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10 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

palestine (npa)

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Que se passe-t-il autour de l’annexion de la Palestine ?

Depuis des mois, le Premier ministre israélien se vantait du fait que la date du 1er juillet serait celle du début de l’annexion de larges parties de la Cisjordanie, en commençant par les centaines de colonies et la vallée du Jourdain.

Mais alors que la date s’approchait, Netanyahou s’est mis à parler d’une annexion sur une plus petite échelle, déclarant qu’il commencerait par annexer les trois plus grosses colonies de Cisjordanie : Ma’ale Adumim, Gush Etzion et Ariel.

Divergences en Israël

Quelques jours avant le 1er juillet, le partenaire de Netanyahou dans sa coalition, Benny Gantz, a commencé à adoucir ses discours sur l’annexion, fragilisant la position du Premier ministre. Gantz a non seulement exprimé son opposition à une annexion unilatérale, mais il a en outre ajouté que le 1er juillet n’était pas une « date sacrée » pour l’annexion, et a expliqué qu’il fallait prioriser la crise actuelle liée au Covid-19, et non l’annexion.

En plus des querelles au sein du gouvernement Netanyahou, et de l’absence de plan concret d’annexion proposé par le Premier ministre, Diana Buttu, analyste politique palestinienne, souligne que le report peut également être dû aux pressions internationales croissantes sur Israël :

« Les pressions internationales peuvent aider dans la mesure où c’est la première fois qu’il y a un focus sur les agissements israéliens ; il y a une condamnation mondiale, et c’est la première fois que l’on voit les gens s’intéresser à la vie des Palestiniens dans la vallée du Jourdain et d’autres zones concernées par l’annexion. »

L’absence de toute annonce officielle de Netanyahou le 1er juillet, ainsi que la montée des pressions internationales et les menaces de l’Autorité palestinienne de se soustraire à ses obligations, ont conduit beaucoup de gens à se demander si l’annexion allait se produire. Mais pour certaines voix critiques, la question n’est pas de savoir si l’annexion va avoir lieu, mais quand.

Une priorité pour Netanyahou

« L’annexion s’est imposée comme la principale priorité du gouvernement israélien, qui veut profiter du feu vert donné par Donald Trump avec son « Deal du siècle » », explique Noura Erakat, militante et universitaire américano-palestinienne. Avec l’hypothèse d’une fin de mandat pour Trump en novembre, certains analystes estiment que Netanyahou pourrait être pressé d’agir, avec au moins une annexion partielle avant les élections US de novembre.

Diana Buttu estime que, quand bien même Trump serait battu par Joe Biden, l’annexion ne passerait pas à la trappe. « Je pense que Netanyahou regarde l’ »alignement politique des planètes » avec deux éléments à l’esprit », explique-t-elle.

« Le premier est l’élection US qui arrive. Mais même si Trump était battu, je ne pense pas que Biden reviendrait sur l’annexion, tout particulièrement s’il s’agit d’une annexion « à petite échelle », par exemple l’annexion des colonies. Et en plus de cela, avec l’Allemagne désormais à la tête du Conseil de sécurité de l’ONU, la probabilité que l’Allemagne fasse pression pour que des condamnations ou des sanctions soient prononcées contre Israël est très faible, et Netanyahou le sait. »

Maintenir la porte ouverte

Dans le même temps, alors que l’annexion a produit un nouvel intérêt international pour la situation d’occupation de la Cisjordanie, beaucoup de Palestiniens font part de leur inquiétude : si Israël arrêtait temporairement le processus d’annexion, la communauté internationale pourrait céder à une fausse impression de réussite, et en revenir à la complicité habituelle avec l’occupation israélienne illégale.

« C’est exactement ce dont j’ai peur », explique Diana Buttu. « Nous n’avons pas encore vu la communauté internationale se féliciter, mais c’est aussi parce que nous n’avons pas encore entendu de déclaration officielle de Netanyahou affirmant qu’il renonçait à l’annexion.

Maintenant que la porte a été ouverte par l’attention portée sur l’annexion, nous devons en profiter pour aller de l’avant et montrer au monde comment Israël met en œuvre une annexion rampante, une annexion de facto. »

Pour l’heure, des militantEs et dirigeantEs palestiniens utilisent la situation pour non seulement avertir contre l’annexion, mais aussi pour mettre en avant des nouvelles idées et projets pour le paix, et de plus en plus de gens en viennent à reconnaître la réalité : la solution à deux États est morte.

Après des années de conflits politiques, les factions palestiniennes rivales Fatah et Hamas se sont retrouvées jeudi [2 juillet] et ont fait le vœu de travailler à lutter ensemble contre l’annexion. Et pendant ce temps, les discussions sur l’avenir de la solution à un État deviennent de plus en plus mainstream, mais chez les dignitaires du gouvernement palestinien.

Traduction Julien Salingue Yumna Patel Mercredi 8 juillet 2020

Version intégrale (en anglais)  https://mondoweiss.net/

https://npa2009.org/

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07 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

pêche (courrier inter)

dessin-surpeche
Les navires-usines chinois épuisent les eaux africaines

Ce qui suit pourrait réussir à rendre écolo même quelqu’un comme Donald Trump, s’il n’avait pas autre chose en tête. La flotte de pêche hauturière chinoise, la plus grande du monde, est beaucoup plus importante que ce que nous pensions.

Elle est même plus grande que ce que les Chinois eux-mêmes croyaient, quatre fois plus nombreuse que ce que Pékin affirme souhaiter. Cette flotte compte au moins 12 490 navires et on estime à près de 17 000 les bateaux ayant la capacité de pêcher en dehors des eaux territoriales chinoises.

On savait que la Chine était une superpuissance mondiale en matière de pêche, mais ces nouvelles données recueillies par des chercheurs pour le compte de l’Overseas Development Institute [l’ODI, un groupe de réflexion sur le développement] de Londres montrent que la flotte chinoise est bien supérieure aux 3 432 navires estimés en 2014.

Pratiquement tous les chalutiers du Ghana sont chinois

Il s’agit en grande partie de chalutiers (qui emploient une méthode de pêche parmi les plus destructrices), travaillant en majorité dans l’océan Pacifique nord-ouest. L’activité pratiquée de la manière la plus intensive est la pêche à la turlutte des calamars dans le sud-est du Pacifique et le sud-ouest de l’Atlantique. Et l’aspect le plus dérangeant de cette pêche hauturière est que ses intérêts sont contraires à ceux des habitants de pays en développement. La flotte chinoise a une incidence vraiment consternante sur l’Afrique.

