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03 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Afrique 50 De sable et de sang (Cadtm)

Afrique 50  De sable et de sang (Cadtm) dans Anticolonialisme vautier

UN LIVRE-FILMS dans la collection « Mémoire populaire »

Dans ce livre, René Vautier, qui réalisera plus tard « Avoir 20 ans dans les Aurès », raconte l’aventure extraordinaire du tournage d’Afrique 50 (que vous pouvez voir dans le DVD). Le pamphlet époustouflant d’un jeune cinéaste de 20 ans qui voulait témoigner de ce qu’il voyait en Afrique et qui le révoltait. Ce récit trépidant et plein d’humour, accompagné de textes d’historiens et d’illustrations de l’époque, nous amène à réfléchir sur l’héritage et la colonisation et le rôle fondamental du cinéma. Le DVD contient les films AFRIQUE 50 (de René Vautier) et DE SABLE ET DE SANG (de Michel Le Thomas avec René Vautier), ainsi que des compléments (144 mn de vidéo au total).  Livre 134 pages – illustrations couleurs – carnet photos

LE LIVRE

A partir du récit du tournage mouvementé d’Afrique 50 et des lettres personnelles de René Vautier écrites à l’époque, des textes viennent éclairer le contexte historique du tournage et la trajectoire si particulière de René Vautier dans l’histoire du cinéma documentaire.
Les choix et les gestes de René Vautier supposent une conception entièrement renouvelée du cinéma, comme nous le montre Nicole Brenez, historienne du cinéma. Chacun de ses films constituent un pamphlet, un bouclier pour les opprimés et les victimes de l’histoire, une petite machine de guerre en faveur de la justice. Alain Ruscio, historien de la colonisation, souligne quant à lui le contexte historique du tournage dans une Afrique à la veille des luttes pour son indépendance et analyse l’imagerie coloniale à travers des illustrations d’époque. Enfin, Damien Millet, porte-parole du CADTM France (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde) nous parle de l’Afrique d’aujourd’hui et questionne l’histoire de la dette et les différentes responsabilités dans cet engrenage infernal organisant la domination des peuples du Sud au profit des créanciers et des entreprises multinationales.

Commandez Afrique 50 + De sable et de sang (LIVRE-DVD) !

Prix de vente : 22 euros + 3€ de frais de port si envoi postal (rajouter 1€ par livre supplémentaire)
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Belgique : CADTM, 345 Avenue de l’Observatoire, 4000 Liège. Tél : 32 (0)4 226 62 85. Contact : commandes@cadtm.org
France : CADTM, 21 rue de la Feularde, 45800 St Jean de Braye. Contact : commandes@cadtm.org
Autres pays : CADTM (secrétariat international), 345 Avenue de l’Observatoire, 4000 Liège, Belgique. Tél : 32 (0)4 226 62 85. Contact : commandes@cadtm.org

http://cadtm.org/Afrique-50-De-sable-et-de-sang

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03 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

La Révolution d’Octobre, (presque) 100 ans après (1)

La Révolution d’Octobre, (presque) 100 ans après (1) dans Histoire kustodiev_the_bolshevik

La Révolution russe d’octobre 1917 fut l’événement le plus marquant du XXe siècle. Mais puisque ce sont les gagnants qui écrivent l’histoire, il est peu connu que cette révolution n’était que l’ouverture d’une immense vague de contestation du capitalisme qui a balayé tout le monde industriel, suscitant de puissants échos également dans le monde colonial. Partout entre 1918 et 1921 les effectifs syndicaux et les journées de grèves ont atteint des records historiques, tandis que se gonflaient les rangs de l’aile révolutionnaire des partis socialistes.

L’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie et la Finlande ont connu des révolutions, dont la force motrice était la classe ouvrière. Des situations portant un potentiel révolutionnaire réel et immédiat ont surgi en Italie et dans des régions de Pologne et de France. Dans un mémorandum à la Conférence de paix à Versailles en 1919, le Premier Ministre britannique, Lloyd George, a écrit : « L’Europe entière est d’une humeur révolutionnaire. Les travailleurs ressentent une insatisfaction profonde des conditions de vie, telles qu’elles étaient avant la guerre. Ils sont remplis de colère et d’indignation. Tout l’ordre social, politique et économique existant est remis en question par les masses populaires d’un bout de l’Europe à l’autre.» (1)

Mais partout, sauf en Russie, la vague révolutionnaire a été refoulée (2). Cet échec est à l’origine de la montée subséquente du fascisme (qui jouissait partout de la sympathie, et souvent de l’appui financier, du patronat) et aussi du totalitarisme stalinien. Rosa Luxemburg, assassinée en janvier 1919 par des forces proto-fascistes allemandes, a correctement formulé l’alternative qui confrontait l’humanité comme « socialisme ou barbarie » (3). Mais si le rapport entre l’échec de la vague révolutionnaire à l’Ouest et la montée du fascisme est assez clair, le lien avec la montée du stalinisme est moins bien compris.

La Russie a connu deux révolutions en 1917, l’une en février, l’autre en octobre. En renversant la monarchie et son régime totalitaire (4) en février, les classes populaires n’avaient pas l’intention de remettre en cause le capitalisme. Cela explique pourquoi elles ont permis aux libéraux, représentants politiques des classes possédantes, de former le gouvernement provisoire. Les buts des travailleurs et des paysans étaient : une république démocratique, une réforme agraire (expropriation des terres de l’aristocratie et leur distribution aux paysans), le renoncement aux buts impérialistes de la guerre mondiale en faveur de la recherche active d’une paix démocratique et juste, et, finalement, la journée de travail de huit heures.

Les divers partis socialistes, y compris la majorité des Bolcheviks, ont appuyé le gouvernement libéral. Mais après le retour en Russie de Lénine au début d’avril le parti a rapidement changé de position. Si Lénine a pu si facilement conduire ce revirement, c’est parce que la base et les directions intermédiaires du parti, en très grande majorité ouvrières, avaient depuis longtemps conclu, sur la base de leur expérience historique et toute récente, que les classes possédantes étaient opposées à la démocratie et partisanes ferventes de l’impérialisme russe. Selon cette analyse, que la direction bolchevique avait temporairement abandonnée dans l’euphorie d’unité nationale apparente suivant la Révolution de février, la révolution ne pourrait gagner que si elle était dirigée par un gouvernement ouvrier et paysan et en opposition aux classes possédantes.

Ce que Lénine a apporté de vraiment nouveau pour les Bolcheviks en avril 1917 (ses fameuses « Thèses d’avril ») c’était son appel à la révolution socialiste en Russie. Il avait adopté cette position en 1915 sur la base d’une analyse des possibilités révolutionnaires immédiates ouvertes par la guerre mondiale dans les pays participants. Mais bien avant Lénine, Trotski, parmi d’autres militants de l’aile gauche du socialisme russe (5), avait conclu que la révolution en Russie, quelque soient ses buts initiaux, ne gagnerait que si elle renversait le capitalisme.

