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14 juin 2013 ~ 0 Commentaire

Commémoration de la résistance prolétarienne de Turquie des 15 et 16 juin 1970 (Al’e)

Commémoration de la résistance prolétarienne de Turquie des 15 et 16 juin 1970 (Al'e) dans Europe brief03

Photo: Coup d’état militaire

Dans la seconde moitié des années 1960, une montée des luttes ouvrières s’est affirmée en Turquie.

Sur le plan syndical, cela s’est traduit par la création du «Conseil de solidarité entre les syndicats» en 1967 qui a été à l’origine de la création du DISK: Con- fédération des syndicats ouvriers révolutionnaires. Les militants qui sont à l’origine de cette nouvelle expression du mouvement de classe viennent de l’in- dustrie du verre, de la métallurgie, des pneumatiques et de la presse. L’émergence de syndicats marque une rupture avec une structure syndicale offi- cialiste: le TÜRK-IS, lié aux structures du pouvoir.

Les mesures d’intimidation, les interdictions, la répression n’ont pas pu arrêter une vague de grèves dans les verreries, dans le textile de Kula. Les ouvriers du pétrole de la compagnie nationale vont mener une grève de trois mois. En 1968, les mineurs des mines de charbon de Zonguldak (mer Noire) ont réussi à imposer une convention collective. L’usine de pneumatiques Derby a été occupée. Les mineurs de lignite de la région de Corum ont fait 43 jours de grève. Comme ils n’étaient payés, ils ont organisé eux-mêmes la vente de charbon qu’ils ont extrait lors de la reprise de leur travail. Il a fallu la force militaire pour les faire plier. Les groupes nationalistes d’extrême droite se réorganisèrent dans le Parti du mouvement nationaliste (MHP) du colonel Türkes. Ce sont les célèbres «Loups gris» qui étaient leur bras paramilitaire. Face à cette montée ouvrière, le gouvernement Demirel prit des me- sures pour limiter les droits syndicaux et frapper le DISK qui regroupait 500 000 membres en 1970. Face à ces mesures, une grève fut lancée les 15 et 16 juin 1970. Ce fut un véritable soulèvement contre le pouvoir des patrons et de leur Etat. Le 15 juin, des dizaines de milliers de travailleurs descendent dans la rue. Le 16, le double occupe la rue, malgré la fermeture des routes, le blocage des ponts et l’arrêt des bateaux reliant les rives du Bosphore. Les ouvriers s’attaquent à la fonderie Haymak qui appartenait à un des frères du premier ministre. Des travailleurs sont tués. Des centaines sont blessés. La mobilisation prévue pour le 17 juin doit atteindre un nouveau seuil. La direction du DISK est débordée et son président, Kemal Türkler, lance un appel à la radio comme quoi les travailleurs ne doivent pas s’affronter à «l’honorable armée turque». Ce coup de frein va donner le feu vert à la réaction qui passe à l’offensive. Les militaires vont renverser le gouvernement Demirel et surtout s’attaquer aux travailleurs et travailleuses. C’est un coup d’Etat contre la classe ouvrière, à la différence des coups d’Etat précédents. S’installe alors un état d’urgence prolongé. Ce moment clé de l’histoire doit être rappelé et doit être le thème d’une éducation politique, de la construction d’une mémoire politique et d’un débat de stratégie.  Journée organisée par Bir-Kar de Lausanne

Dimanche 16 juin dès 13h30 Refuge du Laviau à Saint-Sulpice, rue du Centre 47  Journée organisée par Bir-Kar, Lausanne

Le Mouvement pour le socialisme, le site alencontre.org s’associent à cette commémoration.

http://alencontre.org/events/commemoration-de-la-resistance-proletarienne-de-turquie-des-15-et-16-juin-1970-lausanne-16-juin-saint-sulpice

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13 juin 2013 ~ 0 Commentaire

Jaurès, la république et le socialisme

Jaurès, la république et le socialisme dans Histoire 1004813-eloy_vincent_jean_jaures_a_la_tribune

Le surgissement en France d’une nouvelle gauche réformiste s’accompagne d’un net regain d’intérêt pour les conceptions politiques de Jean Jaurès, allant au-delà de la simple revendication iconographique propre aux «  socialistes  » néolibéraux.

D’où la nécessité de reprendre aussi, sur ce plan, le fil d’une analyse et d’une critique marxistes… En 1905, Jaurès écrit dans une introduction à un recueil de ses discours parlementaires (Le Radicalisme et le socialisme en 1885)  : «   J’ai toujours été un républicain, et j’ai toujours été un socialiste  : c’est toujours la république sociale, la république du travail organisé et souverain qui a été mon idéal.  » Dans un discours au parlement, en 1893, sur «le so- cialisme et la République  », il précise cette affinité profonde  : «   N’êtes-vous pas frappés par l’universalité du mouvement socialiste  ? Partout, dans tous les pays du monde, il éclate à la même heure. (…) c’est que ce mouvement sort des profondeurs mêmes des choses  ; c’est qu’il sort d’innombrables souf- frances qui jusqu’ici ne s’étaient point concertées, mais qui ont trouvé dans une formule libératrice leur point de ralliement. La vérité, c’est qu’en France même, dans notre France républicaine, le mouvement socialiste est sorti tout à la fois de la République, que vous avez fondée, et du régime économique qui se développe dans ce pays depuis un demi-siècle.  »

Jaurès reprend l’idée de Marx d’une préparation du socialisme par le développement même du capitalisme, et il y ajoute celle d’une véritable continuité, mais… problématique, entre la république et le socialisme  : «  Vous [la majorité républicaine au parlement] avez fait la République, et c’est à votre hon- neur (…), mais par là vous avez institué entre l’ordre politique et l’ordre économique dans notre pays une intolérable contradiction. Dans l’ordre poli- tique, la nation est souveraine et elle a brisé toutes les oligarchies du passé  ; dans l’ordre économique la nation est soumise à beaucoup de ces oli- garchies (…). Oui, par le suffrage universel, par la souveraineté nationale, qui trouve son expression définitive et logique dans la République, vous avez fait de tous les citoyens, y compris les salariés, une assemblée de rois. C’est d’eux, c’est de leur volonté souveraine qu’émanent les lois et le gouvernement; ils révoquent, ils changent leurs mandataires, les législateurs et les ministres  ; mais au moment même où le salarié est souverain dans l’ordre politique, il est dans l’ordre économique réduit à une sorte de servage. Oui  ! Au moment où il peut chasser les ministres du pouvoir il est, lui, sans garantie aucune et sans lendemain, chassé de l’atelier.  » Et il conclut  : «  Et c’est parce que le socialisme apparaît comme seul capable de résoudre cette contradiction fon- damentale de la société présente, c’est parce que le socialisme proclame que la République politique doit aboutir à la République sociale, c’est parce qu’il veut que la République soit affirmée dans l’atelier comme elle est affirmée ici  ; c’est parce qu’il veut que la nation soit souveraine dans l’ordre écono- mique pour briser les privilèges du capitalisme oisif, comme elle est souveraine dans l’ordre politique, c’est pour cela que le socialisme sort du mou- vement républicain.  » La république, portant l’idéal de l’égalité, doit devenir sociale pour se parfaire et réaliser la grande promesse de 1789. La vérité de la république, c’est la république sociale. Jaurès puise bien sûr dans la tradition de la Révolution française, comme tous les révoltés de son temps. De même qu’il y trouve l’idéal de la «  nation révolutionnaire  », le peuple souverain dressé non contre les autres peuples, mais contre les tyrans (dont «  le sang impur  » est évoqué par La Marseillaise). Jaurès n’entend pas par «  socialisme  » la guimauve actuelle des libéraux de la rue de Solférino. Mais le collec- tivisme, la société sans roi ni patron. «  Le communisme doit être l’idée directrice et visible de tout le mouvement  » (Etudes socialistes de 1902). Mais comment la république pourrait-elle accoucher presque naturellement de la «  Sociale  »  ? Et comment prétendre que la «  nation  » (y compris le prolétariat  ?) est vraiment «  souveraine  » au parlement… et dans l’Etat  ?

