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03 août 2020 ~ 0 Commentaire

stratégie (npa)

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Pour une stratégie de renversement du capitalisme

La crise actuelle du capitalisme revêt des dimensions tellement variées et profondes – crise écologique, sociale, économique, morale, politique… – qu’il ne fait plus de doute qu’il s’agit d’une crise systémique dont l’issue sera nécessairement une rupture – positive ou négative – avec les équilibres instables actuels.

Comment de rien devenir tout ? 

Parce qu’ils savent que seul un renversement révolutionnaire des rapports de forces permettra de vaincre la bourgeoisie, les communistes visent l’unité du prolétariat, et la voient non comme quelque chose de donné, mais comme une tâche à réaliser. Le « parti communiste » dont Marx et Engels écrivent le manifeste est justement la classe unifiée en lutte (le parti au sens « historique », non au sens d’une organisation particulière).

Les prolétaires, au sens large de l’ensemble des exploitéEs sous le capitalisme, ont, en raison de leur position dans les rapports sociaux, à la fois un intérêt fondamental à rompre avec le système capitaliste pour construire une société communiste (puisqu’ils et elles y sont dépossédéEs des moyens de production et du pouvoir politique)…

et la capacité de le faire (puisque d’une part ils sont le point faible de ce système qui repose sur leur travail et, d’autre part, leur place dans la société les pousse objectivement à s’opposer à la scission entre l’être humain et ce qu’il produit et organise, entre la théorie et la pratique, la pensée et l’action3).

Mais ils et elles sont profondément diviséEs, et le problème est donc de construire leur unité, tout en travaillant, ce qui est la source de nombreuses contradictions dans le cadre d’une société où l’aliénation est la règle, à s’approprier une perspective révolutionnaire.

Cette unité doit du reste aller au-delà de la lutte contre l’exploitation, et rassembler les forces qui se mobilisent contre cette conséquence nécessaire du capitalisme qu’est la destruction de l’environnement, ainsi que contre d’autres dimensions du système de domination établi, comme l’hétéro-patriarcat et le racisme systémique.

La fragmentation du prolétariat

La classe ouvrière est divisée en raison du fonctionnement intrinsèque du capitalisme (salariéEs relativement stables, précaires, chômeurEs, etc.), de différences de statuts (public, privé, intérim, auto-entrepreneurs relevant en réalité d’un salariat caché, ou encore le travail domestique), de divisions géographiques (grandes villes, banlieues, péri-urbain, campagnes, et le cas extrême des colonies), de l’âge et des générations, du patriarcat et du racisme systémique.

À ces divisions (facteur objectif), s’ajoutent de multiples différences entre les modalités de lutte, d’organisation et de conscience de classe (facteur subjectif). Ces deux facteurs, liés dialectiquement, permettent de comprendre que des mouvements très puissants et radicaux, aux prises avec le même adversaire (l’État bourgeois), puissent se succéder en à peine quelques mois presque sans aucune communication et continuité.

C’est ce qui s’est passé avec la révolte des banlieues d’octobre-novembre 2005 et le mouvement étudiant contre le CPE de février-avril 2006, même si la victoire partielle de ce dernier (dernier recul important d’un gouvernement en France) a été favorisée par l’affaiblissement du pouvoir et ses dissensions (représentées par la rivalité Villepin-Sarkozy) suite à la révolte de 2005.

C’est également un tel décalage et une telle désynchronisation qui a sévi entre le mouvement des Gilets jaunes et les manifestations et grèves contre les retraites de cet hiver, deux contestations massives et radicales mais aux méthodes de lutte très différentes et liées à des fractions hétérogènes de la classe ouvrière5.

Les différences sociologiques entre les membres des deux mouvements sont réelles mais ne sont pas les seules en cause : la ligne de la plupart des directions syndicales a consisté à rester à distance, voire à critiquer, les Gilets jaunes6, dont la suspicion initiale envers les organisations traditionnelles du mouvement ouvrier n’a donc pas pu être assez surmontée.

Alors que les classes dominantes parviennent à jouer des divisions des exploitéEs et oppriméEs, et les renforcent par de continuelles offensives politiques et idéologiques (en particulier racistes), l’une des tâches stratégiques décisives des organisations de lutte de classes est à l’inverse de contrecarrer ces divisions, et de diffuser une conscience de classe unitaire.

Front unique et organisation

Une politique de front unique entre différentes organisations du mouvement ouvrier (révolutionnaires et réformistes) est nécessaire. L’une des étapes nécessaire est ainsi un travail d’implantation syndical volontariste dans des secteurs non ou peu organisés du salariat (privé, précaires, petites entreprises, jeunes, etc.8), dans l’objectif de reconstruire la conscience de classe dans ces secteurs.

Mais ces derniers, puisque l’organisation, l’indépendance et la conscience et y sont fragiles, sont en même temps ceux qui sont les plus sensibles aux problèmes politiques qui ne relèvent pas directement du rapport capital-travail.

On pourrait dire que, de nos jours, le front unique doit être encore plus large : il faut parvenir à établir des liens durables et à rendre possible une unité d’action avec des mouvements qui, comme les Gilets jaunes, organisent des classes sociales intermédiaires ou en gestation, au contours mouvants, peu organiséEs (ou en l’étant d’une manière très différente, par les réseaux sociaux notamment) mais dont les évolutions seront aussi le produit des batailles politiques et des alliances de classes qui sont noueront dans la lutte.

La grève de masse, hypothèse stratégique

La nécessaire construction de l’unité de la classe, le tissage de liens entre secteurs et luttes hétérogènes, la diffusion d’idées, d’imaginaires et de pratiques nouvelles, etc., suivent une temporalité longue, que Gramsci a pensé avec la métaphore de la « guerre de position ». Mais la « guerre de mouvement », d’une temporalité beaucoup plus dense, reste décisive, car c’est dans l’action, dans la mobilisation et la lutte de masse, que la conscience de classe progresse le plus rapidement.

Cette coagulation soudaine des luttes en une classe mobilisée et consciente est bien entendu historiquement très rare. Le plus souvent, et Luxemburg le précise d’ailleurs en d’autres endroits de son texte, elle fait suite à toute une période de luttes intenses. Et, dans tous les cas, la grève de masse doit être préparée, que ce soit techniquement ou idéologiquement, même si la préparation seule ne garantisse rien – Luxemburg soulignant à ce propos que la grève de masse n’est pas un outil que les syndicats ou partis pourraient décider d’utiliser à leur gré, comme un couteau que l’on pourrait ouvrir ou fermer à volonté.

