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15 janvier 2019 ~ 0 Commentaire

casseurs (npa)

que fait

Une nouvelle loi « anticasseurs »?

Samedi après samedi, des milliers de gilets jaunes descendent dans la rue contre ce gouvernement haï pour sa politique d’injustice fiscale et sociale.

Alors que la répression atteint des sommets, le Premier ministre annonce le passage en février à l’Assemblée nationale d’une nouvelle loi anticasseurs.

Plus d’un millier de personnes ont déjà été blessées par des armes qui ne sont plus utilisées dans les pays voisins de la France car jugées trop dangereuses, comme le GLI-F4 ou le LBD 40.

La forte protection accordée par la loi aux policiers dans leur usage n’est pas étrangère au nombre de blessures sévères et aux mutilations.

Alors que Jacques Toubon, Défenseur des droits, demande depuis des mois leur interdiction, le ministère de l’Intérieur vient de commander 1280 de ces armes dites non létales ou à faible létalité (!). Devant l’impossibilité de nier les violences policières, l’IGPN déclare avoir été saisie de 200 faits et ouvrir une enquête pour 78 d’entre eux.

Au maintien de l’ordre musclé de la police s’ajoute la subordination de la justice, comme le dénoncent le Syndicat de la Magistrature et l’Union Syndicale des Magistrats. Ainsi, par exemple, on a vu à Paris la création d’une enceinte mobile de police judiciaire dédiée aux arrestations de masse afin de les traiter vite.

Suppression de la liberté de manifester 

Les projet de loi annoncé par Édouard Philippe multiplie les interdictions de manifester :

6 heures avant la manifestation, interdiction de manifester à toute personne qui refuse les fouilles et palpations dans un certain périmètre ;

Interdiction de manifester pour toute personne qui a déjà été condamnée pour violences,

Pour toute personne à l’égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue « une menace grave »,

pour toute personne « appartenant à un groupe ou entrant régulièrement en lien avec des individus facilitant la commission de faits violents ».

Ce sont les « notes blanches »des renseignements généraux, non sourcées et non signées, qui indiqueront les personnes concernées.

Évidemment, aucun recours possible à leur encontre ! Pourtant, les interdictions sont préven-tives et ne s’appuient que sur des suspicions, pas de preuve de délit. Les personnes interdites de défiler devront pointer au commissariat pendant la manifestation.

Elles seront inscrites au fichier TAJ (traitement des antécédents judiciaires) même si elles n’ont rien fait et qu’elles ressortent sans aucune poursuite du commissariat. Le fait de dissimuler son visage, même partiellement, devient un délit passible d’une peine d’emprisonnement, avec interpellation, garde à vue et jugement.

Le fait de participer à une manifestation non déclarée deviendrait lui aussi un délit. Et si des personnes sont condamnées dans ce cadre, elles risquent de devoir financer l’ensemble des éventuels dégâts matériels.

Fuite en avant autoritaire

Ce projet de loi est un pas supplémentaire vers l’interdiction de manifester dans la rue toute opposition au gouvernement. Les entraves multiples à la liberté de manifester peuvent, au total, concerner beaucoup de monde et compliquer fortement la vie personnelle et professionnelle de chacun et chacune.

Et, mais c’est bien sûr leur but, nuire à la construction d’un rapport de forces en faveur de notre camp. La mise en œuvre d’un État autoritaire passe toujours par la suppression des libertés de ceux et de celles d’en bas. L’urgence est de résister ensemble, Gilets jaunes, syndicats, asso-ciations, gauche politique, contre la répression qui s’abat chaque jour sur nous, et contre ce projet de loi « anticasseurs ».

Roseline Vachetta Mardi 15 janvier 2019

https://npa2009.org/

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15 janvier 2019 ~ 0 Commentaire

débat (ouest france)

macron

Macron veut davantage

« Responsabiliser » ceux « en situation de difficulté »

« Il y en a qui font bien, et il y en a qui déconnent », a ajouté le chef de l’État pendant le conseil municipal de Gasny, dans l’Eure, auquel il a participé avant de se rendre à Grand Bourgthe-roulde. L’opposition n’a pas tardé à réagir, dénonçant « une petite phrase qui va choquer les Français ».

Emmanuel Macron a affiché mardi sa volonté de davantage « responsabiliser » les personnes en situation de difficulté économique et financière en France, estimant que si certains « font bien », d’autres « déconnent ».

« Une partie du traitement de la pauvreté est dans les personnes qui vivent des situations de pauvreté, en les responsabilisant, en les aidant à s’en sortir, en les considérant », a dit le chef de l’État devant le conseil municipal de Gasny (Eure) où il a effectué une visite surprise.

« Ils sont tous acteurs »

La solution ne réside pas « dans le face-à-face entre ceux qui profiteraient d’un côté et ceux qui seraient les vaches à lait de l’autre, ce n’est pas vrai », a-t-il ajouté. « Elle est dans un travail collectif qui est très fin que font les travailleurs sociaux. Les gens en situation de difficulté, on va davantage les responsabiliser parce qu’il y en a qui font bien et il y en a qui déconnent mais ils sont tous acteurs ».

L’opposition réagit

Ces propos surviennent après deux mois de mouvement des Gilets jaunes qui réclament plus de pouvoir d’achat et de démocratie participative. Vendredi 11 janvier, le chef de l’État avait déjà suscité une vague d’indignation après avoir regretté que trop peu de Français avaient le « sens de l’effort ».

