisés – fut le maximum auquel parvint le leader de CHEGA.
À la fin de l’année 2025, cependant, Ventura a déclaré: «Je suis un démocrate, et je le suis vraiment, par nature. Mais il y a une expression que l’on entend souvent et qui, en fait, a du sens. En effet, il ne fallait pas un Salazar, il en fallait trois. Car le pays est tellement gangrené par la corruption, l’impunité et la délinquance qu’il aurait fallu trois Salazar pour remettre de l’ordre.»[11] Depuis cette déclaration, Ventura s’efforce de créer une polarisation accrue autour de thèmes historiques, en dénonçant les «excès révolutionnaires» de 1974/75, qu’il assimile aux persécutions et aux emprisonnements politiques de la période dictatoriale.
Qui dirige et finance Chega?
André Ventura et CHEGA, le parti d’un seul homme? Cette question a été posée à maintes reprises, tant Ventura fait l’objet d’une attention médiatique et politique intense et s’impose comme le leader incontesté de CHEGA. En effet, rares sont les figures internes capables de rivaliser avec la popularité du chef. Rita Matias, députée [depuis mars 2022] de 27 ans et figure de proue des réseaux sociaux du parti, a connu une ascension fulgurante et est aujourd’hui une personnalité nationale.
Pedro Pinto, chef de file parlementaire, et Pedro Frazão [catholique pratiquant], vice-président de CHEGA et député ultraconservateur, ont eux aussi atteint un niveau de notoriété populaire significatif, mais rien qui ne soit comparable à la célébrité d’André Ventura. Ce sont des heures interminables de présence à la télévision et sur les réseaux sociaux, auxquelles s’ajoute un véritable réseau physique de propagande publique.
La force et le rôle central d’André Ventura, dirigeant suprême du parti, contrastent avec les contradictions et les faiblesses du parti. Depuis sa fondation en 2019, entre les rejets des statuts approuvés lors du congrès et l’invalidation d’élections internes, CHEGA a déjà été saisi six fois par la Cour constitutionnelle. Au niveau municipal, la désorganisation politique est telle que, depuis les élections locales de 2021, CHEGA a déjà perdu 20 conseillers municipaux, qui se sont désaffiliés du parti ou ont démissionné de leur poste. Au Parlement également, les scandales s’accumulent, avec un député accusé de vol de bagages dans les aéroports et un autre condamné pour diffamation aggravée.
«Le Portugal n’est pas le Bangladesh».
La fragilité de CHEGA s’est également fait sentir dans les promesses non tenues de mobilisations sociales annoncées par Ventura. Outre le projet avorté de création d’un nouveau réseau syndical[12], le parti a organisé diverses manifestations, avec des revendications variées: «Contre l’immigration incontrôlée», «Contre la présence de Lula da Silva au Portugal», «Contre l’interdiction de CHEGA». Aucune n’a réussi à atteindre les effectifs escomptés
Si l’organisation fait défaut, le coffre-fort, lui, ne fait pas défaut. D’un petit parti financé par son noyau dur dirigeant à un parti disposant de millions d’euros sur ses comptes bancaires, il n’y avait qu’un pas.
Dès 2020, les principaux bailleurs de fonds de CHEGA ont été identifiés: ils vont des banquiers et des marchands d’armes [par exemple João Maria Bravo propriétaire de l’entreprise d’armement Sodarca] aux membres des familles d’entrepreneurs les plus fortunées et aux actionnaires de groupes de médias. Symbole de cet univers, César do Paço est un millionnaire luso-américain [propriétaire de Summit Nutritionals International], lié à l’univers trumpiste et à l’extrême droite internationale. Il est devenu l’un des bailleurs de fonds et parrains politiques les plus connus d’André Ventura, contribuant à apporter une assise financière, des contacts internationaux et une légitimité médiatique à la croissance de CHEGA. Grâce à l’augmentation des subventions publiques obtenue par la progression électorale et à la consolidation de ce réseau de donateurs, l’argent est aujourd’hui une préoccupation moindre pour CHEGA.
