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06 avril 2020 ~ 0 Commentaire

nancy (a et r)

aetr

CHRU de Nancy : une provocation et un avertissement

Lors de son point presse du vendredi 3 avril, le directeur de l’Agence régionale de la santé du Grand Est – une des régions du pays les plus touchées par la pandemie – a déclaré qu’il n’y a « pas de raison de remettre en cause le Copermo [Comité interministériel de performance et de la modernisation de l'offre de soins] pour le CHRU ».
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Pour les non-initiés, cela veut dire qu’il n’est pour lui pas question de revenir sur les 598 suppressions de postes et 174 fermetures de lits prévus d’ici 2025.
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Une declaration qui en dit long sur le mépris à l’égard des soignants et soignantes qui jour et nuit prennent en charge les malades dans des conditions déplorables et sont contraints de s’exposer eux et elles-mêmes au virus pour sauver des vies.
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Ce dont témoigne les communications quotidiennes du syndicat CGT du CHRU, qui rend publique la nature des échanges entre les organisations syndicales et la direction du CHRU :
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Matériel de protection défectueux ou de mauvaise qualité, comme les lunettes et les surblouses, quand il ne manque pas tout simplement, charge de travail insupportable, nombre de patients qui seront transférés vers d’autres régions ou pays etc.
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Alors à juste titre, la declaration du représentant du gouvernement dans la région en matière de santé a été prise pour ce qu’elle est : une véritable provocation.
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Une provocation tellement évidente que la direction du CHRU elle-même a réagi par une lettre du président de son conseil de surveillance, Laurent Henart le maire pas franchement progressiste de Nancy, et le président de sa commission médicale d’établissement.
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Comme dans beaucoup d’hôpitaux, la direction en connait pourtant un rayon en terme de provocation puisque fin mars, dans un message aux personnels le directeur général Bertrand Dupont écrivait que les réorganisations de ces dernières années avaient « permis d’être préparés à la vague qui arrive »... Au moment même où il utilisait des étudiants et des étudiantes pour combler les manques d’effectifs, c’est-à-dire les postes supprimés.
Devant le tollé suscité, Olivier Veran le ministre de la Santé, a répondu aujourdhui sur Twitter :   « L’heure viendra de tirer les enseignements de cette crise sans précédent et de refonder notre hôpital. Tous les plans de réorganisation sont évidemment suspendus à la grande consultation qui suivra », a-t-il assuré.
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Si la grande consultation est à limage du grand débat pour répondre au mouvement des Gilets jaunes, cela n’augure évidemment rien de bon.

Cette provocation de l’ARS est aussi un avertissement :

Pour nos dirigeants, seuls comptent les profits et leurs plans d’économies sur notre dos, quelles qu’en soient les conséquences.

Ils ne tireront aucune leçon de la crise sanitaire actuelle. Ils mettront en oeuvres après les politiques qu’ils mettaient en œuvre avant, celles-là mêmes qui ont mené à la catastrophe actuelle. À moins que par notre mobilisation nous les en empêchions.

A&R 5 avril 2020

https://anticapitalisme-et-revolution.blogspot.com/

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06 avril 2020 ~ 0 Commentaire

douarnenez (ouest france)

douarnenez

Il n’y a pas si longtemps…

Douarnenez, les banderoles fleurissent

Depuis le début de la période de confinement, de nombreuses banderoles humoristiques, de soutien ou de remerciements habillent les façades des maisons douarnenistes.

Elles sont nombreuses et ne manquent pas d’attirer l’œil. À Douarnenez , de nombreuses banderoles sont exposées aux balcons ou aux fenêtres des résidences depuis le début de la période de confinement.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les Douarnenistes, même confinés, ont de la suite dans les idées. C’est le cas, par exemple, au 63, rue Duguay-Trouin où une banderole, visible depuis le pont de Tréboul, a détourné la devise officielle du gouvernement de l’État français « Travail, famille, patrie » en « Télétravail, pâtes, riz ». Représentant avec humour le quotidien de millions de Français.

Avant cela, d’autres banderoles, de remerciements aux professionnels de santé particulière-ment, ont fleuri sur les balcons ou fenêtres de la cité aux trois ports.

Un professeur de breton a suspendu une banderole bilingue chez lui, à Douarnenez: « Argant evit ar yec’hed » « Des moyens pour la santé » (argent peut se dit aussi: arc’hant, moneiz, lur…)

05/04/2020

https://www.ouest-france.fr/

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05 avril 2020 ~ 0 Commentaire

prévisible (courrier inter)

branle

Dennis Carroll, biologiste : “L’épidémie actuelle était prévisible”

Notre démographie galopante, nos incursions dans des écosystèmes jusque-là préservés et nos habitudes de consommation composent un cocktail parfait pour l’apparition de zoonoses et l’émergence de nouvelles pandémies, alerte ce chercheur en biologie médicale dans un entretien accordé à Nautilus.

Dennis Carroll ne veut pas avoir l’air trop brutal quand il dit que l’épidémie de coronavirus était prévisible. Au contraire, il comprend parfaitement qu’on puisse avoir peur de la maladie. Tout autour du monde, il a vu des gens atteints de tels virus. Carroll a surtout l’air de savoir de quoi il parle.

Depuis plusieurs décennies, il met en garde contre la menace des zoonoses, la transmission d’agents pathogènes des animaux à l’homme. Les scientifiques sont convaincus que l’épidémie actuelle, apparue à Wuhan, en Chine, venait d’un virus propre aux chauves-souris.

En 2009, après plusieurs années à étudier les maladies infectieuses aux Centers for Disease Control and Prevention (CDC), ainsi qu’à l’Agence des États-Unis pour le développement international (Usaid), Carroll a mis sur pied un programme Usaid nommé “Predict”, qui menait un travail novateur sur les virus présents chez les animaux du monde entier et qui pourraient un jour nous contaminer.

“Dennis est un visionnaire, assure Christine K. Johnson, épidémiologiste au One Health Institute (université de Californie à Davis), où elle est professeure à l’école de médecine vétérinaire. Il a hérité d’une démarche fondée sur la réaction aux maladies infectieuses, et il en a pris le contre-pied. Il a dit : ‘Nous allons anticiper pour aider les différents pays à se préparer à l’émergence des maladies infectieuses’”.

Johnson, qui a été chercheuse au sein de Predict pendant dix ans, affirme que Carroll a fait œuvre de pionnier en ne se contentant plus d’examiner seulement le bétail. “Dennis a compris que les nouvelles maladies infectieuses, un peu partout dans le monde, venaient principalement des espèces sauvages, et qu’il fallait donc investir dans la recherche sur ces espèces.”

Pendant dix ans, Predict a bénéficié d’un financement fédéral annuel variant entre 15 et 20  millions de dollars. En 2019, son enveloppe a été supprimée. Carroll a quitté l’Usaid et lancé un nouveau programme, le Global Virome Project, afin, dit-il, d’“exploiter les découvertes et l’expérience de Predict”.

Lors de cet entretien, Carroll, qui parle de sa propre expérience, répond parfois avec causticité, qu’il parle de la biologie des virus ou du manque de réactivité de la Maison-Blanche à l’épidémie. Je commence par lui demander quelles sont les origines de ce fléau.

Comment l’actuel coronavirus est-il passé d’une chauve-souris à l’homme ?

Nous ne savons pas précisément, mais le virus était sans doute présent dans un animal sur un marché, où il y a eu des contacts répétés. Il est possible aussi que des gens aient directement manipulé l’animal. Il peut également y avoir eu un hôte intermédiaire [les soupçons se portent sur le pangolin]. En 2002, lors de l’épidémie de Sras en Chine, la source de l’infection ne nous est pas apparue comme étant l’exposition directe à des chauves-souris. Il y avait un hôte intermédiaire, la civette.

En 2018, vous et vos collaborateurs écriviez dans Science : “Notre capacité à contenir l’apparition des maladies est compromise par notre mauvaise compréhension de la diversité et de l’écologie des menaces virales.” Que devons-nous faire pour comprendre la diversité et l’écologie de ces menaces virales ?

La première chose à comprendre, c’est que les menaces auxquelles nous allons être confrontés à l’avenir, quelles qu’elles soient, existent déjà : elles circulent parmi les animaux sauvages. On pourrait comparer cela à une matière noire virale. Une importante population de virus circule, et nous n’en découvrons l’existence que lorsque la transmission franchit la barrière des espèces et que certaines personnes tombent malades.