C’est au Ghana que l’on recense le plus grand nombre de navires chinois en dehors de la Chine, avec 137 bateaux selon l’ODI. Pratiquement tous les chalutiers du Ghana sont chinois, et les agents des chalutiers – les personnes qui tirent profit de la vente des licences de pêche – sont des parlementaires.

Pourtant, au Ghana, plus de 2 millions de personnes dépendent directement ou indirectement de la pêche en mer pour leurs revenus ou leur emploi. Selon le rapport de l’ODI, les revenus des petits pêcheurs ont chuté de 40 % depuis le début du [...]

Charles Clover  06/07/2020
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06 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

propriété privée (cnrs)

terres

« La propriété privée n’a absolument rien de naturel »

Vous êtes spécialiste d’histoire environnementale. Pourquoi vous êtes-vous intéressé à la « propriété » ?

Fabien Locher1 C’est l’une des institutions les plus puissantes et les plus opaques de la modernité. Elle s’impose à tous et même en partie aux États, qui l’organisent mais ne peuvent y déroger que dans des circonstances limitées et codifiées. La propriété privée peut d’ailleurs être vue comme une forme de protection contre les dérives tyranniques ou autoritaires – c’est notam-ment une idée très implantée aux États-Unis. Mais cette même propriété privée est souvent présentée comme une évidence, comme quelque chose de naturel.

Et pourtant… elle n’a absolument rien de naturel ! C’est une forme d’appropriation qui a une histoire, qui n’est pas de toute éternité et qui est dépendante de nos codes sociaux, de nos valeurs et de nos usages. C’est vrai, plus généralement, des différentes formes de propriété : propriété publique, propriété commune, droits collectifs… le monde de la propriété est vaste et complexe.

Alors comment en sonder les mécanismes, les logiques profondes, les dimensions matérielles et écologiques ? Notamment avec cette idée du crash-test qui consiste à analyser ce qui se passe quand la propriété « percute » la survenue d’une catastrophe, idée que nous avons cherché à développer dans un volume collectif codirigé avec mon collègue Marc Elie, Crash Testing Property2.

Quelle interrogation a guidé ces recherches ?

F. L. Nous nous sommes d’abord demandé ce que devenait la propriété quand survenait une catastrophe, un séisme ou un grave accident industriel par exemple. Comment la répartition des biens, voire la forme même des institutions de la propriété, sont-elles modifiées ? Qui tire parti de ces situations, des « états d’exception » créés par les catastrophes ? Nous voulions aussi savoir si de tels désastres étaient susceptibles de mettre en exergue des caractéristiques méconnues ou cachées des formes de propriété et de leurs interactions avec les environne-ments…

Ce questionnement a fait l’objet d’un colloque fin 2015, dont les interventions ont été publiées dans la revue Global Environment deux ans plus tard. Chaque article aborde un cas spécifique éclairant la problématique d’ensemble : par exemple les effets des inondations dans le delta du Bengale sur l’appropriation des terres par le colonisateur britannique, ou les effets du tsunami de 2004 en Indonésie. Il s’agissait aussi de considérer des catastrophes de type industriel, comme avec les effondrements géants causés par des mines dans la Belgique des années 1930.
Pour traiter tous ces sujets, il faut bien sûr mobiliser des spécialistes de plusieurs disciplines et périodes historiques : il faut une recherche collective. C’est aussi ce que j’avais voulu faire avec le projet Governpro, qui portait de manière plus générale sur l’histoire des interactions environnement-propriété aux 19è et 20è siècles, et qui mobilisait des collègues de différents pays et spécialités.

La crise sanitaire liée au Covid-19 pourrait-elle être une nouvelle illustration pour ce type de travaux ?

F. L.  Par exemple, les grandes épidémies ont-elles suscité des comportements opportunistes, comme les historiens l’ont démontré pour le célèbre tremblement de terre de Lisbonne de 1755, où l’on a vu certains se construire des patrimoines sur les ruines de la ville ? Les apports de l’histoire médiévale seraient aussi passionnants pour évaluer les effets, sur les dynamiques d’appropriation, d’épidémies de masse qui ont tué des proportions énormes de population.

Historiquement, quelles ont pu être les conséquences des épidémies sur la propriété ?

F. L. Si j’en reviens aux travaux que nous avons rassemblés, je pense notamment à la question de l’héritage, que notre collègue australien Daniel Fitzpatrick a étudiée à propos du tsunami de 2004 : là, comme dans le cas d’autres catastrophes très meurtrières, le grand nombre de morts fait que beaucoup de propriétés se retrouvent littéralement en déshérence – les propriétaires comme les héritiers potentiels ayant disparu en grand nombre, parfois sans certitude sur leur décès.  (Après le tsunami de 2004) en Indonésie, c’est à l’échelle locale et sans attendre un règlement venu d’en haut que s’est faite la redistribution des terres. Cela révèle que la propriété se joue à plusieurs niveaux, pas seulement dans les plans du cadastre ou les recueils de droit.

Certaines formes de la propriété permettent-elles de limiter ou d’augmenter l’exposition à des risques ?

F. L. Oui et c’est un point important. Contrairement à ce qu’on dit parfois, et comme la propriété, les catastrophes sont tout sauf « naturelles ». Pour faire simple, elles naissent de la rencontre d’un aléa (par exemple, la terre tremble) et d’une vulnérabilité qui, elle, est profondément sociale et historique.

Or les formes de la propriété peuvent accroître ou diminuer cette vulnérabilité. On peut prendre l’exemple des assurances, qui sont une dimension importante de l’acte de posséder. On sait qu’aux États-Unis, la politique fédérale visant à développer un programme national d’assurance contre les inondations a eu pour effet d’accroître la vulnérabilité dans les zones côtières. En rendant possible d’assurer des biens pourtant très exposés, elle a eu tendance à encourager l’aménagement d’espaces qui n’auraient pas dû l’être… ce qui a généré de la vulnérabilité et des sinistres. À l’inverse, d’autres dispositifs liés à la propriété peuvent permettre de réduire la vulnérabilité des populations et des territoires aux catastrophes.

Par exemple ?