Qui vote pour CHEGA?
Depuis sa fondation en 2019, CHEGA s’est présenté à deux élections européennes, quatre élections législatives, deux élections municipales et cinq élections régionales (régions autonomes de Madère et des Açores). André Ventura s’est présenté deux fois à l’élection présidentielle, obtenant 11,9% en 2021, puis 23,52% (premier tour) et 33,17% (deuxième tour) en 2026. Actuellement, le parti compte 59 députés (sur 230) à l’Assemblée de la République, 2 députés européens, 1940 élus municipaux et 8 députés régionaux. Au vu de ces chiffres, et à l’instar de ce que l’on cherche à analyser dans d’autres pays, parvenons-nous à savoir qui vote pour CHEGA?
Dans leur majorité, les électeurs de CHEGA sont des hommes, âgés de moins de 55 ans, sans études supérieures. Les groupes qui manifestent le plus de réticence à voter pour CHEGA sont les personnes âgées, les femmes et celles qui ont fait des études supérieures. Il existe, bien évidemment, une forte contagion transversale dans la croissance électorale du parti. Entre les élections de 2024 et 2025, par exemple, la croissance a été très marquée chez les femmes âgées de 25 à 34 ans, sans formation supérieure[13].
Dans la deuxième approche, nous constatons qu’il existe une corrélation entre le nombre de voix en faveur de CHEGA et le revenu mensuel moyen par habitant d’une commune, le niveau de perception de la sécurité publique et l’accès à certains services publics.
Plus les territoires sont pauvres, peu sûrs et mal desservis par les services publics, plus le vote en faveur de CHEGA est important. Cette corrélation n’existe plus lorsqu’il s’agit de l’offre de logements à vendre ou à louer, étant donné que la grave crise de l’accès au logement au Portugal touche aujourd’hui l’ensemble des territoires.
Elle ne se vérifie pas non plus en ce qui concerne le nombre de résidents étrangers sur un territoire donné. Le facteur immigration, qui est perçu différemment de l’augmentation de la population de résidents étrangers originaires de pays plus riches que le Portugal, apparaît davantage comme une variable transversale que territoriale[14]. Non seulement Ventura, mais l’ensemble de la droite a réussi à remporter la bataille des idées qui identifie l’augmentation du nombre d’immigrants comme la cause universelle de tous les problèmes auxquels le pays est confronté: de la compression salariale à la pénurie de logements, en passant par la dégradation des services publics.
Un trumpisme quelque peu contrit et les réseaux internationaux
Depuis la fondation du parti, André Ventura s’est efforcé d’assurer l’intégration de CHEGA dans le réseau international de l’extrême droite européenne et atlantiste. La proximité avec Santiago Abascal (VOX), Marine Le Pen (Rassemblement National), Viktor Orbán (Fidesz) et Matteo Salvini (Lega) n’a toutefois pas effacé les positions plus atlantistes et pro-européennes du parti, qui reste pro-OTAN et critique envers Poutine. Parallèlement aux liens avec la famille Bolsonaro (Brésil), la relation avec Donald Trump et l’univers MAGA est devenue une référence politique particulièrement centrale.
Cet alignement a atteint son apogée en janvier 2025. Ventura s’est réjoui de l’invitation à la cérémonie d’investiture de Trump et a participé au rapprochement de l’extrême droite européenne avec le projet MEGA – Make Europe Great Again – promu par des personnalités telles qu’Elon Musk. Lors du sommet de Madrid en février 2025, des dirigeants tels que Santiago Abascal, Le Pen et Orbán ont fait l’éloge de Trump, de ses politiques anti-immigration et de son soutien à Israël.
Cependant, les droits de douane de Trump, les tensions autour du Groenland et de l’OTAN ainsi que l’escalade militaire en Iran ont rapidement créé des difficultés pour l’extrême droite européenne et portugaise. Au Portugal, Ventura a tenté de se démarquer partiellement au plan politiques de cet alignement, en critiquant la hausse des prix des carburants et en défendant des «mesures de rétorsion commerciale» contre les États-Unis, désignant Giorgia Meloni comme la nouvelle figure de proue à suivre.