Y a-t-il un risque particulièrement élevé de transmission de la chauve-souris à l’homme ?

Absolument. Nous avons pu identifier les chauves-souris comme réservoirs du coronavirus, et nous avons répertorié certaines populations spécifiques de chauves-souris comme étant des réservoirs du virus Ebola.

Nous voudrions maintenant comprendre comment chacune de ces espèces de chauves-souris agit au sein de son écosystème. Ont-elles certains comportements et pratiques qui les maintien-nent soit éloignées, soit en contact avec les populations humaines ? La population de chauves-souris au sein de laquelle nous avons isolé le virus Ebola en Afrique de l’Ouest était une espèce qui a elle aussi tendance à se percher dans les habitations, ce qui accroît les possibilités de transmission à l’homme.

Y a-t-il eu des perturbations de leur environnement qui auraient obligé les chauves-souris à se rapprocher de nous ?

Nous sommes à 100 % à l’origine de ces perturbations. Nous avons pénétré encore plus avant dans des écosystèmes que nous n’occupions pas auparavant.

Avez-vous un exemple parlant de telles invasions ?

En Afrique, on constate de nombreuses incursions qui sont motivées par les forages pétroliers ou l’extraction minière, dans des zones qui n’abritaient autrefois que de faibles populations humaines. Le problème n’est pas tant lié à l’arrivée de travailleurs et à l’implantation de chantiers dans ces zones qu’à la construction des routes, qui permettent des mouvements de population encore plus importants. Les routes rendent possible également les déplacements d’animaux [...]

Kevin Berger 05/04/2020
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05 avril 2020 ~ 0 Commentaire

guerre des masques (courrier-inter npa)

macron soldat
Des masques inutiles il y a peu!
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La “guerre des masques” est déclarée

Alors que le discours officiel préconise désormais le port de masques pour endiguer la propagation de l’épidémie de Covid-19, tous les pays se sont lancés dans une course effrénée pour s’en procurer. Quitte à s’asseoir sur les principes de loyauté.

La ville de Berlin avait passé commande de 200 000 masques FFP2 destinés à ses policiers, raconte la Deutsche Welle sur son site internet. Mais la cargaison alors en transit à Bangkok aurait été “interceptée” par des Américains. La brouille diplomatique n’est pas loin.

Andreas Geisel, ministre de l’Intérieur de Berlin, n’a pas mâché ses mots. Il a estimé que les États-Unis s’étaient rendus coupables d’un “acte moderne de piraterie”. “Même en temps de crise planétaire, les règles du far-west ne devraient pas s’appliquer”, a renchérit le ministre, exhortant les autorités fédérales allemandes à exiger de leurs homologues américains qu’elles se plient aux lois internationales.

Dans le collimateur des Allemands, la société américaine 3M. C’est auprès de ce fabricant de matériel médical, qui dispose d’usines en Chine, que les autorités de Berlin disent avoir passé leur commande. Mais 3M, contactée par l’agence de presse allemande DPA, se défend de l’ensemble ces accusations : elle nie non seulement toute saisie de masques en Thaïlande, mais aussi avoir reçu une quelconque commande à destination de Berlin, souligne la Deutsche Welle dans un autre article.

05/04/2020

https://www.courrierinternational.com/

index

La France ne vole pas de masques aux autres pays, elle « réquisitionne »

Il est des informations dont on parle moins. Ou bien pour en parler nettement différemment. C’est eux les voleurs, nous, c’est pas pareil ! Un manichéisme qui va de pair avec les deux visions politiques qui s’affrontent : démocratie libérale autoritaire versus nationalisme illibéral.

« Vol », « détournement », « subtiliser », « rafler »… Voilà le genre de vocabulaire employé lorsque les Tchèques ou les Américains s’emparent de masques à destination d’un pays tiers. On entend ces derniers jours des histoires. Les Italiens ou les Français passent des commandes – notamment à la Chine, redevenue l’atelier du monde – mais se font doubler « sur le tarmac chinois » par des pays qui renchérissent. Business is business.

Mais voilà, il est une information qui fait moins de bruit : quand la France s’empare de la marchandise suédoise… à destination de l’Espagne et de l’Italie. Quatre millions de masques, tout de même, dérobés le 5 mars, révèle L’Express, au nom de la réquisition des stocks décidée de la 3 mars par le gouvernement.

Là, le vocabulaire change : ce n’est plus un vol, c’est une « réquisition », plus un détournement mais une « saisie ». L’action est la même, mais le lexique employé créé deux camps : les gentils et les méchants, les voleurs et ceux qui sont du côté de la légalité.

La voilà la véritable guerre. Elle est commerciale, mais surtout politique. La souveraineté de l’État confère au gouvernement sa légitimité.

Et la guerre est aussi une guerre de communication.

Les États-Unis ont démenti avoir volé quelque marchandise que ce soit. Les Tchèques ont finalement rendu leurs masques aux Italiens. Et la France ? Elle aussi a rendu les masques, du moins la moitié de la marchandise « à titre dérogatoire », a indiqué le secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale. Et voici la réaction de l’entreprise suédoise : « Ce sera plus cher mais, au moins, nous éviterons les saisies arbitraires pratiquées dans l’Hexagone ».

Une « polémique », titre Valeurs actuelles, qui préfère s’émouvoir du fait que l’UE vient en aide à l’Iran en lui fournissant du matériel médical « quand la France est au plus mal ».

Les ultra-libéraux se tirent dans les pattes. Les néo-fachos rêvent d’un monde totalement clos. La solidarité est un mot creux pour chacun d’eux. On pourrait appeler ça la gouvernance mondiale heureuse.

Loïc Le Clerc 5 avril 2020

http://sante-secu-social.npa2009.org/

 

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05 avril 2020 ~ 0 Commentaire

andré grimaldi (contretemps npa)

santé

Sauver l’hôpital public ! Entretien avec André Grimaldi

Professeur de médecine, André Grimaldi venait de publier en 2009 « L’Hôpital public malade de la rentabilité » (Fayard) quand cet entretien a été réalisé.

Contretemps : Dans votre livre, vous dites que « la mort de l’hôpital public est annoncée pour 2012 ». Le propos n’est-il pas par trop alarmiste ?

A.G.: 2012 était la date programmée pour réaliser la convergence des tarifs entre le public et le privé. Pour les mêmes pathologies, le financement des hôpitaux et des cliniques privées devait devenir identique, ce qui grosso modo signifiait une diminution de 30% des crédits de l’hôpital public. Donc le coulage de l’hôpital public.

Les conséquences en chaîne sont, en effet, évidentes: si des opérations, par exemple de la cataracte, de la prothèse de la hanche, ou relevant de tout autre geste technique, sont déficitai-res à l’hôpital, elles ne s’y feront plus et donc elles n’y seront plus enseignées, et ce sera du même coup la fin des CHU!

Le résultat positif du mouvement de mobilisation contre la loi Bachelot est le report de cette échéance à 2018. L’échéance de 2012 avait été actée par une loi parlementaire. Le directeur de cabinet de Roselyne Bachelot, après nous avoir expliqué que le ministère n’était pas accroché à cette date, nous a dit qu’il était exclu qu’elle le déclare publiquement car elle «sauterait dans les quinze jours».

Jean-Marie Roland, rapporteur UMP de la loi, nous a expliqué qu’une telle remise en cause provoquerait la «révolution au Parlement», ajoutant: «Vous ne connaissez pas les lobbys du Sud? »… Il s’agit des cliniques privées du sud de la France, dont l’influence au Parlement est telle qu’il n’était pas question de mettre en cause ce qu’elles avaient réussi à imposer. Bref, la mobilisation a permis de rendre possible ce qui était considéré impossible. (…)

La date de 2012 n’est donc pas maintenue. Reste que la mort de l’hôpital public, au sens où nous l’entendons, est programmée. Elle est portée par ce mot d’ordre de la convergence entre le public et le privé, qui amène à introduire du privé dans le public et quelques règles «publiques» dans le privé pour parvenir à un système unique.