A partir de la fin d’avril, les Bolcheviks appelaient à la formation d’un gouvernement des soviets, ces conseils élus par les ouvriers et les soldats (ces derniers dans leur écrasante majorité recrutés dans la paysannerie) durant la Révolution de février. Ce serait un gouvernement exclusivement des classes populaires, qui priverait les classes possédantes du droit de représentation politique. Initialement cette position a attiré peu de soutien populaire. On jugeait qu’elle aliénerait gratuitement les classes possédantes, qui semblaient s’être ralliées à la révolution en février ; que cela provoquerait une guerre civile, que personne ne souhaitait. Les métallos de Petrograd, le noyau radical du mouvement ouvrier, faisaient exception. Dans certains quartiers industriels les soviets ont appelé au pouvoir soviétique dès la Révolution de février.

Mais après huit mois d’inaction et de sabotage de la part du gouvernement provisoire libéral, et face au danger imminent d’un soulèvement contre-révolutionnaire militaire appuyé par un lock-out déguisé des patrons, les masses populaires ont pu se convaincre de la justesse de la position bolchevique. Partout on exigeait le transfert immédiat du pouvoir aux soviets, ce qui a été fait le 25 octobre presque sans effusion de sang.

De ce point de vue, la Révolution d’octobre peut être vue comme un acte en défense de la Révolution démocratique de février face au danger imminent de contre-révolution. Mais puisque cette seconde révolution étaient dirigée contre les classes possédantes, elle portait en elle une dynamique anticapitaliste claire. En même temps, la Révolution d’octobre était bien plus qu’un acte de défense. Elle s’est faite également dans l’espoir d’inspirer les classes populaires en Occident à suivre l’exemple russe. Ce n’était pas la simple expression d’un idéalisme internationaliste. C’était vu comme une condition fondamentale de survie de la révolution.

http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php?option=com_content&view=article&id=909:la-revolution-doctobre-90-ans-apres&catid=98:R%C3%A9volutions&Itemid=53

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03 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

La Révolution d’Octobre, (presque) 100 ans après (2)

La Révolution d’Octobre, (presque) 100 ans après (2) dans Histoire 1917bolshevikregiment

La survie de la révolution

En bons marxistes, les bolcheviks considéraient que la Russie, pays pauvre et très majoritairement paysan, ne possédait pas les conditions matérielles et politiques du socialisme. La Russie avait besoin de l’aide de pays socialistes développés pour réaliser une transformation socialiste. Mais il y avait d’autres problèmes encore plus urgents qui ne pouvaient trouver leur solution sans l’aide de révolutions à l’Ouest. Pour commencer, les États impérialistes n’accepteraient jamais une révolution socialiste en Russie. Et, en fait, tous les pays industriels (et quelques-uns peu industrialisés) ont envoyé des troupes contre les soviets et/ou ont financé les forces contre-révolutionnaires indigènes. Ils ont également érigé un blocus économique et diplomatique autour de l’État soviétique.

L’autre problème immédiat était la paysannerie, 85 % de la population. Elle appuyait les Bolcheviks dans la mesure où ceux-ci permettraient aux paysans de réaliser la réforme agraire et retireraient le pays de la guerre impérialiste. Mais comme classe, les paysans (et notamment les paysans riches et moyens, ces derniers étant majoritaires) n’étaient pas spontanément collectivistes. La terre distribuée, ils risquaient fort de se retourner contre les travailleurs, qui seraient forcés d’adopter des mesures collectivistes pour défendre la révolution et assurer leur propre survie.

Cette analyse n’était pas limitée à la direction du Parti bolchevique. Elle était largement partagée par les masses ouvrières, qui suivaient attentivement les péripéties des luttes à l’Ouest. Même les Mencheviks, marxistes « orthodoxes » qui en octobre avaient refusé d’appuyer la nouvelle révolution parce que les conditions du socialisme manquaient, ont fini par s’y rallier dès que la révolution a éclaté en Allemagne en décembre 1918. A leurs yeux cela rendait enfin viable la révolution socialiste en Russie.

Contre toute attente, la révolution en Russie, qui a dû organiser à partir de zéro une armée dans des conditions d’effondrement économique, a survécu malgré son isolement. Cela a été rendu possible en grande partie grâce à la montée ouvrière en Occident, qui a limité la capacité d’intervention directe des États capitalistes. Comme l’explique un historien américain, « Les hommes d’État à Paris étaient assis sur une mince croûte de terrain solide, sous laquelle bouillonnaient les forces volcanique de bouleversement social… Il y avait donc une raison absolument convaincante expliquant pourquoi les puissances alliées ne pouvaient satisfaire les attentes des Russes blancs en intervenant avec un plus grand nombre de troupes : il n’y avait pas de troupes fiables. L’opinion commune des grands hommes d’État et des généraux, c’est que la tentative d’envoyer un grand nombre de soldats en Russie finirait probablement en mutinerie. » (6)

A Winston Churchill, qui demandait avec insistance l’envoi de plus de troupes en Russie, Lloyd George a répondu que, s’il faisait cela, « la Grande-Bretagne elle-même deviendra bolchevique et nous aurons des soviets à Londres. » Il exagérait sans doute le danger imminent de la révolution, mais le refus des travailleurs portuaires de charger les armes, les manifestations de masse à travers le pays, la menace immédiate d’une grève générale et l’allusion à des actions encore plus décisives qui se préparaient (350 conseils locaux ont été constitués et attendaient impatiemment le mot d’ordre de commencer) — tout cela a empêché une intervention d’envergure avec la France en août 1920 du côté des forces polonaises. Ce geste désintéressé, peu dans le caractère de la direction majoritairement réformiste du Parti travailliste, donne la mesure de la période. Cette mobilisation a apporté une contribution directe et importante à la survie de la révolution en Russie.

La révolution a également résisté à l’hostilité des paysans, aliénés par le monopole de grain du gouvernement et par la réquisition sans contrepartie de leurs surplus, et souvent aussi de ce qui n’était pas en surplus. Mais les paysans comprenaient aussi que les bolcheviks étaient la seule force capable d’organiser la victoire sur la contre-révolution, qui aurait noyé la réforme agraire dans un bain de sang paysan (7). Ainsi, un grand soulèvement paysan a éclaté dans la région centrale de la Volga (au sud-est de Moscou) au printemps 1919. Cet été le général blanc Denikine a lancé une offensive majeure à partir du sud, comptant sur le soutien des paysans révoltés. Pour les bolcheviks c’était le moment le plus désespéré de la guerre civile. Et ils ont tenté tout — répression, propagande, allégement du fardeau fiscal des paysans moyens, amnistie pour les paysans qui ont « par inconscience » adhéré à la révolte. Le tout sans effet.

Le tournant est arrivé seulement lorsque Denikine s’est approché de Moscou et que le danger d’un retour des grands propriétaires était devenu tangible pour les paysans. A ce moment la révolte est partie en fumée et près d’un million de déserteurs paysans ont volontairement regagné les rangs de l’Armée rouge (8).