La grève de masse, ou grève générale insurrectionnelle (insurrectionnelle dans la mesure où elle s’accompagne d’occupations de lieux de travail et de vie, de manifestations interdites, de pratiques d’auto-défense, etc. et défie donc la légalité), doit être, comme le dit Daniel Bensaïd notre « hypothèse stratégique » fondamentale.

Cela ne signifie pas qu’elle exclut d’autres formes d’actions (blocages, émeutes d’une part ; élections d’autre part) mais qu’elle doit être conçue comme la situation dont la probabilité est la plus grande où la classe ouvrière, massivement mobilisée, peut remettre en cause le plus efficacement le pouvoir bourgeois, entrainer des classes intermédiaires et ainsi faire basculer le rapport de forces.

En arrêtant la production elle sape les sources de ce pouvoir ; elle vise les sommets de l’État ; et en donnant naissance à des organes d’auto-organisation (éventuellement en relançant la production sous contrôle ouvrier), elle peut constituer le germe d’un double pouvoir, s’ils sont assez puissants et coordonnés, susceptible non seulement d’aboutir à un changement de pouvoir politique, mais à poser les bases d’un changement de société.

Dans une situation révolutionnaire, comme une grève générale, le(s) parti(s) révolutionnaire(s) peuvent prendre l’initiative décisive qui fera basculer le pouvoir du côté des organisations de lutte et des cadres d’auto-organisation des exploitéEs et oppriméEs (comme les soviets lors de la révolution d’octobre 1917), c’est-à-dire trancher la situation de double pouvoir en leur sens. Bref, dans une situation de « bifurcation » historique, il peut ouvrir la voie à une société communiste, libérée de l’exploitation et de l’oppression13. (Très résumé voir lien)

Yohann Emmanuel Antoine Larrache

https://npa2009.org/idees

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03 août 2020 ~ 0 Commentaire

ris douarnenez (fr3)

algues vertes

Qualité des eaux : un « poste de recours » installé à la plage du Ris par l’association « Baie de Douarnenez-Environnement »

Pollution bactériologique, algues vertes, à Douarnenez la plage du Ris est régulièrement fermée. L’association « Baie de Douarnenez Environnement  » y a installé symboliquement un « poste de recours » pour alerter les baigneurs et demander aux élus d’agir pour la qualité des eaux dans le bassin versant.

Depuis le mois de juin, la plage du Ris qui fait face à la ville de Douarnenez, dans le fond de la baie, a été fermée préventivement par la mairie à quatre reprises, pour cause de pollution bactériologique. Une manière pour la ville d’éviter une fermeture administrative de longue durée, car les mesures de qualité des eaux ne sont ainsi pas prises en compte par l’ARS, l’Agence Régionale de Santé. En 2019, le préfet du Finistère avait fermé la plage, ce qui avait affecté la réputation de la baie.

Un « poste de recours » près du poste de secours

C’est pour protester contre ces fermetures récurrentes et pour continuer à alerter sur le problème des algues vertes que l’association Baie de Douarnenez Environnement a installé symboliquement une petite cabine en bois devant la plage :  un « poste de recours », non loin du poste de secours des sauveteurs qui surveillent la baignade.

Drapeau vert d’un côté, noir de l’autre, car pour l’association de défense de l’environnement, « On ne peut pas s’habituer aux pollutions, plus ou moins visibles ou détectables suivant les condi-tions météo ou de marées. » Christophe Deniel, l’un des militants écologistes, explique que « même si, ce samedi, les algues vertes ne jonchent pas la plage, six échouages ont eu lieu depuis le printemps et 650 tonnes ont été ramassées alors que l’on n’est qu’à mi-saison, contre 400 tonnes l’an dernier. »

Cahier de doléances

Les militants de l’association tiendront une permanence quotidienne dans ce « poste de recours », de 13 h 30 à 17 h, jusqu’au 15 août. Un cahier de doléances y sera mis à disposition des personnes, locaux ou vacanciers, qui désirent donner leur avis sur la question. Le cahier sera ensuite transmis aux élus de la communauté de communes, car ce sont à eux, via le syndicat de bassin versant, que « Baie de Douarnenez Environnement » demande d’agir en amont pour préserver la qualité de l’eau.

Ces dernières années, la provenance agricole des pollutions bactériologiques a été mise en évidence. De même pour les nitrates dont le ruissellement jusqu’à la baie entraine la prolifération des algues vertes.

« Aller vers une transition agricole »

C’est donc une transition agricole que demande l’association, alors que deux projets d’élevages intensifs font en ce moment polémique dans le pays de Douarnenez : une création de poulailler industriel au Juch et l’extension d’un élevage porcin à Pouldergat. « Chaque projet, pris individuellement, est peut-être dans les clous, explique Christophe Deniel, mais la pression en azote sur le territoire n’en demeure pas moins trop élevée. C’est une gestion globale qu’il faut avoir et non pas une gestion projet par projet ».

01/08/2020

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

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31 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

algérie (the guardian)

algerie

L’Algérie veut des excuse et des réparations, pas une leçon d’histoire

Emmanuel Macron a nommé l’historien Benjamin Stora

Aussi incroyable que cela puisse paraître, les Français n’ont même pas reconnu le conflit comme une guerre jusqu’en 1999, lorsque la législation a décidé qu’il était enfin temps de se débarrasser du sinistre euphémisme « opérations pour le maintenir l’ordre ».

Macron est un politicien avisé, et on pourrait dire que sa tentative de résoudre les griefs en suspens représente simplement de l’électoralisme, le chef de l’État espérant gagner les électeurs franco-algériens avant de se présenter pour un second mandat en 2022.

Stora, l’historien qu’il a choisi, est un universitaire de haut niveau qui possède un dossier de recherche exceptionnel sur les affaires nord-africaines, mais il est basé en France et – ce qui est tout aussi important – n’est pas Algérien. Au contraire, il est issu d’un milieu de colons Pieds-Noirs. Il est né à Constantine, près de laquelle quelque 45 000 civils algériens ont été massacrés par les Français lors des troubles de mai 1945.