Du fait des difficultés rencontrées et de la mobilisation, la mort de l’hôpital public a bien été retar-dée, et l’agonie en sera plus longue… Mais ne l’oublions pas: ce que la volonté présidentielle a annulé en un jour, elle peut le rétablir un autre jour avec le même arbitraire. Tout dépendra de la situation et de la capacité à privatiser le service public.

On entend beaucoup évoquer la «T2A»: que signifie ce sigle mystérieux ?

A.G.: Le cadre du budget alloué à la santé est fermé : l’enveloppe est votée par le Parlement, et elle est commune au privé et au public. La T2A [Tarification à l’Activité] est une technique de financement, une transposition à l’hôpital du paiement à l’acte.

Technique qui permet de stimuler l’activité, à condition qu’elle soit rentable : il faudrait aussi souhaiter qu’elle soit utile (voir la multiplication des césariennes, des endoscopies, des pacemakers, des angioplasties…).

En matière de santé, et au regard des réformes envisagées, les enjeux financiers apparaissent déterminants…

A.G.: On nous explique que l’application de la réforme ne créera pas de problème, dès lors que le malade est bien soigné et remboursé de la même façon. Mais le coût de la santé ne sera plus du tout le même, il variera selon les pathologies, les risques et les moyens de les financer. C’est cela l’enjeu.

Les financeurs, eux, raisonnent en termes de rentabilité, estimant qu’il y a des choses qui rapportent et d’autres non. Pour déterminer cela, il faut créer un marché, diminuer les coûts de production et créer des besoins de consommation dont la solvabilité sera fournie par le malade ou par les assureurs.

Pourtant, en médecine, il existe beaucoup d’activités rentables parfaitement inutiles! Par exemple le paiement à l’acte peut conduire le médecin, qui estime devoir défendre son niveau de revenu – la question de savoir combien un médecin doit gagner dans une société donnée reste ouverte –, à multiplier des consultations uniquement pour renouveler une ordonnance sans utilité avérée. Mais surtout s’impose un nouvel acteur : les assureurs, les actionnaires, qui exigent une part croissante de la distribution de la rente santé payée par la collectivité

La situation est différente dans les établissements privés à but non lucratif – qui, en France, sont très minoritaires – où les médecins ont un statut contractuel: ils ne prennent pas la parole, ne manifestent pas, car ils peuvent être remerciés.

A l’hôpital Saint-Joseph, avec 400 suppressions d’emplois, qui succèdent à 400 autres, et la fermeture des services, tout le monde se tait. C’est pire dans le privé à but lucratif: à la Générale de Santé, tout va bien ! Ce n’est pas encore notre cas, notre garantie de l’emploi nous permet une certaine liberté de parole et d’action. Il est vrai que l’évolution actuelle du service public tend à imposer un «devoir de réserve», une autocensure, comme dans le privé.

Face à des gestionnaires du type businessmen, les choses sont assez claires, alors que la cogestion brouillait davantage les cartes. Lorsqu’on annonce, cette année, la suppression de     1 200 emplois à l’Assistance publique de Paris, pour des raisons purement comptables, les syndicats des médecins et des chirurgiens s’y opposent, avec les syndicats des personnels, et un vote commun se fait, ce qui n’est pas habituel. Alors qu’on voit le président de la Commission médicale, investi dans la gestion, voter pour, au nom de la politique du moindre mal, tout comme certaines associations de patients.

On ne saurait sous-estimer la cohérence de la politique qu’on veut nous imposer. Elle vise à créer de force un pseudo marché, à donner tout le pouvoir à un décideur lui-même révocable. Cette loi repose sur le principe qu’il n’y a pas d’autre motivation que l’argent et le pouvoir. Un antihumanisme assumé qui va à l’encontre de l’idéologie médicale.

D’autant que, dans une première phase, le discours libéral était qu’il fallait en finir avec l’esprit de sacerdoce des médecins passant leur vie à l’hôpital. Les mêmes accusent maintenant les hospitaliers de ne pas travailler assez, d’être des fonctionnaires et donc par définition des pares-seux. D’où le choc en retour de ceux qui considèrent qu’ils travaillent beaucoup trop pour ce qu’ils sont payés. Finalement, nombre de jeunes spécialistes n’envisagent pas de rester à l’hôpital. La catastrophe, c’est-à-dire la fin du service public hospitalier, se prépare.

Quels sont les enjeux en termes de politique de santé auxquels la réforme prétend répondre ?

A.G.: L’arrière-fond de ces réformes, c’est une vision «techniciste» de la médecine, sur laquelle se greffe une marchandisation. L’exercice de la médecine est réduit à une somme de gestes techniques et de procédures, donc quantifiable, donc numérisable, donc marchandisable… Il suffit de créer un marché!

Il y a là une part de vérité, liée aux progrès techniques en médecine. Bien des actes médicaux sont proches des actes techniques, répétitifs, permettant une spécialisation de plus en plus poussée. Le médecin comme technicien supérieur ou comme ingénieur. Mais ce n’est qu’une partie de la réalité, pas la globalité de la médecine.

Quelqu’un comme Claude Le Pen, économiste libéral de la santé, a, au contraire, une vision purement technique de la médecine. Pour lui, soigner un malade, c’est comme réparer une voiture. Il s’insurge contre le maintien d’un artisanat médical aléatoire. Même si les écarts de pratiques sont souvent injustifiables, penser ainsi est une folie.

Tout cela n’est conscientisé par les «décideurs» que dans le prisme du «ça coûte très cher!». Ils se plaignent que 10% des assurés consomment 60% du budget santé, ce qui est logique puisqu’il s’agit de maladies graves, évolutives, dont il s’agit de prévenir les complications. Ils veulent appliquer à ces 10% le modèle de la chirurgie ou de la médecine interventionnelle. Évidemment ça ne marche pas!

Il s’agit donc d’une partie à trois 

Face à l’attaque du néolibéralisme contre le service public et le libéralisme médical, on a retrouvé dans la rue, sur la base minimum de la défense de l’hôpital public et de l’égalité d’accès à des soins de qualité, les partisans du service public et les médecins libéraux qui réagissaient à l’agression.

Les syndicats des personnels, pour leur part, ont appelé à la mobilisation sur les mêmes mots d’ordre de défense de l’hôpital public et de l’égalité d’accès aux soins. D’où une mobilisation qui s’est faite sous le signe de la défense du service public et non d’une défense de la médecine libérale.

Autre dimension: l’Europe

La mise en concurrence généralisée qui se prépare. Faut-il assurer la liberté de chacun d’aller se soigner au meilleur prix n’importe où? Faut-il mettre en concurrence la Sécu française et les assurances allemandes?

Est-il normal que 10 000 médecins étrangers soient invités à venir combler le déficit de méde-cins en France, conséquence du numerus clausus, privant ainsi leur pays de leurs compétences, alors que dans le même temps on interdit à leurs concitoyens de venir se faire soigner en France?

Le chantier de la réforme est gigantesque. C’est pourquoi, face à cette réforme qui avance aujourd’hui de manière rampante, en exploitant les excès du libéralisme médical et les défauts du service public, on ne peut se contenter d’opposer un front du refus, il faut proposer une alternative: il est nécessaire de faire évoluer les structures hospitalières.

Comment expliquer que des enjeux aussi importants que ceux de la médecine donnent lieu à si peu de débats dans la société ?

A.G.: Nos hommes politiques libéraux ont acquis un grand savoir-faire: ne pas proposer de politique d’ensemble, mais avancer par petits pas au nom du pragmatisme en occultant tout débat d’orientation. C’est une grande différence avec la loi Debré de 1958 qui avait rassemblé les différents ministè-res et institutions concernés pour proposer et appliquer une réforme globale.

Aujourd’hui on a une loi qui parle de tout (de l’hôpital et des cigarettes ), et on se focalise sur une question partielle, le pouvoir du directeur, en escamotant le problème de la finalité de ce pouvoir. Un pouvoir pour quoi faire?

Pendant ce temps, une commission du ministère de la Recherche concocte un texte sur les CHU qui n’a rien à voir avec la loi Bachelot. Le gouvernement fait une petite cuisine d’amende-ments et fait adopter tout cela selon la procédure d’urgence parlementaire.

Le vrai débat oppose les courants que j’ai évoqués, mais il n’est pas mené publiquement. On entretient une cacophonie qui empêche l’opinion de se saisir des questions de la santé et de l’hôpital, perçues comme des affaires de spécialistes.