« J’ai envie de répondre au président : il y a des riches qui sont de bons citoyens et des riches qui déconnent, et qui déconnent gravement », a dit le Premier secrétaire du Parti Socialiste Olivier Faure. Pour le député Les Républicains (LR) Daniel Fasquelle, « c’est une petite phrase qui va choquer les Français, c’est même une petite phrase inadmissible, le président ne doit pas s’exprimer de cette façon-là. »

« Le président de la République est un exemple et doit donner l’exemple », a-t-il déclaré dans les couloirs de l’Assemblée. « S’il doit tenir ce genre de propos, il doit les tenir à l’égard de tous les Français, pas seulement en stigmatisant une fois de plus les Français les plus modestes ».

 15/01/2019

https://www.ouest-france.fr/

Commentaire: Faure du PS n’a honte de rien! Macron est le fils naturel de Hollande!

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15 janvier 2019 ~ 0 Commentaire

master (le monde)

selection

Même un master n’offre plus la certitude

D’une entrée facile sur le marché de l’emploi 

Comment interpréter les inquiétudes des étudiants en fin de cursus, à la lumière de ce que vous observez du monde du travail actuel ?

La plupart des étudiants sont assez angoissés à l’idée de finir leurs études, et cela est plutôt légitime lorsqu’on sait ce que le marché du travail leur réserve. Le diplôme n’a aujourd’hui plus une valeur en soi, si ce n’est pour une minorité d’étudiants en grandes écoles de commerce ou d’ingénieurs. La raison étant que, ces dernières années, la croissance continue du nombre de diplômés n’a pas été proportionnelle à celle des emplois disponibles sur le marché.

Il y a trente ans, la bataille se faisait entre ceux qui arrivaient à valider leur bac + 5 et les autres. Dans le contexte actuel, où de plus en plus de jeunes sont archi-diplomés, même un master n’offre plus la certitude d’une entrée facile sur le marché de l’emploi.

Qu’est-ce qui rend l’insertion des jeunes diplômés si difficile ?

Seuls une minorité d’établissements, les facultés de médecine notamment, organisent fortement le placement de leurs jeunes sur le marché du travail. Face au nombre de prétendants, que la plupart des secteurs n’ont pas le débit suffisant pour accueillir, l’accès à un stage professionnel ne découle plus naturellement d’une bonne réussite de ses études.

Ce qui rend plus grande encore la difficulté à se positionner par la suite dans le monde du travail. Avec des études de plus en plus longues, au fur et à mesure desquelles les attentes des étudiants s’accroissent, la connaissance du milieu professionnel s’est, elle, dramatiquement rétrécie. Dans ce contexte, les risques de déconvenue au moment où le marché produit son verdict sont souvent brutaux.

En France, 43% des jeunes diplômés de 25-29 ans considèrent qu’ils ont des difficultés « à joindre les deux bouts », selon des chiffres Eurostat, contre seulement 10% en Allemagne. La brutalité vient donc aussi, une fois dans la vie active, de cette confrontation à un niveau de vie en deça des attentes…

Oui, dès que les parents cessent d’aider leurs jeunes à soutenir leur niveau de vie, les difficultés adviennent. Le contexte actuel se caractérise par une forte croissance du nombre de diplômés par rapport aux postes qualifiés disponibles, un coût élevé de la vie dans les zones urbaines où les jeunes diplômés tentent de trouver des emplois à leur niveau, et bien évidemment de prix souvent prohibitifs du logement. Dans ce cadre, les jeunes diplômés français peinent à payer les dépenses nécessaires habituelles.

Le « reste à vivre » ne leur permet plus d’assumer les dépenses plus élaborées, considérées comme normales dans les classes moyennes (sortie, spectacle, vacances, etc.). Si le diplôme permet généralement d’échapper à la pauvreté, la faible valorisation relative de la jeunesse diplômée pourrait avoir des conséquences dramatiques sur le pessimisme français. Les efforts consentis par les parents pour offrir à leurs enfants de meilleurs diplômes ne permettent pas d’échapper au déclassement socio-économique.

Comment mieux préparer les étudiants à cette transition vers le monde professionnel ?

La valeur théorique des diplômes est bonne, leur valeur pratique dans le monde du travail est extrêmement réduite : c’est sur cela que l’enseignement supérieur français doit travailler. C’est un chemin que les grandes écoles de premier plan ont emprunté depuis longtemps, notamment en entretenant un lien très fort avec leurs réseaux d’anciens. Dans les secteurs plus précaires et universitaires, ces réseaux, très coûteux, sont bien moins étoffés et ne remplissent pas la mission essentielle de placement des étudiants.

Ils choisissent alors parfois de partir au Québec, au Royaume-Uni ou en Allemagne suivre un deuxième master, dans des institutions qui conservent une très forte connexion avec le marché du travail mais qui demeurent particulièrement onéreuses. Ce sont donc les étudiants les mieux armés par leur succès scolaire et par le soutien familial qui échappent le mieux à l’absence de transition en France.

Une citation de Sigmund Freud résume très bien, à mon sens, la situation française : « L’édu-cation pèche en ne préparant pas l’être jeune à l’agressivité dont il est destiné à être l’objet. (…) [Elle] ne se comporte pas autrement que si l’on équipait de vêtements d’été et de cartes des lacs italiens des gens partant pour une expédition polaire. » Il est urgent de fournir un nouvel équipe-ment aux étudiants français pour qu’ils puissent aborder plus sereinement cette expédition qu’est l’entrée dans l’emploi.