Mais la victoire, après trois ans de guerre civile et d’intervention étrangère, fut payée d’un prix terrible : des millions de morts, la plupart emportés par la faim et l’épidémie ; une économie dévastée ; une classe ouvrière, force motrice de la révolution, dispersée et exsangue. Avec l’isolement international de la révolution, cela constituait le terrain socio-politique qui allait nourrir la montée de la dictature bureaucratique dans les années suivantes. Pour cette raison, Staline, faisant fi de l’analyse marxiste, a affirmé en 1924 la possibilité de construire le socialisme dans la Russie isolée. Entre autres, cette nouvelle « théorie » servait de justification à la subordination des partis communistes étrangers aux intérêts de l’élite bureaucratique russe, une politique qui demandait l’abandon par ces partis de leur mission révolutionnaire. Le régime bureaucratique, qui allait écraser sa propre classe ouvrière sous les rouages de sa machine répressive et qui la maintiendrait atomisée pendant six décennie, n’était aucunement intéressé à des révolutions à l’étranger, et surtout pas en Occident. En fait, il y voyait un danger mortel.

« Ils ont osé » Appuyant la demande des comités d’usine au printemps 1918 de nationaliser les entreprises industrielles — mesure qui n’avait pas été prévue en octobre par les Bolcheviks (9) — un militant a expliqué : « Les conditions étaient telles que les comités d’usines ont pris le plein contrôle des entreprises. C’était la conséquence de tout le développement de notre révolution, le résultat inévitable de la lutte de classe qui se déroulait. Le prolétariat ne s’est pas tellement avancé vers cela que les circonstances elles-mêmes l’y ont amené. Il a dû simplement faire ce que dans la situation donnée il ne pouvait pas refuser de faire.

« Et quelque terrible que cela puisse paraître à plusieurs, cela signifie l’écartement total des capitalistes de la gestion de l’économie. Oui, cela veut dire des “expériences socialistes”, comme nos adversaires aiment nous le lancer en se moquant de nous… Oui, nous devons le dire : ce que la classe ouvrière de la Russie a dû faire c’est la suppression du capitalisme et la reconstruction de notre économie sur une nouvelle base socialiste. Et puisque cela se fait par la classe ouvrière et que les capitalistes sont écartés au cours de la lutte révolutionnaire, cela doit devenir la régulation socialiste…» Cela sera-t-il une nouvelle Commune de Paris (10) ou amènera-t-il au socialisme mondial — cela dépend des circonstances internationales. Mais nous n’avons absolument pas d’autre alternative » (11).

Même 100 ans plus tard, il est trop tôt pour tracer le bilan définitif de la Révolution d’octobre d’un point de vue socialiste. Mais maintenant, alors que rien ne semble rester de la Révolution d’octobre (l’avenir montrera si c’est une illusion), on peut au moins dire : « Acculés au mur, ils ont osé ». Ils se sont lancés dans une contre-offensive audacieuse qui avait une chance de gagner, au lieu de se replier dans une tactique défensive impuissante. Aujourd’hui, lorsque la survie même de l’humanité est en jeu, il y a sûrement encore quelque chose à apprendre à cette révolution.

http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php?option=com_content&view=article&id=909:la-revolution-doctobre-90-ans-apres&catid=98:R%C3%A9volutions&Itemid=53

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03 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Poilus fusillés : un siècle de mensonges (LO)

Poilus fusillés : un siècle de mensonges (LO) dans Antimilitarisme fusill-s-mutineries-14-18

Une commission officielle est en train de réfléchir à la réhabilitation des soldats de la guerre de 1914-18 qui ont été fusillés sur décision de cours martiales.

Certains avaient peur de sortir de leur tranchée, d’autres se sont rebellés contre les ordres absurdes et meurtriers de la hiérarchie, et d’autres encore se sont activement mutinés contre la continuation de la guerre. Un siècle après, ce n’est pas trop tôt !

Par contre l’État ne s’est jamais penché sur le cas des dirigeants de l’époque qui ont précipité tant d’ouvriers et de paysans dans la première grande boucherie mondiale. Ni sur celui des généraux qui, par aveuglement ou pour leur seule gloire personnelle, ont envoyé à la mort des vagues d’assaut entières. Ils étaient pourtant coupables de crimes de masse. 2 octobre 2013

http://www.lutte-ouvriere.org/notre-actualite/breves/#1

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01 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Le 2 octobre 1968, le massacre de Tlatelolco (LPJ)

Le 2 octobre 1968, le massacre de Tlatelolco (LPJ) dans Histoire 487861

En 1968, la jeunesse du monde entier est en ébullition. Au Mexique, la contestation étudiante fait perdre ses nerfs au gouvernement et débouche, finalement, sur un bain de sang…

Aux origines de la colère étudiante
Le 25 juillet 1968, les forces de l’ordre interviennent violemment. Le lendemain, les étudiants descendent dans la rue pour protester contre ces brutalités policières. L’intervention de la police déclenche une émeute et des affrontements. Les 29 et 30 juillet, de nouveaux heurts font un mort et plusieurs blessés parmi les manifestants alors que plus d’un millier de personnes sont arrêtées et que la police occupe quatre grandes écoles. Le 8 août, les étudiants de l’UNAM et de l’Institut Polytechnique National appellent à la grève et annoncent des manifestations de masse si le gouvernement ne satisfait pas leurs revendications: démission des chefs de la police, dissolution de la police anti-émeutes, restauration de l’autonomie de l’université, libération de tous les prisonniers politiques, dédommagements pour les familles des étudiants tués ou blessés, et abolition d’un article de loi permettant de poursuivre tout Mexicain contestant le régime. Un Comité national de grève est mis sur pied. Ses membres cherchent à associer la population à la lutte en cours. Ils créent, pour ce faire, des « brigades politiques », groupes de quatre ou cinq étudiants qui distribuent des tracts, invitant la population à se joindre à cette lutte et demandant des soutiens financiers. Fin août, le fossé se creuse encore entre les étudiants et les autorités gouvernementales: le président Diaz Ortaz, tout en faisant quelques concessions verbales, avertit qu’il n’hésitera pas à utiliser toute la force nécessaire pour ramener l’ordre. Il ne plaisante pas.

Le massacre de Tlatelolco
Le 13 septembre, les étudiants organisent une marche silencieuse. Des centaines de milliers de personnes y participent. Les plus jeunes se sont collés du ruban adhésif sur la bouche pour ne pas rompre le silence. Au fur et à mesure que le cortège avance, les passants rejoignent les marcheurs. Le seul bruit produit par les centaines de milliers de manifestants provient du son des pieds frappant le sol. Cette marche effraie les gouvernants mexicains qui y voient le prélude à un mouvement général qui pourrait leur échapper. Ils décident de briser la contestation. Le 2 octobre, les étudiants se réunissent pour un meeting sur la place des Trois-Cultures dans le quartier de Tlatelolco. La police entoure la place et y dispose plus de cinq cents tanks. Des tireurs disposés sur les toits commencent à tirer sur la foule tandis que les chars et les mitrailleuses entrent en action. Les autorités parlent alors de vingt-sept morts, on est loin du compte: on parle aujourd’hui de deux cent soixante quinze victimes.