Et, pendant ce temps, le Président décide souverainement. Toujours dans le même temps, on voit qu’il introduit dans le jeu les assureurs privés, en utilisant, sous la menace, les mutuelles qui vont servir de paravents et, hélas, d’intermédiaires. (Résumé voir lien)

André Grimaldi 5 avril 2020 Propos recueillis par Francis Sitel

https://www.contretemps.eu/

Lire aussi:

La colère d’André Grimaldi

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05 avril 2020 ~ 0 Commentaire

pollution (fr3)

eaux et rivieres

Bretagne: la pollution des rivières continue de plus belle

Depuis le 17 mars, ni pêcheurs, ni promeneurs au bord de l’eau, personne ne veille plus sur les rivières, pas même les riverains cantonnés chez eux. Pourtant les rivières fournissent 80% de l’eau potable bretonne et abritent une part extrêmement importante de la biodiversité.

Le confinement a débuté juste après l’ouverture de la truite. Au moins pouvait-on penser que goujons et truitelles profiteraient de l’aubaine pour croitre et se multiplier en toute tranquillité. Que nenni ! Car ce n’est pas du pêcheur que la truite a le plus à craindre : c’est du pollueur.
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Pêcheurs confinés, rivières en danger
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Contrairement aux oiseaux qui retrouvent une certaine tranquillité dans l’espace naturel, et à une grande partie de la faune qui sort du bois pour s’enhardir dans les champs, sur les routes et même dans les lotissements, les poissons eux, ont plus à perdre qu’à gagner de ce confinement général. Il suffit d’un humain irrespectueux des règles environnementales pour tuer les poissons sur plusieurs kilomètres de rivière.La tension monte un peu entre la Fédération de pêche d’Ille-et-Vilaine et les services de l’État en charge de la surveillance des cours d’eau. Depuis le début du confinement plus personne n’est au bord des rivières pour dissuader certains pollueurs.
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Ni les pêcheurs qui ne manquent pas de signaler les pollutions, ni la police de l’environnement, l’Office français de la biodiversité (OFB) dont les effectifs déjà minces, sont priorisés sur d’autres fronts, selon Jérémy Grandière, le président de la Fédération des pêcheurs d’Ille-et-Vilaine. Et il le déplore :

Certains profitent de la situation pour se débarrasser de matières polluantes qui les encombrent. Dans le monde agricole certains exploitants ne respectent pas les règles de distance des cours d’eau ou déversent du lisier à forte dose pour gagner du temps.

Et d’ajouter : « Quand il n’y a plus de pêcheurs au bord de l’eau, ça n’a pas du tout un impact positif. Les pêcheurs sont les sentinelles des rivières. Ce sont eux, avec les promeneurs, les kayakistes et les riverains, qui sont les meilleurs garants du respect des cours d’eau, de la faune et de la flore aquatique ».

Épandages de lisier à outrance

Le confinement contre le Covid-19 a entraîné une absence totale de surveillance. En cette période de printemps, les agriculteurs fertilisent leurs prairies ou la terre qu’ils préparent en vue de semer certaines cultures gourmandes en engrais. Les prairies servent de zones d’épandage aux éleveurs de cochons ou de bovins. Ils se débarrassent ainsi des purins et lisiers qui sont des engrais naturels pour les prairies ou les cultures, à condition de respecter certaines règles.

Les bonnes pratiques d’épandage du lisier

Un exercice qui n’est pas toujours facile : il faut épandre la bonne dose au bon endroit et au bon moment. Certaines techniques d’enfouissement évitent aussi la pollution de l’air. Normalement les agriculteurs doivent épandre le lisier en respectant des distances réglementaires par rapport aux fossés, ruisseaux et rivières, de 35 mètres. Cette distance est réduite à 10 mètres si l’agriculteur  préserve une zone d’herbage permanente dans cette bande qui fait tampon contre les pollutions accidentelles.

Ensuite il faut réunir plusieurs conditions. Ne pas épandre plus de liquide que la surface agricole est capable d’en absorber. Respecter les conditions météorologiques : une terre trop détrempée avant l’épandage ou la pluie qui tombe trop rapidement après l’opération, entraîne le lisier vers la rivière.

Dans ce cas c’est la mort des poissons soit parce que le produit ou sa concentration empoisonne directement la faune piscicole, soit parce qu’il asphyxie la rivière en la privant de son oxygène. Tous les produits biologiques issus du vivant, se dégradent dans l’eau en absorbant l’oxygène.

À Romagné, c’est un affluent du Couesnon, le ruisseau du Thouru, qui a été pollué de cette façon. Un crève-coeur pour les pêcheurs. C’était une réserve de reproduction de truites naturelles. Cinq générations de truites et truitelles sont ainsi mortes. Plusieurs années de travail de la Fédération de pêche réduites à néant; et il faudra autant de temps pour reconstituer cette réserve de biodiversité dont les poissons ne sont que la partie visible.

Recrudescences d’infractions

Ces derniers jours, d’autres cas de pollutions agricoles ont eu lieu sur les communes d’Iffendic et de Bazouge-du-Désert. Mais il n’y a malheureusement  pas que les épandages de lisiers pour polluer l’eau.

Ainsi, du coté de Vitré, la Fédération de pêche a aussi porté plainte pour une forte pollution aux hydrocarbures en provenance d’une entreprise de BTP. Une enquête est en cours. Un déver-sement toxique de plusieurs centaines de litres dans le réseau des eaux pluviales qui rejoint la Vilaine. Faut-il rappeler qu’en Bretagne 80% de l’eau que nous buvons provient des rivières?

Marc-André Mouchère 05/04/2020

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

Commentaire:

Le message de Macron, c’est: « Polluez, je vous couvre ».

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05 avril 2020 ~ 0 Commentaire

masques (france-info fr3)

riche

La France a sacrifié sa principale usine de masques

Basée en Bretagne

Alors que la France manque cruellement de masques face à l’épidémie de coronavirus, une entreprise française, installée en Bretagne, qui pouvait en fabriquer jusqu’à 200 millions par an, a fermé en 2018 après avoir été rachetée par un groupe américain. Qui est responsable de ce fiasco ? La cellule investigation de Radio France a enquêté.

« Pour eux, on est un peu comme des pions sur un jeu de Monopoly. » Antoine* est un « ancien » de l’usine de Plaintel, dans les Côtes-d’Armor. Depuis les années 90, il a vu passer plusieurs repre-neurs de l’usine bretonne spécialisée dans la fabrication des masques respiratoires, notamment les fameux masques FFP2 indispensables au personnel médical.

Il a connu le boom de l’entreprise au moment de la grippe H1N1, en 2009, lorsque l’usine fonctionnait « 24 heures sur 24, 7 jours sur 7″ avec « huit machines, dont cinq supplémentaires », raconte-t-il. Une capacité de production multipliée par cinq et 300 employés pour fabriquer des masques pour la France entière.

En pleine pandémie de coronavirus, et alors que la France manque actuellement cruellement de masques pour protéger les personnels soignants notamment mais aussi tous ceux qui conti-nuent de travailler au contact du public, cette entreprise française, installée en Bretagne et qui pouvait en fabriquer jusqu’à 200 millions par an, a fermé en 2018 après avoir été rachetée par un groupe américain.

« En 2005, j’avais signé un protocole d’accord avec le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, explique Roland Fangeat, ancien président de la division respiratoire du groupe Bacou-Dalloz, président de l’usine de Plaintel à l’époque. Nous nous engagions à garantir une production d’au moins 180 millions de masques par an. Le groupe a investi plus de près de neuf millions d’euros sur le site de Plaintel pour financer notamment une extension. Nous avions une capacité de production de 220 millions de masques par an, quatre millions par semaine, en cas de crise. »

L’État s’engage, avant de se retirer

Dans ce protocole d’accord, dont la cellule investigation de Radio France révèle l’existence, « l’État s’engage à commander à l’entreprise » plusieurs millions de masques chaque année. « L’État assurera le renouvellement de son stock arrivé à péremption », prévoit l’article 11 de cet accord. Une ligne de conduite alors suivie par l’État, malgré certains retards dans les comman-des, comme le montre ce courrier du 14 juin 2006 de Dominique de Villepin : « Je tiens à vous assurer que l’État continuera à respecter ses engagements, en termes de quantité comme de calendrier », écrit le Premier ministre de Jacques Chirac.