Le sociologue Louis Chauvel révèle les inégalités d’accès à une intégration rapide sur le marché du travail et dans la vie d’adulte pour les étudiants. Pour le sociologue Louis Chauvel, professeur à l’université du Luxembourg et auteur de l’essai La Spirale du déclassement (Seuil, 2016), l’accroissement continu du nombre de diplômés ne permet pas une insertion satisfaisante des étudiants sur le marché du travail.

Alice Raybaud

https://www.lemonde.fr/

Commentaire: Et si moins de jeunes faisaient des études? Macron a dû y penser!

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15 janvier 2019 ~ 0 Commentaire

santé guingamp (ouest france)

guing

Le comité de défense santé du pays de Guingamp rédige une lettre ouverte

Ce lundi 14 janvier 2019, le comité de défense santé du pays de Guingamp a publié une lettre ouverte. Celle-ci fait suite à l’arrêté pris par l’Agence régionale de santé accordant un sursis à la maternité de Guingamp (Côtes-d’Armor).

Le comité de défense santé du pays de Guingamp a rédigé une lettre ouverte « en retour à la décision de l’ARS pour le sursis de la maternité » . Pour le comité, « Le manque de moyens a abouti à une souffrance des personnels […] Le succès de l’idée du Conseil national de la résistance en octobre 1945 doit toujours résonner dans notre tête : chacun cotise selon ses moyens, chacun reçoit selon ses besoins » .

Il est écrit : « La mobilisation est nécessaire : « Qui ne se bat pas est sûr de perdre » , mais une mobilisation la plus large possible et faite pour durer car, partout la vigilance reste de mise ! »

Selon le comité, « Les différentes réformes vont aboutir à une concentration des activités autour des centres hospitaliers universitaires, avec un émiettement sur les sites périphériques : mater-nité, médecine, gériatrie… La psychiatrie est profondément remise en cause dans sa spécificité et elle ne sera plus en capacité de faire face aux besoins des patients. »

Aussi : « Dans cette organisation, le secteur privé va se tailler la part du lion en récupérant une partie des activités les plus rentables : chirurgie programmée, oncologie, etc. »

« Pas de réponses satisfaisantes »

Le comité estime que : « Les « solutions » avancées par la ministre dans sa feuille de route n’apporteront pas de réponses satisfaisantes aux besoins de soins. Par exemple, si l’ambu-latoire est intéressant dans certains cas, il ne peut aucunement être LA solution. »

L’enjeu de la télémédecine est abordé. « La télémédecine est un outil intéressant, notamment pour l’interprétation de radios ou d’examens de laboratoire ou pour la mise au point de proto-coles, mais la prise en charge d’un patient exige plus que la présence devant un écran. Quel médecin sera en capacité de répondre à distance vu la pénurie actuelle ? »

« Nous serons attentifs »

Dans cet écrit, il est noté : « Il nous faut donc continuer à nous battre pour défendre un maillage équilibré du territoire, des structures de proximité travaillant en coopération avec des établisse-ments plus spécialisés pour assurer la continuité de la prise en charge. Les groupements hos-pitaliers de territoire (GHT) ou les supra-GHT auront un rôle prépondérant pour restructurer et fusionner les structures hospitalières. »

Le comité interpelle : « C’est le financement de l’hôpital qu’il faut changer ! Car les tarifs des actes hospitaliers sont sous-évalués et ne peuvent « coller » à la réalité de chaque situation de travail. »

En conclusion : « Nous prenons note de la décision de l’ars de renouveler jusqu’au 31 juillet 2020, mais nous nous serons attentifs, a ce qui est pour l’instant un sursis deviennent une décision pérenne, pour toutes les familles du bassin de Guingamp. »

14/01/2019

https://www.ouest-france.fr/

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14 janvier 2019 ~ 0 Commentaire

débat (révolution permanente)

retoir macron

Foutage de gueule

Une lettre de Macron pour noyer la colère et diviser le mouvement

Le président avait promis d’écrire aux français. Longue et creuse, sa lettre annonce un débat cadré, conçu pour diviser la mobilisation, où les Gilets jaunes sont invités à choisir les modalités d’une régression sociale prévue d’avance. 

« Comment ne pas éprouver la fierté d’être Français ? »

Dans sa lettre, Macron commence par rappeler que la France était l’une des nations « les plus fraternelles » et les « plus libres », « puisque chacun est protégé dans ses droits et dans sa liberté d’opinion, de conscience, de croyance ou de philosophie. », avant de condamner la violence en rappelant que son refus est la condition pour avancer.

Les intentions du gouvernement sont donc claires, opposer de façon radicale le Grand débat aux manifestations des Gilets jaunes. Un moyen de siffler la fin de la partie, comme le souhaite le gouvernement. Surtout, le grand moment démocratique annoncé par Macron s’annonce particulièrement cadré.

« L’impôt, lorsqu’il est trop élevé, prive notre économie des ressources qui pourraient utilement s’investir dans les entreprises (…), nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises pour corriger cela. »

Ainsi, Macron a beau affirmer : « Pour moi, il n’y a pas de questions interdites. Nous ne serons pas d’accord sur tout, c’est normal, c’est la démocratie. Mais au moins montrerons-nous que nous sommes un peuple qui n’a pas peur de parler, d’échanger, de débattre. », les termes du débat sont fixés d’avance et orientés dans une direction précise, celle du projet du gouverne-ment que Macron défend depuis le début de son quinquennat.

L’exemple du thème des impôts est ainsi particulièrement criant.