Continuité ou rupture  ?

Partant lui aussi de cette expérience historique, Marx avait déjà posé le problème de la relation entre la république et le socialisme. Dans cette forme idéale de «  l’Etat moderne  », il voyait une promesse d’une nouvelle société (le parachèvement de l’égalité des hommes par l’égalité sociale) mais aussi une contradiction. Jusqu’à comparer, dans La Question juive (1845), l’idéologie républicaine à la religion chrétienne, car elle aussi proposerait une résolution seulement fantastique des iniquités de la société bourgeoise, promesse de l’égalité, non plus au Ciel mais dans l’isoloir, non plus devant Dieu mais devant la Loi. Comme si l’idéal républicain pouvait devenir un nouvel «  opium du peuple  ». Sans même parler de la nature de l’Etat, même républicain, qui a sa propre consistance, moins universelle  : de classe  ! Pour Marx, il y avait donc une continuité-rupture entre l’idéal de la république et la réalisation communiste de l’émancipation humaine. La Sociale ne naîtra pas progressivement ou naturellement de la République tout court, mais révolutionnaire- ment, par l’expropriation révolutionnaire de la bourgeoisie et, comme il le dira ensuite à la lumière des expériences révolutionnaires de son temps, par destruction de l’Etat bourgeois existant. Jaurès espère à l’inverse une continuité possible entre le cœur des institutions républicaines (l’administration de l’Etat, le parlement et le suffrage universel) et le socialisme.

«  Evolution révolutionnaire  »  ?

C’est le titre d’une partie de ses Etudes socialistes, où il écrit  : «   Ces grands changements sociaux qu’on nomme des révolutions ne peuvent pas ou ne peuvent plus être l’œuvre d’une minorité. Une minorité révolutionnaire, si intelligente, si énergique qu’elle soit, ne suffit pas, au moins dans les sociétés modernes, à accomplir la révolution. Il y faut le concours, l’adhésion de la majorité, de l’immense majorité.  » Certes. Mais que se passerait-t-il alors, une fois la majorité conquise (si l’on admet qu’elle peut l’être électoralement, et sans de violentes tensions)  ? Que ferait l’Etat  ? Et que faire de l’Etat  ? Jaurès ne s’étend guère sur cette question, mais aime dire, cependant, sa confiance dans la conquête légale des pouvoirs publics, par le suffrage universel, par les progrès de l’éducation des prolétaires aussi, et en même temps sa solidarité avec la classe ouvrière quand elle est contrainte de se défendre par la violence. Sa stratégie politique est fidèle à ces principes. De sa première élection comme député en 1885 jusqu’à son assassinat en 1914, Jaurès tentera souvent de nouer des alliances durables avec le reste du camp républicain, pour empêcher la victoire de la réaction (la république est neuve et menacée) et réaliser de nouvelles conquêtes démocratiques, ce qui passe par un combat acharné contre les deux bastions de la réaction, le sabre et le goupillon. Il faut défendre Dreyfus, car celui-ci, injustement martyrisé, n’est plus désormais un bourgeois ou un capitaine, il est l’humanité. Contre le sectarisme des guesdistes (pour lesquels ce serait un conflit interne à la bourgeoisie  !), Jaurès propose au mouvement ouvrier de prendre en charge tous les problèmes de la société, atti- tude normale pour une classe qui prétend en incarner l’avenir et la direction. Mais c’est aussi un moment politique crucial, un bras-de-fer contre l’armée qui rallie autour d’elle toute la réaction.

Il faut séparer l’Eglise et l’Etat, et développer l’école laïque, pour détruire l’emprise de la superstition sur l’esprit des enfants. Comme il le dit dans son discours du 3 mars 1904 au parlement  : «   Nous combattons l’Eglise et le christianisme parce qu’ils sont la négation du droit humain et renferment un principe d’asservissement humain.  »s Mais la confiance critique de Jaurès dans les institutions républicaines va justement plus loin que ce «  frapper ensemble  », plus loin même qu’une tactique de soutien au parlement à des gouvernements dirigés par des partis bourgeois républicains. Son ambiguïté de fond à l’égard de l’Etat républicain s’étend à son personnel politique dirigeant. Pour Jaurès, Clemenceau et même avant lui Jules Ferry sont tout à la fois des adversaires mais aussi des partenaires d’un «  grand parti républicain  » qu’il dit encore «  voir en France  » en 1905. Et non des ennemis de classe  ? En 1898, Jaurès, «  accompagnant  » la constitution du ministère Waldeck-Rousseau, dreyfusard et «  de défense républicaine  », se félicite de l’entrée d’un ministre socialiste au gouvernement (premier de l’histoire), Alexandre Millerand. Il y voit comme une annonce de la victoire inévitable du socialisme  ! Ces gouvernements vont cependant vite montrer qu’ils ne songent qu’à alterner la matraque et la carotte face au mouvement ouvrier, pour mieux le dissoudre («  la politique du fouet et du morceau de sucre  », comme disait Bismarck).

Un congrès de la SFIO vote aussi une dénonciation, ferme, de «  la politique coloniale capitaliste  ». Mais l’expression mérite d’être éclaircie. Il s’agit de condamner les crimes coloniaux, les pillages des groupes capitalistes, et le danger de guerre engendré par la course européenne aux colonies. Mais pour- quoi pas une politique coloniale sinon socialiste, au moins authentiquement républicaine  ? En 1905 Jaurès, à l’inverse de Guesde par exemple (réclamant le départ des «  soudards français  »), se dit moins enclin à condamner la présence française dans les colonies, qu’à exiger une authentique politique civili-satrice. C’est que, même si l’humanisme de Jaurès est entaché des préjugés coloniaux du moment, il croit aussi semble-t-il à la possibilité de bonnes pratiques de l’Etat français dans ses colonies, à la possibilité que la «  République  » aide ces peuples à accéder… à la civilisation. N’est-ce pas là une forme de loyauté à l’égard de l’Etat républicain, qui du coup tourne parfois à la pirouette théorique, comme avec son fameux paradoxe sur la patrie  : «  Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie  ; beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale  ; beaucoup de patriotisme y ramène  »  ? (L’Armée nouvelle).