De janvier 2009 à septembre 2010, nous avons livré 160 millions de masques FFP2 à l’État. Et puis il y a eu un désengagement de l’État. La chute des commandes a été catastrophique pour l’usine de Plaintel. Roland Fangeat, ancien président de l’usine de Plaintelà franceinfo. En 2010, le géant américain Honeywell rachète le groupe Sperian (le nouveau nom de Bacou-Dalloz) alors propriétaire de l’usine de Plaintel qui compte encore 140 salariés.

Licenciements, délocalisation et fermeture

« Lorsque les Américains arrivent à Plaintel, ils nous expliquent qu’Honeywell est une chance pour nous et que nous allons ‘intégrer’ un groupe mondial avec des ‘valeurs’ et une force de frappe commerciale importante », témoigne Damien*, ancien employé de l’usine de Plaintel. Pourtant, dès 2011, le groupe annonce 43 suppressions d’emplois. Les plans de licenciement s’enchainent, le chômage partiel devient la règle. A l’été 2018, les 38 derniers salariés de l’entreprise sont finalement licenciés pour des motifs « économiques ».

La production de masques est délocalisée sur un site déjà existant (créé dans les années 90) à Nabeul, en Tunisie. En septembre 2018, l’usine de Plaintel ferme ses portes. Un mois plus tard, les chaînes de production sont détruites.

Alexandre*, lui aussi un ancien salarié, se souvient : « Lorsque je suis sorti pour ma pause-déjeuner, j’ai vu un semi-remorque embarquer un morceau de nos lignes de production qui mesuraient entre 50 et 60 mètres de long. Tout est parti chez le ferrailleur pour être détruit. J’étais vraiment choqué. J’avais l’impression de voir un corbillard chercher le corps d’un mort. C’est un peu à l’image de ce qui nous est arrivé au sein de l’entreprise. »

Dès qu’Honeywell a repris l’usine, nous étions comme des cancéreux en soins palliatifs. On savait qu’on allait mourir, mais on ne savait pas quand ça se produirait.Alexandre, ex salarié de l’usine de Plaintel à franceinfo. Lors de sa fermeture, l’entreprise ne produisait plus que huit millions de masques par an.

Le silence de l’État

À l’été 2018, les élus du personnel, à la demande des salariés, tentent d’interpeller par mail le président de la République. Ils expliquent au chef de l’État que l’usine de Plaintel est « une entreprise d’utilité publique » dont l’actionnaire américain a tout fait pour la rendre « largement déficitaire » tout en « absorbant massivement les deniers publics ».

« Nous sollicitons votre aide pour intercéder en notre faveur auprès des dirigeants du groupe » concernant « des indemnités de licenciement dont le niveau se situe très largement au deçà de ce qui se pratique habituellement chez Honeywell, en Europe de l’Ouest », peut-on encore lire dans ce courrier adressé à l’Élysée.

Le 24 juillet 2018, le chef de cabinet de l’Élysée lui répond qu’il prend « bonne note » de ce courrier qu’il transmet au ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire. Le 7 août 2018, le chef de cabinet de Bruno Le Maire répond à son tour que « le ministre a pris bonne note des éléments (…) communiqués et a demandé à la délégation interministérielle aux restructurations d’entreprise et à la direction générale des entreprises de faire le point sur ce dossier.

Vous serez directement informé de la suite qui pourra lui être réservé », explique le ministère de l’Économie. « Je n’ai eu aucune nouvelle… », témoigne auprès de la cellule investigation de Radio France l’un des salariés à l’origine de l’envoi de ce courrier.

Contactée, la présidence de la République ne fait aucun commentaire. « C’est le temps de l’unité, pas de la polémique », souffle un proche de l’Élysée. Du côté du ministère de l’Économie, on assure « ne pas avoir eu les moyens d’empêcher une fermeture d’usine dans un secteur qui n’était pas alors considéré comme stratégique ».

Cette entreprise avait beaucoup de difficultés, elle avait perdu beaucoup de commandes. Ses effectifs ne permettaient pas à l’outil industriel de bien fonctionner.Un conseiller au ministère de l’Economie à franceinfo

« Ce n’est pas l’entreprise qui est en cause mais plutôt l’État qui a arrêté de stocker des masques, ajoute ce conseiller de Bruno Le Maire. Sans commande du ministère de la Santé entre 2010 et 2017, le site a été utilisé très en dessous de sa capacité. Si Honeywell avait eu une commande régulière de masques pour le compte de l’État, l’usine n’aurait pas fermé. »

« Ce message des salariés n’était pas une interpellation du chef de l’État demandant à conserver le site, souligne encore Bercy. Il s’agissait essentiellement d’une demande portant sur le niveau des indemnités de départ. Nous avons donc transmis à la Direccte [direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi] en lien avec le ministère du Travail. »

« À l’époque, la fermeture de l’usine a été considérée comme un non-évènement, s’indigne Serge Le Quéau, militant au syndicat Solidaires des Côtes-d’Armor. Jamais la question de l’utilité sociale de cette production de masques n’a été abordée. » 

C’est la logique du marché qui a prévalu. Fabriquer des masques à un moindre coût en Chine ou en Tunisie paraissait sensé pour nos responsables politiques et économiques. On voit bien aujourd’hui que c’est totalement absurde !Serge Le Quéau, du syndicat Solidaires à franceinfo

« Personne n’a rien fait lorsque notre usine a fermé, témoigne encore Coralie*, l’une des 38 personnes licenciées. C’est révoltant. On a eu l’impression qu’on nous laissait tomber. Quand je vois ce qui se passe en ce moment avec l’épidémie de coronavirus, je me dis que je devrais être en train de fabriquer des masques… « 

De l’artisanat à la mondialisation

« C’est une belle histoire industrielle qui se termine par un beau gâchis », commente, un brin désabusé, l’ancien maire de Plaintel, Joseph Le Vée. Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut remonter à 1964, lorsque le Français Louis Giffard reprend l’activité de fabrication de chapeaux pour dames de son père.

Le secteur est alors en déclin. Un an plus tard, Louis Giffard se lance donc dans la production de masques anti-poussières. En 1971, il crée une société anonyme à Saint-Brieuc (baptisée FILGIF puis GIFFARD) et tente de s’inspirer de ce qui se passe aux États-Unis avec la société 3M qui écrase le marché. Dans les années 80, Louis Giffard quitte ses locaux à Saint-Brieuc pour s’installer à Plaintel.

« C’est l’époque où on commence à s’occuper plus sérieusement de la santé des salariés, explique l’ancien directeur général du site de Plaintel, Jean-Jacques Fuan. Il y a un essor important de ce qu’on a appelé les EPI, les équipements de protection individuelle. Mais la manière de produire des masques de Louis Giffard est assez artisanale.

Elle entraîne jusqu’à 30 % de rebut. » Après la mort de Louis Giffard, l’entreprise est vendue au groupe suédois Bilsom, en 1986. Elle est rachetée par le groupe français Dalloz en 1993 qui devient le groupe Bacou-Dalloz en 2001 (rebaptisé Sperian en 2003).

La production s’automatise et les normes se développent. « Nous vendions des masques dans le monde entier, se souvient Jean-Jacques Fuan, en Allemagne, en Angleterre, en Suède, à Taïwan, au Japon, en Amérique du Sud, aux États-Unis…

Lorsque je suis devenu directeur industriel du groupe en 2003, j’ai été chargé d’harmoniser les pratiques des 48 sites de production en Europe et en Afrique. Mon rôle a consisté à rationaliser les fabrications du groupe pour faire des économies d’échelle. » Jean-Jacques Fuan quitte le groupe Sperian, alors propriétaire de l’usine de Plaintel, en 2006.

Mais en Bretagne, on ne ressent pas encore l’effet des réductions des coûts. « Pour moi, ces années correspondent à une modernisation de l’entreprise, se souvient Alexandre*. C’est en 2010 avec Honeywell que tout bascule. »

Un licenciement économique « infondé »

La fermeture de l’usine de Plaintel était-elle vraiment inéluctable ? Les éléments recueillis par la cellule investigation de Radio France permettent d’établir que la reprise de l’usine bretonne par Honeywell en 2010 s’apparente plutôt à une opération financière sans réelle volonté de développer l’outil de production.