F. L. Pour changer complètement de lieu et d’époque, je pense au cas étudié par l’historien du Japon, Philip C. Brown, dans Crash Testing Property. Il analyse le « warichi », un système d’attribution des terres au sein de communautés rurales japonaises. Ce système, qui a existé du 17è au 20è siècle, consiste à classer les parcelles en fonction de qualités comme leur degré d’exposition aux risques – inondations, glissements de terrain… – ou le fait qu’elles soient plus ou moins fertiles.

Dans un deuxième temps, ces terres sont regroupées par lots qui sont ensuite redistribués par tirage au sort. C’est un peu le même principe que le « voile d’ignorance » du philosophe John Rawls : comme personne ne sait ce qu’il recevra, tout le monde s’efforce de composer des lots aussi identiques ou équilibrés que possible.

L’idée est de répartir le risque au sein de toute la communauté, pour éviter que certains se retrouvent beaucoup plus exposés aux catastrophes que d’autres. Ces communautés ne le font pas par égalitarisme ou sens de la justice, mais pour maintenir une cohésion de groupe qui leur permet, par exemple, de rester solvable pour les impôts à payer.
 
Des approches similaires ont-elles existé en France ?

F. L.  Nous nous sommes notamment plongés dans les débats de l’Assemblée nationale. Ils parlent énormément des forêts, qui sont un enjeu majeur à cette époque comme source d’énergie, de matériau de construction, d’espace pour les animaux… Or les députés disent que les propriétaires de forêts ne peuvent pas en faire ce qu’ils veulent, car ce ne sont pas des biens comme les autres : les terrains boisés assurent la régulation climatique et hydrologique de régions entières, ils sont donc en interdépendance avec d’autres propriétés et ont des fonctions collectives.

Seul l’État, disent les défenseurs des régulations, peut être le garant des équilibres : c’est pourquoi il a le droit – et même le devoir – de mettre des limites aux prérogatives de la propriété privée. Parce qu’à cette époque, on pense que déboiser signifie dégrader le climat, et potentiel-lement à grande échelle, les forêts cristallisent des luttes qui lient étroitement propriété et protec-tion des ressources et des environnements. Les « communs » forestiers, eux, sont accusés à la Révolution d’entraîner la destruction des bois et donc l’érosion des sols et le déclin climatique.

Les débats sur le risque climatique commencent-ils au XIXè siècle ?

F. L. Non pas du tout. Avec Jean-Baptiste, nous montrons dans notre livre que les espoirs et les angoisses liés à l’idée d’un agir humain sur le climat émergent dès le 15è siècle, dans le sillage de l’exploration et de la conquête de l’Amérique. Mais le changement climatique incriminé n’est pas le changement actuel causé par le CO2 : ce sont les effets de la destruction des forêts sur les cycles de l’eau et les températures qui sont redoutés.

En revanche, cela a eu des effets profonds sur la production des savoirs sur le climat, dont nous héritons. Dès le 18è siècle, la climatologie historique naît ainsi sous la plume de savants qui enquêtent sur les climats du passé en faisant la statistique des crues ou en recherchant des observations anciennes.

On se demande dans quelle mesure l’humanité a une part de responsabilité dans la multipli-cation de saisons désastreuses et comment contrer la dégradation redoutée des climats. Comme nous le montrerons dans le livre, ces conceptions se réverbèrent aussi dans les empires où elles servent à justifier la colonisation.

Retrouve-t-on d’autres aspects de débats contemporains en étudiant le rapport entre propriété et dégradation de la nature ?

F. L. Oui tout à fait : par exemple, justement, dans le champ de l’histoire coloniale. L’un des grands arguments des colonisateurs des 19è et 20è siècles est que les autochtones ne savent pas gérer leurs environnements, leurs ressources. Selon eux, l’« homme blanc » aurait alors toute légitimité à s’en emparer – par exemple en s’appropriant les communs des communautés – pour protéger la nature, les sols, la faune et la flore.

Ce discours et les pratiques concrètes qui l’accompagnent ont notamment été analysés par l’historien et anthropologue Roderick P. Neumann, spécialiste de l’Afrique de l’Est, qui parle à leur propos d’« enclosures de la conservation ».

Aujourd’hui encore, on retrouve des réminiscences postcoloniales de ces discours dans une certaine façon de pointer du doigt des populations locales accusées de mal gérer les ressour-ces, voire de contribuer à la crise climatique. Les débats contemporains sur l’environnement et sa dégradation par l’humain ne datent donc pas que de quelques décennies : ils s’inscrivent en fait dans le temps long de l’histoire. ♦ (Résumé)

La notion de propriété privée telle que nous la connaissons n’est pas universelle et ses modalités ont été régulièrement remises en question. L’historien Fabien Locher analyse comment crises et catastrophes ont pu percuter les régimes d’appropriation.

06.07.2020 Fabien Trécourt

https://lejournal.cnrs.fr

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28 juin 2020 ~ 0 Commentaire

péril rouge (the conversation)

rouge

Le « péril rouge », un discours politique de droite à la finalité bien particulière

Ces dernières semaines, les élections municipales ont entraîné un changement de ton dans les discours de certains candidats Les Républicains (LR).

À Marseille, Martine Vassal appelle à l’union face au « péril rouge » que constituent la gauche et les « extrêmes » de la liste d’union de gauche, le Printemps Marseillais, menée par Michèle Rubirola. Le 18 juin à Lille, c’est le chef de la liste divers droite (DVD) Thierry Pauchet qui se rallie à un vote « de raison » en soutenant désormais la maire sortante Martine Aubry (Parti socialiste) contre les « fous furieux » de la liste écologiste.

L’idée sous-jacente dans ces prises de parole reste la même : discréditer les candidats de gauche et d’extrême gauche en les diabolisant. Ce processus de diabolisation visant à jouer sur le « péril rouge » est désormais centenaire puisqu’il est employé en France (comme dans le reste du monde) depuis la prise de pouvoir des bolchéviques en Russie en 1917.

Après la révolution d’octobre 1917, un anticommunisme acharné

La Russie connaît deux révolutions en 1917 : une première en février, qui fait tomber le tsarisme et instaure une démocratie représentative républicaine ; la seconde en octobre, où les bolché-viques s’emparent du pouvoir par un coup d’État. La mise en place d’une dictature d’un genre nouveau où la bourgeoisie et le capitalisme sont voués aux gémonies inquiète particulièrement les États européens et américains.