Le silence assourdissant de la communauté internationale
Le massacre de Tlatelolco soulève peu de réactions internationales. Le président du CIO annonce que les Jeux Olympiques se tiendront comme prévu, dix jours plus tard. Par ailleurs, le lendemain même du massacre, les ministres européens et les représentants du FMI accordent un prêt au Mexique, ce qui constitue un gage de confiance pour ses dirigeants qui ont su restaurer l’ordre dans leur pays. Le pire est certainement l’attitude des gouvernants mexicains qui nieront pendant des années leurs responsabilités dans ce massacre. Certains contesteront même son existence…

Olivier CHARPENTIER (www.lepetitjournal.com/mexico) mercredi 8 février 2012

http://www.lepetitjournal.com/mexico/societe/histoire-et-traditions/94919-massacre-de-tlatelolco-quand-le-mai-68-mexicain-tournait-mal

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27 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Lip : « On faisait de l’autogestion sans le savoir »

Lip : « On faisait de l’autogestion sans le savoir » dans Histoire lip-h

À l’époque syndicaliste dans l’usine Lip de Besançon, Charles Piaget a été un des principaux animateurs de la grande lutte de 1973. Toujours actif, il est aujourd’hui militant dans une association de lutte contre le chômage. Quarante ans après la grande manifestation des Lip, nous revenons avec lui sur ce conflit important de l’après-68 qui garde toute son actualité.

Quel fut le point de départ de la lutte des Lip ?
Il y a eu un travail de 15 ans avant 68 pour construire et faire vivre un collectif au sein de l’entreprise. Pendant cette période, le fonctionne- ment syndical habituel a été remis en question. La démocratie s’est développée, les délégués ne décidant pas seuls. Les décisions se prenaient en AG, après du travail en commissions. Les tâches tant pratiques qu’intellectuelles étaient partagées entre tous. De plus, il existait de longue date un travail unitaire entre la CGT  et la CFDT au sein de l’usine.
Donc en 68, on était prêts… et assez forts pour occuper l’usine ! Cela a été un banc d’essai et un déclencheur pour les luttes des an- nées suivantes. Le patron, Fred Lip, qui jusqu’alors n’avait pas vu monter la force syndicale, décida de casser ce contre-pouvoir. Il n’y réussira pas et sera viré.  Avant 73, il y a eu des conflits importants, fin 69 et fin 70, pour les salaires et contre les licenciements. En 69, au départ, seuls 200 ouvrierEs sur les 1 000 que comptait l’usine débrayèrent, et c’est après un travail de persuasion dans les ateliers, quand l’idée de la grève est devenu majoritaire, qu’elle a été lancée. 70 % des ouvriers furent grévistes, l’usine occupée. Tout cela a préparé la mobilisation de 73.

Pourrais-tu nous parler de l’organisation de la lutte et nous dire pourquoi elle a été, à ton avis, si populaire ?
Il y avait un fort respect de la démocratie, le rejet des directives syndicales venues d’en haut. Ce sont les salariés eux-mêmes qui ont organisé leur lutte et les moyens pour la mener. Un Comité d’action a été créé. Il y avaient des valeurs « de base » : le refus du racisme, du sexisme, de la violence. Il y avait une vraie solidarité.
Tout était débattu, élaboré collectivement. L’usine était ouverte, les journalistes circulaient librement (certains passeront plusieurs jours dans l’usine), ils interrogeaient qui ils voulaient.
Un travail de réflexion entre tous a posé le problème : Comment gagner ? Comment tenir ? Les patrons misaient sur l’usure du conflit à cause des pertes de salaires dues à la grève. Pour éviter ce piège, nous avons décidé de relancer la production : « On fabrique, on vend, on se paye ». On se prenait en charge. On faisait de l’autogestion sans le savoir. C’était un outil pour ne pas couper les salaires.
La forme de la lutte doit préfigurer la nouvelle société. 80 à 100 Lip sillonnaient la France, la Suisse, l’Allemagne pour populariser le conflit et vendre les montres. Les délégués restaient dans l’usine et participaient à toutes les tâches.
La lutte a été populaire, car l’unité au sein de l’usine existait, ça n’était pas si fréquent. La riposte au coup par coup, les initia-tives, l’imagination, la vie démocratique, le fait que l’usine était ouverte à tous, correspondait à une attente de la population. Le coté « Robin des Bois », avec la reprise de la production à notre compte, la lutte du « pot de terre contre le pot de fer », des ouvriers face à une multi-nationale… Tout cela a compté. Des travailleurs ordinaires ont montré qu’ils pouvaient faire des choses extraordinaires en choisissant un autre mode d’organisation.

Quelles difficultés avez-vous rencontré ?
Nous avons eu des problèmes avec les directions syndicales. Le syndicat doit apporter ses connaissances, son expérience, mais la lutte appartient à ceux qui la font, chacun a les mêmes droits, et il ne doit pas y avoir de prérogatives des cadres syndicaux.  Il était difficile de lutter contre la hiérarchisation, elle était intériorisée chez les individus. C’est le problème de la soumission. On cherche des sauveurs, alors qu’il faudrait se rassembler sur la base de l’égalité des droits et lutter ensemble.

Chaque fois qu’il y a un leader, il y a déficit démocratique. Même s’il y avait une conscience des discriminations que subissaient les femmes, cela n’était pas assez pris en compte. Heureusement les femmes se sont organisées et ont pris toute leur place dans le mouvement.
Plus tard, en 78, il y a eu la créations de coopératives issues de Lip, on savait que c’était un pis-aller. Il fallait respecter les règles du marché (rembourser les prêts au détriment des salaires…). Le statut de coopérateurs ne vient pas tout seul, car le salariat était ancré dans la tête des gens…

Tu as été mis en avant lors du combat des Lip. Comment as-tu réussi à ne pas céder aux sirènes du pouvoir ?
La pression des médias et la fatigue due à la lutte a fait qu’il y a eu une spécialisation de certaines tâches, mais les porte-parole étaient contrô- lés. Par exemple j’ai été suspendu trois semaines du porte-parolat pour avoir dépassé mon mandat lors d’une interview… En reprenant les no- tes prises au cours du conflit, je me suis rendu compte que je n’étais à l’origine d’aucune des idées importantes développées pendant la lutte:   ça rend modeste !