C’est ce que montre notamment un rapport d’audit financier confidentiel réalisé en 2018, peu avant la fermeture de l’entreprise bretonne. Selon les conclusions ce document, jamais révélé, jusqu’ici « le motif économique du plan de licenciement collectif est infondé »« La fermeture du site apparaît relever de motifs financiers et stratégiques bien plus qu’économiques parce que le résultat net est construit artificiellement », analyse le document.

Dire que le site de HSP (Honeywell Safety Products) Armor devrait fermer pour cause écono-mique est techniquement infondé… à moins de considérer que fournir un dividende par action et une valorisation boursière 2017 record (et supérieur à la moyenne des 500 entreprises cotées les plus représentatives du marché boursier américain) est un motif économique. Ce qui est plus que discutable. Extrait d’un rapport d’audit financier réalisé en 2018

« Il est évident que la fermeture du site de Plaintel ne permettra pas d’augmenter le dividende par action de 9 % comme annoncé par le nouveau CEO (Chief Executive Officer) du groupe, mais cela participe bien à la stratégie économique et financière globale du groupe », poursuit le texte.

Ce rapport d’audit note également « un changement de stratégie qui marginalise les masques au sein d’Honeywell Safety Products », la division de l’entreprise dont dépend l’usine de Plaintel. Honeywell « souhaite désormais se concentrer sur des activités davantage rentables, où il est leader et en avance dans la course technologique face à ses concurrents, explique le document. La priorité est de pousser l’offre sur les solutions connectées, à forte profitabilité. La priorité de la direction est de rationaliser la gamme et de se concentrer sur les marchés en forte croissance que sont l’Inde et la Chine. »

« Le groupe Honeywell n’a finalement jamais investi dans le site de Plaintel, constate encore le rapport d’audit. Les seuls investissements significatifs ont concerné un bâtiment de près de 20 000 m² largement sur-dimensionné. Les investissements en machines et outils de production ont été plus que limités depuis la reprise du site de Plaintel par Honeywell. (…)

La conséquence directe est que l’usine fonctionne depuis lors avec un outil vieillissant et aujourd’hui loin des performances des machines plus modernes. L’investissement incorporel (brevets notamment) a été inexistant et les dépenses de R & D [recherche et développement] n’ont pas concerné de réelles innovations mais presque exclusivement des homologations. Elles ont été largement financées par le Crédit impôt recherche.

Ces éléments viennent étayer le fait que le site de Plaintel n’a jamais été une entité stratégique pour le groupe, insiste le rapport, mais bien un complément non core [non essentiel] de sa gamme d’EPI [équipement de protection individuelle] et une source potentielle de revenus élevés en cas de pandémie.

Cela correspond tout à fait à la stratégie du groupe. Il n’investit que dans des marchés à forte croissance et à forte profitabilité puis accompagne ses activités matures sans investir jusqu’à arrêt ou cession de l’activité (..) Le marché du masque jetable reste en croissance et reste rentable à condition d’investir régulièrement dans ses outils de production et ses produits », ajoute le rapport d’audit.   

Honeywell Safety Products n’a investi, ni dans de nouveaux produits, ni dans de nouvelles capacités de production, ni même dans le simple renouvellement de l’outil productif. Le choix est fait de délocaliser la production vers un pays à faibles coûts de production, le site de Nabeul, en Tunisie.Extrait d’un rapport d’audit financier réalisé en 2018

Ce désinvestissement du groupe Honeywell est confirmé par les témoignages d’anciens salariés que nous avons recueillis. « Il y avait une stratégie claire de fermeture de l’entreprise, assure Damien*. Pour un groupe américain comme Honeywell, l’investissement doit forcément être remboursé par les bénéfices en six mois, c’est impossible !

Les investissements étaient donc interdits. Si on voulait lancer des nouveaux produits, c’était à nous de nous débrouiller, il n’y avait pas de crédit pour la recherche-développement. À l’époque de l’ancien propriétaire, le groupe Sperian, un nouveau masque sortait tous les quatre ans, j’en ai vu défiler trois. Avec Honeywell, aucun nouveau masque n’a été développé sur le site de Plaintel en huit ans. En fait, on cherche à faire mourir l’entreprise. »

« La période précédente a correspondu à une modernisation de l’entreprise, confirme Coralie*. Beaucoup d’innovations, la création d’un laboratoire et le renforcement du service recherche-développement. »

Avec Honeywell, notre travail a perdu tout son sens. Le groupe était obsédé par la fourniture d’indicateurs chiffrés. Nous étions constamment sous pression.Coralie, ex employée de l’usine de Paintelà franceinfo

« Nous avons découvert le système Honeywell, témoigne Antoine*. Ils appellent ça le ‘Honeywell operating system’, ce qui correspond en fait au lean management, c’est-à-dire : l’usine maigre. Le but est de supprimer tous les gaspillages à travers une multitude de procédures souvent ubuesques.

Réfléchir, c’était déjà commencer à désobéir. Il fallait appliquer les standards… même complètement idiots. Il y avait un système baptisé ’5 S’ qui établissait toute une série de règles pour un rangement poussé à l’extrême : chaque poubelle, téléphone ou même revue devait avoir une place bien déterminée. C’était du grand n’importe quoi. Honeywell appliquait également la technique du gemba, un mot japonais qui veut dire ‘sur le terrain’. Le but était de faire venir les managers en force au sein de l’usine, ce qui stressait énormément les salariés. »

« Honeywell surveillait constamment les stocks de matières premières, ajoute Damien*. Il ne fallait pas dépasser un certain niveau pour ne pas perdre de l’argent… parce qu’un stock, c’est de l’argent immobilisé. Et donc ce stock baissait régulièrement. Sauf que lorsqu’il fallait fournir des quantités importantes pour répondre à la demande d’un client, nous n’avions plus la capacité de le faire.

Le client devait attendre trois mois. Du coup, il allait voir ailleurs. C’était un cercle vicieux : faute de commandes notre production baissait, donc notre stock diminuait… ce qui faisait à nouveau diminuer la production. »

Pourtant, nous avions potentiellement une forte capacité de production pour le secteur hospita-lier. Nous avons pressé la direction du siège français d’envoyer des commerciaux auprès du monde médical pour nous ramener un chiffre d’affaires. Mais on nous a répondu que ce n’était pas possible, que notre cible était l’industrie… pas le secteur hospitalier. Antoine, un ancien employé de l’usine de Paintelà franceinfo

Une stratégie parfaitement assumée par le groupe américain. Ainsi, les catalogues de la firme américaine ne contiennent pas la gamme de masques Easyfit qui correspond aux masques utilisés en cas de pandémie. C’est ce qu’on constate dans le catalogue 2014-2015 ou 2016-2017 du groupe.

« Le fait qu’Honeywell n’essayait pas de vendre la totalité des produits que l’usine de Plaintel était en capacité de produire montre bien que le groupe voulait fermer le site, c’est tout, ajoute Antoine*. D’ailleurs, ils encourageaient les salariés à partir. Dès que l’effectif est descendu sous la barre des 50 personnes, ils ont lancé le go pour la fermeture. »

Contactée, la direction de la communication d’Honeywell explique que « le site n’a pas reçu de commandes suffisantes lui permettant de retrouver sa rentabilité et a accumulé des pertes financières importantes« . Elle ajoute que « la société n’a pas pu identifier d’acheteurs externes potentiels pour le site de Plaintel, et après un examen minutieux approfondi, il a été déterminé qu’il n’y avait pas d’autre option viable que de fermer nos installations« .

Des choix financiers contestables

Pourtant, les conclusions du rapport d’audit confidentiel de 2018 que la cellule investigation de Radio France a pu consulter montrent que le site de Plaintel était tout à fait être rentable. « L’activité d’Honewell de masques respiratoires jetables en Europe, dont celle de HSP (Honeywell Safety Products) Armor, est une activité rentable », peut-on lire dans ce document.

« Les comptes sociaux de HSP Armor n’en témoignent que partiellement dans la mesure où :

- Une partie (non négligeable) de la marge est captée par HSP Europe, l’entité de commercialisation du groupe pour ces produits.