Patriote, mais pacifiste

Sauf que le nationalisme chauffé à blanc prépare la guerre. Et sur ce point, plus d’ambiguïté. Jaurès est inflexible. Dans son discours du 7 mars 1895, il fait le lien entre la guerre et le capitalisme  : «   Toujours votre société violente et chaotique, même quand elle veut la paix (…) porte en elle la guerre, comme une nuée dormante porte l’orage. Messieurs, il n’y a qu’un moyen d’abolir la guerre entre les peuples, c’est abolir la guerre économique, le désordre de la société présente (…), logiquement, profondément, le Parti socialiste est, dans le monde, aujourd’hui, le seul parti de la paix.  » En 1913, lui et tous les socialistes combattent avec acharnement la «  loi des trois ans  », qui porte le service militaire de deux à trois ans. Tout en dénonçant la marche à la guerre et le militarisme, Jaurès fait… une contre-proposition, qu’il avait déjà développée en 1910, dans son livre L’Armée nouvelle. C’est l’occasion pour lui de proposer une synthèse de ses idéaux républicains et socialistes, et de lier le tout avec l’idée de nation  ! « Pour la défense nationale » (c’est le titre de la rubrique où son journal L’Humanité publie ses articles contre la loi des trois ans), le plus efficace est le système de la «  nation armée  », qui remplacerait l’armée permanente, hiérarchisée, dirigée par la caste réactionnaire et très aristocratique des officiers, par une armée de citoyens, de milices prêtes en permanence à se mobiliser dans une perspective purement défensive du territoire, sur le modèle suisse. D’où la dissolution du service militaire, qui soumet la jeunesse à la tyrannie des officiers, dans la vie ordinaire du citoyen en armes. Jaurès emprunte ainsi à la «  levée en masse  » de l’an II de la révolution, à la «  garde nationale  » du XIXe siècle, mais complètement démocratisée. Son armée citoyenne, de toute la «  nation  », égalitaire, pourrait être le creuset de l’avenir socialiste de la France, tout en faisant disparaître l’armée comme instrument d’oppression des classes dominantes.

Un réformiste héritier d’une révolution

Héritier d’une tradition révolutionnaire, celle de 1789 et 1793, sans cesse relancée par les grands épisodes de 1830, 1848, 1871, rallié à l’idéal socialiste d’une société sans classes, Jaurès pense que le prolétariat peut faire l’économie d’une révolution, car il croit dans la possibilité de démocratiser défini-tivement l’Etat républicain par la légalité et le vote. A condition de détruire l’emprise sociale de l’Eglise et de l’armée. Malheureusement, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’au XXe siècle l’Etat, même «  républicain  », a plutôt montré une immense détermination à écraser s’il le fallait les peuples et les tra- vailleurs, sans se laisser docilement civiliser. Mais Jaurès, sa haine de la guerre et du militarisme en témoignent, n’a jamais poussé ce relatif optimisme envers l’Etat jusqu’à un ralliement pur et simple. Il n’a pas suivi sur ce chemin la majorité des directions socialistes de 1914. Car il y avait déjà alors, à la SFIO française comme dans la social-démocratie allemande, un véritable socialisme de trahison  ! En Allemagne (l’équivalent existait en France), on appelait même cela, dès avant 1914, «  le social-impérialisme  »  : Marx et Engels avaient dit dans le Manifeste du Parti communiste que «les prolétaires n’ont pas de patrie » ? Justement… il faut enfin leur en donner une  ! Autrement dit  : convaincre l’Etat de donner sa place au mouvement ouvrier organisé. Participer à la guerre, faire l’Union sacrée, cela signifierait, après, en recueillir les fruits  ! «  Ils seraient bien obligés  » de reconnaître les prolétaires comme partie intégrante de la nation, et leurs organisations, si loyales, comme partie intégrante de l’Etat-nation… On sait quel «  grand  » avenir a eu ce socialisme national et d’Etat (après 1945, cependant). C’est lui, dans le fond, qui a donné une grande partie de son idéologie à la gauche gouvernementale (et nationaliste) moderne. Et non «  l’évolutionnaire  » Jaurès, assassiné le 31 juillet 1914 «  pour avoir trahi son pays  », comme le dit alors son meurtrier, le nationaliste Raoul Villain. C’est-à-dire pour avoir lutté jusqu’au bout contre la barbarie.

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12 juin 2013 ~ 0 Commentaire

République et luttes de classes (Essf-Tean)

République et luttes de classes (Essf-Tean) dans Histoire 14-07-12-drapeau-rouge-contre-drapeau-tricolore

L’histoire des rapports entre le mouvement ouvrier et la République est tumultueuse. Ils se sont rencontrés, mêlés mais aussi opposés et combattus.

En France après le renversement de la monarchie

Il y a bien entendu, plusieurs définitions de la « République ». En France, elle est liée à la révolution de 1789, au renversement de la monarchie, et aux idéaux « d’égalité, de fraternité et de liberté ». C’est la « chose publique », un système politique représentant les citoyens, se présentant comme défendant l’intérêt général, et s’incarnant dans un gouvernement, des institutions et un Etat. Mais elle a aussi constitué depuis plus de deux siècles, avec des inter- ruptions, la forme politique de la domination des classes dominantes, de construction de l’Etat bourgeois. Cette double dimension a conduit les révo- lutionnaires, non pas à défendre, en tout temps et tout lieu, la « République », mais à définir leur politique en fonction de chaque conjoncture historique et de la dynamique que peut avoir ce mot d’ordre.

La Révolution française de 1789 a eu une portée universelle. La république lui est historiquement liée. Durant des décennies, ces idées ont soulevé l’enthousiasme des peuples du monde. Elles ont incarné les droits politiques et civiques, mais moins les droits sociaux au travail, à l’éducation, à l’exis-tence. Plus, malgré des luttes acharnées, en particulier celle de Robespierre, le droit d’existence n’a pu prévaloir sur le droit de propriété. C’était là, comme le dit Daniel Bensaïd, « l’originelle fêlure, la mortelle blessure, l’intime défaillance des droits de l’homme et du citoyen, le défaut de fabrication » [1]. Son histoire est aussi marquée par des « exclusives » : le suffrage censitaire, qui prive du droit de vote les classes populaires, celles qui ne paient pas l’impôt, le maintien de l’esclavage des peuples colonisés jusqu’en 1848, où il est aboli par la deuxième République, et le refus du vote pour les femmes jusqu’en 1946 ! Clémenceau voulait « qu’on prenne la révolution française comme un bloc ». On nous présente aussi la République comme un bloc. Ses origines comme son histoire prouvent que ce bloc n’est pas compact, ni homogène : les poussées républicaines-révolutionnaires de 1789, 1793, de février1848, ne peuvent être confondues avec Thermidor et les massacres de Juin 1848, tout cela au nom de la République ! Dans d’autres pays, comme aux Etats-Unis d’Amérique, la République n’a pas la portée subversive, antimonarchique, qu’elle a en France. En Turquie, la République de Mustapha Kemal est ultra laïque, mais pas démocratique. De même, nombre de dictatures en Amérique latine se sont parées des habits de la république. La république comme, d’autres formes politiques, exige donc l’analyse concrète d’une situation concrète.