Comment vois-tu la situation actuelle ?
Bien des occasions ont été manquées de changer la société. Le capitalisme avale les crises, et on n’est pas assez nombreux aujourd’hui pour inverser le rapport de forces. Il y a le problème de la soumission,  et les médias jouent un rôle important de formatage.
Le discours actuel de la social- démocratie, en particulier sur la fiscalité montre la faiblesse des idées de gauche. Il y a plus d’ouverture à gauche avec le déclin du PC, mais en même temps son leadership était malgré tout une force.
Il y a le problème du pouvoir, de la corruption à tous les niveaux. La citoyenneté est basse, on cherche des sauveurs, le populisme avance. Il est difficile de faire passer le message que la misère, le chômage, sont la conséquence des inégalités sociales. Il faut se rassembler sur la base de l’égalité des droits et lutter.
C’est long de créer des solidarités. Chez Lip, on a mis quinze ans à faire vivre un collectif. Il y a des éléments positifs, le développement de l’écologie par exemple. Les idées circulent assez vite grâce au développement des nouveaux moyens de communication, ça aide dans certains mouvements.
Il existe des luttes partout dans le monde : en Chine, en Afrique… Il y a une aspiration sous-jacente de démocratie, d’égalité, à mieux vivre… Ça bouge, ça invente, nos valeurs renaissent à travers de nombreuses formes de lutte sociales, écologistes…

Propos recueillis par Rachel Choix Vendredi 27 septembre 2013 Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste – 210 (26/09/2013)

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27 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Guadeloupe : le massacre de mai 1967 (Uah)

Guadeloupe : le massacre de mai 1967 (Uah) dans Anticolonialisme 0-esclavage-fouet

Le 20 mars 1967,  Srnsky, un Européen, propriétaire d’un grand magasin de chaussures à Basse-Terre (Guadeloupe), voulant interdire à Raphaël Balzinc, un vieux Guadeloupéen infirme, cordonnier ambulant, de passer sur le trottoir qui borde sa devanture, lâche sur lui son berger allemand. Srnsky excite le chien en s’écriant : ‘ « Dis bonjour au nègre ! « .

Balzinc, renversé et mordu, est secouru par la foule, tandis que Srnsky, du haut de son balcon, nargue et invective à qui mieux mieux  les passants et même les policiers guadeloupéens qui sont accourus. Il s’ensuit une colère qui aboutit au sac du magasin. Srnsky, dont la grosse voiture est jetée à la mer,  réussit à s’enfuir à temps.

Le préfet la Guadeloupe, Pierre Bollotte, ancien directeur de cabinet du préfet d’Alger (après la fameuse bataille d’Alger qui a donné lieu à la pratique systématique de la torture et des exécutions sommaires) feint de condamner l’acte raciste de Srnsky, mais veut profiter des événements pour démanteler le mouvement autonomiste né de la déception des Guadeloupéens. Malgré la départementalisation de 1946, ils ont conscience, du fait du racisme et des incroyables injustices sociales qui les frappent, de n’être pas assimilés et d’être traités en indigènes. La seule réponse qui a été donnée à leurs problèmes, c’est l’exil par le Bumidom.

Des scènes d’émeutes ont lieu à Basse-Terre puis à Pointe-à-Pitre. La répression  policière est violente : une cinquantaine de blessés. Le 23 mars, le magasin du frère de Srnsky est dynamité à Pointe à Pitre. Le 24 mai, les ouvriers du bâtiment se sont mettent en grève, récla- mant 2 % d’augmentation et l’alignement des droits sociaux sur ceux de la métropole. Le 25 mai, des négociations sont organisées à Pointe-à-Pitre. Elle sont de pure forme. Le chef de la délégation patronale, Brizzard, déclare : « Quand les nègres auront faim, ils reprendront bien le travail. »

Dès lors la situation s’envenime. Les forces de l’ordre ouvrent le feu dans l’après-midi, abattant deux jeunes Guadeloupéens : Jacques Nestor et Ary Pincemaille. En réaction à ces deux « bavures » selon les uns, exécutions sommaires selon les autres, deux armureries sont pillées et les affrontements se multiplient. Des lieux symboliques de la France continentale sont incendiés : la Banque de Guadeloupe, Air-France, France-Antilles.

La gendarmerie mobile et les CRS, appuyés par l’armée,  ouvrent alors  un feu nourri contre la foule qui fait plusieurs dizaines de morts. Dans la soirée, l’ordre est donné de nettoyer la ville à la mitrailleuse. Les passants sont mitraillés depuis les jeeps qui sillonnent la ville.

Le lendemain matin, 26 mai 1967, les lycéens de Baimbridge organisent une manifestation spontanée pour dénoncer les tueries de la veille. Les forces de l’ordre ouvrent de nouveau le feu. Le 30 mai, le patronat sera contraint d’accorder une augmentation de 25 % des salaires à des ouvriers qui ne demandaient que 2 %.

Des centaines de Guadeloupéens ont été arrêtés. 10 seront immédiatement condamnés à des peines de prison ferme. 70 autres feront l’objet de poursuites. En outre,19 Guadeloupéens, liés au Gong (groupe d’organisation nationale de la Guadeloupe, indépendantiste) et accusés d’avoir organisé la sédition, sont déportés en France et déférés devant la cour de Sûreté de l’État. Treize des accusés seront acquittés, les 6 autres condamnés avec sursis.

Le bilan officiel de ces journées est de 8 morts. En 1985, un ministre socialiste de l’Outre-mer, Georges Lemoine, lâche le chiffre de 87 morts. Christiane Taubira, depuis Garde des Sceaux, a pour sa part évoqué 100 morts.  Certains parlent du double. Le caractère imprécis de ce bilan, dans un département français, en dit long sur la situation qui pouvait y régner à cette époque.

Quant aux responsables de cette tragédie, son cités les noms du commissaire Canalès, du préfet Bollotte, de Pierre Billotte, ministre de l’Outre-Mer, de Christian Fouchet, ministre de l’Intérieur, de Pierre Messmer, ministre des Armées, et surtout de Jacques Foccart, alors secrétaire de l’Élysée aux Affaires africaines et Malgaches.

Foccart était le fils d’une béké guadeloupéenne de Gourbeyre – Elmire de Courtemanche de La Clémandière – et d’un planteur de bananes d’origine alsacienne, Guillaume Koch-Foccart, le maire de cette même ville de Gourbeyre.

Mais personne n’a jamais osé accuser le premier ministre, Georges Pompidou, ni le général De Gaulle, alors Chef de l’État, qui certainement, a dû être informé de ce qui se passait en Guadeloupe et probablement consulté sur les mesures à prendre.

Curieusement, les archives relatives au massacre – ou ce qu’il en reste -ont été classées Secret Défense jusqu’en mai 2017, ce qui pourrait être le signe que des hommes des forces spéciales ont pu être utilisés sous l’uniforme des forces de l’ordre classique, comme cela se fait parfois, quand la République se sent menacée. Pierre Bollotte, le préfet, a été prudemment rapatrié le 12 juillet 1967 et affecté, le temps que les esprits se calment, à un poste discret. Après avoir poursuivi sa carrière de préfet territorial en métropole, il a été nommé à la Cour des Comptes en 1982, tout en menant une carrière politique dans le 16e arrondissement de Paris, dont il a été maire-adjoint RPR. Srnsky, aidé par les autorités, a disparu de la Guadeloupe sans laisser de traces.

Les séquelles de ces événements sanglants, dans la mémoire collective guadeloupéenne, sont d’autant plus vivaces que le massacre de mai 1967 a toujours été minimisé, sinon occulté dans l’histoire de la Cinquième République, à la différence d’autres massacres comparables en termes de victimes, comme celui du 17 octobre 1961, qui, eux, ont été reconnus officiellement. © Une Autre Histoire

http://www.une-autre-histoire.org/guadeloupe-le-massacre-de-mai-67/

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26 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Capitalisme, chasse aux sorcières et biens communs (Avanti.be)

Capitalisme, chasse aux sorcières et biens communs (Avanti.be) dans Féminisme sorciere

Il y a quelques siècles d’ici, elle aurait été envoyée au bûcher.