La situation catastrophique en Europe suite à la Première Guerre mondiale influence grandement les réactions. En Allemagne, la guerre civile oppose les communistes à leurs opposants dans des affrontements sanglants (notamment en 1918-1919). Aux États-Unis, la révolution russe provoque une première « red scare » (peur des rouges) entre 1917 et 1920 où attentats et arrestations arbitraires sont réguliers.

La France ne connaît pas de situation aussi extrême. Certes, l’anticommunisme est très répandu dans le pays et touche toutes les tendances politiques (du socialisme à l’extrême droite en passant par le radicalisme).

Particulièrement inquiet, le patronat met à la disposition des candidats de droite des fonds très importants pour faire « face au péril rouge », cette peur de voir des communistes « assoiffés de sang » prendre le pouvoir et créer une dictature où les opposants politiques seraient torturés et exécutés ou envoyés dans des camps de travaux forcés. Une peur motivée par les échos terrifiants (et les rumeurs) provenant de l’URSS qui serait impitoyable envers ses adversaires.

C’est pourquoi ils n’hésitent pas à pratiquer la corruption des notables pour augmenter les chances de succès de leurs protégés. Le « cartel des gauches » de 1924 et plus encore le Front populaire suscitent la peur dans les rangs de droite, d’extrême droite ainsi que du patronat. À chaque fois, mais plus encore avec le Front Populaire, l’opposition est convaincue (ou feint de croire) que l’URSS manipule le gouvernement, confirmant leur crainte d’un « péril rouge » imminent.

Traques contre les communistes

Après la parenthèse vichyste durant la Seconde Guerre mondiale, la France de la Libération reconnaît les sacrifices consentis par les militants du Parti Communiste Français (PCF) qui combattirent dans les rangs des Francs-tireurs et partisans. Le PCF devient le principal parti politique et domine temporairement l’Assemblée constituante. Cependant, l’idylle est de courte durée : de plus en plus critiqué et craint, le PCF décide de rejoindre l’opposition en mai 1947.

L’anticommunisme revient de plus bel, trouvant dans le Rassemblement du peuple français (RPF, parti gaulliste fondé et dirigé par Charles de Gaulle en personne) et le mouvement « Paix et Liberté » (créé par le radical Jean‑Paul David et soutenu par l’État), ses plus ardents adversaires. L’État traque les personnes soupçonnées d’être communistes ou proches du communisme, par exemple dans l’armée. Les affrontements entre militants communistes et anticommunistes sont fréquents, notamment entre gaullistes et communistes.

Les enjeux étant importants, les élections législatives de 1951 connaissent de fortes tensions et excès de violence militante. Les grands gagnants sont le RPF (121 députés) et le PCF (103 députés). Ce succès ne permet à aucun d’eux de prendre l’ascendant : marginalisés, diabolisés (les uns étant qualifiés de fascistes, les autres de stalinistes), ils sont voués à rester dans l’opposition et à mener un combat sur trois fronts (partisans de la République, communistes, gaullistes). L’effondrement du RPF en 1952-1953 et la baisse des tensions internationales provoquent un recul de l’anticommunisme (sans y mettre un terme).

1968, renouveau du discours anticommuniste

La « peur des rouges » recule progressivement entre le milieu des années 1950 (où le PCF réalise son meilleur score aux élections législatives de 1956) et la fin des années 1960. Cela s’explique en grande partie par la mort de Staline en 1953 et la fin de la guerre de Corée, qui ont permis le début de la Détente entre les deux blocs.

La guerre d’Algérie et le terrorisme d’extrême droite (OAS) ont également contribué à cet apaisement relatif. Celui-ci semble déjà disparaître lors des élections législatives de 1967 où un début de renouveau de la violence militante anticommuniste s’entame. Toutefois, ce sont les événements de mai-juin 1968 qui changent réellement la donne.

Le doute dans lequel fut plongé le pouvoir et l’impression de sa vacance ont provoqué l’effroi dans les rangs de la droite et l’extrême droite, à commencer par les gaullistes. Le sursaut du 30 mai 1968 (discours du président suivi par une immense manifestation sur les Champs-Élysées) permet une reprise en main progressive du pays par le général de Gaulle. Le ton employé par la majorité en place (gaullistes et républicains indépendants) est volontairement dramatique.

Les candidats gaullistes comme les membres du gouvernement évoquent un complot international communiste (la « subversion marxiste ») dont les coupables seraient tantôt la Chine, l’URSS ou Cuba, les trois à la fois ou encore un ensemble de petits complots réalisés plus ou moins en même temps par plusieurs pays, tels la Chine et la RDA, la CIA et le Mossad, ou encore la « Tricontinentale rouge » – cette improbable coalition entre l’URSS, la Chine et Cuba pour financer, armer et former toutes les entreprises révolutionnaires du globe si chère à Raymond Marcellin (ministre de l’intérieur).

La peur de l’anarchie et d’une dictature communiste se répand et offre à la majorité sortante une « vague bleue » sans précédent (par l’abstention blog). C’est ce que l’opposition surnomme les « élections de la peur ». Les années qui suivent voient la prolifération de ce discours, amplement soutenu par les élus et ministres de droite, et largement amplifié par les organisations du « gaullisme d’ordre » (SAC, CDR, CFT, UNI) ainsi que des organisations d’extrême droite.

Nouvel apogée et déclin de l’antimarxisme dans les années 1970

Globalement, l’anticommunisme socialiste et radical de gauche tend à s’atténuer (sans disparaître complètement), ce qui permet la création du « programme commun » en 1972 – une alliance politique entre radicaux de gauche, socialistes et communistes. Programme qui permet à la droite et l’extrême droite de dénoncer le « péril rouge » à l’œuvre, à une époque où les violences d’extrême gauche disparaissent peu à peu.

En effet, alors que la période 1968-1973 offre à la majorité et l’extrême droite l’opportunité de dénoncer les « sévices » des organisations libertaires, trotskistes et (surtout) maoïstes, le recul qui s’enclenche à ce moment-là (et s’accélère sous la présidence giscardienne) permet de diaboliser la gauche à travers l’idée – erronée – d’une future dictature soviétique en France en cas de succès « des socialo-communistes ».

La rupture du programme commun en 1977 rend ce discours obsolète, les socialistes et les communistes faisant désormais cavalier seul. Finalement, les élections présidentielles de 1981 voient le socialiste François Mitterrand l’emporter et prendre des ministres communistes dans son gouvernement. Elles marquent alors la fin de cette conviction (de plus en plus marginale) d’une dictature communiste en France où les chars soviétiques défileraient sur les Champs-Élysées.