Après avoir expliqué à mots couverts qu’on ne toucherait pas à l’ISF – reniant ainsi ce qu’il expliquait quelques lignes plus haut – le gouvernement invite les Gilets jaunes à proposer des baisses d’impôts. Mais attention ! Comme, selon Macron, « nous ne pouvons, quoi qu’il en soit, poursuivre les baisses d’impôt sans baisser le niveau global de notre dépense publique. » Il s’agit ensuite de discuter collectivement des services publics à supprimer ! Voilà l’idée du débat démocratique que se fait Macron : discutons tous ensemble des modalités d’une régression sociale déjà actée.

Les autres questions se déclinent autour de trois autres axes thématiques, « l’organisation de l’Etat et des collectivités publiques », « la transition écologique », « la démocratie et la citoyen-neté ». Différentes propositions sont ainsi égrainées sous forme de questions : renforcer la décentralisation, reconnaissance du vote blanc, vote obligatoire ou encore dose de proportionnelle aux législatives.

Macron roi de l’embrouille et de la division

On ressort de la lecture un peu embrouillé par la multiplicité des thèmes et les 35 questions, et c’est probablement l’objectif du gouvernement : noyer la colère des Gilets jaunes dans un débat touffu, tout en soumettant entièrement l’issue des discussions à la bonne volonté du gouverne-ment. Pour Macron l’objectif du Grand débat et de la lettre qui l’annonce est bien de légitimer la répression et de mettre un coup d’arrêt au mouvement en le canalisant sur un terrain institutionnel miné.

En outre, la déclinaison des axes thématiques se clôt sur deux thématiques « bonus » surprenantes: l’immigration et la laïcité.

Si sur la question des migrants, certains Gilets jaunes ont pu, localement, adopter des positions réellement problématiques, dans la plupart des mobilisations, la question de leur accueil et du respect de leurs droits est posé en opposition à ce gouvernement qui n’a rien à envier à la droite dure. Comme Sarkozy, à son époque, voilà Emmanuel Macron qui impose à sa façon une discussion sur « l’identité nationale », non sans avoir au préalable laissé Castaner s’époumoner à l’envi sur le fait que les mobilisations étaient pilotées par l’extrême droite. Cela ferait sourire, si tout ceci ne relevait pas de l’entourloupe chauvine et xénophobe.

Même chose sur la laïcité 

Une discussion absolument absente du mouvement mais pas de la réflexion de Macron et de ses ministres qui s’en servent pour servir les plats à la droite et à l’extrême droite en relayant à bon compte les préjugés islamophobes les plus éculés. Un moyen de diviser le mouvement autour de sujets clivants, instrumentalisés par le gouvernement pour dissiper une colère qui vise depuis le départ un seul ennemi : le gouvernement et les riches qu’il sert depuis le début de son quinquennat.

Un grand débat verrouillé et sans issue

A la veille du Grand débat, la lettre de Macron fait donc apparaître la démarche du gouverne-ment pour ce qu’elle est : une tentative de canalisation de la colère et de division du mouvement. Pourtant, la radicalité et le caractère massif des Actes 9 et 10 laissent penser que peu de Gilets jaunes seront dupes. Et pas qu’eux.

Le gouvernement ne compte même plus sur l’appui de la Commission Nationale sur le Débat Public (CNDP), pas plus que sur la majorité des maires, pour organiser une « discussion » verrouillée à l’avance. Ce lundi, Chantal Jouanno, présidente de la CNDP a affirmé que sa démission n’était en rien liée simplement au scandale autour de son salaire mais bien à la volonté de l’exécutif de reprendre la main, expliquant sur Twitter que : « Dès lors que le gouver-nement a décidé de reprendre le pilotage du Grand débat national, la CNDP qui est une autorité neutre et indépendante n’y a plus sa place ».

Il n’y a guère plus que Laurent Berger et la direction de la CFDT qui appellent le débat de leurs vœux, c’est dire…

Tel que cela se profile, Macron semble tout au plus, jouer la montre, avec son courrier et son « débat ». Reste à savoir si, sur ce plan-là, y compris, celui des « horloges », il va réussir. Rien n’est gagné car il a perdu, bien avant le 17 novembre, la maîtrise du calendrier.

Plus que jamais c’est dans la rue et sur les ronds-points, par l’élargissement du mouvement et sa structuration démocratique par en bas, à travers la contagion de la mobilisation, des ronds-points aux entreprises, aux lieux de travail et d’étude que le gouvernement pourra être vaincu.

Pablo Morao Lundi 14 janvier

http://www.revolutionpermanente.fr

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14 janvier 2019 ~ 0 Commentaire

très riches (ouest france)

macron

Impôts, taxes, prélèvements…

Les gagnants et les perdants des budgets Macron

Les mesures prises par Emmanuel Macron depuis son accession au pouvoir favorisent un peu les classes moyennes et beaucoup les très riches, selon une étude d’économistes. Au détriment des ménages modestes et des retraités aisés.

Une bonne nouvelle pour Emmanuel Macron : une étude vient contredire l’image de « président des riches » qui le poursuit depuis 2017. Une mauvaise : la même étude risque de lui valoir une nouvelle étiquette, celle de « président des très riches ».

L’Institut des politiques publiques (IPP) a mouliné les mesures touchant les ressources des ménages dans les budgets 2018 et 2019. Il en ressort que les baisses de taxes et impôts compensent le recul des prestations sociales (1,2 milliard de gains dans le budget 2019), mais ce bénéfice est très inégalement réparti.