- Les frais généraux intègrent des coûts de management, de services centraux, de top management, de commercialisation et de reporting bien supérieurs à ce que peut supporter une entité de moins de 5 millions de chiffre d’affaires et de moins de 50 personnes. »

Autrement dit : ce sont les choix financiers opérés par le groupe qui placent l’usine de Plaintel sous tension. Malgré cela, l’usine continue d’être profitable à Honeywell, constate encore le rapport d’audit. La « rentabilité économique [de l’usine] est avérée, peut-on lire dans le document, mais trop faible pour les standards du groupe » Honeywell.

« Une mort programmée »

« Ce qu’il faut bien comprendre c’est que l’usine de Plaintel n’avait pas accès directement au marché, explique Antoine*. Elle avait un unique client… c’était le groupe Honeywell. C’était lui qui fixait le prix d’achat des masques, donc si on ne rapportait pas assez d’argent, c’était de leur fait. Nous étions une goutte d’eau dans leur chiffre d’affaire. »

« Le groupe a construit une rentabilité très faible du site de Plaintel, estime l’avocat Laurent Beziz, qui défend plusieurs salariés licenciés. Le groupe fixait les prix très faibles auxquels étaient vendus les articles [c’est ce qu’on appelle les prix de cession ou prix de transfert] tout en effectuant des refacturations importantes de frais. Résultat : la rentabilité était forcément insuffisante. Tout ça était planifié, il s’agit d’une construction économique. La mort de l’usine de Plaintel était programmée. »

Ce point est également confirmé par l’audit réalisé en 2018 au sein de l’entreprise. « Avec une construction différente du compte de résultat, et notamment des prix de transfert, l’activité de HSPA aurait pu être bien plus profitable et dégager des résultats significatifs », conclut le rapport d’audit.

« Il y a eu un abus de l’employeur dans l’exercice de son droit de cesser son activité », estime encore l’avocat Laurent Beziz. C’est la raison pour laquelle plusieurs salariés contestent leur licenciement devant le tribunal administratif et le conseil de prud’hommes. Parmi eux se trouvent cinq salariés « protégés » (délégués du personnel et représentants syndicaux) dont le licenciement a été refusé par l’inspection du travail.

Quand le ministère du Travail déjuge l’inspection du Travail

Dans une lettre datée du 22 janvier 2019 que la cellule investigation a pu consulter, l’inspecteur du travail de Saint-Brieuc estime que « le motif économique invoqué à l’appui de la demande de licenciement n’est pas avéré » estimant que « la seule volonté de majorer le profit de l’entreprise n’entre pas dans la définition des difficultés économiques. »

Le 17 juillet 2019, la direction générale du travail désavoue l’inspection du travail, validant ainsi le licenciement économique de cinq salariés protégés de Plaintel. « Si une partie des moyens de production ont été déménagés en Tunisie afin d’être réutilisés par une autre entité du groupe, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une entité juridique distincte de l’entreprise HSAP (Honeywell Safety Products Armor), estime la direction générale du Travail.

De fait, la cause économique invoquée par l’employeur, à savoir la cessation totale et définitive de l’entreprise, doit s’apprécier au niveau de l’entreprise. Il est constant que la cessation totale et définitive de l’entreprise constitue une cause économique autonome sans qu’il n’appartienne à l’autorité administrative d’examiner la réalité d’éventuelles difficultés économiques rencontrées par l’entreprise en amont de la décision de cesser son activité. »

Autrement dit : l’État n’a pas à interférer dans la décision, souveraine, d’Honeywell. « Nous contestons l’analyse du ministère du Travail, commente l’avocat des salariés, Me Beziz, il s’agit bien d’une délocalisation. » Contacté, le ministère du Travail n’a pas souhaité réagir. Quant à l’avocat d’Honeywell, Philippe Gautier, il n’a pas donné suite à notre demande d’entretien.

Faire revivre l’usine de Plaintel ?

« Avec cette crise du coronavirus, les vieux logiciels de compréhension doivent être modifiés, estime Serge le Quéau du syndicat Solidaires des Côtes-d’Armor. Il faut que l’État et surtout les citoyens et les salariés se réapproprient collectivement certains moyens de production essentiels à l’intérêt de la nation. » Avec d’autres, comme l’ancien directeur général du site de Plaintel, Jean-Jacques Fuan, Serge Le Quéau plaide pour une reprise de l’activité de l’usine à travers une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC).

L’idée avait été portée en 2001 par l’ancien secrétaire d’État à l’Économie sociale et solidaire du gouvernement Jospin, Guy Hascoët. Ce dernier est désormais en contact direct avec la présidence de la région Bretagne. « Ça va être la guerre sur les tarmacs d’aéroport autour des masques, estime Guy Hascoët.

Alors que nous avons besoin de 40 millions de masques par semaine et que nous ne sommes même pas à dix en production hexagonale, il faut pousser le plus vite possible toutes les capaci-tés pour se prémunir des épisodes à venir.

Dans une situation d’extrême urgence, la Société coopérative d’intérêt collectif est le seul méca-nisme qui permet à tous les Bretons de prendre des parts sociales au capital de l’usine devenant ‘leur’ projet tout en échappant à la loi de la concurrence du marché. Si on a la possibilité de faire sortir un million de masques par jour d’ici six mois, il ne faut pas se poser de question. Cette compétition mondiale va être cruelle. »

Il n’y a plus ni l’outil, ni le bâtiment, ni les machines. Donc ça ne va pas repartir d’un coup de baguette magique. Joseph Le Vée, ancien maire de Plaintel à franceinfo. Le site de l’usine de masques de Plaintel a été réoccupé par l’entreprise Bio Armor, « spécialisée dans les produits naturels pour la nutrition, l’hygiène et l’environnement de l’élevage ».

« Il y a des friches industrielles et des locaux disponibles dans la région pour relancer l’activité de l’usine, estime de son côté Serge Le Quéau. Les machines ont été détruites mais elles ont été fabriquées par une entreprise bretonne. Si de l’argent se débloque, on peut les reconstruire. Beaucoup d’anciens de Plaintel n’ont pas retrouvé de travail. Le savoir-faire est toujours là. »

Après la crise, il faudra mettre au grand jour l’histoire de cette société et pointer les manques et les très mauvais choix qui ont été faits mais aussi désigner les responsables.Joël Labbé, sénateur écologiste du Morbihanà franceinfo

Ces derniers jours, le groupe américain Honeywell a annoncé qu’il ouvrait une usine à Rhodes Island pour faire face à la demande de masques aux États-Unis. « Une information assez dérangeante« , commente l’ancien président de Plaintel, Roland Fangeat.

*Les prénoms ont été modifiés

Benoît Collombat  04/04/2020

https://www.francetvinfo.fr/

Lire aussi:

Plaintel: l’usine de fabrication de masques pourrait-elle un jour rouvrir ?

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04 avril 2020 ~ 0 Commentaire

nationalisations (révolution)

natio

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04 avril 2020 ~ 0 Commentaire

keir starmer (pùblico swp)

 sir keir
 Sir Keir: « Je ne suis pas un bobo londonien, enfant je mangeais du charbon le matin »
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L’anti Corbyn…
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Keir Starmer, centriste et pro-européen, remplace Corbyn à la tête du Parti Travailliste (Le Labour). Député depuis cinq ans et avocat spécialisé dans les droits de l’homme, Starmer (57 ans) est plus centriste, plus modéré et plus européen que son prédécesseur.
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Une nouvelle, mais pas une surprise.
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Depuis que Keir Starmer a présenté sa candidature pour succéder à Jeremy Corbyn à la tête du Parti Travailliste, les sondages l’ont désigné comme le vainqueur incontestable. Ce samedi, après trois mois d’un concours qui a débuté avec six candidats, l’attendu est confirmé.
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Starmer s’est imposé à ses deux derniers rivaux – les députées Rebecca Long-Bailey et Lisa Nandy – avec plus de 50% des voix des quelque 785 000 affiliés, syndicalistes et sympathisants qui selon le Parti Travailliste, ont participé au choix du nouveau leader. Parmi eux, 114 000 nouveaux membres depuis les élections de décembre dernier.
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Il n’y a pas eu d’applaudissements, Starmer arrive au pouvoir en période de confinement. En fait, le coronavirus a imposé l’annulation du congrès extraordinaire au cours duquel l’annonce devait être faite, de sorte que la nouvelle a été connue par l’envoi massif d’e-mails aux membres du parti et leur publication sur le site du parti.
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« Là où il faut changer, nous changerons »
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Starmer a déclaré: « Je suis conscient de la position dans laquelle nous nous trouvons, nous devons gravir une montagne, mais nous le ferons et je le ferai de mon mieux. Là où il faut repenser, nous repenserons. Là où il faudra changer, nous changerons. Nous dirigerons un grand parti dans une nouvelle ère avec confiance et espoir afin que le moment venu, nous puissions revenir pour diriger ce pays au gouvernement. « Sans aucun doute, le défi majuscule qu’il affronte est une course de fond pour Starmer. Il s’agit  de relever le Parti Travailliste après la débâcle subie lors des dernières élections de décembre,  sa plus grande défaite depuis 1935 dans certains de ses grands fiefs. « Je veux que la confiance dans le Parti travailliste soit rétablie en tant que force progressiste pour le bien ».
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Plus modéré, centriste et européaniste que Corbyn
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Avec Starmer, c’est une figure plus modérée et centriste que Jeremy Corbyn, qu’il voulait « remercier d’avoir dirigé ce parti dans des moments si difficiles » et à qu’il a défini comme « un ami plus qu’un collègue ».