La dénonciation d’un « péril rouge » est donc très ancienne et portée par tous les mouvements politiques anticommunistes. Idée vague, elle voulait à la fois convaincre la population d’un danger de dictature totalitaire imminente, le rôle d’agents intérieurs de puissances étrangères communistes porté par les différents militants se revendiquant du marxisme, la fourberie de politiciens communistes prêts à tromper leurs prochains et leurs alliés (forcément temporaires) pour obtenir le pouvoir.

La présidence de François Mitterrand voit se mobiliser de nouveaux discours justifiant l’oppo-sition à la gauche. Cela ne met pas pour autant un terme définitif au discours anticommuniste. Bien que marginalisés, des militants de droite et d’extrême droite maintiennent ce discours, comme les Comités d’actions républicaines (CAR) de Bruno Mégret, le Mouvement initiative et liberté (MIL) de Jacques Rougeot ou encore le Front National (FN) de Jean‑Marie Lepen.

À l’occasion de grandes élections, la diabolisation de la gauche dite radicale ressurgit dans des discours politiques. Ce fut par exemple le cas lors des élections présidentielles de 2017 où Jean‑Luc Mélenchon fut de plus en plus attaqué au fil de sa progression dans les sondages.

Il devint peu à peu, pour une partie des médias et des politiciens, un homme « dangereux », peut-être même un Lénine en puissance, voire un « péril » pour la nation. Certains, à l’instar de François Hardy, ne manquèrent pas de le qualifier de « fou furieux », ce qui n’est pas sans rappeler les mots de Thierry Pauchet lors de ce scrutin municipal…

24 juin 2020 Bryan Muller Doctorant contractuel chargé d’enseignement en Histoire contemporaine, Université de Lorraine

https://theconversation.com/

Commentaire:

Il faudrait un livre pour répondre! Qui a peur de qui? Disons que la dictature stalinienne c’est nous (les trotskistes et les anars) qui l’avons dénoncée dès le début, dans le désert, la droite ne voyant aucun inconvénient à voir éliminer des rouges en Russie. Pas plus de problème avec la chasse aux gauchistes du PCF post-1968!  D’autre part, nous doutions du péril rouge avec les milliers de chars rouillés, tant l’armée rouge était inférieure à l’Otan!  Pour nous, le vrai péril vient de la classe ouvrière quand elle se révolte et que les organisations traditionnelles sont en mesure ou pas de freiner. Le PCF n’arrive pas à arrêter la grève de Renault en 1947? Viré!

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28 juin 2020 ~ 0 Commentaire

brest quimper (afps)

afps

Place de la Liberté (Brest)

Quimper, des Cornouaillais prêts à relancer la campagne de boycott d’Israël

« C’est l’abandon de toute idée de paix, le choix d’une guerre sans fin pour imposer la domination sur un peuple » : la nouvelle étape de l’annexion de la Cisjordanie par Israël le 1er juillet, mobilise une nouvelle fois les défenseurs des droits de l’homme dans le monde.

À Quimper, les associations organisent un rassemblement et veulent relancer les campagnes de boycott.

Les représentants des associations et partis :

PCF, EELV, NPA, Mouvement de la paix, CCFD Terre Solidaire, France Palestine Solidarité. Manque ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture), ARAC (Association républicaine des anciens combattants), Attac, Ensemble !, UDB

https://www.letelegramme.fr/

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27 juin 2020 ~ 0 Commentaire

podemos (zs)

podemos

Izquierda Unida (PCE), Podemos, Parti Socialiste PSOE

L’effondrement de Podemos

Gestion municipale

Joan Subirats, qui collabore avec la mairie de Barcelone, observe que les villes deviennent les centres de la mondialisation. Il estime que la gestion municipale peut résoudre les problèmes de l’eau, de l’énergie, des transports ou du logement. En 2015, des listes municipales proches de Podemos et du mouvement du 15-M accèdent à la gestion des villes importantes. A Barcelone, la nouvelle maire Ada Colau est issue de la PAH, plate-forme qui lutte contre les expulsions de logement.

Ces nouvelles mairies prétendent rompre avec les politiques publiques néolibérales, mais aussi avec la manière de faire de la politique. A Barcelone, la nouvelle mairie renforce les politiques sociales pour les crèches et les cantines. Elle tente de développer une démocratie participative. Mais la gestion municipale ne parvient pas à lutter contre les logiques marchandes, comme l’ubérisation, qui ne cessent de renforcer les inégalités sociales.

Mathieu Petithomme évoque la gestion de la mairie de Cadix par une municipalité proche de Podemos (Le maire est membre d’Anticapitalistas blog). C’est une politique social-libérale qui est mise en œuvre. La mairie applique une politique d’austérité de réduction des déficits. Mais des mesures visent à aider les sans-abris, à réduire les factures d’eau et d’électricité et à créer une banque alimentaire. En revanche, le chômage et la misère restent toujours aussi importants dans une ville ravagée par la crise économique.

Marion Lang observe le lien entre les associations et la nouvelle mairie de Barcelone. L’associa-tion de quartier de Ciutat Meridiana se renouvelle à partir de 2011. Elle participe aux actions de la PAH qui se rassemble devant les immeubles pour bloquer l’accès aux huissiers. Des manifes-tations et blocages de succursales de banques présentent dans le quartier sont également organisées.

L’association adopte un fonctionnement plus horizontal avec des réunions hebdomadaires qui deviennent publiques. L’association adopte les pratiques du mouvement du 15-M. Mais elle se tient à distance du pouvoir politique et ne rejoint pas la liste électorale de Barcelone.

L’association dénonce le capitalisme qui produit la bulle immobilière, mais aussi la maire Ada Colau qui ne répond pas à l’urgence de la situation. L’association met en scène sa conflictualité avec la mairie dans les réunions de quartier organisées par la municipalité. Certains élus semblent davantage à l’écoute, mais aucun changement concret n’apparaît.

Parti et mouvements sociaux

Héloïse Nez observe les liens et les différences entre Podemos et le 15-M. Podemos reprend le discours du refus du clivage idéologique entre gauche et droite. Ce sont les luttes autour des problèmes concrets de la vie quotidienne qui doivent permettre un rassemblement transversal. « Ils ne nous représentent pas » devient un slogan ambigu. Il peut critiquer le principe de délégation et la démocratie représentative. Podemos l’interprète comme une simple critique des deux grands partis de gouvernement.