Quel avenir pour CHEGA et l’extrême droite au Portugal?
L’avenir de CHEGA dépendra fortement de sa capacité d’organisation, du rôle qu’il jouera lors des prochaines élections législatives et de l’évolution internationale de l’extrême droite. Dans tous ces domaines, des incertitudes subsistent.
Des secteurs qui, par le passé, ont été essentiels à son ascension jouent aujourd’hui un rôle secondaire, comme c’est le cas des dirigeants évangéliques. Les liens de certains dirigeants de CHEGA avec des groupes néonazis et ultranationalistes sont devenus plus évidents et rien n’indique qu’une transition significative de cadres de la droite traditionnelle vers le parti de Ventura soit sur le point de se produire. Tout cela peut, bien sûr, changer à l’avenir. (Résumé, voir lien)
A propos de Saint Demet qui a suscité la rancoeur des gens de Plozevet: ce n’est pas une invention des parisiens! c’est le nom du saint local! Il a aussi donné Sainte Evette (Santez Evet) à Audierne qui copie les « Saintes Marie de la Mer »! Edgar Morin a utilisé un nom que les gens de Plozevet avaient oublié. Les « mutations consonantiques » ne furent écrites qu’un 17è siècle, par les jésuites. Avant on ne les notait pas, bien qu’elles se prononçaient. Plo entraîne la mutation du D en Z , c’est tout!
Enfin Plozevet est un des rares « PLOU » ethniques (les autres sont des noms de personnes ou de lieu: Plougastell) qui nous renseignent sur l’origine des bretons. Ici le nom vient du royaume de Demetie au Pays de Galles longtemps occupé par les « scots » , c’est à dire irlandais. Actuellement c’est le comté de Dyfed.
« Le marxisme, c’est l’analyse concrète d’une situation concrète ». À défaut de définir vraiment le marxisme, la formule de Lénine a le mérite de préconiser, de façon imagée, une démarche dont les militantEs ne devraient jamais s’écarter. Saisir les caractéristiques du moment présent pour dégager le levier à saisir pour faire bouger les choses en notre faveur, cela devrait aller de soi.
En Martinique, les médias interrogent les politiques sur les prochaines législatives, les futures élections à la CTM, mais en mai 2026, pas un mot sur les élections présidentielles se déroulant pourtant dans moins d’un an.
De leur côté, les états-majors des partis les plus en vue enchaînent les calculs, posent des jalons, et planifient les opérations pré-électorales allant des sénatoriales aux territoriales, sans un mot sur l’échéance, pourtant centrale, de la vie politique française et des colonies. Il ne fait guère de doute que le basculement institutionnel de la France dans le camp du néofascisme contemporain ne serait pas un fait anodin. On le voit bien, quelles que soient les échelles géopolitiques considérées (française, martiniquaise, mondiale).
Le système politique français, prétendument parlementaire, donne une place exorbitante au président de la République. Et le système électoral fait qu’un candidat ou une candidate qui aura le tiers ou le quart ou même un peu plus du cinquième des voix au premier tour a une chance de se retrouver vainqueurE au second tour. Ce système, fort peu démocratique, découle du présidentialisme qui sera toujours en vigueur en 2027. C’est d’ailleurs un des enjeux pour la suite, puisque l’un des partis, La France Insoumise, prône le passage à une VIe République censée en finir avec ce système.
En attendant, sans vouloir compter les œufs là où l’on sait, on peut déduire un pronostic de la dynamique des évènements en France. On observe en même temps une montée de l’extrême droite, une avancée de la « gauche radicale », un effondrement de la macronie, un affaiblissement de la droite traditionnelle de plus en plus aspirée par l’extrême droite, un éparpillement de la « gauche modérée ».