Comme on pouvait s’y attendre, le gouvernement algérien a demandé à son éminent professeur, Abdelmadjid Chikhi, le directeur général du Centre national des archives algériennes, de mener une « enquête de vérité » – telle qu’elle est décrite à Alger – en parallèle avec Stora.

Ayant parlé à Macron de la guerre et de la mémoire, je suis convaincu qu’il veut marquer de son empreinte les relations franco-algériennes. Originaire de la Somme, il est très sensible à la manière dont les guerres mondiales sont constamment commémorées, mais pas les guerres coloniales. Juste avant son élection en 2017, M. Macron a déclaré qu’il y avait « des crimes et des actes de barbarie » en Algérie qui seraient aujourd’hui poursuivis comme « crimes contre l’humanité ».

C’était en soi une reconnaissance brutale de l’ampleur de la sauvagerie française, suggérant que la prochaine étape évidente serait des excuses et même des réparations. Des condamnations judiciaires pourraient certainement être obtenues.

La France n’a pas reconnu sa collaboration à l’Holocauste avant 1995, lorsque le président de l’époque, Jacques Chirac, a officiellement admis et présenté des excuses pour le rôle que ses compatriotes avaient joué dans l’envoi de Juifs vers la mort dans les camps de concentration nazis.

Macron dispose déjà de nombreuses preuves qui mettent en évidence la nature malfaisante de l’Algérie française. Répéter de manière académique ce que nous savons n’apportera pas grand chose. Au contraire, cela pourrait exacerber les griefs. Ce qu’il faut, ce sont des excuses, des réparations et – oui – même des poursuites.

Nabila Ramdani est une journaliste et universitaire d’origine algérienne née à Paris Fri 31 Jul 2020

https://www.theguardian.com/

Note:

Lorsque la victoire a été remportée après la guerre d’indépendance algérienne qui a duré près de huit ans, les forces victorieuses ont déclaré que quelque 1,5 million d’Algériens avaient été tués. Hommes, femmes et enfants anéantis par le napalm ou dans des grottes utilisées comme chambres à gaz improvisées, séparatistes algériens noyés ou matraqués à mort par la police parisienne à la suite de rafles dans la capitale française.

Les patriotes français soulignent la perte de leurs soldats et milices de colons – quelque 28 000 morts, 75 000 blessés et des milliers de disparus. Les « harkis » algériens qui ont combattu pour la république – dans de nombreux cas comme chair à canon – ont eu jusqu’à 150 000 victimes.

 

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30 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

liban (lutte ouvrière)

le drian

Le Drian au Liban : un discours colonialiste

En visite au Liban les 23 et 24 juillet, Jean-Yves Le Drian, le ministre français des Affaires étrangères, s’est permis de faire la leçon, pour ne pas dire du chantage, au gouvernement libanais. « Il est aujourd’hui urgent et nécessaire de s’engager de manière concrète sur la voie des réformes », a-t-il déclaré, « aidez-vous et la France et ses partenaires vous aideront. »

Pour rendre les choses encore plus claires, il a suspendu l’aide de 11 milliards, en prêts et en dons, promise en 2018 et destinée à développer les infrastructures du pays. Cette aide aurait évidemment débouché sur des marchés rentables pour les bétonneurs et autres industriels français. À supposer que ces derniers souhaitent que le Liban ait les moyens de rester une de leurs vaches à lait, ils n’investiront pas dans ce pays sans avoir la garantie d’être payés.

C’est dans ce but que Le Drian pousse le gouvernement libanais à achever ses négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) pour obtenir une aide. Mais les aides de cet organisme sont loin d’être désintéressées et les prêts devront être remboursés. D’autres pays en crise, pour ne citer que la Grèce, le Portugal ou l’Espagne, ne les ont obtenus qu’en appliquant un plan d’austérité drastique, c’est-à-dire en pressurant leur population à la limite de l’intolérable.

Mais que la population libanaise, qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans la misère, fasse les frais des diktats des institutions financières, est le dernier des soucis de Le Drian, qui s’appuie sur des décennies de domination française pour vouloir imposer, comme il le dit, « les exigences de la France ».

Marianne LAMIRAL 29 Juillet 2020
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29 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

darmanin (révolution-permanente essf)

darmanin

Quand j’entends « violences policières » je m’étouffe

Darmanin défend la police et insulte les victimes

Alors que le mouvement antiraciste massif des Etats-Unis à la France, a mis en évidence non seulement les violences policières mais encore le rôle structurel de la police, Darmanin s’illustre une nouvelle fois dans la défense de l’institution policière, insultant les victimes par le choix de ses mots.

Devant la commission des lois de l’Assemblée Nationale, Gérald Darmanin, nouveau ministre de l’Intérieur, a réfuté hier la notion de violences policières et défendu d’arrache-pied l’institution policière, dans la droite ligne de la nouvelle offensive du gouvernement sur les questions sécuritaires.

Des propos qui font scandale, dans un contexte marqué par les récentes mobilisations anti-racistes

Si cette défense de la police n’est pas surprenante de la part d’un membre du gouvernement, le ministre l’a assortie d’une véritable provocation à l’encontre des victimes de violences policières et du mouvement anti-raciste : « Quand j’entends le mot « violences policières » personnellement je m’étouffe », a en effet assené Darmanin.

Alors que l’expression « I can’t breathe », prononcée par George Floyd avant sa mort d’une clef d’étranglement lors d’une interpellation policière, est devenue le slogan du mouvement anti-raciste massif qui marque la situation politique internationale par sa profondeur, en France également l’expression « j’étouffe » renvoie en effet aux derniers mots de victimes des violences policières.

C’est notamment le cas de Cédric Chouviat, mort d’une fracture du larynx des suites d’une interpellation policière le 3 janvier dernier, qui a prononcé sept fois « j’étouffe » avant de mourir.

C’est donc un véritable tollé qu’a suscité cette déclaration, détournant un slogan qui a justement contribué à mettre en évidence les violences policières à travers le monde. La famille de Cédric Chouviat a notamment dénoncé ces propos, de même que leurs avocats.

Dans un communiqué cité par Le Figaro, les avocats Me William Bourdon, Arié Alimi et Vincent Brengarth déclarent : « Les mots du nouveau ministre de l’Intérieur (Gérald Darmanin), qui évidemment ne peuvent être fortuits, ont profondément scandalisé et heurté la famille de Cédric Chouviat. Chacun doit mesurer ce que disent ces propos du mépris et du cynisme du ministre de l’Intérieur pour les familles endeuillées ou meurtries par des violences policières ».