République « tout court » ou république sociale?

La référence à la République a aussi servi de point de ralliement aux mouvements populaires, non seulement en France, mais aussi dans d’autres pays d’Europe. De grands soulèvements révolutionnaires contre la monarchie, le racisme ou la dictature ont été marqués du sceau républicain. Les journées de 1793, de 1830, de 1848, l’expérience fondatrice de la Commune de Paris en 1871, les mobilisations antifascistes en 1934-1936, en France ou en 1936-1939 en Espagne contre Franco, la résistance contre l’occupant nazi en 1940-44… Autant de guerres et de crises révolutionnaires où le ressort républicain a combiné les aspirations à la souveraineté populaire, aux libertés démocratiques et à l’égalité sociale. C’est dans ce sens, que dès 1905, Lénine considérait la république démocratique comme « l’ultime forme de la domination bourgeoise et comme la forme la plus appropriée à la lutte du prolétariat contre la bourgeoisie. » [2]

Mais la « République » confond, aussi, les aspirations démocratiques et les institutions qui forment l’Etat bourgeois, et peut s’avérer un terrible piège pour le mouvement ouvrier. La révolution de 1848 a incarné la rupture entre deux conceptions de la république. En février 1848, les insurgés parisiens combattent au nom de la « république sociale » et du « droit du travail ». En juin 1848, les ouvriers parisiens sont massacrés, tou- jours au nom de la « république », celle de la « république des propriétaires ». La bourgeoisie se sert de la forme politico-étatique de la république pour écraser le mouvement ouvrier. Marx en tire les leçons : « La bourgeoisie n’a pas de roi, la forme de son règne est la République ». Comme l’indique Daniel Bensaïd dans une contribution sur la Commune, l’Etat et la Révolution : « Dans sa forme achevée, la République constitutionnelle réalise la coalition d’intérêts du parti de l’ordre. Il n’y aura plus désormais de République tout court. Elle sera sociale ou ne sera qu’une caricature d’elle-même, le masque d’une nouvelle oppression ».

La référence à la « République, tout court » sera, plus tard, le terrain de toute la politique d’Union sacrée qui réunit les représentants des classes dominantes et ceux du mouvement ouvrier réformiste. C’est au nom de la République et de la civilisation qu’ont été poursuivies les expéditions coloniales contre les peuples d’Afrique du Nord, d’Afrique noire et d’Indochine. C’est au nom de la République qu’a été conduite une politique de répression et d’assimilation forcée de ces peuples. Et les « valeurs républicaines » n’ont pas évité à la France la vague de nationalisme et de racisme qui a submergé l’Europe à partir de la fin du XIXe siècle. C’est en son nom que les écoles républicaines ont préparé les consciences à la « revanche » contre l’Allemagne. C’est en son nom que se déchaînent les boucheries de la Première Guerre mondiale.

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12 juin 2013 ~ 0 Commentaire

République et collaboration de classe

 République et collaboration de classe dans Histoire soiree

C’est aussi au nom de la République qu’ont été approuvées nombre de politiques de collaboration de classes.

Des premières expériences de « ministérialisme », c’est-à-dire de participation d’un ministre socialiste, Millerand à un gouvernements bourgeois, au début du XXe siècle, à la reconstruction de l’Etat bourgeois en 1944-1945, sous la houlette du général De Gaulle, avec le désarmement des forces de la Résistance, en passant par le Front populaire qui canalisa la force propulsive de la grève générale dans l’alliance avec le parti radical ; c’est à chaque fois la référence à la République identifiée aux institutions de l’Etat bourgeois démocratique qui désarma le mouvement social. D’ailleurs, n’oublions pas, comme le montre de manière saisissante le film Land and Freedom de Ken Loach, sur la guerre civile espagnole, la manière dont les staliniens, certains sociaux-démocrates et autres républicains ont utilisé la défense de la république pour étrangler la révolution. Il y avait, dans le camp de la République espagnole, une lutte im- pitoyable entre révolution et contre-révolution, entre ceux qui liaient la lutte pour la démocratie à une transformation sociale révolutionnaire et les autres, qui utilisaient la démocratie pour freiner puis abattre le processus révolutionnaire.

La République, comme forme politique, n’est jamais neutre.

Elle est intrinsèquement liée à l’Etat, et à la classe qui domine cet Etat. Nous ne partageons pas l’appréciation de Jean Jaurès dans ses écrits sur « L’Armée nouvelle », où il caractérise ainsi l’Etat : « L’Etat n’exprime pas une classe, mais le rapport des classes, je veux dire le rapport de forces ». La République, comme forme politique et étatique construite depuis plus d’un siècle en France n’est pas une forme politique indifférenciée qui se remplirait d’un contenu social donné, bourgeois ou prolétarien, selon les rapports de forces. L’Etat est au service des classes dominantes. Nous partageons, plutôt, le point de vue de Lénine, pour qui « la République bourgeoise, le Parlement, le suffrage universel, tout cela constitue un immense progrès du point de vue du dévelop- pement de la société à l’échelle mondiale… Mais la République bourgeoise la plus démocratique n’a jamais été et ne pouvait, être rien d’autre qu’une ma- chine servant au capital à opprimer les travailleurs, un instrument de pouvoir politique du capital. La République démocratique bourgeoise a promis et proclamé le pouvoir de la majorité, mais elle n’a pu le réaliser tant qu’existait la propriété privée du sol et des autres moyens de production » Cette ambi- valence, ou ambiguïté fondamentale de la République, nous conduit à rejeter toute idée d’alliance ou de mouvement ou de front républicain, avec la bour- geoisie. Cette question est toujours d’actualité, car c’est la politique proposée par d’importants secteurs de la gauche traditionnelle pour combattre le Front national. Or, face au fascisme, il faut opposer la mobilisation unitaire de tous les travailleurs et de leurs organisations, et non pas une alliance ou un front républicain qui subordonne la gauche à des accords avec la bourgeoisie. Dans des circonstances historiques spécifiques, l’opposition à la monarchie, à des dictatures, au fascisme ou à des coups d’État, la lutte pour la « république » peut incarner l’exigence démocratique. Face à des républiques bourgeoises, le mouvement ouvrier doit alors lever le drapeau de la « République sociale et démocratique », et s’appuyer sur les méthodes de la lutte de classes.