Beaucoup de militants de Podemos ont participé au 15-M. Mais, parmi les personnes du 15-M, beaucoup critiquent la démarche politicienne de Podemos. Le clivage entre l’institutionnalisation du mouvement social et l’autonomie des luttes demeure central. Les cercles de Podemos reprennent le modèle des assemblées du 15-M. Mais, des structures hiérarchiques et centrali-sées sont rapidement mises en place avec un secrétaire général. L’horizontalité et la délibération sont abandonnées au nom de l’efficacité électorale. Pablo Iglesias devient même un leader charismatique et médiatique.

Manuel Cervera-Marzal revient sur la notion de parti-mouvement. Podemos reste tiraillé entre un pôle mouvementiste impliqué dans les luttes sociales et un pôle institutionnel qui valorise les victoires électorales. La logique institutionnelle affaiblit la dimension contestataire. « Car, pour accéder au gouvernement, Podemos doit capter un électorat le plus étendu possible, ce qui exige de modérer son offre programmatique, de cultiver une image respectable pour pouvoir prétendre avec crédibilité à l’exercice du pouvoir », observe Manuel Cervera-Marzal.

Populisme de gauche

Yves Sintomer revient sur le populisme de Podemos. Ce concept s’inspire des gouvernements de gauche en Amérique latine. Inigo Errejon apparaît comme le théoricien du populisme de Podemos. Il reprend des thèmes du 15-M, comme l’opposition entre « le peuple » et « la caste ». Il se distingue du marxisme qui s’appuie sur les classes populaires et préfère s’adresser aux classes moyennes.

Les propriétaires de leur logement sont particulièrement nombreux en Espagne, et restent menacés par la crise économique. La stratégie populiste vise à séduire une partie de la bourgeoisie pour l’entraîner dans un projet de transformation sociale. L’opposition entre la classe ouvrière et la bourgeoisie est alors considérée comme trop clivant.

Ensuite, le populisme vise à s’appuyer sur les affects, les émotions et les imaginaires pour conquérir le pouvoir. La politique ne renvoie pas uniquement à un aspect rationnel et technique. La théorie populiste s’appuie également sur le rôle du leader. Pour les idéologues de Podemos, l’analyse électorale semble remplacer l’analyse des rapports de classe et des conflits sociaux.

Une table ronde se penche sur le populisme de Podemos et de la France insoumise. Manuel Cervera-Marzal observe les différences entre Antonio Gramsci et Chantal Mouffe qui dévelop-pent le concept d’hégémonie. Pour le dirigeant communiste italien, c’est la classe ouvrière qui demeure le sujet politique majeur. Le peuple apparaît beaucoup plus flou. Ensuite, pour Pablo Iglesias, l’hégémonie renvoie aussi à un imaginaire culturel construit à la travers le cinéma et les séries.

Héloïne Nez observe que le discours de Podemos puise dans les expériences latino-américai-nes, comme la Bolivie et le Venezuela. Mais il reste surtout très influencé par le 15-M qui permet de politiser les problèmes du quotidien, comme le logement ou la précarité. Manuel Cervera-Marzal observe que le populisme de Chantal Mouffe reste dans le cadre de la démocratie représentative, avec les partis et l’Etat. Ariel Jerez évoque la logique électoraliste qui impose une organisation hiérarchisée et centralisée.

Podemos contre les luttes sociales

La revue Mouvements permet de présenter la situation actuelle en Espagne. Même si les contri-butions restent sympathisantes de Podemos, les limites de cette expérience politicienne ne sont pas éludées. L’imposture du « municipalisme » révèle ses limites. Un meilleur ramassage des crottes de chiens semble assez éloigné d’une perspective de transformation sociale. Pire, l’arri-vée au pouvoir de Podemos ne permet pas d’améliorer la vie quotidienne des personnes qui subissent la crise économique.

Podemos voulait faire de ses « mairies du changement » des modèles à reproduire au niveau national. Il devient évident que Podemos, au niveau local ou national, va se contenter de gérer la crise avec des politiques d’austérité. La social-démocratie se contentait d’essayer des réguler la crise à travers la fiscalité et la redistribution des richesses. Le populisme se réduit à un enfumage de communication pour imposer des politiques d’austérité.

La revue révèle également la naïveté de toute cette gauche alternative. Les mairies de Podemos semblent découvrir la réalité des institutions. Elles ne se sont pas préparées à l’hostilité des administrations. Cette gauche alternative ne propose aucune réflexion critique sur le pouvoir, sur l’Etat et sur la bureaucratie. Podemos accepte rapidement alors de se fondre dans une banale logique de gestion du capital. Malgré des mesures d’urgence indispensables, aucune sortie de la crise ne semble se dessiner.

Pire, Podemos a suscité beaucoup d’espoirs. La gauche alternative alimente aujourd’hui la déception et la résignation. La récupération des mouvements sociaux a finit par provoquer un essoufflement de la contestation. Les luttes ne visent plus à construire un rapport de force pour changer la société. Elles se contentent de pleurnicher auprès des institutions en espérant des politiques publiques plus sociales. L’institutionnalisation des luttes conduit toujours vers un échec.

La revue Mouvements semble au contraire valoriser une articulation entre les institutions et les mouvements sociaux. Mais la logique du pouvoir s’oppose à l’autonomie qui donne sa force aux luttes sociales. Plutôt que d’interpeller un parti ou d’attendre un geste du pouvoir, seules les luttes autonomes peuvent permettre une amélioration de la vie quotidienne.

(…)

Podemos est devenu un modèle pour un renouveau de la gauche radicale. Sa réflexion sur le populisme est censé offrir une stratégie originale. Ensuite, la conquête du pouvoir au niveau local est censé expérimenter des « mairies du changement ». Pourtant, cette gauche semble surtout asphyxier la dynamique des luttes sociales. 

En Espagne, un renouveau des mouvements sociaux apparaît avec la grève féministe du 8 mars 2018. Dans le sillage du mouvement du 15-M, les conséquences de la crise économique sur les conditions de vie des femmes sont dénoncées. Mais, sur le plan institutionnel, la situation sem-ble bloquée. Podemos prétendait se faire le relai des mouvements sociaux. Ce parti a remporté des élections municipales en 2015 dans des villes importantes, comme Madrid ou Barcelone. Il tente alors de développer un nouveau « municipalisme » pour expérimenter une gestion alterna-tive. La revue Mouvements propose des réflexions sur la situation espagnole, en collaboration avec des membres de Podemos, dans son numéro 94 « Une alternative ? Podemos, mouvements sociaux et renouveau politique en Espagne ».