Renouant depuis son accession à l’Intérieur avec la politique des petites phrases chères à Macron dans la première phase de son quinquennat, Darmanin participe tant sur la forme que sur le fond à une escalade sur les questions sécuritaires et répressives. Le ministre a été défendu par le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal qui a dénoncé une « bataille sémantique » et déclaré de manière cynique qu’ « il n’y [avait] ni mot tabou ni mot magique », avant de se livrer à un plaidoyer des mesures du gouvernement en matière de sécurité.

Surenchère sécuritaire

De fait, mis à la défensive sur les questions de violences policières il y a quelques mois, allant jusqu’à une timide reconnaissance de cette notion, arrachée par le rapport de force né de la mobilisation massive antiraciste et contre les violences policières, le gouvernement opère aujourd’hui un tournant droitier et sécuritaire, affirmé haut et fort depuis le remaniement.

La remise en cause profonde des violences policières par un mouvement d’ampleur a en effet contribué à mettre en évidence à une échelle de masse le rôle structurel de la police, bras armé de l’État bourgeois.

Comme nous l’écrivions, « cette remise en cause de la police comme institution qui détient le monopole de la violence légitime est l’expression progressiste d’une colère qui vient d’en bas, dans un contexte de profondes crises des régimes politiques dans plusieurs pays dans le monde depuis plusieurs années déjà et qui fait suite aux mesures antipopulaires prises après la crise économique internationale de 2008 »  et la profondeur de ce mouvement n’a pas échappé au gouvernement.

C’est ainsi sur le terrain sécuritaire que le gouvernement répond aujourd’hui, une réponse mise en exergue dès le discours de politique générale du nouveau premier ministre Jean Castex. Défense de l’institution policière se couple ainsi à une lutte affichée contre le « communau-tarisme et le séparatisme », et contre la délinquance.

En ce sens, les déclarations récentes de Darmanin sont particulièrement éloquentes : « Quand j’entends le mot « violences policières » personnellement je m’étouffe. La police exerce une violence certes mais une violence légitime. [...]

Elle doit le faire de manière proportionnelle, elle doit le faire de manière encadrée. Que quelques personnes le fassent en dehors des règles déontologique, la sanction doit être immédiate. Mais il est normal que les policiers et gendarmes soient armés, interviennent par la force, pour que la force reste à la loi de la République et pas celle des bandes ou des communautés », explicitait le ministre.

Contrairement à la rhétorique utilisée par Darmanin et rabâchée par le gouvernement, les violen-ces policières ne sont pas le fait de « brebis galeuses », ni des dérives individuelles mais il s’agit bien d’un phénomène systémique, que le mouvement antiraciste et le mouvement des Gilets Jaunes, et ses multiples blessés et mutilés par la répression policière, et ont tour à tour dénoncé et mis sur le devant de la scène.

Les dernières révélations quant aux agissements racistes et violents de plusieurs unités de police, tels que la CSI 93 ou encore au tribunal de Paris sont autant de démonstrations de ces violences endémiques et de révélateurs de l’impunité policière.

Alors que l’extrême-droite a enclenché sur fond de racisme une vague réactionnaire décom-plexée contre le mouvement antiraciste et en défense de l’institution policière, le gouvernement surfe sur ces tentations répressives et sécuritaires et verse dans la surenchère dangereuse. En témoigne les propos de Darmanin sur « l’ensauvagement de la population », une thèse issue de l’extrême-droite et brandie dans une interview.

Hélène Angelou mercredi 29 juillet

https://www.revolutionpermanente.fr/

dup dupont

Visite de Darmanin à Saint-Etienne-du-Rouvray : la honte !

Dimanche soir, quatre personnes, dont le porte-parole de Droit au logement de Rouen, Bernard Lecouvreur, sont retenuEs en garde à vue à l’hôtel de police Brisout de Barneville à Rouen. C’est le triste bilan de la visite de Darmanin, ministre des violences policières et accusé de viol, à Saint-Etienne-du-Rouvray ce jour, à l’occasion d’une cérémonie de commémoration à laquelle seul un public trié sur le volet a pu assister… 11 personnes au total avaient été interpellées en fin de matinée.

Ce qui est choquant ce soir, ce n’est pas que des personnes aient pu brandir des pancartes où étaient écrit « SHAME » (la honte) ou pensé que Darmanin n’avait rien à faire là, ni au gouvernement. Ce qui est choquant, c’est que la liberté de manifestation et d’expression soit piétinée de plus en plus lourdement par ce gouvernement au service des riches et des puissants. Ce qui est choquant c’est que l’archevêque de Rouen présent à la cérémonie se soit répandu contre la PMA. Ce qui est choquant, c’est que Darmanin dénonce les « ensauvagés » alors que la sauvagerie est du côté de son ministère et de son comportement vis-à-vis des femmes.

Liberté pour les 4 gardéEs à vue et abandon de toutes les poursuites contre les personnes arrêtées. Nous appelons à nous rassembler dès ce soir à 21h devant Brisout de Barneville et demain matin à 9h.

 Lundi 27 juillet 2020

https://npa2009.org/

Lire aussi:

La sauvagerie politique de Gérald Darmanin (Edwy Plenel)

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28 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

notre ami l’atome (arte)

Notre ami l’atome Un siècle de radioactivité

Nourri par la parole de victimes et par l’éclairage d’experts, un panorama, aussi poignant que documenté, de la série des contaminations qui ont émaillé un siècle de radioactivité dans le monde.

Depuis la découverte du radium et de son rayonnement à l’aube du 20è siècle par le couple Curie et Henri Becquerel, les risques liés à l’atome ont été systématiquement minimisés et les contaminations qu’il a générées, occultées.

Aujourd’hui, les victimes de Fukushima sont engagées dans des procès contre Tepco, la compagnie qui exploitait la centrale. Parmi les plaignants figurent aussi des soldats américains du porte-avions Ronald-Reagan, exposés au nuage radioactif, alors qu’ils viennent, au lendemain de la catastrophe, en 2011, porter secours aux victimes du tsunami.