Et la 6è république?

Aujourd’hui, avec la campagne menée par Mélenchon, le mouvement ouvrier français est de nouveau confronté au débat sur la République. Ses partisans revendiquent une assemblée constituante pour une VIe République. La situation de crise politique en France et en Europe peut en effet poser, de manière centrale, des questions démocratiques, conjuguées à celles de la lutte contre l’austérité. Mais la dynamique de la lutte de classes épouse-t-elle aujourd’hui, les formes républicaines du siècle dernier ? Une situation prérévolutionnaire comme celle de Mai 68, par exemple, ne s’est pas située dans les traditions républicaines du mouvement ouvrier. Lorsque se déclenchent des luttes sociales ou démocratiques de grande envergure, ce n’est pas la République ni même « une VIe République », qui peut en constituer l’horizon politique. Une chose, sont, les meetings électoraux, autre chose est un programme ou une revendication dont les classes populaires s’emparent pour résister à la crise. La situation peut être différente dans l’Etat espagnol, où la conjonction de la crise de la monarchie et des nationalités pose plus précisément la nécessité de le République et de l’auto-détermination… Mais que signifie cette référence dans la situation française où, depuis plus d’un siècle, la bourgeoisie a accaparé la République ?

Discutons de la VIe République défendue par J. L. Mélenchon. La conçoit-il vraiment comme une rupture démocratique ? Il propose certes quelques modifications institutionnelles importantes sur la suppression du Sénat, la mise en place de la proportionnelle dans les élections ou le référendum révocatoire comme au Venezuela. Mais sur la clé de voûte de la Ve République (l’élection du président de la République au suffrage universel et le fait que tous les pouvoirs lui soient conférés), il renvoie la discussion à une future Constituante. Pourtant c’est le point nodal de l’architecture des « Républiques bonapartistes » . Dès le coup d’État de Louis Bonaparte du 2 décembre 1851, Marx avait compris la fonction perverse de cette institution : « La Constitution s’abolit elle-même en faisant élire le président au suffrage direct par tous les Français. Alors que les suffrages des Français se dispersent sur les 750 mem- bres de l’Assemblée nationale, ils se concentrent ici, au contraire, sur un seul individu […]. Il est, lui, l’élu de la nation. Vis-à-vis d’elle, il dispose d’une sorte de droit divin, il est par la grâce du peuple ». Le programme de Mélenchon se contente d’une formule générale : « Les pouvoirs exorbitants du pré- sident de la République doivent être supprimés dans le cadre d’une redéfinition générale et d’une réduction de ses attributions », nous indique le pro- gramme du Front de gauche. Si nous sommes pointilleux là-dessus, c’est que François Mitterrand, une des références de Jean-Luc Mélenchon, avait pen- dant des années critiqué la Ve République comme « un coup d’Etat permanent ». Mais lorsqu’il s’est agi d’établir le Programme commun de l’Union de la gauche, il refusa de remettre en cause « la présidence de la république ». Il suffit de reprendre le texte du Programme commun de 1973 pour y retrouver la dénonciation des « pouvoirs exorbitants » du président et la « nécessité de leur suppression »… mais pas la suppression de la présidence. Et pour cause, la suite de l’histoire nous a apporté la réponse. Un point central de discussion avec les partisans de la VIe République tourne autour des rapports entre les modifications institutionnelles et la mobilisation populaire pour assurer une démocratie réelle.

La rupture avec les institutions de la Ve République et l’ouverture d’un processus constituant, pour une vraie démocratie, implique une refonte totale du système avec des assemblées souveraines élues au suffrage universel et à la proportionnelle. Le rôle des anticapitalistes consiste à s’appuyer sur ce pro- cessus pour favoriser le mouvement d’en bas, les formes de pouvoir populaire. Ainsi, ces assemblées nationales élues, doivent s’appuyer sur des assem- blées locales dans les communes, dans les entreprises, sur un processus d’auto-organisation et d’autogestion qui donne le pouvoir au peuple. Pas un mot, chez Mélenchon, sur toute cette dimension, car sa VIe République est en fait une transformation de l’Etat et des institutions actuelles, et non une rupture ou la constitution d’un nouvel Etat. Nous sommes bien entendu aujourd’hui, très loin de ce type de situation en France ou en Europe. Mais observons que, lorsque les citoyens s’emparent de questions démocratiques institutionnelles, ils se tournent vers des mesures plus radicales. La crise actuelle (politique, institutionnelle) est telle que des mouvements comme les Indignés, par exemple, insistent sur « la démocratie réelle maintenant »… avec des propositions de démocratie directe ou des réformes institutionnelles radicales (contrôle des élus, proportionnelle, initiatives référendaires), plus que sur la défense de la république.

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article28895

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12 juin 2013 ~ 0 Commentaire

République et anticapitalisme

 République et anticapitalisme  dans A gauche du PS 300px-monogrammist_g.r._paris_1848_pack_dich_illustration_zu_dem_gleichnamigen_revolutionslied

Sur le plan économique et social, les républicains d’aujourd’hui analysent plus la société capitaliste, dans les termes d’une critique humaniste, « L’Humain d’abord », plutôt que ceux de la lutte de classes.

Ils s’opposent au néo-libéralisme et au capitalisme financier, inventent de nouvelles régulations, mais n’osent pas remettre en cause le noyau dur du sys- tème capitaliste, à savoir les rapports de propriété. Ils se prononcent bien entendu pour la défense des services publics, pour leur gestion démocratique. Le programme du Front de gauche, « L’Humain d’abord », explique que « le pouvoir économique ne sera plus entre les mains des seuls actionnaires, les sala- riés et leurs représentants seront appelés à participer aux choix d’investissement des entreprises en tenant compte des priorités sociales, écologiques et économiques démocratiquement débattues », mais ils ne vont pas jusqu’à des incursions dans la propriété capitaliste et l’amorce d’un processus de socia-lisation de l’économie. Ils défendent l’intérêt général, mais lorsque celui-ci bute sur la propriété du capital, les réponses se font plus qu’évasives. Alors que plus que jamais, la profondeur de la crise capitaliste, au-delà des résistances quotidiennes aux politiques d’austérité, pose au mouvement ouvrier l’alter-native historique suivante : accepter la logique du système capitaliste actuel et subir d’énormes régressions sociales, économiques, écologiques ou rompre avec le capitalisme, défendre le droit à l’existence avant le droit de propriété et s’engager dans une confrontation avec les classes possédantes. Et là, « l’in- térêt général », c’est redonner toute sa centralité à la Lutte de classes !