Le scénario le plus probable, sauf surprises de la lutte des classes réelles, est celui d’un deuxième tour entre Mélenchon et l’extrême droite. Cette hypothèse, la moins pire de toutes, ne se réalisera que si Mélenchon parvient au deuxième tour. C’est bien pour cela que l’acharnement contre lui, du côté des politiciens aux ordres, des médias du Capital, des défenseurs en tous genres du système, est aussi systématique, aussi violent.
On peut raisonnablement penser que les scores seront serrés. La consigne démocratique bien connue dans les élections à deux tours (au premier tour, on choisit ; au second tour, on élimine) prend, dans le cas présent, une signification assez dangereuse : les candidatures proches de la tendance gauche radicale pourraient bien l’empêcher d’être au second tour. Pour toutes les forces qui se trouvent en capacité de peser dans un sens ou dans l’autre, il y a lieu de bien mesurer les risques.
L’inculpation de Raúl Castro par l’administration Trump s’inscrit dans une escalade des pressions contre Cuba. Sur fond de crise économique et de tensions géopolitiques, certains craignent désormais une nouvelle intervention des États-Unis dans l’île.
Le 20 mai 2026, le ministère de la Justice de Donald Trump a inculpé Raúl Castro pour meurtre. Raúl, le frère de Fidel Castro, est âgé de 94 ans et faisait partie des révolutionnaires qui ont renversé le gouvernement du dictateur Fulgencio Batista en 1959 et établi un État communiste pro-soviétique en 1961.
Les accusations portées contre lui remontent à février 1996, lorsqu’un groupe d’exiléEs cubainEs appelé « Brothers to the Rescue » a envoyé deux avions vers Cuba, mais ceux-ci ont été abattus par des avions de chasse cubains alors qu’ils se trouvaient encore dans l’espace aérien international, tuant quatre personnes à bord. Aujourd’hui, le gouvernement Trump tient Raúl Castro, qui a occupé les fonctions de dirigeant du Parti communiste cubain (PCC) et de chef de l’État, pour responsable de ces décès.
Changement de régime à la vénézuélienne
Les États-Unis ont pratiquement dès le début imposé un embargo à Cuba, tenté d’assassiner Fidel Castro à de nombreuses reprises, soutenu une tentative d’invasion et, plus récemment, tenté d’affaiblir Cuba en coupant son approvisionnement en pétrole, ce qui a eu de lourdes conséquences pour le peuple cubain. Il semble désormais que Trump souhaite mettre fin au régime du PCC et lui trouver un remplaçant qui ouvrirait le pays au commerce et aux investissements étrangers, y compris ceux des exiléEs cubainEs.
Trump estime que son opération du 3 janvier 2026, au cours de laquelle les États-Unis ont brièvement envahi le Venezuela et capturé le président Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores pour les amener à New York afin qu’ils y soient jugés, a été un immense succès. Lors d’une conférence de presse, Trump a déclaré : « Il s’agit là de l’une des démonstrations les plus impressionnantes, efficaces et puissantes de la puissance et de la compétence militaires américaines de toute l’histoire des États-Unis. »
Trump pourrait considérer cette opération comme un modèle pour une action similaire à Cuba. Bien que le secrétaire d’État Marco Rubio, d’origine cubaine et ayant passé une partie de son enfance à Miami, en Floride, bastion des exiléEs cubainEs conservateurEs, souhaite voir le PCC remplacé par un État et une économie capitalistes, il semble préférer un règlement négocié à une action violente. Les Américains peuvent-ils trouver une personnalité disposée à traiter avec eux pour opérer cette transition, quelqu’un comme Delcy Rodríguez, qui a remplacé Maduro à la présidence du Venezuela et a cédé à Trump, permettant aux entreprises américaines de commencer à prendre le contrôle de l’industrie pétrolière ?