Alertés, leurs officiers restent confinés et prennent de l’iode pour se prémunir des radiations, sans informer ni protéger leurs hommes. Secret militaire ou industriel, désinformation, dissimulation… : l’histoire de l’atome est dominée par la manipulation, favorisée par l’invisibilité de la radioactivité.

Dès les années 1920, les radium girls, des ouvrières américaines qui fabriquent des montres au radium, sont contaminées en affinant avec les lèvres le pinceau qu’elles utilisent.

Deux décennies plus tard, après l’horreur d’Hiroshima et de Nagasaki, lors des essais nucléaires américains à Bikini, vétérans et pêcheurs nippons sont irradiés, quand le contexte de la guerre froide bâillonne toute protestation à grand renfort de propagande appuyée par les studios Disney. En 1986, l’URSS utilisera des méthodes analogues pour taire les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl

Silence, on tue

En cinq chapitres formidablement documentés et au fil de poignants récits de victimes, Kenichi Watanabe (Le monde après Fukushima, Terres nucléaires  Une histoire du plutonium) retrace un siècle de désastre sanitaire, en dénonçant le silence et les mensonges d’État qui l’entourent.

Introduite par un éleveur qui, en guise de protestation, s’obstine à nourrir ses vaches contami-nées, et donc impropres à la consommation, dans la zone interdite de Fukushima, et éclairée par une radiologue japonaise qui détaille les effets de la radioactivité sur le corps, cette investigation glaçante recense aussi les mouvements de résistance qui ont émaillé cette histoire. Au travers d’épisodes peu connus, un film manifeste, à l’heure où les autorités japonaises prévoient de rejeter à la mer en 2022 le million de tonnes d’eau contaminée qui a servi à refroidir les réacteurs de Fukushima…

Réalisation : Kenichi Watanabe

Disponible du 21/07/2020 au 17/07/2022
Prochaine diffusion le mardi 28 juillet à 22:30

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27 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

l’anticapitaliste (npa)

revue_117-couleurs

EDITORIAL

Henri Wilno Leur rentrée et la nôtre

PREMIER PLAN

Antoine Larrache Vers une période de recomposition politique ?

Frank Cantaloup Covid-19. Éviter la deuxième vague…

Robert A.H. Cohen L’annexion, même reportée, nous dit la vérité sur la situation en Israël/Palestine

DOSSIER

Yohann Emmanuel et Antoine Larrache Pour une stratégie de renversement du capitalisme

Léon Crémieux Socialisons les biens communs

Catherine Samary Autogestion : de quoi s’agit-il ?

Danièle Linhart CitoyenNEs, salariéEs, quand la subordination se fait « légitimement » plus forte

Raphaël Greggan Pour une école de l’émancipation collective

Julien Besac « Oh non, Monsieur, on continue comme ça »

Commission nationale écologie du NPA Pas d’émancipation sur une planète morte : écosocialisme ou barbarie !

Mimosa Effe Vers une société débarrassée des oppressions ?

Julien Salingue Un monde sans police ?

HOMMAGE

Georges Ubbiali Zeev Sternhell, historien des origines du fascisme français P34

FOCUS

Mathilde Larrère 14 juillet 1953 à Paris : un massacre « porté disparu » P36

https://npa2009.org/

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26 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

macron (gauche révolutionnaire)

macron

Après sa déroute aux élections municipales

Macron désespérément seul ?

Les élections municipales ont montré que Macron et son parti LREM sont plus isolés que jamais : seulement 10 000 élus municipaux, sur les 500 000 dans tout le pays, c’est à dire 2% !

Le gouvernement était déjà très affaibli par sa contre-réforme de casse des retraites qui rencontrait plus de 70% d’opinions défavorables et des millions de grévistes et de manifestants mobilisés pour son retrait.

Macron n’a jamais eu un grand soutien dans la population mais là, il a échoué sur son objectif principal : celui d’avoir un parti capable de dépasser le PS et ses alliés d’un côté, et la droite (UDI et LR) de l’autre.

Il tient en fait un équilibre très précaire dans un paysage politique dévasté par le discrédit de tous ces partis qui ont mené, chacun leur tour, les mêmes politiques de destruction des services publics et des droits et conditions de vie des travailleurs et de l’avenir de la jeunesse.

La période qui vient offre d’énormes possibilités pour que la colère présente dans la majorité de la population se transforme en véritable force politique qui, si elle se structure, peut dégager Macron et tout autant les politiques au service des ultra-riches et des capitalistes.

Tous perdants, et les macronistes bons derniers

L’abstention aux municipales a été très massive. Si le Covid-19 y est pour quelque chose, c’est loin d’être la seule explication. Le taux d’abstention moyen de 58,4% (soit 20 % de plus qu’en 2014) est encore plus marqué dans les villes ouvrières et/ou populaires et dans les quartiers les plus défavorisés, où il atteint et dépasse même souvent 70 voire 75% (Créteil, Mulhouse, Vénissieux, quartiers Nord de Marseille etc.).

Beaucoup de maires sont en fait élus avec 15% des inscrits ou moins comme à Amiens, Strasbourg ou Avignon et plus de 120 autres villes. Difficile donc de parler d’une vague de soutien, y compris là où les listes qui ont permis un changement de majorité. La déroute de LaRem et des macronistes est donc d’autant plus cinglante : tout le monde fait un mauvais score, mais eux ils font le pire ! (…)

Vaguelette verte

La demi-surprise est évidemment venue des nombreuses victoires dans les grandes villes par des listes emmenées par des collectifs militants, des figures locales écologistes de longue date, ou des combinaisons plus classiques d’alliance PS-PCF et EELV. Strasbourg, Bordeaux, Lyon : ce ne sont pas de petites défaites pour les notables souvent établis de longue date.

La droite perd son bastion historique (73 ans de règne) de Bordeaux, et perd Marseille après 25 ans de règne de Gaudin, qui a laissé la ville dans un état de délabrement social. Mais ces victoires l’ont été sans une immense adhésion des électeurs. L’aspect « se débarrasser » de l’équipe en place a été le principal facteur.

Les forces à gauche du PS et de ses alliés EELV/PCF ont rarement été capables d’offrir une véritable alternative. Le PCF va continuer à participer aux politiques anti-sociales du PS dans de grosses agglomérations comme Lille, Rouen, et bien sûr à la mairie de Paris. La France Insoumise avait au départ imaginé disparaître en tant que force affichée pour ces élections et proposer des « listes citoyennes », mais finalement tout le monde a fait pareil, même les macronistes.