Les 20 % les plus pauvres voient leurs ressources disponibles diminuer de 0,5 % à 1 % en deux ans. Pour les 60 % de ménages « intermédiaires », les ressources augmentent de près de 1 %. Au-dessus, 19 % des Français perdent 1 %. Mais les 1 % les plus riches gagnent, eux, 6 % en deux ans.

L’ISF plus que la flat tax

L’IPP zoome un peu plus pour mettre en évidence que ce sont les 0,4 % les plus riches qui concentrent les gains : 28 363 € en moyenne et même 86 290 € pour les 0,1 % les plus riches (pour une personne seule).

« C’est l’effet de la suppression de l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) qui a été remplacé par l’Impôt sur la fortune immobilière (IFI), analyse Brice Fabre, économiste à l’IPP. Bien plus que la flat tax sur les revenus des capitaux car elle s’accompagne d’une augmentation des prélèvements sociaux. »

Pour la plupart des Français, le gain le plus important est la baisse de la taxe d’habitation, dont sont exclus les 20 % les plus riches. D’autres en sont exclus: « Les 20 % les moins riches sont peu concernés car ils avaient déjà des dégrèvements, signale Brice Fabre. Il bénéficient peu, par ailleurs, de la baisse des cotisations sociales. »

En revanche, ils subissent sans contrepartie la hausse des taxes sur le carburant. La sous-revalorisation des prestations sociales les pénalise particulièrement. Quant aux allocations loge-ment, elles seront désormais calculées sur les revenus actuels et non plus sur ceux d’il y a deux ans. Ce qui revient à une baisse de près d’un milliard d’euros.

Les retraités perdent jusqu’à 3 % de revenu disponible (c’est le cas des 20 % les plus riches). Avec deux exceptions : les 1 % les plus riches qui profitent de la suppression de l’ISF et les retraités au minimum vieillesse, qui aura été augmenté à deux reprises. « Pour les retraités, il y a des pertes à tous les niveaux de revenus, constate Brice Fabre. Elles sont plus modérées au milieu grâce à la baisse de la taxe d’habitation. »

Even Vallerie 13/10/2018

https://www.ouest-france.fr/

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14 janvier 2019 ~ 0 Commentaire

saint nazaire (npa)

isf

Saint Nazaire

Comme dans tout le pays, la révolte des Gillets Jaunes s’est renforcée sur la région de St Nazaire.

Occupation de ronds points au pont, à Donges, Pontchâteau … Les actions de blocages aux Chantiers, à la raffinerie ont associé GJ, syndicalistes….

Le 1er décembre un appel de l’UL CGT a été rejoint par le mouvement GJ. Nous avons été 600 sous la pluie incessante. Des débrayages aux Chantiers de l’Atlantique ont vu sortir y compris des salarié-es des boites sous-traitantes. Le 14, ils ont été rejoints par les lycéen-nes sur le quai, bloquant un chargement.

Les 9 actes du mouvement ont été conséquents et pacifiques, sauf le 5 janvier. Une 50 taine de femmes GJ ont fait leur manif festive le dimanche 11. Le 8 /12, GJ et manif Climat se sont rejoints.

Si différents groupes sont organisés autour de Saint-Nazaire (Donges, St Brévin, Pontchâteau..) avec des différents « idéologiques » forts, le mouvement est maintenant fortement auto-organisé grâce à la Maison du Peuple.

C’est un local ex assedic, ex sous préfecture qui est occupé depuis le 24 novembre (audience d’expulsion le 16/01). Son nom fait référence à la Maison Du Peuple qui regroupait syndicats, assoc et théatre, jusqu’à ce que le maire en face un centre commercial.

De là s’organisent la coordination des ronds points, les AG quotidiennes à 18h, les groupes de réflexion, de travail (thèmes revendicatifs, salaires, richesse, services publiques / hôpital, école, transition énergétique, égalité homme /femme, répression) et le goûter du dimanche à 16h. Et certains soir, des conférences gesticulées et théâtre. Les échanges avec toute la France vont se formaliser la semaine prochaine à Commercy.

Cette richesse autour de la Maison du Peuple est due aux militant-es de tout âge et de tout origine sociale et de pensée. Si les 3 élus du FN ont tentés de participer au début, les antifa les ont dénoncés. Ils ne sont pas rentrés à la MdP. Et dès le départ, dans un « appel de Saint-Nazaire » les revendications sociales de la MdP ont été clairement posées.

Quelques militant-es CGT, jeunes anars, antifa, NPA, ATTAC s’investissent et apprennent beaucoup avec tout-es les participant-es. Mais la convergence – qui est indispensable pour gagner – entre Gilets jaunes et mouvement syndical reste très très limitée pour l’instant. “Le pouvoir au peuple” est la devise de tous et toutes.

Lundi 14 janvier 2019

https://npa2009.org/

Nantes

Environ 3 500 personnes ont manifesté à Nantes ce samedi, soit un peu plus que la semaine dernière. Manifestation très calme, défilé un peu au hasard dans les petites rues de la ville, car l’approche de la préfecture était impossible.

Beaucoup de manifestantEs sont « équipés », y compris dans des milieux populaires et non militants. Un slogan très largement suivi est « Nantes, debout, soulève-toi ! », propulsé par les antirep et autonomes de Nantes Révoltée.