Féministe infatigable, l’historienne et auteure de l’un des livres les plus téléchargés sur Internet, nous explique de manière rigoureuse les raisons politiques et économiques qui se cachaient derrière la chasse aux sorcières.  C’est avec un œil scrutateur que l’italienne Silvia Federici étudie depuis plus de 30 ans les événements historiques qui ont provoqué l’exploitation sociale et économique des femmes. Dans son livre « Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive », elle fixe son attention sur la transition violente entre le féodalisme et le capitalisme, où s’est forgé au fer rouge la division sexuelle du travail et où les cendres des bûchers ont recouvert d’un épais manteau d’igno- rance et de mensonges un chapitre essentiel de l’Histoire. Dans son bureau du Département d’Histoire de la Hofstra University de New York, Federici nous parle de sorcières, de sexualité et de capitalisme et se propose de « faire revivre pour les jeunes générations la mémoire d’une longue histoire de résistance qui court aujourd’hui le risque d’être effacée ».

Comment est-il possible que le massacre systématique de femmes n’ait pas été abordé plus amplement que comme un chapitre anecdotique dans les livres d’Histoire ? Je ne me souviens même pas en avoir entendu parler à l’école…

Silvia Federici : C’est un bon exemple de comment l’Histoire est écrite par les vainqueurs. Au milieu du XVIIIe siècle, quand le pouvoir de la classe capitaliste s’est consolidé et que la résistance fut en grande partie défaite, les historiens ont commencé à étudier la chasse aux sorcières comme un simple cas de superstitions rurales et religieuses. En conséquence, jusqu’à pas longtemps d’ici, bien peu furent ceux qui investi-guèrent sérieusement les raisons qui se cachent derrière la persécution des « sorcières » et ses rapports avec l’instauration d’un nouveau modèle économique. Comme je l’expose dans « Caliban et la sorcière… » : deux siècles d’exécutions et de tortures qui ont condamné des milliers de femmes à une mort atroce ont été liquidés par l’Histoire comme étant un produit de l’ignorance ou comme quelque chose qui appartenait au folklore. Une indifférence qui frise la complicité vu que l’élimination des sorcières des pages de l’histoire a contribué à banaliser leur élimination physique sur les bûchers.

Les féministes se sont rendu compte qu’il s’agissait d’un phénomène très important, qui a modelé la position des femmes dans les siècles suivants et elles se sont identifiées avec le destin des « sorcières » en tant que femmes persécutées pour avoir résisté au pouvoir de l’Eglise et de l’Etat. Espérons qu’on enseignera aux nouvelles générations d’étudiantes l’importance de cette persécution.

Il y a quelque chose, en outre, de profondément inquiétant dans le fait que, mis à part dans le cas des pêcheurs basques de Lapurdi, les proches des prétendues sorcières ne se soulevèrent pas en armes pour leur défense, alors qu’ils avaient précédemment lutté ensemble dans les soulèvements paysans…

Malheureusement, la majorité des documents à notre disposition sur la chasse aux sorcières furent écrits par ceux qui occupaient des postes de pouvoir : les inquisiteurs, les magistrats, les démonologues. Cela signifie qu’il y ait pu y avoir des exemples de solidarité qui n’ont pas été enregistrés. Mais il faut tenir compte du fait qu’il était très dangereux pour les proches des femmes accusées de sorcellerie de s’associer à elles et plus encore de prendre leur défense. De fait, la majorité des hommes qui furent accusés et condamnés pour sorcellerie étaient des parents des femmes accusées. Cela ne minimise pas, bien entendu, les conséquences de la peur et de la misogynie que la chasse aux sorcières elle- même a produit, vu qu’elle a propagé une image horrible des femmes, en les transformant en meurtrières d’enfants, servantes du démon et dévoreuses d’hommes qui les séduisaient et les rendaient impuissants en même temps.

Tu exposes deux conséquences claires en ce qui concerne la chasse aux sorcières : qu’il s’agit d’un élément fondateur du capitalisme et qu’il suppose la naissance de la femme soumise et domestiquée.

En effet, la chasse aux sorcières, ainsi que la traite des esclaves noirs et la conquête de l’Amérique, constituent des éléments indispensables de l’instauration du système capitaliste moderne car ils ont changé de manière décisive les rapports sociaux et les fondements de la reproduction sociale, à commencer par les rapports entre les femmes et les hommes et entre les femmes et l’Etat. En premier lieu, la chasse aux sorcières a affaibli la résistance de la population face aux transformations qui accompagnèrent l’apparition du capitalisme en Europe : la destruction de la gestion communautaire de la terre ; l’appauvrissement massif et la famine, ainsi que la création dans la population d’un prolétariat sans terre, à commencer par les femmes d’âge mûr qui, n’ayant plus de terre à cultiver, dépendaient d’une aide étatique pour survivre.

On a également élargi le contrôle de l’Etat sur le corps des femmes, en criminalisant le contrôle que celles-ci exerçaient sur leur capacité reproductive et sur leur sexualité (les sages-femmes et les anciennes furent les premières accusées de sorcellerie). Le résultat de la chasse aux sorcières en Europe fut un nouveau modèle de féminité et une nouvelle conception de la position sociale des femmes, qui a dévalué son travail en tant qu’activité économique indépendante (processus qui avait déjà commencé graduellement) et les a placées dans une position subor- donnée aux hommes. Tel était la principale condition pour la réorganisation du travail reproductif exigée par le système capitaliste.

Tu parles ainsi du contrôle des corps : si au Moyen Age les femmes exerçaient un contrôle indiscutable sur les naissances, dans la transition au capitalisme « les utérus se transformèrent en territoire politique contrôlé par les homme et par l’Etat ».

Il n’y a pas de doutes qu’avec l’avènement du capitalisme nous commençons à voir un contrôle beaucoup plus strict de la part de l’Etat sur le corps des femmes. Ce contrôle n’a pas seulement été mené à bien par la chasse aux sorcières mais aussi à travers l’introduction de nouvelles formes de surveillance de la grossesse et de la maternité, l’institution de la peine capitale contre l’infanticide (lorsque le bébé était mort-né ou mourrait pendant l’accouchement, on accusait et on jugeait la mère). Dans mon travail, je soutien que ces nouvelles politiques, et en général la destruction du contrôle que les femmes au Moyen Age avaient exercé sur la reproduction, s’associent avec la nouvelle conception du travail que le capitalisme a promu.

Quand le travail devient la principale source de richesse, le contrôle sur les corps des femmes acquiert une nouvelle signification : ces mêmes corps sont alors vus comme des machines de production de la force de travail. Je crois que ce type de politique est encore très important aujourd’hui parce que le travail, la force de travail, est toujours cruciale pour l’accumulation de capital. Cela ne veut pas dire que les patrons veulent, partout et tout le temps, avoir plus de travailleurs, mais ils veulent sans aucun doute contrôler la production de la force de travail ; ils veulent décider combien de travailleurs produisent et dans quelles conditions.