Du coup, la FI s’est retrouvée selon les endroits sur des listes où elle pouvait même côtoyer des membres du PS comme dans Archipel citoyen à Toulouse. Tandis qu’à d’autres endroits, comme à Bordeaux, c’est une liste combative et anticapitaliste qui a été emmenée par Philippe Poutou du NPA, en alliance avec la FI.

Bien souvent, les réalités locales imposent des tactiques différentes, mais il est clair que la FI a difficilement anticipé les différents changements dans la situation depuis 3 ans et qu’elle a payé dans ces municipales son refus de se construire en tant que force solide et structurée, comme le véritable parti démocratique qu’elle pourrait devenir. Ce que beaucoup de travailleurs et de membres des couches populaires attendent d’elle.

Préparer des luttes de masse

Il est vraiment difficile de savoir comment les choses vont continuer. La crainte d’une vaste colère sociale fait que lors de son discours du 14 juillet, Macron a annoncé toute une série de mesures qui ressemblent aux annonces sans lendemain auxquelles nous avait habitué Hollande (dont Macron était ministre et inspirateur de la détestée loi « travail »).

Dans la réalité, il n’y a rien de fiable et on ne voit vraiment pas comment ce gouvernement peut espérer retrouver 500 milliards d’euros (le montant des annonces depuis le début du confine-ment, aux dires de Macron) alors que l’économie mondiale va rester en crise et qu’à aucun moment, la mise à contribution des plus riches et des multinationales n’est envisagée.

Les luttes locales, les manifestations de colère, l’hostilité à Macron qu’on rencontre lors de nos activités militantes laissent à penser qu’une certaine colère fermente et qu’elle peut à tout moment s’exprimer en révolte de masse.

Un programme pour les travailleurs et la population

La crise économique risque de faire exploser le plan de Macron qui espère une certaine passivi-té des directions syndicales, notamment de la CGT. Alors que les militant-e-s de la CGT sont impliqués dans beaucoup de grèves locales, que dans beaucoup d’hôpitaux la CGT et Solidaires ont refusé de signer les accords Ségur, la direction nationale est beaucoup plus silencieuse, et les autres syndicats n’ont guère montré d’opposition.

Néanmoins, la proposition de la CGT d’organiser une première journée de lutte et de grève le 17 septembre prochain peut servir de point de départ à une remise en cause de la politique catastrophique et criminelle du gouvernement.

Malgré toutes les attaques et les manœuvres du pouvoir contre la FI et Mélenchon, ce dernier est toujours troisième dans les sondages en cas de candidature à la présidentielle de 2022 – derrière le RN et Macron, mais devant la droite et le PS. Le potentiel pour construire un parti de masse est donc bien là.

C’est aussi en préparant les prochaines mobilisations, en soutenant les grèves en cours, avec un programme qui lie la lutte de défense des intérêts des travailleurs, des jeunes et des couches populaires à celle contre le capitalisme et pour le socialisme, que beaucoup peuvent jouer un rôle. (Résumé voir lien)

Alex Rouillard 25/07/2020

https://www.gaucherevolutionnaire.fr/

Commentaire:

Ce groupe (ex-NPA) se fait beaucoup d’illusions sur la future transformation de la France Insoumise en « parti révolutionnnaire ». Pour notre part nous construisons un (petit) parti révolutionnaire sans attendre.

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26 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

sage femmes (france-24 lo)

brux
Bruxelles le 13 septembre

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LES OUBLIÉ-E-S DE LA CRISE

Après le Covid-19, le Ségur de la santé porte le « coup de grâce » aux sages-femmes

En première ligne pendant le pic épidémique de Covid-19, les sages-femmes se sentent oubliées par les accords du Ségur de la santé. Une « occasion ratée » de reconnaître cette profession, pourtant mobilisée au quotidien pour la santé des femmes.

Parcours fléché en couleurs, distances de sécurité, trois salles d’attente spacieuses : une pour les femmes enceintes, une pour les patientes avec symptômes du Covid-19 et une dernière pour les patientes « classiques ». L’équipe de quatre sages-femmes, dont deux échographistes, et quatre généralistes a tout mis en place pour garantir un climat sécurisé et serein dans la Maison des médecins du Pré-Saint-Gervais, en Seine-Saint-Denis (93).Samedi 25 juillet, Adrien Gantois, sage-femme, reçoit à 9 h 15 sa première patiente avec sourire et décontraction. Il l’appelle par son prénom, la tutoie et connaît son dossier par cœur. C’est une première grossesse et chaque patiente mérite d’être entourée, écoutée et rassurée. « Ici, je suis totalement en confiance, je recommande même la maison à mes patientes », confie à France 24 Malyza, elle-même médecin généraliste, venue depuis Montreuil.Dans ce cabinet de ville, implanté dans le plus pauvre département de France, les soignants aiment la proximité avec leurs patients, le suivi à moyen et long terme et les « histoires »  individuelles. Il n’est pas rare d’entendre qu’on ne travaille pas dans le « 9-3″ par hasard. Alors tout, ici, est mis en œuvre pour protéger les femmes des turpitudes extérieures.« Dans l’imaginaire collectif, nous sommes toujours des accoucheuses »

Pourtant, depuis la signature des accords du Ségur de la santé le 13 juillet, Adrien Gantois serre les dents. Comme la plupart de ses collègues sages-femmes, il se sent « méprisé » par le Ségur.  Certes, la profession bénéficiera d’une revalorisation de 183 euros net par mois. Mais cette augmentation est ajustée sur celle des professions paramédicales, alors que les sages-

« Le Ségur était une occasion de reconnaître la profession de sage-femme et de la valoriser à sa juste valeur. C’est raté », regrette Adrien Gantois, sage-femme exerçant en libéral depuis 6 ans et président du Collège national des sages-femmes de France. « Dans l’imaginaire collectif, nous sommes toujours des accoucheuses. Mais nous avons évolué en formation et en compétence », martèle-t-il.

Les sages-femmes suivent cinq ans d’études, dont une année de médecine puis quatre autres de spécialisation en gynécologie et obstétrique. Elles peuvent assurer ensuite les accou-chements à l’hôpital et à domicile, mais également les suivis de grossesse, les soins post-partum, les IVG médicamenteuses, la contraception ou le suivi gynécologique. Et bien sûr, diagnostiquer les urgences.