Les flics ont décidé le début des hostilités au bout de 2 h en organisant un » traquenard » devant la banque de France où ils ont arrosé de lacrymos. Un peu de casse à partir de ce moment là (vitrines de banques, feux de poubelle) . Bref les chosent ce sont tendues… les flics nous visaient au flash ball… Plusieurs dizaines d’interpellations a priori.

Quelques organisations présentes : Solidaires, NPA, FI, Ensemble, AL, GDS. Des orgas présentes mais non identifiées : PCF, LO, Nantes Révoltée (à la manœuvre sur la tête de manif).

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13 janvier 2019 ~ 0 Commentaire

effort (le huffington post)

 

Lors de l’acte 9 des gilets jaunes à Paris, Le HuffPost a demandé

Aux manifestants ce qu’ils pensaient de l’allocution de la veille d’Emmanuel Macron.

 Encore une déclaration qui ne passe pas. Lors de l’acte IX des gilets jaunes, qui a rassemblé quelques milliers de personnes à Paris samedi 12 janvier, le HuffPost a demandé aux manifes-tants ce qu’ils pensaient de l’allocution d’Emmanuel Macron du vendredi 11 janvier.

Le président de la République s’est exprimé devant des maîtres-boulangers à l’occasion de la traditionnelle galette des rois de l’Elysée. Saluant les « métiers d’exigence » du secteur de la boulangerie, Emmanuel Macron a salué « le sens de l’effort et de l’engagement » de la profession notamment via la filière de l’apprentissage.

Voici ce qu’a dit le président: « Notre jeunesse a besoin qu’on lui enseigne un métier, un savoir et le sens de cet engagement qui fait qu’on n’a rien dans la vie si on n’a pas cet effort. Les troubles que notre société traverse sont aussi parfois dus, liés au fait que beaucoup trop de nos concito-yens pensent qu’on peut obtenir sans que cet effort soit apporté. Parfois on a trop souvent oublié qu’à côté des droits de chacun dans la République – et notre République n’a rien à envier à beaucoup d’autres – il y a des devoirs. Et s’il n’y a pas cet engagement et ce sens de l’effort, le fait que chaque citoyen apporte sa pierre à l’édifice par son engagement au travail, notre pays ne pourra jamais pleinement recouvrer sa force, sa cohésion, ce qui fait son histoire, son présent et son avenir. »

Une déclaration que certains gilets jaunes ont prise pour eux. Lors du mouvement de protes-tation, qui a eu lieu le lendemain de l’allocution du président, les manifestants ont confié au HuffPost les efforts qu’ils font déjà au quotidien.

« On baisse le chauffage, on ne va plus au restaurant, les gamins ne font plus de judo parce que ça coûte trop cher, a énuméré Cécile, une gilet jaune, comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d’article. Je travaille à l’hôpital de nuit et ma paie n’a pas augmenté depuis 15 ans, c’est une honte. »

12/01/2019  Lucie Hennequin Pierre Tremblay

https://www.huffingtonpost.fr/

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13 janvier 2019 ~ 0 Commentaire

la source de macron!

Georges Pompidou, 1er ministre mai 1968

Commentaire:

Repères chronologiques: Mai 1968, De Gaulle est président, Pompidou premier ministre. De Gaulle disparaît, il a fuit un temps à Baden-Baden chercher l’appui de l’armée d’occupation en Allemagne. 1969: De Gaulle perd un référendum  (en fait la droite n’en veut plus) démissionne et meurt en 1970.  Pompidou est élu à sa place, il gagne contre Poher (centriste breton). Le PCF fait son dernier grand score au premier tour. 1973 La gauche échoue aux législatives. 1974 Pompidou meurt et est remplacé par Giscard qui bat Mitterrand, revanche en 1981.

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13 janvier 2019 ~ 0 Commentaire

transports (l’arène nue)

Sans titre 1

Abandon du service public ferroviaire

Et moins-disant environnemental.

La question des transports est complexe, souvent technique. Qu’est-ce qui vous a conduit à traiter un tel sujet ?

Cela s’est fait un peu par hasard, pour être tout à fait franc. A la suite de mon doctorat en science politique en 2006, j’ai travaillé au service d’élus en charge des questions de transport. Je n’avais pas de compétence ni même d’appétence particulières sur le sujet, mais j’ai fini par acquérir une bonne vision d’ensemble des problématiques du secteur, quoiqu’à un niveau assez macro. J’ai par la suite travaillé pour le compte des CHSCT de la SNCF et j’ai pu y mesurer les incidences directes des politiques élaborées au niveau européen et national sur le travail et l’emploi des cheminotes et des cheminots.

C’est ce qui m’a conduit à écrire cette chronique de la libéralisation des transports. Ce qui se passe en effet dans ce secteur n’est jamais qu’une déclinaison de ce que les politiques néolibé-rales produisent globalement sur l’État social :

Désengagement de l’État, qu’il s’agisse de ses missions régaliennes d’aménagement du terri-toire par la fermeture programmée des petites lignes ferroviaires ; du manque d’investissement dans l’entretien du réseau ferré ; mise en place progressive de la concurrence ; transformation des entreprises publiques par le biais du new public management ; démantèlement des acquis sociaux par l’abandon du statut des cheminots et, enfin, transformation des usagers en «clients» par la marchandisation du service.