République et socialisme

Toutes ces considérations nous conduisent à ne pas donner une valeur stratégique à la « république » tout court ! Une chose est de défendre, dans la Ré- publique, des conquêtes sociales et démocratiques : le suffrage universel, les services publics, la laïcité comme principe de séparation de l’église et de l’Etat. Ces combats prennent aujourd’hui une nouvelle dimension face aux contre-réformes libérales qui remettent en cause l’espace démocratique. Ils doivent être liés à une perspective transitoire de transformation sociale radicale de la société. Autre chose est de proposer comme perspective stratégique une référence à la République qui, comme forme politique, fusionne libertés démocratiques et institutions étatiques. Cela ne peut que brider et limiter les luttes de classes dans la remise en cause des formes étatiques.

Il n’y a pas de continuité entre République et socialisme :

entre les deux, il y a des cassures, des discontinuités, en particulier dans la destruction de la vieille machine d’Etat. Affirmer une continuité entre la Répu- blique et le socialisme, c’est ne plus penser la « rupture », c’est relativiser toutes les problématiques liées à l’émergence de situations révolutionnaires qui posent la question de nouvelles formes d’autogouvernement ou d’autogestion sociale. On en arrive alors à la formule de Mélenchon, de « révolution par les urnes », révolution canalisée, déviée, corsetée par les institutions de la République. Car il ne s’agit plus, pour lui, de reprendre le drapeau de la République sociale, celle des communards, qui opposaient la république sociale aux classes bourgeoises, mais des républicains qui, au-dessus des classes sociales, fu- sionnent dans leur défense de la République les mots « Nation », « République » et « Etat ». Cette conception ne peut que subordonner la « révolution citoyenne » ou « la révolution par les urnes » au respect des institutions de l’Etat des classes dominantes. Il ne s’agit pas, pour les révolutionnaires, de nier la place des élections dans une stratégie révolutionnaire ou le suffrage universel comme mode d’expression et de décision démocratique, ni le fait que lors d’une crise révolutionnaire, le torrent du mouvement de masse bouscule et peut passer au travers des vielles institutions. Mais le centre de gravité des révolutions, ce ne sont pas les urnes, c’est, d’une part, « l’irruption des masses sur la scène sociale et politique » et d’autre part, la remise en cause du pouvoir des classes dominantes. Les révolutions créent, par leur propre dynamique, de nouvelles architectures de pouvoir économique, social, et politique. Historiquement, la République, comme continuité institutionnelle, a souvent été un barrage pour ces nouvelles formes politiques. La révolution doit alors la dépasser.

SABADO François

Notes

[1] Moi La Révolution, éditions Gallimard, 1989.

[2] « La social démocratie et le gouvernement révolutionnaire provisoire », œuvres vol 18 p 281.

* Article paru dans un dossier sur la République, revue « Tout est à nous » n° 44 de juin 2013. http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article28895

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10 juin 2013 ~ 0 Commentaire

Conseil national de la Résistance : l’envers du décor

Conseil national de la Résistance : l’envers du décor dans A gauche du PS russie-urss-contre-financiers

Le programme du Conseil national de la Résistance (CNR), dont c’est le 70e anniversaire, est régulièrement évoqué comme modèle à suivre, en opposition à la politique actuelle.
Il est vrai que « l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’État (…) ; le retour à la nation des grands moyens de pro- duction monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques » (…) et surtout l’instauration d’un « plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État » sont des mesures contradictoires avec la politique libérale actuelle. Et nous avons raison de répéter que s’il a été possible de mettre en place la Sécu dans un pays dévasté par la guerre, on peut faire bien plus aujourd’hui. Mais cela ne doit pas nous transformer en inconditionnels du CNR. Les capitalistes étaient inquiets de voir se répéter à la fin de la Seconde Guerre mondiale la vague révolutionnaire qui avait secoué l’Europe entre 1917 et 1923. En France, à part quelques personnages secondaires, tous les représentants de la droite ont soutenu les nazis ou le régime de Vichy. Les entreprises d’importance et tout l’appareil d’État ont « collaboré », seul un préfet, Jean Moulin, ayant refusé de servir. Même si tous ces gens ont commencé à jouer double jeu quand ils se sont aperçus que la défaite nazie appro-chait, cela ne suffisait pas aux résistants des milieux populaires qui aspiraient à se débarrasser des « collaborateurs » et à mettre en place une autre société. Ils avaient raison ! Et l’exemple (1) de la proposition du Comité des Forges (l’ancêtre du Medef), faite à un mouvement de résistance, de plusieurs dizaines de millions et 500 automitrailleuses, pour qu’il fournisse 20 000 hommes acceptant de participer à la lutte préventive contre le communisme, montrent qu’eux aussi se préparaient.
L’État remis sur pied
De Gaulle chercha donc à contrôler les résistants organisés par le PCF en constituant une structure d’unité nationale. Il fonde le CNR le 27 mai 1943. Il re- groupe les huit mouvements de résistance, les deux centrales syndicales (CGT et CFTC) et les six principaux partis de la IIIe République, le PCF, la SFIO (PS), les radicaux et trois petits partis de droite. Le programme, adopté le 15 mars 1944, validait le gouvernement de De Gaulle, préparait la réinstallation d’un État et reprenait les propositions socio-économiques des socialistes, soutenues par les milieux de droite chrétiens sociaux. Le PCF l’appliqua en accep- tant fin 1944 la dissolution des milices patriotiques, contre pouvoirs réels, au motif qu’il ne faut qu’un seul État, une seule police, une seule armée, et en combattant les grèves des mineurs : « Produire, c’est aujourd’hui la forme la plus élevée du devoir de classe »… Les réformes du CNR ne sont pas spécifiques à la France, contrairement à ce que notamment le PCF voudrait faire croire. Les mêmes nationalisations (de 20 à 25 % de l’économie) vont être faites en Grande-Bretagne, en Autriche, et des systèmes de sécurité sociale vont être instaurés à cette époque dans presque toute l’Europe. Alors oui, on peut mettre en cause la pertinence de ce modèle d’union nationale, qui a été un frein aux mobilisations qui auraient pu remettre en cause le pouvoir des capitalistes à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Patrick Le Moal
1. Grégoire Madjarian, Conflits, pouvoirs et société à la Libération, 1980, 10/18

Dimanche 9 juin 2013 Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 198 (06/06/13)

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10 juin 2013 ~ 0 Commentaire

L’extravagante leçon d’Histoire de Vincent Peillon à des enfants de dix ans (Rue 89)

L’extravagante leçon d’Histoire de Vincent Peillon à des enfants de dix ans (Rue 89) dans Educ'action etambour

La dernière réunion du Parlement des enfants – une sorte de mise en scène convenue qui voit les responsables politiques faire semblant de prendre les enfants au sérieux, pourvu que ces derniers récitent bien leur leçon – a donné l’occasion à Vincent Peillon, endossant ses habits préférés de Père La Morale, de développer devant son jeune auditoire, sans doute décontenancé, une conception qu’on lui sait chère de l’Histoire et de la République, malheureusement sans guère de rapport avec la réalité. Le ton avait été donné par le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, avec des accents à la Déroulède :

« Cette année, vos travaux vous ont permis d’approfondir le sens de la devise de notre République, “ liberté, égalité, fraternité ”. Héritée, comme les trois couleurs, bleu, blanc, rouge, de notre drapeau, de la révolution de 1789, cette devise, inscrite au fronton de chacune de vos mairies ou de vos ambassades, constitue l’identité profonde de notre démocratie. »

Qu’on se le dise : à l’école primaire, l’éducation civique – du moins dans sa version BOEN (Bulletin officiel de l’Education nationale) – c’est d’abord cela : se lever pendant la Marseillaise et honorer le drapeau. Le reste attendra.