Samedi, en milieu de matinée, des pleurs sonores viennent déchirer la tranquillité de la petite maison du Pré-Saint-Gervais. Derrière les portes closes, la détresse d’une future mère est palpable. Adrien Gantois vient de déceler un col trop ouvert, synonyme de risque d’un accouchement trop précoce. Le diagnostic est confirmé à l’échographie.

Moins de dix minutes plus tard, le Samu transporte la patiente aux urgences de sa maternité. « Son dossier est déjà transféré », assure Adrien Gantois quand la pression retombe. « La clé de la réussite est là : il faut travailler main dans la main avec les hôpitaux. Fluidifier les parcours de soins. Et ça aussi, ça a échappé au Ségur, qui n’a pas eu l’ambition de réformer le système », regrette-t-il.

La profession non représentée au Ségur

« Ce Ségur est une honte », renchérit-il, soulevant un autre point qui le hérisse. « Le fait que les sages-femmes soient oubliées est une faute politique et symbolique qui en dit long sur le patriarcat en France », assène-t-il. « Les sages-femmes sont respectées dans les pays plus évolués en matière d’égalité homme-femme, où l’on mesure l’importance de la santé des femmes. »

Même analyse de la part de Cécile Caze, sage-femme coordinatrice du réseau de périnatalité de Seine-Saint-Denis. « Nous sommes à 98 % une profession féminine et en plus on s’occupe des femmes : c’est la double peine ! », ironise-t-elle. Elle déplore le manque de poids politique de la profession qui ne regroupe « que » 24 000 personnes en France (contre plus de 700 000 infir-miers). Outre la non-reconnaissance de leur statut, elle déplore leur exclusion des négociations du Ségur.

« Quand Olivier Véran dit que les revalorisations sont le fruit de négociations syndicales, il faut rappeler que les syndicats de sages-femmes n’ont pas pu siéger au Ségur et que les syndicats généraux ne reconnaissent pas la singularité notre profession », précise-t-elle, en réponse au ministre de la Santé qui assurait sur France 2 le 22 juillet que les « sages-femmes ne sont pas du tout oubliées ».

Les sages-femmes,  »des roseaux dans la tempête » du Covid-19

La pilule est d’autant plus difficile à avaler qu’à l’instar des autres corps médicaux, les sages-femmes ont été sur le pont depuis le début de la crise du Covid-19. « Les femmes ne s’arrêtent pas d’accoucher pendant le Covid », poursuit Cécile Caze, qui a participé, comme Adrien Gantois, à la cellule de crise nationale opérationnelle pendant tout le confinement.

Implantée en Seine-Saint-Denis, l’un des départements les plus touchés par le Covid-19 pendant le pic de la crise sanitaire, avec notamment plus de 200 cas de patientes enceintes diagnostiquées positives au virus, la Maison des médecins du Pré-Saint-Gervais a assuré sa mission sans discontinuité.

« On a tout donné », assure Adrien Gantois : rédaction d’un protocole, mise en place de la téléconsultation, poursuite des soins d’urgence et des échographies avec les moyens du bord – masques achetés en pharmacie, blouses de cantinières mises à disposition par la mairie et charlottes données par un cabinet de kinésithérapie…  »On était comme des roseaux dans la tempête », s’enflamme Adrien. Mais les femmes ont pu s’y accrocher.

Diagnostiquée positive au Covid-19 en février, à six mois et demi de sa grossesse, Rebecca a d’abord été orientée aux urgences puis a bénéficié d’une préparation à la naissance par télé-consultation et des soins nécessaires en présentiel : « On m’a expliqué que le risque de trans-mission fœtal était minime, je me suis accrochée à cette idée. Les sages-femmes m’ont rassurée », explique-t-elle, en sortant de sa consultation de suivi postpartum.

Besoin de repos et de reconnaissance

En cette fin juillet, alors que la Seine-Saint-Denis repasse au-dessus du seuil de vigilance pour le Covid-19 – avec un taux d’incidence de 10,1 contaminations pour 100 000 habitants recensé dans la semaine du 6 au 12 juillet, ce qui n’était plus arrivé depuis fin mai –, les sages-femmes confirment sentir un « frémissement ». Elles se disent plus préparées qu’en mars dernier. Plus fatiguées aussi.

Depuis le déconfinement, les consultations ont repris dans des conditions sanitaires contrai-gnantes et le planning ne désemplit pas de femmes enceintes : « La future génération du confine-ment », s’amuse Adrien, dont on ne voit que les yeux bleus sourire, au-dessus du masque. Mais il ne cache pas son épuisement. « J’ai besoin de repos pour pouvoir assurer en cas de deuxième vague. Besoin de recul aussi parce que le Ségur a été le coup de grâce. Si on va mal, on ne peut pas faire un suivi de bonne qualité. Et c’est ce que n’arrivent pas à comprendre les ministères. »

26/07/2020  Sarah LEDUC

https://www.france24.com/fr/

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Lire aussi:

Nos lecteurs écrivent : Le Ségur de la santé met les sages-femmes en colère

Je suis sage-femme depuis quinze ans. On sait peu que les sages-femmes, bien que fonctionnaires, avec un statut et un salaire comparables à ceux des infirmières, font partie des professions dites « médicales » comme les médecins et chirurgiens-dentistes.

Leur formation commence d’ailleurs par une année de médecine, suivie de quatre années d’école spécialisée. Eh bien à ce titre, nous n’avons pas été représentées au Ségur de la Santé ! Bien sûr, il n’est pas sorti grand-chose de cette comédie que le gouvernement a organisée après le confinement pour avoir l’air de faire quelque chose, mais en plus, ceux qui travaillent à l’hôpital n’y ont pas tous été associés, et nous non plus.

Pendant la crise sanitaire, des services Covid ont pourtant été ouverts au sein des maternités et les accouchements ont continué à avoir lieu. Les sages-femmes assurent également les suivis de grossesse, la réanimation et le soin des nouveau-nés, ainsi que le suivi gynécologique des femmes, le dépistage des pathologies, le travail en PMA, la prise en charge des IVG (y compris au planning familial), les consultations à domicile… La liste est non exhaustive.