Une nouvelle aventure impérialiste de Trump
Le danger est que, si une solution n’est pas trouvée rapidement, sans pétrole pour l’éclairage et le chauffage des logements et des hôtels, et sans énergie pour faire fonctionner le réseau d’eau et les machines du pays, l’économie et le gouvernement cubains pourraient s’effondrer, entraînant le chaos, la criminalité et la violence comme on le voit en Haïti. Si les États-Unis et l’Iran parviennent à un accord mettant fin à la guerre, Trump serait alors libre de se lancer dans sa prochaine aventure impérialiste, quelle que soit la forme que prendra son intervention à Cuba.
Trump et Rubio ont récemment envoyé le directeur de la CIA, John Ratcliffe, à Cuba, où il a rencontré le ministre cubain de l’Intérieur. Il a proposé au pays une aide de 100 millions de dollars, mais le président cubain Miguel Diaz-Canel a déclaré que son gouvernement préférerait que les États-Unis lèvent leur blocus. Raúl Castro était présent lors des pourparlers, alors même que les États-Unis préparaient son inculpation.
Il n’y a eu que quelques petites manifestations aux États-Unis contre l’ingérence américaine à Cuba, alors qu’il y a près de trois millions de CubainEs aux États-Unis, dont la moitié en Floride et d’autres au Texas, en Californie et dans le New Jersey. Ces immigréEs sont arrivéEs par vagues depuis les années 1960, et il y a peu d’amiEs du gouvernement cubain parmi eux. Beaucoup soutiendraient une intervention américaine. Les manifestations aux États-Unis ont été organisées par de petits groupes de gauche qui ont soutenu le gouvernement communiste cubain, et ils bénéficient de peu de soutien au sein de la société américaine. Pourtant, des sondages récents montrent que seuls 15 à 25 % de la population des États-Unis soutiendraient une intervention militaire. Trump souhaiterait remporter une victoire après avoir échoué à gagner la guerre contre l’Iran.
Cathy Le Scolan évoquera la situation à Gaza et son expérience de médecin à Khan Younis, samedi 23 mai 2026, à 18 h, à Karaez Park, à Carhaix (Finistère). Elle sera accompagnée par Bashar, jeune Gazaoui, danseur de dabke. Cette conférence est organisée par l’association France Palestine du Centre-Bretagne, présidée par Hélène Mangeney.
Parlez-nous de cette association France Palestine Solidarité (Afps)
L’association existe en centre Bretagne depuis vingt-quatre ans, soit près d’un demi-siècle. Elle a vu le jour à l’initiative de Nazim Khalfa et Jean-Pierre Jeudy (ancien maire de Carhaix). Elle informe la population sur la situation palestinienne en organisant des évènements, des conférences, des diffusions de films en collaboration avec les cinémas du secteur, et aussi des concerts. Elle organise des parrainages d’enfants palestiniens et recueille des dons pour aider des associations travaillant sur le terrain. Et chaque année, nous organisons le Printemps de la Palestine.
Quel est son organigramme ?
J’en suis la présidente, et auprès de moi, il y a comme vice-présidente, Brigitte Le Corre ; secrétaires, Sylvie Le Sur et Marc Thomas ; trésoriers, Martine Zaied et Kenny Delferriere. Les personnes qui souhaitent nous rejoindre peuvent contacter l’un ou l’autre du bureau. On a toujours besoin de bénévoles. Au début, on commence doucement, en découvrant toutes nos actions. Il ne faut pas hésiter à nous rejoindre. Vu les événements, on a besoin de tout le monde.
Que va-t-il se passer samedi 23 mai ?
Cathy Le Scolan fera une conférence à Karaez Park. Elle nous évoquera la situation à Gaza et son expérience de médecin à Khan Younis. Elle sera accompagnée par Bashar, jeune gazaoui, danseur de dabke (qui était venu en 2023 à Carhaix) et qui depuis est soigné à Rennes, à la suite du bombardement du café Al Baqa. Il partagera avec nous son expérience et présentera des courts métrages réalisés sous les bombes. Il y aura également une exposition de photos.