Rousseau et Kant, des auteurs pour les 9-10 ans

Ce fut alors au tour de Peillon de se lancer dans une extravagante homélie à la gloire de la République – citée pas moins de onze fois en quelques minutes – et de la Révolution française (quatre mentions), agrémentant son exposé de références à Rousseau, Condorcet, Kant, des auteurs parfaitement appropriés à des enfants de neuf ou dix ans, mais aussi à Robespierre, à qui l’on doit, paraît-il, la devise républicaine « sainte devise de nos pères ». Les écoliers, sage- ment rassemblés dans l’hémicycle, auront donc appris que la liberté, l’égalité, la fraternité sont le legs de l’homme de la Terreur, de la loi des suspects, des massacres de masse et de la guillotine. Puisque c’est le Ministre qui le dit. Mais Peillon ne saurait s’arrêter à de si mesquins détails : en quelques minutes, il délivre sa version de l’Histoire, celle d’un régime républicain sans taches, immaculé, paré de toutes les vertus, un régime à qui l’on doit la liberté, l’instruction, la justice sociale, qui a fait sortir l’humanité des ténèbres, quelque chose de jamais égalé et d’ailleurs d’insurpassable.

Si les écoliers ne sont pas émus aux larmes…

Florilège :

  • « Ce qui a fait notre modernité, ce qui a fait la République depuis la Révolution française, c’est l’affirmation que l’humanité se définit précisément par cette qualité imprescriptible et qu’aucun pouvoir ne peut et ne doit atteindre : la liberté de chaque individu. Liberté de conscience, liberté de pensée, liberté d’expression, liberté de mouvement, liberté de contester tous les pouvoirs […] ;
  • Pour que la liberté soit celle de chacun, il faut veiller à ce qu’il n’y ait pas entre les hommes trop d’inégalités ; il faut veiller à ce que chaque homme et chaque femme puisse avoir accès à cette liberté. Cela suppose des conditions d’instruction auxquelles on a réfléchi dès la Révolution. Elle a donné à chacun ce droit à l’instruction […] ;
  • La République est donc allée plus loin, elle s’est dit qu’il fallait la liberté pour chacun et pour tous, l’égalité des droits pour tous et pour chacun, mais aussi la fraternité, la justice, la solidarité. Telle est la grandeur de notre République : avoir posé la question de la justice sociale et du droit à la subsistance, vouloir vaincre à la fois l’ignorance et l’indigence […] ;
  • L’idée même de la fraternité, la voici : c’est le père à la table avec ses enfants. L’enfant est plus faible que le père, mais si l’enfant a faim, alors à chacun selon ses besoins. Cette grande devise de justice a animé tout le développement de notre République au XIXe siècle. »

Si les écoliers à qui l’on s’adresse ainsi ne sont pas émus aux larmes, c’est à désespérer de l’éducation civique… ou de la République. A moins qu’ils ne se soient endormis.

L’Histoire qu’on racontait au XIXe siècle

Pour les besoins de la cause, Peillon réécrit l’Histoire. Ou plutôt, il recopie celle qu’on écrivait au XIXe siècle, avec ses petits mensonges et ses grandes omissions, celle qu’ont apprise des générations de Français et dont on pensait pourtant qu’elle n’avait plus sa place sur les bancs de l’école ou dans le débat public. Une Histoire qui oublie que la république est née dans un bain de sang – la Terreur pour la première, la Commune pour la troisième –, qu’elle fut plus souvent portée sur la coercition et la violence que sur la tolérance. Qu’elle s’est compromise sans remords avec la colonisation et l’esclavage, pudiquement qualifié de travail forcé. Qu’en 1940, sans beaucoup d’hésitations, elle a laissé les clefs de la maison à Vichy et à la collaboration. Qu’elle a légitimé la torture et les massacres de la décolonisation, les tribunaux d’exception. Que la raison d’Etat a couvert bien des crimes. Qu’elle s’est accom-modée, jusqu’en 1945, d’une démocratie sans les femmes et aujourd’hui sans les immigrés. Que, dans un pays miné par le chômage et les inégalités, la justice sociale est plus souvent l’objet de belles paroles que d’une pratique. Et qu’enfin, dans les écoles, les enfants en situation d’échec sont dans tous les cas issus de milieux défavorisés, ce qui ne semble guère émouvoir un Ministre manifestement peu désireux d’y remédier et dont la loi d’orientation, dont il n’est pourtant pas peu fier, se révèle au final comme un élément de communication, en réalité une coquille vide.

Une conception de l’éducation civique ringarde et rudimentaire

Au fil des mois, la politique de Peillon se dévoile réellement pour ce qu’elle est : à défaut de refonder le système éducatif, il se rabat toujours plus sur le champ des symboles, dans l’espoir de flatter un électorat complaisant en la matière. Après le drapeau au fronton des écoles, après les leçons de morale, voilà qu’il instrumentalise l’Histoire dans un sens qui laisse d’ailleurs bien mal augurer d’un renouvellement des programmes ; renouvellement, qu’au passage, on attend toujours. Comme tous ses prédécesseurs, il s’avère incapable de dissocier le légitime apprentissage de la vie collective du cadre national, qui n’en est que la déviance. Son intervention ampoulée et pontifiante devant le Parlement des enfants témoigne d’une conception de l’éducation civique ringarde et rudimentaire, où l’endoctrinement et la contemplation béate d’un passé qui n’a jamais existé seraient censés répondre aux défis du moment.

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10 juin 2013 ~ 0 Commentaire

« Affaire Rosenberg » : rencontre de débat et de mémoire, le samedi 15 juin (Ldh)

« Affaire Rosenberg » : rencontre de débat et de mémoire, le samedi 15 juin (Ldh) dans Histoire

Le 5 avril 1951, deux citoyens américains, Julius et Ethel Rosenberg, étaient condamnés à la peine capitale au terme d’un procès à charge et inéquitable. Malgré une très large protestation mondiale, ils ont été exécutés par électrocution le 19 juin 1953.