De fait, l’un des aspects majeurs de cette histoire, écrite le plus souvent à l’abri du débat citoyen, est la transformation néolibérale du « service public ». Il m’a semblé important de revenir sur cette notion, dans la mesure où elle a un sens particulier en France : historiquement, le « service public à la française », comme l’ont appelé les juristes, a émergé dès la fin du 19è siècle sous l’égide des premières municipalités socialistes et, plus tard, communistes ; ceci avant les gran-des nationalisations du Front Populaire et d’après-guerre, pour se substituer au marché défail-lant mais aussi pour faire contrepoids, au moins idéologiquement, au marché et à ses logiques. C’était le sens de la création de la SNCF le 1er janvier 1938 initiée par le Front Populaire.

Désormais, le service public ferroviaire est traité au prisme de l’efficience, de l’efficacité, de la performance économique. Il n’est plus le « service d’intérêt collectif qui fonde le lien social », selon la formule du juriste Léon Duguit, mais un service soumis à la logique de marché. Cette histoire est le fruit de la construction européenne, mais aussi de la transformation de la puis-sance publique, État comme collectivités, dont le rôle tend de plus en plus à se réduire à celui d’organisateur du marché.

Elle s’est également faite par la dépolitisation du sujet en le noyant sous des enjeux techniques et financiers très complexes qui sont autant d’obstacles à l’émergence d’un débat citoyen. C’est cette évolution profonde, inscrite dans une temporalité longue, la libéralisation des transports est inscrite dans le Traité de Rome, mais accélérée avec l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, que j’ai tenté de mettre au jour. D’où le titre provocateur de ce livre.

Vous expliquez que la SNCF est passé du statut d’entreprise publique à celui de « multinationale de la mobilité ». Qu’est-ce que cela signifie ? Que doit cette transformation à l’Union européenne ?

La grande transformation de la SNCF directement imputable aux politiques de l’UE est son découpage par activités. C’est tout le sens de la directive 91/440 que d’avoir séparé l’exploitation du service de la gestion de l’infrastructure. Les règles de la concurrence européennes ont poussé cette logique en découpant chaque activité de l’entreprise: TGV, trains Corail, trains régionaux, trains de fret, au nom de la sacro-sainte concurrence libre et non faussée interdisant tout mouvement financier interne. En clair, les bénéfices du TGV ne peuvent plus venir compenser l’activité fret, déficitaire.

Cette logique concurrentielle a précipité la transformation de l’entreprise publique, confortée également par la mise en œuvre du new public management (nouveau management public), c’est-à-dire l’importation de la logique du privé et de sa « gouvernance par les nombres », pour reprendre la formule bien sentie d’Alain Supiot. Cette transformation de type capitalistique a été facilitée par l’action de « patrons d’État » qu’analyse Pierre Bourdieu dans La Noblesse d’État, et dont la mission a consisté ici à mettre les valeurs du service public au service de la création de valeur, c’est-à-dire la recherche du profit.

Guillaume Pepy, pour ne citer que lui, a en effet toujours pris soin de présenter les évolutions managériales de l’entreprise en évitant le langage ordinaire du discours libéral. Il est parvenu depuis son accession à la présidence de la SNCF à achever de la transformer à grande vitesse en une multinationale de la « mobilité », en diversifiant les activités de l’entreprise : au-delà du ferroviaire, la SNCF est en effet particulièrement active dans le transport urbain, les cars Macron, le covoiturage, le transport routier, la gestion de parkings, le digital et l’international. La SNCF n’y réalisait que 12% de son chiffre d’affaires en 2006 ; d’ici quelques années, cette part devrait atteindre 50 %. Et en vingt ans, le nombre des filiales de droit privé est passé de 350 à plus de 1 000, dont plusieurs font directement concurrence aux activités historiques de l’entreprise et donc aux cheminots.

Vous expliquez que « les transports en commun ont longtemps été un support de l’organisation inégalitaire de la société et évoquez un actuel « retour à la troisième classe ». Qu’est-ce que cela signifie ?

Les inégalités sociales s’objectivent de mille et une façons, mais certaines sautent davantage aux yeux que d’autres. Aux premiers temps de la vapeur jusqu’à la construction de l’État social, le transport a été un moyen d’objectiver ces inégalités sociales, avec l’institution de la 3e classe, caractérisée par un confort rudimentaire et un allongement des temps de parcours. La consoli-dation de l’État social après 1945 va permettre d’introduire plus d’égalité dans l’accès aux trans-ports, notamment via la suppression de la 3e classe et celle de la 1ère classe dans le métro, avant qu’elle ne le soit progressivement supprimée dans les trains régionaux.

La libéralisation des transports, qui va faire son grand retour dès les années 1980 dans le transport aérien, nous renvoie directement aux problématiques héritées du 19è siècle. La 3e classe fait peau neuve, mais sans être jamais nommée de la sorte, les armes du marketing se sont affûtées depuis. Nommée par termes plus feutrés de « classe éco » ou encore de « low cost », elle n’en est pas moins une résurgence directe des pratiques d’autrefois.

À une différence notable près : le transport en 3e classe n’est plus désormais seulement affaire de confort ou de vitesse de déplacement : il se caractérise aussi par la dégradation simultanée de la qualité de service rendu aux usagers et des conditions de travail des salariés. Le cas le plus emblématique de ce phénomène est certainement la compagnie Ryanair, qui défraie régu-lièrement la chronique. Le retour de la 3e classe ne se limite plus désormais à l’aérien, il s’étend à d’autres secteurs du transport.

La SNCF engagée dans une logique concurrentielle ne pouvait en effet s’en désintéresser : c’est ainsi que sont apparus en 2013 les TGV low cost « Ouigo », qui offrent le confort d’un TER et qui desservent essentiellement les gares périphériques des grandes métropoles. Le transport libéralisé par autocar, les « cars Macron « , marque quant à lui l’allongement substantiel des temps de parcours par rapport au train. De sorte que le transport redevient à nouveau un moyen d’objectivation des différences de classe.