Bien qu’un de ses arguments lors des primaires ait été de se définir comme le candidat le plus unitaire face aux différentes factions qui existent au sein du parti après des années de luttes internes, il y a déjà des rumeurs qui disent que Starmer envisage de limoger (de la direction du parti blog) plusieurs députés liés à Corbyn, comme Rebeca Long-Bailey et qu’il il peut y en avoir quelques uns qui envisagent de démissionner après son élection.

« Starmer est venu revendiquer la figure de Tony Blair »

Les différences entre le leader entrant et celui qui part ne s’arrêtent pas là. Starmer qui est venu pour revendiquer la figure de Tony Blair – les corbynistes préfèrent ne même pas le mentionner – est plus européen que Corbyn.

Ces derniers temps, contrairement à Corbyn, il n’a jamais hésité à se prononcer sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Starmer était partisan de la permanence et a ouvertement plaidé pour la tenue d’un second référendum.À ce stade, il ne peut pas faire grand-chose, les pourparlers entre Londres et Bruxelles pour définir leurs relations futures ont été gelés en raison de la crise des coronavirus.

C’est son premier grand défi: son attitude envers la malheureuse action du gouvernement Johnson sur la pandémie montrera dès le premier instant quel genre de leader Starmer veut être.

Bien que dans les premières semaines, il ait critiqué l’exécutif pour ne pas avoir pris de mesures de confinement draconiennes et exigé que les plus vulnérables de la société soient protégés contre la crise économique imminente, il a manqué de fermeté sur cette question.  Il n’ a plus d’excuses ce matin. Avant de connaître sa nomination, le Premier ministre britannique, qui reste confiné après avoir été testé positif, a publiquement invité les chefs des partis d’opposition à unir leurs forces avant cette situation d’urgence nationale.

Qui est Keir Starmer?

A 57 ans, ce député avec seulement cinq ans d’expérience au Parlement britannique,  a étudié à l’Université d’Oxford et détient le titre de Chevalier – récompense de 2014 pour ses « services en faveur de la loi et de la justice pénale « , mais il n’utilise pas le « Sir » devant son nom. Il a une expérience approfondie en tant qu’expert en droits de l’homme. Il a été conseiller en matière de droits de l’homme auprès du Northern Ireland Police Board.

« J’ai consacré vingt ans de ma vie à lutter contre la peine de mort », dans des pays comme Taiwan, l’Ouganda, le Kenya, le Malawi et dans les Caraïbes, contribuant à son abolition. .

Il a également été conseiller en matière de droits de l’homme auprès du Conseil de la police d’Irlande du Nord et a traité des affaires devant des tribunaux du monde entier, notamment la Cour européenne des droits de l’homme, la Cour Interaméricaine des droits de l’homme et la Commission africaine des droits de l’homme.

Dans le domaine universitaire, il est docteur Honoris Causa de quatre universités – dont la prestigieuse London School of Economics – et a écrit plusieurs livres de droit.

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04/04/2020 Cristina Casero
swff
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03 avril 2020 ~ 0 Commentaire

filière lait (la conf’)

conf

Filière laitière

Réduire aujourd’hui pour exister demain

La crise sanitaire actuelle menace l’avenir et la viabilité de l’ensemble de la filière laitière.

La première semaine de confinement a été catastrophique pour le grand export et la situation est toujours compliquée pour l’export en Europe. Or c’est 40% de la production laitière française qui est destinée à l’exportation. La limitation de ces échanges a engorgé les débouchés du commer-ce intérieur, d’autant plus que nombres d’entre eux ont été supprimés : c’est le cas de la restau-ration collective, de la restauration hors domicile, et de la plupart des marchés.

Associés à la période de pic de production printanière, ces éléments entraînent une surproduc-tion laitière qui est, dans un premier temps, absorbée par les stocks publics et privés sous forme de beurre et de poudre.

Cette solution, structurelle à la filière, pénalise les éleveurs et éleveuses, car l’accumulation de stocks industriels se traduira par une chute du prix du lait à la ferme et ce, durant plusieurs mois voire plusieurs années après la crise.

Or, les tours de séchage sont déjà saturées pour nombres d’entreprises qui ne pourront pas faire face à l’arrivage important de lait annoncé, avec le risque que certaines entreprises laitières (coopératives et privés) subissent des dysfonctionnements dans leurs collectes.

La semaine dernière, déjà 40 millions de litres de lait (sur 220 millions de litres hebdomadaire collectés) étaient en surplus. Cela représente 18% de la production laitière nationale réorientée vers le stockage (beurre, poudre) ou la destruction.

Les PME présentent 25 à 30% de volume en surplus, principalement dû à la fermeture de leurs débouchés (RHD). Les filières fromagères, notamment celles de qualité (AOP* et IGP*), perdent 60 à 80% de leurs commandes actuelles. Sans possibilité de stockage, ces produits sont détruits.

Dans son dernier courrier, le CNIEL propose une réduction volontaire nationale des volumes de 2 à 5% sur la base de la production d’avril 2019, indemnisée par l’enveloppe financière de l’inter-profession. Cette réduction n’est pas suffisante puisque 18% du volume laitier est en surplus chaque semaine, et celui-ci risque d’augmenter avec le pic de production printanière.

Certaines interprofessions de régions montagnardes (Haute Savoie, Jura) ont déjà mis en place une réduction obligatoire des volumes afin de préserver leurs filières de qualité. Dans le Jura, la réduction obligatoire est de 8% des volumes pour les trois mois à venir par rapport à ceux de la même période l’an dernier.

La Confédération paysanne appelle à la solidarité entre producteurs.trices et entre entreprises afin de préserver la filière laitière et d’empêcher la disparition de nombres d’entre eux (producteurs.trices comme entreprises).

La Confédération Paysanne demande qu’une réduction obligatoire des volumes soit mise en place dès à présent car il y a urgence.  La réduction des volumes pour le mois d’avril 2020 doit être de 18% par rapport aux volumes produits en avril 2019, ce qui correspond au volume déjà surstocké ou détruit en ce moment chaque semaine.

Chaque producteurs.trices pourra s’inspirer des mesures techniques de réduction de volume proposées par l’IDELE et leurs laiteries pour réduire leur production à la ferme.

C’est un effort collectif et solidaire absolument indispensable à la pérennité des structures laitières et des entreprises impliquées. Tous les producteurs.trices, y compris en circuit bio, doivent mutualiser leurs efforts pour préserver l’équilibre de toute la filière.

L’ampleur de la crise et son impact catastrophique sur l’ensemble de la filière laitière justifie l’absolue nécessité d’imposer un pourcentage de réduction obligatoire sur l’ensemble des producteurs.trices. La Confédération Paysanne est consciente de l’effort et des sacrifices que cela représente pour les éleveurs et les éleveuses, mais celui-ci est indispensable pour permettre à la filière laitière française de survivre à la crise sanitaire actuelle.

La Confédération paysanne en appelle au soutien, à la solidarité et à la sagesse de tous les acteurs, partenaires et décideurs politique de la filière laitière.

03.04.2020

http://www.confederationpaysanne.fr/

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