25 Juin 2020

http://www.zones-subversives.com/

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25 juin 2020 ~ 0 Commentaire

oxfam (regards)

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annexion stop! (afps)

afps

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25 juin 2020 ~ 0 Commentaire

palestine (npa)

palestine

“Non à l’annexion des territoires palestiniens !

Non à l’asphyxie de tout un peuple !” (tribune)

Une soixantaine d’organisations et de personnalités dont Judith Butler, Jean Ziegler, Olivier Besancenot et Isabelle Stengers appellent à manifester à Paris, le samedi 27 juin, contre l’annexion d’une grande partie (30%) des territoires palestiniens occupés de Cisjordanie.

Le gouvernement israélien de Netanyahou promet, avec le soutien de l’administration Trump et le silence complice de l’Union européenne (UE), d’engager dès le 1er juillet l’annexion pure et simple d’une grande partie des territoires palestiniens occupés de Cisjordanie, en violation flagrante du droit international.

Ces déclarations annexionnistes de 30% de la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 53 ans, représentent un vol flagrant des terres palestiniennes et une nouvelle vague de nettoyage ethnique qu’opère le colonisateur israélien à l’encontre du peuple palestinien depuis 1948.

Ce régime ouvertement colonialiste et raciste se sent d’autant plus encouragés dans cette voie criminelle qu’avec une actualité mondiale, marquée notamment par l’épidémie de coronavirus et ses conséquences, il espère détourner l’attention de ses propres crimes contre le peuple palestinien.

C’est pourquoi les partis, organisations et associations soussignés, engagés dans la lutte contre le colonialisme et son frère jumeau le racisme, appellent à manifester à Paris samedi 27 juin à 15H de Barbès à Châtelet pour affirmer notre solidarité avec la Palestine et sa résistance.

Personnalités signataires :

Olivier Besancenot, NPA
Jean Ziegler, Sociologue
Monseigneur Jacques Gaillot, Évêque de Partenia
Françoise Vergès, Féministe décoloniale, politologue
Olivier Le Cour Grandmaison, Historien
Georges Gumpel, Union Juive Française pour la Paix

ETC

Organisations signataires:

AFPS                                                                                                                                 Campagne BDS
Droits Devant !
Émancipation, tendance intersyndicale
Ensemble
Fédération de l’Éducation, de la Recherche et de la Culture FERC-CGT
NPA
UD CGT Paris
Union Juive Française pour la Paix (UJFP)
Union syndicale Solidaires

ETC

Mercredi 24 juin 2020

https://npa2009.org/

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24 juin 2020 ~ 0 Commentaire

musulmans russes (global voices)

bakou 1920

Congrès des peuples d’Orient Bakou 1920

Revisiter la vision traditionnelle des musulman·e·s russes

Les musulman·e·s constituent 10 % de la population russe, faisant de l’islam la deuxième religion du pays derrière l’Église orthodoxe russe.

Elles et ils font partie de l’histoire russe depuis des siècles, et vivent sur l’ensemble du territoire, de la Sibérie au Caucase du Nord, et dans les grandes villes telles que Moscou ou Saint-Pétersbourg.

Le plus grand groupe ethnique musulman est celui des Tatars, qui constituent aussi la première minorité ethnique du pays, forte d’une population de plus 5 millions [en]. Les Tatars ont leur propre langue turcique et leur propre république à l’intérieur de la fédération de Russie, le Tatarstan.

Les Tatars ont joué un rôle spécifique dans l’expansion coloniale de la Russie tsariste en servant d’intermédiaires entre les groupes ethniques russes et les nations colonisées de Sibérie et d’Asie Centrale, qui partageaient souvent de grandes similitudes religieuses et linguistiques avec eux. Ils ont été les missionnaires, traducteur·rice·s, puis réformistes de l’islam à la fin du 19è et au début du 20è siècle.

Ils sont souvent décrits comme appartenant au courant des Jadides [en] – intellectuels, écrivains, penseurs qui ont proposé un nouveau courant islamique moderne inspiré par les réformes politiques et sociales vues dans l’Empire Ottoman et en Europe occidentale.

Cependant, ce récit montrant des hommes musulmans seuls guides de la modernisation, qui a dominé dans le milieu universitaire jusqu’à très récemment, est de plus en plus contesté par les chercheur·e·s.

Filip Noubel : Le récit dominant dans le milieu universitaire, à la fois post-soviétique et occidental, est que la modernité dans les communautés musulmanes de l’Empire tsariste a seulement été possible avec l’arrivée des Jadides — des hommes réformateurs de l’islam et de la société. Dans votre dernier livre, vous remettez en question ce récit. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Danielle Ross (DR) : L’un des principaux objectifs de ce livre est de mettre à jour l’étude de l’islam et de la réforme islamique dans la région russe de la Volga-Oural [ancien centre historique du district de la Volga, ndlt] grâce aux nouvelles tendances de la recherche historique dans d’autres parties du monde.

 

Cela signifie se séparer d’un modèle de modernité considéré comme importé ou introduit par une certaine société dans une autre, et, à la place, visualiser les années 1600 à 1910 comme une période pendant laquelle un ensemble de changements – mondialisation du commerce et des politiques, centralisation du pouvoir gouvernemen-tal, hausse du taux d’alphabétisation, démocratisation de la religion – a eu lieu dans les sociétés à travers le monde.

 

La région Volga-Oural, reliée au monde entier à travers le règne de la Russie impériale, l’islam, et les échanges commerciaux européens et asiatiques, s’est tout autant formée via ces courants que la Grande-Bretagne ou la France ont pu l’être, à ceci près que cette région a été un espace colonisé plutôt qu’un centre impérial.

 

Si l’on se positionne dans cette perspective, les Jadides ne peuvent plus être vus comme ceux qui ont importé la modernité. Le Jadidisme apparaît plutôt comme l’une des nombreuses réponses locales à un colonialisme fort, à une production de masse intégrée verticalement, et à un renouveau de la religion à travers le monde des années 1880 aux années 1910.