En Espagne, le ministre de la Justice veut réformer la loi sur l’avortement, en excluant les cas de malformation du fœtus, et cela précisément au moment où les aides sociales aux personnes dépendantes ont été supprimées…

Aux Etats-Unis aussi ils tentent d’introduire des lois qui pénalisent gravement les femmes et qui limitent leur capacité de choisir si elles souhaitent ou pas avoir un enfant. Par exemple, plusieurs Etats introduisent des lois qui rendent les femmes responsables de ce qui arrive au fœtus pendant la grossesse. Il y a eu le cas polémique d’une femme qu’on a accusé d’assassinat parce que son fils est mort-né et qu’on a découvert ensuite qu’elle avait pris certaines drogues. Les médecins ont pourtant conclu que la consommation de cocaïne n’était pas la cause de la mort du fœtus, mais ce fut en vain, l’accusation a suivie son cours. Le contrôle de la capacité reproductive des femmes est également un moyen de contrôler la sexualité des femmes et notre comportement en général.

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« Caliban and the Witch : Women, the Body and Primitive Accumulation »  Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive. Edition française à paraître aux Editions Senonevero en 2013.  Son dernier livre, « Revolution at Point Zero : Housework, Reproduction, and Feminist Struggle » (Common Notions/PM Press, 2012) est un recueil d’articles indispensables pour connaître sa trajectoire intellectuelle. Entretien réalisé pour la rubrique « Numeros Rojos » du journal en ligne « Publico.es » (Avanti4.be))

 

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25 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

Conférence Internationale sur Rosa Luxemburg Paris, Sorbonne, 4-5 Octobre 2013

Conférence Internationale sur Rosa Luxemburg Paris, Sorbonne, 4-5 Octobre 2013 dans A gauche du PS rosa_luxemburg_1871-1919

« Démocratie et Révolution chez Rosa Luxemburg »

Une des plus importantes contributions de Rosa Luxemburg à la pensée marxiste moderne est son refus de séparer les notions de « démocratie » et « révolution ». Cela se traduit dans  sa critique des limites de la démocratie bourgeoise,  dans sa conception du combat révolutionnaire comme auto-émancipation démocratique des grandes masses,  sa vision de la démocratie socialiste et ses formes d’organisation et dans sa ferme insistance - en discussion avec les révolutionnaires russes - sur l’importance des libertés démocratiques dans la transition vers le socialisme.

 Nous allons nous intéresser aussi à la question de la démocratie dans ses écrits sur le marxisme, sur l’économie politique ou sur la question nationale (auto-administration locale et autonomie nationale comme solutions démocratiques).  Ce sont des questions qui restent d’une actualité évidente au début du 21ème siècle. Le but de la Conférence sera à la fois d’analyser les aspects historiques et les textes eux-mêmes, et la signification politique présente de cette problématique, à une époque de crise de la démocratie, dans un contexte de crise de la civilisation capitaliste.

Les langues de la conférence seront le français et l’anglais avec interprétation simultanée

Source

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21 septembre 2013 ~ 0 Commentaire

“La France n’a pas été immunisée contre le fascisme” (les Inrocks)

“La France n’a pas été immunisée contre le fascisme” (les Inrocks) dans Antifascisme milice

L’histoire de la France de Vichy a-t-elle levé tous ses secrets ? Pas certain. Dans “La Milice française” (ed. Fayard), un ouvrage nourri et très documenté, l’historienne Michèle Cointet revient sur ce qui fut le fer de lance du régime. Institution nouvelle, la Milice a véritablement transformé la France en un État fasciste et meurtrier. Entretien.

Pourquoi le régime de Vichy décide-t-il de créer la milice ? A quels objectifs correspond-elle ?

Les raisons sont stratégiques et politiques. Pendant deux ans, le régime de Vichy a cru que l’armistice assurait encore sa souveraineté. Il disposait d’un territoire sans occupation (la zone libre), d’une petite armée, d’une flotte de guerre, d’un empire. Il était reconnu par de nombreux pays qui, comme les Etats-Unis et l’URSS, envoyaient des ambassadeurs dans sa petite capitale. Tout cela vole en éclat à la suite du débarquement des Américains en Afrique du Nord en novembre 1943. L’Empire se rallie à la nouvelle autorité d’Alger, la zone libre est envahie par les Allemands, l’armée d’armistice est dissoute, la flotte de guerre se saborde à Toulon  pour ne pas être saisie par les occupants. Les diplomates français à l’étranger rallient peu à peu les Alliés et, à Vichy, la quarantaine de représentations diplomatiques se réduit aux alliés de l’Allemagne et aux neutres.

Les Allemands ne réduisent pas pour autant leurs exigences vis-à-vis du gouvernement de Vichy. Ils lui demandent de continuer à assurer leur sécurité et de protéger leurs lignes de communication avec l’Allemagne et avec l’Italie. Vichy doit aussi contenir les actions de la Résistance encouragée dans ses espoirs d’une libération du territoire. Le 19 décembre 1942, Hitler le dit de vive voix à Laval, le chef du gouvernement français. Pour ce collaborateur, une proposition allemande est un ordre. La milice est  créée en janvier 1943 pour assurer la sécurité des occupants et le maintien de l’ordre.

Le chef du gouvernement a aussi obéi à une motivation politique. Il craint la concurrence des partis collaborateurs de Paris, le RNP de Marcel Déat, le PPF de Jacques Doriot qui ont lancé leurs propres milices et qui dénoncent son “inertie” face aux résistants. Laval crée donc la milice, parti de volontaires ultras, police auxiliaire, organisation paramilitaire avec sa branche armée, la franc-garde. La milice devient une organisation de l’Etat français. Sa mission : le maintien de l’ordre.

Quelles sont les sources d’inspiration structurelle et méthodologique de cette organisation paramilitaire ?

Les modèles sont les S.A. et les S.S. allemands et les faisceaux italiens. Des volontaires s’offrent à participer à la lutte contre les adversaires politiques de l’Etat. Leurs actions rencontreront l’impunité même lorsqu’elles vont jusqu’au crime. Les miliciens fournissent une force politique qui offre des cadres. Ils se glissent dans les administrations, cherchent à contrôler la société. Laval croyait garder la maîtrise de la milice mais c’était compter sans le dynamisme propre  à toute organisation et sans la protection que les Allemands offriront à ses chefs qui obtiennent d’eux les armes que Laval leur refusait.

La milice est à la fois de son temps (les totalitarisme du XX° siècle) et du passé, une résurgence de la contre-révolution et de la terreur blanche de 1815.  A la veille de la guerre, de nombreux chefs miliciens ont fait leurs armes dans la Cagoule (le CSAR), organi- sation secrète créée contre le Front populaire. Ils y ont appris la violence allant jusqu’au crime d’antifascistes italiens. A Nice, berceau régional de la milice, le chef Joseph Darnand et ses amis ont appartenu alors à une des branches de la Cagoule, “Les chevaliers du glaive”.  L’idéologie de défense religieuse est renforcée par l’antisémitisme et un anticommunisme célébrant la lutte à mort de l’Europe contre les barbares soviétiques.