2013 : soixante ans après l’exécution de Julius et d’Ethel Rosenberg…

Aux Etats-Unis, la peine de mort reste toujours pratiquée ou au moins légale. Dans les couloirs de la mort, des hommes, au terme de procès uniquement à charge, sont condamnés à cette inacceptable négation des droits, tels Mumia Abu Jamal, Hank Skinner… Pourtant, l’espoir existe puisque tout récemment, un dix-septième Etat américain, le Maryland, a décidé d’un processus législatif qui aboutira à l’abolition sur son territoire. La Ligue des droits de l’Homme rappelle son attachement à ce que toute justice soit rendue dans des circonstances où les droits des personnes, leur présomption d’innocence, la présen-tation publique de preuves et leur étude contradictoire soient respectées, et son refus de tout secret dû à un supposé « intérêt supérieur ». Or, dans le cas de l’ « affaire » Rosenberg − euphémisme qui atténue les responsabilités politiques du gouvernement américain de l’époque −, Ethel et Julius Rosenberg ont subi les méfaits d’une justice aux ordres et d’une conception archaïque de la punition. La Ligue des droits de l’Homme rappelle son opposition totale à tout traitement inhumain, et singulièrement à la peine de mort. C’est l’un de ses enga- gements majeurs, car aucune cause, aucune politique, aucune situation internationale ne justifient le recours à l’exécution capitale. En avril dernier, conformément aux décisions prises avec l’ex-Association pour le réexamen de l’affaire Rosenberg, nous annoncions l’initiative d’une rencontre de débat et de mémoire pour que l’on se souvienne du soixantième anniversaire de l’exécution des Rosenberg, pour une justice équitable, pour l’abolition universelle de la peine de mort. La LDH est heureuse, aujourd’hui, de vous annoncer la tenue de cette rencontre et vous invite à venir échanger avec elle :

le samedi 15 juin 2013 à 14h au siège de la Ligue des droits de l’Homme138 rue Marcadet, 75018 Paris Métro Lamarck-Caulaincourt (ligne 12) ou Marcadet-Poissonniers (ligne 4)

Programme de la rencontre

14h  : Accueil.

14h15 : Ouverture de la rencontre : « La LDH et l’Affaire Rosenberg », par Pierre Tartakowsky, président de la LDH.

15h  : Discussion autour de la justice et de la peine de mort aux Etats-Unis, animée par William Goldberg, coresponsable du groupe de travail « Abolition universelle de la torture et de la peine de mort » de la LDH.

15h45 : Pièce de théâtre Clameurs publiques, par la compagnie Par les mots et merveilles.

16h45 : Présentation « L’Affaire Rosenberg : tentative d’analyse historique », par Gilles Manceron et Emmanuel Naquet, coresponsables du groupe de travail « Mémoire, histoire, archives » de la LDH.

17h45 : Clôture sur l’actualité d’un combat pour les droits et la justice, par Dominique Guibert, vice-président de la LDH.

http://www.ldh-france.org/Affaire-Rosenberg-rencontre-de.html

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04 juin 2013 ~ 0 Commentaire

Du Touvet (Isère) à Aix-en-Provence : non à de nouveaux éloges de l’OAS (Ldh)

Du Touvet (Isère) à Aix-en-Provence : non à de nouveaux éloges de l’OAS (Ldh) dans Antifascisme fdunnhfs

Au moment où s’ouvraient les négociations d’Evian pour mettre fin à la guerre d’Algérie, deux activistes, Albert Dovecar et Claude Piegts, membres des sinistres commandos delta de l’OAS, participaient à l’assassinat de Roger Gavoury, commissaire central d’Alger, dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1961. Condamnés à mort, Dovecar et Piegts ont été exécutés le 7 juin 1962. C’est précisément le 7 juin 2013 que le Collectif aixois des rapatriés – le CAR –, a choisi pour inaugurer à Aix-en-Provence un monument, de même nature que ceux de Nice, Toulon, Perpignan et Marignane, érigés à la gloire de tels assassins. La stèle sera installée dans la cour de la Maison du maréchal Alphonse Juin, propriété de la ville d’Aix, devenue véritable casemate de la « nostalgérie ». L’actuelle équipe municipale en a confié la gestion au CAR qu’elle subventionne abondamment. Coutumier des éloges de la colonisation et de l’OAS, le président du collectif, René Andrès, lance un appel pour l’inauguration d’un espace « appelé à devenir le haut lieu de la mémoire, et de la conservation, de la vérité du peuple Pied-Noir et Harkis ».

L’Association de défense des anciens détenus de l’Algérie française (ADIMAD) soutient cet appel. Ces irréductibles de l’Algérie française ont prévu de se retrouver, comme chaque année, début juin autour de la tombe de Claude Piegts au Touvet, dans l’Isère. L’hommage initialement prévu le 2 juin 2013, a soulevé de telles protestations qu’il vient d’être interdit par la préfecture de l’Isère. Ses initiateurs l’ont reporté au 9 juin, deux jours après la cérémonie d’Aix. La Ligue des droits de l’Homme dénonce avec force ces tentatives de réhabilitation des anciens tueurs de l’OAS, autant que les dérives idéologiques sur les aspects positifs de la colonisation et les nouvelles instrumentalisations du drame des Harkis et de leurs enfants. Il est indispensable que soient officiellement reconnus, simplement reconnus, les crimes et méfaits qui ont accompagné la colonisation et la guerre d’indépendance de l’Algérie. Indis-pensable pour bannir en France toutes les formes de racisme que ces dérives alimentent ; indispensable pour permettre le renforcement des liens d’estime et d’amitié entre les peuples algérien et français, l’établissement d’une coopération active et sincère entre la France et l’Algérie !

Paris, le 4 juin 2013 Communiqué LDH http://www.ldh-france.org/Du-Touvet-Isere-a-Aix-en-Provence.html

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30 mai 2013 ~ 0 Commentaire

Syndicalistes et libertaires

Syndicalistes et libertaires

En 1976, un groupe de jeunes ouvriers est exclu de l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA) et fonde l’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL). Adeptes du syndicalisme d’action directe, ils se trouvent rapidement engagés dans la résistance au recentrage de la CFDT . Alors que, durant les années 1980, le reflux des luttes sociales est fatal à une partie de l’extrême gauche, l’UTCL survit en liant son destin à cette gauche CFDT qui, fidèle à l’esprit de Mai 68, engendrera les syndicats SUD. Des grandes grèves de 1974 à l’irruption des coordinations de grévistes en 1986, raconter l’histoire de l’UTCL, c’est avoir en toile de fond une tranche d’histoire du mouvement ouvrier. Enquêtant sur l’UTCL, puisant dans des archives jusque-là inexplorées de la confédération CFDT, cette étude cherche à cerner le rôle qu’a joué ce courant révolutionnaire original, à la fois syndicaliste et libertaire.

Théo Rival, Syndicalistes et libertaires. Une histoire de l’UTCL (1974-1991),
éd. Alternative libertaire, 2013, 316 pages, 12 euros

http://boutique.alternativelibertaire.org/produit.php?ref=livre_utcl&id_rubrique=3#

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