La fermeture des maternités depuis trente ans fait qu’une sage-femme gère souvent plusieurs parturientes à la fois, en même temps que les urgences et les consultations diverses, dans un climat de plus en plus stressant car on ne peut pas être partout en même temps.

Et pourtant, dans un premier temps, nous avons été oubliées de la liste des professionnels qui avaient le droit aux masques, nous avons dû batailler pour en obtenir. Pourtant, il n’y aura pas d’embauches. Et notre grille salariale ne va pas évoluer. Nous ne bénéficierons que des 183 euros, qui ne sont en fait qu’un pseudo-rattrapage du gel du point d’indice des fonctionnaires depuis plus de dix ans.

Tout cela est perçu par beaucoup comme un mépris de plus. Cet hiver encore, l’actualité parlait des fermetures des petites maternités, de la mise en danger des mères et des enfants… Mais le gouvernement est toujours dans le déni, malgré la crise du Covid qui nous laisse un goût plus qu’amer !

Lucie P., Cambrai 29 Juillet 2020

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26 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

ue (npa)

europe

Accord européen : un plan de relance scélérat célébré par le bloc bourgeois

Mardi matin 21 juillet, la machine médiatique a célébré un « accord historique » transformant l’Union européenne en un espace de solidarité avec mutualisation des dettes et transferts budgétaires.

Merkel et Macron (les « généreux ») auraient fait plier les « frugaux » ou les « radins » (Pays-Bas, Suède, Danemark, Autriche) moyennant quelques aménagements. Sans surprise, la gauche bourgeoise (PS et Verts) a salué un progrès qui n’irait pas assez loin, à cause des méchants pays frugaux, en dépit des efforts de Macron et de Merkel. C’est aussi, malheureu-sement, le cas de la CGT qui a salué un premier « pas important »1.

S’il est bien un domaine où les médias mentent et désinforment, c’est bien celui de l’Europe. On l’a vu au moment du traité de Maastricht (1992) ou du Traité constitutionnel européen (2005)2. On le voit aujourd’hui avec cet accord, unanimement célébré dans les médias.

Cet accord marque bel et bien un approfondissement de l’Europe bourgeoise, mais ne constitue en rien un progrès pour les travailleurs/ses. Il renforce le « césarisme bureaucratique »3 de l’UE, fondé sur la « mise à distance » de la démocratie et de la souveraineté populaire.

Renforcer l’Union européenne… ou rompre avec elle ?

La gauche bourgeoisie soutient le plan de relance européen. Le PS y apporte un « soutien clair »7. Les Verts sont plus critiques mais ils ne le dénoncent pas : ils le jugent « insuffisant »8. Ils partagent en fait la logique de ce plan : renforcer les institutions de l’Union européenne. Il n’y a pourtant pas de démocratie, même limitée au niveau européen : il y a une machine bureaucratique à imposer des politiques néolibérales aux peuples.

C’est toute l’utilité de l’Union européenne pour les bourgeoisies, qui est une forme de « césarisme bureaucratique » permettant de contourner les « rigidités » démocratiques du cadre national. Mais surtout, ce qui se cache derrière cette position « européiste », c’est la volonté d’une grande partie de la bourgeoisie française de se servir de l’union européenne pour former un bloc impérialiste qui ait la capacité de résister à la concurrence de la Chine et des États-Unis dans un contexte où la guerre commerciale ne manquera pas de reprendre de plus belle après la crise.

On a vu que la CGT était sur la même longueur d’onde, saluant un « pas important ». Pablo Iglesias, dirigeant de Podemos, y voit une rupture avec « le dogmatisme néolibéral »9. En revanche, le PCF et la France insoumise dénoncent cet accord.

Néanmoins, le PCF se contente de vœux pieux pour faire fonctionner autrement la BCE ou la Commission européenne, sans vouloir comprendre la nature intrinsèque de l’Union européenne. La France insoumise est dans la pure dénonciation10 sans être capable d’assumer la nécessaire rupture avec l’UE pour rompre avec l’austérité.

Jean-Luc Mélenchon se perd dans une démagogie nationaliste opposant « les Français qui vont payer plus que les autres » aux « pays radins » ou « pays voyous », au lieu d’insister sur la nécessaire solidarité internationale entre les travailleurs-ses de tous les pays contre leurs gouvernements et l’UE.

Ne représentant pas une énorme avancée en termes d’intégration européenne, ce plan de relance n’enrayera ni les contradictions nationales, ni la dynamique de développement inégal qui sévit notamment dans la zone euro depuis sa création :

Les pays les moins développés subissent une érosion de leurs capacités industrielles du fait d’une monnaie unique qui pénalise leurs exportations dont la demande est très sensible à la valeur de la monnaie, tandis que les pays les plus « avancés » qui produisent des biens plus élevés en gamme profitent pleinement du faible coût des importations.

C’est ce développement inégal qui explique en partie la persistance des tensions concurren-tielles entre Etats dans l’UE. Ces tensions ne pourront que s’approfondir avec la stagnation économique qui va suivre la crise du covid.

Il faut en finir avec l’Union européenne. Mettre les institutions de l’UE au service des travailleurs-ses est un leurre.

Bien sûr, la seule rupture avec l’UE ne permet pas, à elle seule, une issue anticapitaliste à la crise. Mais les communistes révolutionnaires doivent intégrer la rupture avec l’UE à leur programme de sortie de crise.

Un gouvernement des travailleurs-ses devrait avoir tous les leviers de commande, et il ne pourrait pas accepter d’être entravé et saboté par l’UE. La rupture anticapitaliste avec l’UE n’est pas une déviation « nationaliste » : c’est une des conditions pour un gouvernement révolution-naire qui voudrait se donner tous les moyens de rompre avec l’ordre capitaliste.

En plus de la socialisation du système bancaire et des principaux moyens de production, le contrôle de la monnaie et le monopole du commerce extérieur sont par exemple indispensables pour enlever aux capitalistes leurs moyens de nuire, et cela implique de fait une rupture avec l’UE.

Malheureusement, la question de l’UE est toujours « tabou » dans l’extrême gauche qui associe toute rupture avec l’UE à une dérive « nationaliste », se réfugiant dans un communisme abstrait qui refuse de poser concrètement la question du pouvoir. (Extrait voir lein)

Dimanche 26 juillet 2020 Gaston Lefranc

https://npa2009.org/

Note:

Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation

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