Une vingtaine de personnes seulement a répondu, ce mardi à soir à Brest, à l’appel au rassemblement pour dénoncer l’interception de la nouvelle « flottille pour Gaza », lundi, par les forces israéliennes.
Les forces israéliennes ont intercepté lundi et mardi, 18 et 19 mai 2026, au large de Chypre, la nouvelle « flottille pour Gaza », composée d’une cinquantaine de bateaux et tentant, pour la troisième fois en un an, de forcer le blocus israélien imposé à la bande de Gaza.
« Une attaque brutale et illégale de navires pacifiques naviguant dans les eaux internationales », dénonce Josette Brenterch, de l’Association France Palestine Solidarité, qui appelait à un rassemblement de soutien à la flottille, ce mardi soir place de la Liberté.
Seule une vingtaine de personnes a répondu à l’invitation, à la grande déception de la militante. « Cette flottille qui est très importante pour le peuple de Gaza, privé de tout, et mérite une mobilisation de soutien internationale », revendique encore Josette Brenterch.
Une nouvelle mobilisation pour une « paix juste au Proche-Orient », sera organisée
Au moment où Trump est empêtré dans la guerre qu’il a déclenchée contre le régime iranien, il s’acharne contre la petite île de Cuba. Après avoir suggéré qu’un porte-avions américain pourrait l’assiéger « sur le chemin du retour d’Iran », il a signé le 1er mai un décret rallongeant la liste des sanctions.
Sous embargo depuis 1962, Cuba est asphyxiée depuis janvier par le blocus pétrolier américain qui la prive d’énergie en plus de toutes les autres denrées, dont les médicaments. Faute de pétrole, Cuba ne peut plus produire l’électricité indispensable à la vie quotidienne et au fonctionnement des hôpitaux. Les stations-service sont à sec et les transports réduits au minimum. Les principales compagnies ariennes internationales ont supprimé tous leurs vols, privant l’île de sa principale source de revenus et de son seul apport en dollars : le tourisme.
Déjà frappée de plein fouet par l’arrêt du tourisme provoqué en 2020 par la pandémie de Covid, l’économie cubaine, qui ne s’en était pas remise, est de nouveau à l’arrêt. Des dizaines de milliers de Cubains ont ainsi perdu leur emploi, ne pouvant plus faire vivre leur famille alors que les prix des rares denrées disponibles ont explosé. Un litre d’huile de tournesol coûte ainsi un quart du salaire moyen. La misère et l’absence de perspective accélèrent l’exil de la population : depuis 2020, deux millions de personnes, un quart de la population, ont quitté l’île, souvent de façon clandestine, pour tenter leur chance dans un pays d’Amérique Latine.
Si Trump s’acharne contre Cuba, et d’abord contre la fraction la plus pauvre de sa population qui subit de plein fouet l’embargo, ce n’est pas parce que le pays représenterait « une menace extraordinaire » comme il le répète. Depuis l’épisode des missiles soviétiques installés en 1962, rapidement démontés, Cuba n’a pas de force balistique et son armée ne dispose que de vieux équipements.
Ce que Trump ne digère pas, dans le sillage de tous les présidents américains depuis Kennedy, c’est que le peuple d’un pays situé à 150 kilomètres de la Floride ait pu chasser une dictature pro-américaine pour la remplacer par un régime tenant tête à l’impérialisme qui a apporté quelques progrès et de la dignité à la population.
C’était il y a plus de 65 ans. Depuis, Fidel Castro et la génération qui avait alors pris le pouvoir et incarné aux yeux du monde entier cette indépendance vis-à-vis des États-Unis, ont disparu. Privée du soutien de l’Union soviétique, asphyxiée par l’embargo américain, subissant un régime autoritaire, l’île n’a cessé de s’enfoncer dans la pauvreté. Mais pour Trump et son administration, cela ne suffit pas. Ils veulent abattre un régime qui est l’héritier d’une révolte populaire, quitte à ce que Cuba redevienne « le bordel des États-Unis » que le pays était avant 1959.