 

Les Jadides entretenaient un dialogue avec leurs contemporains en dehors de leurs communautés ethniques, mais devaient aussi beaucoup aux générations passées de leur propre peuple, qui avaient répondu à des changements à l’échelle mondiale à leur époque. Dans mon livre, je voulais amener l’idée d’une région Volga-Oural comme un lieu continuellement dynamique, plutôt que comme un territoire et une culture figés en 1552 qui se seraient soudainement réveillés dans les années 1860.

Vous mettez aussi en avant dans votre recherche le fait que l’édification de l’Empire tsariste, et plus tard de l’Empire soviétique, n’étaient pas le monopole des groupes ethniques russes – d’autres groupes tels que les Tatars, les Allemands, les Juifs, les Géorgiens, etc. y ont joué un rôle. Pourquoi cet aspect n’est-il guère mentionné dans l’histoire coloniale de ces deux empires ?

DR : L’étude universitaire de l’Histoire telle que nous la connaissons aujourd’hui est arrivée dans le contexte d’un 19è siècle nationaliste et colonialiste. Avec une telle base, écrire l’Histoire servait deux buts : exprimer clairement un passé cohérent et unificateur pour l’État-nation moderne, et justifier la domination politique de certaines personnes sur d’autres.

 

Les historien·ne·s ont travaillé depuis les années 1960 pour déconstruire ces récits nationaux et coloniaux, mais, dans le cas de la Russie, un tel travail est difficile pour plusieurs raisons.

 

Premièrement, il y a la question d’assembler un récit cohérent. Raconter le passé de la Russie comme une histoire de grands princes, de tsars et de leaders du Parti Commu-niste est très ciblé et linéaire. Mais comment peut-on conter l’histoire cohérente, attrac-tive, de centaines de groupes ethno-confessionnels dispersés sur des milliers de kilomètres carrés ? Où est le cœur du récit ?

 

Deuxièmement, l’approche intellectuelle de la Russie et de l’Union soviétique envers les non-russes, non-orthodoxes, a été de positionner ces peuples dans des territoires déterminés (nationalités, républiques unitaires, etc.), et de confiner toute discussion de leurs cultures et de leurs passés en ces lieux.

 

Les ethnographes, expert·e·s régionaux et historien·ne·s de républiques unies et autonomes pouvaient choisir d’écrire sur des groupes d’ethnie et confession spécifi-ques, mais seul un nombre restreint de ces écrits ont été inclus dans l’histoire générale de la Russie et de l’URSS. La même structure d’espaces nationaux et de différen-ciation, utilisée sous l’Empire soviétique, a été répliquée et renforcée dans l’éducation occidentale durant la Guerre Froide.

 

Dans les années 1990, les historien·ne·s ont commencé à poursuivre une recherche qui démantèle et dépasse les différenciations nationales et régionales autour des-quelles les études historiques sur la période de la Guerre Froide ont été structurées, mais cette transformation est encore en cours, et n’est toujours pas bien représentée dans les manuels scolaires et autres ouvrages généralistes auxquels peuvent s’intéresser les non-spécialistes et étudiant·e·s abordant le domaine de l’histoire russe.

 

De fait, l’intégration de sources et récits non-russes dans l’histoire russe dominante, et la décentralisation ou régionalisation de cette histoire d’un point de vue ethnique, continuent d’être un procédé lent.

Quel est le discours actuel de Moscou sur le rôle et la présence des musulman·e·s en Russie, que ces personnes soient originaires de ce territoire ou immigrées ?

DR : Depuis que Poutine est arrivé au pouvoir, Moscou s’est de plus en plus tourné vers le nationalisme ethnique russe comme idéologie unificatrice. Au Tatarstan, où cohabitent plusieurs groupes ethniques, les récentes stratégies de consolidation et de rationalisation des institutions culturelles et éducatives ont eu pour conséquence la réduction des subventions qui soutiennent les langues et cultures non-russes.

La rhétorique de Moscou et la politique envers les migrants ouzbeks, tadjiks, kirghizes et azéris montrent que :

(1)  Ces musulman·e·s n’ont pas leur place en Russie malgré leur rôle indispensable dans l’économie du pays ; et

(2) Les cultures des musulman·e·s d’Asie Centrale et du Caucase sont étrangères et incompa-tibles avec la culture russe prédominante malgré l’expérience commune de soixante-dix ans de régime soviétique.

Vu la position actuelle de Moscou sur les personnes musulmanes originaires de Russie et migrantes ainsi que leurs cultures, il semble assez clair que le pays n’est pas prêt, à l’heure actuelle, à reconnaître les contributions des non-slaves, non-orthodoxes dans l’histoire russe, ou à proposer une vision du futur qui reconnaîtrait les musulman·e·s comme des membres à part entière de la société russe.

Qui sont les vecteurs de la modernité aujourd’hui dans les communautés musulmanes en Russie ?

DR : Je ne sais si le terme « vecteurs de la modernité » est utile pour parler de l’islam en Russie aujourd’hui. Contrairement à la période 1880-1920, les principaux discours au sein de l’islam de nos jours ne portent pas sur les façons d’adapter la foi, la loi et la culture islamiques au monde moderne, mais plutôt sur qui prend la parole au nom des musulman·e·s, quel islam est le plus exact et légitime, quelles sont les langues les plus appropriées pour transmettre le savoir islamique, et quelle devrait être la position de l’islam en Russie actuellement et à l’avenir.

Les différents visages de l’islam en Russie sont les personnes d’origine musulmane ainsi que les Russes (ethniques) récemment converti·e·s, les salafistes ainsi que les partisan·e·s de divers courants classiques de l’islam et des traditions intellectuelles musulmanes locales et nationales ainsi que des tendances internationales et transnationales. Cette multiplicité de voix et d’opinions confère du dynamisme aux communautés musulmanes russes.

Global Voices a interviewé Danielle Ross, qui a enseigné à l’Université de Nazarbayev au Noursoultan (Kazakhstan), et est maintenant maîtresse de conférences à l’Universi-té d’État de l’Utah où elle enseigne l’histoire asiatique et islamique. Dans son dernier livre, L’Empire Tatar : les musulmans de Kazan et la fondation de la Russie impériale [Tatar Empire: Kazan's Muslims and the Making of Imperial Russia, en, non traduit en français, ndlt], elle remet ouvertement en question [en] ce mythe et propose une autre vision de la situation. Ce qui précède est une version abrégée de cet entretien.

https://fr.globalvoices.org/

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