Quelles étaient les autres options du régime de Vichy pour assurer sa souveraineté ?

Dès lors que le maréchal Pétain ne s’était pas envolé pour Alger en novembre 1942, les débris de souveraineté se racornissaient de jour en jour. Pourtant, il entendait se maintenir avec, chez Laval, l’espoir d’une paix de compromis où la France aurait joué les intermédiaires et en aurait tiré un rétablissement de puissance. Cet homme avait des illusions !

L’administration qui avait constitué jusque-là la grande force de Vichy conservait une façade derrière laquelle les fonctionnaires pratiquaient le double-jeu, guettant, dans le “noyautage des administrations publiques” une possibilité de s’en sortir. Le cas de la justice est révélateur. Même les magistrats siégeant dans les fameuses  sections spéciales qui jugeaient résistants et opposants politiques en viennent à déclarer qu’ils ne condamneront plus personne. C’est qu’ils sont terrorisés par les assassinats de magistrats par la Résistance, plus ou moins annoncés par l’envoi de petits cercueils à domicile ; les procureurs généraux qui font état de cette menace de grève (totalement ignorée par l’histoire) demandent à Laval de leur substituer  des cours martiales de miliciens. L’appareil d’Etat ne réagit plus à l’impulsion du gouvernement.

Le film Lacombe Lucien a contribué à donner la vision d’une milice issue des bas fonds. Cela correspond-il à la réalité ?

C’est en effet l’image que les Français en gardent. Elle est partielle et on se tromperait lourdement sur ce que fut la milice si on s’en contentait. Une autre réalité sociologique surgit de l’examen des archives, en particulier des listes départementales et des procès d’épuration. A côté des “Lacombe Lucien” attirés par la violence, l’exemption du STO, le profit, parfois une revanche sociale , la milice recrute dans les classes moyennes françaises : commerçants, professions libérales, employés, cadres du public (pas mal d’anciens officiers d’active et de réserve  dont les compétences sont recherchées pour la franc-garde) . On trouve des rejetons de la vieille noblesse militaire et des hobereaux nombreux dans le sud-ouest. Les cadres du mouvement sont des notables et Joseph Darnand  est intellectuellement dépendant de son entourage de professeurs de l’enseignement secondaire. On remarque la présence de femmes (environ 8% des effectifs). L’idéologie a constitué le ciment nécessaire pour que notables et marginaux travaillent de concert.

La milice est-elle responsable de la transformation du régime de Vichy en État meurtrier ?

La milice est le bras exécutif de l’État français. La peur de perdre le pouvoir fait accepter aux dirigeants de Vichy les pires exactions de la milice qui se charge de tout ce que d’autres répugnent à commettre mais qu’ils acceptent pour rester aux affaires.  Le pouvoir s’inquiète des actions de la Résistance, surtout lorsqu’elle est dirigée par des officiers comme dans le maquis des Glières en Haute-Savoie. Il panique devant les mutineries dans les prisons. L’assassinat de Français à l’issue de beuveries, au cours de représailles ou même sans raison, est rarement réprimé (il y a eu quelques miliciens fusillés sur ordre de Darnand). Les assassins de Maurice Sarraut, le directeur de La Dépêche de Toulouse, sont relâchés, ceux de Georges Mandel ne sont finalement pas inquiétés. Le meurtre devient pour l’État français un moyen d’imposer sa propre survie.

Sous l’occupation, quelle opinion la société française avait-elle de la milice ?

Au début, la milice n’est pas armée. Certains Français, effrayés par l’insécurité qui règne dans leur région, en attendent le rétablissement de l’ordre. On voit même des parents et des curés pousser des adolescents à adhérer à une organisation qui offre situation, profits et pouvoir social. Et puis une escalade se produit. Les délations sont encouragées, la population est mise en surveillance, Des vols accompagnent les visites domiciliaires. Des enlèvements se produisent. Des fonctionnaires de ministère sont molestés à Vichy pour ne pas avoir cédé le trottoir à des miliciens. Enfin, après le débarquement de juin 1944, des tueries locales se déclenchent (en particulier en Bretagne) et culminent en août dans les régions d’où les miliciens n’ont pu partir. La haine des Français contre la milice est devenue générale. Elle se traduit par des exécutions sommaires au cours de la Libération et par des condamnations à mort au cours de l’épuration judiciaire. Lorsqu’est accordée une grâce la population envahit les prisons pour tuer les condamnés graciés.

La violence et les innombrables crimes comme ceux de Georges Mandel ou de Victor Basch perpétrés par la milice relèvent-ils davantage de la pression de l’occupant allemand ou d’une décision autonome ?

La milice revendiquait une action autonome. Ainsi se défendait-elle des crimes de Mâcon et de Rillieux en juillet 1944 en invoquant des représailles pour l’assassinat par des résistants du ministre milicien, Philippe Henriot. Mais quand Joseph Lécussan assassine les époux Basch, il agit en fonction d’une décision commune avec le lieutenant allemand Moritz. L’assassinat de Georges Mandel est révélateur d’une milice exécutant les basses œuvres des Allemands. Mandel, otage renvoyé par les Allemands en France, est tué par des miliciens qui le convoyaient de Paris à Vichy. Ils ont assassiné l’homme politique pour complaire aux nazis et signifier, de leur part, à Pierre Laval , tenté de “retourner sa veste” que son sort est lié à celui du Reich. Ils obéissent aux mêmes motifs en assassinat les hommes politiques républicains Jean Zay et Maurice Sarraut. Étonnante est la psychologie des miliciens qui ne se sentent plus Français mais  “Européens”. Ils se voient, comme les Allemands, en rempart contre la barbarie soviétique.

Pensez-vous comme l’historien israélien Zeev Sternhell que la France n’a pas été immunisée contre le fascisme ?

Une vive polémique a opposé les historiens français qui voyaient la France des années trente immunisée contre le fascisme grâce à sa culture républicaine et Sternhell qui pensait qu’elle y avait cédé. L’histoire de la milice prouve qu’elle ne l’était pas. Il a bien existé un fascisme français. Ses sources sont repérables dans l’émergence de la Cagoule, qui constitue une mutation de l’extrême droite française convaincue de ce que le meurtre est nécessaire dans l’action politique. Nombre de dirigeants de la milice ont eu cette expérience de la Cagoule  et ont constitué alors des réseaux qu’ils réveillent en 1943. La milice est fasciste par sa volonté de conquérir le pouvoir, par sa doctrine, par sa volonté d’attirer des couches sociales diverses, par ses pratiques. La chance de la France a tenu à une Libération précoce et rapide. Je n’ose imaginer ce que serait devenu ce pays si l’occupation avait duré jusqu’en avril 1945.

Recueilli par David Doucet La milice française, Michele Cointet, Fayard, 2013. 19/09/2013 | 11h35

http://www.lesinrocks.com/2013/09/19/actualite/la-france-na-pas-ete-immunisee-contre-le-fascisme-11428099/

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