Que pensez-vous du processus en cours d’ouverture à la concurrence du secteur des transports ? Faut-il craindre une privatisation de la SNCF ?

Il faut déjà rappeler que les transformations néolibérales des grandes entreprises publiques (SNCF, la Poste, France Telecom, etc.) se font avec l’aval de l’État, qui organise le marché et ses logiques.

Dans le domaine des transports, on assiste du reste à une situation pour le moins ubuesque puisque l’État, via ses compagnies, en est réduit à faire exister un marché qui peinerait visible-ment à exister sans lui. Je prends l’exemple dans mon livre de la concurrence dans les trans-ports urbains, qui est vraiment frappante. Une bataille fait rage entre différents groupes publics : la RATP, via sa filiale RATP Dev, fait concurrence à Keolis, filiale de la SNCF, laquelle fait concurrence à Transdev, filiale de la Caisse des dépôts…

La conséquence « logique » de ce processus est de rendre au marché ce qui lui appartient, et donc d’organiser la privatisation de ces groupes. Les annonces récentes du gouvernement sur sa stratégie de privatisation de différents groupes publics, à l’instar d’Aéroports de Paris, de la Poste ou de la Française des Jeux, est là pour en témoigner. La transformation du groupe SNCF en société anonyme en constitue le premier jalon. Si le Gouvernement et sa majorité parlemen-taire jurent la main sur le cœur qu’il n’est pas question d’une privatisation, une simple modifica-tion législative permettrait de s’engager sur cette voie dans un futur proche.

Il n’y aurait rien de surprenant à voir cette question évoluer dans les années à venir, sauf à imaginer une autre majorité politique que celles qui se sont succédé ces dernières décennies.

Pour finir, alors que Nicolas Hulot vient de démissionner de ses fonctions de ministre de l’Écologie, que pouvez-vous nous dire des conséquences environnementales de l’actuelle politique de libéralisation des transports ?

Le moins que l’on puisse dire est qu’elles ne sont pas franchement vertueuses… On peut notamment imputer directement à la libéralisation des systèmes de transport la situation quasi hégémonique du transport routier, tout particulièrement dans le secteur des marchandises. La France a du reste été pionnière en la matière, en libéralisant le secteur dès 1986. La concurrence créée va rapidement doper le moins-disant social.

Les chauffeurs routiers, qui ont alors le plus souvent le statut d’artisans, vont progressivement être les sous-traitants des grands groupes, avec tout ce que cela emporte en termes de droit du travail et d’accidentologie. L’élargissement de l’UE va provoquer un second bouleversement du secteur avec le « cabotage », cette règle qui permet aux poids-lourds de charger et de déchar-ger dans un pays tiers dans les conditions sociales du pays d’origine. C’est l’organisation à grande échelle du dumping social. Et le nouveau paquet « Mobilité », actuellement en cours de discussion, n’est pas conçu pour enrayer cette logique.

De sorte que la part du routier dans le transport de marchandises représente aujourd’hui près de 90%, alors qu’elle n’était que de 30 % au début des années 1950 et de 45 % en 1978. Le fret ferroviaire, pourtant le plus écologique, est la grande victime de cette concurrence sauvage, subissant pour sa part des contraintes financières bien supérieures au mode routier. Au passage, sa libéralisation en 2006, présentée à l’époque comme le moyen de restaurer sa compétitivité, n’a en rien permis d’enrayer son déclin.

La concurrence entre le rail et la route a été ensuite instituée dans le transport de voyageurs. Les cars Macron feront ainsi leur apparition dès 2015, permettant des trajets de ville à ville d’un même pays, là où la législation ne permettait auparavant que des liaisons internationales. Ils viennent de fait concurrencer le train. Sur la question de l’impact environnemental de cette concurrence entre la route et le rail, un bilan gagnerait à être réalisé, sachant que, selon l’ADEME, un car émet 18 fois plus de CO2 qu’un TGV et consomme presque 7 fois plus de KEP (kg équivalent pétrole).

En France, le secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre n’est autre que le secteur des transports, culminant avec 30% des émissions totales, loin devant l’industrie manufacturière et les déchets ou l’agriculture. Et cette tendance n’est pas à la baisse : la part de la pollution géné-rée par les transports a crû de près de 10 points depuis 1990. Ses émissions proviennent à 95% du transport routier. Le diesel est à lui seul source de 84 % de ces rejets polluants.

J’ai été frappé de constater que ce point n’a pratiquement pas été soulevé à la suite de la démission de Nicolas Hulot, en dépit de la forte mobilisation que l’on a observée pour inciter le gouvernement à changer de cap. J’insiste sur ce point : en matière de lutte contre la pollution, rien de sérieux ne peut se faire en France si l’on ne s’attaque pas vraiment au quasi-monopole du mode routier et si l’on ne remet pas le ferroviaire au cœur des problématiques de transport.

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Entretien avec Laurent Kestel, En Marche forcée. Une chronique de la libéralisation des transports : SNCF, cars Macron et quelques autres, Paris, Éditions Raisons d’agir, 2018.

Cet entretien est paru initialement sur le blog « L’arène nue ».

On pourra également lire un extrait du livre ici. 

Laurent Kestel 12 janvier 2019

http://www.contretemps.eu/

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